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Reconnaissance des noms et des verbes amazighs

A. Introduction

L’écriture actuelle de la langue amazighe en caractères greco-latins souffre d’un inconvénient majeur qui
rend difficile son apprentissage et surtout la production de phrases correctes par les apprenants.

Si ces derniers sont amazighophones ils écriront comme ils parlent, en produisant des phrases écrites
d’une façon phonologique en utilisant l’alphabet appris à l’école et quelques règles relatives à
l’assimilation de certains phonèmes par d’autres ou à la conjugaison.

Les non amazighophones auront du mal à produire des phrases correctes, car ils leur manque le
vocabulaire nécessaire. Même à l’aide d’un dictionnaire, ils ne s’en sortiront pas. En effet le mot trouvé
dans le dictionnaire change souvent de forme dans la phrase. Voici deux exemples :

1. ali, gher, adrar, af, ssu, adfel > yuli gher wedrar, yufa yessa wedfel

2. kker, ad, tikli, wwet, ageffur > kkret ad nebdut tikli, yekkat ugeffur

Dans le premier exemple, on ne reconnait que « gher » (préposition). Dans le deuxième, on ne reconnait
que « ad » (auxiliaire du futur) et « tikli » (nom féminin singulier).

Sur les deux exemples, on ne reconnait que 3 mots sur 12, soit le quart.

Et que dire des mots tels que « yettwassen, msengaren, tettmeslay, ttnadigh, yesaram, izamaren,
timachinin, ulawen, tigerfiwin » (il est connu, ils se sont entre-tués, elle parle, il espère, les agneaux, les
machines, les cœurs, les corbeaux) ? Aucun de ces mots ne se trouve dans le dictionnaire !

Comment savoir que ces mots dérivent des lexèmes suivants : isin, nger, meslay, nadi, sirem, izimer,
tamachint, ul, tagerfa. Seul un locuteur amazighophone peut le savoir.

Conclusion de cela, les dictionnaires s’avèrent quasi inutiles pour chercher un mot rencontré dans une
phrase ou un texte.

Comment faire pour remédier à ce problème ?

D’abord il serait illusoire de penser que tous les mots écrits dans une phrase ou un texte quelconque,
sont présents dans les dictionnaires et ce, quelle que soit la langue.

Pour prendre l’exemple du français, ne sont généralement recensés dans les dictionnaires, que les noms
au singulier, les verbes à l’infinitif et les particules et adverbes qui sont souvent des invariables. Ce qui
est sûr, c’est qu’on n’y trouve ni les pluriels des noms, ni les verbes conjugués

Cependant, en français, les pluriels ont généralement le même radical que les singuliers et les verbes ont
uniquement des désinences finales. De ce fait, le pluriel et le verbe conjugué commencent presque
toujours comme, respectivement, le singulier correspondant (pour le nom) et le verbe à l’infinitif (pour
le verbe). Qu’en est-il en amazigh ?

B. Reconnaissance des noms amazighs

La langue amazighe possède beaucoup de pluriels irréguliers. Le radical nominal varie souvent lorsqu’on
passe du singulier au pluriel :
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Au masculin : ass > ussan (jour), asif > isafen (fleuve), igider > igudar (aigle), itri > itran (étoile)
Au féminin : tasa > taswin (foie), tamurt > timura (pays), tagerfa > tigerfiwin (corbeau), tislit > tislatin
(fiancée)

1. Comparons les pluriels entre le français et l’amazigh :

Français : (un) homme > (des) hommes, (une) fleur > (des) fleurs, (une) machine > (des) machines, (une)
montagne > (des) montagnes, (un) serpent > (des) serpents, (un) pays > (des) pays

Kabyle : argaz > irgazen, ajedjig > ijedjigen, tamachint > timachinin, adrar > idurar, azrem > izerman,
tamurt > timura

En français les pluriels irréguliers sont rares (cheval > chevaux, ail > aulx, œil > yeux)

En amazigh, ils sont nombreux (adrar > idurar, azrem > izerman, tamurt > timura, ilef > ilfan, asaru >
isura, izem > izemawen)

De plus, rares sont les pluriels français dont le radical varie au début. Généralement, le pluriel
commence comme le singulier : chev-al > chev-aux, can-al > can-aux, neveu > neveu-x, eau > eau-x

Cette caractéristique facilite la recherche du nom à pluriel irrégulier, dans un dictionnaire alphabétique,
et les rares exceptions y sont recensées (aulx, yeux).

En amazigh, le radical des pluriels irréguliers varie souvent par un changement ou une apparition de
voyelles internes ou finales : adrar > idurar, asaru > isura, tamurt > timura, azsar > izsuran.

Il y a souvent des règles qui régissent ces variations, par exemple, les noms de la forme aCaCu ont des
pluriels en iCuCa (amalu > imula, asafu > isufa, agazu > iguza, asaru > isura).

Mais dans tous ces exemples, et dans beaucoup d’autres noms à pluriels irréguliers, la voyelle initiale
change : a-saru > i-sura, a-zrem > i-zerman, a-zsar > i-zsuran, a-drar > i-durar, etc.

Il se trouve que cette voyelle n’appartient pas au radical, elle est dite « pré-radicale ». En réalité elle a
tout l’air d’être un article !

En effet, prenons l’exemple « tamachint > timachinin », qui est un emprunt au français « la machine > les
machines ». Comparons alors les deux décomposions suivantes :

La machin-e = la (article défini, féminin singulier) + machin (radical) + e (marque du féminin)

Ta-machin-t = ta (article libre, féminin singulier) + machin (radical) + t (marque du féminin)

La seule différence qu’il y a, est qu’en français, on parle d’article défini, alors qu’en amazigh, on parle
d’article libre.

En effet, la notion d’article défini n’existe pas en amazigh, « ta-machint » veut aussi bien dire « la
machine » que « une machine ». Par contre ce qui existe, c’est la notion d’état d’annexion, libre ou lié,
absente en français :

Walagh a-rgaz (j’ai vu un homme) <> yewala ue-rgaz (un homme a vu)

Dans le premier exemple « a-rgaz » est à l’état libre, car son sens ne dépend pas du reste de la phrase,
dans le deuxième exemple « ue-rgaz » ne prend son sens qu’en relation avec ce qui le précède. On dit
alors que « a-rgaz » est à l’état libre et « ue-rgaz » est à l’état lié.
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Autres exemples d’emprunts assimilés : A-keryun (un crayon), a-micro (un micro), ta-ktabt (un livre / al-
kitab), ta-valizt (une valise), ta-ksiwt (une robe / al-keswa), etc.

Tous ces noms ont un article dans la langue d’origine, et en passant à la langue amazighe, ils adoptent un
article amazigh, quoi de plus clair.

Dans ce cas pourquoi continue-t-on à ignorer l’article amazigh ? Tout simplement parce que les premiers
à décrire (et à écrire la langue amazighe) étaient des orientalistes arabisants qui considéraient la langue
amazighe comme une cousine de la langue arabe, d’ailleurs ils la classaient dans le groupe de langues
chamito-sémitique, terme inventé par les orientalistes du 19ème siècle, qui étaient imprégnés de
religiosité biblique, et faisaient remonter les langues d’Afrique du Nord et du Moyen Orient à Noé et à
ses descendants Cham et Sem.

L’article amazigh existe bel et bien et même s’il accompagne presque toujours le nom, il faut le
considérer comme un mot à part entière et l’écrire, par conséquent, séparé du nom qu’il détermine.

Par ailleurs, il existe des noms sans article, soit parce que celui-ci est élidé, dans le cas des noms
commençant par une voyelle, soit il est carrément absent :

1. Articles élidés : a + awal > awal, a + izem > izem, a + ul > ul, i + aman > aman, i + irden > irden

Au féminin, on retrouve la trace de l’article : t’izemt < ta + izemt, t’irent < ta + iremt, t’asa < ta + asa,
t’uchent < ta + uchent, t’agut < ta + agut, t’urin < ti + urin, t’agusin < ti + agusin

Dans tous ces exemples, le radical du nom commence par une voyelle.

2. Absence d’articles : allen (les yeux), ulli (les moutons), lazs (la faim), fad (la soif), ferru (la séparation),
bibras (ail sauvage), chilmun (myrte), maras (maladie du figuier).

3. Dans certaines expressions, on omet volontairement l’article : Win yesëan ZIMER yeg as ZIKER (qui a
agneau lui met corde), SCBEH’ MEDDI ttwesscigh-kk (matin et soir je te conseille).

En chaoui, les noms de la forme CVC n’ont souvent pas d’article à l’état libre : dhad (doigt), fus (main),
dhar (pied), chal (terre), etc. Mais on dira « yekheddem s u-fus », « idammen uzzelen deg u-chal »
(Dyhia), on retrouve, dans ce cas, l’article d’annexion.

Articles réguliers :

La séparation de l’article du nom aidera considérablement à la reconnaissance de ce dernier. En effet, si


on écrit : a rgaz, i rgaaen, ta ktabt, ti ktabin, awal, awalen, izem, t’izent, agu, t’agut, a mazigh, ta mazight,
i mazighen, ti mazighin, ired, ireden, etc. on reconnait facilement de quel nom il s’agit et cela facilitera
indéniablement la recherche dans un dictionnaire alphabétique, où les noms sont classés par radicaux et
thèmes, et non par racines. On retrouvera alors les noms suivants :

Agu : agu (nuages), t’agut (brume, brouillard)


Awal : awal, awalen (mot, parole)
Ired : ired, ireden (blé)
Iremt : t’iremt, t’iram (portion)
Izem : : izem, izemawen, t’izent, t’izemawin (lion)
Ktab : ta ktabt, ti ktabin (livre)
Mazigh : a mazigh, ta mazight, i mazighen, ti mazighen (mazgh, berbère)
Rgaz : a rgaz, i rgazen (homme)

N’est-ce pas plus clair et plus simple?


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Même les emprunts non assimilés et qui ont un article emprunté à l’arabe, devraient être écrits séparés
de leur article : el vista, el waldin, el mumen, el biru (bureau), l’aman, l’istiqlal, l’islam, l’uzin, etc.

Autres exemples :

A mellal, ta mellalt, i mellalen, ti mellalin, te mlel, t’umlilt, te zwegh, t’uzert,


A mazigh, ta mazight, i mazighen, ti mazighin, ta mazgha, (n) u mazigh, (n) te mazight
Ta ktabt, ti ktabin, ta machint, ti machinin, (n) te machint, (n) te machinin.
Isem, isemawen, (sin) y’isemawen, ul, ulawen, (yejreh’) w’ul, (qwan) w’aman

A chaque fois, on reconnait le nom, et il nous est aisé de le retrouver dans un dictionnaire.

Le problème de reconnaissance du nom se pose uniquement pour les pluriels irréguliers. En effet
comment reconnaitre « a drar, a salas, a zrem, ta murt, ta sekkurt » dans « i durar, i sulas, i zerman, ti
mura, ti sekwrin » ?

La tache semble difficile. Ce qu’on peut faire, pour certains types de noms, c’est fixer les voyelles
mobiles pour diminuer l’instabilité du radical.
Pour les autres, il faut donner les règles de formation des pluriels, comme on donne celles de la
conjugaison des verbes.

Dans « a zrem / i zerman », le « e » se déplace de part et d’autre du « r », dans ce cas, il faut mettre un
« e » de part et d’autre du « r » et écrire « a zerem / i zereman », nous obtenons ainsi, un radical stable
« zerem ». Il suffit alors d’énoncer une règle de lecture qui stipulera que lorsqu’une consonne suivie
d’une voyelle, est en même temps précédée d’un « e », celui-ci sera ignoré à la lecture.

On écrira « a zerem, i zereman » et on lira « azrem / izerman » (radical « zerem »)


On écrira « a defel / i defelawen » et on lira « adfel / ideflawen » (radical « defel »)
On écrira « ired / ireden » et on lira « ired / irden » (radical « ired »)

Dans « a drar / i durar », il y a apparition d’une voyelle interne au pluriel. Ce qu’on peut faire, c’est
mettre un « e » là où est censé apparaitre la voyelle « u ». On écrira alors :

A derar > i durar : le « e » de « a derar » nous annonce l’apparition d’une voyelle au pluriel.

Par ailleurs, on donnera une table des pluriels irréguliers, en fin de dictionnaire, comme cela se fait en
anglais, pour les verbes irréguliers.

Autres exemple : a selem / i seleman (poisson), a zerar / i zurar (collier), a sefel / i sefelan (offrande), ta
meda / ti medwa (mare, bassin), ta rega / ti regwa (rigole, canal), etc.

Les premières lettres d’un nom au pluriel, suffisent parfois à aider à sa recherche dans un dictionnaire. Si
j’écris « ti medwa » il est plus facile de chercher un singulier de la forme « ta meda » que « ta mda ». Le
« e » de « ta meda » aide aussi à trouver le pluriel « ti medwa ».

Restent les pluriels à changement de voyelles, ils obéissent souvent à des règles de variation du radical,
règles qu’on énoncera dans les livres de grammaire, et qui seront apprises à l’école. Quant aux pluriels,
complétement irréguliers, ils seront recensés dans les dictionnaires, avec un renvoi au singulier
correspondant.

Exemples : allen (les yeux), ulli (les brebis), ti liwa (les fontaines), t’aswin (les foies), ti lawin (les
femmes), ti sednan (les femmes), t’ullas (les jeunes femmes), arrach (les garçons), etc.
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C. Reconnaissance des verbes amazighs

1. Verbes et conjugaison

La conjugaison amazighe est des plus simples. Il n’y a pas beaucoup d’expressions de temps ou de
modes, comme en français. Il y a uniquement trois aspects et trois modes.

Aspects : aoriste, accompli, inaccompli (ou aoriste intensif)


Modes : indicatif, impératif, subjonctif (ou optatif)

Avec les trois aspects, on peut exprimer toutes les nuances de temporalité et de modalité, moyennant
des auxiliaires.

Expression du temps :

Présent : la yettaru, futur simple : ad yaru, futur intensif : ad yettaru, passé composé : yura, passé
simple : yaru, imparfait : yella yettaru, plus que parfait : tugh yura

Expressions de modalité :

Conditionnel présent : tili ad yaru, conditionnel passé : tili yura, subjonctif affirmatif : yaru ! Subjonctif
négatif : a wer yaru ! Impératif simple : aru, impératif intensif : ttaru

Dans tous ces verbes conjugués, nous avons utilisé les aspects, accompli (yura), inaccompli (yettaru),
aoriste (yaru), aoriste intensif (ttaru).

Remarque : l’aoriste simple est utilisé pour conjuguer à l’impératif simple (aru) et au futur simple (ad
yaru), et l’aoriste intensif est utilisé pour conjuguer à l’inaccompli (yettaru), à l’impératif intensif (ttaru)
et au futur intensif (ad yettaru).

Utilisé seul, l’aoriste est un temps de narration, qu’on rencontre souvent dans les contes et récits, il est
équivalent en cela, au passé simple français :

Yawedh gher yiwen ue mekan, yaf snat n te sekwrin, yin’ asent… (il arriva en un endroit, trouva deux
perdrix, leur dit…)

2. Aoriste intensif et formes dérivées :

L’aoriste intensif est obtenu, ici, en utilisant la marque de modalité verbale « tt » (ttaru, ttagwad,
ttmeslay, ttnadi), le préfixe « tt » ne sert donc pas à construire la forme dérivée progressive ou
d’habitude, comme l’écrivent certains.

Cette forme dérivée n’en est pas une. La forme « tt » + aoriste, est un aspect de conjugaison appelé
aoriste intensif, utilisé aussi pour conjuguer à l’inaccompli et à l’impératif intensif, d’ailleurs toutes les
formes verbales dérivées peuvent être conjuguées à l’aoriste intensif :

sifeg > safag, simes > samas, myewweten > ttemyewwaten, mchuban > ttemchabin, msenghen >
ttemsenghan, etc.

Remarque : la forme « tt » + aoriste, n’est pas systématique avec toutes les catégories de verbes. Par
exemple, les verbes à radical de forme CCu se conjuguent en CeTu (fru > ferru, glu > gellu), ceux à radical
de forme CeCeC, se conjuguent en CeTeC (feren > ferren, beren > berren). Cela conforte l’idée que ce
n’est pas une forme dérivée, mais bel et bien un aspect verbal.
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3. Reconnaissance des verbes

Mais avec tout ça, comment savoir de quels verbes il s’agit, à travers toutes ces formes conjuguées ?

Comment savoir que « ttaru, yettaru, yura, yaru, sifeg, safag, simes, samas, myewwet, ttemyewwat,
mchuban, ttemchabin, msenghenen, ttemsenghan », viennent, respectivement, des verbes « aru, afeg,
ames, ewwet, chabi, engh » (écrire, voler, se salir, frapper, ressembler, tuer).

La première chose à faire, à mon avis, c’est de séparer la désinence verbale initiale (appelée aussi indice
de personne ou indice de conjugaison), ainsi que la marque de modalité verbale de l’aoriste intensif
« tt », du radical ou thème verbal. On écrira alors :

Aru, y’ura, y’aru, ye tt aru, te tt arum (vous écrivez), ye sawel, ad ye siwel, sawelen, eddan, tt eddun, ne
susem (nous nous sommes tus), ne tt susum (nous nous taisons),
mi y’uker h’ederegh, mi ye gull umenegh (lorsqu’il a volé, j’étais présent, lorsqu’il a juré, je l’ai cru)
ye tt nadi ur y’ufi (il cherche et ne trouve pas)

Cette opération permet de reconnaitre le radical verbal des différentes formes conjuguées, lequel radical
change en fonction de l’aspect auquel est conjugué le verbe :

Verbe « aru » (écrire) :

Accompli (URI / URA) : urigh, t’uridh, y’ura, t’ura, n’ura, t’uram(t), uran(t)
Inaccompli (ARU) : tt arugh, te tt arudh, ye tt aru, ne tt aru, te tt arum(t), tt arun(t)
Aoriste (ARU) : (ad) y’aru, (ad) t’arudh, (ad) t’arum, (ad) n’aru, (ad) arun
Impératif (ARU) : aru, arum, arut, arumt, tt aru, tt arut, tt arumt

Autres exemples :

RNU/RNI/RNA/RENNU : rnigh, te rnidh, ye rna, te rennum, ne rennu, rennumt


EDDU/EDDI/EDDA : eddigh, t’eddidh, y’edda, t’eddam, ye tt eddu, te tt eddum, tt eddun
SIWEL/SAWEL/SAWAL : sawelegh, ne sawal, te sawelem, sawalegh, siwel, ad ye siwel
MESLAY : meslayegh, te meslayedh, ye tt meslay, tt meslayen, ad ye meslay (radical invariable)

Dans les dictionnaires, seront recensées toutes les formes radicales, avec un renvoi à la forme de base.
Voici un exemple :

aru : v. uri/ura, tt aru, t’ira - accompli première et deuxième forme, inaccompli, nom verbal (écrire)
uri : v. aru, accompli première forme (écrire)
ura : v. aru, accompli deuxième forme (écrire)

Ainsi, si je rencontre un verbe conjugué avec la séparation de l’indice de personne initial, je peux
aisément le chercher dans un dictionnaire.

D’un autre côté, connaissant la conjugaison, je peux extraire facilement le radical, d’autant plus que les
désinences verbales sont les mêmes à tous les aspects (excepté à l’impératif) :

Accompli, inaccompli, aoriste : - - - gh, te - - - dh, ye - - -, te - - -, ne - - -, te - - - em(t), - - - n(t)

Impératif : - - -, - - - m/t, - - - mt

Il suffit de mettre le radical ou thème verbal à la place des tirets, pour savoir conjuguer.

Aoriste (radical : afeg) : afegegh, t’afegedh, y’afeg, t’afeg, n’afeg, t’afegem(t), afegen(t)
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Accompli (rad. : ufeg) : ufegegh, t’ufegedh, y’ufeg, t’ufeg, n’ufeg, t’ufegem(t), ufegen(t)
Accompli négatif (rad. : ufig) : ur ufigegh, ur t’ufigedh, ur y’ufig, ur t’ufig, ur n’ufig, ur t’ufigem…
Inaccompli : (tt + afeg) : tt afegegh, te tt afegedh, ye tt afeg, te tt afeg, ne tt afeg, te ttafegem(t),
tt afegen(t)
Impératif (rad. : afeg) : afeg, afegem/afeget, afegemt

4. Les formes dérivées

Les formes dérivées des verbes d’action (passif, factitif, réciproque, factitif réciproque) sont
traditionnellement construites à l’aide de préfixes : (agh) ttwagh, sigh, myagh, msagh, (aru), ttwaru,
myaru, (afeg), sifeg, msafeg, (feren) ttwafren, myefren, msefranen, sefren.

Les formes dérivées des verbes d’état ou de qualité (actif, actif réciproque) sont construites de la même
façon : adhen (sidhen, msadhenen), ili (myili, ttemyili), enz (senz, msenz), , beleë (sebleë, mseblaëen),
izwigh (sizwigh), zegzaw (szegzew).

Mais si on considère que ces préfixes sont des auxiliaires de modalité verbale, permettant d’exprimer les
formes dérivées, rien ne nous empêche, à priori, de les séparer des verbes, on évitera ainsi l’écriture
amalgamée, tout est question d’approche.

En français et en anglais nous avons bien cette approche :

Forme passive : être tué, to be killed


Forme pronominale : se tuer, to kill yourself
Forme réciproque : s’entretuer, to kill each other

Il est vrai que là, nous utilisons des particules (to), des pronoms (se, other) et des verbes (être, to be)
comme auxiliaires, raison de plus, ça sera plus simple en amazigh, puisqu’il n’y aura que des auxiliaires
sous forme de particules.

On écrirait alors: ttw’agh, s’igh, my’agh, ms’agh, ttwa jereh’, mye jrah’en, se ghli, mse ghli, se grireb, mse
grareben, se feren (faire choisir), mse feranen (ils se sont choisis mutuellement), se bleë (avaler), mse
blaëen (ils se sont entredévorés).

Mais d’un autre côté, il se trouve que certaines formes dérivées ont des noms verbaux sous forme
« préfixe + radical », c’est le cas des formes réciproques, factitives et factitives réciproques (à préfixe
« mye », « m », « se » et « mse »). Ces noms verbaux sont recensés dans les dictionnaires avec la forme
préfixale :

MYE : mye neched (mye nechaden) > a myenched, my’ewwet (my’ewwaten) > a myewwet, mye regem
(mye rgamen) > a myergem, mye h’emel (mye h’malen) > a myeh’mel
M : m laqab (m laqaben) > a mlaqeb, m fareq (m faraqen) > a mfareq
SE : se neghel > a senghel, se rewet > a serwet, se qedech > a seqdech, se qerdech > a sqerdech
MSE : mse tebeë (mse tebaëen) > a msetbeë, mse beleë (mse belaëen) > a msebleë, mse rekech (mse
rekachen) > a mserkech, mse neger (mse negaren) > a msenger, mse fereq (mse feraqen) > a msefreq

Dans le langage courant, on utilise aussi le nom verbal issu du radical ou de la forme factitive :

D t’iyita iy my’ewweten, d a nechad iy mye nechaden, d a regam iy mye regamen, d a serwet iy mse
rewaten, d a senger iy mse negaren, d a fraq iy mse feraqen, d a laqeb iy m laqaben

Nous proposons de garder la forme factitive sous forme préfixale (serwet, sefru, senz, sidhen, sed’hu,
segrireb, simes, seres, snulfu, seghli), vu que le nom verbal est utilisé aussi sous forme préfixale :
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a serwet, a sefru, a senuzu, a sidhen, a sed’hu, a segrireb, a simes, a serusu, a snulfu, a seghli)

Pour les formes, réciproque et factitive-réciproque, la question reste posée. Faut-il séparer le verbe de
l’auxiliaire (option 1) ou l’écrire avec préfixe (option 2), sachant que les noms verbaux s’écrivent
traditionnellement amalgamés (a mlaqab, a msebleë, a myenched) ?

(1) mye h’emalen, my’uran, m laqaben, m sawalen, m faraqen, m senghen, m seglan, mye qraben, m
sebëaden, m chetcawen, mye nechaden, mse rwin, mse fran.

(2) myeh’malen, myuran, mlaqaben, msawalen, mfaraqen, msenghen, mseglan, myeqraben,


msebëaden, mchetcawen, myenchaden, mserwin, msefran.

Dans le cas (1), on peut garder les noms verbaux sous forme préfixale, et ne séparer que les verbes
conjugués : a mlaqab, a msiwel, a msfreq, a mchetcew, a mserwi, a msenger, a mtili, etc.

Dans le cas (2), les formes dérivées par préfixation seront, évidemment, recensées dans les
dictionnaires : myeh’mal, mchetcaw, myaru, mlaqab, mserwi, msetbaë, myenchad, etc.

Remarque : en anglais et en français, on fait de même avec les verbes construits par préfixation :

Anglais : re-make (remake), re-place (replace), de-scribe (describe), re-organize (reorganize)


Français : re-faire (refaire), dé-placer (déplacer), entre-tuer (s’entretuer), ré-animer (réanimer)

Texte d’illustration :

M’ara-dd emmektigh (Belaid Nat Ali)

D a mezwaru n ue nebdu... maäna a seggwas a zik iy ye bda ue zghal. Yagi bdan reghan w’ussan.
Akken kan iy ye fukk ue geffur ed ue bruri, ad as t’inidh ne kechem ta lemmast n ghucht. Szebh’an
Rhebbi, idhelli kan iy d ta fsut, assagi ye bda ue bzizs! Dgha wissen m’ almi d assagi kan iy ye bda a
ëeggedh negh zik iy-dd y’usa, ur as-dd errigh ara kan ta mawt. Lh’ascun almi d assa iy-s seligh : Lëeslama-
k ay a bzizs, ad y’eg Rhebbi d win ‘f iy ne rebeh’.
Ahat tura ad y’ili ye zegen w’ass. Idtij di te lemmast n ie genni negh wissen anda, deg w’akken y’ugh yal
t’ama. Alamma d deqqal, mi ttqarib ad ye ghli, ara ye ëyu w’albaädh a-t ye wali ; wamma tura el-dunit
akkw d netta.
El-dunit akkw te susem, ta murt irkwel ad as t’inidh t’emmut. I meksawen, zik iy-dd erran a zal. Tura ye
fka Rhebbi edttesen. Ei ie frakh anda ellan ? aäni ula d nitni ruh’en s i ghezeran, ar ie mdunen a-dd se
buh’run chwidt.
Tabaä, t’addart akkw d idhes ayen t’edttes, negh d el-dunit ayen iy ye negeren. Eqqimegh-dd nekk
weh’d-i ? Almi ula d ta meghrust enni n ie naragen iy-dd ye fkan i furkan is ar el h’ara en-negh, yiwen
y’ifer deg-es matci ye tte mbwiwil...
Lh’ascun el-dunit te khla, el-dunit akkw t’edttes, ta murt akkw, ama d a saglu, ama d ta h’chicht, ama d a
mdan, ta murt akkw te gugem...
Ma d nekk ënigh-dd a sqif, essigh a gertil, ennigh as ad gheregh chwidt, dayen t’ugi ad iyi t’awi te nafa...
A sqif agi en-negh achkit deg ue nebdu : m’ara-s t’ellidh sin el lwah’ iy-dd ye fkan ar ue zrib, ye sëan
chwidt n ue beh’ri. Ëeddagh ad gheregh chwidt ie w’akken ad iyi-dd ye res nadam, ulach : ëyigh di te
ghuri, ye dhaq chwidt el khadter iw, se resegh a dlis enni, s akkin, akken d tinegnit, allen iw si el-sqef
errigh-tt ei ue mekti... m’ara-dd emmektigh...
Belaid Nat Ali (Les Cahiers de Belaid; FDB, 1964)

H. Sahki, Boufarik, le 11 Novembre 2018