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Regards croisés sur l’histoire et l’épistémologie de la géomorphologie

Article · April 2007


DOI: 10.4000/geomorphologie.752 · Source: OAI

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1 57

3 authors:

Yanni Gunnell Christian Giusti


Université Lumiere Lyon 2 Sorbonne Université - Lettres
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Marc Calvet
Université de Perpignan
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Géomorphologie : relief,
processus, environnement
2/2007  (2007)
Varia

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Marc Calvet, Christian Giusti et Yanni Gunnell


Regards croisés sur l’histoire et
l’épistémologie de la géomorphologie
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Référence électronique
Marc Calvet, Christian Giusti et Yanni Gunnell, « Regards croisés sur l’histoire et l’épistémologie de la
géomorphologie », Géomorphologie : relief, processus, environnement [En ligne], 2/2007 | 2007, mis en ligne le 01
juillet 2009, consulté le 11 octobre 2012. URL : http://geomorphologie.revues.org/752

Éditeur : Groupe français de géomorphologie


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Document accessible en ligne sur : http://geomorphologie.revues.org/752


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© Groupe français de géomorphologie
Géomorphologie : relief, processus, environnement, 2007, n° 2, p. 107-112

Regards croisés sur l’histoire


et l’épistémologie de la géomorphologie
Cross-cultural perspectives on the history
and epistemology of geomorphology
Marc Calvet*, Christian Giusti** et Yanni Gunnell***

La Revue « Géomorphologie : relief, processus, environ- tout ne pas comprendre quel gain il pourrait tirer d’une
nement » ouvre ses pages à des articles d’histoire des incursion dans le labyrinthe conceptuel du passé de sa disci-
sciences et d’épistémologie de la géomorphologie. Mais, à la pline. L’apport majeur d’un regard rétrospectif critique de
différence des auteurs de langue anglaise, ces questions n’ont nature épistémologique sur l’histoire de la géomorphologie
guère été abordées pour elles-mêmes par les auteurs français nous paraît être la possibilité offerte à la recherche de mettre
dans le demi-siècle écoulé, réserve faite de travaux originaux en perspective ses travaux, ses résultats, ses projets, c’est-à-
comme ceux de Broc (1969, 1975) et de Gohau (1990). dire sa capacité à prendre du recul. Car les idées ne meurent
En tant qu’étude des processus, la géomorphologie existe pas, elles sont seulement en sommeil. Contre Lamarck,
au moins depuis la Renaissance, avec des ouvrages comme Cuvier a imposé le catastrophisme, contre Cuvier, Lyell a
le traité Della Natura de’Fiumi de Guglielmini (1697). Mais plaidé l’uniformitarisme. Or, les contours de l’actualisme
il faut attendre la deuxième moitié du XIXe siècle pour voir ont été redéfinis depuis, et le néo-catastrophisme a acquis
la géomorphologie se tourner vers les formes du relief. Les droit de cité plus récemment encore. Alors Davis et le cycle
fins du XVIIIe et du XIXe siècle sont, respectivement, deux d’érosion connaîtront-ils le même sort que Wegener et la
moments clés dans l’histoire de la géomorphologie. L’un dérive des continents ? Mais la tectonique des plaques
marque le franchissement simultané des seuils de positivité n’est pas plus l’équivalent de la dérive des continents que la
et d’épistémologisation tels qu’ils ont été nommés et définis tectonic geomorphology n’est le duplicata de la denudation
par Foucault (1969), le premier dans les écrits de Giraud- chronology. Les techniques changent, ainsi que les idées :
Soulavie (1781) quand le discours géomorphologique prend les modifications des équipements techniques et conceptuels
son autonomie vis-à-vis des processus, le deuxième dans obligent les chercheurs à renouveler le regard qu’ils portent
ceux de Playfair (1802) quand ce même discours se structu- sur l’objet de leurs études.
re en une série d’énoncés articulant étude des formes et des Quiconque s’aventure dans le labyrinthe des idées, des
processus en un tout cohérent à vocation normative. L’autre concepts et des théories doit cependant éviter deux pièges.
moment correspond à l’émergence de nouvelles lois sur la Le premier est celui de l’anachronisme, assez trivial dans sa
sculpture fluviale ou glaciaire, et à la formulation de la théo- forme simple, mais dont la variante élaborée, plus subtile
rie du cycle d’érosion : l’ensemble signale que les seuils de qu’il n’y paraît et par là plus dommageable, consiste à ré-
scientificité et de formalisation ont été franchis (Giusti, écrire le passé à la lumière des vérités du jour, dans un sens
2005). La géomorphologie obéit désormais à des critères orienté par ses propres certitudes intellectuelles et ses préfé-
formels, définissant ses axiomes, les éléments qu’elle utili- rences idéologiques. Le second piège est celui de l’oubli
se, les propositions qui la structurent en tant qu’ensemble partiel ou total des compétences antérieurement acquises
foisonnant de pratiques et de propos, les transformations dans un domaine donné, oblitérées par la production de
qu’elle accepte au sein de l’édifice qu’elle constitue (Fou- compétences neuves dans un domaine voisin. Par exemple,
cault, 1969). les premières tentatives d’explication du relief par la struc-
Le géomorphologue contemporain, jetant un coup d’œil ture géologique entraînèrent au XIXe siècle l’effacement
sur l’histoire de la géomorphologie, risque d’être effrayé par momentané des acquis de la tradition héritée des ingénieurs
les proportions colossales de l’édifice déjà construit, et sur- de la Renaissance, le message géomorphologique d’un essai

* Jeune équipe Médi-Terra, Université de Perpignan-Via Domitia. 52, avenue Paul-Alduy, 66860 Perpignan-cedex, France. Courriel : calvet@univ-
perp.fr
** Université Paris-Sorbonne Paris 4, Laboratoire de Géographie physique UMR 8591 CNRS. 1, place Aristide-Briand, 92190 Meudon, France.
Courriel : christian.giusti@paris4.sorbonne.fr
*** Université Denis-Diderot Paris 7, Laboratoire de Géographie physique UMR 8591 CNRS, 1, place Aristide-Briand, 92190 Meudon, France.
Courriel : gunnell@paris7.jussieu.fr
Marc Calvet, Christian Giusti et Yanni Gunnel

comme les Illustrations of the Huttonian theory of the Earth nentale, il importe de distinguer le domaine de validité de
(Playfair, 1802) n’étant retrouvé et compris qu’avec l’essor la théorie cyclique, les régions à dynamique fluviale nor-
des travaux américains et le développement de la théorie du male, des domaines glaciaire, désertique, littoraux, dans
cycle d’érosion. Encore convient-il de se munir d’un fil lesquels la réalité climatique, biogéographique et dyna-
d’Ariane avant de franchir l’entrée du labyrinthe. Lire une mique met en défaut la théorie davisienne. L’article de
œuvre appartenant au passé suppose d’avoir une assez Huggett permet d’élargir la réflexion en montrant que
bonne connaissance du contexte scientifique dans lequel l’idée de système, dont la géomorphologie s’est emparée au
celle-ci a été élaborée, ainsi que des concepts et des théories lendemain de la Seconde Guerre mondiale, est issue de la
qui étaient alors opératoires. Par exemple, la thèse de Bau- physique, de la chimie, de la biologie, et de l’écologie.
lig sur le Plateau Central de la France reste d’un accès Voici un basculement épistémologique de premier ordre, un
difficile pour qui ne dispose pas des clés permettant de sai- changement de paradigme au sens de Kuhn (1962), qui per-
sir la structure et la logique internes de ce qui est, de la met de comprendre pourquoi la géomorphologie d’après
première à la dernière page, non pas une monographie régio- 1950 diffère tant de celle de la première moitié du
nale, mais une longue démonstration unitaire en faveur de XXe siècle. Dans le cas précis de la morphologie structura-
l’hypothèse eustatique, à la manière d’un Darwin énonçant le, Dufaure montre comment l’essor du paradigme de la
la sélection naturelle. Les avantages collatéraux d’une telle tectonique globale complique l’analyse des formes liées à
approche ne sont pas minces : ils permettent d’éviter les la dynamique géologique. Rompu à tous les secrets des tec-
contresens, d’interpréter correctement une citation ancienne, toniques superposées par ses recherches sur le relief d’une
de comprendre tant le côté pratique de toute bonne théorie région excessivement complexe, le Péloponnèse, Dufaure
que le pourquoi de son efficacité ou de ses limites. suit en matière de formes structurales le passage de la tra-
Notre ambition est de fournir ici une boîte à outils per- dition à la modernité à travers des exemples tirés des thèses
mettant au lecteur de mieux comprendre l’agencement des qu’il a dirigées et des recherches qu’il a réalisées dans les
pièces dont est constitué le puzzle géomorphologique, mais régions moyen-orientales, péri-méditerranéennes et ouest-
aussi de l’aider à se repérer dans le passé de la science des européennes. Il illustre ce qui est un apport essentiel de l’É-
reliefs. De ce fait, ce numéro spécial de « Géomorpholo- cole française, le fait qu’il puisse exister une géomorpholo-
gie : relief, processus, environnement » se focalise à des- gie structurale autonome dans ses objectifs : la compré-
sein sur le décodage de grands objets de la géomorphologie hension des volumes de relief, de leur géométrie et de leur
qui, par leur taille, sont nécessairement les plus inextri- genèse. Cette position épistémologique est différente de
cables, qu’il s’agisse de textes (les œuvres de Davis et De celle tenue par la Tectonic Geomorphology anglo-saxonne
Martonne), de champs thématiques (tectonique et structure (Burbank et Anderson, 2001), dont la finalité est d’être un
géologique), de méthodes de travail (l’analyse systémique), outil au service de questions néotectoniques, dans le droit
ou de grandes régions naturelles (les Highlands d’Écosse). fil d’ailleurs d’un Penck proclamant dès les premières
Était-il possible de ne pas ouvrir ce numéro thématique par lignes de son ouvrage de 1924 : « The problem is that of
un essai dédié à Davis, à qui le regretté Chorley et son équi- crustal movement… Morphological analysis is the proce-
pe (1973) consacrèrent de si belles pages ? Inkpen et Col- dure of deducing the course and development of crustal mo-
lier ont pourtant accepté de relever le défi, en explorant la vements from the exogenetic processes and the morpholo-
dimension évolutionniste de la théorie du cycle d’érosion : gical features ». Enfin, et sans toutefois succomber à l’ha-
les vues davisiennes sont en effet bien moins darwiniennes giographie, Jarman montre dans une étude dont l’illustra-
que néo-lamarckiennes, ce qui n’a rien d’étonnant dans le tion du terrain est elle-même un hommage, comment la
contexte intellectuel américain d’entre guerre de Sécession thèse magistrale de Godard sur la géomorphologie du
et Première Guerre mondiale. À travers les différentes édi- Nord-Ouest de l’Écosse fut menée lors même que s’opérait
tions du Traité, Broc et Giusti montrent que, sans De Mar- en Grande-Bretagne un changement de paradigme histo-
tonne, il n’y aurait peut-être pas eu de géomorphologie cli- rique, à savoir le basculement de la géomorphologie davi-
matique française. Le socle sur lequel Cholley (1950) et sienne comme histoire du relief (denudation chronology)
Tricart (1952) ont bâti leur école, explicitement anti-davi- vers la géomorphologie comme physique des processus res-
sienne, a été la géographie physique du Traité, dont les par- ponsables du relief (process geomorphology). Il en est ré-
ties non géomorphologiques (climat, végétation) comptent sulté une réelle limitation de la diffusion des idées de l’au-
autant que tout le reste. Pris dans son ensemble, le Traité re- teur, qui ont aussi souffert Outre-Manche de barrières cul-
présente l’autre contre-théorie, méconnue, du cycle d’éro- turelles plus subtiles, stylistiques, linguistiques, éditoriales,
sion, par rapport à celle de Penck. Aujourd’hui, les manuels le tout constituant un problème récurrent dans la dissémi-
n’ont de mots que pour Davis, Penck, Hack et King. Mais nation transnationale des idées scientifiques. Mais, parce
De Martonne réfléchissait à la théorie de Penck avant que l’étude de l’évolution des paysages à long terme
même que Die morphologische Analyse ne soit traduit en connaît aujourd’hui une renaissance en Grande Bretagne et
anglais (1953). La leçon d’un De Martonne est une leçon dans le monde anglo-saxon, l’œuvre de Godard est ici revi-
subtile, car toute d’équilibre, de mesure et de classicisme, sitée comme mine d’informations et en tant que matrice
qui se situe aux antipodes du contre-pied mobiliste de conceptuelle utile aux études de géomorphologie régionale,
Penck (1924). Elle montre que, en géomorphologie conti- tant sur l’Écosse que sur les massifs anciens en général.

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Regards croisés sur l’histoire et l’épistémologie de la géomorphologie

Que les auteurs de ces articles et l’ensemble des relec- neo-catastrophism has resurfaced in different forms. So, in
teurs, rapporteurs ou rédacteurs, soient vivement remerciés the end, does this mean that Davis’s erosion cycle will be
pour leur contribution à l’histoire et à l’épistémologie de la salvaged from the scrapheap of scientific ideas in the same
géomorphologie. way that Wegener’s continental drift was later saved by
plate tectonics? The point is that modern plate tectonics
theory is not a refreshed version of continental drift theory
The journal Géomorphologie : relief, processus, environ- any more than modern tectonic geomorphology is an upda-
nement dedicates the pages of this Special Issue to the te of Davisian denudation chronology. Neither are just that.
history of science and the epistemology of geomorphology. Investigative techniques change, and ideas evolve into so-
Unlike the more steady output on such topics in anglophone mething partly new, partly old. The progress of techniques
geomorphology, this is a rare event in francophone geo- and instrumentation drives scientists towards adopting new
science on the scale of the last 50 years, with the exception perspectives on their subject matter.
of first-hand research work produced by Broc (1969, 1975) Any venture into the labyrinth of ideas, concepts and the-
and Gohau (1990). ories should, however, avoid two pitfalls. The first is
The focus of geomorphology on process has existed since anachronism, the more elaborate but also more insidious
at least the Renaissance period, with the publication of such form of which is a whiggish reconstruction of the past. This
works as Guglielmini’s (1697) treatise entitled Della Natura attitude consists in selectively rewriting the past with a
de’Fiumi. The focus of geomorphology on landforms is much view to vindicate one’s own intellectual assurances or ide-
more recent and only began to emerge during the second half ological preferences. The second is the ‘new is best’
of the 19th century. The end of the 18th and the end of the syndrome, in which enthusiasm for new techniques tends to
19th centuries each correspond to key moments in the histo- overshadow previously evolved skills and hasten the obso-
ry of geomorphology. The late 18th century turning point lescence of past knowledge. For instance, early attempts
was characterized by the natural sciences having attained during the 19th century to explain continental relief from
unprecedented levels of ‘positivity’ and ‘epistemologization’, the viewpoint of geological structure temporarily obliterat-
according to the terminology used by Foucault (1969). Such ed the legacy from Renaissance engineers who emphasized
aspects can, for example, be detected in the writings of more process-related causes. Similarly, it was only through
Giraud-Soulavie (1781), in which geomorphological dis- the growth of American geomorphological research and the
course distanced itself from the concern for process — and emerging theory of the erosion cycle in the late 19th centu-
of course also in the work of Playfair (1802), in which the ry, i.e. after a prolonged eclipse of fortune, that the
study of form and process was organised into a structured, scientific messages contained in Playfair’s (1802) ‘Illustra-
law-seeking discourse. The late 19th century milestone was tions of the Huttonian theory of the Earth’ gained credence
characterized by the formulation of new laws describing the and understanding.
sculpture of the Earth’s surface by ice and water, and by the Before entering the labyrinth, it is also wise to carry a
unified vision provided by the ‘geographic’, or erosion, compass because delving into manuscripts of the past re-
cycle. Those two key moments testify to the fact that by the quires knowledge of the scientific or academic context in
beginning of the 20th century geomorphology had graduat- which they were produced, and a grasp of the theories and
ed to the status of a formal scientific discipline, at least concepts that were in favour at the time. For example, the
according to the criteria prevalent at the time (Giusti, 2005). structure and internal logic of Baulig’s thesis on the Plateau
Since those founding moments, geomorphology has contin- Central de la France remain abstruse to anyone who fails to
ued to obey formal rules involving normative definitions and realise that his book, not unlike the way in which Darwin
axioms, and continues to be structured by sets of underlying promoted his own thesis on natural selection, is less a re-
propositions or theories despite the multitude of discourses gional monograph than a single-minded demonstration that
and practices that keep it alive. the Massif Central was exclusively shaped by the conse-
The 21st century geomorphologist who is tempted to turn quences of river adjustment to past eustatic changes. There
back and glance at the history of his or her subject may are many advantages to such an informed and contextual
shudder at the colossal proportions of the legacy already approach, not least that it minimizes the misconception of
there, and as a result be put off from taking an excursion past ideas, avoids incorrect interpretation of excerpts and
into the conceptual labyrinth of that discipline’s past. Ho- quotations, and helps to understand the reasons for the suc-
wever, the main appeal of embarking on a study of the his- cesses and limitations of scientific theories that were formu-
tory and epistemology of geomorphology lies surely in the lated sometimes long ago.
value of putting a perspective on one’s own research atti- Our goal here is to provide the reader with a toolkit that
tudes, results, methods and future projects. Ideas do not die: should allow him or her to find a few essential bearings
like seeds in the desert earth, they lie dormant but can ger- within the history of geomorphological thought. With this
minate and reflourish if opportunities arise. Cuvier defen- aim in mind, this Special Issue of Géomorphologie : relief,
ded catastrophism against Lamarck, Lyell pleaded in favour processus, environnement deliberately focuses on some of
of uniformitarianism against Cuvier. Despite this, the doc- the larger objects and issues of geomorphology. Because of
trine of uniformitarianism has been refined since Lyell and their outsize proportions, such large entities are necessarily

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Marc Calvet, Christian Giusti et Yanni Gunnel

the most complex or impenetrable — whether they are texts intrusion of complexity and chaos theory into geomorphol-
(the lifetime works of Davis or De Martonne), themes (glob- ogy. This provides an up-to-date picture that helps us
al tectonics and structural geomorphology), methods understand why geomorphology after 1950 appears so dif-
(systems analysis) or large geographic regions (the High- ferent from what it was before then.
lands of Scotland). Would it have been wiser not to open this In the more specific context of structural geomorphology,
thematic set with a contribution on Davis, to whom the late the paper by Dufaure recounts how the emergence of global
Chorley and his team had in 1973 already devoted such a tectonics has made conventional typologies of structural
monumental, and seemingly definitive, effort? In their paper, landforms somewhat more subtle and complicated than was
Inkpen and Collier rise to the challenge by exploring a conceivably possible 40 or more years ago. Having spent an
dimension to the erosion cycle that had been overlooked by entire career working and guiding students in the Pelopon-
previous scholars, namely that landscape evolution accord- nese and other mountain belts of the Mediterranean and
ing to Davis is far less Darwinian in its outlook than it is Middle East, Dufaure is no stranger to landscapes with ex-
Neo-Lamarckian. The authors even argue that this was actu- ceedingly imbricated tectonic and denudational histories.
ally fairly unremarkable given the intellectual setting in He highlights one of the specificities of the French tradition,
North America between the Civil War and the First World which is the existence of a school of structural geomorpho-
conflict, but that this dimension had been overlooked by logy with its own, self-defined objectives aiming to unders-
later analysts because the successes of Darwinism have tand the origin and geometry of structural landforms in
almost totally obliterated the legacies of Lamarck in the their own right. Such a standpoint is epistemologically dis-
20th century mindset. tinct from Anglo-American ‘tectonic geomorphology’ (e.g.,
In a second contribution, Broc and Giusti trawl through Burbank and Anderson, 2001), which is conceived more as
the successive editions of De Martonne’s Traité de Géogra- a tool serving the analysis of neotectonics. As such, tectonic
phie physique. They show that without De Martonne, the geomorphology is a direct legacy of geomorphology as
French school of climatic geomorphology might simply not prescribed by Penck who, in the opening pages of his 1924
have existed. The roots of Cholley’s (1950) and Tricart’s text, proclaimed that « The problem is that of crustal mo-
(1952) climatic (and explicitly anti-Davisian) geomorphol- vement… Morphological analysis is the procedure of dedu-
ogy go deep into De Martonne’s Traité, whose broad cing the course and development of crustal movements from
approach to physical geography implied that the radiation- the exogenetic processes and the morphological features ».
driven parameters of the Earth’s topography, namely In the last contribution to this volume, Jarman demon-
climate and vegetation, were ultimately as important as strates how little impact the monumental work by Godard on
gravity-driven processes, i.e. base level change and the the Northwest Highlands of Scotland has had on British
effects of water over rock. Broc and Giusti also show that, research. This occurred partly because, at the time of publi-
through its emphasis on the climatic factors of landscape cation (nearly half a century ago), British academe was
development, the Traité contains a significant and early accomplishing its most significant historical paradigm shift,
challenge to Davis’s erosion cycle as the overarching theo- namely abandoning geomorphology as descriptive land-
ry of geomorphology. This little known characteristic of De scape history (i.e., Davisian denudation chronology) and
Martonne’s work has been overshadowed by the better ushering in a new geomorphology devoted to understanding
known critique that was levelled at Davis by Penck, and by the physics of erosion (i.e., process geomorphology). Jar-
modern textbooks that persistently restrict their overviews man, however, succeeds in avoiding the excesses of
of geomorphological theory to Davis, Penck, Hack and scientific hagiography. With razor-sharp wit, he also brings
King. Nevertheless, in his great opus De Martonne consid- into focus the blind spots of Godard’s work, and particular-
ered to give Penck’s theory an appropriate answer long ly the stylistic, linguistic and editorial shortcomings of the
before Die morphologische Analyse was ever translated text that not only explain barriers to the dissemination of
into English (1953). Despite De Martonne’s very polished Godard’s writings much beyond the borders of France, but
and rhetorical style of presentation, which distinguishes him would also explain the skepticism with which some British
from Penck’s more confrontational attitude, he clearly advo- scholars would have welcomed this somewhat literary and
cated the idea that the cycle of normal erosion may well be ultimately ‘very French’ offering to the geomorphological
valid in mid-latitude regions where fluvial processes are key, establishment. However, because of a progressive renais-
but emphasized that climatic and biogeographic parameters sance of long-term landscape development studies in Britain
in desert, glacial and coastal environments significantly since the early 1980s, Godard’s work is revisited here as a
weakened its applicability. mine of information, and even more importantly as a con-
In his contribution, Huggett broadens the scope of these ceptual matrix for currently ongoing research on the
older texts by showing how systems theory captured the Scottish landscape and on upland geomorphology in other
enthusiasm of geomorphologists after the Second World regions of the world. Jarman’s critical hommage is
War, and how it progressively pervaded the discipline enhanced by a selection of illustrations that not only bring
through the influence of other natural sciences such as to life and usefully update Godard’s own work, but ulti-
physics, chemistry, biology and ecology. This overview of mately provide a field-guide quality to the contribution. This
the ‘systems analysis’ paradigm change (according to Kuhn, in itself is an invitation to ponder over the proposition that
1962) also presents the recent, and equally exogenous, epistemology can also serve practical purposes.

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Regards croisés sur l’histoire et l’épistémologie de la géomorphologie

As editors of this Special Issue, we wish to thank all the Giusti Ch. (2005) – Pour une archéologie du discours géomor-
authors, referees, and editors for this contribution to the his- phologique. In Allée P. et Lespez L. (dir.), L’Érosion entre
tory and epistemology of geomorphology. Société, Climat et Paléoenvironnement, Presses Universitaires
Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, 109-114.
Références Gohau G. (1990) – Les sciences de la Terre aux XVIIe et
XVIIIe siècles : naissance de la géologie. Albin Michel, Paris,
Burbank D.W., Anderson R.S. (2001) – Tectonic Geomorphology. 420 p.
Blackwell Science, Malden, Massachusetts, 274 p. Guglielmini D. (1697) – Della Natura de’Fiumi. Trattato fisico-
Broc N. (1969) – Les montagnes vues par les géographes et les matematico. In cui si manifestano le principali proprietà de
naturalistes de langue française au XVIIIe siècle. Bibliothèque fiumi, se n’indicano molte sin’hora non conosciute, e si dimo-
nationale, Paris, 298 p. (2e édition, CTHS, Paris, 1991). strano d’una maniera facile le cause delle medesime. Antonio
Broc N. (1975) – La géographie des philosophes : géographes et Pisarri, Bologna, 375 p.
voyageurs français au XVIIIe siècle. Éditions Ophrys, Paris, 595 p. Kuhn R.S. (1962) – The Structure of Scientific Revolutions. The
Chorley R.J., Beckinsale R.P., Dunn A.J. (1973) – The History of the University of Chicago Press, Chicago, 212 p.
Study of Landforms or the Development of Geomorphology. 2. The Penck W. (1924) – Die morphologische Analyse. Ein Kapitel der
life and work of William Morris Davis. Methuen, London, 874 p. physikalischen Geologie. Engelhorns Nachfolger, Stuttgart,
Cholley A. (1950) – Morphologie structurale et morphologie cli- 283 p. (English translation by H. Czech and K.C. Boswell,
matique. Annales de Géographie, 59, 317, 321-350. 1953, Morphological Analysis of Land Forms. A Contribution to
Foucault M. (1969) – L’archéologie du savoir. Gallimard, Paris, physical Geology. Macmillan, London, 429 p.).
280 p. Playfair J. (1802) – Illustrations of the Huttonian Theory of the
Giraud-Soulavie J.-L. (1781) – Chronologie physique des érup- Earth. William Creech, Edinburgh, 528 p.
tions des volcans éteints de la France méridionale. Quillau, Tricart J. (1952) – La partie orientale du Bassin de Paris. 2, L’évolu-
Mérigot, Belin, Paris, 202 p. tion morphologique au Quaternaire. Sedes, Paris, 474 p.

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