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Quand mon père est parti à l’hôpital et, que j’ai compris que cette fois c’était

vraiment sérieux, je me suis, souvenu qu’il m’avait demandé de dire un texte.


Alors j’ai commencé à écrire mais je ne savais pas, alors, et celà jusqu’à sa
dernière nuit que ce qu’il avait à me transmettre était de cette nature, de
cette force.

Il avait à me transmettre une partie de sa foi.

J’ai vu mon père mourir, j’ai vu mon père naitre.

C’est difficile de dire cela, d’être au plus juste. Juste les faits, juste le factuel
(comme on dit), juste être témoin. Cela est si grand que toute transformation
amoindrirait le message.

Etre témoin.

Vous allez être obligé d’ouvrir grand vos oreilles car je ne peux pas parler
fort. Ce que j’ai à vous dire c’est passé dans le silence. Seule la musique
d’Arvo Part était là pour nous soutenir.

Mon père est parti et je n’ai pas eu de tristesse parce que celui qui est parti
s’était complètement transformé.

J’ai vu la transfiguration de son corps en corps de paix. J’ai vu cette


immense paix s’installer en lui. J’ai vu l’abandon. J’ai vu le pardon.

Plusieurs fois il m’avait dit : « mourrir c’est s’abandonner dans les bras de
Dieu ». J’ai goûté ce silence qui s’installe, ce silence immense qui est la
présence.

J’ai été témoin de sa purification. J’ai vu l’espérance prendre vie.

Je vous assure il y a seulement un passage, parfois très difficile, même


extrêmement difficile, qui dépasse les limites humaines (enfin les limites de
notre compréhension de la souffrance), mais ce passage opère. C’est la clef
du changement d’état de notre être. On quitte la matière (ça ne se fait pas
tout seul) pour devenir lumière, seulement lumière.

J’ai été témoin de cet Amour infini, de l’Amour sans objet, de l’être de chair
qui devient Amour.

Quand mon père a dit que je devais être le seul à parler pour son
enterrement, je ne sais pas pourquoi mais je n’arrive pas à imaginer qu’il
pensé à cette nuit de la transfiguration.

Ce soir là lorsque je suis rentré dans sa chambre, je savais que je pénétrer


dans un lieu saint, dans une nef lumineuse. Toute la présence de Dieu était
là.

J’ai été témoin au long de ces jours de la maturation de la chair, de ce lent


processus de transformation poursuivit parfois dans de grandes douleurs.
Puis le corps s’apaise, se pose totalement, s’allège, devient transparence
afin de laisser l’Ame monter au ciel.

La mort c’est une extraction.

L’Ame doit s’extraire du corps, comme si elle rassemblait d’infinis particules


pour n’être plus qu’une, plus qu’Elle même.

On a peur de mourrir parce qu’on a peur de la force de cette souffrance. De


ces douleurs du nouvel enfantement.

Finalement, La vie c’est le travail de l’enfantement de l’Ame

Acceptons ces souffrances comme la marque de l’effort de l’Ame qui


cherche à se retrouver, à se rassembler.

Le mourant devient ainsi l’enfant nouveau-né que l’on protège, que l’on
chérit.

Et juste dire de ce lieu, Les Soins Palliatifs : une plate forme d’envol.