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Mécanique des fluides

Licence Sciences de la Vie, de la Terre


et de l’Environnement
U.E. Physique Appliquée aux Sciences Naturelles

Généralités. Statique des fluides 2h 30


Phénomènes de surface 1h 30
Dynamique des fluides parfaits 2h 00
Dynamique des fluides visqueux 1h 30

Pr. Hervé HERBIN


Bât. P5
herve.herbin@univ-lille1.fr
Notions à connaître pour aborder le chapitre I

a) Analyse dimensionnelle

b) Différence entre vecteur et scalaire

c) Volumes et surfaces de formes particulières

d) Poids et masses
a) Analyse dimensionnelle
« Ne pas mélanger les choux et les carottes » : un volume n’est pas une surface, une
pression n’est pas une force…
• Grandeur physique = propriété mesurable
• Mesure d’une grandeur = comparaison à un étalon + association à une unité
• Système international (SI) : 7 grandeurs fondamentales = « Dimensions de base »
Grandeur Masse Longueur Temps Intensité Température Intensité Quantité
électrique lumineuse de
matière
Symbole M L T I Q J N
Unité Kilo- Mètre m Seconde s Ampère A Degré Kelvin Candela Cd Mole M
gramme kg °K
• Toutes les autres grandeurs physiques se déduisent de ces dimensions de base en
utilisant leurs définitions. Exemple : Vitesse [v] = [d]/[t] = LT-1.
• Certaines grandeurs étant définies par le rapport de 2 grandeurs identiques, elles son
adimensionnées. Exemple : Indice de réfraction [n] = [v]/[c] = 1.
• Attention ! Une dimension n’est pas équivalente à une unité. Exemple : un angle est
une grandeur sans dimension ([a] = 1) mais possède bien une unité (°, rad ou grad).
L’analyse dimensionnelle consiste à vérifier l’homogénéité des relations exprimées.
Exemple simple : Si vous trouvez que le volume V d’une forme donnée en fonction d’une
de ses distances caractéristiques R s’écrit V = 4pR, vous saurez que c’est faux car [V] = L3
et [4pR] = L. Par contre, si vous trouvez V = 4pR3, ce sera peut-être correct.
b) Différence entre vecteur et scalaire

a
A

c) Volumes et surfaces de formes particulières


Forme Longueurs Surface S Volume V

Disque pR2 -
R

Sphère R 4pR2

Cylindre R Latérale : 2pRH pR2H


H Totale : 2pR(R+H)
d) Poids et masses
• Première loi de Newton (principe d’inertie) : Tout corps persévère dans l'état de repos ou de
mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n'agisse sur
lui, et ne le contraigne à changer d'état.  Inertie d’un système matériel = « répugnance » à
s’arrêter spontanément lorsqu’il est lancé (Exemple : arrêter une boule de pétanque
en plein élan est un peu plus difficile qu’une balle de ping-pong).

 Notion d’inertie intimement liée à celle de masse (on parle de masse inertielle).

• Masse = propriété intrinsèque du système matériel.


• Masse = grandeur scalaire (en kg).
• La masse se mesure grâce au poids, mais la masse n’est pas le poids (la balance mesure
un poids et le convertit en masse).

m2 er
Le poids est un cas particulier (à la surface r
terrestre) de la force gravitationnelle :
FG
m1
m1m2
FG  G 2 er où G = 6,67.10-11 N.m2.kg-2 est la constante universelle de
r gravitation
Chapitre I : Généralités
I-1 . Les états de la matière
Un solide a une forme propre. Pour modifier cette forme, il
faut exercer des forces importantes. Son volume est donc
pratiquement invariable.

Un liquide n’a pas de forme propre. Il épouse exactement


la forme du récipient qui le contient. Il possède une
surface libre qui limite son volume vers le haut. Comme
pour le solide, ce volume est pratiquement invariable.
Le liquide est donc considéré comme incompressible.

Un gaz n’a ni forme propre ni volume propre. Il


occupe tout le volume disponible, aussi grand soit-il.
Un gaz est donc expansible et compressible.

LES LIQUIDES ET LES GAZ


SONT DES FLUIDES
I-2 . Notion de pression

F La pression est une


p grandeur scalaire.
S

Le couteau pénètre plus facilement si on


fait agir le tranchant de la lame.

En répartissant la charge sur un grand


nombre de pointes, la pression sur
Cessac Trehenne chaque pointe est relativement faible.
Physique (1958)
p. 88 et 90 Hecht Physique p.396
La pression dans un liquide :

Forces pressantes agissant sur En franchissant le trou, l’eau


des portions de surface s’écoule perpendiculairement
immergées dans un fluide. à la paroi.
La force pressante exercée par un fluide en équilibre sur un élément de
surface quelconque est normale à cet élément.
f
La pression en un point d’un fluide est donnée par p
s
où f s’exerce sur un élément de surface s très petit et d’orientation quelconque.
p s’appelle aussi “pression hydrostatique”.
Unités de mesure de la pression :

● Unité légale : le Pascal 1Pa = 1 Newton / m2


( équivalente à une masse de 100 g sur une surface de 1 m2, donc très petite)

● Un multiple : le bar  1 bar = 105 Pascal (1 mb = 1 hPa)

● Autres unités :

le mm Hg : 1 mm Hg = 133,3 Pa
l’atmosphère : 1 atm = 101325 Pa
= 1013,25 mb
= 760 mm Hg
Le baromètre ci-contre n’utilise
pas l’unité légale !
Dans les applications numériques,
toutes les pressions doivent être
exprimées en Pascal.
I-3 . Masse volumique d’un fluide
m
Un échantillon de fluide homogène de masse m et ρ Unité :
occupant un volume V possède la masse volumique V Le kg/m3

Dépendance en pression et en température :


► Liquide (incompressible) : r ne dépend pratiquement que de la température T.
En général, r diminue lorsque T augmente, puisque V augmente avec T :

Eau pure à 4°C 1000 kg/m3 Mercure à 0°C 13596 kg/m3


Eau pure à 100°C 958 kg/m3 Mercure à 100°C 13352 kg/m3

► Gaz : r dépend de T et de la pression p.

L’équation des gaz parfaits pV = nRT associée à celle de la masse m = nM donne

M = masse molaire Air à 0°C, p = 1 bar 1,29 kg/m3


m M p p
ρ   R = constante des gaz Air à 0°C, p = 0,9 bar 1,16 kg/m3
V R T T parfaits. Air à 27°C, p = 1 bar 1,17 kg/m3

r augmente quand p augmente et diminue lorsque T augmente.


Densité
 Liquide ou solide : quotient de la masse d’un volume V d’un corps à température T
et de la masse d’un même volume d’eau à 4°C.

Eau pure à 100°C 0,958


d ρ sans unité
ρ H 2O Mercure à 0°C 13,596

 Gaz : la référence est l’air dans les mêmes conditions de température et de pression
 La densité du gaz est indépendante de T et p

d gaz  ρ(T,p)
ρair(T,p)
Notions à connaître pour aborder le chapitre II

A. Principe fondamental de la dynamique

B. Projections de vecteurs

C. Différentielles
A. Principe fondamental de la dynamique (2e loi de Newton)
Relation entre les interactions et la modification du mouvement des corps.
Dans un référentiel galiléen (immobile ou en mouvement de translation uniforme) :

dv
 Fext  m a  m dt

Mise en garde : il s’agit de relations vectorielles. Pour obtenir des relations scalaires
(sur les normes des vecteurs notamment), il convient de projeter les vecteurs sur des axes
judicieusement choisis.
B. Projections de vecteurs

a Ux
O
C. Différentielles

y
y = f(x0) + f’(x0)(x-x0)
f(x0) q
Pente :
f’(x0) = tan q
• La différentielle permet d’exprimer l’accroissement
(ou la diminution) d’une grandeur en fonction des
variations des variables dont elle dépend.
Exemple : La surface d’un carré de coté x : S(x) = x2.
Si x augmente d’une faible quantité dx, alors y = f(x)
S(x) augmente de dS(x)  2x dx. x0 x
A.N. : x = 2 cm  S = 4 cm2. Si dx = 0,1 cm,
alors S + dS = 4,41 cm2  dS = 0,41 cm2 et 2x dx = 0,4 cm2.
Chapitre II : Statique des fluides (hydrostatique)
II-1 . Quelques expériences simples
Capsule manométrique pour mesurer la pression dans un liquide

L’équilibre de la membrane se retrouve au niveau


du manomètre

La masse exerce une


pression sur la membrane.

La hauteur l est
proportionnelle à cette
pression
ph pr
La pression ne dépend pas de
l’orientation de la capsule (cf ch. 1).

A profondeur identique, la pression


La pression augmente avec la
augmente avec la masse volumique.
profondeur d’immersion.
II-2 . Le principe fondamental Fluide incompressible = liquide

fA
fL
fL h
fB mg

Or fA = pA.s et fB = pB.s où pA et pB sont les pressions existant respectivement au sommet et à


la base du cylindre.
De plus m = ρ.V = ρ.s.h . On peut donc simplifier l’équation par s.

On obtient ainsi la relation très importante : pB – pA = ρ g h


II-3 . Conséquences du principe fondamental
B
A C
1- A B C

Tous les points d’un même fluide situés dans un même plan horizontal sont à la même
pression, et ce quelle que soit la forme du récipient.

2- La surface libre d’un liquide, qui est le lieu des points à


la même pression (vide ou pression atmosphérique), est
un plan horizontal, et ce quelle que soit la forme du
récipient.

3 - Autre expression du principe fondamental :


Soit dans un fluide un volume de hauteur h et de surface de base S :
A pB = pA + ρgh s’écrit aussi pB.S = pA.S + ρg.hS = pA.S + mg
h
La pression en B est égale à celle existant en A
B augmentée du poids de la colonne de fluide de hauteur
h et de section égale à l’unité de surface (1 m2).
II-4 . Application aux gaz : la pression atmosphérique
Mise en évidence :

a) La membrane n’est pas déformée quand ses deux


faces sont en contact avec l’air atmosphérique.

b) On raréfie l’air qui baigne sa face interne  la


membrane se creuse  Mise en évidence de la force
pressante que l’air continue d’exercer sur sa face
externe.
Principe fondamental de l’hydrostatique dans les gaz :

Un gaz est un fluide compressible


 r n’est pas constante.
 Le principe fondamental, écrit sous la forme Dp = rgh, ne peut plus
s’appliquer entre deux niveaux quelconques, mais seulement sur de très faibles
hauteurs : dp = r(z)g.dz.
Conséquence : Moyennant quelques approximations, on montre que la pression dans le gaz
augmente avec la profondeur, mais suivant une loi exponentielle.
où H = RT/Mg vaut environ 8 km.
M ≈ 29 g : masse molaire de l’air;
T = 273 K : température moyenne;
R = 8,32 S.I. : constante des gaz parfaits
La propriété vue en II-3 est encore vraie pour un gaz :
La pression atmosphérique au niveau du sol est égale au poids de la colonne
d’air contenu dans un volume de surface de base égale à l’unité (1 m2) et de
hauteur très grande (100 km).
La pression atmosphérique au sol vaut en moyenne 1013 mb (1 atmosphère) et subit des
variations notables selon le climat. Dans les TD, on prendra souvent patm = 105 Pascal.

Exercice d’application : calcul de la masse de l’atmosphère terrestre


Assimilant la terre à une sphère de rayon moyen RT = 6371 km :
• La surface terrestre est S = 4p RT2 = 5,1.1014 m2
• Chaque m2 de cette surface supporte une colonne d’air de masse m au sommet de
laquelle la pression est nulle.
• En supposant que la pression est homogène (constante à une altitude donnée) et que g
ne varie pas avec l’altitude, le poids de chaque colonne d’air est mg = 1,013.105 N
• La masse d’une colonne vaut ainsi m = 1,0326.104 kg
• La masse totale de l’atmosphère est donc est M = mS = 5,27.1018 kg !

A comparer avec la masse mesurée plus précisément :


M = 5,15.1018 kg ~10-6 Mterre
II-5 . Pression absolue dans un liquide :
Plaçons la membrane de la capsule manométrique sur la
surface libre d’un liquide de façon que sa face externe ,
en contact avec le liquide, soit confondue avec une
portion de cette surface. La membrane ne subit aucune
déformation, donc ses deux faces sont à la même
pression :

La pression à la surface libre d’un liquide exposé à l’air est égale à la pression
atmosphérique.

Il s’ensuit qu’à la profondeur h sous la surface du liquide, la pression est

p s’appelle “pression absolue” (ρgh est la


pression manométrique ou hydrostatique).
p augmente d’environ 1 atmosphère tous les
10 m.
Pression manométrique de quelques fluides dans le corps humain :

Fluide pM (mm Hg) pM (kPa)


Liquide entourant le cerveau 5 à 12 0,7 à 1,6
Humeur aqueuse de l’œil 12 à 24 1,6 à 3,2
Gastro-intestinal 10 à 20 1,3 à 2,7
Poumons
inhalation -2 -0,3
exhalaison 3 0,4
Poitrine intrathoracique
inhalation -6 -0,8
exhalaison -2,5 -0,3
Sang veineux
veinules 8 à 15 1à2
veines 4à8 0,5 à 1
veines majeures 4 0,5
Sang artériel au niveau du cœur
maximum (systolique) 100 à 140 13 à 19
minimum (diastolique) 60 à 90 8 à 12
Vessie
moyenne 0 à 25 0à3
pendant la miction 15 à 30 2à4

D’après Hecht p. 401


II-6 . En résumé

z = 5500 m
500 patm
0 p
patm/2 p
atm

z = -5000 m

● Dans l’air : variation exponentielle de p avec z (loi grossière)

avec H ≈ 8 km

● Dans l’océan : variation linéaire de p avec h (loi exacte)

p augmente d’une atmosphère tous les 10 m


II-7 . Théorème de Pascal (1628-1662)

A pA A pA + Δp
h h
B pB B pB + Δp

Soit, dans un liquide homogène, deux points quelconques A et B distants verticalement de


la profondeur h  pB – pA = ρgh.
•Si pA augmente de la quantité Δp  pB augmente de Δp également
•Explication : liquide pratiquement incompressible  ρ ne dépend pas de p  la quantité
ρgh reste inchangée  pB = pA + Dp + rgh

Tout liquide en équilibre transmet intégralement et en tous ses points une


variation de pression imposée en l’un quelconque de ces points.

Application : vérin hydraulique


La force exercée sur le petit piston crée une surpression qui est
intégralement transmise au gros piston. Le rapport des forces
est égal au rapport des surfaces des cylindres correspondants :
la force engendrée dans le gros piston peut être très importante
et permet de soulever des charges très lourdes.

Autres applications : presse hydraulique, freinage de voiture… Hecht p. 407


II-8 . Théorème d’Archimède (250 ans avant JC)
Soit un objet cubique de volume V et de masse volumique
ro ha
r immergé dans un fluide de masse volumique ro.
h
r hb

La poussée exercée sur un objet par un fluide en équilibre est égale au poids du fluide
déplacé. Elle est de sens opposé au poids et son support passe par le centre de gravité du
fluide déplacé. On peut considérer que le point d’application de cette poussée est au
centre de gravité du fluide déplacé (ce point est appelé centre de poussée).
Ce principe s’applique aussi aux corps partiellement immergés.
II-9 . Mesure des pressions
Manomètres dans le cas général.
Baromètres s’il s’agit de mesurer la pression atmosphérique.
a – Le baromètre de Torricelli (ou baromètre à mercure, 1643)
Dans la colonne de mercure on a: p1 – p0 = rgh
Or p0 = 0 et d’après le principe de l’hydrostatique p1 = patm.
patm
 patm  ρHg gh et h 
ρHg g
Puisque rHg ~ 13600 kg/m3 , la pression atmosphérique
normale (1 atm =1,013 105 Pa) correspond à une hauteur
1,013 105
de colonne de mercure h   0,76 m  760 mm
13600  9,81
La pression de 1 atm correspond donc à 760 mm Hg.

 Remarque 1 : On utilise souvent en médecine le Torr qui correspond à 1mm Hg.


 Remarque 2 : Si on remplaçait la colonne de mercure par une colonne d’eau (masse
1,013 105
volumique rH2O = 1000 kg/m ), celle-ci aurait une hauteur h 
3
 10 m.
1000  9,81
b – Le manomètre à liquide

Tube en U contenant un liquide de masse volumique r


connue (eau, huile, ou mercure pour pressions élevées)
Mesure de la pression p d’un gaz ou d’un autre liquide (non
miscible avec celui du tube).
L’ouverture A du tube est à la pression patm, l’autre à la
pression p.
Il s’agit d’exprimer p en fonction de h :

A l’intérieur du liquide, le point B est à la pression p.


pB - pA = rgh  p = patm + rgh
La grandeur rgh s’appelle la pression manométrique ou pression de jauge
APPLICATIONS
A - Mesure de la pression des pneus
B – Mesure de la tension artérielle
C’est la méthode par cathétérisation :
Elle consiste à insérer une canule dans une artère
(s’effectue sur des êtres vivants anesthésiés, et encore…).
C – Barométrie : prévision du temps.
II-10 . Paradoxe de l’hydrostatique
Fluide en équilibre  les forces exercées par le fluide sur un élément de surface
(paroi ou autre) sont perpendiculaires à cette surface, quelle que soit son orientation.
Pression sur un élément de paroi situé à une patm
distance h sous la surface libre d’un liquide :
- Côté fluide : p1 = patm+ rgh.
- Côté extérieur : p2 = patm
 la différence de pression est rgh h
S patm + rgh
La pression, et donc la force qui s’exerce sur un
élément de paroi de surface dS, ne dépendent patm
que de la profondeur h et de la nature du fluide,
quelle que soit l’orientation de la paroi.
Exemple : la force totale qui s’exerce sur le
fond horizontal du récipient est égale au poids Dp = ?
de la colonne de liquide située au dessus du • Force sur
fond, quelle que soit la forme du récipient. 1 cm2 ? h = 20 m
La force appliquée aux parois est donc
généralement différente du poids du fluide
contenu dans le récipient.
Dp  2 atm Soit une
Exemple d’application : le crève-tonneau de force de 2
Pascal (Rouen 1647). F/S  2.105 N/m2 kg/cm2