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Philosophie

de l’importance des maquettes


« Une architecture qui se limite à l’expérience
visuelle est une architecture morte » (Jacques
Herzog).

Maquette de de SATA et ARC AUM pour la BCS

APPORTS THEORIQUES
SUR LES MAQUETTES
M.Diané El hadji Ousmane



SOMMAIRE

Introduction

I. La maquette comme représentation - au service de l’idée

1.Intuition
2.Figure
3.Etude
4.Rendu
5.Structure
6.Matériaux

II. La maquette d’architecture vs. L’image virtuelle : Une vraie / fausse


Concurrence.

III. La maquette comme laboratoire : Evolution de la maquette avec les


différentes étapes du projet.

Conclusion
INTRODUCTION

La maquette : C’est une représentation en trois dimensions, le plus souvent à échelle réduite,
mais fidèle dans ses proportions, d’une construction, d’un appareil, d’un décor, d’un objet
quelconque. (Dic. Larousse).

C’est un élément de base en architecture. Etes-vous déjà allé à une exposition d’architecture
ou bien avez vous ouvert une revue d’architecture ou encore visité un site internet d’architecte
sans y avoir vu de maquettes ?

Bien que la première utilisation de la maquette remonte au 5ème siècle Av. JC comme l’a
rapporté Hérodote dans son cinquième livre (Terpsichore), les écrits qui lui sont consacrés
sont peu nombreux et pour la plupart traitent des techniques de fabrication.

Mais rares sont les ouvrages qui parlent de la valeur que peut avoir une maquette dans un
projet architectural ou encore la contribution qu’elle peut avoir dans l’élaboration du projet,
de l’esquisse jusqu’à l’aboutissement du projet.

Le besoin de fabriquer une maquette à l’époque était dû à la non concordance entre le projet
dessiné et sa construction réelle et à la nécessité d’avoir un modèle de reproduction.

C’était la solution pour avoir un modèle réel du projet pour le tester et vérifier les mesures
en relation aux proportions cosmiques.

Mais la maquette n’est pas seulement faite pour être appréciée visuellement. Elle a d’autres
champs d’utilisation. De nos jours, ce n’est plus la crainte d’une erreur de mise en œuvre qui
pousse les architectes à utiliser la maquette mais plutôt une volonté d’explorer des possibilités
en trois dimensions en ayant une relation physique avec le projet.

Le palais de justice de Pontoise


Travail du sol du palais de Justice

I. La maquette comme représentation - au service de l’idée

La maquette est, à mon sens, un objet de représentation. Représentation d’une idée, d’un
bâtiment, d’une réalité ou même d’une irréalité (ce qu’un projet ne comporte pas ou ce qui est
indirectement visible).

C’est un façonnement. Une mise en forme par le biais d’un processus mental et d’une volonté.
Une volonté à montrer ce que l’on veut qu’on aperçoive du projet.

« La maquette n’est pas une miniature », nous disait notre enseignant de projet en première
année.
Cela veut dire qu’elle n’est pas une reproduction strictement fidèle au modèle initial de par les
matériaux, les fournitures et autres, mais une sélection des principes forts du projet à mettre
en avant pour le valoriser. C’est une vraie stratégie de communication.

La maquette peut avoir plusieurs aspects. Je parlerai dans ce chapitre de quelques types de
maquettes que je classerai par thématique selon l’avancement des cours.

1. La maquette intuition
Je nomme la maquette intuition celle qui illustre, principalement, une idée. Cette maquette est
une représentation d’une intuition ou d’un principe fort. Elle peut être coupée et collée
comme elle peut être le fruit d’une ou deux manipulations de pliage ou de renversement ou de
rotation du carton.
La maquette ci-dessus est une maquette sur le travail du sol du palais de justice de Pontoise
qui illustre cette idée. Comme le projet s’inscrit dans une pente, il s’enfonce d’un côté et se
soulève de l’autre pour surplomber la ville.
2. La maquette figure
C’est une maquette qui transmet l’âme de l’idée ou du projet. Une transmission analytique et
simplifiée. C’est une déclaration d’intentions, d’implantations, de site, de projet ou de
volumétrie.
Elle est donc à l’échelle, orientée et rend compte d’une façon précise des volontés.
Elle figure mais ne représente pas. Elle constitue le départ de la réflexion sur le projet à
l’esquisse.
La maquette figure n’est pas figée. Elle évolue au fur et à mesure de l’avancement et permet
de vérifier et de synthétiser le projet pour énoncer ses principes de base.

3. La maquette d’étude
C’est la maquette qui suit la maquette intuition ou figure. C’est la concrétisation des
premières idées de projet qui peuvent être issues de recherches en deux dimensions qui seront
vérifiés en trois dimensions.
C’est la maquette la plus intéressante du projet, celle qu’on abordera dans le travail. Elle me
permet de mettre mes sens en éveil. En testant des possibilités, en ayant un rapport physique
au projet.
C’est celle qui va subir le plus de « massacres », pendant la recherche et par les enseignants.
Bien sûr un étudiant prend souvent mal le fait que son enseignant lui transforme sa maquette
lui arrache un mur ou change sa disposition ou encore retourne le projet verticalement et
réplique : « le projet est plus intéressant comme ça non !?».
Mais c’est là où les enseignants veulent nous conduire. Ils ne veulent pas de maquettes de
rendu, avec des bouts de cartons impeccablement coupés.
Au contraire quand ils voient que la maquette est parfaitement fabriquée et que le projet
présente des anomalies ils détectent que le travail de la maquette a seulement été fait dans le
but du rendu et non pas l’exploration, l’expérimentation et la recherche.
C’est la maquette « Work in Progress » qui les intéresse, celle qui devient un vrai laboratoire
de recherche pour le projet.
Avec elle on peut tester le projet, le retourner dans tous les sens, faire des essais de lumière et
en même temps avoir un travail de va-et-vient entre les dessins 2D et la maquette.


Maquettes coupe et plan de projets (Carton)

La Cité de la musique à La Villette

4. La maquette « rendu »
On peut dire que cette maquette est la dernière maquette d’étude mise au propre. C’est celle
fabriquée pour la représentation finale du projet.

Ce n’est tout de même pas une miniature mais un compte rendu fidèle des volontés et des
atouts du projet. Contrairement aux maquettes précédentes c’est la maquette qui sera figée et
qui n’aura pas de changements.
Mais ce n’est pas qu’une maquette vue de l’extérieure à l’instar des maquettes de promotions
immobilières.
Le rapport n’est pas que tridimensionnel. Généralement les maquettes de rendu les plus
intéressantes sont celles démontables.
Elles permettent de voir le plan et la coupe en plus de la volumétrie.
D’autres maquettes peuvent être faites à la façon d’une coupe perspective comme la maquette
de la cité de la musique à La Villette.
C’est une maquette faite par les étudiants pour une analyse de l’édifice.

5. La maquette structure
Je ne parlerai pas seulement de la maquette qui a pour but de tester la capacité de la structure
porteuse du bâtiment.
Certes un des champs d’utilisation de la maquette est de vérifier par des calculs et dans des
bureaux d’ingénieurs les capacités structurelles du bâtiment et de ses matériaux.
Je parlerai de la maquette qui laisse le percepteur voir à l’intérieur des murs. Percevoir le
processus de construction avec ses différentes étapes.
En effet c’est une maquette qui illustre cette typologie.
C’est la maison Ball-Eastaway à Sydney de l’architecte australien Glenn Murcutt.
C’est une maquette fabriquée selon les étapes de mise en œuvre réelles sur chantier.
Préparation du sol, terrassement, fondations, structure porteuse verticale, plancher, toiture,
murs… Non seulement la fabrication a été faite fidèlement au processus de mise en œuvre
mais elle laisse voir ces étapes. Dans un souci d’impossibilité de voir s’édifier tout un projet
et de suivre son chantier, un des buts était de se mettre dans la peau du constructeur.
Assimiler le processus constructif et se confronter à la matérialité.

La maison Ball-Eastaway à Sydney

6. Matériaux
Pour la fabrication des maquettes un large panel de matériaux nous est offert.
L’importance des matériaux réside dans leurs capacités à se moduler selon les volontés de la
personne et du type de projet.
Ils peuvent être une source d’inspiration pour le projet. Pour faire une toiture de forme
hyperbolique par exemple, le meilleur est d’utiliser de la toile avec des fils et des tiges.
Choisir le matériau qui a des qualités structurelles similaires à celui qui sera réellement utilisé
dans le projet.
Antoine Predock, un architecte américain utilise les maquettes en argile qu’il va sculpter petit
à petit pour développer son projet.
Gaudi, pour l’église de la Colonia Guell a trouvé une façon innovante, il a suspendu des
ficelles sur lesquelles il a accroché des poids pour obtenir la forme des arcs et des voûtes de
son bâtiment qu’il a par la suite reflété avec un miroir.
Mais avec toutes ces capacités qu’a la maquette à mettre au service du
projet, d’autres modes de représentation parus avec les avancements technologiques
commencent à la rivaliser.
Maquette polyfuniculaire de Gaudi
II. La maquette d’architecture vs l’image virtuelle : Une vraie / fausse concurrence

A une certaine époque, la maquette était le seul outil en trois dimensions pouvant être exploité
pour les recherches volumétriques en architecture.
Mais après l’apparition de l’infographie tridimensionnelle, la maquette se retrouve
concurrencée par l’informatique. On parle alors d’une rivalité. Mais est-ce vrai ? Le modèle
3D peut-il vraiment rivaliser avec la maquette ?

C’est le rapport direct avec la maquette qui la différencie de l’image virtuelle. C’est un
rapport physique par le toucher, visuel, un dialogue avec l’objet. La maquette est présente,
elle remplie l’espace, elle est palpable. C’est un outil qui fait appel au sens.

Souvent ceux qui prônent la suprémacie de l’image virtuelle argumentent en disant qu’elle a
l’avantage de montrer le projet sous tous ses angles.
Une maquette démontre le contraire. Sur la maquette de Herzog et Demeuron pour le projet
Walker art center à Minneapolis on aperçoit parfaitement les proportions et les échelles. On a
tout à fait la possibilité de prendre des photos, les effets de lumière sont parfaitement
exploitables pour développer ou même communiquer le projet.
Mais le rapport visuel tout seul n’est pas important.
« Une architecture qui se limite à l’expérience visuelle est une architecture morte » (Jacques
Herzog).
La maquette est un véritable objet d’expérimentation, un rapport direct du corps au projet, on
peut se baisser pour comparer les échelles, occulter d’un bout de carton pour voir l’effet de la
lumière, ou encore combiner avec la photographie pour améliorer le projet. C’est une visite
Réelle du projet dans laquelle on se projette. Une synergie de tous les moyens pour travailler
le projet.

Maquette du Walker art center, Herzog et Deumeron


La structure est un point très important aussi. Pour faire une maquette on est obligé de se
soumettre au lois de la gravité ; commencer du bas vers le haut, lier les éléments les uns aux
autres pour créer une structure solidaire qui résiste. Pour créer un système poteaux-poutres on
se doit de commencer par les fondations puis les poteaux et ainsi de suite (cf.
Maquette de la maison Ball-Estaway ).
En plus de cela il reste encore un problème pour l’image virtuelle. La durabilité. Qui dit que
dans quelques années on pourra encore lire ces images. Les logiciels auront certainement fait
une avancée fulgurante, et on aura d’autres qualités d’images plus réalistes qu’elle ne le sont
aujourd’hui.
Avec une vision plus sombre, qui dit qu’on aura toujours ces technologies qui nous
permettent de lire tous ces formats informatiques, vu les problèmes d’énergies du moment.
Mais la maquette résiste. Dans quelques années on peut sortir les maquettes du placard et
avoir le même dialogue physique qu’on a eu autrefois avec cet objet.

Dans la maison Louis Carré d’Alvar Aalto, ce sont ses maquettes qui ont été conservées qui
sont exposées dans le salon et la chambre à coucher.
Mais toutes ces qualités restent secondaires comparées à la possibilité de manipuler la
maquette.
L’utiliser comme laboratoire. Un outil au service du projet architectural.
Maquettes de la maison Louis Carré (Alvar Aalto)

III. La maquette comme laboratoire : Evolution de la maquette avec les différentes


étapes du projet.

Dans l’antiquité, la maquette était un simple objet miniature avec lequel on représentait le
bâtiment. Souvent on attendait la dernière minute pour lever le voile qui recouvre la maquette.
On découvre alors un projet fini.

C’est la maquette de rendu, de représentation. Une image de la réalité qui sera construite.
Le but est de séduire, communiquer le projet sous tous ses aspects pour remporter la
commande. Mais ce qui valorise la maquette par dessus tout, c’est son adaptabilité.

Elle s’adapte au projet. Accepte les changements, les expérimentations, qui sont tout de suite
présents et perceptibles. C’est la maquette qui aide à développer le projet. Comme on l’a vu,
le matériau a une grande importance. C’est la matière première. Il faut donc choisir celui qui
se soumet à l’idée du projet, qui est le plus en adéquation avec l’aspect désiré.

Pour certain projet le travail se fait en binôme. Cela développe encore plus l’esprit de
recherche. L’idée de départ était d’avoir un chevauchement entre les différents espaces du
programme. Un chevauchement vertical et horizontal.

Le travail en binôme enrichit la recherche. L’un voit ce que l’autre n’a pas pu remarquer.
Tester, couper, arracher, retourner, un vrai laboratoire.

Prendre des photos, comparer les échelles, tester la lumière. Le travail est parfois fait en
dessin, plans, coupes et perspectives, ensuite vérifié et rectifié en maquette. La maquette
permet de voir ce que le dessin traduit imparfaitement ou laborieusement. C’est ce travail qui
est intéressant.

Un processus de réflexion poussée, des sens qui s’inspirent de tout ; formes, couleurs,
dessins...une mise en volume des idées.
Un aller-retour entre la pensée et l’acte. La pensée avant l’acte, mais aussi l’acte avant la
pensée ou la pensée après l’acte.

Réfléchir, analyser, assimiler puis dessiner c’est le travail commun. C’est ce que j’appelle la
pensée avant l’acte. Mais positionner le carton inconsciemment, involontairement peut nous
ouvrir les yeux sur d’autres possibilités auxquelles on ne s’attendait pas.
On pourrait l’appeler le « lapsus gestuel ». Des idées qui surgissent subitement en manipulant
la matière. C’est la pensée après l’acte. Avoir une complicité avec la maquette.

La plupart du temps c’est nous qui décidons quels changements on doit faire sur la maquette.
Mais parfois c’est comme si la maquette nous prenait par la main pour nous faire explorer
d’autres chemins et d’autres idées.

Bien évidemment le but n’est pas de prendre la première idée qui nous vient à l’esprit et
l’appliquer telle quelle, mais de sélectionner et saisir celle ou celles qui ont le potentiel,
ensuite les étaler, les travailler, vérifier leurs forces et leurs pertinences. C’est le résultat de
combinaisons et recombinaisons d’idées.

La réflexion a commencé par un travail du sol qui est légèrement en pente. Deux espaces
creusés (images ci-dessous), l’amphithéâtre (en diagonale) et la médiathèque. Un espace
linéaire (à gauche) comportant ; l’entrée, une partie surélevée au milieu pour l’espace
bibliothèque et les bureaux au fond.

Une salle d’exposition au dessus de l’amphithéâtre. En faisant la maquette on saisit


véritablement la vraie échelle des espaces.

Par exemple l’espace triangulaire creux à gauche de l’amphithéâtre est un espace extérieur.
En dessin, que ce soit à la main ou à l’ordinateur on ne saisit pas convenablement la notion
d’échelle et les rapports entre les espaces.

En dessinant à la main pour trouver un détail, on représente généralement d’une façon


partielle, on se concentre sur la partie à développer.

A l’ordinateur, le grand handicap est l’absence d’échelle. Alors qu’avec la maquette on s’est
aperçu de l’étroitesse de l’espace triangulaire car elle rend compte de l’échelle du projet dans
sa globalité. Elle nous a permis de comparer les différents espaces.

C’est ce qui nous a conduit à changer la disposition de l’amphithéâtre, l’aligner et le déplacer


un peu plus vers la droite pour créer un jardin plus généreux, en rapport avec l’extérieur et en
continuité avec l’espace d’exposition qui a été déplacé au rez-de-chaussée.

La maquette nous a aidé à réfléchir sur la lumière de certains espaces comme l’espace de
circulation central. Ou encore l’entrée qui est un espace linéaire qui est accompagné par des
éléments verticaux qui reprennent la figure des troncs d’arbres présents dans la cité
universitaire et qui créent un jeu d’ombres dans la galerie.

L’utilisation de la photo avec les recherches en maquette nous a aidé à figer quelques vues
pour analyser l’atmosphère que cette lumière crée dans l’espace.

Bien évidemment cette recherche ne défend pas injustement la maquette. Mais démontre son
importance comparée aux autres méthodes de conception projectuelle. Le but est de faire une
fusion de toutes ces techniques pour les mettre au service du projet architectural.


Exemple de maquettes d’étude au cours du projet
La maquette de rendu - Espaces de la bibliothèque et jardin

Essai de lumière sur l’espace central de circulation

Essai de lumière sur la galerie d’entrée


Conclusion

Indéniablement la maquette est le moyen le mieux adapté à la recherche en projet


d’architecture. C’est une fusion totale du mental et de la capacité manuelle. Etre en relation
directe avec le projet. Lui consacrer tous ses sens pour mener à bien la réflexion. Avoir le
plaisir de côtoyer la matière.

A chaque fois qu’on entame une maquette, qu’on effectue n’importe quelle sorte de travail
manuel ou qu’on entre à l’atelier maquette, ça nous rappellera tous les travaux manuels
Qu’on pu effectuer et comme si une voix nous dit que c’est dans ce cercle là que sera inscrit
notre travail.
Mais ce cours de maquette, je l’envisage aujourd’hui à long terme, comme une
complémentarité à notre études d’architecte. Il pourra devenir un projet d’études ou
professionnel personnel. Envisager l’architecture autrement, du côté de la matière.

A l’instar du projet d’école à Rudrapur en inde construite en 2006 par l’architecte allemande
Anna Heringer.
Un bâtiment construit avec les matériaux et les techniques de la région dans le respect de la
culture du pays. Une architecture adaptée au milieu.

Façade de l’école à Rudrapur en Inde Participation de l’architecte aux finitions

Transport des matériaux avec des bœufs