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LA POLITIQUE

ET 'IMPATIENCE

L'ARMEE
DANS
LA NATION

LES TRAVAILLEURS
AGHREBINS
EN EUROPE

. A. LAH BABI :
une évolution
.déologique
qui est celle
de la bourgeoisie

REVUE MENSUELLE, CULTURELLE.


CCONOMIQUE 6. SOCIALE
N 56 - Déc. 1972 - Prix: 2 DH
DIrecteur: LOGHLAM Mohamed
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lamatir N° 56 DEC. 1972

POINTS DE REPERES Les Français du Maroc - La sécurité


en Europe et en Méditerranée - Les
motivations des agressions israélien-
nes - Le nouveau Diem - Le centre
de planmng familial de Casablanca -
Les causes de la crise actuelle au
Maroc 5

POSITION La politique et J'impatience 12


par Lamalif

ETUDE L'armée dans la nation: armée et


technocratie dans le Tiers-Monde 18
par Anouar Abdelmalek

DOSSIER - Les travailleurs maghrébins en Eu-


ro~ . ~
- Les travailleurs marocains .. 34
par Zakya Daoud

ECONOMIE L'Office National des Pêches: des


objectifs ambitieux 36
L'I.S.C.AE.: un instrument original et
dynamique 38

PHILOSOPHIE M. A. Lahbabi: une évolution idéolo-


gique qui est celle de la bourgeoisie
marocaine 40
par Ikhlass Oumelghaït

BIBLIOGRAPHIE La peinture marocaine de Mohamed


Sijelmassi - Renaissance du monde
arabe - Deux étés africains . . . 45

REFLEXION «L' dieu à Venise» 48


par Bernard Rouget

Directeur Gérant LOGHLAM MOHAMED


Rédacteur en Chef ZAKYA DAOUD
Direction. Rédaction.
Abonnements. Publicité LOGHLAM PRESSE, angle rues des Lan-
des et Ibnou-Jabir (Aïn-Diab) - Casa-
blanca - Tél. 583-97

Impression lMFRIMERIE DE FEDALA


Mohammédia - Tél.: 22-46 et 24-05
DEUX GRANDS
ANN IVERSAI RES,

La Grande Révolution Socialiste d'Octobre a ouvert une ère nouvelle dans l'évolu-
tion sociale du monde.
Il y a 55 ans, dans le feu des combats révolutionnaires de 1917 naissait l'Etat sovié-
tique, premier Etat des travailleurs dans l'histoire. Dans les rues de Petrograd (au-
jourd'hui Léningrad) retentissaient encore !es coups de feu, quand les Soviets des
députés des travailleurs auxquels était passé tout le pouvoir dans le pays, adop-
tèrent les décrets sur la paix, sur la terre, sur la création d'un gouvernement ouvrier
et paysan, sur le contrôle ouvrier, etc.

Parmi les premiers décrets, une place contre-révolution intérieure que se quelques années de lutte intense
éminente revient à la «Déclaration renforçaient les liens d'amitié et la contre les ennemis de la révolution,
des droits des peuples de la Russie ». coopération entre les peuples des jeu- contre la famine et la ruine. Mais,
Dans celle-ci et, un peu plus tard, nes républiques nationales soviétiques c'est précisément dans ces années
dans la «Déclaration des droits du qu'un but commun unissait, celui de qu'un immense travail d'organisation
peuple travailleur et exploité », la l'édification d'une société nouvelle. politique a été accùmpli pour créer
révolution a proclamé la rupture un Etat multinational unifié de peu-
La guerre civile avait pris fin. Le 'pIes libres.
complète avec la politique d'oppres- pays soviétique se mit à relever l'éco-
sion nationale, l'égalité et la souve- nomie nationale, ruinée et saignée à TI existait alors dans le pays quatre
raineté de tous les peuples et ethnies, blanc par la guerre. Mais le relève- républiques fédérées: la Fédération
grands et petits, jadis opprimés par ment du pays n'était que la première de Russie (R.S.F.S.R.), les républi-
le tsarisme, l'abolition de tous les œuvre urgente. Des tâches d'une im- ques d'Ukraine et de Biélorussie, la
privilèges et restrictions nationaux portance exceptionnelle se posaient Fédération de Transcaucasie qui
et religieux. Ces déclarations garan- aux peuples soviétiques, notamment: groupait la Géorgie, l'Azerbaidjan et
tissaient au peuple travailleur ~e assurer la défense de leur Etat contre l'Arménie.
toutes les nationalités s dro' et les attentats ultérieurs de l'impéria-
les libertés démocratiques, accordés La République Socialiste Fédérative
li"me, surmonter le retard économi- Soviétique de Russie était le centre
par le nouvel Etat. A toutes les que et technique du pays, créer et
nations était assuré le droit à l'auto- d'attraction de toutes les nations, qui
renforcer le nouveau système social, s'appuyaient ur son outien et son
détermination, jusqu'à la séparatioOl le socialisme. Ce qui exigeait avec
complète et la formation d'Etats in- aide dans la lutte contre l'interven-
force une union plus étroite et solide tion étrangère et la contre-révolution
dépendants. entre les républiques soviétiques. et, par la suite, dans le relèvement
Cette victoire n'a pas été facile pour ous nous approchons ici d'une autre de l'économie.
les ouvriers et les paysans. La. révo- date historique, liée aux transforma-
lution a dû se défendre. Les classes La. vie elle-même suggérait la néces-
tions révolutionnaires à l'échelle du sité de rassembler plus étroitement
exploiteuses renversées, a v e c le pays tout entier. Cette date est le
concours des interventionnistes tran- les ressources économiques, politiques
30 dé embre 1922, jour de naissance
gers, sont entrées en lutte contre et militaires des rtlpubliques sœurs,
de l'Union des Républiques Socialis- d'unir les actes diplomatiques sur
elle. Une guerre civile longue et tes Soviétiques.
acharnée s'est engagée. Les ennemis l'arène internationale et de faire face,
de la Russie soviétique voulaient la Cinq années séparent ce jour de la ensemble, à l'entourage capitaliste
démembrer. C'est dans les batailles date de la victoire d'octobre. Pour hostile. Sans cela, il était impo sible
contre les interventionnistes et la l'Histoire, c'est un très bref délai: de sauvegarder leur existence, de
développer l'économie socialiste, d'ob- fiance, d'attiser la discorde et l'ani- Dans la Déclaration, était exprimée
tenir une amélioration du bien-être mosité entre les peuples. Mais la encore la ferme certitude que le nou-
et une élévation du niveau de culture force vitale des idées de Lénine et la vel Etat fédéral renforcerait les fon-
des travailleurs. justesse de la voie choisie étaient dements de la communauté et de la
évidentes aux larges masses de toutes coopération fraternelle entre les peu-
4: Nous voulons une alliance LIBRE-
les nationalités, qui ont opté avec fer- ples, fondements jetés en octobre
MENT CONSEN'I<IE des nations, di- meté pour la formation de l'U.R.S.S. 1917.
sait le chef de la révolution Vladimir
Lénine, une alliance qui ne tolère au- Le 30 décembre 1922, le 1" Congrès Le congrès des Soviets a ratüié le
cune violence exercée par une nation des Soviets du pays tout entier com- Traité sur la formation de l'U.R.S.S.,
sur une autre, une alliance fondée mençait ses travaux. Les délégués du où étaient énumérées les questions
sur une confiance absolue, sur une congrès, venus des quatre coins du étant du ressort de l'Union des Ré-
conscience claire d'une union fraternel- pays, Russes, Ukrainiens, Biélorus- publiques Socialistes Soviétiques re-
le, sur un consentement absolument ses, Géorgiens, Azerbaidjanais, Ar- présentées par ses organes suprêmes.
libre ~ (Œuvres de Lénine, volume méniens, et les messagers des autres TI a défini la structure de ces orga-
30, p. 303, texte français). peuples, saluèrent unanimement et nes, la modalité des élections, ainsi
avec chaleur l'idée d'une union entre que le caractère des rapports entre
Ce n'était ni simple, ni facile. La les républiques. Ils discutaient l'im- les organes du pouvoir fédéraux et
composition multinationale de la po- portance politique et économique de des républiques. Une seule et même
pulation du pays, le caractère origi- l'Union, parlaient des perspectives du citoyenneté a été instituée pour
nal et spécifique de la structure développement et de l'épanouissement l'Union.
économique, de la culture et du mode de l'U.R.S.S.
de vie de différents peuples et les L'Union des Républiques Socialistes
particularités de leur développement Soviétiques naquit donc cinq ans
Dans la Déclaration adoptée par le après la victoire d'Octobre. Récem-
historique imposaient l'attention la Congrès, il était dit que seul le
plus soutenue, la prise en considé- ment, les Soviétiques ont fêté le 55·
pouvoir soviétique avait créé la possi- anniversaire de la révolution d'Octo-
ration de ces particularités, la bien- bilité de déraciner l'oppression natio-
veillance et le tact. Il a fallu sur- bre, et bientôt ils célébreront le cin-
n~le, de créer un climat de confiance quantenaire de la formation de l'U.R.
monter de grandes difficultés dues réciproque et d'établir les bases d'une
au retard économique et culturel de S.S. La réalité vivante du pays des
coopération fraternelle entre les peu- Soviets, les progrès et les réalisations
certaines républiques et régions, com- ples, et que seul un Etat fédéral uni-
battre les tentatives des éléments de ses peuples témoignent de la force
fié pouvait garantir la sécurité, révolutionnaire des idées d'Octobre,
contre-révolutionnaires et des natio- l'essor économique et la liberté du
nalistes bourgeois de semer la mé- devenues le drapeau victorieux de
développement national des peuples. millions d'hommes.
L'U.R.S.S. A 50 ANS

ondation et développement de l'Union Soviét'q e


Chiffres et faits

* A la fin de l'intervention et de la guerre civile, on


comptait sur le territoire de l'Union Soviétique, 6 républi-
même année, la Géorgie l'Azerbaïdjan el l'Arménie, grou-
pés auparavant dans la Fédératio, de Transcaucasie,
ques socialistes: la République Socialiste Fédérative Sovié- adhérèrent directement à l'Union So.:étique la,!uelle fut
tique de Russie, les républiques socialistes, soviétiques désormais formée de onze républiqJes fé:iérées.
d'Ukraine, de Biélorussie, d'Azerbaïdjan, d'Arménie et de
Géorgie, plus deux républiques populaires soviétiques, * En 1940, les trava'!!eurs des pays baltes, Lettonie,
Lituanie et Estonie, réta!Jlirent, au cours de leur lutte
celle de Boukhara et celle de Khorezm.

* En 1920-1921, la Fédération de Russie, l'Ukraine, la


Biélorussie, l'Azerbaïdjan, l'Arménie, la Géorgie et les
révolutionnaire, le régime soviétique. Les républiques
soviétiques de Lettonie, de Lituanie el d'Estonie qui se
constituèrent adhérèrent selon le vœu de leurs peuples,
républiques de Khorezm et de Boukhara ont conclu des à l'Union Soviétique. La m1!me annt;>e, le peuple moldave
haités de coopération dans les domaines militaire et fut réunifié, et la République Socialiste Soviétique Auto-
économique. nome de Moldavie devint république fédérée.

* Le X' Congrès du Parti communiste (bolchevik) de


Russie concrétisa et développa, en 1921, la conception
* A l'heure actuelle, 1Union SoviéEque est composée
de 15 républiques fédérées qui comprennent 20 républi-
léniniste du problème des nationalités et de sa solution. ques autonomes, 8 régions autonomes et 10 arrondisse-
Après une analyse approfondie de la question, il décida ments nationaux.
qu'il était nécessaire de donner aux peuples autrefois
opprimés la possibilité de rattraper la Russie centrale
dans les domaines politique, culturel et économique.
* L'égalité en droits est garantie aux républiques
fédérées dont chacune est un Etat souverain. Ainsi, cha-

* En décembre 1922, le X· Congrès des Soviets de toute


la Russie jugea opportun de grouper la Fédération de
que république fédérée adopte sa Constitution, élit ses
organes supérieurs du pouvoir d'Etat et d'administration;
ses frcniières ne peuvent pas être chan:Jées sans son
Russie, les républiques soviétiques socialistes d'Ukraine, consentement, elle a le droit d'é:ablir des relations direc-
de Biélorussie et la Fédération de Transcaucasie au sein tes avec les Etats étrangers, de !ormer ses unités mili-
de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques. taires, le droit de quitter librement l'Un'on Soviétique.
* Le 30 décembre 1922, le 1cr Congrès des Soviets de
l'Union, tenu à Moscou, dédda la fondation de l'Union
Aucune loi ne peul être adoptée pcr le Soviet suprême
de l'U.R.S.S. si elle n'a pas obtenu la majorité des voix
dans une de ses chambres, le Soviet des Nationalités,
Soviétique.

* En janvier 1924, le II' Congrès des Soviets de l'U.R.S.S.


approuva et adopta la Constitution de l'Union Soviétique
où toutes les républiques fédérées envoient un nombre
égal de députés. C'est là une garant:e essentielle des
droits des républiques fédérées.
qui donnait aux républiques fédérées des garanties
d'égalité plus importantes et étendait leurs droits souve- * Depuis la fondation de l'U.R.S.S. toutes les républi-
ques fédérées, tous les peuples habitant l'Etat multi-
rains (le droit de quitter l'Union et autres). Simultanément
elle accroissait avec le consentement de toutes les répu- national ont remporlé, grâce à leurs efforts conjugués,
bliques fédérées, les droits e compétence des organes des succès très importants dans le domaine économique.
du pouvoir suprême de l'Union Soviétique. Un chilfre en témoigne: en 1972, le volume global de la

* En 1924 et 1925, une nouvelle division nationale et


étatique de l'Asie centrale aboutit à la formation de deux
production industrielle a été, pour l'ensemble du pays, 321
fois plus important qu'en 1922.

républiques socialistes soviétiques, celle d'Ouzbékie et * De gigantesques changements se sont produits au


celle de Turkménie. En oelobre 1928, la République Socia- cours de la même période dans le développement culturel
lite Soviétique Autonome de Tadjikie devint République des peuples de l'U.R.S.S. Plus de 40 peuples ont acquis
fédérée. Au début des années 30, l'Union Soviétique une écriture sous le pouvoir soviétique, toutes les répu-
comptait donc 7 républiques fédérées. bliques ont liquidé l'analphabétisme.

Une nouvelle Constitution de l'U.R.S.S. fut adoptée


en 1936. Deux nouvelles républiques sodalistes soviétiques
* Un eÜort titanesque a été fourni, dans le cadre de
l'Union multinationale des Républiques Socialistes Sovié-
se constituèrent, celle de Kazakhie et celle de Kirghizie. La tiques, pour supprimer l'inégalité dans tous les domaines.

4 _ 'J
LES FRANÇAIS DU MAROC
,
ce n est pas tant qu'ils partent,
mals qu'ils ne viennent plus
La Chambre Française rle Commerce té es ce qui augmente le nombre des d'activités économiques qui en a ré-
et d'Industrie de Casablanca a récem- Français de Casablanca de 1.822. sulté. Toute panique serait. en ce qui
ment donné les chiffres officiels des les concerne. à écarter, au niveau des
rapatriements, concernant les Français La différence entre les radiations et les décisions naturellement. mais pas de
arrivés au Maroc avant 1956. des ra· immatriculations se solde donc en né- l'ambiance.
diations des listes des Français partis gatif par 3.582 personnes. uniquement
et des immatriculations (naissances et pour Casablanca. Pour la seconde catégorie, celle des
arrivées) du Consulat général de coopérants. elle. est. au fil des années,
Aussi limités soient-ils. ces chiffres ten-
France de Casablanca à propos du marquée par une grande instabilité.
dent à prouver que la vague des dé-
nombre des Français de la capitale en ce sens que si les coopérants les
parts signalés ces deux dernières an-
économique, plus anciens au Maroc restent. envers
nées parmi les Français du Maroc n'a
et contre tout. la grosse masse est
Ces chiffres sont les suivants: pas autant d'ampleur qu'on a voulu
maintenant constituée par de nouveaux
le dire et qu'elle se situe en réalité
arrivants dont il semble qu'ils ne res-
- rapatriements en septembre 1969: dans le cadre d'une diminution très
tent pas au Maroc au delà de deux à
113 pour le secteur privé. 9 pour le progressive. qui était prévue et atlen-
trois ans de séjour. Ces coopérants, le
secteur public. 122 au total; due.
Maroc est donc contraint d'en recruter
- rapatriements en septembre 1970: Les Français du Maroc qui étaient chaque année. et. chaque année. il n'y
49 pour le secteur privé. 6 pour le 150.549 en 1963. et 90.000 en 1971 se- parvient qu'avec des difficultés ac-
secteur public, 55 au total; raient encore à l'heure actuelle 80.000. crues. Il est pratiquement certain que
dont 30.000 environ à Rabat et quelque cetle année. près de 1.500 à 2.000
- rapatriements en septembre 1971: 40.000 à Casablanca. coopérants étaient demandés pour les
117 pour le secteur privé. 14 pour le établissements du Ministère de l'En-
secteur public, 131 au total; Sur ce total. environ 25.000 personnes seignement. ce qui donne une masse
actives et deux grandes catégories: de départ énorme sur un effectif glo-
- rapatriements en septembre 1972: les cadres. employés. directeurs et bal d'environ 7.000. Or. il est égaie-
109 pour le secteur privé. 5 pour le chefs des entreprises industrielles et ment pratiquement certain que plu-
secteur public. 114 au total; commerciales. les coopérants essen- sieurs centaines de coopérants man-
tiellement ceux qui sont dans l'ensei- quent et n'ont donc pas répondu aux
- rapatriements depuis janvier 1972:
gnement. ~ppe!s réitérés du Maroc. A Casa-
860 familles. dont 1.716 personnes dans
le secteur privé et 304 dans le secteur bianca. par exemple. on cite couram-
Les chiffres officiels français tendent ment certains établissements où il man-
public. soit au total 2.020 personnes.
à prouver que. pour la première caté- que tel professeur de mathématiques
Il y a donc eu 2.442 personnes rapa-
gorie. c'est-à-dire les agents des enlre- et de sciences et si le gouvernement
triées depuis septembre 1969.
prises privées. les départs des cadres n'avait pas décidé de marocaniser et
Les chilires des radiations. décès non et des employés sont minimes. en dépit d'arabiser l'enseignement de l'histoire.
compris. sont les suivants: 198 en des velléités et des possibilités de la de la géographie et de la philosophie.
septembre 1971. 375 en octobre 1971. marocanisation. et. essentiellement. il est certain que ces absences se fe-
291 en novembre 1971. 275 en décem- non précipités. c'est-à-dire que si les raient encore davantage sentir.
bre 1971. soit 941 pour les trois der- volontés de départ sont nombreuses,
niers mois de 1971. Pour 1972. 4.463 ce que les responsables français re- Même les établissements français. ga-
personnes ont été radiées. dont 260 connaissent. elles ne sont concrétisées gnés par cetle compression du person-
en janvier. 316 en février. 362 en mars. que lorsque les familles ont décidé de nel. doivent y pallier en faisant faire
333 en avril. 925 en mai. 1.034 en juin. leur réinstallation et de leur travail des heures supplémentaires à leurs
634 en juillet. 349 en août et 250 en ailleurs. Dans cetle catégorie. égale- enseignants. Et. naturellement. ceci se
septembre. soit au total 5,404 sur une ment. les industriels. hommes d'affaires fait encore davantage sentir dans les
année pleine. ei chefs d'entreprises qui opèrent eux- petites villes et centres.
mêmes une marocanisation progressive
Dans le même temps. enlre le 1er jan- qui les met à l'abri de toute surprise. Paradoxalement. ce ne seraient donc
vier 1972 et la fin de septembre 1972. n'auraient pas été outre mesure tou- pas tant des Français qui partiraient
1.399 nouvelles personnes ont été im- chés par les deux derniers étés agités que des Français qui ne viendraient
matriculées et 423 naissances comp- que nous avons connus et la baisse pas!
en 1966, par les Etats membres du pUi sant dont l'indépendance est des-
LA SECURITE pacte de Varsovie, suivis, un an après
par les partis communistes européens.
L'affaire tchécoslovaque de 1969 met
tinée à s'accroitre vis-à-vis des . .A.
durant les 10 prochaines années, malS
dont les tendances à étendre son
un coup d'arrêt occidental au proces- union dans les domaines politiques
E EUROPE sus, mais accroît l'insistance des pays et militaires visent à opposer entre
de l'Europe de l'Est qui reviennent elles les deux parties du continent et
à la charge à Prague, en 1969, en constituent un danger pour la déten-
ou la coexistence des blocs proposant concrètement la conférence te européenne. Certes, l'emploi de la
sur le vieux continent d'Helsinki, selon le même schéma qui force et son développement incontrô-
et leur lutte en Méditerranée est actuellement le sien. En décem- lé sont et seront de plus en plus
bre 1969, le Conseil Atlantique en limités par un système d'accords
accepte pour la première fois le prin- politiques, mais il existe en Europe
cipe et le gouvernement finlandais occidentale des tendances opposées
commence les consultations adéqua- à toute détente. En revanche c si la
tes sur le plan diplomatique. C.E.E. élargie fonde sa politique sur
la reconnaissance des réalités en Eu-
En 1970, la conclusion du traité de rope, la renonciation aux mesures
Moscou entre la RF.A. et l'U.R.S.S., discriminatoires à l'égard des pays
puis, la signature du traité germano- socialistes et l'adoption du principe
polonais accélèrent le processus qui de la sécurité pan-européenne, de nou-
devait mener à la signature de l'ac- velles formes de coopération multila-
cord quadripartite sur Berlin, à de térales entre la C.E.E. et la commu-
multiples contacts diplomatiques et nauté socialiste pourraient apparaî-
finalement à l'accord récent entre le3 tre :1>.
deux Allemagne. En ce sens, l'Ost-
politik du chancelier Brandt a ouvert Ceci posé, ce savant soviétique pro-
la porte à la conférence d'Helsinki. pose trois modèles prospectifs dont le
premier, celui auquel il semble croire
Celle-ci n'est toutefois qu'une confé- davantage, se fonde sur le progrès
rence préparatoire groupanL 32 pays de la coexistence dans le cadre du
européens, y compris de minuscules processus d'intégration économique
principautés, auxquels sont venus en Europe orientale et occidentale, du
s'ajouter les U.S.A. et le Canada. 198 renforcement des échanges et de la
Cela fait 1 ans que J'on parlait de
experts ainsi réunis à 10 kms de la coopération scientifique qui peuvent
cette Conférence de Sécurité Euro-
capitale finlandaise doivent déblayer aller jusqu'à J'élaboration de grands
péenne dont les prémisses viennent
le terrain et préparer l'ordre du jour projets continentaux. Simultanément,
de s'ouvrir à Helsinki, marqués par
du grand rassemblement européen qui la réduction des forces armées serait
l'offensive des petites nations d'Eu-
aura lieu en 1973, et qui, curieuse- envisagée et l'on pourrait s'entendre
rope, soucieuses de faire admettre
ment, interviendra 150 ans après la sur la création de zones démilitari-
concrètement leur droit à la parole
précédente conférence à l'échelle de sées, désarmées et orientées dans le
Il est clair en effet que la sécurité
toute l'Europe, celle de Berlin. cadre d'un organisme permanent eu-
en Europe est, depuis surtout la se-
conde guerre mondiale, l'affaire des ropéen de détente. La situation se
Il ne fait aucun doute que c'est l'U.R
deux super puissances. Le projet normaliserait avec le règlement poli-
S.S. qui a voulu depuis longtemps
d'une conférence de sécurité a, d'ail- tique et juridique des relations entre
et avec acharnement cette conférence les deux Etats allemands, le dévelop-
leurs, été lancé par J'U.RS.S. en et qu'elle entre dans la définition des
1954, lorsque M. Molotov proposa pement de la coopération entre eux,
nouvelles zones d'intervention à la- la reconnaissance de leurs frontières
«un traité général sur la sécurité quelle les deux super puissances se
collective en Europe» et il n'a été réciproques actuelles et leur adhé-
sont livrées cette année. sion conjointe à l'O.N.U. Il y aurait
rendu possible que grâce aux discus-
sions américano-soviétiques de cette Que veut l'U.RS.S. ? L'ordre du jour donc gel du statu quo puis évolution.
année. qu'elle propose donne une indication Au cas où une telle politique serait
de la stabilité politique et de l'enga- adoptée ,et que le modèle de la dé-
D'ailleurs le fait que les U.S.A., puis- gement économique qu'elle réclame: tente freinée ne soit pas retenu, le
sance non géographiquement euro- il comporte trois points, la sécurité savant soviétique voit même, ulté-
péenne, soient invités à Helsinki, de enropéenne vue sous son aspect poli- rieurement, c'est-à-dire après 19 0,
même que les actuelles négociations tique puisque l'aspect militaire n'est la dissolution des blocs, l'évacuation
parallèles américano - soviétiques sur abordé que dans le cadre d'un tête à des troupes étrangères, la réduction
la limitation des armements dans le tête U.RS.S.-U.S.A. avec les négo- àes armements et la création d'une
cadre du Salt, montrent à l'évi- ciations parallèles du Salt, l'instau- institution pan - européenne perma-
dence la liaison étroite de cette confé- ration d'une coopération économique nente.
rence avec les problèmes nés de la et culturelle entre les deux Europ~
division de l'Allemagne à la suite de et la création d'un organisme perma- Pour certain , cela signifie en clair
la dernière guerre. En 1954, le pro- nent de la sécurité européenne. que Moscou veut faire évoluer la
blème allemand, et la coupure consé- coupure des deux Europe sur le plan
quente de l'Europe en deux blocs dis- Une étude de prospective due à un économique surtout (d'autant plus
tincts et opposés, n'avaient pas suf- savant soviétique sur l'Europe éclaire qu'il rejoint les U.S.A. dans la crain-
fisamment évolué pour que le ballon le raisonnement et les motivations te d'une avance trop grande du Mar-
d'essai de M. Molotov ait un écho. qui ont cours à Moscou. L'Europe ché Commun), mais qu'il veut la
ocidentale, dit en substance ce sa- stabiliser sur le plan politique. Donc,
L'idée fut reprise 10 ans apr s, en vant, M. Inozemtsev, membre de le statu quo en premier lieu, la recon-
1964, par M. Rapacki, Ministre polo- l'Académie des Sciences, est devenue naissance de ce statu quo, et le coup
nais des Affaires Etrang res, puis, une réalité économique et un bloc de tampon réclamé à toute l'Europe,

6 - 'j
puis l'évolution ultérieure. Aux d - Cependant, si les Européens se mon- meurera instable, la confrontation
mandes soviétiques. les Occidentaux trent de plus en plus perméables aux militaire dans cette région prendra
qui ont mis longtemps à répondre thèses algériennes et tunisiennes, le par moments des formes menaçan-
disent désormais oui à la sécurité . probl me n'apparaît pas aussi sim- tes ».
oui à la coopération économique , plement. Dan J'étude de prospective
mais ils y adjoignent une coopéra- soviétique à laquelle nous avons fait Par ailleurs, on sait parfaitement
tion culturelle qu'ils pr 'f rcnt appeler allusion plus haut, il est textuelle- que les .S.A. voient d'un très mauvais
libre circulation des idées et des ment 'crit dans le cas du progrès œil l'ouverture du Marché Commun
hommes », tout en se montrant très de la coexistence: «La Méditerranée sur le bassin méditerranéen et que
vagues quant aux suites à donner à restera sans doute la région la moins des pressions sont actuelles faites par
la conférence. touchée par la détente. L'absence de \Vashinglon pour que les Européens
stabilité et d'un règlement définitif «limitent les ambitions de leur poli-
Cette différence de nuance est essen- du conflit du Proche-Orient, l'activité tique méditerranéenne ». On sait aus-
tielle, puisque les Occidentaux ren- plus forte qu'ailleurs de la politique si que, Washington ne dispose pas
voient la balle aux soviétiques en militaire de certains Etats occiden- seulement d'une base importante en
sous - entendant que la coopération taux, créant une menace en puissance Méditerranée, Israël, mais de deux,
économique n'est pas concevable sans pour les intérêts vitaux des pays so- Israël et la Grèce, surtout la Grèce
oopération culturelle et sans ouver- cialistes et la nécessité de contre- depuis ces deux dernières années,
ture politique. Quoi qu'il en soit, si, mesures de leur part, la diversité Athènes est devenue une plaque tour-
pour le chancelier Brandt, dont la des intérêts politiques économiques et nante de la politique américaine en
réélection a accru les chances de suc- militaires des Etats de la région, tout Méditerranée, politique qui rayonne
cès de la conférence, celle - ci doit cela contribuera à maintenir dans vers l'Europe orientale, le Proche-
donner une nouvelle qualité à la la Méditerranée une confrontation Orient, et l'Afrique. Ceci qui est déjà
paix en Europe », il reste que le pro- plus rigide que dans les autres sous- su et dit a été le mois dernier étayé
blème est celui d'un rapport de force régions européennes. TI est po sible par des précisions importantes, four-
et de l'équilibre de ces forces. Les qu'il y ait momentanément des situa- nies dans le cadre d'une conférence
petits Etats européens se rendent tions de crise, mais la menace d'ap- qui s'est tenue à San Francisco, par
donc parfaitement compte que Mos- parition de situations de conflits sus- M. Andréas Papandréos, fils du célè-
cou et Washington dialoguent au- ceptibles de se transformer en con- bre leader libéral grec. Dans ces
dessus de leurs têtes et ne les réunis- flits globaux diminuera. Par ailleurs, conditions en comprend bien que la
sent à Helsinki que pour entériner une activité intense se déploiera dans lutte que les deux super puissances
le stade actuel où leurs compromis le cadre de l'O.N.U. sur des bases se livrent actuellement en Méditerra-
sont parvenus. Ils ne peuvent pas multilatérales et bilatérales en vue née est loin d'être terminée, On veut
non plus ne pas se rendre compte que de transformer la région méditerra- bien stabiliser l'Europe, mais pour
la sécurité rend essentielle la discus- néenne en une zone de paix stable ». « les sous-régions» et surtout celle-
sion sur les problèmes militaires et Et, dans le cas de la détente freinée, là, on verra après. Les problèmes
que ceux-ci justement sont écartés la même étude souligne brièvement: méditerranéens risquent donc de du-
de la future conférence européenne. « La situation en Méditerranée de- rer et surtout le problème palestinien.
Ce qui fait que certains n'hésitent pas
à parler de «finlandisation de l'Eu-
rope ».

Dans une telle optique, les débats MOYEN ORIENT


de procédure d'Helsinki et les offen-
sives de la Roumanie qui reprend
les thèses de l'U.R.S.S., mais en plus
nuancé et en plus ambitieux puis- Les motivations des agressions
qu'elle réclame d'entrée la suppres-
sion des blocs, n'ont que peu d'impor-
tance. La sécurité européenne est en
israëliennes
marche mais nous ne sommes qu'aux
prémisses d'un long processus de dé- Ce ne sont plus à des représailles agressions délibérées qui ne sont plus
tente et de normalisation. faisant suite à des attaques de com- camouflables sous d'autres vocables.
mandos palestiniens qu'Israël se livre Ce faisant, l'Etat sioniste poursuit ses
Il reste en tous cas que, pour les actuellement au Moyen-Orient. surtout trois objec:tifs habituels, d'une part
Maghrébins, cette 'conférence est im- contre la Syrie el à un moindre degré contraindre les Etats de la région à
portante: si l'Europe est stabilisée. contre le Liban, ce sont à des attaques " lâcher .. les Palestiniens, d'autre part,
elle ne pourra que chercher à stabi- préméditées et délibérées qui. dans le annexer de nouveaux territoires, enfin,
liser la Méditerranée qui est conçue cas du Liban, visent à accentuer les se livrer à des pressions militaires sur
comme son prolongement. C'est en différends qui existent dans ce pays le terrain au moment même où, sur le
tous cas l'analyse faite par l'Algérie à l'égard de l'action des résistants plan international. l'affaire du Moyen-
et la Tunisie qui ont proposé la con- palestiniens, et, dans le cas de la Orient est à nouveau posée.
férence de sécurité méditerranéenne Syrie visent à détruire le potentiel
que l'on sait et pensent pouvoir la militaire de ce pays, non atteint lors On pourrait s'étonner que Tel-Aviv se
tenir après la conférence de sécurité du conflit des 6 jours et qui depuis livre à de telles agressions à l'heure
européenne. Les deux pays ont d'ail- a été fortement renforcé par l'aide des àébats de l'Assemblée Générale
leurs envoyé des délégations à Hel- soviétique. de l'O.N.U. sur le Moyen-Orient, si
sinki et s'y livrent à un travail de l'on ne savait qu'Israël. d'Une part.
coulisses pour amener à de discrets Tous les observateurs et même les se moque complètement des résolutions
débats sur la Méditerranée, travail moins suspects de sympathie envers de l'O.N.U. et, d'autre part, demeure
qui semble d'ores et déjà avoir porté les pays arabes sont aujourd'hui obli- sûr de l'impunité quoi qu'il fasse en
ses fruits. gés de conclure qu'Illraël opère des raison du soutien inconditionnel des

~ - 7
Etats-Unis qui bloque au Conseil de
Sécurité toute décision concrète inter-
nationale.

L'Etat sioniste lance donc un nouveau


défi à l'opinion publique mondiale et
aux Etals. Et il est intéressant de
remarquer qu'il le lance dès après
la réélection de Nixon, qui a vu aussi-
tôt après Dayan, Allon et Abba Eban
se précipiter à Washington, et dans le
temps même où les officiels américains
parlent d'un "plan de paix pour le
Moyen-Orient» qui serait en prépa-
ration aux Etats - Unis. Tout indique
aussi que l'administration américaine
assurée d'un répit de 4 ans, veut lan-
cer une offensive diplomatique vers le
Moyen-Orient. qui a même des chan-
ces de voir le che! de l'exécutif amé-
ricain visiter la région au printemps
prochain. C'est, en outre, en janvier
que Washington doit donner davan-
tage de précisions sur les objectifs
qu'il vise par cetle offensive nouvelle.
On peut alors se demander si Israël
ne se livre pas à une course de vitesse
dans celle perspective pour acquérir
de nouvelles cartes contre les résis-
tant palestiniens et les Etats arabes.
Ceux-c.Î en tous cas ont donné l'impres-
~
CHA M P A G N E
sion de réagir; les allaques israélien-
nes contre la Syrie ont provoqué une
riposte diplomatique égyptienne et l'on
Ch. de Cazanove
n'écarterait plus au Caire l'idée de
revenir à une guerre d'usure sur le
front. Cependant. si l'on sen! un cer-
tain durcissement du gouvernement,
celui-ci demeure réservé dans l'atlen- distribué par MARTINI &- ROSSI
te du débat onusien, d'une part, et de AIN-E S-SE BAA. Tel.: ."'01-02-03
l'offensive américaine, d'autre part.

la construction de barrages et de
systèmes d'irrigation. Cela aurait
Les caus es de la crIse l'avantage de maintenir les paysans
sur la terre, de leur en donner de
nouvelles sans que soient inquiétés
actuelle au Maroc les gros propriétaires, et d'améliorer
les produits d'exportation, surtout les
agrumes.
Voici 1 ré um - d'un article publié dans une revue américaine par James A. Paul. LA NOUVELLE POLITIQUE
ou n'avons pu, étant donn - la ngueur de œ texte, le traduire dans tous ECONOMIQUE
sc détails et ses ubtilités. Mais le résumé que nous en donnons montre bien
Les Européens voyaient trois princi-
r entiel de l'analy ~ ce chercheur américain, et la manière dont les
paux avantages à cette politique:
vroblèmes du Maroc ont abordés par 1 s inJtellectu ls de ce pays. (1) Puisqu'on ne favorisait pas la
naissance d'industries, il re terait
L'indépendance fut accordée au Ma- truction d'aciéries. Mais il avait toujours un flot de main-d'œuvre bon
roc par la France pour y maintenir contre lui les puissances étrangères, marché pour les usines d'Europe.
plus sûrement les intérêts du gros la réaction, la féodalité et la bour- (2) La construction d'immen es bar-
capital (en sacrifiant les petits et les geoisie marocaine. En 1960, la gau- rages fournirait un marché pour les
colons) et pour en faire une néo-co- che fut écartée du pouvoir. entrepreneurs européens, pour les fa-
lonie. bricants d'acier et d'équipements
Les buts politiques du pouvoir furent lourds, sans parler des cimenteries
La résistance à cette politique fut alors de développer la campagne aux qui étaient locales mais dont les pro-
priétaires étaient européens. (3) Le
menée par le parti de l'U.N.F.P. qUl dépens des villes, car c'est en milieu barrages feraient pousser plu s
avait élaboré des plans de réforme urbain que naissent les résistances d'agI' Imes et, de plus, créeraient des
agraire, d'économie mixte. de cons- les plus efficaces. On projeta donc besoins en blé europ en.

8 - 'J
Le Marché Commun, en pleine expan- La présence militaire étrangère est Même la «Promotion ationale "
sion, avait également à vendre ses considérable. (Pour les Américains, le (parrainée par les Américains) ne
climatiseurs, ses avions, ses cars de programme d'aide militaire est le peut plus absorber le chômage agri-
luxe, et était par conséquent inté- deuxième d'Afrique, après l'Ethio- cole ni arrêter la migration déses-
ressé par la priorité n" 2 de la nou- pie). pérée vers les bidonvilles.
velle politique: le tourisme. Quant aux agrumes, que J'on fait
Les budgets xpansionnistes, entraî- pousser pour le profit du capital aux
Ce programme reçut J'appui, d'une nant l'inflation et la pénurie de de- dépens du blé el du sucre indispen-
part, des gouvernements français et vises, nécessitent dès 1964 un pro- sables au peuple, leur exportation est
américain et de la finance interna- gramme d'austérité. On réduit les en baisse sérieu -e à cause de la
tionale qui accorda une aide géné- programmes sociaux. Le prix du su- concurrence méditerranéenne et amé-
reuse économique et militaire, et cre est presque doublé, et sa consom- ricaine.
d'autre part, celui des Français du mation baisse de 18 % en 5 ans.
Maroc, de la bourgeoisie marocaine, En 1968, J'aide étrangère représente
des propriétaires fonciers, voire celui 40 % du budget national.
LE MECONTENTEMENT
des artisans et des petits commer-
En 1969, le Maroc devient associé du La crise actuelle se traduit par le
çants. mécontentement général conlre la
Marché Commun.
En 1963, des conseillers de la Ban- corruption stupéfiante, qui gaspille
que Mondiale furent invités au Ma- une grande partie du capital étran-
L'AGRICULTURE ger si chèrement acquis; contre le
roc pour mettre au point les projets
concernant aussi bien les barrages chômage, qui sévit même parmi les
et J'irrigation, que le tourisme. Dans le domaine rural, la politique classes bourgeoises, contre la forte
agricole du gouvernement n'a pas proportion d'étrangers, qui détien-
Il est intéressant de signaler le rôle donné les résultats escomptés. nent les postes clefs et contrôlent
prépondérant de l'Etal dans le finan- l'économie du pays.
A partir de l'année 1963, à cause de Les ouvriers sont de plus en plus
cement de ces projets: en effet, la nationalisation de certaines terres
l'apport du capital privé étran?~r mécontents de leurs conditions de
de colonisation, les propriétaires eu-
restait stationnaire, et la bourgeoIsIe travail et du blocage des salaires.
ropéens songèrent à vendre, malgré
locale ne s'intéressait qu'aux profits les interdictions de la loi. Des spé- Les commerçants et artisans sont de
rapides, c'est-à-dire à la spéculation culateurs marocains, avec d'indispen- moins en moins riches.
foncière, au commerce, et à l'expor- sables complicités, se mirent à ache- Les paysans sont désespérés par la
tation de ses capitaux. ter, surtout dans la vallée du Gharb, spéculation et par les concentrations
aussi bien les terres «françaises» de terres. La paysannerie moyenne,
En 10 ans (de 1956 à 1966) la contri- que celles des secteurs traditionnels, bien que soutenue, risque de s'effon-
bution du capital privé étranger n'a où beauf'oup de petits propriétaires drer et les masses misérables urbaines
atteult que 60 millions de dollars. avaient tout perdu dans une inonda- s'accroissent.
alors que pendant la même période tion catastrophique. Cette spéculation Les étudiants sont révoltés par la
celle du capital public étranger effrénée fut en partie financée par nature de la politique de l'Education
(France, Etats-Unis, Banque Mon- la Banque Mondiale avec son immen- Nationale.
diale) fut de 80 à 100 millions de se « Projet Sebou» de développement
dollars par an. Il existe également un mécontente-
de la région, et par les crédits agri- ment que l'on peut qualifier de tech-
coles du gouvernement, et encore nocratique.
Le rôle économique joué par J'Etat intensifiée par la découverte de gaz
fut encore renforcé par la nationa- Enfin, même les coopérants étrangers
par Petrofina, et par l'annonce des
lisation de certaines terres de colo- contestent le bien-fondé de leur pré-
projets de grandes firmes comme sence et s'accusent de servir les in-
nisation, des chemins de fer, de J'eau Del Monte et Libby d'établir des
et de J'électricité. La vraie raison térêts de l'impérialisme.
conserverIes dans la rég·on. Entre
de ces nationalisations fut de réalise1" 1965 et 1970, 45.000 hectares furent Le gouvernement répond par des pro-
une redistribution du capital. Les messes de réformes. La marocanisa-
ainsi accaparés par de grands pro-
anciens propriétaires (Banque de Pa- tion du secteur tertiaire se poursuit,
priétaires marocains. Pendant ce
ris et des Pays-Bas... ) purent rapa- mais certaines pressions et le biais
temps, le nombre de paysans moyens
trier la moitié de leur capital et ré- d «associations» entre partenaires
investir le reste dans des secteurs diminua de 10 % et le nombre de
paysans sans terre augmenta de étranger et marocain ma quent la
plus profitables. réalité du contrôle effectif. On lance
]50 %'
un projet d'as ainissement des bidon-
Le petit capital ~rançais fut liquidé La colère des paysans s'est manifes- villes, financé par la Banque Mon-
(rapatriement des petits fermiers, tée par des «occupations» de terres, diale, et qui ne pourra être que très
restaurateurs, hôteliers, co m mer - des affrontements avec les forces de limité. Oft projette une fois de plus
ç a n t s) et ce fut la pénétration des l'ordre, l'incendie de wagons de che- la construction d'une ac~érie, entre-
Belges, des Allemands, des Améri- min de fer, l'attaque de trains, etc. prise de l'Etat, on abaisse le prL'< du
cains. Les intérêts marocains firent Les nomades, eux, sont pourchassés sucre, on augmente les fonctionnaires
leur apparition dans certaines ban- soit parce que leurs troupeaux pro- et les militaires, le S.M.I.G. et le
ques et compagnies d'assurance, et voquent l'érosion et l'engorgement S.M.A.G., on lance une campagne
dans le textile. Mais les intérêts progressif des bassins de retenue des contre la corruption.
étrangers contrôlaient 80 % de l'en- barrages, soit que le gouvernement
semble des industries et des ban- La seule solution satisfaisante serait
ait besoin de leurs territoires pour une politique courageuse de progrès
qu~s.
la réalisation de projets grandioses, et de changement radical fondée sur
tel celui du King Ranch dans la val- des principes révolutionnaires et 'ap-
En 1968, parmi les 30.000 postes de lée de l'Adarouche, projet conçu pour
direction de cadres supérieurs et des puyant solidement sur les ouvrier
subvenir aux besoins grandissants de et les paysans. Sinon, le jeu de forces
professions libérales, plus de la moi- l'industrie touristique et des privilé-
tié étaient occupés par des étrangers. en présence risque de s'accentuer.
giés des villes. J. PAUL

'J - 9
Le Centre
de planning
familial
de Casablanca

Un centre de planning familial s'est


ouvert depuis juin à Casablanca, 19,
rue Claude - Perrault. Il fonctionne
comme une clinique. 5 médecins y
sont détachés une partie de la jour-
née et dispensent aux femmes qui
viennent les consulter les soins et
JI/LiE bES NE60Zl/11/0~ les conseils qu'elles réclament. Le
promoteurs de ce centre, ont été, se-
lon leurs propres termes, étonnés de
l'afflux féminin qui s'est immédiate-
E#~ ment manifesté, d'autant plus qu'ils
L n'ont fait aucune publicité.
En effet, la seule propagande du cen-
tre a été certaines conférences-débats
VIETNAM: sur le planning familial, la limitation
des naissances et la contraception,
dans certaines grandes entreprises de
LE NOUVEAU DIEM Casablanca, où, grâce à l'appui du
directeur, les responsables du centre
de planning familial ont été auto-
Décidément. elle est longue à finir la Thieu veut contraindre le Nord Viet-
risés à informer de leur action les
guerre du Vietnam! Depuis le 31 octo- nam à négocier avec lui autant qu'avec
cadres administratüs et techniques.
bre, qui, lui-même avait mis près de les Américains, il refuse en oulre le
les délégués du personnel et les res-
trois années, les plus meurtrières de gouvernement de coalition au Sud et
ponsables syndicaux de l'entreprise
la guerre, à se dessiner, plus d'un mois pour mieux écarter cette éventualité, Les discussions qui ont eu lieu dans
s'est écoulé sans que raccord entre il demande que le F.N.L. lui soit livré
ce cadre ont été très franches, fai-
Washington et Hanoi puisse vraiment poings et pieds liés sans raide des sant droit à la réticence vis-à-vis des
être concrétisé. Et, dans cette attente, guérilleros du Nord.
moyens de contraception générale-
la guerre continue, les affrontements
Pour Hanoi ces exigences remettent ment connus mais à propos desquels
militaires sur les hauts plateaux du
tout en question et elles équivalent à une certaine crainte se manüeste,
centre se multiplient, chaque camp
une guerre pour rien. Il ne serait plus aux freins sociaux que l'on pense
voulant gagner du terrain avant le
question, si les thèses de Thieu préva- devoir entraver la contraception et
cessez-le-feu, et le tonnage quotidien
laient. d'unification future des deux aux opinions admises en la matière,
des bombes déservées par les Amé-
Vietnam. Ce serait le gel des coupures et, enfin, au désir manifeste et pro-
ricains sur le Nord Vietnam dépasse
actuelles et pour un temps indéfini. On fond de parvenir à une limitation des
tout ce que l'on a connu jusqu'à pré-
voit la manœuvre. Elle ressemble trait naissances sans problèmes après le
sent. Le règlement politique du conflit
pour trait à celle de Diem en 1954, 3" ou le 4" enfant.
marque le pas au prix de nouvelles
lorsque ne se sentant pas lié par les
destructions et de nouvelles victimes, Il appartient ensuite aux personnes
accords de Genève le dictateur de Saï-
à la fois criminelles et inutiles, d'au- ainsi informées de décider si elles
gon fit. après maintes provocations et
tant plus aberrantes qu'elles n'émeu- doivent faire bénéficier l'ensemble
maintes violations des accords, appel
vent plus personne, chacun s'étant fait des membres du personnel de l'entre-
aux Américains pour reprendre la
à ridée commode que la paix étant prise des données sur la planüication
guerre au lieu et place des Français,
inéluctable ne peut que finir par se familiale dont elles disposent. C'est
concrétiser. Accepter les exigences de Thieu après d'ailleurs généralement le cas et
De quoi s'agit-il en fait? Des exigen- 25 ans de guerre, équivaudrait à nier dans l'entreprise même un petit co-
ces posées par Thieu, «bombe à re- tous les sacrifices, loes morts, les énor- mité du planning se crée souvent
tardement .. dont Washington se pré- mes destructions subies par ce peuple autour de l'assistante 0 iale quand
vaut pour retarder la conclusion de héroïque et laisser la porte ouverte il y en a une.
raccord. Mais les exigences de Thieu à une reprise des hostilités encore
sont inacceptables pour les Vietna- plus terrible. Cependant. une question Les responsables du planning familial
miens du Nord et du Sud. Elles peu- doit être posée, ces exigences n'éma- déclarent d'ailleurs qu'immédiat p •
vent se résumer ainsi: retrait des nent-elles que de Thieu? Dans quelle ment après la tenue de ces confÂ-
troupes nord-vietnamiennes qui aident mesure celui-ci n'est-il pas poussé par rences-débats, de nombreu es fem-
le F.N.L. au Sud et estimées à 150.000 certaines tendances américaines qui mes du personnel de l'entreprise con-
hommes, refus d'un cessez-le-feu sur voudraient geler pour un temps le pro- sidérée se présentent d'elles-mêmes
place et refus d'un gouvernement de blème pour mieux reprendre la guerre au centre de planning familial, sou-
coalition. après? vent accompagnées de femmes d~

10 - 'j
leurs familles ou de leurs voisines
ce qui prouve que la propagand~ «de
bouche à oreilles» est de lom la
meilleure.
Des centres semblables ont été créés
à Rabat et à Tanger. Il faut pr ciser
qu'il reçoivent 11ne aide de l'org~­
nisation internationale de la plal1l-
fication familiale, qu'ils travaillent
en étroite liaison avec les maternités,
et qu'outre les conseils et soins gra-
tuits qu'ils donnent en matière de
planification familiale, ils soignent
également gratuitement toute ma-
ladie découverte au cours de l'examen
pratiqué sur les personnes qui
s'adressent à leurs consultations.

Ainsi, jusqu'à présent, les trois -cen-


tres préfèrent le travail en profon-
deur à une propagande inconsidérée
qui a eu dans le passé des aspects
as ez négatifs. La planification fami- -
liale est un problème trop intime
et trop important pour devoir être ~ ~tfIIII ,-- __ ..--
du domaine de la propagande quelle
qu'elle soit. C'est aux familles de
juger si elles envisagent de la pra-
8'Rlll CONla()\.. Cl' Nit /

tiquer et il faut alors leur en donner


les moyens, c'est-à-dire les éléments
d'appréciation et de jugement, les
conseils si elles les sollicitent et les
soins si elle les réclament.

Toutes les enquêtes faites à ce sujet,


et l'expérience de plusieurs mois des
centres de planning familial les con-
firment, montrent en tous cas que
les femmes, dans leur majorité, pour-
vu qu'elles aient déjà les enfants
qu'elles souhaitent et peuvent élever,
sont excessivement réceptives à
l'égard du planning familial, si récep-
tives même qu'elles pratiquent encore
trop souvent une contraception avec
des méthodes aléatoires, d'autant
plus dangereuses qu'elles sont faites
sans aucun examen médical préala-
ble. C'est d'ailleurs la raison pour
laquelle les centres de planning fami-
lial ont choisi de parler aux maris
plutôt qu'aux femmes qu'ils savent
convaincues, puisque le blocage vient
souvent beaucoup plus des hommes
que des femmes, et que la femme se
sent contrainte de procréer de façon
quasi ininterrompue par peur de la
répudiation.

En l'état actuel des choses, toute-


fois, les centres de planning ne
s'adressent et ne peuvent s'adresser
qu'à une catégorie bien définie de la
population: les classes moyennes et
ouvrières urbaines, disposant d'un
revenu mensuel fixe et intéressées
en conséquence à ajuster la dimen- (Playboy)
sion de leurs familles à la fois à ception pour laquelle elles ont les sources fait que les arguments écono-
leurs ressources, mais aussi à leurs moyens de recourir aux cliniques et miques n'ont naturellement aucun
possibilités et à leurs besoins. En médecins privés. Quant aux classes poids pour elles, tant que leur objec-
effet, les classes urbaines les plus défavorisées des villes et des cam- tif primordial reste, par la force des
favorisées pratiquent déjà une contra- pagnes, leur manque total de res- choses, la survie.

'1 - 11
POSITION

Pour la econde foi n l'e pac d'un an, nou, geant « d' ngag r d <,on ultation' av c le parti
avon a', ist' à la r'pétition du mAme cénario à la lumière de leur répon ».
politique, à qu lque variant pr'. pl' l ] 6
août, comm aprè le LO juil1rt, un procp u de
contact entre le Roi et l s re'pon able de parti LE REFUS
politique 'e t in 'tamé. En ] 971, le conta·t, DES PARTIS
pl'é<'édé' par d ' conv r 'ation exploratoire, c
. ont eng-agé. en novembre pour e ponr uine en L 3 novembre. )1. 0 mane recevait la premlere
décembre t jam·ier. Int l'rompu à la suite d la de 6 per,'onnalité ,)1. llal cl Fa j, au nom du
proclamation de la 3e con titution marocaine, il parti d 1'1 tiqlal et c lui-ci déclinait l'offr de
ont repri n'anmoin en fé"rier-mar pour échouer participation au gouvernemrnt en motivant on
pratiquem nt définitivem nt n avril-mai. refu par le fait que «le fTouvernement qu'il
'ao-it de formel' n(' di po e VU de'. condition'
et drs moyen pratiqu ponr ré oudre la cri c
LA LETTRE que traver e le pay ».
ROYALE
Le communiqué publié à cette occa ion tipul que
U. Allal cl Fa i a xpliqué à )1. 0 man que
En 1972, c'e t l 23 ptembre, c'e t-à-dire un «l'œuvrc de rcdl'e ement qu' xio-e la cri e grave
moi aprè l'attaque du Boein fT royal et tou le que tra"el' e le pay néc ite la con titution d'lm
·,·'nement qui lui ont ,uec'dé qu, par une gouvernement homogèn, plpin ment re pon able,
lett!'p officiell adr 'ée à 6 pc'r 'oillHtli té' d(' pré id' p:11' lme pel' onnalité politique engag'e et
parti politiqu , le Roi a repri l'initiative d cc:.pable de promouvoir un proO'ramme répondant
contact en invitant le organisation à participer aux a piration profon 1 ~ d ma. e' populair ».
à la formation d'un nouveau gouvern ment et en En con équenc , «le parti cl 1'1 ,tiqlal xprime on
h'ur demandant l ur opinion quant aux moyen~ rejet global de la formule adopt' e pour l" ou he
qui faciliteraient cette participation. la eri e ».
Jl1 '1 ai 'i le chef. de:s parti politiqu(" ont I/une aprè l'autre le div r l'pel' onnalité
r'uni leur in tance, con u]t' l('ur état -major' con nlté ' devaient, dan le jour lli"ant . d'cliner
(>t lrurs cadre . La procéchll'e a duré em'iron un l 'offr de participaüon en rappc1ant le contenu de
mois. Les premières répon 'e 'galem('nt écrite Jc.ur répon e ,
ont été remi,·. wr: le 16 o<'tohre, alOI' que le.
6 personnalités étai nt r r,:us avec leur délégations A ce ta de, on e deman lait natur 11 m nt, i, à
au Palai,. A moment, la teneur de r'pon e l'instar cl ce qui e pa e ai1lem n pareil a,
n"tait à peu Pl''' connu qu dan' sa ub tance, le Premier Mini tre pl' enti Il 'allait pa lai' r
(·t 11(' a m Amc' donn' li 1.1 à des jeux d mot : on lu plac(' à un autre pel' onnalit' qui pour ui\Tait
parlait ain, i d «oui mai », cl «oui-non» rt d e contact, Il n'en fut rien.
« non-oui ».• i les conditions mi par le partis Le 20 novembre, le Roi allllon<;ait la n titution
à leur participat ion gouvern('m ntair SP!11 blai('nt
d'lm nOl.weau gouv rn m nt qui, dan on principe
COlT spondr à lc'Ul' lignr politiqu affirm'e, les ne- diffère en ri n du pr'céc1ent pui que con titué
di. cus ions s mblai nt ouv rte.. dl' personnalit' apolitiqu , n u lié aux parti,
Pui ,1 2 nov mbr ,1 Roi d' ignait 1. 0 mane et de t chnici n et technocrate' d' jà pourvu' de
pour pl" 'id l' l futur gOUY rn m nt n le char- hnuts po te dan l'admini tration.
lA POllTIOUE
ET l'IMPATI E CE
LE DISCOURS relèvement du niveau colaire, la réform agraire.
ROYAL t'a' ociation d ~ trayaill ur aux bénéfice drs
ntr pri 'e , la r fonte et la rénoyation de' texte'
Simultanément, le Roi, dan un di cour, explicitait a Imini tratif et de tructurt' de l'administra-
l, tâchr a igl)ée~ à ce nouy an O'ouyernement tion ».
t 1 proee II qui y a,'ait conduit.

On relèYe dan le di cour ro~'alle point ni vant' : LA REPONSE


DE L'ISTIQLAL
«.Je ne peux en aucun fac:on mc dt' ai il' de
la otn'eraineté marocain int'rieurt' et extérieure ».
- «Le meilleur régime qui conYient au Maroc e't imultanément, éO'alement, 1'1 tiqlal publiait, le
c lui de la monar hie con titutionnelle qui ünpo e 21 noyembre, a r'pon à la lettre royale datée
dune faç:on ab olue l'exi tence de parti politiqu du 16 octobre. n relhe dan~ cette répon 'e 1 "
t d yndicat multiple, d'autant plu que l'indé, élém nt uivant
pendance a été acqui e par le peuple entier et que - « eul un O'ou"ernem nt de patriote. i us du
le nationalisme ne peut tre l't'y n liqué ni pal'
A
peuple et joui ant de sa confiance e t en me url'
un parti unique, ni par certain parti politique, 1'a ~umer e re pon abilité, un gouyernenl<'nt
ni par certaine pel' onnalité ». homogene, di'po ant de tou le Pl U\'oÎl's née '-
aire, qui, dan l'attente d'él ction légi latiye
- «Je ne peux permettl'e à quiconque d'appliquer libres, au uffrage uni"er el direct doit prendre
un programme qui impliquerait de' choix irr'yer- en on eil de ::\1ini tre ,tou le d'cret t toute
ible tant qu de élection' n'auront pa préci é le' loi' ».
qu'rlles ont le personne et le groupe qui repré-
('J1t nt véritabl ment le peuple t e a piration.. - «La première tâche de ce gOl1Yernement doit
être de r'tablir un climat de confiance n garanti -
.JL veux de' élection sincère qui indiquent il tou ,ant le re. peet total de liberté indiyiduelle et
quelle ont le yéritable orientation et le per- publique, et en libérant le d'tenu politique »,
enne qui doivent m'aider à conduire 1 navire ».
- «Le proO'ramme d ce gOUY rnement doit être
- «.Je ouhaite que le cadre de certaine forma-
hl récupér3tion de territoire encore ou domina-
tion politique e joignent un jour à l'effort
tion étrangère, la uppre 'ion l toutE'. le ba
rommun, Les ·parti politiqu doiyent opérer leur
étrang'r , l'unité maO'hr'bin , l'indép ndance du
reeonwr'ion ».
pouvoir judiciaire, l'in tauration d'une d'mocrati
- «Le g'otn'ernement ya préparer de '1 rtion et politiqu , ' conomique t ocial, ur le plan poli-
j" garderai vacant. de multiple Mini tères d'Etat tique, l" galitari me économiqu a ,'ec la nationali-
à la di po ition dl' tou ceux qui veulent, e joindr iltion d . ecteur clé, la réform agraire l'arr At
au gouyerJwment, sans a umer d'autre re pon- de la hau e d prix, la ré\'i ion du régime fi'cal,
,'abilité;; que celll' de contrôler la incérité cle opé- 1(' développement de région le plu d'fayori ée',
ration électorale », l'arabi ation et la rénovation d l'en eiguemcnt, une
politiqu de logement, la réorgani ation de l'armée,
- «Le véritable problème qui. (' po ent au pay l'arabi ation de l'admini tration, la libération de
'QJÜ Cl'UX du chômage, de l'en eignt'ment, d l'agri- ln diplomatie marocaine t la mi e en place de'
culture, de l'indu triali ation, de la marocani ahon, in ,titution con titutiolln 11 dan le adr dé la
qu'il faut ré'oudre par la création d'indu 'trie,', 1. on titution »,

"J - 13
LA REPONSE DE L'U.N.F.P. Ol1azzani pom II' Parti [)'moc'l'atiqlH' (' 1l.ti lItion-
(tendance Bouabid) Il l, n'ont pa - 'té, à notr onnai 'UI[(,(', l'pndlll'
publiqu<' .
lat' du]5 ('tobr, la d r T.X.F.P.
(t ndan B uabid) fon l ntiel1<'m<'nt 111' la
1,l'oclamation o1<'nnell que le peuple maro 'ain LES PROPOSITIONS
rait appel' à 'lire une a 'embl'e nationale con,- DE M. ALI YATA
tituant et l'cri latiye, ur la ba e du ouffl'a cr ('
uniyer' l dir ct, qui aura pour tâche d re"oir la Il faut égalenl<'llt pl" ci..er q n' ntre tC'nl P , :\1. Ali
'on titution 0 ] 97-, smtout dan le.. domaines l'ata, l'e -pon anle du P.L.•. interdit t qni aurait
1'(' pectif' d la loi t du rècrl ment, t ur le, 'té rec:u n auc1ienc par le Roi, a lancé l'idée d'nne'
rapport' entr 1 diff'r nt pOl1\'oir, ain i qu'une ta.ble rondr immédiat d .. fore .. nat ional ,r'\,o-
t<;che lé?;i latiye ordinair ,L' . T.l; .P. réclame ' cr 3- Illtionnaire , pro"'!' ' i 'te et nationali·t n préci-
lem nt «l'abrocration d texte lécri latif, ou 1"0'1 - ant qlH' 1 point' 11'a cord exi tent dan' le pro-
1l1Cntairl' l' tr ignant l' x l'cie de liberté publi- gramm .. 1'e p ctif"ur le' point· suiyant' : libéra-
que ou privé ,l'abrogation de dahir' ,t arrêt' tion de, tel'l'itoir occupé par l'E 'paCl'n , r'form
l"pre if' adopt' po t'l'i Ul' ln nt à ]962 ur les acrraire, indllstriali..ation par le 'C'eteur d'Etat, auO'-
eode pénal, criminel et l'amni ti général n:lentation d'alaires t pl' tation', llouwlle poli-
an xclusive ». Une foi ce me'ures adop- tlque d'en 'eign ment, politiqu ext'ri nr prO!ITe-
t'), un crOUY rn m nt joui ant de la confianc 'i 'te t indépendante, rétabli emC'nt c1 lib l'té.
lopulatioll, pourrait, dit la répon e de l'U.K.F.P., publiqu plein et enti '1' ,. En in -i 'tant nI' la
~tre con titu' pour une dur'e déterminée ct avec
néce' ité ur o ' nt d'un allianc ut' cette ba .

c~ tflche pl" ci e, la premi 'l'étant d veiller entr toute cc' forces, en ..ouliO'nant la 1'1.' pon a-
à la -incérit' de 'lection, de mettr au point bHité hi toriqu' de force yiye' dn pay t n
une nouv Ile loi 'lectoralc, d' x l'cel' le pouvoir ritiquant la politiqu du tout ou ri n t l po 1-
l" glem ntaire, de pl' ndr , pendant la périod tran-
tion marquées du 'igne de l'aH nti me et d l'irr -
-jtoire le me me légi lative n ons il de JUini- ron'abilité de c ux qui attendent un pourri m nt
tre - ct d fair fac aux me ure - le plu urg nte wcore pIns grand c1 la, ituation, )L Ali Yata
P. tim q ne 1 'première tâche ont l'a. aini cm nt
clan 1 oomain 'conomique, 'ocial t culturel.
dl' la ituation, la libération cl tou l détenu
crouvern m nt l'rait tran itoir , le gom'ernement politique, et 1"1 ction au uffra cr uni,' r'el dir cl
llpré entatif d tiné à entrepr ndre l'œun d'édi- et 'ecret d'une as emblée con 'tltuant et légi lati,·e.
fication d'un démocratie économique devant être
con titué aprè le 'Iection.
LE PROBLEME
DES INSTITUTIONS
LA REPONSE DE L'U.N.F.P.
(tendance Ibrahim) 'l'elles sont, n gro ,le opullon enu de part
et d'aulr et qui étant cette foi 'crite t offici Ile
D on côté, la réponse de l' , .F,P, (tendance (·nt l m'rite d'~tre plu clair et plu préci e. '
.A. Ibrahim) tipul qu «la ri e a tuelle aicruë
t galopante, née ite à priori ct avant tout un I! e t aisé aloI' de voir qu l probl' me fondam ntal
gouvern ment l' ,poJl'abl qui oit en m<' ur d'en- dan' ce pay, elui qui hloqu toute ouverture poli-
t'lm l' l'application d'un politique de chanD' ment tique, est celui c1e in titution . En e n , il t
fondam ntal des tructures éeonomiqu , ocial permi, de dire qu le d l'nier oubr aut qu
t politiqu du pay. ' qui impo.'(' l'ajomn m lit nou a\'on' y'CU , n'ont pa modifi' d pO'ition
pro\'i oir de '1 'tion n att ndant qu la poli- connu s ct affirmée dè 1 année 60 t 63, ce'
tiqu de chang m nt fondam ntal fa de pa en po ition' qui ont ét' à l'origin de la ra ur nre-
ayant t prenn un chemin anl) retour et qu l gistrée entre l pou voir t le di ffpr nte oppo i-
p upl compr nne qu'il e t lib 'ré ». L' , ,F. P. tions. La dualité d la V1 ion politique non ule-
tim 'gal m nt qu la chart de la Koutla al ment n . t pa att'nué mai' '·t m~ln l' n-
~ atania, l' ndu pullique l 22 juill t 1970, e,l forcée et durci d part et d'autre, m ~me i on
l' xpr . ion national d a, pi ration populair la dis. imule 'ous quelqu nuanc '. En c n, bi n
t e t donc valahle pour , l'vil' d ba au travail qu 1 port ne oi nt pa f l'm' ,d 'ailleur en
gou verllementa1. politique le portes n ont jamai f rm e t a u
)[aroc moin lu'ailleut", on yoit mal la natuI' du
Le autr répon ,c Ile, d 1 1. harc1ane pour dialogue de tin' à 'in, taurer. Ain i l'incompr'-
le Iouv m nt Populair , Abd lkrim Khatib pour 1 hension ,emble totale sur le différ nt p int
Mou,enwnt Populaire et D'mocratiqu' et Hassan C'_·prim~s. A la r<,\'C'ndication d'nn on tituant , il
a été répondu qU'UIl(, t Ile i su(' était néce" aire
10r,qu'il 'agit de J'(\l1Iplac r un régim" un ,'ystè'm ,
de remoùeh r un Etat aprr, ulle rholution ou un
coup d'Etat «('1.' qui Il'(' -t pil' le ca' du ~Iaroc »,
(n'au. i bitn «il ne p nt ~. a,'oir d cOll,tituant('
~ou, un l"gillle Ill( IlHrchiqUl" mai, -etll<'I11('11t d .
con:-;titutioll octroyée .. car 1 monarque <'st déten-
tl ur de pouyoir » et <lU «la forme monarchiqu<'
dé l'Etat ne pl'ttt faire 1'objrt d\111 l'hi 'ion COll ti-
tutionnclle »,
\. la rewndication d\111 goun:rn m nt homogèn ,
qu'il oit, cOl1lme l'a dit 1'1,tiqlai, ba é 'l1l' l'unicite>
ou ur une pluralité dot' d'une plate-forllle poli-
tiqu COmmUllE', il a été répondu qn 'on ne yoyait
ra ur que]](' ba e confi('r le gouyernement à
une force politique déterminée qui, au 'urplu,
ambitionne d'appliquer un programm llac:ant la
nation devant de choix irrév r ihl ,tant que de
'l ction 11 'auront pa démontré i c ttc force e t
bl n celle qui repré nte l peupl ct a pira-
tlOn ,

LA QUESTION
DES ELECTIONS

Tout donc. en principe, tournerait autour de ce


él ction , mai n principe eul ment. l'ci pour
troi rai on , D'une part, en l"tat actuel de po i-
tion gelée et du climat pel' i tant (le problèm
tudiantin" Yiennent encore de le confirmer), et
11 dépit d prome' e r'itérée, on yoit mal 1
èéroulement de c ' élection. qui, au urplu, YU
le deux xpérienc précédent, ne ont pas de
nature à motiyer l'enthou ia m populaire et à
pr'parer la dynamique de chanO'em nt attendu.

On aurait, en effet, trop tendanc à oublier qU'il


l'État actu 1 du pay , 1 "élection dépendent dayall-
tag de l'admini tration que du O'ou" rn ment, rt
que l'admini tration, comme chacun 1 ait, e t
pratiqu ment de,enue un corp autonome, une
p'ce de l'la l', oucieu d'agir dan l cadre d
on maintien et d la perpétuation d on influence
dominant. e n'e t donc pa uniquement au tade
le plus élevé qu'il faudrait contrôl r le" élection,
mai à tous le tad de la machine admini trative,
ce qui l'l'pré ente une tâche giO'ante qu , qui, elle-
même, ne peut êtr entr vue que dan l'hypothè e
de la création d'un consen u national nouveau.
La l'conde rai on t que, outre la cri l'politique,
il, y a un crise de coniianc , en ce 'en qu le
peupl~, écarté depui tellement d temp de toute
participation, e t aujourd'hui non pa indiffér nt
comme on voudrait 1 croire, mai dégoûté, con- Ci-d u, le di h' de l'original d la lettre adre '
cient que dan unp ociété conditionné, tout t
au président llal El Fas i
f<tu é, et réticent en con équence à tout formule
qui ne pré enterait pa de a pect fondamenta-

'1 - 15
Il ment nou\' aux. Enfül, la tl'oi'ièmc rai'on S1 ri politiqu<' a grandi (>t If" )I(jI'I)('aiI~ on
llC'.
qu(' si 1 pou\'oir plac Il' él dion au pn'mi r ('han~é. On \'oit d'ailleurs I;a et la, dan <ln '1' (-
phm du pro ('.. u a ngager, l 'oppo ition n<> 1 fOl'mati 11' politique" Ir.. 1 r'mi .. ' d'un ('hange-
\' it qu'omm la concr't1:ati n d'Ull \olont' de />10nt fondam nta1.
<'hang('ment qui doit êtr amorc'e de fa(;on pr'a-
1<:ble.
PREMISSES
L pl' blèm 'en trou\' donc compliqué. 'i~ z:
ET DEBATS
s'aO'i ait que cl"l ction , à la limit , il n ,'aO'lralt
que d leur libert' et de leur :illcérit'. }.I~i , (lan;;;
Ct-penclant c pl'émi '. e. doivent êtrr pour l~ivi ,
le cadI' dl' la \'ision duali<;t d" la POLItlqU , le..
ac -entu ", renforcé, pour qu'un qu Iconque 1.. u~
'1ecti011 , étant \'U pour cc qu'elle ont, (,'e t-
à la cri e pui'.'e êtr cp'r'e. Et 1 chang-<'m nt qUI
à-dire un moyen t non une fin, ntr nt dan deux
doit ~tr opé!", il faut le pr'parer. (' n'e·t p:!'
trat'o-i fo~dam ntalem nt diff'r nt('. t dont on
a\'ec de. «truc,» qu l'on mobili' le ma. e. Il
\'oit mal la conciliation po ible, ou le écrit t
faut hic'l1 rntC'nc1u un prog;ramlll clair, conséqu at,
le' lire de un et de' autre, il Y a, en ('Het,
encor qu'il ne faill pa n n ph: tomber d~z:' le
,,' ible ('n filigrane, t d'autant p~u \',i ible "qu~ mythe du prOOramml.', cal' un programm politIque
II' jeu politique dan cc pay n'a Jamal. "a1'le III
ql~i tra ~uit un idéologie affa'.'e n'a au -une
dan' , n fond, ni dan a forme le intention ou-
chance de O'aO'ner de' uffrage, t ce n', t pa en
jucent<". Il t peu de dire qu'il y a dunE me.
multipliant l 'programme qu 'on re\'i \'ifi l'action.
Pour mi ux 1 compr ndre, il faut ncorc préri l'
Il faut là au i t "lU'tout e fonder ur une liO'n
que ce duali me e t fond am ntalement enrac.iné,
idéoloo'ique claire, mai 'il faut engaO'er le combat
(,ue 10 an de -ri e inc ant(' t d ux tentatlve
idéoloO'ique c n'e t pa n'importe quel débat
â coup d'Etat n'ont pu le modifier et qu'aujoUl'- 1 ui 'ont à propo el', car il t d, débat lui ~('
d'hui comme hi l', aucun' d \'i ion. politiqn'
mènent à rien et qui pel1\'ent JU tem nt - l'YU'
aiÏirm' n' t encore ('n me m'e d'annihiler l'autre.
d'alibi pour ne m n l' à rien. Ces d'bat' ont
D'où l'attenti me et l'immobili me apparent. intellectu llement ati fai ant pui qu'il permettl.'ut
d< e l'éfugi l' dan 1 hauteur de la riO'ueUl' loc-
ttinale, an tomber dan l'ar'u de combat' quo-
LA NECESSAIRE RENOVAT[ON tidien .
DES PARTIS Et ur c plan de la quotidienneté, ay 'mi
,
l l' t n marO'e de derni l' contact perm ttent
101' ? Paraphra ant Eng l, on doit ici dire qu'on de· voir que ur cel'tain qu tion e entielle.
ne p ut pl'cndre pour politiqu on impatience. comm la réforme ao-raire, l'indu triali ation, la
refonte de tructur de]' n eignement, la maro-
Dan la ituation actuelle, la premièr tâch nou'
cani'ation, la lihération économique, le chôma<> et
emble être que le parti l' nforc nt. 01', se
la àramatique ituation ociale, ain i qu'un l' nou-
l'enfor ('l', c la ignifi au 'i e rénover, chano'er
\' a n culturel l 'tmanimité d' O'aO'e. n unanimité
T
l méthode intern et xternc, intéoT l' tou le
qui ne re ort pa d'un programme parti an mai'
'lém nt jeune t dynamiqu du pay , dont on
cl un on en u national trè larO', t dont le 'arac-
peut C011'tater qu'il ont été pal' tl'OP lai é à 1" cal't
t' re il'rh r ihle e t com.mand' par l a pira tion
du courant et des tructure, réduit. au l'ôl de
poplùaire'. Il n'e t aloI' nul he oin de a \'oir . i
. p ctat ur , d'acc 'cl ur le idée, de base, c('rte ,
te] parti remportera t liège dan l futur parle-
mais non mo])ili 'é pour pan'I il' à 1(' oncr'ti l'
Il:rnt pour opérer dan ce ecteur 1 réforme~
t à le meHr en pratique, non mobili é' t non
née ail' et urtout pour l imp' l', dan l
1'(:' pon, able, De 'e fait, pour l'in tant, la politiqu
t mp même où l'action politiqll est l' ufor ' .
au ::\1aroc (' t un peu un affair de chap lie. 'tt
donnée, qui tau.. i un évidence, n implifi e11('-ei e t aujourd'hui la n' cité la plus vitale,
c('rtain m('llt pa le problème t t lm nou\' 1 cal' tant qUE' le :Maroc n di po el'a pa' tl 'unE' ppo-
'lém nt qui concourt à l'ab n e d'i 'u de qu lque iUon unie, forte t con équente, t, urt ut, urt ut,
natm'(' qu' II oit, Bien qu'il aien,t beau~oup d'un yéritable parti ciali t t prog'l'l' . i te, t ut
attendu pour opér l' c He r fonte qUI e t ntal , a politiqu 'e trOll" ra bloquée.
l ,'parti politique' peu\' nt encor l'attrap l' les
année, perdue., ann'e d'ailleur. qui n'ont 't' p l'-
du qu dan l'hypoth', d'un ,olution 'quilihr'e
de la cri. mal'oeaine, mai' qui n'ont pa 't' p l'due'
O'lohalement, aus. i bi n ri n n'e t jamais prrdu
~n politique, Imi. que, d l'a\'i, unanim, la cons-

16 _ 1
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~"NAIG"' DE PU'S
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RE'PA~rl·~ st
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(0
~

'4 _ 17
anouar abdelmalek

L'ARMÉE DANS LA NATION


°
Avec « La dialectique sociale» (1), recueil d'études parues dans diverses revues du-
rant ces 1 dernières années, et réunies par l'auteur, sociologue éminent, et maître
de recherches au C.N.R.S. à Paris, Anouar Abdelmalek, dont les travaux sur le
Tiers-Monde font autorité, et spécialement d'ailleurs sur le monde arabe, puisqu'il est
lui-même Egyptien, a présenté ce qu'il appelle « un livre en étoile ». Pour deux
raisons. La première est que cet ouvrage constitue à la fois le bilan d'un travail
théorique entrepris durant les années 1960, et l'introduction d'une œuvre idéolo-
gique plus générale, plus globale. La seconde, et le lecteur en est vite convaincu,
c'est que tous les thèmes développés so nt si actuels que la marche du monde en
devenir, dont Anouar Abdelmalek voit la dialectique principalement entre les na-
tions industrialisées et le Tiers-Monde en émergence, doit leur apporter d'immé-
diates concrétisations.
Ce n'est donc pas un hasard si Anouar Abdelmalek a rassemblé ces textes en une
somme d'interrogations qui s'articulent en quatre parties. Dans la première, l'auteur
délimite on champ de réflexion, ce qu'il appelle « le moment historique du travail
théorique» et « l'avenir de la théorie soc iale ". Ensuite, il passe à ce qui a été fina-
lement l'origine même de la réflexion dans tout le Tiers-Monde et ce pourquoi lui, per-
sonnellement, a créé un vocable, « le ph énomène nationalitaire",
On aurait tort de croire qu'avec les indépendances, nous sommes sortis de cette
phase historique. Tout au contraire, et, ne serait-ce que sur le plan marocain. qui
n'est certainement pas le seul, nous y so mmes de plus en plus plongés, puisqu'il
s'avère que l'indépendance n'a rien régi é et que tout ce qui était pendant, avant,
loin d'être résorbé, a été poursuivi et ag gravé.
Cette partie du travail d'Anouar Abdelma tek nous intéresse donc au premier chef,
d'autant plus qu'elle s'ordonne pratiquement chronologiquement, depuis « la vision
du problème colonial par le monde afro-asiatique .. , « l'orientalisme en crise ", jus-
ETUDE qu'à une « analyse des formations nationales .. , « la sociologie du développement
La grande intelligence englobe
La petite intelligence discrimine
La gramde parole est 'clatante
La p tite parole est 1. erbl-tts

Tchouang T cu

ARMEE ET TECHNOCRAliE
DANS LE TIERS - MONDE :
, ~

contribution a une étude sociologique du pouvoir


national», la c< problématique du socialisme dans le monde arabe ", l'influence de
la pensée libérale européenne sur le développement de la pensée égyptienne, et
I~ concept de c< renaissance nationale».

Cependant ce phénomène nationalitaire est aujourd'hui débordé par ce qu'Anouar


Abdelmalek appelle c< la dialectique des civilisations à la lumière du marxisme».
La spécificité des termes, comme toujou rs chez Anouar Abdelmalek, peut rebuter,
mais l'interrogation est fondamentale. Le marxisme a profondément changé toutes
les théories du développement. Le Tiers- Monde ne peut pas ne pas les intégrer.
La question est alors comment. Anouar Abdelmalek la cerne en 5 études: « socio-
logie et histoire économique, un essai de médiation .. , c< vers une sociologie com-
parative des idéologies», « marxisme et libération nationale .. , c< la notion de pro-
fondeur du champ historique en sociolo gie .. et « marxisme et sociologie des civi-
lisations ».
Phénomène nationalitaire toujours en cou rs, introduction du marxisme et les chan-
gements fondamentaux ainsi apportés, la réflexion ne serait pourtant pas complète
si elle n'intégrait ce qu'Anouar Abdelma lek intitule c< la sociologie du pouvoir»
qu'il cerne par une approche de la « sociologie de l'impérialisme» et par deux
études sur le rôle de l'armée dans le pouvoir. Sur ces deux thèmes, d'une actua-
lité brûlante, Anouar Abdelmalek a des réflexions à la fois originales et basées
sur l'expérience. On se souvient, en effet, que son premier ouvrage, paru en 1962,
fut « Egypte, société militaire» dans lequ el il étudiait ce phénomène lié à l'Egypte.
C'est pourquoi il nous a semblé intéress ant de reproduire ci-contre la substance
de ces dernières études, la réflexion qui les inspire nous intéressant particulière-
ment.

(1) «La dialectique sociale », Anouar Abdelmalek, éditions du Seuil, Paris, 1972. 50 DH.

1 _ 19
L'émergence de l'armée dans le do- nationaL parfois accompagné d'une riers creee par les guerres qui en ont
maine de l'action politique, économi- vision du monde ». Et ceci parce que besoin, crée maintenant des guerres
que et sociale, depuis plusieurs années "l'armée se place au noyau le plus dont elle a besoin ...
dans de nombreux pays du Tiers- profond du pouvoir. au lieu de jonc-
Monde, n'est pas un phénomène nou- Con entre le projet politique national Il est devenu impossible de nier la
veau, ni un phénomène propre au el l'appareil qui en assure la main- réalité. Le monde a été mis à Jeu et
Tiers-Monde, affirme avec force Anouar tenance·». à sang. Les guerres coloniales, l'émer-
Abelmalek. A l'appui. il cite le rôle gence de la Chine sur la scène mon-
du complexe militaire et industriel aux Cependant. et c'est le second stade de diale, ceCe de l'ensemble du Tiers-
U.S.A.. la part prédominante de l'ar- le: réflexion d'Anouar Abdelmalek, non Monde, les bouleversements armés qui
mée dans la constitution de l'unité seulement celle évidence a été mé- en résulteni, étayent encore le rôle de
allemande, son jeu dans les périodes connue, rejetée dans le flou et l'am- la violence dans l'histoire. Pourtant. les
de crise en France, son impact dans bigu. suivant le principe que l'on «ne penseurs occidentaux qui tiennent les
les deux pays de la péninsule ibé- repère que ce que l'on souhaite meltre sciences sociales reJusent encore de
rique qui paraît d'ailleurs ressoriir en lumière, ce contre quoi on n'entend tenir compte de l'évidence. Comme ils
d'une tradition, et l'importance quOelle pas se garder .., mais encore. on a ne peuvent plus la nier, ils vont la re-
a en U.R.S.S. et dans divers paY3 tenté de rejeter ce phénomène dans le léguer dans le monde dit Tiers, ce qui
socialistes européens. Et s'il cite éga- Tiers-Monde, de la marginaliser en signifie pour eux, à la limite, anormal.
lement divers exemples plus reculés quelque sorte à dessein.
d Etats militaires dans les pays dits On voit qu'ainsi la démarche intellec-
aujourd'hui Tiers, il s'étend plus lon- tuelle alteint son but: l'armée reste.
guement sur le dépeçage de l'Afrique, UN PHENOMENE tout comme la violence qui l'institu-
tionnalise et le pouvoir d'Etat qui lui
le rôle, donc, des armées occidentales QUE L'ON VOUDRAIT sert de suppo:t. des phénomènes ex-
dans celte conquête et aussi sur les MARGINAL
guerre coloniales et les conflits de ceptionnels. Tout se passe, ou du moins
civilisation. "On voit bien, relève-t-iL ET EXCEPTIONNEL on veut que tout se passe, "comme si
que, depuis Yalta, les seules guerres l'armée était détachée de l'appareil
où les Etats occidentaux consentent Pourquoi avoir ainsi voulu nier le rôle du pouvoir, comme si les militaires,
encore à s'engager sont celles que de l'instrument militaire et nier en étrangers eux-mêmes à l'étrange pro-
l'on conduit contre l'Orient en renais- même temps celui de la violence dans cessus du pouvoir, s'a visaient subite-
sance et en révolution". Phénomène le pouvoir? C'est, répond Anouar Ab- ment de leurs potentialités et se lan-
mondial donc, et qui. aujourd'hui prend delmalek. en disséquant la pensée çaient dans l'aventure ...
peut-être une coloration nouvelle par occidentale, que " l'anti - militarisme De celte manière, aussi. on évite de
le fait même qu'il s'étend au Tiers- vient de loin ». Les théories du rationa- répondre à des questions aussi essen-
Monde. lisme et de l'humanisme ont abouti à tielles que celles-ci: la violence armée
réprouver la violence, et à rejeter dans est-elle le propre de l'armée ou bien
l'ombre la réalité du pouvoir, la caractéristique spécifique de l'ap-
VARMEE EST AU CENTRE Partant de là, le rôle de l'armée dans pareil de l'Etat? Est-il possible de
DU POUVOIR le corps social tout entier ne serait concevoir la mis'e en œuvre d'un ob-
jectif social de quelque importance
TOUJOURS ET PARTOUT qu'une exception à la normalité, qui.
en dehors de la mise en œuvre de la
elle-même se baserait sur la préémi-
nence de la société civile, à vocation violence organisée?
Mais, l'idée centrale d'Anouar Abdel-
malek est celle-ci: l'heure est à la démocralique, laïque, pluraliste, pacifi-
mondialisation des problèmes, mais que et donc humaniste. D'où aussi l'il- LA LOGIQUE AMERICAINE
celle mondialisation ne peut être vrai- lusion tenace de la division du pouvoir
«qui va inciter la classe politique à TROIS DEFINITIONS
ment ressentie qu'à travers l'approfon-
dissement des spécificités. ne reconnaître l'armée qu'en tant qu'ul- DU ROLE DE L'ARMEE
time recours, ce qui l'engagera vis-à-
D'où une démarche à deux niveaux. vis d'elle dans la voie du déni et de Celle limitation volontaire et arbitraire
Le premier est celui-ci: «L'histoire des l'hostilité". Anouar Abdelmalek note à la fois sociologique, politique ei géo-
sociétés humaines témoigne que l'ar- alors: "Tout se passe comme si l'Etat graphique, du raie de l'armée, est im-
mée a toujours été placée au centre bourgeois et la société capitaliste se putable, souligne Anouar Abdelmalek,
du processus de constitution des- 101:- lavaient les mains de ce qui constitue essentiellement aux chercheurs amé-
mations socio-économiques, des socié- l'armature même de leur existence et ricains. Jusqu'à ces dernières années.
tés, en formations nationales, c'est-à- de leur pouvoir, au nom d'un humanis- en effet, les penseurs européens éprou-
dire au centre de la constitution des me tempéré tour à tour de spiritualité vaient encore trop de répugnance
nations et de leurs Etats », «Chaque et de scientisme techniciste ". quant à l'armée et à la violence pour
fois que les sociétés humaines ont en tenir vraiment compte. Quant aux
Les penseurs occidentaux libéraux in- chercheurs du Tiers-Monde où ils ne
tenté de se donner une existence inté- terprètent la violence en termes cultu-
grée en tant qu'entité nationale dis- se penchaient pas sur le phénomène,
rels et voient sa négation dans le pro- ou ils le subissaient, ou, encore, leurs
tincte autour d'un centre de pouvoir, grès et le développement économique.
lui-même instrument de l'hégémonie travaux étaient inconnus.
d'une ou de plusieurs classes sociales Hostile à la violence, la sociologie eu- Partant de ces a-prioris. après d'ail-
dominantes, l'armée a été au centre ropéenne est donc inapte à en rendre leurs les avoir créés, les chercheurs
du processus tout entier, le fer de lan- compte. La montée des socialismes américains les ont conduit très loin
ce qui a déblayé le terrain, assuré le bouleverse ces données, et la seconde avec le sens de l'efficacité qui leur est
pouvoir national, protégé les frontières, guerre mondiale les fait éclater en propre, Et ces idées ont eu une in-
unifié chaque fois que l'occasion po- morceaux. fluence déterminante dans le Tiers-
sait le problème de l'unité, les diffé- Monde notamment.
rentes composantes de l'entité natio- Pour Shumpeter: «Le capitalisme ne
nale, par le fer et le feu certes, mais crée pas une machine de guerriers, En 1959, dans le cadre d'une grande
toujours à partir d'un projet politique mais, plutat, cette machine de guer- étude sur la question mise en chantier

20 - '1
par la fameuse Rand Corporation à
Santa Monica, des thèses qui ont été
par la suite appliquées, ont été pré-
sentées. Il est intéressant de les rele-
ver.

Ainsi Hans Speir déclare: «Dans plu-


sieurs nouveaux Etals qui ont émergé
au cours de la période récente de dé-
colonisation, les militaires jouent un
rôle vital. En tant que force révolu-
tionnaire, ils ont contribué à la désin-
tégration de l'ordre politique tradition-
nel; en tant que force de stabilisation,
ils ont empêché certains pays de deve-
nir la proie du pouvo;r communiste;
en tant que force de modernisation,
ils ont été les champions des aspira-
tions des classes moyennes ou des
demandes populaires pour le change-
ment social et ont fourni talents admi-
nistratifs et technologiques au secteur
civil des pays où ces talents sont ra-
res ».

Johnson ajoute: «La recherche fonda-


mentale se mettra en quête des indi-
cations sur la manière dont les poli-
ticiens en uniforme entrent en concur-
rence avec les nationalistes, les bu-
reaucrates étatistes, les intellectuels
occidentalisés. Et quand les o~iciers
arrachent le pouvoir des mains des mi-
litaires, comme ils l'ont fait en d'innom-
brables occasions dans des sociétés à
toutes les étapes du développement.
on étudiera leurs qualités charismati-
ques ainsi que leurs talents adminis-
tratifs et organisationnels entre autres
raisons, afin de trouver la réponse à
la question de savoir pourquoi les
gouvernements militaires ont favorisé
le développement national et les pra- l.N.S.
tiques démocratiques dans certains
pays alors qu'ils ont exercé une in-
fluence retardataire dans d'a u t r e s les pihtins du dollar-
pays ",

Enfin, Shils assigne à l'armée-le rôle


de «combler le fossé entre l'élite mo-
dernisante et la masse de la popula- à-dire d'accélérer le processus imita- dire que, dans celle optique, le statu
tion comme pré-condition de la créa- tion de développement de l'Occident à quo est la donnée de base et que si
tion d'une société politique ". défaut de le rattraper '». Comment y les guerres localisées sont perçues,
parvenir? Pratiquement biologique- elles ne sont vues que comme traitées
Pour Anouar Abdelmalek, ces trois dé- ment, en «créant un noyau dur capa- par des forces militaires à lonction
finitions du rôle de l'armée se ressem- ble d'unifier et d'organiser les diffé- policière.
blent en ce sens que la question sous- rentes composantes d'une société don-
jacente à laquelle elles veulent répon- née ». Il faut d'abord, disent les cher- To tes ces analyses, déclare Anouar
dre est celle - ci: «Comment rendre cheurs américains, structurer ce noyau Abdelmalelc. donnent de l'armée l'ima-
compte de l'aberrance des militaires dur avant d'agir dans le cadre plus ge suivante: «A l'intérieur du pays
qui jouent aux politiques? ». général de la société donnée, l'appa- un agent incomplet de changement po-
reil militaire étant assimilé à une clas- litique, par la voie de l'intégration et
se politique et les relations civils mili- de la modernisation, à l'extérieur, un
DES NATIONS taires n'intervenant qu'en dernière policier des rapports internationaux ".
analyse, On mesure ainsi qu'au cen- Et tout ceci, note encore Anouar Ah-
A RECONSTRUIRE tre de tout figure le problème du pou- delmalek, parce que les classes
PAR L'ARMEE voir. Ce processus «d'intégration dy- moyennes, la bourgeoisie nationale,
namique» que les chercheurs améri- les élites intellectuelles, les technocra-
Cependant il retient en premier lieu cains veulent mellre en œuvre a natu- tes modernistes. paraissent avoir fait
que, dans cette logique des chercheurs rellement ses fondements dans le pays leur temps, au moins au centre de l'ap-
américains. le r61e le plus important considéré, mais il est aussi vu en rela- pareil du pouvoir. Alors on invoquera
qui est assigné aux militaires est celui tion étroite avec les facteurs issus de l'armée, intégratrice. éducatrice, mo-
d'accélérer • la modernisation », c'est- la conjoncture internatioale, Il va sans dernisante.

~ - 21
Mais Anouar Abdelmalek s'interroge
sur les fondements de celle réflexion
américaine, indépendamment de ses
motivations culturelles qu'il a déià sur-
volées. Il en voit deux, D'une part, la
coupure du monde industrialisé en
deux idéologies. D'autre part. les ten-
dances américaines 0 l'hégémonie
dans tout le Tiers-Monde, et :'1 pro-
pension américaine à extrapoler de sa Speed of Light
propre expérience de nation neuve. . Depuis 120 ans, les Ecossais
pour créer partout dans le monde des apprécient "the William Lawsoll'.
nations, selon ses propres critères. ~ Light Scotch Whisky":
naturellement. ses propres intérêts. il est synonyme de lumière.
légèreté, finesse.
Aussi ce n'est pas étonnant
que vos amis le boivent
UNE POUSSEE MILITARISTE à la vitesse de la lumière.
MONDIALE Peut-étre est·ce .
pour rattraper le temps perdu.
Et, curieusement. dans le même temps,
ces mêmes nations. dites neuves. et
qui sont en réalité souvent très vieil-
les, sont cependant aux prises avec
des troubles profonds quant à leur
identiié nationale, en raison d'un man-
que de structuration nationale-étatique.
et de l'absence de classes politiques.

Ces mêmes nations sont aussi mar-


quées par des putschs en cascade,
" C'est le temps des colonels. celui des
cavalcades. des chevauchées à travers
de grands espaces qui ne mènent .:z
aucune Californie, celui de l'ascension
," .
de l'oligarchie militaire et des compra-
dores. plus tard du guérillérisme dans
les montagnes. loin des masses popu-
laires dont la faible intégration dans
la société et la nation irrite. Le terreau
rejoint donc la théorie »,

Fi pourtant de ces belles constructions


intellectuelles! s'écrie Anouar Abdel-
malek: "Le problème fondamental.
celui du rôle de l'armée dans les so-
ciétés modernes, demeure ».

Car. comment expliquer alors les gran-


des opérations policières et militaires
à l'échelle de la planète "qui vont
limiter les dégâts et partant sauver la
face»? Comment expliquer "l'Iran de pouvoir de décision. en tant qu'armée Pour éviter de tels pieges. Anouar Ab·
Mossadegh. l'Indonésie de Sukarno, du peuple en lutte pour sa libération delmalek est formel: il faut situer l'ar-
Cuba et Saint Domingue? Le Mozam- ei sa révolution. en tant. aussi. qu'ar- mée dans le cadre du pouvoir car
bique, l'Angola. le Soudan. la Jorda- mée des puissances impérialistes qui l'armée n'est pas une notion abstraite.
nie. le Maroc»? Comment e li e le portent leur action à l'extérieur de découpée du substrat où elle vit et
Vietnam martyr où les Etats-Unis ont leurs frontières, agit. mais bien une composante de la
déversé plus d'explosifs quOau cours formation socio - éconmique nationale
de la deuxième guerre mondiale? Mais la vision que l'on a de l'armée tout entière. et \me composante privi-
en Occident. permet de blanchir les ar- légiée puisqu'elle en constitue l'axe
Comment expliquer donc cette poussée mées des Etats impérialistes. leur ré- de puissance,
militariste impérialiste à l'échelle du pression. leurs ratissages. leurs mas-
monde et qui veut répondre à la mon- sacres. et même leurs génocides. en
tée des mouvements nationaux d'in- voulant masquer le contenu socio-poli- PAS DE POUVOIR
dépendance et de libération? tique de l'institution milltaire et son SANS VIOLENCE
rôle fondamental qui est la mainte-
Or. dans l'un et l'autre cas. celui de nance de l'ordre de la société au sens
l'impérialisme et celui du Tiers-Monde. le plus large d'un Etat national donné. Le rôle de la violence est en effet émi-
l'armée se trouve placée au coeur de Ou bien. il équivaut à afflubler du nent dans l'exercice du pouvoir. et. à
la jonction: en tant qu'armée de l'Etat même coefficient de négativité les ar- la limite. il n'y a pas de pouvoir sans
national. garante de la stabilité de ses mées populaires. puisque les unes et violence. L'histoire du pouvoir d'Etat
institutions et de l'autonomie de son les autres sont des armées. dans le monde a été celle de l'orga-

22 - '1
nisation toujours plus rationnelle de la central dans la structuration de ce pou- ~ARMEE ENTRE ~ORDRE
violence en tant qu'instrument de l'hé- voir politique, surtout dans les pays ET LE PROGRES
gémonie des classes et groupes so- où il n'y a pas de tradition de plura-
ciaux dirigeants au sein de l'Etal na- lisme politique: dans ceux où l'Etat
tional. Ceci a été masqué en Europe a toujours joué le rôle dominant, dans C'est sur quoi se fondent les institu-
quand une relative paix civile régnait ceux qui v;ennent de se constituer, et tions d'un Elat, et nulle part, note
à l'intérieur et de l'extérieur. Mais, pen- dans ceux aussi où la tradition cultu- Abdelmalek, autant qu'au se:n de l'ar-
se Anouar Abdelmalek, si l'Etat pou- relle con:ond les pouvoirs spirituels et mée, projet national et projet institu-
vait se concevoir comme l'Etat de la temporels, comme en Islam, de même tionnel ne sont autant con!ondus. Or,
seule paix civile, c'était au prix d'une que dans ceux où le pouvoir a été le projet esl actuellement bien souvent
véritable mutilation idéologique et pris par le peuple en armes sous la le progrès, la science, ce que l'armée
théorique destinée à masquer la na- direction d'un parti révolutionnaire. comprend d'autant mieux qu'elle est
lure de classe du pouvoir, pour main- amenée à se servir des moyens les
lenir la fiction de sa division et celle Si la structuration sociale est ancienne plus avancés du progrès technologi-
du primat de la liberté individuelle for- et s'est opérée à l'abri des invasions que.
melle sur les libertés publiques. et de la domination étrangère, la clas-
se politique peut être à prédominance De là naît une dialectique qui s'appro-
Aujourd'hui, on ne peut plus masquer. civile, encore que fond2e en dernier fondit au sein même de l'armée entre
Il y a eu trop de violences, trop .de recours sur l'appareil de l'Elat, donc secteurs traditionnalistes qui raison-
Vietnam. Les peuples ont pris cons- l'armée. Mais le plus souvent. ceae nent en termes d'ordre et de mainte-
cience de la réalité du pouvoir d'Etat classe politique s'est constituée avec nance et secteurs dynamiques qui ap-
et la violence hier identifiée à tous les et autour de l'armée, même si elle prochent les problèmes de la mainte-
démons se révèle être à la fois l'ins- ne veut pas se l'avouer. A c~ stade, nance et de l'ordre dans une perspec-
trument de la mort massive et celui Anouar Abdelmalek se pose la ques- tive prospective. L'armée devient alors
de la création d'un mono:te nouveau. tion du projet national sous tendu le lieu de médiation entre l'ordre et le
Et puisque le facteur militaire n'est par le pouvoir d'Etat et son ax~ l'ar- progrès et celle armée marginalisée
plus conçu en termes utopiques, l'ar- mée, et dont celle-ci assure la main- par les intellectuels qui l'abhorrent, se
mée parait tout naturellement devoir tenance. Il s'agit de co la volonté com- trouve en profonde mutation comme
occuper une place centrale au sein de mune d'une société globale de vivre le lieu privilégié de toutes les contra-
l'appareil de violence rationalisée qui ensemble, dans la continuité d'une dictions.
constitue la nature même du pouvoir nation, et d'évoluer ensemble, ce qui
et de son Etat. est à la mesure du potentiel national Quel est alors le projet national propre
mobilisable. seul capable d'alimenter, à l'armée elle-même, rl.ans la mesure
Et ce d'autant plus que l'Etat moderne de soutenir, d'absorber les chocs et où elle ne vise pas uniquement le seul
totalise l'hégémonie de décision sur de fournir le temps et le recul indis- exercice du pouvoir politique hégémo-
tous les plans. au bénéfice d'une ou pensables à tout grand dép:oi ... nique sur l'ensemble de la société ci-
plusieurs classes et groupes sociaux,
du fait de l'évolution même des scien-
ces et des techniques. Le problème du
pouvoir se pose donc aujourd'hui en
termes nouveaux et, par voie de consé-
quence. l'armée acquiert, elle aussi,
un rôle nouveau.

Cette transformation de la nature mê-


me du pouvoir et de son instrument
l'Etat, permet alors de mieux rendre SELECTIVE'
compte du rôle imparti à l'armée. Ce 'OERVICE
n'est pas pour pallier la carence d'une ........
L..c .... L.~p

classe ou d'un groupe social quelcon-


que que l'armée se trouve partout
aujourd'hui au centre du fait politique.

Mais en raison du fait que l'Etat est


devenu le centre du pouvoir de déci-
sion sur tous les plans de la vie so-
ciale, de sa maintenance, comme de
son évolution, qu'il s'agisse d'écono-
mie, de politique, de culture, d'idéolo-
gie et même de vie quotidienne.

Dans cette nouvelle réalité, on conçoit


alors, comme Gramsci l'avait prévu,
que le noyau central de décision du
pouvoir d'Etat soit assuré par une
.. classe politique» qui comprend les
O.K, ! VOUS ne voulez pas tuer.
cadres des classes et groupes sociaux
Mais votre religion ne vous interdit pas d'être tué!
dominants, leur appareil de parti et (Playboy)
d'Etat et, naturellement, le corps des
officiers. L'armée s'en trouve démysti-
fiée, elle qui justement joue le rôle

'1_ 23
vile, et dans la mesure aussi où son tée d'un nouveau type d'officier, véri- le préalable à tout et que les pro-
noyau dirigeant, le corps des officiers, tablement polytechnicien, homme de blèmes de structuration nationale se
ne résume par son programme au guerre et de science, intelleciuel et ad- posent alors à paJ'tir d'une double
putsch et à la technique du coup ministra:eur. dont la volonté est tou- contrainte: celle de la luite POUl'
d'Etat? On remarquera que, même jours d'assurer le pouvoir par la puis- échapper à l'hégémonie impérialiste
dans ce cas d'ailleurs, tous les mili- sance n. et celle de la lutte contre le moi pro-
taires venus au pouvoir dans le Tiers- lond, les résistances, les traditions, les
Monde s'assignent ouvertement deux Or, c'est ici le point fondamental de mentalités. De ce fait, la dimension
objectifs: l'indépendance et la moder- rencontre avec les technocrates. En politique en vient à commander la vie
nisation, puisque la bourgeoisie na- eUet. ceux-ci. dans des sociétés où la quotid;enne et tout projet social. Dans
tionale, sauf à quelques rares excep- complexité est à la mesure du progrès ce cadre donc, poUJ' les militaires, face
tions temporaires près, paraît incapa- économique, en sont venus à se penser aux impératifs de la résurgence natio-
ble d'assurer le déracinement en pro- comme les cadres les plus qualifiés nale. puis de la survie, souvent pré-
fondeur de l'emprise impérialiste et pour la gestion, puis pour la décision caire, de l'indépendance dans le pro-
que celte même bourgeoisie paraît économique. Puis, prenant conscience grès, les technocrates ne peuvent être
assez peu soucieuse d'opérer la recon- de l'imbrication directe de l'économi- qu'une force d'appoint, appréciable
version de l'économie par l'industria- que el du polilique. le pouvoir de certes, mais à la limite, non détermi-
lisation et le développement concerté décision politique leur paraît égale- nante.
et planifié, ment devoir leur incomber.
Or, dans le même temps, et pour les
Le rôle des militaires se situerait donc Donc les technocrates envisagent aus-
mêmes raisons, puisque les problèmes
à leurs yeux, dans le contexte suivant: si l'usage rationnel de la violence et
de la coercition dans le cadre de leur ne sont pas posés comme ils devraient
introduire dans la société la moder-
volonté de puissance et, dans la fou- l'être. en termes de culture et de civi-
nité économique en luttant contre le
lée, ils réalisent que l'armée est l'élé- lisation, l'intellizentsia critique est mar-
retard scientifique et techn'~ue et les
ginalisée, c'est - à - dire étouffée, bien
blocages culturels. Evidemment. seule ment décisif au sein de l'appareil du
pouvoir. Les militaires, quant à eux, que de ce fait même elle jouisse d'une
la spécificité historique d'une nation
peuvent être aussi hostiles aux tech- audience et d'un prestige accrus par-
peut rendre compte de ses attitudes
vis-à-vis de la modernité scientifique nocrates qu'ils le sont viscéralement mi les mases populaires,
et technique et de ses capacités d'assi- aux politiques, mais ils peuvent cepen-
milation. Mais l'analyse schématique dant penser les utiliser dans le cadre La technocratie, et c'est également sa
conduit à réduire les facteurs de cette de la conjonction temporaire et secto- force. se situe alors en un lieu inter-
spécificité et la modernisation pour la rielle de leurs intérêts. face à l'insuf- médiaire entre l'Etat et l'intelligentsia.
modernisation va vite solliciter l'en- fisance des classes dirigeantes tradi- Elle peut donc être appelée par les
thousiasme des cadres militaires dési- tionnelles, Et l'on ne peut s'étonner militaires à une plus grande partici-
reux d'agir sur la société. Par ailleurs, que les technocrates en viennent à pation dans la programmation politi-
leur formation professionnelle comporte faire la même analyse vis-à-vis des que. Tels sont les points de rencontre
une forte proportion, qui va grandis- militaires. L'interpénétration entre les immédiats. Ils sont importants et non
sant, de matières scientifiques et de deux groupes va croissant à mesure négligeables. Mais il reste cependant
connaissances techniques, et l'état que les militaires touchent à l'écono- que la vision d'une classe politique,
d'esprit qui imprègne cette formation mie, à l'administration, à la gestion où les intellectuels et les politiques
est dominé par le souci d'efficacité et même aux sciences sociales. occuperaient la place centrale, est très
maximale, puisqu'aussi bien l'objectif éloignée de la mentalité des cadres
est d'assurer le pouvoir par la puis- militaires. Et cela conduit à des im-
ET LA DIMENSION passes où se heurte leur action, et qui
sance. Et ce souci d'efficacilé s'accom-
pagne d'un mépris mal dissimulé pour POLITIQUE? sont mises au compte de l'inadéqua-
les considérations de rentabilité et de tion technique ou administrative, alors
coût de réalisation, l'armée étant Mais il y a quand même une contra- qu'il s'agit d'un problème fondamen-
moins soumise aux exigences de l'éco- diction, et de taiIle. Celle du pouvoir talement politique.
nomie et de la plus-value. de décision et de la dimension poli-
tique, Anouar Abdelmalek estime que
Bien sûr de telles approches ne sont
cette dimension politique revêt une
valables qu'autant que l'armée d'un
LA LIAISON importance qui dépasse de loin celle
pays soit vraiment nationale et qu'au-
ARMEE~ECHNOCRATES qu'on lui reconnaît dans les pays in-
tant qu'on n'y introduit pas de corps
dustrialisés dans les pays encore sou-
étrangers destinés à réduire les dan-
mis à l'impérialisme et au néo-impé-
C'est celte mentalité et celte formation, gers potentiels qu'elle recèle. Cepen-
rialisme ou qui viennent de s'en déga-
en dépit de divergences cult e les et dant, ces corps étrangers eux-mêmes
ger d'une manière plus ou moins radi-
théoriques, qui expliquent l'amalgame peuvent donner lieu à une accéléra-
cale.
qui se produit entre militaires el ca- tion du mûrissement de la volonté de
dres modernistes de la bourgeoisie na- C'est que tout est à faire ou à refaire, changement des militaires, par et pour
tionale, les technocrates comme on les que la libération nationale constitue ear.
appelle. C'est du moins l'opinion
d'Anouar Abdelmalek. Il estime certes
qu'il y a des divergences entre les
deux groupes, les civils étant plus ou-
verts et les militaires davantage
concentrés dans un univers d'ordre
hiérarchique, de rigueur, de volonta- ABONNEZ - VOUS
risme et d'absolutisme intellectuel qui
débouche sur le totalitarisme en ma-
tière de pouvoir de décision. Muis, dit- A LAMALIF
il, les militaires évoluent rapidement.
"Les années récentes ont vu la mon-

24 - '1
dix

raisons
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DOSSIER

LES TRAVAILLEURS MAGHREBINS EN EUROPE

par zakya daoud


1971 : A Ivry, pour un pot <le yaourt pourchassé, agressé, laissé sans un arsenal juridique est ainsi mis
volé, la police française tire cinq connaissance, et, pour finir, lapidé. sur pied pour combattre «ce poison
balles sur un ouvrier algérien affa- Décédé le lendemain. qu'est l'intolérance dont meurt une
mé, et l'assomme ensuite à coups société et dont le racisme est la for-
de pelle. C'était avant l'affaire de Munich et me la plus pernicieuse ».
Prémonition sans doute de ce que la chasse aux Arabes à laquelle elle
sera il y a quelques jours le meurtre a donné lieu ... LES TRAVAILLEURS
d'un autre ouvrier algérien dans un
commissariat de police français.
IMMIGRES REAGISSENT
LA MONTEE
Est-ce un hasard pourtant? Cette
827 Algériens sont expulsés. A Tou- DU RACISME loi, les débats qui l'entourent, les dé-
louse, une famille nord-africaine est
expulsée en 24 h. parce qu'un enfant clarations auxquelles elle a donné
Depuis 1971, le racisme sévit dans lieu, les délits qu'elle recense et ré-
de 9 ans, en compagnie de camarades toute l'Europe, principalement contre
français, avait volé 75 frs. Plus de prime, ont été entourés d'un halo
les Nord-Africains,. et, par extension, de silence et d'indifférence. C'est à
56 Algériens sont agressés en 15 contre tous «les Arabes ». Il est ali-
jours, 5 au moins en meurent. peine si les Français aujourd'hui sa-
menté circonstantiellement par divers vent que cette nouvelle loi les régit.
phénomènes, tels la crise pétrolière Et s'ils ne le savent pas, c'est qu'ils
1972: 5 marchands ambulants ma- franco-algérienne de l'an passé, res-
rocains sont molestés par des gar- ne veulent pas le savoir, d'abord
ponsable de la majorité des agres- parce qu'ils ne veulent pas s'avouer
diens de la paix dans les rues de sions de 1971, et les retombées de
Rouen. On les fr8lppe, on lâche sur racistes et ensuite, parce que, collec-
l'affaire de Munich, qui ont provoqué tivement, ils le sont.
eux un chien policier et on les déleste en 1972 la nouvelle vague de racisme
de leurs tapis pour la ridicule somme an ti-arabe que l'on sai~. Mais, au-
de 5 frs. Mais, fort heureusement, cette loi
delà de ces crises politiques, il existe est connue 'des victimes du racisme
un racisme latent et sournois, ambi- qui ont commencé à s'en servir. Les
- Une famille tunisienne es~ expul-
gu et diffus, sur lequel elles vien- 5 marchands ambulants molestés à
sée, après 6 ans de séjour, parce
nent se greffer pour les acc~ntuer. Rouen ont porté plainte. Les gardiens
qu'elle n'avait pas réuni en temps
suffisant les papiers nécessaires au Si ce n'est pas tous les jours «la de la paix ont été condamnés. Le
renouvellement de sa carte de séjour. chasse aux Arabes », les agressions, patron d'un café de la Bourse à
Ceux qui veulent la défendre sont les expulsions et les meurtres, les Paris qui avait refusé de servir de
interrogés «sans tendresse» dans un ouvriers nord-africains sont soumi jeunes Marocains et Tunisiens a été
commissariat. tous les jours à des petites vexations, condamné lui aussi, à sa grande stu-
à des brutalités discriminatoires, à péfaction d'ailleurs, puisqu'il se dé-
- Dans le Mistral, le train Marseille- clarait non-raciste. La famille tuni-
des injures, à des refus de louer,
Paris, un Algérien, malmené et inju- sienne qui devait être expulsée a
d'embaucher, de servir, à des licen-
rié par les contrôleurs, se suicide par bénéficié de tout un courant de sym-
ciements abusifs, et même à une
électrocution. Le train s'arrête. C'est pathie dans les milieux intellectuels
répression qui s'exprime parfois par
un «incident technique ». français qui s'est même traduit par
les sinistres «ratonnades» que l'on
croyait terminées depuis la guerre une grève de la faim. Un voyageur
- A Mantes-la-Jolie, aux environs du Mistral a témoigné contre les
de Paris, un ouvrier marocain entre d'Algérie. Ils subissent une série de
petits faits quotidiens, tantôt rap- contrôleurs et informé l'opinion pu-
dans un café, boit une bière et de- blique. La C.G.T. a publié un commu-
mande qu'on lui rende la monnaie portés par la presse, tantôt ignorés.
niqué contre les offres d'emploi de
sur un billet de 10 frs. La police Des petits faits qui peuvent paraître Citroën. Les étudiants allemands ont
l'appréhende, le frappe, l'enferme parfois sans importance mais dont le manifesté contre les expulsions des
dans les toilettes du commissariat et renouvellement incessant prend l'en- ressortissants arabes.
le contraint, le lendemain matin, à vergure d'un phénomène.
payer 5 frs, «pour 'la chambre~. Un double phénomène est donc en
Il faut croire que ce phénomène com- cours. D'une part, les travailleurs
- Quelques Jours plus tard, dans la mence à être ressenti comme inquié- étrangers, notamment africains et
même ville, trois ouvriers marocains tant, puisque le parlement français nord-africains dans les pays d'Euro-
sont obligés de «rembourser» trois a voté en 1972 une loi contre le pe, cette «armée de réserve indus-
képis de policiers qu'ils seraient cen- racisme qui inflige des peines sévè- trielle» pour parler comme Marx et
sés avoir endommagés au cours d'un res à tous ceux qui se rendent cou- qui représentent de très loin la ma-
contrôle d'identité. pables de cette «lèpre grandissante» jorité des gens du Tiers-Monde vivant
pour parler comme le garde-des- en Europe, sortent peu à peu du si-
- Citroën fait placarder des offres sceaux français, M. Pleven. Un délit lence dans lequel la peur et l'exploi-
d'emploi en recommandant aux Afri- nouveau est stipulé: celui d'incita- tation les confinait, et, d'autre part,
cains et Nord-Africains de s'abste- tion à la discrimination raciale et de parmi les Européens eux-mêmes, un
nir. provocation à la haine ou à la vio- courant de soutien encore limité à
lence raciste. Les injures proférées certains milieux ouvriers, politiques,
- Le 25 août, en R}4'.A., un ouvrier contre quelqu'un en raison de son et intellectuels, mais qui lui aussi
marocain de 29 ans est poursuivi par origine ou de sa race sont punies va grandissant, s'affirme contre le
un groupe de jeunes délinquants, d'emprisonnement et d'amendes. Tout racisme ambiant.

'1 _ 27
En France, c'est surtout depuis mai guerre d'Algérie surtout, l'ont aggra- cette xénophobie grandi!' ante. s
196 , que les ouvriers immigrés du vé. enquêtes ffectuées ces dernicres an-
Tiers-Monde ont pris conscience de nées en France t<:nt révéla rices d.
l urs droits et affirm leur volonté C' st véritablement un conflit de civi- cet égard, même s: elles t6moignent
de faire changer leurs conditions de lisalion. Pour les Arabes, l'Occident d'un raci me plus sou--jacent qu'af-
vie et de travail. Beaucoup l'ont est ft l'autre '" mais, pour l'Occident, firmé, car c'est un sentiment si irrai-
payé par des expulsions. Il n'empê- les Arabes, ce sont «les autres)J. Il sonné que l'on a hon'e de le mani-
che que le mouvement s'av re irré- est donc certain à la faveur du pro- fester clairement. AInsi on se re-
versible et qu'il se traduit par une bl' me palestinien comme de tout au- tranche dans les réponses, sûr les
participation de plus en plus active tre conflit opposant les Arabes aux attitudes des autres. Je connais de'
des ouvriers immigré aux luttes ou- Européens, que les vieilles rancœurs, gens, dit une personne interrogée,
vrières françaises. L'exemple le plus les vieilles haines résurgissent, d'au- qui... plutôt que de se trouver ass.s
significatif, il est d'aiJ1eurs récent, tant plus qu'elles étaient, qu'elles dans le métro en face d'un Arabe,
est le conflit de Pennaroya, lors du- ont toujours été latentes. Tous les préfèrent attendre sur le quai la ra-
quel pendant 32 jours, 105 ouvriers observateurs européens témoignent me suivante~. Les • ord - Africains
immigrés, en majorité Nord - afri- du fait que si le racisme contre les sont cependant perçus g,obalement
cains, ont occupé la fonderie Pen- noirs est important, il n'atteint ja- comme "sales- J>, '" misérables "', .. dé-
naroya de Lyon. Cette grève a pro- mais les dimensions qu'il a v:s-à-vis paysés », • malades , 'mal habillés ,
voqu' un intense mouvement de soli- des Nord-Africains. D'un côté, vis-à- e~, surtout, Llrtcut, différen~3: ' Ils
darité, non seulement parmi les tra- vis des noirs, il yale racisme mépri- ont de ces mœurs », If ils ont une fa-
vai11eurs français, mais aussi parmi sant, de l'autre, vis-à-vis des Ara- çon de regarder ,), ils font peur D. SI
les paysans, et pour la première fois, bes, il yale racisme haineux, ali- différents qu'ils gênent, et qu'on es
dans toute la France. Elle s'est ter- menté par tous les prétextes e': toutes mal à l'aise, même pour en par:er.
minée par une victoire, l'amélioration les conjonctures.
des salaires et des conditions de tra-
vail. Cette grève a changé l'image UN PHENOMENE
LE SEUIL DE TOLERANCE
que les immigrés avaient d'eux-mê- CUMULATIF
mes et aussi celle que les Français EST ATTEINT
se faisaient d'eux. Ces sentiments sont d'autant plus
Mais, dans cette nouvelle flambée de dangereux que le racismz, préjugé
UN CONFLIT racisme, il y a aussi le fa;t qu'en social, acquis et transmis, est cumu-
Europe, et particulièrement en R.F.A. latif. C'est un véritable Ct:i\.;~ vicieux:
DE CIVILISATfON et en France, le nombre des étrangers rejetant le groupe le plus faible, on
immigrés grandit constamment et l'empêche de s'éduquer e~ parce qu'il
Il Y a également eu au cours de ces atteint 6 à 7 % de la population.
derniers mois, une multiplication des n'est pas éduqué, on le rejette et on
grèves des loyers dans les taudis, les Or, les sociologues sont d'accord pour justifie la position subalterne qu'on
garnis, les hôtels meublés, les im- fixer à 10 % le seuil de tolérance lui attribue. Ainsi, on dit couram-
meubles désaffect s, loués à prix d'or au delà duquel, dans J'entreprise, le ment en France surtout que les
aux travai11eurs étrangers et dans logement, la vie quotidienne, la pré- « les Nord-Africains s:mt sales et ai-
lesquels on les entasse comme du sence d'immigrés provoque une aller- ment la promiscuité », en foi de quoi,
bétail. Des «négriers », «des mar- gie sociale, la xénophobie et les af- aucun propriétaire ne veut les loger.
chands de sommeil» ont été séques- frontements. Ce niveau critique est
trés. Les propriétaires ont parfois donc proche et l'intolérance s'étend De ce fait, ils ne trouvent que des
réagi en coupant l'eau, l'électricité, d'autant plus que, depuis 1971, une logements dégradés et surpeuplés, et
et en appelant les forces de l'ordre certaine récession et une aggravation ils sont donc effectivement sales et
à la rescousse. Les travai11eurs im- du chômage (25 % en France) se vivant dans la promiscuité.
migr's ont néanmoins tenu, et le sont manifestées en France et en Al- Or, si l'attitude des travail1eurs a
phénomène a fait boule de neige. On lemagne. Et, comme toujours dans les consiàérablement évolué ces derniè-
comntait début 1972, 17 foyers d'im- p riodes de déséquilibre ou de muta- res années à l'égard des travailleur
mig;és touchés par la grève des tions économiques, le racisme s'affer- immigrés, si l'action de syndicats
loyers, dans la région parisienne. mit. Les cris de «ils nous prennent a porté là se fruits, si le clas"es
notre pain, nos maisons, notre tra- bourgeoises se sentent peu concer-
1: va néanmoins sans dire que ces vail» fusent avec une vigueur accrue
réactions contre l'exploitation du tra- nées par le problème, tout en sachant
et le gouvernement français, a pour parfaitement quel profit l'économie
vail et l'exploitation du sommeil pro- la première fois, manifesté le souci fr~l~a:se cn retire, les m;:mifestation
voquent en corollair une nouvelle d'endiguer l'immigration, de la ren-
flambée de racisme. Cependant il a de rici::mz !:cnt le fait des petits et
dre soi-disant convenable, mais, sur- moyens bourgeo:s que leur position
quand même des raisons plus pro- tout, de la contrôler et de la réduire.
fondes. Ainsi, le problème palestinien d'intermédiaires sociaux conduit :\
dont ont directement pâtit les 50 à Il est d'ailleurs symptomatique de une si~ u:l.tion d'incertitude et qui se
60.00 arabes de R.F.A. dont près de constater que le premier contrôle montrent s;)ucleux d'une promotion
la moitié sont Marocains, et, indi- opéré l'a été sur l'immigration sociale dent ils entent qu'clle leur
rectement tous les immigrés arabes échappe chaque feis qu'ils croient
algérienne dont le contingent annuel
d'Europe, a fait résurgir le tradi- a été diminué de 10.000, passant de l'atteindre, et les la se le plus
tionnel conflit entre les Arabes et 35.000 à 25.000, dans le mêm temps
défavorisées de la sociét' et même
l'Occident. Entre les Arabes et les d'ailleurs où le contingent portugais du monde cuvrier. Il e t courant de
Occidentaux, le compte à régler re- dire, par ex mple, que les travailleur
était porté à 65.000.
monte aux Croisades, et, aussi pa- immigrés font to lS le travaux sale~.
radoxal que cela puisse paraître, il Ce sont les classes moyennes et celles rebutants, p nibles, dangereux, de-
n'est pas réglé, la colonisation aidant, qui sont les plus défavorisées, .qui gradants et ous-pay 's, m; on ne
une colonisation qui avait dans ce se sentent menacées dans leur evo- peut pa d mander aux travailleurs
cas pratiquement un caractère de lution sociale et dans leur avenir éco- européens qui les partagent encore
revanche. Les guerres coloniales, la nomique, qui sont responsables de avec eux d'en convenir. Dans ce der-

28 _ '1
nier cas le racisme a l'évidente fonc-
tion de maintenir un groupe de la
population dails une position subal-
terne pour tenter de ju tifier sa pro-
pre supériorité. Dans le premier cas,
par contre, le racisme est une ma-
nière de manifester l'inquiétude et
l'agressivité face à l'avenir t la mé-
fiance pour tout ce qui est étranger
et qui est donc suspect de vouloir
bouleverser l'ordre hab~tuel des cho-
ses. Ce sentimeilts sont alimenté3
par une presse d'un raci me farou-
che qui a pris l'habitude depuis long-
temps, d'imputer aux étrangers et
spécialement aux Nord-Africains, les
viols, les meurtres, e~ les délits les
plus graves, en dépit du fait, atte:;té
et confirmé par les statistiques, qu'à
toutes proportions égales, les délits
sont bien moindres dans les commu- ,
na;Jt 's étrangères d'Europe que par-
mi les Européens elL'{-mêmes. E. QUETE D'EMPLOI
Ce racisme pèse d'un poids très lour-d Or, de ceci, les Européens sont très l'agriculture et les forê~s, 36.000 dans
sur la situation des travailleurs im- mal iilformés, on les a, à dessein d ail- le secteur tertiaire et 118.747 en
migrés, il rend leur sort aléatoire. On leurs, mal informés, pour que cette 1970, contre 77.055 en 1971, dans les
peut même dire sans risques d'er- armée de réserve indispensable, soit industries.
reurs, que tous les maux dent souf- tenue dans des conditions de vie et
frent les travailleurs marocains, al- de travail qui la rendent mal1éable.
gériens, tunisiens, sénégalais, ma- Et, si 57 % des travailleurs immigrés
liens, portugais, espagnols, dans les sont des ouvriers qua 1 i fié s, on
pays d'Europe occidentale, ne sont Pourtant, en l'absence des travail- compte parmi eux 2 % d'employés,
que la conséquence directe du racis- leurs immigrés, l'économie allemande de cadres et de techniciens. Pour
me exercé à leur encontre. aurait été en état de «suremploi ». 57.080 manœuvres immigrés engagés
en 1971, il Y avait 41.451 ouvriers
L'embauche de la main - d'œuvre spécialisés (dont le nombre augmen-
RESPONSABLES DU TIERS étrangère a permis de rétablir l'équi- te) et 35.000 ouvriers qualifiés ainsi
DE L'ACCROISSEMENT libre sans compromettre le niveau de que 2.742 cadres et techniciens.
vie allemand. Et, en 1965, 1967, en
INDUSTRIEL EUROPEEN basse conjoncture, on a littéralement
jeté dehors 250.000 travailleurs immi- UNE FONCTION
Et pourtant, comme l'a écrit Pierre grés. De cette façon on exporte le
Viansson Ponté dans «Le Monoe» : chômage et on atténue les tensions DEMOGRAPHIQUE
« Quand les Français crient: «Qu'ils sociales des pays capitalistes en proie
l'etournent vivre ou crever chez eux, à des fluctuations économiques. Mais cet impact n'est pas le seul
la France aux Français.p, si par bénéfice retiré par l'Europe de l'em-
malheur ils étaient écoutés, ils ver- La France, du fait de son intégration ploi des travailleurs immigrés. Il y a
raient tous leurs chantiers et bien au Marché Commun avait besoin aussi le fait que les bas salaires
des usines s'arrêter et bientôt leur d'augmenter la capacité technique de alloués à l'immigration constituent
niveau de vie baisser, faute d'ouvriers ses industries. de réduire les coûts une mesure anti-inflationniste, le fait
nord-africains et portugais, sans par- unitaires de production, e~, pour ce que la mobilité géographique et sec-
ler des bonnes espagnoles, des ba- faire, de créer une masse de salaires torielle des travailleurs immigrés per-
layeurs noirs et des postiers antillais. très bas. Elle n'y est parvenue qu'en met de diminuer les tensions existant
Si ces Français là n'ont pas la recon- ayant recours à l'immigration. Tou- entre zones et activités, le fait, aussi
nais~ance du cœur, qu'ils aient au jours en France, les travailleurs im- que l'immigration a permis le sau-
moins celle du ventre, et qu'ils n'ou- migrés sont responsables du quart de vetage de certaines entreprises m">.r-
blient pas trop vite, que, dans leur la croissance économique. Ils repré- ginales, condamnées, sans cet apport
pays, 10 millions de citoyens comp- sentent 20 % des ouvriers de l'indus- de main-d'œuvre bon marché à fer-
tent un ou plusieurs de ces étrangers trie. C'est-à-dire que, sans eux, la mer ou à. se concentrer. Enfin, le
détestés ou méprisés, parmi leurs machine productive devrait se ralen- fait que si le sur-travail, la plus va-
azcendants des quatre générations tir. En effet, les travailleurs immi- lue supplémentaire retirés du travail
antérieures ». grés repré3entent 35,6 % des effec- des étrangers profitent à tous les
tifs globaux de l'industrie du bâti- Français (et par extension à tous
Car les travailleurs étrangers en ment, 22,3 % de ceux des mines, les Européens) qui voient leur niveau
France ou ailleurs, ne sont pas re- 11,55 % de ceux des industries de la de vie s'améliorer, l'immigration cons-
cueillis par charité. Tout au contrai- construction, 13,5 % de ceux des titue une aide quasi-directe accordée
re, ils font marcher pour environ industries mécaniques, 6,9 o/c de ceux aux employeurs européens. A cet
le tiers, la machine industrielle euro- des industries chimiques, 6,42 % de égard, M. Pompidou, dans une confé-
péenne, qui, faute de leur concours, ceux des industries textiles 6,37 % rence de pres e a été net: «L'im-
se réduirait, entrainant toute l'Europe de ceux de3 industries de transfor- migration, a-t-il dit, est un moyen
dans une récession analogue à cel1e mation et 5,80 % du commerce. En de créer une certaine détente sur le
qui a frappé les U.S.A. au début 1970 et 1971, 20.000 travailleurs marché du travail et de résister à la
du siècle. étrangers ont été embauchés dans pression sociale ».

~ - 29
D plus, en France notamment, les cées en Europe à l'encontre des tra- d'entre eux. rais, outre le fal qu'une
travailleurs immigrés ont aussi une vailleurs immigrés. Car, non seule- lutte sévère e t actuellemen menée
fonction d mographiquc: sans leur ment, ils souffrent du racisme, mais en France pour leur résorption, et
concours, la pyramide des âges en encore ils sont exploités dans leur que 40.000 personnes ont é é relogées
France serait telle qu'i! y aurait 153 travail, ce qu'on veut généralement sur environ 75.346, le véritab e pro-
inactifs pour 100 actifs, 100 actifs qui ne pas croire. Les statistiques ren- blème n'est pas là. Le véritable pro-
seraient donc contraints de nourrir dues publiques en France prouvent blème réside dans les taudis miséra-
153 non-actifs. Leur présence inverse que les travailleurs immigrés tou- bles, les caves et le usines désaf-
le processus, et s'ils représentent 6 % chent 3 Cft: de moins que leurs collè- fectées, les immeubles vét tes en
de la population française ils sont gues français dans le bâtiment et VOle de rénovation, les pavillons de
responsables, à plus de 50 %, de de 15 à 25 'k de moins dans le reste banlieue squattéri és, les H.L.~ L
son accroissement, d'une part, par de l'industrie. On sait aussi les éco- transformés en ghettos. sous-loués et
leur venue, et, d'autre part, grâce nomies réalisées à leur encontre sur reloués à des prix exhorbltants par
aux naissances enregistrées dans leur les heures supplémentaires, les pri- des marchands de sommeil qui font
groupe. il naît chaque année en Fran- mes de toutes sortes. et même les occuper les lits 24 h. sur 24, qui en-
ce 60.000 enfants de père étranger allocations sociales, de même d'ail- tassent 400 personnes dans une vieillE:
(1 sur 12) soit toute proportion gar- leurs que le chantage au travail. Les imprimerie en les faisant payer cha-
dée, 5 fois plus que de père fran- ntreprises de travail temporaire sont cune 50 à 70 frs par mois, qui, aussi,
çais. Les travailleurs immigrés cons- passées maitresses dans cette sur- ce ne sont que des exemples, confi-
tituent un frein au vieillissement de exploitation en relouant le double du nent 50 personnes dans un pavillon
la France et, sur ce plan aussi, leur prix qu'elles leur allouent. les tra- de 5 pièces pour 70 frs par mois
apport est vital. vailleurs immigrés à des entreprises chacune. Le véritable problème réside
industrielles. Il est en de même pour dans le fait que l'on a b<;soin des
tous les négriers professionnels, des étrangers pendant les heures de tra-
UNE ECONOMIE vendeurs de passeports, aux passeurs vail, mais que personne n'en veut
DE 50 MILLIARDS DE DOLLARS et des racoleurs aux policiers d'entre- le reste du emps, et que l'on n'a
prise. pas prévu pour eux de meubles de
Sur le plan social, les théories racis- rangement. On les refoule à la péri-
tes veulent que les travailleurs immi- Il faut également souligner que les phérie des villes, on les refoule en-
grés, pauvres, malades, misérables et travailleurs immigrés sont plus sou- core quand on veut construire un
inadaptés grèvent le budget social de mis au chômage que leurs collègues quartier périphérique ou quand on
la France. Il n'en est rien tout au français, ce que 64 % de ceux-ci, in- veut rénover les quartiers désaffec-
contraire. Tout d'abord en acceptant terrogés par l'I.F.O.P., trouvent nor- tés des centres, et on les contraint
les travaux les plus rebutants et les mal et souhaitable. à se terrer, la nuit, comme des rats.
moins payés, les travailleurs étran- Actuellement, en France, les travail-
gers participent directement à la Les détails les plus sordides de cette leurs immigrés sont incapables de
promotion sociale des travailleurs surexploitation sont cependant restés trouver un logement décent, à cause
français. Ensuite, on les emploie sans dans l'ombre à dessein. Mais deux de la pénurie de logements sur le
avoir supporté les frais d'éducation exemples en font foi: dans certaines marché français, du manque d'infor-
de leur premier âge, de santé, de entreprises il y a des chaînes spé- mation, de l'inadaptation et surtout
nourriture, si minime soient-ils, que ciales pour les travailleurs étrangers du racisme qui crée, là encore, un
l'O.C.D.E. a chiffré à 3.000 dollars où l'on double, voire même triple, les cercle vicieux. C'est ce que Paulette
par tête pour un non-Européen, et à cadences, et 10,6 % des travailleurs et Pierre Calame appellent dans leur
10.000 dollars par tête pour un Eu- immigrés, notamment les travailleurs livre «Les travailleurs étrangers en
ropéen. Sans aussi supporter leurs maghrébins sont victimes d'accidents France '>, «l'utilité négative ». Les
frais de vieillesse puisqu'ils retour- du travail, contre 2,6 % pour J'en- marchés du logement pour les étran-
nent dans la majorité finir leur vie semble de la classe ouvrière. Ils sont gers et pour les Français sont dis-
dans leur pays. Cette économie en «in- également 2 à 6 fois plus hospitalisés joints. Les premiers ne peuvent espé-
vestissement humain» a, été chif- que les travailleurs français. rer se loger que grâce à un marché
frée par l'O. C. D. E. à 50 milliards parallèle «noir» dans tous les sens
de dollars. Enfin, ce sont les travail- Après l'exploitation dans le travail, du terme, qui se renforce avec l'in-
leurs immigrés qui alimentent dans il y a l'exploitation dans le logement adaptation et le racisme et qui est
une proportion assez forte les caisses sur laquelle l'attention de l'opinion renforcé par eux. Ils ne peuvent donc
d'allocation familiale et les fonds publique a été particulièrement atti· se loger que dans des logement c ré-
d'aide sociale destinés théoriquement rée, depuis, surtout, que 5 travailleurs cupérés» sur le mar hé franç:ais, ce
à leur construire des logements. p maliens ont trouvé la mort, en 1970. qui accentue la pénurie, laquelle est
le biais de la compensation opérée, dans l'incendie d'un dépôt-dortoir à d'ailleurs encouragée par tous les
entre les cotisations sociales versées Aubervilliers. Depuis, sans compter marchands de sommeil soucieux de
en France et celles versées dans le tout ce que l'on ne sait pas, une poursuivre leur chantage au logement
pays d'origine. Cela fait une somme famille portugaise a péri carbonisée à et dont il est symptomatique de consi-
non négligeable puisque les alloca- Villeneuve-le-Roi, de même que 2 dérer que, lorsqu'ils sont Français ils
tions familiales sont, en France de enfants marocains, 3 enfants espa- appartiennent à la catégorie des
500 frs pour 4 enfants et un salaire gnols, et 3 enfants algériens.
anciens militaires, gendarmes et co-
unique, de 71 frs au Portugal, de loniaux. Mais ils sont aussi et le plus
120 frs en Algérie, et.de 180 frs en COMME souvent Africains.
Espagne.
DES RATS Les effets du relogement s'annihilent
DES CADENCES DOUBLEES d'eux-mêmes d'autant plus qu'ils sont
L'attention a également été attirée
OU TRIPLEES sur les bidonvilles, surtout dans la minimes et qu'ils ont entravés par
r gion de ParIs et celle de Marseille, le manque de terrains disponibles,
Cette situation donne la mesure de qui recueillent 92 % d'étrangers, mais l'absence de promoteurs, les réticen-
l'injustice et de la discrimination exer- ne concernent finalement que 3 % ces des mairies et des municipalités

30 - '1
et les normes et les procédures de duites et leur volonté de prélever LES GHETTOS:
financement. sur leurs salaires les sommes à en-
voyer au pays, ont une très forte ECRAN OU REMPART?
aspiration à des logements décents,
LA DEGRADATION PHYSIQUE conscients qu'ils sont qu'un logement Tous ces problèmes sont aggravés
non satisfaisant accroit les substi- dans le cas de la présence des fa-
AUGMENTE milles. Il y a d'abord le cas des
tuts, café, alcool, jeu, qui sont fina-
LA VALEUR VENALE lement plu s onéreux. D'ailleurs, enfants. On dénombre en France
contrairement aux opinions admises, 700.000 enfants d'immio-rés à scola-
De ce fait, les immigrés s'entassent les conditions climatiques aidant, les r.sar qui sont très défavorisés. Ils
dans les H.L.M. qui se dégradent travailleurs immigrés sont générale- s'adaptent mal à l'enseignement fran-
et il est, en effet, tentant de trans- ment plus mal logés en Europe qUf' çait et très peu parviennent à la fin
former toujours plus de logements dans leurs pays d'origine. du secondaire. Aux obstacles maté-
pour Français en logements pour riels et culturels s'ajoutent l'inadap-
étrangers puisque même leur dégra- taLon des familles, leur déracinement
dation physique augmente alors leur Actuellement, alors que certaines e~ le barraje de la langue. Des clas-
valeur vénale. Les cités de transit mesures de résorption des bidonvilles ses d'initiation sont prévues, mais il
proposées ne sont pas une bonne et certains efforts de construction n'en existe que 250 pour toute la
solution, car elles deviennent perma- sont en cours en France, le principal France et il a été dénoncé le fait
nentes, non plus que les foyers pour danger réside dans l'accentuation et qu'elles pouvaient être des « machines
travailleurs célibataires (30.000 lits dans la multiplication des ghettos. à franciser)).
construits dans la région parisienne) qui accroissent fondamentalement
où le contrôle très strict, les inter- l'inadaptation dont souffrent les tra-
vailleurs immigrés. Les réflexes ra- De plus, dans le cas où les enfants
dictions de recevoir et de sortir, ac- s'adaptent à l'école et à la société
croissent le désarroi psychologique cistes et les préjugés sociaux s'en
trouvent alors renforcés dans les d'accueil, ils se heurtent alors à leurs
des immigrés. De plus, dans certains parents. Le problème le plus grave
foyers, construits grâce à l'argent deux sens, puisque le repli sur soi des
communautés étrangères accentue le est, à beaucoup d'égard celui des
des travailleurs immigrés on leur fait adolescents, vis-à-vis desquels le
payer le téléphone 1 fr. et le droit phénomène de rejet à leur encontre.
Si le ghetto est créé par le racisme, groupe forme un écran trop opaque,
de regarder la télévision 5 frs. TI mais un rempart trop mince. Ils sont
s'agit donc de prisons très chères. il crée lui-même le racisme. La seule
solution entrevue, serait que les em- souvent désœuvrés et à la limite de
Cette situation dramatique, plus dra- ployeurs, principaux bénéficiaires de la délinquance. Ils sont à cheval sur
matique encore que ne l'est l'excrois- l'emploi de la main-d'œuvre étran- deux cultures et adoptent parfois ce
sance spectaculaire des bidonvilles, gère, contribuent davantage à leur que l'on appelle « un traditionnalis-
aggrave la désillusion des travail- logement, ce qu'ils ne font actuel- me du désespoir », qui est d'autant
leurs immigrés, qui, dans leur majo- lement que dans une proportion de plus grave qu'il y a appauvrissement
rité, et malgré leurs ressources ré- 20 %' progressif de la culture d'origine et

'1 _ 31
adaptaticn d vian te à la société in-
dustrielle. P. et P. Calame estiment
ainsi que les familles immigrée en
viennent à tre d s sous-prolétaires,
terme auquel ils attribuent un sens
plu culturel qu'économique, alors
qu'elles ne l'étaient pas à leur arrivée,
parce qu'elles voudraient s'adapter
mais qu'on ne leur en donne pas les
moyens.

L'adaptation d'une famille dépend


surtout du logement et de la femme.
mais celle-ci, dans la majorité des
cas apparaît comme la grande victi-
me de la rupture brutale de la tra-
àition, et le conflit qui en résulte, se
répercute Sè!r la génération suivante.
celle des jeunes filles. En règle géné-
rale pourtant, les enfants sont un
puissant agent d'intégration familial.

SuIs ils arrivent à rompre le repli


sur soi, le réflexe défensif que pro-
voquent l'i olement et le racisme, les
dilficultés de dialogue, l'analphabé-
tisme et l'absence d'information. Mais
encore faut-il que les moyens leur
en soient donnés.

TI faut aussi noter que le sort des


immigrés change fondamentalement
dans le cas de la présence de leur
famille. Celle-ci leur crée des besoins employés dans leur pays, ou même Mais si te! est le schéma générale-
nouveaux qui font que le retour au s'ils n'avaient pas de travail (c'est- ment admis, les statistiques man-
pays devient généralement très diffi- à-dire s'ils étaient semi - employés quent peur l'étayer. On connaît mal,
cile. Celui-ci alors n'est que la consé- dans l'agriculture et le commerce fa- en effet, le nombre des familles d'im-
quence d'une promotion ou celle d'un milial) ne se sont même pas donné migrés qui s'intègrent et aussi, et
échec total, échec qui pourtant atteint la peine de prospecter vra:ment le peut-être surtout, celui des céliba-
25 à 35 o/c des familles, marginalisées marché du travail qui leur était of- taires qui se fixent d'une manière
et inadaptées qui ne voient alors de fert, persuadés qu'ils étaien~ qu'ils permanente.
salut que dans la fuite. Tous ces pro- ne trouveraient pas de place et aussi
blèmes font qu'il y a actuellement poussés par la volonté puissante d'im- On ne connaît pas le nombre de ceux
en France tout un mouvement qui migrer. La présence d'un ami, de qui rentreront au pays après un laps
se développe pour refuser les familles, quelqu'un de la ville ou du village de temps plus ou moL'1S réduit, soit
notamment maghrébines, jugées inca- d'or:gine en Europe détermine le parce qu'ils n'en peuvent plus, soit
pables de s'adapter et pour n'accep- choix du lieu d'immigration et c'est parce qu'ils ont suffisamment accu-
ter en tant que travailleurs immigrés le phénomène bien connu de la « bou- mulé, soit encore qu'une formation
que les célibataires, pour une durée le de neige» qui, dans le cas parti- professionnelle acquise sur le tas
temporaire, qui eux, développent culier du Maroc est très important. leur fasse espérer un emploi meilleur
«une philosophie de passage ~ esti- au pays. On ignore le nombre de
mée plus acceptable. Les immigrés ont aussi une vision ceux qui ne rentreront qu'à la fin
mythique de l'Europe, surtout de la de leur vie active, pour la retraite,
Suède et de la France. D'où une plus ceux qui ne voient d'espoir de retour
L'ARGENT for e désillusion, d'où aussi un choc que dans leurs enfants et ceux qui
ET L'EVASION fondamental à l'arrivée et le fait que ne rentreront jamais.
le contact avec une société à la fois
On sait naturellement ce qu'ils vien- différente et hostile bouleverse pro-
fondément les immigrés, et provoqu~ LES NATURALISATIONS
nent chercher en Europe. Repoussés
par le chômage et le sous-emploi dans des déchirements et des contradic-
tions, des désirs et des besoins dont En France, on a dénombré 20.307
leur pays, par la misère et par le naturalisations en 1963, 17. 10 en
dégoût, ils sont attirés par le désir on mesure encore mal l'ampleur.
1964, 22.874 en 1966 et 45.663 en
de gagner de l'argent et aussi par 1967. Pal' ordre d'importance, elle
celui de fuir. Mais on doit recon- En général, ce choc et cet~e désillu- seraient le fait d'Italiens, d'Espa-
naître que chez les jeunes notamment sion sont tels que le travailleur se gnols, de Tunisiens, de Polonais et de
se développe une mentalité qui fait replie sur lui, et sur son groupe et
pratiquement encore plus droit au ne pense plus qu'à accumuler l'ar- Marocains. On estime généralement
désir d'émancipation et d'évasion. Et gent, à for e de travail et de priva- en Franc que, sur 3.500.000 immi-
il a été remarqué le fait, tr s impor- tions, pour l' nvoyer au pays et aussi grés à l'heure actuelle, les 592.790
tant, que, dans la plupart des cas, pour se pl' parer un avenir à son Italiens qui restent sont plus ou
les travailleurs qui partent étaient retour. moins intégrés, comme les 107.370

32 - '1
nationalité, mais contre lesquels l'économie européenne, ils ne l'appor-
s'exerce la m -me xénophobie. tent pas chez eux. De plus leur pays
supporte pour eux ce que l'on appelle
«le coût de formation et le coût
Et, toujours hormis le cas, provisoire de renouvellement de la main-d'œu-
qu'il soit réglé par retour ou par vre» sans pouvoir le rentabiliser et
assimilation de Espagnols et des le concrétiser. En outre, ceux qui
Portugai, malgré les restrictions
rentrent au bout de quelqJes années
exercées depuis 1971 contre l'afflux
se sont infligés de telles privations
de l'immigration en France (195.130
et de tels rythmes de travail, qu'ils
entrées en 1969, 212.7 5 en 1970,
sont le plus souvent physiquement
177.377 en 1971, 150.000 en 1972,
épuisés. Cela est par tic u l i ère -
san compter les entrées clandestines
plus ou moins régularis 'es, dans une men t dramatique dans des pays
proportion de 60 % apI" s, mais uni- qui, comme le Maroc, exportent leurs
quement de 23 % pour les Africains), travailleurs et importent des coopé-
il est certain que l'émigration ma- rants étrangers comme cadres et
ghrébine et africaine en France est techniciens.
destinée à s'accentuer. En dépit donc
de toutes les réglementations, de tous De plus, la solution de l'immigration
les obstacles, et de tout le racisme; retarde et masque les difficultés réel-
les 900.000 Maghrébins et les 65.000 les du décollage économique et accen-
Africains qui vivent à l'heure actuel- tue la démobilisation civique et so-
le en France, doivent voir leur nom- ciale, ce qui est encore aggravé en
bre grandir au fil des années, ne cas àe non retour ou de fb<ation
serait-ce que par le fait que le phé- familiale provisoire ou définitive. On
nomène de départ et d'arrivée qu'ils peut donc mesurer que loin d'être une
représentent résulte d'un besoin et du aide au Tiers-Monde, l'immigration
pays d'origine et du pays d'accueil. des travailleurs est au contraire une
nouvelle ponction opérée sur le Tiers-
La France va donc voir et de plus Monde. Cette ponction aurait pu être
en plus un afflux de travailleurs du compensée par une formation profes-
Tiers-Monde, justement ceux contre sionnelle qui seule aurait pu être une
lesquels s'exerce le plus le racisme. contrepartie réelle de l'emploi des
ENCORE S'il ne faut pas sous-estimer les travailleurs étrangers en France par
DE R 1'['0 NADE problèmes sociaux qui en résulteront exemple. Mais outre que, lorsqu'elle
pour elle, il faut aussi chiffrer l'im- existe, cette formation est plus diri-
pact que cela aura, a déjà, notam- gée vers les besoins du pays hôte que
Polonais, les 65.000 Belges et les du pays d'origine, elle ne concernait
42.000 Allemands. Et si l'immigration
ment, pour les pays africains et ma-
ghrébins. en France en 1972 que 20.000 travail-
espagnole, forte actuellement de leurs étrangers sur 3.500.000.
645.705 personnes et qui commence
à amorcer une courbe descendante, UNE PONCTION
doit réintégrer l'Espagne dans une UNE FORME
assez forte proportion, comme les SUR LE TIERS-MONDE
DE BRASSAGE
65.040 Yougoslaves, on pense qu'il en
sera de même pour l'immigration On se doute bien que les profits reti-
rés par l'Europe de l'emploi des tra- Le seul exemple de formation effi-
portugaise, de beaucoup la plus im-
vailleurs immigrés, se traduisent, en cace et ayant servi au pays d'origine
portante ces dernières années et qui
est responsable de la moitié des en- corollaire par des pertes correspon- est celle du complexe d'Annaba en
dantes pour les pays d'origine, spé- Algérie où sont employés en majo-
trées en 1969, 1970 et 1971. Les Por-
cialement du Tiers - Monde, encore rité d'ex-travailleurs immigrés. C'est
tugais sont 607.070 en France.
plus défavorisés. On est là aussi très un cas pratiquement unique, mais qui
loin des idées reçues qui voudraient n'a pu réussir que parce que les
Le Ministère français des AfÏaires que l'Europe, en employant ces tra- Algériens ont contacté eux - mê-
Sociales a élaboré une doctrine qui vailleurs rende service à leurs pays mes leurs immigrés en Europe et
vise à fixer et à assimiler les immi- d'origine d'une part, en employant leur ont offert des salaires analogues
grés par un processus de naturali- une main-d'œuvre en surplus réduite à ceux qu'ils avaient à l'étranger. Les
sation facilitée. Cette doctrine n'est au chômage et d'autre part en ali- pays du Tiers-Monde sont dans l'im-
toutefois valable que pour les immi- mentant ainsi en devises les balances migration d 0 u b 1 e men t pénalisés.
grés européens. Dans une telle opti- extérieures des nations défavorisées.
que, si les Portugais et les Espagnols D'une part on leur dit que leurs
présentent encore un cas à part, vis- ressortissants sont inassimilables, ils
à-vis duquel toutes les hypothèses Certes, cela est vrai, mais il faut
bien dire que les profits immédiats sont sujets au racisme, ils entrent
sont permises, les véritables immigrés clandestinement en France avec tout
que les pays d'origine retirent de
de la France ne seraient alors que l'exportation de leurs travailleurs ne ce que cela comporte, et s'ils s'intè-
les 650.000 Algériens (17,68 % du peuvent pourtant pas compenser la grent ils ne repartent plus. Là en-
total), les 170.000 Marocains déperdition qui en résulte pour eux core l'effort algérien, récent, est à
(3.31 %), les 96.800 Tunisiens globalement et à plus longue échéan- remarquer: les 230.000 jeunes et
(2,25 %), les 65.000 Africains noirs ce. enfants des 650.000 Algériens de
France sont en voie d'encadrement
dont 20.000 Sénégalais, et, aussi, pa- algérien, on les arabise, on le envoie
radoxalement, les 150.000 Antillais, Les 3/4 des immigrés sont des adul- en Algérie en colonies de vacances,
Martiniquais, Guyanais, Français de tes actifs et ce qu'ils apportent à on a créé pour eux de structures

"1 - 33
yndicales et culturelles qui tendent
à 1 ratta h r à leur pays d'origine.
Cela indique la voie à suivre pour LES TRAVAILLEURS MA -------A
éviter le r jets, les dévalorisation
culturelle et sociales, et les protes-
tations. A L'ETRANGER
Mais l'immigration avec tous ses Il y a aujourd'hui plus de 350.000 ou- Selon le schéma généralement admis
aléas et toutes ses tares, représente vriers marocains en Europe, dont ici, les trava:lleurs marocains en Eu-
un phénomène destiné à marquer le 170.000 officiellement en France, où rope partiraient dans un but unique-
ils sont sans doute plus nombreux, ment lucratif. appuyés par les accords
monde actuel, un phénomène aussi quelque 30.000 en Allemagne Fédérale, de main-d'œuVTe conclus par le gou-
important que l'internationalisation 15.000 en Hollande et les autres répar- vernement dans ce sens, leur moyenne
du capital. Grâce à elle, grâce aux tis entre la Belgique, les pays scan- de séjour hors du Maroc serait d'en-
mutations progressives des traditions, dinaves, l'Espagne où leur nombre est viron 3 ans et à force de travail et de
important. mais inconnu, el le reste privalions, ils enverraient d'importantes
des mentalités qu'elle occasionne, de de l'Europe. sommes d'argent à leurs famil!es.
part et d'autre, un nouveau type de
rapports va s'instaurer entre le Tiers- Ce phénomène d'émigration des tra- Si un tel schéma n'est pas encore
vailleurs marocains est relativement étayé suffisamment scientifiquement
Monde et les pays développés, sur- pour être exclusivement retenu, si,
ancien: il s'est dessiné entre les deux
tout si les travailleurs immigrés pre- guerres mondiales et la participa1ion aussi, la moyenne de séjour de lYois
nant conscience de leur importance à celles-ci, dans !es armées françaises, ans, est infirmée par de nombreux
vitale dans l'économie européenne. de nombreux Marocains. Cependant. si exemples, il est absolument certain
depuis l'indépendance du pays, ce que les travailleurs marocains ont pour
revendiquent les droits et la dignité principale motivation l'envoi de res-
mouvement s'est très progressivement
qui doivent en être le corollaire, sur- accentué, il n'a pris toutelois un essor, sources à leurs familles restées au
tout s'ils participent aux luttes ou- aussi soudain que brutal. qu'au cours pays.
vrières européennes. De plus, l'immi- de ces dernières années. Ainsi. en
On connaît ainsi des villages du Ril et
gré qu'il soit clandestin, ou adapté, 1969, le nombre des Marocains à
du Sud (région de Marrakech notam-
l'étranger était. selon certaines statis-
persécuté ou révolté, sujet, objet et ment) qui ne vivent que de l'apporl
tiques, deux lois plus élevé qu'en 1968.
victime du racisme, représente quand des travailleurs marocains à l'élranger,
recrutés parmi les adultes jeunes el
même une forme essentielle du bras- Il a en tous cas doublé en France en-
actifs. De tels villages ont vu ces der-
sage entre les hommes, les peuples, tre 1967 et 1972. Actuellement, il aug-
nières années, leur niveau de vie aug-
menlerait de 30.000 chaque année, soit
les civilisations et les cultures. Mais, menter dans des proportions considé-
près de 10 ,"0 ce qui est énorme, mais
comme pour tous les phénomènes en rables, le vocable considérable étant
ce chiflre esl sans doute très sous-
bien entendu relatif. d'autant plus
marche, et celui là est relativement es;imé puisque les slatistiques olliciel-
qu'ils étaienl auparavant pratiquement
récent, il est encore difficile d'en chif- les françaises font état de 24.077 en-
exclus du système monétaire, grâce
frer les résultats et l'importance des trées de travailleurs marocains en 1970
à cet apport. Les moyennes mensuelles
et de 20.681 en 1971.
mutations qu'il occasionne. On ne envoyées à leurs familles par les tra-
peut pour l'instant que les constater. vailleurs marocains d'Europe sont par-
Une chose en tous cas est certaine: il y
fois estimées à 600 DH (enquête dans
a aujourd'hui plus d'ouvriers marocains
un village de la région de Marrakech),
en Europe qu'il n'yen a au Maroc, de
Zakya DAOUD mais, elles s'établissent sans doute
l'industrie s'entend. Ces ouvriers à
plus autour de 400 DH.
l'étranger, ne sont pas tous des ma-
nœuvres loin de là et on constate De tels chiffres sont. en soi. exces-
même un mouvement qui date d'en- sivement élevés. Certains économistes,
viron 2 à 3 ans et dans lequel ce sont se basant sur la moyenne des salaires
davantage les travailleurs spécialisés mensuels des travailleurs algériens de

Abonnez vous et qualifiés qui émigrent. Aussi bien,


certains chels d'industrie au Maroc se
plaignent-ils, depuis plus de deux ans,
France, parmi lesquels existent beau-
coup de manœuvres, moyenne qui est
de l'ordre de 85.000 anciens francs,
de la déperdition qui en résulte sur estiment donc que la moyenne des
le plan local. salaires mensuels des Marocains à
l'étranger et notamment en France, se·
Principalement ongmaires du Souss, rait de l'ordre de 100.000 anciens francs,

à du Rif. du nord et des régions saha-


riennes, les travailleurs marocains en
Europe sont employés surtout dans la
avantages sociaux, quand i!s existent.
compris,

métallurgie, J'industrie automobile, le Si donc les travailleurs marocains par-


bâtiment, les mines et l'agriculture. En viennent à envoyer à leurs familles
France, ils sont concentrés dans le entre 600 et 400 DH par mois, cela don-
nord et surtout dans la région pari- ne la mesure des privations qu'ils

Lamalif sienne et si Casablanca est la pre- s'imposent. D'autres économistes esti-


mière ville française à l'élranger, Paris ment aussi qu'ils parviennent bon an,
est la première ville marocaine hors mal an, à adresser au Maroc. des som-
du Maroc, avec environ 90,000 Maro- mes de l'ordre de 500.000 anciens
cains. francs par an.
Si ces chiffres demandent à être ven- l'étranger à 50 milliards d'anciens D'autre part, parce que les travailleurs
fiés et confirmés, il est en tous cas de francs par an, soit 500 millions de OH, marocains, bien que sujets au racisme,
Jait que l'apport des travailleurs maro- chiUre qu'ils estiment même très sous- sont demandés individuellement et col-
cains à la balance extérieure du Ma- estimé, et dont ils pensent qu'il peut lectivement dans toute l'Europe où les
roc, depuis quelques années, et surtout globalement même alleindre le double. employeurs apprécient leur ardeur au
depuis que l'on s'est efforcé d'éviter De celle façon, les sueu s et les souf- travail et leur sens de l'économie,
les traditionnelles déperditions de de- frances des travailleurs marocains è!
vises par le canal de l'ouverture des l'étranger deviennent le principal poste Enfin, parce qu'il existe au Maroc,
c.omptes à la Banque Populaire, est de la balance extérieure du Maroc. surtout parmi les jeunes, qui sont,
devenu prépondérant. On peul même comme on le sait les plus soumis au
dire sans risque d'erreur que ce sont Il y a tout lieu d'estimer qu'en dépil chômage (sur les 350.000 chômeurs
les trava:lleurs marocains de l'~t:ranger des protestations que l'immigration permanents que le gouvernement
qui sont à l'origine de la bonne santé des travailleurs suscite au Maroc, le avoue, 56 '10 ont entre 15 et 24 ans)
monétaire dont les responsables se nombre des ouvriers marocains en Eu- el pour des raisons qui sont à la fois
targuent tant à l'heure actuelle. rope est destiné à augmenter dans une économiques, culturelles, politiques et
très forte p:oporlion au cours des pro- sociales, une très forte aspiration au
En 1969-1970, le Marché Commun a chaines années. départ.
calculé que les transferts des travail-
leurs marocains à destination du Ma- D'une part. parce que le Maroc a fait Aussi dangereuse et désastreuse que
roc et partant des 6 pays de la C.E.E.. de l'immigration une des données pre- soit pour l'honneur national, celle aspi-
s'étaient élevés à 62,5 millions de dol- mières de sa politique en malière ration, on ne peut pas ne pas le cons-
d'emploi, pour ne pas dire la seule et tater et remarquer qu'elle a encore
lars, soit 312,5 millions de OH. Pour
que, dans celle optique, tous les ac- plus joué que tous les accords de
1971 et 1972, des économistes et ban- cords de main-d'œuvre conclus avec main-d'œuvre pour faire évoluer entre
quiers marocains chillrent quant à eux les pays eurol)éens sont présentés 1967 et 1972, le nombre des travailleurs
l'apport en devises des travailleurs à comme des victoires. marocains à l'étranger.

S. M. M.
DAVU -MAROC
C BL
Tt'l 48 - 51
,
FFICE
ATIONAL
DES PÊCHES
DES OBJECTIFS AMBITIEUX POUR MODERNISER L'ARMEMENT
Avec une production annuel1e de l'or- pêche au large. ce qui est d'autant tations ne touchent pas plus de 3.000
dre de 250.000 t.. le Maroc occupe une plus grave que. depuis près de trois t. pour le poisson de marée (pour
place non négligeable dans le concert ans. les bancs de sardines ont déserté 13.200.000 DH), 23.000 t. de farines de
des nations maritimes. mais une place les zones côtières. prospectées jusqu'à poissons, 2 millions à 2.5 millions de
particulière du {ait que 89 % de la l'épuisement pour se retirer au large. caisses de sardines et des quantités
production esl destinée à la transfor- De ce fait les apports sont devenus minimes d'aulres productions halieuti-
mation industriel1e et que 75 '10 de irréguliers et d'une qualité qui laisse ques.
celle même production est représentée à désirer puisque celle flollille de pe- Quant à la situation sociale de la pro-
par la sardine. tite dimension ne dispose pas de duction. el1e est à la mesure des diffi-
Celle production est également en moyens de conservation. La rentabilité cultés rencontrées. aggravées par une
majeure partie exportée. et, sur ce de cet armement est d'autant plus exploitation peu rationnel1e. le manque
plan. les produits de la pêche occupent aléatoire qu'el1e est basée sur un d'organisation et une inadaptation
la troisième place dans les exporta- produit unique. la sardine. devenu structurel1e à l'évolution du march6.
tions marocaines après les phosphates vulnérable. D'où la nécessité de nou·
et les agrumes. avec 150 millions de veaux armements modernes, puissants L'OFFICE NATIONAL
DH d'apports en devises en 1969-70 et spécialisés. DES PECHES
et 165 millions de DH en 1970-71. Quant à l'industrie de la conserve de ET SES OBJECTIFS
Cependant. cetle industrie. importante. poisson qui traite 89 '10 de la produc-
présentait et présente encore un cer- tion marocaine. el1e dispos~ de 46 Pour faire face à tous ces problèmes,
tain nombre de lacunes et de pro- unités groupant 73 usines représentant le gouvernemenl a décidé de metlre
blèmes qui ont conduit à encourager 35 millions de DH d'investissement et sur pied un organisme approprié: l'Of-
sa modernisation, sa rénovation el son une production estimée à 136 millions fice National des Pêches. qui a effec-
extension. de DH pour la sardine. de 17 usines tivement vu le jour le 21 février 1969,
pour la farine de poisson et de 5 usi- et auquel divers objectiIs avaient été
En effet. compte tenu des potentialités
nes de congélation et de réfrigération. assignés tels que de permetlre une
des ressources halieutiques du Maroc,
Mais ces usines qui se sont principa- intervention directe de l'Etat dans la
d'une part, des besoins nutritionnels
lement développées au lendemain de produclion el la commercialisation du
de la population marocaine et des pos-
la seconde guerre mondiale. grâce au poisson. de favoriser l'abaissemenl des
sibilités d'absorption des marchés ex-
conth1gent ouverl sur le marché fran- prix de revient grâce à l'intégration
térieurs. d'autre part. la production
çais, se sont contentées de travailler verticale des unités de pêche et des
annuel1e n'est ni assez abondante. ni
dans le cadre facile de ce conûngent conserveries, d'aider les professionnels
asse:: régulière. ni assez diversüiée. ni
sans chercher à améliorer leurs capa- à promouvoir leurs activités, c'est-à-
assez moderne. Et. hormis ses difficul-
cités de production et de rentabilité. dire de créer des coopératives de ma-
tés structurelles. la pêche au Maroc
Les aléas du contingent français. des- rins-pêcheurs, et de lancer la consom-
souffre de düficultés conjoncturel1es
tinés à s'aggraver dans le cadre du mation du poisson sur le marché inté-
tel1es que la baisse de qualité du pois-
<c marché bleu» de la C.E.E. font que rieur.
son pêché. le faible niveau de consom-
ces usines au demeurant beaucoup Après s'être doté de moyens de fonc-
mation intérieure et les lourdes char-
trop nombreuses. tournent actuel1ement tionnement pour assurer sa tâche, et
ges qui pèsent sur l'armement.
à 60 '10 de leurs capacité et n'ont pas après avoir étudié en profondeur les
de prix de revient compétitifs. problèmes qu'on lui demandait de ré-
LES PROBLEMES Cet armement et celle industrie répon- soudre. 1'0Uïce National des Pêches.
A RESOUDRE dent à un marché intérieur beaucoup c. en septembre 1971. défini 5 orien-
trop réduit. puisque la production ma- tations prioritaires: la réorganisation
Celui-ci. composé pour l'instant de 280 rocaine est de l'ordre de 17 kgs par de l'armement et la promotion du ma-
rin et de l'armateur. l'élaboration de
sardiniers concentrés à 80 '10 dans la personne. mais que la consommation
ne dépasse pas 1.8 kg. de poisson frais mesures d'encouragement propres au
zone Safi - Essaouira - Agadir. de 120
chalutiers. 103 chalutiers sardiniers. el n'absorbe pas plus de 7 '10 de la secteur de la pêche, l'augmentation
production de conserve de sardines. et la diversification de la production,
2,669 petites embarcations à rames et
452 petites embarcations à moteur, Pour les marchés extérieurs. principa- le développement de la commerciali-
n'est pas en mesure de pratiquer la lement la C.E.E. (à 60 %). les expor- sation sur le marché intérieur et la
,~-~---~-------~~

~AROCAIN ET RENOVER L'INDUSTRIE DE LA PECHE


mise au point d'un programme de lorisation optimum de ces ressources. tes. les concentrer. pour les amener à
recherches scientifiques, Dans ce ca- développement des exportations et de moderniser leur équipement et à bais-
dre, l'O.N.P. a pu mener à bien les la consommation intérieure que l'O.N.P. ser leurs prix de revient. il laudrait
réalisations suivantes: la flotte maro- va réaliser avec la collaboration des aussi créer 7 à 8 nouvelles unités in-
caine a été dotée du premier thonier expsrts de la F.A,O. dustrielles,
congélaleur océanique, de 5 sardiniers Un programme vient d'êlre signé à ce Sur le plan des exportations, il lau·
modernes, du premier chalutier hau- sujet. le 14 septembre 1972 au terme drait rénover les installations existan-
turier, qui ont accru l'armement maro- duquel. et pour 4 ans. le P.N.U.D. va tations. et prospecter systématiquement
cain de la %. prêter son assistance au Maroc pour de nouveaux marchés. Sur le plan du
l'aider à diversilier et à accroître la marché intérieur il faudrait développer
De plus une cinquantaine de sardiniers
production de la pêche et développer le réseau de commercialisation. par la
anciens ont été équipés de pouli<:.s
la consommation intérieure et l'expor- création de dépôts lrigorifiques. de
hydrauliques dans le cadre de la mé-
tation, points de ventes. et rachat de moyens
canisation du travail et grâce à une
aide linancière de l'Office, L'Ollice Dans ce cadre. les nouveaux objectifs perfectionnés de transport. en même
s'est également préoccupé de consti- sont de porter la consommation inté- tsmps que lancer un programme d'édu-
tuer des sociétés mixtes avec tous les rieure de L8 kg. par personne à 5.2 en cation diététique de la population. Il
investisseurs étrangers intéressés à la 1978. soit 100.000 t. de poisson fais au laudrait aussi développer la recherche
pêche marocaine. Une société maroco- total au lieu de 27.000 t. actuellement, scientifique. par l'achat d'un navire
japonaise a ainsi vu le jour pour la et d'augmenter de 30 '10 la consom- adéquat el la création de laboratoires.
pêche au chalut avec 6 grands ba- mation des conserves de poissons la porter un gros ellort sur la formation
teaux hauturiers modernes, dont le portant de 150.000 à 250.000 caisses. des cadres qualifiés. améliorer la si·
premier. équipé également d'un congé- Sur le plan extérieur. l'O,N.P. veut tuation sociale de la pro f e s s ion
lateur, est entré en service en juin porter les exporlations de poisson Irais par la création de coopératives et
1972, et les autres sont prévus pour à 10.000 t. contre 3.000 t, à l'heure l'extension de la sécurité sociale. des
1974. Une société maroco - espagnole actuelle. les exportations de conserves caisses mutuelles. des caisses de chô-
pour la pêche hauturière au chalut de sardines de 2.5 millions de caisses mage et de secours. marocaniser les
et la pêche océanique des thonidés (50.000 t.) à 3.5 millions de caisses conserveries. et adopter un certain
a également vu le jour et ses premiè- (81.250 t.), les exportations de poissons nombre de mesures juridiques desti-
res unités vont être lancées incessam- congelés de 6,500 à 19,000 t.. celles de nées à encourager les investissements
ment. On voit donc que l'O.N,P. a pu larines de poisson de 23.000 à 40.000 t. dans ce secteur de la pêche. notam-
organiser les bases administratives et el celles d'huiles de poisson de 6.000 ment le développement d'un crédit ma-
scientifiques de son aclion. et entre- à 9.000 L Ainsi. la production totale ritime par un système analogue à celui
prendre. en trois ans. un travail d'in- du Maroc passerait de 250.000 à 437.800 du crédit agricole. l'adoption de me-
téressement des capitaux au secteur t. entre 1972 et 1977. sures spéciales dans le cadre du code
de la pêche ainsi que l'action de mo- On se doute bien que de tels objectifs des investissements et celle d'un régi-
dernisation et de diversification de la nécessitent la mise en œuvre de me fiscal approprié aux al-:-as de ce
produchon qui s·imposait. moyens appropriés. au niveau de l'ar- secteur économique dont l'importance
mement tout d'abord. n faudrait no- n' est plus à souligner,
LES NOUVELLES tamment acquérir en priorité pour y Nantis de ces moyens techniques. hu-
parvenir, 24 chalutiers hauturiers. dont mains. financiers et juridiques. l'O.N.P.
ORIENTATIONS DE L'O.N.P. 10 immédiatement. 10 thoniers clippers pense pouvoir amorcer le développe-
modernes. et plus tard 10 thoniers océa-
Cependant. il va de soi que. fac~
ment souhaitable de la pêche maro-
niques. 21 sardiniers senneurs moder· caine et rendre à cette industrie natio-
aux problèmes auxquels l'O.N.P. est nes. 36 chalutiers dont les premiers nale la place qui lui revient dans
confronté. ce programme et ses réali- seraient livrés en 1975 et 6 chalutiers l'économie du pays. Les réalisations
sations ne sont que l'amorce d'une crevettiers. n faudrait aussi dévelop- qu'il a pu promouvoir en si peu de
action de rénovation en profondeur per de 10 '10 l'armement artisanal et temps, augurent en tous cas bien de
dont l'Office vient de définir les nou- rénover la flottille existante. Sur le ses actions futures et permettent d'en-
velles orientations: exploitation ration. plan du traitement industriel. il fau- visager les perspectives d'avenir avec
nelle des ressources halieutiques. reva. drait rénover les installations existen- le maximum d·enthousiasme.

't - 37
• .C.A.E. •• UN INSTRUMENT ORIGINAL ET DYNAMIQUE
AU SERVICE DE LA FORMATION ET DE LA MAROCANISATION
Avec l'Institut Supérieur de Commerce Une symbiose s'est opérée entre les thodes pédagogiques qui ont fait leur
et l'Administration des Entreprises velléités, transformées depuis peu en preuve ailleurs, notamment aux U.S.A.,
(I.S.C.A.E.) qui vient d'ouvrir ses por- volontés, de marocanisation des cadres mais qu'il importait d'adapter au
tes à Casablanca, le Maroc dispose supériours du commerce, de l'indus- contexte marocain: cours dialogués,
maintenant d'une école supérieure de trie et des services et la nécessité de travaux pratiques, discussions de cas
commerce originale et spécifiquement créer un organisme susceptible de for- concrets, travaux en gToupes élargis
nationale. mer au Maro:: des gestionnaires de (20 élèves) ou restreints (4 à 5), confé-
haut niveau, Ges cadres concepteurs rences de méthodes, rédaction ~e mé-
De ce fait, tous les étudiants, désireux polyvalents, en prise directe sur la moires individuels sur des sujets pra-
de se préparer à l'exercice de fonc- réalité qui puissent à la !ois concevoir tiques de l'économie marocaine et de
tions supérieures dans les entreprises de nouvelles structures pour les entre- la vie des entreprises, jeux d'entre-
du secteur privé et public et. soucieux, prises nationales et les gérer au mieux, prise pour préparer à la prise de dé-
en conséquence, de disposer d'un en· à la fois dans le cadre du marché cision, visites commentées d'activités
seignement à haut niveau couvrant les actuel de remplacement et dans celui économiques, et. surtout, stages prati-
techniques commerciales, financières du marché de croissance, ques dans les entreprises, en première
et comptables, ainsi que les techniques année au niveau de l'exécution, en
d'économie appliquées èt l'entreprise, Les besoins du Maroc en cadres de ce seconde année au stade de la prise
n'ont plus besoin de se rendre à genre pour les secteurs privé, public de responsabilité concrète, et, enfin, en
Paris, à Bruxelles ou à Harvard, pour et para public ont été estimés à 1.200 troisième année, dans le cadre de la
être aptes à la vie professionnelle environ, essentiellement dans le mar- pré-spécialisation avec rédaction d'un
qu'ils ont choisie, puisqu'il existe au ché de remplacement des cadres étran- rapport.
Maroc un Institut susceptible de leur gers. Il fallait bien entendu les former
assurer cetle formation. Mais ils onl et non plus selon les méthodes diver- Ces méthodes pédagogiques appuient
d'autant moins besoin de se rendre ses et empiriques qui avaient eu cours un enseignement dont la progression
à l'étranger et d'autant moins de pré· jusqu'alors et qui n'étaient ni effica- est la suivante:
textes pour y rester, que l'I.S.C.A,E. ces, ni satis~aisantes, ni suffisantes.
En effet, par exemple, les élèves des - une année préparatoire dont la fonc-
leur offre plus que les écoles de com- tion est de remodeler et de compléter les
merce des autres pays. Il leur offre écoles étrangères ne devenaient renta-
bles au Maroc qu'au bout d'une période diHérentes formations en les axant su.r
un enseignement de même niveau l'enseignement particulier de l'Institut,
mais rénové dans ses méthodes el ses de réadaptation, le temps de s'intégrer à
une réalité qu'on ne leur avait pas sur la culture générale, les langues,
objectifs, et, surtout, marocanisé, c'est· les mathématiques, la géographie éco-
à-dire essentiellement branché sur la enseignée, Pour leur part, les titu-
nomique, etc,
réalité économique nationale, au ni- laires de licences de sciences écono-
veau globaL comme à celui des entre- miques n'étaient rentables qu'après - une première année consacrée à
prises, des stages leur permetlant de s'adap- l'acquisition des concepts et des tech-
ter à une pratique pour laquelle ils niques de base: comptabilité, produc-
Vocation ambitieuse s'il en est, mais n'avaient pas été formés. Il fallait donc tion, droit, statistiques, organisation,
que l'I.S.C,A,E. est déjà en mesure combiner les deux, mais en innovant. sciences humaines, économie, informa-
d'assumer. et surtout en se hissant au niveau non tique, par le biais de cours dialogués
plus seulement des réalités, mai.s aussi et de travaux pratiques,
des perspectives nationales. D'où l'Ins-
UN INSTRUMENT titut. une seconde année résolument axée
sur l'analyse des fonctions de l'entre-
DE LA MAROCANISATION prise, marketing, finances, contrôle de
DES CADRES UNE ORGANISATION gestion, etc, durant laquelle l'étudiant
PEDAGOGIQUE NOUVELLE doit utiliser les techniques qu'il a ac-
L'idée de cetle école de commerce quises pour résoudre des problèmes
dont il est question depuis 12 ans a, Mais on se doute bien que de tels pratiques et formuler des propositions
en effet. évolué à la mesure du retard impératifs imposaient d'eux-mêmes un d'actions concrètes,
mis à la réaliser. Et si, c'est finale- enseignement de type nouveau, pra- - une troisième année enfin, d'appro-
ment en 1971 qu'en a été jetée la tique et concret dans ses méthodes et fondissement des connaissances et de
première amorce concrète avec la for- ses champs d'application pour rendre pré-spécialisation entre les options
mation de bacheliers de séries mathé- les cadres formés directement opéra- telles que finance, contrôle de gestion,
matiques, sciences expérimentales et tionnels ô leur sortie de l'Institut. actif. marketing, fiduciaires, banques, assu-
sciences économiques dans le cadre c'est-ô-dire suscitant leur intérêt et exi- rances, affaires internationales, écono-
d'une année préparatoire, si, aussi. geant leur participation, étayé sur mie agricole, gestion du personneL
c'est en octobre 1972 que le véritable l'analyse théorique pour développer petites et moyennes entreprises, qui
enseignement a démarré avec les pre- les facultés de réflexion et préparer prépare donc directement à la vie pro-
miers étudiants issus de cetle année ô la prise de décision, pluridisciplinai- fessionnelle, en fonction du choix des
préparatoire, sélectionnés par concours, re pour répondre ô la nécessité de la étudiants et des possibilités du mar-
et 100 nouveaux bacheliers, recrutés polyvalence, seule à même de réaliser ché de l'emploi. A cetle troisième an-
également sur dossiers pour l'année l'intégration dans la vie profession- née, les titulaires des licences de scien-
préparatoire, ce n'est certainement pas nelle, mais aussi spécialisé pour ren- ces économiques peuvent directement
un hasard. forcer l'efficacité. D'où l'emploi de mé- accéder par concours.
contexte des pays en voie de dévelop- vaux de recherche, et remplit une fonc-
pement, et, parmi ceux-cL de l'ensem- tion au service de l'ensemble, comme
ble maghrébin. Il ne serait pas davan- le département des relations extérieu-
tage utile de disserter sur les mérites res. Ces départements cooptent 5
comparés des économies libérales et professeurs auxquels s'adjoignent le
planifiées, si ceux-ci n'étaient vus en directeur de \'Institut, le directeur des
liaison étroite avec les problèmes du études et deux représentants des
Maroc, qui paradoxalement combinent étudiants pour former un conseil inté-
les deux, et, en l'absence de choix rieur qui organise le fonctionnement
définitifs, doivent être ouverts sur les des études, élabore les programmes
deux types. d'enseignement, discute les problèmes
pédagogiques et de discipline, super-
Tout ceci exigeait naturellement que vise les examens et établit un projet
l'enseignement soi t profondément de règlement. Ce conseil directeur as-
adapté dans son essence m~me au siste dans sa tâche le directeur res-
Maroc, et plus encore aux entreprises ponsable devant le conseil d'adminis-
du Maroc puisque \'Institut est conçu tration. Car \'Institut est un établisse·
pour les pourvoir en cadres opération- ment public dolé de la personnalité
nels. D'où une liaison étroite avec le civile et de l'autonomie financière et
monde économique marocain et avec placé sous la tutelle du Ministre du
les entreprises marocaines, Commerce. Celui-ci préside le conseil
d'administration dans lequel siègent
Il n'était pas facile de répondre à aussi les Ministres de l'Enseignement
cette gageure. L'Institut y est parvenu supérieur et des Finances. le président
en adoptant plusieurs méthodes. Ainsi, de la Fédération des Chambres de
les représentants des entreprises ont Commerce et d'Industrie, le doyen de
été consultés sur la marche de \'Insti- la Faculté de Droit et 6 personnalités
tut et appelés à participer à l'élabo- du monde économique désignés par le
ration des programmes d'enseignement. Ministre du Commerce, qui sont les
Ainsi aussi. sur les 33 professeurs que directeurs de l'O.C.E.. de la C.T.M./
compte_ \'Institut, la moitié sont vaca- L.N., de la B.M.C.E.. du Crédit du Ma-
taires et proviennent à la fois de l'Uni- roc, de la B.C.M. et un responsable de
versité dont \'Institut est partie inté- l'O.C.P. Ce conseil d'administration dé·
grante, et du monde économique. Des termine les plans d'action de \'Institut,
ingénieurs d'entreprises comme la son statut et son budget qui provient
S.A.M.I.R.. des responsables de socié-
de subventions de l'Etat et des entre-
tés commerciales comme l'O.C:E. ou la
prises.
C.T.M., ont accepté d'enseigner à l'Ins-
titut. Et, naturellement les cours qu'ils
dispensent sont adaptés à des prati-
VERS UN INSTITUT
ques el à des besoins dont ils ont une DE RECHERCHE
connaissance intime et journalière,
Mais il est visible qu'avec une telle
structure et de telles ambitions, l'Ins-
DES METHODES titut sera rapidement appelé à débor-
DE FONCTIONNEMENT der de son rôle de pur enseiqnant pour
ORIGINALES accéder au statut d'un Institut de re-
cherches sur l'économie marocaine et
Un tel enseignement et une telle liai- les entreprises. Il a, d'ailleurs, déjà
son avec le monde économique néces- joué ce rôle ne serait-ce que pour
sitaient, d'une part, d'être définis juri- déterminer les besoins quantitatifs aux-
diquement, et 'd'autre part, des métho- quels il devait répondre. Il n'envisage
des de fonctionnement originales. pas de s'anêter en si bon chemin. Sou-
cieux d'aider les entreprises, l'Institut
Dans le cadre d'un enseignement ré- envisage à terme des proqrammes de
nové et modernisé, les étudiants sont cours de recvcIaqe à destination des
extrêmement encadrés dans leurs étu- cadres actuels de l'entrepr'se .. t ;"'tte
des, ce qui demande des efforts sup- l'amorce d'une formation complémen-
plémentaires au corps professoral. On taire. continue et permanente. Soucieux
UNE LIAISON ETROITE compte à l'I.S.C.A.E., 33 professeurs de devenir un pôle d'attraction pour
AVEC LES ENTREPRISES pour 140 étudiants, qui formeront des les problèmes économiques, il projette
MAROCAINES groupes de 5 assistés d'un tuteur en- de tenir dans quelques semaines une
seignant. Chaque professeur assure, réunion d'information à !aquelle seront
Mais cet enseignement n'a de sens en plus de ses heures de cours, 7 heu- conviés un grand nombre des respon-
que conçu dans le contexte spécifique res d'encadrement par semaine. Les sables de la vie économique. Ce ne
au Maroc, Par exemple, il ne servirait enseignants sont regroupés en 10 dé- sont là que quelques projets parmi
à rien d'enseigner une comptabilité partements dont les membres travail- beaucoup d'autres. L'Institut. oui dans
théorique si elle n'était prolongée par lent en équipe et tiennent des réunions deux ans. s'installera dans de nou-
les pratiques de la fiscalité marocaine, hebdomadaires. Chaque département veaux locaux à la périohérie casa-
li ne servirait pas davantage d'initier assure un groupe de cours (économie, blancaise et qui. en 1975, sortira ses
les étudiants aux pratiques et straté- sciences humaines, gestion, production, premiers cadres démarre avec un en-
gies du développement, si celles-ci techniques quantitatives, droit, anglais, thousiasme et un dynamisme aui au-
n'étaient eesentiellement vues dans le arabe, marketing), effectue des tra· gurent bien de son avenir. .

'1 - 39
PHILOSOPHIE

M. A. LAHBABI
une évolution idéologique
qUI est celle de la
bourgeoisie marocame

par zakya daoud


Mohamed Aziz Lahbabi, ancien sens qu'elle a évolué en trois direc- le père était une autorité ab en e et
doyen de la Faculté de Lettres de tions différentes, mais partant des où la mère avait délégué ses pou-
Rabat, aujourd'hui professeur à l'Uni- mêmes bases, durant les 20 dernières voirs à une tierce personne. L.ahbabl
versité d'Alger, qui a joué un rôle années, est essentiellement une «théo- a dit, lui-même, que l'enfant subis-
non négligeable par les postes qu'il rie de la compensation». sait «un complot prénatal» en ce
a successivement occupés dans l'ad- sens où l'on projette sa naissance
ministration marocaine, donc l'in- pour des raisons qui lui sont exté-
fluence qu'il a pu avoir sur la poli- TOUT rieures: affirmation du père à l'égard
tique culturelle du pays, et par les EST lM PENSE de son propre père, et de la mère à
multiples ouvrages qu'il a publiés l'égard de son mari et de sa famille,
tant en arabe qu'en français, de 1946 Ikhlass Oumelghaït part, d'abord, J'enfant étant conçu comme une ri-
à 1968, a été pourtant, curieusement dans son analyse du lahbabisme d'une chesse, une prévoyance, une puissance
négligé par les chercheurs et par les première constatation: l'idéologie de et aussi comme un bouc émissaire.
étudiants. Lahbabi a été élaborée durant la fin
de la période coloniale et le début D'où une aliénation infantile: un re-
Personne ne s'était jusqu'à présent de la période néo-coloniale, mais tout fus de l'enfance et un être qui n'e t
penché sur son cas au Maroc, bien ceci est refoulé, impensé, l'histoire que vacuité, qu'image virtuelle, con-
que deux thèses l'aient pris pour n'affleure jamais, la relation coloni- trairement à toutes les thèses sur la
objet, l'une en Italie, et l'autre au sateur-colonisé qui forme le sous-ja- question et notamment au freudisme.
Liban. cent de cette œuvre n'est jamais De plus, pour Lahbabi, l'adulte pour-
théorisée. Il y a donc là un phéno- suit cet enfant, et donc ne se connaît
Cette lacune marocaine vient heureu- mène de refus, de blocage, et d'in- pas davantage. «Le poids de l'être
sement d'être comblée par Ikhlass conscience, qui permet, en allant plus continuera de peser s r la personne
Oumelghaït qui livre, à propos de loin, de comprendre le phénomène de et l'adulte sera toujours enchaîné
M. A. Lahbabi, une étude intitulée dépolitisation dans lequel le Maroc a comme un esclave ». Pour au i cu-
« l'impersonnalisme occidentalisant ». vécu longtemps, essentiellement par rieuse que soit cette théorie qui part
déviation de l'agressivité. du postulat inver e de tout ce qui e t
Cette étude mérite d'autant plus désormais admis, qLli confirme le
qu'on s'y arrête que la philosophie de Pourquoi un tel phénom ne chez U:1 péché originel» de la naissance,
Lahbabi a des prolongements très auteur marocain, à l'époque même où l'absence de mémoire, de conscience
actuels au Maroc, même si elle sem- Fanon, par exemple, pensait «Les et de légitimité, Ikhlass Oumelghaït
ble condamnée pour l'avenir. «On ne damnés de la terre» ? l :explication y voit quant à elle: l'inverse du dis-
se réclame pas du lahbabisme, écrit est recherchée par Ikhlass Oumel- cours explicite qui accompagne le
Ikhlass Oumelghaït, mais on l'appli- ghaït dans l'enfance de Lahbabi qui, système patriarcal ».
que dans la vie quotidienne ». Pour lui-même, se présente comme un or-
elle, cette philosophie, qui n'est d'ail- phelin, ayant subi des carences affec- En effet, l'éducation qui 'en uit
leurs pas unitaire, mais triple, en ce tives dans une famille patriarcale où dans ce système, par son caractère
autoritaire, refoule toute révolte et Et, dans J'optique de Lahbabi la seul~ service On ne s'étonnera donc pas
empêche m é mesa théorisation. personne avec laquelle il vaille la si, aprè cette citation, Ikhlass Ou-
Lahbabi, dit Ikhlas Oumelghaït, ex- peine de communiquer est le colon. melghaït s'écrie: « Exploitons le
prime la "ensibilité d'une gén 'ration, khammès ou le fellah et ainsi notre
sans doute la dernière, qui, au Maroc, Comment? Deux possibilités se dé- être deviendra« une personne»
vit les valeurs de l'ancienne ociété gagent de l'œuvre initiale de Lahbabi qui pourra communiquer avec le co-
{:atriarcale . Car Lahbabi ne peut auxquelles viendra s'ajouter une troi- lon. Le pauvre Mounier ne se doutait
pas s'avouer à lui-même ce drame sième aprè l'indépendance et une pas qu'on prendrait caution de son
qu'il ressent, alors il a recours à la quatri me, depui qu'il est en Algé- nom pour élaborer un cel "personna-
métaphore, à l'obscur, à des concepts rie. Les deux premières façons qu'il lisme réaliste », ajoute-t-elle, en par-
flous, au verbalisme et au langage voit d'être reconnu par le colon, sont, lant de «personnalisme mercantile »,
poétique, pour ne pa accepter son oit d'accentuer les différences, soit qui ne craint pas de souligner «le
incapacité à formaliser les données de les supprimer. rôle important de la monnaie dans
de la vie intérieure. l'éveil de la conscience aux réalités
sociales », et en ajoutant: «La mon-
LA NEVROSE naie pose le problème de la valeur
LE DRAME DES OBJETS de la dignité des personnes ». Pour
DES ELITES Ikhlass Oumelghaït il s'agit en fait
Accentuer les différences, c'est, par d'une mentalité très ancienne, qui est
Le premier thème explicite dans la possession, mais surtout des bi~ns ainsi exprimée avec des termes mo-
l'idéologie de Lahbabi est celui de et des choses, devenir J'égal du colon dernisants. Elle rappelle, en effet,
l'angoisse résultant de la solitude. et cette déification de la propriété, que l'accumulation magique des biens
théorisée très clairement et avec un et des objets est ancestrale et qu'on
~ L'être humain, écrit-il, vit seul son grand cynisme, est peut-être - d'a<.l- ne concevait pas auparavant une
intimité, jalousement seul ». On ne tant plus qu'elle est une formulation maison vide de gens et vide de pro-
s'étonnera pas alors de déboucher sur des attitudes de la bourgeoisie ma- duits alimentaires. Amasser c'est
une philosophie totalement individua- rocaine - ce qui est dans le lahba- donc effacer les frustrations à la fois
liste, qui tend à réserver l'usage ex- bisme le plus original et le plus lourd du père autoritaire, et du colon tout
clusif de cette solitude aux cadres de prolongements et de conséquences puissant.
des pays colonisés, ceux dont Lahba- actuelles.
bi avouent «qu'ils ne s'adaptent plus
ou pas, à leur ociété ». Il écrit, en Pour Ikhlass Oumelghaït en tous AMASSER POUR EFFACER
effet: On est légion, mais solitaire, cas, cette relation névrotique avec LES FRUSTRATIONS
c'est le cas des élites asiatiques et les objets et les biens est de la magie
africaines. Elles... n'arrivent pas à pure, une pratique destinée à effacer L'objet joue un rôle de compensation,
se mettre à J'unisson de leurs peu- avant tout l'angoisse. D'ailleurs, Lah- il calme les sentiments d'insécurité.
ples, ni à maîtriser les vagues qui babi écrit: «L'objet contribue à per- Ii faut rappeler aussi là que Lahbabi
déferlent au sein de ces peuples. Elles sonnaliser l'être humain autant que a dû vendre, après la guerre, son
sont conscientes d'être au croisement celui-ci humanise toute chose qui en- premier livre de porte en porte pour
des chemins, au milieu de sociétés qui tre dans son horizon... La propriété pouvoir vivre. Cependant, par la sui-
ne comprennent pas encore le mes- devient physiquement e. moralement te, « l'important ne sera plus pour lui
sage dont elles sont porteuses. Les une partie du moi ». Il s'agit, comme tant de posséder, que de faire savoir
élites se sentent vivre seules le sen- on le voit, d'une position très réaliste que l'on possède et de faire appré ier
timent grave et décisif du choix entre qui exclut tout changement de hié- la chose posSédée ».
la civilisation artisanale, la leur, et rarchie car Lahbabi préci e aussi que
la civilisation industrielle contempo- la possession des biens doit se dou- Il est également curieux de constater
raine... elles souffrent de la double bler d'une possession des relations que, dans une telle logique, la femme
solitude, isolées au milieu de leur sociales à propos desquelles il est est perçue comme étant plus appropria-
société et incomprises à l'étranger ». également très clair. En effet, il va tive que l'homme, plus personnaliste
jusqu'à écrire: «Le cousin d'une donc, et cela sans doute parce qu'elle
Pour Lahbabi et il y insiste beau- tante par alliance, s'il est le cadi, est ressent davantage l'angoisse et l'in-
coup, les élites sont prépondérantes, plus nôtre que notre oncle le mar- sécurité. Mais l'homme se défend
il faut leur faire confiance, même si chand de tapis... ce qui fait J'orgueil contre cette volonté qu'il re sent
elles ne sont que des «à peu près du moi c'est plus la parenté avec le comme une menace, et il tente alors
Occidentaux et des à peu près étran- pouvoir du cadi qu'avec le cousin- de s'approprier la femme, de la consi-
gers à l'Occident », même si elles cadi-au-pouvoir ,). dérer comme son bien, une chose
sont tiraillées et déchirées, car elles parmi on horizon encombré d'objets,
humaniseront l'univers et feront ap- Sur le type de biens à posséder, Lah- de propriétés latifundaires, de tra-
paraître les mécanismes de la prise babi n'est pas moins net: il réprouve vailleurs agricoles et de relations
de conscience collective ». Ces élites J'industrialisation à outrance, de type sociales. Pour Lahbabi donc, « pos-
jouent dans les sociétés colonisées, européen, mais privilégie les investis- séder c'est élargir son horizon ».
le rôle attribué au messie. Mais que sements agraires et foncier'. Ikhlass
doivent-elles faire? Recourir à la Oumelghaît note donc: «Lahbabi a, Il va alors ans dire que seules les
contre-violence pour répondre à la malgré lui, et c'est très révélateur, classes possédantes ont un horizon
violence coloniale ? Lahbabi n'en par- d'emblée l'attitude du propriétaire et qu'il ne fait pas bon être pauvre
le jamais et aussi bien déclare ré- absentéiste ». Il écrit, en effet: «Ce dans le personnalisme lahbabien. Mais
prouver toute violence. Accepter terrain de maïs, du fait même qu'il cette notion d'horizon est très impor-
cette solitude ou la conduire à des m'appartient, par la médiation de tante, même si elle ressort de la
termes tels que le suicide, le narcis- mon horizon, me met en relation, névrose des objets, car quelqu'un qui
sisme ou le mystique? Non répond malgré moi, avec le fisc, avec les possède est puissant, donc considéré,
Lahbabi, il faut refuser cette soli- ouvriers agricoles qui le transfor- donc personnalisé, puisqu'il n'est plus
tude et la dépasser par la «commu- ment... Mon horizon s'élargit grâce lui-même chosifiable ». En effet, note
nication ». au concours de ceux qui sont à mon Ikhlass Oumelghaït, l'aliénation n'est

'1 - ~1
plus pos ible pour le riche, il ne peut minimale, en éliminant tous les mar- L'ART:
plus avoir le statut de J'esclave, qu'on ginaux, en condamnant tous les na-
vend comme un objet, car cela sem- tionalismes et tous les phénomènes NOUVEAU VOLAPUK
ble bien être la principale crainte in- d'agressivité. Dans la première pha-
consciente de Lahbabi. C'est d'ail- se, «l'être avait tendu vers la per- Et elle s'é rie: Vive J'art, ce vola-
leurs pourquoi, Lahbabi se défend sonne, maintenant, dans la seconde. puk colonial, l'œuvre d'art est un
contre les critiques qui peuvent être la personne pourra tendre vers J'hom- espéranto à l'échelle de J'histoire hu-
fai es à cet « arrivisme ou à cet appé- me et même le ré;1Jj:;er ». «La notion maine... l'art est métalangage ou
tit de jouissance et de puissance qui d'homme est à la fois le point de d 'passement du langage . Elle ajou-
caractérisent son personnalisme et le l'encontre de la personne et de l'être te à ces citations, une remarque très
comportement de la bourgeoisie na- et leur transcendance~. Dans de te11es pertinente et qui vient encore d'être
tionale marocaine actuelle, en distin- conditions, Dieu est singulièremen~ confirmée par le tout récent voyage
guant «les types de possession», don absent de la doctrine lahbabienne. au Maroc de M. Maurice chumann,
l'un, celui de J'industriel, a "similé à Ministre français des Affaires E ran-
l'exploitation d'autrui est estimé Mais cette transcendance humani- gères: On comprend dès lors, l'im-
condamnable, et l'autre, celui du pro- taire qui vise surtout à détruire la portance des expositions picturales
priétaire de biens est décrété envia- souffrance engendrée par la situation dans les sociétés néo-coloniales. C'est
ble. Ce sont là les conceptions des coloniale, sans détruire ce11e-ci, qui que la bourgeoisie nationale ne peut
mercantilistes et des physiocrates. vise à la communication pour faire rien comprendre d'autre. Une expo-
disparaître l'angoisse, ne trouve pas sition technique ne pourrait pas l'in-
Et puisqu'il faut air.si avoir un hori· tellement de terrains d'application, téresser et les anciennes métropoles
zon, les deux sanctions suprêmes, sinon la culture supra-nationale, uni- gardent jalousement les secrets de
pires même que la mort, d'ai11eurs verselle, telle que la conçoit J'U.N.E. leurs industries de pointe. On va
inconnue dans le droit marocain du S.C.O. àonc multiplier les galeries de pein-
siècle dernier, sont les amendes et ture, et lorsqu'un ministre françai:>
J'exil. «Exiler quelqu'un, dit Lahbabi, Ce qui fait finalement, note Ikhlass viendra en visite officelle au Maroc,
ne consiste-t-i1 pas à l'éloigner de son Oumelghaït, que cet humanisme de en dehors des conversations écono-
horizon habituel ». C'est la peine ca- Lahbabi est purement et simplement miques et politiques, sa seule activité
pitale, tout comme le séquestre qui un européo-centrisme, puisqu'aussi consistera à inaugurer des exposi-
avait la même signification. On peut bien le Maroc «est malade du sous· tions artistiques ». Voilà donc le rôle
donc ainsi comprendre que Lahbabi développement » e~ que les êlites assigné à l'art, et voilà donc Lahbabi
ait amèrement ressenti son exil en «sont des émigrés de J'intérieur ». écrivant que l'art est un nouveau
Algérie lorsqu'il fut contraint, en messie, et réduit pour sa part, au rôle
1969, de quitter le pouvoir à la Fa- D'où, alors le désir de plaire à l'Eu- de principal agent et interlocuteur
culté de Lettres de Rabat, et pour- ropéen, de s'imposer à lui en accep- des missions culture11es étrangère ,
quoi il ressentit cette éviction comme tant sa culture, de « s'introduire dans fort de ce que, selon ses propres ter·
une sanction. son horizon ». Là se situe l'épisode de mes, «la création artistique est la
«rives méditerranéennes », J'associa- voie royale qui mène à la libération .
On doit en tous Cli$ remarquer que tIOn que dirigeait, à Rabat, Lahbabi
cette idéologie est très représentative et qui avait pour objet de faire échan- Cependant on ne peut ramener l'œu-
de son milieu. Cependant qu'y a-t-il ge de conférenciers d'une rive à J'au- vre de Lahbabi uniquement à de tel
au bout du chemin ? Une déception. tre de la Méditerranée. Mais pour schémas et il est intéressant de re-
éviter tout problème, les conféren- marquer que l'on trouve dans ses
Le rêve de l'assimilation ainsi pour- ciers sollicités étaient souvent de cuvrages d'autres nuances ressortant
suivi ne peut être réalisé car, écrit inconnus, ou des enseignants sur pIa- d'un rationalisme strict et parfois
Lahbabi, «l'Occident développe de ce, de la Faculté des Lettres, e11e- d'un matérialisme historique puisque
façon inquiétante un individualisme même. Au point de vue de sa vie J'homme est conçu uniquement com-
exaspérant ». La communication n'est personne11e, tout comme il avait assu- me un produit du milieu. On y trouve
donc pas possible. Le colon la refuse. mé le désir de possession et de puis- aussi un agnosticisme très déterminé,
ance qu'il prônait dans son person- puisque le seul but assigné à la
Lahbabi se laisse a11er au pessimis- nalisme, Lahbabi va jusqu'au bout personne est la transcendance ter-
me: «Rien n'est plus grand que dans sa tentative d'assimilation hu- restre, celle de l'homme. L'idée hu-
rien ». maniste. D'où l'accusation de folklo- maine du progrès remplace alors la
rité qui lui sera faite, le folklore notion de Dieu. Mais l'idéalisme trè
étant ici entendu comme la recon- profond ressurgit au sitôt, et le pro-
HUMANISME naissance d'un centre étranger con i- grès envisagé est limité, à l'affirma-
déré comme supérieur. Mais l'huma- tion de soi. Déclarant que son per-
FOLKLORISTE sonnalisme est réaliste et refusant
nisme lahbabien se rétrécit de lui-
même as:>ez vite, car nous sommes celui de Mounier, Lahbabi souligne
Cependant l'angoisse et la solitude n pleine phase néo-coloniale. Devant que le «vrai humanisme con iste à
sont des motivations trop puissantes la décolonisation politique et les pro- mettre Dieu «entre parenthèses ,
pour être délaissées. Infatigable, blèmes qui lui sont afférents, l'huma- c'e t-à-dire à n'en faire ni un accusé,
Lahbabi élabore alors une seconde nisme ne trouve plus comme siège ni un ob tacle, ni un moteur absolu .
variante de son personnalisme, ce11e que la logique, la morale, et, surtout,
d l'humanisme. Il postule alors au Lahbabi 'e t ainsi, note Ikhlass Ou-
la création artistique, l'esthétisme melghaït, donné les moyen de com-
départ que tous les hommes sont mé- souverain, la science au si, mais à
taphysiquement égaux, ce qui supprI- muniquer avec le colon gràce à l'art,
un moindre degré, d'autant plu la cien e et à l'acceptation d'une
me toutes les différences entre eux, qu'elle ne rentre pas dans le champ
et contraint le colon à communiquer. position agno tique, pour parvenir
des préoc upations de Lahbabi. Une un interhorizon commun. Mais a
Il n'y a plus de Français, il n'y a
t Ile opliqu , con tate Ikhlass Oumel- position qui aut à une aliénation
plus de Marocains, il n'y a que des
hommes, dont il faut s'efforcer d ghaït, justifie toutes les formes d'im- librement onsentie qui ex lut d'elle-
rechercher la composante univ rse11e p l'ialism ulturel. m me tout rapport po sibl ave au-
trui, à moins de recourir à des pro-
positions étranges pour maintenir la
communication.

UNE CONCEPTION
DE LA RELATION COLONIALE
DANS LE MARIAGE
La Loterie Nationale procède à 116
Où va mener alors ce second méca-
nisme de défense? Ikhlass Oumel- tirages par an. Ne laissez échapper
ghaït conclut à son échec en se réfé-
rant surtout à l'évolution de la doc-
trine et de la pratique lahbabicnne
aucune des 116 chances qui vous sont
à propos de la fenune, objet de com-
pensation par excellence, et qui, si ainsi offertes.
elle est française, et dans cette pha-
se, naturellement, elle doit l'être, doit
à la fois effacer l'angoisse due à la
situation coloniale mais en même
temps rappeler sans cesse cette situa- 3 MOIS 6 MOIS 1 AN
tion. Cependant, il faut se défendre
contre cette femme, perçue comme
dangereuse parce que plus captative 1/10e 121 OH 242 OH
que l'homme, plus possessive, aUSSI, DE BILLET
et vite vue comme une concurrente.
1/2 320 OH 600 OH 1.200 OH
Tout est alors fait pour la culpabi- BILLET
liser, et, comme face au colon, pour
lui imposer afin de communiquer 1 BILLET 1.910 OH
sans frictions, uniquement un petit 477,50 OH 955 OH
ENTIER
nombre de propositions, un inter-
horizon, sur lequel on pense qUE
l'accord pourra se faire. TI y a dom 1 CHOISISSEZ UN NUMËRO (5 chiffres)
chez Lahbabi une étrange conceptior,
de la relation coloniale vue à travers COMPLËTEZ et RENVOYEZ le bulletin
un couple mixte, qui existe sans doute 2 ci-dessous accompagné du règlement
chez beaucoup d'autres, mais qui est
ici, comme dans la névrose des objets. du montant (chèque ou mandat) corres-
conduite jusqu'à ses limites extrê- pondant à l'abonnement désiré (tableau
mes. Dans ces conditions, on ne ci-dessus).
s'étonnera pas que cette étrange re-
lation, soit vue comme un révélateur,
et que Lahbabi une nouvelle fois 3 LA LOTERIE NATIONALE, 21, rue
Ahmed Faris, à Casablanca, vous
déçu, ne voit plus à son désir de
communication de réponse que <Ians adressera une lettre dont copie est
les animaux. Ce qui fait naturelle- déposée chez maître Simon, Notaire
ment dire à Ikhlass Oumelghaït:
«Un humanisme qui n'aboutit qu'à à Casablanca, confirmant le numéro
la zoophilie, c'est bien la manifesta- choisi ainsi que les tranches auxquelles
tion de l'échec du second mécanisme vous êtes admis à jouer.
de défense de Lahbabi ».

Aussi bien celui-ci sans se découra-


ger à nouveau, prépare-t-il aussitôt
un troisième mécanisme de défense
qui, note - t - elle, «n'est qu'une va-
Bulletin de souscription à adresser à
riante du second, comme s'il lui était la Loterie Nationale
radicalement impossible de modifier
ses postulats de base ». Ce troisième 21, Rue Ahmed Faris - Casablanca.
mécanisme est lui aussi construit à
partir de l'universalité mais il y a
un renversement: alors que cette
universalité signifiait auparavant
culture européenne, elle signifie dé-
1 NOM ET PRENOM

AORESSE
_

sormais Islam. Car celui-ci est «le


plus petit dénominateur commun de
toute la société marocaine» et l'in-
1
.............
SIGNATURE
dépendance venue, le problème des
relations avec le colon s'efface devant
celui des relations avec les nouveaux
maitres du Maroc. En effet, si l'on • ffiffi
d ire l'harmonie sociale, la paix uni- ouligne que quand les médecin Ce thèses 'expriment pratiqu me~lt
rselle, sans lutte de classes, il ociaux,. auront mb au point leurs par la conceptIon que l'on pell par-
faut faire appel l'idéologie i lami- thérapeutiques, le progr" s changera venir à l'indépendance en négocian
que. Lahbabi s'attelle don à retrou- de sens, il n'y aura plus élévation avec l'ancienne puissance coloniale,
yer Dieu, puis à produire une idéo- continue, mais pallier de la perfec- par la volonté de réhabiliter les pré-
logie ba e sur un schéma cyclique tion, plus progrès de la connaissance, ceptes de l'Islam originel. d'unliiel
de l'histoire, qui est d'ailleurs égale- mais uniquement progrès dans la dü- la communauté et de refuser le
ment commune à de nombreux mem- fusion de la connaissance, et, par la pluralisme politique au nom juste-
bres de la bourgeoisie nationale ma- coexistence pacifique entre les race, ment de l'unüication et de a base
rocaine actuelle. les régimes, la paix universelle, qUI religieuse. Ikhlass Oumelghaït e time
est d'ailleurs vue ainsi par toute3 que cette idéologie a sa cohérence
les religions du livre, notamment le interne et que Lahbabi en a fourni
3' STADE: catholicisme. Lahbabi d'ailleurs, com- une version marocaine "b. Elle a, aussi
L'UNIVERSALITE PAR L'ISLAM me pour ses deux précédentes ver- son prolongement économique, puis-
sions idéologiques, applique celle-ci que Lahbabi reprend les thème de
, dans sa vie pratique.
Cette conception e t répandue: les la voie capitali te de développement,
ténèbres avant l'Islam, l'âge d'or à de la libéralisation économique, de
ses premiers temps, âge d'or qui si- la protection douanière, du contrôle
UNE POLITIQUE du pouvoir politique, et de la coopé-
gnüie aussi sommet de l'histoire,
réconciliation, révélation première et REFORMISTE ration économique avec l'Europe, en
de tout. Lahbabi parle ainsi -de « l'ex- ET UNE MORALE DU MILIEU refusant un capitaiisme sauvage et
périence personnaliste très promet- la concurrence et en prônant la me-
teuse des premiers siècles de l'hé- Ce progrès, cette perfection, sont sure. Ainsi, on peut consommer,
gire» et tout aboutit à faire consi- donc, dans l'optique de Lahbabi, uni- mais cela ne doit jamais aller jusqu'à
dérer que l'humanisme tant recher- quement à l'usage des sociétés mu- l'indécence. C'est une voie moyenne
ché ne se trouve pas dans la culture sulmanes et des sociétés occidentales. qui est toujours et en tout prônée.
européenne, mais bien dans la révé- Pas d'industrialisation à outrance,
lation du Qoran, et que les Européens Ainsi l'angoisse initiale, la solitude pas de technocratisme, pas de refus
ne se sont livrés qu'à un mauvais seront détruites, et la communicatio:l global de l'étranger, pas d'exode ru-
pastiche de l'Islam, tandis que les universellement réinstaurée. ral, pas de bidonvilles, perçus comme
musulmans qui avaient tout, l'igno- le siège de toutes les perversions. Un
1 aient. Mais une rupture s'établit aux
Ayant ainsi analysé l'évolution philo- développement bourgeois, mo<léré,
10' et 14 e siècles. Et de cette déca- sophique de M. Aziz Lahbabi, Ikhlass mesuré, progressü, réformi te.
dence Lahbabi trouve des exemple Oumelghaït estime que cette œuvre
d'ailleurs vrais et touchants dans le pose un certain nombre de problè- Cette philosophie, note donc en
Maroc d'aujourd'hui. Pour la stopper mes théoriques. C'est, dit-elle, une conclusion Ikhla s Oumelghaït, n'est
il suffit, dit-il, de revenir à l'âge d'or vision du phénomène nationalitaire donc qu'une des idéologies élaborées
de l'Islam, d'y faire retour pour être qui condamne formellement la vio- actuellement par la bourgeoisie ma-
sauvé. Donc vive la Salafiya, mais lence et ne situe pas la renaissance rocaine dans cette phase de construc-
une Salafiya sans prolongements po- du Maroc avec la lutte pour l'indé- tion nationale. «Le lahbabisme est
litiques, uniquement religieuse, .qui pendance, mais avec l'introduction un optimisme persévérant, d'où l'an-
elle seule a conduit à la décolomsa- ici des thèses wahabites, qui, aussi goisse cherche à être bannie par l'au-
tion. Lahbabi à ce stade, condamne ne voit l'identité nationale que dé- tovalorisation et par l'uniformisa-
la lutte nationaliste et l'existence des truite sous prétexte de primitivisme, tion ». «De ce fait, le lahbabisme a
partis politiques. Il ge pose en défen- puis reconstruite par des élites, et des disciples silencieux qui sont appe-
seur <le l'Islam orthodoxe. Le futur non par le peuple, selon un modèle lés à occuper des postes clés dan
imméàiat il le voit alors dans la pu- profane, puis religieux. l'administration marocaine ces pro-
reté, le retour aux origines, pour chaines années », pense Ikhlass Ou-
Quelle fut l'influence de ces thèse3 melghaït. Mais elle conclut à l'irra-
refaire la société musulmane sur sur les étudiants? Ikhlass Oumel-
terre, avec des prolongements œC11- tionnalité flagrante de cette idéologie
ghaït estime que Lahb.abi a .ainsi et estime que Lahbabi est, comme il
méniques. Sur le plan pratique, Lah· poussé une partie des Jeunes mtel-
babi pense qu'il faut donner le pou- le dit lui-même dans un de ses poè-
1 ctuels à refuser en bloc, et par mes, «un fervent tyran de l'imagi-
,"oir à la bourgeoisie nationale et réaction, l'ensemble de la culture oc-
créer une monarchie constitutionnel- naire >.
cidentale. Mais, ajoute-t-elle, sa pra-
le toutes réformes d'ailleurs qui sont tique de la coopération culturelle n'a
c~ntenues dans l'Islam.« 0 som- pas pour autant été condamnée, car
Cependant il reste à poser cette ques-
mes, écrit Lahbabi devant une alter- tion : dans cette évolution de Lahba-
une bonne partie des étudiants issus bi évolution remarquable dans la
native apocalyptique, ou bien nous
continuons à vivre le divorce entre
en majorité de la moy,mne bourgeoi- m~sure où elle a uivi et parfoi pré-
sie pour les garçons et de la haute cédé celle de son milieu ambiant dont
la morale et le perfectionnement in- bouro-eoisie pour les filles (les gar-
interrompu de l'industrie, alors la il ne s'est jamais départi, que va
çons t:> de la haute bourgeoisie font devenir cette id 'ologie apr s ce long
hantise de la faillite demeurera notre leurs études à l'étranger) a partagé
lot ou bien l'éthique évoluera paral- séjour en Algérie ? On ne peut pa
es conceptions jusque dans les an-
lèl~ment à l'évolution des sciences nées 68-69 lorsque les générations
pour l'instant répondre. Mais simple-
ment constater que si on ne peut pas
et des techniques », et, c'est sous- de l'indépe~dance ont accédé à l'uni- écarter comme on le voudrait bien,
entendu, nous parviendrons à un nou-
vel âge d'or, entrevue par Lahbabl
versité. Aussi bien, les thèses de Lah- Lahbabi pour le passé et le prése~t
babi s'apparentent à celle de Jamal marocain, il faudra un jour y revemr
rhilosophe et chanté par Lahbabi ed din al Afghani et de Mohamed
poète. Ce qui est curieux c'est que, pour voir si ces conceptions de l'ave-
Abduh, et on les trouve au Maroc nir auront changé.
omme dans ces précéd nts mé ani - répandues chez les propriétaires ter-
mes de défen e, Lahbabi a une con- riens, les ommerçants et les hauts
eption d la fin de l'histoire. Il fonctionnaires. Zakya DAOUD
LU POUR VOUS LU POUR VOUS

• Benoist - Mechin: ft DEUX ETES ment mieux exprimer le sentiment l'exemple pour ainsi dire unique d'un
AFRICAINS .. - Mai-juin 1967 - Juil- éprouvé par le nostalgique de l'empire coup de force à l'état pur .. (p. 363).
let 1971. Paris - Albin Michel - au moment où déferlent les mouve- Tant de bêtises nous sidère. Et la
1972 - 389 pages. ments de renaissance nationale. Face conclusion est digne du reste. Il faut
à cette force nouvelle qu'il ne peut faire intervenir .. la volonté de Dieu.
Cet ouvrage, comme son titre l'indique, pas comprendre, le biographe de Lyau- Seul un élément surnaturel pouvait
est composé de deux parties d'impor- tey ne peut se réfugier que dans le endiguer ce débordement de folie ..
tance très inégales. La première est fatalisme. Il n'a plus aucun instrument (p. 351) ... La Baraka d'Hassan el Da-
la plus intéressante mais elle se rap- intellectuel pour comprendre la situa- khil n'avait pas abandonné (le roi).
porte à l'Egypte. Le texte consacré à tion politique nouvelle qui se dévelop- C'est là, à plus d'un égard, la grande
Skhirat (intitulé .. Massacre pour un pe sous ses yeux. leçon de cette journée .. (p. 378).
anniversaire ..) est très court puisqu'il Pauvre Benoist-Méchin, esprit vraiment
Il en est réduit à faire appel à la
commence page 313 seulement. pitoyable!
catégorie de folie collective (p. 339).
Ce type d'historiographie mérite une Samira MOUNIR
Selon lui les soldats paraissaient .. mus
attention toute particulière car il dé- par une frénésie aveugle qui semble
voile de façon très claire comment un remonter des tréfonds de l'Afrique ..
•••
certain type .. d'historien" européen se (p. 339). Etrange, cette façon d'inter-
comporte face à des événements qui • « RE TAI CE D 1\10 DE
préter les conséquences d'une situa-
se sont produits dans notre pays, Il est tion néo coloniale propre à notre temps,
ARABE », colloque interarab de
évident que Benoist-Méchin n'a rien à partir d'une conception raciste du Louvain, ous la direction de
compris des faits dont il a été le té· Ml\l. Anouar Abdel-Malek, Ab-
Marocain! Et comme Benoist-Méchin
moin. Il n'y a aucun embryon d'ana- ne comprend rien du tout, il fait appel d l-Aziz B lai et "as an Hanafi.
lyse dans sa production idéologique à des causes extérieures, comme au Editions Duculot, Ge m b 1 0 u x
et c'est volontaire, Bénoist-Méchin veut XIX' siècle on expliquait les crises (B Igillue), 1972, 551 pag , 25
embrouiller la situation pour faire croi- économiques par les cycles solaires. fran
re à ses lecteurs européens qu'il exis- Voilà pourquoi les soldats .. ont été Ce livre est le résultat d'une initia-
terait une sauvagerie .. naturelle .. chez drogués! Seule la drogue peut expli- tive prise par l'Université catholique
nos militaires. C'est pour cacher la réa- quer leur excitation, l'écume qui mous- de Louvain, qui organisa, en octobre-
lité impérialiste qu'il part dans de!> se aux commissures de leurs lèvres, le novembre 1970, une session d'étude
divagations irrationnelles. tremblement incoercible qui agite leurs sur la renaissance du monde arabe.
.. La vie... se déroule simultanément mains. Plus rien ne les retiendra! Ce En faisant appel pour ce colloque à
sur trop de niveaux enchevêtrés pour sont des hallucinés" (p. 342)... Il y a des intellectuels, des penseurs et de.>
qu'on puisse les démêler. Et soudain des moments où les âmes arabes me chercheurs de différents pays arabes
j'éprouve une sensation... celle d'être donnent le vertige. Je perds pied dans n'ayant pas le même horizon idéolo-
un nageur que le courant emporte, un leurs dédales inutilement compliqués" gique.
courant trop fort pour qu'il puisse y (p. 349). Bref. on serait devant un coup Ce choix répondait à une double pré-
résister. D'ailleurs à quoi se raccro- de force qui .. demeure inexplicable... occupation: faire contrepoids à
cher? Il n'y a qu'à s'abandonner au ni pro·nassérien, ni pro-russe, ni pro- l'abondante littérature occidentale
brassage de la houle" (p. 317). Com- américain, ni pro - chinois; ...c'est consacrée au monde arabe, qui donne

'1 - 45
trop souvent des chémas stéréotypés,
imaginair ou empreints de partia-
lité; aid r à faire découvrir l'essen-
tiel derri re la politique événem n-
tielle, parce que la façon dont la
conscience occidentale a perçu cer-
taines de ses manifestations - conflit Martini on the rocks
israélo-arabe, guerre d'Algérie, diver- Martini repond
gences inter-arabes, etc. - a contri- a la question internationale'
bué à lui masquer le mouvement de Que désirez·vous boire? .
réflexion qui se développait en pro- En demandant Martini. vous obtenez l'apeflt,f
fondeur sur l'autre rive de la Médi- _ le plus apprecle dans le monde.
Goutez tout l'arôme subtil de MarLini
terranée et l'importance de l'évolu-
servi Sur deux glacons,
tion de la société arabe en mutation. avec un zeste de citron.
Ces intellectuels de diverses discipli-
nes - historiens, sociologues, écono-
mistes, anthropologues, philosophes
- , réunis grâce à l'Université, ont
pu confronter librement leurs vues
pour mieux éclairer les trois grandes
visions qui guident les Etats arabes
dans leur renaissance et leur libéra-
tion : celles de type traditionnel qui
s'expriment dans l'Islam politique,
celles des mouvements nationaux
d'indépendance de type étatique ou
révolutionnaire, celles, enfin, des di-
vers projets de société socialiste.
Les interventions ont été organisées
autour de trois grands thèmes: l'ap-
proche socio-économique, animée par
M. Abdel-Aziz Belal, professeur à
l'Université Mohammed-V de Rabat;
l'approche socio - culturelle, dirigée
par M. Hassan Hanafi, professeur à
l'Université du Caire, et l'approche
socio-politique, confiée à M. Anouar
Abdel-Malek, maitre de recherches
au C. .R.S.
Comment les Arabes répondent - ils
aux différents défis qui leur sont
lancées par leur passé, par les puis-
sances étrangères, par l'industriali-
sation? Comment réaliser la synthèse
entre la volonté oes Arabes d'accéder
à la civilisation machiniste, tout en
préservant leur authenticité? Com- ghrara et Gharbaoui, Cherkaoui et
ment la conscience arabe perçoit-elle • «LA PEINTURE MAROCAINE»,
de Mohamed Sijelmas i, éditions Melehi. Des peintres qui même lors-
ses richesses naturelles, notamment qu'ils s'expriment à peu près de la
le pétrole, et quelle utilisation comp- Jean-Pierre TaUandier, Paris -
168 pages, 134 tableaux. même façon, ont une vision du mon-
te-t-elle en faire? Comment harmo- de si dissemblable.
niser les spécificités nationales et Avec «La peinture marocaine », Mo-
l'appartenance à un ensemble cultu- Dans les naïfs, par exemple, il est
hamed Sijelmassi a réalisé un très bel évident, pour ne prendre que ceux
rel et historique plus étendu, afin de ouvrage, qui s'imposait. Bel ouvrage
réaliser l'unité arabe? Que repré- qu'il a retenus, que le regard de Ait
par la qualité des photographies qui Youssef, de Ben Allal et de Dris i
sente la Ligue Arabe? C s q s ions restituent, et même parfois subli-
et bien d'autres concernant une ac- n'est pas le même. Dans le géométri-
ment, les peintures présentées, par la ques également, et si Melehi et ta-
tualité brûlante ont été posées. Le qualité de l'impression et de la pré-
travail d'analyse et de réflexion au- allah paraissent au premier abord
sentation, ressemblants ils n'ont pas du tout
quel il a donné lieu et les perspectives
d'avenir que les participants se sont Certes, n'étant pas critique d'art, les mêmes relations avec l'e pace.
efforcés de dégager font que ce col- comme il le dit lui-même dans sa Melehi semblant privilégier, la paix,
loque de Louvain marque une date préface, Mohamed Sijelma si n'a pas l'équilibre, la recherche intérieure et
importante dans l'histoire des rela- situé les tableaux qu'il a choi is, cette Ataallah voulant déborder la toile, le
tions culturelles entre l'Europe et le peinture marocaine qu'il a aimée et cadre, pour accéder à l'infini. ce qui
monde arabe. présentée, dans des courants artis- fait qu'il sont en réalité profondé-
Regroupées en un fort volume, ces tiques qui auraient pu expliquer les ment différent .
interventions représentent une som- diverses tendances qui l'animent. Quant aux peintres impres ionni te
me qui, par la densité et la diversité Il n'a pas non plus expliqué pourquoi ou symboli tes qui paraissent 'in-
st un instrument de travail indis- et comment, le Maroc a donné nais- pirer e sentiellement de la tradition
pensable. san e à des peintres aussi différents marocaine, ils ne la restituent pa
et même opp sés que Belkahya et pour autant de la même façon, et si
Paul BALTA Ahardane, Tallai et Ataallah, Me- folklore il y a, ce qui est parfois

46 _ '1
tres, et même sur les 39 qu'il énumère
dans son index biographique? Pour-
quoi en avoir oublié certains qui n'au-
raient sllrement pas déparé son li-
vre? à dessein? et en vertu de quoi?
Comme il ne s'en explique pas, on
lui en tiendra sans doute grief.
Mais ces reproches ne nouS semblent
pourtant pas non plus tel1emE'nt fon-
dés. Qu'il ait privilégié ou oublié cer-
tains peintres résulte là encore du
choix de Sijelmassi. Photographe et
photographe amateur, admirateur de
la peinture marocaine, on se doute
bien que son choix est animé à la fois
par son gollt et par sa sensibilité.
En matière d'art, plus peut-être que
partout ailleurs, on ne peut qu'expli-
quer ou qu'aimer. Mohamed Sijel-
massi ayant choisi d'aimer a donc
présenté dans son ouvrage les pein-
rn tabl au tres qui l'ont le plus ému, le plus
ilr Farid touché, et de ces peintres les toiles
qui lui ont été les plus accessibles,
Belkahya encore que certaines ne soient pas
particulièrement représentatives de
indéniable, comment expliquer que ce Sijelmassi ne s'étonnera sûrement l'œuvre et de l'évolution du peintre
folklore soit à la fois différent et pas que, là encore, on lui fasse peut- considéré.
multiple? être et même sans doute, des procès Mais ces restrictions faites, il reste
Et que dire alors de tOlIs ceux qui se d'intention: pourquoi avoir privilégié que grâce à Mohamed Sijelmassi
situent hors des courants - soit par tel peintre plutôt que tel autre, 12 nous disposons désormais d'un très
leur originalité fondamentale, comme pages, pour un, 6 pour un autre, et beau catalogue, de certaines œuvres
Ahardane avec ses toiles surréalistes une à deux pour un autre ? Pourquoi de certains peintres marocains qui
et fantastiques, Meghara par la sin- n'avoir retenu que 24 peintres sur les valaient d'être réunies.
gulière clarté qui anime ses toiles quelques dizaines qui se disent pein- Zakya DAOUD
d'une beauté intemporelle, TallaI avec
ses personnages violents et tristes,
Chaïbia avec sa couleur, son agres-
sivité, son énergie, Louardighi avec
sa richesse foisonnante - soit par
leurs recherches incessantes, leur tra-
vail acharné, leur diversité d'expres-
sion, axés sur un talent indiscutable
comme Farid Belkahya? Sans par-
Ier de Cherkaoui le superbe dont
le rayonnement éclate par delà la
mort et nous restitue sa présence,
sans parler non plus de Gharbaoui
le tourmenté dont la luminosité dé-
croît de toile en toile à mesure que
s'approche la solitude et la mort...
Il aurait fallu motiver ces courants
si contradictoires, expliquer pourquoi
ils trouvent les uns et les autres leur
expression dans le terroir marocain
et s'y intègrent en poursuivant une
double approche, celle des tendances
les plus modernes de la peinture
mondiale et celle de l'art ancestral
marocain.
Il y a là naturellement matière à un
ouvrage qui reste à faire, et dont
il faut souhaiter qu'il soit fait, parce
que là encore il s'impose. Cependant,
le propos de Sijelmassi était diffé-
rent et l'on ne peut lui tenir grief
d'un choix dont lui-même s'explique:
i; voulait, dit-il, «donner à voir» et
il y est parfaitement arrivé.
Mais là une question se pose : pour-
quoi tel peintre, pourquoi telle de
ses œuvres?

'j - 47
REFLEXION

cc L'ADIEU A VE ISE ~~
.
ce n'est pas seulement venIse qUI meurt
par bernard rouget
« L'Adieu à Venise» est un très beau Le thème un peu délirant du film où Car, c~s racines en nous, qui font que
film qui pose différentes questions se mêle l'amour, la musique et la ces hi toires d'amour et de mort ont
à un étranger qui vit au Maroc et mort est celui que Denis de Rouge- élernellement les nôtres, peuvent-elles
qui n'a pas cessé de se demander mont a somptueusement analysé dans avoir un écho dans une autre civili-
depuis qu'il s'y trouve quelles peu- son livre «L'Amour et l'Occident 1> sation ? Pourtant, le sanglot continu
vent être les conséquences de la qui est une des œuvres clé de la pen- de la musique arabe est aussi un
coexistence ou de l'affrontement de sée occidentale. large appel à la souffrance et nous
deux cultures. Au pire certains pourront parler de savons que la mystique soufie a pré-
J'ai dit affrontement parce que, pour mélo, au mieux d'autres prononceront cédé celle des mystiques européens.
certains, le problème est là. Est-ce le mot sublime. Dans la simplicité Mais chaque pays a sa mu ique
un problème de civ.ilisation, de reli- nue où la caméra promène ses héro"S intérieure. Au moment où les jour-
gion ou d'écologie? Il est difficile dans Venise «bateau qui sombre '1>, naux discutent sans arrêt d'un ciné-
d'en saisir tous les aspects, mais il comme sombre le destin du héros qui ma marocain qui est en gestation et
est évident que la présence étrangère a voulu retrouver avant de mourir où déjà nous pourrions nommer cer-
ubie reste un thème de blessure l'extase physique de celle qui avait tains talents prévisibles, nous atten-
intérieure ou de propagande, selon été a~ssi bien le grand déchirement dons les œuvres qui pourrons nous
l'optique de chacun, l'un et l'autre de sa vie que son plus grand cri dire si nos histoires héroïques et dé-
d'ailleurs pouvant se rejoindre. de passion. Tristan et Yseut sont si sespérées peuvent rapprocher ou dif-
proches que rien n'empêcherait d'en- férencier profondément l'Europe et
Il est évident que l'histoire a enr - tendre en même temps que la musi- l'Afrique.
gistré l'expansion de différentes que de Beethoven et celle de l'Ano- Comme je lisais ces quelques ligne
cultures et pour la seule Méditerrané~ nyme de Venise l'envoûtante drogue à un jeune Marocain il eut cette
nous notons celle des Grecs, celle des mélodique où Wagner a jeté à ja- réponse qui me surprit et m'éclaira:
Romains, celle des Juifs, celle des mais les accents les plus déchirants «Peut-être ces sentiments sont - ils
chrétiens, celle des Arabes et plus de l'âme européenne. un luxe que la complexité de pro-
récemment la culture occidentale, et Emporté par cette marche incessante blèmes qui nous assaillent nou em-
ce ne sont que les principales. des héros, et leur navigation à tra- pêchent de nou payer". Il est évi-
La culture gr e c que a imprégné vers la ville marine, nous affrontons dent que les problèmes posés par
la culture romaine, comme la culture le désespoir de la vie, à la frontière chaque communauté sont souvent dif-
romaine a imprégné la culture de la mort. L'approche extatique mêle ficiles à percevoir, quand il ne sont
chrétienne à quoi s'ajoutait la culture l'un et l'autre aux blessures sans pas impossibles à distinguer. La poli-
juive qui apparaît aussi dans la remède de l'âme. tique a pris une telle importance
culture arabe qui s'imprégnera aussi La violence de la passion ne peut dans la gestation des peuples déco-
de la culture grecque quand elle s'accommoder que de la violence des lonisés que peut-être elle ne laisse
s'imposera et l'imposera par un choc mots, des gestes et des sentiments, plus de place à l'analyse subtile des
en retour, à tout le Moyen-Age euro- où la lutte homme-femme se magni- sentiments. Personne ne voudra
péen. fie en apothéose ou en ruine telle l'avouer et probablement que le
cette ville qui pourrit lentement au vieux civili és de Cordoue et de
Les arguments qu'il serait possible
bord de sa lagune, pour être à la Grenade au XIVe siècle devaient
d'accumuler de part ct d'autre ne
fois la plus belle du monde et la plus comprendre düficilement les problè-
seraient plus finalement que ceux mes des gens d'en face, tou à leurs
d'une tour de Badel où la division atteinte, sans avenir, sans espoir,
avec le seul ressac qui à chaque jour, conquêtes et leurs fortere se, de
linguistique ne pourrait plus auto- même que les gens d'en face, tout
riser que le retour de hacun chez à chaque heure, à chaque minute, la
mine, comme les jours, les heures et à leur puberté de civilisation, ne de-
soi. vaient pas trop se passionner pour les
les minutes minent l'existence de cha-
Mais les événements ont décidé que, cun, de chaque pays, de chaque civi- fleurs entimentales éclo e à l'ombre
bon gré mal gré, nous soyions appe- lisation dans le temps qui passe et des précieu es et arachnéenne colon-
lés à vivre les uns avec les autres, engloutit êtres et objets à la mesure nes de l'Alhambra.
ou du moins les uns à côté de- de qui, à la mesure de quoi ? Ce erait un beau ujet de méditation
autres. Cette appréhension personnelle me pour ceux qui viennent dans le pay
Ayant vu «L'Adieu à Venise'> je me faisait me poser la question de savoir neufs, que de s'attacher à ne pas
posais la question de savoir si un si elle était celle de mes jeunes com- calquer leurs probl mes sur celLX des
tel film ne me paraît beau, alors patriotes et encore plus des jeune êtres différents qu'il vont rencon-
que sa t chnique st parfaitement et Marocains qui se trouvaient à côté trer et ce serait peut-être notre de-
banalement classique, uniquement à de moi. J'aurais dCl peut-être le leur voir, au delà des critiques et des
cause de la génération à laquelle demander, mais il est difficile, tout jugements sans logique, de chercher
j'appartiens ou de la culture à la- à trac, et sans connaître, de po el' à écouter et d'entendre battre de
quelle je suis forcément astreint, des questions qui omportent de cœurs qui ne battent pa omme le
puisque c'est elle où J'ai baign t points d'int rrogation aussi impl - nôtres.
où je m suis baigné. cables. Bernard RO GET
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