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Révoltes des indiens Tarahumaras (1626-1724)

Joseph Neumann
Luis González (éd.)
Traducteur : Luis González

DOI : 10.4000/books.iheal.3579
Éditeur : Éditions de l’IHEAL
Année d'édition : 1969
Date de mise en ligne : 25 janvier 2019
Collection : Travaux et mémoires
ISBN électronique : 9782371540866

http://books.openedition.org

Édition imprimée
Nombre de pages : LXIII-188-[2]

Référence électronique
NEUMANN, Joseph. Révoltes des indiens Tarahumaras (1626-1724). Nouvelle édition [en ligne]. Paris :
Éditions de l’IHEAL, 1969 (généré le 01 février 2019). Disponible sur Internet : <http://
books.openedition.org/iheal/3579>. ISBN : 9782371540866. DOI : 10.4000/books.iheal.3579.

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1

SOMMAIRE

La Tarahumara à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe

Avant-propos
Luis González

Sigles

Bibliographie

Introduction
I. — UN AMÉRICANISTE MÉCONNU : JOSEPH NEUMANN (1648-1732)
II. — LE LIVRE DE JOSEPH NEUMANN

Lettre du P. Joseph Neumann au R. P. Provincial de Bohême


Joseph Neumann
EPISTOLA P. Josephi NEYMANN ad. Rev. P. Provincialem Provinciae Bohemiae

Dédicace
Joseph Neumann
DEDICATIO

Au lecteur
AD LECTOREM

Chapitre I. Tarahumara (1631-1652) et Chinipas (1626-1632 et 1676)


CAPUT I. PRIORES TARAHUMARORUM SEDITIONES GLORIOSO QUATUOR MISSIONARIORUM
SANGUINE ILLUSTRANTUR

Chapitre II. Essor de la haute Tarahumara (1673-1684)


CAPUT II. MISSIONES TARAHUMARAE IN PRISTINUM RESTITUUNTUR ET AUGENTUR 1

Chapitre III. Les Guerrillas au nord-ouest Mexicain (1685-1692)


CAPUT III. ALTERAM SEDITIONEM MOVENT TARAHUMARI CUM FINITIMIS GENTIBUS
CONJUNCTI, IN QUA DUO POTISSIMUM MISSIONARII IN ODIUM FIDEI OCCIDUNTUR *

Chapitre IV. Hostilités sur tous les fronts (1697-1698). Jugement du gouverneur del Castillo et
de son administration (1699-1700)
CAPUT IV. POSTREMA TARAHUMARORUM SEDITIO PRIORIBUS DIUTURNIOR, IMPIAQUE
TEMPLORUM EXUSTIONE MEMORABILIS

Chapitre V. Remous, progrès et conquêtes dans le nord : 1700-1724


CAPUT V. NOVAE TARAHUMARORUM INSIDIAE

Index analytique
2

La Tarahumara à la fin du XVIIe


siècle et au début du XVIIIe
3

Avant-propos
Luis González

1 Joseph Neumann, auteur du livre que nous présentons ici, est un de ces « illustres
inconnus » dont l’Histoire abonde. En fait, la plupart des érudits qui se sont consacrés à
l’étude de l’évangélisation du Nord du Mexique au XVIIe et au XVIIIe siècles, ne
mentionnent même pas son nom. Cependant Neumann est contemporain des Kino, des
Salvaterra, et des Piccolo, dont la renommée a franchi depuis longtemps les frontières de
l’Amérique. Il travailla coude à coude avec eux dans la mission de Tarahumara. Il fut leur
Supérieur, leur sujet ou leur collaborateur direct. Il persévéra dans cette tâche près de
cinquante-deux ans, record qui ne fut égalé par aucun de ses contemporains. De plus, il se
trouva dans des circonstances plus dramatiques que ses compagnons, lors des trois
soulèvements des Tarahumars, dont il va nous entretenir au cours de son récit. Il fut
enfin un écrivain inlassable.
2 Neumann est demeuré jusqu’à ces derniers temps très peu connu, malgré son
extraordinaire personnalité et le rôle incomparable qu’il joua dans la christianisation de
ces populations du Mexique septentrional. Si les historiens d’aujourd’hui ont passé son
nom sous silence, il ne s’agit pas d’un oubli volontaire, mais plutôt d’une méconnaissance
facilement explicable. En effet, ses écrits, après avoir soulevé l’enthousiasme de ses
contemporains en Autriche, en Allemagne et en Tchécoslovaquie, devinrent par la suite
introuvables. On connaissait vaguement leur existence par quelques références bio-
bibliographiques de Pelzel et de Sommervogel, et par tous ceux qui se contentaient de les
copier.
3 Le premier à s’intéresser vraiment à notre auteur et à attirer l’attention sur son
importance fut le fameux historien nord-américain Herbert E. Bolton, professeur à
l’Université de Californie, auteur d’une remarquable biographie du P. Kino. Un de ses
élèves, Peter M. Dunne découvrit, dans l’ancienne maison jésuite de Saint-Ignace à
Prague, un exemplaire de l'Historia seditionum... de Neumann et réussit à en obtenir
en 1933 une copie photostatique. Dunne puisa largement à cette source pour rédiger une
étude synthétique sur les anciennes missions de la Tarahumara, cependant sans préciser
toujours ses emprunts à Neumann. L’œuvre capitale de ce missionnaire méritait
davantage.
4

4 Lorsque nous nous sommes intéressés à cet ouvrage, on ne put en retrouver les traces ni
dans les papiers de Dunne, qui venait de mourir, ni à la Bancroft Library de l’Université de
Californie, à Berkeley, qui abrite une imposante collection latino-américaine. Après
maintes recherches faites en Europe, nous avons finalement réussi à découvrir le fameux
livre de Neumann à la Bibliothèque de l’Université de Vienne. Nous y en avons même
trouvé deux exemplaires.
5 Bien qu’elle ait été imprimée au XVIIIe siècle, l'Historia sediiionum est donc devenue
rarissime. A notre connaissance, il n’en existe plus que les deux exemplaires viennois. Il
n’est pas impossible cependant qu’on puisse en retrouver d’autres en Tchécoslovaquie. Il
valait la peine de faire connaître cet opuscule si riche de renseignements sur l’histoire des
Tarahumars. Neumann y raconte les soulèvements des indiens de 1626 à 1724. Mais au
delà de ce sujet précis, ce sont certaines traditions indigènes, ce sont les méthodes de la
colonisation espagnole, c’est le travail de l’évangélisation missionnaire qui nous est
présenté. On verra, par les notes et les commentaires que nous avons joints au texte,
combien l’ouvrage du jésuite est précis et documenté. Nous publions ici le texte latin
accompagné d’une traduction française. Les explications qui illustrent le texte, fruit de
cinq années de recherche, sont fondées en grande partie sur des inédits.
6 Il est évident que, sans l’aide précieuse et désintéressée de plusieurs personnes et
organisations, nous n’aurions jamais pu mener à terme cette enquête. Nous tenons à
remercier ici, bien sincèrement, tous ceux qui d’une façon ou d’une autre autre nous ont
permis d’aboutir dans notre travail.
7 Nous voulons remercier particulièrement le Gouvernement français, qui facilita notre
tâche grâce à une bourse d’études de deux ans ; nos professeurs de l’Institut d’Ethnologie
de Paris, notamment nos directeurs de thèse, MM. André Leroi-Gourhan et Guy Stresser-
Péan ; M. Jacques Soustelle ; M. François Chevalier, directeur de l’Institut Français de
l’Amérique Latine à Mexico, et M. Pierre Monbeig, directeur de l’Institut des Hautes
Etudes de l’Amérique Latine de Paris.
8 Nous remercions également les RR. PP. Felix Zubillaga et Ernest J. Burrus de l’Institut
Historique de la Compagnie de Jésus à Rome, pour leur généreuse collaboration ; le P.
Joseph Teschitel, directeur des Archives Romaines S.I. et le F. Vigilio Adami, du
département photographique des susdites Archives, pour les facilités qu’ils nous ont
accordées ; les RR. PP. José A. Llaguno et Luis del Valle, pour le dévouement amical qu’ils
ont manifesté à notre égard. Nous disons encore notre gratitude envers tous les
directeurs et employés des Archives que nous avons visitées, pour l’amabilité et la
serviabilité dont ils ont fait preuve.
9 Nous avons une dette de reconnaissance très spéciale envers le R.P. Arturo Dibar et M. et
Mme Francisco de Beascoa Antón, qui rendirent possibles nos recherches à Rome et en
Espagne ; et envers la Rév. Mère Marie Pierre, de l’Institut Saint-Pierre, de Brunoy, pour
le soin et l’attention avec lesquels elle a bien voulu revoir et nuancer notre première
traduction.
10 Rome, le 12 avril 1962
5

AUTEUR
LUIS GONZÁLEZ
Universidad Iberoamericana Escuela de Antropologίa Mexico.
6

Sigles

ABZ : Alegre-Burrus-Zubillaga. Cf. ouvr. impr.

AGI : Archivo General de Indias (Séville). Cf. mss.

AGN : Archivo General de la Nación (Mexico). Cf. mss.

AHM : Academia de Historia (Madrid). Cf. mss.

AHSI : Archivum Historicum Societatis Iesu (Rome). Cf. ouvr. impr.

AP : Archivos de Parral (Chihuahua, Mexique). Cf. mss.

ARSI : Archivum Romanum Societatis Iesu. Cf. mss.

BAHSAM : Bayerisches Hauptstaatsarchiv (Munich). Cf. mss.

Boh : Bohemica, section de l'ARSI.

BRNO : Archives d’Etat à Brno (Moravie, Tchécoslovaquie). Cf. mss.

DHM : Documentos para la Historia de Mexico. Cf. ouvr. impr.

FG : Fondo Gesuitico, section de l’ARSI.

Guad. : Guadalajara, section de l'AGI.

HAHR : Hispanic American Historical Review. Cf. ouvr. impr.

Hist. : Historia, section de l'AGN.

Hist. Soc. : Historia Societatis, section de l’ARSI.

Indip. : Indipetae, section du FG.

Jesuit. : Jesuitica, section du BAHSAM.


7

Mex. : Mexicana, section de l'ARSI.

Mis. : Misiones, section de l’AGN.

: Mexican Manuscripts, section de la Bancroft Library de l’Université de Californie


MM
(Berkeley, California, USA).

Patr. : Patronato, section de l’AGI.

STRAHOV : Musée Populaire de Littérature à Strahov (Prague). Cf. mss.

: William B. Stevens collection, section de mss. de l’Université du Texas (Austin,


WBS
Texas, USA).

WELT- : Recueil de lettres et rapports des missionnaires jésuites ; en Allemand. Cf. ouvr.
BOTT impr.

WNB : Wien, Nationalbibliothek.

WUB : Wien, Universitätsbibliothek.


8

Bibliographie

I. — Ouvrages imprimés
ABZ : ALEGRE, Francisco Javier : Historia de la Compañia de Jesús de Nueva España. Édition d’Ernest J.
Burrus et Felix Zubillaga. 4 vols. Roma, Institutum Historicum Societatis Iesu, 1956-1960. Nous
citons volume, page et notes.
ALEGAMBE, Philippus, S. I. (1657) : Mortes illustres et gesta eorum de Societate Iesu qui in odium fidei...
morte... confecti sunt. Edition du P. Iohannes Nadasi. Roma, Varesij, 1657, viii-722 p.
ALESSIO-ROBLES, Vito. Voir MORFI, TAMARON Y ROMERAL.
ALMADA, Francisco R. (1927) : Diccionario de Historia, Geografía y Biografía Chihuahuenses. Chihuahua,
1927, 774 p.
— (1937) : Apuntes históricos de la región de Chínipas. Chihuahua, Talleres del Estado, 1937, 452 p.
— (1945) : Geografía del Estado de Chihuahua. Chihuahua, Ruiz Sandoval, 1945, 628 p.
— (1952) : Diccionario de Historia, Geografía y Biografía Sonorenses. Chihuahua, 1952, 857 p.
ALMANZA, Miguel Javier, S. I. (1724) : Carta del P. Almanza, visitador de las misiones de Sonora, al
Virrey Juan de Acuña, marqués de Casa Fuerte. Nuestra Señora del Pópulo, 6 oct. 1724. Cf. DHM, 3
e série, pp. 820-832.
ALMONACIR, Juan de, S. I. (1697-1710) : Apuntamientos que sobre el terreno hizo... y pueden servir
de explicación a las Memorias que del Nuevo México... nos dejó manuscritas el P. Fray Gerónimo
de Zarate Salmerón. Cf. DHM, 3e série, pp. 56-112. NB. Par une erreur du copiste ce document
apparaît sous le nom de Juan Amando NIEL, et il est ainsi cité par tous les historiens. Or, il n’y a eu
aucun jésuite de ce nom. C’est au P. Burrus que nous devons cette précieuse indication.
ALTAMIRANO, Diego Francisco, S. I. (1687) : Epitome rei nvmariae, qvam Catholici Hispaniarvm Reges
dicatam habent in viros religiosos e Societate Iesv transportandos in Indiam, ibiqve alendos. Cf.
ASTRAIN, VI, pp. 849-857.
AMICH, Julián (1956) : Diccionario marítimo. Barcelona, Juventud, 1956,456 p.

ANDRADE, Alonso de, S. I. Cf. NIEREMBERG.


ARLEGUI, José, OFM (1851) : Crónica de la Provincia de N. S. P. S. Francisco de Zacatecas. Édition
complétée par Fr. Antonio Gálvez. México, 1851. xx, 5, 488 p. (1 re édition, México 1737).
ASPURZ, Lázaro de, OFM (1946) : La aportación extranjera a las misiones españolas del Patronato Regio.
Madrid, Consejo de la Hispanidad, 1946, 335 p.
9

ASTRAIN, Antonio, S. I. (1912-1925) : Historia de la compañía de Jesús en la Asistencia de España. 7 vols.


Madrid, Razón y Fe, 1912-1925. Nous citons volume et page.
BALTHASAR, Juan Antonio, S. I. (1753) : Carta... de la exemplar vida... del P. Francisco Maria Piccolo.
México, 1753, 3-74 p. Voir BURRUS, 1962.
BANDELIER, Adolph F. and Fanny (1923-1937) : Historical documents relating to New Mexico, Nueva
Vizcaya and approaches thereto. Édition de Charles Wilson Hackett. 3 vols. Washington, Carnegie,
1923-1937.
BEALS, Ralph L. (1932) : The Comparative Ethnology of Northern Mexico before 1750. Berkeley, Univ. of.
Calif. Press, 1932, 93-200 p. (Ibero-Americana, 2).
BENNETT, W. C. and R. M. ZINGG (1935) : The Tarahumara, an Indian Tribe of Northern Mexico. Chicago,
Univ. of Chicago Press, 1935, xx-412 p.
BERISTAIN DE SOUZA, José Mariano (1947-1948) : Biblioteca Hispano Americana Septentrional :
1521-1850. 5 vols, en deux tomes. México, Fuente Cultural, (1947-1948).
BIRKET-SMITH, Kaj (1943) : The origine of maize cultivation. Kobenhavn, Munksgaard, 1943, 60 p. (Det
kgl. danske Videnskabernes Selskab. Historik-filologiske Meddeleser. Bd. XXIX, Nr. 3).
BLIARD, Pierre, S. I. Voir SOMMERVOGEL.

BOLTON, Herbert B. (1913) : Guide to materiais for the History of the United States in the Principal
Archives of Mexico. Washington, Carnegie, 1913, xi-553 p.
— (1936) : Rim of Christendom. A biography of Eusebio Francisco Kino, Pacific Coast Pioneer. New York,
Macmillan, 1936, xv-644 p.
BRAMBILA, David, S. I. (1952) : Gramática Rarámuri. Colaboración de José Vergara Bianchi. México,
Ius, 1952, xxix-644 p.
BURRUS, Ernest J. (1953) : Jesuitas portugueses na Nova Espanha. Dans BROTERIA Lisboa, vol. 57 (1953),
pp. 547-564.
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— (1955), Francesco María Píccolo : 1654-1729. Dans HAHR, vol. XXXV (1955), pp. 61-76.
— (1962) : Francesco Maria Piccolo. Su Informe del Estado de California. Madrid, Porrúa, 1962 (Sous
presse).
BUSCHMAN, Johannes Carl (1859) : Die Spuren der aztekischen Sprache im nördlichen Mexico und höheren
amerikanischen Norden. Zugleich eine Musterung der Völker und Sprachen des nördlichen
Mexico’s und der Westseite Nordamerika’s von Guadalaxara an bis zum Eismeer. Berlin, 1859.
xii-819 p. (Abhandlungen der königl. Akad. der Wissenschaften zu Berlin, 1854. Zweiter Suppl.
Band).
— (1864-1869) : Grammatik der vier Sonorischen Hauptsprachen : vorzuglich der Tarahumara,
Tepehuana, Cora und Cahita... Berlin, 1864-1869.
CAPELLI, A. (1960) : Cronologia, Cronografia e Calendario Perpetuo. Milano, Hoepli, 1960, xii-566 p. (l re
édition, 1930).
CHAUNU, Pierre et Huguette (1955-1960) : Séville et l’Atlantique : 1504-1650.
12 vols. Paris, Imprimerie Nationale et Colin, 1955-1960.
CUEVAS, Mariano, S. I. (1928) : Historia de la Iglesia en México : 1511-1910.

5 vols. El Paso, Tex., Revista Católica, 1928.


D’AINVILLE (1769) : Traité des mesures itinéraires anciennes et modernes. Paris, 1769.
DECORME, Gérard, S. I. (1940-1941) : La Obra de los Jesuítas Mexicanos durante la época colonial :
1572-1767. 2 vols. México, Porrúa, 1940-1941.
10

DESCRIPCION sucinta de la Sonora, Provincia la más rica de todas las internas, y reflexiones sobre
su importante pacificación. Dans DHM, 3e série, pp. 703-707.
DHM : Documentos para la Historia de México. 4 series, 18 vols. México 1854-1858.
DUNNE, Peter Masten, S. I. (1940) : Pioneer Black Robes on the West Coast. Berkeley, Univ. of Calif.
Press, 1940, xiii-286 p.
— (1941) : Tomás de Guadalajara, Missionary of the Tarahumares. Dans MID-AMERICA, vol. XII (october
1941), pp. 272-287.
— (1944) : Pioneer jesuits in Northern Mexico. Berkeley Univ. of Calif. Press, 1944, XII-227 p.
— (1948) : Early Jesuit missions in Tarahumara. Berkeley, Univ. of California Press, 1948, 276 p.
(Trad. espagnole par Manuel Ocampo, México, Ius, 1958. 354 p).
ENGEL, Joseph (1957) : Grosser Historischer Weltatlas. III Teil : Neuzeit. München, Bayerischer
Schulbuch-Verlag, 1957, xvi, 109-200, 31 p.
ESTEYNEFFER, Juan de, S. I. (1712) ; Florilegio Medicinal de todas las enfermedades, sacado de varios y
clásicos authores, para bien de los pobres y de los que tienen falta de médicos, en particular para
las provincias remotas en donde administran los RR.PP. misioneros de la Compañía de Jesús.
México, 1712, 522 p. Voir STEINHÜFFER.
EYMER, Vaclav, S. I. (1696) : Lettre au R. P. Johannes Walt, à Prague. Papigochi, le 8 janvier 1696.
Dans WELT-BOTT, n° 55, pp. 85-86. Voir aussi mss.
CHRISTELLOW, Alan E. (1939) : Father Joseph Neumann, Jesuit Missionary to Tarahumares. Dans HAHR,
vol. XIX (1939), pp. 423-442.
FERRERO, José, S. I. (1920) : Pequeña gramática y diccionario de la lengua Tarahumara. México, Aguilar
Vera, 1920, 232 p.
— (1924) : Diccionario Tarahumar-Castellano y Castellano-Tar ahumar. Mexico, Tip. Salesiana, 1924,
115 p.
FLUVIA, Francisco. Voir ORTEGA, José.

FRIEDERICI, Georg (1960) : Amerikanistisches Wörterbuch und Hilfswörterbuch fur den Amerikanisten. 2
Auflage. Hamburg, Gram, De Gruyter and Co., 1960. 831p (Universitat Hamburg, Abhandlungen
aus dem Gebiet der Auslandskunde, Band 53 — Reihe B. Völkerkunde, Kulturgeschichte und
Sprachen, Bd. 29).
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11

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GUADALAXARA, Thomás, de S. I. (1683) : Compendio del Arte de la lengua de los Tarahumares y
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Wien, Opitz, Mayer, 1910-1928, 3 vols.
LÉON, Alonso de (1909) : Historia de Nuevo Léon... Cf. DOCUMENTOS INEDITOS O MUY RAROS...
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12

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Estudios Hispano-americanos, 1952, xx-310 p.
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Francisco Marín, al Virrey Conde de Galve. Parral, 30 sept. 1693. Dans BANDELIER, II, pp. 384-408.
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biográfico y genealógico. México, Santiago, 1946, 353 p.
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Sánchez-Barba, sous le titre de « Visitas pastorales de Mons. Pedro Tamarón y Romeral » : dans
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15

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WELT-BOTT : Der neue Welt-Bott mit allerhand Nachrichten dern Missionariorum Societatis Iesu... Par
Joseph Stöcklein, Peter Probst et Franz Keller. Augsburg, Gratz et Wien, 1726-1758, 5 tomes en 7
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II. — Sources manuscrites


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1699. Dans Guad. 156, ff. 1162-1169.
AGI : Archivo General de Indias, à Séville. Nous citons les legajos, ramos et folios. Voici les
principaux volumes consultés :
— Guadalajara : 29, 109, 147, 152, 156, 162, 164, 166, 171, 206.
— Patronato : 236, fascicules 1, 2, 3, 4, 5, 6.
AGN : Archivo General de la Nación, à Mexico. Voici les vols, consultés :
— Misiones : 13, 22, 25, 26.
— Historia : 19, 300, 308, 309, 311, 392, 393.
16

AGRAMONT Y ARCE, Manuel (1693) : Carta al Virrey Conde de Galve del Alcalde Mayor M. A. y A.
Sinaloa, 22 abril 1693. Cf. BANDELIER, II, pp. 314s.
AHM : Academia de Historia de Madrid. Nous citons le vol. XXXI des « Memorias de Nueva
España ».
ALBUQUERQUE, Duque de (1703) : Carta del Virrey Don Francisco Fernández de la Cueva, Duque de
Albuquerque, a Juan Francisco de Hessayn. México, 26 oct. 1703. Dans Guad. 156, ff. 1215v-1217v.
ALDAY, Martín de (1695) : Junta de vecinos ordenada por M. de A., Teniente de General en
Cosihuiríachi, 1695. Dans Guad. 156, ff. 1065-1070. Sur certains remous parmi les indiens de
Temaychi et de Sírupa.
— (1697 a) : Carta al General Retana. Cuiteco, 19 oct. 1697. Dans op. cit. ff. 450v-453.
— (1697 b) : Carta a Retana. Guadalupe, 2 Nov. 1697. Ibid. ff. 515-518v.
— (1697 c) : Carta a Retana. Guadalupe, 15 nov. 1697. Ib. ff. 565-573.
— (1697 d) : Carta a Retana. Santa Inés de Chínipas, 19 nov. 1697. Ib. ff. 573-576.
— (1699 a) : Testimonio sobre la rebelión tarahumara. Parral, 2 Dic. 1699. Ibid. ff. 884-891V.
— (1699 b) : Testimonio sobre el General Retana. Parral 9 Dic. 1699. Ibid. ff. 1123v-1130v.
ALDERETE, Florencio de, S. I. (1690) : Certificación dada al General Retana sobre la visita de
inspección de los pueblos tarahumares. Tejolócachi, 4 nov. 1690. Dans Patr. 236, fï. 505v-506v.
— (1692) : Certificación dada a Retana sobre la visita de pueblos tarahumares. Carichí, 13 Enero
1692. Ibid. ff. 680-681v.
— (1697) : Carta al General Retana. Matachi, 14 marzo 1697. Dans Guad. 156, ff. 1016-1017.
— (1699) : Certificación sobre Retana. Norogachi, 16 oct. 1699. Ibid. ff. 1019-1022.
AMARELL, Maximilianus, S. I. (1683-1685) : 3 lettres au T. R. P. Général Charles de Noyelle, lui
demandant les missions d’outre-mer. Dans FG, vol. XXV, n° 216, 221,235.
ANDONAEGUI, Roque de, S. I. (1744) : Relación histórica sobre la misión de San José de Themeychic,
enviada al P. Visitador Lorenzo Gera. Themeychic, 5 dic. 1744. Dans MM 716, n° 5, 7 ff. n. ch.
ANZIETA, Gian Battista, S. I. (1683) : Carta al P. Prov. Bernardo Pardo. Sobre el ganado enviado a las
misiones de Tarahumara y Chínipas. Cinaloa, 20 marzo 1683. Dans Mex. 17, ff. 506-507v.
AP : Archivos de Parral, Chihuahua. Voir FERNANDEZ DE LA FUENTE et al. (1695), NEUMANN (1723).
ARANDA, Luis de (1699) : Informaciones hechas por L. de A., Alcalde de Cosihuiríachi, para el Juicio
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ARIAS DE IBARRA, Antonio, S. I. (1717) : Carta al Gobernador Manuel de San Juan de Santa Cruz.
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ARNAYA, Nicolás de, S. I. (1617) : Relación... de la vida y muerte destos ocho Padres que murieron
por la religión a manos de los Indios Tepehuanes, y de las exequias que a quatro dellos se
hizieron en la villa de Guadiana. México, 18 mayo 1617. Dans Mex. 17, ff. 86-125. Un autre
exemplaire se trouve dans Vitae 66, ff. 2-19v. Mais l’original est dans l 'AYER Collection, Ms. 1037.
ARSI : Archivum Romanum Societatis Iesu. Voici les principaux volumes consultés :
— Mexico : 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 13, 14, 15, 16, 17, 18,19.
— Bohemica : 4,16,17,18,19, 20, 22, 90, 91, 92,108.
— Vitae : 168.
— Hist. Soc. : 49, 50, 150.
BARREDA-BRACHO, Cristobal de la (1699). Petición de C. de la B. B., albacea del Gobernador Gabriel
del Castillo, al Juez de Residencia Don Francisco de Hessayn. Ce document contient un
questionnaire en 10 points auquel devront répondre les témoins du feu Gouverneur del Castillo.
Parral, 7 dic. 1699. Dans Guad. 156, ff. 905-913.
17

BASILE, Giácomo Antonio (1639-1641) : 9 lettres envoyées au P. Général Mucius Vitelleschi, lui
demandant les missions. Dans FG, vol. XI, n° 39, 58, 68, 141, 314, 424. Vol. XII, n° 55, 194/1.
BAZOCO, Juan (1703) : Defensa del General Retana, hecha por su albacea J. B., presentada al Virrey,
Duque de Albuquerque. México, nov.-dic. 1703. Dans Guad. 156, ff. 1222-1223 y 1228v-1236v.
BENAVIDEZ, Martín de, S. I. (1718) : Carta al Gobernador Manuel de San Juan de Santa Cruz. Santa
Teresa de Guazapares, 9 febr. 1718. Dans Guad. 109, ff. l-2v.
BEUDIN, Corneille, S. I. (1646) : Carta al P. Procurador de México (Andrés Pérez de Rivas). Louanij,
18 mai 1646. Dans Mis. 25, f. 399rv.
BAHSAM : Bayerisches Hauptstaats Archiv, à München. Nous citons :
— Jesuítica 594 (anciennement cote 282).
— Jesuítica 595 (283).
— Jesuítica 756 (411).
BRNO : Zemskaa Universitni Knihovna, à Brno, Moravie, Tchécoslovaquie. Nous citons : Ms. 556,
vol. VI, f. 19rv. Ms. 557, vol. VI, f. 37rv. Voir Neumann 1681 et 1693 b.
CAPELO, Bernardo (1690) : Carta del Justicia Mayor B. C. al Gobernador Pardiñas. Sahuaripa, 20
abril 1690. Dans Patr. 236, ff. 79-82.
CASTILLO, Gabriel del (1697 a) : Orden dada por el Gobernador G. del C. al General Retana de
dirigirse a la Tarahumara. Parral, 10 enero 1697. Dans Guad. 156, ff. 23v-25v.
— (1697 b) : Carta a Retana. Valle de San Bartolomé, 1 abril 1697. Ibid. ff. 1002v-1003v.
— (1697 c) : Carta a Retana. Valle de S. Bartolomé, 22 mayo 1697. Ibid. ff. 1003-1005V.
— (1697 d) : Condenación a muerte de 19 rebeldes. Valle de S. Bartolomé, 25 junio 1697. Dans
Guad. 156, ff. 832-834.
— (1697 e) : Carta a Retana, ibid. 15 Agto. 1697. Op. cit. ff. 457-459.
— (1697 f) : Informe al Virrey, ibid. 23 Agto 1697. Ibid. ff. 1043-1061.
— (1698 a) : Carta a los Capitanes Retana, Fernández de la Fuente y Ugalde. Valle de S. Bartolomé,
20 enero 1698. Ibid. f. 1191rv.
— (1698 b) : Carta a Retana, ibid. 26 abril 1698. Ibid. ff. 1189v-90v.
CASTILLO, Rodrigo del, S. I. (1667) : Relación sobre su cautiverio. San Miguel de las Bocas, junio
1667. Dans. Mis. 26, ff. 200-203.
CELADA, Francisco de, S. I. (1698) : Certificación sobre el General Retana. San Borja, 16 dic. 1698.
Dans Guad. 156, ff. 1026-1029. Celada était alors Recteur de la section S. Joaquín y Sta Ana.
— (1699 a) : Testimonio sobre Retana. Parral, 7 dic. 1699. Ibid. ff. 1111v-1117v.
— (1699 b) : Testimonio sobre el Gobernador del Castillo. Parral, 9 dic. 1699. Ibid. ff. 925-927 v.
COLINA, Fray Agustín de la, OFM (1697) : Carta a Retana. Bachimba, 28 mayo 1697. Ibid. fï. 214rv.
COSIO, Pedro de (1697) : Carta del cap. Pedro de Cosío al General Retana. Guadalupe, 25 sept. 1697.
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CRESPO, Benito, (1727) : Carta del Obispo B. C. al Rey. Durango, 21 agto. 1727. Dans Guad. 206.
DE BOYE, Emmanuel, S. I. (1678 a) : Epistola ad P. Generalem Iohannem Paulum Oliva. Telczij, 16
Januarij 1678. Dans FG, vol. XXV, n° 129.
— (1678 b) : Epistola ad P. Oliva. Ibid. 26 Januarij 1678. Op. cit. n° 132.
DELGADO, José (1699) : Testimonio de J. D., soldado de la compañía de campaña, sobre el
Gobernador Gabriel del Castillo. Parral, 12 dic. 1699. Cf. Guad. 156, ff. 949v-953.
— (1699 b), Testimonio sobre el General Retana. Parral, 14 dic. 1699. Cf. Guad. 156, ff. 1156-1162v.
DELGADO, Pedro (1699) : Testimonio de P. D., sargento del Presidio de S. Francisco de Conchos,
sobre el Gobernador del Castillo. Parral, 11 dic. 1699. Cf. op. cit. ff. 946-949.
18

DIEZ DE LA BARRERA, Ignacio (1706) : Carta de Mons. I. D. de la B. al Rey. Durango, 6 agto 1706. Cf.
Guad. 206.
DISSERIN, François, S. I. (1662) : Epistola ad P. Josephum van Riess. Tepahue, 23 nov. 1662. Cf. Jesuit.
594.
DOYE, Jacques, S. I. (1718 a) : Acta de fundación del pueblo de San José de Pamachi. Pamachi, 24
abril 1718. Cf. Guad. 109, ff. 8-9.
— (1718 b) : Acta de fundación del pueblo de Sta María del Pópulo Guagüichiqui, Guagüichiqui 8
mayo 1718. Cf. op. cit. fï. 9-10v.
ELIZACOECHEA, Martin de (1740) : Carta de Mons. M. de E. al Rey. Durango, 16 marzo 1740. Cf. Guad.
206.
EYMER, Vaclav, S. I. (1680-1691) : Il epistolae ad RR. PP. Oliva, de Noyelle et Tirso Gonzalez, se
offerens ad missiones. Dans FG, vol. XXV, n° 182, 188, 198, 218, 230, 241, 265, 283, 290, 310 et 319.
— (1697 a) : Carta al General Retana. Papigochi, 16 marzo 1697. Dans Guad. 156, ff. 1013-1015v.
— (1697 b) : Carta a Retana. Papigochi, 18 agto 1697. Ibid. ff. 369v-371.
— (1699 b) : Certificacion del P. Visitador Wenceslao Eymer, dada al General Retana. Ce document
est signé aussi par les PP. Celada, Neumann, Ortega et Mancuso. San Ignacio Coyachi, 14 nov.
1699. Cf. Ibid. fï. 1031-1040v.
— (1699 a) : Certificacion dada al General Retana. Papigochi, 15 marzo 1699. Cf. ibid. fï. 369V-371.
— (1699 c) : Testimonio sobre Retana. Parral, 7 dic. 1699. Ib. ff. 1083v-1097v.
— (1699 d) : Testimonio sobre el Gobernador del Castillo. Parral, 9 dic. 1699. Cf. Ibid. fï. 913-917v.
FERNANDEZ DE ABEE, Juan Isidro, S. I. (1744) : Relación histórica de la misió de Jesús Carichí, enviada
al P. Visitador Lorenzo Gera. Carichí, 8 jul. 1744. Dans MM. 716, n° 21, 9 ff. n. ch.
FERNANDEZ DE CASTANEDA, Antonio (1690) : Carta del cap. A. F. de C. a su hermano el General Marcos
F. de C., Alcalde mayor de Cosihuiriachi. Papigochi, 3 abril 1690. Cf. Patr. 236, ff. 32rv.
FERNANDEZ DE CASTANEDA, Marcos (1690 a) : Carta al Gobernador Pardinas. Cosihuiriachi, 4 abril
1690. Cf. op. cit. ff. 32v-34.
— (1690 b) : Carta a Pardiñas. Sur l’attaque des Tarahumars à Papigochi. Cosihuiriachi, 20 abril
1690. Cf. op. cit. ff. 65v-66v.
— (1691 a) : Carta a Pardiñas. Sur les assassins du P. Manuel Sanchez. Castañeda est maintenant
Alcalde Mayor de Tacupeto et Ostimuri. Tacupeto, 17 oct. 1691. Cf. Ibid. 0. 643v-644v.
— (1691-1692) : Averiguaciones sobre la lealtad de Don Pablo Júmari, general de los indios Pimas.
Tacupeto, 30 nov. 1691, 3 enero 1692. Cf. Ibid. 0. 688-712.
— (1692 b) : Requerimiento al P. Visitador Francisco Maria Piccolo, para que ordene regresen los
misioneros a sus puestos. Tacupeto, 2 enero 1692. Cf. Patr. 236, ff. 704-705v.
— (1692 c) : Carta al Gobernador Pardiñas. Sur les assassins du P. Manuel Sánchez, et sur la
pacification des indiens. Tacupeto, 4 enero 1692. Cf. Ibid. ff. 707v-712.
— (1694) : Actas sobre lo averiguado acerca de la intranquilidad de los
Tarahumares de Sírupa, Yepómera, Yépachi, Cajurichi, Cocomórachi y Matachi. Cf. Guad. 156,
0.1169v-1180.
FERNANDEZ DE LA CUEVA ENRIQUEZ, Francisco. Voir ALBUQUERQUE.
FERNANDEZ DE LA FUENTE, Juan, Domingo Terán de los Ríos y Domingo Gironza Petriz de Cruzate
(1695) : Testimonio de Autos de guerra fechos por los capitanes... sobre las guerras de las
Nassiones Janos, Jócomes, Sumas, Chinarras, Mansos y Apaches, y la pasificasión de los Pimas.
Año de 1695. Dans AP. Il s’agit des actes faits après le meurtre du P. Francesco Saverio Saetta.
FERNANDEZ DE LA FUENTE, Juan (1697 a) : Carta al General Retana. Papigochi, 13 sept. 1697. Cf. Guad.
156, 0. 398-400.
19

— (1697 b) : Carta a Retana. Papigochi, 13 sept. 1697. Cf. Ibid. ff. 401-403. FG : Fondo Gesuítico, à
Rome. Section de l’ARSI. Nous citons : Indipetae : 11, 12, 15, 16, 17, 23, 24, 25, 29.
FIGUEROA, Gerónimo de, S. I. (1662) : Arte y copioso vocabulario de las lenguas Tepehuana y
Tarahumara. Cité par Figueroa lui-même, dans Mex. 17, f. 286v. Voir aussi SOMMERVOGEL, III, col.
728A.
— (1682) : Informe al P. Provincial Bernardo Pardo. México, 29 junio 1682. Dans Mex. 17,0.
484-485v.
FLORES DE LA SIERRA, Alvaro, S. I. (1671) : Informe al P. Prov. Andrés Cobián sobre los indios
Túbares, Varijíos, Témoris y Guazapares. Misión de Toro, 26 junio 1671. Dans Mis. 26, 0. 208-209v.
GALVE, Conde de (1690-1692) : Correspondencia del Virrey Conde de Galve con el Gobernador
Pardiñas. México, 22 marzo 1690-24 oct. 1692. Dans Patr. 236, ramo 5, 0. T-79. Il s’agit d’onze
lettres, comprenant les résolutions adoptées à Mexico au sujet du soulèvement des Tarahumars.
— (1693 a) : Carta al General Retana. México, 16 sept. 1693. Cf. Guad. 156, f. 1061rv.
— (1693 b) : Carta a Retana. México, 21 dic. 1693. Cf. Ibid. 0.1061v-1062. GALVEZ, José de (1770) :
Informe sobre las misiones de los Jesuítas. México, 11 julio 1770. Dans Mis. 22.
GARCIA, Melchor (1699 a) : Testimonio sobre el Gobernador del Castillo. Parral, 12 dic. 1699. Dans
Guad. 156, 0. 953-957.
— (1699 b) : Testimonio sobre Retana. Ibid. 12 dic. 1699. Ib. 0. 1143v-1149v.
GARCIA DE ESCANUELA, Bartolomé (1679) : Carta de Mons. B. G. de E. al Rey. Sonora, 1 febr. 1679.
Dans Guad. 206.
GARCIA DE SALCEDO, José (1676) : Carta del Gobernador J. G. de S. al Rey. Durango, 30 abril 1676.
Dans Guad. 29.
GILG, Adamus, S. I. (1675-1684) : 4 epistolae ad RR. PP. Oliva et de Noyelle, expetens missiones.
Dans FG, vol. XXV, n° 121, 173, 204, 229.
— (1692) : Literae de Na. Sa. del Populo, inter Seros, in America Septentrionali. Februarii 1672. De
historia et moribus Serorum et de missione, cum mappa geographica. Dans Boh. 108, pp. 3-11.
GIRONZA PETRIZ DE CRUZATE, Domingo (1697) : Carta al General Retana. San Juan Bautista de Sonora,
31 mayo 1697. Dans Guad. 156, ff. 306-309.
GLANDORFF, Franz Hermann, S. I. (1752) : Epistola ad P. Sixtum Hesselmeyer. Tomochi, 18 junii
1752. Dans Jesuit. 595.
GOMAR, Antonio, S. I. (1692) : Carta al cap. Pedro Martínez de Mendíbil. Sta. Teresa de Guazapares,
8 dic. 1692. Cf. Patr. 236 : ramo 4, fl. 20v-21v.
— (1696 a) : Carta al General Retana sobre los Témoris y Túbares. Santa Teresa de Guazapares, 23
marzo 1696. Cf. Guad. 156, ff. 1182-1186.
— (1696 b) : Carta a Retana. Ibid. 23 oct. 1696. Cf. op. cit. fl. 39v-41. (1697 a) : Carta a Retana. Ibid. 18
julio 1697. Ibid. ff. 345v-351. (1697 b) : Requerimiento a Retana. Ibid. 26 sept. 1697. Ib. ff. 438-442v.
— (1697 c) : Carta a Retana. Ibid. 16 oct. 1697. Ibid. ff. 447v-450v. (1697 d) : Carta a Retana. Ibid. 12
nov. 1697. Ibid. fl. 545-549.
GUADALAXARA, Tomás de, y José Tardá (1676) : Relación sobre la Tarahumara, enviada al P. Prov.
Francisco Jiménez. Tarahumara, 2 febr. 1676. Dans Mis. 26, ff. 216-225v.
— (1676 b) : Relación sobre la Tarahumara, enviada al P. Prov. Francisco Jiménez. Tarahumara, 15
agosto 1676. Dans Mex. 17, ff. 356-392. Il semble que l’original de ce rapport se trouve dans Hist.
19, ff. 258-282
GUADALAXARA, Tomás de, S. I. (1697) : Mensaje de paz en favor de los Tarahumares. San Jerónimo
de Huejotitlán, 8 nov. 1697. Dans Guad. 156, ff. 579-586.
20

GUAJARDO FAJARDO, Diego (1649 a) : Carta del Gobernador DGF al Rey. Parral, 3 mayo 1649. Dans
Guad. 29. Il s’agit de trois lettres et un rapport datés le même jour, sur les remous des Tarahumars
et sur les cinq Presidios de la Nouvelle Biscaye.
— (1649 b) : Carta al Rey. Parral, 27 sept. 1649, op. cit.
— (1651) : Carta al Rey. Parral, 2 sept. 1651, op. cit.
GUTIERREZ, Bernabé Francisco, S. I. (1676) : De una carta del P. BFG al P. Prov Francisco Jiménez,
sobre las misiones tarahumaras. Durango, 28 abril 1676. Dans Mis. 26, f. 225v. Cf. DHM, 4 e série, III,
pp. 292-293
— (1677) : Informe que hace el P. BFG, rector del colegio de Durango y Visitador de sus misiones,
al Señor Gobernador de la Nueva Vizcaya, sobre su estado y medios que para su reducción se le
ofrece. Durango, 12 marzo 1677. Dans Guad. 147.
HALLER, Johannes Baptista, S. I. (1696) : Carta al General Retana. Satebó, 6 nov. 1696. Dans Guad.
156, ff. 1007-1009.
— (1697 a) : Carta al General Retana. Yepómera, 28 enero 1697. Dans Guad. 156, f. 41rv.
— (1697 b) : Carta al Gobernador del Castillo, Parral, 3 dic. 1697. Cf. op. cit. ff. 1005v-1007.
HESSAYN, Juan Francisco de (1699 a) : Consulta del Juez de Residencia JFH al Virrey Conde de
Moctezuma. Durango, 6 sept. 1699. Cf. Ibid. ff. 842V-844.
— (1699 b) : Encargo de averiguación hecho al cap. del Presidio de San
Miguel de Cerro Gordo, Martín de Ugalde. Durango, 30 sept. 1699. Cf. Ibid. ff. 839V-841 y 845-847.
— (1699 c) : Cargos contra el Gobernador Gabriel del Castillo. Parral, 3 dic. 1699. Cf. Ibid. ff.
900v-905.
— (1699 d) : Cargos contra el cap. Martin de Ugalde. Parral, 5 dic. 1699. Cf. Ibid. ff. 968v-970.
— (1699 e) : Cargos contra el General Andrés de Rezábal. Parral, 11 dic. 1699. Cf. Ibid. ff. 970-974.
— (1699 f) : Cargos contra el General Retana. Parral, 13 dic. 1699. Cf. Ibid. ff. 980v-984v.
— (1699 g) : Cargos contra el General Fernandez de la Fuente. Parral, 14 dic. 1699. Cf. Ibid. ff.
974v-980.
— (1699 h) : Comisión al Licenciado Don José de Zárate, para que dé el fallo sobre el Juicio de
Residencia. Parral 17-31 dic. 1699. Cf. Ibid. ff. 1192-1198.
HESSAYN, Juan Francisco y José Victorino de Zárate (1700) : Fallo sobre el Juicio de Residencia del
Gobernador del Castillo. Durango, 22 febr.-5 marzo 1700. Cf. Guad. 156, ff. 1198-1209.
ILLING, Villem, S. I. (1681-1686) : 3 epistolae ad RR. PP. Oliva et De Noyelle, se offerens ad
missiones. Dans FG, vol. XXV, n° 183,197 ; vol. XXIII, n° 276.
JANUSCHKE, Daniel, S. I. (1689-1692) : 4 epistolae ad R. P. Tirsum González. Expetit missiones. Cf.
FG, vol. XXV, n° 305, 308, 330, 345.
KINO, Eusebio Francisco, S. I. (1678) : Diarium itineris sui a Genua usque ad Sevilliam : 12 junii-27
julii 1678. Dans Jesuit. 293-294.
— (1695-1696) : Teatro de los labores apostólicos de la Compañía de Jesús. Dans Hist. Soc. 150. C’est
une carte originale du P. Kino, sur les missions des jésuites au Nord du Mexique.
LARREA, Juan Bautista de (1698) : Carta del Gobernador JBL al Rey. Parral, 27 agto 1698. Cf. Guard.
29.
— (1699) : Testimonio sobre el General Retana. Parral, 23 marzo 1699. Cf. Guad. 156, ff. 1040v-1042.
— (1700) : Carta al Rey. Sur la pacification chez les Tarahumars. Sur les indiens Tobosos et Chizos.
Parral, 24 mayo 1700. Dans Guad. 29.
— (1703) : Testimonio sobre el General Retana. Parral, 13 agto. 1703. Dans. Guad. 156, ff.
1226-1228v.
21

LILIU, Diego, S. I. (1689) : Epistola ad R. P. Tirsum González. Iglesias (Sardinia) 14 aprilis 1689. Dans
FG, vol XXIX, n° 441.
— (1691) : Epistola ad eumdem. Sassari, 11 nov. 1691. Ibid. n° 448.
LIZARRALDE, Domingo de, S. I. (1699 a) : Testimonio del P. DL, rector de las misiones de la
Natividad, sobre el General Retana. Parral, 7 dic. 1699. Dans Guad. 156, ff. 1097v-1105v.
— (1699 b) : Testimonio sobre el Gobernador del Castillo. Parral, 9 dic. 1699. Cf. Ibid. ff. 917v-920v.
LOBO, José (1694) : Carta del cap. José Lobo al General Alday. Ce document contient la lettre du P.
Proto au P. José Guerrero Villaseca, datée à Cocomórachi, avril 1694. Dans Guad. 156, ff. 1063-1065.
— (1699 a) : Testimonio sobre la rebelión tarahumara. Parral, 3 dic. 1699. Cf. Ibid. ff. 896-897v.
— (1699 b) : Testimonio sobre el Gobernador del Castillo. Parral, 9 dic. 1699. Cf. Ibid. ff. 935-938V.
LOMBARDO, Natale, S. I. (1691) : Carta al Gobernador Pardiñas. Testimonio sobre el Pima Don Pablo
Júmari. Aribechi, 12 dic. 1691. Dans Patr. 236, ff. 706-707V.
— (1697 a) : Carta al General Retana. Aribechi, 15 sept. 1697. Dans Guad.
156, ff. 510v-512. — (1690) : Carta al Gobernador Pardiñas. Aribechi, 25 noy. 1690. Dans Patr. 236,
fî. 515v-516v.
LOPEZ, Gaspar (1699 a) : Testimonio del alférez del Presidio del Pasaje, GL, sobre el General Retana.
Parral, 12 dic. 1699. Dans Guad. 156, ff. 1150-1156.
— (1699 b) : Testimonio sobre el Gobernador del Castillo. Parral, 14 dic. 1699. Cf. op. cit. ff.
957V-961.
MEDRANO, Francisco de (1699 a) : Testimonio del Teniente FM sobre la rebelión tarahumara.
Parral, 3 dic. 1699. Cf. Ibid. ff. 897v-900.
— (1699 b) : Testimonio sobre el Gob. del Castillo. Parral, 10 dic. 1699. Cf. Ibid. ff. 939-942V.
— (1699 c) : Testimonio sobre Retana. Parral, 10 dic. 1699. Cf. Ibid. ff. 1130v-1137v.
MENDOZA, Andrés de (1699) : Testimonio del alférez AM sobre la rebelión tarahumara. Parral, 2
dic. 1699. Cf. Ibid. ff. 892-896.
MOCTEZUMA, Conde de (1697 a) : Carta del Virrey al P. Tomás de Guadalaxara. México, 11 julio
1697. Cf. Guad. 156, ff. 454-457v.
— (1697 b) : Testimonio sobre Retana. México, 11-12 julio. Ibid. ff. 1070-1071v.
— (1697 c) : carta al Gob. del Castillo. México, 30 y 31 oct. 1697. Cf. op. cit. ff. 962-964.
— (1698 a) : Carta al Gob. del Castillo. México, 1 marzo 1698. Cf. Ibid. Cf. Ib. ff. 964rv.
— (1698 b) : Carta a del Castillo. México, 4 agto 1698. Cf. Ibid. ff. 964v-965.
— (1699) : Orden dada a Don Juan Francisco de Hessayn, nombrado Juez de residencia del Gob. del
Castillo. México, 19 agto 1699. Cf. Guad. 156, ff. 835-838V.
MM : Mexican Manuscripts. Section de la Bancroft Library, à l’Université de Californie, Berkeley,
USA.
NEUMANN, Joseph, S. I. (1678 a) : 2 epistolae ad R. P. Oliva, expetens ut ad missiones mittatur.
Telczij, 15 et 25 januarij 1678. Dans FG, vol. XXV, n° 126 et 131.
— (1678 b) : epistola ad P. Oliva, Praguae, 2 aprilis 1678. Cf. Ibid., n° 138.
— (1681) : Epistola ad P. Provincialem Bohemiae. San Ignacio Coyachi, 15 febr. 1681. Dans BRNO,
Ms. n° 557, vol. VI, f. 37rv.
— (1682) : Epistola ad eumdem. Sisoguichi, febr. 1682. Dans STRAHOV : DH, IV, 5 (15 p).
— (1684) : Epistola ad R. P. Charles de Noyelle, sur la mort du P. Ratkay. Sisoguichi, 12 januarii
1684. Dans Vitae 168, ff. 54-58v.
— (1686) : Epistola ad P. Provincialem Bohemiae Franciscum Retz. Cf. PRAGUE, Jesuítica III, varia
419. Publiée en Allemand, avec certaines modifications, dans WELT-BOTT, n° 32.
— (1690) : Carta al P. Prov. Ambrosio de Odón. Sisoguichi, 4 febr. 1690. Dans Mis. 26, ff. 311-312.
— (1691 a) : Carta al P. Visitador Francisco Maria Piccolo. Sisoguichi, 19 agto 1691, Dans. Patr. 236 :
22

ff. 638-639.
— (1691 b) : Carta al P. Piccolo. Sisoguiehi, 28 agto, 691. Cf. Ibid. ff. 639rv.
— (1692 a) : Carta al General Retana. Sisoguiehi, 4 enero 1692. Cf. Ibid. fï. 679-680.
— (1692 b) : carta a Retana. Echoguita, 9 dic. 1692. Cf. Patr. 236, ramo 4, fï. 21v-22v.
— (1693 a) : Certificación en favor de Retana, firmada también por los PP. Piccolo y Celada.
Carichi, 2 febr. 1693. Cf. Guad. 156 ff. 1071v-1074.
— (1693 b) : Carta al Hno. Simón de Castro (Boruhradsky). Echoguita, 6 julio 1693 ( ?). Dans BRNO,
Ms. 556, vol. VI, f. 19rv.
— (1693 c) : Epistola ad P. Prov. Bohemiae. Sisoguiehi, 15 sept. 1693. Cf. Jesuit. 595.
— (1696 a) : Carta al General Retana. Sisoguiehi, 28 marzo 1696. Cf. Guad. 156, ff. 1180-1182.
— (1696 b) : Carta al Gobernador del Castillo. Sisoguiehi, 25 dic. 1696.
Cf. op. cit. ff. 25v-27v.
— (1696 c) : Carta a del Castillo. Sisoguiehi, 30 dic. 1696. Op. cit. fï. 27v-30.
— (1697 a) : Carta al General Retana. Sisoguiehi, 15 enero 1697. Cf. Ibid. fï. 1009-1013v.
— (1697 b) : Carta a Retana. Sisoguiehi, 12 junio 1697. Cf. Ibid. ff. 285-286v.
— (1697 c) : Carta a Retana. Sisoguiehi, 13 junio 1697. Cf. Ibid. ff. 286v-287.
— (1698) : Certificación dada a Retana. Carichi, 16 die. 1698. Cf. Guad. 156, ff. 1017-1019.
— (1699) : Certificación dada a Retana. Signée aussi par les PP. Mancuso et Celada, Ortega, Eymer
et Lizarralde. San Ignacio Coyachi, 14 nov. 1699, Cf. op. cit. ff. 1083v-1097v.
— (1707) : « Memoria » enviada por el P. Neumann al P. Procurador de México Juan de
Yturberroaga, en 1707. Cf. WBS 1745, pp. 25-26. C’est la liste de provisions qu’il lui demandait
annuellement, d’après ses besoins.
— (1723) : Carta al General Martín de Alday, Gobernador de Nueva Vizcaya. Carichi, 30 mayo 1723.
Dans AP, legajo 51-17.
NORIEGA, Pedro de, S. I. (1690) : Carta al P. Prov. Ambrosio de Odón. (Nonoaba) 14 marzo 1690.
Dans Mis. 26, ff. 313-314.
— (1698) : Certificación sobre Retana. Nonoaba, 10 junio 1698. Dans Guad. 156, ff. 1029-1031v.
— (1699 a) : Testimonio del P. Noriega, Rector de las misiones de San Joaquín y Santa Ana, sobre el
General Retana. Parral, 7 dic. 1699. Cf. op. Cit. fï. 1105v-llllv.
— (1699 b) : Testimonio sobre el Gob. del Castillo. Parral, 9 dic. 1699. Cf. Ibid. ff. 921-925.
OCA Y SARMIENTO, Antonio (1667) : Carta del Gobernador AOS al rey. Parral, 19 marzo 1667. Dans
Guad. 29.
ODON, Ambrosio de, S. I. (1690) : Carta del P. Prov. AO al Virrey Conde de Galve. Puebla, 5 oct. 1690.
Dans Patr. 236, ramo 5, ff. 68v-70. Au sujet des missionnaires de la Tarahumara.
ORDAZ, Manuel de, S. I. (1697) : Carta al General Retana, sobre el combate de Batopilas, y como
escapó a la muerte. Cuiteco, 14 dic. 1697. Dans Guad. 156, ff. 599v-605v.
ORTEGA, Miguel de, S. I. (1699 a) : Testimonio sobre Retana. Parral, 8 dic. 1699. Cf. op. cit. ff.
1118-1123v.
— (1699 b) : Testimonio sobre el Gob. del Castillo. Parral, 9 dic. 1699. Cf. Ibid. ff. 928-930v.
ORTIZ DE FORONDA, Diego, S. I. (1690) : Carta a su rector, el P. Francisco de Velasco. Yepómera, 22
febr. 1690. Dans Patr. 236, ff. 7rv.
Au sujet de la mort du P. Foronda il y a les déclarations de plusieurs indiens. Cf. op. cit. ff.
219-226v, 251-257v, 347-349, 393-409, 494-501V, etc.
ORTIZ-ZAPATA, Juan, S. I. (1678) : Relación de la visita general de las misiones, hecha en 1678. Dans
Mis. 26, ff. 241-269v.
PALLARES, José, S. I. (1689) : Carta al P. Prov. Bernabé de Soto. Batopilas, 24 abril 1689. Dans Mex.
17, ff. 560-561.
23

PARDIÑAS VILLAR DE FRANCOS, Don Juan Isidro de (1690-1693) : Correspondencia del Gobernador de
Nueva Vizcaya con el Virrey Conde de Galve. Cette correspondance comprend 15 lettres au sujet
du soulèvement des Tarahumars. Cf. Patr. 236, ff. 47v-48v, 133-136v, 315v-322v, 382v-384v,
459v-461v, 509-511, 607-610, 712-713V ; op. cit. ramo 6, ff. 6v-8, 42-44v, 44v-46, 39v-40, 46v-48v,
48v-51v, 57v-58.
— (1690-1691) : Juntas de Guerra. Pendant ce soulèvement Pardiñas organisa 11 conseils de
guerre : 3 à Parral, 2 à Papigochi, 1 à Carichí, 2 à Santo Tomás, 2 à Cusihuiríachi et 1 à Tomochi.
Cf. Patr. 236, ff. 2v-3v, 18v-27v, 35-43, 91v-102v, 161v-166, 271-289, 428-434, 444v-448v, 477-479V,
573v-591, 589-607.
PARDIÑAS VILLAR DE FRANCOS... (1690) : Orden dada al General Retana para que visite la Tarahumara.
Parral 3, et 11 abril 1690. Cf. Patr. 236, ramo 2, ff. 1-2. C’est l’arrêté par lequel Retana est nommé
chef des opérations militaires dans la Tarahumara.
— (1693 a) : Testimonio sobre Retana. Parral, 23 febr. 1693. Cf. Guad. 156, ff. 1074-1083.
— (1693 b) : Carta al Rey. Parral, 1 abril 1693. Patr. 236, ramo 2. Ce document de 6 folios, est un
résumé des opérations faites lors du soulèvement des Tarahumars en 1690-1691.
PARDO, Bernardo, S. I. (1676) : Defensa de los misioneros de la Compañía de Jesús, enviada al
Arzobispo-Virrey Fray Payo Enríquez de Rivera. Cf. Mex. 17, ff. 395-403v.
PECCORO, Ferdinando, S. I. (1662) : epistola ad P. Oliva. Messina, 8 martii 1662. Cf. FG, vol. XV, n
° 137.
— (1672) : epistola ad eumdem. Palermo, 26 aprilis 1672. Ibid. vol. XVI, n° 34.
PEÑA, Baltasar de la, S. I. (1697) : Carta al General Retana. Santo Tomás, 16 mayo 1697. Dans Guad.
156, ff. 190-191.
PICCOLO, Francesco Maria, S. I. (1682) : Epistola ad R. P. Charles de Noyelle. Palermo, julio 1682.
Dans FG, vol. XVI, n° 395.
— (1683) : epistola ad eumdem. Sevilla, 16 martii, 1683. Ibid. n° 452/1.
— (1690) : Carta al Gobernador Pardiñas. Carichi, 25 abril 1690. Cf. Patr. 236, ff. 73-74.
— (1690 b) : Certificación sobre reducción de Tarahumares a pueblos. Ibid. ff. 381v-382.
— (1693) : Carta al General Retana. Signée aussi par les PP. Neumann et Celada, consulteurs de la
mission. Carichi, 2 febr. 1693. cf. Guad. 156, G. 1071V-1074.
— (1692) : Carta a Retana, sobre la peste en la Tarahumara. Bacaburéachi, 20 dic. 1692. Cf. Patr.
236, ramo 4, ff. 25-26.
— (1697) : Carta a Retana, sobre la fiesta del Corpus Christi en Carichi. Carichi, 6 junio 1697. Cf.
Guad. 156, ff. 287v-291v.
PISTOIA, Giròlamo de, S. I. (1694) : Carta al General Martín de Alday. Guadalupe (Chínipas), 20 febr.
1694. Cf. Ibid. ff. 1062-1063.
PRADO, Nicola de, S. I. (1696) : Carta del P. Prado, rector de las misiones de Chínipas, al Gobernador
del Castillo. Santa Inés de Chínipas, 2 febr. 1696. Cf. Guad. 156, ff. 1186-1187v.
— (1697) : Carta al General Retana. Santa Inés de Chínipas, 19 nov. 1697. Cf. op. cit. f. 576rv.
Voir RELACION, ouvr. impr.
PRAGUE : Zemsky Archiv Cesky. Nous citons Jesuítica III, varia 419. Cf. NEUMANN 1686.
PROTO, Pietro Maria, S. I. (1691) : Epistola ad RP. Tirsum González. Palermo, 20 febr. 1691. Dans FG,
vol. XVII, n° 329.
— (1694) : Carta al P. José Guerrero Villaseca. Cocomórachi, Abril 1694. Cf. Guad. 156, f. 1064rv.
— (1697) : Carta al General Retana. Cocomórachi, 15 abril 1697. Cf. op. cit. ff. 179v-180. Voir ouvr.
impr.
QUINTANA, Esteban de (1699) : Testimonio sobre Retana. Parral, 10 dic. 1699. Cf. Guad. 156, ff.
1137v-1143v.
24

QUIROS, Diego de (1690) : Dos cartas del Cap. del Presidio de Sinaloa, DQ. al Gobernador Pardiñas,
sobre la muerte del P. Manuel Sánchez y del Teniente Manuel Clavero. Río de Aribechi, 8 y 10
julio 1690. Cf. Patr. 236, ff. 259v-262v.
RAMÍREZ DE SALAZAR, Francisco (1690) : Dos cartas del Alcalde Mayor de Casas Grandes, FRS al
Gobernador Pardiñas. Casas Grandes, 10 y 28 de marzo 1690. Cf. Patr. 236, ff. l-2v.
RATKAY, Johannes Maria, S. I. (1678) : Epistola ad RP. Oliva. Wien, 23 apr. 1678. Cf. FG, vol XXIV, n
° 297.
— (1683) : Relatio Tarahumarum missionum eiusque Tarahumarae nationis terraeque descriptio.
Carichi, 20 martii 1683. Dans Mex. 17, ff. 494-505.
— (1683) : Mapa de la Tarahumara. Cf. Hist. Soc. 150, f. 9-10.
RETANA, Juan Fernández de (1690) : Carta al Gobernador Pardiñas. Papigochi, 10 abril 1690. Cf.
Patr. 236, ff. 63v-65v.
— (1691) : Carta al Gob. Pardiñas. Presidio de San Francisco de Conchos, 4 sept. 1691. Cf. op. cit. ff.
640v-642v.
— (1962 a) : Carta al P. Neumann. Temaichi, 2 enero 1692. Cf. Ibid. fî. 678-679.
— (1692 b) : Requerimiento al P. Visitador Piccolo. Carichi, 13 enero 1692 Cf. Ibid. f. 674rv.
— (1695) : Carta al Virrey Conde de Galve, firmada también por los caps. Juan Bautista Escorza y
Martín de Ugalde. San Francisco de Conchos, 16 marzo 1695. Cf. Guad. 156, ff. 1223-1226v. Ils se
défendent contre les accusations de l’ex-gouverneur Pardiñas, qui fut finalement obligé à quitter
la Nouvelle Biscaye.
— (1697 a) : Condenación a muerte de 39 rebeldes. Cocomórachi, 21 marzo 1697. Cf. op. cit. ff.
85v-89.
— (1697 b) : Sentencia de muerte contra 14 rebeldes. Matachi, 30 abril 1697. Cf. Ibid. ff. 180-182.
— (1697 c) : Carta al General Rezábal, cap. del Presidio de Sinaloa. Papigochi, 18 mayo 1697. Cf.
Ibid. ff. 270-274v.
— (1697 d) : Carta a Rezabal. Sisoguichi, 25 junio 1697. Cf. Ibid. ff. 322v-327v.
— (1697 e) : Carta al General Domingo Gironza. Sisoguichi, 26 junio de 1697. Cf. Ibid. fî. 309-313.
— (1697 f) : Carta al cap. José de Zubiate. Papigochi, 28 agto 1697. Cf. Guad. 156, ff. 377-383.
— (1699 a) : Testimonio sobre el Gob. del Castillo. Parral, 10 dic. 1699. Cf. Ibid. ff. 943-946.
— (1699 b) : Cuestionario propuesto para su defensa. Contiene 23 preguntas, que deberán
responder sus testigos. Parral, 13 dic. 1699. Cf. Ibid. ff. 996v-1002v.
REVELL, Tomas, 8. I. (1681) : Epistola ad P. Gerardum Pauli. Mexico, 6 oct. 1681. Cf. Jesuit. 594.

REZABAL, Andrés de (1697 a) : Carta del General Rezabal al General Retana. Alamos, 16 abril
1697.Cf. Guad. 156. ff. 267-270v.
— (1697 b) : Carta a Retana. Alamos, 16 junio 1697. Ibid. i. 322rv.
ROA, Agustín de, S. I. Arte para aprender el idioma de los Tarahumares. Ce manuscrit est
probablement de la fin du XVII. Le P. Juan Antonio Balthasar (1697-1763) vit et étudia cette
grammaire, de même qu’un Diccionario Tarahumar du P. Roa. Cf. DECORME, II, p. 312 ; BERISTAIN,
III : p. 49 ; SOMMERVOGEL, VI, col. 1886 ; VINAZA, 1892, n° 953 ; STREIT, III, p. 397.
SALVATERRA, Gian Maria, S. I. (1681) : Carta al P. Prov. Bernardo Pardo. Sta Teresa de Guazapares,
16 junio 1681. Cf. Mex. 17, ff. 452-454v.
— (1690 a) : Carta al Gobernador Pardiñas, sobre la Muerte del P. Manuel Sánchez. San Javier (de
Cerocahui), 24 abril 1690. Cf. Pair. 236, ff. 76v-78.
— (1690 b) : Carta a Pardiñas. Cuiteco, 19 mayo 1690. Ibid. ff. 110-111v.
— (1690 c) : Carta a Pardiñas. Cerocahui, 29 junio 1690. Cf. Ibid. ff. 195v 197.
— (1690 d) : Carta a Pardiñas. Cerocahui, 13 sept. 1690. Cf. Ibid. ff. 340v-342v.
— (1690 e) : Carta a Pardiñas, sobre el entierro del P. Manuel Sánchez. Bacánora, 20 nov. 1690. Cf.
25

Ibid. ff. 514-515.


— (1692) : Carta al General Retana. Cerocahui, 5 dic. 1692. Cf. Patr. 236, ramo 4, f. 20rv.
(SANCHEZ, Manuel, S. I.) : Declaraciones de varios indios sobre la muerte de P. Sánchez. Cf. Patr.
236, ff. 223v-226v, 409v-411, 556-558, 561-562v.
SANCHEZ DE TAGLE, Pedro Anselmo (1751) : Carta de Mons. PST. al Rey. Durango, 30 dic. 1751. Cf.
Guad. 206.
SANDOVAL SILVA Y MENDOZA, Gaspar de. Voir GALVE, Conde de.
SAN JUAN DE SANTA CRUZ, Manuel de (1714) : Carta del Gobernador... al Rey. México, 15 agto 1714.
Dans Guad. 109.
— (1717) : Carta al P. Visitador de la Tarahumara, Antonio Arias de Ibarra. Parral, 20 sept. 1717.
Cf. Guad. 109 : ff. 44-45 du dossier sur la fondation de deux nouveaux villages tarahumars.
SIERRA Y OSORIO, Lope (1677) : Informe del ex-gobernador LSO, Oidor de la Audiencia de México,
sobre la situación en Nueva Vizcaya. Dans Guad, 66-6-2.
STEINHOFFER, Johannes, S. I. (1691) : epistola ad RP. Tirsum González. Brno, 5 julii 1691, Cf. FG,
vol. XXV, n° 312. Voir ouvr. impr.
STRAHOV : Památník Národního Pisemnictvi na Strahove (Musée Populaire de Littérature, à
Strahov, Prague). Nous citons : DH IV. 5. Cf. NEUMANN, 1682.
TAMARON Y ROMERAL, Pedro (1759) : Carta de Mons PTR al Rey. Durango, 2 de abril 1759. Cf. Guad.
206. Voir ouvr. impr.
TAPIZ, Pedro (1715) : Carta de Mons. PT. al. P. Tomás de Solchaga, S. I. Durango, 4 mayo 1715. Cf.
Guad. 206.
— (1715 b) : Informe sobre su visita pastoral, enviado al rey. Santa Rosa de Cosihuiriachi, 26 agto
1715. Cf. op. cit.
— (1716) : Informe sobre la visita pastoral de su diócesis. Durango, 18 febr. 1716. Cf. Ibid.
— (1720) : Carta al Rey. Durango, 15 junio 1720. Cf. Ibid.
— (1721) : Carta al Rey, sobre el progreso de su diócesis, sobre todo en Chihuahua. Durango, 12
dic. 1721. Cf. Ibid.
TARDA, José. S. I. (1676) Voir GUADALAJARA, 1676.
TERAN DE LOS RIOS, Domingo. Voir FERNANDEZ DE LA FUENTE et al. 1695.
UGALDE, Martín de (1697) : Carta al General Retana. Bachimba, 30 mayo 1697. Cf. Guad. 156, f. 214v.
— (1699 a) : Dos cartas al Juez de Residencia Juan Francisco de Hessayn. Presidio de San Miguel
del Cerro Gordo, 4 y 13 de oct. 1699. Cf. op. cit ff. 841-843av.
— (1699 b) : Encargo dado al alférez real Don Cristóbal de la Barreda. Bracho, albacea del Gob. del
Castillo. Presidio del Cerro Gordo, 12 oct. 1699. Cf. Ibid. ff. 847-850v.
— (1699 c) : Testimonio sobre el Gob. del Castillo. Parral, 9 dic. de 1699. Cf. Ibid. ff. 930V-935.
VARELA, Gaspar de, S. I. (1622) : Noticias de las misiones de Sinaloa, 1622. Cf. Mis. 25, ff. 37-41v.
VELASCO, Francisco de, S. I. (1690) : Carta del P. Rector FV al Gobernador Pardiñas, sobre la muerte
del P. Ortíz de Foronda. Santa Rosa de Cusihuiríachi, 3 abril 1690. Cf. Guad. 156, ff. 29v-30v.
WBS : William B. Stevens, section de ms. de l’Université de Texas (Austin, Tex. USA).
ZUBIATE, José de (1697 a) : Carta al General Retana. Tacupeto, 7 junio 1697. Cf. Guad. 156, ff.
313-318v.
— (1697 b) : Carta a Retana. Tacupeto, 19 agto l697. Cf. op. cit. ff. 372v-377.
26

Introduction

I. — UN AMÉRICANISTE MÉCONNU : JOSEPH


NEUMANN (1648-1732)
1 En novembre 1730, une expédition de cinquante-sept missionnaires, après avoir attendu à
Cadix plus de quatorze mois, s’embarquait finalement pour le Mexique et les Philippines.
Un des voyageurs, le P. Antonius Malinsky, profita de son séjour à Mexico pour envoyer
quelques nouvelles à son ami de Prague, le P. Constantinus Caldonazzi. Dans sa lettre du
19 juillet 1731, il lui écrivait notamment : « Le P. Joseph Neumann, actuellement le plus
ancien profès de la Province du Mexique et le plus âgé des missionnaires, vit encore dans
sa mission de Tarahumara (...). Ce cher vieillard jouit d’une très grande estime parmi les
siens »1. Trois ans plus tard, le 2 février 1734, le même Malinsky, arrivé depuis dans sa
mission des Philippines, écrivait de nouveau à Caldonazzi : « Le P. Joseph Neumann, bien
connu pour ses mérites, et dont je vous avais parlé dans ma lettre précédente, a terminé
heureusement le cours de sa vie, apostolique le 1er mai 1732. Le P. Balthasar Rauch,
missionnaire au Mexique2, est en train de rédiger la biographie de ce grand apôtre, plein
de vertus et de jours ; ce sera sans doute un exemple pour ses collaborateurs et un sujet
d’édification pour d’autres jésuites en Europe »3.
2 Malheureusement la biographie promise par le P. Rauch, si elle fut jamais écrite, ne nous
est pas parvenue. Aussi, bien des aspects de la vie de Joseph Neumann resteront-ils
enveloppés de mystère et de nuit. Nous avons tenté de brosser ici les grands traits de
cette existence, longue et cosmopolite, puisant aux meilleures sources parvenues jusqu’à
nous : les confidences de Neumann lui-même, les témoignages de ses proches et la
documentation administrative de son Ordre religieux.

1. — A la cour de Bruxelles (1648-1656)

3 Bien que sa formation ait été presque totalement germanique et tchèque, Neumann se
considérait de nationalité belge4. Il naquit en effet à Bruxelles le 5 août 16485. Il nous dit
que son père était « germanus » — il était vraisemblablement autrichien — et laisse sous-
entendre que sa mère était belge6. La famille Neumann était attachée au service de
27

l’archiduc Leopold Wilhelm7. C’est ainsi qu’elle s’installa à Bruxelles en 1647, lorsque ce
prince fut nommé gouverneur des Pays-Bas. Divers indices poussent à croire que Joseph
avait un frère aîné, appelé Léopold, né à Bruxelles en 1647. En effet il y a, parmi les
novices de Brno contemporains de Joseph, un certain Léopold Neumann, bruxellois, entré
dans la Compagnie de Jésus en 1664 à l’âge de dix-huit ans. Aucune source ne précise sa
parenté avec notre missionnaire ; cependant l’identité des noms et de patrie semble
indiquer qu’il s’agit de deux frères, d’autant plus que ces deux novices provenaient, au
moment de leur inscription dans l’Ordre, de la même ville d’Olomouc8.
4 Le gouverneur des Pays-Bas du Sud — l’actuelle Belgique — qui était entré à Bruxelles le
11 avril 1647, était le fils cadet de l’empereur Ferdinand II (1619-1637) et cousin du roi
d’Espagne Philippe IV (1621-1665)9. Il remplaçait Don Manuel de Moura, marquis de Castel
Rodrigo et Ottavio Piccolomini, respectivement gouverneurs civil et militaire. Cette
région était entrée, depuis 1477, dans l’héritage de la maison de Habsbourg et son
administration passa successivement à la branche espagnole et autrichienne de cette
famille princière10.
5 Voici comment Pirenne caractérise le nouveau gouverneur et l’atmosphère qui régnait
autour de lui : « C’était un de ces nombreux princes d’Église produits en Allemagne par la
Contre-Réforme qui, abondonnant à des coadjuteurs le soin de l’apostolat, se consacraient
à défendre la religion par la politique ou par les armes. Celui-ci était un pur soldat, mais
dans toute la force du terme un soldat de la foi. Élevé par les jésuites et fougueusement
anti-janséniste, il avait dû successivement à l’éclat de sa naissance les évêchés de
Strasbourg, de Halberstadt, d’Olmutz (Olomouc) et la grande maîtrise de l’Ordre
teutonique. Mais depuis l’âge de vingt-cinq ans, il portait l’épée. Les ennemis de l’Église et
ceux de la maison d’Autriche, qui se confondaient à ses yeux, avaient appris à connaître,
sur les champs de bataille, sa bravoure, son obstination et la discipline implacable sous
laquelle il courbait ses troupes. Il imposait à ses officiers et jusqu’à ses soldats les
pratiques de sa dévotion ardente et sombre. C’est au cri de JESUS-MARIA qu’il les lançait à
l’assaut des places fortes. Les Français racontaient, en raillant, que son entourage
paraissait toujours sur le point de chanter matines, et que les sentinelles de son palais
avaient pour mot d’ordre : « Deo gratias » »11.
6 Soulignons les sympathies de l’archiduc pour les jésuites. Peut-être ont-elles joué quelque
rôle dans l’orientation de la vie de Neumann. Le prélat confiait toujours l’aumônerie de
ses troupes à la Compagnie de Jésus. Lors de ses randonnées dans le pays, il rendait
toujours visite aux établissements des Jésuites, à Prague, à Iglav, à Olomouc, à Brno, à
Giczin, à Egra, à Znoym, à Bratislava, etc.12
7 Ces détails permettent d’imaginer l’atmosphère de la cour de Bruxelles, mélange de vie
mondaine, de religiosité et d’exploits militaires. C’est là que Joseph Neumann vint au
monde et vécut les huit premières années de sa vie.

2. — Dans la capitale de l’Empire (1656-1662)

8 Lorsque l’archiduc Léopold Wilhelm rentra en Autriche, en mai 165613 la famille Neumann
suivit le prince à Vienne. Peut-être resta-t-elle à son service jusqu’à la mort du prélat
en 166214. Les confidences de Joseph ne sont guère explicites sur ce point. Nous savons
toutefois que l’archiduc était l’oncle de l’empereur, et que celui-ci l’engagea à son service
comme son premier conseiller14 bis.
28

9 Moins de trois ans après son installation à Vienne, une nouvelle naissance agrandissait la
famille Neumann. Personne ne se doutait alors que Johannes Baptista, né le 7 janvier
1659, suivrait un jour les traces de Joseph et de Leopold. En effet, cet autre Neumann,
dont la parenté avec Joseph est cette fois explicitement indiquée, entra dans la
Compagnie de Jésus le 20 décembre 1675. Il partit comme missionnaire aux réductions du
Paraguay en 168815 et y mourut, bien prématurément, à Asunciôn, le 5 janvier 1704 16 C’est
dans la capitale de l’Empire que Joseph entreprit ses études classiques. Il y parcourut le
cycle complet des humanités gréco-latines17. Il est bien possible qu’il suivit ces cours au
Collegium Academicum am Hof tenu par les jésuites. Tout au moins entra-t-il en contact
avec ces religieux. L’hypothèse est d’autant plus plausible que, comme nous l’avons dit,
l’archiduc Leopold était un fervent admirateur de la Compagnie. Toujours est-il que le
jeune Joseph, âgé de quinze ans à peine, demandait à être admis parmi les fils de saint
Ignace de Loyola.
10 A cette époque, d’après les catalogues de l’Ordre, la famille Neumann résidait à Olomouc,
ville épiscopale et capitale de la Moravie18. Le jeune homme devait d’ailleurs s’inscrire
dans la Province des jésuites de Bohême, détachée depuis 1623 de celle d’Autriche. Il faut
donc penser que les Neumann avaient, une fois de plus, changé de résidence ; l’événement
devait cependant être récent, car Joseph nous dit avoir achevé le cycle complet de ses
humanités à Vienne.

3. — Formation religieuse en Tchécoslovaquie (1663-1678)

11 Le 24 septembre 1663, le P. Provincial, Johannes Saxius, recevait Joseph dans la


Compagnie de Jésus19. La province religieuse dans laquelle il entrait, dite de Bohême,
comprenait alors le royaume de Bohême, le margraviat de Moravie, le duché de Silésie et
les deux Lusaces20. Le jeune religieux va suivre pendant quinze ans les diverses étapes de
la longue formation de son Ordre. Détaillons quelque peu cette carrière, glanant ici et là
des détails sur sa personnalité et son milieu conservés dans les archives de sa famille
religieuse.
12 Le noviciat de la Province de Bohême se trouvait alors à Brno, au sud d’Olomouc. La
maison abritait près d’une centaine de religieux, parmi lesquels les jeunes dominaient
largement. Le P. Johannes Falck, maître des novices, avait alors sous sa direction un
groupe fort cosmopolite : 26 Bohémiens, 12 Silésiens, 7 Moraviens, 2 Bruxellois (les
Neumann), 1 Italien et 1 Polonais21. Cette ambiance internationale ne dut pas désorienter
Joseph, qui dès son enfance — nous l’avons vu — avait appris à regarder au delà des
frontières.
13 Si la vie se passait à Brno dans le recueillement et la paix, les choses n’allaient pas de
même ailleurs dans la Moravie. En 1663, les incursions des Turcs avec leurs suites de
déprédations, d’incendies et de captivités, obligèrent les jésuites à fermer
temporairement leur collège philosophique et théologique d’Olomouc. Dans un rapport
de cette année, le P. Provincial ajoute : « La maison de Brno, malgré les dangers
environnants, n’a pas été dispersée. Cependant elle n’a reçu aucun novice cette année, à
l’exception de Joseph Neumann. Quant aux autres collèges de la Province, bien que
certains vivent dans l’angoisse et la crainte continuelles, ils se conservent encore sains et
saufs, grâce à la Providence divine »22.
14 Après deux années consacrées à sa formation spirituelle ainsi qu’à l’achèvement de la
rhétorique, Neumann quitta le noviciat pour Prague. Il fut alors destiné au collège qui
29

était adjoint dans cette ville à la maison professe. D’octobre 1665 à septembre de l’année
suivante, il eut à enseigner le latin aux débutants ; il était en effet « professor
rudimentorum »23.
15 Ce premier stage d’enseignement terminé, Neumann fut remis aux études. Pendant trois
ans, de septembre 1666 à septembre 1669, il suivit au collège Saint-Clément de Prague les
cours de philosophie et de mathématiques24. Il s’agissait de ces matières qu’une vieille
tradition dénommait « logique, physique et métaphysique ». Quelques indications plus
particulières sur Neumann peuvent être trouvées dans les rapports triennaux où les
Supérieurs traçaient en quelques lignes le portrait de chacun de leurs sujets. On était fort
satisfait de Joseph ; il jouissait d’une bonne intelligence, d’un bon jugement ; on le disait
homme de prudence, quoiqu’il n’eût encore que peu d’expérience de la vie (chose
normale pour un jeune homme de 21 ans) ; il avait le tempérament sanguin ; ses talents le
rendaient capable d’enseigner les humanités, et même des disciplines plus élevées 25.
16 On sait que saint Ignace a prévu, pour la formation des jésuites, une interruption de
quelques années entre l’étude de la philosophie et celle de la théologie. Il n’y a donc rien
d’étonnant à ce que nous retrouvions Neumann professeur à Brno pendant trois nouvelles
années, de septembre 1669 à septembre 1672. Il y enseigna la classe de grammaire latine
pendant deux ans, celle des humanités ensuite. En outre, il fut chargé deux années
durant, d’adresser chaque semaine une exhortation religieuse à l’ensemble des étudiants
26. Il faut croire qu’ici encore le jeune jésuite accomplit son travail avec zèle et

compétence, car les rapports des Supérieurs sont tout aussi favorables qu’auparavant. Ils
ajoutent même que son intelligence dépasse la moyenne et que ses dons le destinent non
seulement à l’enseignement, mais encore à l’éloquence27.
17 En septembre 1672, Neumann commença l’étude de la théologie à Olomouc. Cette maison,
où l’on enseignait aussi la philosophie, abritait généralement une centaine de jésuites.
Rappelons que la Province de Bohême possédait encore un autre collège similaire à
Prague, où étudiants et professeurs étaient plus nombreux encore ; c’est dire la vitalité de
l’Ordre dans cette région. Il est intéressant de constater — cela donne une idée de la
mentalité ambiante —-que, à côté des disciplines théologiques traditionnelles, on trouvait
alors des professeurs de « controverses ».
18 De la vie personnelle de Joseph Neumann durant cette période de quatre ans, nous ne
savons pas grand chose en dehors du nom de ses professeurs et de ses confrères. Pendant
sa première année, Joseph fut nommé « subbidellus », petite responsabilité domestique
qui lui donna sans doute l’occasion de rendre maints services à ses confrères 28. En
décembre 1675, il fut ordonné prêtre très vraisemblablement par l’évêque d’Olomouc,
Johannes Breiner29. Vers juin 1676, il couronna ses études par cet examen sur l’ensemble
de la philosophie et de la théologie que l’on appelle « examen ad gradum », car sa réussite
conditionne l’admission au grade de profès. Neumann réussit brillamment cette épreuve
difficile ; il obtint l’approbation « cum laude », ce qui pourrait correspondre à une
« mention très honorable »30.
19 Le jeune prêtre repartit alors une nouvelle fois pour Brno et reprit l’enseignement durant
l’année scolaire 1676-1677. Dans sa nouvelle résidence, il reçut la charge d’« exhortator
studiosorum » ; on lui assigna également un confessionnal dans l’église attenante. Mais sa
fonction principale était d’enseigner la rhétorique à un groupe de 32 élèves, parmi
lesquels se trouvaient son propre frère cadet Johannes Baptista et un futur missionnaire
de la Tarahumara et de Sonora Daniel Januschke31.
30

4. — Au tournant de sa vie : Telč (1677-1678)

20 Restait alors à entreprendre l’ultime étape de la formation. La période de recueillement et


de prière, que saint Ignace appelle « troisième an » a pour but d’offrir au jeune religieux
qui vient de terminer ses études une nouvelle occasion d’approfondir le sens et la portée
de sa vocation. La « maison du troisième an » de la Province de Bohême était alors située
à Telé, aux confins de la Moravie et de la Bohême, dans une cité admirable autant par son
site que par son architecture.
21 Le 6 novembre 1677, Neumann se trouva avec onze compagnons sous la direction du P.
Emmanuel de Boye. Cet instructeur, homme de grande expérience, allait jouer un rôle
décisif dans la vie de Neumann. C’est en effet à ce moment, et grâce à l’appui du P. de
Boye, que les horizons apostoliques de Joseph allaient s’élargir au delà de l’Atlantique.
22 Quelques jours après leur arrivée, les « tertiaires » commençaient, selon la coutume, les
Exercices spirituels d’un mois. Avant même que cette retraite ne soit terminée, on lut à
table une lettre que venait d’envoyer de Rome le P. Général Gian Paolo Oliva. Cette
missive annonçait que des jésuites natifs des domaines de la maison d’Autriche étaient
admis à exercer leur apostolat dans les missions dépendantes du « Patronato regio »
espagnol. En conséquence, elle demandait des volontaires pour les missions du Mexique
et des Philippines. Si cette lettre apparut à certains comme un appel inattendu à un
apostolat lointain, elle n’apporta à Neumann que la confirmation d’une décision déjà
mûrement pesée. Il précise en effet que, trois jours avant l’arrivée de cette lettre, il avait
déjà prononcé le vœu « de se consacrer avec toutes les forces de son corps et de son esprit
et de donner sa vie et son sang pour le salut des âmes dans les missions les plus ardues » 32.
Dès le 3 décembre, fête de saint François Xavier, apôtre des Indes, Neumann avait
intensifié ses prières ; fréquemment il offrait le sacrifice de la Messe pour obtenir de Dieu
la confirmation de sa vocation missionnaire.
23 C’est ainsi que le 15 janvier 1678, il envoya, avec l’approbation de son Père instructeur,
une première lettre au Père Général. Il s’y offrait résolument comme candidat aux
missions. Cette missive était accompagnée par une chaude recommandation du P. de
Boye ; celui-ci détaillait avec complaisance les qualités de Joseph, soulignant sa vertu, son
savoir et sa robustesse33. Avant même de recevoir une réponse de Rome, Neumann, dans
son impatience apostolique, reprenait la plume. Le 26 janvier, « les yeux en larmes », il
écrivait à nouveau au P. Général : « Si je me trouvais à Rome, je me jetterais aux pieds de
Votre Paternité et j’y resterais jusqu’à ce que j’aie obtenu la grâce de partir aux missions.
Le manque de missionnaires au Mexique et aux Philippines est pressant ; il est grave
d’ajourner leur envoi. Je suis prêt à tout moment. Il me suffit d’un mot pour partir
aussitôt. Si j’obtiens cette faveur, j’offrirai à saint François Xavier, en action de grâces,
une centaine de messes et autant de flagellations »34.
24 Ce même 26 janvier, le P. Provincial, Mathias Tanner35, arrivait à Telč pour la visite
annuelle de la maison. Il fut aussitôt assailli par au moins six candidats aux missions. Dans
sa lettre du 26 janvier au P. Général, le P. de Boye se fait l’écho de la ferveur apostolique
qui régnait dans sa maison et dont lui-même brûlait ardemment36. Le P. Général répondit
au P. Provincial dans les termes suivants, le 26 février 1678 : « Je viens de recevoir la
lettre de Votre Révérence avec les noms des nombreux candidats choisis pour les Indes. Je
ferai usage de tant de générosité ; pour cette expédition, j’ai choisi six noms. Le P. Joseph
Neumann est expressément demandé pour la Province du Mexique (...). Les futurs
31

missionnaires devront se rendre à Gênes, emportant les documents attestant leur


naissance dans les domaines de la maison d’Autriche ainsi que la date probable de leur
départ. Nous vous rembourserons l’argent dont ils auront besoin pour ce voyage jusqu’à
Gênes ; davantage ne leur sera pas nécessaire »37.
25 Cette réponse arriva probablement à Telč un mois plus tard. Aussitôt, vers la fin mars
1678, Neumann et ses compagnons se mirent en route pour Prague, où ils s’arrêtèrent
plus d’une semaine. Joseph profita de cette halte pour envoyer, le 2 avril, une nouvelle
lettre au P. Oliva. Il remerciait son Supérieur Général pour son envoi aux missions, grâce
qu’il considérait « comme la plus grande qu’il eut jamais reçue dans sa vie ». Il promettait
de « se dépenser avec toutes les forces de son corps et de son esprit uniquement pour la
gloire de Dieu et le salut des âmes de ces peuplades païennes, sans autre idéal que de
donner sa vie et son sang en vue d’une moisson plus abondante encore. Il emploirait toute
son ardeur, toute son ingéniosité et tous ses efforts pour amener à la foi chrétienne et
fortifier dans celle-ci les peuples du continent américain. Enfin, disait-il, mettant toute
ma confiance en Dieu, je me prépare joyeusement et diligemment à entreprendre ce long
voyage : où que je sois, je vivrai et mourrai en me souvenant toujours de vous »38.
26 Avant de suivre Neumann dans son expédition pour le Mexique, les documents eux-
mêmes nous invitent ici à faire une pause. Jusqu’à ce qu’il arrive à Telč, les sources
historiques s’étaient montrées plutôt avares. Des quinze premières années de Joseph,
elles n’indiquent que les lieux de résidence et quelques détails sur le milieu, mais rien sur
l’éducation religieuse et la naissance de la vocation du jeune homme. Les données
chronologiques se précisent dans la suite ; le caractère de l’étudiant jésuite commence à
se dessiner. On aimerait pourtant connaître les origines de sa vocation missionnaire ; le
seul élément certain est — nous l’avons rapporté plus haut— ce vœu de partir pour les
missions, prononcé par Neumann au cours de sa retraite de trente jours. Sa désignation
pour le Mexique constitue un autre point mystérieux ; la première mention explicite en
est donnée par le P. Général dans sa lettre du 26 février 1678 citée plus haut. Pour quelles
raisons celui-ci choisit-il Neumann pour l’Amérique (c’est d’ailleurs le seul nom
expressément indiqué dans cette lettre) ? Aucun document n’éclaire la question.
27 Les divers documents de la période de Telč découvrent, d’une manière plus précise, qui
était cet homme de trente ans qui se préparait à l’apostolat au Mexique. Ce qui frappe
tout d’abord chez Joseph Neumann, c’est la richesse et l’abondance des dons naturels. Il
semble être de ces hommes qui, doués d’une santé solide, d’une bonne intelligence, d’un
jugement sain et d’une volonté tenace, sont destinés à traverser l’existence le sourire aux
lèvres. Les divers rapports au Général, principalement celui du P. de Boye font connaître
Neumann d’une manière plus intime encore. Il profitait de la robustesse de sa
constitution physique —-il connaîtra la maladie pour la première fois à 34 ans — pour
s’imposer des jeûnes et des pénitences sévères ; ceux-ci, affirme le P. de Boye, « ne
mettaient pas en péril sa santé, mais la revigoraient plutôt »39. Le résultat obtenu à son
examen « ad gradum » confirma les rapports antérieurs sur son intelligence « supérieure
à la moyenne ». Les stages d’enseignement avaient mis en lumière ses talents de
professeur et de prédicateur. Ses nombreux écrits montreront dans la suite la réelle
aisance avec laquelle il maniait la plume, ainsi que la finesse de son esprit d’observation.
La fermeté, la ténacité même de son caractère apparaissent dans l’insistance qu’il mit à
demander le départ pour les missions. Les quelques extraits de lettres citées plus haut
laissent aussi deviner sa générosité et son enthousiasme. En outre, ajoute le rapport du P.
de Boye, sa souplesse dans les mains des Supérieurs n’avait d’égale que son ouverture à
32

leur égard. Pour compléter ce tableau peut-être trop louangeur, le P. Instructeur, qui
avoue parler d’un de « ses fils de consolation », affirme que la vie intérieure de Joseph,
mortifiée et généreuse, s’épanouissait dans « une joie peu commune, qui baigne toujours
son cœur et son visage »40.

5. — L’expédition pour le Mexique (1678-1680)

28 Le 11 avril 1678, Neumann et six compagnons quittèrent Prague41 en direction de Gênes,


qu’ils atteignirent le 4 mai. Une véritable expédition missionnaire était en train de s’y
constituer. Le P. Kino et un autre jésuite tyrolien étaient arrivés deux jours plus tôt. Six
Autrichiens, parmi lesquels le P. Ratkay qui devait accompagner Neumann chez les
Tarahumars, et ensuite quatre Italiens portèrent le nombre des missionnaires à dix-neuf.
Sept de ceux-ci étaient destinés au Mexique42.
29 Un mois plus tard, ils prirent la mer pour Cadix, où il leur fallait rejoindre la flotte royale
pour la Nouvelle Espagne. Ils partirent de Gênes le 12 juin, débarquèrent à Alicante le 25
du même mois pour une escale d’une semaine. Il ne leur restait plus qu’à atteindre Cadix.
Hélas, une erreur de navigation leur fit perdre des heures précieuses. Lorsqu’ils
arrivèrent en vue du port, ils ne purent que contempler au loin, sur la ligne de l’horizon,
la flotte de la Nouvelle Espagne qui venait d’appareiller.
30 Ce petit retard leur coûta deux ans d’attente. Les missionnaires furent hébergés au
collège de Séville. Un des membres du groupe, le P. Gerstl a laissé un délicieux récit sur
ses découvertes de la vie espagnole43. Ratkay précise plutôt les activités des futurs
missionnaires : « Nous nous occupions, non seulement d’astronomie et de
mathématiques, mais aussi de travaux manuels, fabriquant toutes sortes d’objets pour
l’avenir : des boussoles, des cadrans solaires avec leur étui. D’autres arrangeaient des
vêtements, ou bien apprenaient la soudure et la ferblanterie, la distillation, la sculpture
ou le façonnage au tour. Tout ceci, afin de gagner l’affection des païens sauvages et
pouvoir ainsi plus facilement leur inculquer la vérité de la foi chrétienne »44.
31 Après vingt mois, la flotte royale partait à nouveau pour la Nouvelle Espagne. Ce départ
encore n’alla pas sans difficulté. L’Almiranta, sur lequel les jésuites s’étaient embarqués le
11 juillet 1680, fit naufrage en vue du port. Après une nuit agitée, onze missionnaires
trouvaient, à force de tractations et d’ingéniosité, une nouvelle place. Pour sa part,
Neumann, avec sa tenacité habituelle, parvint à convaincre un capitaine de l’accepter.
Ratkay et un frère coadjuteur astucieux réussirent également à s’embarquer. Kino et les
autres missionnaires destinés au Mexique durent prolonger leur séjour en Espagne
pendant une année encore.
32 Le 15 septembre enfin, les trois missionnaires mettaient le pied sur le sol du continent
américain. Cependant leur arrivée à Veracruz ne signifiait pas la fin de leur expédition.
Quelque 400 kilomètres les séparaient de Mexico, capitale de la Nouvelle Espagne.
33 Puebla, qu’ils atteignirent au début d’octobre, constitua un bref arrêt dans leur
chevauchée. Ratkay, fin observateur, note que la ville était aussi grande que Vienne si l’on
en excepte les faubourgs. Les maisons n’ont généralement pas d’étages. Les églises,
estime-t-il, sont plus belles et plus riches que celles d’Allemagne, tandis que la vie est
beaucoup moins chère qu’en Autriche45 A Puebla, comme à Veracruz et à Mexico, où ils
entrèrent le 10 octobre, les trois missionnaires furent chaque fois accueillis par leurs
confrères et logés dans un collège de la Compagnie. Inutile de préciser que, dans leurs
33

rapports, ils insistent sur la grande charité que leur manifestèrent autant les Pères que la
population46.

6. — Destiné à la mission de Tarahumara (1680-1681)

34 Le séjour de Neumann et de Ratkay dans la capitale du Mexique se prolongea pendant


cinq semaines. La principale question qui se posa alors était celle de leur affectation
précise dans le vaste champ d’apostolat confié aux jésuites mexicains. Un rapport du P.
Provincial, Bernardo Pardo, confirme ce que Neumann dit dans son ouvrage :
spontanément et avec beaucoup d’insistance, Ratkay et Neumann demandèrent à être
envoyés parmi les indiens Tarahumars. On ne leur avait pas caché que cette région offrait
les plus grandes difficultés47.
35 Si dans le récit de ce long voyage, le lecteur moderne est tenté de s’arrêter aux mille
péripéties riches de variété et de dépaysement, si les lettres des missionnaires eux-mêmes
soulignent volontiers les détails exotiques, il ne faut pas oublier que ces expéditions
constituaient avant tout une démarche religieuse. Aussi n’y a-t-il rien d’étonnant à ce que
Neumann, avant de prendre la route définitive pour la Tarahumara, ait consacré huit
jours à sa retraite annuelle. Par ces « Exercices spirituels », il entendait se préparer de son
mieux à la grande entreprise qui l’attendait48.
36 La veille de leur départ de Mexico, Ratkay et Neumann écrivirent au P. Général et à leurs
Provinces respectives : Autriche et Bohême. Ils faisaient le récit de leur long voyage,
communiquaient la joie qui les inondait et demandaient à leurs confrères de s’unir à leur
chant d’action de grâces49.
37 Lorsque le 18 novembre 1680, ils prirent la route pour la Tarahumara, il leur restait à
franchir à cheval une distance égale à celle qui sépare Paris de Budapest ou Rome de
Cologne ! Un tel voyage leur demanda plus de deux mois. Neumann remarque que les
étapes ne dépassaient guère trente kilomètres par jour. En réalité, la moyenne
quotidienne, compte tenu des arrêts, se situa autour de vingt kilomètres.
38 Les vingt premiers jours les conduisirent à travers des régions fort sèches et peu habitées.
Ils ne rencontrèrent alors, au témoignage de Neumann, qu’une quinzaine de petits
villages indiens. Fréquemment, ils passaient la nuit à la belle étoile. Zacatecas, ville
célèbre par ses mines, constitua la première étape. Après un jour de repos, nos voyageurs
repartirent le 8 décembre pour Guadiana, aujourd’hui Durango. Ils entrèrent le 14
décembre dans nette ville, qui était alors juridiquement la capitale de la Nouvelle Biscaye,
bien qu’en réalité le Gouverneur séjournât habituellement à Parral, plus au nord. Cette
cité était en outre le centre religieux du diocèse de la Nouvelle Biscaye. L’évêque qui
résidait là avait sous sa juridiction presque toutes les missions septentrionales de la
Compagnie de Jésus. Aussi les deux missionnaires profitèrent-ils de leur passage dans la
ville pour rendre visite au franciscain Bartolomé Garcia de Escañuela, qui occupait alors
le siège épiscopal (1677-1684). Son accueil fut bienveillant et il accorda à Neumann et à
Ratkay tous les pouvoirs nécessaires pour leurs ministères apostoliques.
39 La halte des deux missionnaires à Guadiana se prolongea pendant treize jours en raison
de l’insécurité des routes. Les indiens Tobosos infestaient la région et rendaient les
voyages en petit groupe fort périlleux. Aussi Neumann, Ratkay et leurs muletiers
attendirent-ils jusqu’au 27 décembre qu’une expédition plus importante se mît en route.
A ce moment, toute une caravane partit pour Papasquiaro, accompagnée d’une vingtaine
34

de militaires. En deux jours, ils atteignirent ce village, siège d’une mission de jésuites. Des
raisons, d’ordre religieux cette fois, les contraignirent à un nouvel arrêt de neuf jours. Les
missionnaires de l’endroit voulurent célébrer en grande pompe les fêtes du Nouvel-an et
celle des « Saints Rois ». Le 7 janvier 1681,Neumann, et Ratkay reprirent la route avec une
escorte de quatre soldats du « Presidio » de Tepehuanes. Ils traversèrent successivement
San Miguel de las Bocas, près du fleuve Florido, San Ignacio del Zape, pour arriver enfin à
Parral, riche centre minier, commercial et administratif. Là ils rendirent visite au
gouverneur de la Nouvelle Biscaye, dont dépendait pour beaucoup la sécurité des
missions, Don Bartolomé de Estrada y Ramírez (1679-1684).
40 Les dernières étapes de leur long voyage furent les missions de San Jerónimo Huejotitlán,
San Borja, San Bernabé et San Ignacio Coyachi. Le premier poste, proprement Tarahumar,
était celui de San Borja. « Lorsque j’y arrivai, écrit Neumann, je bondis de joie. Je venais
enfin d’atteindre le pays où il me faudrait travailler et souffrir intensément pour la gloire
divine ». C’était le 29 janvier 1681. Quelques jours après, le 1er février, les deux
missionnaires se présentèrent, à Coyachi, au P. Visiteur des missions de la Tarahumara.
Cette charge était alors occupée par le fameux P. José Tardá. Il était leur Supérieur
immédiat et devait donc assigner à tous deux leurs missions respectives.
41 1er février 1681 ! Il semble presque incroyable aujourd’hui que le voyage de Prague à la
Sierra Madre occidentale ait demandé près de trois années. Sans doute y eut-il de
nombreux arrêts forcés. C’est pourtant à la date du 11 avril 1678 que Neumann avait
quitté la ville de Prague.

7. — Missionnaire de la Tarahumara (1681-1732)

42 La région, dans laquelle notre missionnaire se dépensa plus d’un demisiècle, peut être
divisée en trois parties. Une description sommaire de Neumann distingue la Tarahumara
inférieure, la Haute Tarahumara et la Tarahumara montagneuse50. La région inférieure ou
ancienne, située au nord de Durango, comportait la partie sud des territoires occupés par
cette peuplade. Neumann et Ratkay en avaient parcouru les principaux postes avant
d’atteindre Coyachi. L’évangélisation y avait été entreprise depuis 1639. La Haute
Tarahumara constituait la région centrale de Chihuahua. Elle comportait, à l’arrivée de
Neumann, quelque huit postes de mission, dont Sisoguichi et Carichi. Ici l’évangélisation
était plus récente puisqu’elle ne datait que de 1675. Enfin la Tarahumara montagneuse,
située plus à l’ouest, était connue sous le nom de Chínipas. Quoique les habitants de cette
partie appartinssent à la même race, cette région relevait du système missionnaire de
Sinaloa.
43 Avant de gagner Sisoguichi, poste qui lui avait été assigné, Neumann resta tout le mois de
février à Coyachi pour s’initier à la langue des Tarahumars51. Lorsqu’il gagna, en
compagnie du P. Bernardo Rolandegui, le poste « El dulce nombre de Maria de
Sisoguichi », sa connaissance de la langue était encore fort rudimentaire. Il avoue lui-
même que, pour ses premières leçons de catéchisme, il était obligé de lire le texte
tarahumar52.
44 Vers la fin juin de la même année, le P. Visiteur lui communiqua qu’il était admis à
prononcer les vœux solennels de profès le 15 août suivant. Selon les Constitutions de
l’Ordre, il lui fallait auparavant remplir trois conditions : l’enseignement du catéchisme
(ce qui constituait son occupation habituelle), trois jours de mendication et une nouvelle
retraite de huit jours. Etant donné le dénuement des Indiens, il lui était impossible de
35

mendier sur place. Par conséquent, le Visiteur l’invitait à se rendre à Parral, ce qui
constituait un déplacement de 70 lieues. Aussi n’est-ce pas sans ironie que Neumann
raconte, dans un rapport à sa Province, que cette mendication de trois jours lui coûta un
mois de voyage. Le 6 août 1681, Neumann commençait à Matachi ses Exercices spirituels.
Le jour de l’Assomption, le Visiteur recevait sa profession religieuse ainsi que celle du
Recteur de la mission, Tomás de Guadalaxara. La chapelle était ornée des fleurs de la
montagne et les Tarahumars étaient en fête53.
45 Les deux résidences principales de la longue vie missionnaire de Neumann furent
successivement Sisoguichi, où il vécut du 7 mars 1681 au 25 février 169854, et Carichí, qui
fut sa résidence jusqu’à sa mort survenue le 1er mai 1732. Il ne faut pourtant pas
s’imaginer que ces deux postes occupèrent exclusivement l’activité du jésuite. Chacune de
ces localités constituait le centre d’un « partido » qui comprenait un certain nombre de
villages appelés « visitas ». Sans cesse, le missionnaire parcourait ces divers endroits.
C’est ainsi que de Sisoguichi dépendaient Echoguita, Coachichi, Panalachi et Urique. De
Carichi, Neumann devait visiter Tajírachi, Bacaburéachi et Pasigochi55.
46 Bien vite, Neumann vit croître ses responsabilités. En 1687, il était nommé Supérieur
d’une section de la Tarahumara, appelée « Rectorat de San Joaquín y Santa Ana ». Cette
nomination mettait sous son autorité les postes suivants : Sisoguichi, Carichi, Temeichi,
Papigochi, San Borja, Coyachic, Nonoaba et Humarisa, avec tous les villages qui
dépendaient de chacune de ces missions. Il devait veiller non seulement à
l’administration spirituelle de ses ouailles, mais aussi à la bonne disposition des
missionnaires, à la situation matérielle de la mission et à tout ce qui touchait le culte
divin. Ce mandat de « Recteur », dont la durée était limitée à trois ans lui fut renouvelé
dans la suite trois fois encore56.
47 Neumann se vit également investi de la charge de « Visiteur ». Il remplit ce mandat
pendant trois périodes triennales (1696-1699, 1705-1708 et 1723-1726) 57. Cette fonction lui
donnait autorité sur toute la Tarahumara supérieure, qui comprenait alors le rectorat de
San Joaquín y Santa Ana et celui de Guadalupe. Les responsabilités du Visiteur étaient
pratiquement les mêmes que celles des Recteurs, mais à un échelon supérieur. Il était,
entre autres, tenu à visiter annuellement chaque poste de mission.
48 Neumann eut aussi l’occasion de parcourir d’autres régions tarahumares lors des
randonnées qu’il effectua au titre d’aumônier militaire. Il accompagna plusieurs fois le
général Retana et les gouverneurs Pardiñas et Larrea dans leurs inspections du territoire.
On comprend dès lors la connaissance approfondie que Neumann avait de la contrée et de
ses habitants.

8. — Les conditions du travail apostolique

49 Les divers rapports de Neumann nous renseignent avec précision sur ses conditions de
vie. La masure qu’il occupait à Sisoguichi, comprenait trois pièces. L’une servait de
chambre à coucher, une autre de salle à manger, la dernière de dépense. La chapelle, qu’il
fit construire dans ce poste, était en briques séchées, recouverte d’un toit de paille. Selon
une coutume locale, il avait à sa disposition deux petits Indiens. Ils lui servaient la messe
chaque matin, en échange de quoi ils étaient nourris, vêtus et logés par le missionnaire. Il
devait cuisiner ses repas lui-même, à l’exception des « tortillas » ou galettes de maïs
qu’une indienne lui préparait chaque semaine.
36

50 Durant les premières années, Neumann occupait ses journées tout d’abord à deux leçons
quotidiennes de catéchisme destinées aux enfants. Le soir, il instruisait les adultes. Entre
temps il visitait les malades, entendait quelques rares confessions et dirigeait les
constructions. Cet horaire bien chargé était régulièrement coupé par des visites aux
villages environnants58.
51 Le problème de l’édification des villages fut, au cours de sa vie, sa préoccupation
essentielle. Neumann, comme tous ses confrères missionnaires, était convaincu que la
formation des villages, et par là la stabilisation des indigènes, était à la base de leur
civilisation et de leur évangélisation. Il s’efforça donc de constituer des villages indiens
nettement hiérarchisés. Pour introduire ces peuplades à la vie « politique » et chrétienne,
on avait constitué toute une série de charges confiées aux autochtones : les gouverneurs
indigènes, autorité suprême, exerçaient la justice ; les soldats, sous la direction de
capitaines, maintenaient l’ordre et la sécurité ; les « fiscales » veillaient à la propreté de
l’église et prenaient en charge les malades ; les « mayoras », sorte de police des moeurs,
détectaient les couples non mariés ; les « temastianes » enseignaient le catéchisme et
dirigeaient la prière en l’absence du missionnaire59. Neumann se préoccupait également
de relever le niveau de vie économique des Indiens. Pour améliorer leur régime
alimentaire il tâcha de faire adopter de nouvelles cultures et d’augmenter le pauvre
cheptel local. Il introduisit également diverses formes d’artisanats, comme la broderie et
la sculpture ; il enseigna même quelques éléments de peinture et de musique
instrumentale60. Il faut enfin souligner ses interventions auprès des autorités espagnoles
— Gouverneurs et Vice-rois —-pour la défense des indigènes contre l’exploitation de
plusieurs colons61.
52 Ces aspects si passionnants et si humains de la vie de Neumann étaient toutefois
subordonnés à la christianisation des indiens. Pour caractériser ses méthodes, on
parlerait aujourd’hui de moyens audio-visuels. Il cherchait, en effet, à frapper leur
imagination pour les convaincre de l’importance de la religion. Aussi multiplia-t-il les
édifices du culte. Il nous parle de l’élégance des chapelles qu’il érigea à Sisoguichi, à
Echoguita, à Tajírachi, à Bacaburéachi et à Pasigochi. Il mettait un soin tout spécial à
réunir des ornements liturgiques somptueux : chasubles en soie, vases sacrés et
chandeliers en argent. Il alla jusqu’à grever son budget de nourriture, pour pouvoir
embellir ses églises. C’est la liturgie surtout qui retenait son attention ; il donnait toute la
splendeur possible au culte divin, faisant participer activement les Indiens aux
cérémonies religieuses. La Fête-Dieu et surtout la Semaine Sainte, durant laquelle on
représentait les diverses scènes de la Passion, constituaient les moments les plus intenses
de cette vie liturgique62. Nous verrons plus loin que tout ce travail ne se réalisait pas sans
difficulté et sans opposition de la part des Indiens62.
53 Pour faire face à toutes ses dépenses, Neumann recevait, comme chaque missionnaire,
une allocation annuelle de 300 pesos accordée par le Roi. Cette très modeste somme
constituait son seul revenu et devait donc suffire à toutes les éventualités. A Mexico, le P.
Procureur des Missions centralisait les demandes des missionnaires et, chaque année vers
le mois de novembre, il faisait expédier par des muletiers l’ensemble des provisions
demandées63. Nous avons retrouvé le bordereau des achats faits par Neumann en 1707.
Comme cette liste ne dut pas changer beaucoup d’une année à l’autre, nous la
transcrivons en entier. Le texte ne manque d’ailleurs pas de saveur.
54 « Je, soussigné Bernardo de la Vega, maître muletier, habitant à Tepotzotlín, certifie avoir
reçu du P. Juan de Yturberroaga, Procureur général de la Compagnie de Jésus, les objets
37

spécifiés ci-après, tous en bon état et bien empaquetés. Je m’engage à les remettre dans le
même état, à la mission de Carichiqui, soit au P. Visiteur Joseph Neumann, qui les a
demandés et à qui ils appartiennent, soit à la personne désignée par lui. Si quelque objet
manquait ou n’était pas en bonnes conditions, je m’engage, sur ma personne, mes mulets
et tous mes biens, à le payer au prix courant dans la susdite mission.
55 Voici les objets reçus : 3 arrobes de bon chocolat ; 3 arrobes et 3 livres de sucre blanc ; une
demi-arrobe de cire-chandelle ; 3 paires de chaussures de 14 points ; 6 paquets de papier ;
5 onces de safran de bonne qualité en boîte ; 6 livres de poudre lavée (tabac en poudre) en
flacon ; 8 burettes ; un millier de clous ; 100 « varas » de sayal (une étoffe) ; 6 caleçons en
basane ; 2 « pattios » (sorte d’étoffe) ; 6 grandes couvertures ; 8 douzaines de fusées ; 4
douzaines de « bombas » (autre type d’explosifs pour feu d’artifice) ; 12 paires de
chaussures en vachette ; des torchons ; une boîte à clef ; 2 serpillières ; 2 nattes. En outre,
une caisse de sucreries et diverses autres choses à remettre au dit P. Visiteur, d’un poids
total de 3 arrobes et d’une valeur de 6 pesos ; Sa Révérence me payera cette somme sur
place et devra se faire rembourser par les possesseurs de la dite caisse.
56 « Tous ces objets forment un fardeau et une caisse de 14 arrobes. Le prix du transport (à
deux pesos 1’arrobe) est de 28 pesos, que le dit P. Procureur m’a payé ici. Il ne reste donc
à verser que les 6 pesos mentionnés dans le paragraphe précédent et qu’on devra me
payer là-bas »64. Ces prix incluaient le transport des marchandises jusqu’à la ville de
Parral seulement.

9. — Echecs et succès

57 Une des difficultés de l’apostolat dans ces régions venait des conditions climatiques. La
Tarahumara supérieure, région fort accidentée, se situe à 2.000 m d’altitude en moyenne.
Aussi l’hiver, fort rigoureux, faisait-il souffrir tout particulièrement les missionnaires.
Avec un peu d’esprit nationaliste, Neumann remarque que les prêtres mexicains et
espagnols supportaient ces froids beaucoup plus difficilement que les germaniques 65.
Malgré la robustesse dont il se vante, Neumann tomba malade à la fin de sa première
année de séjour en mission. Ce fut vraisemblablement un début de pleurésie dont il
souffrit en cette fin de janvier 1682. Les neiges abondantes qui venaient de tomber
s’ajoutaient à la faim qui le tenaillait ; cette année-là, il n’avait pas reçu l’allocation
royale. La situation fut d’autant plus pénible que le malade se trouvait dans la solitude la
plus complète. Le P. Ratkay, dont le poste se trouvait à deux jours de distance, ne pouvait
pas entreprendre le voyage en raison de la neige66.
58 Une autre fois encore, Neumann parle de ses difficultés de santé. C’était lors de la
« peste » de 1692-1693. Le misionnaire, dès les premiers symptômes, se soigna
énergiquement et, deux jours plus tard, reprenait son activité. De nombreux mourants
exigaient d’ailleurs ses soins. Il énumère les effets de la dysenterie, des hémorroïdes, de la
variole et surtout de la peste bubonique. Les indigènes sous-alimentés résistaient
difficilement au mal. A Sisoguichi seulement, cette épidémie provoqua plus de quarante
morts67.
59 Un décès, qui toucha beaucoup Neumann, fut la mort de son compagnon de voyage et de
labeurs, le noble croate Johannes Ratkay. Moins de trois ans après leur arrivée dans la
Tarahumara, il avait succombé, victime de son dévouement et des difficultés du climat, le
26 décembre 1683. Joseph eut la consolation d’assister son ami dans ses derniers
moments ; il rédigea par la suite une notice nécrologique fort chaleureuse68.
38

60 Mais la difficulté principale du labeur apostolique venait de la résistance même des


Indiens. Neumann souligne trois chefs d’opposition : l’exploitation des Espagnols, le refus
de vivre en village et les instigations des sorciers. Somme toute, les Indiens tentaient de
conserver leur indépendance et leur mode de vie traditionnel. Cette opposition culmina
au cours des révoltes périodiques, dont notre auteur nous entretient dans son ouvrage. Il
en vécut personnellement trois : en 1690-1691, en 1697-1698 et en 1700-1701. Mais en
dehors de ces années belliqueuses, le danger de perdre la vie n’était pas complètement
écarté. C’est ainsi que le P. Juan Isidro Fernandez de Abée raconte qu’un Indien faillit tuer
Neumann. Il avait décidé d’en finir avec l’étranger et l’aurait tué de sa lance, si le P. Juan
Antonio de Landa, missionnaire de San Borja (1722-1735), ne s’était trouvé
providentiellement sur place. Le Père s’empara de la lance de l’Indien, écartant ainsi la
catastrophe69.
61 Une confidence de Neumann permet de mesurer jusqu’à quel point toutes ces difficultés
influaient sur l’état d’esprit des missionnaires. Un Supérieur lui confia en 1686 que, sur
les 14 jésuites de la mission, deux seulement s’estimaient vraiment heureux de leur
situation70. Beaucoup de ceux-ci, après un stage plus ou moins bref, demandaient au
Provincial à être mutés pour les missions de Sonora, réputées plus florissantes et plus
faciles. Neumann lui-même laisse parfois entrevoir son désir d’ensemencer d’autres
champs plus fertiles. Mais ce n’était là que des crises de dépression passagères.
Habituellement il affirme sa fierté d’être fidèle aux Tarahumars et refuse les propositions
de déplacement71.
62 Le nombre de baptisés, assez faible au début, augmenta progressivement. Dans un rapport
de 1744, le P. Fernández de Abée compte environ 10.000 baptêmes pour le seul poste de
Carichí. Dans ce chiffre, Neumann se tailla la part du lion : durant les 34 années de son
séjour ici, il avait administré ce sacrement à 6.338 indigènes72.
63 Le ressort de cette action persévérante était l’amour. Sans doute, à des moments de
découragement, Neumann eut-il des jugements sévères, pessimistes même, sur les
Tarahumars. A l’époque des soulèvements, il les traite parfois de menteurs, d’hypocrites,
de nonchalants, de bêtes sauvages73. Mais pour connaître l’opinion intime du
missionnaire, il faut prendre une vue d’ensemble de ses écrits et nuancer ces excès.
Ailleurs il se corrige, parlant de la fidélité des Tarahumars, de leur attachement aux
missionnaires, du soutien matériel qu’ils apportaient au prêtre et surtout de leur foi
profondément enracinée74.
64 Les quelques réserves que nous avons insinuées plus haut à propos du caractère de
Neumann trouvent une confirmation dans un rapport de 1725. Le P. Juan de Guendulain,
Visiteur officiel de tout le système missionnaire du Nord mexicain, laisse sous-entendre
que le vieux missionnaire, âgé alors de 77 ans, n’était pas toujours facile à manier. Mais le
Visiteur met surtout l’accent sur l’activité et le dévouement sans limites du jésuite75.
65 Lorsqu’il promit en 1678 de se consacrer corps et âme au service des Indiens, Neumann ne
se rendait certainement pas compte de l’étendue de son engagement. Le tableau que nous
venons d’esquisser fait comprendre la valeur de sa persévérance. Plus d’un demi-siècle au
milieu des Tarahumars est un record sans égal. D’autres missionnaires s’accordaient des
temps de congé dans les collèges du sud en dehors du territoire missionnaire ; d’autres
obtenaient de passer à des missions plus faciles. Neumann, pour sa part, resta sans
interruption au milieu de ses Indiens. Le seul voyage important qu’il entreprit avait pour
39

but la défense des missionnaires contre l’hostilité du Gouverneur Pardiñas ; c’est dans ce
but que Neumann se rendit chez le Vice-roi à Mexico en 1691.
66 D’après le catalogue des 240 missionnaires de la Tarahumara que nous avons établi pour
la période de 1607 à 1767, aucun n’égale Neumann pour la durée de séjour. Un autre
seulement, le Mexicain Juan Manuel del Hierro, dépasse également la cinquantaine
d’années (1708-1758). Trois jésuites atteignirent quarante ans de vie missionnaire : les
Mexicains Gabriel del Villar (1647-1689) et Juan Antonio de Landa (1706-1747) et
l’Allemand Franz Hermann Glandorff (1722-1763).
67 Le 1er mai 1732, vers une heure du matin, Joseph Neumann s’éteignait paisiblement dans
sa mission de Carichí. Il avait 84 ans et avait passé 51 ans et 3 mois parmi les Tarahumars.
Un jeune missionnaire, fraîchement débarqué, le Suisse Gaspar Stiger l’assista dans ses
derniers moments, lui donnant le Viatique et lui administrant l’Extrême-onction. D’après
l’acte de décès, qui nous fut aimablement communiqué par le P. Benjamín Tapia,
Supérieur actuel de la Tarahumara, la dépouille vénérable de Joseph Neumann repose
toujours sous le pavé de l’église de Carichí, du côté de l’Évangile.

II. — LE LIVRE DE JOSEPH NEUMANN


68 « L’histoire des soulèvements des indiens Tarahumars »76 que nous introduisons ici, est
l’oeuvre capitale de notre auteur. Il s’agit d’un petit volume in octavo de 154 pages. Il fut
imprimé à Prague aux presses de l’Université Charles-Ferdinand confiée à la Compagnie.
La page du titre porte l’indication de la date d’impression : 1730. L’ouvrage fut écrit en
latin dans sa totalité. L’exemplaire que nous avons consulté est conservé à la bibliothèque
de l’Université de Vienne. Pour la pagination de notre édition, nous avons adopté le
système suivant : XXXV-LXIII et 1-9 pour les introduction et dédicace, 10-169 pour le
texte lui-même.

1. — Date de rédaction

69 Les indications réunies dans les documents qui servent d’introduction au texte de
Neumann permettent de préciser assez exactement la date de rédaction de l’opuscule. On
trouve tout d’abord une « lettre » adressée au P. Franciscus Retz, alors Provincial de
Bohême, plus tard Général de la Compagnie de Jésus77. Elle est datée de Carichí, le 15 avril
1724. Vient ensuit e une « dédicace » aux Pères de la Province de Bohême, signée à Carichi
également le 1er mai 1723. Il semble que l’ouvrage ait été composé entre ces deux dates.
En voici les raisons.
70 Dans la « dédicace » à ses confrères de Bohême (1er mai 1723), Neumann dit notamment :
« Plusieurs de nos Pères ont fini leur vie en cultivant cette vigne ; moi, je vis encore et en
bonne santé, peut-être justement pour pouvoir rédiger ce que j’ai vu de mes propres yeux
ou ce que d’autres missionnaires m’ont envoyé par écrit »78. Neumann semble indiquer ici
que l’ouvrage n’est pas écrit, quoiqu’il ait déjà été conçu dans son esprit.
71 D’autre part, nous lisons dans la « lettre » au Provincial (15 avril 1724) : « J’envoie à notre
Très Révérend Père Général l’histoire des soulèvements de cette nation Tarahumare dans
l’Amérique septentrionale. J’en ai fait un récit succinct afin que, si bon lui semble, il veuille
bien le transmettre à votre Province (...). Ayant rempli en quatre occasions les fonctions
de Supérieur immédiat, et occupant pour la troisième fois celles de Visiteur des missions,
40

je me suis mis à rédiger cet opuscule à la demande de quelques Pères, et je le dédie aux Pères
de la Province de Bohême »79. Ce passage indique clairement que le livre était terminé à
l’époque. D’autre part, l’auteur semble indiquer qu’il n’a entrepris sa rédaction qu’au
moment où, pour la troisième fois, il était Visiteur. Cela confirme les indications tirées de
la « dédicace », car son troisième mandat lui fut confié en 1723. Nous pouvons donc
déterminer d’une manière fort précise que cette « Histoire des soulèvements » fut
composée de 1723 à 1724.

2. — Date d’impression

72 Il y a tout lieu de croire que Neumann était satisfait du résultat obtenu, malgré la
modestie avec laquelle il continue sa lettre : « Si notre Très Révérend Père Général croit
utile la publication de ce petit livre, de sorte que toute la Province et même les autres
Provinces de Germanie puissent le connaître, Votre Révérence pourra, sans difficulté, le
faire imprimer par les presses du collège de Prague »80.
73 Le manuscrit dut donc être envoyé à Rome. Nous n’avons cependant retrouvé aucune
trace de cet envoi dans les archives centrales de l’Ordre. Nous ignorons également par
quelle voie il arriva en Tchécoslovaquie.
74 La date de l’impression de l’opuscule n’était pas jusqu’à présent clairement déterminée.
Certains auteurs ne citent que la date de la lettre d’introduction (15 avril 1724) ; tel est le
cas de Rolton81 et de Dunne dans son ouvrage sur la Tarahumara 82. D’autres indiquent la
date de 1730 entre parenthèses, sans explication ultérieure, tels Sommervogel 83 et Streit84.
D’autres enfin, comme Pelzel85, Huonder86 et Dunne dans un ouvrage antérieur sur Sonora
87
donnent sans plus la date de 1730.
75 Nous avons dit que la bibliothèque de l’Université de Vienne possède deux exemplaires de
cet ouvrage. Celui qui porte la cote « I — 181,371 » ne contient pas de date sur la page du
titre ; l’autre au contraire, catalogué « I — 202,674 », a, dans la page du titre, une date
imprimée : 1730. Ce dernier exemplaire est relié avec des rapports du P. Schall sur la
Chine. Un examen attentif des deux volumes montre qu’il s’agit d’une édition unique :
même format, même nombre de pages, mêmes erreurs typographiques, mêmes cahiers de
papier plus foncé, même composition de chacune des pages. Les deux exemplaires
proviennent donc d’une seule édition. L’anomalie que constitue l’absence de la date
d’impression dans certains exemplaires, peut facilement s’expliquer par une modification
en cours de tirage. L’histoire de la bibliographie connaît bien d’autres cas analogues.
76 Une première confirmation de cette conclusion nous vient de l’indication, mise entre
parenthèses ou non par plusieurs bibliographes. Lorsqu’ils dataient l’impression de 1730,
ils n’ont pas pu inventer ce renseignement.
77 Une lettre du P. Antonius Malinsky ajoute encore d’autres précisions. Ce missionnaire
avait quitté l’Espagne le 16 novembre 1730. Après son arrivée à Mexico, il envoya le 19
juillet 1731 une lettre, déjà citée plus haut, au P. Caldonazzi de Prague. « Il (le P.
Neumann), disait-il entre autres, vient de recevoir un collaborateur dans la personne du
P. Gaspar Stiger, de la Province de Germanie supérieure, qui avait été curé de paroisse
pendant plusieurs années. A cette occasion, j’ai fait savoir au P. Neumann que, en Europe,
son opuscule a déjà été envoyé à l’impression »88. Cette phrase montre qu’à son départ
d’Espagne, Malinsky avait été averti de la mise sous presse. Cela nous ramène, pour cet
événement, soit à mai 1729 — date approximative à laquelle il quitta Prague —, soit à
41

quelques mois avant novembre 1730, si l’on suppose qu’une lettre lui apprit le fait, lors de
son attente de quatorze mois en Espagne.

3. — Les sources de Neumann

78 Neumann était admirablement préparé pour écrire son opuscule. Nous avons rappelé ses
dons de professeur et de prédicateur. De plus, au moment d’entreprendre la rédaction de
son ouvrage, Neumann n’en était point à ses débuts d’écrivain. Depuis 1678 au moins, il
avait rédigé toute une série de rapports longs et circonstanciés. Naguère, on ne
connaissait, en dehors de son livre, que huit lettres de Neumann. Les archives que nous
avons visitées en contenaient encore une douzaine d’autres. Ce total de quelque vingt
documents est loin d’être complet, car en tant que recteur et visiteur, Neumann dut
envoyer, pendant 21 ans, des rapports détaillés, autant à ses Supérieurs du Mexique qu’à
ceux de Rome. La plus grande partie de cette documentation reste introuvable.
79 Les écrits de Neumann ont presque tous trait aux Indiens Tarahumars et à l’activité des
missionnaires qui les évangélisaient. Ce correspondant infatigable, poussé par la fidélité
envers ses amis, envoyait régulièrement des nouvelles de son apostolat. Ces lettres
constituent de longs récits où éclatent les dons du conteur. Pour nous, elles forment une
source inestimable sur l’histoire des Tarahumars. Elles montrent aussi le souci
d’information qui animait le missionnaire. Son livre se présente donc comme
l’épanouissement normal d’une longue enquête.
80 Dans sa « dédicace », l’auteur divise ses sources en deux catégories : « ... ce que j’ai vu de
mes propres yeux ou ce que d’autres missionnaires m’ont envoyé par écrit »89. Le récit
repose donc à la fois sur des souvenirs personnels (information directe) et sur des
témoignages écrits des contemporains (information indirecte). Dans les notes qui
illustrent cette édition du livre de Neumann, nous nous sommes efforcés de préciser
toutes les sources auxquelles l’auteur se réfère. L’énumération des lettres de
missionnaires utilisées et que nous avons retrouvées serait trop longue pour être insérée
ici. Le livre fourmille également d’allusions à la correspondance entretenue avec des
militaires, notamment avec le Général Retana. Neumann emprunte encore des
informations aux lettres échangées en 1713 entre le P. Hostinsky et le colonel Juan José
Mazzoni, alors Visiteur de Presidios. Un coup d’oeil rapide aux notes de la présente
édition suffira à montrer la richesse de ce type de documentation.
81 A côté de cette double source d’information, Neumann mentionne encore les documents
officiels90. Il dut avoir facilement accès à de nombreux actes conservés dans les postes de
mission ou auprès des autorités civiles et militaires de la Nouvelle Riscaye. Il énumère
divers documents précis : les actes d’un procès de 1684 contre des indiens rebelles 91 ; les
aveux d’indiens capturés lors des soulèvements de 1690 et 169792. Ailleurs il relève les
remaniements introduits par le Gouverneur Pardiñas dans les actes officiels de la
campagne de 169093. Il se réfère abondamment au « Juicio de Residencia » c’est-à-dire au
tribunal qui jugea le gouverneur Gabriel del Castillo et ses adjoints94 Et ce n’est pas sans
une pointe d’humour que Neumann souligne le verbiage des documents officiels
espagnols95.
82 L’ouvrage est donc solidement documenté. Nous avons eu le bonheur de retrouver aux
Archives de Séville les actes des soulèvements indigènes de 1690 et de 1697. Ces
documents, inconnus jusqu’à présent, offrent un intérêt d’autant plus grand que c’est
précisément sur ces deux périodes que Neumann s’arrête davantage. La comparaison de
42

l’opuscule de Neumann avec les actes officiels fait tout d’abord apparaître un parallélisme
garant de la vérité historique. Nous avons là une confirmation exceptionnelle de la valeur
du témoignage de notre auteur. Mais au delà de ce parallélisme, il y a des divergences de
points de vue encore plus intéressantes. Si notre auteur eut accès aux documents officiels,
il sut garder son indépendance de jugement et marquer son œuvre de sa personnalité
propre.
83 Malgré la solidité de sa documentation, Neumann n’échappa point à certains travers de
son époque. On retrouve chez lui ce contraste, pour nous si étrange, entre une rigueur
historique très poussée et une crédulité désarmante. Toute une série de phénomènes
naturels reçoivent des interprétations fantaisistes de caractère surnaturel. Très
facilement, il perçoit l’action des esprits, bons ou mauvais. Chaque révolte est annoncée
par une suite de présages auxquels il croit — et ses contemporains avec lui — dur comme
fer. Ce sont des comètes, ou mieux encore, des mouvements aberrants du soleil, des
cloches qui s’ébranlent toutes seules, des géants qui apparaissent et disparaissent. Inutile
d’ajouter que le pouvoir maléfique des sorciers ne fait pour lui aucun doute. Cette
crédulité, que l’on trouve chez un Kino, chez un Ratkay et bien d’autres, ne diminue
pourtant pas la valeur de son témoignage. Les faits historiques sont présentés sous un
autre jour ; cette interprétation reflète, comme dans un miroir, la mentalité d’une
époque.

4. — Le sujet du livre de Neumann

84 Le long titre de l’ouvrage, que nous avons donné ailleurs96, en marque les lignes de faîte.
Pour raconter un siècle d’histoire de la Tarahumara (1626-1724), Neumann devait choisir
une orientation générale pour son exposé. Il évita ainsi de se perdre parmi les
innombrables méandres d’une époque, d’un milieu géographique, d’un monde
d’institutions peu connu de ses lecteurs.
85 On voudrait savoir pourquoi il préféra centrer son récit sur les révoltes des indigènes,
plutôt que sur autre chose, telle que l’oeuvre missionnaire des jésuites, les problèmes
économiques et sociaux, l’interpénétration culturelle hispano-indigène ou l’ethnologie
des Tarahumars. Toute réponse est évidemment hypothétique. Voici cependant quelques
éléments de solution valables. Les révoltes des Tarahumars ne constituaient pas un
événement exceptionnel ; il y avait alors une atmosphère constante de rébellion qui
prédomina durant de longues années. Cette situation n’était pas le seul fait des
Tarahumars, mais on la rencontrait encore dans toutes les ethnies voisines : les Pimas, les
Conchos, les Janos, les Jócomes, les Tobosos, les Chinarras, etc. De plus, comme Neumann
le souligne, les opposants au régime espagnol n’étaient point isolés, mais agissaient
toujours en groupes confédérés. Il s’agissait donc d’un problème-clef, de l’affrontement
de deux mondes, dont les répercussions se faisaient sentir dans toute la vie de la région.
Les missionnaires, les Espagnols, les Indiens mêmes en souffraient les conséquences.
L’économie de la région, la colonisation aussi bien que l’évangélisation, tout était
bousculé lorsqu’une révolte éclatait. Traiter un problème pareil, c’était donc aborder un
sujet essentiel qui amènerait nécessairement à éclairer tous les autres. Certaines
faiblesses du livre de Neumann s’expliquent, semble-t-il, du fait qu’il écrit aussi dans un
but d’édification.
86 Les missions de la Tarahumara s’étendaient alors sur le territoire occupé aujourd’hui par
l’Etat de Chihuahua et les régions limitrophes des Etats de Sonora, de Sinaloa et de
43

Durango. Nous avons dit que cette étendue dépendait, à l’époque, de la province
administrative de la Nouvelle Biscaye et qu’au point de vue ecclésiastique, elle était
divisée en trois secteurs97.
87 L’évangélisation des Tarahumars commença en deux points : au nord de Durango
en 1607-1608 et du côté de Chínipas vers 1620. La première révolte des Tarahumars eut
lieu à Chinipas en 1632 ; elle aboutit au massacre de deux missionnaires, le portugais
Manuel Martins et l’italien Giulio Pasquale. Le second soulèvement débuta en 1648 au sud
de la ville de Chihuahua et se prolongea jusqu’en 1652 ; durant cette période, deux
jésuites furent assassinés à Papigochi, le belge Corneille Beudin en 1650 et l’italien
Giàcomo Antonio Basile en 1652. Après ces troubles, les missions de la Tarahumara
Supérieure furent suspendues jusqu’en 1675. Lorsque l’évangélisation reprit, elle
bénéficia d’une quinzaine d’années de calme. La troisième rébellion, beaucoup plus
généralisée, fit de nouveau deux victimes ; c’étaient les espagnols Manuel Sánchez et
Diego Ortíz Foronda. Les six années d’accalmie qui suivirent n’apportèrent pas encore de
vraies solutions au problème. Le feu couvait toujours sous la cendre. Un nouveau
soulèvement le montra en 1697 ; trois ans plus tard, les Tarahumars se révoltèrent à
nouveau. Ces deux dernières rébellions, tout aussi acharnées que la précédante, ne firent
cependant aucune victime parmi les missionnaires. La suite des années du XVIII e siècle
dont Neumann fait le récit, ne présente plus de véritable soulèvement ; tout au plus y eut-
il, ici et là, des remous de mécontentement.
88 Dans son histoire, Neumann résume très succinctement les deux premiers soulèvements
(chap. I). Les trois suivants, qu’il a vécus personnellement, sont développés beaucoup plus
amplement. Il s’arrête surtout aux troubles des années 1690 et 1697 (chap. III et IV), après
avoir consacré quelques pages à la période de 1675 à 1689 (chap. II). Il décrit enfin le
premier quart du XVIIIe siècle (chap. V).

5. — Première cause des révoltes : l’opposition au joug espagnol

89 Notre historien ne s’est pas contenté de la simple narration des faits. Il s’est aussi penché
sur les causes des événements qu’il narre et a tenté de leur trouver une explication. Sans
doute se rend-il compte de la complexité de la situation, où intérêts légitimes et passions
inavouées se mêlaient intimement.
90 Neumann, se trouvant devant le problème des rapports entre un peuple colonisateur et
un peuple colonisé, n’aborde pas la question de la légitimité de la colonisation. Il constate
cette situation et l’accepte sans plus. Il distingue cependant entre ceux qui, dans cette
entreprise, sont poussés par le désir du bien universel et ceux qui se laissent guider par
leurs passions personnelles. C’est ainsi qu’il loue l’attitude, noble et chrétienne, des
souverains espagnols et qu’il applaudit à la sagesse des « Leyes de Indias ». Il reconnaît
également que, parmi les colons, un certain nombre respectent la justice et sont au-
dessus des reproches98.
91 Cependant, Neumann est aussi capable de critiquer nettement les excès des blancs. Il
estime d’ailleurs que l’attitude inhumaine de certains européens constitue la première
cause des révoltes. Et Neumann énumère les corvées imposées par les colons : récolte du
bois, travaux de construction et surtout de culture. Les corvées les plus rudes étaient
imposées par les exploitants de mines. Les commerçants pour leur part, profitaient aussi
de la naïveté des indiens. Les militaires qui avaient pour mission de défendre les
indigènes contre l’exploitation, se faisaient complices de leurs frères de race pour
44

occuper les terres des indiens ou les punir trop brutalement. Les autorités civiles étaient
également de connivence, du moins dans certaines circonstances99. On comprend que
cette situation ait engendré un esprit de mécontentement pouvant aller jusqu’à la
révolte. L’Indien, en effet, constatait les mauvais exemples donnés par les Espagnols, en
contradiction avec la vie exemplaire qu’on exigeait de lui. Cependant, Neumann ne
caractérise pas l’attitude des indiens comme étant uniquement anti-espagnole. D’autres
causes encore expliquaient l’opposition des indigènes.

6. — Deuxième cause des révoltes : l’attitude hostile aux


missionnaires

92 Un second chef de mécontentement provenait de la tactique même employée par les


missionnaires dans leur évangélisation. Nous avons dit que ceux-ci avaient entrepris de
rassembler les Indiens dans des villages, appelés « réductions ». Telle leur semblait la
condition fondamentale pour christianiser et civiliser l’indigène. Aussi longtemps que
celui-ci continuerait à vivre éparpillé dans les montagnes et dans les cavernes, il
persisterait dans son état « de sauvage et de païen ». Sauvage parce que, éloigné des
européens, il ne pourrait acquérir les mœurs civilisés, ni améliorer les conditions
matérielles de vie, ni jouir de la protection des « Leyes de Indias ». Païen parce qu’il était
impossible au missionnaire de rechercher les indiens un à un, de les convertir, de leur
administrer les sacrements, de les éduquer dans la dispersion totale.
93 Les Tarahumars se montrèrent toujours hostiles, dans leur ensemble, à vivre en villages.
Il est vrai que, durant le XVIIe siècle, ces rassemblements de la population se faisaient
tout à la fois par la persuasion et par la force. En outre, la stabilisation et le regroupement
des Tarahumars étaient en opposition avec leur mode de vie traditionnel. L’émiettement
de cette éthnie en constituait une des caractéristiques fondamentales ; durant des siècles,
ce point restera une des difficultés majeures pour l’évangélisation.
94 Une des premières causes de cette situation doit être recherchée dans les conditions du
milieu bio-géographique. La Sierra Madre occidentale, occupée par les Tarahumars, se
compose d’une suite de chaînes de montagnes où les vallées sont fort peu nombreuses.
Aussi la pauvreté des ressources oblige-t-elle les habitants à la dispersion et au
nomadisme saisonnier. La constitution d’agglomérations importantes est beaucoup plus
difficile ici que dans les missions voisines de Sinaloa ou du sud de Sonora.
95 Une autre raison de l’opposition à la politique des missionnaires vient tout simplement du
changement de vie que l’installation dans les villages imposait. Les vices traditionnels des
indigènes : l’ivrognerie, la polygamie et le libertinage complet, étaient, évidemment,
sévèrement défendus par les jésuites. Les Tarahumars ressentaient également une
diminution de leur liberté dans le fait que, une fois installés dans les villages, ils étaient
l’objet d’inspections régulières de la part des autorités espagnoles100.
96 On peut se demander si la réserve manifestée par les Tarahumars envers les villages ne
provient pas d’un manque de sociabilité. L’absence de documentation vraiment ancienne
et de source autochtone empêche de trancher définitivement la question. On peut
cependant remarquer que les relations des missionnaires de l’époque comme les
observations faites de nos jours relèvent, chez les Tarahumars, un je ne sais quoi de plus
discret et de plus réservé dans toutes les manifestations de la vie sociale, qu’il s’agisse des
relations entre l’homme et la femme, entre le père et le fils, ou simplement entre deux
45

indigènes quelconques. Il ne faudrait cependant pas surestimer cet élément, car d’autres
témoignages anciens et contemporains parlent de manifestations sociales tout à fait
ordinaires.
97 L’opposition au missionnaire et notamment à son action civilisatrice fut réelle. Elle ne fut
cependant pas universelle et totale. Nombre de villages se conservèrent après leur
fondation. Il suffit de lire aujourd’hui une carte géographique de la région pour constater,
d’après la toponymie locale, que la plupart des agglomérations encore vivantes furent
fondées par les missionnaires ou par les Espagnols.
98 Après le soulèvement de 1700-1701, les missionnaires comprirent que les Indiens,
considérés par eux comme des rebelles et des fugitifs, désiraient seulement demeurer
dans leurs montagnes. On décida alors de ne plus les contraindre à se réunir dans les
villages ; on se contenta dans la suite de s’efforcer de les attirer par la persuasion 101. Aussi
ce soulèvement fut-il le dernier. A partir de cette date, plus aucune action ne fut
entreprise contre les Indiens et la paix s’installa dans la région.
99 Si l’on veut résumer les deux premières causes données par Neumann, il faut parler de
l’affrontement de deux mondes. Le fait que le contact entre les Indiens et les Européens
ait été rude dès l’abord, avait provoqué chez les Tarahumars une réaction d’auto-défense.
Devant l’exploitation des colons étrangers, les répressions brutales des militaires, les
initiatives sociales des missionnaires, les indigènes avaient cru devoir défendre leur
liberté et leur mode de vie traditionnel. Le même phénomène s’était produit un ou deux
siècles plus tôt lors de la conquête de Mexico ; il se reproduisit encore plus tard au nord
du Mexique, au fur et à mesure que la colonisation espagnole progressait.

7. — Troisième cause des révoltes : l’action des sorciers

100 Neumann insiste en outre sur une troisième cause, l’influence des sorciers, connus sous le
nom de « sukurúame ». En réalité, il ne semble pas que des motifs d’ordre directement
religieux soient ici en cause. Les sorciers jouèrent plutôt le rôle de catalyseur. Ce sont eux
qui prirent conscience du péril que constituait l’action des Espagnols et des
missionnaires. Ils furent dès lors les animateurs de la rébellion.
101 Voici quelques cas rapportés par Neumann, où l’on remarque le dénigrement
systématique de l’œuvre des blancs. Lors du soulèvement de 1690, les sorciers firent
croire que, grâce à leur puissance surnaturelle, les armes des Espagnols ne feraient pas
feu et qu’en conséquence les Tarahumars n’avaient rien à craindre. De plus, ajoutaient les
sorciers, s’ils succombaient, ils ressuciteraient le troisième jour102. Ailleurs, les sorciers
déployaient mille artifices pour impressionner les Indiens et les amener à la révolte soit
par peur de représailles soit en imposant leur autorité103. Ils conseillaient aux indigènes
« d’abandonner leurs villages, de s’éloigner des cloches dont le son attirait les maladies.
Ils leur disaient aussi que le baptême contaminait les enfants, que les missionnaires
étaient les sorciers et magiciens des Espagnols, et qu’en conséquence ils devaient se
méfier d’eux »104. Ils poussaient à la destruction des églises, à l’incendie des villages, au
meurtre ou à l’expulsion des missionnaires et des Espagnols105. En échange de ces méfaits,
les sorciers promettaient la protection des esprits et la liberté totale durant cette vie106.
102 Ces quelques extraits montrent l’importance que Neumann attribuait aux sorciers dans
les soulèvements indigènes. Il est clair que le terrain était psychologiquement préparé à
leur action. L’Indien voulait se libérer de la mainmise espagnole et reprendre son
46

ancienne liberté vis-à-vis de l’action missionnaire. Ces deux motifs sont le plus souvent
allégués parles sorciers. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’aucun texte n’affirme que
l’indien qui se convertissait au christianisme trahissait ses convictions religieuses
traditionnelles. En fait, pour l’indien, ses propres croyances et le christianisme se
situaient sur des plans différents pouvant coexister harmonieusement. C’est donc
vraisemblablement la haine contre l’Espagnol et le missionnaire qui explique les
soulèvements avec leurs scènes de violence, destructions des postes, meurtres des
missionnaires et moqueries des cérémonies religieuses.

8. — Etendue de la révolte

103 Le tableau que nous venons d’esquisser, risque de faire croire que l’hostilité des Indiens
envers les Espagnols et les missionnaires était tout à fait générale. La réalité est autre et
Neumann, dans son récit, ne se fait pas faute de le noter. De même qu’il distingue
l’attitude des Espagnols honnêtes de celle des exploiteurs, ainsi que les réactions des
différents missionnaires107, il nuance aussi son jugement sur les Indiens. Il parle sans
doute de Tarahumars ouvertement hostiles, criminels et apostats, mais il fait ailleurs
l’éloge des Indiens fidèles à la foi chrétienne et au gouvernement espagnol.
104 C’est ainsi, par exemple, qu’il conclut sonrécit du soulèvement de 1697,par les mots
suivants : « C’est un fait que pas même la moitié du peuple tarahumar ne prit les armes
contre nous et contre les Espagnols, ou abandonna la foi ; et malgré de nombreuses
sollicitations, jamais ils ne suivirent les factieux. Cela montre que la foi reçue dans le
baptême s’était bien enracinée dans l’âme d’un grand nombre de Tarahumars. Grâce à
leur industrie, à l’amour pour les églises qu’ils avaient bâties, au respect dû à leurs
missionnaires, vingt-quatre villages et même plus furent épargnés dans les incendies des
insurgés »108. Un peu plus loin, Neumann dit encore : « Nous ne manquons pas d’églises,
où l’on célèbre le Saint Sacrifice, ni de maisons assez confortables, où se rendent nos
Pères désireux de travail et de randonnées apostoliques. Les Indiens eux-mêmes,
spontanément et sans contrainte de personne, les ont bâties, montrant par là quelles
dispositions d’âme ils ont envers nous, et avec quel intérêt ils veulent conserver la paix
qui leur fut offerte »109. Nous avons essayé de préciser ailleurs le nombre des villages qui
avaient pris part aux différents soulèvements et celui des villages demeurés fidèles 110.

9. — Stratégie indigène

105 Avant d’aborder le récit de Neumann, le lecteur aimera peut-être prendre une vue rapide
des conditions de la lutte entre les Tarahumars et les Espagnols. Il est très difficile de
déterminer les effectifs exacts engagés du côté des Indiens. Les documents livrent
cependant quelques estimations approximatives. Les rebelles ne se réunissaient presque
jamais à plus de mille. Une fois seulement, on nous dit que leur nombre atteignait deux
mille. En général, leur tactique les poussait à entreprendre des « guerrillas », attaquant
plus ou moins simultanément divers endroits par groupes de cent à cinq cents. Ces
ensembles n’étaient pas commandés par un « général », mais par de petits chefs qui
prenaient la direction des opérations, soit en raison de leur valeur, de leurs exploits ou de
leur éloquence, soit encore à la suite d’un consentement tacite des indigènes. Parmi les
chefs les plus notables, on peut citer Cobamea, Corosia, Puzilego, Nicolás le borgne,
Ignaciote, etc.
47

106 La convocation à la révolte se faisait au moyen de messagers qui passaient de groupe en


groupe pour communiquer les plans d’attaque. Ceux-ci emportaient soit une flèche de
leur ethnie qu’ils échangeaient contre une autre flèche en signe d’acceptation — chaque
peuplade possédait son type particulier de flèche —, soit de petits morceaux de bois
entaillés où un nouveau trait indiquait l’accord des divers alliés111.
107 Pour se renseigner sur la situation des Espagnols, les rebelles disposaient de tout un
réseau d’espionnage, établi à force de patience, de ruse et grâce à des complicités. Leurs
indicateurs cohabitaient parfois avec les Indiens fidèles et les Espagnols, se faisant passer
pour des Indiens loyaux. Ou bien encore, ils se rendaient dans les villages, manifestaient
hypocritement leur repentir, puis une fois renseignés, reprenaient la fuite. Enfin, les
rebelles comptaient sur la solidarité indigène.
108 Au jour fixé, les rebelles se réunissaient pour débattre de la stratégie à suivre et des
endroits à attaquer. Leurs interventions avaient généralement lieu au point du jour. En
excellents connaisseurs du terrain, ils savaient s’approcher sans éveiller le moindre
soupçon et profiter à fond de l’effet de surprise. Mais parfois ils étaient tellements sûrs
d’eux-mêmes qu’ils attaquaient à n’importe quelle heure du jour.
109 Leurs armes étaient fort simples, mais terriblement efficaces : l’arc (ataka en Tarahumar)
et la flèche (cogira) empoisonnée et presque toujours mortelle. A ce propos, Neumann
nous dit : « Le poison avec lequel les indiens enduisent leurs flèches est si dangereux, que
la moindre lésion dans n’importe quelle partie du corps devient mortelle dans l’espace de
quatre heures, le poison gagnant tout l’organisme, à moins qu’on n’applique aussitôt sur
la plaie une herbe ou sa racine, connue dans ces régions »112. Dans leurs carquois, ils
disposaient d’un stock suffisant de flèches récemment empoisonnées. De plus, ils
constituaient des réserves à proximité des points d’attaque, en des lieux sûrs. Certains
indigènes, en outre, n’avaient d’autre tâche que de fabriquer ces armes. La vitesse à
laquelle les Indiens débitaient leurs flèches dépassait de loin celle des Espagnols pour
charger leurs escopettes. D’autre part, les Tarahumars visaient juste, habitués qu’ils
étaient depuis leur enfance à ces tirs. On nous dit en effet que, dès l’âge de six ou sept ans,
les petits indigènes s’exerçaient à abattre les oiseaux avec leurs flèches.
110 A côté de l’arc et de la flèche, on mentionne aussi comme armes l’épieu, la lance et la
massue de pierre montée sur un manche de bois. En réalité, ces armes se faisaient de plus
en plus rares et n’étaient utilisées que lors des combats corps à corps. Ce sont celles qui
servirent au meurtre des missionnaires, de quelques colons et de certains serviteurs
indigènes des missions.
111 Les forteresses naturelles jouaient un grand rôle dans la stratégie indigène. Le Tarahumar
connaissait parfaitement son pays et savait quels sommets montagneux étaient vraiment
inexpugnables. Dans la plupart des cas, l’Espagnol s’avouait impuissant devant ces
redoutes, où les rebelles pouvaient résister pendant des mois, grâce à leurs
approvisionnements en maïs et en flèches. Lorsque le soldat blanc tentait d’escalader les
parois rocheuses, le Tarahumar avait beau jeu : une pluie de flèches et de roches coupait
tout espoir à l’ennemi. Il est frappant de voir l’audace et l’assurance avec lesquelles
l’Indien, malgré les moyens rudimentaires mis à sa disposition, résistait aux armes plus
puissantes de l’Espagnol.
48

10. — Stratégie espagnole

112 Les renseignements sur l’organisation militaire des blancs sont beaucoup plus complets.
Ici une remarque s’impose dès l’abord. Le rebelle indien n’avait aucun Espagnol allié dans
sa révolte. Au contraire, l’Espagnol disposait, en plus de ses propres effectifs, d’alliés
indigènes. Cette simple remarque est, croyons-nous, assez significative.
113 Lorsque le soulèvement de 1690 éclata, le Gouverneur Pardiñas décida l’envoi dans la
Tarahumara des effectifs militaires dispersés dans un grand nombre de postes. Nous
savons avec précision qu’il mit aux ordres du Général Retana 158 soldats espagnols.
Quelque deux cents indiens alliés renforçaient la troupe113.
114 Les auxiliaires indigènes disposaient évidemment des mêmes armes que les rebelles. Par
contre, l’équipement militaire des Espagnols était beaucoup plus complet. Le vêtement en
cuir servait de défense contre les flèches, car à l’époque l’armure n’était plus en usage. Le
cavalier possédait une espingole ou une escopette, une lance et un bouclier en cuir. Son
manteau avait parfois jusqu’à onze doublures de cuir. Il avait en plus un casque, voire un
masque. Les chevaux étaient également protégés contre les flèches, soit sur le poitrail,
soit sur tout le corps. Le fantassin portait un fusil à plus longue portée, avec une
baïonnette qui remplaçait la lance. Une épée, un bouclier et une casaque de cuir
complétaient son équipement114.
115 La stratégie espagnole consistait avant tout en de nombreuses randonnées d’inspection.
Dans chaque village, ils demandaient des comptes au gouverneur autochtone et aux
autres indiens, et tâchaient de déterminer si des Tarahumars avaient pris la fuite. D’après
les indications reçues, ils se dirigeaient ça et là, interrogeant chaque suspect. Des aveux
donnaient parfois une piste définitive. Les éclaireurs indigènes précédaient alors
généralement le soldat espagnol. Une fois les renseignements rassemblés, la troupe
s’engageait à la poursuite des rebelles. Evidemment les combats variaient suivant la
configuration des terrains ; on observe cependant une tactique générale.
116 Lorsque le contact avec les rebelles avait été établi, la première démarche était d’attirer
les fugitifs par de petits cadeaux et la promesse du pardon. Si ceux-ci refusaient, l’attaque
était décidée. Comme nous l’avons dit, la stratégie indigène était à base de guerrillas,
aussi, craignant la dispersion, les Espagnols restaient-ils parfois cantonnés dans un
endroit, tandis que les indigènes attaquaient ailleurs. C’est dire que les accrochages
n’étaient pas si fréquents. Mais une fois qu’ils avaient lieu, on s’acharnait de part et
d’autre. Ce fut le cas pour les combats de Cérocahui, de Sisoguichi, de Papigochi, etc.
117 Très souvent, au cours de la poursuite des rebelles, les Espagnols se voyaient contraints
de les attaquer aux sommets des montagnes. C’était alors presque toujours l’échec du
blanc. Celui-ci était bon soldat lorsqu’il montait son cheval ; mais une fois qu’il lui fallait
avancer à pied et surtout gravir des montagnes, il devenait fort inférieur à l’Indien.
D’autre part, comme ces forteresses naturelles étaient pratiquement inexpugnables, le
siège en était impossible. Aussi, dans ces cas, les Espagnols se contentaientils de tenir les
Indiens quelque peu en haleine, puis rétrogradaient finalement.
118 Mais les blancs disposaient encore d’une arme terriblement efficace : la destruction des
moissons. L’Indien, sans maïs, s’avouait vaincu. Un autre type de représailles touchait
aussi très fortement les Tarahumars ; la prise des femmes et des enfants comme otages.
49

119 Notons enfin que lorsque les militaires réussissaient à capturer des rebelles, ils
instruisaient des procès contre eux. Si les Indiens avouaient s’être rendus coupables de
meurtres, d’incendies ou d’autres crimes, ils étaient exécutés et leur tête coupée formait
un avertissement sévère pour leurs frères de race.

11. — Notre édition

120 Ajoutons pour terminer quelques précisions sur l’édition que nous présentons. A notre
connaissance, l’ouvrage de Neumann n’a jamais été réédité. Jamais non plus, il n’a été
l’objet d’une traduction française.
121 La transcription du texte est aussi fidèle que possible. Il n’y a que la ponctuation que, tout
en la respectant généralement, nous avons ici et là quelque peu modifiée. La distribution
du texte en paragraphes et la numération de ceux-ci est nôtre. Elle est basée sur l’analyse
du contenu du texte. Nous avons ajouté en tête de chaque chapitre un résumé de la
matière traitée ; la division fondamentale du livre en cinq chapitres est l’œuvre de
Neumann et a été scrupuleusement conservée. Tout au plus, avons-nous modifié dans la
traduction française quelques titres de chapitre qui n’exprimaient pas bien le contenu de
ceux-ci ; la traduction littérale du titre donné par Neumann se trouve en note.
122 Nous nous sommes efforcés de donner une traduction française aussi fidèle que possible à
l’original, mais qui respecte également la physionomie du français. Aussi avons-nous
coupé les longues phrases latines, tout en essayant de conserver quelque chose de l’allure
du texte original. Un des aspects les plus délicats de notre traduction fut de préciser
certains termes techniques latins. Sans le recours à d’autres documents contemporains,
ce travail aurait été presque impossible. Neumann, bien souvent, adaptait des mots
classiques à des réalités similaires de la vie locale. Ainsi par exemple lorsqu’il écrit « dux »
et « centurio », nous ne pouvions traduire tout simplement « chef » et « centurion ». Il
fallait préciser de quel type de chef militaire il s’agissait, et de quel corps d’armée, car la
centurie n’existait pas dans l’organisation militaire de l’époque.
123 Dans le texte français, nous avons adopté, pour la toponymie, la transcription non point
phonétique, mais celle qui est la plus courante dans la cartographie mexicaine actuelle.
On trouvera donc les noms indigènes hispanisés, qui diffèrent parfois beaucoup des
termes autochtones. C’est ainsi que nous écrivons « Cerocahui » et non « selógači »,
« Cusihuiríachi » au lieu de « kusí wiríači », etc. Dans la carte qui accompagne cet
ouvrage, nous avons localisé tous les noms de lieu mentionnés par Neumann, sans
pourtant nous limiter à ceux-ci. Cette carte a été dressée d’après les publications
photogrammétriques les plus récentes. Nous y avons distingué les villages indigènes, les
villages espagnols, les centres miniers et les garnisons militaires.
124 Le commentaire, que nous avons mis en note, comporte trois types d’explication. Il y a,
tout d’abord, l’identification des personnes complétée par quelques renseignements
biographiques. Nous pensons avoir pu déterminer tous les noms cités dans le texte. Par
ailleurs, nous illustrons le récit de Neumann, parfois trop synthétique, par d’autres
documents contemporains. Enfin, nous corrigeons certaines erreurs historiques ou nous
confrontons le point de vue de Neumann avec des opinions différentes de la sienne.
50

NOTES
1. Voir MALINSKY, 1731, p. 41.
2. Le P. Balthasar Rauch, allemand, vers 1683, entra dans la Compagnie en 1704. Le 22 lévrier 1716
il prononça ses vœux de coadjuteur spirituel. Nous le trouvons comme missionnaire de la
Tarahumara dès 1720, à Sisoguichi, et dès 1727 à Santa Teresa de Guazapares. Il mourut dans ces
missions le 20 janvier 1735 [cf. Mex. 6, ff. 311, 361 ; Mex. 7, ff. 22v, 127 ; Mex. 8, f. 341v ; WBS, 742,
p. 11].
3. Voir MALINSKY, 1734, pp. 68-69.
4. Cf. NEUMANN 1678 a ; Mex. 8, f. 323.
5. Cf. Boh. 16, f. 335v.
6. Voir infra, pp. 32-33.
7. NEUMANN 1678 a.
8. Boh. 16, f. 336.
9. Voir PIRENNE, vol IV, p. 283.
10. Cf. CAPELLI, 1960, pp. 531-533.
11. PIRENNE, vol. IV, pp. 283-285.
12. Cf. SCHMIDL, tome IV, pp. 524-525, 603-606, 654-657, 691-692, 639-643, 706-707, 719-722,
788-790, 810-811 etc.
13. Voir NEUMANN 1678 a ; PIRENNE, vol. V, pp. 11, 77.
14. CAPELLI, 1960 : p. 532 //14 Cf. MAYER-KAINDL-PIRCHEGGER, 1960 : vol. II, p. 187.
15. Boh. 19, f. 150 ; Boh. 92, f. 87v ; FG, vol. XXV, n 291.
16. SOMMERVOGEL, V, cols. 1652-1653.
17. NEUMANN, infra pp. 6-7, 32-33.
18. Voir note 8
19. Boh. 16, ff. 330, 331v, 335rv ; Boh. 90, f. 263.
20. KROESS, 1910 : tome I : p. v.
21. Boh. 16, ff. 334-336.
22. Boh. 90, f. 282.
23. Boh. 90, f. 301.
24. Boh. 17, f. 78 ; Boh. 90, ff. 323v, 342.
25. Boh. 17, f. 168v.
26. Ibid., t. 370v.
27. Ibid., f. 452.
28. Boh. 18, f. 111 ; Boh. 90, ff. 359, 372v, 389.
29. Boh. 90, f. 368a ; NEUMANN 1678 a.
30. DE BOYE, 1678 b.
31. Boh. 18, ff. 416v, 417rv, 421V-422 ; Boh. 90, f. 416v.
32. NEUMANN, 1678 a.
33. Voir note 30.
34. NEUMANN, 1678 a.
35. Le P. Mathias Tanner était Provincial de Bohême dès le 23 avril 1676. L annee précédente il
avait publié à Prague son fameux ouvrage qui le rendit célèbre. Nous donnons le titre dans la
Bibiliographie.
36. Boh. 4, f. 134v.
51

37. Boh. 4, f. 134V.


38. NEUMANN, 1678 b ; DE BOYE 1678 a.
39. DE BOYE, 1678 a.
40. DE BOYE, 1678 a.
41. Voir infra, pp. 6-7.
42. Pour la description détaillée du séjour à Gênes et du voyage jusqu’à Séville,on peut consulter
le « Diarium itineris » du P. Kino, 12 juin à 27 juillet 1678. Il se trouve dans BAHSAM, Jesuit. 293-294.
43. Cf. GERSTL, 1678-1681.
44. Cf. RATKAY, 1680. Ce rapport décrit aussi toutes les péripéties du naufrage à Cadix, et du
voyage jusqu’à Mexico.
45. Cf. RATKAY, 1680. Ce rapport décrit aussi toutes les péripéties du naufrage à Cadix, et du
voyage jusqu’à Mexico.
46. Mex. 3, ff. 164rv, 169v.
47. Ibid., fl. 149rv, 163v.
48. RATKAY, 1681 ; NEUMANN, 1681. Ces deux rapports nous présentent les impressions des deux
missionnaires au cours de leur voyage de Mexico jusqu’à la Tarahumara Ratkay écrit en
allemand, Neumann en latin.
49. Mex. 3 : ff. 164rv, 184rv.
50. Voir NEUMANN, 1682, pp. 1, 2, 3, 5-6.
51. Voir NEUMANN, 1682, pp. 1, 2, 3, 5-6.
52. Voir NEUMANN, 1682, pp. 1, 2, 3, 5-6.
53. Voir NEUMANN, 1682, pp. 1, 2, 3, 5-6.
54. Ibid., p. 3 ; FERNANDEZ DE ABEE, 1744, f. 2v.
55. “NEUMANN, 1682, pp. 2-3 ; voir aussi infra, pp. 132-133, note 183.
56. Voir infra, note 4 ; NEUMANN, 1690 : ff. 311-312.
57. Infra, note 5.
58. NEUMANN, 1682, pp. 2-3.
59. Infra, pp. 24-25, note 12 ; pp. 142-149, 158-159, note 57.
60. GUENDULAIN, 1725, pp. 22-33 ; NEUMANN, 1690, f. 311 ; infra, pp. 130-135.
61. NEUMANN, 1681, f. 37 ; NEUMANN, 1693 c, ff. 1, 3 ; infra, pp. 50-55,114s.
62. NEUMANN, 1682, p. 3 ; id. 1690, f, 311v ; id. 1693, fl. 1v-2 ; infra, pp. 132-133. notes 183-184 ;
pp. 136-139, notes 7-8.
63. Infra, pp. 24-25, note 8 ; pp. 166-167, note 77.
64. NEUMANN, 1707, pp. 25-26.
65. Infra, pp. 24-25, notes 9-11, pp. 32-33, notes 37-43, pp. 158-159, note 54 ; NEUMANN, 1693 c, f.
2rv.
66. NEUMANN, 1682, pp. 14-15.
67. NEUMANN, 1693 c, f. 1.
68. NEUMANN, 1684, fl. 54-57v.
69. FERNANDEZ DE ABEE, 1744, f. 4.
70. NEUMANN, 1686, f. 1.
71. “NEUMANN, 1693 c, f. 1v ; voir infra, pp. 32-33, note 41.
72. FERNANDEZ DE ABEE, 1744, ff. 5v, 7.
73. Infra, pp. 26-27, note 13 ; NEUMANN, 1686, f. 1.
74. Infra, pp. 126-127, note 169 ; NEUMANN, 1686, f. 2 ; id., 1693 c, f. 2.
75. GUENDULAIN, 1725, pp. 22-23.
76. Voici le titre complet du livre de Neumann : « Historia seditionum, quas adversus Societatis
Iesu Missionnarios eorumque Auxiliares moverunt Nationes Indicae, ac potissimum Tarahumara
52

in America Septentrionali, Regnoque Novae Cantabriae, jam toto ad Fidem Catholicam


propemodum redacto. Authore P. Josepho Neymanno ejusdem Societatis Iesu in Partibus
Tarahumarorum Missionario. Pragae, Typis Univers. Carolo-Ferd. Soc. Jesu ad S. Clem. 1730 ».
77. Le P. Franciscus Retz, né à Prague le 13 septembre 1673, fut admis dans la Compagnie de Jésus
le 15 octobre 1689. Il célébra sa profession religieuse le 2 février 1707. Docteur en Philosophie et
en Théologie, il enseigna ces matières pendant cinq ans. Il fut ensuite recteur, Provincial,
Assistant de Germanie, et enfin Général de la Compagnie [Boh. 48, p. 3].
78. “Voir infra, pp. 6-7.
79. Infra, pp. 2-3, note 5.
80. Infra, pp. 4-5.
81. BOLTON, 1936 p. 622.
82. DUNNE, 1948, p. 249, note 9 ; voir également l’Index.
83. SOMMERVOGEL, V, col. 1653.
84. STREIT, III, p. 84.
85. PELZEL, 1786, pp. 103-104.
86. HUONDER, 1899, p. 113.
87. DUNNE, 1940, p. 227.
88. MALINSKY, 1731, p. 41. Voici le texte allemand : « Ich habe hm mit dieser Gelegenheit zu wissen
gethan, dass sein Wercklein in Europa schonzudem Truck beförderet worden sege ».
89. Voir infra, pp. 6-7.
90. Pour le détail des documents officiels mentionnés par Neumann, voir les notes ci-après.
91. Voir infra, pp. 38-39, note 3.
92. Infra, pp. 46-47 et passim.
93. Infra, pp. 52-53, note 42.
94. Voir infra, pp. 128-129.
95. Infra, pp. 46-47.
96. Voir supra, note 1
97. Voir supra, dans cette Introduction, la p. XLIII.
98. Neumann parle, par exemple, de rapports amicaux entre Espagnols et Indiens [ infra,
pp. 10-13], du rôle bénéfique des militaires [pp. 130-131, etc.] tout en condamnant les répressions
brutales ou inopportunes etc.
99. Voir infra, pp. 38-39, note 8 ; pp. 116-119, 130-131.
100. Infra, pp. 54-55, note 49 ; pp. 58-59, note 3 ; pp. 118-119, note 155 ; pp. 146-147. note 22.
101. Infra, pp. 144-145.
102. Infra, pp. 42-43.
103. Infra, pp. 58-59.
104. Infra, pp. 60-61.
105. Infra, pp. 62-63.
106. Infra, pp. 58-59, 70-71.
107. Infra, pp. 136-139, note 1.
108. Infra, pp. 124-127.
109. Infra, pp. 142-145.
110. Infra, pp. 126-127, note 169.
111. Infra, pp. 66-67, note 22 ; pp. 14-15, note 13
112. Infra, pp. 90-91, note 85.
113. Infra, pp. 44-45, notes 20 et 21.
114. Infra, pp. 90-91, note 83.
53

Lettre du P. Joseph Neumann au R.


P. Provincial de Bohême
Joseph Neumann

Fac-similé de l’édition de 1730 (Bibliothèque de l'Université de Vienne)

1 Mon Révérend Père1,


2 J’envoie à Notre Très Révérend Père Général2 l’Histoire des soulèvements de cette nation
Tarahumare dans l’Amérique Septentrionale. J’en ai fait un récit succinct, afin que si bon
lui semble, il veuille bien le transmettre à votre Province.
54

3 Nommé et envoyé en 1678 par Notre Père Général Gian Paolo Oliva3 à cette Province
Mexicaine, j’arrivai aux missions de Tarabumara en 1680, voilà plus de 43 ans, et je
persévère ici de bon cœur. Ayant rempli en quatre occasions les fonctions de Supérieur
immédiat4, et occupant pour la troisième fois celles de Visiteur des missions5, je me suis
mis à rédiger cet opuscule à la demande de quelques Pères, et je le dédie aux Pères de la
Province de Bohême.
4 J’ai été, en effet, le premier membre de cette Province à venir ici, mais depuis lors
beaucoup d’autres ont suivi le même chemin6. Plusieurs, certes, sont déjà morts, à savoir :
les PP. Adam Gilg7, Maximilian Amarel8, Johannes Christoph Verdier9, Vaclav Eymer10,
Villem Illing11, et tout dernièrement, le 22 février, le P. Daniel Janusky12. Le P. Jiri
Hostinsky13 et moi, âgé de 76ans, nous sommes les seuls survivants ; et dans deux ans, s’il
plaît à Dieu, je célèbrerai mes noces d’or sacerdotales.
5 Si Notre Très Révérend Père Général croit utile la publication de ce petit livre, de sorte
que toute la Province, et même les autres Provinces d’Allemagne14 puissent le connaître,
Votre Révérence pourra sans difficulté le faire imprimer par les presses du collège de
Prague.
6 Je demande aux Pères de se souvenir de moi dans leurs saints sacrifices, et aux Frères
d’avoir une prière à mon intention.
7 Carichí, mission de la Tarahumara, le 15 avril 1724.
8 De Votre Révérence, le moindre serviteur en J. C.

EPISTOLA P. Josephi NEYMANN ad. Rev. P.


Provincialem Provinciae Bohemiae
9 Reverende in Christo Pater Provincialis Provinciae Bohemiae1 :
10 Mitto Admodum Reverendo Patri Nostro Generali2 Historiam Rebellionum nationis hujus
Tarahumaricae in hac America Septemtrionali, brevi opusculo comprehensam, ut si visum fuerit,
Provinciae Bohemiae communi[VI] cet.
11 Ex qua anno 1678 a Patre Nostro Generali Joanne Paulo Oliva 3 in hanc Provinciam Mexicanam
destinatus ac missus, anno 1680 ad missiones hujus nationis Tarahumarae perveni, in quibus jam
quadraginta tribus annis versatus ac lubens perseverans, quater Superioris immediati 4, ac jam
tertia vice Visitatoris missionum officio fungens5, ad petitionem quorumdam Patrum nostrorum
hoc opusculum scripsi, ac Patribus Provinciae Bohemiae dedico.
12 Ex qua primas huc adveni, pos-[VII] tea alii complures secuti 6 ; defunctis jam plerisque, nempe P.
Adamo Gilg7, P. Maximiliano Amarel8, P. Joanne Christophoro Verdier9, P. Wenceslao Eymer 10, P.
Guilielmo Illing11, et proxime 22 februarii P. Daniele Janusky12, solí superstites vivimus P. Georgias
Hostinsky13 et ego jam 76 aetatis annum agens. Duo mihi restant ut ad quinquaginta sacerdotii
pertingam ; si Divinae Bonitati ita placuerit.
13 Quodsi opusculum videretur typis dignum, ut toti Provinciae et aliis quoque Ger- [F///] maniae 14
communicari possit, ex Admodum Reverendi Patris nostri Generalis judicio, id Reverentia Vestra
facile in Typographia collegii Pragensis efficiet.
14 Me omnium Patrum sanctissimis sacrificiis ac Fratrum precibus humiliter commendo.
15 Caricziquii, in missione Tarahumarae, 15 aprilis 1724.
16 Reverentiae Vestrae minimus in Christo servus.
55

17 Josephus NEYMANN [IX].

NOTES
1. Le P. Franciscus Retz, Provincial du 4-XII-1718 au 21-1-1720, et du 18-VII-1723 au 9-VI-1725
[GOETSTOUWERS, 1950, col. 681],
2. Michel Angelo Tamburini, Général des Jésuites du 31 janvier 1706 au 28 février 1730 [ABZ, IV,
p. 14*].
3. Le P. Gian Paolo Oliva fut Général de la Compagnie de Jésus du 31 juillet 1664 au 26 novembre
1681 [ibid.].
4. Neumann lut supérieur de la Tarahumara en 1687-1690 [Mis. 26, f. 311 ; Patr. 236, ff. 57v, 149 ;
WELT-BOTT 52, p. 73], en 1693-1696 [ NEUMANN 1693 c, f. 1v]. Pour les deux autres périodes de trois
ans, où Neumann fut Supérieur de la Tarahumara, la documentation des Jésuites a des lacunes,
tant au Mexique qu’aux archives centrales de Rome. Mais par recoupement d’autres sources,
Neumann dut être Supérieur entre 1702 et 1705, et entre 1711 et 1717.
5. Voici les dates où Neumann fut Visiteur des Missions de la Tarahumara : 1696-1699 [Guad. 156,
ff. 12v, 14, 16v, 1017-1019], 1705-1708 [WBS, 66, pp. 223-224], 1723-1726 [Mex. 8, f. 341v].
6. Ce vœu de Neumann fut largement exaucé. Nous avons essayé d’établir la liste des
missionnaires « germaniques » qui suivirent le chemin du Mexique. De 1680 à 1767 nous trouvons
plus d’une centaine de missionnaires, dont 35 de la Province de Bohême [Tchécoslovaquie].
7. Adam Gilck (= Gilg), né à Rÿmarov, Moravie, le 20 décembre 1653, entra le 30 septembre 1670
chez les Jésuites et fit ses grands voeux le 19 mars 1686. En 1687 il passa au Mexique et s’occupa
surtout des Indiens Séris dans les missions de Sonora. Il y est encore en 1708. Missionnaire,
cartographe et écrivain, il nous laissa de précieux documents, dont certains sont encore inédits [
Mex. 6, ff. 18v, 65, 112v, 180v ; ABZ, IV, p. 155, note 22].
8. Maximilian Amarei, né à Prague en 1651, Jésuite en 1667, arriva vers 1686 au Nord du Mexique. Il
fut d’abord missionnaire à Sonora [à Teôpari et à Yécora], et en 1693 il passa aux Missions de
Sinaloa. Le 2 février 1685 il prononça ses grands voeux, et mourut à Tehueco le 9 juillet 1696 [Mex.
6, fî. 18, 64, 111v, 148 ; Patr. 236, fî. 82rv, 134, 266 ; FG, XXV, n° 216, 221, 235],
9. Le P. Verdier, Bohémien, né en 1662, Jésuite en 1680, arriva au Mexique en 1689. De 1690 à 1696
il fut missionnaire dans la Tarahumara à Carichi, Nonoaba et Papigochi, Nous le trouvons après
dans les missions de Sonora. Il dut mourir avant 1708 [Mex. 6. ff. 19v. 111 ; Mex. 8, ff. 330, 335v ;
Patr. 236, ff. 382, 449, 464v, 473V-474, 669v-670],
10. Pour le P. Eymer, voir infra, pp. 150-154, note 32.
11. Le P. Illing, de la Province de Bohême, né en 1648, fut reçu chez les Jésuites en 1664. Dès 1688 il
se consacre aux missions de Tarahumara à Cajurichi et Norogachi, et à partir de 1693 il passe aux
missions de Chínipas, parmi les Tarahumars de Loreto. Pendant les soulèvements de 1690 et
de 1697 il fut aumonier militaire. Il fit ses grands voeux le 15 août 1680, et mourut en 1712 [Mex.
6, ff. 16v, 64v, 112v, 179v ; Mex. 8, fl. 325, 330v, 335 ; Hist. Soc. 50, f. 91 ; Patr. 236, ff. 44, 57v-59,
125rv, 146, 150v, 370v, 413v, 430v etc. ; WELT-BOTT, 52 p. 73].
12. Daniel Januschke (= Janusky), né en 1662 à Presburg, Bratislava, fut admis dans la Compagnie
en 1678. Dès la fin de 1692 il se trouve en Tarahumara, mais en 1693 il passe aux missions de
Sonora aux postes de Tubutama, Teópari et Oposura, où il fut Supérieur et Visiteur. Le 15 août
56

1691 il prononça ses grands voeux. En 1723 il se trouvait encore à Oposura. Le catalogue de 1726
ne le mentionne plus [Mex. 6, ff. 64v, 113, 180v, 252v, 309v, 359v ; Mex. 8, ff. 330v, 335, 341 ; Mex].
13. Jiri Stanislav Hostinsky, né à Valasské Klobouky, Moravie, en 1654, entre chez les Jésuites
en 1669. Le 15 sept. 1687 il arrive au Mexique, et pendant 38 ans il va s’occuper des indiens
Tarahumars, 1688-1726, à l’exception de quelques mois passés chez les Pimas en 1693-1694. Le 2
février 1688 il prononça ses grands voeux, et mourut à Papigochi le 16 nov. 1726. Missionnaire,
historien et poète il nous a laissé 6 volumes inédits [Mex. 6, ff. 16v, 63v, 111v, 182v, 254, 311v, 361 ;
Mex. 7, f. 22v ; Mex. 8, ff. 325, 330, 335v ; Mex. 5, f. 424 ; Patr. 236, ff. 30, 33, 406v ; Guad. 156, ff. 7v,
11v, 193v-195, 299, 303, 371, 693 ; FG, XXV : n 232, 236 ; ODLOZILIK, pp. 435-440 ; WELT-BOTT, 55,
p. 85].
14. Les « Provinces Germaniques » de la Compagnie de Jésus étaient 4 : Rhin inférieur, Rhin
supérieur, Germanie supérieure, comprenant aussi la Suisse, et l’Autriche [ ENGEL, 111, p. 117].
57

Dédicace
Joseph Neumann

1 Aux Pères de la Province de Bohême de la Compagnie de Jésus.


2 Permettez-moi de vous offrir, mes Révérends Pères, cette Histoire des missions de la
Compagnie parmi les Indiens Tarahumars, dans le Royaume de la Nouvelle Biscaye de
l’Amérique du Nord.
3 Bien que né à Bruxelles, en Belgique, d’où je me rendis plus tard à Vienne, en Autriche,
c’est votre Province qui me reçut dans la Compagnie de Jésus, et c’est là que je fus formé
pendant plus de quinze ans. Mais un jour je manifestai mon désir de partir pour les
missions indiennes, où la découverte de nouveaux peuples et le nombre croissant de
conversions réclamaient alors de l’Europe l’envoi de nombreux renforts. Notre Très
Révérend Père Général, Gian Paolo Oliva, acquiesça à mes vœux et m’envoya à cette
province mexicaine.
4 Le 11 avril 1678 je quittai Prague pour l’Espagne, et deux ans plus tards j’arrivai
heureusement dans cette lointaine partie du monde. Me souvenant toujours de tant de
bienfaits reçus chez vous, et ne voulant pas me montrer ingrat, j’ai pensé à vous faire
connaître les événements et résultats obtenus dans ces missions Tarahumares pendant les
43 ans de mon séjour ici. Car vous y êtes certainement pour beaucoup, votre Province
n’ayant guère cessé de nous envoyer de temps en temps de nouveaux effectifs
apostoliques. Plusieurs de nos Pères ont fini leur vie en cultivant cette vigne ; moi, je vis
encore et en bonne santé, peut-être justement pour pouvoir rédiger ce que j’ai vu de mes
propres yeux, ou ce que d’autres missionnaires m’ont envoyé par écrit. Ainsi leur
souvenir ne périra point, et il sera plutôt pour les missionnaires un encouragement à
continuer leur tâche parmi ces barbares vaillamment et sans répit, pour la gloire de Dieu
et le salut des âmes.
5 Recevez donc cet ouvrage, comme la preuve de mon amour pous vous, et dans vos prières,
demandez pour moi cette fin heureuse et tant désirée. J’avais espéré l’obtenir lors du
triple soulèvement15 de ce peuple tarahumar, mais je ne l’ai pas méritée. Toutefois je n’en
perds pas l’espérance avec le secours de Dieu. En effet, lorsqu’on vit et que l’on persévère
parmi tant de dangers de mort, les occasions, certes, ne manquent point de perdre la vie
58

pour la gloire de Dieu, soit en versant son propre sang, soit d’une autre façon, selon le bon
plaisir de Dieu.
6 Carichí, Mission de la Tarahumara consacrée à Jésus, le 1er mai 1723.
7 De Vos Révérences,

DEDICATIO
8 Ad Patres Bohemicae Provinciae Societatis Jesu.
9 Historiam missionum, quas Societas riostra obit in his Tarahumarorum partibus Americae
Septemtrionalis Regniq [ue] Novae Cantabriae, vobis dedico RR. PP. Provinciae Bohemiae ; quae me
quamvis Bruxellis in Belgio natum, et in Austriam Viennam translatum in Societatem Jesu
transmisit, ibidemque aluit, donec exactis annis omnino quindecim ad missiones indicas — quae
novas sociorum suppetias ex Europa tune postu- [X] la bant, ob novas indorum conversiones
inchoatas, nationes detectas — me promptum obtuli, annuente votis meis admodum R. P. N. Joanne
Paulo Oliva, a quo in hanc mexicanam Provinciam missus fui.
10 lgitur anno 1678, die 11 aprilis, Praga in Hispaniam profectus, post duos annos in hanc remotam
orbis partem feliciter perveni ; ubi beneficiorum a vobis acceptorum memor, ne iisdem plane
ingratus videar, ea vobis praesertim communicanda existimavi, quae intra quadraginta tres annos
— quibus in hisce missionibus Tarahumaricis versatus sum — ibidem aut gesta sunt aut
contigerunt. Quorum quidem non mínima pars ad vos pertinet, novis quandoque ex Provin- [Z/]
cia vestra sociis et apostolicis operariis hue submissis ; at plerisque in vineae hujus cultura jam
vita functis, me adhuc superstite et incolumi, atque idcirco forsitan ut ea litteris mandarem, quae
vel praesens oculis vidi, vel ab aliis missionum sociis ad me fuerunt perscripta, ne eorum scilicet
intercidat notitia, quin potius missionariis incitamento sit ad impigre viriliterque inter hos
barbaros laborandum pro Dei gloria, et animarum salute.
11 Habete igitur in hoc opusculo mei in vos amoris tesseram, mihique precibus vestris felicem ac
optatum vitae finem impetrate, quem in tribus gentis hujus Tarahumarae rebellionibus 15, quamvis
speraverim, con-[XII] sequi non merui ; nec lamen adhuc despero me, divina ope, consecuturum
esse ; quia inter frequentia vitae pericula degenti ac perseveranti, occasio aliquando non deerit
vitae pro Dei gloria amittendae, aut sanguine efuso, aut alio quovis modo, quo Deo placuerit.
12 Carichiquii, missione Tarahumara Jesu sacra, die 1 maji anni 1723.
13 R. R. V. V.
14 servus in Christo
15 Josephus NEYMANN [XIII].

NOTES
15. Les trois soulèvements auxquels Neumann fait allusion, eurent lieu en 1690-1691, 1697-1698,
1700-1703 et constituent l’objet des chapitres III, IV et V de cet ouvrage.
59

AUTEUR
JOSEPH NEUMANN
Serviteur en Jésus-Christ
60

Au lecteur

1 En parlant des noms de lieu, il est fréquemment question de la lettre « Z ». Il convient de


noter à ce propos qu’on doit la prononcer comme une consonne double, c’est-à-dire
comme « TZ ». Par exemple : Cariziqui, Papigozie, comme Caritziqui, Papigotzie.
2 D’autre part il m’a semblé inutile d’interpréter les noms des endroits habités par les
Indiens, car ils tirent leur signification des noms des oiseaux, des animaux, des rochers,
des cavernes, des montagnes, des champs, des plaines etc.16.

AD LECTOREM
3 Cum frequenter in locorum nominibus occurrat littera Zeta, id unum adverto, tamquam duplicem,
seu tz esse pronunciandam ; exempli gratia : Cariziqui, Papigozie, quasi Caritziqui, Papigotzie.
4 Et quia loca ab indis habitata sua habent nomina ab avibus, feris, saxis, speluncis, montibus, agris,
planitiebus etc., illa interpretari supervacaneum duxi16.

NOTES
16. La grammaire Tarahumare, la plus complète et la plus moderne, est celle de David Brambila,
Gramática Raramuri, Mexico, 1952. Parmi les auteurs qui se sont occupés de la langue
tarahumare, on peut citer les suivants : au XVIIe siècle Guadalajara, Figueroa, Roa ; au XVIIIe
Stefïel ; au XIXe Tellechea, Buschmann ; au XXe Gassó, Ferrero, Hilton, Martinez Aguirre, Llaguno,
Nida, Thor-Gray, Uranga, et Vergara Bianchi.
61

Chapitre I. Tarahumara (1631-1652)


et Chinipas (1626-1632 et 1676)1

1 1. — Les Indiens Tarahumars2 peuplent la plus grande partie du Royaume de la Nouvelle


Biscaye, dans l’Amérique du Nord. Leur découverte et les premiers renseignements que
nous avons sur eux, remontent à environ un siècle ; c’est-à-dire l’époque où de nombreux
colons espagnols étaient attirés dans la région de Parral3 par les mines, riches en argent,
qu’on commençait d’y exploiter, à plus de 200 lieues de Mexico.
2 C’est de cette époque que datent les premières missions4 fondées parmi ces Indiens, à un
ou tout au plus à deux jours de distance de Parral. Leur but était de convertir les
Tarahumars à la foi catholique, et de les réunir dans des villages afin de pouvoir plus
facilement administrer les sacrements, car ils vivaient très éparpillés et éloignés les uns
des autres, à la manière des troupeaux.
3 Quatre missionnaires5 envoyés chez eux et se consacrant inlassablement à cette tâche,
réussirent à former quelques villages indigènes. Les Espagnols, de leur côté, s’efforcèrent
de gagner l’amitié des Indiens et obtinrent facilement de ceux-ci les denrées dont ils
avaient besoin, en échange d’autres marchandises6.
4 2. — Ils parcoururent ainsi tout le pays tarahumar dont l’étendue est de quatre-vingt
lieues en longueur et d’environ soixante en largeur. Ils furent reçus partout en amis, aussi
longtemps qu’ils ne cherchèrent pas à s’établir sur leur territoire. Cependant les
Espagnols songeaient à s’installer dans cette région tarahumare qu’ils venaient de
découvrir et d’explorer. Ils y trouvèrent quantité de terres cultivables, mais encore
inexploitées par les Indiens, qui n’habitaient guère que des huttes parsemées à travers
forêts et montagnes.
5 Il leur sembla très à propos d’y installer leurs domaines et d’y construire leurs fermes
pour l’élevage des troupeaux et pour l’agriculture. Mais ce qui les attirait le plus, c’était
l’espoir d’y trouver des mines d’argent. C’est pour cela qu’ils commencèrent à fixer leur
domicile parmi les Tarahumars, à occuper les plaines qui convenaient au pâturage, et à
semer du blé dans les champs, en peu de mots à s’y installer.
6 Les Espagnols choisirent, enfin, la Vallée de Papigochi, endroit agréable et approprié pour
la fondation d’une place forte avec sa garnison militaire7. Celle-ci se trouvait à une
soixantaine de lieues de Parral, où le Gouverneur du Royaume avait établi sa résidence8
62

7 A propos de la lieue américaine9, je voudrais remarquer ici qu’elle équivaut à trois


milliaires italiques, c’est-à-dire à trois mille pas de géomètre. Cette façon de mesurer les
lieues est courante dans ces régions ; et quand on parle d’une journée de marche, on
suppose en général une distance de dix lieues.
8 3. — Deux missionnaires, un belge, Corneille Beudin10, et un italien, Giàcomo Antonio
Basile, étaient allés jusqu’à ce village espagnol fortifié. Le premier se mit à enseigner la
doctrine chrétienne aux Indiens qui vivaient à trois lieues de Papigochi. Pour célébrer la
messe il avait construit une chapelle près du fleuve, le long duquel les Indiens avaient
leurs cahutes.
9 Il les attendait là patiemment pour leur apprendre le catéchisme. Comme ils répugnaient
à venir, le Père se donnait la peine d’aller les chercher et de les visiter fréquemment,
tâchant de les intéresser et de gagner leur affection par de petits cadeaux. Il n’en gagna et
n’en baptisa que très peu11, car les Indiens supportant mal la présence des Espagnols sur
leur territoire, formaient déjà l’atroce dessein de les exterminer.
10 Non loin de là, à dix lieues du poste militaire espagnol et de son voisin, le P. Beudin, le P.
Basile12 s’occupait du village de Temechi. L’ayant trouvé bien peuplé, il se promettait en
conséquence une abondante moisson d’âmes. Il voulait gagner ces barbares au Christ,
mais à peine était-il arrivé chez eux, qu’ils s’en allèrent ailleurs. Sans se décourager le
Père continua à les chercher et à leur envoyer des messagers. De cet apostolat précaire, il
ne recueillit d’autres fruits que le baptême de quelques enfants. Quant aux adultes, ils
cherchaient le moyen de se débarrasser des missionnaires et de tous les Espagnols.
11 Quand ils jugèrent que le moment d’attaquer était venu, ils discutèrent entre eux ces
projets criminels, et préparèrent leur plan de guerre. Au mois et jour fixés, ils se
donnèrent rendez-vous dans une vallée, chacun portant ses armes coutumières : arcs,
carquois, flèches empoisonnées, épieux, et lances en bois13.
12 Au milieu du désordre et des clameurs, ils attaquent la petite maison du Père Beudin à
Papigochi. A la vue de cette fureur sauvage, le missionnaire sort et enserre dans ses bras
la croix érigée devant la porte. Les Indiens se jettent sur lui, l’encerclent, l’égorgent à
coups d’épieu et le percent de flèches14. Puis, ayant pillé tous les objets du culte, ils livrent
la maison au feu. De là, en rangs serrés, ils s’abattent sur la garnison espagnole, tuant,
massacrant, et brûlant tout sur leur passage. Dans l’église même, édifiée par les Espagnols
près de la garnison, le P. Basile15 trouva la mort des mains des Indiens. Ce fut par hasard
que quarante ans après on découvrit le crâne et les os du missionnaire, parmi les ruines
incendiées de l’église16. On distinguait encore autour du cou une partie de sa soutane de
jésuite, tout le reste étant pourri.
13 C’était la preuve irréfutable qu’il s’agissait bien des restes du P. Basile. Sans doute, avait-il
quitté sa mission de Temechi pour se rendre au village espagnol, lorsqu’il subit
glorieusement la mort pour le nom du Christ. On déposa solennellement les reliques de
cet homme vénérable dans l’église de Papigochi, reconstruite non loin de la précédente.
Gardées religieusement jusqu’à ce jour, ces reliques reposent dans un magnifique cercueil
richement décoré. C’était le P. Vaclav Eymer17 qui avait en charge Papigochi, lorsqu’on
découvrit ce pieux trésor.
14 Après cette dévastation, les indiens se croyant enfin débarrassés des Espagnols, se
livrèrent à leurs passions habituelles : danses et beuveries jusqu’à l’ivresse18. Sans
soupçonner la moindre possibilité d’une vengeance, ils célébraient leur triomphe.
63

15 Informé des événements, Diego Fajardo19, Gouverneur du Royaume, homme remarquable


et surtout d’une grande expérience militaire, entreprit de venger Espagnols et
missionnaires, jugeant qu’autrement l’impunité des rebelles ne ferait qu’aggraver la
situation. Avec une puissante armée, réunie à cet effet, il se lança à l’attaque. La guerre se
poursuivit deux années durant ou presque, et pas toujours avec succès. Les Indiens
s’étaient réfugiés dans des endroits montagneux inaccessibles ; et malgré le ravage de
leurs champs pendant les moissons et d’autres représailles de ce genre, on ne put pas les
amener à demander la paix.
16 On continua donc à les poursuivre dans les lieux les plus escarpés où ils se cachaient. On
les encercla et assiégea de telle sorte, que toute issue et tout moyen d’approvisionnement
leur devint impossible. Pris par la famine, ils furent ainsi obligés de se rendre et de
demander la paix. Celle-ci leur fut facilement accordée, et avec la promesse réciproque de
respecter les conditions établies, on mit fin aux hostilités20.
17 Rentrés chez eux, les Indiens reprirent leur vie habituelle. Les Espagnols, ayant quitté le
pays, se rendirent aux mines argentifères de Parral, considérées alors par tout le monde
comme très riches.
18 La rébellion ainsi apaisée, le calme régna de nouveau dans la région Nord de Papigochi.
19 Vingt ans auparavant, une autre révolte, semblable à celle-ci, s’était déclenchée à
Chínipas, dans l’Ouest. L’ennemi spirituel de toujours, avait réveillé la cruauté et la
témérité des Indiens, afin d’en finir avec la foi chrétienne.
20 Leur premier missionnaire avait été le P. Giulio Pasquale21, arrivé peu avant 1628. Pendant
quatre ans il s’était consacré sans répit à l’établissement de cette mission, et avait réussi à
rassembler beaucoup d’indiens dans deux villages. L’un d’eux s’appelait Chinipas, d’après
le nom du peuple qui l’habitait ; l’autre, Guadalupe22, en témoignage de piété envers
l’image miraculeuse de la Mère de Dieu, dont le culte commençait merveilleusement à se
répandre dans les faubourgs de Mexico à cette époque-là.
21 Dans ces deux postes de mission le P. Pasquale avait construit une humble demeure en
briques crues, comme les missionnaires ont coutume de le faire dans ces régions. Ces
maisons servaient de chapelle pour les cérémonies du culte, et d’abri contre les rigueurs
du climat. Il accueillit volontiers le P. Manuel Martins23 comme compagnon de travail,
sans se douter que dix jours plus tard il allait partager avec lui un martyr glorieux.
22 Au début de 1632 un Indien farouche et criminel, connu sous le nom de Cobamea24, c’est-
à-dire chef de cavalerie, était parvenu à étendre son influence. Ses partisans, les uns de
bon gré, les autres craignant pour leur vie, le suivirent dans sa lutte contre les
missionnaires et les Espagnols. Ces derniers, en grand nombre, toujours attirés par les
mines, avaient déjà pénétré dans les montagnes, et en fait, commencé à creuser sur les
bords du fleuve Chínipas. Les noms de ces mineurs sont tombés dans l’oubli, mais les
traces de leur activité subsistent encore. Cependant les Espagnols, à l’approche de la
persécution de Cobamea contre les chrétiens et les néophytes, s’enfuirent abandonnant
leurs mines.
23 Sur les conseils des missionnaires, les Indiens que Cobamea tenait assujetis contre leur
gré, commencèrent à s’enfuir. Sentant alors sa domination s’affaiblir, il entra dans une
grande colère et décida le meurtre des deux missionnaires, le P. Pasquale et son nouveau
compagnon, le P. Martins. Avec les Indiens des environs, surtout ceux de Guazapares et
Témoris25, il se lança à l’attaque du village de Guadalupe, résidence des missionnaires,
privés de tout secours espagnol.
64

24 Ce fut le 1er février, fête de S t Ignace d’Antioche, martyr, que ces deux fils de S t Ignace,
tués par les barbares, reçurent la couronne du martyre26.
25 C’est tout ce que nous avons appris au sujet de la mort glorieuse de ces Pères. Le reste
nous l’ignorons, étant donné l’ignorance religieuse et l’analphabétisme des néophytes. On
sait toutefois que les reliques de ces martyrs, retrouvées plus tard près du fleuve
Chinipas, au milieu des ruines de la maison et qui sont encore visibles aujourd’hui, furent
déposées près du maîtreautel de l’église de Conicari27.
26 5. — Après plusieurs années, deux autres missionnaires italiens se rendirent auprès des
indiens de Chinipas ; c’étaient les Pères Ferdinando Péccoro28 et Nicola de Prado 29,
travailleurs énergiques et infatigables. Péccoro, aidé par les indiens, se mit à reconstruire
le village de Guadalupe dans un endroit plus vaste. Prado introduisit le premier la lumière
de l’Evangile et fit les premiers baptêmes dans les régions montagneuses de Guazapares,
Cerocahui et Cuiteco ; il fonda aussi la mission de Loreto, voisine de celle de Chínipas 30
27 Grâce à ces missionnaires on connut un fait merveilleux de la vie du P. Giulio Pasquale,
que la postérité ne devra pas oublier. Peut-être trouverait-on encore aujourd’hui parmi
les habitants du village, deux vieux chrétiens qui à cette époque lointaine faisaient
fonction d’acolyte et de sacristain du Père Pasquale à Chinipas. Un matin, à la messe, au
moment de l’élévation, ils constatèrent que le corporal sur lequel le Père venait de
déposer la sainte hostie, était teinté de sang. Ces taches ne disparurent qu’après la messe,
lorsque le Père, ayant enlevé ses vêtements sacerdotaux dans la sacristie, fit voir aux
enfants le corporal. Le prodige dura environ une demiheure ; après quoi, devant leurs
yeux, le linge béni retrouva sa blancheur31. Cet événement eut lieu quinze jours avant la
mort du P. Pasquale.
28 Ceci nous fut rapporté par ces vieillards, et leur témoignage n’est pas sans fondement. Le
P. Pasquale, en effet, leur avait donné dès leur enfance une éducation chrétienne et appris
à bien vivre. Nous ne doutons donc pas de leur véracité, et pensons plutôt à la
signification de ce prodige. Celui-ci fut assurément un présage du martyre qui l’attendait :
le P. Pasquale connut par là, qu’à l’exemple du Christ, tué par les païens, il allait partager
son sort, en versant glorieusement son propre sang pour Lui.
29 Que ce résumé suffise pour illustrer les premiers temps de cette Mission de Tarahumara,
glorifiée par le sang de nos martyrs.

CAPUT I. PRIORES TARAHUMARORUM SEDITIONES


GLORIOSO QUATUOR MISSIONARIORUM SANGUINE
ILLUSTRANTUR
30 [§ 1] Gens Indorum Tarahumarica 2, quae novae Cantabriae Regnum in America Septemtrionali
magna ex parte occupat ; ab uno propemodum saeculo cognita et detecta fuit, ab eo nimirum
tempore quo argenti fodinae divites in ditione Parralensi3 ultra ducentas leucas Mexico dissita
versus Septemtrionem repertae ab Hispanis effodi et coloniis eo deductis frequentari coeperunt.
31 Ac tum quidem missiones4 aliquot unius, vel summum duarum dierum itinere Parralio distantes
inter Nationis hujus Indos [2] fundatae fuerunt, eo nempe consilio ut ad fidem catholicam reductis
et in pagis civiliter coactis sacra administran facilius possent, cum antehac sparsim et ab invicem
procul sejuncti pecudum more habitarent.
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32 Porro quatuor e Societate nostra missionarii5 eis destinati in hoc opus strenue incubuerunt ; ac
tandem cum labore reductiones aliquot seu pagos ex indis hujus nationis efformarunt. Hispani vero
illos amicos sibi conciliare studuerunt, et annonam, quam inter eosdem mercimoniis quaerebant,
facile consecuti sunt6
33 [§ 2] Atque hac demum ratione universam Tarahumarorum regionem ad octoginta leucas in
longum, et sexaginta circiter in latum externam peragrarunt, ubique ab eis amice habiti, quamdiu
in eorum finibus sedes figere non attentarunt. Detecta et perlustrata jam tota Tarahumara regione,
cognitisque eorum terris, agris, silvis, montibus ac tuguriis, ubi sparsim habitabant, terras non
paucas habitatoribus vacuas Hispani repererunt.
34 Unde visum eis fuit peropportunum villas et praedia ibidem extruere ad alendum pecus, agrosque
conserendos. Imo in illis montibus non defectura existimabant metalla ar- [3] gentea, quibus
potissimum illiciuntur. Quare inter Tar ahumaros passim domicilia figere coeperunt camposque
occupare pascendo pecori idoneos, serere in agris triticum, villas et praedia exstruere, ac demum in
convalle Papigotzensi loco nempe apto et amoeno oppidum condere, ac militari munire praesidio 7
quod sexaginta circiter leucis aberat Parralio, ubi Regni hujus Gubernator jam tum stabilem sedem
collocarat8.
35 Hic autem notatum velim leucam americanam9 tria continere milliaria italica, sive tria millia
passuum geometricorum, quae leucarum dimensio in hisce partibus solum in usu est, et iter
expeditum unius diei decem plerumque leucis commensurari solet.
36 [§ 3] Ad hoc Hispanorum praesidium accesserant missionarii duo, aller Cornelius Beudinus 10
natione Belga, alter Jacobus Basilius, italus, quorum prior Indos Papigotzenses tribus ab
Hispanorum oppido ac praesidio leucis distantes christianam fidem edocturus, exiguam ad sacrum
faciendum aediculam exstruxerat prope fluvium, ad cujus ripas sua sparsim tuguria Indi posita
habebant.
37 Hic vero sacra eosdem doctrina instruendos patienter praestolabatur, ac venire detre- [4] otantes,
ipse quaerebat sedulo, invisebat frequenter, ac munusculis concillare et allicere satagebat ; sed
paucis exceptis nullos11 propemodum lucrare potuit sacroque fonte expiare, quod indignati suas ab
Hispanis terras excoli atque habitari, atrox jam inde eosdem exterminandi facinus meditarentur.
38 Verum Temeizii agebat P. Jacobus Basilius 12, decem non amplius leucis a socio suo Patre Cornelio
et ab Hispanorum praesidio disjunctus. Hoc autem in loco, cum indos plurimos reperisset, majorem
etiam animarum messem collecturum se sperabat. Ubi primum eo pervenerat, gentes illas barbaras
Christo lucraturus, e vestigio in diversa abierunt ; et quamvis studiose eos quaereret, missisque
nuntiis evocaret, non alium tamem laboris fructum retulit praeterquam aliqaot illorum infantes
atque innocentes pueros baptizare, adultis nempe machinantibus quomodo missionarios et
Hispanos omnes e medio tollerent.
39 Quare communicatis agitatisque invicem consiliis, factaque conjuratione remotiores etiam suae
nationis indos accersiverunt. Constituto igitur mense ac die, in valle ad id desígnala adfuerunt
omnes, arcu, pharetra, venenosis sagittis [5], sudibus atque hastis ligneis armati 13 : hoc enim
armorum genere utuntur.
40 Hinc primo P. Cornelium in aedicula sua Papigozica degentem aggrediuntur magno cum tumultu
ac vociferatione ; tum vero egredientem circumdant, crucem prae foribus erectam amplectentem,
partim sudibus trucidant, sagittis confodiunt14, aediculam incendunt, supellectilem sacram
diripiunt ; ac dein, majori facto agmine, oppidum et militare Hispanorum praesidium subito
invadunt ; quotquot reperiunt, eadem ferocitate interficiunt, oppidum denique universum exurunt
ac demoliuntur. Hic etiam ab iis interfectus fuit P. Jacobus Basilius15 in ipso templo, quod ibidem
Hispanorum opera exstructum fuit ; quo combusto dirutoque, post annos deinde quadraginta ejus
66

cranium et ossa inter rudera fortuito reperta fuerunt16 cum collari vestis Jesuiticae adhuc integro,
caeteris putrefactis.
41 Inde certo constitit judicio ea P. Basilii fuisse ossa, qui e missione sua Temeiziensi in istud
Hispanorum oppidum tunc forte redierat, gloriosam quoque pro Christi nomine necem subiturus.
Quare venerabilis viri reliquiae in non inconcinnum ingestae loculum in tem-[6]plo Papigoziensi
haud procul inde denuo erectum sol-emniter translatae fuerunt, ubi hodiedum religiose
asservantur ; id autem contigit Papigozium administrante Patre Wenceslao Eymer 17, quo tempore
pius ille thesaurus detectus fuit.
42 Peracta strage Indi jam se ab Hispanis liberos existimantes, tripudiis et compotationibus ad
crapulam more suo18 vacabant, atque adeo nulla ex parte ultionem veriti triumphare sibi
credebantur ; cum Regni Gubernator, qui tunc erat Didacus Fachardo 19, insignis plane vir et rei
militaris apprime peritas, re intellecta protinus ulciscendum judicavit hanc missionariorum
Hispanorumque luctuosam necem, ne rebelles indi impunitate in pejus ruerent. Contracta igitur
valida militum manu illis bellum intulit vario quidem Marte, quod ad duos ferme annos
protractum fuit, cum indi ad montana eaque inaccessa se recepissent ac confugissent, nec vastatis
eorum agris ipso messis tempore, aliaque hujusmodi damna passi, ad pacem petendam adduci
possent.
43 Quare eos persecutus fuit in asperrimis rupibus delitescentes, itaque cinxit ac obsedit, ut nullum
eis effugium pateret, nec de [7] annona ibidem sibi providere possent, ut propterea fame adacti
tandem aliquando pacem expetierint ; qua illis facile concessa, et certis utrimque conditionibus
promissa, bellum finitum fuit20.
44 Unde indi ad prístinas suas stationes agrosque excolendos redierunt ; Hispani vero eorum quoque
finibus excesserunt, Parralium sese conferentes ad argenti fodinas quae per id tempus praedivites
illic habebantur.
45 [§ 4] Sedati aliquantum fuere hi posteriores rebellium indorum motus in partibus borealibus
Tarahumarorum Papigozienzium, postquam viginti et amplias ante annis non minores exorti
fuerant in Zinipanis occiduis, quos antiquus animaram hostis ad tollendam christianam fidem pari
furore atque audacia suscitaverat.
46 Advenerat ante 1628 primus gentis Zinipanae missionarius P. Julius Pasckalis 21 in hos ultimos
Tarahumar orum fines, ubi in erigenda missione toto quadriennio impigre laboravit, adductis non
paucis ad incolendum utrumque ejusdem pagum, quorum alter Zinipa a natione dicitur, alter
Guadalupe22 a miraculosa Deiparae effigie, quae in suburbio mexicano per id tempus mirifice coli
coeperat, pietatis er- [8] go nuncupatur.
47 Jamque constructo utrobique humili domicilio ex gleba, cujusmodi in hisce partibus missionarii
construere passim soient, ibidem et sacra rite peragere, et caeli inclementiam fugere quodammodo
poterat. Quare in laborum suorum partem lubens admisit adjunctum sibi socium Patrem
Emmanuelem Marti nezium, nempe ut transado decem dierum spatio gloriosi etiam martyrii socius
existeret23.
48 Etenim ineunte anno 1632 indus quidam homo efferus ac facinorosus, qui vulgari gentis vocabulo
Cobamea24, id est equitum minister dicebatur, cum longe lateque suum extendisset imperium, alii
ultro, alii mortis metu coacti, ejus partes sequebantur adversus missionarium atque Hispanos,
quorum non pauci in haec etiam montana penetraverant, utique argenti cupiditate allecti ;
siquidem fodinas aliquot ad fluminis Zinipani ripas excavare coeperant, quarum vetusta etiamnum
exstant vestigia, tametsi fodinariorum nomina annorum vetustate interierint. Ego quidem existimo
eos intellecta persecutione, quam Cobamea in Christianos adventantes indosque neophytos movere
aggrediebatur, relictis fodinis fuga sibi consuluisse.
67

49 In- [9] dignatus igitur Cobamea, indos sibi subjectos missionarii potissimum suasu atque industria,
manibus suis eripi, atque adeo suum in dies imperium magis imminutum iri ; adveniente etiam, uti
ex aliorum relatu cognoverat, Martinezio, utriusque necem moliri coepit. Quare evocatis ad se
Guazaparensibus, Temorensib us25, finitimisque caeteris populis, Guadalupam contendit ingenti
suorum stipatus multitudine, quod ibidem utrumque tunc missionarium commorari intellexisset,
Hispanorum subsidio destitutum. Dies erat 1 Februarii S. Ignatio Martyri sacra, cum utraque haec
Ignatiana soboles, barbarorum manibus trucidata, martyrii palmam accepit26.
50 Et haec tantummodo de glorioso horum Patrum obitu accepimus ; caetera propter neophytorum
illorum ruditatem, litterarum imperitiam rerumque etiam sacrarum incuriam ignorantur, nisi
quod praeterea postea repertae fuerint horum martyrum reliquiae inter collapsae domus rudera,
quae hodiedum ad fluminis ripam conspiciuntur, et in templo Conizariensi juxta aram majorem
collocatae27.
51 [§ 5] Post multorum deinde annorum intervallum, Zinipanos de- [10] nuo adierunt missionarii duo,
natione Itali : alter Ferdinandus Pecoro28, alter Nicolaus de Prado29 nominabatur, operarii
cumprimis strenui et indefessi ; quorum hic, adscitis sibi Zinipanis, Guadalupam ampliori loco
restauravit ; iste vero, ubi in montana Guasaparensia, Serocagcnsia ac Cutegana cum Evangelii
luce baptismum primus invexerat, missionem deinde Lauretanam Zinipanae conterminam erexit 30.
52 Horum ergo missionariorum opera in lucem prodiit res perquam mirabilis, quae Patris Julii
Paschalis memoriam posteritati summopere commendat. Forte etiammun in vivis erant senes duo,
quorum alter Patri Julio sacrificanti ministraverat, alter sacristae munere fuerat Zinipae
perfunctus. Hi autem memorarunt, diebus quindecim priusquam Guadalupe martyrio vitam
coronara P. Julius, sacrum Zinipae faciente, elevataque in sublime sacra Hostia, ubi in corporali
linteo eam reponebat, illud vidisse multo conspersum sanguine ac commaculatum ; quae quidem
sanguineae maculae non ante detersae fuerunt, quam finito sacro easdem utrique huic puero sibi
adstanti in sacristia ostendisset, vestesque exuisset sacerdotales [11] ita ut per dimidiam circiter
horam portentum istud visum fuerit, ac deinde ex intuentium evanuerit oculis, sacra sindone in
pristinum nitorem subito restituía31.
53 Hoc sane meminerunt senes, nec vano testimonio nobis retulerunt, siquidem a prima aetate
christianis legibus moribusque instituti sub P. Julii magisterio, nullum nobis ambigendi quidem
locum relinquunt, at cogitandi potius quid sibi voluerit prodigiosa sanguinis illius conspersio. Fuit
profecto imminentis martyrii praesagium, ex quo cognovit P. Julius ad Christi exemplum, gentium
manibus interfecti, propediem eadem sorte potiturum se, cruoremque ad Ejus gloriam non uno
vulnere effusurum esse.
54 Demum haec perstrinxisse sufficiat de primis harum missionum temporibus, quorum memoriam
gloriosus martyrum nostrorum sanguis apud Tarahumaros illustrem reddit.

NOTES
1. Le titre latin de chaque chapitre est trop condensé ; aussi, essayons-nous dans la traduction
française, de l’expliciter par un résumé placé en tête de chaque chapitre.
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2. De l’Espagnol Tarahumar. Ces indiens s’appellent eux-mêmes Raramuri, de rárá = la plante du


pied, + mari qui vient du verbe mama (sing.) et jumama (pl.) = courir. D’où Raramuri (forme plus
connue que celle de Raramari) = le pied qui court, l’indien aux pieds légers. Ce nom leur vient du
jeu le plus populaire parmi ces indiens : les courses, pieds nus où ils lancent une balle,
généralement taillée en bois de chêne, grosse comme une balle de base-ball ou de tennis. [STEFFEL,
pp. 342-343]. RATKAY nous donne une étymologie tout à fait fantaisiste : « Tarahumari a tara, quod
est emere, vulgari eorum lingua dicuntur ; idem ac gens quae libenter emit, Tarahumara dicitur »
[Mex. 17, f. 498].
3. Les mines de Parral furent découvertes en 1631, mais les premiers contacts des missionnaires
avec les Tarahumars datent de 1607-1608. Leur premier apôtre fut le Catalan Juan Font, qui à cette
époque entra dans la vallée de San Pablo. Dès 1614 le P. Jerónimo de Moranta s’associa au travail
missionnaire de Font, qui fut interrompu en 1616 par le soulèvement des indiens Tepehuanes où
ils furent tués avec six autres Jésuites et 1 Franciscain [Mex. 17, ff. 86-125]. A partir de 1617 et
jusqu’en 1630 on s’occupe de nouveau des Tarahumars de San Pablo, et de San Miguel de las
Bocas, près du fleuve Florido [DUNNE, 1948, pp. 34-38].
4. Ces villages étaient : San Pablo, fondé par le P. Font ; San Miguel de las Bocas, commencé par le P.
Martin Larios [Mex. 15, f. 127] en 1623, et officiellement fondé en 1630 par le P. Juan de Heredia et le
Capitaine Juan de Barrassa, avec 400 indiens [Mis. 26, ff. 160, 203 ; ABZ, II, pp. 411-412] ; San
Gabriel, près du fleuve Florido, fondé par le Portugais Gabriel Dias [PEREZ DE RIBAS, 1896, p. 536
Recopilación, Livre VI, titre 3, De las redacciones y pueblos de indios].
5. A partir de 1639 les missions de Tarahumara ne dépendent plus de celles des Tepehuanes, mais
constituent une organisation autonome. Leurs premiers missionnaires, José Pascual et Jerónimo de
Figueroa, arrivent en juin 1639 à Parral. Pascual serend à San Miguel de Bocas, et Figueroa fonde
les villages de San Jerónimo Huejotitlán, San Pablo, San Borja et San Felipe [DHM, 4a serie, tome III, p.
169s ; ABZ, II, 466-467 ; DONNE : 1948, 45s]. En 1644 il y avait 4 missionnaires : Pascual, Figueroa,
Nicolás de Zepeda et le dunkerkois Vigile Maes [ABZ, III, 23-26, 38-43].
6. Sur le commerce hispano-indigène, voyez par exemple [Mis. 25, fl. 284-285 ; Mex. 17, f. 377 ;
NEUMANN, 1682, p. 2].
7. Le presidio ou poste militaire s’appelait Villa de Aguilar, fondée en 1649 par Diego Guajardo
Fajardo, Gouverneur de la Nouvelle Biscaye, après le premier soulèvement des Tarahumars
en 1648-1649 [Guad. 29, lettre de Guajardo au Roi, Parral le 27 septembre 1649 ; DHM, 4e série,
tome III, 177-178 ; ABZ, III, 188], Pour la législation sur les forteresses et Presidios, voir
RECOPILACION, livre III, titre 5-9.
8. Guajardo écrit de Parral le 2 septembre 1651 au Roi : « Luego que el año de [16] 49 bolvi de la
guerra de los Taraumares, reconocido que p[ar]a acudir al remedio de las imbasiones y
levantamientos de los indios... era este R [ea] 1 el mas a proposito... determine haser asiento en él... »
[Guad. 29]. Sur les Gouverneurs, voir RECOPILACION, tome V, titres 1-2.
9. Neumann dans plusieurs lettres parle de la même façon au sujet de la leuca americana [ NEUMANN
, 1681 ; NEUMANN, 1682, etc. ; MENTELLE, planches XI, XVIII, XIX]. Nous trouvons un document
de 1536 où l’on donne la description de diverses mesures terrestres. Voici pour la lieue : « Una
legua se compone de tres mil pasos de Salomón, que hacen cinco mil varas castellanas y tres
millas que componen una legua » [BANDELIER, I, p. 182], c’est-à-dire, 4 190 mètres. Cf. OROZCO, 1895,
p. 738.
10. Beudin arriva d’abord à la mission de San Miguel de las Bocas vraisemblablement en déc. 1647
ou février 1648. DUNNE se trompe en interprétant une lettre de Beudin, écrite encore à Louvain le
18 mai 1646, comme si Beudin était déjà chez les Tarahumars [ DUNNE 1948, p. 47] [Mis. 25, f. 399rv]
[Mex. 17, f. 264] ; ensuite son Supérieur, le P. José Pascual l’envoya à San Felipe, et vers la fin 1649
Beudin fonda Papigochi [Ibid. ff. 250v, 254, 257, 259, 260v, 261v, 263v, 265v].
69

11. D’après les témoignages recueillis en 1654-1655 sur la mort de Beudin et de Basile, on affirma
que Beudin réunit en villages et convertit 2.000 à 5.000 indiens [Mex., 17, ff. 254, 259].
12. Basile ne fut jamais missionnaire en même temps que Beudin ; il arriva en 1651, c’est-à-dire
l’année qui suivit la mort de Beudin. Le P. Giàcomo Antonio Basile, né à Bari (Italie) vers 1610, entra
dans la Compagnie en 1630. En 1642 il partit pour le Mexique, etresta à Mexico jusqu’en 1650. Il
prononça ses grands voeux le 14 octobre 1646. En 1651 il arriva à Tarahumara, et fut martyrisé à
Papigochi le 3 mars 1652 [ABZ, III, p. 220, note 7 ; p. 222 Mex. 17, ff. 250-270].
13. Au cours de cet ouvrage, Neumann a parlé maintes fois des armes employées par les Indiens
[Voir infra, pp. 40-43, 58-61, 66-71, 88-95, 98-103, 138-141].
14. Corneille Beudin, né à Gravelines, près de Dunkerque, le 25 nov. 1615, entra dans la Province
Flandro-Belge des Jésuites le 1er mars 1635. Le 13 juillet 1647 il s'embarqua à Cadix pour le
Mexique, et partit aussitôt pour les missions des Tarahumars. Il arriva à Veracruz le 20
septembre. Il fut martyrisé le 4 juin 1650, à la veille de la Pentecôte. Des témoins nous ont laissé
la description de sa mort [ABZ, III, 191 ; Mex. 17 : ff. 254, 257, 258v, 259v, 260-262v, 264, 267v ; VAN
DE WALLE, J., pp. 7-31 ; KINO, 1961, p. 116].
15. Pour la description de la mort de Basile, voir Mex. 17, fi. 254v, 256, 261, 263v, 264v.
16. D’après les témoignages juridiques sur la mort de Beudin et de Basile, le cadavre de Basile fut
trouvé 8 mois après sa mort, enterré temporairement à Papigochi, au même endroit où gisaient
les restes de Beudin, et en 1653 les deux martyrs furent transférés à la mission de San Felipe, au
sud de la Tarahumara [Ibid., ff. 256v, 258, 261v, 265].
17. P. Vaclay Eymer arriva en Tarahumara vers la fin 1692 [NEUMANN, 1693 b, f. 1v]. Il fut d’abord
envoyé au poste de Tomochi [NEUMANN, 1693C] et peu après il prenait en charge Papigochi en
remplacement du P. Verdier [WELT-BOTT, n° 55 : pp. 85-86].
18. s’agissait des danses et beuveries de victoire et réjouissance ; danses autour des crânes et
chevelures des ennemis fixés à un poteau ; beuveries de batari, boisson de maïs fermenté. [Patr.
236, ff. 115v, 119v, 175,191rv etc.].
19. Diego Guajardo Fajardo, Gouverneur de la Nouvelle Biscaye de 1648 au 7 mars 1653 [SCHÄFER,
II, p. 544 donne l’année de sa « nomination » en 1644].
20. D’après Neumann, Fajardo ne fit qu’une longue campagne contre les Tarahumars. En fait il en
fit plusieurs : en 1649,1650, 1652 [Guad. 29, correspondance de Guajardo avec le Roi]. Mais dès
1644-45 éclata la première révolte des Tarahumars, Don Luis de Valdés étant Gouverneur de la
Nouvelle Biscaye. Dunne nous offre un récit clair de ces soulèvements [DUNNE, 1948, pp. 56-80 ;
SARAVIA, 1956, tome III, pp. 305-330 ; ABZ, III, pp. 186-195, 205-207, 217-226].
21. Le P. Pasquale, né à Saló, Italie, vers 1588, entra dans la Compagnie de Jésus en 1610 et fut
missionnaire dans la Province de Sinaloa de 1620 à 1632 [Mex. 4, ff. 256, 284v, 311 ; Mex. 15, ff.
461-463 ; Mex. 19, f. 343v ; KINO, 1961 : pp. 115-116].
Giulio Pasquale fit son entrée à Chínipas le 6 mars 1626, et non en 1628 comme l’écrit ALEGRE [ABZ,
II, p. 396]. Pasquale lui-même dans une lettre du 28 août 1626 en fait le récit [Mis. 25, ff. 148-149] ;
il nous raconte aussi son entrée chez les indiens Varohíos à la Saint Sylvestre de 1626 [Ibid., f.
149rv]. Mais dès 1620 les indiens Chinipas, Huites, Guazapares, Híos, etc. demandaient des
missionnaires [Mex. 17, f. 194v], et ils furent visités par les PP. Giovanni Castini et l’irlandais
Michael Wadding [Ibid., ff. 41rv, 147]. Sur les progrès accomplis pour 1628 [Ibid., ff. 203v, 211v].
22. D’après la tradition, Notre-Dame apparut 4 fois entre le 9 et le 12 décembre 1531 à l’indien
Juan Diego, laissant son image, miraculeusement peinte, dans la pauvre pèlerine de l’indien, et lui
demandant de transmettre à Mons. Juan de Zumárraga, évêque de Mexico, sa volonté, c’est-à-
dire, qu’on construise une église en son honneur.
23. Le P. Manuel Martins, né à Tavira, Algarve (Portugal) en 1600, se rendit en 1619 au Mexique.
Ses parents, Jorge Martins et Maria Farela étaient de la famille de Saint-Antoine de Padoue. Le
catalogue des Jésuites mexicains de 1620 nous dit qu’il était alors dans sa première année de vie
70

religieuse, étudiant de rhétorique au Noviciat de Tepotzotlán. En 1626 il est au collège Saint-


Pierre et Saint-Paul de Mexico, en train de finir sa philosophie. En 1632, une fois finies ses études
de théologie et sa troisième année de probation, nous le trouvons parmi les indiens de la mission
de Chínipas. Il venait d’arriver. Vers la mi-janvier 1632 il arriva au village de Tehueco, proche de
l’endroit où il allait être martyrisé. Il fut reçu là par le fameux missionnaire et historien P.
Vicente del Aguila, et par d’autres missionnaires. Peu après, le P. Martins recevait une lettre de
son futur compagnon de martyre, Giulio Pasquale : « venez, mon Père, me consoler avec votre
présence. Nous serons ici compagnons dans cette mission, aussi longtemps que Dieu le voudra,
afin d’être aussi compagnons dans le ciel. » Le 23 janvier il arriva à Chinipas où l’attendait le P.
Pasquale. Le 25 ils partirent pour le village de Guadalupe de Varohíos. Quatre jours plus tard se
confirmaient les rumeurs de la révolte des indiens Guazapares. Le P. Pasquale demanda secours
aux indiens de Chinipas, mais ceux-ci n’osèrent point attaquer l’ennemi, plus nombreux avec
l’aide des Varohios, qui, conduits par le traître et apostat Cobamea, donnèrent la mort aux PP.
Martins et Pasquale le dimanche 1er février 1632. [Mex. 4, ff. 246, 270, 313v ; Mex. 15, f. 463rv ; Mex.
19, 343v ; DECORME, 1941, II, pp. 221-225 ; ABZ, II, pp. 420-423 ; BURRUS, 1953, p. 557 ; ALEGAMBE,
1657, pp. 405-408, 412-413 ; TANNER, 1675, pp. 489-492].
24. Sur la révolte de Cobamea on peut consulter : PEREZ DE RIBAS, 1645, pp. 30-61 ; ABZ, II, 393-394,
420-424. Le nom de Cobamea vient probablement de deux mots tarahumars, gawe = cheval, et mea
= aller chercher, amener.
25. Neumann écrit Temozensibus, mais c’est évidemment par mégarde, caries indiens de Temechi
ou de Tomochi n’étaient pas les voisins du village de Guadalupe, mais ceux de Témoris.
26. Avec les deux missionnaires, d’autres indiens furent massacrés, parmi lesquels six petits
chanteurs. Le Capitaine Pedro de Perea, successeur du fameux Capitaine de Sinaloa, Diego
Martínez de Hurdaide, entreprit une expédition punitive : plus de 800 rebelles y trouvèrent la
mort. Le reste des indiens fidèles de Chinipas, fut regroupé dans trois missions de Sinaloa [ABZ,
II, pp. 423-424], Conicari, Toro et Vaca [DHM, 3e série, p. 780],
27. Le P. Marcos Gomez, missionnaire de Conicari, enterra dans sa mission les dépouilles des deux
missionnaires, le 14 février 1632 [ABZ, II, p. 423]. Un témoignage ultérieur du P. François Disserin,
datant de 1662, confirme ces faits [DISSERIN, 1662]. Les dépouilles des deux martyrs furent
trouvées à Conicari, le 8 mai 1907 par le P. Manuel Piñán, [TERRAZAS, tome II, numéros 10 et 11
de 1940 ; SARAVIA, 1956 tome III Dp. 272-276 ; URIARTE, IV, p. 87].
28. Le P. Nicola de Prado, napolitain, né en 1644, fut admis, déjà prêtre, chez les Jésuites en 1669.
Arrivé aux missions de Chínipas avec le P. Peccoro le 17 juin 1676, il y demeura jusqu’à sa mort le
20 mai 1698. Il s’occupa successivement des villages de Santa Catarina, Santa Inés, San Ignacio,
Guadalupe et Loreto. Sa profession religieuse, comme « coadjuteur spirituel » eut lieu le 15 août
1680. Il fut Supérieur de cette mission de 1681 à 1690, et de 1693 à 1696 [DHM, 3 e série, p. 725 ;
ABZ, IV, p. 15 ; Mex. 5 ff. 296, 323v, 340v, 390v ; Mex. 6, ff. 17, 64v, 112v, 158 ; Mex. 8, ff. 304, 309,
314v, 320, 330v, 335 ; Hist. Soc. 49, f. 202v].
29. Ferdinando Péccoro, sicilien, naquit en 1646. En 1661 entra dans la Compagnie de Jésus. Après
avoir enseigné à Malta, et terminé ses études de théologie à Palermo, il se rendit au Mexique. Dès
son noviciat il avait demandé les missions. Il prononça ses grands voeux le 15 août 1680. De 1676
à 1684 nous le trouvons comme missionnaire à Chinipas avec les PP. Prado et Salvaterra ; à
Batuco, Sonora, de 1684 à 1693, et a Topia de 1693 à 1696. Le catalogue de cette dernière année
fait remarquer qu il est malade. Il dut mourir peu de temps après [Mex. 5, fi. 296, 341v, 391 v ; Mex.
6, fl. 18v, 66, 114 ; Mex. 8, fl. 304, 309, 315, 320, 325v, 330v, 335 ; FG, XV, No. 137 ; XVI, n° 34].
30. Sur l’apostolat de Péccoro, Prado et de leur nouveau compagnon, le fameux P. Gianmaria
Salvaterra, arrivé aux missions en juin 1680, cf. DHM, 3e série, pp. 779-789.
31. On raconte un cas tout à fait semblable à propos du P. Giacomo Antonio Basile Voir : Mex. 17,
f. 255 ; KINO, 1961, pp. 115-117].
71

RÉSUMÉS
1. — Premiers contacts hispano-indigènes. 2. — Etablissements espagnols parmi les indiens. 3. —
Corneille Beudin et Giàcomo Antonio Basile : apostolat et martyre. Révolte des Tarahumars. 4. —
Les débuts de Chinipas. Soulèvement de Cobamea et mort de Giulio Pasquale et de Manuel
Martins. 5. — Recommencement de l’évangélisation de Chinipas.
72

Chapitre II. Essor de la haute


Tarahumara (1673-1684)1

1 1. — Le peuple Tarahumar, jusqu’à ces jours-là, demeurait dans son paganisme, et bon gré
mal gré les Espagnols n’habitaient plus parmi les Indiens. Mais Dieu eut pitié de ce peuple
malheureux et difficile : Il leur envoya deux Pères de la Compagnie de Jésus, le P. José
Tarda2, originaire de Valencia, et le P. Tomás de Guadalajara3, natif de Puebla de los
Angeles. Ils furent leurs premiers missionnaires.
2 Ayant sillonné tout le pays Tarahumar4, ils y trouvèrent un accueil amical et même un
peu partout, un désir sincère de recevoir des missionnaires, ce qu’ils s’empressèrent de
communiquer au Gouverneur du Royaume. Le Gouverneur lui-même envoya à son tour un
rapport à l’Archevêque de Mexico, qui ajoutait à ses fonctions celles de Vice-roi 5, le Duc
de Veraguas étant décédé un mois après son arrivée d’Espagne6. Religieux de l’Ordre des
Ermites de Saint-Augustin, l’Archevêque était un homme remarquable, tant par sa culture
et son zèle, que par la sainteté de sa vie.
73

LA TARAHUMARA EN 1683
Carte dressée par J. Ratkay (ARSI, Hist. Soc. 150, ff. 9-10)

3 Mis au courant de la situation par les lettres du Gouverneur et de quelques missionnaires,


il manifesta au Père Provincial7 combien il souhaitait la conversion des Tarahumars, et lui
demanda d’y envoyer six missionnaires en plus. A tous il assigna, avec une grande
générosité, un subside annuel sur le trésor royal8.
4 Six missionnaires9 furent donc envoyés aux Pères Tardá et Guadalajara, qui se
partagèrent toute l’étendue du pays Tarahumar. Parmi les nouveaux venus, quatre
étaient nés en Espagne, et quatre créoles, mais aucun de ces derniers ne persévéra. L’un
d’eux, de très mauvaise santé, et dont il se souciait beaucoup, mourut peu après10. Quant
aux trois autres, ils se découragèrent devant les mœurs barbares des Indiens et leur
manque de bonne volonté pour recevoir la foi chrétienne et le baptême. Ils demandèrent
et obtinrent de passer aux missions de la Province de Sonora11, où de nombreux Espagnols
étaient occupés aux mines d’argent.
5 2. — Il ne resta en Tarahumara que les quatre missionnaires espagnols, dont la
persévérance gagna peu à peu la sympathie des Indiens. Plusieurs enfants furent baptisés,
ainsi que les adultes qui le demandaient, une fois instruits des vérités de la Foi et capables
de recevoir fructueusement le baptême.
6 Pendant encore deux ans, ces quatre missionnaires ne firent guère que défricher le
terrain, car conscients des difficultés d’un tel projet, ils n’osaient pas encore réunir en
villages ces Indiens dispersés. Cependant ils se fixèrent un poste et se mirent à construire
la chapelle et leur case ; mais aussitôt les Indiens de s’éloigner d’eux, de bâtir ailleurs
leurs huttes, ou bien d’aller habiter d’autres cavernes pour cacher leurs vices : l’ivresse et
la polygamie. Ils avaient, en effet, l’habitude de passer toute la nuit en orgies ; c’était
l’occasion de disputes et de querelles, aboutissant parfois au meurtre, à la haine mutuelle,
aux vengeances, et finalement à la débauche.
74

7 Pour empêcher ces désordres et pour leur apprendre à vivre en chrétiens, tout l’effort des
missionnaires visait à former des villages indigènes, pourvus de chefs et de capitaines
autochtones12, choisis parmi les Indiens jouissant d’une plus grande autorité. Le peuple
obéirait ainsi plus facilement, et le missionnaire pourrait compter sur ces chefs en vue de
l’établissement et de l’administration des villages.
8 Mais à peu près partout le missionnaire fut déçu par ces chefs indigènes, qui avaient les
mêmes vices, et qui non seulement les dissimulaient, mais les favorisaient aussi et les
cachaient au missionnaire, pour faire plaisir aux leurs. Ces chefs n’avaient qu’apparence
d’honnêteté. Extérieurement d’accord avec les Pères, ils faisaient tout en réalité pour se
gagner en secret la sympathie des Indiens, en entretenant leurs vices. Ce peuple est, par
nature et tempérament, faux et rusé, et on ne peut attendre de lui rien de sincère. Ce sont
des hypocrites hors pair : les meilleurs apparemment sont souvent les pires. Devant le
missionnaire ils s’adressent aux leurs d’une façon, et à la dérobée ils leur inculquent le
contraire13.
9 Le démon, pour sa part, s’affairait à les conserver toujours dans leurs vices : le peu
d’adultes à se faire baptiser en était un indice. Leur foi, n’ayant guère de solides racines,
ils n’avaient que la façade d’un chrétien ; et comme naturellement ils sont inconstants et
mobiles, plusieurs d’entr’eux, même après leur baptême, retournaient à leurs forêts.
10 Devant tant d’obstacles et de difficultés, les missionnaires se décourageaient à considérer
le peu de correspondance entre les efforts fournis et le fruit obtenu14. Ils étaient d’ailleurs
peu nombreux, bien que de temps en temps, on leur eût envoyé quelques Pères de
Mexico. Mais ils restaient convaincus de l’impossibilité de planter le christianisme chez
les Indiens, tant qu’on ne les aurait pas réunis en villages ; c’est pourquoi il fut souvent
question avec le Gouverneur du Royaume15, de les forcer même à vivre ensemble. Mais ces
plans furent sans cesse ajournés, parce que le Royaume ne pouvait alors fournir les
effectifs militaires nécessaires à une telle entreprise.
11 3. — Dans ce même temps une autre peuplade indigène, les Tobosos16 ennemis jurés des
Espagnols, rôdaient dans la région, attaquant et tuant les voyageurs. Ces brigands
empêchaient toute sécurité de commerce avec Parral. Comme mesure de protection
depuis longtemps on avait établi deux garnisons17, l’une à 60 lieues de Parral dans la
direction de Mexico, l’autre à 30. Chacune comptait 50 soldats pour faire la guerre aux
Tobosos et en finir avec eux. Mais ce petit nombre de gens armés ne suffisait pas contre
les innombrables voleurs qui détroussaient les voyageurs, confisquaient les convois de
mulets employés à traverser les montagnes. Il arrivait parfois que des soldats moins
prudents, séparés de leurs compagnons d’armes, tombaient misérablement dans les
embuscades des Tobosos, leurs ennemis jurés.
12 Pour cette raison, les Gouverneurs hésitaient à faire appel à ces soldats et à les envoyer
ailleurs. Je suis plutôt d’avis que les soldats se refusaient à entrer dans le pays tarahumar
par crainte de provoquer une nouvelle révolte. Les missionnaires durent, en conséquence,
patienter beaucoup, supportant les vices des Indiens et leurs mœurs barbares qu’ils ne
pouvaient pas corriger. Sans aucun Indien pour le servir, le missionnaire devait lui-même
faire la cuisine et chercher sa nourriture pour ne pas mourir de faim18. De plus, il lui
semblait inopportun dans ces circonstances, de demander l’aide des Espagnols ou de leurs
descendants pour le service de la mission, car ceci n’aurait comme résultat que d’exciter
la haine des Indiens, ou tout au moins le soupçon que le missionnaire voulait réintroduire
les Espagnols dans leur pays.
75

13 4. — A cette époque-là, en 1677, deux de nos Procureurs, celui de la Province Mexicaine 19


et celui des îles Philippines, se rendaient fort opportunément à Rome. Arrivés en Espagne,
ils informèrent le Roi20 lui-même et son Conseil des Indes, des récentes conversions des
Indiens dans les îles Mariannes et dans l’Amérique du Nord, en lui faisant voir le besoin
d’y envoyer d’autres missionnaires.
14 En conséquence, le Procureur des Philippines fut autorisé à recruter 40 missionnaires
européens, et celui du Mexique 20 seulement. La raison était qu’au Mexique les vocations
d’Espagnols pour la Compagnie ne manquaient pas, tandis qu’aux Philippines les choses
n’allaient pas de même21.
15 Notre Très Révérend Père Général Gian Paolo Oliva, à Rome, informé de la question par
les deux Procureurs, destina à ces missions plusieurs des volontaires qui s’étaient
proposés à lui ; et comme d’après la volonté du Roi, le tiers des missionnaires pouvait se
composer d’étrangers22, on choisit 12 prêtres germaniques et 8 italiens23.
16 Or, nos missionnaires arrivèrent avec deux jours de retard à Cadix, alors que le vaisseau
venait de quitter le port. Leur retard était dû aux vents contraires qui les avaient rejetés
trois fois du détroit de Gibraltar24. Ils furent donc contraints de rester pendant deux ans à
Séville, attendant pour s’embarquer, car la flotte à destination des Indes Occidentales ne
levait l’ancre que tous les deux ans : une année pour transporter les marchandises
d’Europe, et l’autre pour s’en retourner chargée d’argent25.
17 Ils profitèrent de ces deux ans, comme d’un autre noviciat, pour se préparer aux missions
indiennes26. Mais comme la peste27 faisait des ravages dans la Bétique, le P. Procureur leur
ordonna de rester à Séville, dans le collège Saint-Herménegilde ; en se rendant ailleurs ils
risqueraient la contagion. Malgré ces précautions, deux siciliens, tombés malades, durent
rentrer chez eux ; et un autrichien mourut28. Ces trois missionnaires furent cependant
remplacés par trois autres de l’Andalousie, lorsque le 14 juillet 1680 la nouvelle flotte
partit enfin pour l’Amérique.
18 Le navire dans lequel nos missionnaires partaient29, ayant été le dernier à quitter le port
de Cadix, heurta l’écueil appelé « le Diamant » et rompit sa carène. Avec tant de
passagers, ils auraient certainement fait naufrage, si plusieurs chaloupes ne s’étaient
précipitées à leur secours.
19 Retournés sains et saufs au collège de Cadix, les missionnaires faillirent y être retenus une
seconde fois pour longtemps. Mais, par bonheur, le Marquis de Laguna30, qui était dans la
même flotte, s’apitoya sur leur sort et ordonna aux capitaines des navires de les prendre ;
ceux-ci le firent à regret, prétextant l’étroitesse des navires surchargés. Et c’est de cette
façon que onze missionnaires31, répartis parmi les passagers, abordèrent avec joie les
côtes américaines. De ce groupe, deux seulement étaient destinés au Mexique, les autres
devaient passer aux îles Philippines et aux Mariannes, tandis que le reste de l’expédition
attendit patiemment en Espagne une autre année avant de s’embarquer32.
20 5. — Les deux missionnaires germaniques, arrivés à Mexico33, se présentèrent au P.
Provincial34 qui leur accorda six semaines pour se reposer, et leur laissa choisir la mission
où ils voudraient aller, car toutes les Provinces : Sonora, Sinaloa, Topia et Tarahumara,
demandaient des missionnaires35. Ils choisirent les missions les plus pénibles, parmi les
peuples récemment découverts, où l’on pouvait espérer des plus abondantes conversions.
21 Le P. Provincial les envoya, donc, à la Mission de Tarahumara, avec des lettres de
recommandation pour le Visiteur36 de ces missions. Il y disait que ces deux missionnaires
germaniques étaient capables de faire le travail de douze hommes ! Le Visiteur, se
76

réjouissant de l’arrivée des deux missionnaires qui voyaient leurs désirs réalisés, les
destina aux missions montagnardes de Tarahumara37 où personne n’avait pu persévérer à
cause des rigueurs du froid et de la neige.
22 Cependant l’un des deux, autrichien38, qui avait été autrefois page de sa majesté
l’Empereur Léopold39, ne put supporter le climat et dut être transféré en un lieu plus
doux. Il prit en charge Carichiqui, dont le missionnaire40 venait d’être appelé pour
occuper une chaire à Mexico.
23 Son autre compagnon trouva un champ d’activité très fécond dans la région voisine des
montagnes de Guazapares, où il vécut pendant dix-sept ans41. Il baptisa tous les habitants
dispersés dans ces vallées et les rassembla en deux villages qu’il administrait
consciencieusement42. Ce missionnaire était belge, né à Bruxelles, mais de père allemand.
Celui-ci l’emmena à Vienne, où, ayant fini ses humanités, il demanda et obtint d’être
admis comme jésuite pour la Province de Bohême.
24 Il supportait très bien le froid et la fatigue, en raison de sa bonne constitution physique 43.
Plusieurs Supérieurs de missions le réclamaient ; mais, comme il n’était pas facile de
trouver quelqu’un pour la mission de Sisoguichi, on le laissa à sa grande joie dans ce poste
difficile44. Sisoguichi se trouve à l’extrémité occidentale de la Tarahumara, à 30 lieues de
distance des Guazapares. Les montagnes qui s’étendent entre ces deux missions, et celles
qui regardent vers le midi et le nord, étaient habitées de Tarahumars païens, dont les
huttes se dressaient dans les endroits les plus propices des vallées, ou au long des cours
d’eau.
25 6. — Son compagnon le plus proche habitait Garichiqui, vers l’est, séparé de Sisoguichi par
une distance de 14 lieues. Le missionnaire autrichien qui s’occupait de Caríchiqui, avait
réuni les Indiens en quatre villages45. Mais après deux ans d’apostolat, épuisé par la
maladie46 et ayant pieusement reçu les derniers sacrements, il mourut en 1683, le jour de
la Saint-Etienne47.
26 Six mois plus tard48, venant de Mexico, un Sicilien, le Père Francesco Maria Piccolo,
prenait la relève de ce poste. Il était arrivé d’Europe cette même année avec deux autres
Italiens. Piccolo allait demeurer 14 ans à Carichiqui, avant d’être envoyé aux nouvelles
missions de la Californie, où encore aujourd’hui il se dépense au salut des âmes 49.

CAPUT II. MISSIONES TARAHUMARAE IN PRISTINUM


RESTITUUNTUR ET AUGENTUR1
27 [§ 1] Mansit igitur ad nostram usque aetatem natio haec Tarahumara in sua gentilitate, nec
Hispanis amplias inter illos domicilia figere aut placuit aut concessum fuit, donec Deus
lacrymabilem harum gentium sortem miseratus, earum conversioni sucurrere statuit, destinatis ad
laboriosam hanc vineam duobus e Societate nostra operariis, quorum alter P. Josephus Tarda 2,
Valentinianus, alter P. Thomas Guadalajara3, Angelopolitanus, primi in has partes dein
pervenerunt, amiceque ab indis excepti, universam Tarahumaram perlustrarunt 4, neque morati
sunt Regni Gubernatori5 referre quam in iis gentibus cognoverant missionarios admittendi
voluntatem. Haec ipsemet Gubernator mox perscripsit ad novae hujus Hispaniae Pro-regem, Mexici
residentem ; erat is una tune simul Archiepiscopus mexicanas, loco Ducis Veraguasii, qui primo
mense ab adventu ex [13] Hispania morte ereptus fuerat, Proregis fungens officio, ex Ordine
Eremitarum S. Augustini, vir sane non vulgari doctrina et magno religionis zelo, vitaeque
sanctimonia conspicuus6.
77

28 Hic re intellecta cum ex Gubernatoris, tum ex Patrum epistolis, datis quoque ad Patrem
Provincialem7 litteris significavit quantopere desideraret nationis hujus reductionem,
postulavitque alios insuper sex missionarios in Tarahumaram submittendos ; proinde operariis
octo e Societate nostra subsidium annuum ex regio aerario liberaliter addixit 8.
29 Quare aliis sex9, prioribus duobus adjunctis, universa Tarahumarorum regio inter illos distributa
fuit, sua caique parte assignata ad incultam hanc vineam sedulo excolendam. Ex his quatuor
Europaei erant in Hispania nati, quatuor hujates ex Hispanis, aut eorum filiis progeniti : sed horum
unus invaletudine impeditus10 campum deseruit, cumque corporis incolumitati plus aequo
consuleret, brevi vita excessit. Alii tres ob nationis barbariem exiguamque adhuc christianae fidei
ac baptismi suscipiendi voluntatem, cum modicum laboris fructum sperarent, animum
desponderunt, et ad missiones Pro- [14] vinciae Sonorae 11 tune ab Hispanis ob argenti fodinas
admodum frequentatae transitum petierunt ac impetrarunt.
30 [§ 2] Quatuor solummodo missionariis ultramarinis in Tarahumara perseverantibus, tolerantiaque
sua sensim lucrantibus animos indorum, quorum parvulos initia plurimos baptismo expiarunt,
donec adulti fidei principiis jam satis instructi etiam baptismum expeterent, eodemque fructuose
tingipossent.
31 In quo duos ferme annos consumpserunt quatuor illi operarii qui indos quaquaversus dispersos ad
pagos cogere nondum attentabant, quod rem hanc majoris moliminis esse cognoscerent. Quare ubi
Patres stationem fixerant, aediculas sacras, casasque exstruere coeperunt ; indi vero a Patrum
conspectu longius removere se, alibi tuguria sua ponere, alii antra et speluncas habitare, ne vitia
sua, quibus summopere dediti erant, palam facerent, polygamiam nempe atque crapulam : etenim
symposiis per noctes integras more suo vacabant, in quibus jurgia et lites, hinc homicidia in se
invicem non pauci perpetrabant, mutum in se odium, ultionemque in ejusmodi tempus reservantes,
atque demum nefandos exercebant concu-[15] bitus.
32 Quae ut impedirentur moribusque instituerentur christianis, Patres modis omnibus agendum
judicarunt ut in pagos cogerentur, Gubernatoribus et capitaneis ex eorumdem natione constitutis 12
, iis nimirum qui inter suos plurima valerent authoritate, quorum imperio facilius obtemperarent
reliqui ; missiona,rii vero eorumdem uterentur opera ad indorum regimen reductionesque
faciendas.
33 Sed ab his etiam delusi fuerunt, quod iisdem vitiis perquam laborarent, et in popularium suorum
gratiam non solum ea dissimulare, et Patres celare omnino studerent, sed etiam inter suos ea fovere
; etenim ad externam tantum speciem probitatem prae se ferebant gubernatores, Patribus quidem
se accommodantes, at indorum interim gratiam tolerandis tegendisque eorum vitiis clam
aucupabantur. Est enim gens haec suapte natura ac ingenio vafra ac subdola, a qua nil sinceri
exspectandum, simulator es egregii ; quique inter eos optimi apparent, plerumque pessimi habendi
sunt : alia quippe coram missionariis ad suos dicunt, alia clam et prioribus dictis contraria
inculcant13.
34 Unde cum cacodaemon suis semper habere eos vitiis irretitos labo- [16] ret, exiguus ex adultorum
baptismo hinc fructus emergebat ; nilque omnino praeter christianitatis speciem prae se ferebant,
cum fides aut tenues aut prorsus nullas in iis radices ageret. Et quoniam indi suopte ingenio
admodum varii sunt et mutabiles, eorum non pauci post susceptum baptismum ad antiquam
sylvam redibant.
35 Qua de causa pauci missionariorum, quamvis subinde alii Mexico submitterentur, in excolendam
hanc vineam animos sumebant, quod labori fructus respondere non videretur14 ; cumque
impossibile existimaretur ad vitam christianam hos indos adducere, nisi ad pagos ante
reducerentur, saepius actum fuit cum Regni gubernatore15, quomodo vel inviti ad id
78

compellerentur. Sed cum Regnum milite armato ad hanc expeditionem necessario destitutum esset,
effectu tunc quidem caruit consilium et in aliad tempus differendum fuit.
36 [§ 3] Per id tempus grassabantur Tobozi 16, alterius nationis indi, qui uti erant Hispanis
infensissimi, in viatores latrocinia homicidiaque passim exercebant, ut proinde tutum cum
Parralensibus commercium praedones illi plane impedirent. Et quamvis ad commeandum
securitatem et tutelam duo mili- [17] tum praesidia 17, alterum sexaginta leucis Parralio dissitum
Mexicum versus, alterum leucis triginta, unumquodque quinquaginta constans militibus, quitus
suus praeest praefectus, jam dudum posita essent ad bellum Tobozis inferendum eosque ad
internecionem delendos ; non satis tamen erat tam exiguus numerus armatorum adversas tantam
latronum multitudinem, nec ad viatorum comitatum, nec ad mulorum mandras, quibus in
montanis his regionibus transvehuntur, a Tobozorum incursa vindicandas ; quippe militum
nonnulli cum in reditu minus cauti a commilitonibus se disjungerent, praedonum illorum manibus
misere peribant, quod in milites praesertim hispanos implacabili essent odio.
37 Quare Regni Gubernatores negabant hosce praesidiarios aliam in rem a se adhiberi posse. Sed
vertus existimo eosdem in Tarahumaram redire renuisse, novae nimirum rebellionis metu
excitandae ; ande missionariis multa tunc opus fuit patientia in indorum vitiis, quae corrigere non
poterant, tolerandis sufferendaque eorum barbarie ; quippe destituti non raro omni indorum
famulatu et ope domestica, ipsi sibimet cibos quaerere [18] et coquere cogebantur, ne fame
interirent18. Neque enim consultum eis videbatur, primis illis temporibus, Hispanorum aut ex
iisdem progenitorum uti famulitio, ac in missiones inducere, ne indorum odium vehementius in se
concitarent, aut saltem novam moverent suspicionem, quasi iterum Hispanos in eorum fines
introducere attentarent.
38 [§ 4] Ea tempestate, anno nempe 1677, Procuratores nostri ex hac mexicana Provincia 19, et ex
Philippinis Insulis Romam peroportune missi fuerunt, qui, ubi in Hispaniam advenerant, Regem 20
ipsum ejusque Consilium Indicum novas indorum conversiones cum in Insulis Marianis, tum in hac
America septemtrionali factas edocuerunt, novisque missionariorum suppetiis opus esse
demonstrarunt.
39 Qua de causa facultas eis data fuit, Procuratori quidem Philippinarum quadraginta omnino socios
ex Europa colligendi ; Procuratori vero Mexicano concessi alii viginti, quod non pauci in hanc
Provinciam ex Hispanis progeniti in Societatem nostram admittantur, in Philippinis non item 21.
40 Hoc autem cum Admodum R. P. N. Joanni Paulo Oliva, ubi Romam venerant, retu- [19] lissent, is ex
variis Europae Provinciis socios designavit, eos nimirum qui ad Missiones Indicas ultro sese
obtulerunt ; et quoniam annuente Rege tertia missionariorum pars exterarum nationum esse
poterat22, ex Germania duodecim, ex Italia octo, eosque sacerdotes omnes concessit 23.
41 Sed cum biduo post ciassem hispanicam in Indias expeditam, in portum Caditanum appulissent,
quod vento adverso ter a freto Herculeo24 fuissent repulsi ; Hispali toto omnino biennio expectare
debuerunt alterius classis expeditionem, cum quovis duntaxat biennio ad has Indias expediri soleat
: quippe altero anno europaeas merces in Indias transvehit, altero vero argento onusta revertitur 25
.
42 Porro hoc novi operarii biennio velut altero tyrocinio se ad missiones indicas compararunt 26. Et
quoniam per alia Baeticae loca pestis27 passim grassabatur, in Hispalensi collegio D. Hermenegildo
sacro a Procuratore detenti fuere, ne forte aliquos eadem Baeticae lues extingueret, si quando per
alia Provinciae collegia dispergerentur. Et quamvis siculi duo morbi causa ad suos redierint, et
Austriacus unus morte fuerit sublatus28, tres alii ex Provincia Baetica prioribus tribus suf- [20]
fecti sunt anno 1680, die 14 julii classe denuo in Indias solvente.
79

43 Sed cum navis qua missionarii vehebantur29, postrema e portu Caditano egrederetur, inscopulum
quem Adamantem dicunt impingens, acrupta carina naufragium certo passa fuisset, eodemque
periissent vectores fere omnes, nisi protinus scaphae complures ad opem ferendam e portu
advolassent.
44 Igitur missionarii hoc erepti naufragio et in Collegium Caditanum reducti, periculum erat ne denuo
in Hispania detinerentur, nisi novus Indiarum Prorex Marchio de Laguna30, qui eadem classe
vehebatur, eorum sortem miseratus, reliquarum navium praefectis imperasset, in easdem eos
recipere ; quod quamvis aegre facerent ob navium oppletarum angustias, missionarii tamen
undecim31 per easdem distributi feliciter in Indias pervenerunt ; quorum duo solum pro hac
Provincia Mexicana, reliqui pro Insulis Philippinis ac Marianis designati fuere, aliis qui in Hispania
remanserant, anno subsequenti alioque navigio adductis32.
45 [§ 5] Porro hi duo ex Germanis ubi Mexicum pervenerant 33 seseque obtulerunt Patri Provinciae
Moderatori34, sesquimense illis ad quietem dato, siquidem variae [21] in Provinciis Sonorae,
Cinaloae, Topiae ac Tarahumarae Missiones vacabant, nec tot socii aderant quot ad easdem
occupandas opus erat35, optio eis facta fuit ubi harum aliquam adirent. Qua optione facta eas
expetierunt missiones ubi plus laboris ac fructus ex novis tunc convertendis gentibus sperabatur ;
unde in Tarahumaram missi fuerunt, cum Provincialis ad missionum illarum Visitatorem36
commendatitiis litteris, quibus significabat hos duos Germanos aliorum duodecim partes explere
posse. Horum demum adventu laetus Visitator, voti compotes factos ad montanas Tarahumarae
missiones destinavit37, in quibus sociorum nemo ob frigorum niviumque duritiem hactenus
perseverare poterat.
46 Sed cum horum alter, Austriacus38 nempe Augustissimi Leopoldi Imperatoris quondam Ephebus 39,
adversa illic valetudine laboraret, in aurae mitioris missionem transferendus fuit, jussusque
Carichiquium administrare, cujus missionarius41 ad cathedram Mexici exercendam revocaretur.
47 Alter in confinibus montanorum Guassapariensium, ubi septemdecim omnino annos perseveravit 41
, campum laborum nactus longe feracissimum : omnes [22] quippe gentes per valles illas late
dispersas sacro fonte expiavit et in duos reduxit pagos, quos sedulo constanterque administravit 42.
Erat is Belga, patriaque Bruxellensis, patre lamen Germano natus, a quo Viennam ductus, ibique
absolutis humaniorum studiis, in Provinciam Bohemicam admitti voluit et admissus est.
48 Erat vir Ule frigoris laborisque apprime patiens iisque jam incommodis a natura sua comparatus 43
; et quamvis missionum moderatores eum saepius alio expetierint, quia tamen pro ardua illa
missione Sisogiziensi non eral eis facile alium quemquam aptum ac stabilem reperire, pro suo eum
voto ibidem reliquerunt44. Sita est haec missio in finibus Tarahumarae Occidentem versus, et
triginta distat leucis a Guassaparensibus. Porro totus Ule montium tractus, qui medius interjacet, a
gentilibus sparsim habitabatur, ubi valles, rivulique commodiorem tuguriis locum dabant ;
montana quoque ad meridiem seplentrionemque ver gentia a T arahumaris gentilibus
incolebantur.
49 [§ 6] Neque alius erat vicinior huic socius, quam Karizikiensis Orientem versus, quatuordecim
leucarum spatio a Sisogiziensi disjunctus. Hanc porro Karizi [23] kiensem postquam in quatuor
pagos45 rede gerat Austriacus ille missionarias totoque excoluerat biennio, mense decembri, ipso
festo S. Stephani die46, morbo confectus47 omnibusque munitus sacramentis, pie e vita discessit
anno 1683.
50 Cui, semestri elapso48, alius successit Mexico submissus : Pater Francisais Maria Piccolo, Siculus,
qui cum aliis Italis duobus eo anno ex Europa advenerat. Is annis quatuordecim Missionem
Karizikiensem excoluit, donec novas Californiae missiones expetens, eodem transmissus est, in quo
quidem marítimo animarum campo etiamnum strenue desudat49.
80

NOTES
1. La mission de Tarahumara avait été interrompue depuis la mort du P. Basile en 1652 jusqu’au
mois d’octobre 1673. Les pionniers de cette nouvelle mission, appelée San Joaquín et Santa Ana,
furent les PP. Fernando de Barrionaevo et Juan Manuel Gamboa. Ils entrèrent chez les Tarahumars en
novembre 1673 ; mais Barrionuevo, étant tombé malade, fut remplacé en décembre 1673 par le P.
Tardá. En 1675 Gamboa malade à son tour, fut remplacé par le P. Guadalajara, qui arriva le 14
août 1675 [Mex. 17, ff. 339v-340, 342v, 357, 361 ; Mis. 26, f. 225v ; ABZ, III, 322-323]. Barrionuevo
mourut à Querétaro le 8 juillet 1686, et Gamboa à Mexico le 13 mars 1721 [Hist. Soc. 50 : f. 115].
2. José Tardá né vers 1645 à Marquisanes (Valencia), Espagne, entra comme Jésuite en 1666 et fit
ses études à Mexico. Il fut missionnaire de Tarahumara de décembre 1673 jusqu’en 1684. De 1677
à 1681 Supérieur de la Mission, et de 1681 à 1684 son Visiteur. En 1684 il fut nommé Recteur de
Pátzcuaro, en 1687 de Oaxaca, et en 1690 Procureur à Rome [ABZ, III, 323, note 30 et sources
citées] ; mais il mourut « in mari » le 5 août 1690 [Hist. Soc., 49, f. 147v].
3. Tomás de Guadalajara né à Puebla de los Angeles, Mexique, en 1648, entra chez les Jésuites le 17
décembre 1667. Missionnaire dans la Tarahumara de 1675 à 1720 ; il y fut Recteur de 1681 à 1684.
Il fit sa profession religieuse avec les PP. Celada et Neumann à Matachi, le 15 août 1681. De 1685
à 1690 il fut recteur de Parral. De 1696 à 1699 il fut de nouveau Recteur de la Tarahumara
inférieure et mourut à San Jerónimo Huejotitlán le 6 janvier 1720 [ NEUMANN, 1682 ; Patr. 236, f.
168v ; Guad. 156, ff. 457-459, 579-586 ; DUNNE, 1948, pp. 163-164 ; DUNNE, 1941, pp. 272-287 ;
SOMMERVOGEL, III, col. 1897].
4. On peut lire le détail de ces itinéraires et des débuts de leur mission, dans deux rela¬ tions fort
intéressantes et riches en renseignements [Mis. 26, ff. 216-225v ; Mex. 17, ff. 356-392].
5. Le Maestre de campo Don José García de Salcedo, Gouverneur de la Nouvelle Biscaye du 14 juin
1670 à 1676 [SCHAFER, II, p. 545]. En décembre 1675 le P. Guadalajara, accompagné de Don Pablo,
capitaine général des Tarahumars et de 68 indiens, se rendirent à Parral pour demander des
missionnaires. Salcedo envoya alors le Capitaine Protecteur des Tarahumars, Nicolás Caro, pour
une tournée d’information, dont les résultats furent communiqués à l’Archevêque Vice-roi [Mex.
17, ff. 369-370, 372v-373]. D’autre part le Visiteur des Missions, Bernabé Francisco Gutiérrez,
écrivait au P. Provincial Francisco Jiménez, lui demandant au moins 4 missionnaires [Mis. 26, f.
225v ; Guad. 147, Rapport, Durango, du 12 mars 1677]. Mais Tardá et Guadalajara disaient qu’il
fallait envoyer plus de six missionnaires [Mex. 17, f. 391v].
6. Don Pedro de Colón y Portugal, Duc de Veraguas, Marquis de Jamaica, Amiral des Indes, Vice-
roi du 8 au 12 décembre 1672. Son successeur par interim fut Fray Payo Enríquez de Rivera, du 12
déc. 1672 à 1680 [SCHAFER, II, p. 440]. Sur la législation concernant les Vice-rois, voir : RECOPILACION,
Livre III, titre 3.
7. Tomás Altarairano, Provincial du 20 juillet 1676 au 31 juillet 1680 [ABZ, IV, 14*].
8. L’allocation que l’Etat espagnol accordait alors à chaque missionnaire, était de 300 pesos [Mex.
17, f. 299 WELT-BOTT, no 28, p. 81] ; qu’on déposait à Mexico chez le P. Procureur des missions. Les
missionnaires s’adressaient à lui pour leurs commandes annuelles [Ibid.., f. 330rv, 502 ; NEUMANN,
1693b, f. 19]. Sur l’ensemble d’allocations royales faites aux missionnaires jésuites dans le
Nouveau Monde et dans les Philippines [ASTRAIN, VI, pp. 375-381, 849-857 ; RECOPILACION, livre I,
titres 14 et 15, Sur les religieux ; Livre VI, titre 4, loi 15].
81

9. C’étaient les PP. Francisco de Celada, à San Borja ; Francisco de Arteaga, à Nonoaba et Humarisa ;
Diego Ruiz de Contreras, à Carichí ; Antonio de Oreña, à Sisoguichi ; José de Guevara, à San Bernabé et à
Temeichi ; et Nicolás Ferrer, à Papigochi [Mex. 17, f. 404rv ; Mis. 26 : f. 246].
10. Il s’agissait du P. Nicolás Ferrer né à Acámbaro, Mexique en 1645, Jésuite depuis 1662, qui passa
au poste de Nabogame où il mourut le 12 juillet 1679 [Mis. 26, ff. 268v-269 ; Hist. Soc. 49, f. 197v ;
Mex. 5, fl. 81, 53v, 112v, 162, 196v].
11. Le P. Oreña passa aux missions de Sonora et Sinaloa, et y mourut entre 1684 et 1686 [Mis. 26, f.
257v]. Il était né à Santander vers 1647, et arriva au Mexique en 1665, encore étudiant de
philosophie, avec 17 autres compagnons conduits par le P. ProcureurLorenzo de Alvarado. Il fit sa
profession religieuse le 15 août 1681 [Mex. 5, il. 108, 116, 154v, 188v, 197, 238v ; Mex. 8, ff. 296, 304,
309, 315]. Le P. Diego Ruiz de Contreras, de Guatemala, passa au Mexique et mourut le 16 juin 1683,
âgé de 48 ans [Mex. 5, il. 115, 153, 188v, 199v, 248v, 285, 372, Mex. 8, fï. 304, 307]. Le P. José Sánchez
de Guevara, de Puebla (Mexique) passa d’abord au poste de Sisoguichi, et après à celui de S.
Jerónimo Huejotitlán où il mourut le 22 octobre 1683, âgé de 29 ans. [Mex. 5, fï. 158, 200, 236, 294v,
372 ; Mex. 8, f. 304]. Donc il ne resta en Tarahumara que les PP. Tardá, Guadalajara, Arteaga et
Celada, auxquels vint s’ajouter en 1679 le P. Bernardo Rolandegui pour Carichi.
12. Au début, les missionnaires entrés sans escorte militaire, nommaient les autorités indigènes :
gouverneurs, capitaines, fiscales etc. [Mex. 17, f. 386v ; Mis. 26, fï. 218v, 238]. Mais les indiens aussi
élisaient leurs chefs [Ibid., f. 238 ; Patr. 236, f. 386v], parfois frauduleusement [Mis. 26, fï. 216,
238v ; Mex. 17, fï. 361v-362]. Les autorités espagnoles conféraient aussi aux indiens les différentes
responsabilités, notamment celle des gouverneurs, pas toujours avec l’accord des missionnaires [
Patr. 236, ff. 156, 173, 431, 583, 590, 592v-595, 695v, 652v etc.]. Il y eut deux tendances : ceux qui
voulaient laisser la nomination des autorités indigènes aux missionnaires, ceux qui s’y
opposaient [Pair. 236 (V), 74v-75, 39v, 47 ; ibid., (VI), 46-47v]. Sur l’ensemble des autorités
indigènes dans les missions [Cf. Mex. 17, fï. 195v-196v ; 380v, 502rv ; PFEFFERKORN Treutlein,
pp. 266-283 ; DHM, 3e série, 593-596, 643-651, 728-729, 734-737, 743].
13. Neumann nuance ce jugement ailleurs, dans cet ouvrage et dans différentes lettres [voir infra,
pp. 126-127, note 169 ; NEUMANN, 1682, f. 4 ; 1686, f. 1 ; 1693 c, f. 1].
14. Sur les difficultés d’évangélisation et le manque de missionnaires, Neumann parle maintes
fois au cours de cet ouvrage, et dans sa correspondance [Cf. NEUMANN, 1686, f. 1 ; 1693 c, ff. 2v-3v].
15. En 1676, dès le 23 avril, Don Martín de Rebollar était le Gouverneur de la Nouvelle Biscaye.
En 1677 Don Lope de Sierra y Osorio lui succéda, et de 1678 à 1682 Don Bartolomé de Estrada
[SCHÄFER, II, p. 545 ; Mex. 17, f. 391 v ; Guad. 29, lettre de Salcedo au Roi, Durango, le 30 avril 1676].
16. Les TOBOSOS, aujourd’hui disparus, étaient des Indiens nomades, voleurs et mangeurs de bétail
et de bêtes de somme, assaillant les voyageurs et les commerçants, et parfois même
anthropophages. On les situait généralement à l’Est de l’Etat de Chihuahua et à l’Ouest de
Coahuila, dans la zone aride du Bolsón de Mapimi, aux alentours du chemin allant de Durango à
Parral. On les considère comme appartenant à la famille linguistique Athapascane, peut-être au
sous-groupe des Apaches-Lipanes. Le nom de Tobosos, comme d’ailleurs celui des indiens
Conchos, collectivement désignait plusieurs tribus. Nous avons des renseignements concernant
plusieurs soulèvements et incursions des Tobosos, en 1644-1645 au Nord de Durango et au Sud de
Chihuahua, en 1678 entre Durango et Parral, en 1724 au Nayarit. On peut dire queleur rayon
d’action s’étendait à une partie des actuels Etats de Chihuahua, Durango, Coahuila, Nuevo León et
Nayarit. Toutefois on réussit à dominer certains groupes Tobosos et à les établir à San Francisco
de Conchos. Le Général Retana s’en servit dans ses campagnes de pacification [NEUMANN, 1681,
1686, 1693b ; SAUER, 1934, pp. 56, 63 ; BEALS, 1932, carte ; KROBBER, 1953, pp. 126, 129, note 54,
BANDELIER II, pp. 210, 212, 218, 324, 390, 392, 400, 404 ; OROZCO Y BERRA, 1864, pp. 308-309 ; ABZ, IV,
70, 293, 307, 310-311 ; Guad. 152 : « Expediente sobre los indios Tobosos y sus aliados : 1694-1698].
82

17. Le presidio de Santa Catalina de Tepehuanes, à 70 lieues de Parral, fut fondé vers 1622 ; celui
de San Miguel de Cerro Gordo, à 24 lieues de Parral, fut fondé en 1648 avec une garnison de 24
soldats. Ce dernier presidio était sur la route allant de Parral à Mexico. En 1649 il y avait 5 presidios
pour la défense de la Nouvelle Biscaye : San Hipólito, Santa Catalina, Cerro Gordo, San Sebastian,
Sinaloa [BANDELIER, II, 162 ; Guad. 29, lettre du 3 mai 1649 du Gouverneur Guajardo au Roi]. En 1667
le présidio de Santa Catalina se composait d’un Capitaine et de 10 soldats ; celui de Cerro Gordo
d’un Capitaine et 24 soldats ; celui de Sinaloa d’un Capitaine et 44 soldats [Ibid., lettre du
Gouverneur Oca y Sarmiento au Vice-Roi Marquis de Mancera, Parral le 19 mars 1667]. Après
1667 on fonda les présidios de Nuestra Señora de El Pasaje et San Pedro. El Gallo. Enfin, en 1685,
ceux de San Francisco de Conchos, de Janos et de San Juan Bautista de Sonora, chacun avec 50
arquebusiers. On comptait, donc, pour défendre la Nouvelle Biscaye en 1697, sur 300
arquebusiers, y compris 50 de la « compagnie de campagne » [Guad. 156, ff. 1043-1049v ; Guad :
« Expediente sobre la fundación de 4 presidios... » : 1685-1689 ; RECOPILACION, livre III, titre 9,
Dotacion de presidios]
18. Les missionnaires, y compris Neumann, connaissaient par expérience ces situations
[NEUMANN, 1682, ff. 4, 14, 15].
19. Le Procureur du Mexique était le P. Juan de Monroy [ABZ, IV, 56 note 7].
20. Carlos II, majeur depuis 1675, fils de Marie-Anne de Neubourg. En 1679 il épousa Marie-Louise
d’Orléans en premières noces, et en 1689 Anna de Neubourg [SAGNAC et SAINT-LEGER, 1949, pp. 181,
244, 388, 452 ; IBARRA, 1955, pp. 432-438].
21. D’après Gerstl il y avait 45 missionnaires pour les Philippines, et 25 pour le Mexique [ WELT-
BOTT, 31, p. 91]. Un premier groupe arriva au Mexique le 15 octobre 1678 [ABZ, IV, p. 56, note 7] ;
le second le 10 octobre 1680 [WELT-BOTT, no 28, pp. 80-81] ; le troisième le 3 mai 1681 [Ibid., 30,
p. 88 ; 31, pp. 91, 102].
22. Le problème de l’admission des missionnaires étrangers dans les territoires de la couronne
espagnole, est longuement étudié par ASPURZ [pp. 168-276]. On peut très succinctement résumer
ainsi l’admission des Jésuites étrangers : a) Jusqu’en 1615 on n’admettait que les Italiens, b)
De 1614 à 1654 un certain nombre d’étrangers lurent admis avec plus ou moins de difficulté. c)
De 1654 à 1664 on interdit totalement le passage aux missionnaires étrangers. d) A partir du 10
décembre 1664 on accorda de nouveau l’autorisation aux Jésuites étrangers de passer aux Indes ;
d’abord ils pouvaient former un quart de chaque expédition, puis en 1695, la moitié, et en 1707
les deux tiers [Op. cit. ; HUONDER, 1899, pp. 9-44 ; RECOPILACION, Livre IX, titre 27, sur les étrangers].
23. Voici les noms des 20 missionnaires : de Angelis, Borango, Borgia, Boruhradsky, Calvanese,
Christmann, Cuculinus, Gerstl, Fischer, Klein, Kerschpamer, Kino, Mancker, Neumann, Ratkay,
Revell, Strobach, Tilpe, et deux siciliens malades qui retournèrent chez eux, les PP. Cali et
Castrogiovanni [WELT-BOTT, 28, pp. 77-78 ; 30, p. 85 ; 31, pp. 93, 100-101 ; KINO, 1678].
24. Dans la géographie ancienne Gibraltar s’appelait le détroit d’Hercule, car ce héros fils de Zeus
et d’Alcmène, en plus des « douze travaux », sépara les montagnes de Calpe (Gibraltar) et d’Abyle
(Ceuta), qui formaient le promontoire de Gibraltar, et qui furent appelées les « Colonnes
d’Hercule ». Sur ce voyage mouvementé des missionnaires, de Gênes à Cadix, Bolton nous donne
un bon récit, puisé aux meilleures sources : la correspondance des missionnaires et le journal de
bord du P. Kino [BOLTON, 1936, pp. 39-50].
25. Sur le commerce entre l’Espagne et ses possessions d’Outre-mer, la bibliographie est très
riche. Il y a des ouvrages de vulgarisation [HARING, 1939] et des études extrêmement fouillées et
définitives [CHAUNU, 1955 et ss.].
26. D’autres compagnons de Neumann nous parlent aussi de leur séjour forcé en Espagne, surtout
à Séville de leurs occupations et de leurs voyages faits, [WELT-BOTT, 28, p. 79 ; 31, pp. 91-99).
27. Gerstle nous parle aussi de la peste qui sévissait alors en Espagne [WELT-BOTT, 31, pp. 93, 101].
83

28. Il s’agissait du P. Mathias Fischer, victime d’après Gerstl d’une brutale saignée, ou bien il
guérissait ou bien il mourait [Ibid., p. 93]. La saignée était, en effet, à cette époque, le remède le
plus en vogue [MEURISSE, 1686]. Les Siciliens étaient les PP. Cali et Castrogiovanni [Voir supra, note
23].
29. C’était le bateau « Nazarena », à bord duquel se trouvaient, depuis le 7 juillet, 23
missionnaires : 18 pour les Philippines et 5 pour le Mexique. Ce jour-là, le nouveau Viceroi de la
Nouvelle Espagne, le Marquis de la Laguna, monta aussi dans le bateau Capitana. Le 11 juillet enfin
toute la flotte de quelque 23 navires quitta le port de Cadix. Le Nazarena, le dernier, heurta
l’écueil Diamante, et étant en grand danger de naufrage, on appela au secours à coups de canon.
Vers 21 heures les malheureux furent ramenés à terre. Sans perdre l’espérance de pouvoir de
nouveau s’embarquer, les missionnaires, réveillés vers 2 heures du matin, après maintes
démarches auprès de la Casa de Contratación et des capitaines des navires, on réussit à embarquer
11 missionnaires qui, dans des chaloupes, allèrent retrouver les bateaux sur la mer. Le 14 juillet,
après trois jours en vue du port, ils s’engagèrent finalement dans la haute mer. [ WELTBOTT, 28 :
pp. 77-79 ; AMICH, 1956].
30. Don Tomas Antonio de la Cerda Enríquez Afán de Rivera, Conde de Paredes. Marquis de la
Laguna, Vice-roi du 6 mars 1680 à 1686 [SCHAFER, II, p. 440].
31. Voici comment on distribua les 11 missionnaires : dans le premier bateau les PP. Borgia et
Calvanese, dans le troisième le P. Supérieur Sarzosa, Mancker, Tilpe et le Frère Boruhradsky,
dans le quatrième le P. Borango, dans le cinquième, appelé Santiago, les PP. Ratkay et de Angelis,
dans le sixième les PP. Strobach et Neumann [WELT-BOTT, 28, pp. 77-78 ; 30, p. 85 ; 31, pp. 100-101].
Neumann et Ratkay étaient destinés au Mexique.
32. Furent contraints à rester encore en Espagne, les PP. Christmann, Cuculinus, Gerstl,
Kerschpamer, Kino, Klein, Revell, plus 3 novices et 1 étudiant. Ceux-ci s’embarquèrent le 27
janvier 1681 et arrivèrent le 3 mai à Veracruz, la veille de l’Ascension à Puebla, et six jours plus
tard à Mexico [WELT-BOTT, 31, pp. 101-102 REVELL, 1681].
33. Neumann arriva à Veracruz le 15 septembre 1681, au début d’octobre à Puebla, et le 10
octobre à Mexico, d’où ilpartira avec Ratkay le 17 ou 18 novembre vers le Nord du pays. Ils
arrivèrent à la mission de S. Ignacio Coyachi, dans la Tarahumara, le 1 er février 1681. Sur
l’itinéraire de Cadix à Mexico, nous avons le récit de Ratkay [WELTBOTT, 28 pp. 79-81]. Sur la suite
de leur voyage jusqu’à la Tarahumara on peut consulter le récit de Ratkay [Ibid. 29, pp. 81-82] et
celui de Neumann [NEUMANN, 1681].
34. Bernardo Pardo, Provincial du 20 sept. 1680 au 11 sept. 1683 [ABZ, IV : 14*].
35. Revell nous donne une idée de l’état de la Province Mexicaine de la Compagnie de Jésus
en 1681 : « Numerat universa Provincia 388 personas, collegia 20, missionum Superiores 15,
missionarios 88, qui omnes (exceptis 4) singuli vivunt » [REVELL, 1681].
36. C’était le P. José Tardá, résidant à Coyachi [WELT-BOTT, 29, p. 81] et dont nous avons parlé au
début du chapitre II [Voir supra pp. 22-23, notes 1, 2, 4].
37. Arrivés à Coyachi le 1 er février 1681, Ratkay part le lendemain à Yepómera [WELTBOTT, 29,
p. 82] et à Tutuaca [Mex. 17, f. 501v]. Neumann reste tout le mois de février à Coyachi pour
s’initier à la langue, part au début de mars pour Carichî, et accompagné du P. Bernardo
Rolandegui, arrive le 7 mars à Sisoguichi, où il restera 17 ans [NEUMANN, 1682, ff. 2-3].
38. Johannes Maria Ratkay, né le 13 novembre 1647 à Velik Tabor, Croatie, anciennement une
partie de la Hongrie, de population slave, fut admis dans la Compagnie de Jésus le 13 novembre
1664. Il appartenait à la famille des Comtes von Ratkay, et fut page de l’Empereur Léopold l er.
Avant de partir pour le Mexique, Ratkay rendit encore une fois visite à l’Empereur en avril 1678 ;
celui-ci lui dit toute sa joie de le recevoir, lui offrit une belle montre et un cadeau en argent pour
lui et ses cinq compagnons autrichiens. Il fit tout le voyage, de Gênes jusqu’à la Tarahumara, en
compagnie du P. Neumann. La vie missionnaire de Ratkay ne dura que deux ans et dix mois, aux
84

postes de Tutuaca, San Xavier et Carichî. Outre quelques lettres fort intéressantes, il nous laissa
une très complète relation de la Tarahumara, accompagnée d’une excellente carte [Mex. 5, ff.
294v, 323, 372 ; Mex. 8, 308, Mex 17, ff. 494-505v ; Hist. Soc. 150, FG, 24, 297 ; RATKAY, 1680, pp. 77-81 ;
1681, pp. 81-84 ; SOMMERVOGEL, VI : col. 1488).
39. Léopold 1er, né à Vienne en 1640, empereur germanique de 1658 à 1705. Il accepta la paix de
Nimègue (1679), entra dans la ligue d’Augsbourg (1686), signa le traité de Ryswick (1697), et
engagea l’Allemagne dans la guerre de succession d’Espagne (1700). [Cf. LAROUSSE, 1961, p. 1491].
40. Bernardo Rolandegui, né à Saragosse en 1648, entre chez les Jésuites en 1665. Nous le trouvons
dans la Tarahumara de 1678 à 1687. En 1681 il fut en effet appelé à Mexico, mais retourna peu
après aux missions. De 1684 à 1687 il fut Supérieur de la Tarahumara, Recteur de Guadalupe,
en 1687 recteur du collège de San Luis Potosí, en 1690 de celui de Pátzcuaro, en 1693 de celui de
Querétaro, en 1696 du collège S. Ildefonso de Puebla, et enfin Provincial. Il mourut le 3 novembre
1707 [Mex. 5, ff. 116, 155, 188v, 198, 241, 294v, 339v ; Mex. 6, f. 151 ; Mex. 8, ff. 296, 302v, 308v, 314v,
319, 324, 329v, 333v ; Hist. Soc. 50, f. 76v ; NEUMANN, 1682, f. 2].
41. De 1681 à 1697.
42. Sisoguichi et Echoguita, appelé aussi Bocoina. Sur les premières activités de Neumann, on
peut lire sa lettre de février 1682, pp. 1-15.
43. Dans sa lettre du 15 janvier 1678, Neumann renseignait le Très R. P. Général Gian Paolo Oliva
sur les motifs qui le poussaient à lui demander d’être envoyé aux missions. Quant à sa santé, il
ajoutait : « vires habeo bonas atque robustas, nullaque corporis infirmitate umquam debilitatas ;
itineribus ab infantia propemodum sum assuetus » [F. G., XXV, 126].
44. Neumann toutefois évoque les difficultés de son apostolat, et plus d’une fois demande au P.
Provincial de l’envoyer ailleurs [NEUMANN, 1693b, et 1693c].
45. Les quatre villages de la mission de Carichí étaient : Jesús Carichí, Nuestra Señora del Pilar de
Bacaburéachi, Santo Angel de la Guarda de Pasigochi, et San Luis Gonzaga de Tajírachi [Patr. 236,
f. 382].
46. Le bruit avait couru que Ratkay avait été empoisonné [POLGAR, p. 161, n o 1502 ; SOMMERVOGEL,
VI, col. 1488]. Neumann qui l’assista dans sa dernière maladie, dément formellement ces rumeurs
[NEUMANN, 1686, f. 2v ; 1684, ff. 54-58v].
47. Le 26 décembre 1683. Plusieurs auteurs se trompent en donnant le 23 mars comme la date de
la mort de Ratkay.
48. Piccolo écrit au T. R. P. Général, de Carichí le 20 avril 1684. Les deux Italiens, compagnons de
voyage de Piccolo, étaient les PP. Orazio Pogliese (Pollisi) et Giuseppe Stassi [BURRUS, 1955,
pp. 65-66, notes 12-15 ; ABZ, IV, p. 250, note 16].
49. Piccolo quitta la mission de Guadalupe, Chínipas, le 7 novembre 1697, et arriva en Californie,
à la Baie de San Dionisio, le 23 du même mois. Il mourut le 22 février 1729, dans la mission de
Santa Rosalía, Californie, après 45 ans de vie missionnaire [Guad. 156, f. 572 ; BURRUS, 1955, pp. 68,
75].

RÉSUMÉS
1. — Les pionniers. José Tardá et Tomás de Guadalajara. Envoi de six nouveaux missionnaires. 2.
— Psychologie tarahumare et autorités indigènes. 3. — Les indiens Tobosos et le commerce de
85

Parral. 4. — Nouveaux renforts. Joseph Neumann et Johannes Maria Ratkay : premières


activités.5. — Mort de Ratkay et arrivée de Gian Maria Piccolo.
86

Chapitre III. Les Guerrillas au nord-


ouest Mexicain (1685-1692)*

1 1. — Deux Indiens de la Sierra de Guazapares qui servaient alors1 au P. Nicola de Prado


dans la Mission de Chinipas, de domestiques et de chanteurs, abandonnèrent leurs
femmes et s’enfuirent dans les régions de la Tarahumara. Quelques mois durant ils y
vécurent cachés, mais découverts, on les renvoya chez eux. Peu après, ils complotaient à
Chinipas une conspiration, en sachant bien ce que les Tarahumars en pensaient. Pour
cette raison et avec l’espoir d’une vie plus libre, ils essayèrent de convaincre leurs
concitoyens d’abandonner le village2 la nuit qui leur serait fixée.
2 Le jour du rendez-vous, lorsque tous ensemble s’apprêtaient à fuir, un indien plus fidèle
en avertit le missionnaire, et l’on fit avorter le plan. Les deux indiens, reconnus comme
chefs du plan échoué, furent mis à la disposition du Gouverneur de la Province de Sinaloa
qui en était en même temps le chef militaire3 . Au cours de l’interrogatoire ils déclarèrent
que les Tarahumars et les peuples voisins tramaient une rébellion ; et que lors de leur
propre fuite au pays tarahumar ils les avaient persuadés de faire partie de la sédition. Ce
faisant, les Indiens de Chinipas retrouveraient leur ancien mode de vie, car les
Tarahumars leur avaient promis de les libérer du joug des missionnaires et des Espagnols,
soit par le meurtre soit par la mise en fuite de ceux-ci.
3 Ayant ainsi confessé leur culpabilité, le Gouverneur les condamna à mort comme
complices de rébellion, et ordonna peut-être moins sagement, étant données les
circonstances, que l’exécution fût rendue publique.
4 Il fit parvenir ensuite au Gouverneur du Royaume4 les actes authentiques de ce procès,
d’après les dépositions des accusés ; mais le Gouverneur les rejeta comme étant des fables,
car les Tarahumars ne semblaient point s’agiter pour le moment et aucun indice de
rébellion ne se faisait jour. On supprima purement et simplement les actes, négligeant la
poursuite des recherches.
5 2. — A cette même époque la flotte espagnole5 amenait de nouveaux missionnaires
d’Europe, trois Bohémiens et trois Italiens6 destinés à la Tarahumara. Avec ces renforts
notre mission pouvait compter sur 14 compagnons7 , qui, travaillant sans relâche dans ce
champ d’apostolat, embrassaient même les nations les plus éloignées qui l’entouraient.
87

6 En 1684 les Espagnols avaient découvert des mines aux alentours de Coyachi, et en 1687
des gisements encore plus riches dans les montagnes de Cusihuiríachi, à 50 lieues de
Parral, d’où l’on extrayait une grande quantité d’argent. La renommée de ces mines
provoqua une véritable ruée d’Espagnols, de sorte que le nombre croissant des maisons
que l’on construisait, ajouté à celui des ateliers et des fourneaux pour la mine, donna
rapidement naissance à un village8 . Finalement une foule de commerçants vint s’établir
au coeur de cette région tarahumare.
7 Tout ce monde avait besoin de forêts pour s’approvisionner en bois, de champs pour le
bétail, d’indiens pour faire des briques, construire les maisons et pour d’autres corvées du
même genre. Pour tous ces travaux, les Espagnols faisaient appel aux indigènes9 , les
obligeant et le plus souvent les forçant au rendement, ce qui fut à la base d’une nouvelle
conjuration de tous ces peuples antihispaniques pour se débarrasser de leurs maîtres.
8 3. — Les Indiens, par des messagers, se communiquaient les plans de révolte, et celle-ci fut
bientôt décidée. Mais dans leur impatience d’agir, les Conchos, plus pillards 10 que les
autres, éveillèrent dès 1689 les soupçons des Espagnols, lorsque ceux-ci s’aperçurent
qu’on venait voler furtivement leurs chevaux et leurs troupeaux. Sans attendre, donc, le
mois assigné, les Conchos attaquent la mission avoisinante de Yepómera sur la frontière
Nord de la Tarahumara. Le mardi de Pâques11 du mois d’avril 1690, au lever du jour, ils se
jettent sur la maison du missionnaire, massacrent le P. Diego Foronda et deux Espagnols,
s’emparent du mobilier, mettent le feu à la maison et à l’église, et emmènent le bétail de
la mission. Les Indiens mêmes de Yepómera, qui étaient de connivence avec eux, vinrent
les aider pour cette triste besogne, et tous ensemble s’en allèrent ravager les autres
postes de mission.
9 Ces Tarahumars appartenaient aux quatre villages de la mission de Yepómera, à savoir :
Yepómera, Temósachi, Nahuérachi et Sírupa. Les Indiens Jovas12, qui étaient leurs voisins
montagnards, les avaient fait venir, et les Tarahumars répondirent à l’appel, comme s’il
s’agissait de la trompette guerrière.
10 Quant aux missionnaires, ils furent obligés de se soustraire au danger. L’un d’eux, le P.
Manuel Sánchez13, de la mission de Tutuaca, limitrophe de la Province de Sonora, sentant
l’agitation et la perversité de ses Indiens, se rendit en hâte à Sonora, pour demander
protection au capitaine de la garnison. Celui-ci donna au missionnaire son lieutenant
pour l’accompagner, mais sur le chemin du retour tous les deux furent tués parles
Indiens, près de Tutuaca.
11 Les autres missionnaires avaient déjà pris la fuite, tandis que les séditieux, formant une
seule troupe, incendiaient les églises, pillaient les objets du culte et ravageaient les
édifices de six missions : celle de Cajurichi, où travaillait le P. Villem Illing ; celle de
Tomochi, dont s’occupait le P. Jiri Hostinsky — tous les deux Bohémiens et arrivés
d’Europe l’année précédente14et finalement les missions de Tutuaca, de Matachi, de
Cocomórachi, et celle de Yepómera mentionnée plus haut. Toutes ces missions furent
saccagées, avant que les Espagnols surpris n’aient eu le temps d’y porter remède.
12 4. — Ayant finalement compris la gravité de la situation, les Espagnols du nouveau village
de Cusihuiríachi prirent les armes ; et abandonnant les mines se décidèrent à faire la
guerre aux insurgés, à défendre au moins les autres missions ; et cette fois ils le firent
avec ardeur. Même le nouveau Gouverneur du Royaume15, qui était un homme jeune, né
dans une ville célèbre de Galice et qui avait brigué cet office à la cour de Madrid, envoya
tout d’abord le Général Juan Fernández Retana16, Cantabre, avec cinquante soldats à la
88

mission de Papigochi, voisine du lieu de l’insurrection. Il ordonna au Général de


l’attendre là-bas, tandis qu’il réunirait un plus grand nombre de soldats et d’indiens alliés.
Ceci fait, il se rendrait lui-même sur les lieux pour faire la guerre et punir les criminels et
profanateurs.
13 Mais les rebelles n’attendirent pas l’arrivée du Gouverneur. Un jour17 au petit matin ils
attaquèrent hardiment Papigochi et les troupes de Retana. Un Indien bien connu pour ses
impostures les conduisait, leur ayant fait croire que grâce à ses talents, les armes des
Espagnols ne feraient pas feu, et qu’en conséquence ils n’avaient rien à craindre de leurs
décharges. Si par contre ils succombaient sous les lances ou sous l’épée, ils
ressusciteraient le troisième jour18. Ils avaient, donc, tout avantage à combattre les
Espagnols énergiquement et sans peur.
14 Lorsque la sentinelle espagnole aperçut l’ennemi, tous les soldats, les armes à la main et
alignés pour le combat, attendirent l’attaque ; et quand l’ennemi fut à une portée de trait,
les soldats firent feu, abattant le chef rebelle qui se distinguait entre tous par sa haute
taille et qui avait mis sur sa tête la barrette du P. Diego [Ortíz de] Foronda, tué par les
rebelles euxmêmes, comme nous l’avons rappelé plus haut.
15 Plusieurs autres furent tués avec lui, ou au moins gravement blessés. De loin alors, les
insurgés lancèrent leurs flèches empoisonnées19 contre les Espagnols ; mais ceux-ci à leur
tour se mirent à poursuivre, avec leurs lances et leurs épées les rebelles qui fuyaient. Ils
en tuèrent plus d’une trentaine20. Les autres se dispersèrent dans toutes les directions se
cachant dans les parties les plus âpres de la sierra, sans oser hasarder une nouvelle
attaque contre les Espagnols.
16 Dans l’intervalle se présentait à Papigochi le Gouverneur du Royaume avec 200 soldats 21
armés et une foule d’indiens amis. Il venait préparé à combattre l’ennemi ; mais celui-ci
ayant disparu, le Gouverneur s’avança par un chemin plat vers Yepómera22. Il se fit
accompagner par deux de nos Pères23 qui ensevelirent, ici, les corps du P. Diego Foronda
et de trois Espagnols24 tués par les barbares. On déposa les restes des victimes pêlemêle
près de l’autel de l’église incendiée, dans l’impossibilité qu’on était de les distinguer, car
trois mois s’étaient écoulés depuis que ces victimes avaient été sacrilègement massacrées.
17 Le Gouverneur avec ses soldats s’arrêta quelque temps dans ce village, d’où il envoya des
Indiens reconnaître les forces de l’ennemi dans des montagnes escarpés et presque
inaccessibles. Quelques-uns furent découverts et amenés au Gouverneur ; mais celui-ci
consacra la plupart de son temps à étudier les causes de la rébellion25 et la complicité des
Indiens, plutôt qu’à les combattre. Au lieu de l’épée, il prit la plume pour décrire — même
plus qu’il ne fallait — les actes des accusés, car l’Espagnol aime à traiter prolixement
toutes ses affaires.
18 Entre autres choses, les accusés déclaraient que la conspiration couvait depuis quatre ans,
avec la participation de onze nations26, car ils étaient sûrs d’exterminer les missionnaires
et tous les Espagnols. Ils ajoutaient que même si les autres n’avaient pas encore
ouvertement fait la guerre, ils ne faisaient que dissimuler leurs intentions dans l’attente
du moment propice27. Dans tous les cas, ils disaient que les tribus qui s’étalent à plus de
cent lieues au delà de Parral vers Mexico, métropole de la Nouvelle Espagne, étaient
alliées ou complices des Tarahumars, à savoir : les Conchos, Sumas28, Janos, Jovas, Julimes
29, Chinarras30, (Ac)oclamos31, Tobosos Chizos32 et Apaches33.

19 Cette conjuration était vraisemblable, car tous ces peuples étaient très hostiles aux
Espagnols. Sagement le Gouverneur pensait que si on leur faisait la guerre, il faudrait
89

beaucoup de temps et de prudence, afin d’épargner aux soldats, en qui le Royaume trouve
sa force, des échecs manifestes ; il ne leur ordonnait, en conséquence, que d’être sur la
défensive contre une multitude d’ennemis, bien supérieure.
20 Le Gouverneur s’appliqua à la pacification de la Tarahumara : il envoya des messagers
indigènes proposer la paix, offrir le pardon des homicides et sacrilèges commis, et même
la restitution des prisonniers avec quelques cadeaux. Les rebelles cependant ne se fiaient
point à ces promesses, et ne voulaient plus abandonner leurs repaires montagneux.
Pourtant, après de longues et nombreuses négociations, les rebelles acceptèrent la paix et
la soumission, pourvu que le Gouverneur et ses soldats abandonnassent leur territoire. De
cette façon les Indiens pensaient n’avoir plus rien à craindre des Espagnols dans l’avenir.
21 5. — Pour éprouver leur fidélité, le Gouverneur avec ses soldats se rendit à Carichí 34, qui
se trouve à peu près à dix lieues du village de Cusihuríachi, et là il s’arrêta un certain
temps. Ces jours-là, dans ce même village, le P. Visiteur des Missions conférait avec
quatre missionnaires35. Le Gouverneur, avec ruse, traita aussi avec lui de plusieurs points,
mais surtout en vue d’arranger son cas personnel : car à ce moment-là, il était en
suspicion à Mexico.
22 A l’origine de cette affaire se trouvaient les lettres de quelques habitants de Parral, mal
disposés envers le Gouverneur. Ils avaient écrit aux autorités de Mexico à propos de
l’insurrection des Indiens, en disant que toute la responsabilité en incombait au
Gouverneur à cause de sa convoitise, de son incrédulité, et finalement de son insouciance
36.

23 Apprenant ces faits, le Vice-roi interdit au Gouverneur l’exercice de ses fonctions. Il avait
même décidé de le destituer, mais le Gouverneur l’apaisa en lui faisant parvenir à ce
moment même la somme de 30.000 écus. Dans l’ignorance de qui avait écrit contre lui, le
Gouverneur soupçonna les missionnaires de la Compagnie37 qui se seraient plaints auprès
du Vice-roi, car leurs missions étaient les seules ruinées par les malheurs de la guerre.
D’où abandonnant la campagne contre les Indiens, le Gouverneur se retourna contre les
Jésuites. Il écrivit à divers chefs militaires, leur enjoignant de lui envoyer par écrit — pour
insertion dans ses actes — toutes les plaintes des Indiens contre les missionnaires, qu’ils
pourraient déceler ou extorquer, afin de rendre les Pères responsables des troubles et de
la rébellion.
24 Un de ces chefs militaires communiqua la lettre du Gouverneur à un missionnaire, son
ami, et celui-ci l’envoya au Visiteur des Missions. C’était la preuve irréfutable de
l’opposition du Gouverneur aux missionnaires, comme c’était aussi la preuve évidente
qu’il cherchait à leur nuire auprès du Vice-roi et de la Cour de Madrid.
25 Le Visiteur décida, pour obvier à cette affaire, d’envoyer à la dérobée un des
missionnaires à Mexico en vue d’apprendre au P. Provincial38 et au Vice-roi 39 les choses
telles qu’elles étaient, et de ruiner ainsi les intrigues du Gouverneur.
26 Entre temps le Gouverneur, qui n’était pas sûr de lui-même, suspectait toutes nos lettres.
Il ordonna que tout notre courrier, destiné à Mexico, fût intercepté et lui fût réexpédié.
C’est ainsi qu’il fut en possession d’une partie de notre correspondance. Le P. Visiteur,
averti de cette affaire, envoya donc au plus tôt un des missionnaires à Mexico, qui dut
faire un détour de plus de cent lieues, afin de cacher son départ au Gouverneur. Il
s’agissait du P. Joseph Neumann, missionnaire de Tarahumara, à Sisoguichi, depuis dix
ans40, aux confins de la Sierra de Guazapares. La traversant, il se dirigea vers la Province
de Sinaloa, ensuite à Culiacán et finalement il passa à travers le Royaume de la Nouvelle
90

Galice. Il lui fallut six semaines pour parcourir les 400 lieues et plus qui le séparaient de
Mexico.
27 Le Vice-roi apprit la nouvelle de l’arrivée de Neumann par un de nos Pères, qui était son
confesseur. Il s’en réjouit. Et comme le P. Provincial était absent, le P. Neumann montra
d’abord au Supérieur de la résidence professe41 et aux consulteurs de la Province 42, les
lettres qu’il devait remettre au Vice-roi. Les Pères furent d’avis qu’on ne devait rien dire
ou faire contre le Gouverneur du Royaume.
28 Lorsque le P. Neumann se présenta au Vice-roi, celui-ci, le reçut très cordialement,
orientant la conversation avec aisance sur les faits. Il lui dit que son arrivée lui faisait
grand plaisir, et qu’il espérait de lui, parce que religieux, élucider la vérité sur une telle
abondance de lettres, dont les unes étaient pour le Gouverneur, d’autres contre lui dans
cette affaire de la guerre. En conséquence il lui demanda de lui dire en toute confiance et
en secret, tout ce qui l’intéressait sur certains points, sur lesquels il allait l’interroger,
bien que ses Supérieurs lui eussent peut-être défendu d’en dire quelque chose. Et le Vice-
roi d’ajouter l’importance de connaître toute la vérité, afin de pourvoir sans erreur au
maintien du bon état du Royaume et des missions. Et comme le salut du Royaume
dépendait de cette nécessaire connaissance de la vérité, certainement ses Supérieurs
n’auraient pu lui imposer une telle interdiction, à supposer que ce fût le cas.
29 Neumann répondit qu’on ne lui avait rien interdit, et qu’il raconterait tout simplement la
vérité sur tout ce que le Vice-roi voudrait savoir. Leur entretien dura trois heures
environ, et le Vice-roi fut mis au courant de tout.
30 Un des résultats de cette conversation fut la conviction du Vice-roi que tous les rapports
et actes du Gouverneur de la Nouvelle Biscaye contre les missionnaires étaient dépourvus
de tout fondement.
31 Pendant le séjour de Neumann à Mexico, qui fut d’un mois et demi, le Vice-roi ordonna au
Gouverneur de lui transmettre tous les actes de guerre43 ; mais dans l’intervalle les gens
du Gouverneur lui envoyèrent un courrier pour lui faire savoir que Neumann, encore à
Mexico, avait eu des entretiens avec le Vice-roi. Se doutant de quoi il s’agissait, et pour
ménager ce qu’il avait écrit et fait contre les missionnaires44, le Gouverneur ordonna de
refaire les copies des actes, remplaçant par des éloges les calomnies qu’on avait écrites
contre la Compagnie ; car il connaissait la bienveillance et l’amitié du Vice-roi pour les
Jésuites. En plus le Gouverneur affirmait avoir conclu la paix avec les Indiens, et même
avoir persuadé les Tarahumars et les autres Indiens déserteurs de rentrer dans leurs
villages. Les missionnaires pouvaient donc désormais revenir en toute sécurité et
reprendre la direction de leurs missions.
32 6. — Généreusement le Vice-roi fit cadeau, sur le trésor de l’Etat, de tout ce dont on avait
besoin, dans les missions incendiées, pour célèbrer le culte. Il confia aussi au P. Neumann
des lettres à remettre à son retour au Gouverneur du Royaume, mais qu’il devait toutefois
faire d’abord connaître au P. Provincial, en le visitant sur son chemin. Le Vice-roi
ordonnait45 dans cette lettre au Gouverneur de destiner douze soldats pour protéger
chacun des missionnaires retournant dans sa mission ; ceux-ci devraient rester à leur côté
jusqu’à ce que les Indiens aient reconstruit ou restauré les églises et les maisons
incendiées. On lui ordonnait aussi d’envoyer trente soldats pour visiter tout le territoite
tarahumar, en attendant la cessation complète des hostilités et le retour à la paix dans les
missions de Tarahumara.
91

33 Ayant lu l’ordonnance du Vice-roi, le P. Provincial à son tour écrivit au P. Visiteur 46 de


n’envoyer les missionnaires dans leurs missions que dans les conditions prescrites au
Gouverneur. Mais celui-ci qui souhaitait retirer tous les soldats de Tarahumara pour
sauvegarder le commerce avec Parral des pillages et des assauts des brigands Tobosos,
répondit au Vice-roi47 qu’il disposait dans le village minier de Cusihuiríachi, non de trente
soldats, mais de deux cents Espagnols distribués en quatre armées avec leurs capitaines,
pour la défense et protection des missions, dans le cas d’une nouvelle insurrection des
Indiens48.
34 Ces miliciens étaient en fait, des commerçants et des propriétaires de mines ou de simples
mineurs, et les missionnaires ne pouvaient s’en servir ni pour leur défense, ni pour la
reconstruction des églises49. Il sembla toutefois préférable de dissimuler l’insoumission du
Gouverneur vis-à-vis du Vice-roi.
35 7. — Entre temps le P. Joseph Neumann était rentré de Mexico, apportant à la mission tout
le nécessaire pour le culte. Le P. Visiteur accorda aux missionnaires la permission de
retourner dans leurs postes50, sauf dans ceux de Cajurichi et de Tutuaca qui n’offraient
pas encore toute la sécurité voulue, cachés qu’ils étaient dans les montagnes où s’étaient
réfugiés les restes de la sédition.
36 Il s’agissait, en effet, des chefs rebelles et des malfaiteurs cachés, et dont un seulement
avait été capturé et puni par des Indiens amis, avant le rétablissement de la paix 51.
37 Pour cette raison, la mission de Cajurichi fut tout à fait supprimée, et celle de Tutuaca
fermée. Le gouverneur indien (de Tutuaca)52, bien que chrétien, était des plus dépravés, et
bien connu par sa polygamie et ses crimes ; il s’opposa vivement au retour des Pères et à
la réouverture de la mission, qui en fait fut fermée pendant 22 ans53

CAPUT III. ALTERAM SEDITIONEM MOVENT


TARAHUMARI CUM FINITIMIS GENTIBUS CONJUNCTI,
IN QUA DUO POTISSIMUM MISSIONARII IN ODIUM
FIDEI OCCIDUNTUR *
38 [§ 1] Per id tempus 1 duo juvenes indi ex montanis Guassaparensibus et P. Nicolai de Prado in
missione Zinipana [24] famuli ac cantores, inde relictis uxoribus, in Tarahumaram transfugerunt
interque Tarahumares latitantes, post menses aliquot detecti fuere. Illinc ad suos reducti, non diu
post conspirationem Zinipae orsi sunt, non ignari quid Tarahumari meditar entur. Quare liberioris
inter eos vitae agendae cupidi, popularibus suis persuadere conati sunt, ut nocte ad id designata,
relicto pago2 fugam inirent.
39 Postquam convenerant, eo ipso vespere quo omnes simul aufugere parabant ex indo quodam
fideliore res missionario innotuit atque impedita fuit. Porro hi duo juvenes, a caeteris uti intentatae
fugae auctores convicti ac comprehensi, transmissi fuerunt ad Gubernatorem Provinciae
Cinaloanae2 unaque militaris illic praesidii praefectum ; a quo interrogati, fassi sunt Tarahumaros
rebellionem moliri cum vicinis sibi nationibus : ab illis nempe, cum in Tarahumara agerent, ipsis
persuasum fuisse huic sese seditioni adjungerent. Zinipani pristinam vitae libertatem hac ratione
recuperaturi, missionariis Hispanisque omnibus aut interemptis aut fugatis, ab eorum potissimum
jugo Tarahumaras liberos fore pollicebantur.
40 Igitur fatentes reos Gubernator, uti [25] rebellionis complices, morti addixit publicoque jussit affici
supplicio, minus sane pro occasione prudens.
92

41 Acta deinde authentica, qaae ex reorum confessione confecerat, transmisit ad Regni Gubernatorem
3
, a quo explosa et pro fabulis habita fuere, cum nihil hujusmodi a Tarahumaris eo tempore
timeretur, nec ulla intentatae rebellionis indicia apparerent. Unde acta suppressa fuerunt
neglectaque rei indagandae sollicitudo.
42 [§ 2] Sub idem tempus novos ex Europa operarios classis 4 advexit, quorum Bohemi tres, Itali
totidem in Tarahumaram destinati fuerunt5. Hi postquam ad priores accesserant, jam missionarii
quatuordecim6 in hac apostolica vinea impigre laboraverant, universam Tarahumaram usque ad
aliarum nationum confinia complectentes, missionibus quaquaversum extensis.
43 Sed cum Hispani anno scilicet 1684 in vicinia Coyazensi, et 1687 multo ditiores in monte
Cusiguriazensi, quinquaginta leucis Parralio distante, argenti fodinas detexissent illudque copiose
coepissent eruere ; ejusdem fama acciti tanto eo numero mox confluxerunt, ut erectis domibus
atque officinis ad metalla excoquenda oppidum brevi con- [26] struxerint 7, quo ingens mox
accessit mercatorum numerus, qui in hoc Tarahumarae meditullio sua quoque domicilia fixerunt.
44 Et quoniam ad haec necessariae eis erant sylvae caedendis lignis, campi alendo pecori, indi
conficiendis lateribus ad exstruendas domos, aliaque hujusmodi opera, et ad haec passim
evocarentur compellerenturque indigenae8 ; hinc evenit ut ab illo tempore de jugo Hispanorum
excutiendo cogitaverint cum aliis indorum nationibus Hispanis semper infestis.
45 § [3] Sua per internuncios consilia invicem communicabant, et conspiratione jam facta, cum anno
1689 ob equos et pecora ab indis furtim ablata, in horum aliquos animadversum fuisset, in Conzos
scilicet caeteris rapadores9. Hi ante alios, et prius quam adesset mensis praestitutus, Yepomeram,
ultimam T arahumarae quae Septentrionem respicit missionem, sibique viciniorem adorti, mense
aprili anni 1690, 1 die martii post Pascha10, Didacum Forondam, Hispanum e Societate Jesu et duos
cum eo Hispanos saeculares, primo diluculo facta in domum Patris irruptione, occidunt, omnem
cum altaris, tum Patris supellectilem diripiunt, templum domumque incendunt [27], missionis
pecus absumunt aut abigunt, adjuvantibus ipsimet Yepomeranis incolis, qui ex eo tempore his
latronibus adjuncti, ad reliquas depopulandas missiones progressi sunt.
46 Erant autem hi Tarahumari ex quatuor collecti pagis, quibus Yepomerana missio constabat,
videlicet : Yepomera, Tamosazium, Naguerazi et Sirupa. Hi igitur ab alia gente montana et finítima
quae Hoba11 dicitur, evocati fuere ab Hobis signo dato, et quasi canentibus classicum seditionem
redintegrarunt Tarahumari, ut propterea caeteri missionarii periculo sese subducere coacti
fuerint.
47 Horum unus, P. Emmanuel Sánchetz12 in Tutuacana missione constitutus, postrema nempe versus
Provinciam Sonoranam, cum indos suos immutatos ac perversos cognosceret, praetoris vicini
adversas eosdem, opem postulaturus, in Sonoram properavit. Cumque praetor locumtenentem
suum, Tarahumarae montibus proximum, Patri Emmanueli addidisset, uterque in reditu,
Tutuacam versus, ab ejusdem missionis indis interfectas fuit.
48 Missionarii vero reliqui periculum effugerant. Seditiosi, in unam conflati turmam, missio- [28]
num templa comburere, sacram diripere supellectilem domosque devastare coeperunt in
missionibus sex, nempe Cahuriziensi, quam excolebat P. Guilielmus Illink ; Tomoziensi, cui praeerat
P. Georgius Hostinsky, hic et ille Bohemus et uterque anno superiore13 ex Europa advena ;
Tutuacana, Matazikiensi, Cocomorazensi et Yepomerana, de qua postrema jam meminimus, in
quibus omnia depopulati sunt, antequam ab Hispanis incredulis afflictae rei remedium afferri
posset.
49 [§ 4] Tanta demum intellecta strage, Hispani confestim ex oppido Cusiguriazensi recens structo ad
arma concurrerunt, et relictis fodinis bellum adversus seditiosos parare et caeteris saltem
missionibus consulere decreverunt, nec segniter tunc conati sunt. Sed et Regni Gubernator 14, qui
93

tunc novus erat juvenisque, etiamsi nobili loco in Galecia natus et munus istud oblata in aula
Madritensi pecunia sibi coemerat, misso armorum praefecto Joanne Ferdinando Retana 15, Cantabro,
cum quinquaginta militibus in missionem Papigozensem seditiosis vicinam, se exspectari ibidem
jussit, dum contracta majori militum copia, collectaque fida indorum probatorum ma- [29] nu
adesset ipsemet bellum ultionemque in sacrilegos nefariosque homines illaturus.
50 Sed antequam is adesset, quodam die16 ante diluculum ingens rebellium turma Papigozium et
Retanae cohortem aggredi ausi sunt. Ducebat barbarorum catervam indus quidam praestigiator
perquam insignis ac impostor, qui suis persuaserat Pyrium Hispanorum pulverem artibus suis se
corrupisse ne ignem conciperet, unde eorum bombardas minime metuendas esse ; si vero lanceis
horum gladiisque forte quidam caderent, post triduum vivos sanosque resurrecturos esse ajebat 17 ;
quare metu posito fortiter Hispanos invaderent setrenueque dimicarent.
51 Sed ubi ab excubitore Hispano detectus fuit rebellium adventus, omnes arma arripuerunt, atque in
ordine positi eorum exspectarunt incursum, donec intra teli jactum explosis armis caderet ductor
ille magus, qui ipso quadrato pileo P. Didaci Forondae, quem Yepomarae ab iisdem trucidatum
fuisse memoravimus, capiti imposito caeteris altior eminebat.
52 Cum eo interempti nonnulli alii, aut saltem graviter sauciati fuere ; sed cum seditiosi arcu
dumtaxat et sagitta veneno illita18, eminus Hispanos impeterent, [30] milites impetu in eos facto
lanceis gladiisque jam terga vertentes insecuti sunt, et plus quam triginta19 confoderunt ; reliqui
quaquaversum dispersi in asperrimos montes recipere se, non ausi denuo Hispanos invadere aut
cum eis tentare pugnae aleam.
53 Interea Papigozium advenit cum aliis 200 militibus 20 numerosaque indorum amicorum turba
Regni Gubernator rebelles indos aggressurus ; sed cum nuspiam comparerent, progressas est per
iter planum Yepomeram versus21. Ibidem Patres duo22 e Societate nostra, quos Gubernator comites
sibi adsciverat, Patris Didaci Forondae triumque Hispanorum23 qui cum eo barbarorum manibus
contrucidati fuerunt, ossa tumulo mandarunt juxta altare templi flammis pridem exusti, eaque
promiscue collecta, cum inter se discerni non possent, utpote per campum vicinum dispersa post
trimestre spatium a quo sacrilega caedes perada fuerat.
54 Substitit in hoc pago per aliquod tempus cum milite Gubernator, missisque aliquot indorum
fidelium turmis exploratum nempe, per praerupta atque inaccessa propemodum montana, hostium
copias, quorum paucis repertis adductisque, plus temporis [31] inquirendis seditionis causis 24 et
complicibus quam pugnando insumptum fuit ; gladio scilicet in calamum converso, quo reorum
acta aequo prolixius (nempe ut omnia fuse tractant Hispani) describebantur.
55 Inter alia fassi sunt a quatuor annis conspirationem hanc factam fuisse et undecim omnino
indorum nationes ineamdem venisse25, spe nimirum non dubia missionarios cum Hispanis omnibus
exterminatum iri. Et quamvis caeteri nondum aperto Marte dimicaverint, consiliumque texerint, in
rei nempe eventum intenti26, tamen aut conscios aut complices esse cum Tarahumaris, Conzos,
Sumas27, Janos, Hobas, Zulimios28, Zinarras29, Occlamos30, Tobosos, Zisos 31, Apazes 32, quae
quidem nationes per centum leucarum spatium ultra Parralium, Mexicum versus, totius novae
Hispaniae metropolim, extenduntur.
56 Quod, quia credibile videbatur (erant enim hae gentes Hispanis admodum infestae), pedetentim
cauteque bellum hoc gerendum ratus, nec milites, in quibus Regni robur situm erat, apertis
periculis objiciendos, sed ad defensionem tantum reservandos adversus hostium multitudinem
longe superiorem.
57 Tarahu-[32] maram pacificare studuit Regni Gubernator per ejusdem gentis internuncios, pace
ultro eis oblata commissorumque tum homicidiorum, tum sacrilegiorum promissa venia, immo
captivos ipsos cum munusculis ad suos remisit. Sed cum rebelles Gubernatoris promissis minime
94

fiderent, nec e mon tanis latibulis vellent excedere ; lamen firmata per internuncios iteralos fide, se
parituros spoponderunt oblatamque admiserunt pacem, dummodo Gubernator cum hispano milite
ab eorum finibus excederei, ut nihil amplius ab Hispanis metuendum sibi superesset.
58 [§ 5] Igitur Gubernator indorum fidem experturus, cum milite abiit Carizikium 33 versus, decem
circiter leucis dissitum ab oppido Cusiguriazensi, in eaque missione aliquamdiu commoratus est,
ubi tum temporis cum aliis quatuor missionariis34 agebat missionum Visitator, quocum Gubernator
varia subdole conferebat ut negotio suo — quod tune Mexici agebatur — consuleret ac mederetur.
59 Causae fuerunt variae Epistolae a quibusdam Parralii incolis et male Gubernatori affectis ad
Mexicanos scriptae super hac indorum seditione, causam culpamque omnem aut Gubernatoris
cupi- [33] ditati, aut incredulitati, aut incuriae tribuentes 35.
60 Haec ubi resciverat Pro-rex, eum muneris exercitio interdixit atque omnino exauctorare
decreverat, nisi triginta scutorum millibus eo tempore a Gubernatore missis placatus fuisset. Sed
cum Gubernator ignorarei a quibus contra se scriptum fuisset, eique in suspicionem venirent
missionarii Societatis36 quorum missiones propemodum solae dirutae, bellique hujus calamitates
passae fuerunt, eos apud Pro-regem conquestos fuisse arbitratus est. Hinc relicto adversas indos
bello, arma in socios Jesu convertit, datis ad varios praetores litteris, ut quidquid quaerelarum de
missionariis nostris ex indis intelligere aut extorquere possent, ad se proscriberent aclis suis
inserendas, ut omnem rebellionis hujusve tumultus causam invidiamque in eos rejiceret.
61 Praetorum unus, cum Gubernatoris litteras cum quopiam ex nostris missionario sibi amico
communicasset, isque misisset ad missionum visitatorem, luculenter patuit Gubernatorem in nos
tela vertere, nobisque cum apud Proregem, tum in Aula Madritensi bellum indicere.
62 Cui occurrendum ratus, statuit P. Visitator socium quem- [34] dam e Tarahumarae missionariis
clam Mexicum mittere, qui et Patrem Provincialem37et Proregem38, rem uti erat, edoceret, atque
hoc pacto Gubernatoris eluderet machinationes.
63 Gubernator interim male sibi conscius, epistolas nostras omnes habebat suspectas, et idcirco
quotquot Mexicum a nobis mitterentur, intercipi jusserat atque ad se transmitti, et sane
interceptae quaedam atque transmissae fuerunt. Quare veri cognoscendi viam interclusam
conspicatus Visitator, utque Gubernatorem lateret socii Mexicum ablegandi profectio, per aliam
viam plus quam centum leucarum facto circuitu in magnam urbem missionariam suum misit. Erat
autem P. Josephus Neymann jam a decennio39 in Tarahumara missionarius Sisogizensis, montanis
Guassaparensibus finitimus, per quae in Provinciam Cinaloae, hinc per Culiacanum territorium, ac
demum per Regnum novae Galleciae quadringentas et amplius leucas emensus intra sex
hebdomadarum spatium Mexicum pervenit.
64 De cujus adventu per confessarium suum, qui Societatis nostrae erat, certior factus Pro-rex non
parum laetabatur. Provincialis vero cum Mexico abesset, tum cum [35] domus professae praeposito
40
ac Provinciae consultoribus 41 rem omnem P. Josephus litterasque Pro-regi tradendas prias
manifestavit, qui adversas Regni Gubernatorem nihil dicendum agendumve esse ar b itr abantar.
65 Ubi vero P. Neymannus Pro-regem adiit, is comiter atque perhumaniter exceptum hujusmodi
alloquio in rem adduxit : ingens nempe gaudium sibi afferre Patris missionarii adventum, e quo
tanquam e viro religioso sperabat verum se eliciturum inter tantam epistolarum varietatem,
quarum alterae Gubernatori Parralensi favebant, alterae adversabantur in Tarahumarae
potissimum negotio et exorto bello. Quare ad illa, quae scire sua plurimum intererat atque
interrogaturus erat, in secreto inter se colloquio, candide et sincere rem omnem aperiret, tametsi
moderatorum forte quispiam id vetuisset. Namque id necessarium sibi affirmabat ad Regni hujus,
missionumque incolumitatem absque errore procurandam, nec Superioris prohibitione — si quae
95

forte ei facta fuisset — in tanti re momenti stare posse, ubi a necessaria veritatis notitia Regni
bonum dependeret.
66 Respondit Pater nihil sibi prohibitum esse, ac proin [36] quaecumque Pro-rex cuperet, candide se,
uti res erat, relaturum. Quare ad tres circiter horas protracto colloquio, et Pro-rege omnia edocto
quae nosse desideraverat, is demum
67 colloquii fructus exstitit : ut quidquid adversus Societatis missionarios scripturus aut intenturus
novae Cantabriae Gubernator, nullius plane fidei futuram esset.
68 Et Pro-rex quidem eo sex hebdomadarum spatio, quo Pater Mexici detinebatur, acta belli universa 42
ad se transmitti jusserat a Gubernatore ; qui cum ex cursore intellexisset Mexici cum Pro-rege
egisse Patrem Josephum Neymannum ibidemque etiamnum commorari, suspicatus quod in re erat,
ad occurrendum iis quae adversus missionarios scripserat egeratque, in nova actorum copia ea
omnia omitti jussit43, quae in Societatis nostrae detrimentum iisdem perperam inseruerat, nec nisi
honorifice scripsit, ubicumque eorum facienda erat mentio, quod Pro-regem apprime Societati
benevolum amicumque cognosceret. Et cum pacem jam se cum indis iniisse et Tarahumarae
induxisse assereret, atque adeo palantes indos ad pagos suos rediisse, quin etiam missionarios jam
securos ad eosdem [37] administrandos tutos redire posse.
69 [§ 6] Pro-rex elargitus ex regio aerario novam altarium supellectilem ad sacra celebrando in
missionibus templisque pridem exustis, Patri Neymanno tn Tarahumaram jam redeunti apertas
commisit litteras, ad Regni gubernaorem perferendas prius tamen ostendendas Patri Provinciali,
quem P. Josephus in via convenue jubebatur. Hujusmodi autem erat Pro-regis mandatum44, ut
Gubernator singulis missionariis ad missiones suas redituris, milites duodecim ad tutelam
consignaret, qui cum illis persisterent, donec indi templa et domos incendio diruta reaedificarent,
aut saltem restaurarent. Aliam quoqu e cohortem triginta militum in Tarahumara obeunda jubet
occupari, dum extincto penitus belli incendio, secura pace missiones perfruantur.
70 Hac porro epistola, visisque Pro-regis mandatis, P. Provincialis suas q uoque addidit ad Visitatorem
45
litteras, ne missionarios nisi sub praescriptis Gubernatori a Pro-rege conditionibus in
missionibus reponeret. Gubernator autem cum milites omnes Tarahumara extrahere cuperet, ad
eorum praesidio tutandum commercium Parraliense ab indorum Toboso- [38] rum
depraedationibus, latrociniis et aliis non paucis insultibus, Pro-regi respondit 46 se in oppido
fodinarum Cusiguriazienzium non triginta duntaxat, sed ducentos etiam Hispanos conscriptos
habere, in quatuor cohortes cum ducibus suis disributos, ad securitatem tutelamque missionam, si
qua fortase nova ab Indis47 seditio attentaretur.
71 Erant hi partim mercatores, partim fodinarum domini, aut eorumdem operae, quos missionariis
nequaquam licebat ad sui praesidium vel ad templa reaedificanda adhibere 48. Tamen visum fuit
tunc dissimulare quod Gubernator Pro-regis mandata non faceret.
72 [§ 7] Interea P. Josepho Neymanno cum necessaria missionibus supellectile ex mexicana urbe
reverso, potestatem fecit P. Visitator missionariis ad suas redeundi missiones 49 ; duas lamen
excepit, Cahuriziensem nempe ac Tutuacanam, utpote in montium latebris fixas, ac proinde minus
tutas, quod ibidem seditiosorum reliquiae delitescerent.
73 Et sane in ea montana se abdiderant praecipua rebellionis capita et malorum incentores, quorum
unus dumtaxat, nondum promissa pace, ab amicis indis captas, supplicio affectus fuerat 50
74 Quare hae duae missiones, alte- [39] ra Cahuriziensis omnino sublata, Tutuacana altera annis
viginti duobus51 vacua permansit, missionariorum nullo in eadem admisso, quod nempe
obniteretur indorum eorum gubernator52, homo quantumvis christianus, profligatissimus et a
polygamia homicidiisque perquam notus, ne Patres eo reverterentur et Tutuacam restaurarent.
96

NOTES
1 . Ces événements eurent lieu en 1686, d’après le témoignage du P. Salvaterra, [Patr. 236 : ff. 111,
341v-342].
2 . Neumann parle maintes fois des huttes des Tarahumars. Il y avait, à cette époque là, deux
sortes de cases : circulaires, construites avec des branchages et de la boue, et recouvertes d’un
toit arrondi en chaume ; et les huttes carrées faites en briques séchées au soleil (adobes), avec
une toiture à double pente en bois ou en chaume, et recouverte de boue. Les « païens » habitaient
les premières, et les chrétiens les dernières dans les villages de mission. [Neumann, 1682, pp. 1,
3-4, 7, 14 ; Eymer, 1699 ; p. 90 ; Mex. 17 : ff. 358 v, 497v-498].
3 . Il s’agit du Général Domingo Terán de los Ríos. Ce soulèvement avorté eut lieu en 1686, Don
José de Neira y Quiroga étant encore Gouverneur de la Nouvelle Biscaye. La répression fut parfois
brutale, et les indiens se plaignaient des injustices qu’il subissaient. [Patr. 236 : fl. 196, 341v-342 ;
Mex. 17 : f. 560v]. Plus tard, en 1691, Terán fut nommé Gouverneur de Coahuila, et en 1691-1692,
de Texas [BOLTON 1913 : p. 478]. En 1695, en compagnie des capitaines Juan Fernández de la
Fuente et Domingo Gironza Petríz de Cruzate, Terán s’attacha à la pacification des indiens Pimas,
après la mort du Père Francesco Saverio Saetta [KINO, 1961 : pp. 94-98, 123-135 ; FERNANDEZ DE LA
FUENTE et al., 1695].
4 . Don José de Neira y Quiroga, Gouverneur de la Nouvelle Biscaye de 1682 à 1687.
5 . La flotte composée de 23 navires, leva l’ancre de Cadix le 1 er juillet 1687, et les missionnaires
arrivèrent à Mexico le 5 octobre de cette même année [WELT-BOTT, 33, p. 107 ; 52, p. 73].
6 . Les trois missionnaires Bohémiens étaient : Hostinsky et Illing arrivés à la Tarahumara
en 1688, et Verdier arrivé en 1690. Des trois Italiens, Gravina, Créscoli et Pinelli, seulement
Créscoli fut destiné aux missions de Tarahumara, les deux autres ayant été envoyés à celles de
Sonora [op. cit. 52, p. 73 ; 33, pp. 108, 110 ; ABZ, IV, p. 254, note 3 ; Mex. 8, f. 325].
7 . Voici la liste des missionnaires de la Haute Tarahumara en 1690 : I. — Mission de San Joaquín y
Santa Ana : 1) P. Francesco Maria Piccolo, Visiteur et Recteur, à Carichi. 2) P. Joseph Neumann, à
Sisoguichi. 3) P. Miguel de Ortega, à Coyachi. 4) P. Pedro de Noriega, à Nonoaba, 5) P. Pedro
Ignacio de Loyola, à Norogac. 6) P. Juan Fernández à Temeichi. 7) P. Domenico Crescoli, à
Papigochi. 11. — Mission à Guadalupe : 8) P. Florencio de Alderete, Recteur, à Cocomórachi. 9) P.
Francisco de Velasco à Matachi. 10) P. Diego Ortíz de Fonronda, à Yepómera. 11) P. Villemilliag, à
Cajurichi. 12) P. Manuel Sánchez, à Tutuaca. 13) P. Jiri Hostinsky, à Aránzazu. 14) P. Johannes
Christoph Verdier « in via ad missiones » (Cf. Mex. 6 : f. 16rv ; Mex. 8 : f. 325).
8 . Celui de Santa Rosa de Cusihuiriachi : entre 1687 et 1689 on avait recense plus de 400 hommes
« aptos para el manejo de las armas » ; mais en 1690 il n’en restait qu’une centaine, car plus de
200 avaient émigré aux nouvelles mines de Monserrat de Urique\Palr. 236, ff. 1v-2, 32v-34].
9 . Ces contraintes étaient formellement interdites par les Leyes de Indias [Cf. RECOPILACION, livre
VI, titre 10 : « Del buen tratamiento de los indios », titre 12 « del servicio personal », et les titres
13-15 sur différentes sortes de servitudes].
10. Le P. Recteur Juan Bautista Anzieta et le P. José Pallares nous renseignent sur la richesse en
bétail dans les missions de Sonora, dont un cheptel de 4.000 pièces fut donné aux missions de la
Tarahumara [Mex. 17, ff. 506-507v, 560-561]. Le P. Ortíz Foronda écrivait à son Recteur, Francisco
de Velasco, de Yepómera le 22 février 1690, que les indiens Conchos lui avaient volé 16 bêtes,
dont une douzaine avaient été dévorées en 3 jours [Pat. 236, f. 7rv]. Sur les indiens conchos, voir
infra, p. 120, note 159.
97

11. Diego Ortiz de Foronda, né à Guadalupe (Extremadura), en 1655, fut admis dans la Compagnie de
Jésus en 1674, ayant déjà fait ses études de philosophie. En 1678 nous le trouvons comme
professeur au collège de Veracruz, et en 1681 dans celui de San Luis Potosí, mais cette fois-ci, déjà
prêtre. En 1684 ou peu avant, il passa aux missions de la Tarahumara. En 1687, le 2 février, il
prononça ses grands voeux comme « coadjuteur spirituel ». Cette même année nous le trouvons à
Parral dans les fonctions de procureur ou économe de la maison. Il retourne de nouveau à la
Tarahumara, au poste missionnaire de Yepómera où il fut martyrisé. Tous les historiens se sont
trompés en signalant le 5 avril 1690 comme la date de sa mort [Hist. Soc. 49, f. 58v], ou bien le 11
avril, comme le P. Alegre et tous ceux qui le suivent [ABZ, IV, p. 97, note 101. Neumann nous dit
que le P. Ortíz Foronda fut martyrisé au mois d’avril, le mardi de Pâques. En fait, le mardi de
Pâques de 1690 fut le 28 mars (Cf. CAPPELLI, 1960 : p 44) Le véritable jour du martyre du P. Ortiz
Foronda, fut le mercredi 29 mars 1690. C’est son recteur, le P. Francisco de Velasco, qui nous
fournit ces précisions, en écrivant au Gouverneur de la Nouvelle Biscaye, Don Juan Isidro de
Pardiñas, le 3 avril 1690 [Patr. 236, ff. 3v-7v, 18 v, 29v-32v, 47rv 55v, 61v, 63v, 86v, 112v, 117,
168rv, 197, 219 224rv, 251v, 254v-265, 347-349, 399-400 406rv, 494-495]. Nous donnons infra, l’acte
dé décès du P. Ortiz Foronda (Voir infra, pp. 44-45, note 23].
12. Les indiens JOVAS habitaient une région de quelque 7,800 km 2, entre les actuels Etats de
Chihuahua et de Sonora, correspondant plus ou moins aux 28,5° - 29,5° degrés de latitude Nord,
et aux 108,25° - 109,25 » de longitude ouest. D’après Kroeber ils appartenaient probablement à la
famille linguistique Cahita-Opata-Tarahumare, che du tronc Uto-Aztèque. Ils avaient, au Sud, les
Tarahumars et les Pimas : à l'Est, les Tarahumars, les Conchos, les Sumas et Janos ; à l’Ouest et au
Nord, les Pimas, Opatas et Eudebes. Sauer calcule pour les Jovas quelque 5.000 âmes. Ils furent
absorbes par les Opatas. Nous connaissons les noms de certains villages Jovas : San José Teopari,
San Simón Bacaniyagua ou Baiipoa, San Matías Harósaqui, Taraichí Natora, Anbechi, Setásura,
San Francisco Xavier de Rebeyco, Santo Tomás de Soreba. Les Jovas habitaient aussi,
partiellement, les villages de Saguaripa, Sirupa, Naguérachi, Galá-guasachiqui et Guainopa. Le P.
Guadalajara, vers 1677, fut un des premiers missionnaires à s’intéresser aux Jovas ; et en 1678,
lors de la visite du P OrtizZapata, on envisagea la fondation de missions stables parmi ces indiens
[SAUER, 1934, pp. 48-50 ; SAUER, 1935, pp. 5, 16, 26 ; HODGE, 1, p. 635 ; Mis. 26, ff. 249v-250, 251,
252v, 255 ; Patr. 236, ff. 221, 490v, 493, 496, 501 ; Guad. 156, fl. 313-318].
13. Le P. Manuel Sánchez et le lieutenant du Real de San Nicolás, Manuel Clavero, furent
massacrés au début d’avril, mais nous ignorons la date exacte. Presque tous les auteurs signalent,
comme nous l’avons vu pour le P. Ortíz Foronda, le 5 ou le 11 avril comme le jour de leur mort.
Toutefois, la première nouvelle certaine de leur massacre nous est donnée par le P. Salvaterra
dans sa lettre du 24 avril 1690 au Gouverneur de la Nouvelle Biscaye, Don Juan Isidro de Pardiñas.
Ils furent tués entre les villages de Maicoba et Tutuaca, mais ils ne furent enterrés que le 20
novembre 1690 à Bacánora, Sonora [Patr. 236, ff. 76v, 514]. Le « praetor » dont parle Neumann,
était le Capitaine Francisco de Goyeneche, auquel succèda peu après Bernardo Capelo, Justicia
Mayor d’Ostimuri [op. cit. fl. 79v, 260v-262 ; voir infra, pp. 149-150, note 31].
Le P. Manuel Sánchez, originaire de Marchena, Espagne, né en 1649, entra chez les Jésuites vers
1669. En 1678 il commençait l’étude de la Théologie au Collège de San Pedro y San Pablo, à
Mexico. En 1681, nous le trouvons à Puebla de los Angeles, en train de faire sa « troisième
année », la dernière de sa formation religieuse. Il passa ensuite au poste de Yécora, Sonora, et à
partir de 1687 il fut destiné à la mission de Jesús del Monte Tutuaca dans la Tarahumara. Le 2
février 1689, il célébra le jour de sa profession religieuse, comme d’ailleurs deux autres
missionnaires de la Tarahumara : les PP. Piccolo et Roa [Mex. 5, fi. 287v, 323v, 341v, 390, 424 ; Mex.
6, f. 16v ; Mex. 8, fl. 301v, 307v, 315, 319v, 325 ; Hist. Soc. 49, f. 66].
Il fut martyrisé au début d’avril 1690, assassiné par les frères Ignacio et José Tucubonabapa,
Pimas, aidés d’autres complices. Nous conservons les déclarations de son paje (domestique)
appelé Pascual, et de plusieurs autres témoins indiens. Ces déclarations furent reçues par les
98

Généraux Juan Fernández de Retana, Juan Fernández de la Fuente, dans la région de


Tarahumara ; et par le Général Marcos Fernández de Castañeda dans le territoire Pima de Sonora
[Patr. 236, ff. 59v, 60v, 68v, 72v, 73v, 76v, 79rv, 82v, 93v, 95v, 98v, 134,155, 183v 226, 230, 260, 261v,
332v, 410-411, 427, 451-452, 514, 518, 561v-562v, 643v-644, 689-690, 707v-712].
14. Ces missionnaires arrivèrent en fait en 1688, comme nous l’avons signalé plus haut [Voir
supra, pp. 38-39, note 5 ; ASPURZ, pp. 289-290]. Les six missions détruites, dont parle Neumann ici,
formaient une partie du Rectorat de Nuestra Señora de Guadalupe, au nord de la Tarahumara.
A Tutuaca résidait le P. Sánchez, dont nous venons de parler [cf. note 12].
A Matachiqui le P. Francisco de Velasco, Recteur de 1687 à 1690. Né à Castilla en 1656 il fut admis
dans la Compagnie de Jésus en 1671. En 1678 il étudiait la métaphysique, et en 1681 il y finissait
ses études de théologie au collège San Pedro y San Pablo, à Mexico. Après son « troisième an », il
partit en 1682 pour les missions de la Tarahumara : Tutuaca (1684), Matachi (1687), San Pablo
(1690-1699). Il mourut à Parral le 18 janvier 1701. La cérémonie de sa profession religieuse eut
lieu le 2 février 1689 [A/ex. 5, ff. 281v, 323v, 339v, 389v ; Mex. 6, ff. 16v, 63, 111, 159v ; Mex. 8, ff.
301v-302, 306v, 314v, 319v, 325, 330, 335v].
A San Pablo Cocomórachi habitait le P. Florencio de Alderete, né à Tlalpujahua, (Michoacán),
Mexique, en 1656, et admis chez les Jésuites en 1671. Il enseignait la grammaire en 1678 au
collège de Morelia, et peu après commençait l’étude de la théologie à Mexico. Pendant 36 ans il
fut missionnaire de la Tarahumara : 1683 à 1719, qu’il parcourut maintes fois comme aumônier
militaire. Il y fut Recteur de 1690 à 1696, et Visiteur de 1711 à 1714. Le 2 février 1689 eut lieu son
incorporation religieuse comme « coadjuteur spirituel » mais 11 ans plus tard, en 1700 le T.R.P.
Général lui accorda la profession solennelle de trois voeux. Il mourut le 9 décembre 1719 [Mex. 5,
ff. 201, 240, 282, 339v, 390 ; Mex. 6, fi. 16v, 63v, 11v, 182, 254 ; Mex. 8, fi. 297, 303v, 306v, 314v, 319v,
325, 330, 335v ; Hist. Soc. 50, f. 110]. Voir infra, p. 74, note 43.
Nous avons parlé plus haut des trois autres missionnaires [cf. supra, pp. 2-3, notes 11 et 13 ;
pp. 40-41, note 10]. En ce qui concerne l’histoire de ces postes de mission, on peut lire les
rapports de Tardá et Guadalajara, et celui du Visiteur Juan Ortíz Zapata [cf. Mex. 17, ff. 356-393 ;
Mis. 26, ff. 216-225v, 246-249v].
15. Don Juán Isidro de Pardiñas Villar de Francos y Fernández Franco, Chevalier de l’Ordre de
Santiago, Gouverneur de la Nouvelle Biscaye du 16 août 1687 au 30 mars 1693. Il acheta son poste
pour 35.000 pesos [SCHAFER, II, 545 ; Guad. 156, ff. 1074-1083v ; RECOPILACION, Livre VIII, titre 20 : sur
la venta de oficios ; livre III, titre 2, De la provisión de oficios].
16. Le 3 avril 1690 Pardiñas ordonne à Retana de se rendre en Tarahumara ; le 11 avril il le
nomme Commandant en chef de toutes les unités espagnoles. Retana arrive à Papigochi, Villa de
Aguilar, le 14 avril avec 25 soldats [Patr. 236 (II), ff. 1-2, 5,6v-7v].
17. Cet assaut des rebelles eut lieu le 19 avril 1690 [op. cit. ff. 7v-8 ; Patr. 236, ff. 63v-C5v]. Dans ce
combat furent tués 2 soldats espagnols, et il y eut 15 blessés, 11 soldats et 4 indiens amis, par
flèches empoisonnées. Le combat dura jusqu’à 10 heures [Patr. 236, 63v-66v ; Patr. 236 (II), ff.
7v-8].
18. Nous trouvons des idées semblables dans les Actes officiels de cette guerre, qui révèlent cette
mentalité. Par ex. un des chefs de la rébellion, qui fut pendu plus tard, disait en effet que les
Tarahumars étaient convaincus « ... que les Espagnols ne visaient pas bien, et que leurs balles
allaient toujours de côté, car ils ne faisaient que fumer des cigarettes » [Patr. 236, f. 498rv]. Voici
le témoignage d’ignacio gouverneur indigène de Papigochi : Lors de la rébellion de Sopechi, les
rebelles répondirent à Retana qu’ils ne voulaient point se soumettre « diciéndoles los echizeros
que estauan con ellos, que estubiessen firmes en su alzamiento, QUE NO LES HARÍAN NADA LOS
ESPANOLES, PORQUE NO HAUIAN DE PODER TOCAR EL CLARIN, NI DISPARAR SUS ARCABUCES... » [Guad. 156, ff.
876-878]. Neumann fait ici une allusion très nette, semble-t-il, à un mouvement « messianique ».
Nous trouvons des mouvements religieux semblables dès 1616, lors du soulèvement des indiens
99

Tepehuanes à Durango [ABZ, II pp. 271-272 ; DUNNE, 1944 : pp. 36-39, 123-125, 163, 169], et chez les
Tarahumars en 1676 [Mex. 17, pp. 369v-378].
19. Sur le poison de flèches et le contre-poison, cf. pp. 90-91 note 85 ; et pour plus de détail,
PERROT et VOGT, 1913.
20. Il est exact que plus de 30 rebelles lurent tués au cours de ce combat. Les ennemis étaient plus
de 400. Le Général Retana et le Général Marcos Fernández de Castañeda, Alcade mayor de
Cosiguiriachi, dans deux lettres des 19 et 20 avril 1690, écrites au Gouverneur Pardiñas, lui
décrivent ce combat [Patr. 236, ff. 63v-66v ; op. cit. II, ff. 7v-8].
21. Le Gouverneur Pardiñas quitte Parral le 28 avril 1690 ; le 30 il arrive à la Hacienda de San
Cristobal, le 9 mai au lieu-dit Paraje de la Cueva, le 13 mai à Cusihuiríachi, et le 16 mai à Papigochi.
Il n’avait pas 200 soldats, comme le dit Neumann, mais seulement 6 [Patr. 236, ff. 36v, 73-75, 79,
84v-85]. Mais à Papigochi se trouvaient déjà plus de 100 soldats espagnols avec les Capitaines des
différents presidios : le Cap. du Presidio de Janos, Juan Fernández de la Fuente et 17 soldats ; le
Cap. Antonio Fernández de Castañeda et 22 hommes de Cusihuiriachi ; le Cap. de Casas Grandes,
Francisco Ramírez de Salazar et 6 hommes ; le Cap. de la Compagnie de Campagne, Antonio de
Medina, et 19 arquebusiers ; le Cap. du Presidio de Conchos, Juan Fernández de Retana et 25
soldats. Tous étaient bien armés. En plus, il y avait 190 auxiliaires indiens, surtout Tarahumars et
Tobosos [Patr. 236 (II), ff. 6-7v], et quelques Conchos et Sumas [Patr. 236, ff. 159-166v].
22. Le départ de Papigochi eut lieu le 12 juin 1690. Pardiñas et sa suite arrivèrent à Yepómera le
16 juin, où Ton resta jusqu’au 4 juillet [Patr. 236, ff. 167-182]. Aux effectifs militaires mentionnés
dans la note précédente, vinrent s’ajouter le Cap. du Presidio El Pasaje et 33 soldats, dont 15 du
Presidio San Pedro del Gallo, 14 de celui del Pasaje, et 3 de celui de San Miguel de Cerro Gordo. Le
total des soldats espagnols, y compris 45 aventuriers, se montait à 158 [op. cit, ff. 159-166v].
23. Les PP. Tomás de Guadalajara, Recteur du collège de Parral, et le P. Francesco Maria Piccolo,
nommé Visiteur de la Tarahumara au mois d’avril [Patr. 236, f. 168v].
24. Actes de guerre nous parlent seulement de deux Espagnols tués avec le P. Diego Ortiz de
Foronda : c’étaient le Lieutenant Juan de Urías, et Franscisco Fontes. Tous furent enterrés à
Yepómera le jour même de l’arrivée de Pardiñas et de son escorte, c’est-à-dire, le 16 juin. Voici
l’acte de leur enterrement : Arrivés le 16 juin à Yepómera, on trouva le village incendié
« particularmente la hauitación del Padre, y la yglesia no solo quemada, sino deshecha y
arruinada hasta la immediasión de los simientos, deshecha a mano, arroxadas las ymágines de
Xrto Señor Nuestro por el campo hechas pedasos, y desfiguradas a golpes al pareser de piedras,
las aras consagradas esparsidas por el campo... y como enfrente de la yglesia se halló parte de vn
esqueleto u osamenta, que según declaró Domingo, yndio que salió en dicha ocasión a buscar
socorro, dixo ser los huesos de el Pe. Diego Hortis de Foronda, porque dixo que al salir de su
aposento luego le mataron a puñaladas, y que los dos españoles se resistieron hasta junto al
corral donde se hallaron [f. 168] los huesos, saluo las calaberas, auiendo, segun paresió, quebrado
la de el Padre, por estar en diuersos pedasos diuidida. Y luego, con la solemnidad que tal puesto
permitió, se enterraron con asistensia de los RRs. Padres Francisco María Picolo, Visitador de
estas missiones, y Thomás de Guadalaxara, Rector de el colegio de El Parral... » [Patr. 236, f.
168rv]. Il y a plusieurs autres déclarations complémentaires sur la mort de ces 3 victimes [op. cit.,
ff. 3v-4,5,18, 29v-30, 30V-31, 32v, 47v-48v, 52, 61v, 63v, 86v, 88, 112v, 117, 197, 219, 224rv, 394v,
etc].
25. Pendant ce séjour à Yepómera, Pardiñas envoie plusieurs expéditions contre les rebelles : (1)
16-19 juin, Retana et Ramírez de Salazar avec 100 soldats et 150 indiens se rendent à Nahüerachi
[Patr. 236, fl. 170-171]. (2) : 21-28 juin, de la Fuente et Medina avec 40 soldats et 130 indiens
vont explorer la Junta de los Ríos, Cocomórachi, etc. [op. cit. fl. 173V-179]. (3) : 5-13 juillet,
Pardiñas avec tous le soldats et indiens avancent vers Nahüérachi et Sirupa [Ibid, ff. 186v-195v,
199-206]. (4), 16 juillet - 20 août, Retana et de la Fuente sortent de nouveau en campagne avec 70
100

soldats et 160 indiens vers Rincón, Picacho et Cañada del Oso. Ils font beaucoup de prisonniers et
récupèrent 40 chevaux [ibid, ff. 207, 217rv].
26. Les Actes de guerre mentionnent à plusieurs reprises ces coalitions des rebelles contre les
Espagnols. lors des soulèvements de 1690 et 1697 [Patr. 236, ff. 11v-14v, 60v, 123, 227v-228, 272rv,
280v, 616rv etc. ; Guad. 156, ff. 13, 80v, 74v, 131v-132, 140, 148v, 159v, 174v, 184v, 186v, 216v,
221rv, 226, 227v, 228v, 229v-230, 236, 240v-241, 255v, 261v, 285, 288v, etc.].
27. On nous parle, en effet, de plusieurs villages indiens « neutres » qui attendaient le moment de
se décider, mais avec certaines complicités avec les rebelles. Et ceci, tant parmi les Tarahumars,
que parmi les villages Pimas de la frontière de Sonora [Patr. 236, ff. 32rv, 33rv, 34, 67v-68, 78rv,
etc. ; Guad. 156, f. 212v].
28. La plupart de ces « nations », aujourd’hui éteintes ou acculturées, vivaient au Nord et à l’Est
des Tarahumars. Nous donnons ici une idée seulement de ces peuplades que Neumann mentionne
ailleurs : les Sumas, Julimes, Chinarras, Acoclames, Chizos et Apaches. Des Jovas et des Tobosos
nous avons parlé auparavant [Voir supra, pp. 26-27, note 16, et pp. 40-41, note 11). Des Conchos
on parlera plus tard [Voir infra, pp. 120-121, note 159]. Sur les Janos, voir pp. 92-93, note 93.
Les SUMAS et les JUMANOS étaient des indiens apparentés, peut-être d’une même souche ; ils
étaient aussi appelés RAYADOS à cause de leurs peintures faciales : les premiers habitaient au Nord
des Conchos et les seconds près du confluent des fleuves Conchos et Grande del Norte, dans la
région voisine d’El Paso, Texas, et aussi à Quivira, New Mexico. Nous les trouvons aussi dans la
région de Casas Grandes (Chihuahua) et au Nord-Est de Sonora, non loin de Teuricachi,
Guachinera, Baseraca et Bavispe. D’après Sauer et Scholes, ces indiens appartenaient à la famille
linguistique UtoAztèque. Les groupes du Nord, plus sédentarisés et dans des villages plus
compacts, pratiquaient l’agriculture plus encore que ceux du Sud vivant dans des rancherías
dispersées. Les Franciscains s’occupèrent de leur évangélisation dans le Nord, et les Jésuites au
Sud. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle il est fréquemment question de Sumas alliés avec les
Janos, Jócomes, Chinarras etc. contre les missions de Sonora et de Tarahumara [SAUER, 1934,
pp. 62-63, 65-74 ; SCHOLES et MERA, pp. 269-299 ; Mis. 26, ff. 135v-136v, 137v, 256].
29. Les JULIMES, inclus parfois sous le nom des Conchos et peut-être de leur famille, vivaient à l’Est
de la ville de Chihuahua, aux abords du fleuve Conchos. A Coahuila on trouvait les JULIMENOS, qui
étaient probablement les mêmes indiens. La mission franciscaine San Antonio de Julimes, sur la
rivière Est du Conchos fut fondée en 1691 et dépendait du poste missionnaire de San Pedro de
Conchos, situé à 12 lieues vers l'Ouest. En 1688 le gouverneur général des Julimes était Don
Nicolás [SAUER, 1934, pp. 63, 64, 67 ; HODGE, I, p. 636 ; ARLEGUI, 1851, p. 133 ; AHM, Memorias de
Nueva España, XXXI, f. 201rv ; BANDELIER, II, 268, 360].
30. Les CHINARRAS vivaient au Nord et à l’Est de Chihuahua, jusqu’à Casas Grandes et le confluent
Conchos-Rio Grande. En 1717 les Jésuites fondèrent la mission chinarre de Señora Santa Ana et
San Francisco Xavier avec l’appui du Gouverneur de la Nouvelle Biscaye Manuel de San Juan de
Santa Cruz [SAUER, 1934, pp. 62-63 ; Mex. 18, f. 23rv ; Guad. 109, Expediente sobre Conchos et
Chinarras (1716-1717)].
31. Malgré de nombreuses reférences historiques, les indiens ACOCLAMES nous sont très peu
connus. Un document de 1624 nous dit qu’après 20 ans d’hostilités, ils demandèrent la paix
espagnole et furent regroupés dans le village de San Felipe del río Florido. Auparavant ils
nomadisaient à 30 lieues de la Province de Santa Bárbara, en compagnie des indiens Tobosos,
Salineros et Nonojes. En 1667 on trouve certains groupes d’Acoclames dans les Sierras de Xacus
[sic] et Las Encinillas, vers le sud-ouest de Chihuahua s’attaquant de nouveau aux Espagnols avec
les Salineros, Cabezas et Tobosos. Neumann, nomme ces indiens « Occlamos » au lieu d’Acoclames
[AHM, Memorias de Nueva España, XXXI, f. 201v ; ARLEGUI, 1851, pp. 100-101 ; BANDELIER, II, 124,
142, 158, 188,342, 392].
101

32. Les CHIZOS, compris parfois sous le nom collectif de Conchos, habitaient à l’Est de la ville de
Chihuahua, entre celle-ci et le fleuve de Santa Isabel, et au Nord de Chihuahua. D’après le visiteur
de Presidios, José Francisco Marin (1693), les Chizos comprenaient en outre 6 autres tribus : les
Chichitames, Satapayogligla, Guazapayogligla, Osatayogligla, Batayogligla et Sunigogligla. Les
Actes de guerre de 1690-1692 nous parlent des Cholomes, Chizos et Chinarras attaquant les
Tarahumars et volant le bétail des ranchos espagnols dans la région du Rio Sacramento, un
affluent du Conchos, et de Los Sauces. D’autre part on trouve aussi des Chizos plus ou moins
limitrophes de la région de San Francisco de Conchos, au Sud de Chihuahua. Le Général Retana
entreprit en 1687 et 1688 plusieurs campagnes contre les Chizos, et plus tard ces indiens
devinrent des alliés dans les campagnes de pacification de 1690 et 1697 [BANDELIER, II, pp. 328, 356,
392, 398 ; Pair. 236, ff. 120v, 616v ; Guad. 156, ff. 1074-1077v].
33. Les APACHES étaient les indiens les plus méridionaux de la famille Athapascane. Cette branche
habitait une bonne partie de Taire culturelle Sud-ouest des USA ; les états d’Arizona, New Mexico,
le Sud du Colorado et l’Utah, l’Ouest du Kansas et du Texas, et plus tard ils se répandirent sur le
Nord du Mexique. En réalité les Apaches constituaient plusieurs groupes apparentés. D’après
Hodge [I, 63-67, 108-111] la branche Sud comprenait principalement les Navahos, les Queredlos
ou Vaqueros (c’est-àdire les Mescaleros, Jicarillas, Faraones, Llaneros et Lipanes), les Chiricahua,
les Pinaleños, les Coyoteros, les Arivaipa, les Gileños, les Mimbreños, les Mogollones et les
Tontos. Toutes ces peuplades étaient surtout des nomades, et ne pratiquaient l’agriculture que
très peu. Ils sont devenus fameux à cause de leurs innombrables razzias jusqu’à l’intérieur du
Mexique ; leur nom est devenu synonyme de banditisme, pillage, terreur. Ces incursions
commencèrent vers la XVIIe siècle, et se poursuivirent jusqu’aux débuts du xx'. Hodge nous
donne une idée de leurs déprédations vers la fin du XIXe. Un simple résumé des années 1771-1776
nous apprend que dans la Nouvelle Biscaye ils tuèrent 1.674 personnes, 154 furent emmenées en
captivité, 116 ranchos et haciendas furent attaqués, et un cheptel de 66.155 têtes fut volé. Les
documents missionnaires et coloniaux foisonnent en renseignements sur les incursions des
Apaches dans le Sonora et le Chihuahua. C’était l’ennemi commun, même de plusieurs autres
groupes ethniques qui succombèrent à leur avalanche [DHM, 4e série, tome III, pp. 9, 11, 90-92 ; 3 e
série : pp. 549-565, 605-606, 613-616, 643-646, 687, 692-694, 704, 820-829 ; BANDELIER, II, pp. 372,
392, 398, 404 ; PFEFFERKORN, pp. 144-151].
34. Le Gouverneur Pardiñas demeura à Carichí du 14 août au 11 octobre 1690. Pendant ces deux
mois Pardiñas reçut les déclarations de certains indiens au sujet de la mort du P. Foronda et de la
rébellion en général. Le 30 août un conseil de guerre eut lieu, présidé par Pardiñas avec la
participation des Capitaines de la Fuente, Retana, Medina et Luis de Valdés. Parmi les mesures
prises on décida de défendre les frontières nord-occidentales de la Tarahumara contre les
Jocomes, Sumas, Janos et Sobaipuris, et celles du Sud contre les Tobosos, Cocoyomes, Chizos et
Chichitames. Le 6 septembre on fit l’appel des soldats et des indiens alliés au son du tambour et
du clairon ; les effectifs montèrent à 112 soldats payés, 40 « aventuriers » espagnols sans solde, et
389 indiens alliés « d’arc et flèche » à solde, appartenant aux Piros, Sumas, Tobosos, Julimes,
Caquitatomes, Tepeguanes, Conchos et Tarahumars. Le 23 septembre un nouveau conseil de
guerre examina les dépenses militaires. Entre temps, les Capitaines Retana et de la Fuente furent
envoyés en campagne au Nord-Ouest de la Tarahumara. Le seul village de Carichí comptait alors
170 familles (Patr. 236 : ff. 245-385).
35. Il s’agissait du P. Visiteur Piccolo, du P. Recteur Florencio de Alderete, et des PP. Francisco de
Celada, Johannes Christoph Verdier et Joseph Neumann, réunis à Carichí le 10 octobre 1690 [ibid.,
ff. 381v-382].
36. Les échos de ces difficultés se perçoivent dans la correspondance du Vice-roi Conde de Galve
et du Gouverneur Pardiñas [ibid., ff. 321v-322, 712v ; ibid., ramo 5 : ff. 33-34 etc.].
37. Le P. Provincial Ambrosio de Odón (1689-1693) se fait le porte-parole des plaintes des
missionnaires, écrivant le 5 octobre 1690 au Vice-roi [Patr. 236, ramo 5, ff. 68v-70], qui à son tour
102

en écrivit au Gouverneur Pardiñas [ibid., ff. 70-74, 77v-79]. Sur l’attitude de Pardiñas vis-à-vis des
missionnaires [ibid., ramo 6, fl. 42-51v ; Guad. 156, f. 885]. Le P. Eugenio López écrivit et publia
en 1695 une brochure en faveur des missionnaires de la Tarahumara [cf. LOPEZ, 1695].
38. Ambrosio de Odón, Provincial du 23 décembre 1689 au 8 janvier 1693 [ABZ, IV, 14*).
39. Don Gaspar de Sandoval Cerda Silva y Mendoza, Conde de Galve, gentil hombre de la cámara
de Su Majestad, Comendador de Salamea y Zeclavin en la Orden de Alcántara, Vice-roi du 20
novembre 1688 au 27 février 1696 [SCHAFER, II, p. 441 ; ABZ, IV, 13* ; BANDELIER, II, p. 334].
40. Neumann arriva à la mission de San Ignacio Coyachi le 1er février 1681. Son voyage à Mexico
se situe, après la réunion à Carichí avec le P. Visiteur Piccolo et 3 autres Pères le 10 octobre 1690,
entre novembre et décembre 1690. Neumann lui-même nous dit qu’il mit six semaines pour
atteindre Mexico, et qu’il y demeura six semaines. On peut donc, calculer que son aller-retour
dura quelque cinq mois [NEUMANN, 1681, 1693, et infra, le texte de cet ouvrage pp. 52-55].
41. Le Supérieur de la « casa profesa » de Mexico était alors le P. Ildefonso Ramos, né à
Fuensaldaña, (Espagne), en 1635, et Jésuite depuis 1653. Il prononça ses grands voeux le 15 août
1671. Au cours de sa vie il fut professeur de philosophie, théologie, recteur de collège, et pendant
plusieurs années simple ouvrier du Seigneur [Mex. 8, f. 322 : Mex. 6 f., 1].
42. Outre le P. Ildefonso Ramos, les consulteurs de la Province étaient les suivants : Le P. Pedro de
Echagoyan, né à San Luis Potosí en 1626 et admis chez les Jésuites en 1645. Il fit sa profession
religieuse le 2 février 1663. Professeur de grammaire, philosophie et théologie, il fut aussi recteur
et maître de novices, procureur à Rome et supérieur de la maison professe,où ilmourutle3 juin
1695. — Le P. Juan Fernández Cabero était alors recteur du Collège San Pedro y San Pablo. Né à
Albarracino (Aragón) en 1640, et Jésuite depuis 1656, il prononça ses grands voeux le 2 février
1674. Missionnaire, quatre fois recteur, maître de novices, il est l’auteur des fameuses «
ordenaciones comunes a todos los misioneros » du 20 avril et du 20 septembre 1662. Il mourut à
Mexico le 5 juillet 1693. Le P. Bernabé de Soto, qui résidait alors au Collège San Andrés de Mexico.
Né à Chicohuautla, Mexique, en 1629, et reçu chez les Jésuites en 1647, il prononça ses grands
vœux le 15 août 1665. Il fut missionnaire, recteur de collège, Provincial et simple « operarius ». Il
mourut à Mexico le 25 avril 1689 [Mex. 8, ff. 322, 323, Mex. 6, ff. irv, 6v, 144, 146, 158].
43. Le Vice-roi, Conde de Galve, écrit au Gouverneur Pardiñas le 13 septembre 1690, « En
respuesta de esta, espero la razón de todo muy por menor, con TESTIMONIO DE TODOS LOS AUTOS y
diligencias que huuiere hecho desde que salio de el Parral... » (Patr. 236, ramo 5, ff. 33-34].
44. Pardiñas lui-même le laisse sous-entendre dans sa lettre du 20 mai 1691 au Viceroi : « ... Las
propuestas que me hicieron [los Padres], considerándolas privadas y extrañas, NO FUERON EN
AUTOS... » [op. cit, ramo 6, ff. 47-48v].
45. Nous avons le texte de cette ordonnance dans la lettre du 6 janvier 1691, du Viceroi Conde de
Galve au Gouverneur Pardiñas, remise dans les mains du Gouverneur par un de nos Pères [Patr.
236, ramo 6, f. 46 ; ramo 5, fl. 74-75v].
46. P. Piccolo.
47. On peut trouver La réponse de Pardiñas au Vice-roi dans ses deux lettres du 8 avril et du 20
mai 1691 (op. cit., ramo 6 : ff. 44v-48v).
48. Le 10 lévrier 1691 Pardiñas écrivait au Vice-roi qu’il laisserait à Cosiguiriachi deux
compagnies de miliciens, formées par les habitants du village, avec leurs chefs militaires qui, le
cas échéant, leur donneraient les ordres et les armes nécessaires [Patr. 236, ff. 607-610V].
49. Ultérieurement, le 4 septembre 1691, le Général Retana informait le Gouverneur Pardiñas ;
ces deux compagnies, composées de commerçants et de mineurs, ne servent à rien, car ils ont
trop d’intérêts privés. Il faut des soldats [op. cit., ff. 640v-642v]. Mais il convient de noter que le
Vice-roi avait ordonné à Pardiñas de tenir une assemblée militaire, avec la participation de tous
les Capitaines et des missionnaires Franciscains et Jésuites, avant de licencier les troupes et les
soldats volontaires. Cette réunion eut lieu à Cosihuiriachi le 3 février 1691, à laquelle assistèrent
les Capitaines Retana, Fernández de la Fuente, Antonio de Medina, Luis de Valdés, Juan de
103

Salaises, Diego López de Zambrano, Bernardo Gómez de Montenegro, l'Alférez Nicolás Dias de
Frias, l’interprète Alonso Muñoz de Zepeda, le trésorier Joseph Ursúa. En plus les Franciscains,
Guardián. Fray Juan Pérez (Sta Isabél de Tarahumares), Miguel de Carvajal (Santiago Babonoyaba
de Tarahumares), Gabriel de Montés de Oca (San Francisco de Conchos y Tarahumares), Gabriel
de Burgos (San Pedro de Conchos). Enfin les Jésuites : P. Visiteur Piccolo, Recteur Florencio de
Alderete, Francisco de Celada (San Borja), Pedro de Noriega (Nonoaba) et Miguel de Ortega
(Coyachi). Les militaires furent d’avis qu’il n’était pas nécessaire de laisser dans la Tarahumara
un presidio avec des arquebusiers, les Franciscains s’en referaient aux décisions que le
Gouverneur prendrait ; quant aux Jésuites ils demandaient la présence d’un groupe de soldats
pour défendre les villages. Mais on connaît l’issue de cette affaire [ibid., fl. 597-607].
50. En fait les missionnaires ne retourneront dans leurs postes qu’en 1692, après la tournée
d’inspection faite par le Général Retana du 25 octobre 1691 au 30 janvier 1692 en compagnie du P.
Alderete [Patr. 236, fl. 648-682]. Les frontières de Sonora furent aussi inspectées par le Général
Marcos Fernández de Castañeda, accompagné du P. Pinelli [op. cit., fl. 681v-712v]. Ceci fait, les
deux Généraux « requièrent » le P. Visiteur Piccolo afin qu’il pourvoie les missions abandonnées.
Le requerimiento de Retana fut fait personnellement à Piccolo, à Carichí le 13 janvier 1692 ; celui
de Castañeda, par lettre de Tacupeto, le 2 janvier 1692.
Voici comment furent redistribués les anciens et les nouveaux missionnaires :
I. — Mission de la Natividad (« Ancienne Tarahumara »), 1. — P. Domingo de Lizarralde, à Satebó,
Visiteur de cette mission et de celle des Tepehuanes. 2. — P. Cristobal Condarco, à Huejotitlan. 3.
— P. Francisco Xavier Medrano, à San Miguel Bocas. 4. — P. Antonio de Herrera, à Santa Cruz et
San Felipe. 5. — P. Sebastián Pardo, à Santa María de las Cuevas et San Lorenzo. 6. — P. Francisco
de Velasco, à San Pablo.
II. — Mission de San Joaquín y Santa Ana (« Haute Tarahumara »), 1. — P. Pedro Ignacio de Loyola, à
Norogachi, Visiteur. 2. — P. Joseph Neumann, à Sisoguichi, Supérieur. 3-P. Francesco Maria
Piccolo, à Carichí. 4. — P. Miguel de Ortega, à Coyachi. 5. — P. Pedro de Noriega, à Nonoaba. 6. —
P. Juan Fernández, à Temeichi. 7. — P. Johannes Christoph Verdier, à Papigochi, à la place du P.
Doménico Créscoli, passé au collège Espíritu Sto, Puebla. 8. — P. Luigi Mancuso, à San Borja... Il
remplaça le P. Francisco de Celada, nommé recteur du collège de Querétaro. III. Mission de Nuestra
Señora de Guadalupe (« Haute Tarahumara »), 1. P Florencio de Alderete, à Matachi, et puis à
Cocomórachi, Supérieur. 2. — P. Nicola Grissoni, à Matachi. 3. — P. Juan Calvo, à Yepómera, au
lieu du P. Johannes Baptista Haller, destiné au poste de Yamoriba, de la mission de San Andrés de
Topia. 4 P Gian Battista Barli, à Cajurichi, à la place du P. Jivi Hostmsky qui s’occupait d Arisíachi
et qui passa temporairement aux missions de San Ignacio de Cabórica, Sonora. 5 — Le P Vaclav
Eymer, passé aussi pour quelque temps, de Tomochi a Ocorom Sinaloa. Enfin le P. Villem Illing
passa à la mission de Loreto, Chínipas ; et le P. José Guerrero Villaseca, de la mission de Santo
Tomás, Tarahumara, à celle de San Pablo Guarizame, Topia [Mex. 6, ff. 62v-64v ; Mex. 8, ff.
329v-330y]..
51. Deux furent les chefs rebelles capturés et décapités par les Tarahumars : Ignaciote Oseuac et
Nicolas le borgne, vers la mi-mars et en juin 1691 respectivement [Patr. 236, fï. 624-638]. Mais le P.
Neumann, par certaines rumeurs, croyait qu Ignaciote vivait encore, et il en écrit deux lettres au
Visiteur Piccolo, le 19 et le 28 août 1691 \ibid., ff. 638-639v]. Averti par Piccolo et par Pardiñas,
Retana entreprend la vérification de ces bruits, et aboutit à la confirmation de la mort des deux
chefs rebelles [ibid., fï 639v-643v, 653-655, 657V-661, 647-648v]. Neumann ne parle pas des autres
chefs rebelles, assassins du P. Manuel Sánchez. Ceux-ci, surnommés les frères Muiderrama, du
nom d’un lieu-dit parmi les Pimas, furent aussi capturés et exécutés le 15 décembre 1691 à Moris
\ibid., fï. 712v-713v]. Auparavant on en avait exécuté deux autres. Santiago Oyúcame, gouverneur
de Yépachi, et son frère [ibid.,]. Les autres reliquiae sediliosorum dont parle Neumann, restèrent
fugitifs et impunis. Il s'agissait, entre autres de Gerónimo Malagara ou Guona, son frère Bernardo
104

Acoa, Chigoi nari, Sopechi ou Sopequeme, Passachabóame, Posilegui, Sojague,etc. [Ibid., fl. 183v,
187v, 192, 193 .195V-196, 200v, 201, 213v, 220v, 256, 342-344, 388, 403-404, 435v, 459 etc.].
52. Il s’appelait Don José [Ibid., f.409v]. En 1697, avec d’autres rebelles, ils tuèrent deux passagers
à Tomochi et brûlèrent la maison du missionnaire [Guad. 156, fï. 201, 206, 208v].
53. Dunne se trompe en disant que la mission de Tutuaca fut restaurée deux ans apres |DONNE,
1948, p. 171]. Les habitants de Tutuaca, abandonnèrent d’ailleurs le village [Patr 236, f. 704vl, et se
rendirent à Goyonchi [Guad. 156, ff. 660v-661, 675].

NOTES DE FIN
*. Traduction du titre de ce chapitre : « Nouveau soulèvement des Tarahumars et de leurs voisins,
et mort de deux missionnaires, défenseurs de la Foi ».

RÉSUMÉS
1 — Conspiration avortée à Chínipas et à Guazapares. 2. — Six nouveaux venus de Bohême et
d’Italie. La ruée vers les mines. 3. — Brigandage des indiens. Mort de Diego Ortíz Foronda et de
Manuel Sánchez. Irruption de la révolte indigène. Fuite des missionnaires. 4. — Attaquesurprise
de Papigochi. La riposte des Espagnols. 5. — Divergences entre le Gouverneur Pardiñas et les
missionnaires. Neumann se rend à Mexico pour renseigner le Vice-roi Conde de Galve, Volte-face
du Gouverneur. 6. — Directives du Vice-roi. 7. — Retour des missionnaires à leurs postes.
105

Chapitre IV. Hostilités sur tous les


fronts (1697-1698). Jugement du
gouverneur del Castillo et de son
administration (1699-1700)

1 1. — Après une période de cinq ans, un nouveau Gouverneur1 du Royaume succéda au


précédent. C’était un homme d’âge mûr, décidé à réprimer sévèrement toute révolte
possible des Indiens. Cependant depuis sept ans la région Tarahumare jouissait de la paix.
2 En ce temps-là on extrayait beaucoup d’argent des montagnes de Cusihuiríachi, on
découvrait et l’on exploitait de nombreux filons argentifères2 dans les régions voisines, ce
qui assurait des bénéfices considérables aux commerçants qui y affluaient avec leurs
marchandises. Toutefois cette affluence fut en dernier lieu la cause principale pour
laquelle les Indiens Tarahumars songèrent à se révolter.
3 A ceci s’ajoutait le fait que le nouveau Gouverneur du Royaume avait envoyé le Général
Retana parcourir les villages Tarahumars avec un groupe de soldats pour battre de verges
ceux qui s’enivraient, qui avaient plusieurs femmes, ou qui ne voulaient pas se soumettre
au christianisme.
106

LA NOUVELLE BISCAYE VERS 1730


Carte dressée par le Lieutenant Francisco Alvarez Barreiro (AGI, Guad. 144)

4 A cette occasion on découvrit plusieurs magiciens et magiciennes, familiarisés avec les


mauvais esprits, qui même, assassinaient leurs victimes par envoûtement, et qui au
moyen d’impostures, jouissaient d’une grande autorité parmi les Indiens, ou bien
intimidaient par la peur ceux qui refusaient de se soumettre. Il y avait, parmi ces
magiciens, un vieillard que l’on considérait comme le grand prêtre3 ; très vénéré, on se
mettait même à genoux devant lui et on lui baisait les pieds. Il leur permettait d’avoir
plusieurs femmes, de rejeter celles qu’ils n’aimaient pas, et d’en prendre d’autres.
5 Ce charlatan de marque, savait provoquer des orages, il apparaissait parfois aux Indiens,
s’élevant dans l’air, dirigeant des chœurs ; bref, il était l’oracle des Indiens, leur faisant
facilement croire ce qu’il voulait. Cependant quelques Indiens chrétiens moins pervertis,
le firent savoir à l’un de nos missionnaires4, et celui-ci bien renseigné sur l’affaire, en
avertit le Gouneur du Royaume en lui indiquant le lieu où il se cachait. Sur l’ordre du
Gouverneur, Retana — qui parcourait la Tarahumara — le captura et le punit.
6 A la suite de ce châtiment, on découvrit plusieurs autres sorciers, qui furent aussi
appréhendés5. Parmi les prisonniers se trouvèrent : le chef d’un village, bien connu de
tous, comme auteur de seize crimes par sortilège [empoisonnement], puis un autre qui
prenait l’aspect de différents animaux, comme de l’ours, du loup, du jaguar, et qui avait
commis plusieurs crimes sous cette apparence zoomorphe ; un autre encore qui dans le
fond d’une caverne disposait de dix démons ; et finalement un quatrième sorcier, maître
de deux esprits qui revêtaient la forme de mouches énormes ; il les consultait, et avec leur
aide, perpétrait des choses effroyables.
7 Ils furent interrogés sur ces faits, et ayant été convaincus de culpabilité, le Gouverneur les
condamna à mort ; leur disparition empêcherait que d’autres ne subissent la contagion, et
par cela on éviterait un plus grand mal dans l’avenir. Toutefois on ne put pas extirper
tous les criminels de cette espèce ; plusieurs, en proie à l’inquiétude, allèrent se cacher
107

dans les cavernes, songeant à se venger des Espagnols. Ils furent en effet les principaux
instigateurs de la rébellion qui allait suivre.
8 2. — Vers 1695 la « peste » sévit6 dans tous les villages de cette nation, en bonne voie de
christianisation. Cette épidémie causa la mort d’un grand nombre surtout de jeunes gens,
de jeunes filles et d’enfants, c’est-à-dire, détruisit la fleur de cette nouvelle chrétienté.
Quant aux adultes Indiens et parmi eux des pires, ils furent épargnés en grand nombre.
9 Je suis témoin oculaire du cas suivant : dans une famille de treize membres, tous les
enfants et la mère sont morts, seul resta sain et sauf, le chef de la maison. Le souci
principal des missionnaires fut de baptiser les enfants et de confesser les adultes avant
leur mort ; et nous croyons que grâce à cette épidémie plusieurs âmes furent gagnées
pour le ciel, Dieu voulant ainsi, de cette façon, les délivrer de prochains malheurs.
10 Après cela, certains sorciers s’efforcèrent de persuader les Indiens d’abandonner leurs
villages, de s’éloigner des cloches7 dont le son attirait les maladies. Ils leur disaient aussi
que le baptême contaminait les enfants8, que les missionnaires étaient les sorciers et
magiciens des Espagnols, et qu’en conséquence, ils devaient se méfier d’eux. Et ils leur
insinuaient encore toutes sortes d’inventions diaboliques au sujet des missionnaires.
11 Plusieurs des néophytes, dont la Foi était bien enracinée, ne croyaient aucunement ces
mensonges et ne se laissaient pas entraîner à l’apostasie ; tandis qu’au contraire, ceux qui
étaient portés à la rébellion, se servaient de n’importe quel prétexte, pour justifier leur
défection. Dès lors ils commencèrent à ourdir une conspiration, à gagner des partisans et
à chercher le moment propice pour se révolter. Bientôt ils furent d’avis que l’occasion
favorable était venue, puisque les soldats espagnols venaient de partir pour combattre les
Tobosos.
12 En effet le Gouverneur, décidé à en finir avec ces brigands qui infestaient les chemins du
commerce et à les poursuivre sans trêve, envoya à cet effet le Général Retana, déjà
mentionné plusieurs fois, avec une armée d’élite. Après deux jours de marche ils
s’arrêtèrent aux abords du fleuve Florido, cherchant à mieux connaître par certains
messages et indices l’endroit où se cachaient les Tobosos qui changeaient constamment
de place9.
13 Mais voici qu’on décela chez les Tarahumars de nouveaux remous. Lorsque les Indiens
apprirent que Retana et ses soldats étaient encore loin, en campagne contre les Tobosos,
et qu’ils ne pourraient revenir aussitôt, ils se mirent à préparer la sédition : à se retirer
dans les montagnes, à y porter des provisions, et à fabriquer une grande quantité de
flèches10.
14 Le P. Joseph Neumann, déjà nommé, était à cette époque Visiteur11 et allant d’une mission
à l’autre, il s’aperçut que les Indiens de Yepómera et de Cocomórachi s’absentaient de
leurs villages, et le rendit à la mission de Papigochi administrée alors par le P. Vaclav
Eymer12. Il ordonna au gouverneur du village13 qui, étant Indien, jouissait parmi les siens
d’une grande autorité, de ramener tous les Indiens qu’il trouverait cachés dans les
montagnes. Mais ce chef Indien, était de complicité avec les gens de Papigochi qui se
préparaient à une nouvelle révolte. Il n’obéit pas ; les incita, au contraire, à ne point sortir
des montagnes, à rassembler de nombreux Indiens et à résister très fortement aux
Espagnols qui voudraient les faire sortir.
15 Quant aux autres Indiens qui demeuraient dans les villages, le gouverneur indigène leur
ordonna de ne point bouger afin de ne pas éveiller les soupçons des Pères ; ils devraient
dissimuler leurs plans, tant que les soldats espagnols ne seraient pas partis en campagne
108

contre les Tobosos ; à ce moment là seulement ils pourraient s’incorporer à la rébellion


préparée depuis trois ans par les Indiens ennemis cachés dans la région14.
16 On voit par là combien était artificielle la paix acceptée en 1690 ; ils cherchaient toujours
à se débarrasser de la loi chrétienne et de la domination espagnole pour se livrer à leurs
vices comme auparavant.
17 De nouveaux sorciers ne leur manquaient pas, qui, entourés de mauvais esprits, les
consultaient et s’en servaient pour leurs crimes et méfaits. Interrogés, ces esprits
rendaient toujours des oracles favorables, excitant les Indiens à détruire et incendier de
nouveau et plus violemment les églises qu’on avait rebâties meilleures et plus vastes. Ces
esprits mauvais et familiers leur promettaient aussi de les aider à tuer ou chasser les
missionnaires, et à bannir tous les Espagnols de leur territoire.
18 Une foule d’indiens cachés, excitée par les sorciers, se confirma dans ses desseins après
avoir entendu pendant trois jours les exhortations du Gouverneur de Papigochi, faites
dans la Sierra de Sirupa, à un jour de distance des Indiens Jovas.
19 De retour à Papigochi, le Gouverneur indigène, fieffé menteur, rapporta que tous ses
efforts pour convaincre les Indiens montagnards de rentrer dans leurs villages s’étaient
avérés inutiles, que ces déserteurs ne reviendraient jamais et n’obéiraient ni à lui-même,
ni à aucun autre leur enjoignant de revenir.
20 Ainsi renseigné, le Visiteur des missions, envoya une lettre au Gouverneur du Royaume
lui faisant connaître la situation15. Mais celui-ci se trouvait occupé à faire la guerre aux
Tobosos, et ne voulait pas ou n’arrivait pas à se convaincre que les Indiens fugitifs étaient
à craindre, d’autant plus qu’apparemment tous les villages étaient en paix. Il ajourna,
donc, la décision de porter remède à cet état de chose, tant que les bruits de rébellion qui
couraient n’étaient pas confirmés.
21 Cependant, les missionnaires pressentaient d’atroces événements. Certains signes
funestes s’étaient fait sentir l’année précédente et semblaient bien s’appliquer, je crois, à
cette époque. Au mois d’avril 1696, la province appelée Tarahumara Supérieure fut
secouée par un extraordinaire tremblement de terre. Et un matin, vers la fin d’octobre,
avant l’aube, apparut une comète16 tout à fait sinistre : les premiers jours, sans tête ; puis
l’ayant, très obscure, orientée vers l’Est, tandis que sa queue traînait vers l’Occident. Ce
phénomène fut la terreur de tous, car il resta visible pendant trois semaines. Et lors de
l’apparition de cette comète, sur les collines proches de l’église de Papigochi, on vit de
loin des feux horribles et une sphère enflammée, restée longtemps suspendue dans les
airs, éclater bruyamment comme le tonnerre17.
22 Dans la nuit du vendredi au samedi saint, les cloches de l’église du même village se mirent
à sonner lugubrement comme pour le glas d’un mort. De plus, le fleuve de Papigochi
débordant, lança ses eaux dans l’air sous forme d’un cône qui s’élevait à plus de 12 pieds
et retombait avec fracas pour continuer son cours.
23 En mai de cette même année18, dans la mission de Cocomórachi, vers 3 heures de l’après-
midi d’un jour bien calme, un missionnaire qui se tenait debout sur le seuil de sa maison,
vit sur les collines avoisinantes un géant colossal ; il le voyait de dos, sa tête dépassant les
arbres les plus hauts. Il semblait se pencher au sol comme pour ramasser des pierres. Le
missionnaire le regardait de loin. La vision dura un quart d’heure, puis le géant disparut.
24 Cette même année encore, le 18 avril, deux jours avant la pleine lune, en un jour
magnifique, le soleil apparut avec une ombre elliptique, chose extraordinaire dont tout le
monde fut stupéfait.
109

25 Tous ces prodiges furent en partie racontés et en partie indiqués par écrit au P. Visiteur
[Neumann], qui, lui aussi y voyait je ne sais quelle menace de malheur pour la mission.
Aussi donna-t-il l’ordre aux missionnaires d’être vigilants et autant que possible de se
tenir au courant de tout ce que les Indiens faisaient.
26 Lorsque les pluies estivales s’arrêtèrent, le P. Visiteur se mit à parcourir les missions,
surtout les missions situées près de la Sierra et aux confins d’autres peuplades, et qui
semblaient les plus exposées au danger. Partout il reçut un accueil joyeux, sans pouvoir
découvrir le moindre indice de la rébellion qui se tramait. Car à l’exception de quelques
Indiens de Yepómera retournés dans la montagne, les autres n’avaient pas bougé. Et
comme on l’a dit plus haut19, le P. Visiteur avait chargé le Gouverneur indigène de
Papigochi, ayant confiance en lui, d’aller chercher les fugitifs et les faire revenir au
village. En janvier 1697, Neumann poursuivit la visite des autres postes de mission.
27 Il arriva finalement à la mission de San Borja, administrée par un vétéran, le P. Francisco
Celada20, natif de Tolède. Pendant son séjour à San Borja, Neumann reçut une lettre d’un
de ses missionnaires, mexicain21, lui annonçant la découverte de la conjuration. Il
s’agissait du missionnaire de Santo Tomás, situé à trois lieues de Papigochi, qui avait à son
service un enfant de douze ans22, très loyal et qu’il aimait beaucoup. La mère de cet
enfant, préoccupée pour la vie de son fils, le priait instamment de s’éloigner de la
mission, et de s’enfuir pour échapper à la mort ; car les conjurés voulaient tuer tous les
missionnaires et leurs auxiliaires. Elle lui disait encore que la rébellion était près
d’éclater, et qu’on allait chasser et tuer tous les Pères et les Espagnols. L’enfant, qui
aimait le missionnaire, voulant le sauver, lui demandait avec véhémence de s’échapper du
danger et de s’en aller ailleurs. Il lui disait en toute naïveté tout ce qu’il venait
d’apprendre de sa mère.
28 Neumann, ayant discuté longuement de la situation avec Celada à San Borja, écrivit au
Gouverneur du Royaume23, pour l’informer de la sédition qui les menaçait ; mais le
Gouverneur, n’ajoutant pas foi au seul témoignage d’un enfant, se demandait s’il valait
mieux poursuivre la guerre contre les Tobosos ou entrer de nouveau en campagne contre
les Tarahumars, dont, par expérience il connaissait les fourberies. Néanmoins il ordonna
à Retana24, alors en guerre contre les Tobosos, de se rendre à la province Tarahumare.
29 3. — Retana alla tout droit à Papigochi25 pour se renseigner sur la soidisant sédition. Mais
son effort n’aboutit à rien, car les Indiens dissimulaient et niaient une affaire semblable à
laquelle ils n’avaient jamais songé même en rêve ! Aussi Retana écrivit au P. Visiteur
[Neumann] l’inutilité de sa présence dans la Tarahumara ; et dans l’impossibilité de
découvrir ou d’extorquer aucun signe de rébellion, il ajouta qu’on ne pouvait rien
affirmer sur le seul témoignage d’un enfant, et qu’en tout cas les risques d’un
soulèvement étaient infimes.
30 Malgré tout, Retana se dirigea vers Yepómera pour rechercher les Indiens qui avaient
quitté la mission et se cachaient dans les montagnes. Un autrichien, le P. Johannes
Baptista Haller se trouvait alors à Yepómera. Ignorant tout de la situation et ne craignant
aucun danger26, il persuada Retana de se rendre plutôt à la mission de Cocomórachi,
voisine de la mission montagneuse de Tutuaca dont s’occupait le P. Pietro Proto, Sicilien 27.
Celui-ci se méfiant davantage des Indiens et les surveillant de plus près, fit connaître à
Retana les divers indices d’une future rébellion : les provisions qu’on transportait des
villages vers les monts, la surabondance de flèches empoisonnées, et le rassemblement
des Indiens dans la vallée de Símpa, dans des endroits escarpés comme des forteresses,
110

inaccessibles aux troupes de cavalerie espagnole, et à huit lieues seulement de


Cocomórachi.
31 Préoccupé par ces nouvelles, Retana envoie tout d’abord des Indiens fidèles sonder les
intentions des fugitifs et essayer en même temps de les ramener amicalement à
Cocomórachi pour témoigner de leur obéissance tant de fois promise. Mais ceux-ci du
haut des rochers, au milieu des clameurs28, commencent à les harceler en leur lançant des
armes de trait. Un des alliés fut gravement blessé. Obligés ainsi à rebrousser chemin, ils
retournent et rapportent à Retana que les rebelles ne donnent aucun espoir de
soumission ou de paix.
32 La rébellion des Tarahumars, mise ainsi en évidence, Retana se décide à les faire capituler
par les armes et par la faim. Tout d’abord, il dépêche en avance, une troupe d’indiens
amis venus avec lui29, avec l’ordre d’entourer les repaires de l’ennemi afin de bloquer les
rebelles. Lui-même arriverait le lendemain avec la cavalerie. Mais l’ennemi à coups de
flèches réussit à en tuer trois et à en blesser plusieurs, ce qui obligea les assiégeants à
reculer Toutefois, craignant l’arrivée de Retana d’un moment à l’autre, les rebelles
s’échappent en silence, laissant seulement dans leur forteresse naturelle leurs troupeaux
dont les bêlements cacheraient leur fuite. Retana, en fait, arrive le lendemain et donne
avant tout la sépulture chrétienne aux Indiens morts la veille. Et sur le champ, en
déchargeant les armes, il provoque l’ennemi au combat ; mais devant le silence et
l’absence de celui-ci, le Général donne l’ordre de gravir le rocher par des endroits très
escarpés et abrupts. Ils trouvent les brebis, mais pas un seul Indien, et de leur fuite pas un
seul vestige tout à l’entour ; ils retournent donc à Cocomórachi, sans avoir obtenu aucun
résultat.
33 Un peu plus tard, Retana apprit que les Indiens s’étaient enfuits par une fente cachée du
rocher, et s’étaient divisés et dispersés par les montagnes. Aussi ordonna-t-il aux
gouverneurs indigènes des villages voisins de parcourir la Sierra en compagnie de leurs
sujets de confiance, et de lui amener les captifs à Cocomórachi ; il y attendrait jusqu’à ce
que tous fussent trouvés et capturés30. Les gouverneurs indigènes, à cause de leur
complicité avec la sédition, dissimulaient leurs intentions pour ne point se rendre
suspects eux-mêmes au Général [Retana] ; néanmoins ils amenèrent une trentaine
d’indiens échappés ça et là du rocher.
34 A l’interrogatoire, les rebelles durent avouer que leur groupe se composait d’un peu plus
de 90 archers. Pour aller chercher et appréhender les rescapés, Retana dépêcha de
nouveau d’autres Indiens qui revinrent avec environ 60 captifs. Interrogés chacun
séparément, quelques-uns nièrent, d’autres avouèrent le soulèvement manqué, ajoutant
qu’il avait été déclenché par les Indiens belliqueux de Sirupa, et qu’ensuite un grand
nombre de Tarahumars s’étaient ralliés à eux.
35 Retana, au courant de la situation, envoya un rapport au Gouverneur du Royaume, qui
pour mettre les autres dans l’effroi, condamna à mort tous les captifs, pour avoir rompu
la paix et pour n’avoir pas respecté ses émissaires. Mais Retana, craignant que ce supplice
exaspérât les esprits des autres, n’osa pas exécuter la sentence avant de recevoir les
renforts militaires qu’il avait demandés au Gouverneur du Royaume. Bientôt une
compagnie de soldats arriva des confins de Sonora31, et les condamnés à mort furent
exécutés.
36 Parmi les prisonniers se trouvaient deux sorciers païens ; leurs esprits familiers leur
avaient révélé l’arrivée sous peu de nombreux soldats espagnols, et la peine qu’allaient
111

subir les captifs, à moins de s’évader. Dans ce but les esprits promettaient de les aider à
rompre les fers qui les enchaînaient. Au cours de la nuit suivante, ils échappaient déjà,
affranchis de leurs chaînes par une vertu supérieure32, lorsque la sentinelle les surprit ;
des soldats alertés sur-le-champ se mirent à les poursuivre et à les abattre.
37 Tandis qu’un grand nombre de soldats se rassemblaient, deux missionnaires 33 préparaient
les captifs à mourir en chrétiens, écoutant la confession des baptisés ou conférant aux
païens le sacrement du baptême. Le jour de l’Annonciation de Notre Dame34 une trentaine
de prisonniers furent passés par les armes. Comme exemple salutaire pour la population,
on fixa les têtes des victimes à des poteaux dans le village de Cocomórachi et tout au long
du chemin de Yepómera pour servir de pâture aux corbeaux.
38 Les autres prisonniers furent enmenés à Matachi35, où ils devaient aussi subir la peine
capitale. Retana avait ordonné leur exécution immédiate, mais grâce à l’intervention du
missionnaire, les moins coupables furent épargnés36.
39 Ce deuxième avertissement fait aux rebelles faisait espérer au Gouverneur du Royaume
que le reste des conjurés aurait compris. Aussi il fut d’avis de laisser l’enquête à ce point-
là, et de rammener de nouveau les troupes, stationnées dans la Tarahumara, contre les
Tobosos. C’était au mois de mai, et Retana et ses soldats s’apprêtaient au départ, lorsque
deux jeunes Indiens non baptisés, des montagnes de Cajurichi, se présentèrent en disant
qu’une foule imposante de Tarahumars, Pimas et Jovas tendait une embuscade à Retana et
à ses soldats37. Du haut d’un défilé étroit et dangereux, par où les Espagnols allaient
passer, l’ennemi voulait les surprendre laissant tomber sur eux une pluie de roches et de
flèches ; après quoi, colonne en marche, ils iraient attaquer les missions et les lieux de
culte.
40 Doutant encore de la vérité de ces faits, Retana se demandait plutôt si on ne voulait pas
par là l’empêcher de faire une reconnaissance de la Sierra. Mais la nouvelle apportée par
d’autres messagers, devint bientôt évidente, car les insurgés, sans attendre le passage de
Retana, envahirent Tomochi38 en l’absence du missionnaire qui s’était rendu au village
voisin. Ils pillèrent l’église et la pauvre maison du Père, mirent ensuite le feu et avec
sauvagerie ravagèrent et tuèrent le bétail, se le partageant entr’eux, ainsi que le maïs.
41 Chargés de ces provisions et en compagnie des Indiens du village, partisans des
soulèvements précédents, ils passent la nuit dans les danses et l’orgie, célébrant avec des
cris aigus leurs exploits, et décidés à poursuivre le lendemain leurs ravages. Chemin
faisant ils rencontrent un Indien de Sonora qui n’avait pas la moindre idée de ce
soulèvement ; ils le tuent et s’emparent de sa femme. Le lendemain ils se dirigent vers
Teséachi, où vivait alors le P. Jiri Hostinky. Le missionnaire, averti de l’approche des
rebelles, et invité par une lettre de Retana à se sauver, se rendit avec les objets du culte à
Papigochi auprès des soldats espagnols.
42 Le Général Retana avec deux capitaines39 et 120 soldats avait fixé le camp tout alentour
pour défendre Papigochi contre les incursions des rebelles, lorsque les Indiens d’Arisíachi
envoyèrent par trois fois, des messagers à Retana lui demandant des renforts militaires,
pour la défense de l’église et du village40. Comme il n’y avait pas de doute que ces Indiens
voulaient dis perser les Espagnols pour favoriser les insurgés, et soupçonnant une ruse,
Retana ne leur envoya aucun des arquebusiers, mais seulement 150 Indiens de Papigochi
pour secourir Arisíachi. Mais les Indiens de Papigochi, complices des rebelles, n’obéirent
point aux ordres de Retana, et l’ennemi entra sans difficulté à Arisiachi saccageant et
mettant le feu à l’église, à la maison et à tout le village.
112

43 Après cette dévastation, les gens d’Arisíachi apparemment à contre cœur et forcés,
vinrent grossir les rangs des insurgés ; tandis que le petit nombre des Indiens fidèles,
abandonnant leurs troupeaux et leur pauvre mobilier aux rebelles, chercha
précipitamment refuge à Papigochi41.
44 En un même jour cette foule indisciplinée ravagea Tomochi, et les Indiens de
Cocomórachi déclenchèrent leur rébellion, longuement préparée, détruisant et
incendiant le temple et la maison. Pour cela ils profitèrent de l’absence du missionnaire,
qui venait de se rendre à la mission voisine de Matachi pour célébrer là-bas avec son
compagnon42 la fête de l’Ascension43.
45 4. — D’après les Constitutions de notre Compagnie et les Statuts des missions, ce Père [de
Cocomórachi], sicilien, avait été nommé Supérieur de certaines missions pour le
gouvernement immédiat des missionnaires44.
46 Il se disposait à rentrer chez lui, après le repas de ce jour de l’Ascension, lorsqu’un
domestique indien lui apporta en courant la nouvelle de l’incendie et des destructions
faites par les Indiens ouvertement révoltés. Il demanda donc l’avis de son compagnon sur
ce qu’il devrait faire dans ce cas, car les insurgés avaient en fait, mis en œuvre leurs
anciens desseins, comme on put le constater par les aveux des Indiens, châtiés peu de
temps auparavant. Il crut toutefois plus prudent de veiller sur ses sujets, craignant pour
leur vie, et envoya aussitôt un message au missionnaire de Yepómera45, lui ordonnant de
se soustraire au péril, d’emporter avec lui tout ce qu’il pourrait et de se rendre
promptement à Papigochi ; lui-même et son compagnon de Matachi partiraient cette
nuit-là dans la même direction46.
47 Ayant reçu ce message et rassemblé les bagages, les troupeaux, chevaux et mulets, le Père
de Yepómera se mit en route au milieu de la nuit et arriva à Matachiqui lorsque le jour
pointait à peine. Il rencontra le capitaine Martin Alday et une trentaine de soldats
espagnols, envoyés par le Général Retana pour secourir les missionnaires en danger et les
escorter jusqu’à Papigochi. Cette nuit-là Alday et ses soldats avaient quitté Papigochi, et
chemin faisant ils rencontrèrent le P. Supérieur de Cocomórachi et son compagnon de
Matachi, à deux lieues de là, et leur expliquèrent le but de leur expédition. Les deux
missionnaires hors de danger et préoccupés du sort du Père de Yepómera, supplient alors
le capitaine Alday d’aller le chercher avec ses soldats, ajoutant qu’on lui avait déjà envoyé
un message le rappelant à Papigochi. Et bien qu’il s’agît de faire un chemin long, Alday et
ses soldats parcoururent cette nuit-là dix lieues jusqu’à Matachi, d’où, ayant rencontré le
Père de Yepómera, ils retournèrent avec lui jusqu’à Papigochi.
48 Six missionnaires avec le général Retana et les autres chefs militaires s’étaient déjà réunis
à Papigochi47. Les Pères, craignant pour le sort des pauvres chrétiens de Matachi et
Yepómera, demandent l’envoi de soldats pour les protéger et éviter des dégats. Mais les
chefs militaires ne croyaient pas opportun de disperser les soldats pour aller défendre des
missions éloignées. Il était certain qu’en s’éloignant de Papigochi, ce village et l’autre de
Santo Tomás, à peu près égal en population, couraient de grands risques ; car les rebelles
qui avaient des complicités dans ces villages, ne manqueraient pas de faire irruption, de
ravager la mission et de détruire l’église48. Ainsi un petit nombre de soldats serait tout à
fait incapable de maîtriser la situation : car si les Indiens s’étaient maintenus calmes
jusqu’alors, c’était à cause de la présence des soldats.
49 Tous restèrent, donc, à Papigochi. Mais à peine les trois missionnaires venaient-ils de
quitter leurs missions49, que les rebelles déferlaient furieusement contre elles, incendiant
113

les églises, ramassant le butin et forçant50 les villageois à se joindre aux conjurés. Ainsi
grossi, leur nombre s’éleva à près d’un millier d’hommes qui allèrent s’installer dans les
rochers abrupts et partout à pic de Sopechí51 aux abords du fleuve Tomochi. Si les
Espagnols changeaient de campement pour aller les attaquer, les rebelles auraient
toujours un endroit tout à fait sûr et bien placé pour se défendre. Ces rochers, en effet,
collés par un côté aux montagnes, leur laissaient un défilé protégé pour entrer et sortir,
pour se fournir en provisions, pour faire venir des renforts et pour envoyer partout des
messagers selon les circonstances du moment.
50 Ces rochers situés à huit lieues de Papigochi, étaient d’accès très difficile et presque
imprenables. Les rebelles menaçaient continuellement d’envahir Papigochi sous peu et
d’attaquer les Espagnols pour les chasser tous de leur territoire. Les Indiens de Papigochi
étaient préparés à cela, car ils étaient tenus au courant des agissements des rebelles par
des messagers secrets, et ils les favorisaient : ennemis dissimulés52, ils attendaient
impatiemment l’arrivée de leurs compatriotes de Sopechi.
51 Or, comme ils savaient que la maison du Père à Papigochi était défendue avec des murs,
des tours et de nombreux soldats et que de nuit l’on surveillait le village, tous ceux qui
connaissaient un peu les Indiens, se rendaient compte qu’ils n’oseraient pas attaquer cet
endroit si bien défendu militairement. Toutefois, les Indiens feignaient de temps en
temps de l’attaquer, pour troubler les Espagnols, mais sans jamais oser s’y présenter pour
de bon53.
52 Se prévalant de ces stratagèmes pour contraindre les Espagnols à rester cantonnés à
Papigochi, les rebelles, divisés en deux groupes, envahissaient les autres missions et les
mettaient à sac54. Les Espagnols, même plus nombreux, n’auraient pas pu les défendre
rapidement à cause de la distance. Les Indiens réussirent dans leurs plans : quelques
missions et villages du Nord furent incendiés55. Les Franciscains qui s’en occupaient
s’étaient sauvés à temps, se réfugiant dans un village minier56, où les Espagnols qui
l’habitaient attendaient armés, en grand nombre. Ce village était à vingt lieues de
Papigochi, bien à l’abri de tout danger ; les insurgés n’auraient pu facilement réussir à
l’attaquer, car l’obstacle militaire de Papigochi, vers le Sud, leur coupait toute marche en
avant.
53 Une autre foule de quelque six cents Indiens se dirigea vers l’Ouest envahissant la mission
de Sisoguichi57, où le P. Joseph Neumann avait bâti deux belles et somptueuses églises
grâce aux dons d’un riche exploitant de mines58. Celui-ci avait constamment et
pieusement aidé le P. Neumann, fondateur de ces missions et les avait richement
pourvues de tout le nécessaire pour le culte. Une de ces églises était celle du village de
Bocoina, appelé aussi Echoguita59 ; elle avait été solennellement consacrée l’année
précédente en présence de 14 missionnaires60. Pour cette cérémonie quelques-uns étaient
venus de plusieurs jours de marche. La bâtisse avait l’air d’une forteresse, avec deux
tours, des remparts et quelques arcades sur la terrasse ; de sorte qu’un petit nombre
d’hommes pouvait la défendre contre n’importe quelle attaque de l’ennemi.
54 Toutes les forces militaires étaient néanmoins conservées à Papigochi, car on craignait
davantage les ennemis cachés que les rebelles déclarés qui vagabondaient dans la
montagne. Leur intention à tous était claire, animés qu’ils étaient par le même esprit de
révolte, d’ailleurs entretenu par des messagers secrets qui renseignaient l’ennemi sur la
situation espagnole à Papigochi. Les rebelles allaient même jusqu’à envoyer des espions à
Papigochi en faisant mine de se repentir d’avoir pris part à l’insurrection, disant qu’ils
l’avaient quittée et ne cherchaient maintenant autre chose que la paix. Mais après
114

reconnaissance exacte de la situation et des intentions des confédérés de Papigochi, ils


retournaient aux leurs.
55 Les Espagnols, pleinement conscients de cet état de chose61, craignaient qu’en allant
porter secours aux missions plus éloignées, ils ne fussent plus à même de défendre
Papigochi surtout si les gens de ce village adhéraient à la rébellion. Papigochi alors
pourrait être complètement détruit en leur présence, ce qui serait un affront irréparable
à l’honneur espagnol et militaire.
56 Aussi décidèrent-ils de ne pas envoyer des soldats pour défendre les autres missions, et de
ne pas s’éloigner de Papigochi tant qu’un cas vraiment grave n’exigerait pas le contraire 62
. La sécurité de la région, disaient-ils, ne réside pas dans les églises de la mission, mais
dans le maintien des soldats espagnols.
57 5. — Convaincus que les Espagnols ne quitteraient point Papigochi, les rebelles laissaient
de côté ce village croyant pouvoir impunément rôder dans les autres missions et
s’adjoindre tous les Indiens de leur nation, pour faire ensemble la guerre aux Espagnols et
les contraindre à abandonner toute la région Tarahumare. C’est pour cela que, comme je
l’ai rappelé63, se dirigeant vers la mission de Sisoguichi, à vingt-deux lieues de Papigochi,
les rebelles l’envahirent ; mais les Indiens de Sisoguichi, invités eux aussi à se révolter,
avaient renvoyé l’émissaire après l’avoir battu de verges. Ils ne voulaient point adhérer à
l’insurrection, et si on essayait de nouveau de les pousser à la défection, ils menaçaient de
ne pas laisser la vie au futur messager.
58 Ayant eu connaissance de l’attitude des chrétiens de Sisoguichi, leur missionnaire qui
était en même temps le Visiteur des missions64, n’avait aucun motif pour mettre en doute
leur fidélité et leur constance ou pour craindre quelque chose de leur part.
59 Le danger toutefois subsistait du côté des rebelles : ils pourraient se venger du châtiment
infligé à leur messager, ou bien faire pression sur les Indiens de Sisoguichi pour les
obliger à suivre les insurgés même contre leur gré.
60 Neumann était de retour dans sa mission, lorsque le 11 juin vers minuit un Indien de
Sisoguichi se présenta chez lui en disant qu’il avait appris par un païen de Tomochi
l’intention des rebelles de s’abattre sur Echoguita. Immédiatement Neumann envoya un
messager à Papigochi demandant au Général Retana de lui envoyer au moins vingt soldats
espagnols pour protéger la mission65. En même temps Neumann chargea douze Indiens
des plus fidèles d’explorer tous les chemins par où les insurgés pourraient approcher.
61 Ces explorateurs mal renseignés, ayant anticipé d’un jour le passage des rebelles, n’en
rencontrèrent aucune trace, à l’exception d’un seul Indien, qui était sans doute un espion.
Celui-ci, bien instruit des ruses des rebelles, affirma n’avoir vu aucun Indien dans les
alentours, et que tous les insurgés étaient toujours dans les rochers de Sopechí. De retour,
les envoyés de Neumann, lui firent part de ces nouvelles. Sans retard il envoya une
nouvelle lettre ouverte66 aux soldats espagnols, leur faisant savoir qu’aucun danger ne se
présentait sur leur chemin car on n’y avait trouvé aucune trace de l’ennemi.
62 A la tête des soldats venait le Général Retana avec deux capitaines67, 100 arquebusiers et
deux cents Indiens amis, bien choisis et préparés à combattre l’ennemi avec ardeur, si
celui-ci venait à se trouver sur leur chemin. Retana était seulement à un jour de distance
d’Echoguita, lorsque ayant reçu la lettre et croyant que son expédition n’était plus
nécessaire, fit marche arrière vers Papigochi. Il craignait en effet, que si son absence se
prolongeait, l’ennemi n’envahisse Papigochi, malgré la garnison suffisante qu’il y avait
laissée pour le défendre68.
115

63 D’autre part envoyer seulement quelques soldats à Neumann, comme celui-ci les lui
demandait, ç’aurait été les exposer sans plus, au danger et aux pièges de l’ennemi : car
dans la situation présente aucun Indien n était sûr. Telle fut la teneur de la réponse faite à
Neumann par Retana sur son chemin de retour à Papigochi. Il ajoutait que d’après les
trente explorateurs indigènes qu’il avait envoyés tout à l’entour, on n’avait découvert
aucune trace ou menace de l’ennemi ; celui-ci, disait-on, restait toujours dans les rochers
de Sopechi, menaçant sans cesse d’envahir Papigochi. C’est pour cette raison que Retana
devait retourner là-bas, car l’ennemi pourrait profiter de son absence prolongée pour
attaquer Papigochi69.
64 Rassuré par ces propos, Neumann, qui surveillait attentivement avec les siens le village
d’Echoguita, laissa aller ses Indiens arracher les mauvaises herbes dans leurs champs,
comme on le faisait chaque année pendant cette saison de pluies. Il venait de rentrer à
Sisoguichi, l’autre village de sa mission, lorsque le lendemain 21 juin, vers trois heures de
l’après-midi, une grande foule de rebelles, descendant la pente rocailleuse et non frayée
d’un mont très haut, s’abattit dans la vallée d’Echoguita pendant que les Indiens
s’occupaient de sarcler leurs champs.
65 Dans cette invasion subite ils se saisissent du gouverneur indigène et sous la menace lui
demandent si quelqu’un se cache dans l’église ou dans la maison du Père. Ensuite ils
encerclent les bâtiments, brisent les portes de l’église, après avoir en sacrilège abattu et
brûlé la grande Croix du cimetière. Avec de grands cris ils font irruption dans l’église,
montent sur l’autel, jettent à bas les images de la Mère de Dieu et des Saints, les arrachent
et les jettent en pièces dans le fleuve voisin. Ils détruisent ensuite l'autel et les fonts
baptismaux en pierre taillé ; ils pillent la sacristie, déchirent six chasubles et les autres
ornements sacrés, et cassent le calice en trois morceaux en le frappant contre la pierre.
Bref, ils touchent à tout avec des mains sacrilèges, en vandales et en voleurs, et
finalement au milieu de cris sauvages, ils mettent le feu à l’église et à la maison.
66 Evidemment ce spectacle leur était plus agréable et moins ennuyeux que d’aller à la
messe, se faire baptiser ou être attentifs aux idées nouvelles des missionnaires. Ceux-ci
n’étaient que des magiciens et des imposteurs au service des Espagnols, et ils espéraient
s’en débarrasser bientôt70.
67 Les rebelles s’efforcèrent alors de convaincre le Gouverneur indigène, leur prisonnier,
pour qu’il se joignît à eux ; à cet effet on lui offrit un riche butin dans le pillage à venir des
autres missions. Mais le gouverneur Indien ne voulut pas se rendre coupable d’un tel
crime, et personne ne put l'amener à apostasier sa religion. Il ignorait d’ailleurs où
s’étaient réfugiés ses sujets.
68 Malgré toutes ses protestations, ils le menaçèrent toujours de mort s’il ne faisait pas la
guerre avec eux, et on s’apprêtait déjà à le tuer, quand il simula de se soumettre à leur
volonté. Devant la promesse de rassembler ses Indiens et de les persuader d’obéir à leurs
ordres, il fut mis en liberté. Mais à peine échappé aux rebelles, il alla se réfugier dans un
endroit plus sûr71.
69 Pendant que tout ceci se passait, les Indiens d’Echoguita avec leurs enfants et leurs
moutons s’étaient enfuits dans les forêts voisines. La panique s’était tellement emparée
d’eux, après l'attaque-surprise des conjurés, que pas un seul Indien ne resta dans le
village. A leur tour les insurgés, craignant de tomber dans un piège s’ils se mettaient à
poursuivre les Indiens dispersés d’Echoguita, trouvèrent plus sûr, de continuer les
déprédations et de se diriger le soir même vers Sisoguichi. Mais sachant que le Père s’y
116

trouvait et n’était pas parti ailleurs, ils passèrent la nuit à une lieue de Sisoguichi 72,
consommant en partie les abondantes provisions volées à Echoguita73.
70 Ce soir même, à la tombée du soleil, un Indien d’Echoguita annonce que les rebelles
avaient soudainement fait irruption dans le village, incendiant la mission ; qu’ils étaient
assez nombreux, et qu’à leur arrivée tous les habitants avaient pris la fuite vers les bois.
Pendant qu’il parlait ainsi, un autre Indien arrive d’un pas rapide affirmant que les
rebelles se dirigeaient vers Sisoguichi et qu’ils y seraient incessamment.
71 A cette nouvelle toutes les femmes avec leurs petits enfants et leurs brebis sortent du
village accompagnées par quelques hommes. D’autres en petit nombre, vont prier le Père
de se soustraire au danger avant que l’ennemi n’arrive. Mais Neumann refusa de prendre
la fuite, disposé comme il l’était à subir heureusement la mort dans sa mission et parmi
les siens. A la tombée du jour un troisième messager se précipita avec la nouvelle que
l’ennemi était seulement à une lieue du village.
72 Dans l’intervalle le Père et quelques Indiens emballent les objets sacrés pour les sauver
des mains impies, et d’autres Indiens vont les cacher dans les grottes des montagnes
voisines74. Tandis que le Père se hâtait de faire les emballages, le gouverneur indigène se
présente devant lui et lui offre son cheval sellé et prêt pour le départ. Avec insistance et
les larmes aux yeux il le prie de se sauver à la faveur de la nuit75, car l’ennemi ne tarderait
point ; lui, il s’occuperait de finir le sauvetage des objets sacrés, avant que l’ennemi
n’arrive, pourvu que le Père échappe, car sa vie était certainement en danger.
73 Et vraiment si les rebelles l’avaient voulu, ils auraient tué non seulement le missionnaire
de Sisoguichi, mais tous, sans qu’ils eussent le temps d’échaper. Mais dans leur
conjuration même, les rebelles avaient convenu et déterminé de ne tuer aucun Père ; ils
allaient seulement les chasser de leur territoire, car d’après le témoignage et l’expérience
de plusieurs Indiens, ils étaient terrifiés du fait que plusieurs missionnaires tués lors du
premier soulèvement, leur étaient souvent apparus dans les montagnes76.
74 Ils disaient aussi que les missionnaires ne leur avaient infligé aucun mal ; on ne devait
dans aucun cas les tuer, mais uniquement les obliger à quitter le pays des Tarahumars 77.
75 Neumann qui suivait son chemin en pleine nuit, regardant de la hauteur le village de
Sisoguichi, observait là-bas des feux qui bougeaient ça et là : c’étaient ses Indiens fidèles,
qui s’éclairant avec des torches de sapin, transportaient les objets sacrés et les ustensiles
de la maison. Le fils du gouverneur indigène lui fit savoir que les rebelles passaient la nuit
près de la lagune, et il le priait instamment de bien vouloir se dépêcher jusqu’à Carichí 78
pour leur envoyer tous les Indiens disponibles qu’il trouverait pour leur venir en aide.
76 A peine arrivé à Carichí, Neumann encourage les Indiens à aller au secours de ses
néophytes. Ceux-ci accourent rapidement et bien armés sans avoir fait aucun détour en
route ; mais, dès avant même leur arrivée, l’ennemi avait déjà mis le feu partout, et non
content de ces ruines, il avait aussi dévasté les champs des Indiens, qui tous sans
exception avaient pris la fuite.
77 Le Général Retana79 fut aussitôt informé par Neumann de cette perte lamentable. Laissant
donc quarante soldats avec leur capitaine à Papigochi, il se rendit à Bocoina80 avec le reste
des troupes.
78 Là, il se rendit compte combien les renforts de Carichf lui étaient utiles et comment les
Indiens de Sisoguichi avaient réussi, par une ruse, à contenir l’ennemi. Il donna donc
l’ordre à ses soldats de se mêler aux Indiens de Carichf et de Sisoguichi et d’aller
secrètement encercler les rebelles.
117

79 Voici la ruse de ces bons Indiens : ils savaient que les provisions manquaient aux rebelles,
ce qui leur causerait des difficultés quant à la poursuite de la lutte en groupe. Ils leur
proposèrent en conséquence d’attendre un peu pour avoir le temps de rassembler les
troupeaux de la mission et se joindre à eux. Ainsi, bien approvisionnés et plus nombreux,
on poursuivrait plus facilement la dévastation des autres missions.
80 D’accord avec ce plan indigène, les Espagnols émerveillés de l’ingéniosité des néophytes
pour l’invention de ce piège, encerclent la montagne avec beaucoup de précautions. Les
rebelles81, constatent alors que les Indiens de Sisoguichi se sont joués d’eux. Frappés de
terreur, ils s’échappent comme ils le peuvent : certains, plus audacieux et les armes à la
main, grimpent sur la colline, dont le sommet encerclé de rochers était bien protégé par
la nature82. Mais assiégés par les Espagnols et par les auxiliaires Indiens, ne voyant
aucune issue autour d’eux, ils lançaient leurs javelots contre nos soldats avec un tel
désespoir, et ils nous attaquaient avec une telle énergie, que les boucliers de nos soldats
furent transpercés, malgré le double cuir de boeuf83 dont ils étaient faits. Le combat ne
cessa que lorsque les rebelles succombèrent sur la colline, mortellement blessés, car
aucun d’eux ne put être pris ni ne se laissa prendre vivant.
81 Nous avons beaucoup regretté la mort d’un de nos soldats, dont la gorge fut transpercée,
et nous avons craint pour 15 autres84, blessés de flèches empoisonnées. Ils échappèrent à
la mort grâce aux contre-poisons qu’on leur donna, néanmoins ils ne furent tout à fait
rétablis qu’après de longues souffrances. Le poison avec lequel les Indiens enduisent leurs
flèches est si dangereux, que la moindre lésion dans n’importe quelle partie du corps
devient mortelle dans l’espace de quatre heures, le poison gagnant tout l’organisme, à
moins qu’on n’applique aussitôt sur la plaie une herbe ou sa racine, connue dans ces
régions85.
82 Au cours du combat succombèrent aussi quatre Indiens alliés, dont deux de Carichi ; mais
plusieurs autres blessés par des flèches, furent en peu de temps guéris. Parmi les rebelles
on compta 61 morts86 tombés ici et là. Certains, même blessés, croyant échapper à la mort,
allaient périr aux bois les plus proches où ils furent ensuite trouvés. Ainsi par exemple
trois Indiens sacrilèges qui portaient la patène et le calice avec eux. Plus tard les Indiens
de Bocoina qui avaient trouvé différents objets sacrés près des ennemis tués, ou
abandonnés par eux dans leur fuite, les rapportèrent au Père Neumann.
83 Parmi les morts se trouvaient le gouverneur indigène de Cajurichi87 et ses deux fils, bien
connus pour leurs crimes et comme principaux auteurs du soulèvement.
84 Le lendemain, 25 juin, on coupa la tête des 33 cadavres88 des rebelles, et on les fixa à des
poteaux sur la colline qui se dressait près des ruines encore fraîches de l’église de
Sisoguichi, comme un exemple et un avertissement pour les autres.
85 Cette victoire freina l’avance de l’ennemi et eut comme résultat la conservation de tout le
bétail de la mission89, et la récupération de tous les objets sacrés de l’église. Les habitants
du village purent ainsi quitter leurs cachettes et retourner tranquillement chez eux.
Retana resta encore trois jours à Sisoguichi, occupé à soigner ses soldats blessés, mais
cependant, il croyait avec raison, que des rebelles se cachaient dans les cavernes des
montagnes ; il envoya donc des soldats avec l’ordre de les rechercher partout avec
diligence, tandis qu’il retournerait à Papigochi90.
86 6. — En ce même temps les peuples de trois nations environnantes : les Pimas 91, Jovas et
Janos92 menaçaient de semblables périls la Province de Sonora 93. Car étant alliés des
rebelles Tarahumars, ils avaient envahi et incendié les villages voisins et les mines dont
118

les provinces de Sonora et Tarahumara abondent. Les Espagnols avaient abandonné les
mines de Tacupeto94 et d’Hostimuri 95, redoutant l’ennemi qui venait de ravager les
missions voisines.
87 On craignait pareillement l’envahissement de la Sierra de Guazapares96, où l’on pouvait
alors compter onze villages indigènes97. Quatre missionnaires98 s’en occupaient et
s’efforçaient de plus en plus d’en fonder d’autres, car les Indiens, bien que dispersés, ne
manquaient point. Cependant la crainte d’une révolte grandissant, ils hésitaient sur la
fondation de nouveaux villages et se montraient plus préoccupés de préserver de la
destruction ceux qui existaient ou qui venaient d’être reconstruits.
88 Toute la région montagneuse de Guazapares est connue sous le nom de Province de
Sinaloa, ainsi appelée du nom de l’endroit où nos Pères ont un collège et les Espagnols
une garnison militaire99. On faisait appel à ces soldats et à leur capitaine pour protéger les
villages indigènes des alentours et ceux que les Espagnols avaient construits auprès des
mines d’argent d’Urique. Les défendre contre les incursions des rebelles ne présentait pas
une difficulté majeure. Mais il n’était pas facile de surveiller les villages plus éloignés où
se dissimulaient des rebelles qui, par des messagers, s’efforçaient de convaincre les
montagnards de se joindre aux insurgés.
89 Certains Indiens fidèles démasquèrent ces perturbateurs de la paix publique. Huit furent
appréhendés, et à l’exception d’un qui réussit à échapper, tous subirent la peine capitale
ordonnée par le capitaine espagnol100.
90 Pour se venger de la mort infligée aux leurs, les rebelles se dirigèrent en grand nombre
contre les Indiens loyaux de Guazapares ; mais ceux-ci, renseignés par des espions de
l’arrivée de l’ennemi, s’élancèrent à leur rencontre, et seuls, sans attendre l’aide armée
des Espagnols, ils affrontèrent vaillamment les rebelles, remportant une double victoire,
sans avoir subi de grandes pertes101.
91 Après la saison chaude dans les montagnes de Sisoguichi, les missions tarahumares ne
jouissaient que d’une paix relative, bien que les Indiens de Guazapares fussent plus
rassurés. C’était le cas surtout des missions méridionales de Norogachi, où se trouvait le
P. Villem Illing, Bohémien ; et celles de Nonoaba, dont s’occupait un missionnaire
espagnol102. Cette dernière mission est située à quatre journées de Parral, et à un jour et
demi du village de Santa Rosa [de Cusihuiríachi]. Dans toutes les montagnes limitrophes
de cette mission, se cachaient certains complices des rebelles, attendant l’occasion de les
rejoindre. Dans sa crainte, le P. Illing s’était enfui avec tous les vases sacrés. Le
missionnaire de Nonoaba, aidé par une vingtaine de soldats armés, envoyés de Parral, et
par des Indiens prêts à chasser courageusement l’ennemi, demeure dans son poste aussi
longtemps que le danger ne devint pas imminent.
92 D’autre part Retana envoya trente soldats armés avec leur capitaine à Carichí103, où le P.
Visiteur conférait avec deux autres missionnaires. Telle était la situation dans la Haute
Tarahumara. Quant aux autres missions, elles n’avaient pas souffert, protégées par les
soldats, pouvant faire face à n’importe quelle éventualité. Aussi Retana retourna-t-il à
Papigochi où rien de nouveau ne s’était passé, et où l’on disait toujours que les rebelles
demeuraient cantonnés dans leur forteresse de Sopechí104. C’était ici sans doute que tous
les fugitifs battus à Sisoguichi étaient venus se réfugier pour sauver leur vie.
93 7. — Le mois de juillet105 s’était écoulé, et le mois d’août comme chaque année, voyait des
pluies torrentielles et surabondantes tomber du ciel. Ceci empêcha les Espagnols de se
déplacer facilement pour aller à la poursuite de l’ennemi. Ce ne fut qu’au mois de
119

septembre, lorsque les pluies devinrent moins fortes et moins fréquentes, qu’ils jouirent
d’un temps plus à propos pour donner le combat définitif aux insurgés retranchés dans
Sopechi.
94 Mais l’accès de ce rocher nous était coupé par le fleuve qui coulait à ses pieds, et tenter de
l’escalader par ses murs abrupts était également impossible106. Impossible aussi d’assiéger
les rebelles, car ils communiquaient avec les montagnes par un côté, pouvant par là
entrer et sortir librement. Les Espagnols y perdraient certainement leur temps, car on ne
pouvait non plus les contraindre à se rendre par la faim, approvisionnés comme ils
l’étaient par les Indiens voisins. Et pour tout dire, les Espagnols se trouvaient dans une
situation nettement désavantageuse et très dangereuse, ne pouvant même pas aller
chercher de l’eau au fleuve sans s’exposer aux flèches qui les menaçaient du haut du
rocher. On aurait pu distraire l’attention de l’ennemi, mais seulement au prix de pertes
considérables d’hommes.
95 Pour toutes ces raisons, et après avoir ainsi passé inutilement dix jours, les Espagnols
prirent une autre décision : pénétrant dans la Sierra, ils ravagèrent tous les champs des
Indiens d’Arísfachi et de Tomochi, et en d’autres endroits ils dévastèrent les moissons
mûrissantes107, car on était à un mois de la récolte.
96 Tandis que les Espagnols se livraient à ces ravages, les ennemis ne restaient pas inactifs et
se lançaient eux aussi sur le village de Bachimba108 situé à dix lieues de Papigochi. Les
Franciscains s’occupaient de cette mission, mais le missionnaire était parti la veille pour
Cusihuiriachi pour accompagner son Excellence, l’évêque de Durango109.
97 L’ennemi trouva dans la maison du Père l’administrateur et le gouverneur110 indien du
village, qui voulant défendre l’église et le presbytère, fidèles à leur foi et à leur charge,
furent cruellement tués. Les insurgés entraînèrent à leur suite tous les habitants,
ramassèrent le butin, et déchaînés, mirent le feu aux bâtiments, bien construits et
presque nouveaux, de la mission.
98 Retana s’en aperçut aussitôt et se précipita avec ses arquebusiers pour atteindre les
bandits sur place, et il y réussit. Faisant irruption au milieu d’une bande de rebelles,
Retana terrassa leur chef111 et quinze de ses partisans, tandis que le reste s’enfuyait à la
débandade. On fit revenir les femmes du village, et le bétail des habitants que les rebelles
avaient déjà emmené avec eux. et de nouveau la paix et la tranquillité furent rétablies
chez les Indiens de Bachimba.
99 Les Espagnols constatant qu’ils ne pouvaient être partout présents, ni abandonner à elles-
mêmes tant de missions que les Indiens ne cessaient de ravager, prirent le parti de se
servir des missionnaires112 comme messagers près des rebelles. Ils leur offriraient la paix
et le pardon de leurs crimes, pourvu qu’ils cessent leurs méfaits et reviennent à une vie
plus rangée.
100 Tout fut inutile. Avec un entêtement diabolique ils répondirent qu’ils ne cesseraient ni
leurs ravages, ni leur lutte qu’une fois leur but atteint. Et vraiment on aurait pu penser
que l’enfer même se dressait contre cette Eglise érigée il y a quelques années dans cette
Amérique septentrionale, commencée avec tant de peine et de sueurs par nos Pères, et
propagée avec leur sang. Et si nous n’avions pas eu la certitude de la nature destructible
de l’Eglise, fondée sur la parole de vérité de Notre Sauveur113, nous aurions pu croire
qu’elle serait bientôt anéantie. Mais continuons l’histoire.
101 8. — En ce même temps de rébellion se produisaient de nouveaux mouvements dans deux
villages114 de la Sierra de Guazapares, limitrophes de la Tarahumara : l’un d’eux un village
120

Pima, dont la langue est très différente de celle des Indiens Tarahumars ; et l’autre, le
village tarahumar de Batopilas. Le capitaine de la garnison de Sinaloa115 était venu avec 60
soldats et 200 Indiens amis pour les apaiser, mais les rebelles coururent se réfugier dans
un rocher très abrupt, et malgré le cercle très serré des Espagnols, ils envoyèrent une
pluie si épaisse de flèches qu’ils forcèrent les assiégeants à abandonner le siège avec
plusieurs blessés, dont 9 soldats et de nombreux Indiens tués. Pour cette raison les
Espagnols se rendirent au secours d’autres missions, dont le besoin de protection était
très pressant.
102 C’était le mois d’octobre, mois où les Indiens faisaient leurs moissons, comme tous les ans.
Mais étant donnée la destruction de plusieurs champs116 par les Espagnols le mois
précédent, et qu’au contraire les récoltes avaient été très abondantes chez les Indiens
Guazapares, les rebelles, croyant pouvoir s’y ravitailler, commencèrent à rôder d’une
façon hostile autour de ces villages pour les piller.
103 Les Indiens de Guazapares, sachant d’avance les desseins néfastes et les lamentables
déprédations dont l’ennemi était capable, n’en furent pas moins pleins de courage et de
force. Avec l’aide des Indiens des environs et des troupes espagnoles117, ils bravèrent
l’ennemi avec une telle vigueur, que celui-ci fut obligé de cesser le pillage, d’abandonner
le butin et de s’enfuir.
104 L’ennemi toutefois revint à la charge et essuya une nouvelle défaite. Le lieu du combat
était tellement escarpé et abrupt118, que les nôtres ne pouvaient v accéder à cheval. A pied
donc, ayant tiré une première décharge, ils rejetèrent l’ennemi avec une force
extraordinaire ; et en se servant de l’épée et de la lance, ils réussirent à en atteindre et en
tuer plusieurs, et à en mettre en fuite beaucoup d’autres. De notre côté 9 soldats et 40
Indiens furent blessés, et il y eut 2 morts.
105 Peu après, l’adversaire retournait au combat pour chercher des provisions ; mais le
capitaine biscaïen Alday les battit de nouveau et s’empara de leurs bagages, de leurs
chevaux et de leurs mulets. Le combat dura juqu’à 4 heures de l’après-midi. Toutefois au
fur et à mesure qu’Alday et ses soldats se montraient plus vaillants, les Indiens alliés, au
contraire, devenaient de plus en plus faibles. La vue de tant de leurs compatriotes blessés
les faisait se faufiler et abandonner le combat. D’autres se rendirent plutôt auprès du
missionnaire, qui avec beaucoup de zèle et de dévouement s’occupait de la mission de
Cerocahui, pour lui demander d’intervenir par des messagers en vue d’obtenir la paix.
106 Il s’agissait du P. Manuel Ordaz119, un castillan. Il était venu avec ses néophytes pour
combattre vaillamment à leurs côtés. Mais touché par leurs prières, et compatissant aussi
au sort misérable de l’ennemi, il se rendit auprès des rebelles à l’insu du capitaine 120.
107 Ceux-ci déposent aussitôt les armes, feignant de vouloir passer la nuit avec le Père pour
discuter les conditions de la paix. Mais par la suite, conscients de leurs crimes et refusant
le pardon offert par les Espagnols et par le P. Ordaz, ils changent leur repentir initial en
fourberie. Ils veulent avant tout, cette même nuit, retenir les Espagnols abandonnés par
les Indiens auxiliaires, se précipiter sur ceux qui sont bien occupés à conférer sur la paix,
et les faire disparaître pour se venger du butin dont on les a dépouillés.
108 Renseigné de ces desseins par un fugitif, le capitaine Alday et ses arquebusiers se sauvent
à la faveur de la nuit, et laissent le missionnaire aux mains de l’ennemi, car il avait bien
voulu s’exposer à pareil danger contre l’avis des Espagnols121.
109 Les rebelles se rendent bientôt compte de la fuite des Espagnols, et furieux, s’attaquent au
Père, le menaçant de mort. Un des trois domestiques de la mission de Cerocahui,
121

constatant que sa propre vie est en danger, prend aussitôt la fuite ; les deux autres,
tombent morts aux pieds du Père, frappés sur le front par un coup de ces massues en
pierre122, dont les Indiens se servent pour le combat. Alors le P. Ordaz lui-même se met à
genoux et enlevant le Crucifix suspendu à son cou, demande le même genre de mort.
110 Toutefois, dissuadés par un ancien, ils n’osent pas le tuer, effrayés peut-être par la
démesure de ce crime, ou se souvenant des missionnaires massacrés qui leur étaient
souvent apparus lors de la première rébellion123. Ce vieillard124, au milieu du sommeil de
ses compagnons de combat, met le Père hors de danger et le conduit sain et sauf au
village voisin ; après quoi il retourne chez lui ayant obtenu le pardon pour lui, sa femme
et ses enfants.
111 Les Espagnols croyaient le Père Ordaz mort aux mains des ennemis, et voilà que soudain il
se présente bien en vie125, mais en disant qu’il n’y a plus d’espoir de faire la paix avec les
rebelles. Quelques-uns de ceux-ci, conduits par leur chef aux montagnes de Guébachi, où
Retana venait de pénétrer, furent capturés, tués, amenés à Papigochi et condamnés à
mort, comme nous l’avons déjà dit plus d’une fois126.
112 9. — Tandis que nous et nos bons chrétiens étions ainsi occupés à rétablir la paix au
milieu des orages de cette formidable tempête, Son Excellence, Monseigneur l’évêque de
Durango127 venait faire sa visite pastorale. Très favorable à notre Compagnie, cet évêque,
Comte de Velasco et Chevalier de l’Ordre de Saint-Jacques, était originaire d’une très
noble famille de ce Royaume Mexicain.
113 Après avoir parcouru les Provinces de Topia, Culiacán, Sinaloa et Sonora, évitant les
montagnes les plus escarpées de la Tarahumara et longeant les confins de cette Province,
il arriva finalement chez nous. Il se rendit d’abord au village espagnol de Santa Rosa [de
Cusihuiriachi], et peu après que le P. Visiteur et deux autres Pères allèrent à sa rencontre
pour lui rendre hommage et le congratuler de son heureuse arrivée, Monseigneur se
dirigea vers la mission de Carichí, jusqu’alors laissée intacte par les rebelles. Ici le P.
Visiteur et sept missionnaires l’accueillirent solennellement, au milieu d’une foule en
fête.
114 Monseigneur séjourna à Carichí pendant quatre jours, et donna le sacrement de la
Confirmation à plus de deux mille Indiens. Homme remarquable par son zèle apostolique,
et digne que son souvenir reste à la postérité, il fut le premier à introduire le sacrement
de la Confirmation dans cette nation Tarahumare128. Et tout le pays aurait reçu ces mêmes
bienfaits, si tant de vagues tumultueuses ne l’en avaient pas empêché.
115 Les Espagnols prirent la décision de chasser les insurgés de leurs repaires, où ils se
croyaient tout à fait en sûreté, car la plupart d’entre eux refusaient d’accepter la paix
qu’on leur offrait129. Ils les poursuivraient, donc, jusqu’à la mort ou ils les contraindraient
à faire la paix.
116 Retana et son armée quittent donc Papigochi, et par un chemin très accidenté, ils arrivent
trois jours après à Cahuisorichi. Une vallée très profonde les séparait des rebelles, et il
était impossible de la franchir à cheval. Arrêtés par ces obstacles, ils sont toutefois
provoqués par l’ennemi. Ils distinguent le signal d’attaque : des cris répétés trois fois.
117 La lutte à peine engagée, les agresseurs impies tournent le dos et se rendent par bandes à
l’autre côté de la vallée, où les Espagnols ne pouvaient pas s’approcher d’eux. Ainsi,
pendant que nos soldats se reposaient un peu, les Indiens, lancèrent deux et trois fois leur
cri de guerre, comme c’est la coutume, et attaquèrent violemment les Espagnols ; mais
ceux-ci ripostèrent avec plus de hardiesse et de ténacité. Aucun des nôtres ne fut tué,
122

tandis que du côté des rebelles vingt-cinq trouvèrent la mort, et plusieurs furent
grièvement atteints. Le reste prit la fuite vers les précipices. Parmi les tués se trouvaient
le gouverneur de Tomochí et d’autres chefs de l’insurrection.
118 Remplis de joie par cette victoire, nos soldats furent appelés en novembre à Papigochi 130,
où l’on n’ignorait pas qu’un bon nombre de rebelles, acculés par la faim, s’étaient
éparpillés ailleurs. Aussi ajourna-t-on jusqu’au début de l’année suivante les propositions
de paix qu’ils refusaient.
119 Le 26 janvier 1698131, les Espagnols déplacent leur campement de Papigochi à Yepómera et
Cocomórachi, accompagnés d’une foule d’indiens amis, et traversant ces parages ils
pénètrent jusqu’aux montagnes de Tosánachi. Ici on charge quelques bandes d’indiens
alliés d’explorer la région, On réussit ainsi à capturer le gouverneur de Cocomórachi 132 et
le porte drapeau de Tosánachi. Toutefois on leur rendit la liberté, de même qu’à leurs
familles, et on leur pardonna leurs méfaits à cette condition : regagner leurs villages et y
amener les Indiens confédérés qu’ils pourraient rencontrer.
120 Ils promirent de le faire, et tinrent parole. Et finalement, grâce à la pitié des Espagnols,
plusieurs furent encouragés par l’espoir du pardon ; et contraints par la faim,
abandonnant alors les plus fanatiques, ils rentrèrent dans leurs villages.
121 Un autre détachement captura le gouverneur de Tutuaca133. Celui-ci obtint aussi sa
liberté, après avoir promis d’amener à la paix les Indiens Pima qui la troublaient, et dont
il connaissait très bien la langue. D’autres même, spontanément, s’alliaient aux Espagnols,
accueillant volontiers l’amitié et la protection paternelle des nôtres. Ils affirmaient que le
reste des rebelles seraient retournés à leurs villages, sans beaucoup de difficultés, si deux
frères, Indiens de Yepóméra, chefs de la rébellion et déserteurs de la foi, ne les eussent
retenus par de fausses persuasions et d’iniques calomnies contre les Espagnols.
122 Aussi Retana, dans son ardeur pour rétablir complètement la paix aussitôt que possible,
promet 50 écus à celui qui lui amène ces deux frères, vivants ou morts. Un Indien Pima de
Matachiqui, s’offre pour cette entreprise. Envoyé avec une bande d’indiens amis, il tombe
soudainement sur eux. Luttant avec acharnement, les deux frères ne se laissent pas
capturer vifs ; mais finalement ils trouvent la mort avec six autres. Le vainqueur apporta
les deux têtes coupées à Retana, qui lui remit aussitôt la récompense promise134.
123 Tandis que la situation s’améliorait dans les parties Nord de la Tarahumara, on luttait
simultanément et avec le même succès dans la région méridionale des montagnes de
Guazapares. Le Général Andrés Rezabal, originaire de la Biscaye, quittant son poste
militaire de Sinaloa avec 30 soldats et un puissant contingent d’indiens auxiliaires, s’était
rendu au secours des missions de Chínipas et des alentours pour éviter leur ruine. Il
établit son campement dans le village de Guadalupe, dans la juridiction de la mission de
Chinipas.
124 D’ailleurs il avait déjà détaché la moitié de ses hommes, les laissant dans le village voisin
de Loreto où l’on craignait davantage l’approche de l’ennemi. Soudain au début de janvier
135
les rebelles envahissent le village de Guadalupe, soutenus par les habitants mêmes du
village, dont certains étaient secrètement partisans de la rébellion. La veille de l’attaque
de Guadalupe, les rebelles avaient osé dîner dans la maison même du Père cherchant à
savoir de quelles sortes d’armes disposaient les Espagnols ; mais bien que ceux-ci fussent
peu nombreux, rien ne leur manquait pour rejeter vigoureusement l’ennemi.
125 Tous les espions du village de Guadalupe connaissaient ces faits et en avaient informé les
rebelles, dont l’audace fut encore plus grande que de coutume ; car attaquant
123

habituellement l’adversaire au point du jour, ils n’hésitèrent pas à envahir le village, le


soleil étant déjà très haut. Leur chef était Bubulco en personne, le même qui était chargé
par le Père de s’occuper des troupeaux de la mission et qui deux ou trois jours auparavant
avait amené plusieurs bœufs pour l’alimentation des soldats Espagnols.
126 Voleur plutôt que berger, Bubulco conduisait les bandes rebelles. Celles-ci, ayant traversé
la rivière qui baigne le village, se préparaient au combat dans une vaste plaine donnant
accès à la colline où l’on avait construit l’église et la maison du missionnaire. A la vue des
insurgés les soldats Espagnols empoignent aussitôt leurs armes, et du sommet de la
colline se lancent contre l’ennemi en train de la gravir. Les Espagnols étaient bien moins
nombreux, mais ils disposèrent si habilement leurs lignes de combat contre eux, qu’à la
première décharge, une balle traverse la jambe de Bubulco ; celui-ci se redressa, mais
pour retomber dans le fleuve.
127 Leur chef ayant été abattu, le reste s’enfuit à l’exception d’un seul Indien qui continua
audacieusement à lutter contre les Espagnols. Il était païen. Capturé plus tard, il fut
baptisé sous le nom de Santiago, et jusqu’à nos jours il excelle parmi les Indiens par sa
grande foi et par sa probité, raisons pour lesquelles il fut nommé gouverneur du village
de Chínipas.
128 Peu de temps auparavant, le P. Villem Illing était venu de la Tarahumara pour prendre en
charge cette mission de Guadalupe. En bon pasteur, il était prêt à donner sa vie pour ses
brebis. Habillé du surplis et de l’étole, serrant son Crucifix dans la main, au seuil de
l’église, il s’encourageait lui-même à la mort, donnait du cœur aux Espagnols pour
combattre avec ardeur, et s’efforçait, avec la douceur qui lui était propre, d’amener les
rebelles à la paix. Intrépide soldat du Christ sa présence fut un encouragement et un
soutien pour les défenseurs de la religion.
129 Sans doute le missionnaire aurait couru le risque de perdre la vie, si les Espagnols
n’avaient pas réprimé vaillamment l’assaut des insurgés. Les ravages ne se seraient pas
arrêtés dans cette mission ; leur fureur et leur hostilité auraient gagné les missions
avoisinantes, rampant comme le feu, qui plus il trouve de quoi se nourrir, plus il dévore
rapidement tout ce qu’il rencontre.
130 Une partie non négligeable de cette victoire fut attribuée au P. Villem Illing, dont le
courage et la grandeur d’âme doubla la valeur des Espagnols, qui étaient inférieurs en
nombre, mais qui réussirent à mettre en fuite les bandes rebelles, et à vaincre leurs chefs
infâmes. Ensuite les Espagnols et leurs alliés indigènes se mirent à poursuivre l’ennemi
sur un long trajet ; et ils l’auraient pratiquement anéanti, si le capitaine Rezabal ne les
avait pas appelés trois fois pour revenir à Guadalupe. Il craignait en fait que les fugitifs, se
donnant rendez-vous dans les replis montagneux de la Sierra et reconstituant une armée
plus forte, ne descendissent de nouveau lutter contre un petit nombre. D’autre part il n’y
avait pas de doute que nos armes avaient fait un bon nombre de blessés graves, morts
ensuite misérablement dans leurs cachettes.
131 10. — Pendant qu’en hiver les choses s’arrangeaient si heureusement dans la mission de
Chínipas, elles arrivaient aussi à bon terme dans les montagnes des Pimas. En effet, une
foule de femmes, d’enfants et d’hommes s’étaient arrêtés près du fleuve Aros 136 pour
surveiller les bagages, tandis que les autres, en bon nombre, s’étaient dispersés vers la
mission de Maicoba137, limitrophe de celle de Tarahumara, mais dépendant de la Province
de Sonora. Bien qu’appartenant à ce village Pima, les rebelles de ce même endroit,
incendièrent misérablement la mission, et mirent en fuite les habitants.
124

132 Ils se jetèrent ensuite sur la mission d’Onapa138 pour un pillage général. Dans leur fureur,
ils retournèrent sur leurs pas pour attaquer Yécora139, mais sans succès. La mission fut
vaillamment défendue par une trentaine de soldats et une foule d’indiens fidèles.
L’ennemi, deux fois rejeté, fut obligé de s’enfuir. Le village existe encore, avec son église
et le presbytère si bien protégé, qu’on peut facilement le défendre contre toute attaque
ennemie.
133 Entre temps Retana140 et ses hommes arrivèrent le plus rapidement possible à Yécora, où
se trouvaient stationnés 30 arquebusiers. Peu après ils pénétraient dans la région
montagneuse, la plus accidentée de toutes, que les Pimas appellent Moris, et les
Tarahumars Mórachi141, et dont les Indiens sont des Pimas.
134 Ayant rencontré très peu d’indiens ici, Retana les laissa en liberté, pourvu qu’ils fissent
revenir leurs compatriotes rebelles à leurs villages, le pardon étant accordé. Pendant les
10 jours que Retana attendait le retour des fugitifs, il reçut une lettre du P. Daniel Janusky
142
, qui s’occupait alors des Indiens de Teópari, dans laquelle il lui disait que les rebelles
avaient attaqué ses Indiens, et que ces derniers, tâchant de lutter vaillamment pour
défendre la mission et l’église, avaient une douzaine de morts et de blessés ; quant aux
rebelles, on les avait chassés, mais l’église et le presbytère avaient été brûlés et toute la
mission détruite.
135 A marches forcées, Retana se rendit immédiatement à Teópari, mais il ne trouva aucun
des ennemis ; alors il dévasta tous les champs des rebelles, dont la moisson était déjà
haute. Mais cette Province est très ensoleillée, de sorte qu’on peut ensemencer les
champs deux fois par an, et si la chaleur trop forte ne les brûle pas, on obtient deux
moissons bien copieuses.
136 Ayant passé presque tout le mois de mai à dévaster les récoltes des rebelles, les chevaux
et bêtes de somme étant épuisés par tant de chemins longs et rocailleux, Retana et ses
hommes retournèrent à Papigochi pour célébrer là-bas dévotement la fête du Saint-Esprit
avec nos Pères143.
137 Le Capitaine de Sinaloa, craignant que le même coup ne frappât les missions avoisinantes
de celle de Teópari, quitta la mission de Chínipas avec ses soldats, pour se porter à leur
secours. En ces jours-là, les Indiens Jovas ayant perdu leurs moissons, furent tourmentés
par la famine et à plusieurs reprises le P. Natal Lombardo144, missionnaire de Sonora, les
invita à faire la paix et à déposer aussitôt les armes. Tous ceux qui se rendaient chez lui
en demandant la paix, recevaient de lui, comme d’un nouvel économe d’Egypte145, une
bonne quantité de maïs ; et ce fut ainsi très longtemps jusqu’au jour où ils furent capables
de se pourvoir par eux mêmes. Nous appelons ce grain des Indiens « blé turc »146 en
Allemagne, les Mexicains et presque tous les peuples de l’Amérique en font plusieurs
sortes de pains, le préparant pour accompagner les aliments ; ces derniers sont
savoureux, et le pain agréable au goût.
138 Tandis que Retana se reposait un peu avec ses soldats à Papigochi147 qui était le poste
militaire de la Tarahumara, leurs chevaux pareillement se revigoraient. Car dans ces
régions on ne les nourrit nulle part avec de l’avoine ; le long de l’année on les laisse
chercher leur nourriture dans la campagne et sur les monts. Aussi lorsque la terre se
dessèche à cause des gelées, de la neige et de la glace — très fréquentes pendant les mois
de mars et d’avril —, les chevaux s’affaiblissent beaucoup ; mais lorsque reviennent les
pluies, ils se remettent. Ils sont capables alors de supporter de très longs chemins, surtout
les mulets, qui sont ici très nombreux.
125

139 11. — En ces jours là, au mois de juillet arrivait le nouveau Gouverneur148 à Parral, au
terme des cinq ans de son prédécesseur ; c’est la durée ordinaire que la Cour de Madrid
accorde à ces postes d’Outre-mer. Le père du nouveau Gouverneur du Royaume, riche
commerçant mexicain, avait dépensé plus de 100.000 écus pour acquérir des titres de
noblesse et pour placer son fils à la tête du gouvernement de la Nouvelle Biscaye. Celui-ci
était encore jeune, sans expérience, et peu capable d’arranger les affaires turbulentes des
Indiens. Malgré tout il fut nommé Gouverneur, bien que de l’avis de plusieurs la situation,
au lieu de s’améliorer, dût aller plutôt en empirant.
140 Quant à son prédécesseur, homme mûr et de poids, il avait trouvé le moyen d’arranger à
Papigochi les affaires qui étaient jusqu’alors bien troublées. Aussi pour éviter des
difficultés avec le nouveau Gouverneur, il fit venir de Papigochi le Général Retana, chef de
la campagne contre les Tarahumars, pour lui demander compte des dépenses faites dans
la guerre contre les insurgés149, bien que celle-ci ne fût pas encore finie. L’ancien
Gouverneur croyait qu’avec l’arrivée de Retana, son successeur serait mis tout à fait au
courant de l’état de la situation actuelle.
141 Par conséquent Retana se rendit avec empressement à Parral, capitale de la Province de la
Nouvelle Biscaye, où le Gouverneur avait aussi donné rendez-vous aux chefs des autres
Presidios, pour connaître leurs points de vue au sujet de la continuation de la guerre
contre les Indiens. Car certains se plaignaient du fait que les soldats des autres garnisons,
s’occupant uniquement des Tarahumars, les chemins se voyaient infestés par les brigands
Tobosos, dont les attaques et assassinats commis contre les voyageurs étaient si
nombreux qu’il n’y avait plus aucune sécurité pour le commerce.
142 De toutes façons il fallait mener à son terme la guerre tarahumare, pour écarter des
missions une nouvelle menace, et éviter aussi que toute la Province ne subisse pareil
danger. Mais d’autre part il était bien clair que la guerre ne pourrait finir qu’en séparant
et exilant les principaux chefs de l’insurrection, au nombre de quatorze, dont Retana
avait fait connaître les noms au Gouverneur150.
143 Ils n’étaient pas sûrs, toutefois, de l’opportunité de cette mesure, redoutant qu’elle ne
produisît plutôt de nouveaux troubles chez les Indiens. Aussi laissa-t-on au Vice-roi le
soin de trancher la question.
144 Pour sa part le P. Joseph Neumann151, Visiteur des Missions de la Tarahumara152, se rendit
à Parral avant l’arrivée des chefs militaires. Il voulait rencontrer le nouveau Gouverneur
[Larrea] et lui exposer ce que lui et les autres missionnaires jugeaient nécessaire. Accueilli
très cordialement par le Gouverneur, Neumann s’efforça de le convaincre de la nécessité
de conserver les soldats dans la région Tarahumare jusqu’à ce qu’on obtînt la soumission
des Indiens obstinés et leur retour aux villages. C’est alors seulement qu’on pourrait
espérer une paix stable et bien fondée.
145 Par ailleurs, on calomniait sérieusement nos missionnaires, allant même jusqu’à écrire au
Vice-roi153 qu’ils étaient coupables de fomenter la rébellion et de vouloir employer tous
les soldats à la recherche de quelques Indiens montagnards en fuite. Neumann dut mettre
les choses au clair pour empêcher que le Gouverneur n’accordât crédit à ces plaintes et à
ces calomnies contre nos Pères.
146 Dans cette affaire, Retana nous aida beaucoup, et devant le Gouverneur lui-même, il
réfuta certains, qui, à tort, répandaient dans le peuple ces bruits contre les missionnaires
de la Compagnie. Il soutint que nos Pères n’avaient jamais provoqué de rébellion
indigène, mais que la cause de celle-ci se réveillait toujours des cendres qui couvraient le
126

feu de l’insurrection passée, parce qu’on avait laissé en liberté les perturbateurs de la paix
publique154. En conséquence, on devait maintenant en finir avec eux, si les Gouverneurs
Provinciaux ne voulaient pas voir se produire une nouvelle conflagration.
147 Neumann assura au Gouverneur que les missionnaires dépendant de lui ne pourraient
rentrer dans leurs missions qu’après la soumission des Indiens et le retour des rebelles à
leurs villages. Ceci semblait alors facile à réaliser, puisqu’ils étaient maintenant affamés
et que plusieurs même avaient spontanément déposé les armes, rassurés grâce au pardon
offert par les Espagnols. Le Gouverneur décida finalement de laisser une escorte militaire
pour la défense de la Province Tarahumare, et d’en envoyer une autre pour assurer le
commerce contre les incursions des Tobosos. Et le Gouverneur d’ajouter qu’il irait lui-
même au mois de septembre prochain, parcourir les missions incendiées, explorer la
Sierra et rassembler amicalement les Indiens. Il tâcherait alors que les Indiens,
abandonnant leurs cachettes, retournent à leurs villages, et que la situation soit arrangée
de telle sorte que les Pères puissent rentrer en toute sécurité dans leurs missions,
poursuivant leur apostolat avec les fruits tant désirés.
148 En conséquence, le Général Retana et trois capitaines, accompagnés de cent soldats
espagnols et de cent cinquante Indiens amis se rendirent au mois d’octobre à Papigochi
avec le Gouverneur en personne155. Ce même jour arriva le P. Visiteur des Missions156, qui
allait accompagner le Gouverneur dans sa tournée. Il souhaitait vivement connaître ce
que faisaient les Espagnols, comment la situation pourrait s’arranger, dans quel état
chaque mission avait été laissée, et laquelle avait le plus besoin d’un nouveau pasteur
d’âmes.
149 On débattit aussi la question d’assigner plusieurs villages à l’un ou l’autre de nos Pères,
car on n’avait aucun espoir que Mexico envoyât des renforts dans cette vigne difficile,
puisqu’on disait partout qu’il était impossible de civiliser les Tarahumars.
150 Une fois que les provisions et tout le nécessaire pour l’expédition furent transportés à
Papigochi, on s’achemina vers le village de Santo Tomás, et de là vers Tejolócachi,
Matachiqui et Yepómera. Ayant constaté dans ces deux dernières missions les
lamentables dégâts qu’elles avaient subis, le Gouverneur fit réunir les habitants, dont il ne
restait que la moitié. Dans chaque village il les exhorta de façon amicale à croire en Dieu,
à révérer les missionnaires, à obéir aux autorités du Royaume ; et après leur avoir
recommandé de vivre en paix, il octroya le pardon à tous les insurgés.
151 Pour sa part Retana fit remarquer aux habitants que les pires parmi les rebelles avaient
été anéantis de telle sorte par la faim et par la guerre, surtout à Yepómera, qu’il n’en
restait que très peu. Aussi, sachant par leur propre expérience le malheur de leurs
enfants et la perte de leurs biens, ils promirent de rester plus fidèles dans l’avenir.
152 De là on se dirigea vers Ocórere157 où l’on fit une halte de dix jours, le temps d’envoyer
quelques groupes d’indiens amis explorer les vallées de Sírupa et celles des environs
jusqu’aux confins des Indiens Jovas, pour amener au Gouverneur les rebelles qu’ils
auraient pu rencontrer. Il était surtout question, parmi d’autres, d’un certain Indien très
dépravé et belliqueux, très haut de taille et très fort, appelé par les siens Puzilego158,
auquel on imputait la cause des malheurs publics. Mais celui-ci s’apercevant que les
tentatives révolutionnaires des Indiens n’allaient pas produire les succès qu’il avait
escomptés, se retira aux cavernes profondes de la Sierra des Indiens Jovas, où il pensait
que personne ne le dénicherait. Mais il fut découvert par les Indiens Jovas eux-mêmes, et
pendant qu’il dormait profondément durant la nuit, il fut capturé avec son fils de douze
127

ans et son gendre par six Jovas. Peu après, une vingtaine de familles Pimas, quelques-unes
Jovas et huit familles Tarahumares ayant été faites prisonnières, furent conduites au
Gouverneur, et envoyées ensuite à Namiquipa, de façon qu’elles vécussent en paix à
l’avenir avec les gens du pays.
153 Puzilego et un autre Indien Concho159 furent condamnés à mort. Quant aux familles
mentionnées, leurs enfants furent baptisés par le P. Visiteur, avant leur départ pour l’exil
qu’on allait leur ordonner. Il baptisa aussi dans d’autres villages et montagnes les enfants,
garçons et filles, privés de ce sacrement par la faute de leurs parents rebelles.
154 Du pays des Jovas le Gouverneur retourna dans la Province de Tarahumara, aux villages
de Cocomórachi et d’Arisíachi, tous les deux totalement abandonnés et détruits. A la
tombée du jour quelques-uns allant se réfugier dans les caches des montagnes, on leur
ordonna de revenir et d’aller chercher diligemment et d’amener loyalement leurs amis,
leurs frères et alliés. Ils obéirent, et ensuite chacun demeura dans son village, après avoir
témoigné de son obéissance au Père Visiteur et au magistrat civil.
155 Dans le village de Cocomórachi on nomma un nouveau gouverneur indien, surveillant de
plus près les siens et très attentif à conserver leur union. D’ici, par un chemin très
difficile, le Gouverneur et sa suite pénétrèrent dans les montagnes de Tutuaca, où une
partie des Indiens parlent la langue Pima, et une autre celle des Tarahumars, ce village se
trouvant à la limite Ouest de la Province de Tarahumara. C’est par là qu’on se rend à
Sonora, à travers la Pimérie. Comme nous l’avons rappelé plus haut160, on captura ici le
gouverneur de Tosánachi, qui, amnistié et remis ensuite en liberté, avait déjà réuni une
centaine de familles. Il s’affairait à rassembler d’autres encore, éparpillées le long de cette
vaste chaîne de montagnes, à plusieurs jours de distance, et qui se cachaient à la manière
des bêtes sauvages.
156 A Yépachi, endroit que le géographe de Nuremberg161 a très bien situé dans sa carte
récemment imprimée, cent autres Indiens furent retrouvés. Cet endroit est très agréable,
et c’est le premier village de la Pimérie regardant la Tarahumara ; mais avant tout il est
digne de mémoire pour la postérité, à cause du martyre du P. Manuel Sánchez162.
157 Ici les gouverneurs indigènes demandèrent au Gouverneur [Larrea], qui les écoutait avec
un vif plaisir, de leur envoyer sans retard un missionnaire. Le P. Vaclav Eymer, qui
s’occupait alors de quelques milliers d’âmes à Papigochi, fut envoyé à Yépachi, après avoir
parcouru pendant quatre jours un chemin très escarpé. Grâce à ses exhortations ces
Indiens restèrent constants dans leur foi.
158 De Yépachi, à travers des montagnes très âpres, on se dirigea vers Basaséachi et
Cahuisorichi ; dans ce nombril montagneux, comme dans un nid, les rebelles s’étaient
longtemps cachés. Pourtant on en trouva très peu, de même qu’à Cajurichi et à Guébachi,
au total soixante familles. On leur donna l’ordre de sortir, et de se rendre à Papigochi
dans dix jours, où des terres et des maisons stables leur seraient attribuées.
159 Ils promirent de le faire, bien qu’à contre-coeur, demandant cependant au Gouverneur
pardon de leurs crimes. Ils méritaient certainement des punitions plus rigoureuses, car de
ces repaires, comme d’un autre cheval de Troie163, étaient sortis les auteurs du
soulèvement pour incendier les temples, les maisons et les villages.
160 De Guébachi, après un chemin de trois jours — ce qui est à peu près la distance ordinaire
dans ces missions montagneuses, distance supérieure à celle qui existe entre les missions
de la vallée de Papigochi —, on arriva à Bocoyna et à Sisoguichi. Ici le P. Visiteur Joseph
Neumann avait fondé ces deux missions montagnardes. Le Gouverneur fit l’éloge des
128

Indiens pour leur constance dans la foi et pour leur généreuse participation à la lutte
contre les rebelles et les séditieux. Après quoi le Gouverneur partit pour Carichí. Il envoya
toutefois avant lui un Capitaine à Norogachi, dans le but de capturer sans retard un
sorcier très pernicieux, qui était le scandale de la mission de Norogachi, et qui s’efforçait
de les envoûter avec ses sortilèges et de les inciter à la rébellion. Ce malfaiteur fut livré
par les Indiens eux-mêmes, appréhendé par le Capitaine et condamné à subir un
châtiment public.
161 Après un arrêt de trois jours à Carichí, le Gouverneur continua son chemin jusqu’au
village minier de Cusihuiríachi, où, comme nous l’avons dit plus haut164, habitait une
nombreuse colonie espagnole. Retana et ses soldats reçurent l’ordre de rentrer à
Papigochi et de se renseigner si les Indiens de Cahuisorichi, de Cajurichi et des endroits
environnants avaient quitté leurs cachettes ; dans le cas contraire, on devrait aller les
chercher, bien armés.
162 Finalement se présentèrent quatre Indiens, sans leurs femmes et sans leurs enfants ; on
en garda deux comme otages, et on laissa les deux autres aller chercher les montagnards
et les ramener. Ils revinrent accompagnés seulement de quelques-uns. Les autres, rejetant
les menaces de Retana et ses paroles de paix, ne se laissèrent point convaincre.
163 Pour cette raison on envoya à leur recherche une foule de fantassins indigènes choisis.
Ceci fait en toute diligence, on fit sortir les Indiens, et Retana les distribua dans les
villages de Papigochi, Santo Tomás, Bahuírachi et Mogoréachi165. Cette tournée
d’inspection, de plus de deux mois d’activité, aboutit finalement au rétablissement de la
paix et de la tranquillité dans cette région et dans toute l’étendue de l’Eglise Tarahumare.
164 12. — Pendant ce temps certains de nos missionnaires166 s’étaient rendus ailleurs, dans
l’espoir d’une moisson plus abondante dans les Provinces où l’on croyait trouver une
meilleure disposition pour recevoir la foi.
165 Deux missionnaires seulement, dont les missions avaient été complètement dévastées,
purent rejoindre leurs Indiens : c’étaient le P. Johannes Baptista Haller un Autrichien, qui
reprit en charge la mission de Yepómera ; et le P. Pietro Proto, de Milazzo (Sicile), qui
s’occupa de la mission de Santo Tomás. Le P. Vaclav Eymer resta à Papigochi, se chargeant
volontiers des Indiens de Yépachi et de Tutuaca. En pasteur zélé et fidèle, il les visitait
fréquemment, sans jamais s’effrayer par les chemins rocailleux de la Sierra, comme nous
l’avons mentionné plus haut167.
166 Peu de temps après on nous envoya de Mexico le P. Diego Liliu168, de l’île de Sardaigne. On
lui assigna la mission de Matachiqui, d’où il administrait aussi celle de Cocomórachi.
D’autres missionnaires esquivaient ces postes, prétextant leur manque de sécurité et de
stabilité. Ils pensaient aussi que le résultat ne correspondait pas à la peine qu’on s’y
donnait, excepté toutefois le baptême des enfants, mourant avant de perdre la grâce
baptismale.
167 Pourtant c’est un fait que pas même la moitié du peuple Tarahumar ne prit les armes
contre nous et contre les Espagnols ou abandonna la foi169, et malgré de nombreuses
sollicitations, jamais ils ne suivirent les factieux. Ceci montre que la foi reçue dans le
baptême s’était bien enracinée dans l’âme de nombreux Tarabumars. Grâce à leur
industrie, à l’amour pour les églises qu’ils avaient bâties, au respect dû à leurs
missionnaires, vingt-quatre villages et même plus furent épargnés dans les incendies des
insurgés. Point de doute que la fureur et la terreur des rebelles auraient fait encore des
129

ravages, si les Espagnols n’avaient pas réprimé à temps les rebelles en s’aidant de l’astuce
et de la fidélité des Indiens de Sisoguichi.
168 Cependant un certain nombre de missions, dont les habitants s’étaient soulevés, restèrent
sans missionnaire. C’était le cas pour Tutuaca, Cocomórachi, Temechi, Tomochi et
Cajurichi. Et bien qu’on eût songé à supprimer les deux dernières, leurs habitants ayant
été emmenés ailleurs, on ne put jamais en finir tout à fait avec elles170. Cependant à cause
de la famine provoquée par la pénurie de maïs171, on ne put nulle part réédifier les églises
détruites.
169 A cette époque là, le Comte de Moctezuma était Vice-roi de la Nouvelle Espagne172.
Lorsqu’il était Conseiller au Tribunal de Grenade, il avait obtenu le titre de Comte et sa
nomination comme Vice-roi moyennant une somme de 300.000 écus donnés à la Cour de
Madrid. C’est dire combien on estimait en Espagne ces charges d’Outre-mer et des Indes
Occidentales. Et pour cause, car ces régions à l’extrêmité du monde, étaient considérées
comme un trésor perpétuel d’argent et d’or, et surabondant en tous les minerais de
métaux précieux.
170 Ainsi, le susdit Comte, pour récupérer rapidement une telle quantité d’argent, avait
chargé un magistrat173 de faire une enquête sévère sur les causes du dernier soulèvement,
contre l’ancien Gouverneur du Royaume et contre le Général Retana. Et voulant faire
retomber sur eux la responsabilité, il se promettait de leur extorquer en qualité d’amende
une quantité appréciable d’argent.
171 Mais le Gouverneur mourut174 moins de trois mois après la fin de son gouvernement, et
toute l’enquête fut contre Retana. Celui-ci se voyant faussement accusé dans plusieurs
affaires, pour se défendre demanda le témoignage des missionnaires de la Compagnie de
Jésus, et obtint une victoire glorieuse175. Six de nos Pères, en effet, se rendirent en toute
hâte à Parral, et oralement et par écrit ils recusèrent avec une telle habileté ces
accusations mensongères, que rien ne put entamer la réputation de cet officier
magnanime et de cet homme qui nous avait rendu de si grands services.
172 Et certes l’affection sincère que Retana avait pour nous, son zèle vraiment catholique
pour les missions, et son ardeur infatigable qu’il partageait avec nous dans la propagation
de la foi parmi ces barbares, méritaient bien une défense de ce genre. C’est pour cela que
Notre Très Révérend Père Général176 lui reconnut sa part des bonnes œuvres et des Saints
Sacrifices de nos Pères. Et lorsqu’il remplit les fonctions de Lieutenant du Gouverneur du
Royaume, il fut nommé Capitaine du Presidio de San Francisco de Conchos et décoré aussi
du titre perpétuel de Protecteur de la Tarahumara177.
173 Quelques années plus tard, après ce dernier soulèvement, presque sexagénaire, il mourut
178
, ayant souffert pendant cinq jours d’une attaque d’apoplexie. Sa dépouille, comme il
l’avait souhaité, fut déposée dans la crypte de notre église à Parral, afin que le souvenir de
ce bienfaiteur insigne de nos missions ne soit jamais effacé.
174 Pendant plus de vingt-cinq ans179 il avait travaillé sans relâche à la pacification des
turbulents Tarahumars, procurant toujours le bien des missions. Il eut à traverser
plusieurs dangers de mort, fut souvent victime de pièges et de continuelles fatigues,
auxquelles vinrent s’ajouter les calomnies et les persécutions de ses adversaires. Il ne fut
toutefois pas renversé, de sorte qu’il en sortit vainqueur avec l’aide et la protection de
Dieu, lui notre très cher ami de toujours180, et si apprécié des hommes de bien. Pourquoi
donc s’étonner s’il dut souffrir des injustices ?
130

175 En 1699 la situation semblait s’être finalement arrangée. De nouveaux renforts


missionnaires nous furent envoyés de Mexico, et en même temps le P. Yaclav Eymer fut
nommé nouveau Visiteur des Missions de Tarahumara181. Après avoir signalé aux
nouveaux ouvriers leurs missions, son exemple personnel leur servant de lumière et de
guide, il les exhortait à travailler courageusement dans cette vigne du Seigneur. Quant au
P. Joseph Neumann, une fois terminée sa charge de Visiteur, qu’il avait vaillamment
remplie pendant ces trois années difficiles, il resta dans la mission de Carichí, car son
prédécesseur, le P. Francesco Maria Piccolo, un Sicilien, venait d’être destiné aux missions
de Californie182.
176 La mission de Carichí comptait alors plus de trois mille habitants, et quatre villages 183.
Une lourde charge attendait son missionnaire. Seule l’église de Carichi était terminée : il
s’agissait d’une vaste enceinte avec une double et très belle colonnade intérieure, comme
d’ailleurs on n’en voit pas d’autres dans les missions de cette vaste Province Mexicaine.
Cette église, le P. Francesco Maria Piccolo l’avait laborieusement construite, grâce aux
dons de quelques amis, avec une maison à côté, bien aménagée pour recevoir les hôtes,
bien que le Père n’aimât pas beaucoup les parasites.
177 Dans les trois autres villages le P. Joseph Neumann entreprit de construire, à partir des
fondations, les bâtiments de l’église et du presbytère ; œuvre qu’il accomplit dans l’espace
de trois ans avec la collaboration des Indiens184. Il les fit ensuite décorer élégamment, les
dotant de tous les objets sacrés, de sorte que rien ne semblait manquer aux missionnaires
de passage pour la célébration des offices divins.
178 Néanmoins il se souciait avant tout de l’église de Carichi. Il lui procura, en plus d’un riche
mobilier argenté et artistement orné, des vases et des ornements sacrés en abondance.
Pour solenniser les litanies de Notre Dame, chantées tous les samedis, et pour rehausser
la célébration des autres jours de fête, on disposait ordinairement d’un orgue et de
musiciens avec différents instruments de musique185.
179 Les fêtes les plus solennelles dans cette mission de Carichi, sont celles de la Semaine
Sainte. Tout le monde s’étant confessé durant le Carême, on célèbre très religieusement
les offices, on érige un calvaire, et on fait une procession de deuil avec des pénitents qui
se flagellent pieusement le dos.
180 En plus le P. Neumann instaura la solennité de la Fête-Dieu186, avec la procession du Saint
Sacrement autour des prés verdoyants du village, où l’on préparait quatre autels très bien
ornes. Cette fête attirait une foule incroyable d’indiens, et on la célébrait avec une telle
joie, que dès le début, attirés aussi par cette nouveauté, les Espagnols eux-mêmes
affluaient, car nulle part ailleurs dans ces régions il n’existait une fête pareille.
181 Quatre villages ont aussi introduit la pieuse coutume de choisir tous les ans, chacun un
jour, pour commémorer Notre Dame par une solennelle festivité. Ces jours-là, on prépare
pour la foule nombreuse, qui accourt de toutes parts, un abondant repas au cours duquel
on consomme plusieurs boeufs187.
131

CAPUT IV. POSTREMA TARAHUMARORUM SEDITIO


PRIORIBUS DIUTURNIOR, IMPIAQUE TEMPLORUM
EXUSTIONE MEMORABILIS
182 [§ 1] Eo loco res Tarahumara sita erat, toto omnino septennio indis nihil novi molientibus, dum
elapso quinquennio Regni Gubernatori novas successit vir grandaevus1, severeque in indos
animadversurus, si quando aliam seditionem facerent.
183 Copiosum eo tempore argentum eruebatur e Cuziguriazensibus montibus, pluresque in vicinia in
dies venae argenteae detegebantur2 atque effodiebantur non medio- [40] cri quaestu mercatorum
qui cum mercibus eo confluebant. Haec demum postremae seditionis, ab ipsis potissimum
Tarahumaris cogitatae causa fuit.
184 Accessit quod cum modernas Regni Gubernator iteram misisset praefectum Retanam cum militum
manu ad perlustrandos Tarahumarorum pagos atque verberibus mulctandos qui aut simposiis ad
crapulam vacarent, aut plures haberent uxores, aut demum Christianis legibus sese accomodare
nollent.
185 Hac occasione inter eos detecti fuere magi aliquot sagaeque quae malignos spiritus sibi habebant
familiares, atque adeo non paucos suis venejiciis enecabant, praestigiis scilicet inter suos vel
authoritatem sibi conciliantes, vel metum incutientes iis qui eorum dictis non obtemperabant. Inter
hos erat senex qui, dam, perinde atque pontificis loco ab iis habebatur3. Hunc porro venerabantur,
coram illo flectebant genua ejusque osculabantur pedes ; is facultatem eis concedebat plures alendi
uxores, repudiatis quas oderant, alias accipiendi.
186 Noverat praestigiator Ule egregias ciere tempestates, quin etiam interdum indi eum conspexerunt
in aëre choreas ducentem ; ipse denique non [41] secus atque indorum oraculum, quidquid vellet
facile persuadebat. Hujus dein praestigiae, cum ab indis quibusdam christianis non ita improbis
delatae fuissentdetectaeque cuidam nostrorum missionariorum4, isque de iisdem certiorem
reddidisset Regni Gubernatorem, et ubi lateret indicasset ; ejus jussu a Retana in Tarahumarae
visitatione comprehensus supplicioque affectus fuit.
187 Hac facta animadversione plures inter indos venefici cogniti comprehensique fuerunt 5, in quorum
numero erat pagi cujusdam gubernator, de quo non dubia erat fama indos sedecim veneficiis ejus
extinctos fuisse. Alius item qui varias ferarum formas, ursi nempe, lupi, tigridis induebat, neque
pauca sub ferina specie maleficia exercebat ; alius qui in abdito quopiam antro decem sibi habebat
daemones familiares. Alius denique duos dumtaxat pergrandium muscarum forma vestitos ; hos
porro consulebant, eorumque instructu horrenda exequebantur.
188 De his omnibus instituía quaestione fatentes, rei convicti, atque ipsius Gubernatoris sententia
capitis damnati fuerunt sublati- [42] que, ne scilice olios praestigiis suis imbuerent, aut plus damni
in posterum afferrent ; sed non omnes hujus farinae malefici omnino exstirpari potuerunt ; quare
alii male sibi metuentes in abditis haerebant montium antris, ultiones in Hispanos meditantes,
praecipui videlicet secuturae rebellionis incentores.
189 § 2] Forte accidit anno nempe 1695 pestiferam quamdam luem grassari 6 in pagis omnibus nationis
hujus jam poene ad fidem reductae. Utique hoc contagio plurimi extincti fuere, juvenes praesertim,
puellae, mulieres ac infantes, flos nempe novae hujus Christianitatis, salais indorum pessimis
virisque adultioribus, in quibus lues illa nullam prorsus stragem fecit.
190 Oculatus ipse testis sum, in una familia tredecim capitibus constante, filiis omnibus cum matre
extinctis, solum virum salvum et incolumem remansisse. Hic missionarii omnes sedulo
132

adlaborarunt ne infantes absque baptismo, et adultiores absque confessione peccatorum


discederent ; et ut fas est credere, plurimae ex hac natione animae, luis hujus beneficio, cáelo
assertae fuerunt, rem scilicet ita disponente Deo, ut secuturis malis eriperentur [43].
191 Exinde magi quidam indis suis persuadere conati sunt ut pagis se subducerent, longiusque se
removerent acampanarum sonitu7, quod hic morbos acciret ; item baptismum infantibus
contagiosum esse8, missionarios vero Hispanorum magos ac praestigiatores ; quare ab eis caverent
sedulo, aliaque hujusmodi diabolica commenta eis suggerebant.
192 Horum tamen neophytorum non pauci jam in fide radicati, nec attrocibus gentis suae calumniis
fidem adhibebant, nec ad apostasiam movebantur ; sed ii solummodo qui ad rebellionem proni
quasvis arripiebant causas, quantumvis fictas, ne defectioni suus deesset color. Quare ab eo
tempore et conjurationem ordiri, et alios in factionem suam attrahere, et commodam seditionis
occasionem exspectare coeperunt, quam sibi oblatam existimabant oportunam ab expeditione
quam Hispanas miles contra Tobozos aggrediebatur.
193 Etenim cum Gubernator his praedonibus commercio plane infeslis bellum inferre, eosque strenue
persequi decrevisset, armorum praefectum Retanam, cujus jam saepius meminimus, cum selecto
milite contra eos emisit. Hic confecto duorum dierum itinere ad flu- [44] vium, quem Floridum
dicunt, cum suis substitit, dum ex certis nuntiis indiciisque cognosceret ubi Tobozi, qui nusquam
certum figunt pedem, degerent9.
194 At ecce jam nova deteguntur Tarahumarorum molimina. Ubi enirn eis renuntiatum fuerat
Retanam procul abesse cum suis militibus, atque adversas Tobozos arma movere, neque adeo in
Tarahumaram cito redire posse, novam seditionem clanculum excogitabant ; unde sensim aliqui ex
pagis se subducere ad montana, annonam deferre, ingentem conficere sagittarum10 copiam
coeperunt.
195 Visitatoris11 munere tunc fungebatur memoratus Pater Josephus Neymann, et reipsa missiones
visitando percurrebat. Cum Yepomerae et Cocomorazii intelligeret indos aliquos abesse, seseque ad
montana recepisse, Papigozium pervenit, quam missionem tunc administrabat P. Wenceslaus
Eymer12. Papigozensium gubernatori 13 mandavit, utpote indo qui magna apud suos valebat
authoritate, ut e montanis educeret quotquot ibidem latentes reperturus esset. At ille, siquidem
cum Papigoziensibus complex erat novae et jam proximae rebellionis, nil minus egit ; immo vero
persuasit nullatenus e [45] montanis excedere, sed plures in dies sibi accire socios, ut si forte
Hispani ad illos extra¬-hendos ingrederentur, ad resistendum fortiores essent.
196 Reliquos interim in pagis degentes ajebat nihil prorsus motaros, ne aliquam Patribus suspicionem
moverent, consilia dissimulaturos donec adesset tempus quo militibus — quos intellexerat contra
Tobozos ituros — absentibus, seditionem cum desiderato effectu redintegrare eis liceret, jam a
tribus meditatam annis, ab iis nempe qui tanquam malorum semina remanserant14.
197 Ex quo patet quam ficte priorem pacem admiserint 1690 oblatam ; etenim jugum semper et
christianae legis et hispanicae dominationis excutere posse se sperabant, ut prístino suo more vitiis
suis liberius indulgere possent.
198 Neque vero inter eos deerant novi praestigiatores, qui daemones circumferebant suos, in malo
opere consiliarios et adjutores ; quos ubi consulebant, fausta omnia enuntiabant oracula, atque
adeo incitabantur vehementius ad templa denuo exurenda, quae jam prioribus meliora
amplioraque reaedificata fuerant, missionarios etiam omnes aut occidendos aut ejiciendos, Hispa-
[46] nos vero universos e finibus suis expellendos, ad quod familiares illi daemones suam eis
operam pollicebantur.
133

199 Ab his igitur praestigiatoribus incitata indorum latentium multitudo, auditaque gubernatoris
Papigozensis oratione, quam triduo habuerat in montanis Sirupae unius diei itinere ab gente Hoba
dissitis, in coepto confirmata fuit.
200 Ipse vero gubernator Papigozium reversus, frusta se conatum fuisse egregie mentiebatur,
persuadere monticolis egressum se nequivisse. Illos eo quondam refugos ad pagos suos nunquam
reversuros, quin ne sibi, nec alteri cuipiam id jubenti eos obedituros.
201 Quo intellecto missionum Visitator, datis ad Regni Gubernatorem litteris, instantis periculi eum
certiorem fecit15. Sed cum is bello Tobozis inferendo intentus esset, nec satis sibi persuadere vellet
aut posset ab indis in montana refugis malí quid metuendum, quod pagi omnes quieta pace
fruerentur, tunc quidem distulit rebus remedium adhibere, dum certior de rebellione rumor
percrebesceret.
202 Interea temporis missionarii atrox quidpiam animo praesagiebant, quod anno superiore funesta
quaedam signa pracesissent [47], quorum notitiam hujus loci esse existimo. Mense aprili anni 1696
isthaec Provincia, quae Tarahumara alta dicitur, insolito terremotu concussa fuit ; sub finem vero
octobris apparuit ante diluculum cometa16 omnino funestas, ac primis quidem diebus absque
stellato capite, deinde vero — qua partem Orientem spectabat — admodum obscuro caudamque
Occidentem versus protendens ; cumque tres circiter hebdomadas intuentium oculos animosque
perterruisset, videri desiit. Prima cometae illius nocte visi fuerunt ignes in collibus Papigoziensi
templo viciais quaquaversum discurrentes, luminaque prorsus horrífica, globus etiam igneus in
aëre pendulas, qui postea tonitrui instar ingenti edito fragore desiliit17.
203 Nocte diem veneris et sabbathum sanctum intercedente, ejusdem templi campanae, nemine
omnino pulsante, bis sponte sonuerunt, lugubrem nempe edentes sonitum, cujusmodi in funeribus
edi solet.
204 Fluvius Papigoziensis praeterfluens, visus fuit undas sursum attollere, coni instar ad duodecim
pedum altitudinem, quae paulo post ingenti strepitu in alveum relapsae, deorsum fluere
perrexerunt.
205 In missione Cocomoraziensi, mense [48] majo anni ejusdem 18, die sereno, horaque circiter tertia
pomeridiana, missionario stante in domus suae foribus, se spectandum obtulit ingentis
magnitudinis gigas, aversa facie in vicino colle subsistens, atque pectore tenus altissimas circum
arbores supereminens, seque deorsum inclinons quasi lapides arrepturus ; post unius circiter horae
quadrantem, Patre eminus spectante, disparuit.
206 Eodem quoque anno, die 18 aprilis, duobus ante plenilunium diebus, in Tarahumara visa fuit solis
pars, sudo caelo, eclyptica obducta calígine, mirantibus rei novitatem spectatoribus universis.
207 Haec porro portento, cum a missionariis partim relata, partim perscripta fuissent ad Visitatorem,
ei quoque portendere videbantur nescio quid triste ac metuendum, quod his missionibus
imminebat. Quare Patres socios in omnia intentos esse jussit, quae ab indis agerentur aut sciri
possent.
208 Mox ipse cessantibus aestatis pluviis, visitationem suam aggressus est easque tum adiit missiones
quae, montanis cum propinquae essent sitaeque in aliarum confiniis, periculo magis expositae
videbantur. Sed cum ab indis ubique hilariter exciperetur, ex nullo prorsus indicio cogno- [49]
scere potuit novam quant animo ferrent seditionem. Nusquam enim praeterquam Yepomerae indos
aliquot ad montes rediisse intelligebat. Hos autem Yepomeranos extradendos reducendosque
commiserat, ut supra dictum19, gubernatori Papigoziensi, ejusque confisus fidei, perrexit mense
juanuario anni sequentis 1697 missiones reliquats perlustrare.
134

209 Ac tandem in missionem S. Borgiae delatus, quam administrabat P. Franciscus Celada 20,
missionarias sane veteranas, patria Toletanus. Ibidem Visitator litteras accepit a quodam
missionario, ex hujatibus mexicanis21, de detecta qua denuo indi moliebantur conjuratione. Agebat
is in missione D. Thomae apostolo dedicata, tribus dumtaxat leucis Papigozio remota, qui in
famulitio suo usus est puero duodenni22, sibi apprime fido charoque. Mater ergo, de pueri filiique
sui vita sollicita, fortiter instabat ut e Patris domo abscederet fugamque capesseret, priusquam a
conjuratis trucidaretur ; destinatum nempe esse indis occidere Patres omnes eorumque fautores.
Rebellionem enim proxime erupturam, qua Patres cum Hispanis ejicerentur necarenturque. Sed
puer, uti Patri percharas, ita quoque Patrem [50] redamabat ; ejus vitae consulens, rogabat
vehementer periculo se subduceret aliove migraret, candide aperiens singula quae a matre
didicisset.
210 Re igitur cum veterano illo socio collata, visum fuit instantem indorum seditionem, datis ad Re gni
Gubernatorem litteris, aperire23. At ille unius pueri testimonio minus fidei tribuens, dubitavit tum
an expediret magis bellum contra Tobozos prosequi, an arma denuo in Tarahumaros stringere.
Nihilominus fallaciam horum annis abhinc aliquot edoctus, scripsit Retanae24 in bello cum Tobozis
occupato, rediret ex Provincia Tobozorum in Tarahumaram.
211 [§ 3] Aderat ergo Retana, atque illico Papigozium 25 ingressus, accurate in indorum seditionem
inquirens ; sed inani opera, dissimulantibus illis negantibusque, immo talia se nec sommasse
quidem. Proinde Retana, datis ad Visitatorem litteris, de inutili in Tarahumaram reditu, ubi nec
signa rebellionis exstarent, nec malí quidpiam extorquere posset, unius pueri testimonio veritatem
non subsistere, seditionisque periculum infirmum esse.
212 Se tamen ajebat Yepomeram perrecturum, atque evocaturum indos qui ab illa missione abesse, et
in montanis haerere [51] dicebantur. Occupabat tum missionem Yepomeranam P. Joannes Baptista
Haller, Austríacas qui rerum ignaras26 nihilque periculi pertimescens, induxit Retanam ut inde
discedens pergeret Cocomorazium, missionem Tutuacensibus montibus viciniorem.
213 Agebat in illa missione P. Petras Protho, Siculus27, qui utpote suspicacior suisque indis magis
invigilans, varia futurae rebellionis indicia Retanae commonstravit : annonam nempe ex pagis ad
montem translatam, ingentem sagittarum venenosarum copiam, indos in Sirupanis vallibus
congregatos in loco praerupto arcis instar, equitibus inaccesso, octo solum leucis Cocomorazio
distante.
214 Et haec demum non mediocrem curam ingesserunt Retanae, ut proinde imprimis fidos indos
ablegarit exploraturos indorum in montes aufugientium consilia, cosque amice evocalos
accerserent Cocomorazium, obedientiae, jam loties promissae, praestandae causa. At illi ex edita
rupe convitiis28 ablegatos lacessere, telisque impetere coeperunt, uno eorum non leviter sauciato.
Hinc retrocedere coacti, et ad Praefectum reversi, nihilaseditiosis indis vel obedientiae, vel pacis
sperandum esse retulere.
215 Aperta jam [52] cognita Tarahumarorum illorum rebellione, decrevit Retana aut armis aut fame
eosdem ad deditionem cogere. Quare praemissa turba indorum, quos ex aliis nationibus non
inimicis secum29 adduxerat, jubet illos praeruptum illum montem cingere rebellesque tenere
obsessos, dum ipsemet die postero cum equitatu adesset. Sed obsessi in praemissos suas ejaculati
sagittas, et duobus tribusve occissis, vulneratis aliis, eos retrocedere coëgerunt.
216 Interim cum timerent Praefecti Cantabri subitum adventum, summo cum silentio omnes elapsi
sunt, reliais tantummodo in arce illa a natura constructa gregibus suis, ut eorum balatu fugae
suspicionem amoverent. Cum autem postridie cum milite adesset Retana, indosque pridie
interemptos christiano ritu humari curasset, illico explosis armis obsesos ad praelium evocabat ; at
eorum nullo mutiente aut comparente, jussit rupem conscendere per saxa admodum aspera ac
135

praerupta. Hi vero praeter oves quas secum abigebant, cum reperissent neminem, nullumque in
tolo circuita exstaret vestigium, re infecta Cocomorazium regressi sunt.
217 Audiens postea indos, qui per occultam saxorum fissuram ex dicta rupe- [53] fugerant, per
montana divisos dispersosque vagari, jubet gubernatores in adjacentibus pagis, quemque cum
probatioribus suis montana omnia percurrere, captosque ad se adducere Cocomorazium, ubi
subsisteret donec omnes reperti atque comprehensi30 forent. Hi porro gubernatores indorum,
utpote seditionis complices, prava sua tegebant consilia, ne se Praefecto suspectos quoque
redderent ; nihilominus adducti sunt postea triginta ex eorum numero, qui dispersim e rupe dilapsi
fuerant.
218 Hi pressi et interrogati, tandem fassi sunt suorum numerum nonaginta et amplias sagittariis
constitisse. Ad hos igitur reliquos perquirendos adducendosque Praefectus denuo emisit alios indos
; nec vacui redierunt, captis videlicet 60 circiter, qui singuli seorsim ad examen vocati negarunt
partim, partim fassi sunt intentatam rebellionem, eamque a Sirupis primum dimicantibus
inchoatam fuisse, quin ex Tarahumaris plurimos in eandem conjurationem venisse.
219 Porro Retana postquam rem omnem cognoverat, Regni Gubernatori litteras dedit, qui ad terrorem
aliorum captivos omnes morti addixit, quod primi pacem rupissent et in legatos [54] impii
exstitissent. Sed Praefectus pertimescens hoc supplicio reliquorum irritari animos, sententiam
exsequi ausus non est, priusquam novo robore, quod a Regni Gubernatore petierat, cohortem suam
auctam videret. Adveniente proinde alia centuria e Sonorae31 confiniis, mortis sententiam in illos
latam exsecutioni actutum mandari jussit.
220 Erant inter eos magi duo gentiles, qui a spiritu suo familiari admoniti fuerant, plares milites
hispanos propediem adfuturos, atque adeo captivos omnes supplicio haud dubie affectum iri nisi
fuga sibi consulerent. Ad hoc autem suam spondebant operam maligni spiritus, rupturos se
ferream qua stringerentur catenam. Quare nocte insequenti vinculis, altiori certe vi 32 atque arte
ruptis, fugam capessunt ; sed ab excubitore detecti, atque a militibus qui fugientes mox
insequebantur, interfecti fuere.
221 Reliqui, ubi jam copiosior miles aderat, ante supplicium a duobus missionariis 33, christiani sacra
prius poenitentia expiad, si qui gentiles fonte sacro abluti, ad mortem chrisdane subeundam
comparad fuerunt ; quorum circiter 30 mense martio, post festum Virginis ab angelo salutatae 34,
militum sclopis tra- [55] jecti fuere, eorumque capita praecisa, atque ad reliquorum exemplum
salubre, hastis infixa partim Cocomorazii, partim in via Yepomerana exposita, corvis in cibum
cessere.
222 Hac porro perada in reos animadversiones mox Matazikium35 adducti fuerunt réliqui rebelles ; hos
cum Praefectus eidem supplicio destinasset, sine mora morti tradidit, at non omnes, Patre
missionario quibusdam — utpote minus reis — vitam exorante36.
223 Sane existimabat jam Regni Gubernator, secunda hac in seditiosos animadversione peracta,
caeteros complices jam nihil ausuros ; unde ulteriori inquisitione supersedendum ratus, militem
Tarahumarorum finibus extrahere jubet, quo contra Tobozos uteretur. Aderat mensis majus, quo
ad reditum cum cohorte sua Retana centurio accindus stabat. At ecce accurrunt duo juvenes indi
gentiles ex montibus Cahuriziensibus cum nuntio ingentem indorum turmam ex Tarahumaris,
Pimis et Hobis conflatam, in quodam periculoso angustoque calle Retanae cum milite illac
transituro insidias struere37, ut devolutis ex alto saxis incautos opprimant, aut sagittis feriant ; quo
facto ad missionum templorumque ruinam pleno agmi- [56] ne e montibus erupturos.
224 Dubius ergo de rei veritate, Retana suspicatus est si forte hac notitia a montanis perlustrandis
avocarent. At vera eos nuntiasse brevi patuit, quippe rebelles — non exspedato Retanae adventu —
Tomozium38 invadunt, absente missionario in pago illi vicino commorante. Itaque direpta omni
136

cum templi, tum domus paupere supellectile, furiose omnia incendunt ac depopulantur, mactant
quidquid pecoris reperiunt, frumentum inter se dividunt.
225 Qua annona instructi, incolisque pagi illius adscitis — antiquae jam conjurationis sociis — nocte
illa tripudiando atque commessando facinus suum altis vociferationibus celebrant, dieque postero
ulterius grassari constituant. In via cum obvium habuissent indum quendam in Sonora natum,
hujusque seditionis plane inscium, eo interfecto mulierem sibi reservant. Die autem sequenti iter
instituant Teseazium versus, ubi tunc Pater Georgias Hostinsky vivebat. Ibidem Pater a quibusdam
monitus de seditiosorum adventu, quin etiam ipsiusmet Retanae litterae eum ad fugam invitabant ;
extrada proinde Pater sacra supelledile, Papigozium ad armatos Hispanos se contu-[57] lit.
226 Centuriones duo39 cum praefecto Regni Retana et militibus universim centum et viginti castra sua
ibidem circumvallaverant munierantque adversas rebellium invasionem. Quando Alescazienses, ter
missis nuntiis, militum suppetias a Retana expetierunt ad templi totiusque pagi defensionem 40 ;
sed fraudem suspicati Hispani (non enim dubium erat quin Alescazienses, rebellium fautores,
Hispanos disjungere vellent) nullos omnino eo miserunt, sed indos dumtaxat Papigozienses centum
et quinquaginta, Alescaziensibus opem allaturos. Hi vero Papigozienses, utpote rebellionis
complices, praefecti jussa minime exsecuti sunt. Quare seditiosi Alescazium ingressi, templum,
domum caeteraque omnia igne consumpserunt ac devastarunt.
227 Qua perada strage, sibi socios adjunxerunt, plerosque pagi illius incolas, cosque in speciem scilicet
invitos ac repugnantes ; qui tamen fidem servare cupiebant (et hi pauci fuerunt), Papigozium
praecipiti fuga se contulere41, relidis ovibus ac paupere sua supellectile, quae rebellibus in praedam
cesserunt.
228 Eodem quoque die, quo isthaec seditiosorum turba Tomozium depopulata fuit [58],
Cocomorazienses etiam indi, quod eorundem missionarias postridie, ad celebrandum Dominicae
Ascensionis42 festum se Matazikium contulerat ad vicinioram sibi socium43, hanc Patris absentiam
sibi opportunam nacti, in meditatam ante seditionem erumpunt, templum domumque exurunt ac
depraedantur.
229 [§ 4] Erat is demum P. Siculus, missionum quarumdam Superior constitutus, quemadmodum
Societatis nostrae constitutiones missionumque ordinationes ferunt, ad immediatum sociorum
missionariorum regimen44.
230 Is igitur cum peracto Ascensionis sacro, pransusque ad suos reditum pararet, praepropere advolat
famulus quidam domesticus cum tristi nuntio indos, aperta rebellione facta, templum domumque
totam concremasse. Quare explorato socii sui consilio, quid hoc in casu agendum sibi foret ?,
quandoquidem a conjuratis re ipsa effectum fuerat quod secum ante statueront — prout patuit ex
confessione eorum qui pridem supplicio fuerant affecti —, demum consultius habuit sociis sibi
subditis consulere, quorum vitae metuebat ; ac proinde scriptum protinus mittit nuntium ad
missionarium Yepomeranum45, eumque ju- [59] bet periculo se subducere, rebusque omnibus quas
posset extractis, Papigozium properare, quo ipse etiam cum Matazikiensi eadem nocte profecturus
erat46.
231 Quo accepto nuntio, collectisque rebus omnibus : pecore, equis et mulis, media nocte se itineri
committit, et sub diluculum perveniens Matazikium, obvium habet centurionem Martinum
Aldagum cum 30 militibus Hispanis a Retana submissis ad educendos Patres periculo viciniores et
Papigozium usque comitandos. Illa quippe eadem nocte profecti Papigozio, cum Superiorem
sociumque ejus Matazikiensem habuissent obvios, duabus circiter illinc leucis, iisque retulissent
expeditionis suae causam ; Patres quod se extra periculum positos jam cernerent, atque adeo de
Patre Yepomerano solum solliciti, rogarunt Aldagum Yepomeram cum milite festinaret, et
missionarium jam tum per litteras revocatum comitaretur. Quod, quamvis non paucarum
137

leucarum iter esset, nocte illa decem lemas confecit cum suis centurio, et Matazikium pervenit sub
solis ortum, ubi Patrem Yepomeranum repertum secum Papigozium reduxit.
232 Jamque sex missionarii cum praefecto Retana, caete- [60] risque militum ducibus Papigozium
convenerant47. Patres, missionibus Matazikiensi ac Yepomeranae eorumque indigenis christianis
male metuentes, enixe rogant uti ad earum tutelam milites mittantur, qui stragem avertant. Sed
tunc inconsultum ducibus videbatur milites distrahere ad defendendas remotiores illas missiones,
et pro certo habebatur, si Papigozio abirent, pagum ilium alterumque S. Thomae dictum, pari
habitatum indorum multitudine — quorum non pauci conjurationis complices existimabantur,
intentique procul dubio ad templa illa expilanda diruendaque — in apertam quoque seditionem
prorupturos48 ; neque hoc in casu exiguam militum manum satis fore ad coërcendam horum
indorum audaciam, si forte seditionem facerent, qui hactenus ob militum praesentiam nihil ausi
fuerant.
233 Quare cum omnes Papigozii haererent immoti, vixdum suis e missionibus egressi fuerant tres illi
missionarii49, quin rebelles indi in easdem furiose irruerint, templisque exustis omnia fuerint
depraedati ; earum vero incolas, quantumvis invitos, vi adegerint 50 ad sequendas conjuratorum
partes. Hinc turma sua, ingenti aucta numero, quippe ad mille viros [61] jam ascenderat, rupem
quandam asperam omnique ex parte praeruptam ac praecipitem, Sopezi 51 dictam insederunt ad
fluvium Tomoziensem. Qui quidem locus, si Hispani ad eos invadendos Papigozio moverent castra,
ad suam eis defensionem aptus tutusque videbatur. Et cum rapes haec ex una parte vicinis
cohaereret montibus, ingressus egressusque semper eis tutus patebat, et ad annonan invehendam,
et ad socios e montibus accersensdos, et exploratores quaquaversum mittendos, prout postularei
eventus.
234 Aberat rupes illa Papigozio octo tantum leucarum intervallo, aditu quidem perquam difficilis et
propemodum impossibilis expugnatu. Porro ex hac arce sua in dies minabantur rebelles se
propediem Papigozium invasuros et cum Hispanis conflicturos, donec e finibus suis omnes
expellerent. In hunc sane eventum intenti erant Papigozienses indi, qui per occultos nuntios,
conjuratorum consilia cognoscebant favebantque, hostes utique dissimulati52, qui popularium
suorum e rupe Sopezina adventum avide exspectabant.
235 Sed cum non ignorarent Patris Papigoziensis domum valido numerosoque milite, muris, turribus
munitam [62], praeterea assiduas pagi excubias, nemo prudens qui indos probe noverit, sibi
persuasurus erat locum hunc et armis et milite adeo munitum aggredi ausuros. Et quamvis saepius
aggressionem simulare visi fuerint, ut Hispanis curam injicerent, nunquam tamen illic comparere
sunt ausi53.
236 Rebelles sane hoc utebantur stratagemate ad Hispanos, invasionis metu, Papigozii continendos,
dum ipsi in duas divisi turmas, caeteras missiones invaderent ac depopularentur 54, quibus Hispani,
licet numero aucti, cito opem ferre — utpote a se remotioribus — non possent. Et quidem atrox
istud consilium ex voto eis successit, exustis templis aliquot pagisque Septentrionem versus 55, ex
quibus Patres Franciscani qui easdem administrabant, jam se in tutiora subduxerant, in oppidum
scilicet argentifodinarium56, quod ingens Hispanorum, tunc quoque in armis stantium, multitudo
habitabat. Sed quod viginti leucarum intervallo Papigozio distaret, plane extra periculum positum
videbatur ; neque enim a conjuratis facile invadi potuisset, dum Papigozii militum aggere sibi
opposito, ultra, meridiem versus, progredi non poterant [63].
237 Hinc altera rebellium turma sexcentorum circiter indorum iter instituit Occidentem versus,
invasitque missionem Sisoquiziensem57, ubi templa duo perelegantia nec exiguo sumptu pridem
erecta fuerant beneficio cujusdam fodinarii58, qui hac in parte sedulam juxta ac piam navarat
operam ejusdem missionis fundatori P. Josepho Neymanno, a quo utrumque supellectile sacra ad
138

omnem ornatum etiam instructum fuerat. Horum alterum in pago Guohkoyna seu Ezogita 59, dicto,
sollemniter fuerat superiore anno dedicatum, concurrentibus missionariis 14, quibusdam aliquot
dierum itinere ad templi encaenia advectis60. Et aedificium quidem arcis instar exstructum erat,
duabus munitum turribus, muris, pergulis in edita domus parte, adeo ut paucorum hominum
praesidio, a quovis hostium ímpetu facile defendi posset.
238 Sed in Papigozio conservando erat omnis labor, quod ab occultis pagi illius hostibus gravius quid
verebatur, quam ab apertis rebellibus qui per montana grassabantur ; siquidem in comperto erat
collusio, parque rebellandi studium, quod per secretos nuntios montanis incendiariis significabant,
caeteraque omnia quae ab Hi- [64] spanis adversus eos Papigozii gerebantur. Quin etiam a
rebellibus exploratores emittebantur Papigozium, qui falsam prae se ferebant natae seditionis
poenitentiam, atque adeo a seditiosis se abscessisse mentiebantur, pacis quaerendae studio. At
paulo post, exploratis rebus consiliisque confoederatorum suorum Papigoziensium, ad suos
revertebantur.
239 Haec cum Hispanis plane perspecta essent61, verebantur ne si forte Papigozienses indi cum
rebellibus conjungerentur, distractis ad caeterarum missionurn tutelam copiis, hostibus impares
forent, atque adeo Papigozium ipsum a rebellibus funditus everteretur, praesentibus se, cum non
exigua et militis et hispani nominis jactura.
240 Hinc demum statuerunt nec ad aliarum missionum defensionem militem emittere, nec Papigozio
longius abscedere, quamdiu urgentior quaedam necessitas aliud non suaderet 62. Ajebant enim
regionis securitatem non in missionam templis, sed in milite hispano conservando sitam esse.
241 [§ 5] Cum igitur rebelles exploratum haberent Hispanum militem Papigozio non facile moturum,
existimarunt, hoc praetermisso pago, per alias missiones se impune libereque grassaturos, o- [65]
mnes nationis suae indos sibi adjuncturos, ac demum totis viribus debellatum Hispanum,
universae Tarahumarae finibus cedere coactaros. Quare, ut jam memini 63, montana
circumcursantes, Sisoquiziensem missionem, viginti duabus leucis Papigozio dissitam, invadunt
hac de causa, quod Sisoquizienses indi ad rebellandum quoque evocati, ipsum internuntium
verberibus probe mulctatum dimisissent, negantes utique se in conjuratorum partes ire velle,
minantesque si quis posthac impiam hujusmodi defectionem eis persuadere intentaret, eum ex
eorum manibus non abiturum vivum.
242 Quod cum intellexisset eorundem missionarius, qui una tune simul Visitatoris 64 gerebat munus, de
suorum fide constantiaque nihil dubitans, nihil quoque ab iis metuendum existimabat. Metuebat
tamen ne rebelles, vel poenam internuntio illatam ulciscerentur, vel subactos forte Sisoquizienses
ad sua sequenda castra cogerent, quamvis invitos ac reluctantes.
243 Jamque in missionem suam redux erat, cum die 11 junii, circa mediam noctem, eum adiit indus
quidam Sisoquiziensis, referens se a quodam gentili Tomosienzi audivisse captum a rebellibus
consilium Ezogi [66] tam invadendi. Auditum hujusmodi nuntium confestim Papigozium
transmittit, quo ab Hispanorum praefecto Retana 20 saltem milites sibi statim submitti postulat ad
missionis suae securitatem65. Eodem tempore selectos indos duodecim ac fide probatos exploratum
emisit, vias omnes quibus seditiosorum turba in illas partes ingredi posset.
244 Hi porro exploratores, cum die uno antevertissent hostium iter, nullum eorum vestigium
repererunt, praeterquam indum unum (is hauddubie eorum explorator erat) quem obvium
habuerunt. At Ule rebellium astu apprime instructus, nullos in vicinis partibus indos reperiri
affirmavit, omnesque conjuralos in rupe sua Sopezina contineri. Fraudulentum exploratoris illius
responsum ad Patrem suum detulerunt Sisoquizienses, quo audito obviam mittit epistolam66
apertamque ad Hispanos quos praestolabatur milites, quibus significabat nullum viae, qua
veniebant esse periculum, quod nulla illic hostium vestigia reperirentur.
139

245 Veniebat autem ipse praefectus Retana cum centurionibus67 duobus et plus quam centum militibus
hispanis, quibus conjuncti erant indi omnino ducenti ex amicis probatis- [67] que gentibus delecti,
et ad pugnam cum rebellibus, si forte eos habuissent obvios, committendam strenue comparati. Et
jam unius dumtaxat itinere diei a pago Ezogitano aberat cum suis Retana, cum accepta hac
epistola ratus jam cessare susceptae expeditionis causam, veritusque ne se absente Papigozium
invaderetur, tametsi praesidium ibidem reliquerat quod ad loci defensionem satis esse potuisset,
cum copiis suis eodem revertit68.
246 Neque enim tutum existimabat paucos, quos Visitator petierat, milites periculo exponere, ne qua
indorum fraude circumvenirentur ; neque eorum omnino ulli in ea rerum constitutione fidendum
esse. Ita Patri ex via rescripsit, addiditque triginta quoque exploratores indos a se missos fuisse per
circuitum, nec quidquam periculi ex illa parte a seditiosis imminere, aut ullum eorum apparere
vestigium ; quos omnes in rupe sua Sopezina contineri fama erat, in dies Papigozio invasionem
minitantes, ut proinde sibi eo omnino revertendum, ne diuturniori absentia praefecti, occasionem
praesidii aggrediendi arriperent69.
247 Hac igitur fide et securitate habita, Pater qui cum suis pago suo Ezogitano sedulo invigilabat [68],
dimissis illis ad agros suos lolio expurgandos — cum pluvium anni tempus id tum postularet — ipse
quoque Sisoquizium, in alteram nempe missionis suae pagum redux erat, cum die insequenti 21
junii, sub horam tertiarn pomeridianam, per invium et salebrosum quemdam clivum, ex altíssimo
monte in vallem Ezogitanam descendit ingens rebellium turma, absentibus a pago incolis, quod
agris suis expurgandis occuparentur.
248 Inopinate eurndem invadunt, gubernatorem comprehendunt, minaciter ex eo quaerunt num quis
in templo, Patrisque aedibus lateat ; mox totum cingunt aedificium, perfringunt templi fores —
procera cruce, quae in coemeterio erecta erat, impiis eorum manibus dejecta prias combustaque —
tum ingenti edito clamore furialiter irrumpunt, altaría conscendunt, imagines Deiparae ac
sanctorum detrahunt, convellunt, dilacerant, partesque in propinquum fluvium projiciunt ; aras
confringunt labrumque baptismale e lapide elaboratum, sacristiam depraedantur, casulas sex cum
reliquo ornatu discindunt discerpuntque ; calicem in saxa collisum trifariam comminuunt, caetera
sacrilegis manibus contrectant, pessumdant [69], diripiunt ; ac demum, admoto ex omni parte igni,
templum domumque universam exurunt vociferantes : hoc utique jucundius esse spectaculam
remque minus fastidiosam quam missam audire, baptismo abluí, Patresque nova dicentes
auscultare, utpote Hispanorum magos ac praestigiatores, a quibus se brevi liberos fore sperabant 70.
249 Tum gubernatorem, quem captum tenebant, adducere nituntur ut cum suis eorum partes
sequatur, oblata spe opimorum spoliorum, quae a caeteris templis domibusque ablaturi forent.
Negat Ule scelus se hujusmodi commissurum, aut a fide christiana apostasiam ullum sibi umquam
persuasurum. Caeterum incolae sibi subditi, quo dilapsi essent, plane nescire se affirmat.
250 Sed cum necem ei minarentur, nisi cum seditiosorum partibus bellum ageret, jamque lethalem ei
ictum inferre pararent, eorum voluntati in speciem obtemperat, aitque se indos suos collecturum
cisque suasurum imperata faciant ; quare ad hoc dimissus, rebelliumque elapsus manibus, fuga se
in tutiora recepit71.
251 Haec cum agerentur, jam Ezogitani cum liberis atque ovibus suis in vicinas syl- [70] vas
diffugerant, inopinato conjuratorum adventu perterriti adeo, ut compareret omnino nullus. Sed
cum isthaec impiorum turba ab ipsis quoque Ezogitanis insidias timeret, si dispersim ad eos
perquirendos vagaretur, tutius visam fuit inceptum prosequi, eodemque vespere pergere
Sisoquizium versus. At non ignari Patrem illic adesse et nondum alio abiisse, ac proin ea nocte nihil
ausi, in via a pago una leuca substiterunt 72, noctemque exegerunt absumendo victualia quae
Ezogitae repererant asportaverantque ad largam coenam73.
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252 Eodem vespere, occidente jam sole, indus quidam Ezogitanus nuntiat rebelles die illo repente in
pagum irrupisse atque incendisse templum totumque pagum, conflagrasse omnia, ingentem eorum
esse multitudinem, quorum adventu incolae omnes ad sylvas confugerant. Haec eo nuntiante, aller
adest citato cursu affirmatque eos Sisoquizium petere et mox adfuturos.
253 Quo audito mulieres omnes cum parvulis filiis et ovibus ex pago elabuntur, comitantibus non
paucis viris ; alii — iique pauci — ad Patrem accurrerunt eumque rogant, priusquam rebelles
adsint, se periculo substrahat. Is vero cum fugere detrecta- [71] ret, seque par atum praeberet ad
mortem in missione sua interque suos feliciter oppetendam, sub primam noctem tertius advolat
nuntiatque jam eos pago appropinquare et una tantum leuca ab eodem abesse.
254 Interea Pater cum paucis suorum sacram supellectilem, sacrilegorum manibus subducturus,
convasat involvitque, indisque exportandam tradit ad vicinos montes et in occultis antris
servandam74. Patri haec praepropere agenti, adest pagi gubernator equum offerens, imposito
ephippio, ad iter accinctum, qua precibus, qua lacrymis instat obsecratque ut se periculo, nocte
jam favente75 eripiat, qua absque dubio hostes adfore existimabat ; se interim de supellectili
efferenda custodiendaque quamdiu non adfuerint curaturum, dummodo ipse Pater vitae suae
consuleret, cujus jactura certe metuebatur.
255 Et sane non hunc solum missionarium Sisoquiziensem, sed et reliquos omnes, si modo voluissent,
rebelles interficere potuissent antequam daretur fugiendi locus ; sed in ipsa conjuratione inter se
convenerant statuerantque, Patrum omnino nullum occidere, sed e suis tantum finibus expeliere
aut alio amandare, quod experti [72] essent, ut plurimi eorum testabantur, Patres suos, quos in
priori illa rebellione occiderant, saepius a se visos esse in montanis 76, qui non levi terrore eos
concussos persequebantur.
256 Praeterea fassi sunt nihil mali a Patribus sibi inferri ; quare nequaquam, occidendos, cogendos
tantum ad fugam et ad excursum e finibus Tarahumarorum77.
257 Suo proin in itinere, quod multa jam nocte faciebat Pater, ex alto pagum Sisoquiziensem respiciens,
observat ignes varios hac illac circumcursantes : erant autem taedae pineae, quarum luce adjuti
fideles indi, templi domusque supellectilem exportabant. Audit etiam ex gubernatoris filio,
seditiosos hac nocte ad lacum perstituros : hinc enixe rogare gubernatorem, vellet properare Pater
Carichikium78, auxiliares indosquotquot inveniret, indehuc submissurus.
258 Eo delatus quam primum illos animat ad opem suis neophytis ferendam, qui nihil tergiversati,
armis bene instructi, celeri accurrunt pede ; sed antequam advenissent, jam omnia incenderant
hostes, nec contenti dirutis incendio domibus, indorum quoque, qui nullo relicto jamjam
aufugerant, segetes omnes pessumdant.
259 De hac universa missionis hujus [73] montanae luctuosa strage edoctus a Patre visitatore
Capitaneus Retana79, relictis Papigozii militibus quadraginta cum centurione suo, accurrit celeriter
cum reliquo milite Guohcoynam80.
260 Cumque intellexisset militi suo subsidio fore Cariziquienses, et Sisoquizienses quodam stratagemate
usos esse ad continendos rebelles, eos clam circumdari jussit, distributis in turmas Hispanis cum
Sisoquiziensibus et Cariziquiensibus indis.
261 Stratagema erat hoc : noverant boni neophyti Sisoquizienses annonam desse rebellibus, nec facile
fore eos junctos ultra progredi ; ergo subdole eos manere jubent, donec collecto in pascuis omni
missionis pecore, se cum illis in unum jungerent. Quo facto bellicosos indos et numero jam auctos et
nova annona in iter instructos, ad reliquas missiones depopulandas leviori labore gradum facturos.
262 Placuit omnibus indorum dolus, miralique Hispani recens ad fidem conversorum ingenium et
probatam fraudem, cautissime cingunt montes. Tum demum seditiosi81, cognito Sisoquiziensium
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dolo, se elusos vident, atque repentino terrore perculsi, per avia et devia se quidam fugae
committunt, quidam paulo audaciores ar- [74] reptis armis collem conscendunt, cujus fastigium
praegrandibus saxis circum locatis a natura82 munitum erat. Hic vero ab Hispanis indisque
subsidiariis cincti, nullumque effugii locum circumspicient es, adeo desper ate in nostros
ejaculabantur tantaque vi feriebant, ut militum scuta, quae ex corio bubulo83, eoque duplici
confecta sunt, trajicerent ; nec prias a praeliando desisterent, donec omnes inipso colle vulneri bus
confecti occumberent ; neque enim eorum ullus aut vivuscapipotuit, aut capise passus est.
263 Militum nostrorum unus, transfixo gutture, desideratas est, vulnerati 15 telis veneno infectis 84, qui
licet adhibito mox antidoto mortem evaserint, non nisi diuturnos curationis cruciatus perpessi ex
integro convaluere. Est enim virus, quo saginas inungunt indi, adeo noxium, ut ex quacumque
parte vel leviter laedantur, illico per reliquum corpus perserpens, mortem intra quatuor horarum
spatium afferat, nisi mox aplicetur herba aut ejusdem herbae radix in iisdem partibus cognitae 85.
264 Ex indis amicis interierunt quatuor in ipso pugnae conflictu, quorum duo ex Carisiquiensibus erant
; complures sagittis laesi, brevi curati [75] fuerunt. Ex rebellibus vero 61 ceciderunt 86, quamvis
non omnes eodem loco : quidam enim acceptis vulneribus, mortem effugere cogitantes, in vicinis
sylvis extincti fuerunt, repertique ; et praecipue tres sacrilegi, quorum aller patenam, aller basim
calicis, ac tertius ejusdem cupam penes se habebant, quae ab indis Guohcoganis postmodum
inventa, ad Patrem delata fuerunt cum aliis paucis, quae hostes aut fugientes projecerant, aut
penes se occisos reliquerant.
265 In eorum numero erat gubernator Cahuriziensis87 et ejus duo filii, vario scelere insignes, totiusque
seditionis praecipui authores.
266 Die postero (erat 25 junii) triginta tribus rebellium 88 cadaveribus capita praecisa fuerunt,
hastisque infixa in colle recentibus templi Sisoquiziensis ruderibus adjacenti, ad aliorum terrorem
et exemplum.
267 Hac obtenía victoria inhibitus fuit hostium progressas, conservatum omne missionis pecus 89,
recuperatus ecclesiae Sisoquiziensis therausus, et demum omnes pagi incolae ex montium latebris
denuo in lucem rediere. Substitit Retana triduo, suorum curandorum causa Sisoquizii ; et quia non
ex vano augurabatur hostium reliquias in montium [76] cavernis delitescere, in eos sedulo inquiri
jubet, missis per omnem plagam militibus, ipse vero Papigozium perrexit90.
268 [§ 6] Eodem quoque tempore par periculum imminebat Sonoranae 91 Provinciae a tribus finitimis
nationibus : Pimis 92, Hobis et Hannis93. Etenim cum confoederatis Tarahumarae rebellibus
conjuncti, vicinos sibi pagos — missionibusque vastatis — officinas etiam metallicas quibus
atraque Provincia et Sonorensis et Tarahumara abundat, jam antea ab Hispanis in Tacupeto 94 et
Hostimuri95 ob eorundem metum desertas, invaserunt incender unique.
269 Similem stragem sibi jamjam metuebant montana Guassaparensia96, in quibus reduela gente
indica, jam undecim pagi exstiterant97, quorum curam habebant quatuor Patres 98 in diem magis
magisque occupati ad fundanclos plures, cum non deessent indi quaquaversum dispersi. At
crescente metu seditionis, et de effectu dubitarunt, et de erectis pagis denuo destruendis erant
perquam solliciti.
270 Vocantur autem universa montana Guassaparensia Provincia Cinaloa, a loco sic dicta ubi nostri
collegium habent, et Hispani militare praesidium99. Inde evocati Hispani cum duce suo [77]
viciniores indorum pagos et Hispanorum oppida, quae in argenti fodinis Uriquisensibus
exstruxerant, a rebellium invasione facile defendebant ; remotiores tamen hoc metu eximere non
poterant, siquidem in pagis illis latebant occulti quidam, qui internuncio colloquio, montícolas
omnes in turbas inducere nitebantur.
142

271 Hi autem occulti pacis commuais disturbatores, a quibusdam probatioris fidei indis detecti
comprehensique universim octo, uno domtaxat fuga elapso ab hispano praetore100 mortis supplicio
affecti fuere.
272 Hoc porro supplicium ulturi, rebelles numero non pauci, Guassaparensibus appropinquant ; at hi
eorundem adventum per exploratores suos edocti, obviam eunt, solique — neglecto hispanorum
armorum subsidio — cum rebellibus fortiter dimicant, et bis gloriose vincunt cum exigua et non
nisi paucorum suorum jactura101.
273 Absterso nonnihil a Guassaparensibus turbarum metu, superatisque aestibus in montanis
Sisoquisiensibus, necdum omnes missiones Tarahumaricae plena pace gaudebant, praesertim
australes Nossogaziensis, ubi P. Guilielmus Illing, Bohemas, et missio [78] de Nonoava, ubi Pater
quidam Hispanus102 agebat. Distat haec ultima Parralio quatuor dierum itinere, atque uno et
dimidio ab oppido D. Rosae. In his ergo montibus ubique missioni conterminis, delitebant quidam
rebellionis complices, qui conventum conjuratorum exspectabant. Horum metu aufugit P.
Guilielmus cum omni sacra sua supellectile ; alter vero Nonoavensis, cum viginti armatis Parralio
sibi adscitis, indisque ad rebelles strenue arcendos paratis, tamdiu animose perstitit, dum nihil
propioris periculi urgere videbatur.
274 Misit etiam Retana ad muniendum Carizikium103, ubi P. Visitator cum aliis duobus agebat, triginta
armatos cum centurione suo. Atque ita in superiore hac Tarahumara Provincia, caeteris
missionibus adhuc integris, suoque milite in omnem eventum utcumque bene defensis, redit Retana
Papigozium, ubi de rebellibus nihil aliad innotuit, praeterquam quod in arce sua Sopezina 104 adhuc
haererent, sine dubio eo sese recipientibus caeteris omnibus, qui in conflictu Sisoquiziensi fuga sibi
vitam servarunt.
275 [§ 7] Praeterierat jam mensis julius 105et currebat augustus, quo tempore caelum quotidie
largissime depluit [79]. Quare nec Hispani commode se alio movere, nec in hostes inquirere
poterant, donec septembri, remittente aliquantulum pluviarum vi et copia, opportunius tempus
nanciscerentur conjuratorum istud propugnaculum Sopizinum omnino expugnandi.
276 Sed cum fluvius rupem praeterfluens, aditum ex una parte intercluderet 106, ex altera vero per
praerupta nullus pateret aditus aut ascensus, nec demum omni ex parte cingi posset, quod a ter go
montanis cohaereret, per quae rebellibus facilis egressus ingressusque relinquebatur, frustra illic
videbatur tempus teri ; neque enim fame ad dedilionem cogi poterant, dum e proximis montanis
annonam inferebant. Immo plus incommodi periculique patiebantur Hispani, cum nec fluvio
accedere ad hauriendam aquam liceret, quin ex imminenti rupe sagittis impeterentur, nec alio
quovis modo hostium catervam distrahere, sine maximo suorum dispendio.
277 Quare post dies 10 illic frustra consumptos, aliud cepere consilium. Etenim montana ingressi,
omnes devastarunt rebellium agros Alazeazienses, Tomozenses, aliisque in partibus ubi segetes jam
prope albescentes107, uno nimirum ante messem mense [80], penitus pessumdederunt.
278 Haec agentibus Hispanis, non vacui consedere hostes, effusi et illi in campum irruunt, in pagum
Guazimba108, decem leucis a praesidio Papigoziensi dissitum. Huic administer praeerat religiosus
ex ordine S. Francisci, qui pridie Cuziguriazium inde discesserat, comes reverendissimi episcopi
Durangani109.
279 Reperiunt hostes in domo Patris oeconomum et loci gubernatorem110, qui ambo pro fide et officio
suo templum domumque Patris tueri volentes, violentam subiere necem. Tum seditiosi, reliquis
incolis in suorum sequelam adscitis, omnia secum abripiunt, atque igne admoto, templum et
domum Patris — ambo recenter et bene exstructa — furiose exurunt.
143

280 Quod cum Retana percepisset, cum milite suo celeriter advolat, hostes adhuc praedantes
assecuturus, quos et assecutus est, dum eorum non modicam partem fortiter invadit, sternitque
cum hostium ductore111 15 alios, caeteris qua potuere via erumpentibus. Demum reductis ad
pagum mulieribus et incolarum pecore, quae secum jamjam abegerant, Guazimbanis pacem et
quietem restituit.
281 Sed cum Hispani viderent, nec se tot locis adesse, nec tot missionibus abesse [81] posse, indos etiam
a pagis — qui sat grandes sunt et capacissimi — devastandis non desistere, per quemdam ex nostris
missionariis112, hic vero per rebellium internuncios, pacem eis offerunt, sacrilegiorum et violatae
pacis criminum veniam promittunt, si modo ad frugem redire et a male caeptis desistere velint.
282 Ai frustra omnia. Obfirmato et diabolico animo respondent, omnia se vastaturos, neque a pugna
destituros donec optato suo fine potiantur. Et certe credebatur contra hanc in hisce Americae
Septemtrionalis partibus, annis abhinc aliquot novam erectam Ecclesiam, tanto labore et sudore a
nostris Patribus inchoatam, et apostolico sanguine propagatam, ipsos etiam inferos insurrexisse ; et
nisi veríssimo Salvatoris nostri oraculo113, certi fuissemus eam non eversum iri, extremam illius
ruinam imminere nemo non sibi persuasisset. Pergo ad reliqua.
283 [§ 8] Per id tempus duo pagi 114 in montibus Guassaparensibus siti, atque Tarahumarae finitimi,
novos seditionis motus suscitabant : aller Pimarum, quorum lingua a Tarahumarica est
diversissima, alter Guahtopilanorum, qui sunt Tarahumari. Igitur ad hos sedandos, praefectus
Cinaloani praesidii115 cum 60 [82] militibus excurrerat, adjunctis sibi indis 200 bonis ac fidelibus.
At rebelles, conscensa quadam praecipiti rupe, illic se valide munierunt, et arcta licet corona cincti,
in ipsos obsidiarios tam densum emisere sagittarum imbrem, ut obsidionem solvere coacti fuerint,
vulneratis quam plurimis, militibus novem, nec paucioribus indis interfectis. Quare cum suis abiere
Hispani opem laturi caeteris missionibus, quae ea vehementer indigebant.
284 Aderat jam mensis october, quo messem in annum colligere soient indi ; sed quod pleraque
rebellium seges ab Hispanis mense anteriori vel absumpta, vel pessumdata fuerat 116, indi vero
Guassaparenses copiosam collegissent, hostes inde sibi providendum rati, hostili pagorum
depraedatione per pagos vagari incipiunt.
285 Eorumdem nequam consilium, luctuosaeque depraedationes jam antea ab indis rescitae, et animum
et robur addidere incolis Guassaparensibus, qui copiis hispanis117, aliisque circumjacentibus indis
aucti tam fortiter hosti restiterunt, ut quam primum a depraedationibus cessare, depraedata
relinquere et alio fugere coactus fuerit.
286 Itum vero fuit ad novam pugnam novamque victoriam ; locus autem certami- [83] nis erat
praeceps valde et maxime salebrosus118, ut cum equis nostri ascendere non possent. Quare ex equis
descendentes, facta prima armorum explosione, arreptis lanceis gladiisque, fortissime a se hostes
repellunt fugantque, occisis non paucis, pluribus vulneratis.
287 Ex nostra parte vulnerati sunt milites 9, indi 40, nec plures quam 2 mortui. Paulo post hostes
reversi pro annona pugnant, sed pugnantes Aldagus Cantaber denuo sternit, atque sarcinas, equos
et mulos eripit, protracto ad horas aliquot praelio ad quartam usque pomeridianam. Verum quanto
valentior erat Aldagus militibus, et laetis processibus ejus acuebatur industria, tanto magis jam
tenuari coeperant auxiliariorum indorum vires. Quidam, visis tot fratrum suorum vulneribus, a
conflictu paulatim alio delapsi, Hispanos deseruerant ; alii Patrem missionariam, cui campus
exserendi exercendique zeli et virtutis attributus est Missio Serocahugensis, rogatum adierunt,
vellet per internuncium cum hostibus de pace tractare.
288 Erat is P. Emmanuel Ordaz119, natione Hispanus ex Regno Castellae, qui neophytorum suorum,
quibuscum ad fortiter agendum in pugnam ascenderat, preci- [84] bus partim commotus, partim
infelicem seditiosorum sortem miseratus, centurione nihil conscio120 ad hostes accessit.
144

289 Hi statim positis armis, simulant de pacis conditionibus cum illo noctem transigere. Sed postea,
scelerum suorum conseil, et veniae ab Hispanis et Patre Emmanuele oblatae diffidentes, caeptae
poenitentiae signa in dolum convertunt. Praecipuum erat eis consilium, eadem illa nocte Hispanos,
ab indis subsidiariis desertes, detinere, eosque de pace sollicites ex improviso iterum invadere ac
delere, quo ereptam sibi praedam ulcisci possent.
290 Intellecto hoc hostium consilio ex quodam transfuga, Aldagus cum Hispanis suis fuga sibi consulit,
faventibus tenebris121, relicto in rebellium manibus Patre missionario, quod contra Hispanorum
arbitrium se in hujusmodi periculum ultro conjecisset.
291 Hostes proin, comperta Hispanorum fuga, in Patrem furiose insurgunt, eique comminantur
mortem. E tribus famulis Serocahugensibus, unus conspecto vitae periculo, praecipiti fuga elabitur,
reliqui duo adacta in frontera clava lapídea122, qua in conflictu suo indi uti soient, ad Patris pedes
exanimes corruerunt. Tum demum ipse Pater Emmanuel in genua procumbere [85], detracto ex
colio Christo pendulo, eamdem mortem exorare.
292 Sed senis unius suasu eamdem inferre distulerunt, forte sceleris immanitate perterriti, vel duorum
illorum Patrum in priori rebellione a se interemptorum, saepiusque cum terrore a se visorum
memores123. Senex 124 ergo commilitonibus suis altum sopitis, Patrem periculo ereptum ad
proximum pagum usque salvum deducit ; ipse vero ad suos rediens, parem mercedem meruit ab
Hispanis, uxore, liberis et vita donatus.
293 Dum vero Hispani Patrem Ordaz hostium jam manibus interemptum crederent, subito vivus
comparait125, nullius a rebellibus jam pacis sperandae nuncius. Illorum aliqui a ductore suo in
montana Guebazensia, in quae Retana recens intraverat, postea immissi, ab Hispanis féliciter capti,
occisi, Papigozium adducti, et supplicio jam saepius a nobis commemorato affecti sunt 126.
294 [§ 9] Nobis igitur cum bonis nostris neophytis in turbulenta hac formidolosaque proceda, pro pace
hactenus colluctantibus, advenerat reverendíssimas episcopus Duranganus127, vir sane Societati
nostrae addictissimus, cornes de Velasquo et Sancti Jacobi dictas, ex nobilíssima Regni hujus
Mexicani [86] stirpe oriundas.
295 Hic postquam Provincias Topiae, Culiacani, Cinaloae ac Sonorae visitando percurrerat, per
planiores Tarahumarae limites, hujus Provinciae asperrimos montes declinons, demum ad nos
delatas est. Divertit Ule primum ad oppidum Divae Rosae ab Hispanis habitatum, et paulo post,
cum P. Visitator cum duobus aliis Patribus, honoris faustique adventus gratulandi causa ilium
adiisset, ad missionem Carisiquensem, a seditiosis hactenus intactam, sese lubens contulit, a Patre
Visitatore aliisque septem ejus sociis inter festivas incolarum concurs aliones sollemniter exceptus.
296 Quatriduo ibidem substitit, atque ultra duo indorum millia fidei sacramento confirmavit. Vir sane
apostolico zelo insignis, et ob hoc plurimum commendandus posterorum memoriae, quod primus 128
in nationem hanc Tarahumaricam sacramentum confirmationis invexit, cujus beneficium potior
Tarahumarae hujus pars suscepisset, nisi tot et tam diris tumultuum fluctibus fuisset impedita.
297 Interim cum potior rebellium pars oblatam saepius pacem detrectaret129, decreverunt tandem
Hispani eos, quod se latebrarum suarum fiducia tutos putabant, omnino [87] expeliere ac persequi,
donec reluctantes vel ad internecionem delerent, vel ad pacem compellerent.
298 Quare Papigozio profecti, asperrimo dierum trium itinere Cahusolizium pervenere, ubi inter eos et
rebelles media erat profundíssima vallis, ad quam equestri militi nullus patuit descensus. Dum vero
interposita itineri mora subsistunt, ab inimicis, quorum impetum ex clamore ter repetito
cognoverant, ad pugnam lacessuntur.
299 Sed ea vix inita aggressores impii terga vertunt, ad alteram vallis partem turmatim translati, ubi
Hispani ad eos accedere nullatenus poterant. Conquiescente ibidem milite nostro, bis et tertium suo
145

gentico more voces tollunt, ascendant et Hispanos fortiter aggrediuntur, at fortius constantiusque
obnitente Hispano. Nostrorum nullus occisas fuit, rebellium vero viginti quinque, pluribus graviter
sauciatis, reliqui per abrupta diffugerunt. Inter occisos gubernator Tomoziensis, aliique, rebellionis
capita, numerati fuerunt.
300 Hac porro laeti victoria milites, mense novembri, Papigozium evocantur130, ubi cum non ignorarent
nostri plures rebellium fame adactos, alio dilapsos esse, usque ad au- [88] spicia anni insequentis
ad pacem invitati sunt, quam necdum admiserant.
301 Itaque anni 1698, die 26 januarii 131 castra movet Hispanus Papigozio, Yepomeram versus et
Cocomorazium, cum numerosa fidorum indigenarum manu, per quae loca tandem penetrarunt in
montana Tozanaziensia ; ibi aliquot indorum amicorum turmis exploratum missis, captivas
adductus fuit gubernator Cocomoraziensis132 cum Tozanaziensium antesignano ; ambobus
eorumque numerosis familiis libertas data est et commissorum venia, ea tego ut ad pagos suos
incolendos redirent, suosque confoederatos reducerent, quotcumque reperire possent.
302 Id utique se facturos promisserunt et praestiterunt. Qua demum Hispanorum in eos clementia
effectum fuit, ut plurimi spe veniae adducti, a contumacibus ad pagos abscesserint, fame etiam
quam maxime compulsi.
303 Alia etiam cohors comprehenderat gubernatorem Tutuacanum133, qui cum spopondisset suadere
pacem turbatoribus Pimis, cujus idioma optime noverat, liber dimissus est. Nonnull jam Hispanis se
sponte associabant, amicitiam et paternam nostrorum tutelam cupide amplexi, affirmaruntque
reliquos omnes [89] facili labore ad suos redituros, nisi fratres duo, Oque Yepomerani et rebellium
capita, fidei desertores sacrilegi, falsis persuasionibus et iniquis in Hispanos calumniis eos
detinerent.
304 Itaque Retana, pacis ex integro quam primum restituendae amore incensus, pollicetur
quinquaginta scuta illi qui eos aut vivos aut mortuos ad se adduceret. Ad hoc se obtulit indus
quidam natione Pima Matazikiensis, qui cum fida sociorum manu adversus eosdem missus,
repertos inopinato invadit ; cumque pugnando acriter se tuerentur, nec vivos se capi sinerent,
tandem cum aliis sex interempti fuere. Praecisum utriusque caput ad Retanam detulit victor, qui
promissum victoriae praemium illico recepit134.
305 Haec dum prospere agerentur in borealibus Tarahumarae partibus, eodem quoque tempore in
montanorum Guassapariensium occiduis, pari Marte dimicatum fuit. Ad missionem Zinipanam
caeterasque haic finítimas, ab interitu vindicandas, accurrerat armorum praefectus Andreas
Resaballus, natione item Cantaber, e praesidio suo Cinaloano cum 30 militibus validaque indorum
auxiliariam manu, castraque metatus fuerat in [90] pago Guadalupano ad missionem Zinipanam
pertinente.
306 Jamque dimidiam circiter copiarum suarum partem distraxerat in vicinam missionem,
posueratque in pago Lauretano — ubi propior ab hoste metus videbatur — cum exeunte januario 135
Guadalupam inopinato invaderent rebelles adjuti ab ipsis pagi hujus incolis, quorum nonnulli
eorum partibus clam adhaeserant. Etenim pridie quam in pagum conjurad irrumperent, caenare
ausi fuerant in ipsis P. missionarii aedibus, scilicet explorandi causaquemnam armorum
apparatum illic haberent hispani milites, quibus — quantumvis numero paucis — ad hostes
strenue depellendos nihil plane deerat.
307 Et haec quamvis perspecta haberent exploratores incolae, atque rebellibus communicassent,
nihilominus tanta exstitit eorum audacia, ut praeter morem, alto sole (nam primo diluculo
adversarios aggredi consueverant) pagum invadere non pertimuerint, duce ipso Bubulco, qui
praecipuam pecoris curam ex Patris mandato gerens, biduo vel triduo ante ad militum alimentum
boves adduxerat non paucos.
146

308 Hic igitur melior latro quam pastor anteibat rebellium cohorti, quae superato flumine, quod pa-
[91] gum aluit, in planitie non admodum spatiosa qua collis ascenditur, ubi templum cum
missionarii aedibus exstructum erat, sese in pugnam instruit. Quo conspecto, Hispanus miles
arreptis subito armis, ex ipso colle ascensuris sese objicit, et quamvis numero longe inferior,
armorum aciem tanta dexteritate in eos dirigit, ut prima facta explosione, ductori ipsi alterum crus
glande trajectum fuerit ; attamen in pedes erectus, mox retrocessit flumen versus.
309 Et cadente jam duce, alio reliqui terga vertunt, uno dumtaxat contra reliquos praelium prosequi
auso. Erat hic gentilis, qui postea captas, in sacro baptismale nomen Sant Jago (Jacobi) recepit, et
hodiedum cum magna fidei et probitatis fama inter suos claret, renuntiatus ob id praefectus pagi
Zinipani.
310 Pater Guilielmus Illinck, qui paulo ante e Tarahumara ad hanc missionem administrandam
advenerat, uti bonus pastor animam suam pro ovibus suis ponere paralus, in ipso templo,
superpellicio et stola indutus stringensque Crucifixi simulacrum, ad mortem animare sese, hortari
ad agendum fortiter Hispanos, rebelles innata sibi amabilitate a pugna retrahere, velut intrepidus
Christi miles pro [92] religione militantibus strenue adstitit, eosque non parum adjuvit.
311 Qui certe nisi seditiosorum impetum opportune fortiterque retudissent Hispani, vitae amittendae
periculum incurrisset, neque in hac solum missione stetisset strages, sed ad vicinas quoque horum
montanorum missiones perserpsisset hostilis furor, more ignis, qui quo plus alimenti accipit, eo
velocius obvia quaeque consumit.
312 Igitur non exigua pars victoriae attributa fuit P. Guilielmo, cujas animo et religiosa generositate
generosior factus hispanus miles, numero hostium longe impar, tam féliciter conjuratorum
turmam ex colle in fugam ejecit, superatis feliciter illius nequam ducibus. Fugientes postea
insecutus est Hispanus cum reliquis auxiliaribus indis per ingens itineris spatium ; et certe poene
omnes delevissent, nisi ter a praefecto Resaballo revocati ab itinere, ad Guadalupam evocati
fuissent.
313 Verebatur Ule ne fugientes inter sylvarum et montium angustias congregati, cum longe fortiori
exercitu contra paucos denuo in praelium descenderent ; quamquam dubium non fuerit quin
plurimi, nostrorum armis graviter sauciati, in latebris suis misere interierint [93].
314 [§ 10] Dum hyberno tempore eventu per quam felici res agebatur in missione Zinipana, non
infeliciorem sortita fuit in montibus Pimarum ; quippe ad fluvium Hannum136 alia mulierum,
puerorum altera turba cum viris non paucis ad sarcinas custodiendas remanserant, reliquis iisque
non paucis Maycobam137, finitimam Tarahumaris missionem, Sonorensi tamen Provinciae
subjectam, furiose dilapsis ; a quibus missio, licet a Pimis habitata esset, misere exusta, et incolae
quaquaversum fugati fuerunt.
315 Illinc in missionem Onapam138 irruentes omnia depraedati sunt. Deinde per priorem viam regressi
Jekoram139, ibidem impetum tentarunt, sed irrito conatu quod milites triginta cum fidelibus loci
indigenis eum strenue defenderent, adeo ut bis repulsi hostes cum aliqua suorum jactura alio
abierint. Est etiam hodie pagus ille cum ecclesia et domo Patris bene munitus, ut facile contra
rebellium incursus defendi queat.
316 Citatis interim itineribus cum cohorte sua eo advenit Retana140, qui adjunctis sibi 30 praesidiariis
Jekorae degentibus, mox ingressus est partem montanorum longe, immo omnium asperrimam
Moris a Pimis, Moholazy141 a Tarahumaris dictam, cujus in-[94] colae Pimae sunt.
317 Cum vero eorum perpaucos reperisset, eos liberos dimisit ea lege ut quotquot gentis suae rebelles
invenirent, oblata venia ad pagum incolendum reducerent. Hic dum reduces sperando decem
omnino dies praestolabatur, accipit nuntium a Patre Daniele Janusky142, qui Teoparienzium tunc
147

curam habebat, incolas Teopari a rebellibus oppugnari, eorumque duodecim qui pro conservando,
Patris domo et templo fortiter dimicabant, vulneralos et occisos fuisse ; reliquos ab illis in fugam
actos, templum domumque exustam, et omnia penitus destructa esse.
318 Quare Retana magnis itineribus ad eos properare instituit, et eo delatus neminem reperit. Quare
omnes rebellium agros et segetes jam spica graves (est illa Provincia aprica valde, et bis seminari
solet, ut nisi nimio calore exuratur ager, binam eamque uberem segetem messoribus largiatur)
devastavit.
319 Qua quidem devastatione, cum mensem integrum pene majum insumpsissent, cum equis
caeterisque jumentis onerariis admodum fessis ac macilentis, ex tam diuturnis fragosisque
itineribus, Papigozium regressi sunt, festum Spiritus Sancti cum Patribus no- [95] stris ibidem pro
sua devotione obituri143.
320 Praefectus quoque Cinaloanus veritus ne missionibus Teopari finitimis idem accideret, ad easdem
defendendas ex Cinipanis cum milite suo profectus est. Interim gens Hobana, cum messe sua
perdita, dura fame cruciaretur, per P. Natalem Lombardum144 apud Sonoranos missionarium, ad
pacem saepenumero invítala, tandem aliquando arma deposait ; et quotquot ad missionarii hujus
domum, pacis amplectendae causa adventabant, velut alter Aegypti oeconomus 145 magna
recreabat frumenti indici copia, ab eoque tamdiu sustentati fuere, donec ipsi alimenta sibi
comparare possent. Est autem frumentum indorum illud quod in Germania appellamus Turcicum
146
, ex quo hujates et pene totius Americae populi varie sibi coquunt panem, et ad edendum cibos
parant, nec hos insípidos, et ilium ad gustum suavem.
321 Retana cum milite suo, dum tantisper conquiescit Papigozii147, tamquam Tarahumarae statione
praesidiaria, in melius etiam restituti sunt equi. Nempe nulla hic locorum avena pascuntur, toto
anni tempore in campum et montes emissi, sibi alimentum quaerunt ; quare dum nimio gela, ni
[96] vibus et pruína, quae martio et aprili frequentíssima est, nimium etiam arescit terra equi ut
plurimum suas vires perdunt ; quas tamen depluente postea caelo quamprimum recipiunt, ad iter
etiam longissimum perquam apti, praesertim muli, quorum hic ingens est copia.
322 [§ 11] Circa idem tempus adfuit Parralii, mense julio, novus Regni hujus Gubernator 148, expleto
antecessoris sui quinquennio, ad quod tempus haec officia indica ah Aula Madritensi conferri
soient. Eral autemmodernus iste Regni Gubernator, mercatoris cujusdam mexicani filius, cujus
parens utpote pecuniosas vir, plus quam centum scutorum millia expenderat in nobilitatis
conquirendae títulos, praeficiendumque novae huic Cantabriae filium, juvenem sane et
inexpertum, parumque aptum ad turbulentas indorum res componendas. Attamen ad Gubernatoris
munus admissus fuit, quamvis plerique plus damni ab eo timerent, quam sperarent remedii.
323 Ejus vero antecessor, vir admodum gravis et maturus, Papigozio res hactenus turbulentas sat bene
supprimere novit. Quare ne cum novo Gubernatore litem haberet, convocavit Papigozio praefectum
belli Tarahumarici Re- [97] tanam ad reddendam rationem sumptuum, quos in bello adversas
seditiosos149, licet nondum finito, fecerat ; ratus Retanae adventu modernum Gubernatorem plane
cogniturum quo in statu res manerent.
324 Unde Retanae propere proficiendum fuit Parralium, Provinciae hujus Americo-Cantabricae
metropolim, quo Gubernator etiam aliorum praesidiorum praefectos accersiri jusserat, ut de
finiendo adversus indos bello, eorum exploraret sententias. Non enim deerant graves quaerelae,
quod militibus praesidiorum in una Tarahumara occupatis, a praedonibus Tobosis viae
infestarentur, et commissis in itinerantes jam tot latrociniis homicidiisque, securitas commercii
omnino tolleretur.
325 Interim necesse erat bello Tarahumarico ultimam manum imponere, ne missiones denuo
periclitarentur, idemque subiret periculum Provinda haec universa ; neque enim finis belli sperari
148

poterat, nisi extractis alioque transmissis praecipuis rebellionis authoribus, quorum nomina, eaque
numero quatuordecim, Retana Gubernatori exhibuit150.
326 Quae res dum in dubio versaretur, num expediret — ob metum nempe ne novi indorum motus inde
renascerentur [98] — ad Pro-regis arbitrium Mexicum delata fuit.
327 Antequam autem praefecti militum Parralium advenerant, eo profectus fuerat missionum
Tarahumararum Visitator P. Josephus Neymann151 moderni Gubernatoris confabulandi causa, tum
suis tum caeterorum missionariorum verbis. Igitur perquam humaniter ab eo exceptus auditusque,
multis persuadere conabatur quam necesse foret militem in Tarahumara detineri 152 donec penitus
subigerentur pertinaces indi, et ad pagos suos reducerentur, unde pax bene firma et diuturna
sperari posset.
328 Et quoniam non deerant graves adversus missionarios calumniae, etiam ad Pro-regem perscriptae
153
, quibus nonnulli rerum ignari hujus rebellionis culpam in illos rejiciebant — quod ad paucos
indos e montanis extrahendos bellum illis inferri tota militum vi curassent — hae quoque diluendae
erant, ne Gubernator his passim in nos jactis calumniis ac quaerimoniis fidem adhiberet.
329 Qua in re strenuam nobis navavit operam ipse Retana, immo vero quosdam in fade coram
Gubernatore redarguit, quod ejusmodi commenta adversus Societatis missionarios immerito in
vulgus spargerent ; testatus, non a Patribus [99] seditionis indicae causam existere, sed ab
antegressa rebellione ignem sub cinere remansisse, non sublatis e medio pacis publicae
disturbatoribus154 ; quare illos in praesentiarum ex integro extinguendos, si nollent Provinciae
praesides bellum denuo reaccensum iri.
330 Cum itaque Gubernatori Visitator affirmaret, missionarios sibi subditos ad suas quoque missiones
reverti non posse, priusquam plane subacti reductique essent rebelles indi ad pagos suos — quod
quidem tunc facile effici posse videbatur, quod fame premerentur, mullique positis jam armis
sponte redierint, de oblata venia et Hispanorum clementia securi — decrevit tandem Gubernator
alteram militum turmam defensioni Provinciae Tarahumaricae relinquere, alteram contra Tobozos
ad commercii securitatem inde extrahere ; seque proximo mense septembri, praesentia sua exustas
missiones obire, montana perlustrare, indos amice convocare, ad pagos suos e latebris paterne
reducere, atque ita singula componere, ut Patres ad suas missiones tuto redire et munia sua cum
desiderato fructu exercere possent.
331 Quare adscitis sibi praefecto Retana aliisque tribus militum ducibus cum 100 Hispanis [100], et
150 amicis indis, ipse Gubernator 155 mense octobri adfuit Papigozii, quo die etiam eo advenit
missionum Visitator156 in hac expeditione illi comes iturus. Plunmum nempe ejus scire intererat,
quid ab Hispanis ageretur, quires componer entur, quove in statu singulae missiones remansissent,
quae etiam prae caeteris novo cultore atque animarum pastore indigerent.
332 Praeterea consultabatur de attribuendis pluribus pagis cujusque nostrorum curae, quod in hanc
laboriosam vineam operarii Mexico exspectandi non erant, evulgato jam ubique rumore, gentem
Tarahumaram veluti indomitam kaberi.
333 Igitur ubi annona caeteraque necessaria ad expeditionem advecta fuerant Papigozium, iter
institutum fuit in pagum S. Apostolo Thomae sacrum, inde Tekolocazi, Marazikium atque
Yepomeram ; et conspecta in ambabus his ultimis lacrymabili strage, quam missiones passae erant,
incolas quorum vix media pars supererat, convocavit Gubernator, amiceque singulos in singulis
pagis commonens fidei Deo dandae, reverentiae Patribus exhibendae, atque obedientiae Regni
Moderatoribus praestandae, ac quiete considere jussos, rebelles quosque venia donavit [101].
334 Advertit etiam Retana pessimos et maxime malevolos indos, cum bello, tum fame et maxime
Yepomerae ita deletos fuisse, ut eorum pauci superfuerint. Suo ergo proprio damno calamitatem
liberorum et bonorum suorum amissionem jam melius edocti, promiserunt se fideliores fore.
149

335 Rum est postea Guohorelium157, ubi diebus novem subsistendum fuit, missis aliquot indorum
amicorum turmis ad valles Sirupanas, iisque finítimas perscrutandas usque ad confines Hobas, et
quotquot ibidem reperturi essent, ad se adducere jussit Gubernator. Inter reliquos, prae caeteris
accusabatur indus quidam profligatae vitae vir, bellicosus, praealtus et validissimis viribus, a suis
dictus Puzilegi158 et cui commuais calamitatis causa imputabatur. Hic ergo cum videret minorem
quam ipse optaverat successum paritura seditiosa indorum molimina, in antrum longe teterrimum
in Hobanis montibus secessit, ratus se a nemine ibidem repertum iri. At demum ab ipsis Hobis
detectas, et nocturno somno oppressus, a sex aliis Hobanis indis captas fuit cum filio suo puero
duodenni, et genero. Captae sunt paulo post supra viginti Pimarum, aliquot Hobarum, et o- [102]
cto Tarahumarorum familiae, quae ad Gubernatorem adductae, missae fuerunt Naniguipan, ut
ibidem cum popularibus suis indis admodum pacificis quiete posthac viverent.
336 Puzilegus vero et aller conziensis159 indus capítis poenam luit. Sed ante quant dictae familiae alio
exulare juberentur, eorum infantes sacro fonte lavit Visitator ; idem fecit in aliis pagis et montibus,
ubi reperire erat parvulos, pueros puellasque, suorum seditiosorum parentum culpa hoc
sacramento privatos.
337 Ex Hobis reversas est Gubernator in Provinciam Tarahumaricam, in pagum Cocomorazensem et
Alercaziensem, ambos omnino desertos et destructos. Cumque circa vesperum advenissent aliquot
in montium latibula, quamprimum redire jussi sunt, ut amicos suos, fratres et socios diligenter
conquisitos fideliter adducerent. Paruerunt jussui, qui singuli, praestita prias Patri Visitatori et
Judici saeculari oboedientia, in pagis suis remanserunt.
338 In illo Cocomoraziensi renuntiatus est novus gubernator, in suos vigilantior et suos subditos in
unum jungendi studiosissimus. Inde perquam difficili itinere Gubernator cum comitatu suo se
immisit in mon- [103] tes Tutuacenses, ubi jam indorum pars dimidia linguam Pimicam loquitur,
altera Tarahumaricam, quod pagas iste Provinciae Tarahumar icae terminus sit Occidentem
versus, qua per Pimeriam in Sonoram pergitur. Ibidem gubernator, ut supra memoravimus 160,
Tozanazii captus et liber dimissus, jam 100 familias congregaverat, occupatus in jungendis
reliquis, iisque centum aliquot aliis ad plura dierum itinera in illa extensissima montium serie
dispersis, et ferarum instar in latibusli delitescentibus.
339 Jepasii, quem locum Geographus Norinbergensis161 in sua recens excusa mappa recte expresserat,
reperti sunt alii centum ; est autem locus Ule admodum amoenus, et Pimeriae — quae
Tarahumaram respicit — primus, sed Patris Emmanuelis Sanchez 162 sanguine plurium memoria
dignissimus.
340 Laetus ibidem audiebat gubernatorum indorum preces, quibus missionarium sibi quamprimum
dari postulabant. Quare P. Wenceslaus Eymer, cui campus Papigoziensis aliquot millium animarum
vinae attributus fuerat, eo quamprimum accurrit, asperrima quatuor dierum itinera emensus. Ejus
adhortationibus non leviter adjuti, in fide constanter per-[104] mansere.
341 Jepachio per montes fragosissimos iter institutum fuit Parazeazium et Cahugorizium, in quo
montanorum umbilico, veluti in nido suo, rebelles adolever ant. Hic autem paucis inventis
extractisque, uti etiam Cahurizii et Guebazii — qui universim vix 60 familiarum numerum
conficiebant — exire jussi sunt seseque intra 10 dierum spatium Papigozium conferre, ubi eis agri
stataeque domas assignandae erant.
342 Quod licet inviti cum se praestituros spopondissent, sacrilegiorum a se commissorum veniam a
Gubernatore impetrarunt, graviora utique promeriti, quod ex iis latebris, velut ex Equo Trajano 163,
rebellionum authores ad templa, domos pagosque incendendos prodiissent.
343 Guebasio tridui itinere (haec montanarum missionum communis fere distantia est, minor illarum
quae in valle Papigoziensi a nostris administrantur) per montana facto, ventum est Guohkognam et
150

Sisogizium, quam P. Visitator Josephus Neymann ab imis erexerat, missionem montanensium


omnium primam. Dilaudatis ibi pro merito indis ob suam in fide constantiam et generosam contra
rebelles seditiososque glo- [105] riosam pugnam, profecías est Gubernator Carizikium, misso jam
antea a se centurione quodam Nosogazium, in eum maxime finem, ut magum quemdam
flagitiosissimum, missionis istius Nossgaziensio scandalum, quique pagi incolas artibus suis
pervertere et ad rebellionem concitare nitebatur absque mora caperet. Ab ipsis igitur indis proditus
est nequam, a centurione captas et publico supplicio affectas.
344 Gubernator Cariziky triduo commoratus, perrexit ad oppidum argentiferum Cuziguriaziense, quod
ut supra memini164 frequens Hispanorum colonia habitabat. Retanam vero cum reliquo milite
redire jussit Papigozium inquirendi causa, num indi montani Cahuserizio et Cahurizio aliisque
vicinis locis excessissent ; sin minus fixum erat ad eos cum armis reverti.
345 Adfuere denique quator absque uxoribus et liberis, quorum duo captivi in obsides detenti, alii duo
remissi fuere ad reliquos e montibus educendos ; sed quod plerique, posthabitis Retanae minis
verbisque pacificis, nullo modo se persuaden sinerent, cum paucis Papigozium rediere illi duo.
346 Quare selecta indorum peditum turma ad illos missa est, quae [106] conquisitos diligenter extraxit,
extractosque Retana in pagos Papigozium, S. Thomam, Paquirazium et Mohalcazium165 divisit ; quo
in negotio duo et amplius menses insumpti fuerunt. Ita demum regioni huic et nostrae
Tarahumaricae in longum et latum extensae Ecclesiae, pax et tranquilinas restituta fuit.
347 [§ 12] Interim nostrorum missionariorum166 aliqui jamjam alio se contulerant, spe messis uberioris
faciendae in Provinciis, in quibus major animarum ad fidem recipiendam dispositio credebatur.
348 Duo dumtaxat ex iis, quorum missiones penitus eversae erant, ad suos redierunt : Austiíacas unus,
P. Joannes Baptista Haller, alter Siculus, P. Petrus Protho, Melazzensis ; hic in missionem D.
Thomae, et Ule in Yepomeranam. P. Wenceslaus Eymer Papigozii perstitit, ultro Yepazienzium,
Tutuacensium curam in se suscipiens, ad quos saepius velut fidelis et sedulus animarum pastor
excurrit, nulla montium et itinerum asperitate, ut antea meminimus167, deterritus.
349 Post modicum intervallum Mexico suhmissus est P. Didacus Liliu168 ex insula Sardiniae ad hanc
Provinciam et Provinciae missionem Matazikiensem suhmissus, ex qua biennio integro etiam Coco-
[107] moraziensem administravit, aliis has missiones subterfugientibus, quod parum tutae ac
stabiles viderentur, nec labori responder et fructus praeterquam parvulorum, qui necdum amissa
baptismali innocentia emoriebantur.
350 Verum quidem est nec dimidiam gentis hujus Tarahumaricae partem arma contra nos et Hispanos
sumpsisse, aut a fide defecisse169. neque utut saepissime sollicitatos in rebellium partes venisse,
quo clarum erat fidem semel in baptismo susceptam, fixas egisse radices in Tarahumarorum
plurium animis. Illorum certe industria, in ecclesias a se erectas amore, et in pastores suos debita
observantia, viginti quatuor et amplius pagi a seditiosorum incendiis conservati fuere. Absque
dubio rebellium furor et terror ultra progressas esset, nisi mature et Sisogiziensium dolo et auxilio,
hostium furorem Hispani repressissent.
351 Manserunt igitur missiones aliquot, quarum incolae seditionem fecerant, suo pastore viduatae :
Tutuacensis, Cocomoraziensis, Temeziensis, Tomosiensis et Cahuriziensis : quas duas ultimas, licet
delere visum fuerit, nonnullis eorum incolis alio abdu- [108] ctis, numquam tamen id omnino effici
potuit170. Et quoniam tota haec Provincia eo anno frumenti indici171 penuria laborabat, nullis in
locis anno insequenti reaedificari caepta sunt templa incendiis diruta.
352 Erat eo tempore novae hujus Hispaniae Pro-rex Comes de Montezuma172 qui pridem in tribunali
Granatensi assessor, cum comitis titulo Proregismunus in aula Madritensi obtinuerat. trecentis
scutorum millibus datis. Tanti in Hispania aestimantur officia transmarina et Indica. Nec
151

immerito, siquidem haec extrema pars orbis, argenti thesaurus perpetuus nominan potest, plenas
auri argentique, aliorumque pretiosorum et aestimabilium metallorum mineralibus feracissimus.
353 Ergo dictas comes, ut tam ingentem pecuniae vim citius recuperaret, judicem delegaverat 173
adversus priorem Regni Gubernatorem, et praefectum Retanam, ad postremae hujus rebellionis
causas severe inquirendas ; quam cum iisdem imputare vellet, sperabat non exiguam partem
pecuniae, titulo mulctae, ab eis extorqueri posse.
354 Sed cum Gubernator primo trimestri, quo regimine defunctus fuerat, vitam quoque finiisset 174, in
Retanam conversa fuit tota inqui [109] sitionis vis ; qui, cum de pluribus falso accusaretur, in sui
defensionem adhibuit missionariorum Societatis Jesu testimonium, quo etiam gloriose vicit 175.
Nostrorum enim Patres sex quam celerrime Parralium concurrere, qui scripto et verbo tam dextre
cuneta diluerunt, ut nulla tam generoso militi et in nos tam bene merito viro macula remaneret.
355 Et hoc defensionis genus plane merebatur Retanae in nostros sincerus amor et in missiones vere
catholicus zelus, fideique inter hosce barbaros propagandae nobiscum commuais atque indefessus
labor. Qua de causa, ab Admodum R. P. Nostro Generali176 bonorum operum sacrificiorumque
nostrorum particeps factus fuit. Cumque Regni Gubernatoris locumtenentis munus gereret,
praesidiique Conziensis praefectus constitutus esset etiam titulo perpetui hujus Tarahumarae
protectoris condecoratus est177.
356 Demum, post anuos aliquot a postrema hac rebellione, jam propemodum sexagenarias, vitam — per
quinque dies morbo apopletico correptus — finiit 178, ejusque cadaver, ut postulaverat, in crypta
templi nostri Parraliensis reconditum fuit, quo viri de missionibus nostris optime meriti nobis
memoria [110] inhaereret sempiterna.
357 Plus etenim quam annis viginti quinque179 in sedandis Tarahumarorum tumultibus procurandoque
missionum bono non segniter laboraverat, plurima passas vitae pericula, insidias non paucas,
labores assiduos, ad quos accesserant adversariorum calumniae ac persecutiones, quibus adeo
profligatus non fuit Retana ut, Deo vindice ac adjutore, victor evaserit, nobis semper charissimus 180
, a bonis aestimatissimus. Quid ergo mirum si injuste passus sit ?
358 Cum igitur anno 1699 jam perada viderentur omnia, novis missionum suppetiis Mexico in hanc
Tarahumaram submissis181, novus quoque missionum visitator constitutus fuit P. Wenceslaus
Eymer, qui novis hisce operariis, sua cuique assignata missione, suo apostolico exemplo praeluxit
primum, deinde illorum quemvis strenue ad laborandum in vinea Domini est adhortatus. At P.
Josephus Neymann, visitatoris munere jam defunctus, quod laborioso hoc triennio viriliter gesserat,
remansit in missione Carizikiensi, antecessore suo Patre Francisco Maria Piccolo, siculo, in
Californias destinato182.
359 Numerabat tunc temporis missio Ca- [111] rizikiensis tria et amplius capitum millia, et quatuor
pagos183. Operosa certe administratio hunc virum manebat ; praeterquam quod Carizikii dumtaxat
perfectum esset templum, amplum illud quidem et ex duplici columnarum serie eleganter
compositum, cujus in his Mexicanae et vastissimae Provinciae missionibus, nullum simile
conspicitur. Quod P. Francisco Maria Piccolo, variorum beneficio, operose exstruxerat cum
adjuncta domo, excipiendis hospitibus non incommoda, licet ipse parasitis parum delectaretur.
360 Porro in tribus pagis templa domosque a fundamentis erigenda in se suscepit P. Josephus,
perfecitque trienni spatio, adnitente incolarum opéra184. Deinde ad omnem elegantiam eadem
adornavit, sacraque ita instruxit supellectile, ut sacerdotibus illac Lranseuntibus ad quodvis
sacrum faciendun nil plane deesse videretur.
361 Praecipuam tamen curam intendit in princeps missionis templum Carizikiense. Hoc enim, praeter
multam supellectilem ex argento affabre elaboratam, ornamentis ac oasis abunde instruxit ; tum
152

ad litanias lauretanas sabbatinis diebus sollemniter decantandas, tum ad celebrandas festivitates,


or- [112] ganum, musicos cum diversis instrumentis adhibere solet185.
362 Prae caeteris anni festivitatibus eminent in dicta missione hebdomadae sanctae officia, quae erecto
Christo morienti monumento, et poenitentium pie in se saevientium lugubri processione, religiose
admodum quotannis peragi eonsuevere, omnibus per quadragesimam sacra exhomologesi expiatis.
363 Praeterea sacram instauravit Corporis Christi sollemnitatem186, in qua SS. Eucharistia per
virentem totius aedificii ambitum circumfertur, erectis altaribus quatuor non inelegantibus. Quae
quidem festivitas incredibili indorum frequentia atque jucunditate celebrari solet, adeo ut initio vel
ipsi Hispani, rei novitate eo acciti, eo confluxerint, quod símiles sollemnitates in hisce partibus
visae non essent.
364 Est praeterea pius Ule fervor in quatuor istos pagos introductus, ut singuli sibi quotannis diem
designent, quo pagi incolae Virginis Mariae memoriam festiva sollemnitate peragant, instructo
etiam concurrentibus omnibus amplo epulo, quo non pauci boves absumebantur187.

NOTES
1. C'était Don Gabriel del Castillo, Gouverneur de la Nouvelle Biscaye du 30 mars 1693 au mois de
mai 1698, et non pas seulement jusqu’au 25 mai 1696 comme dit Schäfer [Guad. 156, ff. 795-797v ;
Guad. 29, lettre du Gouverneur Larrea au Roi, du 27 août 1698 SCHAFER, II, 545].
2. Assez significatif de cet état d’esprit signalé par Neumann à la page 166, est ce passage de la
Relation de Ratkay : « Dum haec scribo nunciatur mihi a Patre meo Rectore in S. Borgiae
administrante, duos Hispanos nouas duas argenti íodinas medio diei itinere inde inuenisse. Ex
una centenario 40 uncías argenti excipiunt. Sic undique benedicit Deus. Laetamur omnes Patres
praecipue quia occasione harum argentifodinarum adueniant plures Hispani, et sic in metu
maiori erunt indi, magisque poterunt ad diuina et humana excoli ». [Mex. 17, f. 503]. D’ailleurs
presque toutes les relations et descriptions de la Nouvelle Biscaye mettent en relief sa richesse en
mines, et l’on dit même que cette Province est la plus riche de la Nouvelle Espagne, et qu’on n’a
cherché d’autre but en la colonisant que celui de l’exploitation minière. Et dès qu’un soulèvement
indigène se produisait c’était la crainte de l’arrêt des mines [BANDELIER, II, pp. 388, 458 ; DHM
e
tome III, pp. 8 ; 3 série, pp. 330, 334, 338, 354-355 371, 688-691, 700]. L ancien Gouverneur Lope de
Sierra Osorio disait qu’en 1677 on avait extrait des mines 150.000 marcs d’argent [BANDELIER, II, p
214]. Et rappelon qu'en 1684 on découvrit les mines de Coyachi, en 1687 celles de Cosihuiriachi,
en 1689-90 celles de Monserrat d’Urique, vers 1697 celles de Chihuahua etc.
3. Son nom de baptême était Sebastian, et son nom indigène Quichisali. Il était du village de
Pachera, où il avait tué par envoûtement 6 indiens, avant la visite du Général Retana en
décembre 1692. Le 29 décembre ils furent appréhendés, lui et un autre nommé José, à Pachera et
à Mogoréachi. Nous avons leurs déclarations faites à San Francisco de Conchos, devant Retana, le
9 février 1693 [Patr. 236, f. 367 ; ibid., ramo 4, ff. 22v-25, 26v-28, 39-41]. Ils réussirent à échapper,
mais en janvier 1695 on les captura •à nouveau, et en 1696 ils furent exécutés avec 4 autres [Guad.
156 : ff. 1038v, 1066-1069v).
4. C’est-à-dire au même P. Neumann, comme il l’écrit à Retana le 9 décembre 1692. Les PP.
Salvaterra et Gomar en parlent aussi [Patr. 236, ramo 4, ff. 20-22v].
153

5. Par exemple au village de Coyachi, de San Pablo, près de Huejotitlán, chez les Guazapares, à
Loreto et à Guadalupe etc. [Patr. 236, ramo 4, ff. 1v-2, 21rv, 24rv, 31v, 32v, 51v-52v]. Le Général
Retana visita le village d’Echoguita du 18 au 20 décembre 1692 et apprit beaucoup sur différents
sorciers, et notamment sur Sebastián Quichisali. Ce sorcier réunit les indiens non loin
d’Echoguita en leur disant que « el Rei lo embiaua a auisarles que no se baptizaran, ni salieran de
sus barrancos, y que cada uno podía tener dos mugeres, y que estte tatole corriese por todos los
genttiles y pueblos cristianos de la sierra de Guazapares, y que él les Ileuaua el mensage como
Capitán, y que el no Ileuar bastón era por auerlo dejado a que le echasen casquillos de plata ». En
récompense il exigeait des chevaux et des moutons, et leur ordonnait de garder le secret de son
message. Retana apprit aussi par un témoin oculaire, que Dionisio, alcalde d’Echoguita, en
prenant congé de Sebastián Quichisali, lui baisa la main et le pied, car les indiens le considéraient
comme le « roi-sorcier » [ibid., fî. 23v-24, 25 ; Voir infra pp. 146-147, notes 22-23].
6. Cette épidémie ravagea la Tarahumara en décembre 1692 et pendant les premiers mois
de 1693 ; elle atteignit la Tarahumara et la Sonora. Le P. Piccolo nous parle des souffrances de ses
indiens à Bacaburéachi, à Tajírachi, à Carichí, à Nonoaba, à San Pablo. Il s’agissait d’une épidémie
de variole et de rougeole. Neumann nous dit qu’il était surtout question d’une triple maladie qui
dura pendant 3 ou 4 mois : dysenterie, hémorragie, variole et une espèce de peste bubonique, et
que sa santé s’ébranla pendant quelques jours. On dit que la mortalité fut très élevée, et dans
certaines régions un tiers de la population succomba. Le travail des missionnaires fut alors
écrasant [Patr. 235, ramo 4, ff. 25-26, 28rv, 53rv, 57v-58 ; NEUMANN, lettres du 6 juillet et du 15
septembre 1693 ; BANDELIER, II, pp. 314, 388].
7. Les superstitions concernant le son des cloches, ne sont point exclusives aux Tarahumars.
Gerstl nous dit qu’à Séville cela voulait dire qu’un chanoine allait mourir ; dans la Province
d’Aragón, les cloches sonnant d’elles-mêmes présageaient parfois le bonheur, mais plus
couramment le malheur pour le royaume, par ex. la peste, des tremblements de terre, des orages,
inondations etc. [WELT-BOTT, n » 31, p. 91]. J. G Frazer traite cette question sous d’autres aspects
[FRAZER, 1918, et pp. 359-378, édition française].
8. Le baptême dans la pensée chrétienne est un sacrement de mort et de résurrection. Mais pour
les indiens il n’était que le véhicule de la mort. Cette croyance supersitieuse on la trouve dans
toutes les peuplades du Nord-ouest mexicain. Les missionnaires, dès 1593 se heurtèrent à cette
opposition au baptême, et elle subsiste encore parmi certains groupes isolés de Tarahumars
adultes [Mis. 25, f. 347rv, 95, 137v, 138, 165 ; Mis. 26, ff. 130v, 217v, 218v, 223 ; Mex. 17, ff. 359, 369v,
412rv, 413 etc..]
9. Le río Florido était un affluent du Conchos, tout à fait au sud de l’Etat de Chihuahua. La
campagne contre les Tobosos eut lieu en novembre-décembre 1696 [Guad. 156, f. 18rv].
10. Neumann développe ce point dans sa lettre du 30 décembre 1696 au Gouverneur del Castillo [
ibid., H. 27v-30].
11. Il fut visiteur de 1696 à 1699.
12. Eymer remplaça le P. Verdier à Papigochi en octobre 1695, celui-ci ayant été transféré aux
missions de Sonora. A son tour le P. Hostinsky qui était à Santo Tomás, fut affecté à la mission
d’Arisiachi et Tomochi à la place du P. Eymer. Les événements auxquels fait allusion Neumann, se
passaient toutefois en novembre 1696 ; à ce momentlà les PP. Balthasar de la Peña, alors à Santo
Tomás, et le P. Hostinsky durent se réfugier à Papigochi pour se défendre des rebelles [WELT-BOTT,
no 55, pp. 85-86 ; Guad. 156, ff. 11rv, 25v-26].
13. Le gouverneur indigène de Papigochi était Don Gerónimo Ona. Celui-ci envoya son lieutenant
général Andrés de Gracia et le capitaine Miguel Bejarano à Cocomórachi et Tutuaca, avant la Noël
1696, pour chercher les indiens [ibid., fî. 16v-17].
14. L’avis des missionnaires, des Espagnols et des indiens fidèles était que ce nouveau
soulèvement était surtout provoqué par les chefs rebelles laissés impunis en 1690-1691 [Guad.
156, ff. 13v-14, 15, 16-17v etc].
154

15. On trouvera le texte de cette requête de Neumann, datée de Sisoguichi le 25 décembre 1696,
parmi les actes de ce soulèvement [Guard. 156, ff. 25v-27v].
16. Le 30 décembre 1680 Gerstl observait à Séville une comète, qui avec des orages, étaient
considérés comme des présages de la fin du monde [WELT-BOTT, n o 31, p. 102]. Et Ratkay, qui à ce
moment-là faisait son voyage avec Neumann vers la Tarahumara, observait aussi la même comète
vers la fin novembre de 1680. Elle fut visible à peu près un mois. Après avoir constaté tous ses
mouvements, Ratkay concluait : je laisse sa signification à Dieu, mais je ne peux pas m’empêcher
d’y voir quelque chose de mauvais pour l’Europe occidentale et pour la Monarchie espagnole [op.
cit., no 29, p. 84]. Le fameux Kino avait aussi observé cette comète qui apparut à Cadix pendant les
mois de novembre-décembre 1680 et janvier-février 1681. Peu après son arrivée à Mexico, Kino
publia le résultat de ses observations dans son « Exposición astronómica » qui fut à l’origine de
maintes discussions avec le savant Carlos de Sigüenza y Góngora [ BOLTON, 1936, pp. 77-83]. Les
Tarahumars pensent que les étoiles filantes, les goremaka, sont toujours messagères de malheur.
Voir aussi ABZ, II. pp. 151-152.
17. Sur ces feux qui effrayèrent les Tarahumars près de Papigochi, peu avant la Semaine Sainte
de 1696, nous avons quelques témoignages. [Guad. 156, f. 4v ; infra, pp. 136-137, note 6].
18. Neumann, semble-t-il, se trompe un peu de date, et accumule toute une série d’événements,
considérés à l’époque et admis par Neumann lui-même, comme étant de mauvais augure, et plus
encore comme étant possibles. C’est en quelque sorte l’équivalent de notre contemporain et
abominable « homme des neiges ». Cet épisode du « géant » nous est raconté par le P. Pietro
Proto, qui en fut « témoin », dans une lettre de mars 1694 [Guad. 156, f. 1064rv). Peu après tout le
monde en parlait !
19. Voir supra, pp. 62-63, note 13.
20. Francisco de Celada, né à Mondejar, Alcalá de Henares, en 1646, Jésuite depuis 1665, prononça
ses premiers voeux le 16 juin l667 à Tepotzotlán où il étudia les humanités et la rhétorique
(1667-1669). Comme il était venu en 1665 ayant déjà commencé la théologie, il repassa seulement
la philosophie à Mexico (1669-1671). En 1671 il est professeur au séminaire de San Ildefonso, et
en 1676 nous le trouvons déjà prêtre. De 1677 à 1678 il est missionnaire à Conicari, Sinaloa ; et
de 1678 à 1707 dans la Tarahumara, à l’exception de 1690-1696 où il fut recteur des collèges de
Guadiana et de Querétaro. Le 15 août 1681 le P. Tardá, Visiteur, reçut les grands voeux de Celada,
Neumann et Guadalajara, recteur, dans la petite église de Matachi. Celada mourut le 28 janvier
1707, assisté par le P. Neumann, qui rédigea sa notice nécrologique [Mex. 5, ff. 108v, 116, 155,
188v, 199v, 238v, 294v, 339v, 389v ; Mex. 6, ff. 15, 61, 111 ; Mex. 8, ff. 296v, 304, 308v, 314v, 319v,
324v, 330, 335v ; Hist. Soc. 50, f. 76v ; Hist. 300, ff. 137-138v ; Patr. 236 : fl. 3v-5, 30v-31v, 381-382,
417rv, 474, 600-601, 639, 645v-646 ; Guad. 156, ff. 291rv, 925-927v, 1026v-1029, 1031v-1040v,
1071v-1074, llllv-1117v].
21. C’était le P. Baltasar de la Pefla. Neumann en parle expressément dans sa lettre au
Gouverneur del Castillo, datée de Sisoguichi le 25 décembre 1696 [Guad. 156, ff. 25v-27v].
22. Cet enfant s’appelait Ventura, et le Général Retana reçut sa déclaration à propos des indices
de soulèvement qu’il connaissait. Neumann précise sa pensée dans une lettre à Retana du 15
janvier 1697 : « ... aunque poca fee doi a lo que dice un muchacho, pero acordandome de lo que
Don Christobal, governador de zizoguichic, ahora dos años me pidio avisase à Vuestra merced...
que pasaron vnos palitos rrayados por los Tharaumares de Tutuaca, a los Pimas, a los Conchos..
en sênal como se afirma de nueva conjuración, añadiendo que amenazavan a los tharaumares que
no se quisieren unir y juntar con ellos... ». Et Neumann ajoutait un autre motif de poids : les
indiens croyaient que Retana ne visiterait pas la Tarahumara cette année, car il se rendrait en
campagne contre les Tobosos [op. cit., ff. 14v-15, 20v-22v, 856v, 869v, 1010v-1011].
23. C’est la lettre citée dans la note 21, du 25 décembre 1696.
24. L’ordre du Gouverneur del Castillo à Retana est datée le 10 janvier 1697 [ Guad. 156, ff.
23v-25v].
155

25. Retana, à son retour de la campagne contre les indiens Chizos et Tobosos, trouva dans son
presidio de San Francisco de Conchos, le 9 janvier 1697 l’ordre du Gouverneur de se rendre dans la
Tarahumara. Il arriva, à Papigochi, le 22 janvier avec 55 arquebusiers et 95 indiens amis, Tobosos,
Conchos, Cholomes et Síbolos, et avec les Capitaines Martin de Alday, son lieutenant et Martín de
Ugalde [op. cit., ff. 18-19v, 84v, 892rv].
26. Haller écrit à Retana le 28 janvier 1697, et celui-ci arrive à Yepoméra deux jours après. Mais
toutefois Haller se doutait bien des dangers d’une prochaine révolte des indiens, comme on peut
le constater en lisant sa lettre à Retana, du 6 novembre 1696. [Guad. 156, ff. 38v, 41, 43v,
1007-1009].
27. Proto, résidant à Cocomórachi, était alors Recteur de la Section nord-est de la Tarahumara,
appelée Nuestra Señora de Guadalupe. Retana se rendit aux villages de Naguërachi, Ocórere,
Bacupa, Sirupa, et arriva à Cocomórachi le 20 février 1697. Il y restera jusqu’au 23 mars [op. cit.
156, ff. 43v-94].
28. Un trait caractéristique de plusieurs peuplades du Nord, lors des combats, c’étaient leurs cris
de guerre. Neumann en parle plusieurs fois au cours de cet ouvrage [voir pp. 14-15, 72-73,
106-107]. Les Capitaines Retana et Rezábal regardent toujours ces cris, comme le signal du
combat [Patr. 236, ff. 475v-476, 493, 503v, 538, Guad. 156, ff. 516, 542, 564v]. Le P. Salvaterra nous
raconte qu’en écoutant ces cris, il croyait qu’on allait le tuer et ne songea qu’à se sauver [Mex. 17,
f. 453]. Le P. Rodrigo del Castillo, en 1667, souligne aussi ce trait [Mis. 26, f. 200v].
29. C’étaient les Tobosos, Conchos, Cholomes et Sibolos, 95 au total. Ce combat eut lieu le 15
février 1697 à 5 lieues de Sirupa, où Retana avait envoyé 87 indiens explorer la région. Ils durent
affronter autant d’ennemis, commandés par le fameux Posilegui. Dans le Combat, 7 indiens alliés
furent blessés et 1 tué. Possilegui, blessé, réussit à s’échapper. Les rebelles, ayant pris la fuite, on
retrouva 500 moutons et chèvres [Guad. 156, fl. 18-19v, 47-48v].
30. Le 24 mars, devant plus de 300 indiens de Papigochi, Santo Tomás, Tejolócachi, Matachi,
Temósachi, Yepómera, Arisíachi, Tomochi, Cocomórachi, Paguéachi, Caguisorichi et Cajurichi,
Retana leur enjoignit de rechercher les chefs rebelles vifs ou morts. Entre le 2 et le 11 mars on
avait déjà appréhendé 50 rebelles (op. cit., ff. 50-85v).
31. Le Général Juan Fernández de la Fuente, chargé du Presidio de Janos, arriva le 23 mars 1697
avec 20 arquebusiers [Guard. 156, ff. 53, 95].
32. Neumann n’était pas seul à croire que les prisonniers s’échappaient grâce à une vertu
surnaturelle. De ce même avis étaient Retana, Eymer, Alday, Francisco de Medrano, Esteban de
Quintana, Melchor García, etc. D’après ces témoins, les prisonniers s’échappaient aidés par les
sorciers [op. cit., fî. 986, 1085v, 1124v, 1131v, 1139, 1145].
33. Le P. Recteur Pietro Proto et le P. Florencio de Alderete [Guad. 156, f. 88v].
34. Le 25 mars. En fait les indiens condamnés à mort, au nombre de 39, furent exécutes le 21
mars. Ils avaient été appréhendés entre le 2 et le 11 mars. Retana reçut les déclarations
sommaires de chacun, et les trouvant coupables, il leur fit entendre leur condamnation à mort.
C’était la forme juridique ordinaire, en cas de guerre, non seulement dans la Nouvelle Espagne,
mais aussi en Europe. C’est ainsi que Retana se défendit lors du Juicio de Residencia en décembre
1699, et c’est l’argument employé par ses témoins. C’était l'usanza de guerra (la lois de la guerre)
[op. cit.„ ff. 50-89, 979rv, 997-998, 1084v etc.].
35. Le 23 mars Retana arriva à Matachi avec le reste des prisonniers. Il y resta jusqu’au 30 avril,
exception faite de quelques sorties. Après les aveux des rebelles, il condamna à mort 14
d’entr’eux, qui furent préparés à bien mourir par les PP. Alderete et Eymer. Leur exécution eut
lieu le 30 avril 1697 [Guad. 156, ff. 94-182].
36. Les moins coupables et les plus jeunes furent exilés, et le Gouverneur del Castillo les assigna a
résidence dans les villages de San Francisco de Conchos et la Junta, où confluent les fleuves de
Parral et Florido avec le Conchos. Le 11 juin 1697 ils prenaient la fuite au nombre de 125, mais ils
furent de nouveau capturés, et après jugement, 19 furent exécutés le 1 er juillet, une fois préparés
156

par le Franciscain Fray Gabriel de Montes de Oca [op. cit.„ ff. 88v, 181v, 187rv, 795-834v,
1004v-1005].
37. Les déclarations de ces deux indiens furent faites à Papigochi, le 13 mai, devant Retana,
Fernandez de la Fuente et Martin de Ugalde. Sur l’embuscade que les rebelles préparaient à
Retana, les témoignages fourmillent [Guad. 156, fl. 188-189, 32, 34, 74, 75v, 77v, l01v, 146, 643,
866v etc.].
38. La nouvelle de la rébellion de Tomochi arriva le 17 mai à Papigochi. Le P. Hostinski se
chargeait alors de Tomochi, Arisiachi, Iléachi et Teséachi, que Neumann par mégarde écrit
Meséachi [ibid., 192-193v, 197rv, 205v, 208].
39. Les Capitaines Fernández de la Fuente et Martin de Ugalde [Guad. 156, ff. 183v-186).
40. Retana en réalité leur avait envoyé à Arisiachi, deux fois, quelque 150 indiens amis. Le 21 mai
il envoya encore le Cap. de la Fuente avec 50 arquebusiers et 150 Tobosos, Conchos et
Tarahumars [ibid., ff. 194].
41. Le 21 mai, vers 17 heures, arrivaient une trentaine de familles d’Arisiachi, fuyant l’ennemi et
ayant tout perdu. Ils disaient qu’à Tomochi tous s’étaient joints à l’ennemi et que l’on avait
ravagé et incendié l’église et la maison du P. Hostinsky, et volé le bétail de la mission, le maïs et
les vêtements du missionnaire [ibid., ff. 193v-195].
42. En 1697, le jour de l’Ascension tomba le 16 mai. Le P. Proto se rendit donc à Matachíqui le 14
mai [ibid., f. 219v ; CAPPELLI, 1960, p. 68].
43. A Matachi résidait alors le P. Florencio de Alderete, missionnaire de la Tarahumara depuis 1683,
et qui avait été Recteur des missions du Nord-Est, appelées Nuestra Señora de Guadalupe, de 1690
à 1693. Pendant ces trois ans, il résida à Cocomóraehi. Lors des soulèvements de 1690-1691 et
de 1697-1698, il fut maintes fois aumônier militaire, accompagnant surtout le Général Retana
dans ses campagnes et dans ses visites d’inspection des villages. Il connut ainsi toute la région
Tarahumara. En 1699, il fut affecté au poste de Norogachi. Plus tard il se rendit, comme visiteur,
aux missions de Chinipas et s’occupa des Tarahumars de Güagüichiqui, Güagüeibo, Sorichiqui et
Samachiqui. [Patr. 236 : ff. 33, 382, 437rv, 455rv, 462v-519, 529-530v, 600-60, 634, 652-674,
680v-681 ; ibid., ramo 4 : fl. 16v-18 ; Guad. 156 : fl. 38v, 74, 88v, 180-182, 356v-371, 404-414, 502-516v,
556, 1016-1017, 1019-1022, 1093 ; Guad. 109 : expediente de fundación de nuevos pueblos
tarahumares en 1717-1718 : f. 10.]
44. Il s’agissait du P. Pietro Maria Proto, né à Milazzo (Sicile) en 1652, et reçu dans la Compagnie de
Jésus en 1689. En 1691, il demanda au T. R. P. Général d’être envoyé aux missions d’Outre-mer, et
l’année suivante, en effet, il s’embarquait pour le Mexique. Il arriva vers la fin de 1692, et nous le
trouvons dans la Tarahumara quelques mois plus tard, en 1693. D’autres compagnons de voyage
allaient se retrouver dans les missions de Tarahumara et Sonora : les PP. Gian Battista Barli et
Francesco Saverio Saetta, italiens ; Manuel Ordaz espagnol ; Daniel Januske, Vaclav Eymer et
Johannes Steinhoffer, bohémiens. Le P. Proto fut missionnaire de la Tarahumara de 1693 à 1701. Il
y fut recteur de la section nord-est, appelée Nuestra Señora de Guadalupe, de 1696 à 1699, mais
résidait habituellement à Cocomorachi. Le 2 février 1696 il prononça ses grands voeux. Neumann
nous dit qu’il fut un des missionnaires à persévérer sans crainte des difficultés de l’apostolat
tarahumar. De 1701 jusqu’au jour de sa mort, le 14 mai 1730 il fut missionnaire à San Ildefonso de
Yécora, dépendant de la mission de San Francisco de Borja, Sonora, dont il fut supérieur de 1708
à 1711. Nous avons quelques lettres de lui, nous renseignant sur son apostolat parmi les
Tarahumars et parmi les Pimas. De sa mission de Yécora dépendaient les rancherías del Carrizal,
Santa Ana, Curea et Santa Rosalía de Muyderrame. Il avait à sa charge 176 familles, toutes
chrétiennes. A Yécora, il avait remplacé le P. Ludovico Maria Pinelli, son missionnaire de 1691
à 1701. Dans le carnet du P. José de Utrera, Visiteur général des missions en 1754-1755, nous
lisons cette curieuse indication qu’il trouva à Yécora : « Hic obijens P. Petrus Protho reliquit
schedam tradendam venturo ministro, cui dicebat : fodi et quaere in cornu epistolae, adinvenies
mirabilia. Et fama est ita accidisse successori P. Joseph Escalona » [Mex., 6 ff. 111, 180v, 252v, 309v,
157

359v ; Mex. 7, f. 21 ; Mex. 8, fl. 335v-336, 341 ; Mex. 18, f. 30 ; FG, XVII, n o 329 ; Guad. 156, fl. 88v,
179v-180, 190-192, 195, 1064rv ; Hist. 309, f. 519 ; WBS, 67, pp. 72-73 ; NEUMANN , 1723 ; ASPURZ,
p. 291].
45. C’était le P. Johannes Baptista Haller, autrichien né vers 1658 et entré dans la Compagnie
en 1674. Nous avons deux lettres de lui, de 1684 et 1685, demandant au T. R. P. Général d’aller aux
missions d’Outre-mer. Il quitta Cadix le 1er juillet 1687, avec une expédition de 40 missionnaires
pour les Philippines et le Mexique. Le Supérieur du voyage était le P. Villem Illing, futur
missionnaire de la Tarahumara. Avec lui venaient aussi les PP. Hostinsky, Verdier et Créscoli,
destinés à la Tarahumara ; Adam Gilg, Maximilian Amarell, Markus von Kapp, Francesco Maria
Gravina, Ludovico Maria Pinelli, destinés aux missions de Sonora. Le P. Haller toutefois n’arriva à
la Tarahumara qu’en 1692, car il s’arrêta auparavant près de Puerto Rico et à Cuba. En 1693 il
passa au poste de Yamoriba, Mission de S. Andrés Topia, pour retourner un peu plus tard à la
Tarahumara. Il fit sa profession religieuse le 10 octobre 1694. En 1696 il se trouvait à Yepómera.
De 1699 à 1702 il fut nommé recteur de la Tarahumara. A partir de 1708 nous le trouvons malade
au Colegio San Pedro et San Pablo de Mexico. Il y est encore malade en 1714. Il dût mourir peu
après. Le catalogue de 1720 ne le mentionne plus [Me.x. 6, ff. 19v, 65v, 111v, 146, 163v, 238 ; Mex. 8,
ff. 330v, 335v ; FG, XXIV, no 301 et 350 ; NEUMANN, 1693 b ; Patr. 236, ramo 4, ff. 3rv, 17rv ; Guad. 156,
ff. 38v-39, 41-42, 191-193v, 204,1000, 1005-1010 ; WELT-WOTT, 33, pp. 108-110 ; 52, p. 73].
46. Le 17 mai à 8 heures, après avoir voyagé toute la nuit, arrivèrent à Papigochi leP. Recteur
Proto, de Cocomórachi, et Alderete, de Matachi. Une heure plus tard arrivait le P. Baltasar de la
Peña, de Santo Tomas, qui la veille avait envoyé un message à Retana l’iniormant du danger. Le
19 mai, vers 16 heures, arriva le P. Haller, de Yepómera, avec le capitaine Martin de Alday et ses
soldats. Le P. Hostinsky s était aussi réfugié à Papigochi. Alday était parti de Papigochi avec 30
arquebusiers, le 16 mai vers 23 heures, c’est-à-dire tout de suite après que Retana reçut la lettre
du P. de la Peña [Guad. 156, ff. 190-191v, 193rv, 195].
47. Les six missionnaires étaient : Proto, Alderete, Haller, de la Peña, Hostinsky et le missionnaire
de Papigochi lui-même, Eymer.
48. Dans sa lettre du 16 mai 1697, le P. de la Peña mettait en garde Retana contre le plan rebelle
d’attaquerPapigochi [Guad. 156, f. 191].
49. Les missions ravagées alors étaient : Tomochi, Cocomórachi et Yepómera, d ou venaient de
fuir respectivement les PP. Hostinsky, Proto et Haller [op. cit., ff. 191v, 194v, 195, 201, 204].
50. Les Actes de guerre abondent en de tels témoignages [op. cit., ff. 35, 66, 113, 146v, 174v-175,
198rv, 201v-203v, 206v, etc.].
51. Sopechí, où l'on avait déjà guerroyé en 1650-1652, se trouve en aval du fleuve Tomochi, entre
Tomochi et Arisíachi, non loin d’Iléachi. C’est de ce rocher inexpugnable que l’ennemi menaçait
d’attaquer Papigochi [ibid ; ff. 203, 207, 209, 210v-211, etc.).
52. Retana et les autres militaires savaient bien que l’ennemi comptait sur des complices
dissimulés à Papigochi [Guad. 156, ff. 38v, 218-129 etc.].
53. Il y avait, en effet, un vrai bastion à Papigochi : 266 Tarahumars, 121 Conchos, Tobosos,
Cholomes et Sibolos, 31 arquebusiers de Retana, 30 de la Fuente, 25 de Martin de Ugalde du
presidio d’El Pasaje, 12 de celui de Cerro Gordo et 26 de celui d’El Gallo ; enfin 24 de la compagnie
de campagne du Cap. Francisco Ruiz fop. cit., ff. 273v, 332-345v].
54. Retana comprit ouvertement que l’ennemi visait à distraire les forces espagnoles, en
attaquant plusieurs endroits. C’était d’ailleurs un vieux stratagème des rebelles [op. cit, 113 rv,
132rv, 154, 215v].
55. Il s’agissait des missions franciscaines de San Pedro de Alcántara de Namiquipa, où se trouvait
Fray Felix de Orozco, et de Nuestra Señóra de Nativitas de Bachimba, dont s’occupait Fray
Agustín de la Colina. Retana avait maintes fois prévenu le P. de la Colina, du danger, et le 22 mai
lui fit dire encore de se rendre avec les siens à Cosihuiriachi. Finalement le 28 mai Retana envoya
158

le Cap. Ugalde et 20 soldats à Bachimba pour les protéger et aussi pour mieux apprécier la
situation [Guad. 156, fi. 204rv, 212-216, 266v].
56. Santa Rosa de Cusihuiriachi.
57. Neumann nous donne la description de l’attaque de Sisoguichi dans les pages 83-93 de cette
histoire.
58. Ce mineur, bienfaiteur de Neumann, était un indien du Nouveau Mexique, qui découvrit les
dites mines dans la Sierra de Guazapares. Grâce à lui, Neumann put construire et embellir les
églises de Sisoguichi et d’Echoguita. Mais la convoitise des Espagnols d’une part, et des conflits de
juridiction d’autre part entre Parral et Sinaloa, furent la cause de mille difficultés, tricheries, et
finalement la perte de cette mine contre toute justice [RECOPILACION, livre IV, titre 19, lois § 1, 14,
15, 16 ; NEUMANN, 1690]. On trouve dans des chroniques de l’époque des cas semblables, où les
indiens perdaient les mines qu’ils avaient découvertes, malgré la protection que leur accordaient
les Vicerois [Patr. 236, ramo 5, ff. 4-5].
59. « Echoguita appelé aussi Bocoina » [Guad. 156, ff. 201v, 600v-601, 643 ; Patr. 236, f. 183v ; ibid.,
ramo 4, ff. 20, 31v].
60. L’église de la « Desponsación de Nuestra Señora con San Joseph » d’Echoguita, fut commencée
par Neumann à la fin de 1689 ou début 1690, terminée en 1693 et consacrée le 15 août de cette
année-là. Neumann nous décrit cette cérémonie et les richesses de son église, mal comprises par
Dunne dans sa traduction. Neumann nous dit que cette église était comme une forteresse,
inexpugnable. Lors des premières nouvelles de l’approche des rebelles à Echoguita, Neumann
écrivait à Retana : « no hay que temer en la fortaleça de Esoguicta... » Et quelques jours plus tard,
Echoguita était ravagée et incendiée par les rebelles ! [Mis. 26, f. 311v ; NEUMANN, 1693C ; Guad.
156, ff. 285-286 DUNNE, 1948, p. 175].
61. Les témoignages sur ces allées et venues des rebelles ne manquent pas [Guad. 156, ff. 218,
331v, 351v, 383v-384 etc.].
62. C’était bien la décision de Retana et des autres chefs militaires, et leur souci continuel de ne
pas démunir Papigochi [Guad. 156, ff. 215-216, 217v-219, 271-274v etc.].
63. Voir supra p. 79.
64. Le P. Neumann.
65. Le 12 juin 1697, de Sisoguichi Neumann écrivait à Retana, lui demandant de se porter à son
secours. Retana reçut cette lettre le lendemain et partit aussitôt avec le Capitaine de la Fuente, 60
soldats et 60 indiens alliés [Guad. 156, ff. 285-286v, 279rv].
66. Le 13 juin Neumann écrit de nouveau à Retana pour lui dire que la situation n’apparaît pas si
alarmante. Retana, déjà à Pichachí, rebrousse chemin le 14 vers Papigochi [Guad. 156, ff. 280-281v,
286v-287v].
67. Retana venait seulement avec le Capitaine de la Fuente, 60 soldats et 60 indiens alliés [op. cit. :
f. 279 rv].
68. Retana avait laissé à Papigochi le Capitaine Ugalde avec 40 arquebusiers [Guad. 156, ff. 279rv].
69. De retour à Papigochi, Retana y resta jusqu’au 22 juin. Ce jour-là arrivèrent, envoyés par Don
Gabriel, gouverneur indigène d’Echoguita, deux indiens qui firent connaître à Retana les ravages
faits la veille par les rebelles [op. cit. ff. 294-295v, 281v, 324].
70. Nous trouvons, par exemple, cette allusion du chef rebelle Posilegui : « ce que disent les Pères
n’est pas bon ; moi j’ai un autre Père meilleur dans la sierra » [Guad. 156, f. 72]. Il y a un cas
curieux, arrivé au P. Rodrigo del Castillo en 1667 parmi les Tarahumars et les Tobosos du Sud de
Chihuahua et du Nord de Durango. Ce cas nous est raconté par le P. del Castillo : il s’était rendu à
la mission de Tizonazo avec ses petits chanteurs pour une fête en l’honneur de Saint François
Xavier. Celle-ci célébrée, ils retournaient au village de San Miguel de las Bocas, sur le rio Florido,
lorsque l’ennemi les assaillit et le fit prisonnier, sans oser toutefois faire du mal au missionnaire ;
au contraire, il fut très bien traité et après 3 jours il fut remis en liberté, car les indiens le
159

respectaient et le craignaient comme un grand sorcier, capable de déchaîner des maladies


épidémiques [Mis. 26, ff. 200-203v].
71. Il envoya toutefois deux messagers à Retana, qui arrivés le 22 juin à Papigochi, le mirent au
courant de ce qui se passait à Echoguita [Voir supra note 69].
72. C’est l’endroit appelé aujourd’hui encore La Laguna [Guad. 156, f. 297].
73. De Pichachí, Retana envoya le 23 juin six explorateurs indigènes, qui l’informèrent que les
rebelles se trouvaient à la Laguna avec le bétail de la mission, dans une ferme du P. Neumann, et
faisaient en effet un grand repas [op. cit., ff. 295v-297]. Mais ces rebelles avaient déjà incendié
aussi la mission de Sisoguichi. Vers 20 heures revinrent deux des espions envoyés par Retana, qui
venaient de constater la destruction de Sisoguichi.
74. Après le combat, en effet, on alla chercher tous les objets de la mission cachés dans les
grottes. Ceux-ci furent rendus au P. Neumann en présence du Général Retana et du P. Hostinsky
qui était venu comme aumônier militaire [Guad. 156, ff. 299v-300].
75. Le gouverneur indigène de Sisoguichi s’appelait Don Cristobal. Le départ de Neumann, de
Sisoguichi, dut avoir lieu la nuit du 21 au 22 juin 1697, car Sisoguichi fut attaqué et incendié le 22.
Retana dans deux lettres, datées de Sisoguichi le 25 et 26 juin, raconte aux Généraux Domingo
Gironza et Andrés de Rezábal les accrochages qu il eut avec les rebelles, et la chevauchée
nocturne de Neumann vers Carichí [op. cit., fl. 296-304, 309-313, 322v-327v].
76. C’était une idée qui hantait les esprits des rebelles, comme on peut le constater par de
multiples déclarations [Guad. 156, ff. 47v, 49v, 59, 63, 86v, 88v, 866, 888, 893v etc. ; infra p. 126,
note 123].
77. En fait aucun missionnaire ne fut tué pendant ce soulèvement ; mais les témoignages qu’on
voulait tuer missionnaires et Espagnols ne manquent pas [op. cit., ff. 14, 15, 132v, 138, 174v, 224,
245 etc.].
78. Neumann, comme nous l’avons dit, se rendit à Carichiqui pour demander des renforts. Une
lettre du P. Piccolo au Général Retana, du 6 juin 1697, nous éclaire sur ce point : il dit qu’à Carichí
on disposait de plus de 500 archers, divisés en deux escouades, avec leurs drapeaux et leurs
« caisses de guerre ». Et il ajoute : « de Carichi dépend la sécurité de toutes les missions
extérieures », et ils iront les aider au premier mot du P. Visiteur. Ce qui s’est produit [op. cit., ff.
287v-291v].
79. Nous avons signalé dans les notes 69 et 71, que Don Gabriel, gouverneur d’Echoguita, avait
dépêché deux indiens pour avertir Retana des événements, et que ces deux messagers arrivèrent
à Parpigochi le 22 juin. Retana partit aussitôt avec les Capitaines Alday, Fernández de la Fuente et
Francisco Ruiz, 80 arquebusiers et 200 indiens alliés, ayant laissé à Papigochi une garnison de 40
soldats avec le Cap. Ugalde. Après avoir marché toute la nuit, le 23 juin ils arrivèrent à Pichachi,
ou la nouvelle de la destruction de Sisoguichi les attendait [Guad. 156, ff. 294-297].
80. Retana ne se rendit pas à Bocoina, mais il s’arrêta à 10 kms. de ce village. Ses éclaireurs le
renseignèrent sur le stratagème des indiens de Sisoguichi pour s'emparer de l’ennemi. Retana fut
d’accord avec ce projet, et c’est ainsi que le lendemain, 24 juin, il arriva à l’aube avec ses
arquebusiers et alliés pour l’albazo ou attaque-surprise contre les rebelles [op. cit., ff. 296v-299v].
81. Retana donne le chiffre de 200 pour les rebelles. Ceux-ci venaient des villages de Cajurichi,
Caguisorichi, Paguéachi, Tomochi, Sopechiqui, Cocomórachi et Yepómera. Tous ces villages
étaient au Nord et à l’Ouest de Sisoguichi, entre 40 et 100 kms de distance [Guad. 156, ff. 301,
312v].
82. Sisoguichi, arrosé par le fleuve Sisoguichi, affluent du Conchos, est en effet entouré de
collines. Voici la description que nous donne le P. Juan Ortiz Zapata, qui en 1678 visita tout le
système missionnaire des Jésuites du Nord du Mexique : « A treze o catorze leguas de distancia
del pueblo de Jesús Carichic, al poniente reconociendo algo al sur, metido muy dentro de la
cierra, esta el Partido del Santíssimo Nombre de Maria, llamado antes en lengua Tarahumara
Sisoguichi. Esta este pueblo situado al fin de vn apacible valle, que en forma de media luna, no de
160

mucha anchura, haze la cierra, CERCADO TODO DE MONTES y a orilla de vn muy buen arroyo » [Mis.
26, f. 247v].
83. Notons dès maintenant que tout ce qui concerne le vêtement militaire et les armes dont les
Espagnols se servaient à l'époque était en fonction de leur défense contre les flèches
empoisonnées des indiens : les costumes militaires étaient « anti-flèches » autant que possible,
car les armures n'étaient plus en usage. Voici, par exemple, une description contemporaine
(1697) de l'équipement militaire en service : « Las armas que manejan los ginetes son estas : CUERA
de once haces, ADARGA DE CUERO pasmado a Dos HACES, tahalí con ESPADÍN, GOLA y MORRION, ARCABUZ,
y en la funda LANZA con cabo de una vara, y lengüeta de una cuarta, PECHERA DEL CABALLO y algunos
temos enteros ». Il faut remarquer toutefois, que cette description se refère au Nouveau Mexique
[DHM, 3e série, p. 104]. Un document postérieur nous donne cette description : « Los soldados de
caballería usan ESCOPETA CORTA O CARABINA y LANZA O ADARGA ; la primera alcanza poco, y ocupado
el soldado con la adarga, brida y movimiento del caballo, malogra la mayor parte de los tiros. El
infante lleva FUSIL, que alcanza mucho más que la carabina y las flechas ; con la BAYONETA
compone un equivalente a lanza, y VESTIDO DE CUERO QUE PRESERVA DE LA FLECHA puede marchar por
los riscos inaccesibles a la caballería..., reconocer el terreno descubierto, aguadas etc. » [op. cit.
p. 706].
84. D’après les Actes de guerre on compta 3 morts (1 soldat et 2 indiens amis) et.30 blessés (18
soldats et 12 indiens alliés) [Guad. 156, ff. 299v, 379v, 312].
85. Retana, écrivant à son cousin le Cap. Zubiate, le 28 août 1697, et faisant allusion aux blessés de
Sisoguichi, parle des remèdes qu’on employa contre le poison des flèches : « La contra del beneno
era la sangria, safar en la parte de la herida y aplicar la yerba de la coronilla que llaman de la
bibora, y hecha polbo en las heridas y safaduras. Y de esta forma ha querido Dios hayan escapado
nuestros heridos y tambien 10 amigos... » [op. cit., ff. 379v, 576].
86. Le Général Retana parle de 50 rebelles tués dans le combat, auxquels s’ajoutèrent 15 autres
morts trouvés peu après dans les environs. Enfin, dans un long rapport envoyé par les Capitaines
au Gouverneur del Castillo, et daté le 8 janvier 1698, on donne comme total de rebelles tués à
Sisoguichi, celui de 75 [op. cit., ff. 298v, 312, 377v, 609v].
87. On dit expressément que le gouverneur rebelle de Cajurichi, appelé Manuel, fut tué dans ce
combat [Guad. 156, ff. 201, 205, 325].
88. Voici une confirmation de ces faits, d'après la lettre de Retana au Général Rezabal, écrite au
moment même des événements : « Esta mañana despaché a que trujeran las caueças para
ponerlas en vnos palos, a la vista de donde ejecutaron la quema de la yglessia. Acauan de traer
treinta y dos, que se están poniendo, y andan recojiendo las demás, que como cayeron en
diferentes partes, les cuesta trabajo el buscarlas... » La lettre est datée à Sisoguichi, le 25 juin 1697
[op. cit., ff. 322-327v].
89. C’est-à-dire : 140 vaches, quelques bêtes de somme, les objets du culte et les objets personnels
de Neumann. Toutefois on ne put pas récupérer tous les objets sacrés de l’église d’Echoguita [
Guad. 156, ff. 299-300, 303, 530rv].
90. Retana repartit pour Papigochi le 28 juin [op. cit., ff. 303v-304].
91. Le Général Domingo Gironza Petriz de Cruzate, du presidio de San Juan Bautista de Sonora,
écrivait le 31 mai 1697 au Général Retana : il y a beaucoup de remous parmi les indiens de
Teuricachi, Cumpas, Oposura, Bazeraca, Opoto, Nacori et Guasabas. Je m’y rendrai avec mes
soldats le 4 juin, mais je vous « requiers » de m’envoyer des renforts, car nous devons aussi faire
face aux indiens Jócomes et Janos. Il ajoute que le Júmari, un ancien chef Pima, semble mêlé à
cette sédition. Retana lui répond de Sisoguichi, le 26 juin : étant donné la situation dans la
Tarahumara, on ne peut pas, pour le moment, envoyer de renforts. Les Pimas, les Jovas et les
Tarahumars sont bien de connivence. Mais le Général Rezabal, qui est plus près, se rendra bientôt
à Tacupeto [op. cit., ff. 307-313].
161

92. Les Pimas constituaient une des branches du groupe linguistique Uto-Aztèque. Kroeber les
divise en : Pápagos, Pimas Altos, Pimas Bajos, Tepehuanes et Tepecanos. Leur distribution
géographique était à peu près la suivante. Les Pápagos au NordOuest de Sonora, de deux côtés de
la frontière avec les Etats-Unis ; les Pimas Altos ou Himeris, au Nord de Sonora, les Pimas Bajos au
Sud, jusqu’au voisinage des Tarahumars ; les Tepehuanes au Sud de Chihuahua et dans l’Etat de
Durango, et les Tepecanos au Nord de Jalisco. On subdivisait les Pimas Bajos en Nebomes, Ures et
Yécoras. Sauer évaluait les Pimas Bajos à 25.000, les Pimas Altos à 30.000, et les Pápagos a 10.000 [
SAUER, 1935, pp. 25-32 ; SAUER, 1934, pp. 38-41, 52-57 ; KROEBER, 1934, pp. 3-7, 16].
93. Nous avons parlé auparavant des Jovas [voir supra, pp. 40-41, note 11). Disons un mot sur les
JANOS. Ces indiens habitaient, au Nord des Tarahumars, la région de Janos, Carretas, Casas
Grandes et Fronteras ; au Sud-Ouest du Nouveau Mexique et à l’Ouest du Rio Grande. Ils étaient,
semble-t-il, apparentés aux Apaches. On les trouve fréquemment alliés avec les Jócomes, Sumas,
Chinarras etc. contre les Espagnols. [HODGE, I, p. 628 ; SAUER 1934, pp. 75-76 ; Mis. 26, ff. 299-300v ;
Guad. 109, expediente sobre indios Janos, décembre 1717].
94. Le Capitaine Zubiate et le Général Rezábal, qui écrivent le 7 et le 16 juin à Retana, nous
renseignent sur la situation à Tacupeto : en deux mots, les mines sont abandonnées, et les
habitants se sont réfugiés dans une ferme. Les indiens Jovas de Natora, Teópari et Tarahichi, et
les Pimas de Tutuaca et Yépachi se sont révoltés. Le Júmari et les indiens alliés de Moris et
Maicoba vont à leur recherche. Ces rebelles ont été lancés par les Tarahumars et les Apaches. Un
peu plus tard, le 19 août, Zubiate écrit une autre lettre, de Tacupeto, au Général Retana : on a
exécuté 6 rebelles à Natora, et les villages de Tapipa, Taraichi, Onapa, Natora, Teópari, Aribechi
et Sahuaripa sont maintenant en paix. Mais c’était toutefois une paix incertaine car en octobre de
nouveaux soulèvements se produisirent à Taraichi, où 12 rebelles furent exécutés le 30 de ce
mois-là [op. cit., ff. 313-318v, 372v-377, 563-566].
95. Sur la situation à Hostimari, c’est Retana lui-même qui nous dit que cette région était coupée
pour le trafic des Espagnols, mais qu’il ignorait quelle était la situation des missionnaires là-bas,
et du lieutenant Nicolas de la Higuera, officier en second de Rezábal[Guad. 156, ff. 271-272]. Il faut
remarquer que sous le nom d’Hostimuri on comprenait, ou bien la Province située entre les
fleuves Mayo et Yaqui de Sonora, de la côte jusqu’au fleuve Mulatos ; ou bien le village minier de
San Ildefonso d’Hostimuri.
96. La crainte de l’arrivée des rebelles grandissait dans la Sierra de Guazapares, comme l’écrit
ouvertement le P. recteur Antonio Gomar au Général Retana, le 18 juillet 1697 [Guad. 156, ff.
345v-350v].
97. D’après le carte faite par le P. Kino en 1695-1696, voici les 11 villages de cette contrée
montagneuse : [S. Francisco Xavier] Serocahui, Santa Maria Magdalena [Témoris], [Santos Martires
del Japón] Cuiteco, Santa Inés [Chinipas ou Guayropa, ou Huailopos], Santa Teresa [Guazapares, ou
Guazayepo], [San Ignacio] Usalomes, ou Gusaromes, ou Tusalomoa [Nuestra Señora del Valle
Umbroso] Tepuchis, ou Tepocas. Guadalupe [ou Guailopa, ou Tayrachi], Santa Ana, Loreto [ou
Symoyca, ou Sematuyepo], et Batopilas. Kino donne les noms que nous avons soulignés ; ceux qui
sont entre crochets correspondent aux noms indigènes ou aux saints titulaires, d’après d’autres
sources. [KINO, 1695-1696 ; Mis. 26, fl. 260v-261v : Mex. 17, 387v, 388, 414, 452, 454, 560-561 ; Patr.
236, f. 77 ; Guad. 156, fl. 644v-645].
98. Cinq missionnaires s’occupaient alors de ces 11 villages : 1. — Le P. Recteur Antonio Gomar, à
Guazapares et à Témoris. Né à Belpuig (Catalogne) en 1656, et Jésuite depuis 1673, il arriva à
Mexico, le 15 octobre 1678 avec l’expédition du P. Juan de Monroy. Ordonné prêtre en 1682, il
passa aux missions de Chinipas en 1684, où il vécut jusqu’à sa mort : Serocahui, le 6 novembre
1706. Le 2février 1689 il prononça ses grands voeux. Il fut supérieur des missions de 1696 à 1699 [
Mex. 5 ff. 275, 284v, 340v, 390v ; Mex. 6, ff. 17, 64v, 112 ; Mex 8, fl. 314v. 320, 325, 330v, 335 ; Hist.
Soc. 50, f. 76v ; Guad. 156, fl. 39v-41, 345v-350, 438-442, etc]. 2. — Le P. Prado était chargé de
Chimpas, Guadalupe, Santa Ana et San Ignacio [cf. supra, pp. 20-21, note 28]. 3. — Le P. Ordaz
162

s’occupait de Serocahui et Cuiteco [voir infra, pp. 102-103, note 119]. 4. Le P. Illing résidait à Loreto
[cf. supra, pp. 4-5 note 11], 5. — le P. Martin de Benavidez était charge de Batopilas et de Moris. Né à
Villanueva del Arzobispo en 1665 et admis chez les Jésuites en 1683, il dut arriver au Mexique
en 1692. En 1693 il est operarius de la maison professe de Mexico. Peu après, il part pour les
missions de Chinipas. Il fut supérieur de ces missions, et de 1720 à 1723, visiteur de celles de
l’Ancienne Tarahumara. En 1723 il passa comme recteur au collège de San Luis Potosí, où il
mourut le 30 mars 1724. Il avait fait ses grands vœux le 21 décembre 1708 [Mex. 6, ff. 47, 112v, 180,
251v, 310v, 353 ; Mex. 8, f. 340 ; Hist. Soc. 50, f. 119].
99. Alegre nous donne un résumé de ce qu’était la province de Sinaloa, dès la fin du XVI e siècle :
elle était située à quelque 300 lieues au Nord-Ouest du Mexique, et s’étendait à environ 130 lieues
au long de la côte du « seno Californio » ou « Golfo de Cortès », c’est-à-dire une section de la côte
du Pacifique. Ses limites étaient : au Nord la Province d’Hostimuri et Sonora, à l’Est la
Tarahumara et la Tepeguana, au Sud la Province de Culiacán, et à l’Ouest le Pacifique. La région
de Chinipas, dans la Sierra Madre, était généralement considérée comme formant partie de
Sinaloa. De Nord à Sud, la Province de Sinaloa était arrosée parles Fleuves Yaqui, aujourd’hui
partie de Sonora, le Mayo, le Zuaque, (= le Fuerte), le Petatlán (= le Sinaloa), et le Mocorito. Sur le
fleuve Fuerte on construisit le presidio de Montes Claros et la villa de San Juan Bautista de
Carapoa. Sur le fleuve Sinaloa, fut fondée la capitale de la Province sous le nom de San Felipe et
Santiago, après la destruction de Carapoa. C’est pour cela qu’on l’appelle aussi le rio de la Villa, et
dans les temps plus reculés, rio de Tamazula. C’est ici que les Jésuites construisirent un poste
missionnaire, et un collège entre 1614 et 1620. La Province de Sinaloa fut découverte dès 1530 par
Nuno de Guzmán et son expédition. Les Jésuites y arrivèrent dès 1591 avec les PP. Gonzalo de
Tapia et Martin Pérez.
Le premier presidio de Sinaloa datait de 1598 ; en 1604-1605 on commença la construction de celui
de Montes Claros, qui fut terminé en 1610 [ABZ, I, 346-365 ; II, 40, 119, 202-204, 248, 327 ; Mis. 25,
ff. 306-325v, 332-364].
100. Il s’agit du Capitaine Pedro de Cosío, qui le 25 septembre 1697, de Guadalupe, annonçait à
Retana la victoire des indiens fidèles de Loreto, Guadalupe, Santa Inès et Santa Ana sur les
rebelles poussés par les Tarahumars de Batopilas. La victoire eut lieu à 6 lieues de Sta Ana. Cosío
lui envoie les déclarations des 8 prisonniers, qui furent exécutés en octobre [Guad. 156, ff.
429-438, 449].
101. Cette victoire est celle qui est expliquée dans la note précédente. Mais deux mois
auparavant, le 9 juillet, ces mêmes indiens fidèles avaient remporté une autre victoire sur les
rebelles. C’est le P. Recteur Antonio de Gomar, qui, avant reçu la nouvelle par lettre du P. Nicola
de Prado, la transmet au Général Retana. Toutefois le P. Gomar et le Cap. Cosío craignaient les
représailles des rebelles, et demandent à Retana des renforts [op. cit., ff. 345v-351].
102. Pedro de Noriega Oviedo Ordonez de Mier, né à Carreño (Prov. d’Oviedo, anciennement
Asturies, Espagne) en 1654 fut admis dans la Compagnie de Jésus le 19 octobre 1678 à Mexico. Il
venait d’arriver d’Espagne avec l’expédition du P. Juan de Monroy. Parmi ses compagnons de
voyage se trouvaient Antonio Gomar et Jean-Baptiste Copart. En 1687 il passa aux missions de la
Tarahumara, et s’occupa des postes de Nuestra Señora de Monserrat de Nonoba, et d’Humariza. Il
y resta jusqu’en 1699 où il fut nommé recteur des missions tarahumars de San Joaquín y Santa
Ana. L’affirmation d’Alegre, lorsqu’il dit que Noriega resta en Tarahumara seulement
jusqu’en 1696, est par conséquent inexacte. Noriega fit sa profession religieuse le 2 février 1696. Il
mourut à Nonoaba le 20 janvier 1704. Le premier missionnaire qui visita Nonoaba, fut le P. Juan
Font, vers 1614. Plus tard, en 1676, les PP. Guadalajara et Tardá se rendirent aussi à Nonoaba.
Mais celle-ci et Humariza ne furent fondées comme postes missionnaires, qu’en 1678 par les PP.
Francisco de Arteaga et Bernardo Rolandegui. Lorsque cette même année le P. Juan Ortiz de
Zapata visita tout le système missionnaire du nord mexicain, il nous donne ces renseignements ;
à Nonoaba il y avait 58 familles chrétiennes, représentant 209 personnes ; à Nuestra Señora de
163

Copacabana Bahuirachi, 33 familles avec 113 personnes ; à Humariza, 91 familles avec 322
personnes.
Noriega s’occupa aussi des indiens Tubares, et il apparaît comme un homme d’une grande
énergie et ayant l’esprit d’entreprise. Un détail le laisse entrevoir : s’agissant de la construction
de l’église de Nonoaba, il écrit en 1690 au P. Provincial Ambrosio de Odón, qu’en un an il fabriqua
61.000 briques ! [Mex. 5, ff. 275rv, 283v, 323, 328v, 377v ; Mex. 6, ff. 16, 63, 111 ; Mex. 8, ff. 317v, 325,
330, 335v ; Hist. Soc. 50, f. 70 ; Mex. 17, ff. 384v-385 ; Mis. 26, ff. 246v-247, 313-314 ; Patr. 236, ff.
600-601 ; ibid., ramo 4, ff. 3v, 34v-35v, 47v-48v ; Guad. 156, ff. 291, 921-925,1029-1031,1105v-1111v ;
ABZ, IV, pp. 14, 98).
103. Dès le 2 juillet Retana avait envoyé le Capitaine Francisco Ruiz et 30 arquebusiers pour
défendre Carichi, mais ils furent rappelés à Papigochi le 16 juillet [Guad. 156, ff. 305, 306v, 329].
104. En plus de ceux qui étaient réunis à Sopechi, il y avait trois autres rassemblements rebelles :
à Tosanachi, à Temechi et à Cajurichi [ibid. fl. 301, 329].
105. Du 24 juillet au 20 août 1697, malgré les pluies, Retana organisa une grande expédition
militaire, avec le P. Alderete comme aumônier. L’itinéraire fut le suivant : du quartier général de
Papigochi on se rendit successivement à Matachi, Temésachi, Yepómera, Nahuérachi et
Cocomórachi [Ibid., fl. 320-321, 329-345v, 351-369v].
106. Le 30 août, Retana quitta de nouveau Papigochi pour se rendre à Arisiachi et au rocher de
Sopechi, accompagné des Capitaines Ugalde, Francisco Ruiz, Martin Alday, 100 arquebusiers et
350 indiens alliés. Le Général de la Fuente, un peu malade, resta à Papigochi avec une garnison. Le
1er septembre on arriva en face de Sopechi. On attaque 4 fois les rebelles : les 2, 5, 6 et 7
septembre sans succès, en partie à cause des pluies torrentielles pendant 4 jours, mais surtout
parce que le rocher de Sopechi était inaccessible aux Espagnols et à leurs alliés. Ainsi, le 9
septembre, ils retournèrent à Arisiachi. Les Espagnols subirent la perte de 11 indiens, et les
conséquences de 13 blessés (4 soldats et 9 indiens). On apprit plus tard que l’ennemi avait eu
plusieurs morts [op. cit., ff. 383-394, 487rv, 609v-610].
107. En effet on détruisit les moissons près du fleuve Tomochi et des alentours, d’Arisíachi,
Tesórachi, Pacasóachi, Naguérachi, Temésochi et Cocomórachi [Guad. 156, ff. 358v, 364, 365,
391rv, 393v, 394rv-395v].
108. Après l’assaut manqué de Sopechi, Retana se rendit au village d’Arisiachi. C’est là que le 13
septembre il reçut une lettre du Général Fernández de la Fuente, de Papigochi, lui annonçant que
ce même jour, à l’aube, les rebelles venaient d’attaquer Bachimba. Aussitôt Retana et sa suite se
dirigent vers Tosaboréachi pour s’approcher de Bachimba. Vers 22 heures de ce même jour,
Retana reçoit une seconde lettre de la Fuente, envoyée 5 heures auparavant. Vers minuit ils
arrivent à Tosaboréachi, et le 15 septembre à 13 heures à Bachimba, où ils trouvent encore
l’église et le couvent franciscain en flammes, un Espagnol décapité et un indien auquel on avait
coupé la tète et les parties sexuelles : c’était Don Lázaro, le gouverneur du village. L’auteur de ces
crimes avait été Don Gerónimo, lieutenant indigène de Bachimba, échappé de la prison de
Cusihuiriachi, et qui se réfugia avec les autres rebelles dans la Sierra del Oso à 4 lieues de
Bachimba. Retana et les siens s’engagèrent à leur poursuite, et le 16 septembre, dans un combat
on tua 14 rebelles, parmi lesquels l’assassin Don Gerónimo. A tous on coupa la tête et une main,
pour les fixer aux poteaux. On récupéra 700 moutons et chèvres, 30 chevaux, 4 vaches et des
objets du culte. D’après une information postérieure, 15 rebelles furent tués.
Le 19 septembre on sépara le bétail du Père : 69 bêtes et 13 chèvres. On réussit aussi à sauver
quelques tableaux du feu. Le P. Alderete, aumônier militaire, enterra les victimes. Le 20
septembre Alday et 30 arquebusiers se rendirent à Sainapos, où s’étaient réfugiés la plupart des
Conchos de Bachimba, et qui pour le moment restèrent là-bas. Mais craignant de nouveau une
attaque rebelle à Papigochi, Retana et sa suite retournèrent à Papigochi. Dans les actes de guerre
on peut consulter les déclarations des prisonniers et des témoins [op. cit., ff. 399, 404-407v,
409v-410, 411v-412, 413v, 414v-416, 420v-427, 610v-611, 995v-996v].
164

109. Don Garcia de Legazpi Velasco, évêque de Durango depuis le 12 décembre 1698, Fray Agustín
de la Colina, franciscain, avait en charge Bachimba. Absents depuis 2 jours, ce dernier et l’évêque
de Durango qui venait de visiter cette mission, s’étaient rendus à Cosihuiriachi, échappant ainsi à
la mort [SCHÄFER, II, p. 574 ; voir infra, pp. 105-106 notes 127-128].
110. Pour la description de la mort de Don Lázaro et de ses funérailles, voir Guad. 156, ff.
404v-405, 421v-422v, 870rv, 864v-865.
111. C’est-à-dire Don Gerónimo.
112. Il s’agissait du vétéran P. Tomás de Guadalajara [voir pp. 22-23, note 3], alors Recteur des
missions de la Tarahumara, section de la Natividad, et séjournant à Huejotitlán. Voici l’historique
de cette démarche de pacification entreprise par le P. Guadalajara. En juin l697 se trouvait en
Tarahumara l’officier royal José de Ursua, envoyé par le Vice-roi Comte de Moctezuma en visite
secrète ; toutefois Ursúa ne visita que les villages périphériques, en paix, de la Tarahumara
Inférieure, et aucun des villages révoltés de la Tarahumara Supérieure ou de la Sierra. Il
renseigna donc mal le Viceroi. D’après Ursúa, la Tarahumara était en paix, les indiens étaient
exaspérés de tant d’oppression, et le Gouverneur du royaume, malade, n’était pas au courant de
la situation. Ursúa ajoutait que les Missionnaires étaient de son avis. A la suite de ces
informations, le Vice-roi organisa une réunion à Mexico, le 11 juillet 1697, dans laquelle on
arrêta, entre autres, deux résolutions : premièrement le recrutement de 40 arquebusiers dans le
Real de Sombrerete (Zacatecas), et deuxièmement l’envoi de deux missions de pacification et de
pardon. Le P. Guadalajara en fut chargé pour la Tarahumara, et le P. Natal Lombardo pour la
Sonora. Le 11 juillet le Vice-roi Don José Sarmiento de Valladares, Comte de Moctezuma, écrivit à
Guadalajara et à Lombardo les chargeant de cette mission, et il leur envoyait en même temps une
lettre de leur P. Provincial Juan de Palacios avec Tordre d’obéir au Vice-roi. A ces deux lettres,
dont le Gouverneur del Castillo eut connaissance, celui-ci ajouta une troisième au Général Retana
pour le mettre au courant de ces plans. Cette lettre était datée du 15 août 1697 dans le Valle de San
Bartolomé. Le Gouverneur se réjouissait du choix fait de la personne du P. Guadalajara, dont il
faisait l’éloge, mais il laissait entendre son désaccord avec d’autres missionnaires, par ex. avec le
P. Pollisi.
Guadalajara arriva à Papigochi vers la fin de septembre. Retana et les autres Capitaines :
Fernández de la Fuente, Ugalde, Alday, Francisco Ruiz et Francisco Medrano, entre le 5 et le 10
octobre, se déclarèrent prêts à seconder la mission confiée au P. Guadalajara. Mais ils ajoutaient 4
points : (1) Il fallait expulser les rebelles de la Tarahumara. (2) Punir les plus coupables. (3)
Regrouper les indiens dans des villages. (4) Laisser de façon permanente une garnison militaire
en Tarahumara.
Le 30 septembre les premiers indiens furent pardonnes. Le 11 octobre, le P. Guadalajara, à
Papigochi, s’adressant en langue tarahumare aux indiens, leur fit connaître le but de sa venue.
Dans le délai d’un mois, quelque 150 indiens rebelles étaient venus demander pardon, et on le
leur avait octroyé. Mais pour la plupart il s’agissait d’une demande hypocrite de pardon, pour se
ménager le temps nécessaire à de nouveaux soulèvements. Peu à peu les Espagnols furent
convaincus que la bonté et les dons ne donnaient aucun résultat valable en vue d’obtenir la paix,
et le Vice-roi lui même en fut convaincu [Guad. 156, ff. 427rv, 453-474v, 495, 540, 554v, 579-586,
617v-624v, 626, 628rv, 834rv, 963-965, 995rv, 1096, 1105V-1107, 1117].
113. Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne tiendront pas
contre elle » [Mt. XVI, 18].
114. Il s’agissait des villages Pimas de Moris et Maicoba, et de celui de Batopilas parmi les
Tarahumars. Neumann nous parle ici tout d’abord du combat de Moris (= Mórachi), qui eut lieu le
11 août et fut un échec complet pour les Espagnols : le lieutenant Nicolás de la Higuera fut blessé,
son sergent eut la tête écrasée à coups de massue, et 21 autres furent mortellement atteints (4
soldats et 17 indiens amis). Rezabal n’arriva à leur secours que le 19 août avec 24 arquebusiers et
165

212 indiens Yaquis. Plus tard 20 soldats du Général Gironza et 150 indiens envoyés par le
Capitaine Zubiate vinrent à leur secours [Guad. 156 : ff. 374v-375, 377v, 381).
115. Le Général Andrés de Rezábal [ibid., f. 433v ; voir infra, pp. 108-109].
116. Nous avons parlé de la destruction des moissons faite par les Espagnols [vide supra.
pp. 96-97, note 107].
117. Neumann nous a mentionné auparavant cette victoire sur les rebelles. Il s’agissait des
indiens fidèles des villages de Loreto, Guadalupe, Santa Inés de Chínipas et Santa Ana, qui aidés
par les troupes du Capitaine Cosio, vainquirent les rebelles à 6 lieues de Santa Ana [Voir supra,
pp. 94-95, notes 100 et 101]. 8 rebelles furent exécutés en octobre. Malgré tout, on craignait que
les villages de Guazapares et Chínipas ne fussent l’objet des représailles. Aussi le P. Recteur
Gomar, le 26 septembre « requiert » le Général Retana de lui envoyer des renforts, car là-bas, à
Guadalupe, il n’y avait que 20 arquebusiers du Cap. Cosío, y demeurant bien à contre-coeur ; le
Général Rezábal n’arrivait pas, et ceux d’Urique non plus. Retana reçut ces nouvelles à Papigochi
le 6 octobre, et après un conseil de guerre le 7 octobre, on décida d’envoyer le Cap. Alday avec 25
arquebusiers. Ceux-ci partirent le 8 octobre, le 15 ils arrivèrent à Cuiteco, d’où Alday envoie ses
premières impressions à Retana, et enfin à Guadalupe. Dans les premiers jours de novembre ils
passèrent à Loreto, et avec le Cap. Pedro Cosío, 34 arquebusiers et 260 indiens amis ils se
rendirent à Corodeche et à Batopilas. D’autre part le 26 septembre le P. Nicola de Prado s’était
rendu de Loreto au Real de Los Frailes et avait obtenu 18 Espagnols pour défendre Loreto [op. cit.,
ff. 438-442v, 446v-447, 449v, 515-518v, 545, 450v-453, 565v].
118. Ce combat eut lieu le 8 novembre 1697. D’après le récit d’Alday, on se rendit tout d’abord
aux rochers de Corodeche, et n’ayant pas trouvé les rebelles, on suivit leurs traces ; finalement ils
furent découverts en aval de Batopilas, dans un endroit très sauvage, où l’on eut le premier
accrochage. Les ennemis étant très nombreux, Alday battit un peu en retraite ; mais s’apercevant
que l’ennemi s’emparait de la cavalerie, attaqua de nouveau et réussit à la sauver avec les
provisions, sur un petit plateau à proximité. Les indiens alliés, voyant alors la quantité des
rebelles qui les attaquaient, abondonnèrent Alday. Celui-ci resta avec seulement 60 alliés, et dut
aussi se retrancher sur le plateau, où l’on s’engagea dans un combat corps à corps en faisant
usage de l’épée. Ce combat, qui dura jusqu’à 4 heures de l’après-midi, avait commencé vers
8 heures du matin. Le résultat fut lamentable : 20 indiens amis morts, parmi lesquels le capitaine
Lorenzo de Loreto ; 9 soldats atteints par des flèches empoisonnées, 25 chevaux et mulets blessés,
et 2 autres volés avec les provisions. En tout il y eut quatre accrochages, et tout en maintenant
encerclés Alday et les siens, les rebelles demandèrent sournoisement la paix [Guad. 156, ff.
545v-546, 565-567, 576].
119. Le P. Ordaz, qui nous a laissé le récit même des événements, dans son désir d’obtenir la paix,
se rendit en effet auprès des rebelles [Cf. Guad. 156, fl. 599-605v]. Manuel Ordaz né en Espagne
en 1660, et Jésuite depuis 1684, s’embarqua en 1692 pour le Mexique. En 1693 nous le trouvons à
Mexico, comme operarius de la maison professe.Il prononça ses grands voeux le 25 mars 1702.
Missionnaire de Chínipas de 1695 à 1720, et de Sinaloa de 1720 à 1723, il fut supérieur de 1708
à 1711, et deux fois visiteur : 1714-1717 et 1720-1723. En 1723 il passe comme recteur au collège
de Morelia, et de 1726 jusqu’à sa mort, le 22 juin 1738, il reste attaché à la maison professe de
Mexico, [Mex. 6, ff. 47, 179v, 251v, 308, 354v ; liiez. 7, ff. 2v, 52v, 198 ; Mex. 8, ff. 327, 335, 340 ; Guad.
109, fl. 1v, 8v de l’Expediente sobre fundación de dos pueblos tarahumares en 1717].
120. En réalité Alday était au courant de la démarche que voulait faire le P. Ordaz, et la lui avait
interdite, craignant un piège de l’ennemi [Guad. 156, fl. 567-569].
121. Alday avait prévenu le P. Ordaz de sa décision de se retirer, comme l’unique moyen
d’échapper tous à la mort. En fait il partit avec ses soldats, et arriva à Loreto le samedi 9
novembre. Ce départ nocturne, fut rendu possible uniquement par des ruses : pour ne pas se faire
repérer par l’ennemi, ils laissèrent un peu partout des feux allumés, comme s’ils bivouaquaient
sur le lieu [Guad. 156, fl. 568, 569v, 890].
166

122. Les deux serviteurs du P. Ordaz s’appelaient Mateo et Lucas ; ils furent tués avec trois autres,
bien préparés à la mort, car le P. Ordaz lui-même venait de les confesser Les déclarations faites
par Retana, Eymer, Celada et le soldat Gaspar Lopez, nous disent que ces indiens furent tués a
macazos : à coupds de massue [op. cit, ff. 603, 989v-990, 1090, 1114v-1115v].
123. Nous en avons parlé plus haut [voir supra, pp. 86-87, note 76].
124. Ce « vieillard » n’avait que 35 ans. Il s’appelait Nicolás et vivait à Arisíachi. Il exposa
vraiment sa vie pour sauver celle du P. Ordaz [Guad. 156 : ff. 532v-533, 535v-536 569]. Celui-ci
plein de reconnaissance envers Nicolás, lui fit cadeau de son cheval qui avait une selle ornée
d’une peau de tigre [Ibid., fî. 519, 522v-523, 528v, 538v, 555, 579, 604rv).
125. Le P. Ordaz arriva à Loreto le dimanche 10 novembre. Il avait quitté Batopilas la nuit du
combat, entre le 8 et le 9 novembre, et fit son chemin à pied à travers une sierra terriblement
âpre [Ibid., fî. 546-547].
126. Retana et ses troupes quittèrent Papigochi le 13 novembre. Ils se rendirent successivement à
Arisíachi, Tomochi, Güébachi, Cajurichi, Paguéachi, Basaséachi, Mogoréachi, et retournèrent le 5
décembre à Papigochi [op. cit. 502-561v]. Pendant cette randonnée on passa 4 jours à Basaséachi :
du 24 au 27 novembre, où l’on rencontra une bonne partie des rebelles qui venaient de Batopilas.
Trois accrochages se produisirent avec eux, au cours desquels plusieurs rebelles trouvèrent la
mort. Six prisonniers, préparés à bien mourir par le P. Alderete, furent passés par les armes.
Parmi les autres prisonniers amenés à Papigochi, se trouvait Nicolás d’Arisíachi. Après avoir
entendu ses déclarations le Général Retana, qui avait déjà reçu des rapports sur le combat de
Batopilas, envoyés par les PP. Gomar et Ordaz et par le Cap. Alday, accorda le pardon à Nicolás et
ordonna la restitution de sa femme, de sa famille et de ses 150 moutons [op. cit., ff. 587-593v].
127. Don García de Legazpi Velasco [voir supra pp. 98-99, note 109]. Le 30 août 1697 Retana
envoya de Papigochi l'Alférez Isidro Ruiz de Abechuco avec 14 arquebusiers vers le village de San
Buenaventura pour accompagner Monseigneur l’Evêque qui se dirigeait à Cusihuiriachi. Son
Excellence, venant de la région de Janos, au Nord, siège d’un Presidio commandé par le Général
Fernández de la Fuente, visita Bachimba le 11 septembre. Il échappa, donc, de justesse, à l’attaque
des rebelles, qui eut lieu le 13 septembre, comme nous l’avons vu [voir supra, pp. 98-99, note 109].
Il se rendit de Cosihuiriachi à Carichi. Il était très favorable à la Compagnie, comme en
témoignent les lettres du P. Kino : Mons. Legazpi se chargea, en effet, de payer le transport du P.
Piccolo en Californie [Guad. 156, ff. 383v-384, 621v-622, 1162v ; ABZ, IV, 137, note 45].
128. Nous donnons ici un bref aperçu des visites épiscopales faites dans la Tarahumara. En 1620
fut créé le diocèse de Guadiana (= Durango), qui comprenait tout le territoire de la Nouvelle
Biscaye, détaché du diocèse de Guadalajara (= Nouvelle Gallice). Son premier évêque, Mons.
Gonzalo de Hermosillo, O.S.A. (12-XII-1620 à 28-1-1631), visita en 1622 les missions de Parras et Río
de las Nazas ; en 1624 celles de Topia, Tepehuana et les Tarahumars de San Pablo ; et en 1630 le
territoire de Sinaloa. Il fut donc le premier évêque à confirmer des indiens Tarahumars [ABZ, II,
pp. 347-348, 366, 399]. Mons. Bartolomé Garcia de Escañuelo, O.F.M. (11-VIII-1677 à 20-XI-1684),
visita en février 1679 la région de Sonora. Il est bien possible qu’il se soit aussi rendu en
Tarahumara [Guad. 206, lettre au roi, Sonora, 1erfévrier 1679]. Après, ce fut le tour de Mons.
García de Legazpi Velasco (12-XII-1689 à 1700). Mons. Pedro Tapiz (21-II1713 à 13-IV-1722) parcourut
son diocèse, y compris la Tarahumara, du 6 mai 1715 au 6 février 1716 ; dans cet itinéraire de
1,116 lieues, il confirma 58,475 personnes [Guad. 206, rapport du 18 février 1716]. Mons. Benito
Crespo (22-III-1723 à 20-I-1734) visita son diocèse en janvier 1726, octobre-décembre 1727 et
en 1729 [op. cit., lettre au roi, du 21 août 1727]. Mons. Martín de Elizacoechea (6-IX-1736 à 8-III-1745)
fit le tour de son diocèse en 1740, et en juillet 1742 il visita Carichí [op. cit., lettre au roi, du 16
mars 1740 ; cf. Livre de baptêmes de Pasigochi de 1693-1768]. Mons. Pedro Anselmo Sánchez de Tagle
(27-VIII-1749 à 26-IX-1577) parcourant 521 lieues de la Tarahumara inférieure du 11 mai au 12
novembre 1751, confirma quelque 15.000 Tarahumars [Guad. 206, lettre du 30 déc. 1751]. Enfin,
167

Mons. Pedro Tamarón y Romeral (22-III-1758 à 21-XII-1768) qui nous a laissé un magnifique récit de
ses visites pastorales [TAMARON, 1765].
129. Sur les résultats et les efforts du P. Guadalajara pour obtenir la paix, nous avons longuement
parlé [Cf. supra, pp. 98-99, note 112].
130. Plus exactement aux débuts de décembre [Voir pp. 104-105, note 126].
131. Le départ eut lieu le 21 janvier 1698. Deux jours plus tôt les Capitaines avaient envoyé un
rapport au Gouverneur du Royaume, en faisant le bilan des opérations militaires et de la situation
en général pendant l’année écoulée [Guad. 156, ff. 605v-632v, 635v]. Maintenant on inaugurait le
nouvel an avec l’itinéraire que voici : Santo Tomás, Pichachí, Ocórere, Rio de Aros, Yépachi,
Tutuaca, Tosánachi et Piedras Verdes. Ceci allait durer jusqu’au 2 mars. La suite des opérations
nous est donnée après par Neumann [Op. cit., ff. 637-677 ; voir infra, pp. 109ss.].
132. Don Simón, gouverneur indigène de Cocomórachi, et Ignacio de Tosánachi, furent capturés
dans les environs de Techarichi et Ocórere, le 27 janvier ; mais ils furent relâchés avec d’autres et
envoyés à Cocomórachi pour convaincre les indiens de vivre ensemble et en paix [op. cit., ff.
640v-650v, 655-656].
133. C’était plutôt le capitaine Don Manuel de Tutuaca, qui avait envoyé 4 indiens à Retana, alors
à Yépachi, pour témoigner de leur fidélité. Mais Manuel lui-même, malgré les appels de Retana
pour le faire venir, s’était retiré à Coyorichi avec plusieurs autres de Tutuaca. Retana les attendit
vainement pendant le mois de février 1698, jusqu’au jour où Manuel et 5 autres furent capturés le
2 mars à Piedras Verdes, près de Coyorichi. Ils accompagnèrent Retana et sa suite, dans son
expédition à Yécora et Moris, et s’étant montrés fidèles, ils furent pardonnés. Toutefois Manuel
continua aux côtés de Retana [Guad. 156, ff. 644, 660v-661, 662v-663, 675, 676rv, 689v-695v,
740-741v].
134. Il s’agissait de deux frères : Nicolás et Esteban, de Yepómera. Lorsque Retana se trouvait près
de Maicoba, le 4 mars 1698, il envoya les Capitaines Fernández de la Fuente et Martín de Ugalde
avec 40 arquebusiers et 120 indiens amis pour aller à la recherche de ces deux frères. On apprit
qu’ils étaient partis du côté du fleuve de los Mulatos, et de là vers Tarahichi, 3 lieues plus loin. Ils
y étaient avec 20 Pimas, et avaient essayé d’attaquer Yécora pour s’approvisionner de maïs et
tuer les soldats cantonnés dans ce village. A leur poursuite Retana envoya 100 archers le 6 mars,
et les deux frères rebelles furent finalement trouvés et décapités avec un autre indien Jova. Leurs
têtes furent fixées à des poteaux dans le chemin de Yécora. Ces deux frères s’étaient trouvés dans
les combats de Batopilas, Yécora, Maicoba et Onapa. Ils étaient les fils de Nicolás « le borgne », un
des chefs de la rébellion de 1690 [op. cit., ff. 527, 678-679v, 681v-683v, 696-700 ; voir supra,
pp. 54-55, note 49].
135. Neumann situe cette attaque de Guadalupe en janvier 1698, peu après l’arrivée du P. Illing.
Nous n’avons pas trouvé de renseignement complémentaire dans les Actes de guerre ni dans la
correspondance des missionnaires. Il se pourrait que Neumann confonde un peu les dates,
surtout si nous songeons qu’il écrit à plus de 25 ans de distance des événements.
136. C’est le fleuve AROS, nommé ainsi en pays Pima [Guad. 156, fl. 656, 657, 668v-669], mais appelé
PAPIGOCHI en pays Tarahumar, et YAQUI en pays Yaqui. Près du fleuve Aros habitaient des indiens
Pimas et Jovas [op. cit„ ff. 649, 652, 659, 676v etc.].
137. Maicoba, village Pima, fut attaqué en février 1698, comme d’ailleurs les deux autres villages
de Yécora et Onapa. Les rebelles venaient des villages PIMAS de Tutuaca, Yépachi, Aros,
Atarahichi, Yécora et Tapipa, des villages JOVAS d’Aros et Natora, et des villages TARAHUMARS de
Basaséachi, Yepómera, Coaguisorichi, Paguéachi, Cajurichi et Cocomórachi. Les plus connus des
chefs rebelles étaient : Nicolás et Esteban, de Yepómera, José gouverneur de Tutuaca et son
capitaine Manuel, Domingo, ancien gouverneur de Yépachi, le mulâtre de Coaguisorichi, Sojague,
Isogui, capitaine de Paguéachi, et Pusilego. Tous ces rebelles attaquèrent ensuite le village de
Tapipa et tuèrent son gouverneur, puis les villages de Yécora et Onapa. Dans la contre-attaque
des indiens fidèles et des soldats, on tua 20 rebelles, pour la plupart Jovas, à Tapipa, et 20 autres à
168

Onapa. L’attaque rebelle à Yécora ne leur réussit point. Retana et les Capitaines Fernández de la
Fuente et Martin de Ugalde arrivèrent à Maicoba le 5 mars et purent constater qu’on avait
incendié l’église et quelques maisons [Guad. 156, fl. 676v, 679v, 681v, 683-685, 688-689, 693v-712v].
138. L’attaque d’Onapa, village Pima, se situe aussi en février, et le village fut même attaqué deux
fois. Ici 2 Tarahumars, 1 Pima et 17 Jovas furent tués dans le combat [Guad. 156, ff. 676v, 694v-695,
699-700, 702-703, 707-709, 713rv].
139. Yécora fut aussi l’objet de deux attaques manquées. L’ennemi voulait surtout s’emparer du
maïs. A Yécora résidait le P. Ludovico Maria Pinelli, et le caporal Antonio López, de la compagnie
du Général Rezábal, avec 30 arquebusiers. Une bonne partie des indiens se montrèrent fidèles.
Retana et sa suite arrivèrent à Yécora le 9 mars, mais trois jours auparavant on captura quelques-
uns des assaillants de Yécora, dont deux, plus coupables, furent exécutés le 24 mars, après avoir
été assistés spirituellement par les PP. Natal Lombardo et Pinelli. Lombardo était arrivé à Yécora,
venant d’Aribechi avec le Général Rezábal, le 18 mars [op. cit, fl. 676v, 681v, 683-684v, 694v-695v,
698, 701rv, 706v, 708v, 710, 712-722v].
140. Retana arriva à Maicoba le 5 mars, et à Yécora le 9 mars, où il rencontra les 30 arquebusiers
d’Antonio López [Cf. notes 137 et 138].
141. De Yécora, Retana, Rezábal et leur suite partirent pour Moris le 25 mars. Arrivés 31 mars,
pendant les huit jours d’arrêt ici, ils envoyèrent partout des messages de paix, et peu à peu les
indiens vinrent se soumettre [Guad. 156, ff. 722v-731v, 734-735, 739v-740].
142. Le 8 avril, avant de quitter Moris, Retana reçut une lettre du P. Janusky, missionnaire à
TEOPARI, lui annonçant que le 3 avril, pendant son absence, l’ennemi avait attaqué la mission,
incendié l’église et volé les troupeaux. Rezábal reçut les mêmes nouvelles, envoyées d’Aribechi
par son caporal Nicolás de la Higuera. Retana, Rezábal et les leurs se rendirent aussitôt à Yécora
et y arrivèrent le 14 avril. Mais avant leur départ, on envoya un message au caporal Antonio
López, resté à Yécora avec 50 soldats, lui ordonnant d’en envoyer 15 à Aribechi pour protéger la
région. Il semble que les rebelles attaquèrent Téopari, non seulement pour se ravitailler, mais
aussi pour se venger des Jovas. Les troupes et les alliés de Retana et Rezábal, après avoir visité les
Pimas fidèles de Tapipa et Tarahichi, poursuivirent leur chemin à Teópari. Ici, le 19 avril, au
cours d’un combat contre les rebelles, il y eut 7 indiens amis blessés et 3 morts. On essaya
pendant trois jours de faire la paix avec eux, mais sans succès. C’est pourquoi le 25 avril on
détruisit leurs champs, les rebelles s’étant retirés à Isuapa, Guainopa et dans la sierra
impénétrable de Natora. Retana et ses troupes rentrèrent le 1er mai à Tarahichi [op. cit., fi.
736v-738, 740v, 745-746, 742rv, 748-764]. Notons, en passant, que Neumann écrit par mégarde
« Teopazi ».
143. Le 2 mai 1698, en conseil de guerre à Taraichi, on décida que Retana rentrerait à Papigochi,
en visitant sur son chemin les villages soumis de Maicoba, Yépachi, Tutuaca et Cocomórachi.
Rezabal protégerait les alentours de Saguaripa, et Fernández de la Fuente retournerait à son
presidio de Janos. A leur avis, les rebelles seraient cantonnés à Guamopa et Natora d’une part, et à
Basaséachi, Cajurichi et Paguéachi d’autre part. Retana arriva le 16 mai à Papigochi, et on décida
en conseil de guerre, de licencier les indiens, avec une attestation du temps de leur service, et de
licencier aussi les soldats recrutés à Sombrerete. Enfin le 23 mai les Capitaines Retana, de la
Fuente et Hualde envoyèrent un rapport de la situation au Gouverneur del Castillo, et on rappela
le Cap Martin qui se trouvait encore dans la sierra de Guazapares [Guad. 156, ff. 764v-783v].
144. Rappelons que, comme le P. Guadalajara, le P. Lombardo, missionnaire à Aribechi avait ete
chargé par le Vice-roi d’essayer d’obtenir la pacification des indiens par la voie du pardon et de la
douceur. Le P. Lombardo avait déjà agi de cette façon pendant le soulèvement de 1690, et il avait
dépensé plus de 2.000 pesos dans ce but ; son attitude fut toutefois fort critiquée par plusieurs
partisans de la répression [op. cit., ff. 515v-516, 510v-512 ; voir supra, pp. 98-99, note 112). Pendant
cet autre soulèvement de 1697-1698 sa mission de paix eut plus de succès, malgré les obstacles, et
169

il obtint la soumission des villages d'Ataraichi, Tapipa, Natora, Moris, Yépachi, Onapa et Aribechi
[Guad. 156, ff. 713, 730v, 731v, 734rv, 741-744v, 764v-765].
145. Allusion au rôle joué par Joseph, qui, vendu par ses frères, fut amené en Egypte et devint le
plus puissant personnage après le Pharaon. Il distribuait du blé en abondance, même pendant les
années de famine et de sécheresse [Genèse, XXVII, 2-L, 26].
146. Le nom de « blé turc » ou « blé de Turquie » est encore donné aujourd’hui au maïs en
diverses régions de France, d’Allemagne, d’Italie, etc. C’est l’aliment de base des Amérindiens.
Voici-quelques échantillons de l’usage que les Tarahumars en font : les remeke (« tortillas » en
espagnol) sont des crêpes de maïs ; le batari ou sugiki (« tesgüino » dans l’espagnol du Nord-ouest
du Mexique) est une boisson fermentée ; kobisi (« pinole » en espagnol) est la farine du maïs ; sous
forme de bouillie il est connu sous le nom d’oriki, ke’oriki, watónari (« atole » en espagnol) ; le maïs
grillé est appelé sakiki, etc. Sur les différents noms et emplois du maïs en Amérique, [Cf. FRIEDERICI,
pp. 368-369. Sur l’origine du maïs : BIRKETSMITH, K. WEATHERWAX, P. Sur le maïs au Mexique :
WELLHAUSEN. Chez les Tarahumars : STEFFEL, p. 311 ; Guad. 156, ff. 174v, 477V-478, 526rv, 546, 567,
594v, 603rv, 681v, etc.].
147. Retana se reposa un peu à Papigochi, du 16 mai au 3 juin. Ce jour il se rendit à Parral pour
rendre compte de la situation au Gouverneur del Castillo, qui en fait se trouvait au Valle de San
Bartolomé, [Guad. 156, ff. 792v-793].
148. Le Maestre de campo Don Juan Bautista de Larrea, caballero del Orden de Santiago,
Gouverneur de la Nouvelle Biscaye du 25 mai 1698 à juillet 1703. Schãfer [II, p. 545] se trompe
dans ses dates [Guad. 156, ff. 793v, 1226-1228v ; Guad. 29, lettre de Larrea au roi, du 27 août 1698].
149. Retana arriva le 10 juin au Valle de San Bartolomé où se trouvait alors le Gouverneur del
Castillo. Il lui présenta les Actes de guerre, mais ceux-ci n’étant pas au complet, on y ajouta les
témoignages manquants et on en fit faire des copies autorisées. Les Actes, ayant été complétés,
furent remis définitivement à Del Castillo en septembre 1698. [Guad 156, ff. 793v, 794v-795].
150. Dans le rapport envoyé par Retana et les autres capitaines au Gouverneur del Castillo, le 17
mai 1698, on cite les noms des chefs rebelles que voici : un frère du gouverneur de Cajurichi,
Isogui capitaine de Paguéachi, le mulâtre Posilegui de Naguérachi, Domingo ancien gouverneur
pima de Yépachi, deux Pimas païens d’Aros, Rafael de Matachi. Tous ceux-ci, restaient obstinés
dans leur rébellion. D’autres rebelles, au contraire, avaient finalement accepté la paix : Sojague,
lieutenant de Coaguisorichi ; Ambrosio, maire du même village ; Manuel capitaine de Cajurichi ;
Alonso Tabaqueli capitaine d’Iléachi, etc. D’ailleurs le bruit courait parmi les rebelles, que Retana
avait sur un papier le nom de tous les chefs pour en finir avec eux [Guad. 156, ff. 690v, 781V-782,
993v-994].
151. La visite de Neumann se situe par conséquent entre les mois de juillet et août 1698.
152. L’avis de Neumann de laisser en Tarahumara une garnison militaire, dont il exposa la
nécessité au nouveau Gouverneur Larrea, était d’ailleurs partagé par tous les chefs militaires de
la campagne tarahumare : Retana, de la Fuente, Alday, Ugalde, Ruiz, Medrano. Ces mêmes chefs,
lors de l’assemblée ecclésiastico-militaire de Santa Rosa de Cusihuiriachi le 3 février 1691, à la fin,
donc, du soulèvement passé, avaient émis l’avis contraire [Guad. 156, fl. 460v-473 : Patr. 236, ff.
597-607].
153. Du 27 février au 18 décembre 1696, Mons. Juan de Ortega Montanez, évêque de Michoacán,
fut nommé Vice-roi pour la première fois. Son successeur fut Don José Sarmiento y Valladares,
Comte de Moctezuma, Vice-roi du 18 décembre 1696 au 4 novembre 1701 [ABZ, IV, p. 13* ; Guad.
156, ff. 835-838v, 1050v].
154. Il s’agissait des rebelles du soulèvement de 1690, restés impunis. Lors de la déposition des
témoins, dans le jugement de residencia ou de l’administration du Gouverneur del Castillo, tous à
l’unanimité reconnurent que le soulèvement actuel, de 1697-1698 avait été provoqué par les chefs
rebelles laissés libres dans la révolte passée. [Guad. 156, fl. 864rv, 867v-868, 872rv, 873, 884v-885,
887, 986, 1012v, 1014, 1036v-1037 etc].
170

155. Le Gouverneur lui-même nous donne un résumé de sa tournée d’inspection en Tarahumara,


commencée en septembre 1698. Il écrit au Roi le 27 août 1698 lui annonçant son départ de Parral
pour commencer cette visite [op. cit., ff. 1036, 1040v-1042 ; Guad. 29, lettre citée].
156. Le P. Neumann. Nous lui savons gré de ce récit de la visite que Larrea entreprit dans la
Tarahumara, car nous n’avons pas trouvé d’autres renseignements plus détaillés, sauf ceux
mentionnés dans les notes plus bas.
157. Ocórere (= l’endroit des sapins) était un village tarahumar, situé entre Yepómera et Sírupa. [
Guad. 156, ff. 43v-44v, 640v-656, 887].
158. Puzilego un des principaux instigateurs des soulèvements de 1690 et 1697-1698. Il était
surnommé « le mulâtre de Naguérachi ». Son nom en tarahumar voulait dire « le louche » (op.
cit. : f. 31v). Il est cité sans cesse et on le trouve partout fop. cit.. ff. 47v-48, 49rv, 56, 58rv, 59, 61v,
62v, 63v, 64, 77, 93v, 355v, 361v, 664v, 669v, 700, 702v-703, 782 etc.]. Il fut blessé plusieurs fois,
mais échappa toujours à la mort. Finalement Neumann nous dit que Puzilego paya la rançon de
tous ses crimes. D’après le Gouverneur Larrea, Puzilego fut d’abord exilé. En ce cas, on peut
penser qu’il tenta de s’échapper et fut capturé de nouveau. En tout cas, il fut jugé et exécuté [op.
cit., f. 1042).
159. Les CONCHOS vivaient aussi bien de l’agriculture que de la cueillette, de la chasse et du
pillage. D’après Kroeber ils appartenaient à la famille linguistique Cahita-OpataTarahumare. Ils
étaient originaires, semble-t-il du pays Tahue (Sinaloa). Leur territoire, au Nord et à l’Est des
Tarahumars, avait comme limites extrêmes : Casas Grandes au N., les alentours de Parral au S., les
Chinarras à l’E., et les environs de Yepómera à l’O. Sous le nom de Conchos on comprenait parfois
plusieurs peuplades : les Chizos, Julimes, etc. Au XVIIIe siècle ils furent en partie absorbés par les
invasions Apaches, et en partie métissés. C’est une « nation » disparue. Les Franciscains furent
leurs principaux missionnaires. Voici quelques-uns de leurs villages-missions : San Antonio de
Casas Grandes (1640), San Pedro Namiquipa (1663), Sta María Nativitas de Bachimba (1660),
Santiago Babonoyaba (1665), San Pedro de Conchos (1649). Nombre de Dios, près de Chihuahua
(1697), San Francisco de Conchos, San Buenaventura, San Miguel, San Diego del Monte, Las
Cruces, San Luis, Santa Clara, Chihuichupachi, Queparipa, Sainápuchi. Les Conchos furent tantôt
alliés, tantôt ennemis des Espagnols, en coalition avec d’autres indiens [ ARLEGUI, pp. 95-99 ; BEALS,
1932, pp. 135-153 ; KROEBER, 1934, pp. 10,13-14,16 ; SAUER, 1934, pp. 59-64 ; Patr. 236, Guad. 156,
passim].
160. Neumann a parlé plus haut du gouverneur de Cocomórachi et de l’autre indien, [Cf. supra,
pp. 106-107, note 132].
161. D’après le récit des événements, nous nous trouvons en septembre-octobre 1698. Mais
Neumann est en train d’écrire vers 1723-1724. La carte à laquelle Neumann fait allusion aurait été
imprimée vraisemblablement vers 1715-1720, ou bien quelques années avant. Il dit seulement
« in sua RECENS excusa mappa ». Nous n’avons pas réussi à identifier son auteur. Il pourrait être le
P. Adam Aigenler, professeur de cartographie à Ingolstadt du fameux missionnaire Eusebio
Francisco Kino, qui parle d’une carte de cette région faite par le P. Aigenler [Bolton, 1936, pp. 35,
36, 484-485]. Ou peutêtre l’auteur était-il le fameux P. Heinrich Scherer, également professeur de
Kino, oui publia à München, entre 1703 et 1710 trois volumes de géographie, où l’on trouve une
carte dressée par Kino lui-même. Mais Scherer n’était pas originaire de Nurenberg [SCHERER,
1703-1710 ; SOMMERVOGEL, VII, col. 765-767].
162. Sur le P. Manuel Sánchez, martyrisé en avril 1690 [cf. supra, pp. 40-41, note 12].
163. Allusion au gigantesque cheval en bois construit par Epéos et rempli de guerriers grecs. Le
cheval tut abandonné devant Troie, et ils réussirent ainsi à s’emparer de la ville assiégée, aidés
par la flotte grecque. Les Troyens avaient cru que le cheval était une offrande faite à la déesse
Athéna [GRIMAL, 1956, pp. 80-851.
164. Voir supra, pp. 38-39, note 7.
171

165. Mogoréachi, village dépendant de la mission de Papigochi, situé à 4 lieues au S. O. de celle-ci


[Guad. 156, ff. 367v-368, 418, 480v, 490rv, 672v]. Neumann écrit « Mohalcazium » en latin, mais
c’est certainement une faute d’impression, au lieu de « Mohaléazium ». Le P. Eymer, résidant à
Papigochi, dans une lettre à Retana, écrit « mohaleachi », que Retana interprète correctement
comme « mogoréachi » [op. cit. ff. 370, 372, 177, 197].
166. En octobre 1697 leP. Piccolo quitta la mission de Guadalupe (Chínipas) poursuivant sa route
vers la Californie [voir supra, pp. 34-35, notes 48 et 49]. Le P. Villem Illing passa aux missions de
Guadalupe (Chínipas) [Voir supra, pp. 94-95, 108-111 ; pp. 2-3, note 11]. Les PP. Baltazar de la Peña
et Juan Fernández quittèrent aussi la Tarahumara ; le P. Fernández mourut à Malinalco le 21
décembre 1708 [Mex. 6, í. 163v]. Le P. de la Peña passa à Parral, puis à Parras et en 1723 retourna à
l’ancienne Tarahumara. Il mourut dans le poste de Cuevas en 1743. [Mex. 6, ff. 179, 250v, 307, 360 ;
Mex. 7, fl. 22, 76v, 155v ; Mex. 8 ; fl. 347v, 344, 354].
167. Voir supra, pp. 122-123.
168. Le P. Diego Liliu, né à Seste (Sardaigne) en 1666, entra dans la Compagnie de Jésus en 1685.
Après son noviciat, il étudia le latin et le grec à Iglesias. Il vint terminer sa philosophie,
commencée à Sássari, en 1693-1694 au collège San Pedro y San Pablo de Mexico. A Puebla, au
collège de San Ildefonso, il étudia la théologie, et en 1697 il fut ordonné prêtre. Nous le trouvons
dès 1699 dans la Tarahumara. Le 24 août 1705 il prononça ses grands voeux. De 1705 à 1708 il est
recteur, puis « operarius » au collège de Guadiana ; en 1714, recteur du collège de Morelia ; et
de 1720 jusqu’au jour de sa mort, le 15 juillet 1729, il est de nouveau au collège de Guadiana,
recteur de 1720 à 1726 [Mex. 6, ff. 50, 104, 158, 178v, 248, 306v, 360v ; Mex. 7, ff. 18, 50 ; Mex. 8, ff.
327v, 333v, 340v ; FG, XXIX, no 441 et 448 ; Guad. 206, lettre de Mons. Ignacio Diez de la Barrera, du
6 août 1706].
169. D’après la triple division que Neumann donne de la Tarahumara : « Inférieure » (ou
ancienne), « Supérieure » (ou nouvelle) et « Montagneuse » (ou de Guazapares), [NEUMANN, 1682],
voici les villages missionnaires restés fidèles, a) Tarahumara inférieure, appelée aussi
« extérieure » ou en dehors de la Sierra : San Pablo, San Jerónimo Huejotitlan, Santa Cruz, San
Felipe, Satebó, Sta Maria de ls Cuevas, San Lorenzo, San Mateo, San Ignacio, San Javier, b)
Tarahumara Supérieure : San Borja, S. Ignacio Coyachi, Carichí, San Bernabé Cusihuiríachi,
Purísima Papigochi, Sisoguichi et Echoguita, Sto. Tomás, S. Rafael Matachi, S. Juan Bautista
Temósachi. c) Tarahumara Montagneuse : sur 11 villages, le seul rebelle fut celui de Batopilas
[Guad. 156, ff. 618v, 748 ; Pair. 236, fî. 325, 327v ; Voir supra, pp. 92-93, notes 97 et 98].
Voici maintenant la liste de villages rebelles : a) Aucun dans la Tarahumara Inférieure. b) Dans la
Supérieure : les Conchos de Bachimba, Guainopa et San Luis [voir supra, pp. 120-121, note 159] ;
les villages Tarahumars de Yepómera, Naguérachi, Sírupa, Cocomórachi, Tomochi, Teséachi,
Tutuaca, Cahurichi, Coaguisorichi, Basaséachi, Arissíachi, Tosánachi, et en partie ceux de
Nonoafa et Norogachi ; les villages Pimas de Yépachi, Moris, Maicoba, Aros, Yécora et Tapipa.
Toutefois ces villages Pimas, à l’exception de Yépachi, dépendaient de la mission de Sonora.
170. Tutuaca et Cajurichi avaient été laissés sans missionnaire fixe depuis le soulèvement de 1690
[voir supra, pp. 54-55, notes 49 et 50]. A Cocomórachi était le P. Proto, qui vint de Santo Tomás
[Guad. 156, ff. 191v-193v]. A Temechi se trouvait le P. Juan Fernández, qui vraisemblablement
quitta la Tarahumara en 1699, et à Tomochi le P. Hostinsky qui passa probablement à Sisoguichi [
op. cit. ; fi. 194v-195 ; 370v ; 693]. Le P. Alderete passa de Matachi à Norogachi, et le P. Noriega à
Nonoaba, il fut nommé Recteur de la section San Joaquín y Santa Ana pour la période 1699-1702
[op. cit., ff. 1105v-1111].
171. C’était une conséquence de la guerre et de la destruction systématique des champs des
Indiens rebelles [voir supra, pp. 96-97, note 107 ; pp. 154-155, note 45 ; pp. 112-113, note 142].
172. Don José Sarmiento y Valladares, Caballero del Orden de Santiago, Conde de Moctezuma y de
Tula, Vizconde de Hucán, Señor de Monterosano, de la Peza, Vice-roi du 18 décembre 1696 au 4
novembre 1701 [ABZ, IV, 13*, Guad. 156, f. 835 ; voir supra, pp. 98-99, note 112 ; SCHAFER, II, p. 441].
172

173. En avril 1699 Don Juan Coto, avocat du feu Gouverneur del Castillo, présenta au Vice-roi
Comte de Moctezuma, les Actes de guerre ; ceux-ci furent ensuite transmis par le Vice-roi au
Fiscal Don Baltazar de Tobar qui les ayant examinés, fut d’avis qu’on devait accuser le Gouverneur
del Castillo et ses adjoints « d’excès » dans la condamnation à mort des indiens rebelles. Cette
résolution fut transmise le 2 mai au Vice-roi, qui nomma comme Juge de residencia de cette cause
Don Juan Francisco de Hessain, officier du trésor à Veracruz [Guad. 156, ff. 835-839v, 842v].
Mais dès juin 1697 le Vice-roi avait envoyé Don José de Ursúa dans la Tarahumara, pour se
renseigner de la situation. Lors du soulèvement de 1690, Ursúa était officier du trésor, résidant à
Durango et s’occupant de distribuer les allocations « de paix et de guerre » et d’administrer les
dépenses militaires extraordinaires. Il séjourna dans la Tarahumara d’octobre 1690 à février
1691. [Voir supra, pp. 54-55, note 48 ; Patr. 236, ff. 428v-429, 433-434, 447v-448v, 470v-471,
479v-481v, 590v-591v, 605rv ; op. cit. ramo 5, fl. 65-67, 50-51, 42-43, 30]. Mais Ursúa ne visita que
quelques villages périphériques, qui étaient en paix [voir supra, pp. 126-127, note 169]. Malgré
tout Urúsa fit un très mauvais rapport au Vice-roi, et le Général Retana etses capitaines de même
que le P. Haler se plaignent de ces informations tendencieuses [Guad. 156 : ff. 617v-623,
1005v-1007]. Il semble que ce rapport d’Ursua ait servi de base à la mission donnée par le Vice-roi
Conde de Moctezuma aux PP. Guadalajara et Lombardo d’obtenir la paix par le pardon [voir supra,
pp. 98-99, note 112, et pp. 114-115, note 144].
174. Néanmoins le Gouverneur del Castillo fut jugé à titre posthume. Il fut défendu par son
albacea Don Cristobal de la Barreda, qui en conséquence fut empêché de se rendre à Mexico pour
un voyage préparé d’avance. Si la Barreda quittait la région, il était passible d’une amende de
6.000 pesos. Or, étant donné la maladie du Juge Hessain, et le fait qu’il ne pouvait pas traverser les
fleuves à cause des pluies, car Hessain se trouvait encore à Durango, le jugement de Residencia
fut ajourné pendant de longs mois. [Guad. 156, fl. 839v-843v, 847-850v]. [Sur les Juicios de
Residencia, cf. MARILUZ URQUIJO, 1952 ; PEÑA y CAMARA, 1955 ; RECOPILACION, Livre V, Titre 15, De las
Residencias].
175. Hessain finalement arriva à Parral vers la mi-novembre 1699. Le défilé de témoignages par
lettre et de témoins présents à Parral, commença le 1er décembre 1699 et s’échelonna jusqu’au 14
du même mois. D’abord les témoins pour le Gouverneur del Castillo, répondirent à un
interrogatoire de 10 questions. Ensuite les chefs d’accusation contre le Capitaine Ugalde et les
Généraux Rezábal et Fernandez de la Fuente. Enfin ceux qui, répondant à 23 questions proposées
par Retana, témoignèrent pour lui, oralement et par écrit.On accusait Retana d’avoir ordonné
l’exécution de 61 indiens rebelles, sans les formes juridiques nécessaires, et on lui donna 12 jours
pour répondre et présenter ses témoins et son dossier. Voici les pièces présentées par Retana
pour se défendre : a) Attestations écrites du Vice-roi Comte de Galve, du Vice-roi Comte de
Moctezuma, des Gouverneurs del Castillo, Larrea et Pardiñas ; des militaires Martín de Alday,
Francisco Medrano, Esteban de Quintana, Melchor García, Gaspar López, José Delgado, Pedro de
Acosta, Marcos Fernández de Castañeda ; des missionnaires Haller, Neumann, Alderete, Eymer,
Celada, Noriega, Piccolo, Lizarralde, Ortega, Mancuso, Gomar et Prado, b) Témoins présents à
Parral : les PP. Eymer, Lizarralde, Noriega, Celada et Ortega ; les militaires Alday, Medrano,
Quintana, García, López, Delgado, Acosta, Lobo, et 6 indiens Tarahumars, dont le Général Don
Gaspar.
Tous les témoignages une fois réunis et déposés, le Juge Hessain, le 17 décembre 1699 transmit
cette documentation à l’avocat Don José de Zárate, de l'Audiencia Real de Guadalajara, et résidant
à Zacatecas, afin de prononcer le jugement définitif. Le 22 février 1700 tous furent acquittés et
déchargés de toute culpabilité concernant l’exécution des rebelles. Le Gouverneur del Castillo fut
toutefois déclaré coupable de n’avoir pas eu sa résidence à Durango, de ne pas avoir visité toute
sa Province, d’avoir eu un magasin où se faisait du commerce, et d’avoir injustement condamné à
mort un indien. Pour tous ces délits il fut condamné à payer une amende de 100 pesos, ainsi que
173

tous les frais du procès. Ce dernier jugement fut prononcé le 4 mars 1700 à Durango [Guad. 156, ff.
844-1209v].
176. Le T. R. P. Général Tirso González, accorda la « Lettre de fraternité » de la Compagnie de
Jésus au Général Retana. C’est un privilège et un témoignage de gratitude que la Compagnie
réserve à ses grands bienfaiteurs. Ils participent ainsi à tous les mérites spirituels de la
Compagnie, et à l’heure de leur mort ils peuvent prononcer les Voeux qui font d’eux de vrais
Jésuites. Nous trouvons l’écho de cet hommage fait à Retana en 1697, dans la correspondance des
missionnaires de la Tarahumara : le 19 novembre 1697, le P. Nicola de Prado, alors à Santa Inés de
Chinipas, vient d’apprendre cette nouvelle et se hâte d’en féliciter Retana [Guad. 156, ff. 576rv]. Le
14 décembre 1697,1e P. Manuel de Ordaz, de Cuiteco, lui écrit textuellement : « ... le doy a Vuestra
Merced muchas enorabuenas de la Hermandad conque Vuestra Merced se a hecho más nuestro.
Fue notticia para mi muy alegre, la qual me participo el Padre Rector [Antonio Gomar] con
grande consuelo mio. Dios nuestro Señor le premie tan santo celo... [op. cit., f. 605rv].
177. En 1685 furent créés les Presidios ou postes militaires de San Francisco de Conchos et de
Janos. Retana fut depuis lors nommé Capitaine « propiétaire » perpétuel du Presidio de Conchos,
par le Vice-roi Don Tomás Antonio de la Cerda Enriquez Afan de Rivera, Comte de Paredes,
Marquis de la Laguna, Vice-roi du 7 mai 1680 au 30 novembre 1686. En 1697, le Vice-roi Comte de
Moctezuma, voulant transférer Retana au Presidio de Janos pour s’occuper de Sonora, le
Gouverneur del Castillo répond au Vice-roi que Retana est « propriétaire » attitré du presidio de
Conchos depuis 1685. Le propriétaire de Janos était le Général Juan Fernández de la Fuente [op.
cit., ff. 1043-1045v, 1054-1056 ; SCHAFER, II, p. 24, note 58 et p. 441 ; ABZ, IV, 13* RECOPILACION,
livre VI, titre 6 : De los protectores de indios ; Livre III, titres 4-12, de la guerre, fortifications,
armements et armée].
178. En 1699, au mois de décembre, Retana déclara avoir 48 ans ; il vint donc à mourir vers 1711
ou 1712 [Guad. 156, f. 943v].
179. Retana était au service de la Nouvelle Biscaye depuis 1675 ou un peu avant, c’est-à-dire
depuis l’àge de 23 ou 24 ans. Le Gouverneur del Castillo nous dit que, lors de l'administration de
la Nouvelle Biscaye par le Gouverneur et Général Don Bartolomé de Estrada (1679-1684), Retana
était Alcalde Mayor y Theniente de Capitan General, mais il avait déjà travaillé dans diverses missions
militaires comme soldat et comme caporal [Guad. 156, f. 1045rv].
180. Pour illustrer l’affection que les missionnaires portaient à Retana, il suffit de rappeler leur
témoignage lors du Juicio de Residencia que nous avons évoqué plus haut, et le fait qu’il était
devenu spirituellement leur frère. Le P. Eymer connaissait Retana depuis 7 ans, le P. Lizarralde
depuis 24 ans, c’est-à-dire depuis 1675, le P. Noriega depuis 12 ans, le P. Celada depuis 20 ans, le P.
Ortega depuis 15 ans, le P. Neumann depuis 18 ans, etc. [Guad. 156, ff. 1084, 1098, 1106, 1112,
1118 ; voir supra notes 173 à 176].
181. Neumann avait été Visiteur des missions de 1696 à 1699. En mars 1699 le P. Vaclav Eymer lui
succéda pour trois ans. Parmi les nouveaux missionnaires, on comptait alors les PP. Diego Liliu,
Ignacio Xavier de Estrada, et vers 1702 le P. Tomás de Solchaga [Guad. 156, fî. 1022, 1026v ; ABZ,
IV, p. 246, note 3, et p. 255, note 7 ; voir supra, note 168].
182. Piccolo quitta Carichi en octobre 1697 et Guadalupe (Chimpas) le 7 novembre, pour
continuer sa route vers la Californie [Guad. 156, f. 572 ; voir supra, pp. 34-35, notes 48-49]. Né à
Palerme (Sicile) le 25 mars 1654, il fut admis chez les Jésuites le 1 er novembre 1673. Après son
noviciat et son juvenat à Palerme (1673-1677), il enseigna pendant trois ans dans les collèges de
Marsala et Módica (Sicile) et dans Tile de Malte. En 1680 il commença sa théologie également à
Palermo. Deux ans plus tard il demandait au P. Général Charles de Noyelle les missions d’Outre-
mer, et en 1683, étant à Séville, celles des îles Mariannes. Il fut toutefois envoyé au Mexique. Il fut
missionnaire de la Tarahumara (avril 1684-octobre 1697), et de la Californie le reste de sa vie. Le 2
février 1689 il prononça ses grands voeux dans la petite église de Satebó, dans les mains du P.
Recteur Francisco de Celada. Il fut visiteur et recteur de la Tarahumara de 1690 à 1693, et
174

supérieur des missions de Californie de 1720 à 1723. Il mourut dans la mission de Santa Rosalía
Mulexé le 22 février 1729. Son activité comme missionnaire de Tarahumara à été peu étudiée. Sa
renommée s’appuie surtout sur son extraordinaire apostolat dans la Californie, aux côtés de Kino,
Salvaterra, etc. [Mex. 5, ff. 342v, 372v, 389v, 424 ; Mex. 6, ff. 63, 111, 181, 254v, 311v, 361 ; Mex. 7, f.
50 ; Mex. 8, ff. 315, 319v, 325, 330, 335v ; FG, XVI, n o 395 et 452/1 ; BURRUS, 1955, pp. 61-76 ; BURRUS,
1962 ; SOMMERVOGEL, VI, col. 725-726 ; Guad. 134 et 156 et Patr. 236, passim].
183. La mission de Carichí comprenait, en plus de Carichí, qui était la cabecera, trois autres
villages : San Luis Gonzaga Tajírachi, Nuestra Señora del Pilar de Bacaburéachi, et el Santo Angel
de la Guarda de Pasigochi [Patr. 236, f. 382, 475 ; ibid., ramo 4, ff. 25-26, 29rv]. Le P. Dunne se
trompe, en disant que la mission de Carichi comprenait les villages de Sisoguichi et d’Echoguita
[DUNNE, 1948, p. 189].
184. Neumann vint remplacer le P. Piccolo à Carichi le 27 février 1698. Il acheva, donc, ces églises
vers la fin 1700 ou aux débuts de 1701. Dans le chapitre suivant de cet ouvrage, Neumann nous dit
en effet, qu’il était en train de finir l’église du village de Tajirachi [Voir infra, pp. 138-139, note 8].
185. D’après le rapport du Visiteur des Missions, Juan Ortiz Zapata, en 1678 il y avait au total 51
chapelles musicales, ou groupes de petits chanteurs dans les missions du Nord-ouest mexicain :
14 dans la mission de San Francisco de Borja (Sonora), 8 dans celle de San Francisco Xavier
(Sonora), 12 dans celle de San Ignacio Yaqui (Sinaloa), 13 dans celle de San Felipe y Santiago
(Sinaloa), et 4 dans celle de Santa Cruz de Topia (Durango). Il est question de 14 instruments
musicaux différents : clarín, chirimía, arpa, guitarra, ravel, bajón, chabeba, flauta, trompeta, tenor,
monocordio, lira, sacabuche y órgano [ Mis. 26, ff. 250v-269v]. Auparavant, vers 1667, les petits
chanteurs de la mission tarahumara de San Miguel de Bocas étaient renommés [op. cit. f. 200].
Al'époque dont parle Neumann, 1699, il avait raison d’être fier de sa chapelle musicale, car il n’y
en avait presque pas d’autres dans la Tarahumara.
186. Cette Fête-Dieu fut introduite dans les missions de Sinaloa dès 1622 [Mis. 25, f. 381. Et on
continua à la célébrer avec splendeur [ibid., ff. 211v]. Nous la trouvons célébrée dans la
Tarahumara en 1662 [Mis. 26, ff. 160-161r, 163rv, 180v, 203, 210, 211 v. 212). Le P. Piccolo, à
Carichi, la célébrait aussi avec éclat, comme ce fut le cas le 6 juin-1697, jour de la dernière Fête-
Dieu qu’il célébra dans cette mission avant de partir pour la Californie [Guad. 156, ff. 287v-291].
Cette fête ne fut donc pas introduite par Neumann [Voir WEISER, 1960, pp. 225-231].
187. C’était le banquet le plus apprécié des Tarahumars, même encore de nos jours. Neumann,
qui était arrivé le 7 mars 1681 à Sisoguichi, organisa la première fête de Pâques dans sa petite
chapelle reconstruite, et pour faire plaisir aux indiens leur fit cadeau de deux boeufs pour le
festin. Le 15 août 1681, Neumann et le P. Guadalajara célébraient leur incorporation définitive
dans la Compagnie de Jésus, entourés d’invités et de 4 autres missionnaires. Cette cérémonie eut
lieu à Matachi. Le P. Guadalajara, alors Recteur de la Tarahumara, offrit aux indiens 3 boeufs pour
leur repas, bien que ce fut un jour d’abstinence, comme Neumann le note lui-même. Et Neumann
nous fait remarquer qu’à cette époque peu d’indiens Tarahumars possédaient des boeufs ou des
vaches, et qu’ils ne mangeaient presque pas de viande, sauf celle que les missionnaires leur
donnaient [NEUMANN, 1682, pp. 3, 7], Pfefferkorn nous parle aussi de l’appétit des indiens de
Sonora, qui leur permettait de dévorer rapidement plusieurs bœufs [PFEFFERKORN-TREUTLEIN,
pp. 40-41, 195]. D’ailleurs les vols continuels de troupeaux par les Tarahumars de l’époque,
étaient assez significatifs. Ainsi, par exemple, à Coyachi les rebelles emmenèrent 150 bestiaux, à
Cosihuiriachi et alentours plus de 2.000 [Guad. 166, f. 1119]. Il y a là un contraste avec la situation
actuelle.
175

RÉSUMÉS
I. — La campagne du Nord. 1. — Le nouveau Gouverneur. Mines et sorciers, occasion du
soulèvement. 2. — Peste et famine en 1693. Complicités indiennes et présages funestes
(1694-1696). 3. — Retana et la campagne du Nord (janvier-avril 1697). 4. — Fuite des
missionnaires. Destruction de Yepómera, Cocomórachi et Tomochi (mai). Le bastion de Papigochi
et le plan des rebelles.
II. — Guérillas aux quatre vents. 5. — Echoguita et Sisoguichi envahis par l’ennemi (juin 1697). 6. —
Inquiétudes du côté de Sonora et Guazapares, de Nonoaba et Norogachi (mai-juillet). 7. — Les
rebelles sur le rocher de Sopechi et l’attaque de Bachimba (septembre). 8. — Insurrection à
Mórachi et à Batopilas (août, novembre). 9. — Visite épiscopale et tournée d’inspection de Retana
(septembre-décembre).
III. — Chez les Pimas et Jovas. Jugement de residencia. 10. — Réunion des troupes espagnoles au Sud-
est de Sonora (janvier-juin 1698). 11. — Le nouveau Gouverneur du Royaume. Neumann lui rend
visite à Parral (juillet-août). Larrea parcourt la Tarahumara (oct.-nov.). Mort du chef rebelle
Puzilego. 12. — Situation de l’après-guerre. Jugement de l’administration du Gouverneur del
Castillo. Vaclav Eymer, nouveau Visiteur des missions. Neumann à Carichi.
176

Chapitre V. Remous, progrès et


conquêtes dans le nord : 1700-1724

1 1. — Tandis que ces pieuses dévotions se célébraient heureusement au cours de chaque


année, incitant d’autres missions à suivre le même exemple avec une émulation
semblable pour le culte divin, voici que de nouveaux désordres éclatèrent dans la
Tarahumara.
2 A l’origine de ceux-ci se trouvait un de nos missionnaires1, qu’il ne faudrait peut-être pas
trop blâmer parce qu’il croyait devoir imiter le zèle d’Elie2 plutôt que la douceur de Notre
Sauveur au milieu de ce peuple barbare. Car celui-ci — comme jadis le peuple Israélite
infidèle — gravissait la montagne pour adorer des idoles et s’adonner aux superstitions du
démon abandonnant plus d’une fois le culte du vrai Dieu3.
3 Le P. Visiteur4 avait assigné à ce Père la mission de Temechi, composée de quatre villages 5
; mais sa rigueur vis-à-vis des Indiens dépassant les bornes, il suscita contre lui la haine
implacable de ses néophytes, qui s’efforçaient par tous les moyens de l’éloigner d’eux et
de leur territoire.
4 Un jour, ayant dû s’absenter des villages dispersés de sa mission et se trouvant occupé
dans le village de Cusihuiríachi pour traiter de diverses affaires avec les Espagnols, les
Indiens du village voisin appelé Pachera se précipitèrent furieusement pour mettre le feu
à l’église et à la maison contigüe du Père. Par bonheur les Indiens de Temechi, où résidait
le Père, détestant cette destruction sacrilège, repoussèrent les incendiaires, les
empêchant ainsi de réaliser leur dessein.
5 Le bruit se répandit entre temps que les Indiens avaient voulu incendier l’église de
Temechi ; mais une femme ayant vu de loin des feux insolites6, convaincue qu’il s’agissait
du temple livré aux flammes, se mit en route sur le champ, et cette nuit-là, marchant d’un
pas viril, arriva à Tajirachi7 avec la nouvelle que les Indiens de Temechi s’étaient de
nouveau révoltés et qu’ils incendiaient l’église et le presbytère.
6 Fort à propos le missionnaire de Garichi8 se trouvait dans ce village de Tajírachi, mettant
la dernière main à l’église récemment construite. Apprenant cette nouvelle, les habitants
prennent les armes et surveillent le village pour le cas où les Indiens de Temechi
arriveraient cette nuit-là pour attaquer leur village.
177

7 Non loin de là, était allumé un four pour la cuisson des briques. Les flammes s’élevant un
peu haut, firent naître parmi les Indiens du voisinage le soupçon qu’ils avaient affaire
probablement aux rebelles de Temechi s’approchant à cet instant de Tajírachi avec des
visées hostiles. Pour savoir ce qui se passait exactement à Temechi, le missionnaire de
Carichí envoya deux explorateurs voir de leurs propres yeux. On apprit ainsi que les
Indiens de Pachera, dans leur haine contre le Père, avaient seulement mis le feu à l’église
et à la maison de Temechi. Cette nouvelle fut un peu plus tard confirmée par le
missionnaire de Sisoguichi9, qui, s’étant absenté de chez lui lors des rumeurs d’une
nouvelle révolte, se rendit chez le P. Joseph Neumann.
8 Il était bien connu que les néophytes de Temechi ne pouvaient pas supporter leur
missionnaire, et qu’ils se révolteraient de nouveau, si les Supérieurs ne l’envoyaient pas
ailleurs : ils simulaient la rébellion plutôt qu’ils ne la faisaient. Néanmoins le bruit de
l’incendie allumé par les Indiens de Temechi s’étant répandu, grossi de force mensonges,
dans les villages et des villes, on en fit part plus malheureusement encore à Retana et au
Gouverneur du Royaume10.
9 En conséquence Retana fut envoyé de nouveau avec une puissante escorte militaire, et
vers la fin novembre il arrivait à Papigochi en vue de réprimer les auteurs du
soulèvement11.
10 Dans l’intervalle le P. Visiteur avait envoyé en toute hâte une lettre au missionnaire de
Temechi, qui se trouvait à Cusihuiriachi parmi les Espagnols, lui ordonnant de ne pas
retourner dans sa mission, mais de rebrousser chemin vers Mexico par où il était venu.
Quant aux Indiens de Pachera, connaissant le retour de Retana, et se sachant coupables,
ils allèrent se réfugier avec plusieurs autres dans les montagnes, d’où on les avait fait
sortir grâce aux conditions du pacte de la nouvelle paix. Ils retournèrent aux mêmes
cachettes et à la vie plus libre d’autrefois.
11 Tout cela causait de gros soucis à Retana, qui ne doutait pas que les montagnards rebelles
fussent à nouveau occupés à tramer un complot funeste contre les missionnaires. Retana
restait bien perplexe ne sachant s’il convenait de les chasser de leurs refuges par la force,
ou de les convier amicalement à en sortir. D’autre part, c’était la saison d’hiver où il neige
beaucoup dans la montagne, et il n’avait pas les forces militaires suffisantes pour
entreprendre une campagne contre l’ennemi. Il laissa donc au Gouverneur du Royaume le
soin de résoudre ses doutes.
12 Le Gouverneur, ayant examiné l’affaire avec les sénateurs du Royaume, ordonna à Retana
de rester à Papigochi et d’envoyer des messagers pour sonder les intentions des
montagnards. Dans le cas où ceux-ci voudraient attaquer les missions, il devrait les
défendre vigoureusement avec les Indiens des villages, dont l’aide, croyait-il, ne lui
manquerait point.
178

13 Un peu plus tard, quand il fut connu que les fugitifs voulaient seulement se maintenir
dans la montagne, Retana fut d’avis que sans aucun danger, on pourrait différer
l’expédition pour déloger les rebelles de leurs montagnes à une époque de l’année plus
favorable. Mais les rebelles, augmentant sans cesse en nombre et flairant le plan, se
fortifièrent dans des endroits presque inaccessibles et dans des rochers très élevés ; et
approvisionnés de victuailles et de flèches pour plusieurs mois, ils se disposaient ainsi à se
défendre de toutes leurs forces.
14 Après les fêtes pascales, le Gouverneur du Royaume12 en personne se rendit à Papigochi
avec un bon nombre de soldats, avec lesquels il espérait semer la terreur parmi les
Indiens récalcitrants et les chasser des montagnes. On les appela, mais en vain ; ils se
refusèrent à abandonner leurs repaires, car ils étaient fins prêts à lutter énergiquement
contre les Espagnols, si ceux-ci venaient à les attaquer. Après plusieurs tentatives du
Gouverneur pour les faire venir, et malgré les menaces très graves qu’il avait fulminées
contre les résistants, ils répondirent dédaigneusement qu’ils ne craignaient rien, que
personne ne les épouvantait, et qu’ils n’en sortiraient jamais.
15 Devant ces propos le Gouverneur, qui demeurait à Papigochi, envoya le Général Retana
avec 100 soldats légers contre les rebelles. C’était le mois de juin, quand la saison des
pluies commençait. Car pendant les autres mois, de la mi-octobre jusqu’à la Saint-Jean
Baptiste13 il fait très sec ; en novembre, décembre, janvier et février il fait très froid et il
neige deux, trois et même quatre fois par jour. Au contraire en mars, avril et jusqu’à la
mi-mai on traverse les quatre saisons de l’année presque chaque jour : le printemps après
le lever du soleil, l’été vers midi, l’automne à la tombée du soir, et l’hiver pendant la nuit,
à cause des gelées très rigoureuses qui blanchissent toute la campagne. Et je ne dis rien
des vents très forts et très violents qui précèdent la saison des pluies : si ces vents
soulèvent la poussière, on croit que le soleil même s’éclipse.
179

16 Pendant plusieurs jours on s’employa à pénétrer petit à petit la Sierra de Güébachi et les
autres vallées très profondes. Dans une de ces vallées, de laquelle on s’élève sur un pic
très abrupt, Retana découvrit les rebelles. Dans cette imprenable forteresse, ils étaient
tout à fait à l’abri des coups de fusil, et l’unique endroit par où l’on pouvait accéder — un
sentier très étroit — ils l’avaient barré avec des rochers gigantesques. Il ne restait donc
aux Espagnols d’autre moyen que de les assiéger, en coupant le fleuve qui irriguait le fond
de la vallée. De cette façon ils seraient contraints à descendre par la faim et la soif, sans la
moindre possibilité d’échapper.
17 Après les avoir entourés de sentinelles, les Espagnols surveillèrent attentivement les
assiégés. Mais voici que le jour du Précurseur13, alors que Retana et les siens déjeunaient
sous la tente, les rebelles se glissèrent en grand nombre par des chemins inconnus, et
après avoir tué les premières sentinelles, ils se mirent à pousser de grands cris en
s’apprêtant à attaquer les troupes espagnoles.
18 A la vue et aux clameurs de l’ennemi, Retana et les siens se levèrent aussitôt de table, et
se précipitant sur leurs armes, chacun d’eux prit rapidement sa place pour affronter
vaillamment l’ennemi. Celui-ci n osant pas s’approcher, prit la fuite par le même chemin
par où ils venaient de descendre. Comme les soldats espagnols se mirent à poursuivre les
fugitifs, ceux-ci faisant rouler de gros rochers contre eux, leurs énormes dimensions les
forcèrent à la retraite et à revenir au campement.
19 Or, connaissant l’obstination des rebelles, et sans espoir de trouver un moyen de les
chasser, après avoir passé inutilement le mois de juin, les Espagnols se retirèrent sans
avoir rien fait. A ceci s’ajoutaient les pluies abondantes qui commençaient et
empêchaient un séjour plus prolongé des troupes. D’autre part, le Gouverneur voyant que
sa présence n’avait abouti à aucun résultat, et que les soldats ne pourraient rien faire à
cause du temps peu favorable, s’achemina vers Parral, mais laissa toutefois Retana pour
défendre les missions. Quant aux fugitifs, ils demeuraient toujours dans les montagnes
sans manifester aucune hostilité. Plus tard on apprit qu’ils souhaitaient seulement se
maintenir dans la Sierra sans qu’on les forçât à réintégrer leurs villages. Et la situation en
resta là pendant toute cette année avec les soldats espagnols cantonnés à Papigochi 14 et la
foule des rebelles dans leurs cavernes.
20 2. — Au contraire dans le voisinage de Parral, en ce temps-là15 les Tobosos avaient commis
de nombreux ravages, assaillant aussi bien les commerçants que les domaines et les
fermes des Espagnols. Si nombreuses et si graves étaient les plaintes contre le Gouverneur
du Royaume16 présentées au Vice-roi 17 à ce sujet, que le premier sollicita volontiers le
témoignage des missionnaires pour prouver son innocence devant les autorités de
Mexico. Avec le témoignage autographe des nôtres, il put se défendre en toute justice
contre les calomnies de ses accusateurs.
21 Au cours de ces événements le Vice-roi reçut un ordre royal de Madrid, qu’il devait faire
connaître à tous les Gouverneurs de Province, Magistrats, Chefs militaires et personnel de
l’administration. Par cet ordre on devait éviter aux Indiens la moindre occasion de se
rebeller, sous peine d’une forte amende en espèces. La raison pour laquelle Madrid
enjoignait cela, était la guerre qui s’acharnait alors sur le sol d’Espagne18. Pour ce motif le
budget militaire destiné à faire la guerre contre les Indiens, serait utilisé à faire la guerre
en Europe.
22 Depuis ce temps-là, en conséquence, aucune action contre les Indiens ne fut entreprise, et
de nos jours encore, ils restent calmes et en paix dans leurs repaires. Dans ces
180

circonstances nos missionnaires les visitent plus fréquemment sans aucun danger, ils
baptisent leurs enfants et nourrissent les adultes de la parole de Dieu. De temps en temps,
à l’occasion des principales fêtes de l’année, ils les invitent à se rendre dans les autres
missions afin qu’ils apprennent la douceur chrétienne, désapprennent les vices et les
moeurs païens, et vivent une vie meilleure en général.
23 Nous ne manquons pas d’églises où l’on célèbre le Saint Sacrifice, ni de maisons assez
confortables, où se rendent nos Pères désireux de travail et de randonnées apostoliques.
Les Indiens eux-mêmes spontanément, et sans contrainte de personne, les ont bâties,
montrant par là quelles dispositions d’âme ils ont envers nous, et avec quel intérêt ils
veulent conserver la paix qui leur fut offerte.
24 3. — Tandis que les capitaines espagnols n’osaient pas châtier ouvertement les Indiens
accusés, les Gouverneurs indigènes nommés pour maintenir la discipline de leurs villages,
exerçaient leurs fonctions avec énergie et punissaient les délinquants comme ils le
méritaient19. Voici par exemple le cas qui s’est passé autrefois dans la mission de San
Francisco de Borja, dont s’occupait le P. Francisco Celada20, originaire de Tolède. Cette
charge était vraiment pénible à cause de la corruption de certains sorciers et magiciens.
25 Dans un village de la mission de San Borja, appelé Sohuiárachi21 vivait un Indien
diabolique, tout à fait résolu à faire du mal partout. Pour ses crimes et pour le tort causé
aux autres il fut accusé, et condamné par Retana à la peine capitale. Mais le P. Celada
s’apitoyant sur le sort de cet homme, intervint pour qu’on épargnât sa vie. On commua
donc la peine de mort en celle des fers, et on envoya le criminel non loin de la mission de
San Borja pour travailler dans un moulin à métaux et réparer ainsi sa vie et ses crimes.
26 Quelques mois plus tard le P. Celada le voyant malade et émacié, s’employa à ce qu’on lui
rendît la liberté. Il retourna donc chez lui, et s’étant peu après tout à fait rétabli, il
continua comme auparavant sa vie d’infamie.
27 Dans sa passion libidineuse, il s’était pris d’un amour éperdu pour une jeune fille, élevée
dans les bonnes habitudes dès son enfance par sa mère veuve et bonne chrétienne. Ne
pouvant aucunement la persuader de consentir à ses brutalités, il revint à ses pratiques
de sorcellerie, par lesquelles la vertueuse néophyte tomba insensiblement malade. Sa
mère connaissant le mal, et redoutant ce charlatan, se retira avec sa fille à la mission de
Carichí. Mais là elle vit bientôt sa fille sur le point de mourir, à cause de l’envoûtement.
Elle fit appel au Père [Neumann] afin que celui-ci préparât la moribonde au dernier
combat. Le Père vint de bonne grâce, et après qu il l’eut confessée et munie des derniers
sacrements, cette pauvre jeune fille accéda à une vie meilleure, nous l’espérons.
28 Ayant été mis au courant par la mère de la maladie de sa fille et de son origine, le Père fit
retourner la mère dans son pays avec une lettre pour le P. Celada. Celui-ci en la lisant ne
put contenir ses larmes. Voyant la tristesse du Père, le chef du village lui demanda quelle
était la cause de cet accablement subit. Comment pourrais-je ne pas pleurer, lui répondit
le Père, voyant ce sorcier que j’ai libéré deux fois de la mort, de qui j’ai obtenu la liberté et
à qui j’ai donné tant de signes d’affection paternelle ? Et voici que cet homme impie vient
de tuer la fille de cette pauvre veuve, comme vous le savez. C’est l’affaire du gouverneur
du village et des autres juges de la mission de réprimer les crimes de cet homme funeste.
29 Après avoir entendu ces paroles, gouverneur et juges partirent, et ayant discuté le cas,
condamnèrent à mort le criminel. La même nuit ils se rendirent silencieusement au
village qu’il habitait, s’emparèrent aussitôt de lui et le pendirent au gibet. Quelques jours
plus tard le P. Celada, appelé au chevet d’un moribond de ce village, fit venir le
181

gouverneur du lieu, l’interrogea sur le sort du malfaiteur et apprit de lui qu’on l’avait
pendu. Alors le Père, qui était un homme d’une conscience très scrupuleuse, en proie aux
remords, alla trouver son Supérieur qui aussitôt le rassura22.
30 Le P. Celada craignait en effet ce qui, peu avant, était arrivé à un autre missionnaire qui
avait dans son village un sorcier très connu. Celui-ci savait très habilement revêtir
l’aspect d’un ours, d’un tigre ou d un lion, et feignant d’en avoir la rage et la férocité, il
avait souvent tué cruellement plusieurs personnes23. Il fut ensuite emprisonné et
suspendu au gibet par les habitants du même endroit. Mais quelque temps après des gens
peu au courant rendirent le Père responsable de sa mort, car selon eux aucun Indien ne
pouvait condamner à mort sans le consentement et l’ordre du Père.
31 Partout on parlait de la mort cruelle de ce sorcier, partout on accusait le Père, et
finalement à Rome même, de sorte que le P. Général Tirso González24 écrivit au P.
Provincial25 du Mexique qu’à Rome on parlait d’un Indien mort pendu sur l’ordre d’un
missionnaire. Que s’il en était ainsi, il ne pouvait pas le tolérer ; il ordonnait qu’on punît
sévèrement le délinquant, et qu’on lui indiquât le nom du Père qui avait donné un tel
ordre.
32 Le P. Provincial, ignorant les faits, s’adressa au P. Visiteur26. Celui-ci lui répondit qu’il
s’agissait purement et simplement d’une calomnie, car il était bien prouvé que les
gouverneurs indigènes, à l’insu et contre la volonté du Père, avaient condamné le sorcier
à ce supplice.
33 Désormais il n’y a plus de doute que les Indiens, une fois constitués exécuteurs de la
justice locale, ont le pouvoir de punir de mort les accusés27. Auparavant nos Pères s’en
inquiétaient lorsque dans leurs missions les gouneurs indigènes usurpaient le droit de la
justice vindicative pour punir les malfaiteurs indignes, ou lorsqu’on le permettait aux
Indiens ; et les missionnaires, conscients de leur rigoureuse autorité, l’avaient interdit
aux Indiens, même si ces supplices étaient exécutés à leur insu.
34 Pourtant, par ce moyen, Retana réussit à supprimer les Indiens criminels, dans la mesure
où il fortifia les droits et l’autorité des gouverneurs indigènes. Un jour on conduisit chez
lui à Papigochi une sorcière, dont le père étati connu comme enseignant la magie et les
sortilèges ; elle, suivant les moeurs et pratiques de son père, avait causé la mort de
plusieurs personnes28. Lorsque les Indiens demandèrent à Retana de la juger, il leur
répondit : c’est inutile de m’amener les gens de cette espèce, jugez-les vous-mêmes ; et si
vous en appréhendez d’autres dans l’avenir, conduisez-les au Père, et une fois confessés
et préparés, tuez-les sans tarder, ou faites les brûler vifs ! ! Les Indiens agirent de cette
sorte, et peu après condamnèrent au feu une femme convaincue de ce crime.
35 On voit par là que les missionnaires ne se sont point mêlés de la condamnation des
coupables, mais qu’ils se sont bornés seulement à encourager et â exhorter les condamnés
à la peine capitale, à subir vaillamment et chrétiennement la mort29.
36 4. — Les missions de la Tarahumara pouvaient enfin jouir d’une paix stable. Chaque
missionnaire cultivait sa vigne avec ardeur. Dans les vingt années précédentes nul n’était
mort, si l’on excepte les deux missionnaires mentionnés auparavant, qui en 1689
moururent aux mains des barbares30. Maintenant Dieu voulut rappeler à Lui certains de
nos Pères et les récompenser de leurs fatigues, de sorte qu’en l’espace de quatre ans, cinq
missionnaires atteignirent le terme de leur vie31.
37 Parmi ceux-ci se trouva le P. Vaclav Eymer32, qui épuisé par des douleurs d’estomac
pendant presque six mois, décéda pieusement à Papigochi, le jour de Saint Etienne 33, roi
182

de Hongrie, au mois de septembre 1709. Le P. Villem Illing, mort dans les montagnes de
Guazapares, le suivit dans la bienheureuse éternité34. Dès son arrivée dans cette mission
de Tarahumara il se distingua dans son travail pour la gloire de Dieu. Plus tard, envoyé
dans la Province de Sinaloa, il continua à travailler avec la même ardeur, aidant les
Indiens à se convertir. Lorsqu’il fut nommé Supérieur, il gouverna les nôtres avec
droiture et prudence, donnant l’exemple et répandant la charité.
38 Vers la fin du siècle dernier les Espagnols avaient découvert les mines d’argent de
Chihuahua35, situées à quelque vingt lieues du village de Cusihuiríachi, vers l’Est. Devant
l’affluence de gens36 qui se présentaient ici, on fonda une nouvelle colonie tout près du
fleuve voisin37. Celle-ci se développa de telle façon dans les années suivantes, que les
maisons des habitants et les dépendances minières pour la fonderie et l’épuration de
l’argent, s’étendaient sur plus d’un mille. Son aspect était plutôt celui d’une ville que d’un
village, à cause du grand nombre de commerçants et d’ouvriers, qui en peu de temps
s’enrichissaient, à condition de bien gérer leurs affaires ; car la quantité d’argent qu’on
extrayait chaque jour de ces mines, était vraiment incroyable.
39 La population espagnole, toute récente, de Chihuahua, ayant ainsi grandi, puisqu’on
abandonnait d’autres lieux et d’autres mines considérées comme épuisées ou moins
riches, il fut alors question avec le Gouverneur du Royaume38 de fonder ici un séminaire
de la Compagnie, pour l’enseignement des enfants et pour les autres ministères
conduisant au salut des âmes.
40 On choisit un terrain au centre de l’agglomération, pour y construire un très grand
édifice ; et une veuve espagnole, acheta le domaine voisin avec son moulin, ses champs,
ses pâturages et le bétail pour la subsistance de la nouvelle maison. Bien que sa
construction ne fut commencée qu’en 1718, elle est maintenant si avancée que notre
Compagnie commence à travail1er fructueusement avec les premiers Pères envoyés par le
P. Alessandro Romano39, alors Provincial du Mexique, et c’est un ancien missionnaire,
natif de Valence, qui a pris en charge la discipline du collège40.
41 Pour le reste, le but principal de cette fondation est celui de former les nouveaux
missionnaires dans l’apprentissage et la maîtrise des langues autochtones, très difficiles
et très différentes. Les professeurs seraient d’anciens missionnaires, épuisés par l’âge ou
la maladie et ne pouvant plus continuer dans les missions. En fait, jusqu’à présent aucun
des missionnaires qui nous ont été envoyés, n’a fait ses débuts dans le nouveau collège.
Tous ceux qui viennent ici, surtout les européens, se montrent assez vite capables même
d’enseigner ces langues, car ils s’appliquent de toutes leurs forces à les apprendre, et avec
l’aide évidente de Dieu, ils en acquièrent bientôt la maîtrise.
42 Il nous manquait seulement un médecin pour soigner à l’occasion les Pères malades. Plus
tard ce besoin fut largement satisfait avec l’arrivée du Frère Johannes Steinhõffer 41 de la
Province de Bohême, où il avait été reçu par la Compagnie, étant déjà médecin très
compétent42. Il fut une aide précieuse pour nos Pères dans les Provinces de Sonora,
Sinaloa et Tarahumara, non seulement par ses interventions adroites et son savoir, mais
aussi par son livre érudit, écrit en espagnol, qui a pour titre : « Florilegio medicinal » 43. Il
rendit ainsi de grands services à la postérité dans la guérison des corps, pour son plus
grand honneur et celui de sa Province de Bohême.
43 Cet ouvrage, approuvé par la Faculté de Médecine de l’Université de Mexico, très apprécié
des médecins, fut imprimé là-bas même. Distribué ensuite dans ces régions éloignées du
monde, il a été très utile, fournissant des remèdes populaires pour retrouver la santé,
183

rendant ainsi service aux hommes de tout âge, car on y trouvait la description de toutes
sortes de maladies, et l’emploi des remèdes les plus propres à les guérir.
44 Le Frère Johannes Steinhöffer décéda dans la Province de Sonora, mais il reste vivant
pour nous dans son érudit Florilegio, dont le « parfum délicieux » conserve la vie de
plusieurs et la restitue à un plus grand nombre. Le
45 Frère Johannes fut un homme d’une grande religiosité et d’une charité44 qui le faisait se
prodiguer en faveur de tous.
46 5. — Après quelques années où l’on jouit d’une paix bien établie, de nouveaux troubles se
firent jour dans les confins de la Province de Tarahumara. Toutefois la crainte d’une
nouvelle rébellion fut apaisée en éloignant Manuel, Gouverneur du village de Tutuaca.
C’était un Indien Pima qui jouissait d’une grande autorité parmi les siens, mais il était
faux et rusé. Sa polygamie publique, que les missionnaires lui avaient sévèrement
interdite et à plusieurs reprises, fut la cause de la conspiration qu’il machinait.
47 En plus, on le soupçonna d’être l’auteur de plus d’un assassinat, car le bruit courait que
certains voyageurs venant de Sonora à Tutuaca avaient été secrètement massacrés par
lui, et que cet homme criminel avait jeté les corps de ces victimes dans une grotte
ténébreuse tout près du camino real. Les os des cadavres sont encore là pour témoigner de
la vérité de ces soupçons.
48 Manuel fut donc démis de ses fonctions et remplacé comme gouverneur par un autre
Indien, très aimé des siens, mais ennemi juré de Manuel le Pima. Ne pouvant souffrir cette
injure, Manuel se retira dans les montagnes situées à quelques lieues de Tutuaca avec
plusieurs autres de son espèce. Et d’abord, méprisant les ordres du nouveau gouverneur,
il commença à comploter contre lui, et plus tard il incita les Indiens montagnards contre
les Espagnols, en envoyant des messagers secrets aux villages voisins. Mais les Indiens
eux-mêmes découvrirent à temps ce mal funeste et caché, dont ils redoutaient les
terribles conséquences, l’expérience leur ayant appris les effets désastreux des révoltes
antérieures45.
49 Il y avait à cette époque un nouveau « général »46 pour tous les Tarahumars, auquel
étaient parvenues les nouvelles de cette rébellion. Doutant de l’exactitude de ces récits, il
écrivit au P. Jiri Hostinsky47 de suivre de près le fil des événements et de rechercher la
vérité auprès des Indiens, pour lesquels le Père avait tant d’affection.
50 Cette même mission lui était confiée par Giovanni Giuseppe Mazzoni48, originaire de
Bologne. Le Vice-roi, le Duc de Linares49, avec qui il était venu d’Europe, l’avait en effet
envoyé dans la Nouvelle Biscaye, comme Visiteur militaire des Presidios, des mines
d’argent, et des Tribunaux du Royaume. Aussi dans ses lettres au P. Hostinsky, Mazzoni
lui donnait-il tout pouvoir, non seulement de restituer Manuel, le Pima, dans son poste,
mais aussi de le promouvoir à de plus hautes fonctions.
51 Le Père se mit en route vers Tutuaca, et ayant soigneusement examiné la situation, il
constata que le danger était imminent, et se mit à la recherche de Manuel. En bon
connaisseur de la langue des Tarahumars, le Père persuada si efficacement Manuel
d’abandonner sa mauvaise voie, que celui-ci lui promit de retourner à Tutuaca avec ses
partisans. Alors le Père songea à se servir de Manuel pour faire sortir de leurs montagnes
les Indiens complices de la rébellion, lui restituant non seulement la charge de
gouverneur, mais lui donnant en plus le titre de « Capitaine Général ».
52 Manuel ne se refusa pas à collaborer à cette entreprise si urgente. C’est ainsi qu’on
découvrit que sept villages entiers avaient donné leur accord pour le soulèvement. Dès
184

lors le P. Hostinsky fit réunir les gouverneurs des villages et tous les Indiens de cette
contrée montagneuse, et il les avertit sévèrement de la ruine matérielle et spirituelle à
laquelle ils s’étaient exposés. Ayant ensuite accordé le pardon à tous les rebelles, il sut si
heureusement préserver ce peuple pécheur du châtiment mérité, que le Gouverneur du
Royaume50 lui-même, et le Visiteur Mazzoni, et même peu après le Vice-roi 51 de la
Nouvelle Espagne lui envoyèrent des lettres débordantes de gratitude et d’affection.
53 Un peu plus tard des gens de mauvaise volonté, qui ne manquent nulle part, car l’ennemi
du genre humain sème partout l’ivraie52, accusèrent le P. Hostinsky à Mexico, à Madrid et
à Rome ; le Vice-roi51 en personne fut alors son défenseur, et il sut puissamment et en
toute justice le venger de ses calomniateurs.
54 En dépit des promesses de faire sortir les Indiens de leurs montagnes, Manuel ne l’exécuta
jamais sérieusement : il trouvait toujours des prétextes pour éluder la réalisation de ce
but53. Bien au contraire il s’employait avec ruse à les conserver dans leurs refuges, aussi
bien pour empêcher les missionnaires de les visiter souvent, que pour maintenir
continuellement la peur parmi les Espagnols. De plus, ce menteur alla jusqu’à combattre
la vraie doctrine des Pères de ses railleries, proclamant la superstition des missionnaires,
l’impiété des Espagnols, et l’hostilité des uns et des autres envers le peuple Tarahumar.
55 Renseigné par des Indiens fidèles sur la situation, le P. Jiri Hostinsky écrivit aussitôt au
Visiteur du Royaume, M. Mazzoni, et ils furent d’accord pour ne leur envoyer aucun
missionnaire, jusqu’à ce que le susdit Manuel eût quitté les montagnes de Tutuaca. Après
avoir traité de cet état de chose, le P. Hostinsky et le Visiteur Mazzoni furent d’avis qu’on
devrait se saisir de la première occasion pour capturer Manuel. Ceci le Père réussit à le
faire très habilement : sans presque s’en apercevoir, Manuel fut appréhendé par les
Indiens mêmes de Tutuaca, emprisonné et envoyé à Parral. Il y resta en captivité pendant
quelques années, sans avoir jamais été autorisé à retourner dans la Tarahumara.
56 Après l’exil de Manuel, on envoya un Père mexicain54 pour se charger de cette mission,
mais il n’y resta qu’à peine une année, alléguant la rigueur du froid et d’autres
inconvénients pour sa santé ; il lui manquait aussi, peutêtre, le courage d’affronter les
multiples difficultés que présente parfois la vie du missionnaire.
57 Dans ces conditions le P. Hostinsky prit de nouveau soin de ces montagnards, qui furent
ainsi confiés à un excellent pasteur : il connaissait parfaitement ses brebis, mais celles-ci
ne l’écoutaient guère. Le P. Hostinsky remplissait alors la tâche de quatre missionnaires,
visitant55 fréquemment ces missions de la Sierra dépourvues de pasteur pour
l'administration des sacrements. Avec ses exhortations apostoliques et le rayonnement de
la vérité de l’Evangile il raffermit dans la foi chancelante, apaisa les rebelles et extirpa
presque entièrement les vices invétérés de ce peuple Tarahumar56.
58 Dès lors ces Indiens, ayant acquis une foi plus éclairée, s’occupèrent sérieusement de la
construction, dans leurs villages, d’églises et de maisons pour les missionnaires. Pendant
ce temps-là des Indiens catéchistes réunissaient les enfants pour la prière du soir, car
plusieurs s’en occupaient, selon une coutume déjà ancienne introduite dans chaque
mission par nos premiers missionnaires57. De cette façon les chefs rebelles, touchés par
l’exemple des autres, reconnurent de bon gré la grossièreté de leurs erreurs et la dureté
de leur coeur.
59 En 1721 une nouvelle rébellion commença à se faire jour à cause d’un Indien très capable
dans son gouvernement. Il s’appelait Sebastian et était lieutenant-général. Les
missionnaires l’aimaient beaucoup non seulement à cause du charme de sa parole, mais
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aussi parce qu’il connaissait bien la doctrine que les Pères lui avaient enseignée. Sebastian
amena ses sujets à la foi avec beaucoup de talent, de constance et de conviction, et d autre
part avec une grande audace il sut réprimer par la parole, par des menaces et même par
le châtiment les délinquants.
60 Un Indien, son rival, d’ailleurs très capable, ne supporta point cette façon d’agir, et lui
tendit secrètement un piège. En portant contre Sebastian de fausses accusations auprès
du Général des Tarahumars qui était aussi un Indien —, il exacerba à tel point l’animosité
des Indiens, que la décision fut prise de s’emparer de Sebastian sans tarder. A l’insu de
nos Pères, et par un stratagème du dépravé calomniateur, l’innocent fut capturé au milieu
de la nuit et conduit à Papigochi. Alors on fit venir les juges tarahumars et espagnol. Ce
dernier ajourna le verdict, parce qu’il espérait dans sa convoitise obtenir beaucoup
d’argent et d’autres avantages de cet injuste emprisonnement.
61 Nos Pères se mirent alors à l’unanimité à écrire pour le défendre, et ils le firent en telle
connaissance de cause, que le Gouverneur de la Nouvelle Biscaye, Martin Alday58 déclara
Sebastian acquitté. Quant au juge Espagnol, il fut destitué de ses fonctions et condamné à
la peine du talion. En ce qui concerne le calomniateur, les Indiens de Tutuaca mirent la
main sur lui, mais des amis réussirent de nouveau à le libérer ; il vécut ainsi pendant
quelque temps, caché dans une grotte, jusqu’à ce qu’un jour, se repentant de leurs crimes,
lui et ses compagnons, après la messe, tombèrent à genoux devant le P. Hostinsky,
demandant pardon pour leurs fautes et promettant une amitié fraternelle à Sebastian. De
cette façon, grâce à Dieu, s’éteignit l’étincelle dont certains craignaient qu’elle ne
provoquât un grand incendie.
62 6. — Cette même année 1721 les Indiens du Nayarit59, dont la Province s’appelle
maintenant Royaume de la Nouvelle Tolède, qui jusqu’à ce moment n’acceptaient pas la
foi catholique, furent vaincus par les armes espagnoles de Zacatecas et de Guadalajara.
Maintenant, ils sont tout à fait bien disposés à entrer dans le sein de notre Sainte Mère
l’Eglise.
63 Les bons Frères franciscains prétendaient que c’était eux qui devaient évangéliser ces
Indiens. Or, comme le chef des Indiens du Nayarit60, lors de son voyage à Mexico,
demanda des Pères de la Compagnie, son Excellence le Marquis Baltasar de Valero 61, Vice-
roi de la Nouvelle Espagne, attribua cette vigne du Seigneur à nos Pères. Le Père
Provincial62 envoya alors six missionnaires pour s’occuper fructueusement de
l’évangélisation de ces Indiens païens.
64 Les Indiens de différentes nations, pour la plupart nomades, avaient dévasté quelques
années auparavant, par leurs incursions hostiles et leur brigandage, la Province connue
aujourd’hui sous le nom du Royaume du Nouveau Léon63. Mais en 1722, grâce à Dieu et
après maints combats, les Espagnols remportèrent une glorieuse victoire. Plusieurs
Indiens furent tués, quelque