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TABLE

DES MATIÈRES
AVANT-PROPOS DU DR WAYNE W. DYER

INTRODUCTION

PREMIÈRE PARTIE – RECHERCHE DE LA VOIE JUSTE

PROLOGUE – LE JOUR OÙ JE SUIS « MORTE »

CHAPITRE 1 – UNE ENFANCE DIFFÉRENTE

CHAPITRE 2 – DE NOMBREUSES RELIGIONS, DE NOMBREUSES VOIES

CHAPITRE 3 – MANŒUVRES D’APPROCHE MANQUÉES

CHAPITRE 4 – MON VÉRITABLE AMOUR

CHAPITRE 5 – DIAGNOSTIC DE PEUR

CHAPITRE 6 – RECHERCHE DU SALUT

DEUXIÈME PARTIE – MON VOYAGE VERS LA MORT ET LE RETOUR

CHAPITRE 7 – QUITTER CE MONDE

CHAPITRE 8 – QUELQUE CHOSE D’INFINI ET D’ABSOLUMENT FANTASTIQUE

CHAPITRE 9 – RÉALISER LE MIRACLE

CHAPITRE 10 – PREUVE DE GUÉRISON

CHAPITRE 11 – « MADAME, EN TOUT ÉTAT DE CAUSE, VOUS DEVRIEZ ÊTRE MORTE! »

CHAPITRE 12 – VOIR LA VIE SOUS UN JOUR NOUVEAU

CHAPITRE 13 – TROUVER MA VOIE

CHAPITRE 14 – LA GUÉRISON N’EST QU’UN DÉBUT

TROISIÈME PARTIE – CE QUE J’AI FINI PAR COMPRENDRE

CHAPITRE 15 – LA RAISON DE MA MALADIE ET DE MA GUÉRISON

CHAPITRE 16 – LE MOI INFINI ET L’ÉNERGIE UNIVERSELLE


CHAPITRE 17 – S’OUVRIR ET ÊTRE SOI-MÊME

CHAPITRE 18– QUESTIONS-RÉPONSES

ÉPILOGUE

REMERCIEMENTS

QUELQUES MOTS SUR L’AUTEURE


Titre original : Dying to be me

copyright © 2012 Anita Loorjani
copyright © 2012, Guy Trédaniel Éditeur
pour la traduction en français

Traduit de l’anglais par Christine Lefranc

Isbn : 978-2-813-21153-8

www.editions-tredaniel.com
info@guytredaniel.fr
À Danny, mon véritable amour : J’ai toujours su que notre
amour dépassait l’espace et le temps.
Sans toi, je ne serais pas ici dans cette vie aujourd’hui.

À ma chère mère et mon merveilleux frère, Anoop : Merci d’avoir


fait partie de ma vie, mais surtout de ma maladie, et d’avoir
pris soin de moi au moment où j’avais le plus besoin de vous.
Je souhaite que tous puissent avoir une famille qui les
soutienne comme vous l’avez fait pour moi.

En souvenir de mon cher père, dont le rêve le plus grand


était d’assister à mon mariage, mais qui a quitté ce
monde avant le grand jour : merci de m’avoir donné
l’opportunité d’expérimenter ta présence infinie et ton
amour inconditionnel dans l’autre monde, et de m’avoir
assurée que tu es ici, là-bas, partout.

Je pense que les plus grandes vérités de l’univers ne résident


pas à l’extérieur, dans l’étude des étoiles et des planètes.
Elles résident en nous, dans la magnificence de nos
cœur, esprit et âme. Tant que nous ne comprenons pas
ce qui est au-dedans, nous ne pouvons comprendre
ce qui est au-dehors.

Je partage mon histoire ici dans l’espoir de toucher


votre cœur en quelque sorte, et de vous
rappeler votre propre magnificence.
AVANT-PROPOS

J’ai été profondément touché par le contenu de ce livre et encore plus par ma relation avec
Anita Moorjani, qui est entré dans ma vie grâce à une série de coïncidences divinement orchestrées.
Pendant plus de quatre ans, un cancer en phase terminale a amené Anita au seuil de la mort et au-
delà – dans la maison de la mort elle-même, bien loin de la porte et du vestibule, en somme. Ce
livre nous emporte vers une quête spirituelle qu’elle nous décrit en détail. Je vous encourage à le
lire très attentivement et à y réfléchir, l’esprit ouvert et prêt à affronter une remise en cause de vos
croyances habituelles, particulièrement en ce qui concerne ce qui se trouve au-delà de ce monde,
dans ce que l’on appelle habituellement l’au-delà.
Entourée de ses proches et d’une équipe médicale qui s’attendaient à tout moment à la voir
rendre son dernier soupir, Anita gisait dans un coma profond. On lui donna pourtant l’opportunité
de revenir dans son corps ravagé par le cancer et, contre toute attente, d’expérimenter une
incroyable guérison – par le biais de l’amour inconditionnel. En outre, on lui permit de revenir de
la chambre de la mort et de nous raconter à quoi ressemble la vie de l’autre côté de ce monde
matériel et, encore plus important, ce que nous y ressentons.
C’est une histoire d’amour – une grande histoire d’amour inconditionnel qui vous montrera
sous un nouveau jour qui vous êtes vraiment, pourquoi vous êtes ici, et comment vous pouvez
transcender toute peur ou le manque d’estime de soi qui détermine votre vie. Anita parle de son
cancer avec une candeur peu commune, expliquant pourquoi, selon elle, elle devait emprunter ce
chemin tortueux dans sa vie, pourquoi elle pense qu’elle a été guérie et pourquoi elle est revenue.
Et ne vous y trompez pas, la mission de sa vie réside surtout dans le fait que vous allez lire
l’histoire de son expérience… et dans ma grande implication pour aider à répandre son message
crucial dans le monde entier.
Ce qu’a découvert Anita au cours de ses 24 heures de coma, après avoir franchi le seuil de
l’autre monde, correspond remarquablement à tout ce que j’ai reçu dans mes moments
d’inspiration au cours de mes écrits ou de mes discussions. Il est clair pour nous deux qu’une
intervention divine a pris les rênes et a déplacé les pions de façon à ce que cette femme qui vivait à
l’autre bout du monde et qui avait une culture très différente de la mienne, soit escortée dans ma
conscience et dans ma vie physique.
J’entendis parler pour la première fois d’Anita le jour où je reçus un exemplaire de son
interview sur son expérience de mort imminente (NDE1*) par l’intermédiaire d’une femme de New
York nommée Mira Kelley. Celle-ci devint plus tard une amie et me fit faire une régression dans
une vie antérieure – je l’ai publiée dans mon livre Les 5 étapes pour réaliser ses désirs. Après la
lecture de l’histoire de NDE d’Anita, je me sentis irrésistiblement poussé à faire tout ce qui était en
mon pouvoir très limité pour répandre son fascinant message dans le monde. J’appelai Reid Tracy,
le directeur de Hay House, pour le persuader de trouver Anita Moorjani et de lui demander
d’écrire un livre retraçant son expérience en détail. J’ajoutai que je serais heureux – que dis-je,
honoré – d’écrire l’avant-propos de son livre si elle acceptait le projet. Par une série de
merveilleuses synchronicités – y compris l’appel de Hong Kong d’Anita dans mon émission de
radio hebdomadaire sur hayhouseradio.com, et l’interview que j’ai faite avec elle et que tout le
monde peut écouter –, nous nous sommes rapprochés à un niveau tant professionnel que personnel.
Anita explique que nous sommes tous « pur amour ». Non seulement nous sommes reliés à tous
les êtres et à Dieu, mais à un niveau plus profond, nous sommes tous Dieu. Nous avons laissé nos
peurs et notre ego exclure Dieu de notre vie, ce qui explique en grande partie l’apparition de toutes
les maladies, tant celles de notre corps que celles de notre monde. Elle parle de l’importance
d’apprendre à garder précieusement notre magnificence et à vivre comme des êtres de lumière et
d’amour, et des propriétés de guérison inhérentes à cet état d’esprit.
Anita décrit la manière dont elle a vécu l’absence d’espace et de temps, et sa sensation
d’émerveillement en découvrant que l’unité n’est pas un concept intellectuel, mais que tout se
déroule vraiment en même temps. Elle raconte sa sensation d’avoir baigné dans une aura d’amour
pur et merveilleux, et comment une telle émotion contient un potentiel illimité de guérison. Elle a
fait l’expérience directe du vrai sens des paroles de Jésus, « Avec Dieu, tout est possible » – sans
rien omettre, y compris la guérison du passé. Anita a fait l’expérience directe de ce que j’ai écrit en
long et en large dans mon livre Les 5 étapes pour réaliser ses désirs, à savoir que dans la vraie
présence de Dieu, les lois du monde matériel (y compris de la médecine) ne s’appliquent pas.
Je devais rencontrer cette femme. Dès nos premières conversations téléphoniques, je sentis
l’essence spirituelle d’Anita et son message d’espoir, capable de se substituer à la peur. Je l’invitai
non seulement à écrire son livre, mais à se présenter dans mon émission sur PBS pour raconter au
monde entier son histoire d’amour, d’espoir et de guérison.
J’envoyai l’interview de NDE d’Anita à ma mère, âgée de 95 ans, qui vit dans un centre médical
assisté. Ma mère se trouve fréquemment confrontée à la mort, étant donné que nombre de ses
nouveaux amis d’un âge avancé rendent l’âme dans leur sommeil et disparaissent de son existence
pour toujours. J’ai eu de nombreuses conversations avec elle pour savoir ce qu’elle pensait du
grand mystère qu’on appelle la mort qui est la destinée de tout être vivant. Tout ce qui se
matérialise se dématérialise. Nous le savons intellectuellement, néanmoins ce qui nous attend reste
un grand mystère.
Après avoir lu le rapport de NDE d’Anita, ma mère me dit qu’une onde de paix l’avait envahie et
s’était substituée à la peur, à l’anxiété et au stress inhérent au grand inconnu et à ce qu’il nous
réserve. En fait, tous ceux qui ont lu l’expérience d’Anita, y compris mes enfants, ont senti un
regain de dynamisme et ont fait le vœu de toujours, pardessus tout, s’aimer, prendre soin de leur
magnificence, et bannir de leur vie quotidienne toutes les pensées potentielles génératrices de
maladie. Tandis que j’avais mis ces idées par écrit, Anita les a remises dans leur contexte, dans le
monde de l’expérience.
Elle a été capable de guérir son corps et m’a dit à maintes occasions qu’elle avait l’impression
d’être revenue pour enseigner cette leçon simple, mais puissante, qui non seulement peut nous
guérir, mais peut aussi transformer notre monde. Et ceci, je le sais, est la raison pour laquelle Dieu
nous a fait nous rencontrer, Anita et moi. J’ai toujours senti que c’était mon dharma d’enseigner
aux gens leur propre caractère divin et j’ai toujours su que le lieu suprême en eux est Dieu. Nous
ne sommes pas ce corps, nous ne sommes pas non plus nos réalisations, ni nos possessions – nous
sommes tous un avec la Source de toute existence, qui est Dieu. Au moment où j’expliquais tout
ceci dans Les 5 étapes pour réaliser ses désirs, Anita Moorjoni entra dans ma vie comme pour
mettre un point d’exclamation sur tout ce que j’avais reçu par écriture automatique. Elle l’a vécu et
le raconte merveilleusement bien. Et c’est maintenant à votre tour d’avoir la chance de pouvoir lire
et d’appliquer toutes les leçons qu’a tirées Anita de son farouche combat contre le cancer et de son
paisible retour parmi nous, à travers l’expérience directe de la guérison divine.
Je suis honoré de jouer un petit rôle dans la propagation de ce message d’amour de guérison
ultime. Puissiez-vous comprendre les paroles d’Anita et devenir un instrument capable d’éliminer
toute maladie de votre corps, de vos relations, de votre pays et de notre monde. Comme l’a un jour
observé Elizabeth Barrett Browning de manière si poétique : « La Terre se gorge du ciel, et le
moindre buisson s’embrase de Dieu. » En effet, c’est pour l’amour que la guérison et le paradis sur
terre sont à vous.
J’aime Anita et son merveilleux livre. Je vous souhaite beaucoup de plaisir à sa lecture.
Dr Wayne W. Dyer
Maui, Hawaï

1 * Near Death Experience = NDE.


INTRODUCTION

Si je partage cette histoire, c’est dans l’espoir que d’autres puissent éviter d’endurer ce que j’ai
traversé.
Il n’est pas dans mon habitude d’enseigner ou de dire ouvertement aux gens comment mener leur
vie, et je n’aime pas non plus prodiguer des conseils sur certains changements qui les aideraient à
l’améliorer, même s’ils le demandent. Je préfère donner l’exemple et créer un environnement
sécurisant pour les autres afin qu’ils puissent entrer en contact avec leur propre vérité.
J’y ai souvent pensé depuis les événements de l’hiver et du printemps 2006, qui m’ont amenée à
vivre une expérience de mort imminente (NDE) et à guérir du cancer qui me rongeait depuis ces
quatre dernières années. Au cours de ma NDE, j’ai pu voir et sentir certains aspects de ma vie
future, et j’ai compris que l’une des raisons pour lesquelles j’avais choisi de revenir à la vie
terrestre était la certitude que mon expérience et que mon message toucheraient d’autres personnes.
Lorsque j’étais dans cet état, je savais que je devais inspirer d’une manière ou d’une autre des
milliers, voire des dizaines de milliers de gens. Je n’étais toutefois pas certaine du moyen à
employer; je savais tout simplement que j’allais en aider beaucoup. J’avais notamment la sensation
que je n’avais rien à faire pour que cela se produise; il me suffisait d’être moi-même, de prendre
plaisir à la vie et d’être un simple instrument pour permettre à quelque chose de supérieur de
s’exprimer.
C’est ce qui est arrivé lorsque j’ai commencé décrire mes expériences, en réponse aux demandes
émanant du domaine médical et scientifique, ou de particuliers en quête d’éclaircissements sur la
nature du monde et de leur vécu. C’est ce qui a donné naissance à ce livre (voir chapitre 14).
J’explique librement ce que j’ai appris de mon cancer et de ma NDE. Je suis heureuse de partager
l’expérience et la compréhension de la vie que j’en ai tirées, notamment quand je sens que d’autres
peuvent en profiter.
Dans la première partie, je raconte comment j’ai grandi au sein de cultures multiples, héritières
de croyances différentes et souvent contradictoires. J’explique comment elles m’ont influencée et
ont alimenté les peurs qui ont fini par se manifester sous forme de maladie, et je vous emmène
jusqu’à ma vie d’adulte, puis dans ma descente dans la prison du cancer.
La deuxième partie explore la NDE elle-même – ce que j’ai vécu et compris à ce moment-là – et
ce qui est arrivé ensuite. Être guérie du cancer et essayer de trouver ma nouvelle place dans le
monde a été une quête de découverte de soi vivifiante, pleine de surprises et de défis!
Dans la troisième partie, je parle de ce que j’ai été en mesure de comprendre sur la guérison, sur
le contexte mondial actuel, et comment nous pouvons vivre à l’image de ce que nous sommes
vraiment, en laissant rayonner notre magnificence. Je conclus par une série de questions-réponses,
sur les sujets les plus courants et les plus difficiles généralement soulevés.
Mais avant de partager avec vous ce que j’ai appris de mon expérience, j’aimerais spécifier que
je ne prétends pas détenir des vérités universelles ou scientifiques, ni être un gourou spirituel pour
quiconque. Je ne cherche pas non plus à instaurer une nouvelle religion ou un nouveau système de
croyance. Mon seul but est d’aider, pas de convaincre.
Je souhaite particulièrement insister sur le fait que vous n’avez pas à faire une NDE pour guérir!
Je voudrais simplement vous parler de tous les déclencheurs émotionnels et psychologiques qui,
selon moi, ont contribué à l’apparition de mon cancer, dans l’espoir qu’en identifiant ces facteurs,
vous puissiez réduire, voire éliminer vos risques de tomber malade dans un premier temps.
Parallèlement, si vous – ou une personne que vous connaissez – souffrez d’une maladie grave,
sachez qu’il y a de nombreuses voies menant à la guérison. Je ne peux que vous suggérer de suivre
celle qui vous convient personnellement et qui est en résonance avec vous.
Si vous recherchez une approche progressive ou une série de doctrines à suivre, je ne suis pas la
personne qui vous convient, car je ne crois pas en la création d’un dogme « unique » qui ne ferait
que limiter l’être que vous êtes. De même, quand je parle de m’aimer moi-même, mon objectif
n’est pas d’attirer l’attention sur moi, mais de vous aider à expérimenter cette même sensation en
vous. En partageant mon expérience et mes révélations, je n’ai qu’un souhait : allumer l’étincelle
de magnificence qui se trouve en vous et éveiller le gourou dormant en vous afin qu’il vous guide
vers votre propre place au centre de l’Univers.
Je souhaite que vous trouviez la joie chaque jour de votre quête de soi et que vous arriviez à
aimer la vie autant que je l’aime maintenant!
PREMIÈRE PARTIE
RECHERCHE DE LA VOIE JUSTE
PROLOGUE
LE JOUR OÙ JE SUIS « MORTE »

Oh, mon Dieu, comme je me sens bien! Je suis si libre, si légère! Comment se fait-il que je ne
ressente plus aucune souffrance dans le corps? Où est-elle allée? Eh, pourquoi mon entourage
semble-t-il s’éloigner de moi? Mais je n’ai pas peur! Pourquoi n’ai-je pas peur? Où sont parties
mes peurs? Oh, je ne ressens plus la peur!
Telles étaient les pensées qui me traversaient au moment où on m’amenait d’urgence à l’hôpital.
Le monde qui m’entourait commençait à me paraître irréel, comme un rêve, et je me sentais
sombrer de plus en plus profondément dans le coma. Mes organes cessaient progressivement de
fonctionner tandis que je succombais au cancer qui avait ravagé – ou plutôt, dévoré – mon corps
ces quatre dernières années.
C’était le 2 février 2006, un jour qui restera gravé dans ma mémoire comme le jour où je suis
« morte ».
Bien qu’étant dans le coma, j’étais extrêmement consciente de tout ce qui se passait autour de
moi, y compris de la précipitation et de la panique de ma famille quand ils m’ont amenée à
l’hôpital. À notre arrivée, l’oncologue me regarda et son visage se figea.
« Le cœur de votre femme bat peut-être encore, dit-elle à mon mari, Danny, mais elle n’est plus
vraiment là. C’est trop tard pour la sauver. »
De qui parle ce docteur? me demandai-je. Je ne me suis jamais sentie aussi bien de toute ma vie!
Et pourquoi ma mère et Danny semblent-ils si effrayés et inquiets? Maman, ne pleure pas, je t’en
prie. Qu’est-ce qui ne va pas? Est-ce à cause de moi? Je vais bien, vraiment, chère maman, je me
sens bien!
Je pensais m’exprimer tout haut, mais rien ne sortait. Je n’avais plus de voix.
Je voulais prendre ma mère dans mes bras, la consoler et lui dire que j’allais bien, et je ne
pouvais pas comprendre pourquoi je n’y arrivais pas. Pourquoi mon corps physique ne coopérait-
il pas? Pourquoi étais-je juste allongée là, sans vie et toute molle, alors que tout ce que je voulais
faire était d’enlacer mon mari et ma mère chéris, de les rassurer et de leur dire que je ne soufrais
plus.
Regarde, Danny, je peux me déplacer sans mon fauteuil roulant. J’ai du mal à le croire! Et je ne
suis plus reliée au masque à oxygène. Oh, ma respiration est redevenue fluide, et les lésions sur ma
peau ont disparu. Elles ne suppurent plus et ne me font plus mal. Après quatre longues années
d’agonie, je suis enfin guérie!
J’étais dans un état de pure joie et de jubilation. J’étais enfin libre de la souffrance infligée par le
cancer qui avait ravagé mon corps. Je voulais qu’ils se réjouissent pour moi. Pourquoi n’étaient-ils
pas heureux que mon combat ait enfin cessé, que leur combat soit terminé? Pourquoi ne
partageaient-ils pas mon allégresse? Ne pouvaient-ils voir la joie que je ressentais?
« S’il vous plaît, vous devez pouvoir faire quelque chose, suppliaient Danny et ma mère en
s’adressant au médecin.
— C’est juste une question d’heures maintenant, répondit l’oncologue. Pourquoi votre médecin
ne nous l’a-t-elle pas envoyée plus tôt? Ses organes commencent déjà à défaillir et c’est la raison
pour laquelle elle est dans le coma. Elle ne passera probablement pas la nuit. Vous demandez
l’impossible. Tout ce que nous pourrions lui administrer à ce stade se révélerait toxique et fatal
pour son corps, étant donné que ses organes ne fonctionnent plus!
— Eh bien, peut-être, insista Danny, mais je n’abandonne pas espoir! »
Mon mari tenait étroitement ma main sans vie dans la sienne tandis que je gisais là, consciente de
l’anxiété mêlée d’impuissance que traduisait sa voix. Je voulais plus que tout le délivrer de cette
souffrance. Je voulais qu’il sache que je me sentais merveilleusement bien, mais j’étais incapable
de l’exprimer.
N’écoute pas le docteur, Danny; je t’en prie, ne l’écoute pas! Pourquoi dit-elle cela? Je suis
encore là et je vais bien. Mieux que bien, en fait je me sens en pleine forme!
Sans en comprendre la raison, je percevais tout ce que les autres ressentaient, que ce soient les
membres de ma famille ou le médecin. Je sentais vraiment leur peur, leur anxiété, leur impuissance
et leur désespoir. C’était comme si leurs émotions étaient les miennes, comme si je devenais eux.
Je sens ta peine, mon chéri – je peux ressentir toutes tes émotions. Ne pleure pas à cause de moi,
je t’en supplie, et dis à maman de ne pas pleurer non plus. S’il te plaît, dis-lui!
Mais dès que je cherchais à m’attacher au drame qui se jouait autour de moi, je me sentais tirée
en arrière, comme si une perspective plus vaste s’ouvrait devant moi, comme si un programme
plus large se dévoilait. Je sentais mon attachement à la scène diminuer au fur et à mesure que je
prenais conscience que tout était parfait et se passait conformément au plan établi.
C’est alors que je réalisai vraiment que j’étais en train de mourir.
Oh… je meurs! Est-ce l’impression que cela fait? Ça n’a rien à voir avec ce que j’imaginais. Je
me sens si merveilleusement bien et calme… et je me sens enfin guérie!
Je compris alors que, même si mon corps physique avait cessé de fonctionner, tout restait parfait
dans la grande toile cosmique, car nous ne mourons jamais vraiment.
J’étais encore extrêmement consciente de chaque détail de la scène qui se déroulait devant moi
tandis que j’observais l’équipe médicale m’emporter sur un brancard vers l’unité de soins intensifs.
Ils m’entouraient avec une frénésie proche de la panique et me reliaient à des machines tout en
plaçant des aiguilles et des tubes.
Je n’éprouvais aucun attachement pour ce corps sans vie allongé sur le lit d’hôpital. Je n’avais
pas l’impression qu’il m’appartenait. Il semblait bien trop petit et trop insignifiant pour abriter ce
que je ressentais. Je me sentais libre, libérée et magnifique! Toutes les douleurs, les maux, les
chagrins et la tristesse avaient disparu; j’étais dégagée de tout. Je ne me souviens pas de m’être
sentie aussi bien de toute ma vie.
J’eus ensuite l’impression d’être envahie par quelque chose que je ne pourrais décrire que par le
terme « amour inconditionnel », mais même le mot amour ne lui rend pas justice. C’était la bonté la
plus profonde que j’aie jamais expérimentée auparavant. C’était au-delà de toute forme physique
d’affection que nous pouvons imaginer, et c’était inconditionnel – c’était à moi, quel que soit ce que
j’avais fait. Je n’avais pas à faire quoi que ce soit, ni à me conduire d’une certaine façon pour le
mériter. Cet amour était pour moi, quoi qu’il arrive!
Je me sentis baignée et complètement régénérée dans cette énergie; elle me donnait un sentiment
d’appartenance, comme si j’étais enfin arrivée, après toutes ces années de combat, de souffrance,
d’anxiété et de peur.
J’étais enfin arrivée chez moi.
CHAPITRE 1
UNE ENFANCE DIFFÉRENTE

L’Inde est un pays magnifique, et pourtant je n’étais pas destinée à y grandir. Bien que mes
parents soient d'origine indienne, d’Hyderabad Sindh, je suis née dans la belle région de Singapour.
Mon grand-père paternel était négociant en tissus et possédait une affaire familiale au Sri Lanka;
il s’occupait de l’import-export de textiles européens, indiens et chinois dans le monde entier. De
par la nature de notre entreprise, mon père avait voyagé un peu partout avant de venir s’installer à
Hong Kong, à l’époque colonie britannique, alors que je venais d’avoir deux ans.
Je baignai simultanément dans trois cultures et trois langues différentes. Hong Kong, métropole
vibrante et animée, est peuplée principalement de Chinois, et j’appris donc le cantonnais avec les
gens du coin. Mes parents nous envoyèrent, mon frère Anoop et moi, dans des écoles britanniques
où l’enseignement était dispensé en anglais, et la plupart de mes camarades de classe étaient des
expatriés anglais. À la maison, ma famille parlait notre langue maternelle, le sindhi, et suivait le
mode de vie hindouiste.
Mon père était un homme grand et élégant, qui inspirait le respect de sa famille. Il avait des
manières strictes et exigeait que nous nous conformions à ses règles, mais je savais qu’il nous
aimait. J’avais peur de lui quand j’étais enfant, et veillais à ne jamais le rencontrer. Au contraire,
ma mère était toujours gentille avec mon frère et moi et je n’ai jamais hésité à partager mes
pensées avec elle.
J’étais en adoration devant Anoop et nous avons toujours été très proches, bien qu’il ait cinq ans
de plus que moi. À l’échelle d’un enfant, cela représente une grande différence d’âge, et il était
donc très rare que nous jouions ensemble ou que nous nous chamaillions. J’avais plutôt du respect
pour lui et il était très protecteur à mon égard. Je me sentais totalement en sécurité quand il était
près de moi, et je savais que je pouvais lui parler de tout. Il a toujours représenté une influence
masculine plus forte que celle de mon père.
En tant qu’hindouistes traditionnels, mes parents avaient fait un mariage arrangé et espéraient
trouver un jour des conjoints convenables pour Anoop et moi quand nous atteindrions l’âge de
nous marier. Traditionnellement aussi, une femme était censée se soumettre à son mari et aux
hommes de la famille.
Une telle inégalité des sexes est monnaie courante dans ma culture. Enfant, je ne remettais pas
ces valeurs en question et pensais que c’était ainsi que les choses devaient être. Ma première
expérience désagréable de cette disparité se présenta alors que j’avais six ans et que je surpris une
conversation entre ma mère et une autre femme.
« As-tu été déçue que ton deuxième enfant soit une fille? » demandait la femme dans notre
dialecte indien.
Je sentis un sentiment d’anxiété m’envahir en attendant la réponse.
« Non, bien sûr que non. J’aime ma fille! répondit ma mère, à mon grand soulagement.
— Mais les filles causent des problèmes, surtout quand elles grandissent, dit la femme. Avec
elles, il faut toujours veiller à ce qu’elles restent pures, sinon elles ne trouvent pas de mari. Et la
dot qui est exigée pour marier une fille ne cesse d’augmenter au fl des années!
— Tu ne peux pas prédire l’avenir. Chaque enfant, que ce soit une fille ou un garçon, amène avec
lui son propre destin, rétorqua ma mère, avec sagesse.
— En tout cas, je suis heureuse d’avoir deux fils! » assura fièrement la femme.
Malgré mon jeune âge, je pus détecter le sentiment de satisfaction qu’elle ressentait en faisant
cette déclaration.
Plus tard, quand ma mère et moi nous retrouvâmes seules, je demandai :
« Maman, est-ce vrai que les filles causent des problèmes?
— Non, bien sûr que non, Beta chérie », répondit-elle (Beta est un terme d’affection pour « ma
fille » dans notre dialecte).
Ma mère m’attira à elle et me serra dans ses bras. Je me rappelle qu’à ce moment, j’ai pensé : Je
ne veux jamais être un problème pour mes parents simplement parce que je suis une fille. Je ne veux
pas qu’ils pensent une seconde qu’ils auraient préféré un garçon.
Notre premier logement à Hong Kong était un appartement dans un immeuble de neuf étages de
la Happy Valley, dominant l’hippodrome. Je passais des heures à la fenêtre à regarder les jockeys
vêtus de soies colorées qui entraînaient leurs chevaux pour les courses du week-end.
La ligne du tramway longeait de la route principale près de notre appartement, et le vacarme des
trams interrompait mes rêvasseries tandis que je les regardais déferler par la fenêtre de notre
appartement du septième étage.
Pratiquement chaque matin, je sortais du lit enveloppée de la forte odeur familière de l’encens au
santal et à la rose. J’ai toujours aimé ces arômes; ils me donnent un sentiment de paix et de sérénité.
Je trouvais généralement ma mère debout, vêtue de son salwaar kameez (robe indienne
traditionnelle) aux multiples couleurs, faite de fine soie indienne ou de tissus français, prête à
entrer dans notre lieu de prière.
Dès le lever, mes parents méditaient, priaient et chantaient des mantras devant notre autel, sous
les yeux des divinités Krishna, Lakshmi, Shiva, Hanuman et Ganesh. Ils le faisaient pour élever leur
conscience et leur force intérieure pour la nouvelle journée qui se préparait. Mes parents suivaient
les Écritures des Védas hindouistes ainsi que les enseignements de Gourou Nanak et de son livre
sacré, le Guru Granth Sahib.
Je m’asseyais souvent devant l’autel et regardais attentivement mes parents allumer l’encens et le
faire tournoyer devant les petites statues et représentations des différents dieux et déesses, tout en
chantant leur puja (prière hindouiste), et je les imitais.
Plus tard, j’allais également observer notre nounou chinoise, Ah Fong, s’adonner à ses
différentes occupations tout en bavardant en cantonnais avec moi. Son corps mince, habillé du
samfoo (robe chinoise) traditionnel noir et blanc, faisait de petits mouvements rapides en
s’affairant dans la maison. J’étais très attachée à Ah Fong. Elle était avec nous depuis que j’avais
deux ans, et je ne peux pas me souvenir d’un seul moment où elle n’a pas fait partie de la famille.
Un jour par semaine, mes parents s’absentaient et je ne les voyais pas avant le début de la soirée.
Ah Fong venait me chercher à l’école, et après avoir déjeuné, elle m’emmenait souvent au marché
pour acheter des denrées fraîches et des produits pour notre maison. Nous voyagions par tram et
j’étais ravie de l’accompagner dans ces sorties.
Nous sautions du wagon au moment où il arrivait juste à côté de notre immeuble. C’était toute
une aventure pour moi. Je regardais par la fenêtre du tram tandis qu’il se frayait un passage dans
les rues étroites et encombrées de la ville, en passant par Happy Valley, la baie de Causeway et Wan
Chai. Puis nous descendions au marché. Ah Fong serrait étroitement ma petite main. Je me délectais
de tout ce que je voyais, sentais et entendais autour de moi. Mes parents ne m’emmenaient jamais
dans des endroits aussi excitants. Ils ne se déplaçaient qu’en voiture et faisaient leurs courses dans
les grands magasins qui me semblaient très fades à côté de ce kaléidoscope de couleurs et de
sensations.
Tout se vendait sur les marchés, des produits frais aux produits ménagers, des petits bijoux et
breloques à toutes sortes de babioles. Les vendeurs vantaient leurs articles, et leurs stands n’avaient
aucun ordre particulier. Ceux des légumes étaient placés entre ceux des chaussures, des fleurs, des
pots et des casseroles, des jouets bon marché, des beaux étalages colorés de fruits frais, des bijoux,
des ballons, des poissons frais, des viandes, des bas et des chaussettes, des nappes et torchons
colorés, etc., la plupart des articles débordant sur la rue. J’étais captivée pendant des heures.
« Ah Fong, Ah Fong! Regarde ça! Que fait cet homme avec le serpent? criai-je tout excitée dans
mon cantonnais le plus parfait.
— C’est un vendeur de serpents. Il va l’attacher et cette famille va l’emporter chez elle pour faire
une soupe de serpent », répondit Ah Fong.
Je continuais à observer, les yeux écarquillés de surprise, tandis que le serpent se contorsionnait
dans la main habile de l’homme, pour lutter, mais en vain, pour sa liberté. Je ressentais de la
compassion pour la pauvre créature tandis qu’on l’attachait fermement avec des lanières de
bambou et qu’on le jetait dans une cage en treillis métallique.
Malgré tout, j’adorais aller au marché avec Ah Fong. Ces petites sorties étaient une joie pour
mon sens inné de l’aventure!
Même après de nombreuses années de vie avec nous, Ah Fong continuait à baisser les yeux et à
éviter les regards chaque fois que ma mère ou mon père entraient dans la pièce. Étant une enfant
curieuse, je la noyais de questions sur tout, y compris sur son attitude. Dans mon esprit, j’essayais
toujours de réconcilier les différences culturelles entre Ah Fong et mes parents.
« Comment se fait-il que tu fasses cela? voulut savoir mon petit moi de six ans.
— Comment se fait-il que je fasse quoi? répondit Ah Fong.
— Pourquoi baisses-tu les yeux quand mes parents viennent près de toi? Demandai-je en
cantonnais.
— En signe de respect, expliqua-t-elle.
— Pourquoi?
— Tes parents sont mes employeurs. Je veux leur montrer que je les respecte et que j’ai
conscience qu’ils sont mes supérieurs.
— Sont-ils tes supérieurs? la questionnai-je, surprise de cette information.
— Oui, parce qu’ils me donnent du travail.
— Suis-je ta supérieure? demandai-je.
Ah Fong rit jovialement, étant habituée à mon perpétuel esprit inquisiteur.
— Non, tu ne m’as pas donné de travail. Je suis ici pour te surveiller.
— Ah bon », répondis-je en sortant pour aller jouer avec ma nouvelle poupée.
J’aimais aussi jouer avec Ah Moh Yee, la fille d’Ah Fong. Lorsque j’avais environ cinq ans, Ah
Moh Yee venait passer les week-ends chez nous avec sa mère. Elle n’avait qu’un an de plus que moi
et, comme je parlais couramment le cantonnais, nous étions devenues amies. J’aimais vraiment sa
compagnie. Nous jouions avec mes jouets, et nous allions aussi au parc ensemble. Mes parents
étaient heureux que j’aie une compagne de jeu chaque week-end.
Le dimanche étant le jour de congé d’Ah Fong, elle amenait Ah Mo Yee déjeuner puis
reconduisait sa fille dans la maison de ses parents où elle vivait durant la semaine (bien que je ne
l’aie jamais questionnée à l’époque, en y repensant, je réalisais qu’Ah Fong était une mère seule
qui élevait sa fille avec l’aide de sa famille). Ah Fong me prenait avec elle quand je n’étais pas avec
mes parents et j’aimais vraiment ces sorties.
Comme d’habitude, nous voyagions partout en tram et commencions par nous rendre à un stand
de cuisine chinoise pour déjeuner. Ces endroits, appelés dai pai dong en cantonnais, étaient en plein
air dans les rues, et nous nous asseyions sur de petits tabourets, en avalant à grand bruit des bols de
nouilles chaudes et une soupe aux boulettes de pâte, au milieu de la circulation. Après le repas, Ah
Fong nous emmenait dans la maison où vivait Ah Mo Yee avec ses grands-parents, un appartement
modeste et sobrement meublé dans un immeuble de style chinois pas très haut et bon marché. Je
faisais le tour de l’appartement sombre aux murs de pierre, mon esprit curieux voulant en explorer
le moindre recoin tandis qu’Ah Fong sirotait son thé avec ses parents. Ils buvaient du thé dans des
petites tasses émaillées ornées de dessins colorés d’animaux du zodiaque chinois, tels les dragons
et les tigres, et me donnaient un verre de jus de fruit ou de thé sucré.
Je ne me suis jamais lassée de venir là, et même si je me fatiguais de la conversation, j’aimais
regarder dans la rue, par les grandes fenêtres arrondies, où les vendeurs de fruits de mer séchés
étalaient sur une natte de paille des coquilles Saint-Jacques fraîches et des poissons pour les mettre
à sécher sur le côté de la route, au chaud soleil de l’après-midi.
C’est ainsi que mon enfance fut un mélange d’Orient et d’Occident. Étant donné que Hong Kong
était une colonie britannique peuplée essentiellement de Chinois, Noël et Pâques étaient célébrés
avec le même enthousiasme que la fête des Esprits avides et celle de la Lune de la mi-automne.
Ah Fong et Ah Mo Yee m’enseignaient les traditions et les croyances chinoises, ainsi que la
signifcation de toutes les fêtes, et j’étais heureuse qu’Ah Mo Yee reste avec nous durant toutes ses
vacances. Par exemple, la fête des Esprits avides se déroulait la quatorzième nuit du septième mois
du calendrier lunaire. Ce jour-là, les familles priaient pour apaiser les souffrances de leurs proches
décédés et faisaient des offrandes à leurs ancêtres.
Anoop et moi observions Ah Fong et Ah Mo Yee, ainsi que le cuisinier Ah Chun, faire des
offrandes à leurs morts en brûlant de jolis objets en papier. Ils allumaient un feu dans une grande
urne au sommet de la cage d’escalier derrière la cuisine, à l’arrière de notre maison, et y jetaient
les papiers. Les effigies avaient la forme de voitures, de maisons et même de faux billets. Je
présumais que leurs ancêtres recevaient ces offrandes dans l’autre monde.
« Ah Fong, est-ce que ton grand-père reçoit vraiment une maison au paradis si tu brûles un
papier en forme de maison? demandai-je avec curiosité.
— Oui, Anita. Mes grands-parents attendent de moi que je continue à me souvenir d’eux et à les
soutenir, même dans la vie après la mort. Nous devons tous respecter nos ancêtres », me dit-elle.
Ah Fong, Ah Chun et Ah Mo Yee s’asseyaient ensuite autour de la table au fond de la cuisine,
pour prendre le repas préparé par Ah Chun qui y avait consacré une bonne partie de la journée, et
en laissant une place supplémentaire pour que les proches décédés se joignent aux festivités. À cet
endroit préparé pour les défunts, il y avait une offrande de nourriture. Je me joignais souvent à ce
repas et m’inquiétais sincèrement de ce que les ancêtres aient assez de nourriture devant eux.
L’un de mes moments favoris de l’année était la fête de la Lune au milieu de l’automne. Je devais
choisir une lanterne de papier vivement colorée parmi toutes celles accrochées aux poutres des
nombreux magasins locaux. Elles avaient toutes les formes et toutes les tailles que l’on pouvait
imaginer, y compris celles des animaux du zodiaque chinois. Ma préférence allait toujours à la
forme du lapin. Ah Fong nous emmenait, Ah Mo Yee et moi, pour choisir nos lanternes parmi les
magasins derrière les marchés.
Par certains côtés, cette fête est très similaire à la fête américaine de Tanksgiving – ou action de
grâces – qui célèbre la pleine lune des moissons. La cérémonie implique la distribution de gâteaux
de lune en tout genre. Nous allumions ensuite des bougies à l’intérieur des jolies lanternes de
papier colorées et les installions dehors. Avec les autres enfants du voisinage, Ah Mo Yee et moi
allions pendre nos lanternes aux arbres et aux clôtures des maisons. Cette nuit-là, nous avions
l’autorisation de veiller plus tard et de jouer à la lumière des lanternes et de la lune qui était, en ce
mois de l’année, à son maximum de plénitude et de luminosité.
Ma famille célébrait également toutes les fêtes hindoues, y compris Diwali (la fête des lumières)
avec beaucoup d’enthousiasme. Nous portions toujours des vêtements neufs à cette occasion, et
c’était une période très exaltante pour moi. Malgré mon jeune âge, j’adhérais complètement à
l’idée de faire les magasins pour y trouver une nouvelle tenue avant les festivités. Ma mère nous
emmenait généralement, mon frère et moi, à Lane Crawford, qui était à cette époque le plus grand
magasin du quartier d’affaires de Hong Kong. Nous courions dans tous les sens au rayon enfants,
je regardais fébrilement les robes et les tabliers tandis que mon frère cherchait les chemises et les
pantalons. Ma mère m’aidait à choisir une robe. Plus celle-ci était colorée, mieux c’était, à cette
époque de l’année, en l’honneur de la fête.
Le soir mémorable venu, toute ma famille revêtait ses nouveaux vêtements. Ma mère portait un
sari coloré tout neuf avec tous ses bijoux. Mon père portait le kurta patloon traditionnel (chemise et
pantalon indiens), mon frère, un pantalon et une chemise, et moi, ma nouvelle robe.
Après nous être habillés, nous allions au temple hindouiste de Happy Valley pour nous joindre à
la communauté et chanter des bhajans, ou chants de dévotion hindous.
Nos voix, mêlées aux carillons et aux cloches, retentissaient sous le haut plafond en forme de
dôme du temple et flottaient dans l’air du soir. Je me rappelle encore des sons des cloches du
temple qui venaient résonner au cœur de mon être et toucher une partie profonde de mon âme.
Chaque jour de la fête hindoue, la cour du temple se remplissait de couleur, de musique, de danse et
des odeurs d’épices des plats végétariens indiens qui rivalisaient avec la douce fragrance de
l’encens. Comme j’aimais cette atmosphère!
« Maman, je vais devant pour que le maharaj (prêtre hindou) pose du vermillon sur mon front! »
criai-je tout excitée à ma mère, tandis que mon petit corps se frayait un chemin à travers la foule
pittoresque.
Le point vermillon qu’applique le maharaj sur le front de chaque personne symbolise
l’ouverture du troisième œil, et je veillais toujours à le recevoir chaque fois que je me rendais au
temple.
De par mes racines hindouistes, j’ai grandi en croyant au karma et à la réincarnation. La plupart
des religions orientales sont basées sur ces lois et pensent que le but de la vie est d’élever notre
conscience et de développer la spiritualité à travers chaque cycle de naissance et de mort jusqu’à la
réalisation de l’éveil. Arrivés là, nous brisons ce cycle et n’avons plus besoin de nous réincarner
dans un corps de chair et de sang. Cet état est appelé nirvana.
Le seul fait d’y penser me rendait anxieuse et je faisais donc bien attention à ne pas faire des
choses qui pourraient créer un karma négatif dans ma vie future. Dès mon plus jeune âge, mon
esprit séparait toujours le bon karma du mauvais, tandis que j’essayais de me perfectionner en
fonction des fluctuations d’un baromètre créé par mes croyances culturelles.
Ma religion hindoue m’a aussi appris que la méditation et le chant sont deux des nombreuses
méthodes généralement utilisées pour purifier l’esprit des pensées négatives, et pour nous aider
dans notre quête de l’éveil. La méditation nous permet de développer la conscience que nous
sommes bien plus que notre moi physique. Ainsi, en grandissant, je savais déjà que nous sommes
plus qu’un être de chair et de sang.
CHAPITRE 2
DE NOMBREUSES RELIGIONS, DE NOMBREUSES VOIES

Parallèlement aux traditions hindoues que j’avais apprises à la maison, mon éducation
commença dans une école catholique dirigée par des sœurs. Dès sept ans, j’avais déjà compris
l’impact des différences culturelles et religieuses. L’école était installée dans un ancien bâtiment
magnifique et très étendu, qui comprenait trois étages surmontés d’une très belle chapelle à
coupole. Elle avait aussi l’avantage d’être située à une courte distance à pied de notre maison.
Le premier jour, j’enflai mon nouvel uniforme avec fierté. Il se composait d’une robe blanche à
bretelles et d’une veste bleu marine munie d’un élégant emblème rouge. Je me sentais bien dans ma
peau en voyant que tous les enfants dans la cour d’école étaient habillés de la même façon.
L’uniforme me donnait un sentiment d’appartenance. Nous commencions la journée en chantant des
hymnes que j’aimais aussi beaucoup.
« Comment se fait-il que ta famille n’aille pas à l’église le dimanche? voulut un jour savoir mon
camarade de classe Joseph, après un mois de fréquentation de cette école.
— Parce que nous ne sommes pas catholiques. Nous sommes hindouistes et nous allons au
temple tous les lundis soirs, répondis-je.
— Tu dois dire à tes parents de t’amener à l’église pour prier Dieu chaque dimanche, sinon tu
n’iras pas au paradis quand tu mourras, dit Joseph.
— En es-tu sûr? demandai-je. Parce que si c’était vrai, je suis certaine que mes parents le
sauraient.
— Bien entendu, j’en suis sûr – demande aux autres de l’école. Ou mieux, demande à sœur Mary
au prochain cours de catéchisme. Elle connaît évidemment la vérité. Elle sait ce que Dieu veut
vraiment! » persista-t-il.
J’aimais bien Joseph. Il semblait s’inquiéter et vouloir vraiment que j’aille au paradis. Je posai
donc la question à sœur Mary et inutile de dire qu’elle insista sur le fait que j’aille à la messe le
dimanche et étudie la Bible si je voulais gagner la faveur de Dieu. Elle me proposa gentiment de
m’aider à comprendre les paroles de Dieu.
Cet après-midi-là, en rentrant chez moi, je décidai de parler à ma mère de ce qu’avait dit sœur
Mary.
« Maman, mes amis et les sœurs de mon école disent que je dois aller à l’église le dimanche et
que je dois étudier la Bible si je veux aller au paradis quand je mourrai.
— Non, Beta, dit ma mère. Tu n’as pas à t’inquiéter. Dis-leur simplement que nous sommes
hindouistes; et quand tu seras un peu plus grande, tu étudieras nos Écritures, les Védas. Les gens ont
différentes croyances selon leur origine. Tu apprendras qu’après la mort, nous nous réincarnons
dans d’autres circonstances.
— Je ne pense pas que les autres élèves de mon école adhèrent à tout cela, répondis-je d’un air
maussade. Et j’ai peur. S’ils avaient raison? Qu’ils aient tous tort me paraît impossible. Comment
les sœurs pourraient-elles se tromper? »
Ma mère m’attira à elle et me dit : « N’aie pas peur, Beta. Personne ne connaît vraiment la vérité
– pas même sœur Mary. La religion n’est qu’une voie pour trouver la vérité : la religion n’est pas
la vérité, elle n’est qu’un chemin. Et chaque personne suit un chemin différent. »
Bien que m’ayant rassurée temporairement, les paroles de ma mère n’avaient pas réussi à
tempérer mes peurs. Au fil du temps, mon appréhension de ne pas me conformer à la religion de
mes pairs ne faisait que croître.
Je voulais que sœur Mary me dise que je pourrais aller au paradis même si j’étais hindoue, mais
elle ne me donnait pas la certitude que je recherchais. D’après ce que j’avais appris à l’école, je
comprenais le sinistre destin réservé à ceux qui n’y accédaient pas.
Et si Dieu décidait de venir me chercher quand je suis endormie? Sœur Mary a dit qu’Il était
partout et savait tout. Il sait donc que je ne suis pas baptisée!
Je restais ainsi éveillée toute la nuit, n’osant pas m’endormir au cas où Dieu profiterait de cette
circonstance pour me montrer le destin qui attend ceux qui n’entrent pas dans ses bonnes grâces.
Mes parents s’inquiétaient de plus en plus de mon anxiété et de mes nuits sans sommeil. Quand
ils prirent conscience que mes peurs s’aggravaient au fil du temps, ils décidèrent de me transférer à
l’école de l’Île à l’âge de huit ans.
Cette école britannique, un petit ensemble de six bâtiments entourés de terrains, était nichée dans
les collines de Hong Kong, juste au-dessus de Bowen Road. Elle était plus que séculaire, et à cette
époque, les élèves se composaient principalement d’enfants d’expatriés britanniques qui soit
géraient les affaires du gouvernement, soit travaillaient dans les entreprises multinationales qui
aidaient à la construction et au développement de notre ville.
L’école en soi était luxueuse, belle et d’avant-garde pour son époque, avec des laboratoires de
science et de langues, un zoo expérimental, des gymnases et des piscines. Cependant, en tant
qu’enfant indienne dans un environnement à prédominance britannique, je continuais à éprouver
des difficultés. La plupart des élèves de ma classe étaient blonds aux yeux bleus, et j’étais souvent
laissée pour compte et prise à partie du simple fait d’avoir une peau plus foncée et des cheveux
épais, noirs et ondulés.
Des pensées telles que Je voudrais que Billy arrête de m’appeler « noiraude »! me traversaient
l’esprit. J’étais souvent la dernière à être choisie pour créer des équipes et on me demandait
rarement de venir me joindre à des jeux. En outre, les autres enfants chipaient mes cahiers et mes
crayons quand je ne regardais pas.
J’avais l’impression d’être isolée et rejetée et ces comportements me rendaient triste, mais je
retenais mes larmes en public et pleurais sur mon oreiller quand je me retrouvais seule dans ma
chambre. Je ne voulais même pas que mes parents sachent que j’étais malmenée parce que je ne
voulais pas qu’ils me considèrent comme un problème. Après tout, ils m’avaient déjà changée
d’école une fois. Je continuais donc à prétendre que je m’adaptais bien et que j’étais vraiment
heureuse.
Cependant, il se produisit un incident précis qui me marqua énormément. J’étais assise à la
cantine, en train de déjeuner, sans me préoccuper de quiconque, quand Billy, qui venait de terminer,
se leva et se dirigea vers moi, le plateau des restes de son repas à la main; en passant près de moi, il
renversa délibérément ses résidus dans mon assiette.
Tous ceux qui m’entouraient éclatèrent de rire. Probablement un tout petit groupe de gens avait
remarqué ce que venait de faire Billy, mais j’avais l’impression que toute la salle se moquait de
moi.
Je sentis une énorme rage m’envahir. J’avais atteint le point où trop, c’est trop. J’étais écœurée
de m’entendre appeler Noiraude, d’être la dernière à être choisie dans les équipes, de subir les
moqueries, et de me faire voler mes affaires. Je n’en pouvais tout simplement plus.
Je me levai d’un bond, saisis mon verre de soda à l’orange et me retournai pour faire face à
Billy, qui me toisait en riant aussi. En le regardant droit dans les yeux, je versai la boisson sur sa
tête!
La salle tout entière était maintenant pliée de rire, mais heureusement, cette fois, ce n’était pas à
mes dépens. Ils regardaient Billy debout, le jus d’orange dégoulinant de ses cheveux sur son visage
et ses vêtements. Il avait l’air pitoyable, mais j’avais trop peur pour rire. Je craignais sa réaction.
Billy me fixa avec une colère à me glacer le sang. Je ne m’attardai pas plus pour éviter d’autres
réactions. Je m’enfuis. Je sortis comme l’éclair de la cantine, entrai dans les toilettes des filles,
m’enfermai dans une cabine et commençai à pleurer. Je pleurais parce que je savais que ce que
j’avais fait ne me ressemblait pas. Je voulais plus que tout m’intégrer, être acceptée et aimée. Je ne
pouvais changer ni la couleur de ma peau, ni ma race, et ceci me laissait désemparée.
Pourquoi suis-je toujours différente partout où je vais? Où est ma place? Pourquoi ai-je
l’impression de n’appartenir à aucune tradition? Je voulais désespérément savoir, tandis que je
pleurais à gros sanglots, accroupie dans la petite cabine.
Heureusement, alors que j’entrais dans ma dixième année, la tyrannie finit par s’apaiser.
Cependant, tandis que mes camarades de classe commençaient à prendre leur indépendance, je
constatais que mes parents devenaient de plus en plus stricts, particulièrement quand il s’agissait de
sortir le soir avec mes amis, surtout quand des garçons étaient impliqués. Sortir avec des garçons
est désapprouvé dans notre culture, et je n’avais donc droit que très rarement de participer aux
soirées des jeunes de mon école ou à des week-ends avec ma classe.
En conséquence, je n’ai jamais réussi à me sentir intégrée. Je restais toujours à l’écart quand mes
camarades de classe parlaient de leur soirée de danse, riaient et partageaient leurs histoires. Je les
regardais avec envie et souhaitais ne pas être indienne. Je n’avais que le droit de m’impliquer dans
mes études académiques et étais laissée la plupart du temps à moi-même. Je passais des heures
interminables enfermée dans mon propre monde et n’avais que très peu d’amis vraiment proches.
Mes parents faisaient tout leur possible pour m’endoctriner dans notre propre culture et pour me
faire rencontrer d’autres Indiens, mais je repoussais leurs avances.
« Je ne veux plus aller au cours de Vedanta », annonçai-je à ma mère vers l’âge de treize ans. Le
Vedanta est l’étude des Écritures hindouistes et je suivais régulièrement des cours hebdomadaires
où je rencontrais d’autres enfants indiens.
« Alors les choses deviendront plus difficiles pour toi quand tu grandiras, particulièrement
quand tu seras mariée. Tu dois connaître le sens de l’identité hindouiste », me dit ma mère tout en
arrangeant mes cheveux.
Mais je ne veux pas être encore plus indienne! Je veux ressembler davantage à mes camarades de
classe! pensai-je. Et je lui disais tout haut : « Mais je veux sortir avec mes autres amis, mes amis
d’école. Ils ne sont pas obligés de suivre des cours de Vedanta!
— Ton père et moi voulons que tu y assistes et il n’y a rien à ajouter », répondit-elle.
Je n’étais toujours pas convaincue que je voulais être hindoue, mais comme une bonne petite
fille indienne, j’obéissais aux souhaits de mes parents. Pendant de nombreuses années, je rencontrai
mes amis indiens à notre cours hebdomadaire pour apprendre les tenants et les aboutissants de
notre religion. Je trouvais les enseignements védiques très intéressants en eux-mêmes et les études
stimulantes. Nous avions un bon professeur qui encourageait la discussion, pour laquelle j’étais
très douée. Je faisais partie des membres appréciés de ma classe, ce qui contrastait avec ce que je
ressentais à l’école dans laquelle je voulais si désespérément m’intégrer. J’avais l’impression de
vivre deux vies séparées.
Comme je souhaiterais pouvoir tout rassembler et être aussi populaire à l’école que je le suis
avec mes amis indiens! pensais-je souvent. Pourquoi mes camarades d’école ne voient-ils pas en
moi ce que voient mes amis indiens?
Plus je grandissais, plus je m’intéressais aux aspects intellectuels de l’étude de l’hindouisme.
J’aimais vraiment étudier la Bhagavad Gita et les Védas, comprendre la loi des causes et des effets,
la destinée contre le libre arbitre, et tous les sujets de ce genre. Et j’adorais les discours et les
débats que nous avions sur ces thèmes. Je priais et méditais également parce que je sentais que mes
pensées se clarifiaient à ce moment-là. Une grande partie de la philosophie me paraissait logique,
même si beaucoup des croyances culturelles ne semblaient pas rationnelles, comme réprimer les
femmes, attendre d’elles qu’elles se soumettent aux hommes, et arranger des mariages contre la
volonté des gens. Tout ceci n’a jamais été stipulé dans les Védas.
Malgré mon contact avec des cultures et des religions aussi étrangères les unes aux autres, rien
ne m’avait préparé à ce qui devait se passer dans les années à venir. Je ne savais pas que toutes mes
croyances, mes perceptions et mes conceptions de la vie allaient exploser et être ébranlées à la
base. En attendant, je continuais à remettre en question ma culture et mes traditions, alors que je
devenais adulte et recherchais un équilibre dans ma vie.
CHAPITRE 3
MANŒUVRES D’APPROCHE MANQUÉES

Au fil des ans, mes parents essayaient de me pousser doucement vers un mariage arrangé
comme le veut notre culture, en me présentant aux fils de leurs amis et connaissances. Mon père en
particulier ne tenait pas à ce que je poursuive mes études au-delà du lycée, car il avait peur que mon
départ pour l’université me rende encore plus indépendante. Il pensait que cela réduirait mes
chances de devenir un jour une épouse soumise et complaisante. Dans ma culture, on estime que
moins une femme est éduquée et plus elle est jeune, plus elle sera conciliante quand elle se mariera,
ce qui est considéré comme souhaitable.
Bien que mes parents n’aient rien souhaité d’autre que mon bonheur, dans leur esprit, cela
impliquait non seulement de me voir mariée, mais surtout mariée à un homme de notre propre
culture. Cependant, tout ce que je désirais semblait en totale contradiction avec leurs souhaits.
« Mais, papa, je veux vraiment aller à l’université pour étudier la photographie et le graphisme,
insistai-je.
— Si tu peux trouver un cours près de la maison, je n’y verrai aucune objection, mais je ne vais
pas te laisser partir loin d’ici pour aller étudier, répondit mon père.
— Mais papa, tu sais bien qu’il n’existe pas d’instituts supérieurs dans les alentours qui
enseignent en anglais! Je dois partir si je veux étudier davantage! plaidai-je.
— C’est hors de question! Tu sais très bien qu’il n’est pas acceptable pour les femmes de vivre
loin de chez elles avant qu’elles se marient », objecta-t-il.
Cependant, j’allais grandir et devenir une jeune femme aux idées et aux opinions personnelles
indéracinables. Du fait de mon éducation, j’avais adopté une apparence beaucoup plus
occidentalisée. Je demandai donc : « Pourquoi les règles sont-elles différentes pour les hommes et
les femmes?
— Ce ne sont pas des règles! Les choses sont ainsi, et tu devrais être fière d’observer nos valeurs
culturelles », dit mon père, un peu ennuyé par mon défi obstiné à l’encontre des normes.
J’avais des rêves qu’il me fallait encore accomplir, et la désagréable sensation qu’ils ne se
concrétiseraient sans doute pas. Je voulais voir le monde et travailler si possible comme
photographe-reporter. Je voulais partir sac à dos pour l’Europe, voir la tour Eiffel à Paris et
m’imprégner des pyramides d’Égypte. Je voulais ressentir l’énergie du Machu Picchu, manger de
la paella en Espagne, et des tajines au Maroc. Il y avait tant de choses que je voulais faire et
expérimenter! Et je savais qu’accepter un mariage arrangé ôterait toutes mes chances de réaliser
mes rêves. En outre, le fait que deux de mes meilleures amies indiennes se soient engagées dans un
mariage arrangé dès l’obtention de leur diplôme de fin d’études ne facilitait pas mon cas.
Ne voulant pas provoquer de problèmes ni confronter mon père plus longtemps, je m’inscrivis à
un cours de photographie des environs. Parallèlement, je me prêtai aux caprices de mes parents et
jouai le rôle d’une future jeune épouse modeste quand ils me demandaient de rencontrer un parti
convenable.
Je me souviens d’une occasion particulière où mes parents m’avaient demandé de revêtir mes
plus beaux habits traditionnels pour les accompagner et rencontrer un autre futur mari. Je portais
un haut en soie sauvage rose foncé, délicatement brodé à l’encolure. Un châle de dentelle rose
pastel assorti d’un voile brodé couvrait ma tête et mes épaules afin de donner une impression de
modestie. Cet ensemble était complété d’un pantalon en soie bleu pastel et d’une paire d’escarpins à
talons rose pâle.
Je me souviens clairement que, pendant le trajet en voiture, je me créais mentalement un aide-
mémoire de tout ce qui ne se faisait pas dans cette situation. Je me surpris à penser que je ne devais
pas laisser paraître que je me sentais bien mieux en jeans et en baskets ou en chaussures de
randonnée qu’en costume traditionnel indien. Et une autre maladresse serait d’admettre que, alors
que je l’avais fait toute mon enfance, j’allais maintenant rarement au temple pour mes prières
hebdomadaires, sauf peut-être durant les fêtes. Je savais que je devais aussi éviter de mentionner
mes hobbies et autres centres d’intérêt – mon affinité pour la musique électronique, mon amour de
l’art, de l’astronomie, de la contemplation des étoiles, et la passion de me retrouver dans la nature.
Je décidai que je ne devais pas parler de toutes mes futures aspirations, à savoir partir un jour
traverser l’Afrique en bicyclette, parcourir l’Europe sac à dos, visiter l’Égypte, être une activiste
sociale engagée dans des organisations qui construisent des villages écosolidaires chaleureux et
autonomes, dans des pays en voie de développement, ou travailler pour améliorer les perspectives
des gens dans certaines nations d’Asie plongées dans la pauvreté.
Non, me dis-je à moi-même, je dois me souvenir de ne pas parler de tout cela.
Je me souviens d’avoir décidé que je devais faire particulièrement mention, en présence de ma
future belle-mère, de mon habileté toute récente à confectionner un chapatti parfait. Cette galette
traditionnelle sans levain est un produit de première nécessité dans la plupart des foyers indiens, et
exige une grande habileté pour l’aplatir et lui donner une forme parfaitement ronde. Je savais que
cela plairait assez à la famille.
J’étais certaine cette fois d’avoir pensé à tout, d’avoir imaginé tous les scénarios possibles, et
que rien ne pourrait mal tourner. Quand nous arrivâmes au rendez-vous, un adorable manoir
colonial niché dans les collines d’Old Peak Road, le serveur entra pour prendre les commandes. Je
demandai un sandwich au thon, sans penser que le futur marié et sa famille étaient strictement
végétariens. Ceci ne me vint même pas à l’esprit, même en entendant les autres commander soit un
sandwich fromage et concombre, soit une tarte au fromage et aux oignons ou tout autre choix
végétarien.
Les mots « Je prendrai un sandwich au thon » avaient à peine franchi mes lèvres que la mère du
futur marié me jeta un regard qui me perça jusqu’au cœur. À l’unisson, le reste de la famille suivit
son regard. Tous les yeux étaient braqués sur moi. Je restai assise sans bouger, souhaitant
disparaître dans un trou de souris.
Je me sentais si stupide de cette bévue! Comment n’ai-je pas remarqué – ou même pensé – qu’ils
pouvaient être végétariens? me reprochai-je encore et encore. Après tout, ce n’est pas inhabituel
dans ma culture.
Inutile de dire que cet arrangement particulier n’est pas allé au-delà de cette première rencontre.
Un jour cependant, les manœuvres d’approche pour trouver un parti se concrétisèrent vraiment
par un engagement. Après nous être rencontrés deux fois, le jeune homme et moi devions prendre
une décision pour savoir si nous voulions nous fiancer avant de nous voir une troisième fois.
Nous n’avions pas la permission de passer plus de temps ensemble tant que nous n’aurions pas
décidé de ce que nous allions faire. J’étais attachée à lui et j’étais certaine qu’il ressentait la même
chose pour moi. Nous voulions nous connaître un peu mieux et, à la grande joie de nos parents,
nous acceptâmes de nous fiancer. L’engagement eut lieu dans le temple de Gourou Nanak, sous
forme d’une cérémonie religieuse à laquelle furent invités toutes les familles et les amis, et qui était
bénie par le maharaj. Cet événement porte le nom de misri, et peut être librement transcrit par
cérémonie de fiançailles.
Notre misri se passa un après-midi et fut suivi le soir par un dîner dans un restaurant indien
réputé. Nourriture et vins furent servis en abondance, il y avait de la musique et nous dansâmes
pour la première fois. À cet instant, j’étais radieuse et heureuse. Je sentais enfin que j’avais pris la
bonne décision, que j’allais être acceptée par tous sans exception. Je pensais que j’allais vivre
éternellement heureuse.
Malheureusement, au fil des mois, alors que la date des noces se rapprochait, je commençais à
réaliser que je ne serais jamais la personne que mon fiancé et sa famille voulaient comme épouse
et comme bru, parce que je n’entrais pas dans le moule traditionnel. Comment n’avais-je pas
réalisé cela avant de m’engager? Le fait que ce soit un mariage arrangé aurait dû m’alerter et
j’aurais dû savoir que certaines attentes y seraient rattachées. Toutefois, l’engagement ayant été pris
et consolidé, le briser était hors de question, du moins pour les deux familles concernées.
Tout le temps qu’ont duré nos fiançailles, je ne cessai d’espérer que je pourrais changer, pour lui
et pour sa famille. Je m’efforçai d’être la femme qu’ils seraient heureux d’appeler leur épouse ou
leur bru. Mais malheureusement, je ne faisais que les décevoir et n’étais pas à la hauteur de leurs
attentes. Je voulais désespérément leur plaire, mais me concentrer sur mes devoirs traditionnels
était beaucoup trop difficile pour moi du fait de mon agitation et de mon désir de suivre mes rêves.
Je me sentais vraiment déçue par mon comportement à cette époque. Je ne cessais de me
demander : Pourquoi est-ce si difficile pour moi? Qu’est-ce qui ne va pas chez moi? Les autres y
arrivent si aisément! Tous les gens se fiancent et se marient, même mes propres amis. Pourquoi cette
seule idée me dérange-t-elle? Je me sentais impuissante et bonne à rien. Je me sentais absolument
nulle.
Finalement, je me résignai à l’idée que je ne serais jamais le genre de personne qu’ils
recherchaient. J’étais prête à admettre ma défaite parce que je savais que je n’aurais pas pu
supporter cette situation plus longtemps.
J’avais si peur – peur de le dire et de la réaction qui s’ensuivrait. J’avais à la fois peur de me
marier et peur de briser le mariage.
Au plus profond de moi, je savais que je n’aurais jamais été à la hauteur des attentes de mon
futur mari et de ses parents. Tout ce que j’avais fait jusqu’à présent – la façon dont je m’habillais et
me comportais – n’était que du théâtre. Je savais que je ne serais jamais ce qu’ils voulaient que je
sois. J’aurais fini par passer ma vie entière à essayer d’être une personne que je n’étais pas, et
j’aurais échoué. En outre, je n’aurais jamais l’occasion de réaliser mes propres rêves, espoirs et
souhaits.
Durant cette période, je n’avais jamais dit à mes parents ce que je ressentais et combien j’étais
perturbée, parce que, encore une fois, je ne voulais pas être un problème pour eux. J’avais tout
gardé pour moi et fait bonne figure, m’impliquant dans toutes les démarches qu’une jeune fiancée
devait faire avec joie. Je n’avais jamais partagé mes sentiments avec personne, parce que je ne
voulais pas déranger les autres avec mes souffrances émotionnelles et mes peurs.
Cependant, j’avais atteint le point où je ne pouvais plus garder tout cela pour moi. Ainsi, un soir,
quelques jours avant les noces, j’allai trouver ma mère et fondis en larmes.
« Maman, je suis désolée! pleurai-je. Je ne peux pas le faire, je ne peux tout simplement pas! »
À ma grande surprise, ma mère me serra dans ses bras et me dit : « Ne pleure pas, ma chérie.
Dis-moi simplement ce qui ne va pas.
— Je ne suis pas prête, maman! J’ai des rêves plein la tête, je veux voyager dans le monde et
faire tant de choses, et je ne supporte pas la pensée de ne plus jamais avoir l’indépendance de faire
ce que j’ai envie de faire! »
Je laissai sortir tout ce que je ressentais, agitée de profonds sanglots. J’exprimai toutes mes
pensées, mes peurs, tous mes rêves, mes espoirs et mes aspirations.
Ma mère me serra plus fort et me dit qu’elle n’allait pas me forcer à faire ce que je ne voulais
pas faire. Elle s’excusa de n’avoir pas réalisé plus tôt que j’avais peur, et du rôle qu’elle avait joué
en me poussant à endurer tout cela, du moins jusqu’à présent. Elle me dit qu’elle devait parler à
mon père, que je ne devais pas avoir peur et qu’elle me soutiendrait dans ma décision.
Je ressentis un soulagement cathartique comme jamais auparavant.
Puis je partis trouver mon frère pour lui raconter tout ce que j’avais dit à ma mère.
Il me dit immédiatement : « Ne t’inquiète pas, sœurette, je suis là pour toi. Dommage que tu ne
nous aies pas parlé plus tôt de ce que tu ressentais. Il était inutile de te battre seule avec tes émotions
comme tu l’as fait. »
Je me souviens lui avoir dit, en larmes : « Mais je n’avais pas réalisé que j’avais le choix après
mon engagement. »
Toutefois, aucun membre de la communauté, en dehors de ma famille immédiate, ne prit bien la
nouvelle.
Les proches, les membres de la famille, ceux de la belle-famille et de la communauté furent
tristes, en colère ou déçus en apprenant cette nouvelle. Ils vinrent me voir pour tenter de me
persuader de revenir sur ma décision. Ils me dirent qu’il était normal de ressentir toutes ces
émotions, que tout irait mieux après et que je devais de toute façon en passer par là. Ils essayèrent
de me convaincre que si je brisais mon engagement, personne de notre culture ne voudrait se
marier avec moi. Mon nom serait sali et aucune famille ne laisserait son fils s’approcher de moi.
Ils tentèrent de me démontrer que mes idéaux étaient utopiques, surtout pour une femme. Mes
ambitions étaient trop élevées et je ne trouverais jamais un homme convenable si je ne les
abandonnais pas. « Modère tes attentes, sois une épouse et une bru obéissante, et tu auras une vie
heureuse », me disait-on.
Je me sentais terriblement mal de devoir les blesser en restant ferme sur mes positions. Quand
j’entendis ce que les gens commençaient à dire de moi, je m’en voulus terriblement et fus emplie
de crainte pour mon avenir. Ils disaient que j’étais trop indépendante, trop gâtée, et que mes parents
ne m’avaient pas élevée correctement. Ils disaient aussi qu’un tel comportement pour une femme
montrait que j’avais une très haute opinion de moi-même. Je me sentais épouvantable et triste. Je ne
voulais plus appartenir à notre culture. Je regrettais tout ce que j’avais fait, de m’être engagée puis
d’avoir brisé mon engagement, d’avoir fait du mal à mon fiancé et à sa famille, d’avoir déçu ma
famille, de ne pas être assez docile, de ne pas être assez indienne. En fait, je regrettais tout ce qui
me concernait.
Pourquoi suis-je toujours en train de m’excuser? Pourquoi devrais-je m’excuser de vouloir
simplement être moi? Je ne comprenais tout simplement pas ce qui n’allait pas chez moi.
Je ne pouvais supporter toutes les explications que je devais donner, ni les gens auxquels j’avais
affaire. Ainsi, quelques jours avant les noces, alors que tout avait été acheté et payé – toutes les
dispositions prises, les cadeaux s’entassant, les amis et connaissances arrivant de différentes parties
du monde –, je m’enfuis. Je fis un long voyage pour voir d’anciens amis en Inde et au Royaume-
Uni. Je voulais juste disparaître, m’éloigner du mode de vie de ma communauté jusqu’à ce que tout
se tasse, parce que je ne voulais m’occuper de rien d’autre que de mes émotions. J’avais besoin d’y
mettre de l’ordre. Je savais que la phase suivante de ma vie n’allait pas être facile.
CHAPITRE 4
MON VÉRITABLE AMOUR

À mon retour à la maison de mes parents à Hong Kong, je refusai de réintégrer la communauté
indienne, car j’avais l’impression d’être complètement marginale. Je décidai donc d’élaborer un
plan de carrière dans le but de prendre un peu d’indépendance.
« J’ai décroché la place! » m’écriai-je en faisant irruption dans notre appartement, où mon père
était assis dans son fauteuil favori et regardait les nouvelles du soir.
L’une de mes amies m’avait parlé d’une place vacante dans la société où elle travaillait, parce
qu’elle pensait que le travail me conviendrait parfaitement. C’était une entreprise française
d’accessoires de mode qui distribuait des marchandises dans toute l’Asie. La tâche consistait à
assister le chef des ventes à promouvoir les produits et à remplir des bons de commande, avec la
possibilité de me déplacer dans les villes voisines. Je n’étais pas vraiment attirée par la vente et la
distribution, mais j’étais enthousiaste à l’idée de pouvoir voyager et d’être indépendante.
« Bien joué, Beta! Je savais que tu l’aurais! dit mon père en me regardant, rayonnant de fierté.
Raconte-moi en quoi consiste le travail. Quand commences-tu? Qui est ton supérieur? Quelles sont
tes responsabilités?
— Je commence le premier du mois prochain. Je suis si contente! Mon supérieur est le chef
régional de l’exportation. Le poste pourra évoluer à l’avenir. Si je peux faire mes preuves auprès
de mon patron et l’aider à dépasser ses objectifs, ils me donneront quelques territoires à gérer
moi-même.
— Qu’est-ce que cela signifie? demanda mon père avec beaucoup moins d’enthousiasme.
— Cela veut dire qu’il est probable qu’il me faudra me déplacer dans toute la région.
— Bien que je sois vraiment fer de toi, ma chérie, dit mon père, je veux que tu te rappelles que
ce n’est qu’une manière de passer le temps avant de trouver un mari. Je ne veux pas que tu
t’impliques trop dans ta carrière et deviennes trop indépendante pour te marier! Ta mère et moi
sommes toujours à la recherche du parfait conjoint pour toi.
— Ah, papa, ne gâche pas ce beau moment! Je suis vraiment heureuse d’avoir ce poste.
— Oui, je sais, dit-il. Eh bien, on ne sait jamais, de nos jours, certains maris ne rechignent pas à
ce que leur femme travaille. Je veux simplement que tu ne sois pas déçue plus tard si ton futur mari
n’approuve pas ton travail et tes déplacements, c’est tout. Mais tu as raison – ne pensons pas à
l’avenir maintenant. Fêtons ta réussite!
— Où est maman? Je veux lui apprendre la bonne nouvelle. Et puis, je vous emmènerai tous les
deux au restaurant – c’est moi qui invite! » criai-je en quittant la pièce pour appeler Anoop et
partager l’événement avec lui.
Les choses semblaient enfin s’arranger pour moi. J’allais pouvoir gagner mon indépendance,
tant financièrement que socialement.
Au fil des années, après plusieurs tentatives pour arranger des rencontres, mes parents
commençaient à réaliser que c’était peine perdue.
Néanmoins, leurs efforts me peinaient parce qu’ils ne comprenaient toujours pas que, dans le
cadre de notre culture, je ne représentais pas un exemple typique. Ma réputation était salie pour
avoir brisé mon engagement. Je savais que les gens pensaient que j’étais une forte tête, rebelle,
idéaliste, têtue et opiniâtre – des traits de caractère non souhaitables pour une femme. Malgré tout,
mes parents continuaient à espérer que, s’ils me présentaient l’homme adéquat, je changerais pour
lui et deviendrais plus conciliante.
Entre-temps, ma carrière dans l’entreprise française avait pris son essor et mon poste exigeait
que je me rende dans les villes voisines. Bien que vivant toujours chez mes parents quand j’étais à
Hong Kong, mes déplacements me permettaient d’avoir un niveau de liberté et d’indépendance que
j’appréciais beaucoup. Ils me donnaient aussi l’occasion de rencontrer toutes sortes de personnes
de tous les milieux. Je me sentais de mieux en mieux dans la vie. En fait, j’étais heureuse,
appréciée, je réussissais dans mon travail, en dehors des limites de ma culture. J’adorais ce côté de
ma vie, les gens que je fréquentais, mon activité et les déplacements qu’elle impliquait. Le rôle
d’une épouse traditionnelle indienne ne m’attirait pas du tout. C’était une idée qui ne m’effleurait
même pas. Je ne voyais aucun avantage à abandonner ce que j’avais, et continuais donc à dissuader
mes parents de me trouver le parfait mari.
Toutefois, au fond de moi, j’avais encore l’impression d’être une inadaptée par certains côtés. Je
sentais que j’avais échoué ou n’avais pas été à la hauteur des normes que j’étais censée respecter.
Une voix intérieure agaçante intervenait sans cesse, veillant à ce que je ne me sente jamais assez
bien ou digne de réussir. J’étais d’une certaine manière une marchandise défectueuse… ou
présentant de sérieux défauts…
Un jour de la fin de l’année 1992, de façon tout à fait inattendue, je rencontrai l’homme qui
devait devenir mon mari, bien qu’au début l’idée ne m’ait jamais effleurée qu’il serait l’homme
parfait pour moi. Nous nous rencontrâmes un soir par hasard, par l’intermédiaire d’une
connaissance commune.
« Connais-tu un homme appelé Danny Moorjani? » me demanda Naina au téléphone, alors que
j’étais à mon bureau en train de terminer un rapport de vente hebdomadaire pour respecter les
délais avant le week-end. Naina était une amie qui ne vivait pas à Hong Kong, mais s’y rendait de
temps en temps. Ce soir-là, nous allions boire un pot ensemble après le travail.
« Non, je ne l’ai jamais rencontré, répondis-je. Pourquoi me poses-tu cette question, qui est-ce?
— C’est un Sindhi adorable que j’ai rencontré à New York l’année dernière. Apparemment, il vit
et travaille à Hong Kong. Je suis surprise que tu ne l’aies jamais rencontré, répondit-elle.
— Tu me connais. Je suis mal à l’aise dans ma communauté, surtout après l’« incident »! Il y a
beaucoup de Sindhis à Hong Kong que je n’ai jamais croisés, ce n’est donc pas surprenant,
répondis-je.
— Eh bien, tu vas le rencontrer, dit-elle. Je l’ai retrouvé et lui ai demandé de venir se joindre à
nous ce soir. »
Plus tard cette nuit-là, quand Naina et moi nous rendîmes au Club 97, un salon-bar raffiné au
cœur de la ville, j’identifiai immédiatement cet homme bien que je ne l’eusse jamais vu. Il était là,
se tenant négligemment debout tout seul, vêtu d’un pull à col roulé marron et d’un pantalon noir. Il
leva les yeux lorsque nous entrâmes, et bien qu’il soit ici pour rencontrer Naina, je remarquai que
son regard suivait tous mes gestes quand je m’avançai vers lui et m’assis. Même quand mon amie
le salua, je vis qu’il ne me quittait pas des yeux, et au moment où son regard rencontra le mien, un
sentiment de reconnaissance sembla jaillir de nous. J’eus l’impression que nous nous connaissions
depuis toujours et cette sensation était électrisante. J’étais parfaitement consciente qu’il ressentait
exactement la même chose, et nous commençâmes à parler.
Nous étions en phase à tant de niveaux qu’à la fin de la soirée, nous échangeâmes nos numéros
de téléphone. À mon grand plaisir, il m’appela le jour suivant et nous sortîmes dîner ensemble. Il
était incroyablement romantique, m’avait apporté des fleurs et m’emmena dans un très beau
restaurant, le Jimmy’s Kitchen, qui reste encore l’un de nos favoris aujourd’hui.
Cependant, plus nous devenions proches au fil des semaines, plus je prenais du recul parce que je
ne faisais pas confiance à mes instincts. Être avec lui était à la fois exaltant et électrisant, et je
n’avais jamais rien ressenti de pareil. Cela m’effrayait. J’avais peur parce qu’il était sindhi. Je ne
voulais pas m’impliquer avec un homme de notre propre culture, du moins pas maintenant… et
peut-être jamais.
Je ne savais que trop que me marier avec un homme de culture indienne signifiait généralement
faire alliance avec toute la famille. Ce ne serait pas deux personnes qui noueraient les ceintures,
mais deux familles. J’avais peur de m’impliquer à nouveau dans quelque chose que je pourrais
regretter. Je voulais me marier avec l’homme, pas avec sa famille, et connaissant notre culture,
j’avais peur. J’étais terrifiée en imaginant ce que sa famille allait penser de moi. La même situation
allait-elle se répéter? Sa famille connaissait-elle mon passé? Allait-elle me rejeter s’ils apprenaient
que j’avais brisé mon engagement? Et comment pouvais-je savoir s’il n’avait pas les mêmes
attentes qu’ont la plupart des hommes de ma culture vis-à-vis de leur épouse? Je ne voulais pas
souffrir à nouveau, ni ne voulais faire souffrir quelqu’un d’autre.
Cependant, Danny était très patient et me donna le temps qu’il me fallait. J’appréciais beaucoup
ce côté. Je trouvais sa présence irrésistible, et il me permit de me sentir aimée comme jamais
auparavant. Une bataille se déroulait entre mon cœur et mon mental, et c’est le cœur qui
l’emportait.
Plus nous apprenions à nous connaître, plus je réalisais que Danny me ressemblait beaucoup. Il
ne se conformait pas non plus à notre culture, étant donné qu’il avait aussi grandi à Hong Kong et
avait été éduqué dans le système scolaire britannique. Il rejetait nombre de nos coutumes,
particulièrement les principes liés aux femmes et au mariage. Il se montrait toujours généreux et
ouvert dans l’affection qu’il me portait, et son amour semblait sincère et inconditionnel. Pour la
première fois, je ne ressentais aucune pression me forçant à adopter une certaine attitude pour
gagner les faveurs d’un homme ou à suivre ses principes.
Danny avait aussi un incroyable sens de l’humour que j’appréciais beaucoup. Il riait facilement,
et son rire était contagieux. Nos rendez-vous étaient toujours des occasions de nous amuser. Il
semblait savoir exactement quand appeler et quoi dire au moment adéquat. Il était gentil tout en
étant fort et persuasif, et j’adorais ces qualités.
Cependant, je continuais à penser que ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne découvre
mes imperfections. J’avais peur qu’il soit très vite déçu.
Mais ce jour n’arriva jamais. Danny était stable et inébranlable dans l’affection qu’il me portait.
Il m’appelait au téléphone juste pour me demander comment j’allais, m’envoyait des fleurs et des
cadeaux aux occasions particulières. Contrairement à beaucoup de ses pairs, il aimait ma nature
indépendante. Et au lieu d’être horrifié par mes centres d’intérêt, mes rêves et mes aspirations, il
trouvait amusant ma façon de repousser les tentatives de mes parents pour arranger un mariage. Il
pensait que tous mes traits de caractère étaient adorables. Il s’intéressait sincèrement à moi, telle
que j’étais, et ce sentiment d’acceptation était tout à fait nouveau et rafraîchissant pour moi.
Danny avait obtenu son diplôme de commerce à l’université. Comme cela arrive souvent dans
notre culture, son père possédait une affaire et Danny étant le seul fils et héritier, il se devait de
participer à l’entreprise familiale.
À l’époque, mon travail impliquait des déplacements hors de Hong Kong. Étant donné que son
travail l’amenait également à voyager, je retrouvais occasionnellement son visage souriant dans
différents ports d’escale, car il avait, à dessein, fait coïncider ses voyages avec les miens.
Un soir, tandis que nous parlions le long de Deep Water Bay, l’une de mes plages préférées de
l’île de Hong Kong, je demandai négligemment à Danny s’il avait entendu parler de mes fiançailles
passées et savait ce que disaient les gens de notre communauté à mon propos. Nous n’avions jamais
abordé cette question et je craignais presque de la lui poser. Je n’étais pas certaine de ce qu’il
penserait s’il n’en avait jamais entendu parler.
« Oui, répondit-il. Je l’ai su peu de temps après notre rencontre. Et grâce à notre merveilleuse
communauté, j’ai même parié que la version que j’ai entendue avait été embellie au centuple, avec
un ajout d’assaisonnement pour faire plus d’effets!
— Qu’as-tu pensé de moi quand tu as su? demandai-je, un peu inquiète de ce qu’il allait dire.
— Es-tu certaine de vouloir entendre la vérité? répondit-il, un léger sourire au coin des lèvres.
— Oui, s’il te plaît, la pure vérité. Je pourrai le supporter, dis-je, rassemblant mes forces dans
l’attente de ce qui allait suivre.
— Eh bien, quand j’ai entendu parler de ce que tu avais fait, la première chose qui m’est venue à
l’esprit a été : Voilà, c’est exactement le genre de femme que je veux épouser – quelqu’un qui a ses
propres idées! »
Un large sourire s’épanouit sur son visage et un énorme soulagement m’envahit. Je me rappelle
avoir dit : « Donc, je peux être sûre que tu n’es pas attiré par moi parce que je suis douée pour faire
les chapattis?
— Eh, jeune femme, tu sous-estimes mes capacités! Je sais moi-même parfaitement
confectionner les chapattis – mais ce n’est pas tout. Je nettoie les vitres, la salle de bain et je fais la
lessive! »
À ce moment, mon sourire se changea en un immense éclat de rire. Nous nous laissâmes tomber
sur le sable en riant jusqu’à ce que les larmes nous coulent sur les joues. Nous riions de tout et de
rien en même temps.
Nos rires s’étant calmés, il se mit à genoux alors que j’étais encore assise sur le sable, et nos
regards se rencontrèrent. Il me prit les mains et dit : « Anita, j’ai attendu de te demander cela depuis
le jour où nous nous sommes rencontrés. Veux-tu m’épouser? »
C’est à ce moment que j’ai su. J’ai su sans aucun doute qu’il était l’homme qu’il me fallait.
J’avais trouvé mon âme sœur.
Le 17 mars 1995, exactement deux mois après la demande de Danny, l’inattendu se produisit. Le
téléphone sonna et je me retournai sur le lit pour regarder l’heure.
Que se passe-t-il? me demandai-je en soulevant le récepteur. Il n’est que 5 h 15 du matin. Avant
même de répondre, je savais que ce ne serait pas une bonne nouvelle.
« Beta, ma chérie, est-ce toi? demanda ma mère en larmes, avant que je puisse dire un mot.
— Oui, c’est moi. Que se passe-t-il? » Je sentis la peur m’envahir et transparaître dans ma voix.
Mon cœur battait la chamade et une partie de moi appréhendait la nouvelle qui allait me parvenir
via ce morceau de plastique que je tenais à la main. Une autre partie de moi était impatiente de
savoir et de faire cesser le suspense.
« C’est papa, dit ma mère d’une voix éplorée. Il ne s’est pas réveillé ce matin. Il est parti dans son
sommeil. »
Quand la santé de mon père avait commencé à décliner quelques mois auparavant, mes parents
s’étaient rendus en Inde à la recherche de thérapies alternatives, comme la médecine ayurvédique.
J’avais espéré qu’il reviendrait à temps pour mon mariage, guéri, pour pouvoir danser le bhangra
(une danse indienne réservée aux fêtes) avec moi durant les festivités. Je ne pouvais en croire mes
oreilles. En larmes, je fis frénétiquement mes bagages, jetant ce que je trouvais dans ma valise
tandis que mon frère faisait les démarches pour acheter les billets d’avion pour Pune en Inde, située
à environ quatre heures de Mumbai (anciennement Bombay).
Mon voyage en Inde, les funérailles et le temps que je passai avec ma famille m’ont laissé des
souvenirs assez fous. Mais je n’oublierai jamais le jour où nous avons pris les cendres de mon
père, placées dans une très belle urne émaillée, pour les emporter à la rivière Indrayani qui
traverse la ville sainte d’Alandi, à l’est de Pune. Nous étions debout sur les rochers, surplombant la
large rivière au moment propice de la journée qui nous avait été indiqué par le maharaj. Mon frère
ouvrit le couvercle de l’urne et la vida lentement, laissant la brise emporter les cendres et les
répandre à la surface de l’eau. Les larmes ruisselant sur nos joues, nous regardions la rivière
emporter les cendres. Comment dire au revoir à cet homme merveilleux?
Papa, oh mon cher papa! Je suis désolée si j’ai pu un jour te causer de la peine, murmurai-je à
mon père tandis que je me tenais là, les mains jointes en pranam (en prière).
Je vais me marier et tu ne seras pas là pour me voir marcher autour du feu nuptial. Tu as attendu
ce jour toute ta vie. Comment peux-tu me quitter maintenant? demandai-je aux vagues tandis
qu’elles avalaient les cendres et que les larmes roulaient sur mes joues.
Les mois suivants oscillèrent entre des hauts et des bas. Ma famille et moi pleurions la perte de
mon père tout en parlant de la cérémonie à venir. Je constatais que ma mère était soulagée par la
perspective de mon mariage qui éclairait ce moment si difficile et si triste, et que participer aux
préparatifs lui donnait quelque chose sur lequel se concentrer.
Pourtant, notre père nous manquait et nous nous sentions tous très tristes qu’il ne participe pas à
cette occasion qui lui tenait tant à cœur. Me voir mariée avait été une sorte de mission dans sa vie.
Je me consolais en me souvenant qu’il était là quand je m’étais fiancée, et qu’il était très heureux
pour moi. C’est presque comme s’il était parti le cœur plus léger.
Nous allâmes consulter le maharaj avec les parents de Danny pour établir une date favorable
pour le mariage. Nous lui dîmes qu’il devrait être un peu retardé, car ma famille pleurait la perte
de mon père et que nous n’étions pas encore dans le bon état d’esprit pour la cérémonie. Il consulta
son calendrier sacré et, après nous avoir demandé nos dates de naissance, nous dit que le
6 décembre 1995 serait une bonne date pour nous.
Cela nous semblait loin. Cependant, les mois passèrent très vite à faire les arrangements, louer le
lieu, commander le sari de mariage, distribuer les invitations et gérer les myriades de petits détails
relatifs à l’organisation d’un mariage indien.
Ma mère se jeta dans la préparation de l’événement afin d’oublier un peu sa perte récente et elle
se sentait très fière de choisir mon sari nuptial et les autres tenues que j’allais porter durant les
diverses occasions liées au mariage. Elle sélectionna un sari de dentelle couleur bronze pour la
cérémonie et un sari blanc brodé de fils d’or délicatement tissés pour le mariage civil.
C’est ainsi que le 6 décembre 1995, je me mariais avec mon âme sœur, Danny, selon un mariage
indien élaboré dont les festivités durèrent presque une semaine! Nos amis et connaissances de tous
les coins du monde prirent l’avion pour Hong Kong afin de suivre les rituels et les cérémonies qui
se terminèrent par une réception sous les étoiles, sur le gazon du Country Club de Hong Kong qui
surplombe notre plage préférée, Deep Water Bay, dans la partie sud de l’île de Hong Kong.
Un jour, quelques mois avant la date prévue, nous avions discuté du lieu du mariage, et j’avais
dit en plaisantant à moitié : « Ne serait-ce pas merveilleux si nous pouvions nous marier sur la
plage où tu as demandé ma main? »
Nous avions caressé cette idée quelques minutes, mais l’avions vite repoussée en pensant à la
frustration des femmes dont les talons aiguilles s’enfonceraient dans le sable. Puis je m’étais
souvenue que juste au-dessus des rochers situés au bout de la plage de Deep Water Bay, se trouvait
le Country Club de Hong Kong, dont les pelouses dominaient la baie. C’est à ce moment que nous
avons décidé que ce serait un endroit parfait pour la célébration.
La soirée était merveilleusement belle; une brise fraîche soufflait tandis que le son du shehnai
(hautbois utilisé dans la musique indienne jouée lors d’un mariage) se répandait dans l’air
nocturne. Danny et moi avons tourné sept fois autour du feu, main dans la main, pour sceller notre
union tandis que le maharaj récitait nos vœux de noce en sanskrit. Danny était élégant et beau
comme un prince, debout à côté de moi dans son shervani (costume royal de mariage) complété
d’un turban. Je portais le sari aux broderies couleur bronze qu’avait choisi ma mère, dont
l’extrémité était enroulée autour de ma tête, par-dessus la couronne de fleurs de jasmin posée dans
mes cheveux. J’avais les mains et les pieds décorés de dessins floraux délicats, comme le veut la
tradition indienne pour les mariées.
En faisant le tour du feu, je regardais tous les visages des membres de la famille et pouvais
sentir que ma mère et mon frère souffraient de l’absence de mon père et auraient souhaité qu’il soit
là pour profiter de cette soirée particulière.
Le rituel terminé, une grande fête s’ensuivit, pleine de victuailles et de boissons, de musique et
de danse. À la fin de la réception, Danny et moi rentrâmes dans notre chambre d’hôtel pour notre
nuit de noces. J’étais à la fois épuisée et exaltée. Je savais que c’était l’homme avec lequel je
voulais être pour le restant de ma vie. Nous allions vivre heureux jusqu’à la fin de nos jours…
CHAPITRE 5
DIAGNOSTIC DE PEUR

Au fil des ans, nous construisions notre vie ensemble. Danny quitta l’entreprise familiale pour
se lancer dans une carrière de marketing et de ventes pour une organisation multinationale. Nous
quittâmes son nid de célibataire situé en plein cœur de Hong Kong pour nous installer dans un très
bel appartement d’une paisible banlieue. Nous adoptâmes un chien que nous appelâmes Cosmo.
Peu de temps après notre mariage, mon frère décida de quitter Hong Kong et de créer une
affaire en Inde, étant donné qu’il y avait une importante récession dans notre ville et que des
opportunités s’y étaient présentées. Il partit donc là-bas avec sa femme, Mona, et leur bébé, Shahn.
Ma mère les suivit peu après. Ils me manquaient terriblement parce que je n’avais jamais vécu dans
un pays différent de celui de ma famille.
Pour couronner le tout, je perdis ma place dans l’entreprise française à cause de la récession qui
avait fait considérablement chuter les ventes. Cette nouvelle inattendue me bouleversa et ne fit
qu’accentuer mon stress et ma solitude loin de ma famille.
Durant cette période, je sentais également la pression de notre communauté et de mes pairs nous
incitant à avoir un enfant, alors qu’à cette époque j’étais davantage préoccupée par ma carrière, les
voyages et l’exploration du monde.
Finalement, je trouvai un emploi en free-lance pour une entreprise de déménagement. Mes
responsabilités consistaient à aider les nouveaux expatriés arrivés à Hong Kong, et j’appréciais la
liberté que m’ofrait ce travail à mi-temps.
Je n’avais pas envie d’avoir des enfants, mais dans ma culture, vous êtes censés donner naissance
à des enfants une fois mariés. Je me retrouvais souvent écartelée entre les attentes extérieures et ce
que je voulais vraiment. Il m’arrivait presque de me sentir marginale au milieu de mes amis parce
que mes désirs ne correspondaient pas aux leurs, et surtout à cause de mon souhait de retarder la
venue d’un enfant.
Les membres de notre communauté ne cessaient de me rappeler qu’en tant que femmes, nous
avions une horloge biologique interne qui jouait contre nous, et cela ne faisait qu’alimenter la peur
qui m’habitait déjà – des anciennes inquiétudes, en commençant par l’anxiété de causer des
problèmes du fait d’être une fille, ou de ne pas arriver à m’intégrer quelque part. Je me rappelle
avoir pensé : Mais si avoir un enfant est vraiment ce que nous voulons, nous pouvons toujours
adopter! Il y a tant d’enfants rejetés dans le monde qui aimeraient avoir un foyer. Et de plus, je
n’aurais pas à me soucier de l’horloge biologique!
Danny et moi en avions discuté sérieusement et étions d’accord sur l’idée que l’adoption était
très sensée. Cela atténuerait aussi la pression de devoir être esclave de mon propre corps.
Cependant, si j’avais le malheur de parler de cette idée à un membre de notre communauté, je
recevais toujours des paroles de désapprobation ou des réponses négatives dont la plus habituelle
était : « Oh, tu ne peux pas avoir d’enfants, je suis désolée. »
Une fois encore, ma vieille peur de ne pas être à la hauteur resurgissait… mais cette
préoccupation allait être balayée en un rien de temps.
Au cours de l’hiver 2001, on diagnostiqua un cancer chez ma meilleure amie, Soni, et la
nouvelle me choqua au plus profond de moi. Un jour, ayant des difficultés à respirer, elle était allée
passer des examens qui avaient révélé une grosse tumeur au thorax compressant ses poumons. Je
ne pouvais pas croire que cela lui arrivait. Elle était jeune, forte, vive, en bonne santé, et avait tant
de projets! Les médecins la firent entrer à l’hôpital sans attendre pour enlever la grosseur et suivre
un traitement de rayons et de chimiothérapie.
Puis, peu après cet épisode, nous reçûmes des nouvelles du beau-frère de Danny (le mari de sa
plus jeune sœur) chez lequel on avait diagnostiqué un cancer virulent.
Ces nouvelles éveillèrent une grande peur en moi, car tous deux avaient environ mon âge. Je
commençai à faire toutes les recherches que je pouvais sur le cancer et sur ses causes. Au début, je
l’avais fait parce que je voulais être là pour Soni, pour l’aider dans son combat. Mais ensuite, je
m’aperçus que plus je lisais sur cette maladie, plus j’avais peur de tout ce qui pouvait
potentiellement la provoquer. Je me mis à croire que tout donnait le cancer : les pesticides, les
micro-ondes, les conservateurs, les aliments génétiquement modifiés, les rayons du soleil, la
pollution de l’air, les conteneurs en plastique, les téléphones mobiles, etc. Ces peurs s’accrurent
jusqu’à ce que je finisse par avoir peur de la vie elle-même.
Le 26 avril 2002 est un jour que ni Danny ni moi ne pourrons oublier. Nous entrâmes avec
méfiance dans le bureau du médecin comme si nous nous avancions dans l’antre de la mort. La
peur s’insinuait tout autour de nous, nous avertissant qu’un choc nous attendait à chaque recoin.
C’était un vendredi en fin d’après-midi, juste avant de partager le week-end ensemble. Nous nous
étions frayé un chemin parmi la foule, tandis que les gens quittaient leur travail pour célébrer ce
moment joyeux de début du week-end – tout le monde, sauf nous. Nous remarquâmes à peine les
couleurs orangées du soleil couchant qui lançait ses rayons ardents sur les vitres des gratte-ciel de
notre ville animée, avant de disparaître derrière le port. C’était aujourd’hui le jour où nous allions
chercher les résultats des examens que les médecins avaient pratiqués sur moi.
Quelques jours plus tôt, j’avais senti une boule sur mon épaule droite, juste au-dessus de la
clavicule. À cet instant, je refusai – ou plutôt j’exigeai – que ce ne soit pas autre chose qu’un simple
kyste ou un gros furoncle. Pourtant, l’horrible petite voix à l’arrière de ma tête, cet oiseau de
mauvais augure, revenait constamment me convaincre que c’était bien plus grave que cela.
Au cours de ces derniers mois, j’avais rendu visite à mon amie Soni, qui se mourait, à l’hôpital,
du cancer qui lui avait été annoncé l’année précédente. Pleine de terreur et de chagrin, j’observais
son corps qui se faisait manger vivant, centimètre par centimètre, consommé par une bête qui
refusait d’être domptée, même par les moyens scientifiques médicaux les plus sophistiqués. Je ne
pouvais m’empêcher d’imaginer cette horreur me toucher aussi. La grosseur à la base de mon cou
m’avait forcée à faire face à cette possibilité et à passer un examen. On m’avait fait une biopsie et
j’allais aujourd’hui chercher les résultats.
Le docteur fut très gentil et doux en m’apprenant la nouvelle : « Vous avez un lymphome; c’est
une forme de cancer du système lymphatique. » Dès l’instant où le mot « cancer » fut prononcé, je
n’entendis rien d’autre. Sa voix m’arrivait comme s’il était sous l’eau. Mes yeux devinrent vitreux
et se posèrent sur la vue que l’on apercevait de la fenêtre de la clinique. Dehors, rien n’avait
changé : le soleil continuait à décliner, disparaissant lentement derrière le port, les gratte-ciel
scintillaient de nuances d’orange et d’ambre, et les gens marchaient en riant et en se réjouissant de
ce moment joyeux avant le week-end. Et pourtant, l’annonce de la réalité de ce qui se passait en moi
avait instantanément changé mon monde.
Avec sympathie, le médecin fit la liste des choix possibles. « Je vous soutiendrai, m’assura-t-il,
quelle que soit votre décision, quel que soit le traitement que vous choisirez. Mais pour
commencer, je prends rendez-vous pour un scanner lundi matin afin de confirmer le diagnostic, et
de voir à quel stade en est le cancer. Après le scanner, venez me voir et nous parlerons des
résultats. »
Sa voix résonnait comme un cri assourdi dans ma tête, et je repoussai ses conseils. Je pus à peine
l’entendre nous dire d’essayer de nous détendre et de profiter du week-end du mieux que nous
pouvions.
La terreur se heurtait à la raison. Ni Danny ni moi ne pouvions penser. Nous le refusions. Nous
ne voulions pas penser au cancer, aux options possibles, à la mort! Je voulais retrouver le monde
normal et m’enfuir. En fait, je ne pouvais réfléchir aux choix, j’en étais incapable. C’était trop
effrayant, et mon cerveau nageait dans la confusion. Heureusement, le docteur avait dit qu’il n’était
pas nécessaire de prendre une décision avant lundi matin, lors de mon rendez-vous pour passer
l’IRM et pour discuter avec lui de mon traitement futur.
Bien que je n’aie pas la tête à cela et que des milliers de questions bouillonnent dans ma tête,
Danny m’avait convaincue de sortir ensemble et d’oublier le reste. Ainsi, en rentrant chez nous, je
revêtis ma robe préférée rouge corail. Alors que je me tenais debout, prête à partir, mon mari
m’enlaça et me dit : « N’aie pas peur. Nous traverserons cette épreuve ensemble. »
Ce soir-là, nous avons fui… du moins pour un moment.
Nous avons dîné sous les étoiles de l’El Cid, mon restaurant favori, tout près du bord de mer de
Stanley Bay, du côté sud de l’île de Hong Kong. La pleine lune brillait tandis qu’une douce brise
flottait dans l’air. Le doux son des vagues de l’océan se mêlait à la musique du groupe mariachi qui
donnait une sérénade de table en table. Pour nous assurer une nuit parfaite, nous avions donné des
pourboires au groupe pour qu’il reste près de nous plus longtemps et chante mes airs favoris. La
sangria était servie à flots, les musiciens jouaient et nous avions oublié le monde au-delà de notre
table.
Le matin suivant, je me réveillai blottie dans les bras de Danny. C’était merveilleux de me nicher
contre lui et de repousser le monde. Je voulais que la visite au bureau du médecin ne soit qu’un
mauvais rêve, mais la réalité repoussante s’insinua dans mes pensées. J’avais toujours un cancer et
ne pouvais fuir cette évidence. Comment pouvais-je sortir de mon propre corps?
Les diversions que nous sommes capables d’élaborer dans notre tête sont stupéfiantes. Le matin
du samedi se changea en après-midi; je voulais que personne n’apprenne la nouvelle. Si personne
ne savait, je n’aurais pas à m’en occuper. Je pourrais m’échapper par l’esprit, si ce n’était par le
corps.
« Il faudra que nous le disions à nos familles, tu sais, dit Danny de façon rationnelle.
— Je sais, mais ils vont en faire toute une histoire. Ne puis-je avoir un jour de plus de paix et de
solitude avant de le dire à qui que ce soit? » marchandai-je.
Cet après-midi toutefois, ma mère m’appela pour me demander pourquoi je ne lui avais pas fait
part des résultats de ma biopsie. Danny lui annonça la nouvelle, et ce que je compris, c’est qu’elle
allait prendre un billet d’avion pour venir à Hong Kong. Mon frère appela pour me dire qu’il allait
aussi s’arranger pour venir auprès de moi.
Je ne voulais pas qu’ils le prennent si sérieusement. Je ne voulais pas tous ces drames. Cela
rendait la situation si réelle! Leurs réactions affectueuses me lançaient la réalité en pleine face
comme un poisson mort et froid. Je ne pouvais plus échapper à la vérité du diagnostic.
Le lundi suivant, nous retournâmes à la clinique et parlâmes ouvertement des options proposées.
Je venais de passer l’IRM et le médecin examinait les résultats, l’air d’inquiet.
« C’est un stade 2A, dit-il doucement.
— Qu’est-ce que cela signifie? demanda Danny.
— Cela signifie qu’il s’est étendu dans la poitrine et dans la zone des aisselles, mais il est resté
dans la partie supérieure du corps, répondit patiemment le docteur. Maintenant, commençons à
étudier les options qui s’offrent à vous. Je vous suggère une association de chimiothérapie et de
rayons.
— Je ne veux pas de chimiothérapie! déclarai-je énergiquement.
— Mais, chérie, c’est pratiquement la seule solution que nous ayons, dit Danny surpris. Je me
tournai vers lui avec un air déterminé.
— Regarde ce qu’a fait la chimio à Sony. Et regarde le mari de ta sœur! » répondis-je.
Je ne voulais pas de ces conversations. Je voulais que les choses redeviennent comme avant. Je
me cachai la tête dans les mains et essayai de repousser mes pensées.
« Veux-tu vraiment me voir mourir comme ça? » Je pouvais entendre la terreur dans ma voix.
« Ils s’affaiblissent de jour en jour… et dans des souffrances épouvantables! J’aimerais encore
mieux mourir immédiatement que d’en passer par là.
— Je sais, dit Danny en s’avançant pour prendre ma main froide posée mollement sur le bureau
du médecin. Mais je ne veux pas te perdre. Que pouvons-nous faire d’autre? »
Nous étions mariés depuis six ans. Nous avions tant de rêves à réaliser, tant d’endroits où aller et
tant de choses à faire. Mais comme les glaciers du nord qui s’effritent, nos rêves semblaient aussi
se dissoudre devant nous.
Tentant de repousser mes peurs, j’essayai de le rassurer : « Il existe d’autres méthodes. » Je me
tournai vers le docteur pour obtenir sa confirmation. « Je suis convaincue qu’il y a des possibilités
de vaincre le cancer sans chimiothérapie. »
Ce jour-là fut le début d’un long périple pour Danny et moi. Ensemble, nous ressemblions aux
héros de la mythologie ancienne, tandis que nous avancions péniblement, déterminés à vaincre
cette maladie qui commençait maintenant à envahir notre vie. Dès le début, mon parcours fut
jalonné d’émotions vertigineuses, sautant de l’espoir à la déception, puis à la terreur, et pour finir,
à la colère.
Avant mon diagnostic, l’une de mes plus grandes peurs dans la vie était d’avoir le cancer – qui
semblait toucher plus fréquemment les personnes que je connaissais. Le diagnostic que j’avais reçu
au moment où je voyais la maladie ravager la vie de ma meilleure amie et du beau-frère de Danny
ne faisait que confirmer ce constat. J’avais observé, impuissante, combien la chimiothérapie
semblait détruire les corps qu’elle était censée guérir. Et voilà que maintenant elle entrait dans
notre vie… pillant notre monde et ravageant tout ce qu’elle y trouvait.
La pensée de ces proches si aimés et si malades déclenchait en moi des tempêtes de rage et de
panique. La peur du cancer me tenait maintenant dans son étau. J’avais l’impression que des coups
de poing faisaient remonter mon estomac dans la gorge. Les effets de la chimio m’effrayaient
encore plus. Chaque muscle se raidissait en une contraction protectrice pour se cramponner à la
vie.
Quelques mois avant mon diagnostic, j’avais assisté à la détérioration rapide de la santé de Soni.
À cette époque, je m’étais toujours sentie mal à l’idée de sortir et de me distraire pendant qu’elle
était malade à l’hôpital. J’avais l’impression que je n’avais pas le droit de m’amuser alors qu’elle
soufrait. Sa santé continuant à se détériorer, j’arrivais de moins en moins à trouver de joie dans la
vie et à me libérer du sentiment de culpabilité.
Maintenant que je devais m’occuper de mon propre cancer, il devenait encore plus difficile de
voir l’état de mes amis empirer, et je passais moins de temps avec eux. Quand je voyais Soni,
j’étais incapable de rester positive ou optimiste pour elle, ou même pour moi-même. J’avais atteint
un point où je pensais qu’il devenait inutile de passer autant de temps ensemble comme nous le
faisions. Le simple fait de constater les effets du cancer sur son corps m’effrayait – tout autant que
ceux du traitement. Je me sentais vulnérable à la pensée que le même sort m’attendait
probablement, et c’était tout simplement trop difficile à supporter.
Le jour où je reçus un coup de téléphone de la sœur de Soni m’annonçant que ma meilleure amie
avait cessé son combat, j’éclatai en sanglots. Elle nous avait finalement quittés.
Malgré l’émotion et le chagrin qui me submergeaient, une petite partie de moi était soulagée
qu’elle ne soufre plus.
Le jour des funérailles de Soni restera pour toujours dans ma mémoire. Je peux encore voir les
traits dévastés de ses parents qui avaient perdu leur fille chérie, l’état de choc de sa jeune sœur et de
son frère aîné qui avaient perdu leur sœur et le chagrin et l’impuissance qui se lisaient sur le visage
de son mari. Mais par-dessus tout, je n’oublierai jamais les visages innocents, pleins de larmes, de
ses enfants, ni leur air horrifié en regardant le cercueil de leur mère glisser dans les flammes du
crématorium. Ce souvenir me hantera jusqu’à la fin de mes jours. Ce fut le jour où la colère
s’ajouta à la gamme d’émotions liées à mon état.
Et pour aggraver les choses, peu après les funérailles, nous reçûmes un appel nous annonçant
que le beau-frère de Danny avait également perdu la bataille. Lui aussi laissait derrière lui une
jeune épouse (la sœur cadette de Danny) et deux petits enfants.
J’étais en colère contre cette farce cruelle que nous appelons la vie. Je ne comprenais pas en quoi
tout cela rimait. Nous vivons quelques années, nous tirons des enseignements de nos combats et
finalement, quand nous commençons à comprendre les choses, nous finissons dans une boîte en
bois au milieu des flammes! Cela n’aurait certainement pas dû arriver si tôt. Tout ceci me paraissait
en quelque sorte complètement insensé – si vain.
CHAPITRE 6
RECHERCHE DU SALUT

Colère
Épouvante
Frustration
Peur
Désespoir
C’est la gamme d’émotions dans laquelle je me débattais après la mort de Soni. Du matin
jusqu’au soir, les jours ressemblaient à un parcours en dents de scie au cours duquel je
questionnais, contestais, entrais dans une rage ou dans un désespoir profond. Je m’angoissais tout
autant pour ma santé que pour ma famille. J’étais terrifiée à l’idée qu’ils allaient devoir faire face à
ma propre mort.
Ma peur et mon désespoir me poussèrent à me tourner vers la santé et le bien-être holistiques,
englobant les systèmes de guérison orientaux. Je consultais plusieurs spécialistes de disciplines
naturelles et participais à différents types de méthodes de guérison. Je m’exerçais à
l’hypnothérapie, méditais, priais, chantais des mantras et avalais des remèdes à bases d’herbes
médicinales chinoises. Je finis par quitter mon travail en free-lance et partis seule en Inde pour
suivre un traitement ayurvédique, laissant Danny à Hong Kong. Il ne pouvait m’accompagner à
cause de son travail, mais eut toutefois l’occasion de venir deux fois et de passer deux semaines
avec moi. Nous parlions aussi au téléphone chaque jour, car il voulait se tenir informé de mon état.
Je me rendis donc à Pune, la ville où mon père avait rendu l’âme, pour apprendre le yoga et
l’Âyurveda de l’un des maîtres. Je passai six mois en Inde, durant lesquels je pus constater une
certaine amélioration générale de ma santé. Mon maître de yoga me fit suivre un protocole
épuisant. C’était un régime végétarien très particulier, accompagné de remèdes à base d’herbes
médicinales et d’un programme quotidien d’asanas (positions de yoga) au lever et au coucher du
soleil.
Je pratiquai pendant des mois et commençai à me sentir vraiment mieux. Mon maître était un
gourou étonnant qui ne croyait même pas que j’avais un cancer. Je lui dis que les médecins avaient
fait des examens et confirmé que j’avais un lymphome, ce à quoi il répondait : « Cancer n’est qu’un
mot qui suscite la peur. Oublie ce mot et concentrons-nous plutôt sur l’équilibre de ton corps. Toute
maladie n’est que le symptôme d’un déséquilibre. Aucune ne peut subsister si ton système tout
entier est en équilibre. »
J’ai vraiment pris plaisir aux moments passés sous la tutelle de mon maître de yoga et il m’a
aidée à apaiser mes peurs liées au cancer. Au bout de ces six mois, il était convaincu que j’étais
guérie – et moi aussi. Je me sentais victorieuse, comme si j’avais réussi un tournant décisif, et
j’avais hâte de rentrer chez moi et de revoir Danny. Il me manquait terriblement et j’avais tant de
choses à partager avec lui.
En revenant à Hong Kong, la première chose que remarquèrent les gens était ma bonne mine. Je
me sentais certainement mieux que je ne l’avais été depuis longtemps, tant physiquement
qu’émotionnellement, mais mon allégresse fut de courte durée. Il ne fallut pas longtemps avant que
les autres veuillent savoir ce que j’avais fait en Inde pendant tout ce temps et comment j’avais guéri.
Cependant, quand je leur parlais de mon régime ayurvédique, je recevais la plupart du temps des
réactions négatives, basées sur la peur. Je savais que ces personnes, qui doutaient si fort de mes
choix, me voulaient du bien, s’inquiétaient sincèrement pour moi et pour mon bien-être; c’est
pourquoi elles avaient un si grand impact sur moi. La majorité d’entre elles ne croyaient pas que le
cancer pouvait guérir de cette façon. Ainsi, doucement, des doutes commencèrent à s’infiltrer en
moi et la peur à revenir dans mon âme, tandis que je continuais à défendre ma position.
Si j’avais eu assez de sagesse, je serais retournée en Inde pour retrouver la santé. Au lieu de cela,
je me laissai influencer par le scepticisme que je rencontrais concernant mes choix de traitement, et
restai à Hong Kong.
Je me mis à étudier la médecine traditionnelle chinoise (MTC), qui est couramment pratiquée ici.
Cependant, elle était tellement en contradiction avec l’Âyurveda que ma confusion ne fit que
s’accroître. Dans l’Âyurveda, on vous encourage à être végétarien tandis que dans la MTC, on vous
incite à consommer de la viande, surtout du porc. Dans le système indien, les viandes de porc et de
bœuf sont vivement déconseillées.
Pour aggraver la situation, complètement désemparée, je me tournai vers la naturopathie
occidentale. Ceci ne fit qu’ajouter à ma confusion et alimenter mes peurs. Je recevais des messages
contradictoires de chaque discipline. Dans le système de la naturopathie occidentale, le sucre et les
produits laitiers sont à bannir absolument – en fait, ils sont considérés comme des denrées qui
nourrissent les cellules cancéreuses; selon ce système, le sucre alimente les cellules mutantes. En
Âyurveda, au contraire, les produits laitiers sont un must, et le sucre et les aliments sucrés font
partie d’un régime équilibré, basé sur l’harmonie des différentes saveurs.
Tout ce qui avait trait à l’alimentation m’angoissait et je commençais à avoir peur de manger
presque tout. Je ne savais pas ce qui était bon pour moi et ce qui ne l’était pas, parce que chaque
système de guérison embrassait une vérité différente et qu’ils entraient tous en confit les uns avec
les autres. Cette confusion ne fit que s’ajouter aux peurs que je cultivais déjà. Et, tandis que la
terreur me tenait à nouveau entre ses griffes, j’observais, impuissante, ma santé se détériorer
rapidement.
La plupart du temps, je ressentais le besoin d’être seule et ne laissais entrer dans ma vie que ceux
qui m’étaient proches. Je voulais ignorer la réalité, dans l’espoir de tenir la vérité à l’écart. Je ne
pouvais supporter la façon dont les gens me regardaient et me traitaient. Je n’aimais pas la manière
dont ils me prenaient en pitié et m’entouraient d’attentions, comme si j’étais différente ou
anormale. Je me sentais aussi extrêmement mal à l’aise à l’idée que les gens de ma culture pensent
que c’était mon karma, que j’avais sûrement accompli quelque chose dans une vie antérieure pour
encourir cette punition. Étant donné que je croyais également au karma, j’avais l’impression
d’avoir fait quelque chose de honteux pour mériter cela. Je me sentais jugée, et cela me rendait
encore plus désemparée.
Si c’est un châtiment pour une action commise dans une vie antérieure, me demandai-je, comment
puis-je le changer? Que puis-je faire maintenant? De telles pensées me laissaient complètement
démoralisée et désespérée.
Malgré tout, je faisais bonne figure. Je riais et souriais, j’échangeais des banalités même quand
je n’en avais pas envie, parce qu’il était important pour moi de ne pas poser de problème ni
d’inquiéter les autres avec mon état. Je ne voulais pas qu’ils se sentent tristes ou mal à l’aise et je
continuais donc à faire passer les sentiments et les besoins de tous avant les miens. Beaucoup me
félicitaient pour mon courage en me disant combien ils admiraient la manière dont je gérais ma
maladie. Ils étaient très nombreux à faire des remarques sur mon attitude si positive et si sereine –
mais ce n’était pas du tout ce que je ressentais à l’intérieur.
Danny était la seule personne qui comprenait ce qui se passait et combien la présence des autres
me pesait. Il commença à faire un rempart protecteur autour de moi, en éloignant progressivement
les gens. En présence des autres, je ressentais toujours le besoin de me montrer heureuse et
positive, parce que je ne voulais pas qu’ils soufrent ou s’inquiètent pour moi. Cela m’épuisait et je
ne répondais même plus au téléphone pour ne pas avoir à parler de ma maladie. Je ne voulais
entendre aucun avis sur la façon de gérer ce qui se passait en moi, et je ne voulais plus répondre
aux innombrables questions que les personnes qui m’aimaient avaient tendance à me poser.
Je cessais de sortir et restais à l’abri dans ma maison, parce que, outre le fait de me sentir mal,
j’avais l’air aussi très malade physiquement. Ma respiration était laborieuse; mes membres
s’étaient énormément émaciés et j’avais des difficultés à tenir la tête droite. Les regards et les
commentaires que mon apparence suscitait me gênaient. Je savais que les gens ne me regardaient ni
avec mépris ni avec mécontentement, mais plutôt avec curiosité et sans doute aussi un sentiment de
pitié. Quand je croisais leur regard, ils détournaient les yeux très vite et je sentais leur mal-être. Je
reconnaissais l’émotion derrière leurs expressions pour l’avoir aussi ressentie quand je voyais
quelqu’un de malade. Ils se sentaient désolés pour moi. Je finis par accepter et par considérer cette
réaction comme normale de la part des gens qui me voyaient ou m’approchaient, mais j’étais
consternée que ma présence provoque une telle gêne chez les autres. Je cessai donc de sortir en
public.
Je me retrouvai bientôt enfermée dans ma propre cage de peur et de désespoir, dans laquelle ma
vie se restreignait de plus en plus. Le temps glissait en pente raide. Pour moi, tous ceux qui
n’avaient pas de cancer avaient de la chance. J’enviais les personnes en bonne santé que je
rencontrais, quelles que soient leurs conditions de vie : elles n’avaient pas ce démon qui
meurtrissait inlassablement mon corps… mon esprit… ma vie.
Chaque matin, je me réveillais avec une lueur d’espoir : C’est peut-être aujourd’hui que tout va
changer. Mais chaque soir se terminait avec la même sensation familière de frustration, chaque nuit
amenant un sentiment de défaite encore plus puissant que la veille.
Désabusée, je me demandais pourquoi je luttais autant, quelle était cette chose à laquelle je
cherchais encore à m’accrocher. Plongée dans la douleur et la peur, je ne voyais plus d’intérêt à
continuer et me sentais épuisée. Je commençais à baisser les bras. J’étais prête à admettre que
j’étais battue.
À cette période, je faisais des allers-retours à l’hôpital pour des transfusions sanguines et autres
traitements. Quand j’étais à la maison, je passais mes journées à dormir ou à me reposer. Je ne
pouvais plus sortir ni marcher longtemps. Une demi-heure d’activité me laissait pantelante et hors
d’haleine. Je perdais rapidement du poids et avais une légère fièvre chronique.
« Pensez-vous que mon état puisse s’améliorer à ce stade? » demandai-je un jour au médecin à la
fin du scanner corporel de routine auquel il procédait pour évaluer mon état.
Il détourna les yeux et répondit : « Je vais vous envoyer l’infirmière pour vous aider à vous
rhabiller. » Ce qu’il ne m’avait pas dit, c’est qu’il voulait parler à Danny en privé.
« Il n’y a plus grand-chose que nous puissions faire maintenant », lui dit-il quand ils furent
sortis. Il regarda mon mari et continua : « Il ne lui reste au mieux que trois mois à vivre. Les
derniers scanners révèlent que les tumeurs ont augmenté en taille et en nombre et que le cancer
s’est propagé de manière très offensive dans son système lymphatique. Il est trop tard, même pour
faire de la chimiothérapie – son corps ne supporterait pas la toxicité à ce stade. Elle est si faible que
n’importe quel autre traitement ne pourrait que l’affaiblir davantage et la rapprocher de la mort. Je
suis désolé. »
Bien que Danny fasse bonne figure et ne me dise pas ce que lui avait dit le médecin (il me l’a
raconté des mois plus tard), je savais que quelque chose n’allait pas. Depuis ma maladie, il
délaissait son travail, mais à partir de ce jour, il cessa complètement de s’y rendre. Il répugnait à
me quitter, ne serait-ce qu’une seconde.
Un jour, je lui demandai : « Vais-je mourir?
— Nous allons tous mourir un jour, répondit-il.
— Je sais cela, nigaud, je veux dire maintenant, à cause du cancer. Qu’arrivera-t-il si je meurs?
— Alors je viendrai te chercher pour te ramener », répondit-il doucement en me caressant la tête
tandis que j’étais allongée sur le lit.
Ceci se passait six semaines après la dernière rencontre avec le médecin. Ma respiration était de
plus en plus laborieuse et une bouteille d’oxygène était devenue mon compagnon permanent. Je ne
pouvais plus m’allonger et j’avais toujours besoin d’un support pour m’empêcher de m’étouffer
avec mes propres sécrétions. Chaque fois que j’essayais de m’étendre, je commençais à suffoquer
et j’avais du mal à respirer; changer de position dans le lit devint finalement impossible. Mon
corps était couvert de lésions. Une telle quantité de toxines avaient envahi mon système que ma
peau était forcée de s’ouvrir pour évacuer les poisons.
Je me réveillais souvent, couverte de sueur, les vêtements trempés – les sueurs nocturnes étant un
symptôme habituel du lymphome. Ma peau me démangeait, comme si des fourmis rampaient sur
tout mon corps. Je me souviens d’une nuit où les démangeaisons étaient si insupportables qu’elles
ne se calmaient pas, même en grattant de toutes mes forces. Danny était allé chercher des glaçons
dans le congélateur, les avait placés dans des sacs à congélation qu’il avait passé le long de mes
jambes, de mes bras et sur tout mon corps afin d’apaiser l’inflammation de la peau. Cela avait pris
du temps, mais les démangeaisons avaient fini par se calmer.
Nous passions la plupart de nos nuits sans dormir, et j’étais maintenant devenue complètement
dépendante de Danny. Il anticipait chacun de mes besoins avant même qu’il n’ait surgi. Il pansait
mes lésions et m’aidait à me laver les cheveux. Malgré le sentiment de culpabilité que j’éprouvais à
le voir passer toutes ses journées à prendre soin de moi, je sais qu’il n’a jamais agi par obligation,
devoir ou responsabilité. Tout ce qu’il faisait était par pur amour pour moi.
Mon système digestif cessa finalement d’absorber les nutriments ma nourriture, et je devins
donc sous-alimentée. Danny m’apportait mes chocolats préférés et ma mère préparait mes plats
favoris pour essayer de me faire manger, mais je n’avais plus d’appétit. J’absorbais ce que je
pouvais sans m’étrangler et je regardais mes muscles fondre jusqu’à ce que je ne puisse plus
marcher. Un fauteuil roulant devint alors nécessaire pour me déplacer. Mon corps commença à
consommer mes propres protéines pour survivre, à tel point que je finis par ressembler à l’un des
enfants d’un pays frappé par la famine, comme on en voit sur les affiches. Je devins le squelette de
moi-même, ma tête retombait tel un poids de cent kilos et je pouvais à peine la soulever de
l’oreiller.
Je continuais mes allées et venues à l’hôpital, mais chaque fois que j’y étais, je n’avais qu’une
hâte, c’était de rentrer au plus vite à la maison. Je trouvais ces institutions glaciales, déprimantes, et
j’avais l’impression d’être encore plus malade que je ne l’étais. Nous embauchâmes donc une
infirmière à plein temps pour s’occuper de moi.
Ma mère et mon mari ne m’ont jamais quittée au cours de ces journées, et Danny s’asseyait avec
moi toute la nuit. Il voulait s’assurer que je respirais toujours et être là au cas où je rendrais mon
dernier soupir. Je passais la plupart des nuits à tousser sans dormir, et je lui étais donc très
reconnaissante de sa présence réconfortante. Cependant, j’étais aussi terriblement consciente de sa
souffrance, ce qui rendait ma situation encore plus difficile à supporter. Malgré tout, je continuais à
faire bonne figure et à assurer à tous que je ne soufrais pas. Je leur disais que je me sentais bien,
même si c’était très éloigné de la vérité.
J’étais aussi consciente de l’angoisse de ma mère. Je sais qu’aucune mère ne devrait assister à la
mort de ses enfants avant la sienne, encore moins à leur lente et douloureuse destruction.
Le matin du 1er février 2006, je me sentais plus optimiste que d’habitude. En fait, je commençais
à remarquer certaines choses autour de moi. Le ciel avait l’air plus bleu, et le monde semblait plus
beau. Bien qu’encore en fauteuil roulant, la bouteille d’oxygène toujours avec moi, je fus ramenée
de la clinique à la maison, en ayant le sentiment que je pouvais lâcher prise et que tout irait bien.
Je me rappelle avoir pensé : Le monde ne va pas s’arrêter si je n’y suis plus. Je ne dois pas
m’inquiéter. Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens très bien sur le plan émotionnel. Il y a
longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi bien.
Mon corps me faisait mal, ma respiration était laborieuse et on me mit donc au lit. Étant donné
que j’avais mal partout et que je ne pouvais dormir, l’infirmière m’administra de la morphine dans
la soirée, juste avant son départ, afin que je puisse me reposer. Mais quelque chose était différent.
Je pouvais sentir que je me détendais et lâchais prise sur tout ce à quoi je m’étais accrochée toute
ma vie. Durant tout ce temps, c’était comme si je m’étais tenue au bord d’une falaise. Je m’étais
battue en pure perte, avait lutté pour me raccrocher. J’étais enfin prête à lâcher tout ce à quoi je
m’étais agrippée si fermement. Je me sentis sombrer dans un profond sommeil.
Le matin suivant, le 2 février, je n’ai pas ouvert les yeux. À ce qu’il paraît, mon visage était
extrêmement enflé, tout comme mes bras, mes jambes, mes mains et mes pieds. Danny jeta un
regard sur moi et appela le médecin qui lui ordonna de m’amener d’urgence à l’hôpital.
J’étais prête à cesser mon combat contre le cancer.
DEUXIÈME PARTIE
MON VOYAGE VERS LA MORT…
ET LE RETOUR
CHAPITRE 7
QUITTER CE MONDE

Tandis que l’on me conduisait en urgence à l’hôpital, le monde qui m’entourait m’apparut
soudain irréel, semblable à un rêve et je me sentis sombrer de plus en plus dans l’inconscience.
J’étais dans le coma à mon arrivée à l’hôpital. Les médecins étaient très pessimistes – voire sans
espoir – quant à l’évaluation de mes chances. L’endroit était différent de celui où j’avais reçu mes
traitements ces dernières années; ce dernier ressemblait plus à une grande clinique qu’à un hôpital
pourvu de tous les services nécessaires. Il convenait mieux aux traitements que m’avaient prescrits
les médecins dans le passé, mais n’était pas équipé du matériel d’urgence médicale. J’avais choisi
d’être traitée dans cette institution plus petite des environs parce qu’elle m’intimidait moins et parce
que je haïssais foncièrement les hôpitaux. J’en avais peur à cause des deux personnes que j’y avais
perdues. Ma meilleure amie et le beau-frère de Danny étaient morts dans un énorme hôpital
spécialisé dans le cancer.
Toutefois, quand Danny avait appelé la clinique ce matin-là, j’étais déjà dans le coma et le
docteur lui avait dit de m’amener d’urgence dans un hôpital de Hong Kong plus grand et mieux
équipé, dans lequel il y aurait une équipe de spécialistes qui m’attendraient. C’était donc la
première fois que je me retrouvais dans ce lieu particulier et que j’étais traitée par cette équipe
médicale spécifique.
Dès que l’oncologue me vit, son visage changea visiblement.
« Sans doute le cœur de votre femme bat-il encore, dit-il à Danny, mais elle n’est plus vraiment
là. Il est trop tard pour la sauver. »
De qui parle ce médecin? me demandai-je. Je ne me suis jamais sentie aussi bien de toute ma vie.
Et pourquoi maman et Danny sont-ils si effrayés et si inquiets? Maman, ne pleure pas, s’il te plaît.
Qu’est-ce qui ne va pas? Pleures-tu à cause de moi? Ne pleure pas! Je vais bien, vraiment, maman,
je vais très bien! Je pensais que je parlais, mais aucun son ne sortait de mes lèvres. Je n’avais pas
de voix.
Je voulais prendre ma mère dans mes bras, la consoler et lui dire que je me sentais bien, et je ne
pouvais pas comprendre pourquoi je n’arrivais pas à le faire. Pourquoi mon corps n’était-il pas
coopératif? Pourquoi restais-je allongée là, toute molle, quand la seule chose que je voulais était de
serrer dans mes bras mon mari adoré et ma mère et de leur assurer que j’allais bien, que je ne
soufrais plus?
Étant donné la gravité de la situation, le médecin fit appel à un autre oncologue qualifié. Dans cet
état proche de la mort, j’étais intensément consciente de tout ce qui se déroulait autour de moi,
beaucoup plus que si j’avais été dans mon état normal. Je n’utilisais pas mes cinq sens biologiques,
et pourtant je saisissais tout d’une façon bien plus aiguë qu’avec mes organes physiques. C’était
comme si un genre de perception complètement nouvelle s’était réveillée et, bien au-delà du simple
fait de percevoir, j’avais l’impression d’englober tout ce qui se passait, comme si je fusionnais
lentement avec tout.
Le spécialiste ordonna immédiatement à une équipe médicale d’apporter mon brancard dans le
laboratoire de radiologie afin d’effectuer un scanner complet. Je remarquai que ma tête était
toujours soutenue par des oreillers, comme elle l’était à la maison ces derniers jours, car, comme
je l’ai dit plus haut, si ma tête s’affaissait, je m’étouffais avec mes propres sécrétions.
J’étais encore reliée à la bouteille d’oxygène. Arrivée dans le laboratoire de radiologie, on
retira le masque de mon visage, on me souleva et on me plaça dans l’appareil IRM. En l’espace de
quelques secondes, je commençai à suffoquer, tousser et cracher.
« S’il vous plaît, n’enlevez pas l’oxygène – et elle ne peut pas rester allongée sur le dos! S’il
vous plaît, elle est en état de choc! Elle ne peut pas respirer! Elle va mourir si vous faites cela!
entendis-je Danny hurler à l’équipe médicale.
— Nous devons vraiment le faire, expliqua l’un des radiologues. Ne vous inquiétez pas. Nous
ferons le plus doucement possible. Elle peut supporter de rester 30 secondes sans oxygène. »
Le radiologue me faisait donc glisser dans le tunnel IRM toutes les 30 à 40 secondes avant de
remettre le masque sur mon visage, puis le retirait à nouveau pour me glisser dans le tunnel. En
conséquence, le scanner prit beaucoup de temps. Quand ce fut fini, ils me conduisirent dans l’unité
des soins intensifs (USI).
L’équipe médicale fit tout ce qu’elle pouvait, talonnée par mon mari qui insistait pour qu’ils
n’abandonnent pas. Les minutes s’écoulaient tandis que j’étais allongée dans l’USI et que l’équipe
m’administrait des traitements au moyen d’aiguilles et de tubes, sous le regard impuissant de ma
famille.
Un épais rideau fut ensuite tiré tout autour de mon lit, m’isolant des autres patients. Danny et ma
mère étaient restés tous deux à l’extérieur de la cabine constituée par le rideau.
Je remarquai que les infirmières continuaient à s’agiter autour de moi, et s’apprêtaient à
brancher mon corps pratiquement inerte aux tuyaux d’oxygène et autres appareils pour commencer
une série d’intraveineuses de liquides et de glucose, étant donné que j’étais gravement sous-
alimentée. Elles me connectèrent au moniteur situé au-dessus de mon lit pour mesurer ma pression
sanguine et mon rythme cardiaque. Par le nez, une sonde pour la nourriture fut introduite dans ma
gorge, jusque dans l’estomac, afin que je puisse être alimentée directement, et l’oxygène m’arrivait
par là aussi via un respirateur. Ils eurent du mal à introduire le tube pour la nourriture et le firent
glisser le long de ma trachée; ils vaporisèrent quelque chose dans ma gorge pour anesthésier les
muscles et pouvoir le faire descendre plus facilement.
Je savais qui étaient les gens qui venaient me voir et ce qu’ils faisaient. Bien que mes yeux soient
fermés, j’étais consciente de chaque détail, autour de moi et même au-delà. L’acuité de ma
perception était beaucoup plus intense que lorsque j’étais éveillée et que j’utilisais mes sens
physiques. J’avais l’impression de tout savoir et comprendre – non seulement ce qui se passait
autour de moi, mais aussi ce que tous ressentaient, comme si j’étais capable de voir et de sentir à
travers eux. Je percevais leurs peurs, leurs espoirs et la résignation que leur inspirait ma situation.
Danny et maman semblent si tristes et si effrayés. J’aimerais tant qu’ils sachent que je n’ai plus
mal – j’aimerais tant pouvoir le leur dire. Maman, ne pleure, pas s’il te plaît! Je vais bien! Je suis
là. Je suis avec vous maintenant!
J’étais tout à fait consciente de ce qui se passait autour de moi. Bien que tout semblât se passer en
même temps, si je me concentrais sur une chose, elle devenait claire en un instant.
« Je ne trouve pas ses veines! » entendis-je l’un des infirmiers crier frénétiquement au médecin
de service. Il y avait de la peur dans sa voix. « Elles se sont complètement rétractées. Oh, regardez
ses membres! Il n’y a plus de chair dessus. Son corps n’a absorbé aucun nutriment depuis un bon
moment. » Je me souviens que c’était une voix d’homme – un infirmier.
Il juge la situation désespérée, pensais-je. Il est prêt à baisser les bras et je ne l’en blâme pas.
« Ses poumons sont pleins d’eau. Elle est en train de se noyer dans ses propres excrétions. Il
faudrait que je pompe ses poumons afin qu’elle puisse au moins mieux respirer. » C’était le
médecin-chef qui parlait. Je les regardais tandis qu’ils s’affairaient méticuleusement sur mon corps
sans vie – une forme qui semblait trop petite pour contenir ce que je ressentais sur moi-même en
cet instant.
Bien que l’équipe médicale s’activât très vite et qu’il y ait un caractère d’urgence dans leurs
actions, je percevais également un climat d’acceptation, comme s’ils étaient tous arrivés à la
conclusion qu’il était trop tard pour changer le destin. J’étais tout à fait consciente du moindre
détail, mais ne ressentais rien physiquement – mis à part un sentiment de délivrance et de liberté
que je n’avais jamais connu auparavant.
Oh, c’est incroyable! Je me sens si libre et si légère! Que se passe-t-il? Je ne me suis jamais
sentie aussi bien! Plus de tubes, plus de fauteuil roulant! Je peux me déplacer à ma guise
maintenant, sans l’aide de quiconque! Et ma respiration n’est plus laborieuse – comme c’est
merveilleux!
Je ne ressentais aucun attachement pour mon corps apparemment sans vie allongé sur le lit
d’hôpital. Il me semblait bien trop petit et insignifiant pour abriter ce que j’étais en train
d’expérimenter. Je me sentais libre, délivrée et sublime. Les maux, les douleurs, la tristesse, le
chagrin avaient disparu! J’avais l’impression d’avoir été totalement libérée. Je ne me rappelle pas
avoir déjà vécu une telle sensation.
C’était comme si j’avais été prisonnière de mon propre corps pendant les quatre dernières
années alors que le cancer me ravageait, et qu’enfin j’en étais libérée. Je goûtais à la liberté pour la
première fois! Je me sentais légère et je m’aperçus que j’étais capable d’être partout à la fois…
sans que cela me paraisse inhabituel. J’avais l’impression que c’était normal, comme si c’était la
manière réelle de percevoir les choses. Je ne m’étonnais même pas de pouvoir entendre mon mari
et le médecin parler à l’extérieur de l’USI, à une dizaine de mètres au bout du couloir.
« Il n’y a plus rien à faire pour votre femme, M. Moorjani. Ses organes ont cessé de fonctionner.
Elle a des tumeurs de la taille d’un citron dans tout son système lymphatique, de la base du crâne à
la partie inférieure de l’abdomen. Son cerveau est rempli de liquide, de même que ses poumons. Sa
peau se couvre de lésions purulentes. Elle ne passera même pas la nuit », disait-il à Danny. Je
n’avais jamais vu ce médecin auparavant.
J’observai l’angoisse sur le visage de Danny et je voulais lui crier : Ne t’inquiète pas, mon chéri,
je vais bien! S’il te plaît, ne t’en fais pas. N’écoute pas les médecins. Ce qu’ils disent n’est pas vrai!
Mais j’en étais incapable. Rien ne sortait. Il ne pouvait pas m’entendre.
« Je ne veux pas la perdre. Je ne suis pas prêt à cela », dit Danny.
Bien que je n’éprouve aucun attachement pour mon corps, je sentis monter une profonde
émotion face au drame qui se déroulait autour de ma forme inerte. Plus que toute autre chose, je
voulais délivrer Danny du profond désespoir qu’il ressentait à la pensée de me perdre.
Chéri, peux-tu m’entendre? Je t’en prie, écoute! Je veux que tu saches que je vais bien!
Dès que je commençais à m’attacher au drame qui se jouait, je me sentais tirée en arrière,
comme si une perspective plus vaste s’ouvrait devant moi, comme si un scénario plus grand se
déroulait. Mon attachement s’émoussait tandis que je commençais à réaliser que tout était parfait et
se passait conformément au plan établi.
Tandis que mes émotions se détournaient de mon environnement, je pris conscience que je
continuais à me dilater jusqu’à finir par remplir tout l’espace, et qu’il n’y ait plus aucune
séparation entre moi et tout le reste. J’englobais – ou plutôt je devenais – tout et chacun. J’étais
pleinement consciente de chaque mot de la conversation entre ma famille et les médecins, bien
qu’ils soient loin de ma chambre. Je voyais l’expression d’effroi sur le visage de mon mari et
pouvais ressentir sa peur. C’était comme si, à cet instant, j’étais devenu lui.
Simultanément, je savais aussi que mon frère, Anoop, était à des milliers de kilomètres de là,
dans un avion, impatient de me voir. En apercevant son air anxieux, j’eus l’impression une fois
encore que l’on me ramenait dans le drame émotionnel du monde physique.
Oh, c’est Anoop! Il est dans un avion. Pourquoi a-t-il l’air si anxieux? Il me semble qu’il vient à
Hong Kong pour me voir!
Je me rappelle avoir senti son sentiment d’urgence m’atteindre. Une intense bouffée d’émotion
monta en moi.
Oh, pauvre Anoop. Il s’inquiète pour moi, et il veut arriver avant que je meure. Ne t’inquiète pas,
Anoop, je serai là pour toi. Inutile de te presser! Je ne soufre plus, mon cher frère!
Je voulais me lever et le prendre dans mes bras pour lui certifier que j’allais bien, et ne
comprenais pas pourquoi je n’étais pas capable de m’approcher de lui.
Je suis ici, frérot!
Je me rappelle que je ne voulais pas que mon corps physique meure avant qu’il arrive. Je savais
qu’il se sentirait horriblement mal et je ne voulais pas qu’il subisse cela.
Mais, alors que l’affection que je ressentais pour mon frère prenait le dessus et que de toutes mes
forces je ne voulais pas qu’il souffre de la mort de sa petite sœur, je me sentis à nouveau tirée en
arrière. Chaque fois que mes émotions l’emportaient sur la situation, je sentais que je me dilatais à
nouveau et que je me libérais de toutes mes attaches. Une fois de plus, j’étais enveloppée de la
sensation rassurante qu’une œuvre plus vaste se déroulait, où tout était à sa place dans le plan
global.
Plus je me dilatais, moins je m’étonnais d’être dans cet état miraculeux – je n’avais pas du tout
l’impression qu’il sortait de l’ordinaire; il me paraissait parfaitement naturel à cet instant. Je
continuais à être complètement consciente des moindres détails des procédures que l’on
m’appliquait, même si, pour le monde extérieur, j’avais l’air d’avoir sombré dans le coma.
J’avais l’impression de me dilater de plus en plus et de m’éloigner de mon environnement
physique. C’était comme si je n’étais plus réduite aux limites du temps et de l’espace et que je
continuais à m’amplifier pour occuper une plus grande étendue de conscience. J’éprouvais un
sentiment de liberté et de libération que je n’avais encore jamais ressenti dans ma vie physique. Les
seuls mots qui me viennent pour la décrire sont une sensation de joie mêlée à un déversement
d’allégresse et de bonheur. Elle résultait de l’impression d’être délivrée de la maladie et de mon
corps agonisant, du sentiment jubilatoire de m’être émancipée de toutes les souffrances que m’avait
fait endurer ma maladie.
Tandis que je continuais à plonger dans l’autre monde, à me dilater de plus en plus, à devenir
tout et tous, je sentais tous mes liens affectifs pour mes proches et pour mon entourage se
dissoudre lentement. Ce que je ne peux que décrire par les mots « amour inconditionnel superbe et
merveilleux » m’entoura et m’enveloppa tandis que je m’abandonnais. Le terme amour
inconditionnel ne rend pas vraiment justice à cette sensation, étant donné que ces mots ont été
galvaudés au point de perdre leur intensité. Toutefois, la bataille physique que j’avais menée
pendant si longtemps avait finalement relâché sa terrible emprise sur moi, et je vivais une
merveilleuse expérience de liberté.
Je n’avais pas l’impression d’avoir été physiquement ailleurs – mais plutôt de m’être réveillée.
Peut-être avais-je fini par émerger d’un mauvais rêve? Mon âme prenait enfin conscience de sa
vraie magnificence! Et ce faisant, elle se dilatait au-delà de mon corps et de ce monde matériel. Elle
se dilatait encore et encore jusqu’à inclure non seulement cette existence, mais aussi un autre
monde situé hors du temps et de l’espace.
L’amour, la joie, l’extase et l’admiration affluèrent en moi et me submergèrent. Je fus engloutie
et enveloppée d’un amour que je n’aurais jamais cru possible. Je me sentais plus que jamais libre et
vivante. Comme je l’ai mentionné plus haut, je savais des choses que je n’aurais pas pu savoir sur
un plan physique, comme la conversation entre l’équipe médicale et ma famille, bien loin de mon
lit d’hôpital.
Les sensations qui m’envahissaient émanaient d’un monde qui leur était propre, et aucun mot
n’existe pour les décrire. Le sentiment d’amour inconditionnel total et pur ne ressemblait à rien de
ce que j’avais connu auparavant… Aucune discrimination, comme celle de me demander par
exemple si je le méritais ou non, ou si je devais faire mes preuves pour l’obtenir, n’y était
impliquée.
À ma grande surprise, je pris conscience de la présence de mon père qui était mort dix ans plus
tôt, et le sentir avec moi me donna un immense sentiment de réconfort.
Papa, tu es là! Je ne peux le croire!
Je ne disais pas ces mots, je ne faisais que les penser – en fait, c’était plutôt comme si je
ressentais les émotions derrière les mots, étant donné qu’il n’y a pas d’autres façons de
communiquer dans ce monde que par nos émotions.
Oui, je suis là, ma chérie, et j’ai toujours été là – pour toi et pour toute la famille! me transmit
mon père. Encore une fois, il n’y avait pas de mots, que des émotions, mais je comprenais
clairement.
Puis je reconnus l’essence de ma meilleure amie, Soni, morte du cancer depuis trois ans. Je ne
trouve que le mot « exaltation » pour traduire ce que j’ai ressenti tandis que leur présence
m’enveloppait comme une étreinte chaleureuse et me réconfortait. J’avais l’impression de savoir
qu’ils avaient été avec moi depuis un certain temps, bien avant que j’en prenne conscience, et
pendant toute la durée de ma maladie.
J’étais également consciente que d’autres personnes m’entouraient. Je ne les reconnaissais pas,
mais je savais qu’elles m’aimaient beaucoup et qu’elles me protégeaient. Je réalisai qu’elles avaient
toujours été là, m’entourant de leur amour, même si je n’en avais pas eu conscience.
Ce fut extrêmement réconfortant pour moi de me reconnecter à l’essence de Soni, parce qu’elle
m’avait beaucoup manqué depuis son départ. Je ne ressentais rien d’autre qu’un amour
inconditionnel, émanant d’elle et allant vers elle. À ce moment même, ce fut comme si mon essence
se fondait avec celle de Soni et que je devenais elle. Je comprenais qu’elle était ici, là et partout.
Elle pouvait être partout à la fois pour tous ses proches.
Même si je n’utilisais plus mes cinq sens physiques, j’avais des perceptions illimitées, comme si
un nouveau sens était devenu disponible, un sens bien supérieur à toutes nos facultés habituelles.
J’avais une vision périphérique de 360° et la pleine conscience de mon environnement. Et aussi
surprenant que cela puisse paraître, cela me semblait tout à fait normal. C’est le fait d’être dans un
corps qui me donnait maintenant l’impression d’être enfermée.
Le temps était différent dans ce monde et je ressentais tous les moments à la fois. J’étais
consciente de tout ce qui faisait partie de moi – passé, présent et avenir – simultanément.
J’expérimentais ce qui semblait être des vies qui se jouaient simultanément. Dans l’une de ces
incarnations, il me sembla que j’avais un frère plus jeune et que je le protégeais. Mais je savais que
cette essence fraternelle était la même que celle d’Anoop, sauf que dans cette vie-là, il était plus
jeune que moi au lieu d’être mon aîné. Cette vie que je percevais maintenant avec Anoop semblait
se dérouler dans un endroit rural sous-développé, à une époque et dans un lieu que je ne pouvais
identifier. Nous vivions dans une hutte de terre peu meublée et je m’occupais d’Anoop pendant que
nos parents allaient travailler dans les champs.
Tandis que j’expérimentais cette sensation d’être une sœur aînée protectrice, veillant à ce qu’il y
ait assez à manger pour tout le monde et à ce que nous soyons protégés de tout élément extérieur
indésirable, je n’avais pas l’impression que c’était une vie passée. Même si la scène semblait
historique, dans ce monde-là, elle donnait l’impression de se dérouler ici et maintenant.
En d’autres termes, le temps n’était plus linéaire à la manière dont nous l’expérimentons ici.
C’est comme si notre esprit terrestre convertissait ce qui se passe autour de nous en une séquence;
mais en réalité, quand nous ne nous exprimons pas par l’intermédiaire de notre corps, tout arrive
simultanément, que ce soit le passé, le présent ou l’avenir.
Bien que le fait d’être capable de percevoir tous les moments simultanément ajoutait à
l’atmosphère de clarté de ce monde-là, chercher à s’en souvenir et à le décrire crée une certaine
confusion. La séquence n’est pas évidente quand il n’y a pas de temps linéaire, ce qui en rend toute
restitution maladroite.
Il semble que nos cinq sens nous obligent à nous concentrer sur un seul laps du temps à un
moment donné, et que nous relions ces moments ensemble pour nous donner l’illusion d’une
réalité linéaire. Notre dimension physique limite aussi la perception de l’espace qui nous entoure,
nous confinant à ce que voient nos yeux, à ce qu’entendent nos oreilles ou à ce que nous touchons,
sentons ou goûtons. Ainsi, sans la limitation de mon corps, je pouvais avoir conscience que tous
les points de l’espace et du temps m’appartenaient tous d’un seul coup.
Ma conscience supérieure dans ce monde élargi était indescriptible, malgré tous mes efforts
pour l’expliquer. La clarté était époustouflante.
L’Univers a un sens! réalisai-je. Je comprends enfin – je sais pourquoi j’ai un cancer! J’étais trop
absorbée par l’émerveillement de ce moment pour m’attarder sur la cause, même si j’allais bientôt
l’étudier de plus près. J’avais aussi l’impression de comprendre pourquoi j’étais venue dans cette
vie en premier lieu – je connaissais mon véritable but.
Pourquoi tout d’un coup étais-je capable de comprendre tout cela? voulais-je savoir. Qui me
donne cette information? Est-ce Dieu? Krishna? Bouddha? Jésus? Je fus alors submergée par la
prise de conscience que Dieu n’est pas un être, mais un état d’être… et que j’étais maintenant cet
état d’être!
Je sus que ma vie était intimement liée à tout ce que j’avais connu jusqu’à maintenant. Mon
expérience était comme un fil tissé dans les immenses images complexes et colorées d’une toile
infinie. Tous les autres fils et toutes les autres couleurs représentaient mes relations, y compris
chaque vie avec laquelle j’avais eu un contact. Il y avait des fils représentant ma mère, mon père,
mon frère, mon mari et toute autre personne qui s’était présentée dans ma vie, que ce soit d’une
manière positive ou négative.
Oh, il y a même un fil pour Billy qui me brutalisait quand j’étais enfant!
Toutes les rencontres, quelles qu’elles soient, étaient tissées ensemble pour créer le tissu qui
représentait ma vie jusqu’à ce jour. Sans doute n’étais-je qu’un fil, mais j’étais un élément
indispensable à l’image finale tout entière.
Voyant cela, je compris que je me devais, pour moi, pour tous ceux que je rencontrais, et pour la
vie elle-même, de toujours être l’expression de ma propre essence unique. Essayer d’être autre
chose ou quelqu’un d’autre ne me rendait pas meilleure – cela ne faisait que me priver de mon vrai
moi! Cela empêchait les autres de me connaître pour ce que j’étais, et m’empêchait de réagir de
façon authentique avec eux. Le fait de ne pas être authentique privait aussi l’Univers de l’être que
j’étais venue incarner ici et de ce que j’étais venue y exprimer.
Dans cet état de clarté, je réalisai également que je n’étais pas la personne que j’avais toujours
pensé être : Me voici, sans mon corps, ma race, ma culture, ma religion, mes croyances… et
pourtant je continue d’exister! Alors que suis-je? Qui suis-je? Je ne me sens certainement pas
réduite ou amoindrie en aucune manière. Au contraire, je n’ai jamais été aussi immense, aussi
puissante, aussi complète. Oh, je n’ai jamais ressenti cela de toute ma vie!
J’étais donc là, sans mon corps ou toute autre caractéristique physique, et pourtant ma pure
essence continuait d’exister, et ce n’était pas un élément limité de mon moi tout entier. En fait, il
semblait beaucoup plus vaste, plus intense, plus expansible que mon moi physique – magnifique
pour tout dire. Je me sentais éternelle, comme si j’avais toujours existé et existerais toujours, sans
commencement ni fin. J’étais remplie de la connaissance que j’étais tout simplement magnifique!
Comment n’avais-je jamais remarqué cela auparavant? me demandai-je.
Tandis que je regardais la grande toile qui représentait la somme de ma vie jusqu’à ce jour, je
fus capable d’identifier exactement ce qui m’avait amenée au point où je me trouvais aujourd’hui.
Il suffit de regarder mon chemin de vie! Pourquoi, oh pourquoi ai-je toujours été aussi dure avec
moi-même? Pourquoi me suis-je continuellement blâmée? Pourquoi ai-je toujours renoncé à moi-
même? Pourquoi n’ai-je jamais défendu ce que j’étais et montré au monde la beauté de mon âme?
Pourquoi ai-je toujours réprimé mon intelligence et ma créativité pour faire plaisir aux autres?
Je me suis trahie à chaque fois que j’ai dit oui quand je voulais dire non! Pourquoi me suis-je fait
violence en ayant toujours besoin de rechercher l’approbation des autres pour être moi-même?
Pourquoi n’ai-je pas suivi mon propre cœur merveilleux et exprimé ma vérité?
Pourquoi n’avons-nous pas conscience de tout cela quand nous sommes dans notre corps
physique? Comment se fait-il que je n’aie jamais su que nous ne devions pas être si durs avec nous-
mêmes?
Je me sentais toujours enveloppée d’un océan d’amour inconditionnel et d’acceptation. Je
pouvais me voir avec des yeux neufs, et je vis que j’étais un être merveilleux de l’Univers. Je
compris que le simple fait d’exister me rendait digne de cette tendre sollicitude plutôt que des
jugements. Je n’avais rien à faire de spécial. Je méritais d’être aimée du simple fait d’exister, ni
plus ni moins.
Ce fut une prise de conscience assez surprenante pour moi, parce que j’avais toujours pensé que
je devais faire des efforts pour me rendre attachante. Je pensais que d’une manière ou d’une autre,
je devais mériter l’attention des autres; m’apercevoir que ce n’était pas le cas me semblait
incroyable. Je suis aimée de manière inconditionnelle du simple fait d’exister.
Je fus transformée en une clarté inimaginable, tandis que je comprenais que cette magnifique
essence en évolution était vraiment moi. C’était la vérité de mon être. La compréhension était
parfaitement claire : je regardais une nouvelle représentation du moi, devenant ainsi la lumière
cristalline de ma propre conscience. Rien n’interférait avec le flux, la magnificence et
l’extraordinaire beauté de ce qui se déroulait.
Je pris conscience que nous sommes tous reliés. Non seulement chaque personne et chaque
créature vivante, mais l’unification entrelacée donnait l’impression de se dilater jusqu’à tout
inclure dans l’Univers : chaque être humain, animal, plante, insecte, montagne, mer, objet inanimé
et le cosmos. Je réalisai que l’Univers tout entier était vivant et imprégné de conscience, englobant
toute la vie et toute la nature. Tout appartenait à un Tout infini. J’étais étroitement, inséparablement
imbriquée avec tout ce qui était vivant et participait à la vie. Nous sommes tous des facettes de cette
unité – nous sommes tous Un, et chacun de nous influe sur le Tout collectif.
Je savais que la vie et le but de Danny étaient inextricablement liés aux miens, et que si je
mourais, il me suivrait très vite. Mais je comprenais que même si cela devait se produire, tout
resterait parfait dans le tableau d’ensemble.
Je comprenais aussi que le cancer n’était pas une punition pour quelque chose de mal que j’avais
pu faire, ni un karma négatif que je subissais comme conséquence de mes actions, comme je le
croyais auparavant. C’était comme si chaque moment contenait des possibilités infinies, et là où je
me trouvais, en cet instant même, était l’apogée de chaque décision, de chaque choix et de chaque
pensée de ma vie tout entière. Mes nombreuses peurs et mon grand pouvoir s’étaient manifestés
sous la forme de cette maladie.
CHAPITRE 8
QUELQUE CHOSE D’INFINI ET D’ABSOLUMENT
FANTASTIQUE

Malgré mon désir de faire partager ici mon expérience de mort imminente, il n’existe aucun
mot qui puisse vraiment traduire sa profondeur et la somme des connaissances qui s’en est suivie.
Aussi la meilleure façon de l’exprimer est-elle d’employer des métaphores et des analogies.
J’espère qu’elles contiennent, du moins dans une certaine mesure, une partie de l’essence même
que je cherche à transmettre.
Imaginez, en somme, un immense entrepôt obscur. C’est là que vous vivez, avec pour seul
éclairage une lampe de poche. Tout ce que vous connaissez de ce que contient cet énorme espace
est ce que vous avez aperçu à la lueur d’une petite torche. Quand vous recherchez un objet, même si
vous ne le trouvez pas, cela ne signifie pas qu’il n’existe pas. Il est là, mais vous n’avez tout
simplement pas dirigé votre lampe dessus. Et même si vous le faites, l’objet que vous voyez peut
être difficile à distinguer. Vous pouvez vous en faire une idée assez précise, mais souvent cela vous
laisse perplexe. Vous ne pouvez voir que ce que votre lampe vous montre et n’identifier que ce que
vous connaissez déjà.
Telle est la vie physique. Nous ne sommes conscients que de ce sur quoi nous focalisons nos
sens à un moment donné, et ne pouvons comprendre que ce qui nous est déjà familier.
Maintenant, imaginez qu’un jour quelqu’un appuie sur l’interrupteur. Pour la première fois, dans
un jaillissement de lumière, de sons et de couleurs, vous apercevez l’entrepôt tout entier, et il n’a
rien à voir avec ce que vous aviez imaginé. Les lumières sont aveuglantes, éclatantes,
incandescentes, et lancent des étincelles de rouge, de jaune, de bleu et de vert. Vous distinguez des
couleurs que vous ne connaissiez pas, que vous n’aviez encore jamais vues. Une musique que vous
entendez pour la première fois emplit la pièce de mélodies fantastiques, kaléidoscopiques, des
mélodies ambiophoniques que vous n’aviez encore jamais entendues.
Des enseignes au néon vibrent et dansent dans des lumières arc-en-ciel de cerise, citron,
vermillon, raisin, lavande et or. Des jouets électriques roulent sur des pistes, montent et descendent
autour des étagères où s’empilent d’indescriptibles boîtes colorées, des paquets, papiers, crayons,
peintures, encres, boîtes de conserve, boîtes de bougies de multiples couleurs, bouteilles de soda,
chocolat en tout genre, champagne et vins de tous les coins du monde. Des fusées explosent
soudain dans une envolée d’étoiles, déclenchant des étincelles de fleurs, des cascades de feu
provenant d’une source froide, des braises sifflantes et des jeux de lumière.
L’immensité, la complexité, la profondeur et l’envergure de tout ce qui se déroule autour de
vous sont presque insupportables. Votre regard n’atteint pas les confins de l’espace, mais vous
savez qu’il reste encore beaucoup plus que ce que vous pouvez saisir de ce torrent qui met au
supplice vos sens et vos émotions. Cependant, vous avez la conviction que vous faites vraiment
partie de quelque chose de vivant, d’infini et d’absolument fantastique, que vous faites partie d’une
immense toile qui se déroule et s’étend par-delà la vue et le son.
Vous comprenez que ce que vous preniez pour votre réalité n’est en fait qu’un minuscule grain
de poussière au milieu de cette vaste merveille qui vous entoure. Vous pouvez voir à quel point les
différentes parties sont interdépendantes, comment elles se complètent les unes les autres, à quel
point tout est en harmonie. Vous remarquez dans l’entrepôt toutes les choses que vous n’aviez
jamais vues, dont vous n’aviez jamais soupçonné l’existence dans toute cette splendeur de couleurs,
de sons et de textures – mais elles sont là, avec tout ce que vous connaissiez déjà. Et même ces
objets qui vous étaient familiers se présentent dans un contexte si différent qu’ils vous donnent
l’impression d’être complètement nouveaux et étrangement surréalistes.
Même si l’on éteignait la lumière, rien ne pourrait vous dérober votre compréhension, votre
clarté, votre sens du merveilleux et de la beauté, ou la fabuleuse intensité de cette expérience. Rien
ne pourrait effacer votre connaissance de tout ce qui existe dans l’entrepôt. Vous êtes maintenant
devenu beaucoup plus conscient de ce qui s’y trouve, de la manière d’y accéder et de ce qui est
possible, que vous ne l’étiez à la seule lueur de votre lampe de poche. Il ne vous reste plus qu’un
sentiment de respect et d’admiration envers tout ce que vous avez expérimenté dans ces moments
de lucidité aveuglante. La vie a pris un sens différent, et les nouvelles expériences qui vous
attendent émanent de cette conscience.
Je m’émerveillais de la nouvelle compréhension que je venais de découvrir dans l’autre monde,
y prenais plaisir et explorais cette conscience omniprésente. C’est alors que je me rendis compte
que je devais faire un choix.
J’étais arrivée à un point où je sentais à nouveau la présence réconfortante de mon père
m’envelopper, comme s’il m’embrassait.
Papa, j’ai l’impression d’être enfin arrivée chez moi! Je suis si contente d’être ici. La vie est si
douloureuse! lui dis-je.
Mais tu es toujours chez toi, ma chérie, insista-t-il. Tu l’as toujours été et tu le seras toujours. Je
voudrais que tu ne l’oublies jamais.
Même si je n’avais pas toujours été proche de mon père dans ma jeunesse, ce qui émanait de lui
en ce moment était un amour inconditionnel extraordinaire. Quand je vivais avec lui, je m’étais
souvent sentie frustrée quand il m’obligeait à me conformer aux règles de la culture indienne,
comme par exemple me marier jeune, et qu’il me donnait l’impression que j’étais une marginale
parce que je ne m’y pliais pas toujours. Toutefois, dans ce monde, je prenais conscience que, sans
les limitations physiques ni les entraves de ses conditionnements et de ses attentes culturels, tout ce
qu’il ressentait pour moi était un amour pur.
Les pressions culturelles qu’il m’avait imposées dans la vie avaient toutes disparu, parce qu’elles
ne représentaient qu’une partie de l’existence physique. Rien de tout cela n’a d’importance après la
mort; ces valeurs ne se prolongent pas dans la vie après la mort. La seule chose qui demeurait était
notre lien et l’amour inconditionnel que nous avions l’un pour l’autre. Ainsi, pour la première fois,
je me sentis véritablement aimée et en sécurité en présence de mon père. C’était vraiment
extraordinaire, comme si j’étais enfin rentrée à la maison!
Notre communication n’était pas verbale, mais plutôt une fusion parfaite de compréhension
mutuelle. Non seulement je comprenais mon père, mais c’était comme si j’étais devenue lui. Je
réalisais qu’il avait été avec toute ma famille, toutes ces années, depuis sa mort. Il avait été avec ma
mère, l’avait soutenue et protégée; et il avait aussi été avec moi durant mon mariage et ma maladie.
Je pris conscience que l’essence de mon père communiquait avec moi de manière plus directe :
Ma chérie, je veux que tu saches que ce n’est pas encore le moment de rentrer à la maison. Mais le
choix de venir avec moi ou de revenir dans ton corps reste entre tes mains.
Mais mon corps est si malade, épuisé et rongé par le cancer! fut la pensée immédiate qui me vint.
Pourquoi voudrais-je retourner dans mon corps? Il ne m’a causé que des souffrances – non
seulement à moi, mais aussi à ma mère et à Danny. Je ne vois aucune raison de revenir.
Sans parler que l’état d’amour inconditionnel était si extatique! Je ne pouvais supporter l’idée de
revenir. Je voulais rester ici pour toujours.
Ce qui arriva alors est très difficile à décrire. Tout d’abord, je sentis que, quel que soit ce vers
quoi je dirigeais ma conscience, il apparaissait devant moi. Puis, le temps perdit tout son sens. Ce
n’était même pas un facteur à prendre en compte, comme s’il n’existait pas.
Avant cela, les médecins avaient fait des examens pour vérifier le fonctionnement de mes
organes avec la conclusion que vous connaissez. Mais dans ce monde-là, il semblait que le résultat
des examens et du rapport dépendait de la décision que je devais prendre – soit vivre, soit continuer
mon chemin vers la mort. Si je choisissais la mort, le résultat des examens indiquerait la
défaillance des organes. Si je choisissais de revenir dans la vie physique, ils concluraient que mes
organes recommençaient à fonctionner.
À ce moment, je décidai que je ne voulais pas revenir. Je pris alors conscience de mon corps
agonisant, et je vis le docteur parler à ma famille, expliquant que la mort était due à la défaillance
de mes organes.
En même temps, mon père communiquait avec moi : C’est la limite que tu ne peux pas dépasser,
trésor. Si tu continues, tu ne pourras plus revenir.
Je pris alors conscience d’une barrière devant moi, bien que la démarcation ne soit pas
matérielle. C’était plutôt comme un seuil invisible marqué par une variation de niveaux d’énergie.
Je savais que si je le franchissais, ce serait sans retour possible. Tous les liens qui me rattachaient
au plan physique seraient tranchés à jamais. Et comme j’avais pu le constater, on dirait à ma famille
que ma mort était due à une défaillance de mes organes, provoquée par le lymphome en stade
terminal.
L’amour inconditionnel et l’acceptation étaient incroyables, et je voulais franchir le seuil afin de
continuer à expérimenter l’éternité. C’était comme si j’étais enveloppée dans l’unité, la pure
essence de chaque être et créature vivante, sans leurs souffrances, leurs maux, leurs drames et leur
ego.
Je tournai mon attention vers la réaction angoissée de ma famille à l’annonce de ma mort. Je vis
Danny enfouir sa tête sur ma poitrine en tenant mes mains frêles. Son corps était secoué de sanglots
profonds et il était inconsolable. Ma mère se tenait au-dessus de moi, pâle comme un linge,
incrédule. Et mon frère Anoop était sous le choc de ne pas être arrivé à temps.
Avant que je ne sois aspirée par ce qui se passait au niveau de ma vie physique et de ma famille,
je sentis que j’étais tirée en arrière et prenais de la distance par rapport à mes émotions. J’étais à
nouveau submergée par le sentiment rassurant qu’un scénario plus grand se déroulait. Je savais que
même si je choisissais de ne pas revenir, tout serait exactement tel que ce devait être dans la grande
toile de la vie.
Au moment où je prenais la décision de m’acheminer vers la mort, je perçus un autre niveau de
vérité.
Je compris que, étant donné que j’avais réalisé qui j’étais vraiment et vu la magnificence de mon
vrai moi, si je revenais à la vie, la guérison de mon corps serait rapide – ce ne serait même pas une
question de mois ou de semaines, mais de jours! Je savais que les médecins ne trouveraient aucune
trace de cancer si je choisissais de revenir dans mon corps!
Comment est-ce possible? J’étais sidérée par cette révélation et voulais en connaître la raison.
C’est alors que je compris que mon corps n’était qu’un reflet de mon état intérieur. Si mon moi
intérieur était conscient de sa grandeur et de son lien avec Tout-ce-qui-est, mon corps le refléterait
et guérirait rapidement.
Même si le choix était toujours entre mes mains, je discernais également autre chose… Il me
semblait que j’avais encore une sorte de mission à remplir. Mais quelle était-elle? Comment allais-
je la découvrir?
J’eus alors le sentiment que je n’aurais pas à aller à la recherche de ce que j’étais censée faire –
cela se présenterait à moi. Il s’agissait d’aider un grand nombre de gens – des milliers, si ce n’est
des dizaines de milliers – peut-être pour partager un message avec eux. Cependant, il était inutile
pour moi de m’engager dans une recherche ou d’essayer d’imaginer comment j’allais y arriver. Je
devais tout simplement laisser faire les choses.
Pour accéder à cet état d’ouverture, je devais seulement être moi-même! Je pris conscience que,
durant toutes ces années, la seule chose que j’avais à faire était d’être moi-même, sans jugement et
sans ce sentiment obsédant d’être imparfaite. En même temps, je compris qu’au plus profond de
nous, notre essence est faite d’amour pur. Nous sommes amour pur – chacun de nous l’est.
Comment pourrions-nous ne pas l’être puisque nous venons du Tout et y retournons? Je savais
qu’en comprenant cela, nous n’aurions plus jamais peur de ce que nous sommes. C’est pourquoi,
être amour et être notre vrai Moi est une seule et même chose.
Cette révélation, que je considère comme la plus importante, me frappa comme un éclair. Je
compris qu’en étant simplement l’amour que je suis vraiment, je pourrais me guérir et guérir les
autres. C’était une chose que je n’avais jamais réalisée jusqu’ici, bien qu’elle semblât si évidente. Si
nous sommes tous Un, tous des facettes du même Tout qui est amour inconditionnel, alors c’est
évident : ce que nous sommes est amour! Je savais que c’était le vrai but de la vie : être soi, vivre
notre vérité et être l’amour que nous sommes.
Comme pour confirmer ma révélation, je me rendis compte que mon père et Soni
communiquaient avec moi : Maintenant que tu connais la vérité de ce que tu es vraiment, retourne
et vis ta vie sans peur!
CHAPITRE 9
RÉALISER LE MIRACLE

Tandis que je gisais sur mon lit d’hôpital, avant même que quelqu’un dise à mon frère que
j’étais dans le coma et au stade terminal, il avait senti que quelque chose n’allait pas. Anoop vivait à
Pune, en Inde, et un vague pressentiment l’incita à contacter une agence de voyages et à acheter un
billet pour Hong Kong. Il commanda un billet pour le jour même, poussé par un sentiment
d’urgence. L’agent lui dit que les avions au départ de Pune étaient déjà complets, mais qu’il y en
avait un en partance de Mumbai. Anoop décida de le prendre et loua une voiture pour parcourir les
quatre heures qui le séparaient de l’avion pour Hong Kong.
Quand Danny avait appelé mon frère chez lui, à Pune, pour l’informer de mon état et lui dire de
venir le plus vite possible, c’est ma belle-sœur, Mona, qui avait décroché et lui avait annoncé
qu’Anoop était déjà en route.
Quand Mona, qui est bouddhiste, comprit que mon état était désespéré, elle organisa
immédiatement un groupe de prières avec ses amis pour ma guérison.
Entre temps, ici à Hong Kong, ma mère arpentait les couloirs de l’hôpital, priant Shiva pour ma
vie. Elle se sentait impuissante et, ne sachant pas quoi faire, elle se rendit dans un temple hindouiste
– celui où mes parents m’avaient emmenée quand j’étais enfant. Elle monta le large escalier
conduisant à l’entrée, traversa la cour et entra dans le hall de prière où se trouvaient les grandes
statues des divinités Krishna, Shiva et Ganesh sur leur piédestal, alignées devant le mur, peintes et
revêtues d’ornements aux couleurs vives. Ma mère se couvrit la tête et s’assit devant elles en
s’inclinant légèrement, pour parler avec elles et rechercher le réconfort de leur présence.
Au même moment, une amie proche de ma famille, Linda, qui est une fervente catholique,
organisait un groupe de prière dans son église. Elle avait parlé de ma situation au prêtre et ils
citèrent mon nom dans la prière.
Tandis que je gisais sur mon lit, dans le coma, avec toutes ces sondes sortant de mon nez, de ma
bouche, de mes bras, mon mari était à mon côté, murmurant à mon oreille pour me faire savoir
qu’il était là, et me demandant de revenir.
« Nous avons encore tant de choses à faire ensemble, mon amour, pouvais-je l’entendre
murmurer. S’il te plaît, reviens, je t’en prie. Je vais t’attendre ici, même si cela prend toute une
vie. »
Il était resté éveillé toute la nuit, à surveiller les cadrans et appareils de mesure surplombant mon
lit, à attendre, ne voulant pas risquer de manquer le moment éventuel où j’allais rendre mon
dernier soupir, et à me prier de revenir.
Cher, cher Danny. J’espère que tu sauras toujours combien je t’aime, j’avais envie de
communiquer avec lui. Ne t’inquiète pas pour moi, je vais bien. J’aimerais tant pouvoir partager
tout ce que j’ai appris avec toi. Ce corps dont tu tiens les mains n’est pas le vrai moi. Nous avons
toujours été ensemble, reliés à travers le temps et l’espace. Rien ne peut nous séparer. Même si je
meurs physiquement, nous ne serons jamais séparés. Tout est parfait tel que c’est. Je sais cela
maintenant, et je veux que tu le saches aussi.
Puis, vers 4 heures du matin, mon corps se mit soudain à tressaillir. J’eus des haut-le-cœur
comme si je manquais d’air. Danny paniqua, pensant que le dernier moment était arrivé, et pressa
sur la sonnette d’urgence. Les infirmières firent irruption et, voyant que je suffoquais, appelèrent le
médecin. Elles retournèrent mon corps et commencèrent à me taper dans le dos.
Vingt minutes s’écoulèrent avant la venue du docteur. Il dit à Danny que mes poumons étaient
emplis de liquide et que je m’étouffais avec mes propres sécrétions. Il ordonna aux infirmières
d’aller chercher un kit d’épanchement pleural. Elles apportèrent une sorte de pochette transparente
munie d’une longue aiguille que le médecin m’introduisit dans le dos jusqu’aux poumons pour
drainer le liquide dans le sac transparent. Il recommença trois ou quatre fois, jusqu’à ce que le sac
contienne environ un litre de liquide, puis enleva l’aiguille. Je pouvais toujours voir mon corps, et
il respirait mieux maintenant.
Mon mari resta à mes côtés toute la matinée et une bonne partie de la journée, à observer les
écrans au-dessus de mon lit et à me tenir la main.
Mon frère atterrit à Hong Kong dans l’après-midi et appela Danny sur son portable dès son
arrivée à l’aéroport.
Danny lui dit : « Ne passe pas à la maison déposer tes bagages. Viens directement à l’hôpital en
taxi. Nous ne savons pas combien de temps nous avons. » Anoop se rendit donc directement à
l’hôpital avec ses bagages.
Mes yeux commencèrent à battre aux environs de 4 heures du matin, mais ma vision restait très
floue. J’avais du mal à distinguer les contours de la silhouette de Danny qui se penchait sur moi,
puis j’entendis sa voix : « Elle revient! »
Il paraissait si heureux. C’était le 3 février, environ trente heures après mon entrée dans le coma.
Puis j’entendis la voix de mon frère, et je sentis que j’essayais de sourire.
« Hello, sœurette, bienvenue chez toi! dit Anoop avec une joie audible.
— Tu as réussi! m’exclamai-je. Je savais que tu serais là, je t’ai vu venir dans l’avion. »
Il eut l’air un peu surpris, mais ignora mon commentaire. Ma famille était heureuse de me voir
reprendre conscience. Ma mère était là aussi, souriante, et me prit la main. Je me sentais troublée
parce que je n’avais pas réalisé que j’avais été dans le coma, et je ne saisissais pas encore ce qui se
passait ou ne comprenais pas que je n’étais plus dans l’autre monde.
Ma vision s’éclaircissant progressivement, je pus distinguer plus facilement ma famille. Je vis la
valise d’Anoop contre le mur, derrière lui.
Le médecin entra et eut l’air à la fois surpris et heureux de me voir réveillée. « Vous voilà de
retour parmi nous! Nous étions tous si inquiets pour vous! dit-il.
— Bonsoir, Dr Chan. Cela me fait plaisir de vous revoir, répondis-je d’une voix un peu groggy.
— Comment m’avez-vous reconnu? demanda-t-il, l’air surpris.
— Parce que je vous ai vu, lui dis-je. N’êtes-vous pas celui qui a pompé le liquide de mes
poumons au milieu de la nuit parce que j’avais des difficultés à respirer? »
Il était visiblement sidéré et dit : « Oui, mais vous étiez dans le coma à ce moment-là. Vos yeux
étaient fermés! » Il tenta d’écarter le sujet et continua : « C’est vraiment une agréable surprise! Je ne
m’attendais pas à vous voir éveillée, mais j’étais venu apporter une bonne nouvelle à votre famille.
Les résultats des examens du foie et des reins viennent d’arriver et indiquent qu’ils ont
recommencé à fonctionner. » Il avait l’air très content.
« Mais je savais qu’ils avaient recommencé à fonctionner, dis-je, le regard trouble. Je me sentais
un peu dans le vague.
— Vous ne pouviez pas le savoir, m’assura le Dr Chan avec patience. C’était inespéré.
Maintenant, reposez-vous », m’ordonna-t-il en sortant de la chambre.
Ma famille était rayonnante et une gaieté que je n’avais pas vue depuis longtemps se reflétait sur
leurs visages. Ils remercièrent le docteur avec effusion pour la bonne nouvelle.
Après le départ du Dr Chan, je demandai à mon mari : « Pourquoi a-t-il eu l’air si surpris que je
le reconnaisse? Je l’ai vu me soigner. N’est-ce pas le médecin qui t’a dit que mes organes avaient
déjà cessé de fonctionner, que je ne passerais pas la nuit et n’avais plus que quelques heures à
vivre?
— Comment as-tu pu entendre cela? s’étonna Danny. Il ne l’a pas dit dans la chambre. Nous
parlions dans le couloir à environ une centaine de mètres d’ici!
— Je ne sais pas comment je l’ai entendu. Et je ne comprends pas pourquoi, mais je connaissais
déjà les résultats du fonctionnement de mes organes, avant même la venue du médecin », dis-je.
Bien que je fusse encore très groggy, il était clair que quelque chose m’était certainement arrivé.
Les jours suivants, je fus capable de raconter progressivement à ma famille ce qui était arrivé
dans l’autre monde. Je décrivis aussi ce qui s’était passé quand j’étais dans le coma. Je pus
retransmettre à ma famille sidérée, presque mot pour mot, quelques conversations qu’ils avaient
eues près de moi, mais aussi en dehors de la chambre, dans le couloir et dans la salle d’attente de
l’hôpital. Je pus décrire la plupart des traitements qu’on m’avait administrés et identifier, à la
surprise de mon entourage, les médecins et les infirmières qui les aidaient.
Je dis à l’oncologue et à ma famille que j’avais eu de difficultés à respirer et avais commencé à
m’étouffer avec mon propre liquide au milieu de la nuit, quand mon mari avait appuyé sur la
sonnette d’urgence. Je racontai l’irruption des infirmières, leur appel urgent au médecin qui était
entré en trombe alors que tout le monde pensait que je rendais mon dernier soupir. Je décrivis tous
les détails de cet incident, y compris à quelle heure il s’était produit. Ils étaient tous sidérés.
Je pus même identifier la personne qui avait paniqué quand on m’avait admise à l’hôpital. Je dis
à ma famille : « C’est l’infirmier qui a dit que mes membres n’étaient plus que des os et n’avaient
plus de chair, et qu’il était donc impossible de trouver une veine pour l’intraveineuse – en fait, son
ton indiquait qu’il était inutile de tenter de trouver mes veines! »
Mon frère se fâcha en apprenant cela et admit plus tard avoir réprimandé cet homme en lui
disant : « Ma sœur a entendu chaque mot que vous disiez alors que vous n’arriviez pas à trouver ses
veines. Elle savait que vous étiez prêt à abandonner la bataille.
— Je ne soupçonnais même pas qu’elle puisse m’entendre! Elle était dans le coma! » L’infirmier
était à la fois surpris et choqué et il se confondit en excuses auprès de moi pour son insensibilité.
Deux jours après ma sortie du coma, les médecins m’informèrent qu’étant donné que mes
organes s’étaient remis miraculeusement à fonctionner, les lésions provoquées par les toxines
avaient considérablement diminué. J’étais très positive et optimiste, et leur demandai d’enlever les
sondes d’alimentation, car j’étais prête à manger seule. L’un de mes oncologues protesta, assurant
que j’étais trop sous-alimentée et que mon corps ne pourrait pas absorber les nutriments. J’insistai
néanmoins en disant que je savais que je pouvais le faire – après tout, mes organes avaient
recommencé à fonctionner. L’infirmière accepta à contrecœur, en disant que si je ne mangeais pas
correctement, elle replacerait les tubes.
Les sondes d’alimentation étaient celles qui me gênaient le plus parmi toutes celles qui étaient
branchées à mon corps. Elles étaient insérées dans le nez et descendaient dans la trachée jusque
dans l’estomac. Des protéines liquides étaient introduites directement dans mon système digestif. La
présence de ces tubes m’irritait la gorge, l’asséchait et me provoquait des démangeaisons et une
gêne dans le nez. J’avais hâte de m’en débarrasser.
Après avoir retiré les sondes, le médecin suggéra à ma famille que la meilleure nourriture
solide qui me conviendrait pour le moment était des glaces. Non seulement elles calmeraient les
lésions de ma gorge, mais elles seraient faciles à digérer sans que je fasse l’effort de mâcher. Mes
yeux brillèrent à cette suggestion, et Danny sortit m’acheter un cornet de glace au chocolat de ma
marque favorite.
Quand l’autre oncologue vint faire sa visite de routine, il ne put cacher sa surprise. « Vos
tumeurs ont visiblement diminué – considérablement – en l’espace de trois jours! s’exclama-t-il
incrédule. Et les lésions de vos glandes se sont réduites de moitié! »
Le jour suivant, à mon grand plaisir, on enleva la sonde à oxygène. Les médecins avaient
procédé à des essais et, voyant que je respirais sans aide, avaient ordonné l’arrêt de l’appareil. Je
pouvais déjà m’asseoir dans mon lit, la tête toujours soutenue par des oreillers, car j’étais trop
faible pour en supporter le poids trop longtemps. J’étais encore dans un état d’esprit très élevé. Je
voulais parler à ma famille, particulièrement à Anoop que j’étais impatiente de rencontrer.
J’éprouvai alors le désir d’écouter mon baladeur et demandai à Danny de me l’apporter à
l’hôpital. À cause de toutes ces sondes et fils auxquels j’étais encore branchée, et des blessures et
lésions cutanées sur mon cou, je ne pus mettre le casque. Danny acheta donc une petite paire de
haut-parleurs et les posa sur ma table de nuit afin que je puisse écouter de la musique.
Du fait de mon état euphorique, je ne voulais écouter que des airs joyeux, même si je n’avais pas
la force de me lever du lit et encore moins de danser. Mais dans ma tête, je dansais avec bonheur et
la musique contribuait à mon état extatique. À ce moment, je ne comprenais pas vraiment pourquoi
je me sentais si joyeuse – je sentais simplement que je savais quelque chose.
J’avais l’impression d’être une enfant. Je voulais ma musique, je voulais manger des glaces et
parler aux membres de ma famille; je riais et étais heureuse. Je ne pouvais pas sortir du lit ni
marcher, mais tout me semblait parfait, d’une manière que je n’avais encore jamais expérimentée.
Je me trouvais toujours dans l’unité de soins intensifs, mais les médecins décidèrent que je
n’avais plus aucune raison de rester avec les autres patients gravement malades! Les membres de
leur famille s’étaient plaints de la musique, des rires et des bavardages provenant de l’autre côté du
rideau.
« Je ne sais pas quoi faire de vous! dit le Dr Chan qui était venu me voir au cours de sa tournée
du matin. Je ne sais même pas quoi marquer sur votre fiche. Votre cas est vraiment remarquable! »
Au cinquième jour de mon hospitalisation, on me transporta donc dans une chambre ordinaire
où j’avais la liberté d’écouter de la musique et de rire tant que je voulais!
Lentement – en fait, très lentement – la compréhension de ce qui m’était arrivé revenait. Mon
esprit s’éclaircissant, je commençai à me souvenir des détails de ce que j’avais vécu, et je me
surpris bientôt à pleurer pour la moindre petite chose. Je ressentais une sorte de tristesse d’avoir
laissé derrière moi l’incroyable beauté et la liberté de l’autre monde. En même temps, je me sentais
heureuse et reconnaissante d’être revenue et d’avoir repris contact avec ma famille. Je versais des
larmes de regret et de joie en même temps.
En outre, je me sentais liée à chaque personne comme jamais auparavant – pas seulement aux
membres de ma famille, mais aux infirmières, médecins et aides-soignantes qui entraient dans ma
chambre. Je ressentais des élans d’amour pour tous ceux qui venaient faire quelque chose pour moi
ou prendre soin de moi. Ce n’était pas le genre d’affection auquel j’étais habituée. J’avais
l’impression d’être connectée à eux à un niveau profond et savais tout ce qu’ils ressentaient ou
pensaient, presque comme si nous partagions le même esprit.
Mon lit était placé près de la fenêtre et, peu après avoir été transportée dans cette chambre, l’une
des infirmières me demanda si j’aimerais m’asseoir et regarder dehors. Je me rendis compte que je
n’avais pas vu le monde extérieur depuis un certain temps, et acceptai avec enthousiasme en disant :
« Oui, absolument! »
L’infirmière me soutint, et au moment où je regardais par la fenêtre, mes yeux s’embuèrent. Je
ne pus m’empêcher de pleurer. Je n’avais pas réalisé jusqu’à maintenant que l’hôpital se trouvait à
quelques pâtés de maisons de la demeure de mon enfance à Happy Valley.
Comme je l’ai déjà mentionné, ce lieu n’était pas l’endroit où je m’étais rendue pour mes
traitements et mes transfusions de sang durant ces dernières années. Il ressemblait plutôt à une
grande clinique qu’à un hôpital à part entière. Ce n’est que le jour où je suis entrée dans le coma
que l’on m’avait transportée ici.
Je me retrouvais donc à regarder pratiquement le même paysage que j’avais vu étant enfant. Je
pouvais voir l’hippodrome devant le bâtiment de l’hôpital – et la ligne de trams que j’empruntais
avec Ah Fong! Tout en observant, les larmes aux yeux, les scènes de mon enfance, j’eus
l’impression d’avoir bouclé la boucle.
Oh, mon Dieu, je ne peux pas en croire mes yeux, pensai-je, émerveillée. Je regarde les trams, le
parc, les immeubles de mon enfance. Quel message! On me donne une autre chance! Je peux prendre
un nouveau départ.
Bien que la vue me soit familière et les scènes tout à fait ordinaires, le monde m’apparaissait
sous un nouveau jour. Tout semblait si frais, si précis, si beau, comme si je le voyais pour la
première fois. Les couleurs étaient plus vives qu’auparavant, et je remarquais chaque petit détail
comme si c’était nouveau. Je regardais les immeubles aux alentours, dont l’un d’eux était le petit
dans lequel j’avais grandi, le parc juste de l’autre côté de la rue où j’avais l’habitude de me rendre
quand j’étais petite, les trams et les voitures qui passaient, les piétons se promenant avec leur chien
ou faisant leurs commissions. Je regardais tout avec un regard neuf, comme si j’étais redevenue
une enfant. La vue ne pouvait pas être plus ordinaire, et pourtant c’était la plus belle qu’il m’avait
été donné de voir depuis longtemps… si ce n’est la plus belle de toutes.
CHAPITRE 10
PREUVE DE GUÉRISON

Plusieurs jours après ma sortie de l’USI, je commençai des séances de kinésithérapie pour
renforcer mes muscles. Le premier jour où je fus capable de traverser la pièce, une infirmière
m’emmena dans la salle de bain pour que je me regarde dans le miroir. En voyant mon corps
squelettique, mon cœur chavira. C’était la première fois depuis que j’étais sortie du coma que je me
sentais abattue.
Je demandai à l’infirmière de me laisser seule quelques instants afin d’avoir un peu d’intimité. Je
continuai à fixer le miroir. Je reconnaissais à peine la personne qui me regardait. Une grande partie
de mes cheveux était tombée par poignées; mes yeux semblaient trop grands dans leurs orbites.
J’avais les pommettes saillantes, et un pansement sur le côté du cou, sous mon oreille droite,
recouvrait une grande lésion cutanée ouverte. Je restai clouée devant ma propre image et me mis à
pleurer.
Je ne pleurais pas par vanité. Mon apparence physique ne me semblait pas importante pour le
moment. C’était plutôt la même tristesse profonde que ressentirait n’importe qui en regardant une
personne dans cet état. J’éprouvais un chagrin mêlé d’empathie. Je pouvais voir dans cette image –
dans ce visage, dans ces yeux – les années de souffrance qu’il m’avait fallu endurer pour en
arriver là aujourd’hui, debout devant le miroir.
Comment ai-je pu me permettre de traverser autant d’angoisse? Comment ai-je pu me créer tant
de souffrances? me lamentais-je.
Oui, j’avais l’impression que c’était moi qui m’étais infligé cela. Je tendis les mains vers le
miroir et, en touchant l’image de mon visage en pleurs, je fis la promesse de ne plus jamais me
faire autant de mal.
Les médecins se montraient circonspects vis-à-vis de ma guérison, étant donné l’état dans lequel
je me trouvais quand j’avais été admise à l’hôpital. Ils voulaient ajuster le mélange et le dosage de
la chimiothérapie qu’ils m’administraient – et qui m’avait tant effrayée à l’époque.
J’observais les infirmières chargées de cette tâche. Elles suspendirent le sac contenant la
préparation chimique au support IV. Sur chacune des pochettes qui alimentaient directement mes
veines, le mot « POISON » était inscrit en lettres capitales. Les infirmières portaient des masques et
des gants en latex afin de ne pas entrer accidentellement en contact avec ces dangereux produits
chimiques. Chose étrange, il semblait que ce soit acceptable d’introduire ces substances directement
dans le sang.
Je savais que je n’avais pas besoin de chimio. Les médecins me l’administraient pour des raisons
personnelles qui n’étaient pas les miennes, étant donné que je savais que j’étais invincible. Rien ne
pouvait me détruire, pas même l’injection directe d’un poison dans mes veines – cela même que
j’avais tant redouté pendant des années! Chose intéressante, je ne souffris d’aucun des effets
secondaires habituels. Mon équipe médicale était très étonnée que je n’aie pas les nausées qui
accompagnent généralement ce traitement.
Je sentis que j’avais remporté une victoire à un certain niveau. J’avais tellement bien surmonté
ma peur de tout – celle de mourir du cancer jusqu’à celle de la chimiothérapie – que je tenais la
preuve que c’était la peur qui m’avait détruite. Je savais très bien que si cela avait eu lieu avant mon
expérience dans l’autre monde, la seule vue du mot poison en lettres rouges sur l’étiquette et la
seule idée qu’il coule dans mes veines, ajoutées à la vue des infirmières enveloppées d’une
protection pour éviter la contamination, auraient éveillé assez d’effroi en moi pour me tuer. L’effet
psychologique à lui seul aurait eu raison de moi, tant mes peurs étaient grandes à cette époque.
Mais cette fois, je me sentais invincible. Je savais que la décision de revenir, que j’avais prise de
l’autre côté, dépassait radicalement tout ce qui se déroulait dans le monde matériel.
Les médecins voulurent effectuer une série d’examens pour obtenir une image plus juste de ma
situation présente et ajuster le dosage de la chimio en fonction des résultats. Je donnai mon accord
à contrecœur, essentiellement parce que je savais qu’ils avaient besoin de ces examens plus que
moi pour avoir les preuves de ma guérison, mais en partie aussi parce que je connaissais déjà les
résultats. J’en retirerais un certain sentiment de triomphe à prouver que j’avais raison. Cependant,
les médecins pensaient que j’étais encore trop faible pour subir des examens longs et pénibles, et
ils décidèrent donc d’étaler le protocole sur deux semaines pour me laisser le temps de reprendre
des forces. Je pesais moins de quarante-cinq kilos et le niveau de mes nutriments devait remonter
avant tout examen impliquant un acte chirurgical, même mineur, étant donné que toute intervention
supplémentaire pouvait mettre à rude épreuve mes ressources déjà épuisées.
Mes lésions cutanées formaient de larges plaies ouvertes qui devaient être nettoyées et pansées
chaque jour par les infirmières. Étant donné leur étendue et leur profondeur, les médecins pensaient
qu’elles ne pourraient pas guérir sans intervention. Mon corps n’avait ni les nutriments ni la force
requise pour me remettre de blessures graves, et ils estimèrent donc qu’une chirurgie
reconstructrice était nécessaire.
Le médecin confirma que mes lésions étaient en effet trop étendues pour guérir seules, d’autant
plus que mon corps n’avait pas les éléments nutritifs nécessaires pour supporter l’intervention.
Cependant, il pensait aussi que j’étais encore trop frêle pour subir une chirurgie reconstructrice et
demanda aux infirmières de continuer à nettoyer et à panser mes lésions jusqu’à ce que je reprenne
assez de forces pour le traitement. Il ne me restait pratiquement plus de muscle ni de chair sur les
os.
Six jours après ma sortie de l’USI, je commençai à me sentir un peu plus vigoureuse et à
arpenter les couloirs de l’hôpital pendant de courtes périodes avant d’être obligée de me reposer.
Les médecins décidèrent que j’étais maintenant capable de supporter un premier examen consistant
en une biopsie de la moelle osseuse. C’est une procédure très douloureuse au cours de laquelle on
enfonce une grosse aiguille à la base de la colonne vertébrale pour extraire la moelle de l’os.
Il est courant, dans les lymphomes en stade avancé, que les métastases se répandent dans la
moelle osseuse, et les médecins s’attendaient à ce que les examens le confirment. Ils projetaient de
s’appuyer sur ces conclusions pour évaluer le dosage de chimio à m’administrer.
Je me souviens du jour où je reçus les résultats. Le docteur entra dans ma chambre, l’air ennuyé,
suivi de toute une équipe de personnel hospitalier. Il dit alors : « Nous avons les résultats de la
biopsie de la moelle osseuse, mais c’est un peu troublant. »
Pour la première fois depuis des jours, je ressentis un peu d’anxiété. « Pourquoi, quel est le
problème? »
Les membres de ma famille étaient à mes côtés et semblaient aussi très inquiets.
« Nous ne trouvons aucune trace de cancer dans la moelle osseuse, dit-il.
— Où donc est le problème? demanda Danny. Cela ne signifie-t-il pas simplement qu’elle n’a pas
de cancer dans la moelle osseuse?
— Mais, ce n’est pas possible, répondit le médecin. Il ne fait aucun doute que le cancer est encore
dans son corps – c’est impossible qu’il disparaisse aussi rapidement. Nous devons simplement le
trouver; et tant que nous ne l’aurons pas trouvé, ce sera un problème, parce que je serai incapable
de déterminer le dosage des médicaments. »
Les médecins envoyèrent un échantillon de ma moelle osseuse à l’un des laboratoires les plus
spécialisés dans cette pathologie. Quatre jours plus tard, les résultats revenaient négatifs – aucune
trace de cancer. Un sentiment de triomphe m’envahit en entendant la nouvelle.
Ne s’avouant pas vaincus, les médecins voulurent pratiquer une biopsie des ganglions
lymphatiques pour trouver le cancer. Ma nouvelle conscience de moi-même voulut tout d’abord
riposter et leur dire : « Non, inutile de pratiquer d’autres examens, parce que c’est mon corps et je
sais déjà que vous ne trouverez rien! »
Cependant, comme ils continuaient d’insister et de rappeler à ma famille l’état dans lequel je me
trouvais lors de mon admission à l’hôpital quelques jours auparavant, je décidai de les laisser
faire, sachant très bien qu’ils ne trouveraient rien. Je savais aussi que mon sentiment de victoire se
renforcerait encore, du fait de rendre nuls tous les résultats des examens médicaux qu’ils
m’obligeraient à passer.
Je dis au médecin : « Faites ce que vous avez à faire, mais je veux que vous sachiez que vous
faites tout cela pour vous convaincre vous-même. Je connais déjà les résultats! »
Ils me laissèrent quelques jours de plus pour reprendre des forces en vue de la biopsie des
ganglions lymphatiques, qui exigeait un petit acte chirurgical. Juste avant l’intervention, on
m’envoya au service de radiologie. Le radiologue utilisait un équipement à ultrasons pour
rechercher le plus gros ganglion lymphatique et marquer l’endroit sur ma peau où le chirurgien
devait faire l’incision pour la biopsie.
Alors que j’étais allongée sur la table, je remarquai que mes premiers scanners, pris le jour de
mon entrée à l’hôpital, étaient accrochés sur la cloison lumineuse, et montraient l’emplacement des
tumeurs. Le radiologue, voyant sur ces scintigraphies que mon cou était envahi de glandes gonflées
et de tumeurs, passa la machine à ultrason à l’arrière de mon cou, puis à l’avant. Je lus la confusion
et l’étonnement sur son visage.
Il alla vérifier à nouveau les anciens scanners, puis revint à ma table. Il me demanda s’il pouvait
utiliser les ultrasons sur mes aisselles. J’acquiesçai. Après avoir vérifié cette zone, son étonnement
était à son comble. Il examina ensuite ma poitrine, mon dos et mon abdomen.
« Est-ce que tout va bien? demandai-je.
— Je suis troublé, répondit-il.
— Pourquoi? Qu’est-ce qui ne va pas? Je soupçonnais ce qui se passait.
— Excusez-moi une minute », dit-il.
Le radiologue prit son téléphone et appela mon oncologue.
« Je ne comprends pas. J’ai des scintigraphies qui montrent que le système lymphatique de cette
patiente était envahi par le cancer il y a juste deux semaines. Mais maintenant, je ne trouve dans son
corps aucun ganglion lymphatique assez grand pour suggérer qu’elle a un cancer », l’entendis-je
dire.
Un sourire se dessina sur mes lèvres et, alors qu’il revenait, je m’assis et dis : « Bien, je suppose
que je peux partir maintenant!
— Pas si vite, répondit-il. Votre oncologue insiste pour que je trouve un ganglion lymphatique
qui permette de faire une biopsie, parce ce n’est pas possible que vous n’ayez plus de cancer. Le
cancer ne disparaît pas juste comme ça. Je vais donc devoir choisir un ganglion facilement
accessible, dans votre cou, par exemple. »
Il poursuivit en marquant un ganglion lymphatique sur mon cou, bien que celui-ci ne soit pas
enflé. Je fus ensuite programmée pour la chirurgie. Le chirurgien fit une petite incision sur le côté
gauche de mon cou pour enlever l’un de mes ganglions.
Comme il procédait sous anesthésie locale, j’étais tout à fait consciente. Je n’aimais pas du tout
les sensations désagréables que je ressentais sur mon cou quand le médecin découpait le ganglion.
Je me rappelle encore l’odeur de chair brûlée au moment où il avait cautérisé la plaie. Je pensais
que ce n’était finalement pas une bonne idée de leur avoir permis de faire cela.
Une fois encore, les résultats montrèrent qu’il n’y avait plus aucune trace de cancer.
À partir de ce moment, je décidai de refuser les examens et les médicaments parce que, au plus
profond de moi, je savais sans le moindre doute possible que j’étais guérie. Je commençais aussi à
perdre patience à force de rester confinée à l’hôpital. Je voulais sortir et explorer à nouveau le
monde, d’autant plus que je savais que j’allais bien. Les médecins s’y opposaient, disant que j’avais
besoin de passer d’autres examens et de continuer à prendre les médicaments. Ils me rappelèrent
l’état dans lequel je me trouvais quand j’avais été admise ici.
« Si vous ne trouvez plus aucune trace de cancer dans mon corps, pourquoi aurais-je encore
besoin de tout cela? demandai-je.
— Le fait de ne pas trouver de trace ne veut pas dire que le cancer a disparu. Pensez à l’état dans
lequel vous étiez quand vous êtes entrée il y a quelques semaines, en phase terminale! »
répondirent-ils.
Pour finir, ils me firent passer une tomographie par émission de positrons (PET) du corps
entier, et les résultats ayant à nouveau démontré l’absence de cancer, mon traitement s’arrêta.
En outre, au grand étonnement de l’équipe médicale, l’intervention chirurgicale à laquelle ils
avaient procédé pour fermer les plaies de mon cou s’avéra inutile, étant donné que les autres
lésions guérissaient d’elles-mêmes.
Le 9 mars 2006, cinq semaines après mon entrée à l’hôpital, j’obtins l’autorisation de rentrer
chez moi. Je pouvais marcher sans aide, excepté pour monter et descendre les escaliers. Mais
j’étais dans un tel état d’euphorie que les médecins écrivirent en grosses lettres sur ma feuille de
décharge : « Libre de rentrer à la maison pour un repos forcé. Pas de shopping ni de soirées
pendant six semaines minimum! »
Mais cela n’allait pas se passer ainsi. Une semaine plus tard, mon anniversaire tombant le
16 mars, j’allai dans mon restaurant favori, le Jimmy’s Kitchen, pour dîner avec ma famille et
célébrer ma nouvelle vie. Puis, la semaine suivante, le 26 mars, je me rendis au mariage d’une
amie. Sous les yeux inquiets de mes amis qui savaient tout ce que je venais d’endurer, je dansai et
bus allègrement du champagne. Je savais plus que jamais que la vie devait être vécue dans la joie et
l’abandon.
CHAPITRE 11
« MADAME, EN TOUT ÉTAT DE CAUSE,
VOUS DEVRIEZ ÊTRE MORTE! »

Plusieurs semaines après l’annonce de la disparition de mon cancer, j’étais encore en train de
réfléchir à tous ces événements pour essayer d’en tirer un sens. Je m’habituais au regard des
personnes que je connaissais, qui étaient visiblement choquées en me revoyant pour la première
fois depuis ma sortie de l’hôpital.
Bien que personne ne me l’ait dit en face, je savais que la majorité d’entre elles pensaient que
j’allais mourir la dernière fois qu’elles m’avaient vue. Elles ne s’attendaient pas à me revoir un
jour. Certaines avaient essayé de cacher leur surprise en voyant la rapidité avec laquelle j’avais
retrouvé la santé, mais d’autres ne pouvaient pas le dissimuler aussi bien.
« Oh, mon Dieu, est-ce bien toi? » me dit mon professeur de yoga, bouche bée, la première fois
où j’entrai dans le studio après six mois d’absence. « C’est absolument étonnant! J’avais entendu
dire que tu allais mieux, mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit à ce point! »
Amirah avait été mon professeur de yoga pendant plusieurs années; c’était une femme adorable,
habitant un très beau studio qui surplombait la zone Victoria du centre-ville des affaires de Hong
Kong. S’étant aperçue que j’étais malade et que je m’affaiblissais de plus en plus jusqu’à ne plus
pouvoir effectuer un grand nombre de positions, elle avait travaillé en douceur avec moi, me
faisait allonger dans la posture shavasana (qui consiste à s’allonger en totale relaxation, comme
dans le sommeil). Même quand je n’ai plus été capable de faire d’autres postures que shavasana, je
continuais à venir aux cours parce que j’aimais tout simplement me plonger dans l’énergie positive
de la classe.
Finalement, le jour où je ne pus plus sortir, étant confinée dans un fauteuil roulant et reliée à une
assistance respiratoire tandis qu’une infirmière s’occupait à plein temps de moi, je cessai de me
rendre au studio d’Amirah.
Aussi, dès que j’eus la force de sortir seule, je voulus y retourner en plein milieu d’un cours
pour la surprendre – et ce fut réussi! Amirah me présenta alors aux personnes de son cours qui ne
me connaissaient pas. Celles qui se souvenaient de moi furent tout aussi surprises. L’une d’entre
elles s’effondra en larmes en se remémorant mon état les derniers jours où j’avais suivi les cours.
Elle pensait ne jamais me revoir, mais j’étais bien là… Tout ce qu’elle trouva à dire était que c’était
un miracle.
Tous ceux que je rencontrais étaient curieux de savoir ce qui s’était passé. Comment avais-je pu
retrouver la santé aussi rapidement? Je trouvais que c’était très difficile à expliquer, et me rendis
compte que je ne comprenais pas moi-même toute l’histoire. Je ne savais tout simplement pas
comment décrire ce que j’avais traversé de façon à le faire comprendre aux autres. Les mots
semblaient ne pas exister pour décrire une telle expérience, surtout en anglais.
Puis un jour, je reçus un e-mail d’Anoop avec un lien vers un site Internet traitant des
expériences de mort imminente ou NDE. Il avait fait des recherches pour voir si d’autres avaient
vécu des événements similaires aux miens, et avait trouvé le site de la Near Death Experience
Research Foundation (NDERF ou Fondation pour la recherche des expériences de mort
imminente), www.nderf.org. Dans son message, il me disait que ce que j’avais expérimenté
ressemblait à certaines histoires que des gens avaient partagées sur le site Internet et il voulait que
j’y jette un coup d’œil.
Je ne connaissais pas grand-chose sur le sujet. J’en avais entendu parler et peut-être vu un ou
deux documentaires à la télévision, mais je ne connaissais personne qui avait vécu ce genre
d’expérience – et j’étais loin de m’attendre à en vivre une moi-même!
En lisant les informations du site Internet que m’avait indiqué mon frère, j’eus la chair de poule
en découvrant des histoires qui partageaient certaines ressemblances avec la mienne. L’élément de
maladie n’était présent dans aucune d’elles, mais ce que ces personnes avaient expérimenté dans
l’autre monde était très similaire. Certaines parlaient d’expansion, de clarté et de la sensation
d’unité – la sensation que nous sommes tous reliés. Elles disaient qu’elles n’étaient plus du tout
dans le jugement, qu’elles étaient simplement baignées d’amour inconditionnel. Elles racontaient
leur rencontre avec des proches disparus ou d’autres êtres qui les aimaient, et évoquaient une
sensation de compréhension et de sagesse universelles. Je ne pouvais ignorer le fait que d’autres
avaient expérimenté ce sentiment d’acceptation et d’unité, cette connaissance que nous sommes tous
aimés universellement. Nombre d’entre eux disaient avoir éprouvé le sentiment d’un véritable
objectif après leur NDE, et c’était exactement ce que je ressentais!
Après avoir lu quelques récits, je remarquai sur le site un titre qui disait : « Avez-vous vécu une
expérience de mort imminente que vous voudriez partager? Cliquez ici! » C’est ce que je fis. Un
long formulaire très détaillé apparut, et je commençai à le remplir. Je n’avais jamais mis mon
expérience par écrit auparavant, j’avais simplement essayé d’en parler à des amis proches et à ma
famille, et c’était donc la première fois que je l’analysais en détail.
Étant donné que c’était la première fois que j’écrivais pour des gens qui ne connaissaient pas ma
situation, je m’appliquais à exprimer très clairement ce que je voulais dire. Les questions me
permirent également d’approfondir certains épisodes de mon expérience. Je donnai tous les détails
sur mon cancer, expliquai tout ce que j’avais vécu en passant dans l’autre monde et en revenant, et
parlai finalement de la disparition rapide du cancer. Après avoir complété les cases du formulaire
et ajouté quelques détails supplémentaires dans l’espace adéquat, j’appuyai sur « Envoyez ». Un
message apparut qui disait : « Merci d’avoir envoyé votre témoignage. Nous vous contacterons
dans les trois semaines à venir pour vous informer si votre expérience sera diffusée sur le site. »
Il était tard cette nuit-là, et je partis me coucher en pensant que je n’aurais probablement pas de
réponse avant longtemps. Toutefois, à ma grande surprise, le lendemain matin à mon réveil, je
trouvais déjà un message dans ma boîte mail, émanant d’un certain Dr Jeffrey Long.
Le Dr Long expliquait qu’il était oncologue et dirigeait également le site NDERF sur lequel
j’avais raconté mon expérience. Il pensait qu’elle faisait partie des histoires les plus exceptionnelles
qu’il avait lues jusqu’ici. Il voulait me poser d’autres questions, en particulier sur mon état médical,
parce qu’il était extrêmement intrigué par la rapidité de ma guérison. Il me dit que j’avais
particulièrement bien décrit mon expérience et il voulait en savoir plus sur mon cancer, la date où
il avait été diagnostiqué, la durée de ma maladie, et combien de temps il me fallut pour guérir après
ma NDE.
Je répondis à toutes ses questions du mieux que je pus et reçus immédiatement sa réponse. Il y
avait un enthousiasme authentique dans ses mots. Il disait qu’il était ravi de mes réponses et me
remercia de lui permettre de publier mon histoire. Il dit qu’elle inspirerait des milliers de gens sur
toute la planète. Il publia alors mon récit avec un lien direct sur la page de garde de la NDERF,
accompagné de toutes les réponses à ses questions, qui figure encore aujourd’hui dans les archives
du site, sous leur format originel.
J’appris par la suite que ce Dr Long avait imprimé mes commentaires dès leur réception afin de
pouvoir les lire et les étudier, parce qu’il pensait qu’ils étaient remarquables, ce qu’il n’avait jamais
fait pour d’autres présentations.
Au même moment, mon ami Peter Lloyd, qui dirige une revue intitulée Holistic Hong Kong, fut
si surpris par ce qui m’était arrivé qu’il me demanda la permission d’imprimer mon histoire. Je lui
envoyai donc une copie de ce que j’avais écrit sur le site NDERF et il la fit paraître dans le numéro
suivant.
Plusieurs semaines plus tard, au cours de l’été 2006, un autre oncologue me contacta des États-
Unis. Il s’appelait Peter Ko, et me dit qu’il portait un intérêt personnel à l’étude des rémissions
spontanées. En l’espace de trois semaines, deux personnes différentes lui avaient envoyé des liens
concernant mon expérience, celui publié sur le site Internet NDERF et l’autre dans Holistic Hong
Kong. Le Dr Ko avait tout d’abord ignoré le lien NDERF parce que mon récit était assez long et
qu’il recevait beaucoup d’e-mails de gens lui suggérant des articles à lire. Cependant, quand il reçut
le second mail, cette fois avec un autre lien sur Holistic Hong Kong, accompagné d’une note lui
demandant de lire cet article et lui disant qu’il serait certainement intéressé, il décida d’aller voir ce
qu’il en était.
Après avoir lu mon histoire, il fut si intrigué qu’il contacta Peter Lloyd et lui demanda s’il y
avait un moyen de me joindre, étant donné que le site Internet ne donnait pas mon nom complet – il
ne faisait qu’identifier mon histoire sous le nom « Anita M’s NDE ». Peter me mit donc en contact
avec le Dr Ko via e-mail, et ce dernier me demanda immédiatement s’il pouvait m’appeler parce
qu’il avait de nombreuses questions à me poser.
Nous parlâmes plusieurs heures au téléphone et je lui donnai des détails sur mon expérience et
sur ma condition physique en particulier. Je lui faxai ensuite quelques pages de mon dossier
médical, y compris le rapport du médecin du 2 février, le jour où je fus admise à l’hôpital,
décrivant mon état et le pronostic, avec le diagnostic « lymphome, stade 4B ».
Après avoir lu quelques pages, ses premiers mots furent : « Madame, en tout état de cause, vous
devriez être morte! »
Le Dr Ko était si intrigué par mon cas qu’il arrangea un voyage d’affaires à Hong Kong pour se
rendre à l’hôpital où j’avais vécu cette expérience et étudier mon dossier médical.
Je le rencontrai à l’hôpital à la mi-octobre. Nous nous assîmes dans la salle d’attente et
bavardâmes un moment pour faire connaissance. Il me posa des questions sur mon expérience et
sur ma maladie, voulant tout savoir sur mon point de vue. Puis nous nous rendîmes au bureau
administratif pour demander à voir mon dossier. Ils apportèrent une énorme pile d’environ sept
centimètres d’épaisseur, et la posèrent sur le comptoir devant nous. Nous allâmes à la cafeteria et le
Dr Ko parcourut le dossier en détail, page par page, en sortant des documents significatifs pour les
photocopier.
J’étais très enthousiaste et me sentais privilégiée d’avoir deux oncologues (d’abord le Dr Long,
puis maintenant le Dr Ko) qui s’intéressaient à mon expérience. Cela validait mon impression
d’être revenue pour un objectif plus grand qui allait aider les autres. J’étais reconnaissante et ravie
que ce que j’avais traversé puisse éventuellement servir à d’autres.
Le Dr Ko me demanda si je me sentais capable de parler en public de ce qui m’était arrivé. Il
avait admis lui-même qu’il était sceptique par nature; cependant, il avait été captivé par ce qu’il
avait lu dans mon dossier médical, et voulait mettre immédiatement à profit ses recherches sur mon
cas. Il pensait organiser une conférence ici pendant qu’il était encore à Hong Kong afin de partager
ses plus récentes découvertes avec la communauté médicale, et il me demanda d’intervenir
également. Il me dit qu’il avait déjà mentionné mon cas à d’autres médecins locaux et leur avait
donné un petit aperçu de mon histoire et de ma répugnance à accepter un traitement conventionnel.
Le Dr Ko pensait qu’il était important pour eux d’entendre mon histoire à partir de mon point de
vue. Il me dit qu’il n’avait jamais rencontré de cas de rémission totale pour un cancer aussi avancé,
et encore moins aussi rapidement. Il pensait qu’il était important de le raconter aux gens. Ravie de
cette demande et désireuse de partager ce qui était arrivé, j’acceptai de parler durant la conférence.
Je mis aussi le Dr Ko en contact avec notre médecin de famille, le Dr Brian Walker, qui
confirma avoir été stupéfait de ma guérison. Le Dr Walker confirma également qu’il n’avait jamais
vu une rémission aussi rapide d’un cancer à un stade aussi avancé. Le Dr Ko parla un moment avec
le Dr Walker sur la progression de ma maladie au fil des années, et ce dernier valida les
nombreuses découvertes du physicien américain. Le Dr Ko contacta ensuite la presse et veilla à ce
qu’un journaliste soit présent à la conférence pour rapporter mon histoire dans le journal local.
Ce qui suit est un extrait du résumé qu’a rédigé le Dr Ko après l’étude de mon dossier. Il a
envoyé ce rapport, que je reproduis avec sa permission, sous forme d’e-mail à la presse et à la
communauté médicale en rapport avec la conférence. Il raconte les détails de mon histoire du point
de vue d’un oncologue, confirmant mon expérience personnelle.

J’espère que vous trouverez l’histoire d’Anita aussi fascinante qu’elle l’a été pour moi… cette
rencontre a été une révélation! Quand je suis arrivé à Hong Kong le mois dernier, j’avais
l’intention de vérifier son historique clinique pour pouvoir soit valider ses dires, soit les
invalider. Ayant constaté la véracité des détails, je me retrouve en fait de plus en plus intrigué par
cette expérience fantastique… particulièrement par le message qu’elle en a rapporté! Bien que
les détails cliniques puissent être rébarbatifs pour le lecteur ordinaire, je tiens à vous les fournir
en référence, afin que vous puissiez vraiment vous rendre compte du degré de sa maladie et de
sa guérison incroyable. J’espère que ce résumé, accompagné de quelques observations
personnelles, donnera des bases plus solides à l’histoire d’Anita :
1. Rapport chronologique de la maladie d’Anita… Au printemps 2002, elle remarqua une
grosseur dure juste au-dessus de sa clavicule gauche. Ce fut manifestement un signal d’alarme
pour son médecin. On pratiqua une biopsie en avril de la même année qui révéla un lymphome
d’Hodgkin au stade 2A (entre début de stade clinique et stade intermédiaire). Vous connaissez
tous sa répugnance à suivre une thérapie conventionnelle et sa recherche d’approches
alternatives. Sa maladie a lentement évolué pendant deux ans et demi. En 2005, elle commença à
interférer sur son bien-être. Le cancer touchait de plus en plus de ganglions lymphatiques, et se
propageait. Elle avait également développé ce que nous appelons « symptômes B » : sueurs
nocturnes, fièvre, démangeaisons cutanées, etc., tous indiquant une progression de la maladie.
Elle développa ensuite un épanchement pleural (accumulation de liquide) des deux côtés de la
poitrine, et au cours de cette année 2005, il fallut à plusieurs reprises « pomper le liquide » qui
commençait à gêner sa respiration. À Noël 2005, l’évolution s’accéléra, et commença pour elle
une descente en spirale… l’infection de son cou et des parois de sa poitrine s’infiltra dans sa
peau, provoquant de larges ulcères infectés qui ne guérissaient pas. Incapacité de manger ou
d’absorber les nutriments, perte de poids, fatigue marquée, perte musculaire… puis la fonction
rénale commença à être compromise.
Le matin du 2 février la trouva dans son lit, incapable de se lever; son visage, son cou et son
bras gauche étaient boursouflés comme un ballon. Ses yeux étaient enflés au point de ne plus
pouvoir les ouvrir… ceci parce que le drainage veineux de la tête et du cou était interrompu par
le gonflement et l’enchevêtrement des ganglions lymphatiques. Elle manquait d’air à cause de
l’épanchement pleural bilatéral massif, malgré l’utilisation d’un appareil à oxygène à domicile.
Se sentant complètement impuissants, son mari et sa mère appelèrent à l’aide le médecin de
famille, qui leur conseilla de l’emmener immédiatement à l’hôpital. Là, on alerta un oncologue
qui fut choqué en voyant l’état d’Anita. Un autre oncologue fut appelé à cause de la difficulté à
statuer sur son cas. D’autres consultants vinrent identifier la défaillance des différents systèmes
organiques. Le consensus fut qu’elle ne survivrait pas sans intervention. La chimiothérapie
pouvant s’avérer extrêmement toxique en regard de l’affaiblissement d’un grand nombre de ses
organes, elle subit de multiples IRM et scanners CT; il fallut pomper deux litres de liquide de sa
poitrine. On commença par lui administrer trois médicaments de chimiothérapie sur sept1* et
elle fut transférée dans l’USI. C’est là qu’Anita dériva dans ce qu’elle appelle son NDE.
2. L’extraordinaire guérison après son retour de la NDE… Le soir du 3 février, Anita se
réveilla, s’assit et déclara à sa famille qu’elle allait bien. Elle parla avec l’oncologue qui fut
sidéré qu’elle l’ait identifié.
Le 4 février, Anita demanda qu’on lui enlève sa sonde nasogastrique et promit au docteur
qu’elle mangerait ce qu’on lui donnerait pour pouvoir reprendre du poids. Elle demanda qu’on
lui apporte son baladeur.
Le 5 février, elle salua ses médecins en leur demandant s’ils voulaient se « joindre aux
réjouissances »; ils acceptèrent finalement de la faire sortir de l’USI le 6 février.
Entre temps, une grande partie des gonflements de son visage et de son cou avaient disparu.
Ses ganglions lymphatiques massivement dilatés commencèrent à dégonfler et elle put tourner la
tête pour la première fois. Le premier cycle de médicaments avait été administré à la mi-février.
On demanda à un chirurgien plastique de :
a) faire une biopsie d’un ganglion lymphatique du cou,
b) faire un curetage des larges lésions ouvertes sur son cou et ses aisselles. Il ne trouva aucune
nodosité à l’examen, et la programma pour un examen à ultrasons avant la biopsie. Il ferait aussi
la greffe de la peau en même temps.
Trois examens à ultrasons ne révélèrent aucune pathologie apparente des ganglions
lymphatiques. Le 27 février, il finit par faire une biopsie sur un ganglion du cou… il n’y avait
aucune trace de cancer. Les ulcères de la peau guérirent d’eux-mêmes sans greffe.
L’oncologue accepta finalement de la laisser rentrer chez elle le 9 mars, après son second
cycle. Elle célébra son anniversaire le 16 mars au Jimmy’s Kitchen, et se rendit à un mariage,
dansa et but du champagne le 26 mars… avant de commencer son troisième cycle. Ils arrivèrent
à un accord après avoir fait un scanner CT-PET au bout du sixième cycle (24 juillet)… qui
conclut à sa bonne santé, et n’administrèrent pas les deux derniers cycles du traitement.
Sa guérison fut assurément « remarquable ». Selon ma propre expérience et les opinions de
plusieurs collègues, je ne peux absolument pas attribuer son incroyable guérison à sa
chimiothérapie. En me basant sur nos connaissances du comportement des cellules cancéreuses,
je suppose que quelque chose (une « information » non physique?) avait soit empêché les gènes
mutants de s’exprimer, soit leur avait envoyé un signal de mort programmée des cellules. Le
mécanisme exact nous est inconnu, mais n’est certainement pas le résultat de médicaments
cytotoxiques.
Je pense que ma rencontre avec Anita et son expérience va sonner pour moi le début d’un
apprentissage plus approfondi de ce phénomène, et de la vraie nature du Moi.

Des membres de la profession médicale assistèrent à la conférence, en particulier des


professeurs du service d’oncologie de l’hôpital universitaire local. Il y avait aussi des personnes
que j’avais moi-même invitées, et d’autres conviées par le Dr Ko et par quelques-uns des
professeurs. Ensuite, le Dr Ko, le Dr Walker et moi-même nous rendîmes à une interview
radiophonique pour parler de mon cas (l’article du journal et l’interview sont actuellement sur
mon site www.anitamoorjani.com).
Suite à la conférence et à ma rencontre avec les membres de la faculté de médecine de
l’université de Hong Kong, je fus invitée à être consultante dans leur département d’études
comportementales afin de conseiller les professeurs sur la psychologie face au cancer et à la mort.
On me demanda de donner des conférences régulières sur ce sujet au corps enseignant et aux
étudiants, et j’acceptai avec grand plaisir.
Le Dr Ko rédigea un rapport de ses découvertes médicales à partir de mon dossier, accompagné
de ses questions, et l’envoya à plusieurs instituts du monde entier. Jusqu’à ce jour, aucun n’a été
capable de répondre à ses questions, et aucun n’a entendu parler d’antécédents relatant un
renversement de situation aussi extraordinaire.
Voici quelques-uns des phénomènes inexpliqués qu’a partagés le Dr Ko avec moi et qui restent
un mystère :
— Mes analyses médicales montrent que mes organes avaient déjà cessé de fonctionner au
moment où j’avais été admise à l’hôpital, et pourtant quelque chose les a forcés à
reprendre leur fonction. Le Dr Ko s’interroge sur ce qui a pu entraîner la guérison. Il a
aussi remarqué une note écrite par l’oncologue, énonçant : « La famille de la patiente a
été informée, » ce que le Dr Ko a interprété comme l’annonce à ma famille de ma fin
imminente.
— Mes examens confirmaient que j’avais des tumeurs de la taille d’un citron dans tout le
corps, de la base du crâne tout autour du cou, des aisselles et de la poitrine, jusqu’à
l’abdomen. Cependant, quelques jours plus tard, elles avaient diminué de près de 70%. Il
se demande comment il a été possible à des milliards de cellules cancéreuses de quitter
mon corps aussi rapidement alors que les organes défaillaient.
— J’avais des lésions ouvertes, et il était indiqué dans mon dossier qu’elles nécessitaient
une chirurgie plastique, car mon corps n’avait pas les nutriments nécessaires pour
guérir, étant donné que j’étais sous-alimentée et que mes muscles avaient déjà perdu leur
fonction à mon entrée à l’hôpital. Les annotations du docteur indiquaient qu’une
reconstruction plastique serait programmée dès que j’aurais repris des forces. Pourtant,
les lésions guérirent complètement d’elles-mêmes, bien avant que l’équipe médicale soit
prête à opérer.
Tout cela fait partie des principaux sujets que le Dr Ko et d’autres cherchent à comprendre sur
les rémissions spontanées : qu’est-ce qui a appuyé sur l’interrupteur pour faire basculer le corps de
la mort vers la guérison?
En ce qui me concerne, je connais la réponse… mais ce n’est pas quelque chose que l’on trouve
en médecine.

1 * Le protocole de la chimiothérapie consiste en 8 cycles de 7 médicaments, chacun des cycles s’étalant sur trois semaines.
CHAPITRE 12
VOIR LA VIE SOUS UN JOUR NOUVEAU

Pendant les quelques mois qui suivirent ma sortie de l’hôpital, je me sentais euphorique,
comme si j’étais dans une ivresse permanente. Chaque chose, chaque personne me semblaient
merveilleuses, et je voyais de la magie et des miracles dans le moindre objet ou événement
ordinaire. Prenez par exemple les meubles de mon salon, qui étaient là depuis des années sans
m’avoir jamais donné l’impression d’être particulièrement extraordinaires. De retour à la maison,
je vis une beauté dans le travail du bois que je n’avais pas remarquée auparavant, et j’étais capable
de ressentir les efforts qui avaient été mis dans sa fabrication. Je trouvais merveilleux de pouvoir
conduire à nouveau ma voiture (ce que je n’avais pu faire au cours des huit derniers mois de mon
cancer). J’étais en admiration devant ma capacité à coordonner mes mains, mes yeux et mes jambes
pour me diriger dans les rues. J’étais émerveillée par le corps humain et par la vie elle-même.
Les mois passant, je sentis à nouveau monter en moi le besoin de faire quelque chose de ma vie.
La question était de savoir ce qui allait me tenter. En y réfléchissant, je me sentis submergée. Je ne
savais pas par où commencer. Le monde n’était plus le même que celui que j’avais laissé derrière
moi. J’avais consacré les quatre dernières années à lutter contre ma maladie. J’avais passé des
années à lire, étudier et apprendre tout ce que je pouvais sur le cancer. Ma seule raison d’être
tournait autour de ma maladie et de mes tentatives d’en venir à bout. Je m’étais plus identifiée à
quelqu’un qui avait un cancer qu’à la vie. Et maintenant, c’était terminé. Qu’allais-je faire du reste
de ma vie?
Avant mon diagnostic, j’étais farouchement indépendante. Néanmoins, pendant toute la durée de
ma maladie, j’avais dû dépendre complètement de Danny et des autres membres de ma famille. Dès
que je fus guérie et capable de remarcher, chacun reprit son rôle respectif. Danny retourna
travailler, ma mère et mon frère rentrèrent chez eux, et je restai seule à me demander ce que j’allais
faire de moi.
Je ne pouvais imaginer reprendre mon travail dans l’entreprise de déménagement. J’avais quitté
la place peu de temps après mon diagnostic et avait moi-même reçu ma remplaçante. Je n’avais
rien fait ces dernières années, trop occupée à combattre mon cancer. L’idée de retourner travailler
me semblait maintenant différente, mais je ne tardai pas à comprendre que c’était moi qui étais
différente.
J’avais l’impression de ne plus pouvoir communiquer avec les autres – ou plutôt que les autres
ne sauraient pas communiquer avec moi. Quand je pensais à reprendre un travail, j’étais incapable
de déterminer ce que j’aimerais faire. Rien ne semblait me convenir. Je ne me sentais plus en
accord avec les gens de cette planète ni avec leurs valeurs. Mes priorités avaient changé et je
m’aperçus que travailler dans un bureau, rendre des comptes à quelqu’un ou gagner de l’argent
sans autre finalité, ne m’intéressait plus. Je n’avais plus envie d’intégrer un réseau, de sortir avec
des amis après le travail pour décompresser, de supporter les heures de pointe matin et soir, ou
d’aller travailler en ville. Ainsi, pour la première fois depuis ma NDE, je me sentais perdue… et
seule.
Il devenait de plus en plus difficile de m’engager dans des conversations tournant autour des
événements quotidiens. Ma capacité d’attention semblait avoir décliné, et je m’apercevais que mon
esprit vagabondait, même quand je marchais avec des amis. J’avais perdu tout intérêt envers ce qui
se passait dans le monde de la politique et des informations, et même dans les activités de mes amis.
J’étais par contre absolument fascinée par le coucher du soleil à l’horizon quand je m’asseyais sur
la plage avec un cornet de glace, comme si j’expérimentais pour la première fois la beauté de ce
monde. La magnifique vue de l’embrasement orange du soleil se reflétant sur la mer, la sensation
du sable humide sous mes pieds et entre mes orteils, me remplissaient d’un respect admiratif que je
n’avais jamais connu auparavant. Le contact alléchant de la glace au chocolat belge et crémeux sur
mes papilles me donnait l’impression de la goûter pour la première fois!
Je voyais la divinité dans chaque chose – chaque animal et chaque insecte. Je développais un
intérêt beaucoup plus grand pour le monde de la nature. Je ne pouvais même plus tuer les
moustiques qui venaient bourdonner autour de moi. C’étaient des formes de vie et je me devais de
les respecter en tant que telles. Ils avaient une raison d’être. Je ne savais pas laquelle, mais je savais
seulement qu’ils avaient un but, tout comme moi.
Chaque matin, je me réveillais avec l’envie de redécouvrir le monde. Chaque jour était une
nouvelle aventure. Je voulais marcher, conduire, explorer, m’asseoir sur les collines et sur le sable,
et simplement accueillir cette vie en moi! Je m’intéressais aussi à l’environnement urbain, et me
reconnectais à lui comme s’il était nouveau. Je passais mon temps à explorer les marchés, à jouir
de la vue de la ville et de la belle ligne d’horizon des gratte-ciel éclairés de néons, admirant
l’efficacité de notre système de transport public et la suspension incroyable des ponts qui reliaient
les différentes îles qui formaient Hong Kong. J’étais émerveillée par tous ces agencements.
La sensation de délice de chaque journée me donnait l’impression que je venais de naître. C’était
comme si j’avais fait mon entrée dans le monde sous une forme adulte, comme si j’étais née pour
la première fois le 3 février 2006.
En même temps, je m’apercevais que j’étais incapable de renouer avec un grand nombre de mes
anciens amis que j’avais tenté de rencontrer lors d’un dîner ou d’un café. Ils étaient tous impatients
de rattraper le temps perdu, mais la plupart ne comprenaient pas combien cette expérience m’avait
transformée en profondeur. Je m’aperçus que je devenais nerveuse et impatiente en société. Je ne
pouvais pas rester assise trop longtemps, ni m’engager dans des conversations ordinaires.
Je compris que les gens avaient perdu la capacité de voir la magie de la vie. Ils ne partageaient
pas mon émerveillement ni mon enthousiasme pour ce qui m’entourait – ni pour le fait d’être tout
simplement en vie. Ils semblaient pris dans une routine et leur esprit se fixait sur la prochaine
action à entreprendre. C’était exactement ce que je faisais avant ma NDE. Tout le monde était si
occupé à agir qu’il en oubliait d’être dans l’instant présent.
Mais par-dessus tout, je sentais que j’étais sur le point de voir quelque chose de merveilleux se
produire. Je savais que toute cette expérience que je venais de vivre avait un sens bien supérieur.
Malgré cette exaltation intérieure, cette impression d’être au seuil d’une grande aventure, je ne
sentais toujours pas le besoin de faire ou de rechercher quelque chose pour que cela se produise. Il
me suffisait d’être moi-même, sans aucune crainte! Ce n’est que de cette façon que je pourrais me
permettre d’être un instrument de l’amour. Je compris que c’était la meilleure chose que chacun pût
faire ou être, à la fois pour la planète et pour nous-mêmes.
Avec cette prise de conscience, les problèmes ne me semblaient plus aussi importants. Je sentais
que les gens prenaient la vie et les difficultés bien trop au sérieux – tout comme je l’avais fait. Dans
le passé, je me laissais entraîner dans les drames des autres, comme dans les miens. Mais après ma
NDE, je me sentais simplement heureuse d’être en vie et d’avoir eu une seconde opportunité de
m’exprimer ici. Je ne voulais plus perdre une seule minute de cette grande aventure. Je voulais être
moi autant que je le pouvais, savourer et goûter chaque minute d’être en vie!
Je ne voulais plus m’enliser dans les petits problèmes ordinaires de la vie, comme par exemple
m’inquiéter de l’avenir, de l’argent, du travail ou de toute autre question domestique. Toutes ces
activités me paraissaient en quelque sorte insignifiantes, notamment parce que je faisais confiance
au processus que je sentais se dérouler devant moi.
Il me semblait important de prendre du bon temps et de rire. Je ressentais une légèreté totalement
nouvelle, et je riais facilement. Je prenais plaisir à la compagnie de ceux qui aimaient faire de
même.
Chaque fois que j’avais des conversations sur la maladie, la politique ou la mort, j’avais des
opinions si radicalement différentes depuis mon expérience que je ne pouvais tout simplement pas
m’impliquer dans ces sujets. Je réalisais que ma capacité à juger et à discerner s’était « altérée ». Je
n’étais plus capable de faire la distinction entre ce qui était bien ou mal, parce que je n’avais fait
l’objet d’aucun jugement pendant ma NDE. Il n’y régnait que la compassion, et l’amour était
inconditionnel. C’est ce que je continuais à éprouver envers moi-même et tous ceux qui
m’entouraient.
C’est ainsi que je ressentais autant de compassion pour les criminels et les terroristes du monde
entier que pour leurs victimes. Je comprenais comme jamais auparavant que ceux qui commettaient
ces actes étaient en réalité emplis de confusion, de frustration, de souffrance et de haine envers eux-
mêmes. Un individu bien dans sa peau et heureux n’accomplirait jamais de tels actes! Les gens qui
ont de l’amour pour eux-mêmes dispensent de la joie et ne font que partager leur amour de
manière inconditionnelle. Pour être capable de tels crimes, il faut être malade (sur le plan
émotionnel) – en fait, c’est une sorte de cancer.
Je comprenais aussi que ceux qui soufraient de ce type de cancer « mental » particulier étaient
traités avec mépris dans notre société, et avaient peu de chances de recevoir de l’aide, ce qui ne
faisait que renforcer leur état. En les traitant ainsi, nous ne faisons que permettre au « cancer » de
notre société de se développer. Je constatais que nous n’avions pas créé une société qui
encourageait la guérison, tant mentale que physique.
Tout cela pour dire que je n’étais plus capable de considérer le monde en termes de « nous » et
« eux » – à savoir, victimes et auteurs de crime. Il n’y a pas de « eux », tout est « nous ». Nous
sommes tous Un, les produits de notre propre création, de toutes nos pensées, actions et croyances.
Même les auteurs de crime sont des victimes de leur propre souffrance et haine de soi.
Je ne considérais plus la mort de la même manière que les autres, et il était donc devenu difficile
pour moi de pleurer la perte de quelqu’un. Bien sûr, si l’un de mes proches mourait, j’étais triste
parce qu’il me manquait. Mais je ne me lamentais plus pour les morts parce que je savais qu’ils
avaient transcendé vers un autre monde et qu’ils étaient heureux. C’est impossible de ne pas être
heureux là-bas. En même temps, je savais que leur mort aussi était parfaite, et que tout se déroulait
selon le plan conçu dans la grande toile cosmique.
Du fait du changement radical de mes idées, je prenais beaucoup de précautions quand
j’exprimais mes opinions, car je ne voulais pas qu’elles soient mal interprétées. Je savais qu’il était
difficile pour les autres de comprendre des concepts tels que celui de ne pas avoir de jugement
après notre mort, même pour le pire des terroristes. Même envers eux, je ne ressentais que de la
compassion, une compréhension totale et claire sur les raisons qui les avaient poussés à agir de
cette façon. À un niveau plus profane et terre-à-terre, je savais aussi que je ne serais soumise à
aucun jugement dans l’au-delà si je choisissais de ne pas suivre un dogme religieux ou culturel qui
ne me convenait pas.
Ainsi, graduellement, je me mis à me complaire en ma seule compagnie, sauf quand j’étais avec
Danny. Je me sentais en sécurité avec lui. Je savais qu’il ne me jugeait pas. Mon mari avait été avec
moi durant toute mon aventure, et il faisait partie du nombre restreint de ceux qui me comprenaient.
Il m’écoutait patiemment parler de mes sentiments et de mes pensées, et m’aidait à comprendre mes
nouvelles émotions.
Je ressentais le besoin constant de parler de mon expérience, de mettre un sens sur ce qui s’était
passé, de le démêler. Danny m’incita à écrire pour extérioriser mes sentiments. Je me mis donc à
noter mes idées et m’y appliquai activement. J’écrivais sur des forums et des blogs, et ce fut pour
moi une véritable thérapie à mesure que je progressais dans ce nouveau monde.
CHAPITRE 13
TROUVER MA VOIE

J’avais maintenant une conception de la vie que peu de gens, fans mon entourage social,
partageaient ou même comprenaient. Et je n'avais plus peur de rien. Je ne craignais pas la maladie,
la vieillesse, la mort, la perte d’argent ou toute autre chose. Quand la mort ne suscite plus de rejet,
il ne reste plus grand-chose qui puisse encore nous faire peur, étant donné qu’elle représente le pire
des scénarios envisageables. Et si le pire ne vous impressionne pas, que reste-t-il?
Je trouvais aussi très stimulant de réintégrer la vie parce que j’avais encore l’impression que ce
monde n’était pas réel. L’autre monde me paraissait plus authentique. Et comme je l’ai déjà
mentionné, j’avais beaucoup de mal à comprendre le sérieux avec lequel les gens considéraient les
choses – par exemple, combien ils pouvaient s’angoisser pour l’argent et les finances, même s’ils
possédaient un tas de belles choses pour lesquelles ils auraient dû se réjouir et être reconnaissants.
Je ne comprenais pas non plus qu’ils puissent tant négliger le reste – y compris l’amour, les
relations, les talents, la créativité, l’originalité, etc. – au nom de l’argent, ni le temps qu’ils
consacraient à un travail qu’ils n’aimaient pas. La façon dont ils considéraient la vie me semblait
totalement absurde. Les priorités et les valeurs étaient désaxées et tout semblait interverti. Je savais
que ce mode de pensée avait probablement été le mien, mais je ne pouvais imaginer y revenir un
jour.
Je sais que je n’accepterai plus jamais un travail que je n’aime pas juste pour l’argent, me pris-
je à penser. Mes critères liés au travail ou à toute autre action en général sont si différents
maintenant. Ma vie et mon temps sur cette terre sont bien plus précieux pour moi.
Après l’intensité des moments durant lesquels Danny m’avait vue malade et presque mourante,
les choses avaient également changé pour lui. Avant ma maladie, il travaillait dans la vente et le
marketing pour une multinationale, et était responsable de la distribution dans toute l’Asie.
Maintenant, il n’avait plus la même aspiration à son travail et le trouvait monotone après tout ce
que nous venions de vivre ensemble. Nous avions tous deux mûri, changé et appris énormément!
Danny avait toujours rêvé de fonder sa propre entreprise, et je pensais que le temps était venu de
le faire. Je l’encourageais à vivre son rêve. Avant ma NDE, j’aurais eu trop peur de l’y pousser,
rien qu’à l’idée des risques que comportait une telle entreprise; si nous n’y arrivions pas, comment
allions-nous subvenir à nos besoins?
Mais mes idées avaient changé, et la réalisation de son rêve me semblait plus importante, tout
comme le fait de ne pas vivre une vie de regrets. Je l’incitai donc à fonder l’affaire qu’il avait
toujours voulue, à savoir développer des outils d’évaluation de carrière pour les proposer à des
étudiants et à des sociétés.
Les choses fonctionnant plutôt bien, son passage de travailleur salarié à travailleur indépendant
fut même facilité par le fait que ses patrons décidèrent de le licencier à cause de ses absences
répétées pour prendre soin de moi pendant ma maladie. Avant, cela aurait été une catastrophe. Mais
après ma NDE, ce n’était qu’une autre manière de voir l’univers travailler pour notre compte.
C’était l’occasion de faire quelque chose de plus excitant!
Pour mener à bien cette nouvelle aventure, il nous fallut réduire considérablement notre train de
vie. Nous décidâmes de déménager dans une maison plus petite et de modérer résolument nos
dépenses personnelles. Nous nous retrouvâmes dans un environnement très humble, loin des zones
urbaines animées de Hong Kong. Notre maison était située dans un village perdu à la frontière
chinoise, nous étions isolés de notre communauté, et cela nous donna l’opportunité de réorganiser
notre vie et de la reconsidérer. C’était un énorme changement par rapport à ce que nous avions
connu, et nous avions l’impression de démarrer une nouvelle vie – un nouveau commencement.
Auparavant, j’aurais considéré la perte du travail de Danny et la nécessité de réduire
énormément nos dépenses et de déménager loin de la ville comme quelque chose de négatif ou de
défavorable. Représentant une menace pour ma sécurité, ces changements auraient suscité en moi
beaucoup de peur. Cependant, grâce aux paroles Retourne et vis ta vie sans peur! qui ne cessaient
de faire écho en moi, je savais que tout irait bien. De tous les messages que j’ai rapportés de ma
NDE – nous sommes tous un, nous sommes amour au plus profond de nous, nous sommes
magnifiques –, celui-ci était le plus puissant et continuait à se répercuter dans ma tête. Comme
j’avais eu l’impression qu’il venait de mon père et de ma meilleure amie, Soni, chaque fois qu’il
résonnait dans ma tête, je l’entendais prononcé avec la voix de l’un ou de l’autre, en fonction des
situations. En l’occurrence, je voyais chaque événement comme un épisode d’une aventure plus
grande qui se déroulait, ce qui me donnait l’impression de reprendre ma vie à zéro.
En outre, grâce à ma NDE, au lieu d’une approche de l’extérieur vers l’intérieur, je voyais la
réalité de l’intérieur vers l’extérieur, c’est-à-dire qu’auparavant je pensais que le monde extérieur
était réel et que je devais agir à l’intérieur de ses limites. C’est le mode de pensée habituel de la
majorité des gens. Avec ce point de vue, je donnais mon pouvoir au monde extérieur, et les
événements extérieurs avaient la capacité de me contrôler – ainsi que mon comportement, mes
humeurs et ma pensée. Les réactions émotionnelles et les sensations n’étaient pas considérées
comme réelles parce qu’elles n’étaient pas tangibles. On pense généralement que ce sont de simples
réactions aux événements extérieurs. Dans ce modèle de référence, j’étais victime des circonstances
au lieu d’être la créatrice de ma vie. Même la maladie était un événement extérieur qui ne m’était
« arrivé » que par hasard.
Cependant, après ma NDE, je commençai à me percevoir comme une partie divine et intégrale
du Tout. Cela englobait l’Univers tout entier, tout ce qui avait été et sera, et tout est lié. Je pris
conscience que j’étais au centre de cet Univers et vis que nous nous exprimions tous à partir de
notre point de vue, étant donné que chacun de nous est au centre de cette grande toile cosmique.
Au fil du temps, tandis que Danny et moi construisions cette nouvelle phase de notre vie
ensemble, ces vérités devinrent de plus en plus concrètes pour moi. Bien que tout existât dans cette
toile d’interconnexions et que nous ayons accès à tout, mon monde, à tout moment, est une toile
constituée de toutes mes pensées, sentiments, expériences, relations, émotions et événements
jusqu’à aujourd’hui. Rien n’existe pour moi tant que cela n’apparaît pas dans ma toile. Et je peux
l’agrandir ou la limiter en élargissant mes expériences ou ma conscience ou en les réduisant. J’ai
l’impression d’avoir une certaine quantité de choix sur ce que je laisse entrer dans mon champ
d’observation.
Quand une chose se présente à ma conscience, elle fait partie de ma toile. Pour revenir à
l’analogie de l’entrepôt, j’ai dirigé la lumière de ma lampe vers elle. Cela signifie que cette chose
devient partie intégrante de mon système de croyances – de ma vérité.
Je savais que le but de ma vie était d’enrichir ma toile et de faire entrer dans ma vie davantage
d’expériences plus grandes. C’est ainsi que je me retrouvai à essayer de repousser les limites de ce
que je considérais possible, dans tous les domaines où j’avais auparavant perçu des limites. Je
commençai à mettre en doute les choses que nous avions présumées vraies, mais qui n’étaient en
fait que des croyances sociales déterminées. Je passai en revue toutes celles que j’avais jugées
négatives ou impossibles dans le passé et les remettais en question, en particulier les croyances qui
déclenchaient des émotions de peur ou de faiblesse en moi.
Pourquoi cette croyance? me demandais-je. N’est-ce qu’un conditionnement purement culturel et
social? Sans doute m’a-t-elle été utile à un certain moment, mais s’applique-t-elle encore
aujourd’hui? Est-il bénéfique pour moi de continuer à croire toutes les choses que l’on m’a appris à
penser?
Dans certaines situations, peut-être, mais dans la plupart des cas, la réponse était un non formel.
J’ai grandi dans la croyance que les femmes devaient être soumises. Il y avait toujours une part
de jugement dirigée contre celles qui faisaient preuve d’autorité et d’énergie ou qui occupaient une
position dominante, parce que le premier rôle de la femme était censé être celui d’une épouse et
d’une mère bienveillante. Je n’ai jamais pu satisfaire à cette convention.
J’ai passé toute ma vie à me juger, à me reprocher de ne pas me conformer à ces attentes. J’ai
toujours eu l’impression de ne pas être à la hauteur. Mais après ma NDE, j’ai compris que tout ceci
n’était que des constructions erronées, déterminées par des normes sociales.
Je pensais également que je n’étais pas d’une assez haute spiritualité et que je devais faire des
efforts dans ce domaine. Je découvris par la suite que nous sommes tous divins, indépendamment
de ce que nous faisons ou croyons. Il ne peut en être autrement, puisque c’est ce que nous sommes
– des êtres divins. Simplement, nous ne le réalisons pas toujours.
J’ai compris que la vraie joie et le vrai bonheur ne peuvent se trouver qu’en s’aimant soi-même,
en entrant en soi, en suivant son cœur et en faisant ce qui nous apporte la joie. Je me suis aperçue
que chaque fois que ma vie semble jetée à tous vents, et que je me sens perdue et désemparée (ce
qui m’arrive encore fréquemment), c’est que j’ai perdu ma propre identité. Je ne suis plus reliée à
ce que je suis vraiment ni à ce que je suis venue vivre ici. Ceci a tendance à se produire quand je
cesse d’écouter ma voix intérieure et que je donne mon pouvoir à des sources extérieures, comme
la télévision, les médias, les journaux, les puissants lobbies pharmaceutiques, mes pairs, mes
croyances culturelles et sociales, etc.
Avant, quand je me sentais perdue, l’une des premières choses que je faisais était de chercher des
réponses à l’extérieur. Je recherchais des livres, des enseignants et des gourous dans l’espoir qu’ils
me donneraient la solution parfaite. C’est exactement ce que j’ai fait le jour où j’ai appris que
j’avais un cancer. Ce faisant, je finissais toujours par me sentir encore plus désorientée, car je ne
faisais que renoncer encore et encore à mon propre pouvoir.
Je compris que pour maintenir une vision de l’intérieur vers l’extérieur, je devais être capable de
faire entièrement confiance à mon guide intérieur. Il me semble que ce que je ressens a un impact
sur l’Univers tout entier. En d’autres termes, étant au centre de ma toile cosmique, le Tout est
affecté par moi. Ainsi, en ce qui me concerne, si je suis heureuse, l’Univers est heureux. Si je
m’aime, tous les autres m’aiment. Si je suis en paix, toute la création est en paix, etc.
Chaque fois que les événements semblaient me lancer un nouveau défi, au lieu de chercher à les
changer physiquement (ce que je faisais avant ma NDE), je commençais à consulter mon monde
intérieur. Quand je me sens stressée, anxieuse, malheureuse ou autre, la première chose que je fais
maintenant est de rentrer en moi. Je m’assois avec moi-même, sors marcher dans la nature ou
écoute de la musique jusqu’à ce que j’arrive à un lieu centré où je me sens calme et connectée. Je
remarque qu’en agissant ainsi, mon monde extérieur change aussi, et beaucoup d’obstacles
disparaissent sans que j’aie besoin d’intervenir.
Quand je dis « centré », je veux dire que je ressens que je suis au centre de ma toile cosmique,
que je suis consciente de ma position. C’est vraiment le seul lieu où chacun de nous n’ait jamais été,
et il est important de ressentir notre centralité au cœur de celui-ci.
Toutefois, il m’arrive d’oublier ma place centrale dans le cosmos. Je me laisse prendre par tous
les drames, contradictions, angoisses et souffrances du monde physique et ne peux plus me
considérer comme l’être infini, amplifié et magnifique que chacun de nous est vraiment.
Par chance, j’ai réalisé que dans ces moments-là, nous ne sommes pas vraiment déconnectés du
centre. Il serait plus juste de dire que nous le perdons de vue et ne ressentons plus le sentiment de
paix et de joie qui en émane. Nous nous laissons prendre au piège de l’illusion de la séparation et
ne pouvons pas voir que bonheur et tristesse vont de pair – comme la lumière et les ténèbres, le yin
et le yang. La sensation de déconnexion que nous ressentons fait simplement partie de l’illusion de
la dualité; celle-ci nous empêche de voir l’unité émerger de la séparation que l’on perçoit. Se
centrer signifie ne pas être dupe et, une fois de plus, ressentir notre place infinie au centre de tout
ce qui est… au centre de l’unité.
J’avais encore la connaissance viscérale que nous faisons tous un avec l’Univers. C’est pourquoi
je savais que, même en étant dans mon corps physique, que j’en sois consciente ou pas, je suis au
centre de la grande toile cosmique qu’est l’Univers. Cela revient à réaliser ma magnificence et ma
connexion avec l’infini.
Tandis que les mois laissaient place aux années, je m’appliquais à mettre toute cette connaissance
en pratique. Parfois, quand j’avais beaucoup à faire et que les choses devenaient stressantes, on
m’accusait de perdre du temps si je faisais une pause pour me recentrer. Toutefois, si je tentais de
résoudre les choses sur un plan purement physique, je savais que les résultats seraient lents.
Aujourd’hui encore, j’ai l’impression de m’enfoncer dans la mélasse, et traiter les problèmes de
cette seule manière éveille une grande frustration en moi et augmente mes niveaux de stress.
Je me suis aperçue au contraire que si je prends mon temps et retrouve mon centre, sans me
préoccuper de ce que pensent les autres, un grand nombre d’obstacles majeurs se dissipent dès que
je reprends conscience de ma connexion au Tout et que je me sens calme et heureuse. Une grande
lucidité m’emplit pendant ces séances, et simplement en restant centrée, la plupart des confits qui
subsistent disparaissent. J’ai trouvé que c’était un moyen bien plus efficace de gérer sa vie que de la
traiter uniquement de l’extérieur. C’est un résultat direct de ma NDE, du fait que je sais que je fais
partie d’une grande toile cosmique, que je suis au centre de celle-ci et que je peux entrer en contact
avec tout l’Univers en me tournant vers l’intérieur.
Depuis ma NDE, je ressens aussi des changements progressifs vis-à-vis de mes exigences
extérieures. J’ai constaté que j’ai besoin d’être près de la nature, particulièrement la mer, pour être
au mieux de ma forme. De même que la sensation de merveilleux que j’avais ressentie les premiers
jours après ma sortie de l’hôpital, je m’aperçois que je peux me reconnecter instantanément à mon
état de NDE en regardant les vagues et en écoutant l’océan.
J’ai aussi remarqué avec joie que les amis dont j’étais devenue proche et les membres de ma
famille avaient évolué à leur manière. Cela peut sembler inhabituel, mais depuis ma NDE, un grand
nombre de gens m’ont dit qu’ils ressentaient un changement d’énergie quand ils étaient près de
moi. Je parle rarement de ce fait en public parce que je pense que ces phénomènes viennent de
l’intérieur d’eux-mêmes. Je ne fais sans doute que refléter en eux ce qu’ils étaient prêts à
expérimenter.
Grâce à mon expérience, je pense précisément que nous avons tous la capacité de nous guérir et
de contribuer à la guérison des autres. Quand nous entrons en contact avec ce lieu infini en nous
dans lequel nous sommes Tout, la maladie ne peut subsister dans notre corps. Et étant donné que
nous sommes tous reliés, il n’y a aucune raison pour que l’état de bien-être d’une personne ne
puisse pas toucher les autres, les élever et déclencher leur guérison. Et quand nous guérissons les
autres, nous nous guérissons nous-mêmes ainsi que la planète. Il n’existe aucune séparation, sauf
dans notre propre esprit.
Ma vie a eu ses hauts et ses bas, et il y a des moments où je sens que je dois vraiment travailler
dur pour rester centrée. Je dois m’occuper de tâches ordinaires telles que les travaux ménagers, les
règlements des factures, et depuis ma NDE, j’ai du mal à me concentrer sur ces détails. Toutefois,
je ne m’éloigne jamais trop du lieu où je retrouve ma place dans l’Univers et je ressens ces paroles
dans mon âme : retourne et vis ta vie sans crainte!
J’ai remarqué aussi que, même si je me suis fait de nouveaux amis – dont un en particulier qui
m’aide vraiment à comprendre et à gérer mon expérience –, j’ai l’impression d’avoir des
difficultés à renouer avec les anciens. Je ne suis plus aussi sociale et ne prends plus plaisir aux
mêmes choses. Avant, j’étais entourée d’amis, alors que maintenant je n’en laisse plus entrer que
quelques-uns dans mon intimité; ce sont, pour la plupart, de gens que j’ai rencontrés durant un
groupe de NDE ces dernières années. Une poignée d’entre nous sommes devenus très proches et
certains ont vécu des expériences similaires à la mienne.
Je me consacre aussi aux membres proches de ma famille – mon mari, ma mère et mon frère. Ils
m’ont accompagnée tout au long de ma crise, et quand j’avais besoin d’eux, et je suis très attachée à
eux. C’est devenu difficile de me sentir aussi proches des autres.
Il ne s’agit pas ici de jouer les solitaires. Je continue à sortir et j’aime vraiment aider les gens à
approfondir leur compréhension, ce que je fais par l’intermédiaire de mes écrits et de mon travail
actuel de formatrice culturelle. Et comme vous le verrez dans le prochain chapitre, en ce qui me
concerne, le fait de m’ouvrir et d’être moi-même a eu un immense impact dans cette grande
aventure.
CHAPITRE 14
LA GUÉRISON N’EST QU’UN DÉBUT

Le livre que vous avez entre les mains est la preuve de ce qui est arrivé quand j’ai mis en
pratique l’acte d’acceptation sans réserve. J’aimerais partager avec vous la série de synchronicités
qui a dû intervenir pour que ce livre voie le jour.
Après ma NDE et ma guérison, je me sentais euphorique et voulais crier sur tous les toits ce que
j’avais appris. Je voulais que tous sachent ce qui m’était arrivé et ressentent ce que je sentais.
Parallèlement, j’avais quelques inquiétudes sur le fait de partager mon expérience ouvertement, de
prendre des mesures concrètes pour publier mon histoire et de canaliser l’attention sur moi. Je ne
me sentais tout simplement pas prête à supporter toute l’attention et les regards insistants que j’étais
certaine d’attirer.
Étant donné que le yin semble toujours se mêler au yang dans le cycle de la vie, je m’aperçus
que, malgré mon inquiétude liée à la façon dont mon expérience serait perçue, quelque chose
continuait à me pousser à la partager avec un public plus large. J’avais à la fois le désir d’en parler
et le besoin de me mettre en retrait. Je savais que quand le temps viendrait – et quand je me sentirais
prête au-dedans de moi – la voie qui m’exposerait à une plus grande attention du public se
déroulerait avec la facilité que j’avais ressentie durant ma NDE.
Entre temps, je me contentais de me conformer à la sagesse que j’avais tirée de mon expérience,
comme je l’ai décrit dans le chapitre précédent. Je restais vraie avec moi-même et gérais la vie
quotidienne de la manière qui me rendait la plus heureuse – en suivant mon intuition divine telle
qu’elle se présentait. J’étais sûre que ceux qui étaient prêts ou qui avaient besoin d’entendre ce que
j’avais à dire me trouveraient. Je restais ouverte à tout moment à toutes les possibilités relatives à
la manière dont mon message se répandrait de son propre chef. Au fond, j’avais toujours été dans
un état d’acceptation sans réserve concernant ce sujet, mais rien ne m’avait préparée à ce qui allait
suivre…
En mars 2011, je me trouvais dans les Émirats arabes unis, où j’avais rendu visite à mon amie
Sunita qui venait d’y inaugurer un centre de formation holistique. Elle m’avait invitée à venir
partager mon histoire lors d’une conférence à Dubaï. J’étais dans un très bon état d’esprit, car tout
se déroulait parfaitement bien. Je n’étais cependant pas certaine de la façon dont je serais accueillie
et fus agréablement surprise. En fait, j’eus l’impression que cette visite était le prélude à un
changement intérieur indiquant que j’étais enfin prête à partager mon histoire à l’échelle mondiale.
Pour la première fois depuis ma NDE, je ressentis une certaine transformation dans la salle –
mais en réalité ce changement avait lieu à l’intérieur de moi, même s’il touchait tous ceux présents
à la conférence. J’étais impressionnée par la guérison qui se manifestait devant moi. Les gens
recevaient de mon expérience ce qui leur était nécessaire, et tous avaient perçu qu’il se passait
quelque chose.
Je réalisai une fois encore que les autres avaient besoin de savoir ce que j’avais expérimenté! Je
compris que j’avais perdu le contact et n’avais pas laissé mon vrai moi s’exprimer. J’avais caché
une nouvelle fois ce que j’étais vraiment, par peur et par inquiétude. C’est donc ici, à Dubaï, que je
sentis que je reprenais contact avec mon moi plus vaste et majestueux. J’étais prête à accepter toutes
les responsabilités dont la vie m’avait chargée. Dans cette salle, j’abandonnai toutes les inhibitions
qui m’empêchaient de partager mon expérience avec le monde, même si je n’avais aucune idée de
la façon dont j’allais être reçue. J’étais prête à assumer l’inconnu et la confiance dans l’ambiguïté.
Jusqu’à maintenant, j’avais pensé que la NDE avait été particulière pour moi seule et, bien que
j’en aie rapporté un message à partager avec les autres, que la guérison n’avait profité qu’à moi.
C’était en partie la raison de mon hésitation à partager mon histoire – je n’étais pas certaine de la
manière dont les autres allaient bénéficier de mon expérience. Cependant, dans cette salle ce jour-
là, quelque chose changea. En observant la réaction des gens et la transformation qui s’opérait, je
réalisai soudain que mon cancer, tout comme ma guérison, touchait en réalité la planète. Si nous
sommes tous Un, ce qui m’arrive arrive à tous. Et ce qui se passe pour moi se passe aussi pour
l’Univers tout entier. Je compris que la raison pour laquelle j’avais été malade puis avais choisi de
revenir, était de servir d’instrument pour que la guérison puisse s’opérer chez les autres – non
seulement la guérison physique, mais plus important encore, la guérison émotionnelle, étant donné
que nos émotions sont en fait ce qui oriente notre réalité physique.
Je pensais aussi que la guérison de mon cancer était le point culminant de mon voyage – elle
semblait être le pinacle de tout ce qui m’était arrivé dans la vie, et la fin de mon histoire. Mais à
Dubaï, je compris qu’elle n’était qu’un début. C’était le commencement d’un nouveau chapitre
d’une manifestation plus grande, et tout ce que j’avais à faire était de m’engager dans l’ambiguïté.
Une fois encore, je savais que je n’aurais rien à faire; les choses se produiraient tant que je leur
permettrais d’arriver. Et à ce moment, je pensai : Vas-y! Quel que soit ce que tu as en réserve pour
moi, je suis ouverte! Maintenant, je comprends!
J’étais à Dubaï depuis une semaine quand je me réveillai le matin du 16 mars et allai vérifier mes
e-mails en espérant y trouver les bons vœux de mes amis et des membres de ma famille. À mon
grand étonnement, il y avait un message d’un assistant de la maison d’édition Hay House, stipulant :
« Wayne Dyer est devenu l’un de vos fans après avoir lu votre histoire de mort imminente. Si cela
vous intéresse d’écrire un livre sur votre expérience, Hay House serait enchantée de travailler avec
vous pour son écriture et sa publication. »
En lisant ces mots, je ne pus retenir mes larmes. Quelle surprise incroyable le jour de mon
anniversaire! Quelle confirmation de mes sentiments de la veille!
J’avais déjà écrit un livre et avais même pensé à le publier, mais l’entreprise me paraissait
colossale et bien au-delà de mes capacités. Et jusqu’à la veille, je n’étais pas encore tout à fait prête
à étendre mon activité à l’échelle mondiale.
Au cours des mois écoulés, beaucoup m’avaient demandé si j’avais l’intention d’écrire un livre
sur mon expérience de NDE. Quand je répondais oui, ils me demandaient si j’avais déjà trouvé un
éditeur, ce à quoi je répondais par la négative.
La plupart me disaient alors : « Bien que ton histoire soit extraordinaire, c’est très difficile de
trouver un éditeur qui lise un manuscrit ces temps-ci. Il existe tant de récits de toutes sortes dans le
domaine spirituel, qu’ils ne vont même pas y jeter un coup d’œil. Prépare-toi à recevoir refus sur
refus. »
J’entendais également : « Il te faut un agent littéraire qui aille déposer ton script sur le bureau
d’un éditeur. Ils ne regarderont même pas un manuscrit qui ne vient pas d’un agent littéraire. » ou
« Tu ferais mieux de le publier toi-même. Ce serait beaucoup plus facile. »
À chacun d’eux, je répondais : « Je n’ai pas l’intention pour l’instant de frapper à la porte des
éditeurs, ni de prier les gens d’accepter mon livre. Mon histoire se révélera au monde à son rythme
et si elle est censée atteindre les masses, l’Univers s’arrangera pour que cela se produise. »
J’avais déjà mentionné à plusieurs amis que, parmi toutes les options qui se présentaient, je
rêvais d’être publiée un jour par Hay House, parce que je pensais que c’était la meilleure maison
d’édition pour ce genre d’histoires et que j’aimais tous leurs livres. J’avais consulté leur site
Internet et avais vu qu’ils n’acceptaient aucun manuscrit s’il n’était pas présenté par un agent
littéraire. Je ne savais même pas comment faire pour en trouver un; j’avais donc abandonné cette
idée et continué mon chemin.
Comme je l’ai mentionné plus haut, depuis ma NDE, j’avais l’impression que quelque chose de
grand se préparait. Je me sentais guidée et dirigée, même dans les moments où ma vie ne semblait
suivre aucune direction particulière. Je n’avais pas perdu confiance dans ce que j’avais ressenti
durant mon expérience et savais que tout était tel que ce devait être. Le mail envoyé par Hay House
ne faisait que confirmer que ce que j’avais ressenti était juste.
Je répondis évidemment avec enthousiasme par un « oui, oui, oui! » Je précisai même à
l’assistant que c’était mon anniversaire, et qu’il m’avait fait un merveilleux cadeau!
Quelques jours plus tard, alors que j’étais revenue à Hong Kong, je reçus un message de ma
vieille amie, Veronica Lee, qui me disait qu’elle avait écouté l’émission radiophonique de Wayne
Dyer dans laquelle il avait relaté ma NDE. Elle me dit qu’il avait parlé de moi plusieurs semaines
de suite. J’allai donc sur le site Internet de Hay House, accédai aux archives et commençai à
écouter. Et oh! Wayne était là, en personne, relatant mon expérience, semaine après semaine! J’étais
évidemment tout excitée qu’il parle de moi à un public aussi vaste.
Peu de temps après, je voulus surprendre Wayne et décidai d’appeler l’émission en direct dans
laquelle il répondait aux questions des interlocuteurs. À cause du décalage horaire, son programme
est retransmis à 4 heures du matin, heure locale de Hong Kong. J’avais donc réglé mon réveil sur
3 heures et demie. Je me levai, me branchai sur la station de radio et commençai à composer le
numéro. Au cours de mes deux premières tentatives, la ligne sonna occupée, mais, à ma grande
joie, je finis par obtenir la communication – le réveil ne marquait pas encore 4 heures.
La personne qui me répondit me demanda mon nom et d’où j’appelais. Elle me mit ensuite en
attente. Alors que le programme commençait après toutes les présentations d’usage, la productrice
de Wayne, Diane Ray, s’exclama : « Oh, regardez, voici un appel de Hong Kong. Pourquoi ne pas y
répondre? » Mon cœur ne fit qu’un bond à ces paroles. (J’appris plus tard qu’il était extrêmement
difficile de participer aux émissions radio de Wayne.)
Avant même que je parle en ligne, Wayne dit : « Oh mon Dieu, je pense savoir qui c’est! Est-ce
bien la personne à qui je pense?
— Hello, c’est Anita, répondis-je.
— Oh, mon Dieu, c’est Anita en personne, celle qui a fait l’expérience de NDE! Je suis ravi de
vous avoir dans mon émission! s’exclama-t-il. Diane, peux-tu suspendre tous les autres appels? Je
vais passer le reste de l’émission sur celui-ci! » Il me pria alors de partager mon histoire en direct.
À la fin de l’émission, Wayne me demanda de rester en ligne. Nous continuâmes à parler et il me
dit qu’il serait très honoré d’écrire l’avant-propos de mon livre, si je le voulais bien.
Je pensai : Allez, vous plaisantez! Je serais folle de joie!
Wayne me dit alors qu’il avait imprimé toute mon histoire de NDE sur Internet, qui comptait
environ 21 pages. Il en avait fait une quarantaine de copies qu’il avait distribuées à tous ceux qu’il
connaissait. Il l’avait partagée avec sa mère qui en avait retiré un grand réconfort. Il me dit aussi
qu’il m’avait citée plusieurs fois dans son dernier livre, Wishes fulfilled (L’accomplissement des
souhaits).
La seule pensée qui me venait était : Est-ce possible? Wayne Dyer m’a vraiment citée dans son
dernier livre?
Nous échangeâmes ensuite les informations qui nous permettraient de rester en contact et Wayne
me dit que je pouvais l’appeler à toute heure.
J’étais emplie de joie! Je passai les jours suivants à marcher comme sur des nuages, incapable de
manger ni de dormir, une sensation constante de nœud à l’estomac. Je sentais que j’étais à la
frontière de quelque chose de vraiment grand, et je savais que ce serait un test de ma capacité à
tenir bon, à toujours rester moi-même, à prendre plaisir au voyage et à laisser les choses arriver.
Au cours des semaines qui suivirent, j’eus de nombreuses occasions de parler au téléphone avec
Wayne pour discuter du livre et de ses orientations; il me lut le merveilleux avant-propos qu’il
avait écrit, ce qui me fit à nouveau monter les larmes aux yeux. Je suis assez vulnérable sur ces
sujets – particulièrement quand je vois se dérouler devant moi la vision de ma NDE.
Au cours de l’une de nos conversations, Wayne me dit que la première fois qu’il avait lu le récit
de mon expérience, il n’avait pas demandé à Hay House de chercher à me localiser; il leur avait dit
qu’ils devaient me trouver et que, si je voulais écrire un livre, ils devaient le publier!
Comme vous pouvez imaginer, je fus abasourdie par cette révélation et lui demandai comment il
avait entendu parler de mon expérience. Il me dit que c’était une femme vivant à New York, Mira
Kelly, qui lui avait parlé de moi; il nous a ensuite mises en contact par mail. Mira et moi avons
commencé à correspondre et à converser au téléphone, et elle me parla de tous les petits
événements incroyables qui avaient dû se produire en temps voulu pour que Wayne puisse avoir
accès à ma NDE. Il ne surfe pas sur Internet, n’aime pas non plus passer beaucoup de temps sur
l’ordinateur à lire de longs articles, et il n’aurait donc jamais pu tomber sur mon histoire par
hasard.
Je laisse Mira vous raconter l’enchaînement des événements avec ses propres mots :

Le 11 janvier 2011, je parlais avec une amie qui me dit que Wayne Dyer organisait un voyage
en Europe avec un groupe de personnes, qu’il avait intitulé « Expérience du miraculeux ». Mon
intuition s’ancra sur le mot miraculeux. Je savais que Wayne était atteint de leucémie et en
entendant ce mot, quelque chose me fit comprendre qu’il était prêt pour un miracle.
J’hésitai tout d’abord à prendre contact avec lui, mais la sensation que je devais lui parler
persistait et devenait encore plus impérieuse. Je devais me convaincre que, si je voulais être un
instrument dans les mains de Dieu, je devais m’ouvrir et permettre aux miracles, quels qu’ils
soient, de se manifester. Quelques jours après, j’écrivis à Wayne.
Quand il m’appela un mois plus tard, j’avais oublié l’incident. Nous parlâmes brièvement et
étions sur le point de raccrocher quand j’interrompis Wayne au moment où il me disait au
revoir. À ma propre surprise, je lui dis qu’il y avait quelque chose que je voulais lui envoyer,
quelque chose qu’il devait lire. Sans hésiter, il me donna le numéro de son fax.
Ce « quelque chose » était l’histoire de la NDE d’Anita, qui était arrivée dans ma boîte de
réception la veille, via une liste de gens qui s’envoient des mails en rapport avec des sujets
spirituels. La personne qui m’avait envoyé le message insistait sur la partie qui traitait des
moments existant simultanément, ce qui avait attiré mon attention à cause de mon travail sur les
régressions. Le fait de lire le récit d’Anita déclencha en moi cette sensation magique de m’unir à
la vibration authentique de mon esprit.
Au moment où nous raccrochâmes, cette question, Pourquoi?, revint s’insinuer en moi.
Pourquoi ressentais-je si fort le besoin de partager l’histoire d’Anita avec Wayne?
La seule explication à laquelle je pouvais penser était qu’elle décrivait parfaitement ce en quoi
je croyais et ce que je pouvais offrir. En lui envoyant le récit d’Anita, je lui disais : « Je sais que
tu peux guérir instantanément. C’est possible, et si tu choisis de te voir en parfaite santé, je peux
t’aider à créer cette réalité. » Il m’aurait fallu beaucoup plus de temps pour décrire ce qu’Anita
avait mis en mots d’une manière si simple et si éloquente.
Je vois maintenant une seconde raison. Je comprends que je fais partie du processus qui
cherche à propager les paroles inspirantes d’Anita sur la planète tout entière. La synchronisation
était parfaite. Si cet e-mail était arrivé plus tôt, il n’aurait pas été au premier rang de mes
préoccupations et je ne l’aurais pas partagé avec Wayne. S’il était arrivé plus tard, il n’aurait pas
reçu cette énorme attention.
Cette synchronicité de l’assemblage si magique des faits nous rappelle que tout arrive en
même temps, au même instant intemporel, tel qu’Anita l’a ressenti dans sa NDE.
Wayne accepta de faire une régression avec moi, et je m’envolai vers Maui pour le rencontrer.
Le 15 avril, au moment où j’arrivai chez lui, il était au téléphone. Quand il raccrocha, il me dit
qu’il venait de parler à la maison d’édition Hay House et qu’ils allaient publier le livre d’Anita.
L’enthousiasme dont il faisait preuve me confirma qu’il était prêt pour un événement miraculeux.
Sa séance fut extrêmement forte, et nous eûmes tous deux la conviction qu’il était guéri de la
leucémie.
Je relus le message qui m’avait transmis l’histoire d’Anita et m’aperçus qu’il venait de
quelqu’un que je ne connaissais pas – Ozgian Zulchefil, un ingénieur qui vivait à Constanta en
Roumanie. Quand je lui expliquai les impressionnants synchronicités dont il faisait partie, il me
répondit qu’il était content et joyeux que j’aie pris le temps de lui répondre, même s’il ne se
rappelait plus où il avait trouvé le récit de la NDE d’Anita. Il me dit que cela n’était que la
confirmation que nous exerçons constamment une influence les uns sur les autres par nos actes
et nos paroles, même si nous n’en sommes pas conscients. Il conclut en disant : « Il est important
d’avoir une attitude vraiment bienveillante et positive à chaque moment de votre vie, même si
vous ne voyez aucune raison de le faire de prime abord. » Je ne pus m’empêcher de sourire.
Quelques jours auparavant, j’avais reçu un mail me suggérant de regarder l’interview
exaltante d’une femme appelée Anita Moorjani, qui avait été miraculeusement guérie du cancer
suite à une NDE. L’euphorie m’envahit en me rappelant comment Wayne et moi en étions venus à
la conclusion que notre rapprochement avait permis aux puissantes paroles d’Anita de toucher et
d’élever des millions de gens. Le fait de recevoir ce mail me confirma que le cercle s’était
refermé. Simultanément, les paroles d’Anita aidaient à établir la guérison de Wayne.
En laissant l’Esprit circuler à travers moi, je suis devenue un instrument dans les mains de
Dieu, par des moyens que je n’aurais jamais pu imaginer.

L’histoire de Mira renforce l’idée que nous sommes tous – sans exception – des facettes uniques
et indispensables de l’Univers infini. Nous faisons tous partie intégrante de la grande toile
cosmique qui se déploie et œuvre continuellement à la guérison de la planète. Notre seule
obligation est de toujours être vrais avec nous-mêmes et de laisser faire les choses.
En regardant en arrière, il devient clair comme du cristal que chaque pas qui a composé mon
chemin – que ce soit avant ou après ma NDE, quels que soient les événements que je considérais
positifs ou négatifs – m’a finalement été bénéfique et m’a guidée là où je suis aujourd’hui. Ce qui
est aussi très clair, c’est que l’Univers ne me donne que ce à quoi je suis prête, et seulement quand
je suis prête. Mon anxiété au sujet de toute la publicité qui allait suivre a ralenti le processus, et
quand elle s’est apaisée, j’ai reçu immédiatement la confirmation de l’Univers par le biais du mail
de Hay House. C’est moi qui permets l’arrivée de ce que je veux introduire ou pas dans ma vie!
À mes yeux, le livre que vous lisez en est simplement la dernière preuve. Si je n’avais pas grandi
dans l’environnement qui a été le mien, avec la manière dont je me considérais et réagissais à tout
ce qui m’arrivait, j’aurais très bien pu ne pas avoir de cancer. Sans ce cancer, il n’y aurait pas eu de
NDE, et donc aucune vision particulière à partager avec le monde. Si une seule de ces phases avait
été supprimée, le résultat aurait pu être très différent. Bien que je pense fermement qu’il ne soit pas
nécessaire d’aller jusqu’à cet état extrême de NDE pour guérir ou avoir un grand objectif dans la
vie, je constate que mon chemin personnel m’a conduite à cet endroit. Tout arrive au moment où
nous y sommes prêts.
J’ai maintenant vraiment compris que, quand j’arrive à me centrer – quand je prends conscience
de ma place au cœur de l’univers et ressens ma magnificence et mon lien avec tout ce qui est –, le
temps et la distance deviennent insignifiants. Si vous avez été un jour plongé dans un rêve profond
dans lequel vous avez entendu retentir la sonnerie de la porte ou du téléphone, et que soudain vous
vous soyez réveillé pour entendre réellement sonner à la porte ou au téléphone, vous avez alors
expérimenté l’intemporel. Même si la sonnerie ne s’est déclenchée que quelques secondes avant
que vous vous réveilliez, il semble que tout l’épisode de votre rêve ait tourné autour de ce moment
final.
C’est ainsi que la vie évolue quand vous prenez vraiment conscience que vous êtes Un avec tout.
L’espace et le temps perdent leur sens. Par exemple, j’ai reçu le mail de Hay House au moment
exact qui me convenait; pourtant, toute une histoire s’était déroulée du côté de Wayne Dyer, qui a
abouti à l’arrivée de ce message dans ma boîte de réception!
Je tiens à dire aussi qu’après ma NDE, les choses sont devenues beaucoup plus faciles. Je ne
crains plus la mort, le cancer, les accidents ou toutes ces myriades de choses qui avaient l’habitude
de m’affecter… mon seul intérêt est mon évolution dans le monde supérieur! J’ai appris à faire
confiance à mon moi infini. Je sais que je suis – comme n’importe qui d’autre – une force aimante,
puissante, magnifique et inconditionnellement aimée.
Cette énergie circule en moi, m’entoure et est indistincte de moi. C’est en fait ce que je suis et qui
je suis vraiment; y croire, c’est simplement croire en moi. Lui permettre de me guider, de me
protéger, de me donner tout ce dont j’ai besoin pour mon bonheur et mon bien-être ultimes, ne peut
se faire qu’en étant moi-même. Il me suffit d’être l’amour magnifique que je suis et permettre aux
événements et aux circonstances de ma vie de se dérouler d’une manière qui, je le sais, est toujours
dans mon meilleur intérêt à long terme.
Je me détache des résultats préconçus et ne doute jamais que tout est parfait. Être moi-même
permet à la totalité de mon unique magnificence de me guider dans les directions les plus
bénéfiques pour moi-même et pour autrui. C’est vraiment la seule chose que j’ai à faire. Et dans ce
cadre, tout ce qui m’appartient vraiment arrive dans ma vie sans effort, par les voies les plus
magiques et inattendues que l’on puisse imaginer, démontrant chaque jour le pouvoir et l’amour de
qui je suis vraiment.
TROISIÈME PARTIE
CE QUE J’AI FINI
PAR COMPRENDRE
CHAPITRE 15
LA RAISON DE MA MALADIE ET DE MA GUÉRISON

Au cours de ma NDE, j’avais ressenti une telle clarté que la question qu’on me posait le plus
fréquemment quand je parlais de mon histoire était : Qu’est-ce qui a provoqué votre cancer? Il est
tout à fait compréhensible que la plupart des gens veuillent connaître la réponse.
Mais avant d’en parler, je tiens à introduire une mise en garde sur les dangers qui s’y rattachent.
L’un des risques serait d’interpréter ce que je dis en donnant l’impression que ceux qui n’ont pas
guéri et ceux qui souffrent encore de cancer ou d’autres maladies sont, en quelque sorte, « moins
que » ceux qui ont guéri. Ce n’est tout simplement pas vrai!
Vous pourriez aussi ressentir une certaine frustration si ce que je dis vous semble trop simpliste,
particulièrement si vous, ou quelqu’un que vous aimez, soufrez. C’est l’un des problèmes majeurs
du langage – parfois les mots peuvent causer plus de mal que de bien. Je tiens à préciser que toute
personne qui a un cancer ou qui n’arrive pas à guérir est néanmoins une personne complète et
merveilleuse. Les raisons de cette maladie font partie de son parcours personnel et sont
probablement liées à son objectif individuel. Je peux maintenant voir que ma maladie participe à la
raison pour laquelle je suis ici et, que mon choix ait été celui de vivre ou de mourir, je n’en serais
pas moins merveilleuse.
Je sais qu’il y aura des gens qui ne seront pas d’accord avec ce que je dis sur la guérison, et c’est
parfaitement juste. Je ne fais qu’exprimer ce que j’ai ressenti à l’intérieur de moi à ce moment-là,
dans l’espoir que mes paroles puissent aider quelqu’un d’autre.
Pour revenir à ce que je disais, la question la plus fréquente que me posaient les gens était
pourquoi, selon moi, avais-je eu un cancer. Je peux résumer la réponse en un seul mot : la peur.
De quoi avais-je peur? À peu près de tout, y compris de ne pas réussir, de ne pas être aimée, de
négliger les gens, de ne pas être assez bienveillante. J’avais peur aussi de la maladie, du cancer en
particulier, ainsi que du traitement du cancer. J’avais peur de vivre et étais terrifiée de mourir.
La peur est très subtile, et elle peut s’insinuer sans même que l’on s’en aperçoive. En remontant
dans le passé, je me suis aperçue que l’on nous apprend à avoir peur dès notre plus jeune âge, mais
je ne pense pas que nous soyons venus au monde avec.
L’une des choses dont je suis certaine, c’est que nous sommes déjà ce que nous avons cherché à
atteindre toute notre vie, mais nous n’en avons pas conscience! Nous sommes venus dans cette vie
avec la connaissance de notre magnificence. Je ne sais pas pourquoi, mais le monde semble
l’altérer au fur et à mesure de notre croissance.
Cela commence tout d’abord subtilement, par de petites anxiétés, comme la peur de ne pas être
aimés ou de ne pas être assez bien, peut-être parce que nous sommes différents de nos pairs – d’une
autre race, trop grands, trop petits, trop gros, trop maigres. Nous voulons tant entrer dans le cadre!
Je ne me rappelle pas un seul moment où l’on m’a encouragée à être vraie avec moi-même, où l’on
m’a assuré qu’il n’y avait rien de mal à être différente. Tout ce dont je me souviens, c’est de cette
petite voix de reproche insidieuse que je ne cessais d’entendre à l’arrière de ma tête.
J’étais quelqu’un qui voulait plaire et craignait la désapprobation, quelle qu’en soit la source. Je
me pliais à la volonté des gens pour qu’ils ne pensent pas de mal de moi et, au fil des années, j’ai
fini par me perdre en cours de route. J’étais complètement déconnectée de celle que j’étais ou de ce
que je voulais, parce que tout ce que je faisais n’avait pas d’autre but que d’obtenir l’approbation –
celle de tous, excepté la mienne. En fait, durant les années qui m’ont amenée au cancer, si
quelqu’un m’avait demandé ce que j’attendais de la vie, la seule réponse sincère que j’aurais pu
donner était que je ne savais pas vraiment. J’étais si engluée dans les attentes culturelles,
m’efforçant d’être ce qu’on attendait de moi, que je ne savais plus vraiment ce qui était important
pour moi.
Quand un cancer fut diagnostiqué chez ma meilleure amie, Soni, et chez mon beau-frère, je me
mis à développer une peur profonde de la maladie. Je pensais que si le cancer avait pu les frapper,
il pouvait frapper n’importe qui, et je me mis donc à faire tout ce qui était en mon possible pour
éviter d’être malade. Plus je lisais d’articles sur la prévention, plus je sentais que j’avais toutes les
raisons d’avoir peur. J’avais l’impression que tout provoquait le cancer. J’avais appris combien les
agents pathogènes dans l’environnement et la nourriture étaient cancérigènes. Les micro-ondes, les
boîtes alimentaires en plastique, les conservateurs, les téléphones mobiles – tous semblaient
provoquer le cancer. La liste n’était pas exhaustive.
Non seulement j’avais peur de la maladie en soi, mais j’avais aussi peur du traitement de
chimiothérapie. Comme je l’ai expliqué, Soni était morte au cours de son traitement, et ceci n’avait
fait qu’exacerber mes craintes.
Progressivement, je finis par me sentir terrifiée tant à l’idée de mourir que de vivre. C’était
comme si j’étais prisonnière de mes peurs. Ma réalité se réduisait de plus en plus, parce qu’à mes
yeux, le monde était un endroit menaçant. Puis j’appris que j’étais à mon tour atteinte d’un cancer.
Même si je donnais l’impression de me battre contre ma maladie, je considérais le cancer
comme une condamnation à mort. Je continuais pour la forme à faire tout ce qui était en mon
pouvoir, mais j’avais toujours en tête la conviction que je n’allais pas y arriver. Et j’avais très, très
peur de la mort.
Le fait d’entendre les chercheurs dire continuellement qu’ils « essayaient de trouver un moyen
de guérir le cancer » me portait à croire qu’il n’existait aucune solution connue. Il semblait que ce
soit un fait acquis, du moins dans le domaine de la médecine officielle. Entendre dire que celle-ci
était la seule option, bien qu’elle admette n’avoir trouvé aucun remède, suffisait à provoquer un
profond sentiment de terreur au plus profond de moi. Le mot cancer lui-même m’effrayait et le fait
de connaître les lacunes scientifiques ne faisait que renforcer le sentiment que j’allais mourir.
Je continuai néanmoins à faire tout mon possible, mais la maladie semblait progresser et
s’aggraver. Bien que tout le monde me l’ait déconseillé, j’optai pour la médecine alternative, car je
sentais qu’avec la médecine conventionnelle, j’étais condamnée dès le départ. J’essayai toutes
sortes de méthodes dont j’avais entendu parler, et comme je l’ai déjà mentionné, je quittai mon
travail pour m’y consacrer complètement pendant quatre ans.
J’ai essayé la guérison par la foi, la prière, la méditation et des séances d’énergétique. J’ai lu
tous les livres traitant du cancer qui me tombaient sous la main, j’ai étudié chaque représentation
liée à la maladie. J’ai fait un travail de pardon en thérapie et pardonné à tous ceux que je
connaissais – puis leur ai pardonné encore. Je me suis rendue en Inde et en Chine, j’ai rencontré
des moines bouddhistes, des yogis indiens, des maîtres éveillés, espérant qu’ils m’aideraient à
trouver des réponses qui me conduiraient à la guérison. Je suis devenue végétarienne, me suis
exercée à la méditation au sommet d’une montagne, au yoga, à l’Âyurveda, à l’équilibre des
chakras, aux plantes médicinales chinoises, à la guérison pranique et au chi gong.
Malgré tout cela, mon cancer ne faisait que s’aggraver. Mon esprit était dans un état de confusion
totale et je continuais à me perdre dans différentes modalités curatives, tentant tout pour rester en
vie tandis que ma santé continuait à se détériorer. Comme je l’ai dit plus haut, mon corps finit par
cesser d’absorber les nutriments et mes muscles fondirent jusqu’à ce que je ne puisse plus marcher.
Le fauteuil roulant devint mon seul moyen de mobilité. Ma tête tombait comme une boule de
bowling trop grosse, et je ne pouvais respirer sans l’appareil à oxygène portable qui ne me quittait
jamais. Quand je dormais, mon mari restait éveillé toute la nuit pour s’assurer que je respirais
encore. Ma mère vint l’aider à me veiller, car je n’étais plus capable de me prendre en charge.
C’était très difficile pour nous tous, et je pouvais sentir leur souffrance s’ajouter à la mienne.
Je ne peux même pas décrire l’intensité de la terreur qui me tenaillait jour après jour, en voyant
mon corps continuer à se détériorer. Je me cramponnais bec et ongles à la vie. Je suivais des
groupes de guérison spirituelle et entendis même quelqu’un me dire que ce qui m’arrivait était mon
choix et aussi que le monde est une illusion.
Je me sentais de plus en plus frustrée et effrayée en me demandant : Pourquoi aurais-je choisi
cela? Comment faire pour choisir autre chose? Si c’est une illusion, pourquoi cela semble-t-il si
réel? Si Dieu écoute toutes les prières, pourquoi n’écoute-t-il pas les miennes? J’avais fait tellement
d’efforts pour pardonner, purifier, guérir, prier et méditer! Je ne pouvais tout simplement pas
comprendre pourquoi cela m’arrivait.
Finalement, quand il devint difficile de m’accrocher davantage, je lâchai prise. Ce fut comme
une libération intérieure totale. Le cancer ayant ravagé mon corps pendant plus de quatre ans,
j’étais simplement devenue trop faible pour m’accrocher… alors, j’ai abandonné. J’étais fatiguée.
Je savais que la phase suivante était la mort et j’avais finalement atteint le moment où je
l’accueillais avec plaisir. Tout valait mieux que cet état.
C’est alors que j’entrai dans le coma et que mes organes cessèrent de fonctionner. Je savais qu’il
n’y avait rien de pire que ce que ma famille et moi avions traversé. Je commençai donc à
m’immerger dans la mort.
Le monde que j’expérimentai alors que mon corps défaillait me permit de voir ma propre
magnificence, non déformée par la peur. Je pris conscience du pouvoir supérieur auquel j’avais
accès.
En renonçant à mon attachement à la vie physique, je n’ai pas senti le besoin de faire quelque
chose de particulier pour entrer dans l’autre monde, comme prier, chanter, réciter des mantras,
pardonner ou toute autre technique. Y entrer ressemblait plutôt à ne rien faire du tout. C’était
comme dire à personne en particulier : « D’accord, je n’ai plus rien à donner. Je m’abandonne.
Prends-moi. Fais ce que tu veux de moi. Comme il te plaira. »
Dans cet état de clarté de l’autre monde, je compris instinctivement que je mourais à cause de
mes peurs. Je n’exprimais pas mon moi authentique car mes angoisses m’empêchaient de le faire.
Je compris que le cancer n’était pas une punition ni quoi que ce soit de ce genre. Ce n’était que ma
propre énergie se manifestant sous forme de cancer parce que mes peurs ne me permettaient pas de
m’exprimer comme la force magnifique que j’étais censée être.
Dans cet état d’expansion, je pris conscience de la dureté avec laquelle je m’étais traitée et jugée
toute ma vie. Personne ne me punissait. Je comprenais enfin que c’était moi qui ne m’étais pas
pardonnée, pas les autres. J’étais celle qui me jugeait, celle que j’avais abandonnée et celle que je
n’avais pas assez aimée. Cela n’avait rien à voir avec quelqu’un d’autre. Je me vis comme un
merveilleux enfant de l’Univers. Le seul fait d’exister me rendait digne de l’amour inconditionnel.
Je réalisai que je n’avais rien à faire de particulier pour le mériter – ni prier, ni supplier, ni rien
d’autre. Je compris que je ne m’étais jamais aimée, ne m’étais jamais donné de la valeur et n’avais
jamais vu la beauté de ma propre âme. Bien que la magnificence inconditionnelle ait toujours été là
pour moi, je sus que, d’une manière ou d’une autre, la vie physique l’avait affaiblie, voire
dégradée.
Cette compréhension me fit prendre conscience que je n’avais plus rien à craindre. J’avais vu ce
à quoi je pouvais – ce à quoi nous pouvions tous – avoir accès. Je fis alors un choix magistral :
celui de revenir. Cette décision, prise dans cet état d’éveil, a été la force la plus puissante qui a
guidé mon retour. Quand je me réveillerais à nouveau dans mon corps, je savais que chacune de
mes cellules sans exception répondrait à ma décision de revenir, et que j’allais donc retrouver la
santé.
De retour dans mon moi physique à l’hôpital, je compris que tous les tests, examens, biopsies et
ingestion de médicaments étaient accomplis pour la seule satisfaction de ceux qui m’entouraient.
Bien que beaucoup d’entre eux fussent extrêmement douloureux, je savais que j’irais bien. Mon
Moi infini et magnifique avait décidé de continuer à vivre et à s’exprimer par le biais de ce corps,
et rien au monde ne pouvait influer sur cette décision.
Je tiens à préciser que ma guérison n’est pas le produit d’un changement dans mon état d’esprit
ou dans mes croyances, mais le fait d’avoir finalement permis à mon véritable esprit de rayonner à
travers moi. Beaucoup m’ont demandé si quelque chose – par exemple la pensée positive – avait
déterminé ma guérison, et la réponse est non. L’état dans lequel j’étais durant ma NDE va bien au-
delà du mental, et ma guérison est due au fait que mes pensées destructrices avaient simplement été
écartées et laissaient le champ libre. Je n’étais pas dans un état de penser, mais dans un état d’être,
une pure conscience – ce que j’appelle magnificence! Cet état d’Unité transcende la dualité. J’étais
capable d’entrer en contact avec ce que je suis vraiment, cette partie de moi qui est éternelle, infinie
et qui embrasse le Tout. Ce n’était certainement pas une question d’esprit l’emportant sur la
matière.
Je ne suis pas en faveur de la méthode qui préconise qu’en « croyant » d’une certaine façon, nous
éliminerons les maladies ou créerons une vie idéale. C’est sans doute parfois trop simpliste. Je
m’intéresse plutôt à la conscience de soi, ce qui est différent. Se retrancher derrière des croyances
qui ne nous servent plus nous enferme dans la dualité et induit un état constant de jugement : ce que
nous cautionnons est considéré comme « bien » ou « positif » et ce en quoi nous ne croyons pas ne
l’est pas.
Cela nous met aussi dans une position qui nous incite à défendre nos croyances quand les autres
ne sont pas d’accord. Et quand nous investissons trop d’énergie dans la défensive, nous sommes
peu disposés à lâcher prise, même si ces idées ne nous sont plus utiles. C’est à ce moment que nos
croyances commencent à nous posséder, au lieu du contraire.
À l’opposé, être conscient signifie réaliser ce qui existe et ce qui est possible – sans jugement. La
conscience n’a aucun besoin de se défendre. Elle développe son potentiel de croissance et peut tout
englober, nous rapprochant ainsi de l’état d’Unité. C’est là que s’accomplissent les miracles. À
l’inverse, les croyances n’acceptent que ce que nous jugeons crédible, laissant de côté tout le reste.
Aussi, non, ce ne sont pas mes croyances qui ont provoqué ma guérison. Ma NDE était un état de
pure conscience, c’est-à-dire un état de suspension totale de toutes les doctrines et dogmes auxquels
j’adhérais auparavant. Ceci a permis à mon corps de « se réinitialiser ». En d’autres termes, une
pénurie de croyances était requise pour ma guérison.
Au moment où j’abandonnais complètement mon puissant désir de rester en vie, j’expérimentai
la mort. Et en mourant, je réalisai que ce n’était pas mon heure. À l’instant même où j’acceptai de
lâcher prise sur ce que je désirais, je reçus ce qui était véritablement à moi. J’ai réalisé que cela
représente toujours le cadeau suprême.
Depuis ma NDE, j’ai appris que me cramponner fortement à des idéologies finit par se retourner
contre moi. Le besoin de fonctionner à partir de croyances concrètes limite mes expériences parce
qu’il me maintient dans le domaine de ce que je connais – et ma connaissance est limitée. Et si je ne
me cantonne qu’à ce que je suis capable de concevoir, j’entrave mon potentiel et ce que je pourrais
laisser entrer dans ma vie. Par contre, si je peux accepter que ma compréhension est incomplète, et
si je suis capable de me sentir à l’aise avec l’incertitude, je m’ouvre à un monde de possibilités
infinies.
J’ai découvert que je suis dans ma puissance maximum quand je suis capable de lâcher prise,
quand je suspends mes croyances tout autant que mes doutes et que je m’ouvre à toutes les
possibilités. Il semble que ce soit aussi le moment où je suis capable d’expérimenter le plus de
clarté intérieure et de synchronicités. Je pense que le simple fait d’avoir besoin de certitudes est un
obstacle qui empêche d’expérimenter des niveaux supérieurs de conscience. À l’inverse, le
processus de lâcher-prise et d’abandon de tous les attachements à une croyance ou à un résultat
quel qu’il soit, est cathartique et curatif. La dichotomie pour que la véritable guérison se manifeste,
consiste à lâcher prise sur le besoin d’être guéri, et de simplement prendre plaisir et faire
confiance au voyage qu’est la vie.
Il était important pour moi de prendre conscience que je suis bien plus que mon corps physique,
que je suis quelque chose d’infiniment plus grand. Et j’aimerais dire une fois encore que les
maladies ne sont pas de notre faute! Penser qu’elles le sont peut être frustrant pour ceux qui en
souffrent. Ce que je peux par contre affirmer, c’est que notre biologie réagit à notre conscience;
nos enfants, les animaux, notre environnement le font aussi. Notre conscience peut changer l’état de
la planète bien plus que nous pourrions l’imaginer, ceci parce que nous sommes tous reliés – je ne
pourrais jamais assez le répéter!
Pour moi, le premier pas vers la conscience éveillée est de comprendre comment la nature avait
prévu les choses. Cela signifie être conscient de notre corps et de notre environnement, et être
capable de respecter l’essence des choses sans avoir besoin de vouloir qu’elles soient différentes –
et cela nous englobe aussi nous-mêmes. Nous devons comprendre la magnificence à laquelle
l’Univers nous avait destinés, sans avoir besoin de changer les choses. Je n’ai pas à chercher à
vivre en fonction des attentes de perfection des autres ni à me sentir ensuite incompétente quand
j’échoue misérablement.
Je suis dans ma puissance maximum quand je me permets d’être ce que la vie a prévu que je sois
– et c’est pourquoi ma guérison ne s’est manifestée qu’une fois que toutes les actions conscientes
de ma part ont complètement cessé et que la force de vie a pris le dessus. En d’autres termes, je suis
dans ma puissance maximum quand je travaille avec la vie et non contre elle.
C’est facile pour moi de vous parler de la guérison après l’avoir expérimentée, ou de vous dire
de simplement faire confiance et de lâcher prise, de laisser le flux de la vie prendre le dessus; mais
quand vous traversez une période vraiment pénible, c’est difficile à faire – ou même de savoir par
où commencer. Cependant, je pense que la réponse est plus facile qu’elle n’en a l’air, et que c’est
l’un des secrets les mieux gardés de notre époque : l’importance de l’amour pour soi. Sans doute
allez-vous grimacer ou avoir un mouvement de recul, mais je ne pourrais jamais assez insister sur
l’importance de cultiver une relation d’amour profond avec soi-même.
Je ne me souviens pas d’avoir été jamais encouragée à m’aimer – en fait cela ne me serait même
pas venu à l’esprit. C’est généralement considéré comme de l’égoïsme. Ma NDE m’a toutefois
permis de réaliser que c’était la clé de ma guérison.
Dans la grande toile cosmique, nous sommes tous reliés. Chacun de nous est un cadeau pour
ceux qui nous entourent, nous nous aidons les uns les autres à être ce que nous sommes, tissant
ainsi tous ensemble une image parfaite. Quand j’étais dans l’état de NDE, tout cela était devenu très
clair pour moi parce que je comprenais qu’être moi, c’est être amour. C’est la leçon qui m’a sauvé
la vie.
Beaucoup d’entre nous pensent encore que nous devons faire des efforts pour être aimés, mais
cela revient à vivre dans la dualité puisque, dans ce cas, il y a un émetteur et un récepteur. Prendre
conscience que nous sommes amour permet de transcender cette croyance. Cela signifie
comprendre qu’il n’y a pas de séparation entre vous et moi et que, si j’ai conscience d’être aimée,
alors je sais que vous l’êtes aussi. Si je prends soin de moi, alors je ressens automatiquement la
même chose pour vous!
Dans mon état de NDE, j’ai réalisé que l’Univers tout entier se compose d’amour inconditionnel,
et que je suis l’une de ses expressions. Chaque atome, molécule, quark est composé d’amour. Je ne
peux être rien d’autre, parce que c’est mon essence et la nature de tout l’Univers. Même les choses
qui semblent négatives font partie de la gamme d’amour inconditionnel infini. En fait, l’énergie
universelle de la force de vie est amour, et je suis composée d’énergie universelle. Réaliser cela
m’a fait comprendre que je n’avais pas à m’efforcer de devenir quelqu’un d’autre pour avoir de la
valeur. Je suis déjà tout ce que je pourrais chercher à être.
De même, quand nous savons que nous sommes amour, nous n’avons pas à nous efforcer d’être
bienveillants envers les autres. Il nous suffit d’être authentiques pour devenir un instrument de
l’énergie d’amour qui touchera alors tous ceux avec qui nous entrerons en contact.
Être amour veut dire aussi être conscient de l’importance de nourrir notre propre âme, de
prendre soin de nos besoins et de ne pas toujours passer après tout le monde. Ceci me permet de
toujours rester authentique et de me traiter avec une gentillesse et un respect total. Cela me permet
aussi de voir ce que l’on pourrait interpréter comme des imperfections ou des erreurs sans les
juger, en n’y voyant que des opportunités d’expérimenter et d’apprendre avec un amour
inconditionnel.
Les gens me demandent s’il est possible de trop s’aimer soi-même. Où est la limite, demandent-
ils, avant d’arriver à l’égoïsme ou à l’égocentrisme? À mon avis, ces possibilités n’existent pas. Il
n’y a pas de limite. L’égoïsme vient de l’absence d’amour pour soi. Notre planète soufre de notre
façon d’être, nous les humains, avec nos jugements et conditionnements, et notre trop-plein
d’insécurité. Afin de pouvoir vraiment prendre soin des autres de manière inconditionnelle, je dois
faire la même chose pour moi. Je ne peux pas donner ce que je n’ai pas. Dire que je tiens l’autre en
estime plus que moi-même n’est pas réel, je ne fais que jouer un rôle.
Quand je suis un être d’amour, je n’ai pas l’impression de m’épuiser, et je n’ai pas besoin que les
autres se comportent d’une certaine façon pour qu’ils se sentent aimés, ou pour partager ma
magnificence avec eux. Ils reçoivent automatiquement mon amour comme résultat direct de mon
authenticité. Et quand je ne me juge pas moi-même, je ne juge pas les autres.
À la lumière de tout cela, j’ai appris qu’il était important de ne pas être trop dure avec moi-
même quand je fais face à des défis. Le plus souvent, le problème ne vient pas du confit apparent, il
vient de mon jugement sur moi-même. Quand je cesse d’être ma pire ennemie et commence à
m’aimer un peu plus, automatiquement mes frictions avec le monde qui m’entoure diminuent. Je
deviens plus tolérante et accepte mieux les choses.
Quand nous sommes conscients de notre propre magnificence, nous ne ressentons pas le besoin
de diriger les autres, et nous ne permettons pas que les autres nous dirigent. Quand je me suis
éveillée à mon moi infini, j’ai été sidérée en comprenant que ma vie pouvait être considérablement
différente du simple fait de prendre conscience que je suis amour et que je l’ai toujours été. Je n’ai
rien à faire pour le mériter. Comprendre cela signifie que je travaille avec l’énergie de la force de
vie, alors que jouer à aimer, c’est se retourner contre elle.
La prise de conscience que je suis amour a été la leçon la plus importante que j’ai apprise; elle
m’a permis de libérer toutes les peurs, et c’est la clé qui m’a sauvé la vie.
CHAPITRE 16
LE MOI INFINI ET L’ÉNERGIE UNIVERSELLE

Pendant mon expérience de mort imminente, j’avais l’impression d’être connectée à l’Univers
tout entier et à tout ce qu’il contenait, et que le cosmos était vivant, dynamique et conscient. J’ai
découvert que chaque pensée, émotion ou action que j’émettais ou que j’effectuais en l’exprimant
par le biais du corps physique avait un effet sur le Tout. En fait, dans ce monde de l’Unité, je sentais
que tout l’Univers était une extension de moi. Cette prise de conscience a, bien sûr,
considérablement changé la manière dont je considère les choses. Nous sommes tous cocréateurs
de ce monde et de notre vie par nos émotions, nos pensées et nos actions.
Le langage n’est pas un outil adéquat pour exprimer quelque chose qui ne peut être perçu par nos
cinq sens physiques, et il est donc difficile de trouver les mots exacts pour expliquer ma
compréhension de ce qui s’est déroulé durant l’expérience. Cependant, je vais faire de mon mieux
dans ce chapitre pour partager aussi clairement que possible ce que je ressens à l’égard de ce
monde, comment nous nous y mouvons, et comment il connaît une évolution positive.
Tout d’abord, il est important de comprendre que ma NDE a été complètement différente de tout
ce que j’avais pu expérimenter jusqu’ici. Elle n’a eu ni commencement ni fin formels. C’était plutôt
comme une porte qui s’est ouverte un jour et ne s’est jamais refermée. Elle a inauguré une
compréhension durable, plus profonde, et de nouvelles possibilités sans fin.
Les mots étant un outil impuissant à décrire ce genre de phénomènes, ce que j’écris ici n’a pour
but que de faire naître en vous les émotions appropriées. Même après avoir partagé cela, ma
propre compréhension continuera à croître et à s’élargir. Les mots pris à la lettre ou considérés
comme la vérité ultime peuvent nous enliser ou nous faire stagner en nous accrochant à nos
vieilles idéologies. Je sais maintenant que tout ce dont j’ai besoin est déjà contenu en moi et est
complètement accessible si je m’autorise à m’ouvrir à ce qui est vrai pour moi… et il en est de
même pour vous.
Avant ma NDE, probablement à cause de ma culture, je pensais que le but de la vie était
d’atteindre le nirvana – c’est-à-dire évoluer au-delà du cycle de réincarnation de la naissance et de
la mort, et veiller à ne jamais revenir dans le monde matériel. Si j’avais grandi en m’immergeant
complètement dans la culture occidentale, peut-être aurais-je cherché à accéder au paradis. C’est en
fait un objectif assez habituel, quelle que soit notre culture – de vivre d’une manière à nous assurer
un « après-vie » parfait.
Néanmoins, depuis, je vois les choses différemment. Même si je sais que je continuerai à vivre
au-delà de ce plan et que je ne crains plus la mort physique, j’ai perdu tout désir d’être autre part
qu’à l’endroit où je suis maintenant. Chose intéressante, je me suis enracinée davantage et me
focalise plus sur la perfection de la vie dans l’instant présent que sur l’autre monde.
La cause en est tout d’abord que le concept de réincarnation, sous sa forme conventionnelle de
vies se succédant de manière séquentielle, n’a pas été validé par ma NDE. J’ai pris conscience que
la vie ne se déroule pas de façon linéaire, sauf si nous utilisons le filtre de notre corps et de notre
esprit physiques. Une fois que nous ne sommes plus limités par nos sens terrestres, chaque moment
existe simultanément. J’en suis venue à penser que le concept de réincarnation n’est vraiment
qu’une interprétation, une manière pour notre intellect de donner un sens à toutes les existences qui
surviennent en même temps.
Nous pensons en termes de « temps qui passe », mais dans ma NDE, j’ai eu l’impression que le
temps était, tout simplement, et que nous nous mouvions à travers lui. Cela signifie que non
seulement tous les moments existent simultanément, mais aussi que, dans l’autre monde, nous
pouvons aller plus vite, plus lentement, ou même aller en arrière et sur le côté.
Sur le plan physique, nos organes sensoriels nous limitent. Nos yeux enregistrent ce qu’ils
voient à cet instant; nos oreilles entendent de la même manière. L’esprit ne peut exister que dans un
moment, puis il relie ces moments entre eux pour former une progression linéaire. Cependant,
quand nous nous dépouillons de notre corps, nous traversons tout le temps et l’espace avec la
conscience – et non avec la vue, l’ouïe, le toucher, le goût ou l’odorat. Nous sommes pure
conscience.
C’est ce que j’ai expérimenté dans l’état de NDE. J’avais conscience de mon frère qui venait me
voir en avion et des conversations qui se déroulaient hors de ma chambre dans le couloir. J’ai
compris différents aspects de ma vie future, comment ils se dérouleraient et ce qui arriverait si je
ne revenais pas à la vie. J’en conclus que le temps, l’espace et la matière solide n’existent pas
toujours de la façon dont nous y pensons normalement. Durant ma NDE, j’avais l’impression de
pouvoir me concentrer sur n’importe quel moment auquel je voulais accéder.
Je pense maintenant que quand quelqu’un a un aperçu de ce qui avait été auparavant qualifié de
« vies antérieures », il a en fait accès à une existence parallèle ou simultanée, puisque tous les
moments existent simultanément. Et étant donné que nous sommes tous reliés, il est possible
d’atteindre des états de conscience dans lesquels un aperçu d’une autre réalité s’infiltre dans notre
moment présent et pénètre dans notre conscience comme si c’étaient des souvenirs.
Cette nouvelle perspective m’a poussée à m’interroger sur notre raison d’être et sur notre but, si
la réincarnation et le temps lui-même n’existent pas tels que la plupart d’entre nous avons été
formés à le croire. Et si tous nos buts allaient dans le mauvais sens? Et si le paradis ou le nirvana
était vraiment ici dans l’expression physique, et pas là-bas dans l’« après-vie »?
Je sens que nous avons choisi de nous incarner dans un corps physique afin d’exprimer l’amour,
la passion et toute la gamme des autres émotions humaines qui ne nous sont pas disponibles
séparément dans l’état de conscience pure et d’Unité. Et si cette vie et cette planète étaient le
spectacle principal, là où se passe l’action et là où nous voulions être?
Cette réalité est un terrain de jeu d’expression. Il semble que nous ne soyons pas ici pour
apprendre et accumuler des expériences pour l’« après-vie ». Cela n’aurait pas beaucoup de sens
puisqu’aucune d’elles ne nous sera nécessaire là-bas. Nous sommes plutôt ici pour expérimenter
cet univers physique et le faire évoluer en même temps que notre propre vie. J’ai pris la décision
de revenir quand j’ai réalisé que la vie ici était l’état le plus attractif pour moi à ce moment. Nous
n’avons pas à attendre de mourir pour expérimenter le nirvana. Notre vraie magnificence existe en
ce moment même!
La raison pour laquelle les êtres humains sont si vulnérables et craintifs autour de ce sujet est
que nous nous sommes fabriqué nos idées sur l’« après-vie » et sur nos dieux en termes humains.
Nous donnons à ces concepts les mêmes propriétés physiques et valeurs fragiles que nous
possédons et auxquelles nous sommes exposés – des valeurs telles que la peur, le châtiment, le
jugement et la punition. Puis, nous projetons toute notre force et tout notre pouvoir dans nos
propres créations.
Cependant, si tous les moments et expériences existent en cet instant même, et que nous ne
faisons que les traverser tandis que nous exprimons notre magnificence dans le monde physique,
alors nous n’avons rien à craindre. Nous n’avons pas à vivre dans l’anxiété de ce qui est encore à
venir. Nous pouvons reconnaître l’énergie dont nous faisons déjà partie, et nous pouvons être
amour dans chaque aspect de notre vie.
Il est dommage que nous continuions à rechercher des réponses à l’extérieur – dans la religion,
la médecine, l’étude scientifique, les livres et les autres personnes. Nous pensons que la vérité est
quelque part là-bas, encore insaisissable. De ce fait, nous ne faisons que nous égarer encore plus,
comme si nous nous éloignions de ce que nous sommes vraiment. L’Univers entier est en nous.
Mes réponses sont en moi, et les vôtres, en vous. Tout ce qui semble se dérouler à l’extérieur se
produit afin de déclencher quelque chose en nous, de nous grandir et de nous ramener à qui nous
sommes vraiment.
J’utilise souvent le terme moi infini au lieu de moi supérieur, âme ou esprit. Afin d’être un peu
plus explicite, comprenez que je me réfère à la partie de moi qui, durant la NDE, était consciente
que je ne suis pas ce seul corps – la partie de moi qui sentait que j’étais Une avec chaque chose sans
exception. Je fusionnais avec la pure conscience comme un être infini, magnifique, ressentant
clairement la raison pour laquelle je suis dans ce corps et dans cette vie, à ce moment précis. C’est
aussi la partie de moi qui comprenait que l’illusion de la séparation naît quand nous nous
identifions trop aux manifestations extérieures.
Je pense que, quand nous quittons notre corps physique, notre moi infini va se relier à tous les
autres. Dans l’état de pure conscience, nous sommes tous Un. Beaucoup ont ressenti cette unité au
cours d’expériences spirituelles intenses ou au cœur de la nature. Quand nous travaillons avec les
animaux, ou si nous avons des animaux domestiques, nous la ressentons également. Du fait d’être
Un avec toute la création, nous faisons parfois l’expérience de synchronicités et même de
perceptions extrasensorielles (PES) et autres phénomènes de ce genre, mais comme nous n’en
sommes pas conscients, ceux-ci ne se produisent pas aussi souvent qu’ils le pourraient.
En réalité, je ne suis pas mon corps, ma race, ma religion, ni toute autre croyance; personne ne
l’est. Le vrai moi est infini et bien plus puissant – une entité complète et entière qui n’est ni brisée,
ni endommagée d’une manière ou d’une autre. Le moi infini contient déjà toutes les ressources
dont j’ai besoin pour naviguer dans la vie, parce que je suis Une avec l’énergie universelle. En fait,
je suis l’énergie universelle.
Pendant ma NDE, rien n’existait en dehors de ma conscience supérieure, étant donné que j’étais
en communion avec l’énergie universelle tout entière. J’avais l’impression d’embrasser la totalité.
Dans cet état régnait une clarté absolue où tout devenait connu. J’avais la sensation de devenir
chaque chose, et j’existais dans chaque chose.
C’est la capacité de voir ma propre magnificence et de réaliser que l’univers et moi sommes Un
et semblables qui a déclenché ma guérison. J’ai compris qu’il n’existe aucune création séparée de
moi – parce que le mot extérieur suggère la séparation et la dualité. Vivre avec cette conscience me
permet de continuer à interagir dans le monde physique avec force, amour et courage.
Pour expliquer cela d’un autre point de vue, bien que j’aie utilisé le terme énergie universelle,
sachez que je peux tout aussi bien l’appeler chi, prana ou ki. Tous ces mots signifient « énergie de
la force de vie », respectivement en mandarin, hindi et japonais. C’est le chi du tai chi et du chi
gong, et c’est le ki du reiki. En bref, c’est la Source de vie, et elle circule dans chaque être vivant.
En fait, elle emplit l’Univers tout entier et en est inséparable.
Le chi n’a aucun jugement et aucune discrimination. Il circule à travers nous, que nous soyons un
gourou émérite ou un gastéropode marin. Il est important de considérer cela, parce que dès que
nous décrivons l’énergie avec un mot différent – tel que Source, Dieu, Krishna, Bouddha ou autre
–, il peut être difficile pour certains d’entre nous de voir au-delà du nom. Ces termes ont des sens
différents selon les gens, et semblent également imposer une forme sur l’infini. Certaines attentes
sont souvent attachées à ces étiquettes, et beaucoup d’entre elles nous enferment dans la dualité,
nous amenant à considérer cette énergie comme une entité séparée de nous. Toutefois, l’énergie
universelle, de même que notre état de conscience pure, doit rester sans limites et sans forme afin
qu’elle devienne Une avec nous et donne naissance à la guérison, à la magie et aux miracles.
J’ai fortement ressenti, durant ma NDE, que nous sommes tous reliés à cette énergie universelle;
nous sommes tous Un avec elle. Nous possédons tous cette force de vie magnifique et magique
dans chacune de nos cellules. Ce n’est pas une sorte d’entité extérieure, mais plutôt un état d’être –
un phénomène interne. C’est à l’intérieur, à l’extérieur et tout autour. Peu importe à quelles
religion, race, culture ou croyance nous appartenons. Nous y sommes reliés du seul fait d’être en
vie – en réalité, nous sommes ce courant universel. Nous n’avons pas à faire ou à prouver quelque
chose, ni à être quelqu’un pour y accéder. Nous sommes tous des êtres magnifiques et puissants et
nous sommes tous capables d’y accéder parce que lui et nous sommes une seule et même entité.
La seule chose qui puisse m’empêcher d’être consciente de cette énergie est mon mental – à
savoir mes pensées, particulièrement mes croyances limitées vis-à-vis de moi-même. Le grand
sentiment de libération dont j’ai parlé plus haut et qui m’a conduite à la NDE était en fait un lâcher-
prise total de mon intellect, qui a emporté avec lui les croyances qui me limitaient et a permis à
l’énergie universelle de prendre le dessus. Une fois mon mental réduit au silence, les portes de
l’écluse se sont ouvertes. Au lieu de lutter contre la nature de l’Univers pour pouvoir guérir, j’ai
permis au chi de circuler selon ses propres modalités.
Il peut être difficile au début de distinguer ce qui nous motive. La différence est que le mental est
davantage dans le faire, et l’âme davantage dans l’être. Le moi infini est notre essence. C’est ce que
nous sommes vraiment, comme je l’ai décrit dans le chapitre précédent quand j’ai expliqué
l’importance d’être amour. L’intellect n’est qu’un outil pour naviguer dans cette vie. Il calcule
comment gagner assez d’argent pour acheter la nourriture et payer le loyer, tandis que l’âme ne
cherche qu’à s’exprimer.
Le moi infini est le lieu où résident nos instincts et notre intuition. Si nous achetons une maison,
l’esprit limitera les possibilités en choisissant un emplacement pratique, en établissant un budget,
etc. La décision finale d’un lieu spécifique pourra cependant se prendre par pure intuition. Nous
avons simplement un bon ressenti vis-à-vis d’un certain endroit, sans aucune raison logique qui
nous permettrait de dire pourquoi. C’est cela, le moi infini.
Parfois, nos vies compliquées peuvent nous faire oublier que nous sommes reliés à l’énergie
universelle et que nous possédons ces capacités naturelles. Nous cessons de nous écouter et nous
donnons notre pouvoir aux forces extérieures, telles qu’un patron, des professeurs et des amis.
Étant donné que les émotions sont les portes d’entrée de l’âme, bloquer nos sentiments nous
empêche d’avoir conscience de notre magnificence. Mais nous sommes des êtres complexes et
nous cherchons à avoir le contrôle de nos sensations.
Si nous vivons complètement dans le mental pendant une certaine période, nous perdons le
contact avec le moi infini et commençons à nous sentir perdus. C’est ce qui se passe quand nous
sommes tout le temps en mode faire, et non en mode être. Être en mode être signifie vivre à partir
de l’âme et c’est un état d’ouverture. Il signifie : être qui nous sommes et ce que nous sommes, sans
jugement. Être ne veut pas dire que nous ne faisons rien, mais tout simplement que nos actions
découlent de nos émotions et de nos sensations pendant que nous restons présents dans l’instant. À
l’inverse, faire se focalise sur l’avenir, le mental créant une série de tâches qui nous conduisent ici
et là dans le but d’achever un résultat spécifique, sans tenir compte de notre état émotionnel du
moment.
J’ai découvert que pour déterminer si mes actions résultent « du faire » ou de « l’être », il me
suffit d’examiner l’émotion derrière mes décisions quotidiennes. Est-ce la peur ou la passion? Si
tout ce que je fais chaque jour est fait par passion et par joie de vivre, alors je suis dans « l’être »,
mais si mes actions sont le résultat de la peur, je suis dans le mode « faire ».
Quand nous dévions de notre route, nous pensons qu’il y a quelque chose de négatif en nous –
quelque chose que nous devons faire ou acquérir pour nous remettre dans le droit chemin – et
nous allons chercher des réponses à l’extérieur. Nous comptons sur les autres pour nous guider.
Peut-être nous sentirons-nous mieux pendant un bref moment, mais cela ne durera probablement
pas, et nous finirons par nous égarer de plus belle. Cependant, quand nous commençons vraiment à
nous harmoniser avec l’être que la vie avait prévu que nous soyons – et que nous sommes en
harmonie avec les émotions qui nous motivent –, nous entrons en contact avec l’âme de notre
magnificence. Nous percevons la clarté quand nous nous permettons de nous ouvrir à cette
connexion et de reprendre notre pouvoir; notre vie commence alors à s’épanouir.
Partant de ce lieu qui nous permet d’être qui nous sommes, nous pouvons choisir de recevoir
l’enseignement de gourous, de professeurs, de livres ou de philosophies spirituelles extérieurs.
Nous prenons conscience de nos propres magnificence et vérité intérieures, au lieu de croire que
les autres ont un pouvoir que nous n’avons pas. En fait, quand nous réaliserons notre magnificence
et vivrons dans notre vraie nature d’amour, nous attirerons au bon moment le maître, le livre ou la
philosophie spirituelle qui nous convient!
Malheureusement, le fait d’ignorer notre propre magnificence peut avoir des effets bien plus
néfastes que simplement celui de se sentir perdus, bien qu’ils soient de la même essence. Au cours
de ma NDE, j’ai eu l’impression que les jugements, la haine, la jalousie et la peur viennent des gens
qui n’ont pas pris conscience de leur propre grandeur. Méconnaître notre perfection nous entraîne
à nous sentir petits et insignifiants, ce qui va à l’encontre du flux naturel de l’énergie de la force de
vie – de ce que nous sommes vraiment. Nous allons à l’encontre de nous-mêmes.
Je pense pour ma part que si on nous encourageait à exprimer ce que nous sommes vraiment,
nous serions tous des êtres aimants, chacun de nous apportant au monde son caractère unique. Les
problèmes et les querelles sont le résultat de l’ignorance de qui nous sommes et de notre incapacité
à manifester notre beauté intérieure. Nous avons fabriqué tant de jugements sur ce qui est
« parfait » qu’ils nous ont conduits au doute et à la compétition. Étant donné que nous pensons ne
pas être assez bien, nous agissons en fonction de ce sentiment. Toutefois, si chacun de nous prenait
conscience de sa magnificence et avait une bonne estime de soi, il me semble que la seule chose
que nous aurions à partager est notre nature unique, exprimée extérieurement d’une manière
bienveillante qui reflète l’attention que l’on se porte.
Il s’ensuit que les problèmes que nous voyons dans le monde ne viennent pas des jugements ou
de la haine que nous avons pour les autres, mais de ceux que nous avons pour nous-mêmes. De
même que la clé de ma guérison était un amour de soi inconditionnel qui évinçait la peur, la clé
d’un monde meilleur réside dans la décision de chacun de s’aimer de la même manière, se rendant
ainsi compte de sa vraie valeur. Si nous cessons de nous juger, nous aurons automatiquement de
moins en moins besoin de condamner les autres. Nous commencerons à remarquer leur vraie
perfection. L’Univers est contenu en nous, et ce que nous expérimentons à l’extérieur n’en est que
le reflet.
Je pense qu’au fond, personne n’est vraiment mauvais – que le mal n’est qu’un produit de nos
peurs, tout comme l’a été mon cancer. Du point de vue de la magnificence, même les criminels sont
des victimes de leurs propres limitations, des peurs et de leurs souffrances. S’ils avaient été
conscients dès le début de ce qu’ils sont véritablement, ils n’auraient jamais fait de mal. Un
changement d’état d’esprit – par exemple, remplacer la peur par un état de confiance totale – peut
transformer la personne la plus dépravée, tout comme j’ai pu inverser l’extrême dégradation due à
mon cancer.
Étant donné que la majorité des gens ne vivent pas dans cette clarté de conscience de soi, les lois,
les jugements, les récompenses et les punitions sont nécessaires pour les empêcher de se faire du
mal les uns les autres. Si tout le monde était conscient de sa propre magnificence, nous ne serions
plus dirigés par la peur. Nous n’aurions plus besoin de règles, de prisons… ou d’hôpitaux.
Si chaque personne prenait soudain conscience de sa véritable perfection et magnificence –
supposons par exemple que tous les êtres de la planète vivent une expérience spirituelle qui les
transforme totalement –, notre monde apparent se modifierait pour refléter ce nouvel état. Les gens
seraient capables de se réattribuer leur pouvoir et deviendraient beaucoup moins craintifs, moins
portés sur la compétition, et donc plus tolérants les uns envers les autres. Le taux de criminalité
régresserait considérablement. Notre système immunitaire se renforcerait au fur et à mesure du
déclin du stress et de la peur, et il y aurait donc moins de maladies. Les priorités changeraient parce
que nous ne serions plus menés par l’avidité, qui n’est qu’une autre facette de la peur. Les enfants
grandiraient en étant amour – plus forts, plus sains et plus confiants. Ils vivraient sur une planète
qui soutiendrait naturellement ce mode de vie, plutôt que dans un endroit qui y serait hostile.
Malgré cette vision, je ne ressens pas le besoin de changer qui que ce soit, et encore moins le
monde. Vouloir changer les choses suggérerait que je les juge négatives et qu’il me faudrait donc
les ordonner pour qu’elles se conforment à ma propre vision ou idéologie. Tout est comme il se
doit à cet instant même. Je sais que mon seul travail est d’être. Ma tâche ici est d’être moi-même –
une expression de l’amour que je suis – et de voir la perfection en moi, dans les autres et dans le
monde qui m’entoure, tant que je continuerai à vivre sur ce plan physique. C’est tout ce que nous
avons besoin d’être.
Je comprends le rôle que tous les membres de ma famille et de mon cercle plus large jouent
dans ma vie, et moi dans la leur. Si je ne suis pas vraie avec moi-même, ceux qui m’entourent ne
seront pas non plus capables d’être eux-mêmes. Ce n’est qu’en étant mon moi unique que je
permets aux autres d’interagir avec moi au niveau de leur propre moi infini.
Tant que je maintiens cette conscience, je me sens en communion avec l’énergie universelle
tandis qu’elle circule dans ma vie, se déployant de manière miraculeuse et synchronique. Je me
régénère au lieu de m’épuiser – m’élevant en étant au lieu de m’abaisser en faisant, travaillant avec
l’énergie universelle et non contre elle. En procédant de la sorte, ma vie prend une qualité zen,
c’est-à-dire que je suis présente au point de ressentir que tout est pratiquement guidé et surréaliste.
Ce n’est pas toujours facile, mais cela rend certainement la vie plus amusante! Manifestement, je
suis encore une œuvre inachevée, en gestation, mais c’est vraiment tout ce que j’ai à faire : être
simplement l’amour que je suis, être qui je suis. Dès lors, mon univers extérieur se mettra en place,
et c’est également vrai à une plus grande échelle.
De même que nous créons tous notre propre vie, instant après instant, par nos pensées et nos
émotions, nous décidons collectivement de ce qui est humainement possible et de ce qui ne l’est
pas. De la même façon, nous pensons que notre morale et nos valeurs sont absolues, alors qu’elles
ne sont en fait qu’une collection de pensées et de croyances que nous avons tenues pour vraies au
fil du temps. C’est une fabrication de notre mental et un produit de notre culture, tout comme le
sont les stéréotypes liés aux sexes, qui ont modelé ma pensée dans mes premières années. Comme
je tenais ces valeurs pour une vérité absolue, elles ont affecté ce que j’étais vraiment. L’ensemble
de la réalité que nous avons créée reflète cette ignorance. Si les pensées et les croyances de chacun
avaient été différentes, nous aurions alors créé une planète différente.
Il me semble que ce monde est toujours un aboutissement de toutes nos pensées et croyances
collectives au niveau où elles en sont actuellement. Nous ne nous développons qu’à la vitesse que
nous sommes capables de supporter à un moment donné, individuellement ou collectivement. Nous
continuons à juger les auteurs de crime comme des criminels qui méritent d’être condamnés, non
seulement dans cette vie, mais aussi après! Nous n’avons pas encore cette capacité de les considérer
comme des victimes de la peur, comme des créations d’une réalité que nous avons construite tous
ensemble.
Quand nous serons tous capables de regarder dans les yeux de notre pire ennemi et d’y voir nos
propres yeux, nous assisterons alors à une véritable transformation de la race humaine. Un par un,
chacun peut se concentrer sur la création d’une réalité pour soi-même, basée sur sa propre vérité,
au lieu de suivre aveuglément ce qui a été établi par nos pensées et nos croyances collectives. En
élargissant notre conscience au niveau individuel, nous provoquerons un changement au niveau
universel.
Chacun de nous est comme le fil unique d’une immense tapisserie, tissée de manière complexe et
colorée. Bien que nous ne soyons qu’un fil, nous sommes cependant tous complets dans l’image
finale. Nous influons sur la vie des autres par le simple fait de choisir d’être ou de ne pas être notre
Moi authentique. Notre seule obligation envers les autres, notre seul but, est d’exprimer notre
caractère unique et de permettre aux autres de faire de même.
Prendre conscience que la Lumière, la magnifique Énergie universelle, est en nous et est nous,
nous transforme, en tant qu’individu, parce que nous sommes alors ouverts et prêts. C’est ainsi
qu’un changement plus lent et plus profond peut se manifester dans le monde. Dans le prochain
chapitre, j’approfondirai ce que j’ai pu comprendre concernant notre vie sur ce plan.
CHAPITRE 17
S’OUVRIR ET ÊTRE SOI-MÊME

Je sais que je l’ai déjà dit, mais il est utile de le répéter : je vis maintenant une vie fondée sur la
joie et non plus sur la peur. C’est là la petite différence toute simple entre ce que j’étais avant ma
NDE et ce que je suis maintenant.
Auparavant, sans même en avoir conscience, tout ce que je faisais était d’éviter la souffrance et
de faire plaisir aux autres. J’étais prise dans l’action, la quête, la recherche et la réussite. Et j’étais
la dernière personne que je prenais en considération. Ma vie était dirigée par la peur – celle de
déplaire aux autres, d’échouer, d’être égoïste, de ne pas être assez bien. Dans ma tête, je n’étais
jamais à la hauteur.
Depuis ma NDE, je n’ai pas l’impression d’être revenue pour accomplir quelque chose. Je ne
suis revenue que pour être. En conséquence, tout ce que je fais vient de l’amour. Je ne me soucie
plus de vouloir faire les choses dans les règles de l’art ou de me conformer à des préceptes ou des
doctrines. Je ne fais que suivre mon cœur et je sais que je ne peux pas m’égarer en agissant ainsi.
Ironiquement, j’en viens à faire plaisir à davantage de gens que je ne le faisais avec mon ancien
moi, du fait d’être bien plus heureuse et libérée!
Ceci a un puissant impact sur ma santé également. Étant donné que je me considère maintenant
comme un être infini, le physique prend soin de lui-même parce que ce n’est qu’un reflet de ce qui
se passe dans mon âme. L’amour de soi inconditionnel accroît considérablement mon énergie et
l’Univers me donne son appui.
Le monde extérieur reflète ce que nous ressentons vis-à-vis de nous-mêmes. En abandonnant
tous nos jugements négatifs vis-à-vis de nous-mêmes, nous permettons à notre monde de se
transformer; au fur et à mesure que celui-ci se transforme, notre confiance se renforce. Plus nous
serons capables de faire confiance, plus nous pourrons cesser de vouloir contrôler les résultats.
Quand nous nous laissons porter par ce courant au lieu d’adhérer de manière dogmatique aux
doctrines des autres ou aux croyances que nous avions, mais qui n’ont plus d’utilité pour nous
aujourd’hui, nous reflétons plus fidèlement qui nous sommes et ce que nous sommes vraiment.
Comme je l’ai dit plus haut, avant ma NDE, je recherchais toujours un guide à l’extérieur, que ce
soit en sollicitant l’approbation de mes pairs ou de mes patrons, ou en me tournant simplement
vers les autres pour avoir des réponses. Je suivais les opinions, les avis, les enseignements et les
lois qui avaient été établis par d’autres, qu’ils me conviennent ou non. Je me conformais aux rituels
et aux préceptes par peur, juste au cas où ils auraient raison et posséderaient des informations que
je n’avais pas.
Au cours de ma NDE, je compris qu’en écoutant toutes ces voix extérieures, je m’étais égarée.
Faire des choses « juste au cas où » revient à agir sous l’effet de la peur. Aussi, actuellement, je ne
suis plus aucune méthodologie, ordre, rituel, dogme ou doctrine établis. En fait, l’une de mes
règles les plus importantes est qu’il ne devrait jamais y avoir de règles absolues. Je me contente de
prêter attention à ce qui me semble juste sur le moment. Pour moi, la vie est une expérience
spirituelle, et je change et évolue tout le temps.
Si nous sommes des êtres énergétiques inséparables de la force de vie de l’Univers, nous
n’avons besoin d’aucun système extérieur qui prenne des décisions pour nous ou nous dise
comment notre énergie peut être élevée ou abaissée. Chacun de nous est unique, et personne ne peut
donc établir de règles générales concernant ce qui est bien pour nous. C’est pourtant ce que nombre
de systèmes de pensée et de religions semblent faire. Une fois qu’une structure est établie, tout le
monde est censé se conformer aux mêmes principes. Ceux qui choisissent de ne pas les suivre sont
mal jugés, et c’est la raison pour laquelle les religions organisées créent des divisions et des
dissensions au lieu de l’unité qu’elles cherchent à établir avec ces règles mêmes. Suivre une voie
religieuse ne nous empêche pas nécessairement de vivre dans la peur, ni même d’agresser les
autres. Par contre, suivre une voie spirituelle personnelle revient à suivre les incitations de notre
propre être intérieur et à puiser dans le Moi infini que nous sommes tous au plus profond de nous.
Les failles des systèmes organisés nous apparaissent clairement quand nous franchissons les
barrières des cultures. Les systèmes de pensée et de guérison indiens et chinois sont en complète
contradiction. Les Hindous pensent que manger la chair animale est une faute tandis que les Chinois
croient qu’il n’est pas sain de ne pas manger de viande. De même, les Indiens ont un système appelé
vastu qui a le même objectif que le feng shui, mais qui entre directement en confit avec les lois
chinoises. Je me sentais complètement perdue entre toutes ces autorités qui souscrivent à des choses
en contradiction les unes avec les autres. Le fait de ne pas savoir laquelle choisir peut en fait
générer beaucoup de peur – ou du moins l’anxiété de se tromper.
Ainsi, finalement, ma NDE m’a ramenée à moi-même. Je pense que c’est l’idée la plus
importante pour chacun de nous : prendre conscience que nous sommes ici pour découvrir et
honorer notre propre voie individuelle. Il ne s’agit pas de renoncer au monde matériel et de
méditer pendant vingt ans au sommet d’une montagne, ni de créer une multinationale de milliards
de dollars qui emploierait des milliers de gens et leur donnerait des moyens de subsistance. Nous
pouvons aller au temple ou à l’église, nous asseoir sur la plage, boire une margarita, regarder un
merveilleux coucher de soleil avec un proche, ou marcher dans un parc en dégustant une glace. À
la fin, quelle que soit la voie que nous choisissons, c’est celle qui nous convient, et aucune de ces
options n’est ni plus, ni moins spirituelle que les autres.
Je ne dis pas que je suis contre les religions établies, mais je suis sceptique face à tous les
messages qui conduisent à des divisions, des querelles et des tueries dans ce monde au nom de la
religion, alors qu’en vérité, nous sommes Un – des facettes du même Tout. Les êtres humains sont
si divers que certains s’en sortent mieux avec une religion ou par une voie spirituelle organisée, et
d’autres pas. Si nous vivons simplement d’une manière qui nous enrichit et qui nous permet
d’exprimer notre créativité et de nous laisser voir notre propre magnificence, c’est ce que nous
avons de mieux à faire. Préconiser une option ou une doctrine comme étant la seule vérité ne
servirait qu’à limiter qui nous sommes et ce que nous sommes venus incarner sur cette terre.
Nous n’avons pas vraiment à « nous efforcer » de faire quelque chose – comme suivre des
rituels ou un dogme particulier – pour rester en contact avec notre magnificence. Nous pouvons le
faire si nous le voulons, si cela nous fait plaisir, mais ce n’est pas une obligation. En suivant
simplement notre guide intérieur, nous trouvons ce qui nous convient, y compris la méthode que
nous utilisons pour le rechercher. Nous savons que nous sommes sur la bonne voie quand nous
nous sentons au centre de notre amour, sans jugement sur nous-mêmes ou sur les autres, et que
nous reconnaissons notre véritable magnificence dans le Tout infini.
Par exemple, la prière peut apporter un grand réconfort à certains dans les moments difficiles,
mais aussi mener à la découverte de soi. Elle peut avoir un effet positif sur le bien-être grâce au
processus de lâcher-prise et d’abandon de tous les soucis. En conséquence, les gens qui prient
peuvent se sentir plus légers et grandis, ce qui contribue non seulement à leur propre bien-être,
mais aussi à celui des autres, étant donné que nous sommes tous connectés. Tout le bien que vous
vous faites, vous le faites au Tout.
Cependant, je ne pense pas que ceux qui prient soient ni plus ni moins reliés que ceux qui ne
prient pas. Nous avons chacun notre propre façon de reconnaître cet espace infini à l’intérieur de
nous qui, pour certains, peut être la prière. Pour d’autres, ce sera la musique, l’art, la nature, ou
même la recherche de connaissance et de technologie – tout ce qui peut exprimer notre passion,
notre créativité et le but de notre vie. En d’autres termes, ce n’est pas la prière en soi qui rend
certains d’entre nous plus conscients que d’autres de leur magnificence. C’est plutôt le choix de
mener notre vie en lui donnant un sens et un sentiment d’unité, en nous reliant à notre passion
intérieure et en exprimant la sérénité.
Personnellement, je ne ressens pas le besoin de prier un dieu extérieur séparé de moi, parce que
je sais que je suis toujours en communion avec l’Univers, à tout instant. Je pense donc que ma vie
est une prière en elle-même. Je trouve la méditation très utile parce qu’elle apaise mon mental et
m’aide à me fixer sur ce point central d’attention où je ressens ma connexion avec tout ce qui est
contenu dans le Tout. Il est possible que la méditation ne génère pas ce sentiment d’élévation chez
d’autres, et ce n’est pas grave. Il est important de faire ce qui résonne à un niveau personnel.
Si vous sentez que vous pouvez suivre un système sans effort, ou si c’est amusant, tant mieux!
Toutefois, s’il commence à vous peser ou vous donne l’impression de devenir un moyen de
contrôler vos émotions et vos pensées, il est probable qu’il ne sera pas vraiment efficace pour
vous. L’état de pure ouverture (cet état qui laisse les choses arriver naturellement) semble être le
lieu où la plupart des changements positifs se produisent. Permettez-vous d’être vous, qui que vous
soyez, et d’embrasser tout ce qui vous donne l’impression de vous sentir vivant.
Bien que je pense fortement que la meilleure chose que je puisse faire pour moi et pour les
autres est de maintenir consciemment une humeur sereine et de faire ce qui me rend heureuse, vous
serez sans doute surpris que je ne préconise pas la « pensée positive » comme prescription
générale. Comme tout ce qui appartient à la vie est lié, il est vrai que demeurer dans la bonne
humeur a un impact plus grand, étant donné que c’est aussi ce que je présente au Tout.
Cependant, quand je m’aperçois que des pensées négatives tentent de s’infiltrer, il me semble
qu’il vaut mieux les laisser passer avec acceptation et sans jugement. Si je cherche à les supprimer
ou me force à changer mes sentiments, plus je les repousse, plus elles reviennent. Je me contente de
les laisser me traverser, sans jugement, et je constate que les pensées et les émotions s’apaisent. En
conséquence, la voie adéquate pour moi se déroule d’une manière complètement naturelle qui me
permet d’être ce que je suis vraiment.
Les affirmations radicales du genre « les pensées négatives attirent la négativité dans la vie » ne
sont pas nécessairement vraies et ne font parfois qu’accabler davantage les personnes qui
traversent un moment difficile. Émettre cette idée sans aucun sens critique peut amener ceux qui
vivent ces périodes de crise à croire qu’ils sont mauvais, du simple fait d’avoir attiré ces
événements, ce qui est totalement faux. Si nous commençons à croire que ce sont nos pensées
négatives qui créent des situations désagréables, nous allons devenir paranoïaques vis-à-vis de tout
ce que nous pensons. En fait, il s’agit moins de nos pensées que de nos émotions, et
particulièrement de ce que nous pensons de nous-mêmes.
Il n’est pas vrai non plus que des choses agréables se manifestent du seul fait de notre optimisme.
Je ne le répéterai jamais assez, mais les sentiments que nous cultivons envers nous-mêmes sont en
fait le baromètre le plus important pour déterminer l’état de notre vie! En d’autres termes, être vrai
avec soi-même est plus important que chercher simplement à rester positif!
Je me permets d’être négative sur des choses qui me dérangent parce qu’il vaut beaucoup mieux
éprouver des émotions réelles que les refouler. Encore une fois, il s’agit d’accueillir ce que je
ressens vraiment au lieu de m’y opposer. Le fait d’accueillir sans juger est un acte d’amour pour
soi. Cet acte de gentillesse envers moi-même m’aide beaucoup plus à établir une vie joyeuse que
prétendre artificiellement me sentir optimiste.
Parfois, quand nous voyons une personne foncièrement optimiste, enthousiaste et gentille, mais
dont la vie est un désastre, nous pouvons être amenés à penser : Voyez, cette méthode « de pensée
positive » ne fonctionne pas. Mais le vrai problème est que nous ne connaissons pas le dialogue
intérieur de cet individu. Nous ne savons pas ce que les gens se racontent jour après jour, ni s’ils
sont émotionnellement heureux. Et plus important encore, nous ne savons pas s’ils s’aiment et
reconnaissent leur valeur!
Après ce que j’ai compris dans ma NDE, je sens qu’il est très important de ne pas avoir de
jugement ni de peur envers moi-même. Quand mon dialogue intérieur me dit que je suis en
sécurité, inconditionnellement aimée et acceptée, j’irradie alors cette énergie au-dehors et change
mon monde extérieur en conséquence. Ma vie extérieure n’est en fait qu’un reflet de mon état
intérieur.
Que je passe un mauvais jour ou une mauvaise semaine n’a aucune importance. Ce qui importe,
c’est ce que je ressens vis-à-vis de moi-même tandis que je traverse ces moments pénibles. Il s’agit
de faire confiance au processus, même quand je dois faire face à une période difficile, et de ne pas
avoir peur de ressentir de l’anxiété, de la tristesse ou de la peur, au lieu de les refouler, jusqu’à ce
que les émotions se dissipent. Il s’agit de me permettre d’être sincère avec ce que je suis. Ce faisant,
les émotions se dissiperont et se manifesteront de moins en moins souvent.
Avant ma NDE, j’avais l’habitude de refouler mes émotions dérangeantes parce que je pensais
qu’elles allaient attirer la négativité dans ma vie. En outre, je ne voulais pas inquiéter les autres et
essayais donc de contrôler mes pensées et de rester positive. Maintenant, je comprends que la clé
est de toujours honorer qui vous êtes vraiment et de vous permettre d’exister dans votre propre
vérité.
Chaque intervalle de temps est absolument unique, et chaque moment qui passe ne peut se
reproduire sur ce plan physique. J’ai appris à me sentir à l’aise avec cette idée et à vivre dans
l’instant présent. J’essaie autant que possible de ne pas rapporter le bagage émotionnel de cet
instant vers le suivant. Je m’efforce au contraire de voir chaque moment comme un état vierge qui
amène avec lui de nouvelles possibilités. Ainsi, je fais ce qui m’élève ou ce qui m’apporte le plus
de plaisir et de joie dans l’instant – qui peut aussi bien être méditer, faire du shopping ou manger
des chocolats, si c’est ce dont j’ai envie.
Vivre davantage en harmonie avec qui nous sommes vraiment n’est pas simplement nous forcer
à répéter des pensées positives. C’est être et faire vraiment des choses qui nous rendent heureux,
des choses qui stimulent notre passion et expriment ce qu’il y a de meilleur en nous, des choses qui
nous permettent de nous sentir bien – et c’est également nous aimer de manière inconditionnelle.
Quand nous nous laissons porter de cette manière, que nous nous sentons optimistes et pleins
d’énergie envers la vie, nous sommes en contact avec notre magnificence. Quand nous pouvons
trouver cet état à l’intérieur de nous, les choses commencent vraiment à être passionnantes, et nous
voyons des synchronicités se manifester tout autour de nous.
Tout ce qui traite de la synchronicité et de l’idée d’attraction fait l’objet d’une grande attention
ces dernières années. La pensée d’événements qui se mettent en place et s’emboîtent sans effort
parce que nous les avons attirés est séduisante, mais je préfère penser en termes de permettre plutôt
qu’attirer.
Comme je l’ai dit, nous sommes Un avec l’univers, nous avons pour objectif d’être notre Moi
magnifique, et le monde extérieur n’est que le reflet de ce qui est en nous. La rupture dans ma vie
avait été provoquée par ma focalisation sur l’extérieur, les comparaisons que je faisais, et la
compétition que cela a générée. J’avais toujours l’impression qu’il n’y avait pas assez pour tout le
monde, sensation qui engendre l’avidité et la compétitivité. Je ressentais le besoin de convaincre les
autres de croire et de penser comme moi au lieu d’embrasser notre caractère unique et nos
différences.
Tous ces sentiments venaient de la croyance que l’Univers est pauvre et limité, alors qu’il est
infini. Il est capable de s’étendre et de contenir tout ce qui s’y trouve. Il ne tient qu’à nous de nous
dilater et de laisser entrer tout ce que nous voulons, mais cela doit se faire de l’intérieur vers
l’extérieur et non l’inverse.
Après avoir compris qu’il n’existe rien en dehors de mon Moi infini, j’ai pu commencer à me
considérer comme une œuvre de perfection en cours – mais qui, d’un certain côté, est dynamique et
non statique. Comme un kaléidoscope qui passe d’une image magnifique à une autre, la perfection
est constamment en mouvement. Pour moi, cela signifie voir la beauté dans mon parcours et dans
les erreurs apparentes qui m’emportent vers un autre niveau de compréhension. Mon intention est
d’avoir une assez bonne image de moi pour arriver à un point de vérité, et dans cet état, de lâcher
prise sur les résultats. Quand j’ai commencé à prendre conscience de ma propre perfection, je me
suis aperçue que mon monde extérieur reflétait le même état. J’attirais ce qui me convenait le
mieux, et c’est aussi la meilleure chose que je puisse faire pour l’Univers.
Comme je l’ai dit, essayer de changer le monde ne fonctionne pas pour moi. Cela ne fait
qu’alimenter la même énergie critique qui provoque les problèmes en premier lieu, étant donné
qu’elle découle de l’idée que quelque chose est mauvais et doit être changé. Lâcher prise sur
l’attachement aux croyances ou aux pensées de toutes sortes m’a permis au contraire de me sentir
plus vaste et presque transparente afin que l’énergie universelle puisse simplement me traverser.
Un plus grand nombre de coïncidences positives se manifestent dans ma vie quand je suis dans cet
état d’ouverture.
Nous attirons toujours les parfaits résultats et le semblable attire le semblable. Ainsi, plus je serai
douce avec moi-même, plus les événements extérieurs le refléteront. Plus je serai dure avec moi-
même et portée sur le jugement, plus ma situation correspondra à cet état. L’univers me donne
toujours raison dans l’opinion que j’ai de moi!
Avant, je cherchais toujours à poursuivre un objectif, avec l’impression que je devais faire, avoir
et réussir. Cependant, l’action même de courir après quelque chose dérive de la peur – nous avons
peur de ne pas avoir ce que nous voulons vraiment. Cela nous maintient enlisés dans la dualité, car
l’attention est mise sur la séparation inhérente entre le chasseur et la proie. Maintenant, je ne chasse
plus rien. Maintenant je m’ouvre, je permets.
Par exemple, quand je ressens un violent désir d’orienter ma vie vers ce que je veux, je sais que
si je poursuis ce but de manière agressive, je ne ferai que lutter contre l’énergie universelle. Plus je
déploie d’efforts à essayer de l’atteindre, plus je sais que je fais quelque chose de travers. Au
contraire, m’ouvrir et permettre que cela arrive ne requiert aucun effort. C’est plutôt une
libération, parce que cela signifie que j’ai compris que ce que j’ai l’intention d’obtenir
m’appartient déjà – étant donné que tout est Un.
Ce processus d’ouverture s’établit tout d’abord en faisant confiance, puis en restant toujours
sincère avec qui je suis. De cette façon, je n’attire que ce qui m’appartient vraiment, et tout se
déroule à une cadence qui me convient parfaitement. Je peux aussi continuer à me concentrer sur ce
qui m’inquiète ou sur ce qui, selon moi, m’est nécessaire ou me manque, et dans ce cas, ma vie ne
s’orientera pas vers ce que j’aimerais expérimenter. Elle demeurera telle qu’elle est maintenant
parce que je prête attention à mes peurs, à ce qui me dérange, à ce qui me donne l’impression de ne
pas être satisfaite, au lieu d’élargir ma conscience en faisant confiance et en permettant la venue de
nouvelles expériences. Ainsi, je peux laisser l’image se matérialiser plus lentement ou plus
rapidement, en fonction de la vitesse à laquelle je veux abandonner mes soucis et me détendre dans
le processus. Plus je serai attachée à certaines façons de penser ou à des résultats, ou plus
j’appréhenderai les nouvelles aventures, plus lent sera le développement, parce que je ne suis pas
ouverte au processus. Je ne permets pas à l’énergie universelle de circuler en moi naturellement.
Cela dit, je ne vais pas m’asseoir pour réfléchir et analyser chaque choix ou possibilité. La seule
chose que je fais vraiment à chaque moment, c’est vivre consciemment dans cet espace, ce qui se
fait de façon interne et non pas externe. Il n’y a rien à rechercher au dehors et rien à attirer. Étant
donné que l’univers est au-dedans, ce que j’expérimente à l’intérieur de moi affecte le Tout.
La toile de tous les moments ayant déjà été tissée, tout ce que je voudrais voir se réaliser dans ma
vie existe déjà dans ce plan immatériel infini. La seule tâche qui me reste à faire est d’élargir
suffisamment mon moi terrestre pour le laisser entrer dans ce monde. Ainsi, s’il y a quelque chose
que je désire, l’idée n’est pas de sortir et d’aller le chercher, mais d’élargir ma propre conscience
pour permettre à l’énergie universelle de l’amener dans ma réalité ici-bas.
Partir à la recherche de ce que je désire ne fait que renforcer la séparation; au contraire,
m’ouvrir et permettre que cela arrive, c’est comprendre que, étant donné que nous sommes Un et
que tout est connecté, ce que je désire est déjà mien.
CHAPITRE 18
QUESTIONS-RÉPONSES

Au cours des mois et des années qui ont suivi ma NDE, j’ai eu de nombreuses opportunités de
parler de mon expérience à différents groupes dans le monde entier. Voici quelques-unes des
questions et des réponses qui sont ressorties de ces conversations.

Q. : Comment définiriez-vous « l’amour inconditionnel » que vous avez expérimenté dans
l’autre monde, et en quoi est-il différent de l’amour que nous expérimentons dans cette réalité
physique?
R. : L’amour dans l’autre monde est très différent en ce sens qu’il est d’essence pure. Il n’a ni
ordre du jour ni attente; il n’agit pas sous le coup des émotions et ne réagit pas en fonction de nos
actions ou de nos sentiments. Il est tout simplement.

Q. : Pensez-vous qu’il soit possible de reproduire cet état d’amour inconditionnel ici, dans ce
monde physique?
R. : Chacun de nous, au plus profond de son être, est déjà amour pur et inconditionnel.
Cependant, quand nous l’exprimons ici, dans ce monde physique, il passe par le filtre de notre
mental et s’exprime alors sous forme d’émotions humaines.
La meilleure métaphore à laquelle je peux penser pour illustrer cela, est l’exemple d’une lumière
blanche passant à travers un prisme. L’amour inconditionnel est comme cette pure lumière
blanche. Quand vous la faites passer à travers un prisme, elle réfléchit toutes les couleurs de l’arc-
en-ciel. Celles-ci représentent nos émotions : joie, amour, anxiété, envie, compassion, haine,
empathie, etc.
Nous sommes tous semblables à un prisme reflétant la pure lumière blanche (amour) dans les
différentes couleurs de l’arc-en-ciel, et chacune des nuances (émotions) est tout aussi importante
pour le Tout. Peu de gens, voire personne, n’émettraient un jugement moral envers l’une de ces
couleurs. Nous ne dirions pas : « Oh, cette couleur est malfaisante » ou « Cette couleur est souillée
de péché. » C’est néanmoins ce que nous faisons pour les gens et l’expression de leurs émotions,
en considérant certains sentiments comme bons et d’autres comme mauvais.
Quand nous portons un jugement négatif sur certaines de nos émotions et essayons de les nier,
nous refoulons une partie de ce que nous sommes. Cela crée un blocage en nous et nous empêche
d’exprimer la totalité de notre magnificence, de la même façon qu’extraire certaines couleurs du
spectre sur la base d’un jugement moral tronquerait la lumière et la transformerait en quelque
chose qu’elle n’est pas vraiment.
Nous n’avons pas à tenir compte de chaque émotion, il nous suffit de reconnaître qu’elles font
partie intégrante de qui nous sommes. Les renier serait comme interdire à une certaine couleur de
se refléter à travers le prisme. Ce n’est qu’en acceptant sans jugement le spectre entier de nos
émotions que nous pourrons entrer en contact avec la pure essence de l’amour inconditionnel qui
réside au plus profond de nous.

Q. : Pensez-vous qu’avant de prendre une forme physique, nous soyons déjà des êtres
magnifiques totalement conscients de ce que nous sommes vraiment? Dans ce cas, notre
magnificence s’érode-t-elle et notre sens du moi est-il endommagé quand nous venons au
monde?
R. : Je vais vous dire ce que je pense, mais j’ai peur que cela ne génère plus de questions que de
réponses! Il me semble que nous ne sommes pas conçus pour oublier qui nous sommes et que cette
vie n’est pas censée être aussi difficile. C’est comme si nous l’avions rendue pénible avec nos idées
et nos croyances hors de propos.
La compréhension intérieure que j’ai reçue dans ce monde-là m’a été transmise comme une
sorte « d’impression », mais si je mets des mots dessus, voici ce que je dirais intérieurement dans
cet état-là : Oh, ainsi la vie n’est pas supposée être un combat – nous sommes censés prendre du
plaisir et nous amuser! Dommage que je ne l’aie pas su plus tôt! Oh, ainsi mon corps a créé le
cancer à cause de toutes mes pensées stupides, des jugements que je portais sur moi, de mes
croyances limitatives, tout ceci générant un bouleversement interne. Ah, si seulement j’avais su que
nous sommes simplement censés venir ici et nous sentir bien avec nous-mêmes et avec la vie –
simplement nous exprimer et nous amuser!
Je dois dire que ce qui suit est un peu difficile à expliquer, mais je vais essayer. Je me suis posé
ce genre de question : Pourquoi quelque chose d’aussi dur – comme ce cancer en phase terminale –
m’est-il arrivé, simplement parce que je n’avais pas conscience de ma propre magnificence?
Simultanément, la compréhension m’en est venue : Oh, je vois – cela ne m’est pas arrivé, parce
qu’en vérité, je ne suis jamais une victime. Le cancer, c’est seulement ma force et mon énergie
personnelles qui n’ont pas pu s’exprimer! Ils se sont retournés vers l’intérieur, contre mon corps, au
lieu de s’extérioriser.
Je savais que ce n’était pas une punition, ni autre chose de ce genre. Ce n’était que ma propre
force de vie qui se manifestait sous forme de cancer parce que je ne lui avais pas permis de
s’exprimer comme la force puissante et magnifique d’Anita. J’étais consciente d’avoir le choix de
revenir dans mon corps ou de continuer vers la mort. Le cancer aurait disparu, étant donné que
l’énergie ne s’exprimerait plus de cette façon, mais resterait présente en tant que mon moi infini.
Je suis revenue avec la compréhension que le paradis est vraiment un état et non un lieu, et j’ai
constaté que la félicité m’a suivie sur terre. Je sais que cela peut paraître étrange, mais j’ai même
l’impression que notre « véritable chez soi » n’est aussi qu’une façon d’être et non un lieu défini.
Actuellement, je me sens chez moi. Je n’ai aucun désir d’être ailleurs. Pour moi, il n’y a aucune
différence entre être ici ou dans l’autre monde. Ce ne sont que des parties différentes de
l’expérience de notre Moi supérieur, élargi, infini et magnifique. Notre vrai foyer est en nous et
nous suit partout où nous allons.

Q. : Étant donné que je n’ai pas fait moi-même de NDE, y a-t-il un moyen de générer et de
maintenir la confiance dans cette incroyable force de vie dont vous parlez?
R. : Absolument. Il n’est pas nécessaire de faire une NDE pour réaliser votre magnificence.
Mon expérience m’a appris que c’est de l’intérieur que vient la meilleure façon de créer et de
garder la confiance, ainsi qu’une sensation de connexion avec la force de vie universelle. Elle
commence par l’amour pour soi et la confiance en soi. Plus j’en éprouve, plus je me sens centrée
dans la tapisserie cosmique. Plus nous nous sentons connectés, plus nous sommes capables de
toucher les autres et de les amener à ressentir la même chose.

Q. : Quel rôle a joué dans votre guérison votre système de croyances ou votre foi et, depuis,
quels changements avez-vous constatés par rapport à vos croyances?
R. : Aucune croyance en quoi que ce soit n’a été requise pour ma guérison. Je dirais plutôt que
c’était la suspension totale de toutes les croyances, doctrines et dogmes de longue date qui a amené
mon corps à se guérir. Dans mon cas, la NDE a été le catalyseur.
Je pense personnellement que les idées auxquelles je me raccroche travaillent en fait contre moi.
Avoir des croyances déterminées limite mes expériences de vie parce qu’elles me confinent dans ce
que je sais, et que ma connaissance de ce monde est limitée par mes sens physiques. À l’inverse, le
fait de me sentir à l’aise dans l’incertitude m’ouvre à toutes les possibilités. L’ambiguïté est grande
ouverte sur un potentiel infini.
Le besoin de certitudes entrave mes possibilités pour l’inattendu. Penser Je ne sais pas, ou
Voyons ce qui va arriver, permet à mon moi plus vaste de fournir des réponses et des solutions qui
peuvent tomber juste et être en synchronisme parfait. Quand j’entre dans le monde de l’, je suis
vraiment au summum de mon pouvoir. L’abandon de mes anciens dogmes, croyances, doctrines et
scepticisme met l’Univers infini à ma disposition; il œuvre alors pour me donner les meilleurs
résultats pour ma vie. C’est là que je reçois le plus de clarté intérieure. C’est là que la magie se
manifeste.
Abandonner tous les anciens attachements me permet d’embrasser la liberté et de faire confiance
à ma divinité et à ma magnificence personnelles. C’est aussi une forme de guérison. Quand je me
détache du besoin de guérir physiquement, la vie devient plus libre, plus entière et plus agréable.

Q. : Pensez-vous que votre foi en la Source a été un facteur de votre guérison?
R. : Dans mon expérience, je suis devenue la Source, et il régnait une clarté totale. Il n’existait
aucune autre source en dehors de mon propre état de conscience supérieur. J’avais l’impression
d’embrasser la totalité. Comme je viens de le mentionner, aucune croyance en quoi que ce soit n’a
été nécessaire pour ma guérison parce que, dans cet état, régnait une clarté absolue qui me donnait
l’impression de tout connaître. La croyance ou la foi a fait place à la « connaissance ». C’était
comme si je devenais tout – j’existais dans tout et tout existait en moi. J’étais devenue éternelle et
infinie.
C’est en m’éveillant à cette clarté que j’ai compris. Je savais que si je choisissais de revenir, mon
corps serait guéri. Du fait de la nature de mon expérience, je pense que, au plus profond de nous-
mêmes, nous sommes tous Un. Nous venons tous de l’Unité, expérimentons la séparation, puis
retournons au Tout. J’ai l’impression que ma NDE a été un aperçu de cette Unité. Je pourrais
l’appeler Dieu, Source, Brahman ou Tout-ce-qui-est, mais je pense que chaque personne a sa propre
idée de ce qu’il signifie. Je ne perçois pas le Divin comme une entité séparée de moi ou des autres.
Pour moi, c’est un état d’être plutôt qu’un être séparé. Il transcende la dualité, de telle sorte que je
suis unie en permanence de l’intérieur et suis indivisible de lui. Mon expression physique n’est
qu’une facette de ce Tout.

Q. : Existe-t-il un endroit où notre volonté personnelle et la volonté du Tout se connectent
afin que nous puissions accéder librement à ce lieu de guérison et de pouvoir?
R. : J’aime à penser que oui, il est possible pour tous d’avoir librement accès à ce lieu de
pouvoir de guérison. Je crois que ce sont nos mémoires collectives – les histoires que nous nous
sommes racontées pendant des générations – qui nous empêchent de le faire. Je pense que cette
accumulation de croyances est ce qui cause une grande partie de la déconnexion et de la dissension
que nous percevons dans le monde, y compris à l’intérieur de notre propre corps.
Nous portons ces mémoires de référence invisibles qui nous coupent de notre vérité, et nous
amènent à croire que nous sommes séparés de l’Énergie universelle. Nous restons enlisés dans la
dualité, séparés de notre propre centre créatif. Nous sommes la force qui non seulement forge ces
mythes, mais les perpétue. Et, au fur et à mesure que nos histoires se modifient, notre réalité
physique reflète ce changement.
Afin d’assister plus souvent à ce genre de guérison, nous devons faire évoluer notre imaginaire
collectif et transformer nos mémoires de référence en d’autres mémoires collectives qui nous
permettent de réaliser que nous sommes Un avec l’Énergie universelle. Cela nous permettra de
nous sentir à tout moment connectés à notre centre créatif et de stimuler la croissance de l’énergie
positive autour de nous.
La guérison se produit quand notre intention créative personnelle fusionne délibérément avec la
force de vie universelle pour ne plus former qu’Un.

Q. : Avez-vous ressenti une sensation de liberté depuis votre NDE, et si oui, comment la
décririez-vous?
R. : Je me sens vraiment libérée. Je pense que ma NDE m’a non seulement délivrée de mes
anciennes idéologies, croyances et concepts, mais aussi du besoin d’aller en rechercher de
nouvelles.
Il me semble que nous recherchons à ces doctrines et nous y accrochons parce qu’elles nous
rassurent en ces temps incertains. Cependant, nous avons tendance à en devenir dépendants, à les
tenir pour vraies afin de rester dans le confort de la certitude. Je pense que plus les croyances liées
à la nature limitée de notre réalité sont enracinées, plus nous perpétuons, en fait, ce qu’elles disent.
Mon expérience m’a donné un aperçu de ce que l’on peut ressentir quand on s’est libéré du
besoin de certitude, tant physique que psychologique. En d’autres termes, j’ai été capable de
ressentir la perfection même au sein de l’ambiguïté. Pour moi, maintenir ce niveau de libération
mentale est la vraie libération.

Q. : Pensez-vous que vous auriez choisi de revenir dans cette vie si vous aviez su que votre
maladie persisterait?
R. : Étant donné l’état de clarté dans lequel j’étais, je suppose que je serais revenue en
comprenant la raison pour laquelle j’aurais ressenti le besoin de revenir et de m’exprimer par le
biais d’un corps malade. J’ose espérer que cette connaissance aurait éliminé ou réduit mes
souffrances internes, à défaut de ma maladie physique. Il y aurait eu une sorte de raison d’être
d’avoir à vivre dans un corps malade. Je crois que tout le monde a un objectif, quelle que soit sa
condition physique.

Q. : Votre message crie haut et fort que nous devrions tous être qui nous sommes! Mais
qu’en est-il des criminels et des assassins? Devraient-ils aussi être ce qu’ils sont? De plus, vous
avez dit qu’il n’existe aucun jugement de l’autre côté. Cela signifie que nous pouvons en fait
nous tirer du crime à bon compte!
R. : Il n’y a absolument aucune condamnation dans ce monde, parce qu’il n’y a rien à condamner
– nous sommes tous pure conscience.
Beaucoup n’aiment pas l’idée qu’il n’y ait aucun jugement après la mort. Ils trouvent
réconfortant de penser que les gens auront des comptes à rendre pour leurs méfaits. Mais la
punition, la récompense, le jugement, la condamnation, etc., sont des concepts d’« ici » et non de
« là-bas ». C’est pourquoi nous avons des lois, des règles et des systèmes.
De l’autre côté, la raison pour laquelle nous sommes tels que nous sommes et pourquoi nous
avons agi ainsi est tout à fait claire, même si cela semblait contraire à l’éthique dans cette vie. Je
pense que ceux qui font du mal aux autres ne le font qu’en fonction de leur propre souffrance et de
leurs sentiments de limitation et de séparation. Les auteurs d’actes tels que le viol et le meurtre
n’ont absolument aucune idée de leur propre magnificence. J’imagine qu’ils doivent être
extrêmement malheureux pour causer autant de souffrance aux autres, et qu’en fait, ce sont eux qui
ont besoin de la plus grande compassion – et non de jugement et de souffrances supplémentaires
dans l’« après-vie ».
En réalité, je ne pense pas que les criminels et les meurtriers soient « ce qu’ils sont ». Je pense
que nous ne nous tournons vers la destruction que quand nous nous sommes égarés et nous
sommes écartés de la connaissance de ce que nous sommes vraiment. Les criminels ont perdu leur
centre, et ce qu’ils font aux autres est en fait un reflet de la façon dont ils se considèrent à
l’intérieur. Nous avons tendance à désigner respectivement les auteurs de crime et les victimes par
« eux » ou « nous », mais il n’y a pas « d’eux ». C’est nous tous!
Un tueur en série est malade, tout comme une personne atteinte de cancer. Et s’il y a davantage de
meurtriers dans notre monde actuel, cela signifie que nous sommes une société malade. Les
enfermer peut être utile à court terme, tout comme traiter les symptômes d’un cancer. Mais si nous
ne transformons pas ou ne transcendons pas les questions essentielles dans notre société, le
problème ne fera que croître, exigeant de construire encore plus de prisons et de mettre les
systèmes judiciaires à rude épreuve. Les auteurs de crime sont plus que les victimes de leurs
propres circonstances; ils sont les symptômes physiques de problèmes sous-jacents que nous avons
tous en tant qu’unité.
Je ne ferme pas les yeux sur leurs actes. J’essaie simplement de dire que la prise de conscience
de ma propre magnificence m’a transformée. Je pense que si nous étions tous capables d’entrer en
contact avec notre propre vérité et de connaître notre grandeur, nous ne choisirions pas d’être
malfaisants. Une personne heureuse et aimée qui se sent inséparable de l’Unité sait que blesser
quelqu’un revient à se blesser soi-même.

Q. : Êtes-vous en train de dire qu’un criminel – par exemple un meurtrier – irait au même
endroit qu’un saint et ne serait pas jugé?
R. : Oui, c’est ce que je dis. Dans cet état-là, nous comprenons que tout ce que nous avons fait –
même des choses apparemment négatives – a été accompli sous l’effet de la peur, de la souffrance
et des perspectives limitées. Une grande partie de ce que nous faisons ou ressentons vient du fait
que nous ne connaissons pas d’autre moyen. Une fois dans l’autre monde, nos limitations
physiques deviennent claires pour nous; nous sommes alors capables de comprendre pourquoi
nous avons agi ainsi et ne ressentons que de la compassion.
J’ai senti que ceux que nous étiquetons « criminels » sont aussi des victimes de leurs propres
limitations, souffrance et peur. C’est pourquoi nous avons des jugements, des lois, des prisons et
des punitions. Dans ce monde, à notre époque, nous en avons besoin pour nous protéger. Mais dans
l’autre monde, il n’existe rien comme les châtiments, parce qu’une fois là-bas, nous prenons
conscience que nous sommes tous reliés.

Q. : Si nous créons notre réalité, pensez-vous que les gens seront punis pour ce qu’ils
accomplissent du fait de leur karma?
R. : Comme je l’ai déjà mentionné, il n’y a pas de punition dans l’état de NDE. Je considère
davantage le karma comme un concept d’équilibre que comme une loi de cause à effet. Par
exemple, je n’utiliserai jamais le terme mauvais karma, étant donné que je n’y crois pas. Je pense
simplement que chaque aspect de la vie est nécessaire pour créer le tout.
Je ne crois plus non plus que nous vivons notre vie de manière séquentielle dans un temps
linéaire, tel que le conçoivent la plupart des gens dans leurs idées sur le karma. C’est la manière
dont j’ai été moi-même éduquée et amenée à penser.
Dans l’état de NDE, cependant, j’ai compris que chaque moment de toutes nos vies – passées,
présentes, futures, connues, inconnues et impossibles à connaître – existe simultanément, comme
s’il était en dehors de ce que nous appelons le temps. J’ai pris conscience que j’étais déjà tout ce
que je cherchais à atteindre, et je pense qu’il en est ainsi pour tout le monde. Toutes les choses que
nous percevons comme positives, négatives, bonnes ou mauvaises, font simplement partie du Tout
parfait et équilibré.

Q. : J’ai entendu parler de l’importance du pardon. Avez-vous découvert que vous aviez
beaucoup à pardonner dans l’autre monde?
R. : Dans l’état de NDE, la clarté est si vive que le concept du pardon prend un sens très différent.
J’ai pris conscience que c’était à moi que je n’avais pas pardonné, pas aux autres. Il n’y avait pas de
jugement négatif envers tout ce que j’avais apparemment fait de mal – je ne ressentais que la
compréhension de la raison pour laquelle je l’avais fait.
J’ai aussi compris que, dans ce monde infini, dénué de tout jugement, il n’est en fait pas
nécessaire de me pardonner ou de pardonner à qui que ce soit. Nous sommes tous parfaits, de
merveilleux enfants de l’Univers, et nous sommes composés d’amour pur. L’amour inconditionnel
est notre droit de naissance, contrairement au jugement et à la condamnation, et nous n’avons rien à
faire de particulier pour le mériter. C’est simplement ce que nous sommes et qui nous sommes.
Le besoin de pardonner est né de notre tendance à voir les choses comme bonnes ou mauvaises,
mais quand il n’y a plus de jugement, il n’y a plus rien à pardonner. Dans la tapisserie cosmique
que nous créons, toutes les pensées, tous les mots et toutes les actions sont nécessaires pour la
création du Tout magnifique et infini. De même que pour la gamme de lumière que j’ai mentionnée
plus haut, toutes les couleurs sont nécessaires pour donner les contrastes et apporter la vie à
l’existence. Qu’y a-t-il à pardonner?
À ce stade, j’ai remplacé le pardon par l’empathie, l’amour inconditionnel et la compassion –
pour moi-même et pour les autres. Au lieu de juger, ce qui crée le besoin de pardon, je n’ai
maintenant qu’attention et respect pour le rôle à multiples facettes que chacun de nous joue dans la
Totalité de la création.

Q. : Trop d’amour pour soi ne va-t-il pas rendre les gens égoïstes ou égocentriques?
R. : Une fois que nous avons compris que nous sommes tous sans exception au cœur de
l’Univers infini, notre rôle central par rapport au Tout devient prépondérant, et nous comprenons
combien l’amour de soi est important. Nous ne pouvons pas donner ce que nous n’avons pas.
Dans ma culture, on m’a enseigné à faire passer les autres en premier et moi en dernier, voire à
m’oublier. On ne m’a pas appris à m’aimer ou à apprécier qui j’étais et ce que j’étais. En
conséquence, je n’avais que très peu de choses à offrir aux autres. Ce n’est qu’en remplissant notre
propre tasse en tenant compte de nous-mêmes, que nous aurons quelque chose à donner. Ce n’est
que si nous nous aimons de manière inconditionnelle, si nous nous acceptons comme les créatures
magnifiques que nous sommes, avec un grand respect et une grande compassion, que nous
pouvons espérer offrir la même chose à quelqu’un d’autre. L’amour pour soi vient en premier et
l’attention pour les autres en est l’issue inévitable.
L’égoïsme vient d’un manque d’amour pour soi et non le contraire, qui ne fait que compenser
notre manque. L’idée de trop prendre soin de soi n’existe pas en tant que telle, de même que
n’existe pas celle d’avoir trop d’attention sincère pour les autres. Notre monde soufre du manque
d’amour pour soi et d’un excès de jugement, d’insécurité, de peur et de méfiance. Si nous prenions
tous davantage soin de nous-mêmes, la plupart de ces maux disparaîtraient.
Dire « Je t’aime » alors que je n’ai aucune émotion de cette sorte pour moi-même n’est qu’une
comédie. Ce n’est pas réel. L’affection envers soi-même et les autres est la même. Nous sommes
tous Un – tous connectés. Prendre conscience de notre propre divinité peut nous aider à voir notre
magnificence et à réaliser que nous sommes dignes d’amour sans condition. Quand nous avons
compris cela, offrir la même chose aux autres devient beaucoup plus facile.

Q. : La plupart des gens qui suivent une voie spirituelle pensent que l’ego entrave le
développement spirituel et que nous sommes censés nous en dépouiller. Pourquoi ne
préconisez-vous pas cela?
R. : Parce que si vous reniez l’ego, il réagira contre vous et se renforcera. Plus vous rejetez
quelque chose, plus il résiste et se bat pour sa survie. Par contre, si vous pouvez aimer votre ego de
manière inconditionnelle et l’accepter comme faisant partie de votre façon de vous exprimer dans
cette vie, vous n’aurez plus de problème avec lui. Il n’entravera pas votre développement – au
contraire, ce sera un avantage.
Nous naissons tous avec un ego, il fait naturellement partie intégrante de ce que nous sommes
sur cette terre. Nous n’en sommes débarrassés complètement qu’à notre mort. Lutter contre lui
durant cette vie ne peut que générer davantage d’autocritiques. En outre, ce n’est que quand nous
aimons notre ego inconditionnellement que nous sommes capables d’accepter l’ego des autres.
Cela devient possible quand il cesse d’être un problème et que votre humilité et votre magnificence
irradient vraiment de vous.

Q. : Quelle est votre opinion sur le service et sur le fait de servir les autres?
R. : Quand le service émane du centre de votre être, c’est la forme suprême de l’amour pour soi.
Nous savons que c’est le cas quand nous ressentons de la joie en servant. Cela devient même léger
et amusant! Il élève à la fois celui qui sert et celui qui est servi et permet à ce dernier d’augmenter
son estime de soi.
Cependant, si nous l’accomplissons par obligation ou par sens du devoir, il devient sérieux et
lourd et peut pomper l’énergie. Cela ne nous fait aucun bien, et ce n’est pas très agréable non plus
pour le destinataire – surtout s’il ressent que vous agissez par devoir. Il pourra alors se sentir petit
et indigne.
En outre, quand quelque chose vient du centre de notre être, ce n’est plus une action, cela devient
ce que nous sommes. Nous n’avons plus à y penser ou à y travailler. Nous devenons un instrument
pour la manifestation du service sur cette planète. C’est la différence entre être en service et
accomplir un service.
Ce niveau de connexion vient de la prise de conscience qu’il n’existe aucune séparation entre soi
et l’Univers. C’est la compréhension que ce que je fais pour le Tout, je le fais aussi pour le Moi, et
vice-versa. Et c’est vraiment un état joyeux et amusant!

Q. : En regardant autour de moi, il me semble que beaucoup de rancœurs, disputes et
franche hostilité viennent de l’insistance de chacun à affirmer que sa réalité ou son point de
vue sont les seuls valables. Toutefois, votre expérience et celles de beaucoup d’autres qui ont
eu une NDE, indiquent que ce que nous prenons pour la réalité n’est ni plus ni moins réel
qu’une sorte de rêve. Ainsi, fondamentalement, les gens débattent pour savoir quelle illusion
est la plus recevable. Pouvez-vous nous donner des détails sur ce point?
R. : Je ne peux que raconter mon expérience. En ce qui me concerne, au moment de « mourir »,
j’ai eu l’impression que je me réveillais d’un rêve. Je n’ai pas eu l’impression que j’étais allée
quelque part, mais que je m’étais réveillée, avec des sens capables de tout percevoir, à savoir une
vision à 360 degrés et une synesthésie complète, c’est-à-dire une perception simultanée de tous les
sens. Je pouvais voir, entendre, sentir et savoir tout ce qui me concernait! Je vivais mon passé, mon
présent et mon avenir simultanément. Je savais aussi ce qui se passait par-delà les murs et l’espace,
tant que c’était en rapport avec moi – d’où les images des conversations de mon médecin, de mon
frère dans l’avion, etc.
Je pourrais comparer cela à une personne aveugle qui peut voir pour la première fois. Celle-ci
n’a pas changé de lieu, mais la clarté de la vision du monde tel qu’il est (opposée à celle qu’elle
imaginait) serait extraordinaire! Soudain, elle comprendrait certaines choses comme les couleurs
et les formes, qui étaient restées auparavant hors d’atteinte de sa compréhension conceptuelle.
À cet égard, pour moi, il y a eu cette connaissance incroyable que nous étions tous reliés, et la
compréhension que ce que je ressens affecte l’Univers, puisque le Tout est en moi. En ce qui me
concerne, si je suis heureuse, l’Univers est heureux. Si je m’aime, tous les autres m’aimeront aussi,
etc.
À mon retour, bien que j’aie perdu l’acuité des sens que j’avais durant la NDE, la
compréhension, la clarté et les sentiments d’amour ne m’ont pas quittée. Les liens sont déjà établis,
et je ne peux revenir à mon ancienne façon de penser. Imaginez un aveugle revenu à son état de
non-voyant : chaque fois qu’il revient dans le monde, il sait à quoi il ressemble, même s’il ne peut
pas le voir. C’est un peu ce que je ressens maintenant.
Quant à l’irréalité de ce plan, je pense que nous avons tous créé notre propre réalité en fonction
de ce que nous pensons qu’est le monde. Dans cet état éveillé, j’ai senti que cette existence en 3 D
était seulement le point culminant de mes pensées. Quand je suis arrivée dans l’autre monde, je me
suis vraiment réveillée dans un lieu plus réel que celui-ci… un peu comme ce que nous ressentons
quand nous nous réveillons d’un rêve dans notre réalité ordinaire!

Q. : Que pensez-vous de la religion? J’ai remarqué que vous en parlez rarement, voire
jamais, quand vous racontez votre expérience.
R. : C’est parce que la mort transcende la religion, qui est quelque chose que nous avons créé
afin de nous aider à vivre et à comprendre la mort. Maintenant que j’ai expérimenté l’autre monde,
chercher à le faire cadrer avec une religion, quelle qu’elle soit, ne ferait que le réduire.
Une autre raison pour laquelle je n’en parle pas souvent, c’est que la religion peut entraîner la
division, et ce n’est pas mon intention. Je préfère de loin ne pas être exclusive. J’ai fait l’expérience
que nous sommes tous Un, sachant que quand nous mourrons, nous irons tous au même endroit. En
ce qui me concerne, cela ne fait aucune différence si vous croyez en Jésus, Bouddha, Shiva, Allah
ou en aucun d’eux. Ce qui est important est ce que vous ressentez vis-à-vis de vous-même, ici et
maintenant, parce c’est ce qui détermine la manière dont vous dirigez votre vie ici. Le temps
n’existe pas, excepté l’instant présent, et il est donc important d’être vous-même et de vivre votre
vérité personnelle. Des scientifiques passionnés qui vivent dans leur magnificence sont aussi
précieux pour l’humanité qu’une pièce entière remplie de Mères Teresa.

Q. : L’une des déclarations les plus fascinantes que vous ayez faites concernant ce que vous
avez compris de votre expérience a des implications profondes, à multiples facettes et d’une
grande portée. Je pense à votre assertion selon laquelle nous pouvons modifier efficacement
notre passé par les choix que nous faisons d’instant en instant tandis que notre vie se déploie
dans le futur. Est-ce que je tire des conclusions trop hâtives sur ce que vous exprimez, ou est-
ce que cela se rapproche de votre compréhension?
R. : Vous l’avez interprété exactement comme je l’exprimais. Je sens que le moment présent est le
seul laps du temps que nous avons pour créer notre réalité. Notez bien que je n’ai pas dit
intentionnellement « créer notre futur ». Le passé et l’avenir me semblent fluides, et c’est ainsi que
j’ai été capable de changer les résultats des tests en fonction de ma décision de revenir ou pas.
Je conviens que ceci est très important à cause de ses implications. En ce qui me concerne, cela
continue à se déployer chaque jour, et maintenant cette conscience est devenue plus grande que la
NDE en soi.

Q. : Dans votre récit de NDE, vous avez déclaré : « Toute maladie commence d’abord dans
l’énergie, puis se manifeste dans le corps. » Avez-vous une idée sur la manière dont cela se
passe et ce qui incite la maladie à se former en premier lieu?
R. : Au cours de ma NDE, j’avais l’impression que mon corps, sous sa forme solide, n’existait
pas. Je n’étais que pure énergie – peut-être pourrait-on l’appeler âme ou esprit. C’était bien plus
grand que le corps et j’aime utiliser le terme de magnificence pour décrire l’état dans lequel j’étais.
C’était comme si le fait d’avoir un moi physique était venu après coup. Cette masse d’énergie
infinie était le moi réel, et le corps n’était qu’un baromètre pour témoigner de la quantité de cette
force de vie qui le « traversait » ou était exprimée. J’avais l’impression que le monde en 3 D était
l’autre dimension tandis que ma masse d’énergie était réelle.
Partant de là, je pense que quand nous parlons de certaines personnes qui dégagent une vibration
supérieure, nous voulons probablement dire qu’elles laissent une quantité plus grande de leur
magnificence authentique les traverser, afin que le relevé de leur « baromètre » soit vraiment très
haut! En conséquence, leur énergie positive et leur présence physique sont puissantes. Cependant,
dans ce monde, personne ne semblait plus fort ni plus faible. Tout le monde était magnifique. Mais
la quantité de l’énergie que nous exprimons par le biais de notre corps dans cette dimension semble
ne tenir qu’à nous.

Q. : Insinuez-vous que la force de votre guérison est venue de l’intérieur et non d’une source
extérieure?
R. : Ce n’était ni intérieur ni extérieur, ou je dirais plutôt que c’était les deux. Une fois que je ne
m’exprimais plus sur la base de l’état de dualité, je réalisai qu’il n’y avait aucune séparation entre
l’intérieur et l’extérieur. J’étais devenue la Source de tout, et la Source était devenue moi. Mais si
vous me demandez si je pense que c’est moi – en qualité d’ego ou de moi physique – qui suis
derrière ma guérison, alors non. Elle s’est manifestée à partir de l’expression de mon Moi infini et
de la connaissance que je ne suis pas séparée de la source ou de toute autre chose.

Q. : Que pensez-vous des différentes modalités de guérison, qu’elles soient occidentales ou
orientales?
R. : Je pense que nombre de traitements et de méthodes sont utiles – et je tiens aussi à préciser
que je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’avoir une NDE pour guérir.
Avant ma NDE, tout ce que je faisais dérivait d’un lieu de peur, même quand il s’agissait de
guérison. Ma structure psychologique faisait que je cherchais ces moyens de guérison uniquement
par peur des conséquences si je ne le faisais pas.
Cependant, quand l’appréhension n’est plus présente, et quand nous nous basons sur une
perspective de vérité, les modalités de guérison ont alors beaucoup plus de chance de fonctionner.
J’appartenais à une culture qui soutenait un point de vue entièrement différent sur le cancer, un
point de vue bien plus positif. À Hong Kong, région très occidentalisée, la plupart des gens que je
rencontrais avaient une peur immodérée du cancer et me l’avaient inoculée. En Inde, on m’avait
montré une autre perspective qui m’avait donné de l’espoir. J’avais mis toute ma confiance dans
cette méthode et en avais ressenti très rapidement les effets sur ma santé.

Q. : Vous dites que votre cancer semblait guérir quand vous êtes allée en Inde et avez reçu
des traitements ayurvédiques, mais qu’en rentrant à Hong Kong, la maladie est revenue.
Savez-vous pourquoi le cancer a pratiquement disparu en Inde, mais est revenu à Hong Kong?
R. : Comme je l’ai dit, je pense qu’en Inde, l’Âyurveda a agi sur moi parce qu’il n’y avait pas de
confit. Tous les gens qui m’entouraient avaient la même confiance, et ce que je faisais semblait
logique aux yeux de tous. Je n’étais pas dans la confusion. Pour la première fois, j’avais
l’impression d’être sur la bonne voie. Il y avait aussi un grand soutien de la part des médecins
ayurvédiques, des ashrams, etc., et de tous ceux qui approuvaient ce système.
Cependant ici, à Hong Kong, les choix étaient infinis et multiculturels, et les différentes
méthodes entraient en confit les unes avec les autres! Mon premier choix n’allait pas vers la
médecine occidentale conventionnelle, mais si je n’avais pas été attirée vers d’autres méthodes,
j’aurais choisi celle-ci. Toutefois, en ce qui me concerne, c’était la dernière chose que je voulais.
Je pense que si j’étais née et avais été élevée au sein de la Chine, la médecine traditionnelle
chinoise aurait aussi fonctionné pour moi – je n’aurais sans doute même pas été touchée par cette
maladie! Savez-vous que, dans la culture chinoise, on parle du cancer comme d’une « maladie du
peuple occidental »? Savez-vous que l’incidence du cancer en Chine, au Japon et même en Inde, est
bien plus basse que dans les pays occidentaux?
Certains pensent que cela vient de l’alimentation, mais je crois que celle-ci n’a qu’un rôle parmi
d’autres. Une autre possibilité bien plus importante pourrait être l’état d’esprit – la croyance
occidentale dans le cancer, la peur qu’ils en ont, et les campagnes incessantes de sensibilisation! La
médecine occidentale conventionnelle se focalise sur la détection du cancer, et la plus grande partie
de leur technologie consiste à faire des diagnostics au lieu d’améliorer le bien-être et l’équilibre
physiques.

Q. : Quelles différences faites-vous entre les approches de guérison occidentales et
orientales?
R. : Osciller entre les deux avait amené mon état émotionnel à balancer entre la peur et l’espoir.
Les médecins occidentaux ne se concentraient que sur le cancer, me faisant croire que quelque
chose d’extérieur attaquait mon corps et qu’il fallait s’en débarrasser. En d’autres termes, le cancer
est l’ennemi à abattre. Leurs diagnostics instillent toujours la peur.
Les médecins orientaux (en médecine ayurvédique et traditionnelle chinoise) envisageaient mon
bien-être d’une manière plus holistique. Ils considéraient ma maladie comme un moyen qu’utilisait
mon corps pour tenter de guérir ses déséquilibres – non seulement physiques, mais émotionnels et
mentaux. Le cancer était en fait mon allié. Ces méthodes étaient beaucoup plus réconfortantes et me
donnaient davantage d’espoir.
Depuis ma NDE, il m’est plus facile de voir que le cancer en soi n’était pas l’ennemi ni la
maladie. J’ai compris ce qu’il essayait de me dire, et dans mon cas, c’était vraiment un moyen
utilisé par mon corps pour chercher à me guérir. Pour ma part, considérer le cancer comme un
ennemi qui devait être anéanti ne me débarrassait pas pour autant du problème sous-jacent qui
l’avait déclenché en premier lieu. Quelque chose de beaucoup plus profond a été abordé durant la
NDE, poussant les cellules cancéreuses à disparaître.

Q. : Vous avez l’air de dire que ces approches de guérison s’appuient toutes sur une culture
et qu’il n’existe aucune supériorité intrinsèque d’une modalité sur une autre quand il s’agit du
cancer. Ai-je bien compris?
R. : Oui. C’est tout à fait ce que je dis, en me basant sur mon expérience. Rappelez-vous que,
selon moi, nombre de maladies de l’époque actuelle sont en fait des maladies mentales et
spirituelles qui se manifestent dans le corps. Les traitements qui traitent le mental et l’esprit auront
bien plus de chances de produire des changements qu’une approche qui ne traite que le corps. De
plus, une modalité qui est soutenue sans réserve par la culture environnante sera plus efficace
qu’une autre dénuée de cette force sous-jacente – particulièrement si la méthode s’adresse à l’état
d’esprit et à la perspective spirituelle du patient.

Q. : Depuis votre expérience, quelle est votre opinion sur le cancer et sur la médecine?
Pensez-vous que nous trouverons un jour un remède contre le cancer?
R. : Personnellement, et du fait de ma propre expérience, je pense que des cas spécifiques tels que
le mien sont des maladies du mental et de l’âme, et non du corps. La manifestation physique n’est
qu’un symptôme de quelque chose de plus profond. Je ne crois pas que le remède dépende de la
médecine dans ces cas-là, étant donné que les scientifiques cherchent aux mauvais endroits – ils ne
font qu’étudier les symptômes et non la cause, puis fabriquent des médicaments qui masquent ces
symptômes. Ils sont sans doute capables de gérer les symptômes, mais je ne pense pas qu’ils
trouvent un « remède ».
En me basant sur les leçons que j’ai tirées de mon cancer et de ma NDE, il me semble que cette
maladie constitue un précieux champ d’investigation. Malheureusement, je n’ai pas encore entendu
parler de recherches suffisamment financées sur ce que je considère comme les causes réelles du
cancer, alors que des milliards de dollars sont dépensés sur des approches liées aux médicaments.
Je me demande souvent s’il n’est pas plus facile d’accumuler de l’argent en vendant des
médicaments que de soutenir les gens dans le sentiment de leur propre magnificence divine!
Je pense que mon cancer était lié à ma propre identité, et il me semble que c’était le moyen qu’a
utilisé mon corps pour me dire que mon âme se désolait de la perte de sa dignité personnelle – de
son identité. Si j’avais su la vérité sur qui je suis vraiment, je n’aurais pas eu de cancer!

Q. : Quelle est votre opinion sur l’argent, du point de vue de l’« après-vie »? Certains
pensent que l’argent est en grande partie la cause de tous les maux et problèmes du monde.
Qu’en pensez-vous?
R. : L’argent en soi n’a pas d’autre pouvoir que celui que l’on choisit de lui donner, et c’est la
même chose pour tout ce qui appartient à cette dimension. Tout peut être utilisé de manière positive
ou négative, mais en soi, il est tout à fait neutre. Nous choisissons de lui donner du pouvoir. Nous
apposons nos jugements (tant négatifs que positifs) sur l’argent, la religion, la race, etc. Nous
créons certaines croyances les concernant, leur donnons une charge émotionnelle et, en un rien de
temps, nous avons créé une situation dans laquelle soit les gens deviennent plus puissants, soit ils
luttent pour se défendre.
Je ne dis pas que c’est une mauvaise chose – ce peut même être un élément essentiel de notre
existence dans ce monde. Nous vivons dans un monde de dualité apparente, où nous ne cessons de
décider ce qui est bon et ce qui est mauvais, ce qui est négatif et positif. Nous avons des émotions,
et nous les projetons dans nos croyances, y compris celles concernant l’argent. Si nous avions
placé ces mêmes charges émotionnelles sur quelque chose d’autre – une autre matière première ou
un autre système d’échange – cette chose aurait le même pouvoir que possède actuellement
l’argent.
Cependant, la mort transcende la dualité. Elle transcende la religion, la race, la culture et toutes
nos valeurs et croyances. Nous ne sommes aucune de ces choses, nous ne faisons que nous
exprimer à travers elles, à ce moment. Nous sommes quelque chose de plus grand, de bien plus
grand.

Q. : Nombreux sont les gens qui aimeraient se guérir et savoir comment s’appuyer sur les
idées telles que « croire en sa propre guérison », « lâcher-prise et s’ouvrir à la guérison », ou
« accéder à son lieu de guérison. » Ces platitudes sont-elles d’une quelconque utilité pour les
gens ordinaires? Les gens qui veulent guérir leur corps ont besoin de savoir comment mettre
de telles choses en pratique.
R. : Je n’aime pas préconiser une série de méthodologies, instructions ou autres techniques de ce
genre, parce que, si je le fais, je ne fais que créer d’autres dogmes, alors que le but est de nous
libérer de tout cela. Je suggère par contre de ne pas considérer la maladie ou les symptômes
comme « quelque chose dont il faut se débarrasser », comme un ennemi. C’est une réaction basée
sur la peur. À mon avis, l’apparition de ces symptômes est le moyen qu’utilise mon corps pour
essayer de me guérir. Je sais que si je cherche à éliminer la maladie avec une attitude hostile, je
finis par faire tout l’opposé, en la contrariant et en m’enfonçant encore plus profondément dans
l’état d’esprit de maladie.
Ceci ne veut pas nécessairement dire que vous ne devez pas aller consulter un médecin. Je me
réfère simplement à la manière dont je considère la maladie ou les manifestations physiques de
mon corps. L’idée est de ne pas en faire une obsession en consacrant toutes vos journées à
accomplir des choses dans le seul but de vous débarrasser de la maladie. Il est en fait bien plus
efficace de vous distraire et de continuer à vous occuper en faisant des activités qui vous stimulent
de manière positive et créative.
J’essaierais autant que possible de me libérer de ce besoin d’être en bonne santé pour trouver le
bonheur, et simplement de créer la joie dans l’instant, comme si j’étais déjà guérie. Vivre dans le
présent signifie ne pas porter de bagage émotionnel d’un intervalle de temps vers le suivant.
Chaque instant est unique et ne peut être répété. C’est notre choix de transporter ou non notre peur
avec nous et de rester bloqués dans la maladie.
Vous n’avez pas à être un gourou spirituel ou quoi que ce soit d’autre. Profitez au maximum de
chaque minute, vivez-la à fond et faites des choses qui vous rendent heureux, qu’il ne vous reste
qu’un mois ou cent ans à vivre.

Q. : Les théories sont intéressantes, mais qu’en est-il des conseils pratiques? Comment
faites-vous pour rester en bonne santé maintenant? Que mangez-vous et qu’évitez-vous dans
votre alimentation?
R. : Eh bien, mon alimentation a changé depuis ma NDE, mais j’ai peur que ce ne soit pas de la
manière dont vous pensez! Auparavant, j’étais paranoïaque sur tout ce que je mangeais. J’étais
strictement végétarienne, je ne mangeais que de la nourriture biologique, tendais vers la
macrobiotique, prenais des suppléments de vitamines et du jus d’herbe de blé – ceci avant que je
tombe malade. Je pensais que tout provoquait le cancer, des micro-ondes aux conservateurs. J’avais
pris l’habitude de manger très sainement, mais je le faisais par peur.
Maintenant je mange tout ce qui m’attire. Je prends plaisir au chocolat et de temps en temps au
vin et au champagne. Je m’assure simplement de prendre du bon temps avec la nourriture et avec la
vie! Je pense que le plus important, c’est d’être heureux.
Ce n’est pas amusant de ne manger que des aliments prétendument sains par peur de tomber
malade, de s’y sentir obligé et d’en être malheureux. L’anxiété ne fait que provoquer une tout autre
série de problèmes. Notre corps est en fait bien plus résistant que nous le supposons,
particulièrement si nous sommes heureux et libres de stress.
Même quand je choisis de manger sainement, je le fais par amour et non par peur. C’est la
méthode que j’ai adoptée dans tous les aspects de ma vie et je vous invite à vivre de la même
manière.

Q. : Si vous aviez un message ou une leçon que vous aimeriez partager, que vous voudriez
que tous sachent et comprennent, quelque chose que vous souhaiteriez crier sur tous les toits,
quel serait-il?
R. : Je voudrais que vous sachiez que chaque partie de vous est magnifique – votre ego, intellect,
corps et esprit. C’est ce que vous êtes – un merveilleux produit de la création de cet Univers.
Chaque aspect de vous est parfait. Il n’y a rien à abandonner, rien à pardonner, rien à atteindre.
Vous êtes déjà tout ce que vous avez besoin d’être. Cela peut sembler si compliqué, mais ce ne l’est
pas.
Si une religion vous donne l’impression que vous êtes inférieur à ses divinités, c’est que soit
vous l’avez mal interprétée, soit elle ne fait pas un bon travail et ne vous enseigne pas la vérité. Si
un gourou, un enseignant ou un maître vous fait sentir que vous n’êtes pas « encore » éveillé et que
vous avez encore beaucoup à « apprendre », à « libérer » ou à « abandonner » avant d’y parvenir,
c’est que soit ils ne font pas du bon travail et ne vous enseignent pas qui vous êtes vraiment, soit
vous les avez mal compris.
Rappelez à tous ceux qui vous sont proches d’être eux-mêmes, et dites-leur que vous les aimez
tels qu’ils sont! Ils sont parfaits, tout comme vous l’êtes. Il n’y a rien qui puisse ne pas être aimé. La
majorité des souffrances viennent du fait de se sentir « moins que » Vous n’êtes pas inférieur à
quelque chose ou à quelqu’un! Vous êtes un être accompli.
La seule chose que vous devez apprendre est que vous êtes déjà ce que vous cherchez à atteindre.
Exprimez votre caractère unique sans peur, avec abandon! C’est la raison pour laquelle vous êtes
conçu tel que vous êtes, et êtes dans le monde physique.
ÉPILOGUE

Avant de conclure, j’aimerais vous quitter avec ces quelques mots : souvenez-vous toujours de
ne jamais abandonner votre pouvoir, mais de rester en contact avec votre propre magnificence.
Quand il s’agit de trouver la voie juste, la réponse est différente pour chaque personne. La seule
solution universelle que je peux proposer est de vous aimer vous-même de manière
inconditionnelle et d’être vous-même, sans crainte. C’est la leçon la plus importante que j’aie tirée
de ma NDE, et je pense honnêtement que si j’avais su cela, je n’aurais jamais eu de cancer en
premier lieu.
Quand nous sommes sincères avec nous-mêmes, nous devenons des instruments de la vérité
pour la planète. Étant donné que nous sommes tous reliés, nous touchons la vie de tous ceux qui
nous entourent et ceux-ci affectent à leur tour la vie d’autres personnes. Notre seule obligation est
d’être l’amour que nous sommes et de permettre à nos réponses de venir de l’intérieur, de la
manière qui nous convient le mieux.
Finalement, je ne pourrais jamais assez insister sur l’importance de vous amuser et de ne pas
prendre la vie, ou vous-même, trop au sérieux. L’une des plus grandes imperfections de nombreux
systèmes spirituels traditionnels est qu’ils nous font envisager la vie trop sérieusement. Bien que
vous sachiez que je déteste l’idée de créer des doctrines, si toutefois je devais en créer une série
pour établir une voie spirituelle de guérison, la première de la liste serait de veiller à rire aussi
souvent que possible chaque jour – et de préférence de rire de soi-même. Ce serait aller au-delà de
toutes formes de prières, de méditation, de chants ou de réformes alimentaires. Les problèmes
quotidiens ne paraissent plus aussi sérieux quand on les regarde à travers un voile d’humour et
d’amour.
À cette époque de technologie informatique, nous sommes bombardés d’informations qui
semblent se propager à la vitesse de la lumière. Nous vivons dans une ère de stress et de peur très
élevés et, tandis que nous cherchons à nous protéger de tout ce que nous considérons comme « en
dehors », nous oublions de nous amuser et de nous occuper de ce qui est au-dedans.
Notre vie est notre prière. C’est notre cadeau à l’Univers, et les souvenirs que nous laisserons
derrière nous quand nous quitterons un jour ce monde seront l’héritage que nous léguerons à nos
proches. Il est de notre responsabilité, envers nous-mêmes et tous ceux qui nous entourent, d’être
heureux et de répandre la joie autour de nous.
Si nous pouvons mener notre vie fort d’un humour et de la conscience que nous sommes amour,
nous aurons déjà une longueur d’avance. Ajoutez une boîte de bons chocolats au mélange, et nous
avons vraiment obtenu une formule gagnante!
Je vous souhaite de la joie en reconnaissant votre magnificence et en vous exprimant sans peur
dans le monde.
– Namaste!
Anita Moorjani
REMERCIEMENTS
À mon avis, c’est probablement la partie la plus importante du livre. C’est ici que je peux
exprimer ma gratitude à tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont participé à la naissance de
ce livre. Certains ont été directement impliqués dans son élaboration, d’autres indirectement, mais
tous ont joué un rôle essentiel dans mon parcours pour en arriver là.
Dr Wayne W. Dyer, que pourrais-je dire? Votre générosité d’esprit continue de me laisser sans
voix – et cela n’arrive pas souvent! Je sais que l’Univers a conspiré pour nous rassembler, avant
même que nous en soyons conscients, au moment parfait. Vous êtes partie intégrante de mon
parcours et je n’aurais jamais pu accomplir cela sans vous. Votre gentillesse et vos conseils le long
du chemin ont énormément compté pour moi, et il n’est donc pas étonnant que le monde se sente
inspiré par vous. Merci, merci, merci, du plus profond de mon cœur, pour m’avoir ouvert la porte
qui m’a permis de partager mon histoire avec le monde et pour avoir rendu ma vie aussi magique.
Mais pardessus tout, merci d’être vous. Je vous aime tendrement!
À mon meilleur ami et frère de race, Rio Cruz, toute l’expression de ma reconnaissance ne peut
qu’être banale et est très loin d’exprimer ce que représente notre amitié pour moi. Au cours de
toutes ces années, tu as eu une influence à part entière dans ma vie, tu m’as aidée à m’intégrer dans
un monde qui n’était pas toujours prêt à écouter ce que j’avais à partager. Ta vaste connaissance des
NDE m’a apporté un énorme réconfort, et ton soutien inflexible quand les autres me provoquaient
m’a permis de garder toute ma raison, et je ne pourrai jamais te remercier assez pour cela. Tu es
mon meilleur ami et tu as cru depuis le premier jour que je devais partager mon histoire avec le
monde. Merci de m’avoir gentiment poussée tout au long de la rédaction de ce livre et de m’avoir
encouragée à le mener jusqu’au bout. Je t’aime mucho, amigo!
Mira Kelley, tu es une âme si merveilleuse! Merci beaucoup d’avoir fait partie de la
synchronicité et d’avoir attiré l’attention du Dr. Dyer sur mon histoire. Ce que tu as fait a
finalement permis à la théorie d’ouverture (celle qui permet aux choses d’entrer dans notre vie)
d’aboutir. Je t’aime!
À Jessica Kelley, mon éditrice, un grand merci de m’avoir aidée à faire vivre mon histoire dans
ces pages. Je te suis reconnaissante de ta patience et d’avoir eu la finesse de comprendre ce que
j’essayais de dire. Ce fut fantastique de travailler avec toi. Merci!
À Reid Tracy, Shannon Littrell et à toute l’équipe de Hay House, merci pour votre soutien! Je me
sens si exaltée de faire partie de la famille Hay House.
Dr Jeffrey Long, directeur de la Near Death Experience Research Foundation (Fondation de la
recherche sur les NDE), je vous remercie d’avoir reconnu l’importance de mon message, d’avoir
inscrit mon expérience sur la page d’accueil de votre site Internet et de l’avoir portée à la
connaissance du monde.
Dr Peter Ko, je vous suis très reconnaissante de vous être intéressé à mon cas et d’avoir pris
l’avion pour Hong Kong pour me rencontrer et pour consulter mon dossier médical. Merci pour
votre persévérance et pour le grand travail de détective qu’ont représenté toutes les recherches dans
l’énorme pile de dossiers et de rapports médicaux!
Dr Brian Walker, notre médecin de famille et ami, je sais que je vous ai fait peur! Merci de ne
pas m’avoir laissée tomber et d’avoir été là pour nous tous durant ces jours difficiles.
À la merveilleuse équipe de médecins et d’infrmiers du sanatorium de Hong Kong, qui m’ont vu
traverser mes heures les plus sombres, merci de permettre à l’Univers de faire son travail par
l’intermédiaire de vos mains.
À ma merveilleuse famille NDERF, vous avez été ma communauté, ma famille et mes amis
durant les cinq dernières années. Merci Dave Thaler, Lucas Tailor, Mark Sweeney, Alison Bruer,
Bailey Struss, Cloe Solis, Dave Maswarey, Don O’Connor, Wayne Hart, Carla Dobel et Lorraine.
Je n’aurais pu survivre à ce voyage sans vous tous; vous m’avez offert une communauté à laquelle
j’ai eu la sensation d’appartenir et m’avez fait entendre tant de rires tout au long du parcours. Je
vous adore vraiment tous!
Et finalement, à ma merveilleuse famille – mon frère Anoop qui compte tant pour moi; sa
famille, Mona et Shahn. Et ma chère mère, dont l’amour pour moi a toujours été inébranlable et
inconditionnel. Je t’aime, ma chère maman, et je suis désolée de t’avoir plongée dans une telle
souffrance. Enfin et surtout, mon cher mari, je me sens si privilégiée de t’avoir dans ma vie et je
suis sûre que tu sauras toujours combien je t’aime. Je chéris ce que nous avons, du fond du cœur, et
j’espère que nous serons ensemble dans toutes nos vies. Je t’aime, mon chéri.
QUELQUES MOTS SUR L’AUTEURE
Anita Moorjani est née à Singapour de parents indiens et s’est installée à l’âge de deux ans à
Hong Kong où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Du fait de ses antécédents et de son éducation
britannique, elle est multilingue et a grandi en parlant anglais, cantonais, ainsi qu’un dialecte
indien. Elle a appris plus tard le français à l’école. Anita a travaillé de nombreuses années dans le
monde de l’entreprise avant de contracter un cancer en avril 2002. Son expérience fascinante et
émouvante de mort imminente au début de 2006 a considérablement changé sa perception de la vie,
et son travail est maintenant imprégné de la profondeur et des révélations qu’elle a rapportées de
l’autre monde.
En raison de son expérience de mort imminente, Anita participe souvent à des conférences et à
des événements dans le monde entier pour partager ses visions. Elle est aussi fréquemment invitée
au département des sciences comportementales de l’université de Hong Kong pour s’exprimer sur
sujets tels que la manière de gérer la maladie en phase terminale, le fait de faire face à la mort, et la
psychologie des croyances spirituelles. Elle est l’incarnation même de la vérité que nous avons
tous le pouvoir et la sagesse intérieurs pour surmonter les circonstances de la vie, aussi hostiles
soient-elles; elle est la preuve vivante de cette possibilité.
Anita vit actuellement à Hong Kong avec son mari et, quand elle ne voyage pas ou ne donne pas
de conférences, elle travaille comme consultante interculturelle pour des sociétés multinationales
de la ville.
www.anitamoorjani.com

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