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INTRODUCTION

Actuellement, le taux des personnes faisant un suicide augmente de jour en jour. Dans
le monde, c’est la quatrième cause de mortalité et concernant les adolescents, c’est aussi
la deuxième cause de mortalité. Aux Etats-Unis, le suicide constitue la troisième cause
de décès chez les jeunes de 15 à 24 ans. En France, 5% des jeunes de 10 a 19 ans ont
fait une tentative de suicide et 2% deux. (1)

Souvent, l’acte suicidaire se passe dans un environnement peu nourricier et malsain et


dans lequel la personne suicidant ne trouve aucun soutient.

Chez un adolescent, cette tentative traduit souvent des difficultés pour acquérir sa
propre personnalité : il renonce l’enfance et cherche une autonomie a l’égard ses
parents. (2)

Cet acte ne vise pas toujours à atteindre la mort, mais c’est une façon d’atténuer sa
souffrance, de montrer qu’il vit et existe, et qu’il a besoin d’un peu d’amour, d’attention
et d’affection. C’est aussi un moyen de tester sa capacité a passer a l’acte. Selon
Duche : « il est vain d’établir une distinction formelle entre tentative de suicide et
suicide accompli, puisque facteur parfaitement contingent. » (3)

Dans tous les cas, le geste suicidaire correspond toujours à un désir de « rupture
absolue » et témoigne un vécu de profond désespoir, d’un sentiment de se trouver dans
une impasse ou encore d’un défi.

Nous avons entrepris cette étude afin de définir les différents facteurs de tentative de
suicide chez les adolescents, de sensibiliser l’entourage des adolescents suicidant, et de
proposer une prise en charge précoce et a long terme de ces sujets.

Cette étude a été faite du 01 janvier 2008 à la date de 31 décembre 2011 au sein du
service de la réanimation médicale et de toxicologie de l’HUJRA.

Une première partie sera consacrée a la revue de la littérature, s’en suivra de la


deuxième partie : nos travaux ; enfin, une troisième partie terminera ce livre avec des
commentaires et des suggestions.
2

Il s’agit alors de conscientiser la famille du suicidant, ainsi que la population


entière ; de leur informer la gravite de cette tentative de suicide.
3

I-QUELQUES DEFINITIONS

I-1-L’ADOLESCENCE

Selon le dictionnaire Larousse médicale, l’adolescence est l’âge compris entre la


puberté et l’âge adulte, c'est-à-dire 15 à 24 ans.

L’adolescence, selon l’OMS, est définie comme la période de l’évolution de l’individu,


conduisant de l’enfance à l’âge adulte au cours de laquelle :

- il y a passage de l’état de dépendance socio-économique totale à l’état


d’indépendance relative ;

- le processus psychologique et les mécanismes d’identification cessent d’être ceux


de d’un enfant pour devenir ceux d’un adulte.

L’adolescence est une période où l’individu va connaitre une inévitable phase


d’instabilité correspondant à une période d’adaptation importante : c’est une époque de
préparation et d’élargissement des horizons permettant aux jeunes d’aller en avant et de
relever le défi de l’avenir. C’est moment propice de la survenue d’un état dépressif.

Dans cette étude, la limite d’âge est comprise entre 15 et 24 ans.

II-2-IDEATION SUICIDAIRE (4)

L’idéation suicidaire est l’idée que fait l’individu selon laquelle le suicide pourrait
constituer une solution à la situation dans laquelle il se trouve et qu’il justifie
insupportable.

Le comportement suicidaire va de la simple idée de mettre fin à sa vie à la préparation


d’un plan pour se suicider et à l’obtention des moyens nécessaire pour le mettre à
l’exécution, à la tentative de suicide elle même, pour finir par passage à l’acte. Les
conduites suicidaires comprennent les suicides, mais aussi les tentatives de suicide,
4

certaines conduites à risque s'apparentant à des "équivalents suicidaires" et les idées de


suicide, pouvant survenir -ou non- au cours d'une crise suicidaire.

I-3-SUICIDE ET TENTATIVE DE SUICIDE (5) (6)

Le terme « suicide » évoque une référence directe à la violence et à l’agressivité.


Selon le dictionnaire Larousse médicale édité en 2006, le suicide est l’acte de se donner
lui-même la mort. L’acte suicidaire est une agression contre soi et contre le monde par
l’intermédiaire de soi, c’est la réponse à l’agressivité de la part de l’environnement. Elle
pourrait être aussi le moyen d’attire l’attention de l’entourage d’un enfant qui se sent
délaissé.

Apparemment, Sir Thomas Browne a été le premier à parler de « suicide » dans son
Religio Médici (1642). Médecin Philosophe, il a créé le mot à partir du mot latin sui (de
soi) et caedere (tuer). Dernièrement, l’expression repose sur l’issue « comportement
suicidaire fatal » a été proposé pour qualifier les actes suicidaires qui entrainent la mort
et « comportement suicidaire non fatal » ou tentative de suicide ceux qui n’entrainent
pas la mort.

Une tentative de suicide est acte auto-agressif destiné à mettre fin à sa vie auquel le
sujet survit, c'est-à-dire un acte suicidaire qui n’a pas aboutit à la mort. On dit souvent
suicide « raté », mais ce terme touche profondément le suicidant et nous évitons de
l’utiliser.

I-4-LE SUICIDANT ET LE SUICIDE (6)

Le suicidant, c’est celui qui a fait l’acte suicidaire aboutit ou non. Tandis que le
suicidé est la personne décédée par le suicide.
5

I-5-LA CRISE SUICIDAIRE (7)

La crise suicidaire est une crise psychique dont le risque majeur est le suicide. Il s'agit
d'un moment dans la vie d'une personne, où celle-ci se sent dans une impasse et est
confrontée à des idées suicidaires de plus en plus envahissantes ; le suicide apparaît
alors de plus en plus à cette personne comme le seul moyen, face à sa souffrance et pour
trouver une issue à cet état de crise.

I-6 LES EQUIVALENTS SUICIDAIRES (5)

Les "équivalents suicidaires" sont des conduites à risque qui témoignent d'un
désir inconscient de jeu avec la mort. Ces conduites, tout comme certaines lésions ou
mutilations auto infligées non suicidaires, ne doivent pas être abusivement considérées
comme des tentatives de suicide.

II-EPIDEMIOLOGIE

Dans le monde, le suicide est la quatrième cause de mortalité et la deuxième chez les
adolescents. (1) En 2000, on a enregistré 815.OOO personnes suicidées soit 14,5 décès
pour 100.000 habitants ou une mort toutes les 4O secondes. (8)

II-1- FRANCE (9) (10) (11)

En France, le suicide constitue un grave problème de santé publique. Il est classé


parmi les dix priorités de la santé publique: Presque un décès sur 50 est un suicide,
environ 160.000 tentatives de suicide, plus de 10.000 mort par an. La France présente
les taux de décès par suicide après la Finlande. En 2009, 10.499 décès par suicide ont
été enregistrés. Les suicidés sont aux trois quarts masculins, surtout pour les 25 à 34
ans. Le taux de suicide a baissé de 20% en 25 ans, mais il a diminué que l’ensemble des
morts violentes. En outre, depuis l’an 2000, il augmente pour les 45 à 54 ans,
notamment pour les hommes. C’est la première cause de mortalité chez l’homme et la
6

deuxième chez la femme après les tumeurs. Le taux de suicide augmente avec l’âge,
atteint son pic pour les 45 à 54 ans et diminue après 55 ans.

Les méthodes les plus utilisées en France sont la pendaison pour l’homme et la
prise de médicaments chez la femme.

On constate que pendant l’année 2007, les femmes sont plus nombreuses que les
hommes à faire une tentative de suicide et le pic est le groupe d’âge de 15 à 19 ans avec
le taux de 470 pour 100.000 habitants.

II-2-ETATS-UNIS (12)

. Le suicide occupe le onzième rang des causes de décès aux États-Unis, pays où un
suicide a lieu à toutes les dix-huit minutes. En 2005, le nombre des suicides dans
l’ensemble de la nation fut de 32 637: soit 10,8 suicides sur 100 000 personnes dont 4
fois plus d'hommes que de femmes; Le taux de suicide dans l'État de New York était de
6,2 par 100 000 de population, au New Jersey 6,1 et à Washington, D.C., 6, tandis que
le taux maximal était enregistré au Montana avec un taux de 22 par 100 000, suivi par
plusieurs autres États de l'Ouest.

En 2OO7, 43.598 cas de suicides ont été enregistrés soit 94,8 suicides par jour ou un
suicide toutes les 15,2 minutes. Cela équivaut à 11,5 décès pour 100.000 habitants.

Pour les adolescents c’est la troisième cause de mortalités et dont le taux est en hausse
car en 2003 il était 4.232 pour devenir 4.599 en 2004 et 33.289 en 2006.

II-3-JAPON (13)

Le Japon a l'un des plus forts taux de suicide du monde industrialisé (26 pour 100
000 habitants). Bien que l'idée que le Japon soit le pays dans lesquels les individus se
suicident le plus soit répandue et assez tenace, c'est en réalité loin d'être le cas. Ainsi en
2006, le taux de suicide japonais était de 23,6 sur 100 000 habitants. Le Japon était au
8e rang mondial.
7

Les suicides ont atteint le nombre record de 34 427 en 2003 (+ 7,1 % par rapport à
2002), contre 33 093 en 2007 (+ 2,9 %), 32 249 en 2008 (- 2,6 %), 32 845 en 2009 (+
1,85 %)et 30 513 en 2011 (- 3,7 %). Selon les chiffres de la police nationale, trois quarts
des suicidés en 2007 étaient des hommes, et 60 % étaient sans emploi, alors que le taux
de suicide des séniors était en forte augmentation. Selon le gouvernement, seuls 81
suicides en 2007 étaient dus au surmenage ou au stress. Cependant, la police nationale a
comptabilisé en 2007 2 200 suicides provoqués par des problèmes au travail. En 2009,
6 949 personnes se sont suicidées suite à une dépression (21 %), 1 731 suite à des
difficultés de la vie quotidienne (5 %) et 1 071 à cause de la perte de leur travail (3 %)

II-3-MADAGASCAR (14)

Peu de données ont été recueillies en ce qui concerne l’épidémiologie du suicide à


Madagascar. Les données hospitalières recueillies en 1991 à Antananarivo font l’état de
283 cas de suicides (avec 2,6 femmes pour un homme) dont 41,5% ont moins de 20 ans.
Pour cette tranche d’âge, la proportion est de 5,6 filles pour un garçon. L’ingestion
d’alcool est associée à la tentative de suicide dans 4,3% des jeunes suicidant dont le 2/3
concerne les jeunes de 10 à 20 ans.

Ces dernières années, le taux de suicide à Madagascar a connu une hausse considérable
notamment dans les grandes villes.

III- FACTEURS DE RISQUE ET POPULATIONS A RISQUE

On appelle "facteur de risque" un facteur qui a été mis en relation statistique avec la
survenue d'un suicide, au niveau d'une population donnée. Il ne s'agit donc en aucun
cas, d'un facteur individuel. Les facteurs de risque suicidaire sont en interaction les uns
avec les autres et l'importance de leur effet va dépendre de la présence ou de l'absence
d'autres facteurs. Dans une perspective pragmatique et préventive Rihmer (1996) a
proposé de les classer en trois catégories : (15) (16) (17)
8

1 : les facteurs de risque primaire : Les facteurs primaires ont une valeur d'alerte
importante, au niveau individuel, ils sont en forte interaction les uns avec les autres et
peuvent être influencés fortement par les thérapeutiques. Ce sont : les troubles
psychiatriques, les antécédents familiaux et personnels de suicide et tentatives de
suicide qui sont reconnus comme risque accru, la communication à autrui d'une
intention suicidaire, l’existence d'une impulsivité, facilitant le risque de passage à l'acte.

2 : les facteurs de risque secondaires : Les facteurs secondaires sont observables dans la
population générale. Leur valeur prédictive est faible en l'absence de facteurs primaires.
Ils ne sont que faiblement modifiables par les thérapeutiques. Ce sont : les pertes
parentales précoces l'isolement social : séparation, divorce, veuvage… le chômage ou
l'existence d'importants facteurs financiers les "événements de vie" négatifs sévères.

3 : les facteurs de risque tertiaires : Les facteurs de risque tertiaires n'ont pas de valeur
prédictive en l'absence de facteurs primaires et secondaires et ne peuvent être modifiés,
ce sont : l'appartenance au sexe masculin, l'âge, en particulier l'adolescence et la
sénescence, certaines périodes de vulnérabilité (phase prémenstruelle chez la femme,
période estivale…).

Les facteurs de vulnérabilité : (15)

On appelle "facteur de vulnérabilité" des éléments majorant les facteurs de risque


précédemment décrits et pouvant contribuer, dans certaines circonstances, à favoriser un
passage à l'acte suicidaire sous l'influence de facteurs précipitant. Il s'agit d'événements
de la biographie passée, survenus souvent au cours de pertes parentales précoces, de
carences affectives, de violence, de maltraitance ou de sévices…

Les facteurs précipitant : (15)

On appelle facteurs précipitant des circonstances précédent de peu le passage à l'acte


ou déterminants dans la crise suicidaire : des événements de vie négatifs, tels une
séparation, une maladie, un échec, etc. Il s'agit parfois d'événements anodins pour
l'intervenant mais qui revêtent une importance affective d'autant plus grande pour la
9

personne qu'ils réactualisent, à un moment donné, des problématiques liées au passé du


sujet, sous-tendues par les facteurs de vulnérabilité précédemment décrits.

Voici quelques catégories de maladies qui constituent un haut risque de suicide: (18)

 Tous les états dépressifs


 Trouble da la personnalité
 Impulsivité
 Schizophrénie
 Alcoolisme ou la prise
 Maladies somatiques
 Les psychoses organiques : démence ou confusion

III-1 LA DEPRESSION :(19)(20)

La dépression joue un rôle important dans la genèse du suicide car le risque est
élevé. C’est un syndrome habituellement constitué de 2 symptômes fondamentaux :

- L’humeur dépressive : l’humeur est la disposition affective de base qui lui


donne à chacun de nos états d’âme une tonalité agréable ou désagréable oscillant entre
les deux pôles extrême du plaisir et de la douleur.
Il y a dérèglement et altération pathologique de l’humeur dans le sens négatif de la
douleur au cours de la dépression.
- A la quelle s’ajoute l’inhibition psychomotrice et un cortège de symptôme
somatique

La présentation du déprimé se manifeste par : une mimique figée, geste limité et


rare, indécision, lenteur d’idéation, difficulté de concentration, réponse lente, débit
verbal diminué, voix monotone et basse, discours pauvre, monoïdéisme, modification
du caractère (irritabilité et intolérance vis-à-vis de l’entourage).
Les patients peuvent se plaindre :
10

- Souffrance morale caractérisée par une tristesse, idée noire, dégout de la vie,
découragement, sentiment d’incapacité et d’inutilité
- Idée délirante le plus fréquente à thèmes dépressifs
- Perte de centres d’intérêt (profession, famille loisir), sentiment de
dévalorisation comme autodépréciation, sentiment d’infériorité, culpabilité,
autoaccusation, sentiment de honte, absence d’espoir.
- Perte de l’élan vital se traduisant le plus souvent : par apathie (manque
d’initiative), perte d’intérêt, anergie, aboulie (inhibition de la volonté), asthénie à
prédominance matinale, indécision (incapacité à faire des choix), pensée et conduite
suicidaire.
Le geste suicidaire constitue un degré de gravité élevé, il peut survenir à tout moment
de l’évolution mais le plus souvent dans les premiers temps d’évolution (un tiers des cas
pendants les 6 premiers mois et la moitié pendant la première année). Il peut être
soudain et impulsif sous la forme d’un raptus au moment d’un paroxysme anxieux ou
prémédité pour garantir la chance de réussite, annoncé ou inattendu.
- Signe de retentissement somatique : trouble de sommeil à type d’insomnie
surtout du petit matin ou une hypersomnie, trouble de l’alimentation soit une anorexie
avec amaigrissement ou une boulimie, trouble sexuel : baisse ou disparition totale du
désir sexuel, phénomène végétatif d’accompagnement (hypotension, bouche sèche,
constipation), symptôme lié à l’angoisse (palpitation, céphalée, oppression thoracique).

III-2 LES TROUBLE DE LA PERSONALITE (18)

La personnalité hystérique dominait ce trouble, mais il y a aussi : la personnalité


antisociale et la personnalité borderline.

III-3 L’IMPULSIVITE (18)


C’est le besoin irrésistible d'accomplir un acte désadapté, absurde ou antisocial.
Elle peut être associée à certains troubles de la personnalité ou non.
11

III-4 ALCOOLISME :(9) (21)

Le tiers du suicide dans le monde est lié à la dépendance de l’alcool et 5 à 10%


des alcooliques font un suicide accompli. Soit la personne a débuté l’alcool à jeune âge,
sa période de consommation est alors prolongée; soit la consommation est majeure. Ou
encore la personne se sente déprimer face à un grand problème comme une performance
professionnelle ou scolaire faible, deuil, divorce, séparation familiale, ce qui le pousse
le vers l’alcoolisme. Et cela peut inciter le suicide.

III-5 LA SCHIZOPHRENIE (22)

Les 10% des suicides sont due à la schizophrénie et le suicide est l’une des
complications de cette maladie. Le suicide chez le schizophrène interviendrait plutôt à
ces moments de sa vie :

- Au début de la maladie il est confus ou perplexe ;

- Après récupération précoce lors de l’amélioration des symptômes mais


avec un sentiment interne de grande vulnérabilité.

- au début d’une rechute : lorsqu’il avoir pense avoir surmonté son problème
mais la symptomatologie réapparait peu après sa sortie d’hôpital.

III-6 MALADIE SOMATIQUE (23)

Toutes les personnes qui présentent des maladies chroniques ont un risque
suicidaire élevé. Voici quelques maladies qui provoquent une idéation suicidaire :
cancer, HIV-SIDA, diabète, néphrite chronique pathologies gastro – entéro-
hépatologique chronique, cardiovasculaire, respiratoire, handicapés dans la marche
vision et audition, trouble sexuel les maladies du système nerveux, épilepsie etc.…
12

Remarque : Les facteurs de protection : (15) (18)

S'il existe de nombreux facteurs de risque suicidaire, il faut mentionner l'existence de


facteurs de protection. Il s'agit essentiellement de facteurs psycho-sociaux tels un
soutien familial et social de bonne qualité, le fait d'avoir des enfants, des relations
amicales diversifiées, etc. Bien que ceux-ci soient insuffisamment documentés
actuellement, on peut citer également "la résilience", c'est à dire la capacité d'un
individu à faire face à l'adversité

IV-LES MOYENS (11) (24) (25)

Les moyens de parvenir à un suicide sont multiples mais les plus utilisés varient selon le
pays ou la personne se situe, en voici quelques exemples : aux Etats Unis d’Amérique
l’arme à feu est le plus courant comme moyen de suicide puis le saut du haut d’un
immeuble en second lieu, en France : la pendaison en premier lieu; l’arme à feu en
deuxième puis l’intoxication médicamenteuse en troisième. En plus de ces moyens
précédemment cités, il existe aussi :
- l’emploi d’une arme blanche
- la submersion- la noyade
- ingestion d’acide ou de poison
- se précipiter vers une voiture en marche
- overdose de drogue
-phlébotomie
Ce sont les moyens les plus rencontrés.

V- SIGNES D'ORIENTATION DIAGNOSTIQUE : (26) (27) (28)

La crise suicidaire se traduit par des signes de rupture par rapport au comportement
habituel de la personne, dont le regroupement doit alerter l'entourage et provoquer une
assistance professionnelle. Il peut s'agir de signes manifestes, tels : la manifestation
explicite d'idées et d'intentions suicidaires par le discours ("je veux mourir", "je n'en
peux plus", "je voudrais partir…", etc.) ou sous forme de textes, de dessins, chez les
enfants en particulier. L’expression de la crise psychique dans les attitudes, le
comportement, les relations interpersonnelles : la personne a un visage triste,
13

douloureux ou inexpressif ; elle peut paraître étrangement absente ; on peut noter un


changement de comportement avec l'entourage, un désintérêt ou l'abandon des centres
d'intérêt habituels, des décisions irréfléchies, parfois illogiques ou peu compréhensibles,
une consommation et un recours inhabituel ou excessifs aux médicaments, à l'alcool,
aux drogues ; un repli sur soi, une anxiété, une irritabilité, un désinvestissement
inhabituels. Des distorsions cognitives : elles traduisent le fait que la personne ne
perçoit et n'analyse plus de façon réaliste et objective les événements extérieurs ou ses
propres capacités à faire face : elle présente une image altérée et dévalorisée d'elle-
même, se sent impuissante à surmonter ses émotions et à affronter les événements de sa
vie. Ce sentiment peut confiner au désespoir, à une vision cynique et désabusée d'elle-
même et d'autrui, une réduction du sens des valeurs, un sentiment de constriction
psychique. Des "comportements de départ" à forte valeur d'orientation doivent être
activement recherchés et attirer l'attention : la recherche soudaine d'une arme à feu, le
don d'effets personnels investis d'une valeur affective, la rédaction de lettres aux
proches ou d'un testament, en sont des exemples.

Les signes d'alerte peuvent varier selon l'âge:

- chez l'enfant, la crise psychique sera peu verbalisée et s'exprimera plutôt sous la forme
de dessins traduisant des préoccupations pour la mort, par la survenue de plaintes
somatiques, des blessures à répétition, une hyperactivité, des troubles du sommeil, une
tendance à l'isolement; des troubles des apprentissages ; une réduction des activités
ludiques et une tendance à devenir le "souffre-douleur" d'autrui… Des bouleversements
familiaux (décès, maladie, séparation…) la maltraitance ou les carences affectives sont
des facteurs de vulnérabilité qui doivent être recherchés.

- chez l'adolescent, l'expression répétitive d'une intentionnalité suicidaire est un motif


suffisant d'intervention. Cependant, il faut également être attentif à un fléchissement
inattendu des résultats scolaires, la survenue des conduites déviantes, de prise
inconsidérée de risques ou de conduites adductives ; des fugues et des conduites
violentes contre soi ou autrui … Les ruptures sentimentales, les échecs scolaires ou
autres, les conflits d'autorité, la solitude affective sont des facteurs de vulnérabilité.
14

- chez l'adulte, la crise psychique peut se manifester par des arrêts de travail à répétition,
des consultations médicales itératives pour douleurs ou fatigue, des conflits avec la
hiérarchie ou le conjoint, un sentiment d'incapacité, d'inefficience ou d'inutilité dans le
travail et les relations sociales, etc. Les conflits professionnels ou conjugaux, les
maladies graves, la toxicomanie, les blessures narcissiques, l'émigration… sont des
facteurs de vulnérabilité.

- Chez la personne âgée : les idées suicidaires sont rarement exprimées de façon
explicite mais plutôt allusivement : "laissez-moi partir", "à quoi bon, je dérange tout le
monde"… La crise psychique doit être recherchée devant une perte progressive d'intérêt
pour les personnes et les activités investies ; un refus de soin, des conduites
anorexiques… Chez le sujet âgé, la dépression, les maladies physiques -en particulier
celles qui génèrent handicap et douleurs-, les changements d'environnements et le
départ en institution (hôpital, maison de retraite…), le décès du conjoint sont des
facteurs de vulnérabilité.

Les patients qui souffrent de troubles psychologiques ou qui traversent des difficultés
personnelles, présentent souvent des idées de suicide. Chez certains d’entre eux, le
processus suicidaire progressera vers la planification et/ou le passage à l’acte.il faut
noter que 60% des transitions suicidaires auront lieu dans l’année qui suit l’apparition
des idées suicide. Pour cela, il est important d’évaluer le risque pour que qu’une
personne présentant une idée de suicide puisse passer à l’acte. Le suicide n’est pas un
choix librement consenti mais la seule solution envisageable permettant d’échapper à
une souffrance insupportable.

Les personnes qui parlent de suicide ne sont pas protégées vis-à-vis d’un passage à
l’acte auto-agressif :8 personnes sur 10 en parlent avant leur geste.

Interroger un patient sur les idéales de suicide et la planification suicidaire ne lui


« donne pas des idées» et ne l’incite pas à passer à l’acte .Au contraire, ceci permet à la
personne d’exprimer ses difficultés et des idées dont elle a souvent honte. Aborder les
idées de suicide laisse entrevoir au patient la possibilité de trouver de l’aide. L’idéation
15

suicidaire devient alors un problème à résoudre(31). Alors pour pouvoir évaluer ce


risque suicidaire, voici quelques clés :

Clé n°1-Procéder à l’évaluation des troubles psychiatrique

Il est clairement établi que les sujets qui effectuent des gestes suicidaires souffrent
(presque) toujours d’une maladie psychiatrique. Ce moment d’évaluation est capital,
notamment chez les sujets déprimés. Ainsi, chez les sujets présentant des idées de
suicide, le risque de passage à l’acte est associé à la présence de troubles anxieux et du
trouble impulsif (troubles des conduites, abus de substances (alcool et drogues), déficit
de l’attention avec hyperactivité, trouble bipolaire…) qu’il est important d’identifier(32).

Clé n°2-Repérer les idées de morts et de suicide en 5 questions

Le principal facteur de survenue d’un geste suicidaire est l’existence d’idées de suicide
.il s’agit donc du temps fondamental de l’évaluation du risque. Il est alors important de
dévoiler l’existence d’idées suicidaires et de mettre en évidence l’impulsivité du
patient :

« Avez-vous des idées noires ou des pensées autour de la mort ? Lesquelles ? »

« Souffrez-vous au point d’envisager la mort comme un soulagement ? »

« Pensez-vous à vous faire du mal ou au suicide ? »

« Ces pensées d suicide deviennent-elles régulières, voire quotidiennes ? »

Clé n°3-Détecter un « syndrome de menace suicidaire »

La mise en route du processus suicidaire s’envisage lorsque le patient est à la recherche


de moyens létaux ou qu’il planifie son geste. Le « syndrome de menace suicidaire »,
associé à un passage à l’acte imminents caractérise par :

-désespoir et sentiment d’être à bout,

-pertes de la raison de vivre,

-ruptures des relations et isolement social,

-augmentation de la consommation de substances (alcool et drogues),

-sentiment de colère, instabilité et comportements à risque,

-anxiété, agitation perturbations du sommeil, labilité émotionnelle.


16

Clé n°4- Repérer la préparation d’un acte suicidaire en 3 question simples

Afin d’éviter que l’issue de la crise suicidaire ne soit le passage à l’acte, il demeure
indispensable de caractériser précisément la possibilité d’un scénario ou d’un plan de
suicide.

« Avez-vous envisagé in moyen de vous suicider »

« Avez-vous envisagé in moyen de vous suicider »

« Avez-vous planifié votre suicide ?quand ? »

L’évaluation précise de la préparation d’un geste suicidaire est indispensable chez un


sujet ayant des idées suicidaire .En effet, il est possible d’identifier un projet en cours de
réalisation, permettant ainsi de sauver le sujet. En revanche, il ne faut pas très marqué,
ne risque pas de passer à l’acte.la survenue d’un événement de vie, l’impulsivité, l’abus
d’alcool peuvent faciliter un geste.

Clé n°5-ne pas hésiter à interroger l’entourage

L’entretient avec les proche peut fournir des informations de valeur capital : identifier
les facteurs de stress, évaluer l’existence et la qualité des soutiens sociaux et déceler des
propos avant coureurs d’un passage à l’acte suicidaire (messages directs comme « je
veux en finir ; la vie n’en vaut pas la peine » ou indirects comme « vous seriez bien
mieux sans moi ; Je suis inutile » .Après avoir obtenu l’accord du patient, quelques
questions peuvent être posée aux proches.

« A-t-il changé de comportement ou tendance à s’isoler ou semble déprimé ? »

« A-t-il dit qu’il serait mieux mort ? A-t-il plaisanté en parlent de se tuer ? »

« Craigniez-vous qu’il se mettre en danger ? »

« A-t-il tendance à consommer alcool ou médicaments de façon abusive ? »

« A-t-il déjà essayé de se faire du mal ? »

Evaluer la vulnérabilité suicidaire

Parmi les sujets en proie à ces facteurs de stress externes (environnement délétère) ou
internes (troubles psychiatriques), ceux qui sont à risque de passer à l’acte sont ceux qui
portent une vulnérabilité suicidaire spécifique. Cette vulnérabilité permet de distinguer
les patients à haut risque des patients à risque modéré .En outre, la vulnérabilité
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suicidaire est spécifique, c’est-à-dire que cette évaluation reste valable quel que soit le
contexte du patient, et l’affection dont il souffre. Nous préconisons donc que cette
évaluation soit réalisée de façon systématique.

Clé n°6-Identifier les facteurs de vulnérabilité suicidaire

L’un des principaux facteurs de risque suicide abouti est l’existence d’une histoire
passée de tentative de suicide. L’existence d’une trouble morale marquée au cours de la
dépression, d’une forte sensibilité au rejet, d’une impulsivité agressive, d’un
pessimisme favorisent le risque le passage à l’acte. Certains éléments biographiques
doivent aussi être pris en compte : abus ou maltraitance dans l’enfance, antécédents
familiaux de conduites suicidaires ; Ces éléments sont stables, ils doivent être consignés
dans le dossier.

« Avez-vous déjà réalisé une tentative de suicide ? »

« Des membres de votre famille ont-ils réalisé des tentatives de suicides ? »

« Des membres de votre famille se sont-ils suicidés ? »

VI-PRISE EN CHARGE

La prise en charge est multidisciplinaire, par les médecins de différente discipline


(somatique et psychologique) et également par l’entourage.

VI-1 OBJECTIFS

Cette prise en charge est à la fois somatique, psychologique et sociale.

Les principaux objectifs sont (29):

- Assurer la stabilité de l’état général du patient


- L’orienter vers le service de soins que nécessite son état
- Eviter le décès et surtout la récidive

VI-2 MOYENS

VI-2-a Prise en charge médicale (30)


18

Les mesures générales et le traitement symptomatique sont destinés à assurer la


survie du patient.

 Les mesures générales


Les mesures à prendre en cas d’ingestion de substance sont :

- Si ingestion de substance caustique, indiquer un repos digestif total qui évite


tout traumatisme de la muqueuse digestive déjà lésée.
- Si ingestion de substance organophosphorée, le régime serait sans graisse pour
éviter son accumulation et pour favoriser son élimination.

 Traitement symptomatique
- Devant un état comateux : appliquer une ventilation assistée pour prévenir
toute pneumopathie de déglutition (syndrome de Mendelson).
- Devant un état de détresse respiratoire : libérer les voies aériennes soit en
subluxant la mandibule soit par la mise en place d’une canule de Guedel avec
oxygénation, jusqu’à une intubation trachéale.
- Devant un état de collapsus cardiovasculaire : débuter un remplissage
vasculaire avec les macromolécules, ensuite si nécessaire utilisation des drogues
vasopressives.
-
 Traitement évacuateur
L’objectif est de retirer le toxique au niveau digestif dans ce cas.

L’indication d’évacuation digestive doit être réfléchie et repose sur le délai


écoulé depuis l’ingestion, sur la forme galénique du toxique (médicament et la cinétique
de celui-ci).

Le plus souvent c’est une geste de routine malgré un rapport risque-bénéfice qui
n’est pas toujours favorable.

Il faut respecter les contres indications qui sont :

- présence de troubles de la conscience


- Devant toutes convulsions d’apparition brutale ou non.
19

- Troubles cardiaques
- Dépression respiratoire
Le risque est dans ce cas la fausse route et la pneumopathie de déglutition.

On remarque que les vomissements provoqués par moyens mécaniques


(attouchement laryngé) sont à proscrire. Ils augmentent le risque de la fausse route et les
traumatismes psychologiques.

Les moyens évacuateurs sont :

 Sirop d’ipéca
 lavage gastrique
 Evacuation par voie basse
Diarrhée provoquée ou diarrhée osmotique par utilisation de Nacl-mannitol
25%, purgatif ou sulfate de magnésie.

 Traitement épurateur
A pour objectif d’augmenter et ou d’accélérer l’élimination du toxique de la
circulation général

- Epuration rénale

- Diurèse forcée

- Diurèse alcaline

- Epuration extra rénale représentée par l’hémodialyse et la dialyse péritonéale


exsanguino-transfusion. L’hémodialyse est à proposer dans les cas d’intoxication
sévère engageant le pronostic vital.

 Traitement spécifique
C’est l’utilisation des antidotes, le traitement le plus satisfaisant sur le plan
physiopathologique mais ils sont en nombre limité.
20

- En cas d’intoxication à la substance non médicamenteuse comme:


 ORGANOPHOSPHOREE

L’atropine corrige les signes muscariniques, mais elle est sans effet sur les
signes nicotiniques et sur les cholinestérases.

La pralidoxime (CONTRATHION*) permet de régénérer le cholinestérase, qui


sera indiqué en cas d’intoxication grave ou lorsque l’atropinisation est insuffisante.

- En cas d’intoxication à la substance médicamenteuse comme :


 ANTI-DEPRESSEUR TRICYCLIQUE

Le lactate de sodium molaire (11,2%) administrée en perfusion IV, rapide


uniquement en cas de trouble grave de la conduction intracardiaque (QRS>16/100s)
sans dépassé 500ml.

 PARACETAMOL

Son antidote est le N-acétyle cystéine, son efficacité serait maximum avant la
8ème heure mais son effet protecteur existerait encore jusqu’à la 24ème heure.

 CHLOROQUINE

Le diazépam est préconisé à la dose de 0,5 à 1mg/kg par voie IVDL, adapté à la
dose ingérée (25mg de diazépam par gramme de chloroquine), suivi d’une dose
d’entretien 2 à 4 mg/kg/24h pour 1g de chloroquine).

Son efficacité n’est pas formellement démontrée.


21

VI-2-b. Prise en charge chirurgicale (31)

La restauration fonctionnelle serait considérée comme un acte de renaissance.


Cette prise en charge serait constituée d’un traitement orthopédique et ou d’une
chirurgie curative.

VI-2-c. Prise en charge psychiatrique(26) (29) (32) (33)

. L’entretien avec le suicidant devrait débuter dès que l’état physique et la


conscience du sujet le permettent, car il renferme trois intérêts :

- Intérêt diagnostic : permet l’interrogation du patient pour avoir tous les


renseignements sur son acte suicidaire.
- Intérêt étiologique : permet de savoir la cause de sa conduite d’autolyse.
- Intérêt thérapeutique : l’institution d’un dialogue avec le patient peut améliorer
son état psychique et le faire revenir sur ses décisions à mettre fin à ses jours.

Pour le médecin : Il doit établir un lien de confiance avec la personne suicidaire


et la rencontre doit pouvoir se dérouler en toute confidentialité favorisant l'expression
des affects. L'entretien doit être conduit de façon à la fois directive et empathique,
laissant à la personne le temps de s'exprimer. Il n'est pas inutile de laisser le sujet
pleurer ou exprimer son désespoir, son désarroi, ses frustrations ou sa colère. Les sujets
en crise psychique sont souvent en proie à une souffrance intense et ne peuvent réfléchir
ou s'exprimer de façon posée. L'entretien doit en premier lieu permettre de soutenir le
sujet, établir une relation de confiance, mettre à jour sa souffrance et l'assurer qu'on le
comprend.

Il a pour rôle d’écouter et de comprendre les raisons qui ont poussé le sujet à
faire cet acte agressif quel que soit le but. Le médecin doit répondre par une attitude qui
inspire la confiance, d’une autre manière il rassure et ne montre en aucun cas une
forme d’agression morale, physique et spirituelle. Il ne doit être ni un moralisateur,
avide de solution concrète et tangible, ni un dramatisant mais doit être ferme et assure.
22

Le patient doit sentir que l’on est réceptif. Ne remet pas en question ou doute de
la confiance qu’il a pour le médecin.

Pendant l’entretien du patient ou de son entourage, l’interrogation porte sur :

- l’identité du patient
- les antécédents personnels et familiaux
- le profil psychologique et sa dynamique relationnelle
- l’éventualité d’une pathologie mentale sur sa tendance suicidaire, le rapport
entre le choix du moyen et l’authenticité du désir de la mort.
- La maturation du choix : la facilité d’exécution, le facteur d’imitation ou
d’identification, le procédé spectaculaire bizarre, brutale ou indolore, de valeur
symbolique de ce choix.
- les motifs invoqués : difficultés familiales, échec amoureux…
- son opinion sur la mort en général, sur la suite de son acte en général
- le profil psychologique et sa dynamique relationnelle.
- en explorant la fonction intellectuelle, l’attention, la mémoire, le jugement et
le raisonnement pour avoir le niveau intellectuel, culturel et son état de conscience.
- recherche d’une pathologie mentale : surtout à la recherche d’un syndrome
dépressif (présentation, contact, plainte du patient)

VI-2-d. Prévention (34)

Dans ce volet, la conduite à tenir est centrée sur la prévention surtout secondaire
et tertiaire que primaire.

 Prévention primaire
Elle a son importance car elle concerne les sujets ne présentant pas actuellement
de risque suicidaire mais seulement des facteurs de risque, qui ne justifient pas
immédiatement une mise en place de mesure de protection, mais plutôt demandent une
intervention psychosociale précoce dans la situation de crise.
23

 Prévention secondaire
Elle s’adresse aux suicidaires car il s’agit d’interrompre le processus suicidaire
avant sa concrétisation. Ceci nécessite une écoute attentive avec compréhension du
patient tout en recherchant :

- d’une part l’existence d’idée de suicide dans les situations de crise ou dans les
pathologies psychiatriques en phase aigüe.
- et d’autre part identifier les facteurs d’urgence et proposer la conduite à tenir
qui associe soins et traitement. Ces facteurs d’urgences sont représentés par : idées de
suicides actives et prévalentes, projet suicidaire élaboré et planifié, pathologie
psychiatrique aigue, syndrome pré-suicidaire.
Ces facteurs d’urgence nécessitent une conduite à tenir immédiate :
hospitalisation en premier lieu dans un milieu spécialisé après discussion avec le patient
et sa famille. Des mesures de surveillance stricte doivent être prises si refus de soins. En
présence de trouble psychiatrique, restaurer un traitement spécifique.

Dans le cas contraire où ces facteurs d’urgence sont absents, l’hospitalisation est
discutée et un suivi en ambulatoire doit être proposé de préférence par un spécialiste ou
un praticien formé, toujours en traitant la crise et les troubles psychiatriques.

 Prévention tertiaire
Elle est destinée aux suicidants et le but est d’éviter la récidive suicidaire à court
ou à moyen terme.

- Hospitaliser le patient en service d’urgence au moins 24h, après l’évaluation et


la prise en charge somatique, l’évaluation psychologique doit être débutée le plus
précocement possible, dès que la vigilance le permet, et préférentiellement par un
psychiatre. Dans ce cas, il faut rechercher les éléments faisant craindre une récidive à
court terme par l’interrogation du patient et de son entourage.
- Ensuite organiser la phase de post urgence soit sur le mode institutionnel, qui
consiste à hospitaliser le patient en milieu spécialisé devant les troubles psychiatriques
sévères ou en présence de facteurs d’urgence, soit sur le mode ambulatoire lorsqu’une
hospitalisation n’est pas imposée. Dans ce cas mettre en place un suivi structuré,
planifié et ordonné selon la situation clinique qui sera établi par un médecin généraliste,
24

psychiatre et réseau social. Ce suivi permet principalement l’instauration d’une relation


psychothérapique et la surveillance du traitement chimiothérapique.

VII- PRONOSTIC ET EVOLUTION(35)

On note 40 % de récidives, dont la moitié dans l'année suivant la tentative de suicide. Il


y a 1 % de mortalité par suicide dans l'année qui suit la TS (contre 0,02 % dans la
population générale, soit 50 fois plus !).

Il y a plus de 10 % de décès par suicide, au cours de la vie, après une première


tentative de suicide. Un antécédent de tentative de suicide est ainsi l'un des plus
importants facteurs de risque de suicide.

Voici un tableau récapitulant les principaux stades pour l’évaluation et la prise


en charge quand on détecte un risque de suicide:
25

Tableau n°1 : Récapitulation de l’évaluation des risques et stratégie de prise en


charge de la crise suicidaire (34)

NIVEAU DE DEPISTAGE EVALUATION STRATEGIE


RISQUE
0 Pas de détresse

1 Hyperémotivité Interroger sur Ecouter avec


l’existence d’idées de compréhension
suicide
2 Vague idée de mort Interroger sur Ecouter avec
l’existence d’idées de compréhension
suicide
3 Vague idée de Evaluer Rechercher tous les
suicide l’intentionnalité (plan soutient possibles
et moyen)
4 Idée de suicide mais Evaluer Rechercher tous les
sans troubles l’intentionnalité (plan soutient possibles
mentaux et moyen)

5 Idée de suicide avec -Evaluer Orienter vers un


troubles mentaux ou l’intentionnalité (plan psychiatre
stress intense et moyen)
-Etablir un contrat
« non suicide » car il
existe encore un
contrôle de soi chez le
patient

6 Idées de suicide avec -Rester avec le patient Hospitaliser dans un


troubles mentaux ou afin d’empêcher aux service spécialisé
stress intense ou accès de suicide
agitation et
antécédent de
tentative de suicide -transférer vers un
service d’urgence

Le médecin traitant a un rôle clé dans la prévention du suicide par sa


connaissance de l’histoire du patient, par son accès à l’entourage et en procédant au
repérage des idée de suicide.
26

Une évaluation organisée et directe permet d’obtenir des informations de qualité :


idéation suicidaire, expression d’une « crise psychique », « vulnérabilité » suicidaire. (34)

Le médecin est le personnage central de la prise en charge du patient et de son


entourage. Pour autant, il ne doit pas rester isolé mais avoir. (34)