Vous êtes sur la page 1sur 5

Edwige Thibault: sur le château de

Wewelsburg
Propos recueillis par Thierry Durolle
1) Le public de la droite radicale et les passionnés de la Seconde-Guerre mondiale vous
connaissent grâce à un livre devenu culte, L’Ordre SS. Pourriez-vous nous présenter cet
ouvrage et nous parler de sa genèse ? Une réédition pourrait-elle voir le jour ?

Ce qui a motivé ma démarche est en premier la curiosité, car je n'étais pas vraiment
satisfaite par tout ce que j'avais lu sur la période de la Seconde Guerre mondiale. Peut-on
réellement appréhender une idéologie à travers le seul prisme apposé par des systèmes
ennemis vainqueurs ? À plus forte raison la juger et la condamner aussi rapidement ? Je
soupçonnais qu'il devait exister autre chose. Puis il y eut des rencontres, les conseils
d'amis allemands qui m'ont dit qu'il fallait aller aux sources, lire les textes originaux
produits par ceux-là mêmes qui avaient fait cette histoire. Ce fut difficile pour quelqu'un
qui ne parlait pas l'allemand. Alors j'ai appris. Je suis entrée dans cette sphère de
réflexion et j'ai réalisé que la majorité des Français étant dans mon cas, il était
nécessaire de traduire ces textes et de les porter à la connaissance du public, par soucis
de vérité historique.

Telle fut donc mon ambition avec L'Ordre SS : permettre de se faire une idée en toute
indépendance sur un univers intellectuel beaucoup plus complexe et riche qu'on ne
l'imagine. Il a constitué une authentique vision du monde susceptible de modeler l'avenir
de l'Europe et d'offrir une alternative aux systèmes politiques existants déjà plus ou
moins en faillite.

Oui, une réédition est envisageable. Mais pour l'instant, j'ai d'autres projets inédits et
peut-être plus importants encore, dont le livre sur Wewelsburg est un exemple.
2) Vous avez également consacré un ouvrage à Heinrich Himmler, intitulé Heinrich
Himmler, esquisse d’une vie. Beaucoup de choses ont déjà été dites à son sujet. Quelle
était votre ambition avec la parution de cet ouvrage ?

J'ai passé près de trente ans à étudier l'oeuvre de Heinrich Himmler et j'en suis venue à
la même conclusion que David Irving, au moins sur ce point : c'est lui qui a fait de la SS,
troupe groupusculaire des origines, cet organisation formidable dont l'aura, fascinante
ou terrifiante, continue de rayonner aujourd'hui.

Sa destinée personnelle s'est inextricablement imbriquée dans celle de la SS qui fut


comme une projection d'une vision idéale qu'il portait en lui. Voilà pourquoi ceux qui
cherchent à savoir ce que fut réellement la SS doivent d'abord apprendre à connaître
Heinrich Himmler, que cela plaise ou non.

Cela aussi pour une autre raison, très simple : Il a possédé certaines dispositions qui, à
mes yeux, sont des conditions déterminantes pour qu'un chef d'État puisse être un grand
créateur d'histoire et qui sont si difficiles à trouver : une forme d'intégrité et de sens du
dévouement très dérangeante, l'aptitude à lever toutes les limites et concilier des
domaines qui pour la plupart des gens sont parfaitement incompatibles. Cela s'est
naturellement répercuté sur la SS, où l'on vit fusionner art et guerre, science et
spiritualité, socialisme et capital, répression et assistance familiale, écologie et
modernité en une unité surprenante et particulièrement efficace.

On en vient alors immanquablement à la conclusion qu'un nouveau type de société,


d'une dimension insoupçonnée, était en voie de création sous l'égide de la SS et qui
débordait de la mission initiale de protection que Hitler lui avait fixée. Et cela, c'est
d'abord à Himmler qu'on le doit, car peu y croyaient faute d'avoir cette envergure de
pensée.

Dès lors, j'ai voulu, à travers ce modeste ouvrage de témoignages, réaliser un genre
d'introduction plus personnelle à mes travaux présents et futurs sur l'oeuvre de Heinrich
Himmler car une biographie serait trop limitative pour décrire l'ampleur de ce qui fut fait.
Degrelle, qui l'avait bien cerné, avait tout à fait raison: c'est sur Himmler que les plus
grandes découvertes restent à faire ! Wewelsburg en est une démonstration.

3) Avant d’aborder la thématique de votre nouveau livre, il serait bon de revenir un


instant sur la création de la maison d’édition Versipellis. Pourquoi avoir créé votre propre
maison d’édition ? Quelle en est la ligne éditoriale ? Nous devons avouer que vous
frappez fort avec cette première salve de livres !

Avec des amis, j'ai créé une maison d'édition parce que je n'étais pas satisfaite des
réponses données à mes attentes dans le milieu de l'édition. J'en ai eu assez de voir
sacrifier la qualité des livres à des questions bassement matérielles, mercantiles, de
rentabilité.

Pour moi, un livre n'est pas un "produit de consommation", un simple bloc de feuilles
imprimées qu'on range dans une bibliothèque après l'avoir rapidement lu. C'est une
unité, une arme idéologique capable de susciter enthousiasme, vocation, esprit
d'insurrection, de combat et de victoire. Sa forme se doit de refléter le fond, et cela
d'autant plus lorsqu'il porte le message d'une vision du monde. C'est l'instrument d'une
création culturelle qu'il importe de se transmettre de génération en génération et que l'on
doit pouvoir continuer à comprendre dans plusieurs siècles. Par sa beauté extérieure, le
livre marque déjà toute la hauteur d'une pensée qui ne peut laisser indifférent.
Autrement, l'éditeur n'est qu'un marchand du temple, le galvaudeur d'une plume trahie !

En ce qui concerne la ligne éditoriale, là encore, nous nous efforçons de faire connaître
des auteurs et des textes d'ordinaire inaccessibles pour des gens qui ne sont pas
polyglottes, dans l'esprit de ce qui fut dit précédemment.
4) Abordons maintenant votre nouvel ouvrage Wewelsburg, histoire d’un nouveau
Montsalvat. Celui-ci retrace l’histoire de
ce lieu énigmatique pour beaucoup,
fantasmé par certains. Que fut en réalité
Wewelsburg ?

Wewelsburg, ancienne résidence des


princes-évêques de Paderborn en
Westphalie, était tombé en ruines et dans
l'oubli après diverses péripéties de
guerres et d'infortunes. C'était devenu
une charge pour l'administration locale
qui fut heureuse de s'en débarrasser lors
de l'avènement au pouvoir du parti
national-socialiste et de l'intérêt que la SS
lui porta.

Himmler, qui voulait faire de la SS


l'héritière de l'Ordre des chevaliers
teutoniques, cherchait un lieu au pouvoir
fascinant, comparable dans une certaine
mesure à Marienburg, le siège des
Teutoniques, pour y réunir l'autorité
supérieure SS. Il le trouva en
Wewelsburg, un château à la forme
triangulaire de style renaissance. Ce fut
le point de départ pour la création future
d'un complexe qui aurait constitué le
coeur de l'autorité SS européenne.

5) Le château se situe dans une région


riche en histoire et en lieux sacrés. Est-ce un hasard si Himmler choisit ce château ?

Non bien sûr. Lors de son voyage en Westphalie en compagnie de Hitler pour la
campagne électorale de janvier 1933, il avait pu se familiariser avec l'histoire antique de
la région, qui est celle d'une résistance acharnée à toute forme d'invasion étrangère.
Arminius a vaincu les armées romaines, la voyante Velléda rendait les augures, Widukind
a affronté Charlemagne et les porteurs de la Croix, le fabuleux site des Externsteine fait
rayonner la magie de l'Irminsul, et d'innombrables localités portent encore des noms
païens. Toute cette région est saturée de fierté identitaire et de tradition. Et la forme
singulière du château, dirigé vers le Nord, célébrait déjà en soi l'esprit trifonctionnel et
nordiciste de la SS. La légende tutoyait l'histoire et parlait dans la pierre avec des
accents infiniment poétiques.

6) Peut-on qualifier Wewelsburg de centre d’étude de la SS, en tant qu’État dans l’État,
œuvrant à un autre destin que celui envisagé par Adolf Hitler pour l’Allemagne et
l’Europe ?

Dans la première phase de son développement, la SS y a installé des sections de


recherche alors qu'elle manquait encore de moyens pour ses projets culturels. Mais
lorsqu'on examine les plans futurs, il apparaît que le château en tant que tel devait être
avant tout un lieu de recueillement et de réflexion et qu'il aurait été entouré par une
véritable " ville SS " dédiée à la culture, à des études traditionnelles très variées, tout
cela à destination des cadres supérieurs SS européens. Mais cela se situait tout à fait
dans la ligne de ce que Hitler avait imaginé pour l'Europe, non en opposition mais
comme prolongement. Hitler a toujours soutenu la SS en laquelle il avait déjà placé toute
sa confiance et il lui laissa la plus grande liberté.
7) On associe souvent le château avec l’Ahnenerbe mais fut-il réellement lié à ce
dernier ?

La société Ahnenerbe, - la section culturelle de la SS -, a pris en charge les sections de


recherche du château avant la guerre, après le passage de relai des services de Walther
Darré. Il était même prévu qu'elle ait son siège parmi un énorme ensemble architectural
patronné par le Parti et devant être construit non loin du château. Mais la guerre
suspendit le projet.

Ce que l'on peut dire, c'est que l'Ahnenerbe, le château et le site des Externsteine
auraient dû former un vaste triptyque métapolitique. Ils auraient ainsi représenté la
culture, l'autorité guerrière et la religiosité, dans l'esprit de la trifonctionnalité indo-
européenne.

8) Vous passez en revue bien des aspects de Wewelsburg, pourriez-vous nous parler
d’un symbole sujet à débat, à savoir le fameux « soleil noir » situé dans la tour nord ?

Je suis désolée de décevoir certains lecteurs, mais il n'y eut jamais de "soleil noir"! C'est
un ancien chercheur SS du château qui l'a confirmé après-guerre. Cette "invention"
fumeuse née dans l'esprit de pseudo-satanistes n'a qu'une finalité purement "négative".
D'ailleurs, si l'on observe bien ce symbole, il est vert, au même titre que les colonnes et
l'ambiance générale de la pièce où il se trouve !

Le soleil runique était avant tout un résumé symbolique, lumineux, de l'esprit


métaphysique et aristocratique de la SS. Il traçait un lien entre le plus lointain passé
païen qui l'a inspiré et le présent créateur à travers les douze S runiques de victoire et de
spiritualité comme marques des grandes branches SS et leurs domaines spécifiques. La
tour Nord, quant à elle, était destinée à être l'endroit de futures cérémonies à la fois
mortuaires et d'adoubement qui, là encore, n'ont jamais pu avoir lieu, faute de temps et
suite à la guerre. Il faut tirer un trait sur toutes les affabulations colportées par les
émissions de télé sur ce sujet.

9) Impossible de faire l’impasse sur la SS d’Himmler lorsque l’on s’intéresse à ce lieu.


Certains auteurs n’hésitent pas à parler d’une véritable mystique SS. Êtes-vous
d’accord ? Et si tel est le cas, pourriez-vous la décrire ?

Oui, je suis absolument d'accord. Mais cette "mystique" ne fut pas celle que l'on croit
généralement. On n'est pas dans les films de Spielberg avec des bimbeloteries pour
fanas d'ésotérisme de bazar. Pas de " lance magique " ou de pseudo-graal qui vont
apporter la " domination du monde " à de misérables petits dictateurs de salon !

La mystique SS, ce fut d'abord ce " réalisme héroïque " si magnifiquement célébré par
Kurt Eggers. Ce fut une formidable prise de conscience identitaire où l'on réapprend à
sentir, penser et agir en Européen avec cette autonomie d'être intégrale enracinée dans
sa force. Point de " devoir de mémoire ", de faux humanitarisme et de compassion
pleurnicharde avec des nounours et des petites fleurs mais la volonté élitiste du guerrier
qui affiche la dignité et la vérité de ses armes. Il est bien le seul apte à protéger et
défendre ce qui nous est cher. Point de " société ouverte ", soumise, nomade, à tendance
pornocrate mais la fraternité du sang, l'amour de son clan, des siens, comme expression
des grandes lois naturelles. De ce fait, était ainsi restauré un rapport sacré au monde qui
nous est propre, délivré des empoisonnements pernicieux occasionnés par le
dogmatisme monothéiste et le matérialisme niveleur.

Comme indiqué plus haut, la SS était appelée à devenir une norme de référence et
d'action pour l'ensemble de la société européenne. Wewelsburg, quant à lui, serait le
futur "centre" d'une expérience intérieure initiatique de type chevaleresque pour l'élite,
comme un rappel métaphysique de Marienburg et Montsalvat. " Deviens ce que ta
volonté te commande " ; telle aurait pu être une autre devise de la SS.

10) Pour conclure, qu’est-il advenu de Wewelsburg après la guerre et la dénazification ?

Contrairement aux créations architecturales du régime national-socialiste, Wewelsburg a


été restauré, protégé par son histoire plus ancienne. Il est devenu un musée comportant
différentes sections, dont une sur la période nationale-socialiste. Il y a aussi une auberge
de jeunesse. On peut encore voir l'ancienne maison communautaire
(Dorfgemeinschaftshaus) à pans de bois peints et décors païens dans le village ainsi que
bien d'autres choses. Et je ne peux que conseiller aux lecteurs de R&A de le visiter tout
comme les multiples sites remarquables de la région.

Himmler avait ordonné, à la fin de la guerre, de le faire détruire car il ne voulait pas que
ce chef-d'oeuvre, ce Grand-Oeuvre de pierres, soit profané par des impies. En dépit de sa
volonté, les parties les plus importantes sont restées intactes, à savoir les pièces de la
tour Nord. J'y vois là un magnifique symbole : L'âme de l'Europe restera toujours debout
et rien ne pourra jamais la détruire, pas même la désespérance éphémère et illusoire
provoquée par les temps les plus effroyables.

Tout change très vite dans l'histoire. Rien ne perdure, et surtout pas la décadence. À
nous de poursuivre ce combat majeur pour notre renaissance et notre victoire, ce que
votre revue accomplit avec tant de talent. Le grand réveil pointe déjà à l'horizon. La vertu
sera toujours un flambeau, une épée de lumière pourfendant la nuit.