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Le sucre

qui rend fou


à lier

LES DOSSIERS SPÉCIAUX PURE SANTÉ


Le sucre qui
rend fou à lier
Derrière son apparente douceur, le sucre agit comme
une véritable drogue sur notre cerveau. Il enclenche des
mécanismes de dépendance très proches de ceux de l’alcool
ou du tabac. Voici les clefs pour se débarrasser de notre
addiction au sucre.

Sommaire
1. Comment le sucre prend le contrôle de notre cerveau - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 05
La noradrénaline : l’accélérateur de nos pulsions - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 05
Comme un pilote qui perd la pédale du frein… - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 06
Le « shoot » du sucre dure deux heures - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -07
Pourquoi certains individus n’ont-ils plus de limite ? - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -07
Comment le sucre attire dans ses filets les plus fragiles - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 08
Moins de sucre, moins de délinquance - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 09

2. Alcool, tabac, graisses : les mêmes mécanismes d'addiction que le sucre - - - - - - - - - - - 11


Les singes pas égaux face à l’alcool - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 11
Les graisses agissent comme une drogue - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 13
Pourquoi les petits creux se produisent vers 17h - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 14

3. De « bonnes drogues » pour remplacer les sucres ? - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 15


Les glucides lents - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 15
Les oléagineux - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 16
Le chocolat noir - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 16
Réduire les viandes - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 16
Le sport - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 16
Les outils de gestion du stress - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 17
Une sexualité épanouie - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 18
La créativité - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 18
Éducation aux « bonnes drogues » - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 18
Tout commence vraiment in utero ! - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 19
Une civilisation addictogène : sexe, travail, jeux… - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 20
Ces compléments plus forts que la dépendance - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 21
DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

L
’histoire du sucre est indissociablement comme le fructose, sont utilisés comme drogue.
liée à celle de l’esclavage. C’est en grande
Les fleurs, par exemple, s’en servent pour atti
partie pour planter de la canne à sucre
rer et fidéliser, grâce à leur nectar, les pollinisa
que les négriers ont déporté vers les Antilles
teurs, insectes, oiseaux, chauve-souris.
et la Réunion, ligotés au fond des cales, des
hommes, des femmes, des enfants. Ces glucides se retrouvent alors dans les fruits
qui attirent à leur tour de nombreux animaux.
Ceux qui survivaient devaient, sous les coups
de fouet, faire pousser de la canne, qui – ils Les animaux, puis les primates et enfin l’homme
ne le savaient pas – allait servir à édulcorer la ont ainsi développé génétiquement une atti
nourriture. Mais surtout, cette canne à sucre rance pour le sucré.
qui les asservissait allait ensuite asservir, certes Pourquoi ? Simplement parce qu’un fruit sucré
beaucoup plus en douceur, les habitants de la a beaucoup moins de chances d’être toxique
métropole. et beaucoup plus de chances d’être comes-
Comment le sucre parvient-il à exercer un tible qu’un aliment amer, ou tout simplement
tel pouvoir d’attraction sur les hommes et les non sucré.
femmes ? Pourquoi agit-il comme une drogue ?
Cette attirance dépend de plusieurs systèmes.
Pour le comprendre, regardons ce qui se passe
Dès la naissance, nous avons une préférence
chez les plantes, sans qui nous ne serions pas
innée pour le goût sucré par rapport au salé, à
là. Leurs feuilles, comme des panneaux solaires,
l’acide, à l’amer.
utilisent le rayonnement ultraviolet, le gaz car
bonique qu’elles respirent et l’eau pour libérer Et même par rapport à ce que l’on appelle le
l’oxygène que nous respirons et pour fabriquer « cinquième goût », l’umami. Lié au glutamate,
les glucides qui vont les nourrir. La plante se il serait le deuxième goût préféré après le sucré.
nourrit donc elle-même, et en plus elle alimente Il est d’ailleurs présent, comme le sucré, dans
les animaux, et nous, les humains. le lait maternel. On retrouve ce goût umami
Les arbres produisent ainsi des glucides qui dans les poissons, les crustacés, les champi
attirent des fourmis et de nombreux autres gnons, les tomates mûres, le chou chinois, les
insectes qui en font profiter leurs larves ni épinards, le kombu, le thé vert… Mais l’uma
chées dans le bois. Les champignons, qui se mi n’est savoureux qu’à de très faibles doses,
rassemblent en rhizomes autour des racines, contrairement au sucre comme le saccharose,
échangent symbiotiquement ces sucres contre le plus utilisé.
des minéraux qu’ils fournissent à l’arbre. Le second mécanisme que l’on trouve derrière
Bien avant l’apparition de l’homme dans l’évo notre attirance pour le sucré, c’est celui du
lution, des glucides simples au goût sucré, contrôle pulsionnel.

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DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

1. Comment le sucre
prend le contrôle
de notre cerveau

La noradrénaline : Des stress intenses ou chroniques, ou l’anxié


té, produisent un état de survigilance dispro
l’accélérateur portionné par rapport aux dangers réels. Cela
de nos pulsions entraîne une sécrétion excessive de noradré
naline qui peut avoir des manifestations éton
Pour comprendre l’attirance qu’exerce le sucre, nantes (voir encadré) et épuise les systèmes.
il faut faire un petit voyage jusqu’à la base du En cas d’épuisement, la vigilance, la combati
cerveau. Il y a là un petit noyau bleuté que vité, l’appétit et la libido baissent. C’est la « dé
l’on appelle « locus coeruleus ». S’il est bleu prime ».
té, c’est qu’il contient du cuivre, nécessaire à
la production de noradrénaline. C’est cette La noradrénaline est connectée avec les cir
substance qui est responsable de l’éveil, de cuits « dopaminergiques ». De quoi s’agit-il ?
l’attention, de la concentration, de la vigilance. En fait, la dopamine est au centre du système
de récompense situé dans notre cerveau. On
Elle est sécrétée le matin, pour se réveiller. appelle aussi la dopamine le neurotransmet
teur du bonheur. La satisfaction de nos pul
Chez les animaux comme chez les hommes,
sions produit un état de bien-être et de sérénité
en cas de problème, de menace ou de tout ce
grâce à la sécrétion de ces opiacés endogènes
qui peut générer une forme de stress, la nora
(qui naissent à l’intérieur du corps) : car c’est
drénaline va être sécrétée plus abondamment
bien notre corps qui produit lui même ces
pour produire un état de mise en alerte. Cette
« drogues » naturelles qui nous procurent du
vigilance augmentée est associé à une aug
bien-être : la dopamine et les endorphines. À
mentation de la mobilisation des muscles, de
l’inverse, la non satisfaction des pulsions fon
l’oxygène (bronchodilatation), des carburants
damentales induit un déficit de bien-être.
énergétiques (sucres et graisses) pour per
mettre des réponses concrètes aux dangers. C’est ce qui nous ramène au sucre.
Le même neurotransmetteur est nécessaire Car les glucides et certaines autres substances
aux tonus pulsionnels. engendrent artificiellement des récompenses
dopaminergiques-endorphiniques.
Ce sont ces pulsions qui « allument » les com
portements instinctifs de survie  : combativi Exactement comme le font les drogues.
té pour défendre le territoire, consommation
d’aliments, sexualité. La noradrénaline est Ces compensations sont d’autant plus addic
en quelque sorte l’accélérateur de nos pul- tives que la personne continue à ne pas satis
sions. faire ses besoins fondamentaux  : le contrôle
du territoire, les succès sexuels ou, plus lar
gement, son existence sociale ou communau

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DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

taire. Le sucre, en quelque sorte, vient com Comme un pilote qui perd
penser ces frustrations.
la pédale du frein…
La noradrénaline et le système dopamine-en
dorphines sont donc des moteurs de survie.
C’est ce qui nous permet d’avancer, de nous
Le délire pulsionnel réaliser, de nous épanouir, de nous sentir bien.

incontrôlé d’un matin Mais comme dans toute bonne machine, pour
de mai 1968 calmer les ardeurs de l’accélérateur, il faut aus
si un frein. C’est seulement grâce aux actions
L’accélération des pulsions peut s’avérer modulées des pédales de l’accélérateur et du
très spectaculaire dans certaines situa- frein que l’on peut piloter sans dommage.
tions : la production de noradrénaline et de Le risque, si l’on appuie un peu trop sur l’accé
dopamine peut s’emballer dans les phases lérateur, c’est de se retrouver planté dans un
maniaques des personnes atteintes de platane au bord de la route.
psychose maniaco-dépressive. Cette hy-
peractivité entraîne des comportements Freiner, réguler sa vitesse, est indispensable à
désinhibés exubérants. n’importe quel conducteur. Même les voitures
de Formule 1 sont équipées de freins, extrême
Cela me rappelle de lointains souvenirs qui
ment puissants, capables de réduire la vitesse
ont marqué à vie mon esprit.
en quelques secondes seulement. Car plus on
J’ai assisté en mai 68 à des scènes inou- prend de la vitesse, plus ou doit pouvoir frei
bliables. ner rapidement et efficacement. Sinon, c’est la
Un très grand auteur dont j’étais proche, sortie de piste assurée.
survolté par ce qui se passait, ne dormait Notre accélérateur, on le sait, c’est la noradré
plus depuis plusieurs jours. naline. C’est elle qui alimente notre moteur
Un matin de ce drôle de mois de mai, il est pulsionnel. Notre système de freinage ABS,
entré au Drugstore de Saint-Germain-des- c’est un neurotransmetteur que l’on appelle la
Prés. Il a acheté toutes les glaces et tous sérotonine. Une grande partie de notre équi
les stylos bics du magasin. Dans un état libre personnel va reposer sur l’harmonie entre
second, il a construit une pyramide avec ces substances organiques.
les glaces sur le trottoir, planté dedans
En clair, la sérotonine module la noradréna
tous les stylos.
line, elle permet la maîtrise des pulsions, de
Plus étonnant encore, il s’est mis à aborder choisir les moments de passage à l’acte, et de
toutes les belles filles qui passaient, un bil- tolérer les frustrations.
let de 500 francs à la main !
À l’inverse, le manque de sérotonine ou une
Voilà ce qui se passe quand les freins du mauvaise réception du message de la séroto
cerveau lâchent. nine, ce que l’on appelle aussi les «dysfonc
Autre exemple bien connu des médecins : tions sérotoninergiques  », peuvent avoir les
la prise de LDopa, le précurseur de la do- conséquences suivantes :
pamine, chez les parkinsoniens engendre
•• Un caractère survolté, intense, par exemple
souvent le passage à des à comportements
la personne fait tout en excès  : paroles,
compulsifs de tous ordres  : jeu patholo-
gestes, émotions, actions, exigences, per
gique, achats compulsifs, comportements
fectionnisme… C’est ce qu’on appelle une
répétitifs sans but, et hypersexualité.
« tension pulsionnelle élevée ».
•• De l’anxiété et une tendance aux phobies.

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DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

•• Une difficulté à s’endormir le soir. une fausse sensation de faim déclenchée par
la dépression du glucose sanguin et un retour
•• De l’impatience, de l’irritabilité et de l’intolé du mal-être associé à la remontée de la ten
rance aux frustrations. sion pulsionnelle.
•• De l’impulsivité, une tendance à l’hostilité, L’effet de la sérotonine, lui, faiblit. Comme un
à l’agressivité, risques de conflits avec les « shoot » de drogue, l’effet du sucre est puis
autres (aussi avec soi-même). sant et immédiat mais retombe vite. Et appelle
•• Des passages à l’acte : excès de vitesse sur une autre dose. Résultat  : on ouvre le frigo
la route, colères, risques d’accidents corpo pour boire un autre soda, on ouvre le paquet
rels et relationnels. de biscuits que l’on a tendance à finir. Car on
ne parvient à contrôler ses pulsions…
•• Une tendance à des dépendances et à des
comportements compulsifs  : nourriture, et La caféine de sodas type cola aggrave cet ef
surtout le sucré, alcool, tabac, jeux, Internet, fet «montagnes russes ».
sexe, etc…, le plus souvent autodestructeurs. Ce qui est évidemment exploité par l’indus
Dans les cas extrêmes, une déficience de sé trie agroalimentaire. Les laboratoires de ces
rotonine peut avoir des conséquences encore géants de l’alimentation associent au sucre
bien plus dramatiques (voir encadré). d’autres éléments addictogènes. Dans les
bonbons on retrouve ainsi du sel, dans les
glaces des graisses saturées et de la leucine,
Le « shoot » du sucre etc… Tout cela permet de mieux « attraper »
les consommateurs, tout en masquant la pré
dure deux heures sence du sucre, par exemple par le froid.
Que vient faire le sucre dans cette histoire de
freins, d’accélérateurs, et de dérapages in-
contrôlés ? Pourquoi certains individus
Lorsqu’on consomme des glucides lents – pain
n’ont-ils plus de limite ?
aux céréales, pâtes complètes, céréales semi Chez certains individus, la pédale du frein ne
complètes ou associées à des légumes et/ou fonctionne pas. On parle de « dysfonction sé
des protéines, légumes secs… – le glucose rotoninergique ».
passe, par définition, lentement dans le sang
et fait monter progressivement l’insuline qui Cela peut être pour des raisons génétiques.
reste à des niveaux raisonnables et redescend La dysfonction sérotoninergique est héritée
progressivement. de nos parents et on naît dysfonctionnel. Le
mécanisme le plus connu est une mutation
De ce fait, l’effet sérotoninergique est durable. d’un des récepteurs qui est chargé de lire le
Qu’arrive-t-il lorsque les glucides sont rapides, message lorsqu’il est envoyé par les neurones.
comme avec les boissons et aliments sucrés ? Mais cet héritage n’est pas une fatalité et nous
Le glucose monte rapidement dans le sang, disposons de nombreux outils pour s’y adap
faisant grimper l’insuline en proportion. ter.
L’insuline fait entrer massivement le glucose On peut estimer que 25 à 30 % de la popula
dans les cellules et, environ deux heures plus tion nait avec un frein des pulsions plus faible
tard, ce glucose descend au dessous de son que l’accélérateur. Cela s’explique par plu
niveau normal de base. sieurs mutations : synthèse plus faible de sé
Le consommateur a donc un effet plus intense rotonine, quantité de transporteur plus basse,
et plus rapide, mais se retrouve «en manque » ou altération des récepteurs…
deux heures plus tard, avec le plus souvent On peut aussi devenir dysfonctionnel.

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DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

Ce meurtrier qui sommeille en nous quand on manque


de sérotonine !
Cela fait froid dans le dos. Chaque année, on lit On découvre peu à peu que les comportements
dans les pages des faits divers de nos journaux des impulsifs et violents ne sont pas uniquement le fait
tragédies qui nous paraissent invraisemblables. de dépressifs.
On se demande comment un homme, sans his-
L’équipe du docteur Markus Kruesi (Université de
toire, sans difficultés apparentes, peut abattre sa
l’Illinois, Chicago) a mené des recherches intéres-
femme et ses enfants avant de se donner la mort.
Parfois, la tragédie est encore plus incompréhen- santes dans ce sens. Les études ont montré que
sible. Je garde en tête un article que j’ai lu sur ce chez un enfant à problèmes, un taux de sérotonine
garçon de 13 ans qui a tué sa famille à Sao Paulo, bas était le facteur qui prédisait le mieux un com-
au Brésil. Froidement, avant de se rendre au col- portement criminel ou suicidaire. Des chercheurs
lège et de suivre une journée normale de cours, il finlandais ont mené une étude sur 36 meurtriers.
a abattu à coups de pistolet son père, sergent de Leur enquête montre que le taux de 5HIAA est
police, sa mère, sa grand-mère et sa grand-tante. plus bas chez ceux qui ont tué sur un coup de
Il s’est suicidé le soir après sa journée d’école. tête que chez ceux qui ont planifié le crime. On
retrouve la même chose chez des pyromanes.
Dans de nombreux cas, on ne connait pas d’antécé-
dents psychiatriques à ces meurtriers-suicidaires. Des recherches menées en laboratoire ont
permis de préciser pourquoi la sérotonine est
Marie Asberg, une psychiatre suédoise, a tenté
impliquée dans l’impulsivité, l’agressivité, la
d’étudier ce phénomène. D’expliquer comment de
violence, le suicide et l’homicide.
tels actes pouvaient être commis. Elle avait déjà
montré en 1976 que les patients dépressifs qui Pour les besoins de l’expérience, les chercheurs
ont un dérivé de dégradation de la sérotonine (le détruisent les neurones sérotoninergiques d’un
5HIAA) bas, présentent une fréquence de passage groupe de rats. Panique dans les cages : on ob-
à l’acte suicidaire beaucoup plus élevée (40%) que serve que ces rats-là s’arrachent la nourriture de
les dépressifs dont les taux sont normaux (15%). la gueule et s’entretuent. Alors que les rats qui ont
Dans une autre étude, elle avait montré que, chez conservé leurs capacités de sécréter de la séroto-
les patients hospitalisés pour tentative de suicide nine sont capables de patienter. Ceux-là arrivent à
qui ont un taux bas de sérotonine, le risque de dé- vivre ensemble dans les cages.
céder d’un suicide l’année qui suit est multipliée Un chercheur de l’Inserm, René Hen (U184, Stras-
par 10. Enfin, elle observe que plus un suicide est bourg), a créé une lignée de souris particulière-
violent et impulsif, comme dans ces cas de mas- ment agressives en «éteignant» le gène qui code
sacres familiaux, plus le 5HIAA est bas. pour l’un des récepteurs à la sérotonine. Cette
Cette observation princeps est corroborée par de baisse de la sérotonine entraîne aussi une désin-
nombreuses autres études. hibition de l’activité sexuelle.

Nous l’avons vu : lorsque nous sommes stres Comment le sucre attire
sés, lorsque nous ressentons une menace ou
si nous sommes anxieux, la noradrénaline dans ses filets les plus
augmente, ainsi que notre vigilance, notre fragiles
combativité et notre tension pulsionnelle.
Dès l’enfance, un «dysfonctionnel  » ressent
Chacun a pu constater sur soi ou son entou un soulagement, une détente, un effet cal
rage qu’en situation de stress, nos compor mant, en consommant des glucides. Et cela,
tements changent. L’impatience, l’irritabili qu’il s’agisse de glucides lents comme le pain,
té, l’impulsivité augmentent, et avec elles les pâtes, purées, qui sont quasiment toujours
risques d’accidents et de conflits. Notre at plébiscités par les petits. Ou des glucides ra
tirance pour le sucré, l’alcool ou le tabac re pides, au goût sucré.
double souvent dans ces moments-là.

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DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

Que se passe-t-il donc ? rents tolèrent ou renforcent cette image en


considérant qu’il est « normal » de récompen
Les glucides provoquent une élévation de ser les enfants par du sucré. Les enfants sont
l’hormone qui permet de les faire passer dans victimes de ces vieux schémas et reproduisent
les cellules : il s’agit de l’insuline. le modèle familial où le sucré sert déjà aux pa
Mais l’insuline ne fait pas que faire passer le rents à « s’automédiquer » de leurs tensions.
sucre dans les cellules, elle y fait passer tous
les « macronutriments » : graisses, en particu
lier dans le tissu adipeux (ce qui lie indissolu Moins de sucre,
blement excès d’insuline et surpoids) et acides moins de délinquance
aminés, en particulier dans les muscles.
Le criminologue Schoenthaler a démontré
Il n’y a quasiment aucun passage de trypto dans des populations de délinquants que la
phane (un acide aminé qui est le matériau à réduction des sucres rapides réduit les com
partir duquel est fabriquée la sérotonine) dans portements violents. Suite à la réduction des
les muscles qui sont composés – comme la aliments et boissons sucrés chez 71 détenus
viande – majoritairement d’acides aminés d’un centre de détention juvénile, les actes de
branchés : leucine, isoleucine et valine. violence ont diminué de 66  %, les tentatives
Donc, l’insuline qui monte suite à la consom d’évasion ont diminué de 84 %, et la dégrada
mation de glucides fait entrer massivement les tion de biens et les vols ont diminué de 51 %.
compétiteurs du tryptophane dans les mus Au cours d’une autre étude portant sur 68
cles. Le tryptophane se retrouve seul, et peut jeunes, les agressions ont diminué de 82  %,
aisément passer à l’intérieur du cerveau. Ce les vols de 77 %, les infractions au règlement
qui va fournir aux neurones de quoi fabriquer de 23 %, et les bagarres de 13 % sur sept mois.
beaucoup plus de sérotonine.
Une étude plus large a été menée sur 3000
Autrement dit, les glucides agissent comme adolescents incarcérés. Les snacks furent
des psychotropes : ils vont nous apaiser. remplacés par des produits alternatifs conte
Le fait que le goût sucré soit plus attirant que nant moins de sucre et de produits raffinés.
celui des glucides complexes fait qu’il est sou Durant l’année où le régime alimentaire fut
vent choisi à la place des glucides lents qui modifié, le nombre d’incidents a été divisé par
seraient largement préférables. deux. On observa également une réduction de
21 % des comportements asociaux, de 100 %
Par ailleurs, la consommation de sucré, des suicides, de 25  % des agressions et de
comme de toute « drogue », active les circuits 75 % de réduction des mesures de contention.
de récompense dopamino-endorphiniques et
compense leur manque d’activation par la sa Ces expériences ont été reproduites dans
tisfaction de ses besoins fondamentaux. d’autres pays, avec des résultats similaires.
Dans une école danoise d’Aarhus, on a ainsi
C’est pourquoi, chez les rats, le sucre est plus instauré un petit déjeuner obligatoire pour les
addictif que… la cocaïne ! D’après Serge Ah écoliers à problème. Dans ce repas, les chips,
med, directeur de recherches au CNRS, c’est sucreries, coca et boissons gazeuses ont été
parce qu’il active deux fois le circuit de la ré remplacés par des aliments contenant plu
compense. Ce qui consolide la dépendance tôt des glucides lents. Le résultat  : moins de
et rend les personnes en échec encore plus conflits, moins d’absences pour maladie, et…
vulnérables. de meilleurs résultats scolaires.
La « culture » des bonbons, friandises, pâtis Une étude réalisée par une équipe de l’Univer
series, glaces, autres desserts sucrés et sodas sité de Cardiff portant sur plus de 17 415 Britan
industriels, est encore largement véhiculée niques nés en 1970 a conclu que les enfants de
par l’industrie agroalimentaire. Et trop de pa 10 ans qui mangeaient des sucreries de façon

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DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

quotidienne se retrouvent avec une fréquence Une étude réalisée pour une thèse à l’univer
de condamnation pour violences plus élevée sité de Québec constate aussi une corrélation
entre 29 et 34 ans. Les scientifiques ont obser chez les enfants entre consommation élevée
vé que parmi les individus violents dans cette de boissons sucrées, agressivité verbale et
tranche d’âge, 69 % avaient ingurgité des su comportements antisociaux.
creries presque tous les jours dans l’enfance,
Schoenthaler a aussi testé, en sus de la ré
tandis que chez les adultes non violents, seu duction des sucres rapides, la réduction de la
lement 42 % avaient consommé quotidienne consommation de viande, dont on a vu qu’elle
ment des sucreries. est une source d’acides aminés compétiteurs
Des chercheurs canadiens ont retrouvé ces du tryptophane, ce qui engendre un effet anti
relations dans plusieurs études. sérotoninergique.

Ils observent une plus grande consomma Dans une expérience mise en place sur 8 000
tion de sucre chez les garçons hyperactifs adolescents violents répartis dans 8 établis
sements différents, la viande a été réduite, les
agressifs que chez les garçons hyperactifs
légumes et les céréales augmentés et tous les
non agressifs, une plus grande fréquence de
distributeurs de sodas et de barres chocola
consommation de céréales chez les agressifs
tées retirés.
prosociaux que chez les non agressifs, une
plus grande consommation de légumes chez On observe de même une chute de tous les
ceux qui ne sont pas agressifs. types de manifestations violentes.

Les nutriments indispensables à la production


de sérotonine
Pour produire de la sérotonine, un certain nombre En effet, ces passages, que ce soit dans le tube
de nutriments sont nécessaires : digestif ou à travers la barrière qui protège le cer-
•• Le tryptophane, un acide aminé qui est le ma- veau, sont compétitifs. Le même transporteur fai-
tériau à partir duquel est fabriquée la sérotonine sant passer plusieurs acides aminés.

•• Les vitamines B6, B9 et B12, utilisées pour Quels sont les compétiteurs ? Surtout les acides
activer les outils (enzymes) permettant de pas- aminés abondamment présents dans les viandes,
ser du tryptophane à la sérotonine elle-même les produits laitiers et le maïs, dits «acides ami-
nés branchés» : leucine, isoleucine et valine.
•• Le magnésium qui active ces vitamines B
(par phosphorylation). Autrement dit, consommer beaucoup de viande,
de produits laitiers et/ou de maïs, va faire pas-
Or, la majeure partie de la population ne reçoit
ser dans le sang beaucoup de ces compétiteurs.
pas par l’alimentation le volume nécessaire de
Ils vont se bousculer avec le tryptophane, déjà
nutriments : c’est vrai pour le magnésium, les vi-
beaucoup plus rare, aux «portillons» de l’intes-
tamines B6 et B9/ L’absorption des vitamines B9
et B12 est de plus en plus mauvaise avec l’âge. tin et du cerveau et réduire son passage, donc la
capacité de produire de la sérotonine. Bien sûr,
Le tryptophane est l’acide aminé le plus rare de tous ces éléments sont souvent associés : terrain
toute l’alimentation. familial, stress, excès de viande et de produits lai-
De plus, son absorption, à la fois au niveau intes- tiers, manque de magnésium et de vitamines B…
tinal et au niveau du passage dans le cerveau, est et accentuent la dysfonction sérotoninergique et
gênée par des acides aminés dits «compétiteurs». ses conséquences.

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DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

2. Alcool, tabac, graisses :


les mêmes mécanismes
d'addiction que le sucre

On sait aujourd’hui que la consommation que la fermentation alcoolique a été utilisée


d’alcool n’a pas été inventée par les hommes. par l’espèce humaine dès -10 000 avant J.-C.
«Tous les animaux qui mangent des fruits en Chine. En -4000 la consommation de vin
ou consomment du nectar sont potentielle était généralisée en Egypte. En -200 les Ro
ment exposés de manière régulière à l’inges mains avaient exporté cette pratique à travers
tion d’alcool  », explique le Pr Robert Dudley, tout le Bassin méditerranéen et l’Europe. Le
physiologiste attaché à l’université de Berke premier coktail, le Sazerac, un mélange d’ab
ley. Cela concerne, poursuit-il, «beaucoup de sinthe, de sucre et de cognac, apparaît en
mammifères, d’oiseaux, certains reptiles qui 1830.
mangent des fruits et, bien sûr, des milliers
d’espèces d’insectes ».
En Malaisie, le Dr Frank Wiens, physiologiste Les singes pas égaux
de l’évolution, étudie l’attraction qu’exercent face à l’alcool
les fleurs des palmiers Bertam sur plusieurs es
pèces de petits mammifères nocturnes, parmi Une étude, conduite sur les singes d’une île
lesquels la musaraigne arboricole commune des Caraïbes dans les années 1990, a démon
et le Ptilocerque de Low, considéré comme le tré que tous les sujets n’étaient pas égaux
mammifère le plus proche de ce qu’étaient nos face aux boissons alcoolisées mises à leur
ancêtres il y a 55 millions d’années. disposition : 15 % étaient des abstinents na
«  Nos données, précise le Dr Wiens, dé turels, 65 % des buveurs occasionnels, 15 %
montrent que le Ptilocerque de Low devait des gros buveurs au quotidien et 5 % en in
être en état d’ivresse une nuit sur trois. Il boit géraient plusieurs fois par jour des quantités
sans montrer le moindre signe d’ébriété : c’est très importantes.
la preuve d’une tolérance élevée, d’une grande
Des pourcentages similaires à ceux observés
capacité de détoxification de l’alcool ».
parmi la population humaine et attestant une
Les exemples sont nombreux. Les primates part de prédisposition génétique à l’addic
eux-aussi laissent fermenter des fruits dans tion.
des feuilles avant de les consommer alcoo
lisés. On sait que le drosophile (un insecte) On retrouve ici la sérotonine.
aime les fruits plus que mûrs qui peuvent Des mutations dans le gène des récepteurs à
contenir de 2 à 3° d’éthanol.
la sérotonine ainsi que dans les capacités de
L’archéologue Patrick McGovern, spécialiste transport de la sérotonine ont été identifiées
de l’origine des boissons alcoolisées au Mu par les chercheurs comme facteurs de risque
séum de l’université de Pennsylvanie, estime d’attirance pour l’alcool et de dépendance.

11
DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

Le transport de la sérotonine apparaît comme qu’une mutation d’un récepteur à la séroto


un paramètre jouant sur le risque de mauvais nine augmente la prédisposition aux compor
contrôle pulsionnel, de comportements auto tements antisociaux et à l’alcoolisme.
destructeurs et de dépendance à des séroto
ninergiques inconscients comme le sucre ou Il y a donc une relation multidimensionnelle
l’alcool. entre la dépendance à l’alcool et la séroto
nine.
La protéine de transport de la sérotonine
est codée par un gène qui existe sous deux Le manque de contrôle pulsionnel pour des
formes  : une forme «  courte  » et une forme raisons génétiques et/ou nutritionnelles mul
«  longue  ». De nombreuses études mettent tiples est un facteur de risque de consom
en évidence l’importance de cette forme dans mation qui dépasse la consommation hédo
les comportements addictifs. niste. Celui-ci est fortement renforcé par le
fait que la dysfonction sérotoninergique est
Une équipe de chercheurs américains s’est un facteur puissant d’anxiété et que l’alcool
intéressée au comportement de 262 étu est un anxiolytique.
diants vis-à-vis de l’alcool. Les chercheurs se
sont aperçus que les étudiants qui portaient Il faut aussi avoir à l’esprit que l’alcool est un
deux gènes codants pour la forme courte du «  super sucre». C’est un dérivé du sucre sur
transporteur de la sérotonine avaient plus le plan biochimique, qui contient en plus des
de risques de présenter des troubles alcoo effets anxiolytiques et euphorisants et une
liques. action psychotrope sérotoninergique.

Une étude finlandaise publiée en 2006 Le piège de la dépendance s’aggrave avec le


conclut quant à elle que la quantité de pro temps du fait qu’une consommation exces
téine de transport à la sérotonine est plus sive d’alcool surutilise les vitamines B néces
faible chez les alcooliques que dans le reste saires à sa production, ce qui réduit progres
de la population. Pour parvenir à ces conclu sivement les effets sérotoninergiques tout en
sions, les chercheurs ont analysé le cerveau induisant des dégâts, en particulier sur les
de patients alcooliques après leur décès et neurones et les nerfs. Hélas, ces dégâts ré
l’ont comparé au cerveau de patients non al duisent la capacité à reprendre le contrôle.
cooliques. Les patients dépendants à l’alcool
Paradoxalement, si une consommation régu
avaient 26 % de transporteur de la sérotonine
lière en petites quantités d’alcool a des effets
en moins que les autres.
sérotoninergiques, une consommation ai
Des chercheurs suédois ont aussi montré guë importante, comme le « binge drinking »

12
DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

(« bitures express ») entraîne, avec sa répéti


tion, une forte diminution cérébrale de séroto
nine et de sa protéine de transport. C’est l’une Tabac : la nicotine n’est
des explications d’explosions de violence
dans ces circonstances. Malheureusement,
pas le seul coupable
ce type de comportements est devenu com Il est connu depuis longtemps que la dépen-
mun chez les jeunes, et plus fréquent chez les dance à l’alcool est très souvent associée à
personnes les plus instables sur le plan psy une dépendance au tabac. De fait, les mêmes
chologique. prédispositions génétiques, nutritionnelles et
psychocomportementales (anxiété, stress, en-
L’alcoolisme est aussi un puissant facteur de fance insécurisée, non réalisation de soi…) sont
risque de suicide. Le tabagisme est, au même retrouvées dans la plupart des types de dépen-
titre que l’alcoolisme, un facteur de risque de dances, qui sont combinables ou interchan-
suicide bien établi. geables étant donné leurs effets psychotropes
sérotoninergiques communs.
Ainsi, par exemple, une personne arrêtant de
Les graisses agissent fumer risque, pour compenser, de se retrou-
ver plus attirée par le sucre, avec une prise de
comme une drogue poids.

Le sucre n’est pas le seul stimulant de l’in Le tabac, par ailleurs, réduit l’appétit et entraîne
énormément de dégâts oxydatifs dans l’orga-
suline. C’est aussi le cas des graisses et des
nisme : 4700 toxiques et un million de milliards
calories en général. Manger plus fait monter de radicaux libres par bouffée de cigarette. Cela
plus l’insuline, ce qui fait que la « surbouffe » coûte beaucoup de calories en réparation. Il est
est aussi globalement un psychotrope séroto estimé que la combustion de 20 cigarettes par
ninergique. jour coûte environ 300 calories. Tout cela – si on
l’ignore et si on ne dispose pas d’un protocole
On retrouve un dysfonctionnement sérotoni sérotoninergique efficace et non toxique –, rend
nergique dans le surpoids, et plus particuliè nettement plus difficile l’arrêt du tabac.
rement les surpoids «  à fringale  » avec atti Le tabagisme est loin d’être une simple dépen-
rance pour le sucré. Cela a été à l’origine de dance à la nicotine, que patchs et chewing-
l’utilisation massive de médicaments séroto gums à la nicotine auraient suffi à traiter. On a
ninergiques dans la lutte contre le surpoids d’ailleurs montré qu’elle n’était pas plus addictive
et l’obésité. Cette prescription technoréduc que le sucre. Mais la dépendance au tabac est
tionniste, comme toutes celles qui négligent aussi une dépendance anxiolytique, antidépres-
la globalité et la caractère multidimensionnel sive, sérotoninergique et même opiacée, étant
des problèmes, était non seulement vouée à donné que la cigarette est «endorphinisée»
l’échec, mais a été la source d’effets secon
daires, dont certains très graves.
Cela a abouti aux tristes scandales de ces der contrairement à la graisse sous-cutanée, cette
nières années. D’abord avec l’Isoméride, qui graisse se défait continuellement et injecte de
avait été retirée du marché à la fin des années ce fait en permanence un flux d’acides gras
1990 en raison d’effets secondaires graves, dans le sang.
notamment des valvulopathies cardiaques et
de l’hypertension artérielle pulmonaire. Puis Pour cette raison, cette graisse du ventre a
celui du Mediator, son alter ego, qui de toute des conséquences plus graves que la graisse
évidence n’aurait jamais dû être autorisé. accumulée dans les cuisses, par exemple. Elle
Mais au-delà de l’hyperphagie, le surpoids perturbe l’action de l’insuline et contribue de
surtout abdominal où de la graisse s’accu ce fait à évoluer vers le diabète, comme l’avait
mule autour des viscères, se révèle aussi observé le premier endocrinologue français
être un «  patch  » sérotoninergique. En effet, de Marseille, Jean Vague.

13
DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

Mais ce flux d’acides gras sanguin a un deu plus mal à partir de 17h. C’est là qu’elles se
xième effet. Il amène le tryptophane à se déta mettent à entamer le paquet de biscuits, à
cher de l’albumine. Aucun acide aminé autre boire le soda ou le verre d’alcool, à fumer plus.
que le tryptophane ne circule autrement que Des psychiatres de l’hôpital Sainte-Anne ont
libre. Pourquoi le tryptophane est-il accroché déjà remarqué il y a longtemps un trouble du
à cette grosse protéine, l’albumine, qui joue en détachement du tryptophane de l’albumine
quelque sorte le rôle de « porte avion » ? C’est chez les personnes dysfonctionnelles séroto
parce que, ainsi rivé, il lui est impossible de
ninergiques.
passer dans le cerveau, l’albumine étant beau
coup trop volumineuse. Or, consommer du sucré augmente les acides
Et les conséquences, comme nous allons le gras circulants (le glucose est transformé
voir, sont très dommageables. dans le foie en triglycérides), le tabac a un ef
fet lipolytique, il fait sortir des graisses du tissu
adipeux, ce qui augmente la quantité d’acides
Pourquoi les petits creux gras circulants… Mais il y a mieux  : le patch
se produisent vers 17h de gras autour des viscères qui libère un flux
continu d’acides gras et joue donc le rôle de
Normalement, le tryptophane se détache pro psychotrope sérotoninergique « retard ».
gressivement de l’albumine au fil de la journée.
Notamment à partir de 17h. Cela est parfai Cela aide à comprendre pas mal de choses.
tement cohérent avec le cycle chronobiolo On sait depuis longtemps qu’une majorité de
gique de 24 heures : le matin, on observe une personnes en surpoids ont un profil de dys
montée de la noradrénaline qui permet de se fonction sérotoninergique. Dans la typologie
réveiller, de devenir vigilant, concentré, com
déjà ancienne, on note que l’embonpoint est
batif, avec le cortisol qui mobilise de l’énergie
associé aussi à un «  caractère plus rond  »,
en fin de journée, baisse du cortisol et montée
progressive de la sérotonine, qui se détache plus sociable, plus aimable que le « maigre »
de son « porte-avion ». Ce qui permet au frein dont le caractère peut être plus souvent « grin
des pulsions de mettre l’individu dans un effet cheux ». Et on a scientifiquement observé que
sédatif favorable au repos nocturne et à ses l’amaigrissement d’un gros peut déstabiliser
nombreuses fonctions de réparation. son humeur. On peut donc aussi se retrouver
« dépendant » de son embonpoint.
Comme par hasard, les personnes porteuses
d’une tension pulsionnelle élevée se sentent

14
DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

3. De « bonnes drogues »
pour remplacer les sucres ?

Lorsque nous avons compris les mécanismes du risotto, ralentissent aussi leurs glucides.
qui expliquent notre dépendance au sucre, il
devient alors possible de changer nos habitu- Quelqu’un qui a une dépendance pour le
des et de nous tourner vers de « bonnes dro- sucre ou les autres manifestations de la dys
gues » pour le remplacer. Il faut pour cela de fonction sérotoninergique peut devenir beau
la volonté et de la patience, mais en persévé- coup plus stable en remplaçant à chaque re
rant dans l’effort, on s’aperçoit que d’autres pas les sucres rapides par des glucides lents.
goûts et saveurs valent dix fois celui du sucre Par exemple :
(et sont parfaitement sains).
•• Flocons de quinoa, sarrasin, riz, châtaigne
au lait de soja enrichi au calcium et aroma
Les glucides lents tisé aux purées d’oléagineux bio (amandes
entières, noisettes…) au petit-déjeuner.
Les sucres rapides font monter trop vite le
glucose sanguin et induisent une redescente •• Ajout de riz al dente, de lentilles, de petits
déstabilisatrice et qui a de multiples effets pois… dans la salade du déjeuner.
délétères  : glycation ou blocage des outils •• Ajout de patate douce, potiron, courge spa
biochimiques, augmentation des graisses ghetti, courge musquée… dans la soupe ou
circulantes, risques de surpoids et de dia la purée du dîner…
bète, etc. À l’inverse, les glucides lents ont
un effet sérotoninergique prolongé et stable En cas de consommation de pain, choisir
sans provoquer d’effets négatifs sur la santé. des pains aux céréales, semi-complets,
mieux au levain, encore mieux sans gluten,
Ce sont : encore mieux pas trop cuits.
•• les légumes secs Les glucides lents sont d’autant plus impor
•• les céréales complètes et semi-complètes tants à partir de 17 h, moment où la séroto
nine doit monter aux dépens de la noradréna
•• les patates douces, le manioc line. Ils devraient largement dominer au dîner,
alors que les protéines animales qui ont l’effet
•• les courges
inverse devraient être plutôt consommées au
•• les châtaignes… déjeuner, éventuellement au petit-déjeuner,
associées à beaucoup de légumes.
La présence de fibres (légumes) et de pro
téines au même repas ralentit aussi ces glu
cides. La cuisson laissant les aliments fermes,
comme les pâtes al dente ou le riz un peu dur

15
DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

Les oléagineux et sous une forme plus dosée si la dysfonction


est importante – Nicobion 500), étant donné
Une équipe de l’Université de Barcelone a que l’inhibition de l’enzyme IDO réduit sa syn
comparé un groupe de 22 personnes en sur thèse dans le foie.
poids abdominal consommant quotidienne
ment 30 g d’un mélange de noix de Grenoble,
d’amandes et de noix brésiliennes, et un Réduire les viandes
groupe de 20 personnes qui devaient éviter
les noix. À la fin de l’étude, le groupe qui pre Les sérotoninergiques alimentaires ne seront
nait des noix avait des niveaux plus élevés de efficaces que si l’on ne consomme pas trop de
métabolites de la sérotonine. viandes, qui bloquent le passage du trypto
phane dans le cerveau via leurs acides aminés
Par ailleurs ces oléagineux ne font pas grossir, compétiteurs.
inhibent l’absorption des graisses saturées –
en particulier grâce à l’arginine dont ils sont la Cela est d’autant plus important le soir au dî
source la plus riche –, améliorent les lipides cir ner, pour ne pas s’opposer au rythme chrono
culants, réduisent les risques cardiovasculaires… biologique.
Pour une personne comme une femme en
Le chocolat noir ceinte, anémiée, ou un enfant en forte crois
sance qui a besoin de plus de zinc et de fer
Une très bonne nouvelle  : le chocolat noir (à qu’un homme ou une femme après la méno
partir de 74 %, ce qui laisse moins de place au pause, il reste important de consommer cette
sucre, et sans lait) a non seulement des effets viande plutôt à midi, éventuellement au petit
sérotoninergiques marqués, mais a, contrai déjeuner, et de privilégier le soir les glucides
rement aux intuitions, des effets antisurpoids, lents, aux effets sérotoninergiques, calmants.
protecteurs contre le diabète et les risques car
diovasculaires. Les principes actifs du chocolat
sont par ailleurs puissamment antioxydants, Le sport
anti-inflammatoires et immunomodulateurs.
Lorsque j’ai commencé à enseigner la nutri
Les polyphénols de cacao inhibent l’action tion aux sportifs, entraîneurs et médecins du
d’une enzyme – l’indoleamine 2,3-dioxygenase sport, en particulier aux Antilles, j’ai été très
(IDO) – qui dégrade le tryptophane, rendant étonné de découvrir que mon image du spor
celui-ci plus disponible pour la production de tif, sain, extraverti était fausse. La plupart des
sérotonine. Mais la présence de protéines du sportifs de haut niveau s’avèrent être des dys
lait bloque l’absorption des polyphénols. fonctionnels sérotoninergiques caricaturaux.
Autrement dit, en cas de fringale et pour J’ai commencé de ce fait à mieux comprendre
remplacer les sucres rapides, rien de tel que les ravages du dopage dans ce milieu.
quelques carrés de chocolat bien noir avec
quelques oléagineux… Mais leur drogue principale était le sport lui-
même.
L’idée ancienne des artisans de faire du cho
colat aux noix ou aux noisettes s’avère avec le J’ai pu le constater d’abord chez un médaillé
recul une excellente idée ! La seule réserve est d’or aux Jeux Olympiques qui, dans l’année qui
que les chocolats industriels sont en général a suivi son arrêt des compétitions, a pris 30 kg.
beaucoup trop sucrés et/ou au lait. Il était devenu un véritable drogué du sucre.

En cas de consommation élevée de chocolat, Après sa médaille d’or, il a en fait échangé une
penser à prendre de la vitamine PP, le nicotina drogue pour une autre. Car en effet, en fouil
mide, en complément (au moins dans un com lant la littérature scientifique, j’ai pu consta
plexe généraliste – Multidyn/Multigenics Senior, ter que les activités physiques, d’autant plus

16
DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

montait toujours sur sa bécane  ! Après avoir


tremblé pendant des années, sa femme avait
Lutter fini par se faire une raison. Elle voyait bien que
contre l’inflammation son mari ne pouvait pas vivre sans sa drogue !
Par contre, hors conditions de compétition
L’inflammation, présente dans le surpoids, le
et sports extrêmes, la pratique d’une activité
diabète, les pathologies cardiovasculaires, les
maladies auto-immunes, progressivement physique quotidienne a des effets antistress
croissante avec l’âge, fait l’effet inverse du cho- et antidépresseurs bien documentés. Cela
colat : elle active l’IDO (de même que le cortisol, contribue fortement à rééquilibrer les rapports
le deuxième messager du stress), la dégrada- entre l’accélérateur des pulsions (la noradré
tion du tryptophane. L’inflammation aggrave naline qui monte avec le stress) et le frein des
donc les dysfonctions sérotoninergiques. pulsions, la sérotonine.
Les moyens principaux de lutter contre l’inflam-
Sur ce plan, les sports dans l’eau sont aussi
mation :
particulièrement efficaces, de même que les
•• Réduire les excès de viande, pro-inflamma- pratiques de yoga, du Qi gong, de la méditation.
toire à la fois par le fer, l’acide arachidonique
et la leucine. Une étude réalisée auprès de 20 personnes
•• Les produits laitiers et le maïs trop riches en saines et de 21 personnes en surpoids, montre
acides gras oméga-6 et en leucine. qu’une marche rapide de 15 minutes réduit
l’attirance compulsive pour le chocolat.
•• Consommer plus de fruits et légumes.
•• Consommer plus d’aliments riches en ma-
gnésium (eaux minérales, céréales com-
plètes, oléagineux, soja…) et compléments
Les outils de gestion
de magnésium. du stress
•• Consommer plus d’aliments riches en Les moyens de réduire le stress ne sont pas
polyphénols : outre le chocolat et les fruits et
directement sérotoninergiques. Mais en rédui
légumes, le thé vert, le thé vert matcha, les
jus de myrtille, grenade, cassis (non sucrés). sant les montées de noradrénaline, ils amé
liorent le contrôle pulsionnel et réduisent effi
•• Consommer plus d’aliments riches en acides cacement la vulnérabilité aux dépendances de
gras oméga-3 : huile de colza bio en bouteille
tous ordres. Ces outils sont multiples :
de verre, petits poissons gras : harengs, ma-
quereaux, sardines, anchois non salés, crus, •• Le sport, le yoga, le Qi gong, la pratique
marinés, vapeur, pochés à feu éteint… de la respiration complète, la cohérence
•• Mieux gérer le poids et le stress, aussi géné- cardiaque, la méditation – en particulier
rateurs d’inflammation. « pleine conscience », des techniques d’EFT
(Techniques de libération émotionnelle).
•• Les massages qui ont des effets aussi séro
si elles sont intenses et prolongées, ont des toninergiques et endorphiniques.
effets non seulement sérotoninergiques, mais
endorphiniques et antidépresseurs. Ce qui in •• Si stress post-traumatique, une thérapie par
duit un état de bien-être durable. l’EMDR (Eye movement desentization and
reprocessing).
J’ai pu observer d’ailleurs ensuite parmi mes
patients des amateurs aussi dépendants au •• La prise de magnésium, mieux absorbé s’il
sport que les sportifs de haut niveau. est liposoluble, mieux retenu par les cellules
s’il est associé à la taurine, qui agit en syner
Je pense à ce patient cycliste qui faisait au mi gie avec l’arginine modulateur du cortisol
nimum 100 km par jour. Il s’était fracturé trois (D Stress Booster en sticks, D Stress com
fois le bassin en descendant des cols, mais re primés) – il est par ailleurs indispensable à

17
DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

l’activation des vitamines B utilisées pour verte et création…


produire la sérotonine).
Il faut rappeler par ailleurs que la pollution ac
•• Une cure de vitamines B (B6, B9, B12). Ce tuelle par les perturbateurs endocriniens (voir
sont les plus importantes car elles inter les Dossiers de Santé & Nutrition de mai 2015)
viennent non seulement pour la fabrication dès la vie in utero, et ensuite au quotidien, per
de la sérotonine, mais aussi du GABA et turbe la différenciation sexuelle et le système
de la taurine, neuromédiateurs antianxiété neuro-endocrinien qui sous-tend les compor
(un mois à des doses correctrices suffit : B tements sexuels. Cela interfère fortement chez
Complex de Bionutrics ou Metagenics) de plus en plus de personnes avec l’épanouis
sement sexuel, et favorise des addictions com
pensatoires, toujours les mêmes : la bouffe, le
Une sexualité épanouie sucre, l’alcool, le tabac, l’embonpoint…

Une sexualité épanouie a des effets positifs sur Le recours à une sexothérapie peut être sou
les tensions pulsionnelles. D’abord, bien sûr, haitable dans certains cas.
parce qu’elle satisfait ces pulsions mais aus
si par ses effets sérotoninergiques et endor
phiniques liés par exemple au toucher, et par la La créativité
forte réduction des attirances compensatoires.
La tension pulsionnelle est loin d’être une tare.
On l’aura compris, les nombreux sérotoniner On peut même penser que, sans cette éner
giques sont interchangeables. gie débordante qui peut être canalisée par de
bonnes drogues, il n’y aurait pas de grands
Donc des frustrations sexuelles trouvent leur romanciers, de peintres de génie, de décou
compensation dans la nourriture, le sucre, l’al vreurs scientifiques ou techniques, d’hommes
cool, le tabac, l’embonpoint… Et, selon les in et de femmes visionnaires pour réformer la so
dividus, dans tous les types de combinaisons ciété, ou même de grands sportifs.
possibles.
La réalisation de soi dans un ensemble plus
Il y a un vase communiquant entre l’épanouis large de dimensions, sportives, culturelles,
sement sexuel, mais aussi affectif, culturel, sociales, peut être facilitée par une démarche
créatif, social et professionnel, et la libération de développement personnel (lectures, ate
des attirances et dépendances pour des dro liers, stages, thérapies) et d’expression créa
gues de substitution. tive…, de même que par un engagement dans
Par contre, une focalisation sur un seul type des associations ou des ONG.
de «  drogue  », même bonne, peut mener à Une approche de l’ensemble de ces outils et
des excès compulsifs. On évoque ainsi depuis dimensions est abordée dans le livre Okinawa,
quelques décennies une « addiction au sexe ». un programme global pour mieux vivre et dans
Quelle est la différence entre une sexualité épa l’accompagnement par télécoaching, Le Par
nouie, considérée comme une «bonne drogue » cours Okinawa**, intégré à une appropriation
et l’« addiction au sexe » ? progressive et ludique des habitudes alimen
taires qui ont fait le succès des Anciens d’Oki
C’est simple. Au lieu d’être choisi pour des nawa, où l’on observe la plus grande longévité
raisons hédonistes, dans un éventail varié de au monde en bonne santé.
sources de satisfactions, le sexe devient une
obsession, engendrant des comportements
compulsifs, non choisis, et souvent excessifs. Éducation aux
Et ceci au détriment des autres dimensions de
la réalisation personnelle  : santé, profession,
« bonnes drogues »
finances, autres plaisirs, relations sociales, fa *. Découvrez le Parcours Okinawa sur https://www.parcours-oki-
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DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

Il est essentiel de faire connaître aux en En tout cas, il est resté sans réponse. Quant
fants les «  bonnes drogues  ». Et cela, avant aux sénateurs, quasiment tous ventripotents,
l’adolescence où tout explose sous la pres leur attention était visiblement distraite par les
sion des hormones et du stress de la crise de stands de vins et champagnes gracieusement
transition terriblement inconfortable. Cela leur installés sur place par les viticulteurs !
permettra d’éviter de tomber dans ce qui ra
vage l’état de santé et de bien-être d’une ma Je me suis demandé alors si j’étais au Sénat ou
jorité de jeunes : tabac, alcool, drogues, excès dans un cénacle ?
de vitesse, délinquance et autres conduites à
risque, toutes liées au mauvais contrôle pul
sionnel et au besoin de psychotropes séroto Tout commence
ninergiques. vraiment in utero !
Les conséquences de leur méconnaissance La prévention de la dépendance au sucre et
ont des répercussions vertigineuses sur la aux autres drogues commence in utero.
santé publique :
En effet, ce que mange la mère pendant la
•• Surpoids, diabète, pathologies cardiovas grossesse est gustativement perçu par le fœ
culaires, cancers, pathologies allergiques et tus. Si elle mange surtout des aliments sucrés,
inflammatoires.
salés et gras de l’industrie agro-alimentaire, son
•• Excès alimentaires, alcool, tabac, abus de enfant aura nettement plus de chances d’être
substances. conditionné dans ce sens. Il aura aussi tendance
•• Dépendances de tous ordres : jeu, Internet, dans son enfance à devenir «  néophobique  »,
sexe. rivé aux pains, biscuits, gâteaux, purées, pâtes et
•• Accidents de la route – la dernière statistique refusant la diversité.
du Conseil national de la Sécurité routière
Assez vite, cet enfant pourra progressivement
révèle que le risque de décès d’un jeune sur
devenir accro au sucre, aux sodas sucrés et à
la route est multiplié par 4 par rapport aux
tous les autres produits addictifs concoctés
autres catégories d’âge – ne pas leur donner
par les géants de l’agroalimentaire dans leurs
les outils qui leur permettent d’échapper à
laboratoires d’organolepsie. C’est là que sont
touts ces fléaux est de la non assistance à
élaborées secrètement les technologies visant
personne en danger.
à rendre addictifs les produits vendus. Des mil
•• Dépressions anxio-agressives, le seasonal liards d’euros sont investis dans ces technolo
affective disorder (SAD), une dépression à gies. Et cela vaut le coût car ça rapporte encore
tonalité sérotoninergique qui apparaît à l’au bien plus.
tomne lorsque la luminosité baisse.
•• Violence, prison, homicides, suicides, dont Revenons au bébé. Si l’enfant a la chance consi
les incidences n’ont jamais été aussi élevées dérable d’être nourri au sein au moins quelques
chez les ados et commencent même à tou mois, la même question va se poser avec l’allai
cher les enfants. tement.

J’ai eu l’occasion de tenter d’expliquer, une fois Car les goûts des aliments consommés par la
à des députés à l’Assemblée Nationale, une mère vont aussi passer en partie dans le lait. Il
fois à des sénateurs au Sénat, le lien entre est donc essentiel d’informer les mères que ce
mauvais contrôle pulsion-nel, attirance pour le qu’elles choisissent de manger pendant la gros
sucré, alcool, tabac, cannabis et accidents de sesse et l’allaitement a des répercussions ma
la route chez les jeunes… Cela pour tenter de jeures sur l’éducation nutritionnelle précoce au
mettre en place d’urgence une informationfor goût. Et, inévitablement, sur le développement
mation sur ce sujet dans les écoles primaires du comportement alimentaire de leur enfant.
et les collèges avant l’adolescence.
S’ajoutent à cela d’autres facteurs très impor
Mais le message semble avoir été… inaudible. tants.

19
DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

La montée considérable des œstrogènes pen J’ajouterais que l’allaitement est non seule
dant la grossesse entraîne des surutilisations ment un aliment irremplaçable par aucun lait
massives de vitamine B6 et de magnésium, ce artificiel et un transfert d’immunité par des
qui réduit puissamment les capacités à pro cellules et des anticorps, mais aussi une vé
duire de la sérotonine. C’est vrai pour la mère, ritable nourriture neurohormonale (ocytocine,
chez qui cela peut entraîner des attirances endorphines). Il jette les bases de la sécurité et
violentes pour certains aliments, puis une dé de la capacité de la personne à oser sortir du
pression du préou du post-partum. C’est aussi connu, à apprivoiser la diversité des sources
vrai chez l’enfant qui peut naître plus irritable, de plaisir dans le réel, à l’opposé de la com
intolérant aux frustrations et vulnérable aux pulsion stéréotypée sur le sucre, les aliments
dépendances. industriels, etc…
Au départ, la quasi totalité des femmes en âge Hélas, les scores de l’allaitement en France
de procréer ont des apports alimentaires infé sont quasiment les plus mauvais d’Europe.
rieurs aux apports recommandés en magné Quand le temps du sevrage arrive, il ne doit
sium et vitamine B6. L’explosion œstrogénique pas être brutal mais progressif et conserver
ne fait qu’amplifier la chose. Et elle affecte l’accès au contact physique, même s’il n’y a
aussi la vitamine B9 qui intervient dans la pro plus de tétées.
duction de sérotonine.
Après la révolution de l’accouchement sans
Cela a été démontré par plusieurs chercheurs, violence, il est temps de lancer une révolution
dont l’américaine Kirksey qui a démontré que du sevrage sans violence. À défaut, nous en
les mères supplémentées en vitamine B6 gendrons des générations d’enfants insécures,
avaient des enfants plus calmes, qui pleurent qui ont du mal à sortir de leur niche d’habitu
beaucoup moins. À l’inverse, des antagonistes des, à se construire, à innover, et victimes de
de la vitamine B6 ou de la vitamine B9, comme dépendances multiples.
certains médicaments, peuvent aggraver les
risques de dysfonction sérotoninergique et Par ailleurs, quel que soit l’âge, il est essentiel
chez la mère et chez l‘enfant. de comprendre qu’aucune des ces «  bonnes
drogues» seule n’est capable de mener à
Or, aujourd’hui, si les femmes enceintes re la maîtrise pulsionnelle et à la réalisation de
çoivent de la vitamine B9 pour réduire les soi. Nous sommes des êtres multidimension
risques de malformation neurale, elles ne re nels, comme l’avaient déjà noté des penseurs
çoivent pas le magnésium nécessaire pour l’ac comme Abraham Maslow et Carl Rogers, les
tiver, ni la vitamine B6 dont les besoins passent fondateurs de la psychologie humaniste.
de 2 à 10 mg par jour, selon les experts.
Il est urgent que les médecins et les sages-
femmes soient informés des nécessités de
Une civilisation
complémenter pendant la grossesse. addictogène :
Enfin, la pédiatre Marie Thirion attire l’atten sexe, travail, jeux…
tion sur le fait que, pendant le premier mois Il est donc fondamental de varier ses « dro-
de la vie, les pleurs du bébé sont associés à gues » afin d’échapper aux risques de dépen
un stress aigu combiné à un violent orage de dance et de répondre à l’ensemble de ses be
noradrénaline et de cortisol. Elle plaide pour soins, sans que la réalisation de l’un ne nuise à
la mise au sein de l’enfant qui pleure, avant de celle des autres. Il s’agit de viser la complétude,
l’aider progressivement, au bout de quelques ce qui est à l’exact opposé de la compulsion.
semaines, à patienter et à maîtriser ses pa
niques. Si cela n’est pas fait, cela induit une Or l’idéologie actuelle favorise les dépen
insécurité et un conditionnement qui vulnéra dances de toutes sortes aux dépens des di
bilisent fortement aux dépendances. mensions complètes de l’individu.

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DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

Ainsi observe-t-on de plus en plus de « wor La dépendance au sucre, rarement isolée,


koholics », dépendants au travail, aux dépens a ses inconvénients en soi. Elle est aussi ré
de leur santé, de leur famille, de leur vue cultu vélatrice d’un terrain global de vulnérabilité à
relle, etc… au point d’aboutir à des burn-out toutes les dépendances, un signe d’appel qui
ou des fibromyalgies, devenus en France une devrait inciter à s’investir dans une démarche
véritable « épidémie ». Les coûts humains et d’amélioration de la gestion des pulsions, de
sociétaux de ces maladies nouvelles sont ver libération de comportements non choisis,
tigineux. D’autant que l’on observe de plus dont les risques peuvent être encore plus im
en plus de dépendance à n’importe quoi  : le portants.
café, le Coca Cola (inventé par le pharmacien
d’Atlanta, John Pemberton pour… se désintoxi
quer de la morphine !), le Nutella, la télévision, Ces compléments plus
les jeux vidéos, Internet, la pornographie, le forts que la dépendance
shopping, le vol (kleptomanie)…Et cela sans
parler de la dépendance croissante aux mé Outre le magnésium et les vitamines B qui
dicaments, avec en tête les anxiolytiques, sont la première base complémentaire pour
somnifères et autres psychotropes, dopants, rééquilibrer le rapport entre l’accélérateur et
drogues plus ou moins dures. le frein des pulsions, on peut avoir à utiliser :
C’est un phénomène qui est loin de ne tou •• Le nicotinamide ou vitamine PP. Lorsqu’on
cher que les ados, puisqu’on observe ces dé donne des doses de 500 mg à 1 g, le tryp
pendances chez des enfants de plus en plus tophane qui n’est pas transformé du coup
jeunes, des adultes, des seniors… Au-delà des dans le foie reste en circulation et est dis
effets délétères de ces dépendances, elles ont ponible pour passer dans le cerveau et
pour inconvénient majeur de ne compenser permettre la production de sérotonine cé
que très ponctuellement les frustrations. rébrale (en France Nicobion 500).
Notre cerveau n’est pas dupe : il perçoit bien en •• Le lithium, à des doses supérieures aux
profondeur que ses besoins réels restent non doses utilisées en oligothérapie et à des
réalisés, ce qui amène à une baisse de l’estime doses inférieures aux doses utilisées en
de soi, parfois de la culpabilité, particulièrement psychiatrie dans la psychose maniacodé
accusée dans la boulimie, mais aussi observée pressive (PMD) est capable de détacher du
dans beaucoup d’autres dépendances. Cet in tryptophane de l’albumine. Il augmente au
confort psychologique, un stress, aggrave la bout d’une semaine la synthèse de séroto
vulnérabilité aux dépendances. nine dans les neurones et réduit l’hyperacti
vité des autres circuits neuronaux, souvent
Autrement dit, comme les fameuses «calories
sursollicités (c’est cet effet qui prédomine
vides» du Pr. Trémolières ne peuvent pas rem
dans l’efficacité antimanie du lithium).
placer les aliments sains, riches en vitamines,
en minéraux, en polyphénols, en acides gras Mais malheureusement, son usage est déli
protecteurs comme les oméga-3…, les «dro cat car il peut favoriser des insuffisances ré
gues vides» (le sucre, la surbouffe, l’alcool, le nales et il peut engendrer d’autres effets se
tabac, les achats compulsifs) ne peuvent se condaires. Il faut donc le réserver à des cas
substituer à la réalisation des désirs profonds, particulièrement difficiles.
authentiques, sexuels, affectifs, sociaux, pro
fessionnels, sportifs, culturels, riches en vraies Il reste encore comme appoint :
valeurs. Ce sont elles qui nourrissent une •• La luminothérapie qui inhibe le matin la pro
image positive de soi et entraînent des retours duction de mélatonine. Or la mélatonine est
valorisants de la part des autres… Ces dro un dérivé de la sérotonine dans la glande
gues constituent une forme de renoncement à pinéale. La luminothérapie permet donc
la «vraie vie» dont parle Edgar Morin, un «sui une épargne de tryptophane au profit des
cide à petit feu».

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DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

Le danger •• Alcoolisme  : le professeur David Healy


soutient que cette classe de médica-
des psychotropes ments induit l’alcoolisme, confirmant
médicamenteux ainsi une étude de l’Université de Yale
parue en novembre 1994.
Les psychotropes sérotoninergiques
•• Libido et sexualité : anorgasmie, diminu-
médicamenteux (c’est un des «block-
tion de la libido, troubles de l’érection.
buster» de Big Pharma), doivent être
évités pour plusieurs raisons. •• Malformations : chez la femme enceinte,
la paroxétine est associée à certaines
Ce sont :
malformations cardiaques. Il existe un
•• la fluoxétine (Prozac) risque possible de troubles comporte-
•• la paroxétine (Deroxat, Divarius, Paxil) mentaux chez l’enfant de la mère expo-
sée, dont des comportements de type
•• la sertraline (Zoloft)
autistique. Ce risque, non confirmé, se-
•• le citalopram (Seropram, Celexa) rait toutefois faible.
•• l’oxalate d’escitalopram •• Virage maniaque (manie ou hypomanie).
(Seroplex, Cipralex) •• Dépendance (cela est particulièrement im-
•• la dapoxétine (Priligy) portant avec la paroxétine).
•• le maléate de fluvoxamine (Floxyfral). •• Lors de l’arrêt, symptômes de sevrage.

Pourquoi  ? D’abord parce que plusieurs •• Levée d’inhibition : idées suicidaires et pas-
méta-analyses ne leur trouvent pas d’ef- sages à l’acte surtout chez l’enfant et l’adoles-
cent, ce risque a entraîné une mise en garde de
ficacité, et la plus vaste méta-analyse ré-
la Haute Autorité de Santé.
alisée par la FDA (Food and Drug Admi-
nistration) sur 35 études conclut à un effet •• Une analyse de la FDA reprenant des essais
faible. cliniques sur des enfants avec un état dépressif
majeur trouve une augmentation statistique-
Autre raison : on enregistre un vaste éven- ment significative des risques d’«idées suici-
tail d’effets secondaires négatifs et pour daires et comportement suicidaire» d’environ
certains mortels : 80% et d’agitation et d’hostilité de 130%.

circuits sérotoninergiques. Aussi, veiller •• Éviter de s’exposer le soir aux lumières


à favoriser le matin les éclairages naturels d’écran, ou les filtrer soit avec une pro
car trop d’environnements intérieurs (do tection collée sur l’écran, soit avec des
micile, école, travail) sont alors insuffisam lunettes, car tous les écrans (ordinateurs,
téléphones, jeux vidéos…) diffusent de la
ment lumineux. D’autant plus que c’est la
lumière bleue, ce qui réduit la quantité de
lumière bleue, non présente dans les éclai mélatonine produite.
rages traditionnels, qui inhibe la sécrétion
de mélatonine. •• La prise de mélatonine épargne aussi du
tryptophane au profit des circuits séroto
•• La mélatonine est normalement sécrétée ninergiques, tout en favorisant le sommeil
après le coucher du soleil et la fermeture et en jouant un rôle antiâge, car c’est un
des paupières. Une supplémentation de 3 puissant antioxydant.
mg une heure avant le coucher ou au cou •• Des travaux préliminaires indiquent que la
cher peut être utile. prise d’ocytocyne en spray nasal (l’ocyto

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DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

cyne est l’hormone de l’empathie, intensé


ment sécrétée à la naissance et pendant
l’allaitement chez la mère et chez l’enfant,
aussi lors des relations affectives et amou
reuses), a des effets positifs dans la dys
fonction sérotoninergique. Malgré quelques
résultats positifs, par exemple dans l’au
tisme, on manque encore d’études cliniques
et on en est encore au stade expérimental.

Remplacer les sucres par de «bonnes drogues»


Quelques recommandations du Dr Jean-Paul Curtay :
Légumes secs
Céréales complètes et semi-complètes
Remplacer les sucres rapides par des glucides lents Patates douces, manioc
Courges
Châtaignes, etc...
Noix de Grenoble
Consommer des oléagineux Amandes
Noix du brésil
Chocolat noir, à partir de 74%
Manger du chocolat
Éviter les chocolats industriels trop sucrés ou au lait
Réduire la consommation de viande Surtout éviter les viandes au dîner
Sport
Yoga
Méditation
Qi gong
Relaxation et gestion du stress
Cohérence cardiaque
EFT (techniques de libération émotionnelle )
Massages
Luminothérapie
Une sexualité épanouie a des effets positifs sur les
Sexualité
tensions pulsionnelles
L’alimentation de la mère pendant la grossesse
déterminante sur les goûts de l’enfant
Grossesse et allaitement L’allaitement : un apport en nutriment et une nourriture
neurohormonale sans équivalent
Nécessité d’un sevrage progressif
Nicotinamide ou vitamine PP : 500 mg à 1 g
Des compléments alimentaires
Mélatonine : 3 mg une heure avant le coucher

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DOSSIER SPÉCIAL LE SUCRE QUI REND FOU À LIER

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Les dossiers Pure Santé


Dossier spécial : Le sucre qui rend fou à lier
Directeur de la publication : Vincent Laarman
Rédaction : Gabriel Combris
Santé Nature Innovation SNI Éditions SA
Adresse : Am Bach 3, 6072 Sachseln – Suisse
Registre journalier No 4835 du 16 octobre 2013
CH-217-3553876-1
Capital : 100.000 CHF