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Chapitre V : La crise économique : 1929

L’histoire économique du monde est entachée de crises récurrentes. On considère souvent que celle de
1929 (suivie par la grande dépression des années trente) était la plus grave. Personne ne s’imagine en effet
qu’une simple journée à Wall Street va engendrer un chômage massif et une crise de confiance et touche
plusieurs pays. Tous les remèdes appliqués (comme le New deal, par exemple) se sont avérés inefficaces. Il
a fallu attendre la seconde guerre mondiale et le plan Marshall pour que les Etats Unis connaissent à
nouveau les taux de croissance élevés d’avant la crise. La compréhension des causes, des conséquences et
des moyens utilisés pour sortir de cette crise majeure est essentielle à une meilleure analyse des relations
économiques internationales aujourd’hui.

1. La période d’avant la crise

Au lendemain de la première guerre mondiale, les Etats-Unis, totalement voués au capitalisme et à


l’économie de marché, ont connu une formidable croissance économique ; C’était une « Belle Epoque »
surnommée aussi « années folles ». L’argent était abondant et la bourse prospère. Les entreprises se
concentraient et passaient à la production de masse rationalisée (Taylorisme puis le Fordisme).

Tous les américains voulaient s’enrichir à travers la spéculation, surtout avec les facilités qui leur étaient
accordées par les banques en matière de crédit, d’autant plus que la valeur des actions ne cessait
d’augmenter depuis 19191. On pensait que cette situation de prospérité va durer et que la richesse était à la
portée de tout le monde. Toutefois, ce n’était qu’une richesse trompeuse.

2. Les signes de la fragilité de l’économie américaine

Malgré l’essor de l’économie américaine, celle-ci était parsemée de failles. En effet, outre la
surproduction industrielle, le système américain repose principalement sur la spéculation boursière et le
crédit. La population emprunte de manière excessive pour pouvoir investir en bourse.

La surproduction à l’échelle mondiale constitue une des principales causes de la crise. Quatre facteurs
peuvent mener à la surproduction. Premièrement, durant les années 20, les Etas Unis et le Japon qui avaient
augmenté leur production durant la guerre, continuent à produire pour la reconstruction de l’Europe.
Deuxièmement, des pays et colonies qui fournissaient des matières premières durant la guerre se sont
industrialisés, ce qui augmente la production mondiale. Troisièmement, la reconstruction rapidement
complétée en Europe permet aux puissances économiques européennes de retrouver leur capital de
production d’avant-guerre, ce qui vient gonfler encore plus la production mondiale. Enfin, une révolution
technologique créée par le développement de nouveaux modes de production associés au fordisme, a aussi
contribué à la surproduction. Tout est alors en place pour une crise de surproduction : le manque de
débouchés fait que les usines ne peuvent plus vendre leurs stocks, les prix chutent rapidement et les faillites
se succèdent. La croissance industrielle s’est répercutée sur le marché boursier. Les occasions de faire des
profits sur les placements à la bourse attirent plusieurs investisseurs.

On s’endettait pour spéculer. Les banques accordèrent des crédits uniquement pour la spéculation, pour
permettre aux ménages d’acheter des actions pour les revendre ensuite. Aux crédits destinés à la
spéculation s’ajoutent l’abus de crédits à la consommation.

3. Le déclenchement de la crise

1
400 dollars investis en 1919 sur le marché boursier seraient devenus 21000 dollars en 1929, juste avant la krach, soit une
multiplication par 52 de la mise initiale.
Comme le gain aux jeux de hasard, la spéculation ne peut durer. Ainsi, le jeudi 24 octobre, baptisé le jeudi
noir, la crise éclata à Wall Street ; c’est le Krach boursier. Ce dernier ne constitue pas une cause en soi de
la crise économique, mais plutôt l’élément déclencheur.

Une partie des bénéfices de la bourse est en effet due à la spéculation. En 1929, il y avait en Amérique des
enrichissements formidables. Le 24 octobre, cette bulle spéculative explosa. Tout reposait sur la confiance,
et celle-ci disparut d’un coup. Lorsque les prix viennent à baisser, les actionnaires s’empressent de
revendre leurs titres avant qu’ils ne perdent trop de valeur. La panique s’empare rapidement de Wall Street
et mène irrémédiablement à la journée du "jeudi noir », où près de 13 millions d’actions sont mises en
vente. Des centaines de milliers de petits actionnaires se trouvent ruinés. Les banques qui ont multiplié les
crédits depuis plusieurs années, ne peuvent plus récupérer leur argent auprès des personnes endettées, alors
que, dans le même temps, ceux qui avaient de l’argent en dépôt dans ces banques se mettent à le retirer. Ne
disposant pas de liquidités nécessaire pour les rembourser, beaucoup de banque font faillite. Ce manque de
liquidités entraine une diminution des investissements industriels et de la consommation de produits
manufacturés et agricoles.

4. Diffusion de la crise vers le reste du monde

Au cours des années 1930, la crise s’étend progressivement au monde entier, les économies étrangères
étant plus ou moins dépendantes de la puissance américaine. La crise s’est étendue au monde par les
mécanismes suivants.

L’interdépendance des banques internationales : Les banques américaines qui manquaient de liquidité
demandaient leurs avoirs dans les banques européennes, provoquant la ruine de ces dernières

L’adoption de mesures protectionnistes et dévaluation des monnaies A mesure que la crise se propage,
les Etats ferment leurs portes aux produits étrangers pour préserver les emplois nationaux et éviter une très
grande augmentation du chômage. Les Etats-Unis, premier pays à entrer dans la crise, est aussi le premier à
mettre sur pieds des mesures protectionnistes. Dans le but de répondre aux américains qui ferment leurs
frontières aux produits étrangers, plusieurs pays imposent aussi des mesures protectionnistes. Par exemple,
pour vendre plus facilement, l’Angleterre provoque la dévaluation de sa monnaie. Une dévaluation en
chaîne des devises de la plupart des pays créera une période de grande instabilité monétaire qui fera
diminuer les échanges entre les pays. La montée du protectionnisme a réduit les débouchés pour
l’ensemble des produits, provoquant ainsi une détérioration de tous les pays : ce qui a contribué à
mondialiser la crise.

La crise touche aussi les autres continents : lespays fournisseurs de matières premières sont atteints parles
difficultés économiques des pays industrialisés. Le recul du commerce mondial provoque la chute des prix
du blé, du coton, de la laine, du café et donc étend la crise aux colonies et aux paysagricoles comme le
Brésil (café), l’Argentine (viande) et l’Inde (coton). Seule l’URSS échappe à la crise car ses frontières sont
fermées et ses échanges très limités avec le reste du monde.2

5. Les conséquences du Krach boursier

La ruine des spéculateurs entraîne la faillite des banques : la crise détruit le système financier américain.

Après la faillite des spéculateurs et des banques, de nombreuses entreprises ont fermé leurs portes ce qui
laissa des milliers d’individus en chômage ; on a atteint 14 millions de chômeurs en l’espace de trois ans.
Les entreprises qui manquent de liquidité n’ont pas pu obtenir des crédits. La crise est devenue donc
économique.
2
L’Algérie, dont l’économie dépend du pétrole, n’est pas donc à l’abri de ces crises ; une baisse des prix du pétrole se
répercute sur toute l’économie.
Forte diminution de la consommation. La hausse du chômage diminue davantage la consommation et
accroit les difficultés des entreprises.

Baisse des échanges internationaux du fait du protectionnisme

Misère et pauvreté urbaine

Montée, sur le plan politique, de régimes autoritaires en Europe (Fascisme et Nazisme).

6. Les différentes interprétations de la crise de 1929

La réponse du capitalisme :La pensée économique traditionnelle est critiquée: le système capitaliste basé
sur le libre marché ne semble plus fonctionner. Certains économistes, comme John M. Keynes,
critiquentla pensée classique selon laquelle le marché tend toujours vers le plein emploi. Keynes, sans
condamner le capitalisme, propose que l’État intervienne dans l’économie pour sortir de la crise des années
trente, en accroissant les dépenses totales par un déficit budgétaire. La théorie keynésienne constitue une
ébauche de ce qui deviendra plus tard l’État-providence.

Pour les marxistes, la crise prouve que le système capitaliste ne peut pas durer et que la multiplication des
crises conduira à sa disparition.

L’explication monétariste de la crise : Friedman propose de distinguer la crise boursière de la crise


économique proprement dite. Il considère que lorsqu’il y a un manque de liquidités dans l’économie, les
autorités monétaires doivent en injecter pour permettre aux banques de prêter à ceux qui sont en difficulté
de remboursement et donc éviter la panique. De nos jours, une crise d’une grande ampleur est évitable pour
deux raisons : d’abord, les autorités monétaires injectent chaque fois des liquidités dans l’économie,
ensuite, les conditions d’accès aux marchés boursiers sont de plus en plus réglementées.

L’URSS n’est pas touchée par la crise car elle est isolée du monde capitaliste. Déjà depuis 1928, l’État
soviétique adopte des plans quinquennaux dans lesquels les objectifs de production sont planifiés pour une
période de cinq ans. L’État répartit donc la production de chaque entreprise dans toutes les régions du pays
afin d’assurer le plein emploi. La Crise de 1929 conforte l’URSS dans son choix d’un régime socialiste

7. La mise en place de politiques dirigistes

Aux Etats-Unis,Roosevelt propose aux Américains un New Deal (ensemble de politiques


interventionnistes), une nouvelle donne : dévaluation du dollar, résorption du chômage, aides à
l’agriculture, réorganisation de l’industrie, réformes sociales. S’inspirant des idées de l’économiste anglais
Keynes, il met en place un plan de relance : l’Etat s’endette pour financer des grands travaux (autoroutes,
barrages) et employer les chômeurs.

En Allemagne, la démocratie s’effondre. Hitler, le chef du parti nazi, devient chancelier en janvier 1933 et
relance l’économie par un réarmement massif pour construire ce qu’il appelle la « Grande Allemagne »

8. La deuxième guerre mondiale et la crise de 1929

Dans tous les pays participant à l’effort de guerre, le modèle est le même: Toute l’industrie est convertie
pour la production de biens militaires. L’économie roule à plein régime : tous les hommes non mobilisés
par l’armée travaillent dans les usines. C’est le plein emploi. La deuxième guerre mondiale marque entre
autres l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail pour participer à l’effort de guerre. Celles-ci
occuperont souvent des emplois traditionnellement réservés aux hommes comme l’assemblage en usines de
matériel militaire ou la fabrication d’obus et de munitions
La guerre a effectivement permis à plusieurs pays de sortir définitivement de la Grande dépression des
années trente. Cependant, cette reprise économique s’est fait au dépend de millions de vies humaines.

9- Quelles sont les leçons de la crise de 1929 ?Quels enseignements peut-on tirer de cette crise ?

Tout d’abord, l’économie d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle des années 1920. Le monde n’est plus
dominé par l’Occident (Europe, Etats-Unis), il est devenu multipolaire : lespays émergents (Chine, Inde,
Brésil) connaissent une forte croissance qui soutient l’économie mondiale.

Ensuite, les leçons de la crise de 1929 ont été (en partie) retenues : les gouvernements ont injecté des
centaines de milliards de dollars pour sauver les banques (pourtant responsables de la crise) et
lesprincipales industries, comme l’automobile

La crise des subprimes

Même si la crise actuelle est moins dramatique que celle de 1929, les deux crises se ressemblent sur
plusieurs points :

La crise actuelle, qui s’est déclenchée aux Etats-Unis en 2007, est au départ une crise du crédit : les
Américains se sont dangereusement endettés auprès des banques pour acheter des maisons, en utilisant des
crédits à taux variable (les fameux « subprimes »). La hausse des taux a provoqué la ruine de nombreux
ménages, incapables de rembourser leurs crédits. Entre temps, les organismes prêteurs avaient revendu
leurs créances sur des marchés financiers spécialisés, afin de réduire les risques et les reporter sur les
investisseurs qui ont acheté ces créances... d’où la propagation de la crise au niveau mondial.

La crise atteint le système bancaire américain à l’automne 2008 (la faillite de LehmanBrothers). Elle se
propage dans le monde aux autres banques. Toutefois, les Etats interviennent en rachetant ou en accordant
des crédits aux banques défaillantes, ce qui sauve le système bancaire mondial.

A partir de janvier 2009, la crise financière touche l’économie réelle : la consommation et la production
industrielle baissent ; le chômage explose. Mais, là encore, dans lespays développés, les Etats interviennent
en soutenant les secteurs en difficulté, ce qui ralentit la hausse du chômage.

Si la situation semble « sous contrôle » dans lespays riches, la crise frappe durement les populations des
pays pauvres : on estime qu’un milliard d’habitants sur Terre souffre de malnutrition dans le monde (ce
chiffre était de 800 millions avant la crise).

La bourse : c’est un lieu où s’effectuent les transactions sur les valeurs mobilières, les actions par
exemple.

Bulle spéculative : on parle de bulle spéculative pour désigner une situation où la valeur du marché d’un
actif s’écarte de sa valeur fondamentale(Les prix des actions sont fortement surévalués. Parce que c’est tout
le monde qui croit que les prix vont augmenter, ils achètent, donc les prix montent ce qui leur donne raison
d’avoir prévu une hausse des prix.

Krach boursier : effondrement brutal et spectaculaire des cours des actions cotées en bourse.Il est dû à un
afflux massif d'ordres émanant d'investisseurs prêts à vendre leurs actions à n'importe quel prix.
Synonymes : effondrement, écroulement, chute, débâcle, dégringolade.

Spéculation : la spéculation est basée sur les anticipations (on anticipe une augmentation des prix, des
valeurs). Le comportement spéculatif consiste donc à acheter à l’instant t pour revendre à l’instant t+1 à un
prix plus élevé pour réaliser une plus-value ou un bénéfice. Ces anticipations peuvent se réaliser comme
elles peuvent ne pas se réaliser.

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