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DETERMINATION DE LA PROFONDEUR LIMITE D’UNE

MINE A CIEL OUVERT

Par : Jean Pierre Mwamba Ngoy


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INTRODUCTION

Lors de l’opération d’études de faisabilité dans un projet minier, il y a


la phase de prise de décision sur le mode d’exploitation et la
méthode d’exploitation appropriés aux caractéristiques du gisement.
Dans ce travail nous allons considérer que la décision opte pour une
exploitation à ciel ouvert et que la méthode est celle des fosses
emboîtées. Ainsi, il aura été question d’une étude de faisabilité d’un
projet d’une mine à ciel ouvert. Un des éléments clés de cette étude
de faisabilité est l’élaboration du design de la mine ; car, c’est à partir
de celui-ci que la rentabilité du projet sera déterminée sur base des
données technico-économiques. Parmi ces données nous pouvons
épingler :

a. Données techniques
• La hauteur de gradin
• La largeur de la banquette de sécurité
• L’angle de talus de gradin
• La largeur de la rampe d’accès
• La pente de la rampe
• L’angle de talus de la mine
• La profondeur de la mine
• Les réserves minières (tonnes minerais, teneur
moyenne et tonne métal)
• Capacité de production de l’usine métallurgique
• Volume total des matériaux contenus dans le design
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b. Données économiques
• Le cours des métaux
• Le coût des opérations dans la chaine de production
(mine, concentrateur, usine métallurgique, frais de
commercialisation et divers)
• Taux d’actualisation

La problématique est de déterminer jusqu’à quelle profondeur on doit


arriver avec l’exploitation d’une mine à ciel ouvert pour que le projet
soit toujours rentable. En effet, il est démontré que le coût de
transport dans une mine à ciel ouvert croit proportionnellement avec
la profondeur et que ce coût rentre entre 45% et 50% dans le coût de
production du mètre cube (m3) excavé ou en place. De ce fait, le coût
production de la mine étant partie intégrante du coût de revient total
de la tonne métal (cathode) mise sur le marché, lorsqu’il augmente
par le fait de l’accroissement de la profondeur, il entraine aussi le
coût de revient de la tonne métal (cathode). Étant donné que les prix
des métaux sont fixés sur le marché international (Exemple : London
Metal Exchange (LME) pour les cuivre et autres métaux non ferreux)
et que chaque entreprise productrice des métaux doit s’y conformer,
la rentabilité ne peut être garantie que par la réduction des coûts
opératoires. Il existe donc une profondeur dans l’exploitation d’une
mine à ciel ouvert à partir de laquelle le coût de revient total de la
tonne métal mise sur le marché international devient égal au prix de
vente de celle-ci ; et là, on est à la limite de rentabilité. Cette
profondeur, nous l’appelons profondeur limite d’exploitation en mine
à ciel ouvert.
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Ainsi, notre étude vise à montrer comment on détermine la


profondeur limite d’une mine à ciel ouvert. Et l’intérêt de celle-ci
réside dans le fait que nous amenons une autre façon d’aborder ce
problème par rapport à celle qui est donnée par d’autres chercheurs
notamment : E. Bakhtavar, K. Shahriar, K. Oraee et P. Kamulete.

En effet, ces chercheurs ont eu à aborder le problème de la


détermination de la profondeur limite par la méthode analytique en
considérant une simple coupe verticale pour le calcule des volumes
des stériles et des minerais et extrapoler sur toute l’étendue du
projet. Ensuite, ils ont considéré la notion de rapport de découverture
pour ressortir les coûts de production des stériles et des minerais
dans le coût de production total.

LES FAIBLESSES DES APPROCHES DE E. BAKHTAVAR, K. SHAHRIAR,


K. ORAEE ET P. KAMULETE

1. Baser le calcul du volume total des stériles du projet


et des tonnes des minerais sur une simple coupe
verticale, induit une erreur sur la quantité de ces
matériaux sur le projet.
2. Calculer la surface à travers une coupe verticale et
considérer l’étendue de la mine pour avoir le volume
correspondant à cette surface, revient à considérer
la forme de la fosse comme une tranchée. Ce qui
n’est pas vraisemblable même comme hypothèse.
3. Dans l’expression du rapport de découverture limite,
il y a les paramètres se rapportant aux coûts
d’excavations des stériles et des minerais
séparément. La difficulté dans cette façon de
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procéder est qu’il y a des couts fixes qui ne


dépendent pas des quantités ni de minerais, ni de
stériles.

I. DESIGN D’UNE MINE A CIEL OUVERT

I.1. VUE EN PLAN

Figure 1: vue en plan d'un design d'une mine à ciel ouvert


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I.2. COUPE DE PROFIL ET ELEMENTS FONDAMENTAUX

Figure 2: Profil d'une mine à ciel ouvert indiquant les éléments


fondamentaux

II. ELEMENTS DE CALCUL (POUR NOTRE


APPROCHE)

II.1. DETERMINATION DES PARAMETRES TECHNIQUES

Soient ;

• Vi : le volume de la tranche i avec le volume de


l’incliné y compris.
• Si : une surface délimitée par le contour d’une crête ou
d’un pied
• Hg : la hauteur du gradin (qui est la même pour toutes
les tranches d’exploitation).
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• Tmin : les tonnes minerais excavés alimentées au


concentrateur
• ti : teneur excavée du métal i
• ρCTRi : rendement de récupération du métal i au
concentrateur
• ρUSi : rendement de récupération du métal i à l’usine
métallurgique
• Vtot : volume total des matériaux contenus dans le
design du projet (stérile et minerai)

CALCUL DU VOLUME TOTAL DE LA FOSSE

Figure 3: Profil indiquant les volumes des tranches


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Figure 4 : Vue en plan indiquant les surfaces des crêtes et des pieds
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Figure 5: Profil montrant les surfaces par tranche

S1+S2
Volume de la 1ere tranche : 𝑉1 = � 2
� . Hg

S3+S4
Volume de la 2ième tranche : 𝑉2 = � 2
� . Hg

S5+S6
Volume de la 3ième tranche : 𝑉3 = � 2
� . Hg

S7+S8
Volume de la 4ième tranche : 𝑉4 = � 2
� . Hg

S9+S10
Volume de la 5ième tranche : 𝑉5 = � 2
� . Hg

S11+S12
Volume de la 6ième tranche : 𝑉6 = � 2
� . Hg

S2n−1 + S2n
Volume de la nième tranche : 𝑉𝑛 = � 2
� . Hg
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Soit Vtot , le volume total des matériaux contenus dans le design


(volume des stériles et volume des minerais).

Vtot = V1+ V2+ V3+ V4+ V5+ V6 +……. + Vn (1)

Figure 6: Profil indiquant le volume total avec les talus de la mine

S1 = surface supérieure (première crête) ;

S2n = surface inférieure (dernier pied).

Lorsque nous considérons les talus de la mine, nous pouvons écrire :

S1+S2n
𝑉𝑡𝑜𝑡 = � 2
� . n. Hg (2)

Avec :

n = nombre de gradins

S1= la surface supérieure de la première tranche ; délimitée par la


crête supérieure de la mine.
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S2n = la surface inférieure de la dernière tranche délimitée par le


pied inferieur de la mine.

Soit ; HMCO , la profondeur de la mine à ciel ouvert avec n gradins.

Alors, HMCO = n.Hg (3)

L’expression (3) dans (2) donne :

S1+S2n
𝑉𝑡𝑜𝑡 = � 2
� . H MCO (4)

Ce volume total contient du stérile et du minerai.

Soient : Vs : le volume de stérile et Vmin : le volume du minerai

Vtot = Vs + Vmin

II.2. DETERMINATION DES PARAMETRES ECONOMIQUES

Soient :

CTOT: le coût de revient de la tonne métal mise sur le marché en


Francs Congolais (FC).

CMCO : le coût de toutes les opérations et autres dépenses


nécessaires pour la production en mine à ciel ouvert en Francs
Congolais (FC).

CCTR : le coût de toutes les opérations et autres dépenses


nécessaires pour la production des concentrés en Francs Congolais
(FC).

CUS : le coût de toutes les opérations et autres dépenses nécessaires


pour la production des métaux vendables en Francs Congolais (FC).
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CDiv : le coût de commercialisation, mise sur le marché et autres frais


divers et imprévus en Francs Congolais (FC)

Cm3MCO : le coût du mètre cube (m3) produit de la mine à ciel ouvert


en Francs Congolais par mètre cube (FC/m3).

Pvi : le prix de vente du métal i sur le marché international (cours


des métaux) en Francs Congolais par tonne (FC/T).

Retot : les recettes totales issues de la vente des métaux produits à


l’usine métallurgique en Francs Congolais (FC).

Cf : le cash flow net en Francs Congolais (FC)

Nous savons que le coût de revient total est donné par l’expression
suivante :

CTOT = CMCO + CCTR + CUS + CDiv (5)

De tous ces coûts partiels, il n’y a que le coût de production dans la


mine à ciel ouvert (CMCO) qui varie avec la profondeur de celle-ci.
Soit :

CMCO = 𝑉𝑡𝑜𝑡 . Cm3MCO (6)

L’expression (4) dans (6) donne :

S1+S2n
CMCO = � 2
� . H MCO . Cm3MCO (7)

L’expression (7) dans (5) donne :

S1+S2n
CTOT = � 2
� . H MCO . Cm3MCO + CCTR + CUS + CDiv (8)
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Regroupons dans un même terme (C’) tous les paramètres de droite


qui ne dépendent pas de la profondeur de la mine à ciel ouvert.
L’expression (8) peut alors s’écrire :

S1+S2n
CTOT = � 2
� . H MCO . Cm3MCO + C’ (9)

Nous savons en outre que le cash -flow est donné par l’expression
suivante :

Cf = Retot - CTOT (10)

Les recettes totales (Retot) sont trouvées par l’expression suivante :

𝑁
Retot = � Tmin . 𝑡𝑖 . ρCTRi . ρUSi . PVi (11)
𝑖=1

Avec :

N= nombre de métaux utiles et vendables contenus dans le minerai

Tmin = tonnes de minerais alimentées au concentrateur

ti = teneur du métal i dans le minerai

ρCTRi= rendement de récupération du métal i au concentrateur

ρUSi = rendement de récupération du métal i à l’usine métallurgique

PVi = prix de vente du métal i

Les expressions (9) et (11) dans (10) donnent :

𝑁
S1+S2n
𝐶𝑓 = � Tmin . 𝑡𝑖 . ρCTRi . ρUSi . PVi − � 2
� . H MCO . Cm3MCO +
𝑖=1

C’ (12)
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La limite de rentabilité du projet est obtenu à cash-flow nul ; c’est- a-


dire lorsque les recettes totales deviennent égales au coût de revient
de mise sur marché des métaux.

Cf =0 alors ; Retot = Ctot

𝑁
S1+S2n
� Tmin . 𝑡𝑖 . ρCTRi . ρUSi . PVi = � 2
� . 𝑯 𝑴𝑪𝑶 . Cm3MCO + C’
𝑖=1

Dans l’équation ci-dessus, nous pouvons dégager la profondeur de


la mine à ciel ouvert « HMCO » ; et dans ce cas cette profondeur
nous l’appelons profondeur limite de la mine et nous allons la noter
« HL ».

La profondeur limite d’une mine à ciel ouvert est donc déterminée


par l’expression suivante :

𝐍
� 𝐓𝐦𝐢𝐧 .𝐭 𝐢 .𝛒𝐂𝐓𝐑𝐢 .𝛒𝐔𝐒𝐢 .𝐏𝐕𝐢 − 𝐂’
HL= 𝐢=𝟏
𝐒𝟏+ 𝐒𝟐𝐧 (m)
� 𝟐
�.𝐂𝐦𝟑𝐌𝐂𝐎
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BIBLIOGRAPHIE

Kamulete M. N., 2010, COURS DE PROJETS DES MINES A CIEL OUVERT,


inédit, faculté polytechnique, Université de Lubumbashi, RD Congo.

Kamulete M.N., 2008, COURS D’EXPLOITATION DES MINES A CIEL


OUVERT, inédit, faculté polytechnique, Université de Lubumbashi, RD
Congo.

Tshibangu K., 2003, EXPLOITATION DES RESSOURCES MINERALES,


faculté polytechnique de Mons, Belgique.

A.D. Akbari, M. Osanloo & M.A. Shirazi, 2008, DETERMINATION OF


THE ULTIMATE PIT LIMITS IN OPEN MINES USING REAL OPTION APPROACH,

IUST International Journal of Engineering Science, Vol. 19, No.5-1,


Pages 23-38.

E. Bakhtavar, K. Shahriar & K. Oraee ,2008, AN APPROACH


TOWARDS ASCERTAINING OPEN PIT TO UNDERGROUND TRANSITION
DEPTH, Journal of Sciences, ISSN 1812-5654.