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AVICENNA LATINUS

LIBER DE ANIMA
SEU

SEXTUS DE NATURALIBUS

ÉDITION CRITIQUE DE LA TRADUCTION LATINE MÉDIÉVALE

PAR

S. VAN RIET

INTRODUCTION SUR LA DOCTRINE PSYCHOLOGIQUE D' AVICENNE

PAR

G. VERBEKE

Ouvrage publié avec le concours de la Fondation Universitaire de Belgique

LOUVAIN LEIDEN
ÉDITIONS ORIENTALISTES E. J . BRILL

1968

Parmi les traductions arabo-latines exécutées à Tolède au douzième


e. siècle, l 'une des plus célèbres est celle du De Anima d' Avicenne ou
Liber sextus de naturalibus.
Écrit environ cent cinquante ans avant de pénétrer en Occident,
ce traité connut bientôt, sous sa forme latine, une rapide diffusion et
conquit une large notoriété . C' est de ce texte latin que nous avons
d entrepris l'édition critique.
Le De Anima d' Avicenne comprend cinq parties . L'édition de l'en-
semble de la traduction médiévale comportera deux volumes : le volume
r consacré aux trois premières parties est en préparation ; le présent
volume contient les quatrième et cinquième parties, dans lesquelles se
concentrent plusieurs des doctrines caractéristiques de la psychologie
w avicennienne.
Héritier du Traité de l'âme d'Aristote et des commentateurs
d'Alexandrie et d 'Athènes grâce à l 'activité des traducteurs de Bagdad,
introduit en Occident par le labeur des traducteurs de Tolède, le De
Anima d'Avicenne se situe aux confins de l 'hellénisme, du christia-
nisme et de l 'Islam, au carrefour des cultures grecque, arabe et latine,
et constitue une pièce maîtresse dans l'histoire de la pensée.
M. G . VERBEBE, Professeur à l 'Université de Louvain, a été le pro-
moteur de ce travail. Directeur du Corpus Latinum Commentariorum
in Aristotelem Graecorum, il y a publié, dans le cadre des Recherches
en Philosophie ancienne et médiévale du Centre De Wulf-Mansion,
l'édition critique de deux traductions médiévales faites par Guillaume
de Moerbeke et qui s 'inscrivent toutes deux dans l 'histoire du Traité
En préparation : de l' âme d'Aristote : celle du commentaire de Thémistius et celle du
commentaire de Jean Philopon . Mesurant ainsi, mieux que quiconque,
AVICENNA LATINUS . Liber De Anima seu Sextus De Naturalibus quel vide laissait, dans l'histoire de l'aristotélisme comme dans celle
(I - II - II) . Édition critique de la traduction latine médiévale par de la psychologie médiévale, l'absence d ' une édition critique du De
S . VAN RiET . Introduction sur la doctrine psychologique d 'Avicenne Anima d' Avicenne en sa traduction latine, c 'est lui qui nous suggéra
par G . VERBEBE . d' entreprendre cette édition et d ' assumer les recherches philologiques
qu ' elle suppose. Il n'a cessé d 'encourager ce projet de la manière
la plus efficace, sans ménager ni son temps ni son aide . Nous lui
devons une très grande reconnaissance .

VI AVANT-PROPOS AVANT-PROPOS VII

M . Verbeke a bien voulu, à notre demande, prendre en charge l'in- Plusieurs amis nous ont apporté leur précieux concours : Mme
troduction doctrinale des deux volumes que comportera notre édition; M.C. LAMBRECHTS-BAETS, assistante à l ' Université de Louvain, qui
par cette introduction, le De Anima d 'Avicenne se trouve situé, selon nous a secondée sans relâche depuis un an, M . A . MEKHITARIAN,
d ' amples perspectives, au coeur même de la problématique issue du attaché aux Musées Royaux d 'Art et d ' Histoire à Bruxelles, ainsi
traité aristotélicien et dont les lignes dominantes sillonnent toute que M. A . SÉBAï, de Tunis, et M. A. SUBEI, de Damas.
l' histoire de la philosophie ancienne et médiévale. Que tous ceux qui ont rendu possible la publication du présent
Melle M .-Th. D ' ALVERNY nous a accueillie dans le secteur de recher- volume soient remerciés de leur aide et veuillent bien nous l'assurer
ches dont elle est la spécialiste internationalement réputée ; elle a encore jusqu'à l'achèvement de, notre édition .
suivi notre travail en ses étapes principales . Successivement Conser-
vateur des Manuscrits à la Bibliothèque Nationale de Paris, puis Simone VAN RIET
Directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scienti- Louvain, le 21 juin 1968 .
fique, elle a accompli elle-même, par la prospection et la description
des manuscrits avicenniens, une oeuvre immense qui rend possible,
désormais, l ' édition de la plupart des textes philosophiques de l' Avi-
cenne latin, mais dont l ' édition du De Anima aura été la première à
bénéficier. Melle d'Alverny nous permettra de lui exprimer ici notre
vive gratitude et de souligner que, sans ses propres publications de
l' Avicenna latines, le présent volume n ' existerait pas.
Nous tenons aussi à remercier de tout coeur M . A . ABEL, Professeur
aux Universités de Bruxelles et de Gand, de l ' intérêt qu ' il a toujours
témoigné pour nos recherches . Directeur du Centre pour l' Étude des
Problèmes du Monde musulman contemporain, auquel nous avons
collaboré pendant plusieurs années, il a mis à notre disposition, avec
la plus grande bienveillance, les ressources de sa bibliothèque person-
nelle et de son érudition.
Nous devons à l'attention amicale et diligente de Melle S . MANSION,
Professeur à l'Université de Louvain, d'avoir pu trouver, réunis par
ses soins à la filmothèque du Centre De Wulf-Mansion (1), les micro-
films des cinquante manuscrits connus du De Anima d'Avicenne.
Le R .P . A . RAEs, Préfet de la Bibliothèque Vaticane, M. M . BozzA
MARIANI, Directeur de la Bibliothèque Casanatense, M . J . VAN DAMME,
Bibliothécaire de la Bibliothèque de la Ville de Bruges, nous ont ré-
servé le meilleur accueil.

( 1 ) Le e Centre de Wulf-Mansion . Recherches de Philosophie ancienne et médiévale e


est établi à l'Institut Supérieur de Philosophie de l'Université de Louvain . Le conseil
de direction est formé des titulaires des chaires de philosophie ancienne et médiévale
de l'Institut : F . Van Steenberghen, G . Verbeke, H.L. Van Breda, S . Mansion,
S. Van Riet, C. Wenin. — Administrateur-Directeur : S. Mansion.
LE «DE ANIMA» D'AVICENNE
UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME

A partir du douzième siècle, le De Anima d 'Avicenne a été mis à la


portée des philosophes et des théologiens d ' Occident : ce traité a été
traduit à Tolède, sans doute après 1150, par l ' archidiacre Dominique
Gundisalvi ou Gundissalinus, avec la collaboration d'un savant juif,
appelé Ibn Dawud ( 1 ) . Il a été lu et étudié par les penseurs médiévaux
qui n' hésitent pas à faire appel à l 'autorité du célèbre médecin et
philosophe d ' Orient pour étayer les grandes thèses de leur conception
sur l ' homme . On sait d ' autre part que, depuis le début du treizième
siècle, certaines doctrines hétérodoxes ont été dénoncées dans l ' œuvre
d'Avicenne et combattues avec énergie : ainsi, Guillaume d'Auvergne
dénonce chez Avicenne la thèse de l'éternité du monde, la néces-
sité de la création, l ' influence des astres sur le comportement humain,
la doctrine de l'intellect agent séparé, considéré comme la cause
efficiente et finale des âmes humaines ; il croit même qu ' Avicenne
est adversaire de l ' immortalité personnelle ( 2) . De tous les penseurs
du treizième siècle, c ' est Roger Bacon qui semble être le mieux ren-
seigné sur la vie et les oeuvres d ' Avicenne ( 3 ) . L 'influence de l ' avicen-
nisme a été tellement profonde que les grandes thèses de ce courant doc-
trinal ont été visées par les décrets de 1210 et 1215 ( 4 ) . Même les plus
grands représentants de la pensée du treizième siècle, Albert le Grand
et Thomas d' Aquin, se réfèrent à l ' œuvre d ' Avicenne dans l' exposé
de leur propre doctrine, que ce soit pour la combattre ou pour y

(1) Cfr M. Th. D'ALvERNY, Avicenna Latinus I, dans Archives d' Histoire littéraire et
doctrinale du Moyen Age, XXVIII, 1961, p. 285.
(2) R. DE VAux, Notes et textes sur l'Avicennisme latin aux confins des XIl e -%Ill e
siècles . Paris, 1934, p . 30. Un autre témoin de l'influence exercée par le De Anima d' Avi-
cenne au début du XIIIe siècle, est le Traité de Mme de John Blund, qui a enseigné à
Oxford et à Paris . Cfr D . A . CALLus, TheTreatise of John Blundon the Soul, dans Autour
d'Ari8tote, Recueil d 'études de Philosophie ancienne et médiévale offert à Mgr A. Mansion,
Louvain, 1955, pp. 479-495.
(3) R. DE VAux, o .c., p. 57 . Cfr A . BIRHENMAJER, Avicenna und Roger Bacon, dans
Revue Néo-Scola8tique de Philosophie, 1934 (36), pp . 308-430 (Mélanges De Wulf).
(4) R . DE VAux, o.c., p . 45 sqq .

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UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 3*


2* LE «DE ANIMA* D'AVICENNE

chercher des arguments à l'appui de leurs thèses (b ) . Plus tard, vers la Les livres IV et V du De Anima d'Avicenne contiennent les textes
fin du moyen âge, un exposé de la doctrine psychologique d ' Avicenne fondamentaux qui, dans ce traité, concernent la psychologie humaine :
a été élaboré par le célèbre médecin et philosophe Hugues de Sienne portrait de l'homme, doctrine de la vie cognitive, activité des sens
(1370-1439) (6 ) . internes, activité de la pensée . L' introduction des livres I, II et III
La traduction latine des œuvres d'Avicenne, spécialement celle du concernera plus spécialement la définition de l'âme, l'activité des sens
De Anima, a donc exercé une influence profonde sur la pensée médié- externes, le rôle du pneuma ou souffle vital avec, à l'arrière-plan, la
vale de l' Occident. Rien d 'étonnant : l ' arrivée du De Anima n 'est-elle psychocosmologie avicennienne, corollaire d ' une métaphysique émana-
pas contemporaine du premier contact des Latins avec le Traité tiste.
de l'âme d'Aristote et avec les Libri Naturales ou vraisemblablement
même antérieure à celui-ci? C ' est en tout cas le premier écrit latin qui, 1. Traité « de l 'âme », traité «de l ' homme» ?
en dehors du De Anima du Stagirite même, reproduit la trame d'un
traité de structure aristotélicienne : il a d' ailleurs été repris, au cours On possède, à l ' heure actuelle, une liste impressionnante d'ouvrages,
de la même génération, par la compilation de Gundissalinus ( 7) . Le écrits au cours du Moyen Age, et portant toujours le même titre : De
texte de ce traité est difficile à comprendre, surtout pour un lecteur Anima . Beaucoup d 'entre eux sont des commentaires sur le Traité de
moderne . Le but de notre introduction est de rendre la traduction l'âme d'Aristote, d'autres sont des exposés systématiques . Comme
latine du De Anima intelligible à un lecteur contemporain qui s'inté- il y a des centaines de traités du même genre, cet intitulé n ' étonne
resse à l ' évolution et aux multiples aspects de la pensée médiévale . plus guère et semble aller de soi. Pourtant, le De Anima d'Aristote et
Notre intention n ' est donc pas d ' identifier toutes les sources de la les ouvrages postérieurs portant le même titre, traitent de l ' homme,
pensée avicennienne ; elle n ' est pas non plus de décrire l 'influence que de son principe de vie, de ses puissances sensibles et intellectuelles :
cette pensée a exercée sur les théologiens et les philosophes d ' Occident . pourquoi, dès lors, ne pas parler d ' un traité de «l ' homme», plutôt
Notre but est bien plus modeste : il s 'agit de mettre en évidence et de que d'un traité «de l'âme», ainsi que l ' a fait Némésius d ' Émèse en
chercher à comprendre les grandes thèses du spiritualisme avicennien ; choisissant pour son traité (célèbre au Moyen Age et attribué à Gré-
nous ne cesserons de faire appel à des termes de comparaison, afin de goire de Nysse) le titre De natura hominis ? Faudrait-il en conclure
montrer en quoi la psychologie d 'Avicenne correspond aux conceptions que tous ces auteurs identifient purement et simplement l ' homme et
d'autres penseurs, anciens ou médiévaux, ou en diffère . Nous espérons l'âme et que le corps ne compte pas? Par ailleurs si, entre l'homme et
ainsi offrir au lecteur une synthèse doctrinale qui lui permette d'aborder l'âme il y a coïncidence totale, quelle est la signification précise du
l' étude de ce texte difficile et d ' en saisir toute la richesse philosophique . terme « âme» ?
Cette introduction se rapporte avant tout au contenu des livres IV et V
du De Anima ; il va sans dire cependant qu 'on sera amené à recourir à Le De Anima d'Avicenne se situe dans la perspective de la psycho-
d'autres passages du même traité ou à d'autres écrits avicenniens ( 8) . logie aristotélicienne ; sans être un commentaire sur le Traité de l'âme
du Stagirite et sans adopter toujours les solutions proposées par le
( 5 ) B . HANEBERO, Zur Erkenntnislelare von Ibn Si-na und Albertus Magnus, dans
Abhandlungen der philosophisek-philologischen Classe der KSniglichBayerischenAkademie logique du Kitâb al-Najàt ou Livre du Salut (efr F . RAHMAN, Avicenna's Psychology. An
der Wissenschaften, T. 11, Munich, 1866. — C . VAN STEENRISTE, Avicenna-citaten bij English translation of Kitâb al-Najât, Book II, Chapter VI, with historieo-philosophieal
S. Thomas, dans Tijdschrift voor Philosophie, 1953 (15), pp . 457-507 . notes and textual improvements on the Cairo edition . Oxford, 1952) ; à la partie psycho-
(6) G . QuADRI, La philosophie arabe dans l' Europe médiévale, Paris, 1947, pp . 172-197, logique du Livre des Directives et Remarques, traduction avec introduction et notes par
(7) H. DuLuDE, La tradition latine des traités de d 'âme d'Aristote et d'Avicenne . Thèse A. M . GoieaoN, Paris, 1951.
dactylographiée . Montréal, 1958, p . 14 : « La faleafa musulmane constitue le médium de % Lee textes du Shifia', autres que ceux du De Anima et cités en latin, sont empruntés
transmission d'Aristote en Occident » . à AvieExxA, Opera Philasophica, Venise, 1508, réimpression, Louvain, 1961.
( s ) On aura recours principalement à l'Épître sur l' âme qui passe pour le premier écrit Les textes du De Anima sont cités, pour les livres IV et V, d'après la présente édition,
psychologique d'Avicenne (cfr S . LANDAUER, Die Psychologie des Ibn Sind, dans Zeit. pour les livres I, II, III, d'après le manuscrit de base de la présente édition (Casanatensis
schrift der Deudschen Morgenlandesgesellschaft, 1876 (29), pp. 335 à 418) ; à la partie psycho . 957) avec mention de la référence correspondante dans l 'édition de Venise 1508 .

4* LE e DE ANIMA h D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 5*

maître grec, il se place dans la même optique, aborde les mêmes Socrate et sous l'influence de sa réflexion philosophique, le terme
problèmes et, par delà le Stagirite, plonge certaines de ses racines dans ~vX~ a déjà subi une transformation sémantique radicale . N'est-ce
le même passé (9). pas là d'ailleurs un processus normal, qui se produit régulièrement
dans l'évolution du vocabulaire philosophique à partir du langage
Dans la poésie homérique, le terme «âme» désigne la force qui assure préphilosophique ? Les termes philosophiques sont souvent repris
la vie de l'homme ; si l'homme est un être vivant, c'est grâce à la pré- au langage courant, mais ils sont progressivement « spiritualisés »
sence et à l'action de la psyché. L 'âme ne désigne donc pas le principe et «intériorisés» grâce à une réflexion de plus en plus poussée.
de la pensée ni de la vie affective, mais une sorte de souffle vital, que Pour Socrate, le terme OvX71 ne désigne plus un souffle matériel,
l'homme exhale au moment de la mort, soit par la bouche, soit par qui quitte l'homme au moment de la mort, mais le centre de la per-
une blessure . L'âme continue-t-elle à survivre après la mort? Selon sonne humaine, le principe de la connaissance et de la vie morale :
les anciennes croyances grecques, elle descend aux Enfers où elle cette âme continue à vivre après la mort, non pas comme une ombre,
mène une existence diminuée : dans ce monde souterrain, elle con- mais comme un principe responsable des actions bonnes et mauvaises
tinue d' exister comme une ombre, presque sans vitalité et pénétrée accomplies durant la vie terrestre . Socrate, se trouvant en présence
d'oubli . A côté de l'âme, 0VXI', la poésie homérique distingue l'in- de ses juges et décrivant sa mission, la présente comme une exhor-
tellect, vdo g, désignant l'esprit en tant qu ' il atteint un savoir clair, et le tation continuelle, adressée à tous, jeunes et vieux, à se préoccuper
Bvfcôg, principe de mouvement et de vie émotive. de leur âme plus que du corps et de la fortune . Pareille exhortation
Ces trois éléments ne sont pas conçus comme les parties d 'un tout, ils serait dénuée de sens si elle avait pour but d'amener les hommes
sont juxtaposés avec leur fonction propre, sans aucun lien organique à s' occuper du souffle matériel qui est à l 'origine des opérations vitales.
qui les unifie . On ne peut les concevoir non plus comme des facultés de Et quand Socrate s'entretient avec Alcibiade de l'amitié et qu'il
l'âme, comme des puissances actives émanant d ' un principe vital arrive à la conclusion que son interlocuteur n'a eu, durant toute sa
unique . Il en est un peu de ces principes supérieurs comme des organes vie, qu'un seul ami, à savoir Socrate, parce que lui seul a été l'ami
du corps : le corps non plus n' est pas conçu comme une unité, mais de son âme et pas seulement de son corps, on y retrouve une nouvelle
comme un ensemble de membres dont on n 'aperçoit pas la structure fois la notion de psyché dans sa signification la plus dense : le corps
organique ( 10). Le titre Traité de l' âme ne pourrait guère se comprendre est considéré comme l'instrument de l'âme ; l'admiration de la beauté
si l'on donnait au terme ~vXI] le sens qu'il revêt dans la poésie homé- corporelle ne conduit donc pas à l ' intimité avec une autre personne ;
rique . Si donc le Stagirite et les auteurs postérieurs ont choisi ce titre celui qui admire le corps, s'attache à quelque chose qui appartient à
pour désigner leur traité sur l ' homme, c 'est que le terme «âme» a subi l'homme, mais il n ' entre pas pour autant en contact avec le cœur de la
une évolution sémantique importante . Sans retracer ici toutes les personne humaine . Dans l'optique platonicienne, le regard du philosophe
étapes de cette évolution passant par le Shamanisme, l'Orphisme, le a ne s'arrête pas à la réalité corporelle qui est perpétuellement en devenir ;
Pythagorisme, Héraclite et Empédocle, on peut dire que, du temps de la mort de Socrate est devenue le symbole de la philosophie véritable
le philosophe apprend à mourir, à se détacher du monde sensible,
(9) Le De Anima d'Aristote a été traduit en arabe par Ishaq ibn Hunain au IX e -X e
siècle . Sur les antécédents de cette traduction (traduction du grec en syriaque), les
pour avoir accès à la réalité authentique, le monde des Idées . Il agit
révisions qui en furent faites, et la traduction arabe d 'Abu Isa Ibn Zur`a, cfr L . Mixlo- de même dans le contact avec autrui : il transcende les apparences
PALuELLo, Le texte du a De Anima d'Aristote . La tradition latine avant 1500, dans Autour
H corporelles pour réaliser une rencontre au niveau de l 'âme, c'est-à-dire
d' Aristote, pp. 217-218 ; S . VAS RIET, De Latijnse Pertaling van Avicenna 's Kitâb al-nerfs, au niveau du moi d'une autre personne . N'est-ce pas dans l' âme
dans Orientalia Gandensia I, 1964, p . 207.
qu'on trouve le trésor de toutes les connaissances humaines qui vont
(10) J. BURNET, The Socratie Doctrine of the Soul. The Hertz Lecture, 1916, dans
Proceedings Brit . Arad ., VII . — B . SxELL, The Discovery of the 1Hind, Oxford, 1953, se développer au cours de l'existence? N 'est-ce pas dans l'âme aussi
Chapter I : Homer's View of Man. — E. R. DODns, The Greeks and the Irrational. Ber- que se situent les grandes options au sujet de l ' orientation de la vie
keley-Los Angeles, 1951, surtout le chap . 5, p . 135 sqq. : The Greek Shamans and the humaine? Chaque homme porte en lui une possibilité d 'équilibre et
Origin of Puritanism.
d'harmonie, mais aussi la . menace d ' un déséquilibre et d' un conflit
F_

6* LE *DE ANIMA* D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 7*

constant . C'est à la lumière de son savoir immanent, plus ou moins même l'organisation du corps, prend son origine dans l'entéléchie
développé, que l'homme décide de l'orientation de sa vie vers le bien première qu 'est l 'âme. Il en résulte que l 'étude de l 'âme sera en même
véritable ou vers des valeurs apparentes. temps l'étude du corps et de toutes les activités vitales, depuis la vie
Quand Aristote, en plein quatrième siècle, écrit son Traité de l'âme, il a végétative jusqu'à la pensée . Par ailleurs, l'homme n'est pas le seul
derrière lui tout le passé de la tradition philosophique : ses lecteurs, être vivant dans le monde : il n'est donc pas le seul à posséder en lui un
qui connaissent la pensée de Socrate et de Platon, sont en état de principe de vie, une âme : en étudiant la forme substantielle de l'être
comprendre la signification du titre 7repi' OvX~g, désignant un des humain, Aristote replace l'homme dans l'ensemble du monde biolo-
traités les plus étudiés de l'œuvre aristotélicienne . On comprend gique et examine à la fois ce qu'il a de propre et ce qu'il a de commun
aisément pourquoi le traité n'est pas intitulé irepc acûµaros . Bien avec les autres vivants.
qu'Aristote n'accepte pas le dualisme psychologique de Platon, il Il est d' ailleurs intéressant de remarquer comment les questions
n'en reste pas moins vrai que l 'unité de l'homme n 'est pas aussi poussée abordées par le maître grec dans son Traité de l'âme, ont été reprises
chez lui que dans la phénoménologie contemporaine . Dans ses oeuvres invariablement au cours de l'histoire et sont devenues la trame tradi-
de jeunesse et aussi dans l' Éthique â Nicomaque, Aristote n 'hésite tionnelle d'un exposé philosophique sur l'homme : on les retrouve
pas à dire que l'homme est avant tout et principalement l'esprit, chez Avicenne, comme on les rencontre presque jusqu'à nos jours
bien qu'il admette par ailleurs que l'âme soit l'acte premier d'un dans tous les traités de psychologie . On peut dire que le Stagirite
corps physique et organique possédant la vie en puissance ( 11). D'ail- a fixé pour des siècles le contenu du traité de l 'homme.
leurs, même si l' on ne conçoit pas le corps comme un instrument anonyme Quelles sont ces questions ? Nous les aborderons dans notre exposé sur
mis à la disposition du moi, il ne s'ensuit pas encore que le corps con- le spiritualisme d'Avicenne. Il s 'agit d ' abord de savoir si l 'homme est,
stitue le tout de l'homme : en dehors d'une conception purement sans plus, une partie du .monde physique : il est certain que l'homme
matérialiste, on admettra toujours dans l 'homme une dimension qui s'insère dans la réalité matérielle, comme les êtres inanimés, les plantes
transcende l'organisme corporel . D 'autre part, on comprend aussi que et les animaux . Tout le problème est de savoir si son être appartient
le Stagirite n 'ait pas choisi comme titre : «De l'intellect», 7repi voe. intégralement au monde physique . N 'y a-t-il pas dans l'homme des
Il est vrai que la pensée constitue le caractère propre de l 'homme, activités qui transcendent la réalité physique, à tel point que l'être
celui qui le distingue des autres vivants et le maître grec ne manquera humain se situerait à la limite de deux mondes, le monde matériel
pas de le mettre en relief : plusieurs chapitres de son Traité de l'âme et les réalités immatérielles? Et si certaines activités humaines dépas-
sont consacrés à l'étude de la pensée et, si l'on se réfère à la morale du sent le monde physique, ne faut-il pas en dire autant du principe de
Stagirite et à l'idéal de la contemplation comme constitutif de l'eudé- ces activités? D'où la question de savoir si l 'âme humaine est maté-
monie, on se rend compte de l'importance accordée par Aristote à la rielle ou immatérielle : cette question a été posée et reposée au cours de
dimension intellectuelle de l'être humain. Pourtant la pensée n' est pas l'histoire et très souvent dans les mêmes termes que ceux du Traité de
le tout de l'homme, surtout si l'on tient compte du fait que la vie intel- l ' âme d' Aristote. On s'est demandé notamment si, parmi les activités
lectuelle plonge ses racines dans l 'expérience sensible à tel point que humaines, il n'y en aurait aucune qui soit entièrement indépendante de
la pensée ne peut s 'exercer à aucun moment sans une image sensible (12) . l'organisme corporel (13). La question est importante, car la solution
Dans l'optique aristotélicienne, le Traité de l ' âme est donc une étude qu'on donnera au problème de l'immortalité en dépendra : si l'âme
de l' homme, ou plus particulièrement une étude de la forme sub- est matérielle, elle périra avec le corps ; par contre, si elle est imma-
stantielle de l'être humain : tout ce qu'il y a de formel dans l'homme, térielle, elle pourra continuer de subsister après la mort, car elle pourra
toujours exercer les activités qui ne requièrent pas l 'intervention
d'un organe corporel.
(11) G. VasszKB, Thèmes de la morale arie6otélicimne, dans Revue philosophique de
Louvain, 1963 (61~ pp. 190 sqq.
( 13) De Anima, III, 431 a 16 : M oMdw& e voeî"Oaavrdoµaror r) Our ( 13) De Anima, I, 1, 403 a 3 sqq

UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME q*


8* LE t DE ANIMA» D'AVICENNE

Toutes ces questions tournent autour du problème central de la Certains auteurs chrétiens, Némésius notamment, avaient incorporé
psychologie aristotélicienne, à savoir le rapport entre l ' âme et le corps : dans le traité de l ' homme les pages remarquables consacrées par
l'homme est-il composé de deux éléments qui se présentent comme Aristote au libre arbitre dans son Éthique â Nicomaque. Avicenne ne le
fait pas, sans doute parce que la question de la liberté et de la respon-
deux substances pouvant exister séparément, ou bien l 'union entre
l'âme et le corps est-elle si intime que les deux composants ne puissent sabilité personnelle se posait autrement dans le cadre de sa métaphy-
subsister en dehors d'elle? Quelle est la fonction du corps vis-à-vis de sique émanatiste, et que, d ' autre part, le De Anima est loin d ' être le
l' âme humaine? Le corps est-il indispensable à l ' existence de notre seul exposé de sa psychologie.
principe vital? Et, d ' autre part, quel est le rôle de l' âme vis-à-vis du
corps? L 'âme apporte-t-elle la vie à un organisme déjà constitué ou 2 . Psychologie et philosophie de la nature
bien sa causalité vis-à-vis du corps est-elle plus profonde?
Afin de résoudre ce problème central, il n 'y a pas d' autre moyen que Dans l' encyclopédie philosophique d 'Avicenne appelée %itā b
d' examiner les différents niveaux des activités humaines ; c ' est pour- al-Shifā' ou Livre de la Guérison, le De Anima est incorporé à la philo-
quoi l ' on trouve généralement, dans les traités de l 'âme, des exposés sur sophie de la nature (scientia naturalis) : celle-ci comprend huit traités ;
chacun des sens externes, sur la fonction des sens internes, sens com- le De Anima en est le sixième ; d ' où son nom de Liber sextus de naturali-
mun, imagination et mémoire ; suit alors l 'étude de la pensée et de bus. Au début de la série, se situe le traité de physique proprement
l'appétit . Dans l ' examen de ces différentes activités psychiques, le dite qui étudie surtout le mouvement, le temps et d ' autres questions
problème de l'intellection, et plus particulièrement la question de qui concernent le monde matériel en général . Vient alors le De Caelo
savoir comment se conçoit le principe actif de l ' intellection, appelé et Mundo, qui comprend l ' étude des corps célestes, suivi du De Genera-
par Aristote le 7TOLrgTLKÔV, prendra de plus en plus d 'importance : tione et Corruptione. Le quatrième traité se rapporte aux éléments :
les renseignements donnés par Aristote sur ce point sont brefs et De Actionibus et Passionibus universalibus quae fiant ex qualitatibus
obscurs, d' où les interprétations divergentes qui en ont été proposées elementorum . Le cinquième concerne les minéraux : De Mineralibus.
au cours de l 'histoire. D ' ailleurs, l' herméneutique de la pensée humaine Après l' étude de l ' âme, Avicenne aborde celle des plantes, De Vege-
présente plus qu'un intérêt académique ; la consistance de la personne tabilibus, et des animaux, De Animalibus . L'étude de la vie, on le voit,
humaine dépend directement de l 'interprétation donnée au problème commence au sixième traité ; on pourrait se demander pourquoi
de l'intellection : on l'a bien vu lors de la lutte autour de l'Averroïsme, Avicenne examine d'abord l'homme, puis les plantes et enfin les
car ce que plusieurs auteurs médiévaux ont reproché à Averroès, animaux : c'est que le De Anima déborde largement le problème de
c ' est de supprimer l'individualité de la personne humaine et sa res- l' homme et aborde diverses questions qui concernent l ' étude de la vie
ponsabilité propre ( 14) . en général (15 ) ;ce traité introduit donc l 'étude du monde biologique,
comme la Physique introduit celle du monde matériel.
Inscrit dans le sillage du Traité de l'âme d'Aristote, le De Anima
d'Avicenne présente en somme les mêmes contributions positives et (15) Cfr D . Salsas, Étude sur la métaphysique d ' Avicenne . Paris, 1926, p .171 : <i D'où il
les mêmes lacunes que lui . Certaines questions, pourtant, y sont plus suit que l'âme est un nom commun à l'homme, à l'animal, au végétal d'une part ; aux
développées, telles l ' étude de la vue à laquelle est consacré tout le hommes et aux anges célestes de l'autre ».
troisième livre, l ' étude des sens internes, surtout celle de l 'imagination, Dans le prologue de son De Anima, Avicenne explique pourquoi il ne traite pas d'abord

de la mémoire, de la cogitative et de 1 > estimative . D> autre part, la de l' âme végétative, ensuite de l 'âme animale et finalement de l'âme humaine . A ses
, yeux, pareil exposé aurait manqué de cohérence ; ce qu'il a en vue, ce n'est pas tellement
principale lacune du traité aristotélicien n a pas été comblée : On n y ce qui différencie les trois niveaux de vie, mais ce qui est commun aux trois, sans négliger
trouve pas d' étude approfondie de la volonté ou du libre arbitre . pour autant ce qui est propre à chacun . C'est pourquoi il commence par une étude de
l'âme en général en y rattachant l'examen des activités propres à l'homme ; il passera
(14) G. VimBax>», L'Unité de l' homme : saint Thmnas contre Averroës, dans Revue ensuite à l'étude du végétal et de l'animal (Psychologie d'Ibn Sinâ [Avicenne] d'après
philosophique de Louvain, 1960 (68), pp . 220-249 . son œuvre Abi/à . Éditée et traduite en français par J. Bakoë, Prague, 1966, pp. 3-4).

Io* LE ♦ DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME Il*

Quelle est la place occupée par la scientia naturalis dans l'ensemble Peut-on dire qu'aux yeux d'Avicenne, l'étude de l'homme relève
de l' encyclopédie avicennienne qu ' est le Shifā' ? S 'insérant dans la entièrement de la physique? Nullement ; ce qui fait partie de la phy-
partie spéculative de la philosophie, elle se situe après la logique sique, c'est l'étude de l'âme dans sa relation au corps (20) . Qu'on se
(trivium) et avant les branches du quadrivium (De disciplinalibus), rappelle la définition aristotélicienne de l'âme : elle est la première
à savoir, l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astrologie. entéléchie du corps ; Avicenne reste fidèle à cette optique : pour lui,
La dernière partie de la philosophie spéculative est constituée par la le corps fait partie de la définition de l'âme comme l'oeuvre fait partie
métaphysique : Liber de causa causarum (16 ) . Avicenne estime que de la définition de l'artisan . Mais, pour connaître l'essence de l'âme,
la question de savoir si la logique fait partie de la philosophie ou si pour savoir ce qu'elle est en elle-même, Avicenne estime qu'une autre
elle en est seulement l ' instrument, ne présente aucun intérêt : la recherche est nécessaire (21) : ceci ne s'inscrit plus dans l'optique
réponse qu ' on donnera à cette question dépendra évidemment de la aristotélicienne, mais dépend d'une psychologie dualiste d'origine
définition qu ' on présentera de la philosophie ( 17) . Pour Avicenne, néoplatonicienne . Si l'on peut étudier l'essence de l'âme sans tenir
remarquons-le, la philosophie de la nature se situe avant l'étude compte de sa relation au corps, c'est que l'âme subsiste en elle-même
des mathématiques : c'est là une conception platonicienne ; l'étude en dehors de sa relation au corps et ne se sert de l'organisme corporel
de la philosophie commence par l'étude du monde sensible, se poursuit que comme d'un instrument (22).
par l'étude des mathématiques, puis par celle du monde suprasen- Que le De Anima d' Aristote puisse se prêter à des interprétations
sible ( 18 ) . Saint Thomas, à la suite d'Aristote, situe le quadrivium relevant d'une psychologie dualiste, bien des commentaires anciens
avant la philosophie de la nature, parce que celle-ci s'appuie davantage et médiévaux en sont la preuve. Ainsi, à la fin du Moyen Age, Cajetan
sur l'expérience ; quant à l'éthique, elle est placée pour le même motif aborde lui aussi, dans son commentaire sur le De Anima d'Aristote, la
après la philosophie de la nature . Avicenne, de son côté, situe la philo- question de savoir si l ' étude de l ' âme relève de la physique, et essaie
sophie pratique à côté de la partie spéculative, en y introduisant les de saisir la pensée authentique du Stagirite . Il distingue deux positions
distinctions aristotéliciennes : la politique (scientia civilis), l'écono- extrêmes, auxquelles il refuse de se rallier : certains prétendent, dit-il,
mique (ordinatio domesticalis) et la morale (scientia moralis) ( 19 ). que l'étude de l'âme relève essentiellement (absolute) du métaphysicien
et secondairement (secundum quid) du physicien ; d' autres disent que
cette recherche appartient totalement au domaine de la physique et
(16) Les quatre grandes parties ou t Sommes» du Shild' (Logique, Physique, Mathé- que l 'âme humaine serait, elle aussi, un être physique (de numero
matiques, Métaphysique) se trouvent décrites dans l' Avicenna Latinua 1, pp . 282-283
(cfr M . T . D'ALVERNY, O.C .).
(17) Logica, Venise, f. 2 va : Et inde deceptiones quae sunt de huiusmodi quaestione
frustra et superfluae sunt : frustra quia non est oppositio in his dictionibus - unusquisque (20) De Anima, I, 1 (Cas . 957 L 2 rb, Venise, f. 1 vb) : Et ideo tractatus de anima fuit
enim eorum intelligit de philosophia ahud quam anus ; superfluae vero quia sollicitudo de scientia naturah, quia tractare de anima secundum hoc quod est anima, est tractare
de huiusmodi non prodest. de es secundum quod habet comparationem ad materiam et ad motum . Il n'est pas
(18) Cfr AvicENNE, Le Livre de Science . Traduction M. Achena et H . Massé, Paris, 1955, exact de dire sans nuances : # Aristote et Avicenne considèrent tous deux que l'étude
I, p . 90 : la science spéculative se divise en trois ordres : « La science qu'on dénomme de l'âme et des phénomènes psychologiques fait partie de la physique » . Cfr M. AmiD,
supérieure, science primordiale, science de tout ce qui est au delà de la nature ; la science Essai sur la p8ychologie d 'Avicenne, Genève, 1940, p . 67.
intermédiaire qu'on dénomme science des mathématiques ; celle qu' on dénomme science ( 81) De Anima, I, 1 (Cas. 957, f. 2 rb ; Venise, L 1 vb) : unde oportet ad sciendum
inférieure, science de la nature ». eseentiam animae facere alium tractatum per se solum . Cfr F. RAnmAN, Avicenna's
(19) Logica, Venise, L 2 rb : Philosophia vero practica spectat vel ad scientiam senten- Psyehology, p. 9 : e In fact to describe the soul as entelechy is not to say anything about
tiarum per quas ordinatur consortium humanum commune et vocatur gubernatio the nature of the soul taken in itself».
civitatis et est scientia civilis ; aut per quas ordinatur consortium humanum familiare ( 22) Aux yeux d' Avicenne, l'étude de l'âme vient avant celle du corps - il est plus utile
et vocatur ordinatio domesticalis ; aut per quas ordinatur modus unius hominis secundum de connaître l' âme en vue de saisir les propriétés du corps que de comprendre le corps
honestatem animae ipsius et vocatur scientia moralis . — Il est à remarquer que pour en vue de pénétrer l' essence de l' âme. Cfr De Anima, I,1(Ca8 . 957 f. 1 rb ; Venise, f. 1 ra) :
Avicenne la perfection morale appartient à proprement parler au domaine de l ' âme : scientia enim de anima mains adminieulum est ad cognoscendas dispositions corporales,
l'homme n'est pas tellement le composé d ' âme et de corps, mais l 'âme . quam adminiculum corporis ad cognoscendum dispositions animales .

12* LE eDE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 13*

entium naturalium), sinon le Stagirite en aurait traité dans sa méta- auxquelles on se heurte quand on essaie d'intégrer les activités supé-
physique, ce qu ' il n' a pas fait ( 23) . Cajetan s ' oppose à ces deux positions : rieures de l 'homme au domaine de la physique . Bien que toute pensée
à ses yeux, l ' étude de l' âme relève essentiellement du physicien et se fasse à l' aide d ' images sensibles, il n ' en reste pas moins vrai que les
secondairement du métaphysicien : c' est que la nature de l' âme humaine activités supérieures de l 'homme ne s' inscrivent pas dans le devenir
est ambiguë, elle est à la limite du temps et de l'éternité, de l'ordre du monde physique ( 28) . Comme bien d ' autres commentateurs, Avi-
sensible et de l'ordre intellectuel ( 24 ) . L 'exercice normal de la pensée cenne et Cajetan dépassent la conception authentique du maître grec,
requiert l ' aide d'images sensibles, c ' est pourquoi l'étude de l ' âme mais ils y ont été amenés par certaines déclarations du Stagirite
relève essentiellement du physicien ; mais il n ' est pas exclu que l ' âme lui-même.
humaine, par une certaine participation aux substances séparées,
puisse se passer d' images sensibles dans l 'exercice de la pensée (25) . Au début du cinquième livre de son De Anima, Avicenne esquisse
Aussi bien Avicenne que Cajetan interprètent le De Anima d ' Aristote une sorte de portrait de l 'homme ; il y décrit les caractères qui lui sont
dans le sens d 'une psychologie dualiste ; il est indéniable, cependant, propres, qui le distinguent des animaux et le situent à un autre niveau
que l'interprétation de Cajetan est plus proche de la pensée authentique dans l'échelle des perfections (29) . Il est intéressant de noter que la
du maître grec . Celui-ci ne dit pas que l ' homme peut penser sans source de ce tableau n ' est pas le Traité de l 'âme du Stagirite, mais le
images sensibles, il affirme même expressément le contraire ; mais, début de sa Politique (30) .
d ' autre part, il se rend compte du fait que l ' âme humaine ne peut être Le premier caractère propre à l 'homme, est qu ' il est orienté vers la
considérée purement et simplement comme une réalité physique ; vie en société, qu ' il est un être social, un ~Cvov 7roacTtKÔV (31 ) : l 'homme
toute âme n'est pas une nature, comme il l'affirme dans le De Partibus isolé ne peut atteindre son achèvement, il a besoin des autres . Les
animalium (2 6) . Au livre VII de la Physique, Aristote essaie de traduire animaux se suffisent à eux-mêmes, ils se contentent de leur équipement
en termes physiques l'activité de la pensée et de la vie morale, mais il naturel : seul, l'homme a besoin d'autrui pour vivre sa vie et ce besoin
n'y parvient pas ; ni l ' exercice de la pensée ni l' acquisition des vertus ne constitue pas une imperfection ; au contraire, et Avicenne y insiste,
morales ne peuvent se concevoir comme une altération ; par l' accom- il exprime la noblesse de la nature humaine (32 ) . Dans son traité de
plissement de ces activités, l'homme ne devient pas autre, il devient
davantage ce qu'il est ( 27) . Aristote est donc conscient des difficultés ipsum propellitur. Qui scientiam tenet, si contemplando exercet, non mutatur, sed ad
suum finem pervenit ».
(28) De Anima, III, 8, 432 a 7.
(23) Commentaria in De Anima Aristotelis, Vol . I, Rome, 1938, p. 55. (29) Déjà au livre I, 4, de son De Anima (Cas. 957, £ 11 ra ; Venise, L 4 va), Avicenne
(24) Commentaria in De Anima Aristotelis, Vol . I, p. 57 : Consonatque hoc his quae indique de façon succincte les activités propres à l ' homme : Actions quae propriae sunt
de anima intellectiva dicuntur quod scilicet est vinculum intellectualis et sensibilis = hominum, sicut est percipere intelligibilia et adinvenire artes et meditari de creaturis et
ordinis, et quod est in horizonte aeternitatis, et similibus. discernere inter pulchrum et feedum. — L'inspiration aristotélicienne de ce passage
(25) Commentaria in De Anima Aristotelis, Vol I, p . 57 : différentia constitutiva animae n'est guère discutable : d'après le Stagirite, les hommes après avoir satisfait aux besoins
nostrae simpliciter spectat ad naturalem, secundum quid vero ad metaphysicum : ac per les plus urgents ont inventé les arts ; ensuite ils se sont appliqués à l' organisation de la
hoc substantia animae quidditative sumpta physicae est considerationis . Et hoc procul société politique et morale, ils se sont consacrés ensuite à l' étude du monde matériel
dubio secundum doctrinam sancti Thomae sentiendum est, consentaneumque est doc- pour s ' adonner enfin à la contemplation du suprasensible (efr De Philosophia, fr. 8, éd.
trinae Averrois. Ross).
(26) I, 1, 641 b 9 : ov8È yâp aâaa OvXti vais. .. (30 ) La Politique d'Aristote a-t-elle été traduite en arabe? Il semble que non ; toujours
J . M. Le Blond (Aristote, philosophe de la vie . Le livre premier du traité sur les Parties est-il qu'on ne possède aucune trace de pareille version . Les arabes ne semblent donc pas
des animaux. Paris, s .d ., p . 158) note au sujet de ce texte : e L'âme qui n'est pas nature, avoir eu une connaissance directe du traité en question, ce qui n 'exclut pas pour autant
est évidemment l'âme noétique, mise en dehors des prises du naturaliste, précisément un contact indirect, par l'intermédiaire d'autres ouvrages . Cfr R . WALZER, Aspects of
parce que, ainsi qu'Aristote le déclarait plus haut, elle n'est pas principe de mouvement ». Islamic Political Thought : Al-Fāràbi and Ibn Xaldūn, dans Oriens, XVI, 1963, p. 42.
(27) Phys., VII, 3, 246 a 12 : ovK ÉaTL SÉ o11Te j àperi o&e j KaK{a à»OIWŒ&9, &e j J£b (31) Pol. I, 2, 1253 a 3.
âpe7j TeÀeûoois Tts. Cfr De Anima, LI, 5, 417 b 5 . Cfr Aristotelis De Anima, éd . F . A. (82) De Anima, V, 1, p . 70, 14 : Hoc autem est propter nobilitatem eius et ignobilitatem
Trendelenburg, Berlin, 1877, p. 299 : • Ita sensus, si patitur, non alienatur, sed ad se aliorum animalium, aient postea scies alias .

14* LE c DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 15*

Politique, Aristote affirme que seuls les êtres supra-humains ou infra- humaine est donc le résultat d'une sorte d'invention créatrice par
humains peuvent se passer de société : les dieux se suffisent à eux- laquelle l'homme essaie de transformer le monde de la nature en
mêmes, ils sont pleinement auto-suffisants parce qu'ils sont parfaits ; fonction de son achèvement individuel. Ce dernier point est important
les animaux se suffisent eux aussi mais en raison de leur imperfection : lui aussi : l 'homme est un moi, possédant le privilège d ' une destinée
ils n' ont pas d ' aspirations qui dépassent les limites de leur équipement immortelle ; il n'est pas simplement un élément au service de l'espèce,
naturel (33). Pourquoi l ' homme a-t-il besoin de la société? Avicenne il représente, aux yeux d'Avicenne, une valeur en soi.
répond de façon générale que l ' homme a des aspirations tellement L'homme est un être qui communique avec les autres grâce à la
vastes qu 'il ne peut se contenter de ce que la nature met à sa disposi- parole . Ici encore, la différence entre l'homme et les animaux est très
tion (34) ; en d ' autres termes, ce n ' est que par la collaboration avec nette : il est vrai que les animaux eux aussi profèrent des sons ; ce
d' autres dans une société organisée qu ' il parviendra à satisfaire ses «langage» des animaux est-il comparable à celui de l'homme? En
multiples besoins . Trouve-t-on déjà chez Avicenne l'idée, chère à aucune façon. Il s'agit encore une fois, chez les animaux, d'un équipe-
certains penseurs contemporains : «esse homini est co-esse» ? Elle y ment naturel ; la signification des sons proférés est naturelle et con-
est en germe . Mais Avicenne semble viser avant tout la satisfaction fuse (37), en d' autres termes, l ' animal n 'invente rien, il ne choisit pas
des besoins matériels, sans pour autant négliger les autres aspects certains signes afin de leur donner un contenu déterminé ; tout ce
de la vie en société ; les philosophes s ' intéressent plutôt, aujourd 'hui, qu'il fait, c'est de mettre en oeuvre un équipement qu'il ne transcende
à la dimension intersubjective comme élément constitutif de la per- pas . Par contre, le langage créé par l ' homme est un dépassement de la
sonne humaine. nature : il est conventionnel (ad placitum), il est inventé par l'homme
Un autre caractère de l'homme, selon Avicenne, c'est qu'il est qui choisit lui-même les signes qu'il veut et les revêt d'un sens déter-
créateur de culture, ou, suivant une expression plus proche du De miné. C'est dire que le langage n'est pas pour l'homme un don qui lui
Anima, qu ' il invente les arts, comme l ' agriculture, le tissage, l ' art est accordé de l'extérieur ; l'homme est lui-même l'auteur de ses moyens
culinaire et tous les autres arts. Ainsi l ' homme s ' installe dans un d 'expression. Avicenne fait remarquer par ailleurs que la parole
monde « artificiel », c 'est-à-dire dans un monde qui a été transformé comporte des possibilités d'expression illimitées ; elle se compose
par le travail . Le sens de cette transformation est suffisamment clair : d'éléments distincts qui se prêtent à un grand nombre de combinai-
puisque le monde de la nature, tel qu'il est donné à l' homme, ne sons (38) . Pourquoi ce large éventail de sons diversifiés? Avicenne
suffit pas à satisfaire ses besoins, l'homme ne cesse de le transformer par répond que les aspirations humaines sont pour ainsi dire infinies :
son travail en vue de l ' adapter à ses aspirations. Les animaux se con- l'homme s'est créé un moyen d'expression qui correspond à la richesse
struisent, eux aussi, des nids et des repaires : cette activité est-elle de de ses mouvements intérieurs, de ses tendances et des objectifs qu'il
même niveau que le travail de l'homme en vue de transformer le poursuit (39) . A ses yeux, la supériorité de la parole sur le geste ne
monde ? Avicenne ne l ' admet pas : l ' activité des animaux est une peut être mise en doute : pour être compris, le geste a besoin d'un
activité spontanée, issue d'un instinct invariable ; elle n 'est pas, intermédiaire, à savoir les mouvements que doit faire l ' interlocuteur
comme chez l ' homme, le résultat d ' une invention ou d ' une réflexion (35) . pour l'observer, tandis que la parole est saisie directement, elle se suffit
Ici encore l'animal agit suivant son équipement naturel, il ne le dépasse
pas . De plus, l ' homme travaille en vue de sa perfection individuelle,
ce qui n ' est pas le cas de l ' animal (36). Le monde de la culture — D' après Avicenne l ' animal se comporte comme un membre de l'espèce, travaillant
en vue du bien de l' espèce et non en vue de sa perfection individuelle.
(33) Pol, ., I, 2,1253 a 3. (87) De Anima, V,1, p . 72,44 : Ipsi autem soni non significant niai naturaliter et confuse
(34) De Anima, V, 1, p . 70, 16 : Homini autem necessarium est quaedam addere naturae. quod appetitur aut quod respuitur indiscrete.
(35) De Anima, V, 1, p . 73,54 : Sed hoc non fit adinveniendo nec meditando, sed (3e) De Anima, V, 1, p. 71, 30 : Ad hoc autem commodior fuit vox quae dividitur in
instinctu insito, unde non variatur nec differt. elementa, ex quibus fiunt multae compositions sine labore corporis et sunt tales quae
(36) De Anima, V, 1, p. 73, 58 : In eis auteur quae faciunt homines plura fiunt propter non permanent, et secretae ei qui non debet cas percipere.
necessitatem singularem et plura ad meliorandum dispositionem suant ipsius singularis . (39) De Anima, V, 1, p. 72, 47 : humani appetitus quasi infiniti sunt .

16* LE « DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 17*

à elle-même (40) . Suivant un vocabulaire plus moderne, on dirait que même des animaux? Nullement. Les animaux, il est vrai, éviteront
la parole «se substitue» à ce qu' elle désigne, ce qui n'est pas le cas eux aussi de commettre certains actes, mais ils le font par instinct.
pour le geste . En inventant le langage, l 'homme s' est donc créé un Un lion ne dévorera pas ses petits et, s'il est dompté, il ne s'attaquera
moyen d'expression dont il est lui-même l'initiateur et qui correspond pas à son maître . Mais il s'agit là d'un comportement dicté par l ' in-
à la densité de sa vie intérieure (41) . stinct ( 45) ; ici non plus, l 'animal ne transcende pas son équipement natu-
L'homme se distingue encore des animaux en ce qu'il possède le sens rel . Il est à remarquer que tout ce passage d 'Avicenne s 'inspire du
des valeurs morales : dans ce domaine, Avicenne mentionne spéciale- mythe du Protagoras et de la Politique d' Aristote ( 46) : en vue de rendre
ment le sentiment de la pudeur comme une attitude proprement hu- la vie sociale possible, les dieux ont accordé à l ' homme deux qualités
maine ; l'homme éprouve de la honte (verecundia) quand il prend con- dont il n'était pas doué originairement : le sens de la justice (SiKI7)
science de ce que d'autres personnes se sont aperçues qu 'il a commis un et le respect de soi et d'autrui (aiSws) . Ce dernier terme a été repris
acte illicite (42). Depuis son enfance, l'homme apprend à connaître et à par Avicenne et est rendu dans la traduction latine par verecundia.
distinguer le bien et le mal, ce qui est honnête et ce qui est mauvais ; on L'homme est un être moral : il ne reçoit pas simplement une sorte
enseigne à l'enfant que certains actes ne sont pas permis . Progres- d' équipement éthique, il est dans une certaine mesure l'auteur de ses
sivement et sous l'influence de l'éducation, se constitue dans l'esprit valeurs morales.
de l'enfant un savoir quasi naturel du bien et du mal (conceptio . .. L'homme prévoit l'avenir : en langage contemporain, on dirait qu'il
quasi naturalis) ( 43) . La formule est significative : la connaissance des est un projet d'avenir. Son attention ne se limite pas au moment
valeurs morales n'est pas purement naturelle et innée, elle est partielle- présent : il délibère sur ce qu 'il y a à faire et sur le moment où il faut
ment acquise grâce à l'éducation . Il ne s 'agit donc pas d 'un instinct, le faire . N'est-ce pas là aussi une forme de transcendance ? Les moments
mais d'un savoir dont les germes sont présents à l'esprit et qui se du temps se suivent de telle façon que le glissement d 'un instant dans
développe à l 'aide d'une formation bien conduite ( 44). En est-il de le passé est la condition inévitable de l 'apparition du moment suivant.
Et pourtant, l'homme ne se contente pas de vivre les moments de
(40) De Anima, V, 1, p . 72,38-39
son existence dans leur apparition successive, attendant que l 'avenir
(41) Dans sa Politique (I, 2, 1253 a 9), Aristote fait remarquer que l 'homme est seul à
posséder la parole et que la nature ne fait rien en vain : tout ce que la nature produit,
devienne présent avant de s 'intéresser à lui . Ce qui n' est pas encore
est orienté vers une fin . La parole humaine montre que l ' homme est appelé à vivre en présent est déjà l 'objet de la préoccupation humaine : c'est en fonction
société . Quant aux animaux, ils profèrent des sons et signalent les uns aux autres ce de l'avenir que l'homme délibère sur son activité présente (47) . Sous
qui est agréable ou désagréable . Est-ce la même chose que la parole humaine? Nulle- ce rapport, dit Avicenne, la différence entre le comportement de
ment, car celle-ci permet d ' exprimer ce qui est utile ou nuisible, ce qui est juste ou
l'homme et celui des animaux est indéniable : l'animal est rivé au
injuste . Ce que les cris des animaux signalent, la parole humaine l'exprime ; de plus,
la parole est capable d'exprimer des objets qui dépassent ia connaissance des animaux, présent, il ne saisit que le moment actuellement vécu ou, tout au plus,
à savoir les valeurs morales.
(42) De Anima, V, 1, p . 75, 85.
(43) De Anima, V, 1, p . 74,65-70.
(44) D'après Avicenne, l'homme est appelé à vivre en société et c'est en vue du bien 1949, p . 67) . La connaissance du bien et du mal moral est donc considérée comme un
de la société que certaines actions ne sont pas permises . Le bien et le mal prennent donc savoir initial, commun à tous les hommes, sans que pour cela elle soit purement innée.
leur origine dans la nature de l'homme ; le rôle de l'éducation est alors de promouvoir (45) De Anima, V, 1, p. 74, 73 : Causa huius non est conceptio quae sit in anima nec
cette orientation naturelle de l'homme à travailler pour le bien de la société . — Le point sententia, sed est alia affectio animalis, scilicet quia omne animal amat naturaliter esse
de vue d'al-Fâràbi dans ce domaine est comparable à celui d'Avicenne : parmi les premiers id quod delectat et eius permanentiam.
intelligibles, communs à tous les hommes, il distingue trois catégories : « Les principes (46) Protagoras, 320 c . —Pol., I, 2, 1253 a 15 : roîrro yâp irpos râ iWa tîwa roîs âv0pcS7ro&s
premiers de la géométrie théorique ; les principes par lesquels on connaît le bien et le laid iSLOV, rÔ'bÔVOV Q,y0
.807! K0
.1 K¢KOTr K¢f flK0
.lOL K0
.L dSLKOL K0.1 TWV üÂÂWV ¢60Bt]atV E E6V.

dans l'agir humain ; les principes qui sont utilisés dans la connaissance des états des (47) De Anima, V, 1, p. 76, 99 : Ad hoc etiam adiicitur illud quod habet homo, scilicet
êtres qu'il n'appartient pas à l'homme de faire, leurs origines, leur hiérarchie, tels les providere futura, quae debet facere et quae non debet facere, et quae debet facere
cieux, la Cause première ainsi que les autres principes et ce qui en découle 0 (Idées des aliquibus horis et non aliis .
habitants de la cité vertueuse, trad . R.P. Janssen, Youssef Karam et J . Chlala . Le Caire,

18* LE «DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 19*

l'instant qui est immédiatement en relation avec le moment présent (98). dans le concret le bien et le mal, ce qui est honnête et malhonnête,
Son horizon temporel est donc extrêmement limité. Avicenne n 'ignore ce qui doit se faire et ce qui ne doit pas se faire . A la base de ce savoir
pas que le comportement de certains animaux pourrait faire croire pratique, il n'y a plus des principes évidents de soi, mais plutôt des
qu'ils se soucient de l'avenir, eux aussi : une fourmi qui se hâte d'amener opinions probables, des sentences prononcées par des sages et des
sa nourriture en sécurité, ne prévoit-elle pas qu'il pleuvra ? N'en croyances largement répandues parmi les hommes ( 53) . Rien de tout
est-il pas de même d'un animal qui prend la fuite devant un autre, cela ne se rencontre chez les animaux.
prévoyant que celui-ci lui fera du tort? Aux yeux d'Avicenne, tout ce L'âme humaine est donc un véritable moi, un «ego» ou une «sub-
comportement est dicté par un instinct naturel et n'indique pas un stantia solitaria» (54) : pour l'exercice de certaines activités, elle a besoin
véritable sens de l'avenir (49) . d'instruments, tandis que, pour d ' autres, elle peut s ' en passer. Ainsi,
Enfin, l ' homme est un être qui ne saisit pas seulement le particulier, elle est capable d 'atteindre un mode de perfection tel que plus rien
mais qui connaît aussi l 'universel : celui-ci est, aux yeux d ' Avicenne, ne lui est nécessaire en dehors d'elle-même(55) : elle est capable aussi
le domaine du nécessaire, du possible et de l'impossible . Grâce à la de maîtriser son corps et d ' éviter les entraves qui peuvent lui survenir
connaissance de l'universel, un progrès véritable peut se réaliser dans par suite de sa symbiose avec lui.
le savoir humain : en partant d ' intelligibles connus, l ' homme peut Cette tâche importante incombe non à l ' intellect contemplatif,
progresser vers la découverte d'autres intelligibles (50) . Ainsi, la mais à l ' intellect actif ou pratique qui est la puissance principale
science n' est pas donnée une fois pour toutes, elle reste toujours à faire, de l' âme dans son comportement vis-à-vis du corps . Notons que
bien que le fondement dernier du savoir spéculatif soit constitué par l'homme est doué d 'un intellect qui se réalise par étapes : les deux
des principes de soi évidents . Le progrès de la connaissance ne se intellects, le contemplatif et l 'actif, présentent les trois degrés de
réalise donc pas par une sorte d ' addition à un savoir précédent : toute potentialité distingués par Avicenne (56) : l' intellect matériel représente
connaissance se développe à l 'intérieur des principes premiers qui l ' état de pure puissance, comparable à celui de la matière première(57) ;
embrassent tout le patrimoine du savoir humain (51) . Par ailleurs, l 'intellect in effectu est déjà en possession de certains principes fonda-
l 'homme ne connaît pas seulement l ' universel, il saisit aussi le parti- mentaux : ceux de l'intellect contemplatif sont immédiatement évidents,
culier : comment pourrait-il jamais passer à l 'action s ' il n ' avait pas le alors que ceux de l ' intellect pratique sont des opinions probables et
sens du concret ? En s' appuyant sur la saisie de l ' universel et en autres propositions de ce genre (58) . Vient en troisième lieu l'intellect in
élaborant un syllogisme pratique ( 52 ), il est donc à même de connaître potentia perfectiva qui, lui, est en possession d ' autres intelligibles : s 'il

(53) De Anima, V, 1, p . 78, 41 : Principia vero activi sunt ex probabilibus et ex auctori-


(43) De Anima, V, 1, p . 75, 89 : Cetera vero animalia non habent hoc nisi in momento
tatibus et ex famosis.
plerumque, vel continuo post momentum. (54) De Anima, V. 1, p . 80, 58 : Nihil auteur horum est anima humana, sed anima est
(49) De Anima, V, 1, p . 75, 95 : hoc fit instinctu naturae. id quod habet bas virtutes et est, aient postes, declarabimus, substantia solitaria, id est
(50) De Anima, V, 1, p. 76, 5 : formare intentiones universales intelligibiles omnino perse . — L'âme ne s' identifie donc pas à ses puissances.
abstractas a materia, sicut iam declaravimus et procedere ad sciendum incognita ex (55) De Anima, V, 1, p . 80, 65 : Sed substantia humanae animae ex seipsa apta est
cognitis intelligibilibus, credendo et formando . — Au niveau de l'intellection, Avicenne perfici aliquo modo perfections, ita ut non sit ei aliquid necessarium extra ipsam.
distingue par conséquent une double activité : former des intentions universelles (f ormando) (56) De Anima, V, 1, p. 81, 76 : Unaquaeque autem harum duarum virtutum habet
et leur accorder un assentiment (credendo) . Ce dernier terme correspond à la avyKarâBeots aptitudinem et perfectionem.
des Stoiciens. (57) De Anima, I, 5 (Cas . 957, f. 13 vb ; Venise, £ 5 vb) : Et haec potentia vocatur
(51) De Anima, V, 1, p. 78,40 : Principia auteur contemplativi sunt ex propositionbus intellectus materialis ad simili tudinem aptitudinis materiae primae quae ex se non habet
per se notis. aliquam formarum, sed est subiectum omnium formarum . — Avicenne a-t-il identifié
(52) De Anima, V, 1, p . 78, 31 : Et haec virtus transsumit ex virtute iudicante de l' intellect matériel et l'imagination Y F . Rahman le prétend (Avieenna's Psychology, p . 19).
universalibus. Inde enim transsumit maximal propositiones ad id quod cogitat et con- (58) De Anima, V, 1, p . 81, 80 : sed intellectui contemplativo per se nota et cetera
cludit de particularibus .
huiusmodi et activo propositiones probabiles et aliae affections . — Dans son Livre des,
Directives et Remarques (trad. Goichon, p. 324), Avicenne spécifie que l'intellect pratique

20* LE « DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 21*

n'y fait pas actuellement attention, il est in habita (59) ; par contre, s ' il en somme, qu'elle ne peut exister sinon en union avec la matière ( 81) . Il
les prend actuellement en considération, il est intellectus adeptes (80). est intéressant de remarquer par quelle voie le Stagirite aborde le
En admettant le parallélisme entre l 'intellect contemplatif et problème posé : en vue de déceler la nature de notre principe vital,
l'intellect pratique, Avicenne s'accorde avec la doctrine de plusieurs le maître grec examine les caractères de notre activité ; le présupposé
penseurs médiévaux : ceux-ci, cependant, iront plus loin que lui, puis- implicite de cette méthode, c'est que l'activité révèle la nature du
qu ' ils admettent que les premiers principes de la raison pratique sont principe qui en est l'origine. On ne peut aborder directement l'étude
immédiatement évidents comme ceux de la raison théorique . C ' est la de l'âme, par une sorte d ' intuition immédiate : elle ne se manifeste
doctrine de la syndérèse, qui est conçue par plusieurs auteurs comme à nous que par l'intermédiaire de l'activité qu'elle déploie . La consé-
un savoir plus ou moins inné des premiers principes de la raison pratique. quence en est que l'étude de l'âme est toujours indirecte.
En un mot, l ' homme se distingue avant tout des animaux par sa Notons que certains auteurs, tout en adoptant la manière aristoté-
puissance de dépassement ou de transcendance. On comprend dès licienne de poser le problème, lui ont donné une réponse dans le sens
lors que l ' étude de l' homme« dépasse» les cadres de la physique au sens du matérialisme : c' est le cas d 'Alexandre d ' Aphrodise et, à l 'époque
aristotélicien. de la Renaissance, de Pierre Pomponazzi (62).
Alexandre d'Aphrodise prend comme point de départ l ' entéléchisme
3 . L'âme humaine est-elle spirituelle? d'Aristote, mais il en donne une interprétation totalement matérialiste.
D ' après lui, l ' âme naît du mélange des éléments, elle est le résultat d ' une
La question est ancienne et les réponses qu ' on y a données sont Kpâvis : ceci ne veut pas dire qu ' elle soit simplement la proportion
divergentes . Au début de son Traité de l'âme, Aristote se demande si ou l'harmonie du mélange . Elle est la force, la 8vvaµis, issue d' un
toutes les activités de l ' âme sont dépendantes du corps ; il s 'agit de
savoir s ' il n ' y a pas une seule activité qui s 'exerce indépendamment (81) Le passage le plus important de ce chapitre est le suivant : µâdtaTa 8 ' eo&KEV tâtoV
VOE6Y ' El W0171 Kat' ~avraala TLS j 1611 &Yev (av-raalaS, ovK ÉYSÉXotr 'âv ov8è roeT' üVEv
de l' organisme corporel . Si toute activité de l 'âme s' exerce en dépen- TÔ TOVTo

acôµaTos Etvaa (De Anima, I, 1, 403 a 7-10).


dance du corps, cela signifie, aux yeux d ' Aristote, que cette âme est (62) D'après Pierre Pomponazzi l'âme humaine est essentiellement matérielle (aimpli-
essentiellement dépendante de la matière ; en dehors de son union citer materialis), tout en étant d'une certaine façon immatérielle (secundum quid immate-
avec le corps, elle ne peut exercer aucune activité, ce qui veut dire, rialis) (PETnus PomPoNATius, Tractatus de immortalitate animae, ed. Gianfraneo Morra,
Bologna, 1954, cap. 9, p . 112) . L'auteur distingue trois modes de connaissance : en
premier lieu, la connaissance tout à fait immatérielle ; le corps n'intervient d'aucune
façon dans l'exercice de l'activité cognitive . Tel est le mode de connaissance qu ' on
trouve dans les substances séparées : c' est un savoir qui ne comporte ni discursus, ni

a pour objet les choses humaines qui doivent être faites pour arriver aux fins choisies. composition, ni changement (POMPONATiUS, o.c ., p . 106) . En second lieu, il y a la con-
naissance qui se fait en collaboration avec des organes corporels : c'est le cas de la con-
En vue d'orienter l' activité humaine, il se basera sur des principes premiers, sur des
naissance sensible ; l' activité s'exerce à l'aide d'un organe corporel et l ' objet est fourni
opinions courantes et sur le fruit de l'expérience . Cette optique correspond à la conception
aristotélicienne de l ' éthique. par le contact avec le monde matériel (PompoNATius, o.c ., p . 106).
(59) De Anima, I, 5 (Cas . 957, f. 13 vb ; Venise, f. 5 vb) : Aliquando est sieut com- } Entre ces deux modes de connaissance, il y en a un qui est intermédiaire, et qui est
paratio eius quod est in potentia perfectiva, hoc est cum inceperint in es, existere formae précisément le mode de connaître propre à l'intellect humain : l'activité intellectuelle
ne s'exerce pas à l'aide d' un organe corporel et cependant l'objet connu est emprunté au
intelligibiles adeptae post per se nota sive intelligibilia prima, sed non considerat illa
contact avec le monde sensible (POMPONATiUS, o .c., p . 106 : relinquitur ut tale inter-
nec convertitur ad illa in effectu . — Dans son Livre des Directives et Remarques (trad.
Goichon, p . 324-325) Avicenne distingue toujours quatre étapes dans l' intellection : medium non indigeat corpore tanquam subiecto, verum tanquam obiecto).
d'abord Pintellect matériel, ensuite l'intellect déjà en possession des premiers principes, Ce mode de penser à l'aide de données sensibles n'est pas accidentel à l 'homme, c'est
en troisième lieu l'intellect tin habitu, qui est détenteur d'autres connaissances, et enfin au contraire son mode de penser normal et essentiel, on ne pourrait d'ailleurs savoir par
l'intelligence acquise qui est constituée par les intelligibles présents en acte devant le aucun signe naturel que l'intellect humain possède un autre mode de penser . Il est donc
regard de l'esprit. essentiellement matériel (PomToNATius, o .c ., p . 110). L'interprétation de Pomponazzi

(80) Cfr É. Gu soN, Les Sources gréco-arabes de l'augustinisme avieennisant, dans ne manque pas de logique : si on adopte sans nuances le point de départ d'Aristote, on
Archives d'Histoire doctrinale et littéraire du moyen dge, IV, 1929-1930, p . 61 . est conduit inévitablement à une conclusion matérialiste .

22* LE a DE ANIMA a D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 23*

mélange qui a été fait dans des proportions déterminées . Dans cette Plus considérable est le nombre de distinctions introduites par
optique, le vivant provient entièrement du non-vivant ; même dans Simplicius dans la question qui nous occupe : l'auteur fait remarquer
son élément formel, la matière se donne à elle-même un principe vital, tout d'abord qu'il ne suffit pas de parler en général d'une dépendance
elle s'actualise elle-même (fi3) . Si l'âme naît du mélange des éléments, vis-à-vis du corps, sans spécifier de quel corps il s ' agit : car il n' y a pas
peut-on encore dire qu ' elle est la cause formelle du corps? Aux yeux seulement le corps terrestre et mortel, il y a aussi le véhicule de l'âme
d'Alexandre, l'âme est vraiment forme du corps, parce qu'elle lui qui est de la même nature que l'éther et qui est le siège de la vie sensi-
donne son être (Elvat) et sa définition (AéyeuOat) : elle est cause de tive et imaginative (87) . Ensuite, la dépendance vis-à-vis du corps peut
l ' organisation du corps vivant et principe des différentes activités du se concevoir comme une collaboration et une participation de l 'orga-
composé ( 84 ) . Comme l' a fait remarquer P. Moraux, Alexandre combine nisme corporel à l'activité de l'âme, ou bien comme une influence de
des doctrines relevant d ' une psychologie grossièrement matérialiste et l' activité psychique sur l 'organisme corporel ( 88 ). Par ailleurs, la
la théorie hylémorphique d'Aristote (65) . collaboration entre l'âme et le corps peut s'interpréter de deux manières:
Plusieurs auteurs, tout en se basant sur la manière dont Aristote l' âme peut se servir des organes corporels, elle peut également donner
aborde la question, s 'opposent à toute interprétation matérialiste. Ils aux organes corporels leur forme et leur structure (89) . Enfin, il est
y arrivent généralement en introduisant des nuances et des distinctions possible d 'introduire une distinction entre les gens éduqués et les
dans la question telle qu ' elle a été posée par le maître grec au début personnes sans éducation : dans le cas de gens non éduqués, les réac-
de son Traité de l' âme . Thomas d ' Aquin se rend parfaitement compte tions dépendent simplement de la composition du corps, tandis que
de la difficulté : l'acte de penser est-il entièrement propre à l'âme chez les personnes éduquées, le principe du comportement se trouve
de telle manière que le corps n'y intervient en aucune façon? La dans l' âme ( 70) . Après toutes ces distinctions, Simplicius défend un
question n ' est pas simple . Saint Thomas répond que la pensée est, point de vue nettement spiritualiste ; il admet que l ' âme est l 'entéléchie
d 'une certaine façon, propre à l ' âme (quodammodo est proprium animae) du corps, mais cela signifie pour lui qu ' elle donne au corps son orga-
et que, d' une certaine façon, elle appartient au composé (quodammodo nisation et sa structure et qu ' elle s 'en sert comme d' un instrument
est conjuneti) : l' exercice de la pensée ne requiert pas l' intervention l'âme se comporte vis-à-vis du corps comme le pilote qui dirige son
d ' un organe corporel bien que le contenu de la pensée trouve son navire (71) . Notre auteur n'admet pas cependant que toutes les facultés
origine dans l ' expérience sensible ( 66) . Grâce à cette distinction, saint de l'âme sont l'entéléchie du corps. L'intellect n'assure pas la cohésion
Thomas peut affirmer que l ' âme humaine est immatérielle et immor- du corps et il ne s'en sert pas comme d'un instrument.
telle . La différence entre Pomponazzi, qui admet que l ' âme humaine Essayons de comprendre maintenant le point de vue d'Avicenne
est essentiellement matérielle, et saint Thomas se résume en ce que les à la lumière de la question posée par Aristote et de certaines réponses
exigences requises en vue d ' admettre le caractère spirituel de l ' âme caractéristiques qui y ont été données . Disons d ' emblée que la position
sont plus strictes du côté de Pomponazzi ; d' après lui, l ' âme ne peut d' Avicenne est nettement spiritualiste : l ' âme humaine est un principe
être dite immatérielle que si elle a une activité qui est entièrement immatériel, uni à l'organisme corporel et se servant de lui . Un des
indépendante du corps.
(67) De Anima, éd . M. Hayduck, p . 17, 16 ataBgraKÔV yâp Kat ~avTaartKÔV Kat Tô
(63) De Anima, éd . I . Bruns, p . 24, 3-4 ; 24, 21 : oû yâp j TotdSE Tîuv awµâTwV atBEpîuSES r"s +iEcET€pas OOX~s ôXgµa. Le terme ôXgµa se rencontre déjà dans le Timée
KpC6aLS g OtrXg, t17rEp jV ~ üp(zovta QÂÂ' 11 É7rt 7- fi TOLQSE KpQOEa tSWa jzas yévvwµ évg, dvâAoyoV de Platon (44 E, 69 E) ; il a été employé souvent par des auteurs néoplatoniciens pour
ÉXoUaa Taîs SUVQtzEaa TCUV tarpaKWV ~apµâKwV TQLS aBpoLZofzEVQLs ÉK tztŸEO)S ?rÂELÔVCUV. désigner une sorte d 'intermédiaire entre l'âme et le corps.
Cfr Mantiaaa, p. 104, 28-34. (68) De Anima, p. 18, 20 sqq.
(64) Aporiaz, lI, 24, p. 75,26-32. (69) De Anima, p. 18, 28 sqq.
(65) Alexandre d'ApJarodise, exégète de la noétique d'Ariatote. Liège-Paris, 1942, p . 48. (70) De Anima, p . 19, 4 sqq.
(66) In De Anima, I, 1. 2, n . 19 éd. Pirotta : Aliqua autem operatio est, quae indiget (71) De Anima, p . 87, 18 . D'après Simplicius, l' âme diffère des autres formes physiques
corpore, non tamen aient inatrumento, sed aient objecto tantum. Intelligere enim non en ce qu'elle est deux fois l 'entéléchie du corps-instrument, car elle lui donne sa structure
est per organum corporale, sed indiget objecto oorporali . spécifique (optaraKîos) et elle le meut (KtvgTaxws Tov opyavov) .

24* LE e DE ANIMA» D'AVICENNE


UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 25*
arguments qu'Avicenne énonce à l'appui de sa thèse était bien connu cenne est persuadé qu' une faculté opérant à l ' aide d'un organe corporel
de Thomas d'Aquin et a été repris par lui . Il s'agit de l'argument basé n 'est pas capable de se connaître : pour lui, la connaissance de soi est
sur la connaissance de soi : si l'intelligence exerçait son activité à l 'acte d' un principe spirituel ; comme on le verra plus loin, il va même
l ' aide d'un instrument, elle ne pourrait se connaître, ni avoir con- jusqu ' à prétendre que l 'intelligence humaine est capable de se con-
naissance de son instrument ou de son acte (72) ; car entre l'intelligence naître en dehors de toute expérience sensible (79).
et son essence il n'y a pas d'instrument, comme il n'y en a pas entre En vue de mettre en relief la supériorité de l 'intellect sur les puis-
l'intelligence et son acte ou l'instrument qui lui est attribué. Or l'intel- sances sensitives, Avicenne signale que le nombre d'intelligibles que
ligence se saisit soi-même, comme elle saisit son acte et l'instrument la raison peut penser est infini en puissance : il en conclut que cette
qui lui est attribué . Sous ce rapport, il y a une différence très nette faculté ne peut être un corps ni exister dans un corps ( 80 ) . Notre
entre l'intelligence et la faculté sensitive, qui, elle, ne se perçoit pas intellect n'est d'ailleurs pas purement réceptif comme la matière
elle-même, pas plus qu'elle n' est consciente de son acte ou de son première : les intelligibles qu'il atteint sont le fruit d ' une recherche
instrument ( 73 ) . C ' est le cas aussi de l ' imagination qui, si elle se repré- active. L 'intellect se présente donc comme une puissance active en
sente un organe, ne le saisit pas comme sien (74) . Pourquoi l'intellect, quelque sorte infinie (81) . N ' en va-t-il pas de même de l'imagination?
connaissant à l'aide d'un instrument, ne pourrait-il se connaître? Avicenne croit que non : celle-ci ne peut se représenter, à n ' importe
Avicenne envisage trois hypothèses qui aboutissent toutes trois à une quel moment, un objet quelconque choisi parmi un nombre illimité
impasse . Si l'intellect connaît son instrument grâce à la forme de cet d' objets possibles, si ce n ' est sur l' ordre de la raison ( 82 ) . Ne retrouve-
instrument lui-même, il faudra en conclure que l'intellect connaîtra t-on pas ici le trait fondamental du portrait de l 'homme tel qu ' il est
toujours son instrument, car la forme de l' instrument est toujours présenté au début du cinquième livre du De Anima? L ' homme est un
présente en lui et l'instrument lui-même est toujours uni à l'intellect (75) . être qui sans cesse se transcende, qui dépasse toujours davantage ses
Par ailleurs, on ne pourrait supposer que l 'intellect saisisse son instru- propres limites, ses réalisations et ses acquisitions ; il est le principe
ment par une forme numériquement différente de lui, car cette altérité d'une évolution illimitée.
devient inconcevable (7 6) . Pour comprendre et connaître cet instrument, En outre, il suffit d'examiner la nature même des intelligibles pour
il faut saisir la forme qui lui est propre (77) . Il est donc exclu tout aussi se rendre compte que la faculté qui les pense ne peut être matérielle :
bien que l'intellect puisse connaître son instrument par une forme car ils sont dégagés de la quantité particulière, du lieu et de tous les
qui soit spécifiquement différente de celle de l ' instrument ( 78 ) . Avi- autres caractères qui individualisent ; en d'autres mots, ils sont uni-
(72) De Anima, V, 2, p. 93, 60 . Dicemus igitur quod virtus intellectiva, si intelligeret
instrumento corporali, oporteret ut non intelligeret seipsam, nec intelligeret instrumentum
suum, nec intelligeret se intelligere. — Dans son premier traité sur la psychologie, publié (79) Cfr Livre des Directives et Remarques (trad . Goiehon, p . 439) : n Et c'
est pourquoi
par S . Landauer, Avicenne écrit que l'âme est une substance et qu'elle peut exister sans les facultés sensibles, d'une certaine manière ne perçoivent pas leurs organes et d ' une
le corps . Pourtant, dans ce traité antérieur au Shild', il ne fait pas encore appel à l'argu- certaine manière ne saisissent pas leurs perceptions, parce qu 'elles n' ont pas d'organes
ment de la connaissance de soi (S. LANDAUER, Die Psychologie des Ibn Sind, pp . 411-415). pour saisir leurs organes et leurs perceptions ; et elles n' ont d' action que par leurs
(73) De Anima, V, 2, p . 96, 3 : Item sensus non sentit nisi aliquid extrinsecum nec organes . Mais les facultés intellectuelles ne sont pas ainsi ; en effet, elles connaissent
sentit seipsum, nec instrumentum suum, nec quod sentiat. toute chose a . Notons que pour Jean Philopon, lui aussi, la connaissance de soi constitue
(74) De Anima, V, 2, p. 96, 5 : Similiter imaginatio non imaginat seipsam, nec actionem le principal argument en vue de prouver le caractère incorporel de l ' âme rationnelle.
suam ullo modo. La caractéristique propre d ' un être immatériel, c'est l ' immanence ou l'
identité avec
(75) De Anima, V, 2, p . 94, 72 sqq. soi-même. Cfr JEAN PmLo pox, Commentaire sur le De Anima d'Aristote,
éd . G. Verbeke.
(76) De Anima, V, 2, p . 94, 77 : Alteritas etenim non cadit inter singula rerum nisi Louvain-Paris, 1966, p . xxiu.
aut ex diversitate materiarum aut accidentium et dispositionum aut ex diversitate quae (80) De Anima, V, 2, p . 92, 42 : Iam etiam probatum est quod id quod praevalet rebus
est inter universale et particulare aut abstractum a materia et acceptum in materia . —
infinitis in potentia, impossibile est esse corpus aut virtutem quae est in corpore.
Avicenne ne s'arrête guère à ces différentes hypothèses, mais il les écarte immédiatement. (81) De Anima, V, 2, p. 93, 54 : Nos ergo dicimus id quod postea scies, seilicet quia
(77) De Anima, V, 2, p. 95, 93. hoc quod anima rationalis recipit multa ex rebus infinitis, fit post inquisitionem activam.
(76) De Anima, V, 2, p . 95, 91 .
(82) De Anima, V, 2, p. 92, 48.

26* LE e DE ANIMA 9 D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 27*

versels (83). Il est bien clair que la forme intelligible et abstraite n'existe indivisibles(" , ). L'intelligible peut-il résider dans une partie divisible
pas comme telle dans le monde sensible, elle n'est séparée du lieu que d'un corps? Deux hypothèses sont à considérer : si les parties sont
pour autant qu'elle est présente dans l'intellect : car ce qui existe dans semblables, ne différant du tout qu'en figure ou en nombre, il est
la pensée n'a pas de lieu, ne peut être désigné séparément et ne se impossible que l'intelligible y soit fixé, puisqu'il n'a ni figure ni nom-
laisse pas diviser . Pareil objet ne peut donc exister dans un corps (114) , bre (S7) . Si, par contre, les parties sont dissemblables, il n'est pas pos-
D'ailleurs, si l'intelligible existait dans une réalité corporelle, ou bien sible non plus que l'intelligible y réside : il est vrai que certains intelli-
toutes les parties du corps seraient en relation avec lui, ou bien cer- gibles se laissent diviser en une notion générique et une notion spéci-
taines parties ou bien aucune (85) . Si aucune partie du corps n'est en fique ; mais les corps sont divisibles à l'infini . D'ailleurs, si à chaque
relation avec la forme intelligible, alors le tout ne le sera pas non plus. division du corps correspondait une division de l' intelligible qui y est
Si certaines parties seulement sont en rapport avec l'intelligible et établi, le sectionnement du corps conduirait à la division et au déplace-
d'autres pas, ces dernières n'ont aucun rapport avec cet objet et n'en ment du genre et de la différence spécifique . Enfin, tout intelligible
sont pas le sujet . Si toutes les parties du corps sont en relation avec ne se laisse pas diviser en intelligibles plus simples (88). Le sujet des
l'intelligible et si cette relation est la même, il s'ensuit que ces parties du intelligibles ne peut donc être qu 'une substance incorporelle (89) .
corps ne peuvent être des parties de l'objet intelligible . Par contre, Si l'on veut comprendre le fondement de cette doctrine, il importe de
si la relation n'est pas la même, l'essence intelligible sera divisible, tenir compte des différents degrés d'abstraction distingués par Avi-
ce qui est impossible . L'essentiel de cet argument, c'est que l'objet cerne (90) : le niveau le plus bas est celui de la sensation extérieure.
intelligible présente des caractères qui se distinguent nettement de Déjà, dans le cas de la vue d'un objet, on trouve une certaine abstraction,
ceux de la réalité corporelle ; étant universel, il transcende les êtres bien qu'il ne s'agisse pas d'une abstraction véritable : ce qui est présent
particuliers du monde sensible auxquels il se rapporte sans se con- dans le sujet connaissant, ce n'est pas la réalité de l 'objet, mais son
fondre avec eux. image ( 91). L'imagination, elle, réalise une véritable abstraction de la
Avicenne y insiste : si le sujet des intelligibles était corporel, ces matière, mais non des accidents matériels : la présence de l'objet n'est
intelligibles devraient avoir comme sujet d ' inhérence ou bien un plus requise pour que l'imagination reproduise son image (92). Quant à
élément indivisible du corps, ou bien une partie divisible . Aucune des l'estimative, elle réalise un degré d'abstraction plus élevé que dans
deux hypothèses n'est possible : quel serait, en effet, cet élément les cas précédents, car elle saisit des intentions immatérielles, sans
indivisible? Il ne pourrait être que le point qui constitue l'extrémité
de la ligne : mais ce point ne peut exister séparé de la ligne, de telle
façon que quelque chose d'autre puisse exister en lui, car ce qui existe
dans le point résidera nécessairement dans la ligne dont le point est (88) De Anima, V, 2, p . 84,19 : Declaratum est enfin ex coniunctione punetorum corpus
la limite . Par contre, si l'on donne au point une existence propre, séparée non posse eomponi. — Cfr D . SALIBA, Étude sur la métaphysique d ' Avicenne, p. 183.
de la ligne, de telle manière que quelque chose puisse exister en lui sans (87) De Anima, V, 2, p. 85, 40 sqq.
(88) De Anima, V, 2, p . 86, 51 sqq.
résider dans la ligne, on tombe dans l'erreur de ceux qui admettent
(89) De Anima, V, 2, p . 89, 94 : Sed receptibile formarum intelligibilium aliqua sub-
les atomes et définissent la quantité comme l'addition de parcelles stantia est ex nobis non corporalis . — Cfr Naidt, trad. Rahman, p . 50 : e It is quite
impossible, then, that the entity which receives intelligibles should be inherent in a body,
or that its action should be in a body or through a body 9.
(e0) De Anima, II, 2 (Cas. 957, f. 9 rb ; Venise, f. 6 vb) : Species autem abstractionis
(82) De Anima, V, 2, p . 89, 96 : Quod possumus etiam probare alia demonstratione,
dicentes quod virtus intellectiva abstrahit intelligibilia a quantitate designata et ab ubi diversae sunt et gradua earum multum distantes.
et a situ et a eeteris omnibus quae praediaimus. — Cfr Livre des Directives et Remarques (91) De Anima, II, 2 (Cas. 957, L 9 rb ; Venise, f. 6 vb) : Visus autem indiget his
(trad. Goichon, p. 330) :t La substance qui reçoit l 'impression des intelligibles, comme nous accidentibus eum apprehendit formam eo quod non abstrahit formam a materia abstrac-
allons le démontrer, est incorporelle et indivisible*. tione vera.
(84) De Anima, V, 2, p. 89, 4-8. (92) De Anima, II, 2 (Cas. 957, f. 9 rb ; Venise, L 6 vb) : materia, cive sit absens, cive
(85) De Anima, V. 2, p. 90, 9 sqq. destructa, esse tamen formae stabile erit in imaginatione .

28* LE *DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 29*

les dépouiller pourtant des accidents matériels des objets connus (93) . naissait avant (99) . Si l'exercice de la pensée requérait l'aide d'un
Il n ' y a que le jugement intellectuel qui atteigne le niveau de l ' abstrac- instrument corporel, l'intellect devrait, après la guérison, réapprendre
tion totale, abstraction de la matière et des accidents matériels : car ce qu'il connaissait autrefois . Aux yeux d'Avicenne, l'intellect, tout en
les intelligibles sont universels et présentent donc des caractères étant spirituel, est uni au corps et s'occupe de lui ; car on peut distinguer
opposés à ceux des réalités matérielles (94). dans l'âme humaine deux activités : la première est pratique et se
Passons à un dernier argument qui, lui, se rapporte au phénomène rapporte au corps, la seconde est théorique et se rapporte à l ' intellect
de la fatigue : les puissances qui saisissent leur objet à l 'aide d' un et à ses principes (100). Ces deux activités s 'entravent réciproquement :
organe corporel sont sujettes à la fatigue produite par le mouvement Avicenne estime qu ' il est bien difficile de développer les deux activités
continuel des instruments mis en oeuvre (95). Il arrive même que des en même temps, car l ' âme se concentre totalement sur l ' objet de son
stimulants trop forts détruisent la faculté perceptive ; souvent aussi, activité (101) . On comprend, de ce fait, que le corps ne soit pas sans
après avoir saisi un excitant très fort, on n ' arrive pas à percevoir, influence sur l' activité de l ' âme.
immédiatement après, des excitants moins forts . Dans le domaine de La conclusion de cette étude est bien nette : l'âme humaine n'est pas
l'intelligible, c ' est le contraire qui se produit : la saisie d' un objet imprimée dans le corps comme une forme dans la matière et elle n ' existe
très intelligible nous rend non pas moins capables, mais plus capables pas par le corps ou, en d'autres termes, son existence ne dépend pas de
de saisir d 'autres intelligibles ( 98). Par ailleurs, les puissances liées au son union au corps ; elle est donc spirituelle (102) . Avicenne ne fait pas
corps s'affaiblissent vers l'âge de quarante ans : l'intelligence, au de distinction entre dépendance subjective vis-à-vis du corps et
contraire, ne cesse de se développer, ce qui montre bien qu'elle n'est dépendance objective (cfr Thomas d ' Aquin) ; pareille distinction
pas une puissance corporelle ( 87). est sans importance pour lui, puisque, selon lui, toute activité in-
Il y a cependant des difficultés auxquelles il importe de trouver une tellectuelle n ' est pas dépendante de l ' expérience sensible : la con-
solution . Pourquoi l'intellect oublie-t-il ses intelligibles si son activité naissance de soi est possible en dehors de toute expérience sensible.
s' exerce sans l ' aide d' un instrument corporel? D ' autre part, comment Sur ce point capital, Avicenne s'écarte de la pensée authentique du
expliquer que l'intellect soit entravé dans son activité par les infir- Stagirite.
mités du corps ( 98 ) ? Avicenne répond qu 'il n ' est pas contradictoire
d ' admettre que l' intellect ait son activité propre et que, par ailleurs,
cette activité puisse être entravée par des facteurs corporels . Dans le
cas de la maladie, l'intellect est capable de reprendre son activité une (99) De Anima, V, 2, p . 100, 74 sqq.
fois la maladie terminée et il connaît toujours les objets qu ' il con- (100)De Anima, V, 2, p . 99, 55 sqq.
(101) De Anima, V, 2, p. 99, 59 : unde cum occupata fuerit cires, unam, retrahetur ab
a&a ; difficile est enim convenire utraque simul . Cfr Naiât, trad . Rahman, p . 54.
(102)De Anima, I, 3 (Cu . f. 4 vb ; Venise, f. 3 va) : Ergo anima est substantia quia est
forma quae non est in subiecto . Cfr Naiât, trad. Rahman, p . 46, 1-4 : e . . . the substance
which is the substratum of the intelligibles is neither itself a body nor does it subsist
(93) De Anima, II, 2 (Cas . 957, f. 9 rb ; Venise, f. 6 vb) : Bonitas vero et malitia et in a body in such a way as to be in any senne a faculty residing in, or a form of, the body ».
conveniens et inconveniens et his similis, sunt in se res non materiales, quibus tamen — Le spiritualisme de la psychologie d 'Avicenne ne peut être mis en question, et pourtant
accidit esse materiales. il l'a été dans un ouvrage de M . Ernst BLOCH, Avicenna und die Aristotelische Linke
(94) De Anima, II, 2 (Cas . 957, f. 9 va ; Venise, f. 7 ra) : Nisi enim denudaretur ab hoc (Berlin, 1952) . L'auteur prétend qu' Avicenne se range parmi les représentants d'un
(sc . ab accidentibus materialibus), non esset aptum dici de omnibus. aristotélisme W de gauche », alors que Thomas d'Aquin et Albert le Grand sont les partisans
(95) De Anima, V, 2, p. 97, 14 : instrumenta enim fatigantur ex iugi motu et destruitur les plus connus de l'aristotélisme e de droite» ; Avicenne aurait élaboré une philosophie
eorum complexio quae est ois substantialis et naturalis. matérialiste et aurait préparé la voie à Giordano Bruno.
(96) De Anima, V, 2, p. 97, 15 sqq . Cfr AsisT ., De Anima, III, 4, 429 a 29 - 429 b 5. a Es gibt eine Linie, die von Aristoteles nicht zu Thomas führt und zum Geist des
(97) De Anima, V, 2, p . 98, 32 : Item omnium partium corporis debilitantur virtutes Jenseits, sondera zu Giordano Bruno und der blüliendenAllmaterie . EbenAvicenna ist
in fine aetatis iuvenilis, quod fit circiter quadraginta annos. in dieser Linie einer der ersten und wichtigsten Merkpunkte, zusammen mit Averroës»
(98) De Anima, V, 2, p. 98, 46 sqq. (o .c., p . 12). L'ouvrage de M . Bloch ne présente, à nos yeux, aucune valeur scientifique.

30* LE a DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 31 *

tude de chrétiens comme Némésius d'Émèse, qui ont admis la pré-


4. Une immortalité sans préexistence existence de l'âme humaine afin de sauver son immortalité.
Sous ce rapport, la position d'Avicenne est particulièrement inté-
Y a-t-il un rapport entre la préexistence de l ' âme et sa survie après ressante : il s'oppose catégoriquement à la préexistence de l'âme et
la mort? Si on se place dans l'optique de Platon et d'Aristote, ce malgré cela il admet son immortalité : il rompt par conséquent avec
rapport est indiscutable . Au début du livre VIII de la Physique, le la croyance, largement répandue chez les Grecs, que ce qui a commencé
Stagirite se demande si le mouvement est éternel ou non et il envisage d'exister ne peut continuer indéfiniment (104) . Quels sont les arguments
deux hypothèses (au lieu des quatre qui sont logiquement possibles). sur lesquels il se base? Supposons qu'avant leur union au corps il
Les hypothèses envisagées sont les suivantes : ou bien le mouvement existe une multiplicité d ' âmes humaines : comment pourraient-elles
n 'a pas commencé et il continuera d 'exister toujours à l' avenir, ou se distinguer les unes des autres? Toutes ces âmes appartiennent à la
bien le mouvement a commencé et, dans ce cas, il cessera un jour. même espèce : elles ont la même essence, qui s'exprime par la même
Deux autres hypothèses ne sont pas prises en considération, à savoir définition. La distinction entre les âmes ne peut donc se comprendre,
que le mouvement aurait commencé mais ne finirait jamais, ou bien si elles ne sont pas rattachées à un corps, car elles se différencient
que le mouvement n ' aurait pas commencé mais se terminerait un selon leur principe réceptif qui est le corps ; une fois unies à un corps,
jour. Si ces deux dernières hypothèses ne sont pas formulées, c ' est les âmes se distingueront entre elles par les circonstances de lieu et de
qu' elles étaient à priori impossibles dans la perspective du Stagirite : temps, puisque tout corps est situé à un endroit déterminé et s ' insère
ce qui a commencé d ' exister possède en soi la puissance de n ' être pas; aussi dans le devenir temporel . D'après Avicenne, si les âmes pré-
la présence de cette puissance fera qu'un jour il cessera d ' être, car une existaient à leur union avec le corps, elles ne pourraient se distinguer
puissance qui ne se réalise jamais est inconcevable ; pour saisir pleine- les unes des autres (105) .
ment le sens de ces positions aristotéliciennes, il importe de rappeler Peut-on admettre qu'il n'y ait qu'une seule âme, que celle-ci
que sa vision du monde ne comporte ni transcendance, ni liberté existe depuis toute éternité et se répartisse entre les différents corps ?
créatrice (103) . Cette hypothèse s ' avère impossible, elle aussi : car si cette âme unique
Appliquons cette doctrine au cas de l ' âme humaine : Platon admet est immatérielle, elle ne peut se diviser ; d'autre part, la même âme
qu' elle préexiste à son union avec le corps, vivant en contact immédiat ne peut être présente dans deux corps différents (los) .
avec les Idées, et qu ' elle continue d ' exister après la dissolution du
corps . Aristote, par contre, refuse d'admettre la préexistence de l'âme
et la théorie de l'anamnèse qui s'y rattache ; il ne pourra donc intégrer
dans sa philosophie la survie de l'âme . C'est ce qu'a fait remarquer (104)De Anima, V, 3, p . 105, 40 : Dicemus auteur quod anima humana non fuit prius
Duns Scot en parlant de la théorie d'Aristote sur l'immortalité de existens per se et deinde venerit in corpus . — Dans un petit poème sur l' âme, édité et
l ' âme humaine : il signale qu 'il est bien difficile de saisir à ce sujet la traduit par Carra de Vaux (La Kaçidah d'Avicenne sur lame, dans Journal asiatique, 1899,
t . II, p . 157), Avicenne semble admettre la préexistence de l ' âme. M. Amid note à ce sujet :
véritable pensée du maître grec ; à son avis, sur la question de la
• Cette conception platonicienne de l'origine de l'âme, telle qu' elle est exprimée dans ce
survie de l ' âme après la mort, le Stagirite ne propose que des arguments Poème, est due, nous semble-t-il, à l 'imagination poétique d'Avicenne et à l ' influence
probables et, du fait de son attitude négative concernant la pré- de sa philosophie mystique» (Essai sur la psychologie d'Avicenne, p . 136).
existence de l'âme, il se trouve devant un obstacle insurmontable (105)De Anima, V. 3, p . 106, 52 : Si auteur anima esset tantum abaque corpore, una
en ce qui concerne l'immortalité . La même difficulté explique l ' atti- anima non posset esse alia ab alia numero. Cfr Naiat, trad . Rahman, pp. 56-57.
(les) De Anima, V, 3, p . 107, 63-69. Avicenne estime qu ' on ne peut en aucune façon
admettre la préexistence d' une âme unique, dont les âmes individuelles seraient des
parties. Car, dans ce eu, cette âme unique serait en puissance vis-à-vis de ses parties,
(103) Phys ., III, 4, 203 b 8 : De Caelo, I, 10, 279 b 17. PLSTO, Politeia, VIII, 546 a 2. ce qui est impossible ; de plus, ce qu'une âme individuelle connaît, devrait être connu
G. VEiaBi Kz, La structure logique de la preuve du Premier Moteur chez Aristote, dans tout aussi bien par les autres, ce qui se ramène à supprimer le caractère individuel des
Revue philosophique de Louvain, 1948 (46); pp. 137-160. âmes (efr M. Amm, Essai sur la psychologie d ' Avicenne, pp. 137-138) .

32* LE « DE ANIMA e D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 33*

D'après Avicenne, le caractère individuel des âmes leur est acci- puissance, un accident spirituel ou un composé de tout cela (111) .
dentel : elles commencent à exister quand la matière corporelle est Durant son existence terrestre, l'âme se sera revêtue de certains
apte à se mettre à leur service, car le corps est «le royaume et l ' instru- caractères accidentels provenant de sa symbiose avec le corps, et
ment» de l ' âme (regnum eius et instrumentum) (107) . L' âme a donc une elle ne les perdra plus après s' être séparée de lui (112) .
tendance naturelle à s 'unir au corps et à en prendre soin : elle s 'attache Reste à examiner pourquoi l ' âme ne périt pas lors de la dissolution
de la sorte à un corps déterminé (los) . du corps . On pourrait répondre de façon générale en disant que le
Peut-elle continuer à exister après la dissolution du corps et garder corps n 'est pas la cause de l ' existence de l 'âme ; si le corps périt,
son individualité? Avicenne l ' affirme : après la mort, chaque âme l'existence de l'âme ne sera pas atteinte . Regardons de plus près cet
demeure une essence singulière et ne perd donc pas l 'individualité argument : le rapport entre l ' âme et le corps est ou bien un rapport de
qu' elle avait acquise grâce à son union avec le corps ( 109) . Comment coexistence simultanée, ou bien un rapport de postériorité, ou bien
l ' individualité des âmes est-elle possible après la mort, alors qu 'elle ne un rapport de priorité ( 118 ) . Si l'âme et le corps coexistent, de telle
l'était pas avant la naissance ? C'est que, pour Avicenne, l'indivi- façon que cette coexistence leur soit essentielle, aucun des deux
dualité une fois acquise ne peut plus se perdre : après la mort, les éléments ne sera une substance ; si par contre, la coexistence simul-
âmes restent distinctes les unes des autres, parce qu'elles ont été tanée ne leur est pas essentielle, la dissolution de l 'un ne mettra pas
affectées à des corps différents, qu ' elles ont commencé à exister à des en cause l'existence de l'autre (114) . Si l'âme est antérieure au corps,
moments différents et qu ' elles ont acquis des qualités accidentelles qu ' il s ' agisse d'une priorité dans le temps ou d ' une priorité de nature,
différentes en raison de la diversité de leurs corps (110) . Sous ce rapport, on ne pourra admettre en aucun cas que la destruction du corps, qui est
la situation d ' une âme qui a été unie à un corps n 'est pas la même postérieur, cause la disparition de ce qui lui est antérieur, l'âme . Si, par
que celle d ' une âme qui n ' a jamais été attachée à une réalité corporelle. nature, l ' âme est antérieure au corps, celui-ci ne pourrait périr que si
Malgré cela, le problème reste délicat et Avicenne en est conscient : l' âme périssait. Or tout le monde sait que le corps périt sous l ' action
à ses yeux, l'individualité de l ' âme après la mort provient d ' un carac- de certaines causes qui lui sont propres . Il n ' y a, entre l' âme et le corps,
tère accidentel, qui est décrit comme une sorte de propriété, une aucune dépendance essentielle (115) . L' hypothèse la plus difficile est
que le corps soit antérieur à l ' âme, car ici se pose inévitablement la
(197) De Anima, V . 3, p . 107, 77 : Ergo iam manifestum est animas incipere esse cum question de savoir si le corps n ' est pas la cause de l 'existence de l ' âme,
incipit materia corporalis apta ad serviendum eis .—Ibid ., p . 115, 80 : Cum enim creatur ce qui entraînerait que la dissolution du corps causerait la destruction
materia corporis quod sit dignum fieri instrumentum animae et eius regnum, tune causse
separatae quae solent dare unamquamque animam, creant animam. (111) De Anima, V, 3, p . 111, 20 sqq.
(los) Avicenne reconnaît que le rapport entre l'âme et le corps est difficile à comprendre : (112)D' après Avicenne, il y a plusieurs facteurs qui interviennent durant la vie ter-
d'après lui, l' âme individuelle commence à exister quand la matière corporelle est apte restre pour donner à l'âme son caractère individuel : il y a d'abord tout le domaine de la
à l ' accueillir. L'âme est individualisée grâce à son union avec le corps : elle porte en elle vie intellectuelle ; les pensées d'un homme ne sont pas celles d'un autre et le niveau
une inclination naturelle à s' occuper de tel corps déterminé et à se désintéresser des de la vie intellectuelle n'est pas le même chez tous . Il y a ensuite la connaissance de
autres (alienatur ab alüs omnibus corporibus cires . illud tantum . De Anima, V, 3, p . 108, soi-même : si l'homme est capable de se saisir comme un moi subsistant, il est clair qu 'il se
84). Quant au corps, il est individualisé par ses caractères propres . Ce qui constitue connaît comme une existence individuelle . Puis il y a le secteur de la vie morale et de
évidemment une difficulté, c'est que l'âme, qui est une substance, a besoin du corps façon générale la symbiose avec le corps qui contribueront à donner aux âmes leur
pour être individualisée. physionomie propre . Finalement il est possible que l ' âme, lors de son union avec le corps,
(109) De Anima, V, 4, p. 118, 5 : Et quando quidem anima habet esse ab illa, et non acquière d'autres caractères individuels que nous ne connaissons même pas . Le contexte
habet ex corpore niai debitum horse qua debet esse tantum, tune non pendet eius esse de la vie sur terre, en union permanente avec le corps, est donc à l'origine d'une existence
ex corpore tantum, nec est corpus causa niai accidentalis. qui devient de plus en plus individuelle au fur et à mesure que la vie se poursuit (De
(110) De Anima, V, 3, p . 109, 91 sqq . Cfr Nai di, trad. Rahman, p. 58, 10-15 : «But after Anima, V, 3, p. 111, 28-43).
their separation from their bodies, the souls remain individual owing to the different (113) De Anima, V, 4, p . 114, 48-50.
matters in which they had been and owing to the times of their birth and their different (114) De Anima, V, 4, p . 114, 50-56.
dispositions due to their bodies which necessarily differ because of their peculiar con- (115) De Anima, V, 4, p. 118, 11 sqq . Cfr É. Gusox, Les sources gréco-arabes del'Augua-
ditions A . tinisme avicennisant, p. 51 . — D . SALIBA, Essai sur la métaphysique d'Avicenne, p . 188 .

34* LE «DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 35*

de l'âme . D'après Avicenne, le corps n'est en aucune façon la cause corps ou inversement : la réponse d'Avicenne est négative : comme on l'a
efficiente de l'âme. Le corps, en tant que tel, ne réalise rien, il ne peut déjà dit ci-dessus, l'âme n'est créée que quand l'organisme corporel
avoir une action quelconque que par une de ses puissances (per vir- est apte à lui rendre service ; et pourtant, on ne pourrait en conclure,
tutem) ; si par lui-même il exerçait une activité déterminée, toute d'après Avicenne, que la destruction de l'un provoquerait la destruction
réalité corporelle développerait la même activité (116) . D'autre part, de l'autre, car ce qui commence à exister avec le corps, est impéris-
les puissances corporelles sont toujours accidentelles et matérielles : sable par nature (126) . L ' âme humaine est tout à fait simple : n ' étant
Avicenne se demande comment des accidents et des formes matérielles pas composée de matière et de forme, on ne trouve pas conjointement
pourraient donner l ' être à une substance spirituelle telle que l'âme (117) . en elle l'acte d'exister et la possibilité de ne pas être (121) . Ce qui existe,
Cette position s 'oppose diamétralement à celle d ' Alexandre d ' Aphrodise tout en ayant la possibilité de ne pas être, ne peut être simple, mais
qui prétend que l ' âme est produite par le mélange d ' éléments matériels. doit être composé . Ne faut-il pas admettre que tout ce qui est engendré
La réponse d 'Avicenne revient à ceci : le corps ne peut être à l 'origine périra un jour? Avicenne répond que c'est le cas de tout ce qui est
de l'âme parce que, de lui-même et en tant que tel, il n'est pas actif engendré à partir d 'un principe matériel et d 'un principe formel . Mais
et ne peut certainement pas produire une réalité supérieure à lui-même. comme l' âme humaine ne présente pas la composition en question,
Le corps peut-il être considéré comme la cause réceptive de l' âme il en résulte que cet axiome ne lui est pas applicable.
en ce sens que l ' âme serait imprimée dans la réalité corporelle comme Que faut-il penser, enfin, de la métempsycose? Avicenne ne s ' y
une forme dans la matière? Pas davantage . Il y a deux manières arrête guère et refuse de l'admettre : une fois que le corps est apte au
d 'être cause réceptive, par voie de composition et de façon simple : service de l'âme, celle-ci est créée en vue de ce corps déterminé ; si en
les éléments sont la cause réceptive d ' un corps déterminé, parce que même temps les âmes passaient d 'un corps à l'autre, il pourrait y avoir
le corps est composé des éléments en question ; ces éléments entrent deux âmes dans le même corps (122). Or l 'homme se rend compte qu ' il
dans la composition du corps ; le cas d ' une statue d' airain est différent : n ' a qu' une seule âme, qui régit son corps et prend soin de lui . D 'ailleurs,
l'airain est, lui aussi, cause réceptive, mais il l ' est de façon simple, quelle serait la situation de cette deuxième âme ? Si elle ne s'occupe pas
parce qu'il n' y a pas d ' autres matériaux qui entrent en ligne de compte. du corps, elle n'aura aucun rapport avec lui et sera donc établie dans
Le corps ne peut être la cause réceptive de l ' âme ni par voie de composi- un corps qui lui est étranger, ce qui est inadmissible (123) .
tion ni de façon simple ; la raison en est claire, c ' est que l ' âme, étant La conclusion est bien nette : l'âme humaine est immortelle, sans
spirituelle, n'est pas une forme imprimée dans la matière (116) . préexister à son union avec le corps (124) .
Après ce qu'on vient de dire, il va de soi que le corps ne peut être non
plus la cause formelle ni la cause perfective de l'âme (119) . A aucun
point de vue, le corps n'est la cause de l'existence de l'âme ; la disso-
lution du corps n'entraînera donc pas la destruction de l'âme . On (120) De Anima, V, 4, p. 117,98 : Sed quia creato uno creatur et aliud, non ideo oportet
pourrait se demander, cependant, si l ' âme pourrait être créée sans le ut une destructo destruatur alterum.
(121) De Anima, V, 4, p. 122, 71 : Manifestum est igitur quod in eo quod est simplex non
compositum aut radia compositi, non conveniunt effectua permanendi et potentia
(116) De Anima, V, 4, p . 115, 63 . corpus enim ex hoc quod est corpus, non agit aliquid; destruendi comparatione suas essentiae . Cfr M. D . Ror,AND•GossEraN, Sur les relations
non enim facit niai per virtutem : si enim ageret per seipsum et non per virtutes suas, de l'dme et du corps, dans Mélanges P. Mandonnet, Paris, 1930, t . II, p . 53.
tune omne corpus ageret illam actionem. (122) De Anima, V, 4, p. 125, 14 : Si autem posuerimus quod uns, anima transfertur
(117) De Anima, V, 4, p . 115, 65 sqq. ad multa corpora, unicuique autem corpori per se debet anima creari quae pendeat
(118) De Anima, V, 4, p. 115, 70 : iam enim probavimus et ostendimus quod anima ex ipso, tune unum corpus habebit dual animas simul.
non est impressa in corp ore aliquo modo. (123) De Anima, V, 4, p . 125, 21 : si auteur est ibi alia anima quam non percipit animal,
(119) De Anima, V, 4, p . 115, 75 : Impossibile est etiam corpus esse causam formalem nec quae occupatur cires, suum corpus, tune non pendet ex iuo corpore.
animae sut perfectivam. — Avicenne n'en donne pas de preuve à cet endroit : la chose (124) Ce qu'Avicenne dit sur l'immortalité de l'âme humaine ne vaut pas pour les âmes
est trop claire, puisque l'âme est une substance spirituelle qui se sert du corps comme végétatives et animales : celles-ci sont périssables, puisqu'elles sont imprimées dans la
instrument . matière et inséparables d'elle (cfr M . An®, Essai sur la psychologie d' Avicenne, p. 146) .

36* LE t DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 37*

image sensible, l'homme qui n'a aucun contact sensitif avec le monde
5 . L'union de l'âme et du corps ne peut rien connaître . La réponse d ' Avicenne s 'écarte de la perspec-
tive aristotélicienne et s'oriente nettement dans le sens du dualisme
L' homme est un être présent à lui-même ; cette présence n ' est pas psychologique : d' après notre philosophe, l 'homme ainsi suspendu
indirecte, mais immédiate : l 'homme ne se découvre pas grâce à l'expé- saurait qu'il existe (tamen sciret se esse) et cela sans avoir conscience
rience sensible ; même en dehors de toute expérience, il est capable de de ses membres corporels . A y regarder de près, la réponse d'Avicenne
se replier sur soi et de se découvrir . Avicenne illustre sa pensée par signifie deux choses : d' abord que toute connaissance intellectuelle ne
le célèbre argument de l ' homme volant (125) . Supposons qu ' un homme s ' appuie pas sur l ' expérience sensible ; d' après lui, il y aurait en l ' homme
soit créé brusquement à l ' état d 'adulte sans avoir parcouru tous les un savoir purement intellectuel, ne dépendant en rien de la sensation;
stades de la croissance et que cet homme se trouve dans un espace d'autre part, que les membres corporels ne sont pas des éléments
totalement vide, de telle façon qu ' aucune réalité n 'agisse sur lui, si bien constitutifs de la personne humaine ; ils sont comme des vêtements,
qu 'il ne subit aucune impression sensible, ni visuelle, ni auditive, ni dont le moi est revêtu, avec cette différence toutefois que les vêtements
tactile, ni aucune autre : cet homme suspendu dans le vide pourrait-il sont régulièrement enlevés et ne risquent donc pas d ' être confondus
connaître quelque chose? Il ne connaîtrait évidemment aucun de ses avec la personne, tandis que les membres risquent toujours d' être
membres corporels : Avicenne suppose qu 'il a les bras et les jambes confondus avec le moi à cause de la continuité de leur adhérence (126) .
étendus, de telle sorte qu 'aucune impression sensible ne soit produite Le moi est donc conçu comme le centre spirituel de la personne humaine
par le contact mutuel de ses membres . Si l ' on se place dans l ' optique qui est immédiatement présente à elle-même (127)
aristotélicienne, il faudrait conclure que l ' homme en question ne peut
rien connaître : si l ' on admet que la pensée est sans cesse nourrie par (126)De Anima, V, 7, p. 163,61 : cuius rei causa est diuturnitas adhaerentiae ; consuevi-
l'expérience sensible, à tel point que l'intellection soit impossible sans mus autem exuere vestes et proücere, quod omnino non consuevimus in membris :
unde opinio quod membra sunt partes nostri, firmior est in nobis quam opinio quod
vestes sint partes nostri. — C'est à juste titre que F . Rahman renvoie à Plotin, Enn .,
On peut se demander ce que devient, dans l'optique d'Avicenne, le dogme musulman IV, 8, 1, pour montrer Porigine de cet argument (Avicenna's Psychology, p . 10, n . 1).
sur la résurrection des corps et le bonheur de l'au-delà . Il est bien clair que la doctrine (127) D ' après É . Gilson, l'argument de «l'homme volant» se retrouve chez plusieurs
de notre philosophe sur l 'immortalité de l' âme rend inutile la résurrection des corps et auteurs médiévaux : on le rencontre dans le De Trinitate de saint Augustin, chez Guil-
qu'elle donne à la béatitude de l 'au-delà une autre physionomie, un caractère plus laume d'Auvergne, Jean de la Rochelle, Matthieu d 'Aquasparta et Vital du Four (Les
spiritualiste et plus intellectualiste. Pour certaines catégories d'âmes toutefois, à savoir Sources gréeo-arabes de l' Augustinisme avicennisant, p. 41). — Il n'est guère probable
les âmes en voie de purification et les âmes coupables, Avicenne admet qu 'après la mort que cet argument de t l'homme volant» ait été emprunté à saint Augustin (De Trinitate,
.t
elles restent unies à un corps céleste ; les autres mènent une vie comparable à celle des X, cap . 10, 13-16) comme le suggère M . Amid (Essai sur la psychologie d'Avicenne, p . 85).
Intelligences séparées (cfr L . GARDET, La pensée religieuse d 'Avicenne, Paris, 1951, Il y a cependant, il faut le reconnaître, certaines ressemblances entre la psychologie
pp . 98-105). de saint Augustin et celle d 'Avicenne : celles-ci s ' expliquent sans difficulté par les
(125) L ' exemple en question se rencontre deux fois dans le De Anima d'Avicenne sources néoplatoniciennes dont les deux doctrines s'inspirent. A titre d'exemple, on
une première fois à la fin du chapitre I, 1 ; une seconde fois, au livre V, chapitre 7 ; voir pourrait citer une phrase quise lit dans le premier traité d 'Avicenne sur la psychologie :
aussi Livre des Directives et Remarques, trad . Goichon, p. 303. t Wer seine Seele nicht zu erkennen vermag, der ist auch nicht im Stande, seinen Schôpfer
Ce qui est caractéristique de la doctrine d'Avicenne sur la connaissance de soi, c'est zu erkennen» (S. LANDAŪER, Die Psychologie des Ibn Sind, p . 374) . En lisant ce texte,
que l'âme humaine est capable de se saisir en dehors de toute perception sensible . La on ne peut manquer de se souvenir de la sentence de saint Augustin : t Noverim me,
même conception se rencontre chez Simplicius : il affirme tout d'abord que la conscience noverim Te» (cfr G. VERBE%E, Connaissance de soi et connaissance de Dieu chez saint
de soi est propre à l'homme, puisqu'elle est une fonction de la raison : rô S'aia0dveu0at ôTt Augustin, dans Augustiniana, IV, 1954, pp. 495-515).
ata6ay4,ue0a àvept6 fou eot a4vov t8tov el—4 SOKEî - ÂOYLKî9 ydp icwî]s i ov TÔ apo 'avrip+ L'idée du moi, toujours et immédiatement présent à lui-même, est une doctrine
eirtarpe7rr&K6 v (In DeAnima, III, 2, p . 187, 27). Simplicius n' est pas d' accord avec Alex- à laquelle Avicenne est resté fidèle jusqu'à la fin de sa vie . On lit dans le Livre des Direc-
andre : la connaissance de soi n'est pas une sorte de savoir concomitant ou latéral qui tives et Remarques (trad . Goichon, pp . 303-304) : t Même chez le dormeur dans son Som-
accompagne la saisie d'un objet ; d'après lui, il n'est pas nécessaire de saisir un objet meil et l'ivrogne dans son ivresse, le fond de lui-même ne s' éloigne pas de lui-même,
pour se connaître soi-même ; &rat SÉ TeAetwOels arrrôg Éavrôv Kai Td à a$Tiu et8n voeî bien que sa représentation ne lui soit pas constamment présente à la mémoire ».
daa(aîus Ka-r' bépyetav reletav (In De Anima, III, 4, p . 230, 26) . Remarquons que, malgré l'affirmation que l'homme est capable de se saisir directement

38* LE *DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 39*

Quel rapport y a-t-il entre le moi et l'âme humaine ? Avicenne répond sonne humaine est un moi substantiel : l'âme humaine est une sub-
comme Platon et Plotin : le moi, c'est l'âme . Bien entendu, pour stance, car elle peut exister par soi (132) . On ne peut pas en dire autant
savoir que le moi s'identifie avec l'âme il est nécessaire de connaître de l'âme des plantes ni de celle des animaux : l'âme végétative et l'âme
celle-ci : dès qu'on se rend compte que l'âme est pour l'homme le sensitive n'ont d'autre fonction que de donner à la matière une struc-
principe et la fin de ses connaissances et de ses mouvements, on prend ture adaptée, ces âmes ne peuvent être appelées « substance» que
conscience aussitôt du fait que le moi n'est rien d'autre que l'âme (128) , dans la mesure où elles ne sont pas un simple accident attaché à un
En effet, que désigne-t-on exactement par le moi? C'est avant tout le substrat, et non au sens où l'on peut dire de l'âme humaine qu'elle est
centre d'unité qui relie entre elles les différentes activités exercées par une substance, à savoir un principe qui a la capacité d'exister par
la personne humaine : quand je dis « je perçois, je connais, je fais», soi (133) ,
ces activités se rapportent chaque fois au même terme de référence, Avicenne est un défenseur décidé de l'unité de l'âme humaine : il n'y
le sujet, le moi, l'âme : car c'est bien l'âme qui est à l'origine de toutes a pas dans l'homme trois âmes distinctes, une âme végétative, une âme
ces activités (129) Le «je» dans l 'expression «je perçois» ne désigne sensitive et une âme rationnelle, il n ' y en a qu' une seule . Car la vie
donc rien d 'autre que l ' âme humaine. On pourrait comparer le moi au végétative de l'homme n 'est pas la même que celle des plantes ou celle
sens commun : celui-ci est aussi une sorte de lien qui unifie toutes les des animaux (134) . Sans doute, l'âme végétative peut exister séparément,
facultés sensitives ; c' est pourquoi il est capable de comparer et de de même que l' âme sensitive peut se rencontrer sans l ' âme rationnelle,
distinguer les objets de ces différentes facultés (130) ; il en est de même mais dans l 'homme, l ' âme supérieure est le principe d ' où émanent les
du moi : il unifie toutes les puissances de l ' homme, non seulement les âmes inférieures (135) . Supposons un feu et un objet sphérique ; l ' action
puissances cognitives, mais aussi les puissances appétitives ; le désir exercée par le feu sur l'objet en question peut être triple d'après la
et la connaissance sont reliés entre eux, car on ne peut désirer que ce distance qui les sépare : le feu peut réchauffer l ' objet, il peut l 'illuminer
qu'on connaît (131) . Ce moi qui constitue le centre d'unité de la per- et il peut éventuellement le faire brûler . Ainsi le même principe est
capable de produire des effets bien différents dans le même objet,
d'après la distance qui le sépare de lui . C ' est de cette comparaison
comme e ego» en dehors et sans l ' expérience sensible, cette intuition reste cependant ,
instantanée, et que la doctrine d'Avicenne ne montre pas comment relier ces différentes qu Avicenne se sert pour montrer que l'âme supérieure peut être
saisies instantanées en un e moi continu» : cette instantanéité est typique d'un certain à l'origine des activités vitales inférieures : car si l'objet est à la fois
atomisme de la pensée musulmane, d' une part, et d'autre part, est reprise par Descartes réchauffé et éclairé, la lumière lui vient non plus seulement des rayons
et provoque les critiques de Leibniz . Sur le rapport entre l'argument de l'homme volant
et le Cogito de Descartes, voir F . RAnmAN, Ibn Sina, dans A History ot tlluuslim Philo-
sophy, edited and introduced by M. M. Sharif, Wiesbaden, 1963, pp . 487-492, e The Body-
Mind Relationship» ; G. FURLAM, Avicenna e il e Cogito ergo sum» di Carteeio, dans ( 132) De Anima, I, 3 (Cas . 957, f. 4 va ; Venise, f . 3 va) : Si autem constiterit quod
Islamica, 1922 (3), pp. 53-71 . aliquam animam possibile est per se ipsam solam existera, non dubitabis eam esse
(128) De Anima, V, 7, p. 164, 85 : nescio quod illud ego sit anima dum nescio quid ait substantiam . Hoc auteur non declarabitur tibi niai in aliquo eius quod dicitur anima. Cfr
anima . . . cura enim intelligo quod ipsa anima est principium motuum et apprehensionum É . GZLsoN, Les Sources gréco-arabes de l ' Augustinisme avicenniaant, p . 43.
quas habeo et finis earum ex his omnibus, cognoseo quod aut ipsa verissime est ego, aut (133) De Anima, I, 3 (Cas . 957, £ 4 vb ; Venise, L 3 va) : . . . et non erit servata essentia
quod ipsa est ego regens hoc corpus . materiae. post separationem animae, et quae erat subieetum animae, fit nunc subiectum
(129) De Anima, V, 7, p. 164, 77 sqq . alterius ab illa. Ergo animam esse in corpore non est idem quod accidens in subiecto
(130) De Anima, V, 7, p. 158, 94 sqq . esse. F . Rahman (Avicenna's Psych000gy, pp . 11-12) estime que, d'après Avicenne, toute
(131) De Anima, V, 7, p. 159,15 sqq . Différentes puissances sont reliées entre elles par un âme est une substance, alors que le philosophe prétend que seule l'âme humaine est une
x vinculum aliquodà (p . 158, 95), Avicenne se refuse d'admettre qu'une faculté déterminée substance. La critique n'est paa justifiée, car elle ne tient pas compte des différentes
puisse subir l'action de l'objet d'une autre faculté ; la puissance appétitive ne peut significations du terme e substance ».
percevoir un objet sensible, c'est la fonction des sens externes . Il faut donc admettre (134) De Anima, V, 7, p . 171, 83 sqq. Cfr M. D . ROLAND-GossEmN, Sur les relations de
dans l'homme un centre unique qui relie entre elles toutes les puissances (p. 159, 15) . l'âme et du corps d'après Avicenne, p . 49.
Cfr M . Amm, Essai sur la psychologie d'Avicenne, pp . 130-131 . — D . SALIBA, Essai sur (135) De Anima, V, 7, p. 173, 30 : Oum auteur omnia simul concurrunt, tune id quod
la métaphysique d Avicenne, p . 173. fuerat posterius fiet principium etiam prioris et emanat ab eo id quod erat prius .

40* LE «DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 41 *

du soleil, mais de la chaleur qui lui est devenue immanente ; et s'il est l'un est impossible sans la création de l'autre (141) : l'âme est, de par sa
à la fois incandescent, chaud et lumineux, il ne doit plus seulement nature, orientée vers la direction du corps et le corps est fait pour être
chaleur et lumière aux rayons du soleil, mais au feu qui lui est devenu au service de l'âme.
immanent (136) . On pourrait se demander ce qui rend la matière apte à recevoir un
Quel est maintenant le rôle du corps vis-à-vis de l'âme, quelle est la principe de vie . La réponse d'Avicenne est nette : dans la mesure où
fonction exacte du « vêtement» dont le moi est revêtu? On l'a vu déjà le mélange des éléments réalise un degré d'harmonie plus élevé, la
dans ce qui précède, le corps n ' est pas la cause de l ' existence de l 'âme, matière devient capable de recevoir en elle des principes de vie plus
ni la cause efficiente, ni la cause réceptive, ni la cause formelle ou parfaits . Quand le mélange des éléments est suffisamment équilibré,
effective. D 'où vient l'âme? Elle est créée par une ou des substances la matière reçoit, grâce à l 'intervention des corps célestes, un principe
immatérielles, elle ne préexiste donc pas depuis toute éternité, son de vie végétative . Quand le degré d'harmonie est plus élevé, elle
existence a un commencement (131) . Le corps n' intervient-il en aucune parvient au niveau de la vie animale . Si l'équilibre des éléments est
manière dans ce début d'existence ? Il y intervient certainement : encore plus parfait, la matière devient apte à recevoir une faculté
aux yeux d'Avicenne, l'âme est créée au moment où l'organisme psychique plus noble, à savoir l'intelligence qui est semblable aux
corporel est apte à être à son service (138) . Qu ' en résulte-t-il? Le corps substances suprasensibles . L ' aptitude du corps à recevoir l'âme n' est
est la cause accidentelle de l'existence de l'âme (139) ; le corps n'inter- donc rien d'autre que le degré d'équilibre des éléments qui le com-
vient par son organisation adaptée que pour déterminer le moment posent (142) .
auquel l'âme sera créée . Peut-on dire que l 'âme existe par une sorte Mais il y a plus : l ' âme porte en elle une inclination naturelle vers tel
de hasard ou de destin, en ce sens que l'âme aurait été créée parce corps déterminé : car, on l ' a dit plus haut, le moment de son existence
qu ' il y avait, par hasard, un corps à régir? Telle n ' est pas la pensée dépend de l ' aptitude d ' un corps déterminé à se mettre à son service (143) .
d 'Avicenne : l ' âme est créée par des causes séparées ; c 'est l ' existence L ' âme n 'est donc pas orientée à prendre soin d ' un corps quelconque,
du corps qui est accidentellement concomitante (149) . Le corps serait-il mais d' un corps déterminé : l' âme deviendra le principe vital de ce
jamais un corps humain s 'il n ' y avait pas d' âme pour le régir? C 'est corps-ci ; son existence individuelle commence avec le corps, et on
par la présence de l ' âme et en se mettant à son service, que le corps peut dire que l 'âme est individualisée par sa relation à un corps déter-
devient un corps humain : car c'est le corps qui est l'instrument et le miné ; elle possède donc en elle une disposition accidentelle qui la
royaume de l ' âme et non l'inverse . Toujours est-il que la création de relie à son propre corps (144) . Notons que dans l' optique d 'Avicenne,
cette disposition est vraiment accidentelle : comment pourrait-il en

(136)De Anima, V, 7, p. 172, 10 sqq. Cfr M . AmiD, Essai sur la psychologie d'Avicenne, (141)De Anima, V, 4, p. 116, 83 : creatio unius et non alterius, est impossibile . —Ibid.,
pp . 128-130. p. 116, 88 : si possibile esset unamquamque animam creari et non crearetur id in quo per-

Au sujet de l' unicité de l ' âme humaine, notons cette phrase particulièrement dense du ficitur et operatur, otiosum esset eius esse.
Livre des Directives et Remarques (trad . Goichon, p . 311) : «Cette substance est unique Notons que la matière, telle qu 'elle est conçue par Avicenne, ne correspond pas à la
en toi ; plutôt elle est toi, on le vérifie a. matière première d 'Aristote : lui aussi connaît un principe matériel entièrement indéter-

(137)De Anima, V, 4, p. 118, 3 : Attribuens autem esse animae non est corpus, nec miné ; il l' appelle matière première, ou matière universelle, ou matière première commune.
virtus corporis, sed est sine dubio essentia existons nuda a materiis et mensuris. Mais il admet un intermédiaire entre la matière première indéterminée et les quatre
(138)De Anima, V, 4, p . 124, 96 . . . animae non fuerunt creatae et multiplicatae niai éléments, à savoir le corps absolu ou le corps universel . Celui-ci sert de substrat commun
cum aptitudine corporum. à tous les êtres sensibles : il possède la forme corporelle sans spécification ultérieure.
(139)De Anima, V, 4, p. 118, 6 : quandoquidem anima . . . non habet ex corpore nisi D'après M. Amid, cette doctrine est empruntée à Simplicius (Essai sur la psychologie
debitum horae qua debet esse tantum, tune non pendet eius esse ex corpore tantum, nec d'Avicenne, pp. 107-115).
est corpus causa niai accidentalis . — Ibid., p . 115, 77. (142) De Anima, V, 7, p . 172, 98 sqq. — Cfr Naj¢t, trad . Rahman, pp . 24-25 . — De
(149) De Anima, V, 4, p . 124, 99 sqq . : . . . hoc non fit casu vel fato, ita ut anima creata medicinis cordialibue, p. 190, 32 sqq.
non fuerit creata nisi quia propter complexionem debebat creari anima quae eam regeret (148 ) De Anima, V, 4, p . 117, 92.
sed anima habuit esse, et casu accidit ut corpus haberet esse cum illa a quo pendèret . (144) De Anima, V, 3, p . 108, 80 ; p . 101, 89.

42* LE « DE ANIMA e D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 43*

être autrement? L'âme est une substance, capable d'exister par soi que le contenu des formes intelligibles soit emprunté aux données
et créée par un être supérieur immatériel : bien qu'elle soit orientée sensibles, mais que le contact sensitif avec le monde joue un rôle
naturellement vers la direction d'un corps déterminé, il n'en reste positif au stade initial du processus intellectif. Car il s'agit bien du
pas moins vrai que pareille relation ne peut être qu'accidentelle. stade initial : une fois que l'âme s'est acquis ces principes de l'assenti-
Si l'âme n'est créée qu'au moment où le corps est apte à lui rendre ment et de la conception, elle n'a plus besoin du corps pour ses actions
service, c'est que le corps contribue à la perfection de l'âme : telle est propres, c'est-à-dire pour ses opérations intellectuelles (151) . C'est
bien l'opinion d'Avicenne . L'âme atteindra sa perfection avec l'aide pourquoi elle fait retour sur elle-même, se replie sur soi et développe
et la collaboration du corps (145) . En quoi le corps rend-il service à son activité par elle-même . Le progrès consiste d'ailleurs pour l'âme
l'âme? Avicenne distingue quatre manières selon lesquelles les facultés dans cette capacité de plus en plus développée d'agir par elle-même :
inférieures contribuent au développement de la raison : il y a d'abord au fur et à mesure que l'âme progresse et se fortifie, elle devient de
la saisie des universaux dans les réalités singulières ; en comparant plus en plus capable d'agir par elle-même, sans l'intervention du corps.
entre eux les êtres singuliers, en examinant ce qu'ils ont de commun Car le corps est ambivalent : il est au service de l'âme, mais il peut
et de propre, en distinguant l'essentiel de l'accidentel, on arrive à la devenir aussi un obstacle pour l'âme capable d'opérer par elle-même
connaissance des notions universelles (148) . De plus, on peut comparer ses actions propres . Le voyageur qui veut se rendre à un endroit
ces notions universelles et établir entre elles des relations négatives éloigné peut avoir besoin d'une jument et de son équipement ; celle-ci
ou affirmatives : si ces relations sont immédiatement évidentes, l'amènera éventuellement au but, mais peut être aussi la cause qu'il
il n'y a pas de problème ; si elles ne le sont pas, il faudra trouver un n'y arrive pas . De toute façon, une fois que le but est atteint, il pourra
moyen terme qui permette de connaître le rapport en question (147) , se passer de la jument (152) .
En troisième lieu, il y a l'acquisition de prémisses empiriques : grâce La position d'Avicenne est comparable à celle de Platon : pour ce
à l'expérience sensible, on saura que tel prédicat doit être attribué à tel dernier aussi, le corps est à la fois une aide indispensable et un obstacle
sujet, que tel conséquent se rattache à tel antécédent, non par hasard, en vue de l'activité de l'âme . L'homme ne peut arriver à développer
mais par un lien essentiel (148) . Finalement, il y a les opinions pro- le patrimoine de connaissance qu'il porte en lui que par le contact
bables transmises par une tradition ancienne, auxquelles l'âme donnera avec le monde sensible ; mais d'autre part, la saisie de la réalité véritable
son assentiment (149) . Que signifie pareille expression? Le terme exige de lui qu'il meure au sensible : c'est pourquoi la philosophie est
«assentiment» est emprunté probablement au vocabulaire stoïcien, l'apprentissage de la mort . Ainsi, pour Avicenne, le corps est ambi-
où il désigne l'adhésion ferme de la connaissance kataleptique . D'après valent : au stade initial, il est indispensable, mais au fur et à mesure que
Avicenne, les « principes» de nos connaissances intellectuelles sont l'homme progresse, il devient de plus en plus un obstacle au libre
fournis par l'expérience sensible (158) : ceci ne signifie pas toutefois déploiement de l'activité psychique (153) .

(145)De Anima, V, 3, p. 109, 89 : Anima . . . habet principia perfections suae mediante (151)De Anima, V, 3, p . 104, 26 : si vero impedita non fuerit, non egebit eo (Sc. corpore)
corpore .œ Najāt, trad . Rahman, p . 58 : «The soul achieves its first entelechy through postes, in suis propriis actionbus, niai in aliquibus tantum in gnbus opus est redire
the body ; its subsequent development, however, does not depend on the body, but on virtutes imaginatioas et oonsiderare es, iterum ad hoc ut percipiat principium aliud ab
its own nature « . Il importe de remarquer que la définition aristotélicienne de l 'âme eo quod habuerat, et adiuvent repraesentare id quod appetitur in imagination, et
comme première entéléchie du corps est interprétée dans un sens temporel :l' âme aurait repraesentatio eius in imaginations firmetur auxilio intellectus . Hoc autem contingit
besoin du corps pour son premier développement, mais pourrait s'en passer dans son in principio tantum et non postea, nisi parum. — Ibid., p. 105, 33.
évolution ultérieure. (152) De Anima, V, 3, p. 105, 34 : Virtutes auteur sensibiles et imaginativae et ceterae
(146)De Anima, V, 3, p, 102, 00 sqq. virtutes corporales retrahunt eam (ac . animam) a sua action, verbi gratia, dent homo
(147)De Anima, V, 3, p. 102, 6 sqq. qui aliquando indiget iumento et eius apparatu quo pervenat eo quo propont ; quo
(148)De Anima, V, 3, p. 103, 10 sqq. cum aocesserit sed es, illis causis acciderit non pervenire, causa quae fuit perveniendi
(149)De Anima, V, 3, p. 104, 20 sqq. Ob Naidt, chap. XI. eadem est prohibendi.
(150)De Anima, V, 3, p. 104, 22 Anima . . . humana iuvatur oorpore ad acquirendum (153) De Anima, V, 6, p. 150, 71 sqq. — On ne peut souscrire à Pinterprétation de M.
principia illa consentiendi et intelligendi ; demde cum acquWerit, redibit ad seipsam . Amid, quand il écrit : • On ne trouve donc pas, chez Avicenne, cette dualité entre l'âme

44* LE « DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 45*

Cette conception est d'ailleurs en rapport immédiat avec la doc- que le mensonge et le pouvoir tyrannique sont mauvais (157) . Ce sont
trine avicennienne sur les deux faces de l'âme : l'âme a deux faces, là des opinions qui ne sont pas déduites d 'un savoir théorique ; ce qui
l'une est tournée vers le haut, vers les principes supérieurs, l'autre est est important aux yeux d'Avicenne, c'est qu'il n'y ait pas de désaccord
orientée vers le bas, vers le contrôle et la direction du corps (154) . entre les lois du savoir théorique et la direction de la raison pratique.
N'est-ce pas par là'que s'explique l'oubli ? Celui-ci n'est pas dû seulement Si celle-ci gouverne vraiment les facultés corporelles, le comportement
à l'infirmité du corps ou à la vieillesse : la seule explication qui s'impose, de l'homme sera moralement bon ; par contre, si la raison pratique ne
c'est que l 'âme a deux activités et que l'une entrave l 'autre . L 'homme gouverne pas, il en résultera des moeurs perverties. Quant à la sagesse,
qui se tourne vers le corps et prend très activement soin de lui est elle est orientée vers le monde intelligible, vers des objets immatériels
distrait par là de son activité contemplative . Par contre, celui qui ou dépouillés de leurs caractères matériels . Sous ce rapport, on ne
porte toute son attention sur le savoir théorique sera détourné par le peut mettre sur le même plan la faculté imaginative et la faculté
fait même de la direction du corps et de tout engagement pratique (155) . contemplative : la première ne réalise pas encore pleinement le pro-
Il y a donc dans l'âme humaine deux actions qui s'entravent mutuelle- cessus d'abstraction, elle ne dégage pas les formes connues des carac-
ment bien que les deux soient nécessaires . Si l'âme cesse de régir son tères matériels (158). Où réside donc la perfection suprême de l'homme?
corps, que deviendra-t-il? Il sera dissous par toutes sortes d 'influences Avicenne répond qu 'elle se réalisera dans la mesure où l 'âme s'unit
agissant sur lui de l'extérieur : dans ce cas, il ne sera plus au service de et devient semblable aux premiers principes de tout ce qui est . Dans
l'âme, il ne jouera plus son rôle d 'instrument pouvant être utilisé par la mesure où l'homme progresse, l'âme rationnelle deviendra de
elle (156) . En se tournant vers le corps et en prenant soin de lui, l'âme plus en plus capable d'exercer seule son activité propre, à savoir la
agira « moralement» : elle s'engagera dans la vie pratique et sera la contemplation de l'intelligible : alors l' âme se suffira à elle-même et
source de vertus morales. n'aura besoin de rien d 'autre qu'elle-même (159) .
L'âme a cependant une activité supérieure, à savoir la sagesse. Au-dessous de cet idéal suprême, il y a une perfection, plutôt négative
Qu'on ne s'y méprenne pas : la faculté pratique n 'est pas vraiment et relative, qui consiste pour l'âme à se protéger contre les obstacles
soumise à la faculté théorique ; elle se forme des opinions communé- provenant de l' union avec le corps ; c'est la tâche de l'intellect actif
ment admises au sujet de l'agir humain, telle par exemple, l'opinion de réaliser cet idéal pratique et d'écarter de l'âme rationnelle tout
ce qui est de nature à freiner son développement (160) .
et le corps, comme nous la trouvons chez Platon et Descartes» (Essai sur la psychologie Il est clair que cette conception dynamique de l 'âme est d'inspiration
d'Avicenne, p. 121) . — Dans le premier traité d'Avicenne sur la psychologie, publié néoplatonicienne : l'homme se trouve perpétuellement à la limite de
par S. Landauer, on lit : « Die Seele ist in dem Kôrper» et l'éditeur fait remarquer que
c ' est la conception de Plotin (Die Psychologie des Ibn Sind, p . 379). Cette remarque n ' est
deux mondes, l'intelligible et le sensible ; il peut se porter vers l'un
pas fondée, car d 'après Plotin, au lieu de dire que l 'âme est dans le corps, il faut dire ou vers l' autre, vers le haut ou vers le bas . L 'attitude d'Avicenne
plutôt que le corps est dans l 'âme. vis-à-vis des valeurs corporelles est loin d'être négative : c'est la
(154)De Anima, I, 5 (Cas. L 7 va ; Venise, f. 5 va) : . . . tamquam anima nostra habeat tâche de la raison pratique de diriger les facultés corporelles . Il n'en
duas facies, faciem scilicet deorsum ad corpus, quam oportet nullatenus recipere aliquam reste pas moins vrai que la direction du monde corporel ne réalise pas
affectionem generis debiti naturae eorporis, et aliam faciem sursum versus principia
altissima, quam oportet semper recipere aliquid ab eo quod est illie et affici ab illo.
l'idéal suprême de l'âme rationnelle ; celle-ci doit devenir de plus
Cfr Najāt, trad. Rahman, p . 33, 4-6 ; 33, 11-17 ; M . D . RoLexD-GosSELIN, Sur les relations en plus ce qu 'elle est, «substance solitaire», capable d' exercer par
de lame et du corps, p. 50.
(155)De Anima, V . 2, p. 99, 55 sqq. Guillaume d'Auvergne s'oppose énergiquement
à la doctrine d'Avicenne sur les deux faces de l'âme : pour lui l 'âme est indéniablement (157)De Anima, I, 5 (Cas . 957, f. 7 rb ; Venise, f. 5 va) . Cfr Naidt, trad. Rahman, p . 32.
une, il n'y a que des «imbéciles» qui admettent pareille dualité . Pourtant cette thèse (158)De Anima, I, 4 (Cas. L 5 vb ; Venise, L 4 rb) : Vis etiam imaginative imprimit sibi
avait été reprise par Gundissalinus (De immortalitate animae, ed. Bülow, p. 19) et par formas remm materialium secundum quod sunt materiales sed nudas a materia aliquo
Guillaume d'Auxerre (De immorWitate animae, t . I, p . 334) (cfr R. Dia VAUX, Notes et modo abstractions non perfectae. — Ibid., I, 5.
textes sur l'avicennisme latin aux confina des %II e-%Ille siècles, pp . 39-40). X159 ) De Anima, V, 1, p . 80, 65.
(156)De Anima, I, 3 (Caa. 957, L 4 va ; Venise, L 3 va). (160) De Anima, V, 1, p . 80, 68 sqq.

46* LE t DE ANIbIA t D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 47*

elle-même l'action qui lui est propre : la contemplation des premiers Elle s'en dégagera plus tard quand elle sera devenue vigoureuse et
principes de tout ce qui est. qu'elle se sera préparée à recevoir les intelligibles . Dans ce contexte,
il est facile de comprendre ce qu'Avicenne dit sur la nécessité des sens
6 . Les sens internes internes : ce qu'on perçoit par les sens externes est essentiellement
instable non seulement parce que l'objet perçu est inséré dans le
Avicenne, on l'a vu, estime que les images sensibles ne sont pas devenir du monde, mais aussi parce que le sujet passe d'un objet à
toujours requises en vue du savoir intellectuel ; il admet cependant l'autre . Les sens internes ont pour fonction d'assurer aux objets perçus
que le développement du savoir se base en général sur les données de une certaine stabilité et d'être au service du sujet quand il le vou-
l'expérience. Quel est, d'après lui, pour l'âme rationnelle, l'apport dra (162) . Il y a donc, grâce aux sens internes, un rapport entre ce qui
positif de la connaissance sensible? En premier lieu, les données est absent, ce qui n'est pas actuellement perçu, et l'âme humaine :
singulières constituent le point de départ du processus d'abstraction; bien entendu, si celle-ci est occupée d'autre chose, que ce soit d'un objet
n'est-ce pas en comparant entre elles des données concrètes qu'on perçu ou d'une forme intelligible, elle ne portera pas le regard sur un
parviendra à distinguer l'essentiel et l'accidentel? Qu'on ne s'y trompe objet absent ; mais, dès qu' elle se sera libérée de toute autre occupation,
pas cependant : dans l'optique d'Avicenne, ce processus d'abstraction elle pourra faire revenir aussitôt sous son regard l'image sensible grâce
ne présente pas la même valeur que dans la tradition aristotélicienne; au rapport qui s'est établi entre elle et cet objet absent (183) . Ainsi
l'intelligible n 'est pas saisi dans le sensible ; grâce à l ' illumination de la connaissance des sens internes fixe d'une certaine façon le flux des
l'intellect agent, illumination projetée à la fois sur l'intellect humain images sensibles et contribue à préparer efficacement le savoir intel-
et sur les objets sensibles, une trace, distincte de l 'image sensible, lectuel en mettant à la disposition de la raison un patrimoine stable de
s'imprime dans l ' âme humaine et la prépare à recevoir les formes données concrètes.
intelligibles du principe supérieur (161) . Le savoir intellectuel ne se Dans la hiérarchie des puissances humaines, Avicenne distingue
nourrit donc pas de l'expérience sensible : l'étude du monde sensible trois niveaux : la vie végétative, la vie sensitive et la vie rationnelle.
ne dépasse jamais la signification d'une étape propédeutique . La La première comprend trois puissances qui sont respectivement à
connaissance humaine procède par jugements, elle se traduit par des l'origine de la nutrition, de la croissance et de la procréation . Au
affirmations et des négations ; dans certains cas, le rapport entre les niveau de la vie sensitive, il y a lieu de distinguer, d'une part, les
termes du jugement est immédiatement évident ; il suffit de saisir puissances motrices et, d'autre part, les facultés cognitives . Parmi les
le sens des termes pour connaître immédiatement le rapport qui les puissances motrices, une distinction ultérieure peut être faite entre
unit. Dans d'autres cas, la raison se basera sur l'expérience pour celles qui commandent le mouvement, à savoir les facultés concu-
attribuer tel prédicat à un sujet ou pour le nier, de même qu'on peut piscible et irascible, et celles qui l'exécutent (184) . Au niveau des
faire appel aux données sensibles pour établir un lien entre un antécé-
dent et un conséquent . Enfin, la raison peut tirer, de l'expérience, des (162)De Anima, IV, 2, p . 27, 65 : Animae auteur necessariae sunt virtutes interiores
ad recipiendum origines absentium duobus modis : une, ut imaginetur in illis intentio
arguments probables : constatant ce qui se passe habituellement, elle
visa stabiliter, alio, ut oint iuvantes et deservientes ci ad libitum oins, non impedientes
en dégagera, en ce qui concerne la connaissance de l'avenir, non pas un eam nec trahentes eam post Be.
argument démonstratif, mais une certaine probabilité. (163)De Anima, r V, 2, p . 14, 87 : Ipsa (ac. anima) enim cum intente considerat sensibilia
L'âme rationnelle a donc besoin de la connaissance sensible, au moins exterius, es hora qua de his tractai debilitatur eius imaginatio et memoria ; cum vero
quand elle se trouve au stade initial de son développement cognitif. oboedit actionibus virtutis concupiscibilis, debilitantur actiones virtutis irascibilis;
sed cum oboedierit actionibus virtutis irascibilis, debilitantur actiones virtutis concu-
(161) De Anima, V, 5, p . 128, 5s : immo sicut operatio quae apparat ex formis sensibilibus, piscibilis.
mediante lute, non est ipsae formas sed aliud quod habet comparationem ad illas, quod (164)Dans le premier traité d ' Avicenne sur la psychologie, on ne trouve pas encore
fit mediante Luce in receptibili recto opposito, sic anima rationalis cum coniungitur ces distinctions . Au sujet de la faculté motrice, S . Landauer écrit : t Die bewegende
formas aliquo modo coniunctionis, aptatur ut contingant in es, ex luce intelligentiae Kraft ist das Begehrende (opeKTnK&). Dieses bewegt um etwas dem lebenden Wesen
agentis ipsae formae nudae ab omni permiatione. Erwünschtes zu erstreben(&B FgT&Ko'v)oder um etwas ihm Unangenehmes zurück-

48* LE « DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 49*

facultés cognitives, on distingue surtout les sens externes qui, d'après parmi les sens internes remonte à al-Fârâbi ; celui-ci en arrive à distin-
Avicenne, sont au nombre de cinq ou de huit (on arrive à huit sens guer quatre facultés : l'imagination, qui retient les images des objets
externes si l'on fait du toucher quatre sens différents d'après la nature sensibles ; l'estimative ; la mémoire, qui garde les intentions de l'estima-
de l'objet) et les sens internes . Ceux-ci saisissent soit une forme, tive, et l 'imaginative qui, soit au niveau de l ' homme, soit au niveau de
et c'est le cas lorsque le sens externe et le sens interne opèrent ensemble, l'animal, combine entre elles les données sensibles. Comme on peut
soit une intention lorsque le sens interne agit seul (165) . Par ailleurs, cer- subdiviser la dernière faculté en deux puissances distinctes, on arrivera,
tains sens internes saisissent leur objet en agissant sur lui par composi- suivant le point de vue adopté, à un groupe de quatre ou de cinq sens
tion et par division, tandis que d ' autres conservent et thésaurisent (166) . internes ; une fluctuation analogue se constate en ce qui concerne
Enfin, on peut distinguer des opérations orientées de soi vers la saisie l' imagination comme puissance qui retient les images sensibles et
d ' une forme et d ' autres où l ' acquisition de la forme ne se fait pas comme faculté qui les combine ou les divise (169).
directement, mais par l 'intermédiaire d ' un autre objet (167) . Les sens internes sont généralement au nombre de cinq ( 170 ) : d ' abord
Dans la psychologie d ' Aristote, il n' y a pas de groupe bien défini le sens commun, établi dans la première cavité du cerveau et introduit
de puissances cognitives qu ' on puisse appeler «les sens internes» : pour la première fois par Avicenne dans le groupe des sens internes (171) :
au cours du livre II de son De Anima, Aristote aborde successivement il a pour fonction de centraliser les données des différentes sensations,
l' étude des cinq sens externes, la vue, l ' ouïe, l' odorat, le goût et le de façon à pouvoir les comparer et les distinguer. S'il nous est possible
toucher et, au début du livre III (chapitres 1-3), il examine d ' abord de distinguer une couleur et une odeur, ce n'est pas grâce à la vue ou à
les différentes fonctions du sens commun pour exposer ensuite la l'odorat, mais grâce à une faculté capable de saisir simultanément les
nature de l'imagination et ce qui la distingue de l'intellect, la pru- objets des différentes puissances sensitives (172) . Le sens commun est
dence et l ' opinion. A partir du livre III, chapitre 4, le Stagirite entame (169) H. A . WOLFSON, art. Cit ., p. 93-95.
l'étude de la connaissance intellectuelle. (170) Cfr H . A . WOLFSON, art . Cit., p . 99 : Dans le Canon, on peut distinguer deux
C' est dans la littérature philosophique arabe et hébraïque qu 'on classifications des sens internes, une en trois facultés et une autre en quatre ; la première
rencontre l ' expression «sens internes» dans une signification géné- mentionne (a) le sens commun et l'imagination, (b) l'imaginative au niveau de l ' homme et
de l'animal, et (c) la mémoire avec le souvenir . La seconde arrive à quatre facultés en
rique, désignant un groupe de facultés cognitives distinctes des sens distinguant sens commun et imagination . Dans le Shifā' et la Najât, on compte cinq
externes, d' une part, et des puissances intellectuelles, d' autre part. sens internes qui peuvent monter à sept suivant les distinctions qu ' on y introduit :
Sous sa forme la plus simple, le groupe des sens internes ne comprend (a) le sens commun, (b) l ' imagination qui retient les images sensibles, (c) la puissance qui
que trois facultés : l ' imagination (~avraartKÔv), la cogitative (8tavo-9 compose les données sensibles avec ou sans le contrôle de la raison, (d) l ' estimative et

et la mémoire (F,tnl£ovEUTIKÔv) ; la distinction de ces trois-TGKÔV) (e) la mémoire avec le souvenir. Dans la Risâlah fi al-nafs on retrouve de nouveau cinq
puissances sans que l'accord avec la classification précédente soit parfait : (a) le sens
facultés peut s ' appuyer sur des passages du De Anima d 'Aristote et de
commun et l'imagination, (b) l'imaginative au niveau de l'animal, (c) l 'estimative,
son De Memoria et Reminiscentia (168) . L' introduction de l ' estimative (d) la mémoire et le souvenir, (e) l' imaginative au niveau de l ' homme. Les classifications
des sens internes, présentées par Avicenne, ne sont donc pas toujours les mêmes, mais
en somme les mêmes puissances se retrouvent dans des arrangements différents.
zuweisen » . Et plus loin : « Die bewegende Kraft bewegt nur dans, wenn die urtheilende (171) H. A. WoLFsox, art . cit ., p. 95 : «The first to specifically include common senne
durch Unterwerfung der Einbildungskraft einen deutlichen Wink gibt» (S . LANDAIIEB, in his classification of the internal senses is Avicenna » . D'après A . M . GoicHON, Livre
Die Psychologie des Ibn Sinā , p . 390). de8 Directives et, Remarques, p . 318, ce serait non pas Avicenne, mais al-Fârâbi.
(165)De Anima, I, 5 (Cas. 957, f. 6 vb ; Venise, f. 5 ra) : Sed sensus exterior primo (172) D 'après Avicenne, le sens commun n' a pas pour objet «les sensibles communs »,
apprehendit eam et postea reddit eam sensui interiori, aient cum ovin apprehendit tels la dimension, le nombre, l'emplacement, le mouvement, le repos, la proximité,
formam lupi, seilicet figuram eius et affeetionem et colorem ; sed sensus exterior ovis l'éloignement, le contact et autres objets du même genre . Ces sensibles communs, qu'on
primo apprehendit eam et deinde sensus interior. ne peut confondre avec les sensibles per accidem, sont saisis par l'intermédiaire d' autre
(166)De Anima, I, 5 (Cas . 957, f. 7 ra ; Venise, f. 5 ra). chose : ainsi la vue saisit la grandeur, le nombre, la figure, l'emplacement, le mouvement
(167)De Anima, I, 5 (Cas. 957, f. 7 ra ; Venise, f. 5 rb). et le repos à l'aide de la couleur . Les sensibles communs ne sont pas l'objet d'un sens
(168) H. A . WoLnoN, The Internal Semer in Latin, Arabie and Hebrew Philosophie particulier : Avicenne s'oppose catégoriquement à ceux qui le prétendent ; efr De Anima,
Tema, dans Harvard Theological Review, XXVIII, 1935, pp. 69-73 . III, 8 (Cas. 957, f. 24 va-b ; Venise, f. 17 ra).

50* LE t DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 51 *

considéré comme la source ou la racine d'où émanent les facultés actuelle . Connaître l'étendue dans le sens d'une ligne droite ou d'une
sensitives (173) . Vient ensuite la faculté imaginative, appelée aussi figure circulaire requiert, par conséquent, l'intervention des sens
formative, localisée à l'extrémité du ventricule antérieur du cerveau - internes (175) .
son rôle est de retenir et de conserver ce que le sens commun a reçu, Le troisième sens interne est appelé cogitative, du moins quand il
alors même que la réalité sensible n'est plus présente . Avicenne est s'agit de l'âme humaine, où cette faculté est placée sous la direction
persuadé que ces deux facultés ne peuvent être ramenées à une seule : de la raison ; dans le cas des animaux, elle est appelée imaginative.
autre chose est de recevoir une impression sensible, autre chose est de Elle est fixée dans la cavité centrale du cerveau et a comme fonction
la retenir(174) ;en effet, si l'eau, par exemple, est capable de recevoir de combiner ou de séparer les images présentes dans l'imagination (176) .
en elle des formes et des figures, elle est incapable de les retenir. Il est Au niveau des facultés humaines, la cogitative prépare l ' activité
donc justifié d'admettre l'existence de deux sens internes distincts, judicative de la raison : celle-ci forme des jugements affirmatifs ou
l'un qui reçoit les impressions de tous les sens externes, l'autre qui les négatifs, elle compose et elle divise des concepts, alors que la cogi-
retient . Par ailleurs, le sens commun et l 'imaginative sont à distinguer tative compose et divise des images.
des sens externes : Avicenne donne l'exemple de la saisie d'une ligne Vient ensuite l'estimative, qui, d'après Avicenne, est localisée à
droite et d'une ligne circulaire . Une goutte de pluie qui tombe est l ' extrémité de la cavité centrale du cerveau et qui a pour objet les
saisie comme décrivant une ligne droite ; si l'on prend une ligne droite intentions non perçues par les sens externes (177) . Ainsi la brebis,
et qu ' on en meuve l ' extrémité autour d 'un centre immobile, on saisira voyant arriver un loup, estime qu'il faut prendre la fuite et, quand
une figure circulaire . Or les sens externes ne peuvent nous fournir ni la elle se trouve devant un agneau, elle croit qu ' il faut en prendre pitié (178) .
connaissance d ' une ligne droite ni celle d ' un cercle, car ils saisissent Il est intéressant de remarquer que l'estimative ne s'arrête pas à ce
toujours ce qui est donné à un moment déterminé et rien d'autre . La qui est perçu au sens propre : ce qui est perçu dans l 'exemple donné,
goutte de pluie étant saisie à chaque instant selon la position qu'elle c'est un loup ou un agneau . Les «jugements» que l'un est à fuir et
occupe à ce moment-là, le sens externe ne peut saisir la continuité l'autre à prendre en pitié dépassent les données de la perception.
entre telle position et les positions antérieures : pour pouvoir saisir Au niveau de l'estimative, comme à celui de la cogitative, il y a une
l'itinéraire de la goutte comme une ligne droite, il est nécessaire de sorte de composition et de division (178) : dans l'exemple donné, on
retenir les positions antérieures au moment où l'on perçoit la position associe «loup» et «à fuir e, «agneau» et «à prendre en pitié» ; on
se trouve chaque fois devant une espèce de jugement inchoatif.
(173)De Anima, III, 8 (Cas . 957, f. 23 va ; Venise, f. 16 rb) : Virtus auteur visibilis
est extra sensum communem, quamvis amant ab eo . — V, 8, p . 67 : Similiter est dis-
positio sensus communia ex quo est principium cuiuslibet virtutis sensibilis et ad quem
postes redit cum lueur. (175)De Anima, I, 5 (Cas. 957, L 7 ra ; Venise, f. 5 rb) . Cfr Livre des Directives et
(174) De Anima, I, 5 (Cas . 957, f. 7 ra ; Venise, f. 5 rb) : Debes autem scie quod Remarques, trad . Goichon, p . 316 ; É . GiLsox, Les sources gréco-arabes de l'Augustinisme
recipere est ab una vi, quae est alia ab es, ex qua est retinere — III, 8 (Cas . 957, L 45 va; avieennisant, p . 56.
Venise, L 16 rb) . Le spiritus du sens commun reçoit les images sans les retenir alors que (176)De Anima, I, 5 (Cas. 957, f. 7 ra ; Venise, L 5 rb) : . . . quae est vis ordinatae in
le Spiritus de l'imaginative les retient et les transmet au spiritus de l'estimative. F. media concavitate cerebri, ubi est vermis et solet componere aliquid de eo quod est in
Rahman fait remarquer à juste titre que dans le Shilà' et la Najàt, le sens commun et la imagination cum alio, et dividere aliud ab alio secundum voluntatem.
mémoire sont nettement distingués l'un de l'autre, alors qu'il n'en est pas ainsi dans (177)Dans son Livre des Directives et Remarques, Avicenne écrit que l'estimative est
le premier traité d'Avicenne sur la psychologie, traité qui a été publié par S . Landauer située dans le cerveau tout entier, mais surtout dans la partie médiane (trad . Goichon,
et qui date de l'année 996-997 (Avicenna's Psychology, Oxford-London, 1952, p . 3) . Dans p . 322) . Cfr É . Gmsox, Les sources gréco-arabes de l'Augustinisme avicennisant, p . 54.
ce traité antérieur, le philosophe arabe ne compte que quatre sens internes : le sens D' après F. Rahman, dans le chapitre qu'il consacre à Avicenne (cfr A History of Muslim
commun (ventricule antérieur), l'imaginative qui compose et divise les formes se trou- Philosophy, chapitre %XV, p . 494), la doctrine avicennienne sur l'estimative est l'élément
vant dans le sens commun (ventricule du milieu), l'estimative qui prononce des juge- le plus original de sa psychologie.
ments de valeur sur les objets (ventricule postérieur) et qui devient cogitative quand elle (178)De Anima, I, 5 (Cas. 957, f. 7 rb ; Venise, f. 5 rb).
est au service de la raison et finalement la puinsanoe qui retient les intentions de l ' estima. (179)De Anima, I, 5 (Cas . 957, L 7 rb ; Venise, f. 5 rb) : Videtur etiam haec vis operari
tive (tout le cerveau) (cfr S. L"DAuz% Die Psychologie de8 Ibn Sind, p . 399) . in imaginatis compositionem et divisionem .

52* LE «DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 53*

Enfin, il y a la mémoire, qui est établie dans la cavité postérieure soit perçue ; celui qui se représente un objet déterminé fait donc
du cerveau et qui remplit, à l'égard de l'estimative, la fonction as- abstraction de la matière, sans faire abstraction, pour autant, des
sumée par l'imaginative vis-à-vis du sens commun. De même que caractères matériels de l'objet représenté (185) . Quant à l'abstraction
celle-ci retient et conserve les images présentes dans le sens commun, réalisée par l' estimative, elle est plus pure et plus simple que dans les
ainsi la mémoire retient et conserve les intentions de l'estimative (180) . cas précédents : car ici l'intention en question n'est pas perçue, elle
Aux yeux d'Avicenne, toute connaissance sensible, y compris celle est immatérielle, tout en étant saisie par rapport à un objet parti-
des sens internes, se fait à l'aide d'un instrument corporel . Qu'il en soit culier (186) . C'est pourquoi Avicenne croit que l'abstraction réalisée
ainsi de l'activité des sens externes ne peut être mis en question : car par l' estimative ne dépasse que de peu celle de l 'imagination . Ni dans
ceux-ci ne perçoivent leurs objets corporels que là où ils restent pré- le cas des sens externes, ni dans celui des sens internes, on ne réalise
sents ; or une réalité corporelle ne peut être présente qu 'à une autre donc une abstraction parfaite, à savoir une abstraction et de la matière
réalité corporelle (181) . Parler de la présence ou de l'absence d'un corps et des caractéristiques matérielles . Il en résulte que l'activité des sens
vis-à-vis d 'une réalité incorporelle n 'a pas de sens . Si les réalités internes n'est possible que par l'intervention d'un instrument cor-
corporelles sont perçues aussi longtemps qu ' elles restent présentes à porel.
la faculté sensitive, c 'est que celle-ci opère à l 'aide d ' un instrument Est-il possible de saisir en même temps le noir et le blanc ? Au niveau
corporel ( 188) . En est-il de même des sens internes? Rappelons que, de l'intellect, il n'y a aucune difficulté à le faire : l'intellect conçoit
sous ce rapport, Avicenne estime qu'il y a une différence de niveau en même temps la notion du noir et du blanc, tout en niant que leur
entre les sens externes et les sens internes : les premiers ne réalisent sujet soit le même (187) . Il n'en est pas de même dans le cas de l'ima-
qu ' une abstraction imparfaite de la matière et ne négligent en aucune gination, car il n'est pas possible de se représenter le noir et le blanc
façon les accidents matériels, alors que les sens internes opèrent dans la même image sensible, de telle façon que cette image soit en
une abstraction parfaite de la matière tout en ne faisant pas abstrac- même temps noire et blanche (188) ; il en est de même pour l'estimative
tion, eux non plus, des accidents matériels (188) . Prenons d'abord le qui, elle aussi, saisit toujours ses intentions dans des réalités parti-
cas de la perception visuelle : il n'y a là qu'une abstraction imparfaite, culières ( 169).
car il est nécessaire que l' objet matériel soit présent pour que sa forme Il suffit d'ailleurs d'examiner les caractéristiques d 'une représenta-
soit saisie (184) . Au niveau de l'imagination, l'abstraction est déjà plus tion dans l'imagination pour se rendre compte que celle-ci ne peut se
parfaite : l' objet matériel ne doit plus être présent pour que sa forme faire sans instrument corporel. Prenons comme exemple l 'image de
Socrate. Celle-ci doit correspondre à la personne réelle de Socrate, telle
(180)De Anima, I, 5 (Cas . 957, f. 7 rb ; Venise, L 5 rb) : Deinde est vis memorialis et
qu'elle se présente dans la réalité, avec la disposition de ses différents
reminiscibilis quae est vis ordinata in posteriori concavitate cerebri, retinens quod
a.pprehendit vis aestimationis de intentionibus non sensatis singulorum sensibilium . — membres, ses dimensions spatiales et sa localisation à un endroit déter-
La doctrine d'Avicenne sur les sens internes est restée ,fondamentalement la même dans le
Livre des Directives et Remarques (trad . Goichon, pp . 316-323). (185) De Anima, II, 2 (Cas. 957, L 9 rb ; Venise, f. 6 vb) : sed imaginatio denudat eam
(181)De Anima, IV, 3, p . 44, 26 : . . . id quod est apprehendens formas singulares (sc . formam) a materia denudatione vera, sed non denudat eam ullo modo ab acci-
exteriores secundum affectionem imperfectae abstractions et separationis a materia, dentibus materiae.
nec abstractae aliquo modo ab appendiciis materiae sicut apprehendunt sensus exteriores, (188)De Anima, II, 2 (Cas . 957, f. 9 rb ; Venise, f. 7 ra) : ergo aestimatio apprehendit
quod egeat instrumentis corporalibus manfestum est. res materiales et abstrahit eas a materia, sicut apprehendit etiam intentiones non sensi-
(182) Qu ' on prenne l'exemple de la vue : quel en est le principe réceptif? Avicenne biles, quamvis sint materiae ; ergo haec abstractio purior et vicinior est simplicitati quam
répond que c' est l'humeur cristalline et le pneuma qui l'entoure ; «est cristallinus humer duae primae.
et qui ambit illum spiritus ». Cfr De Anima, II, 3 (Cas. 957, f. 21 ra ; Venise, f. 8 rb). (187) De Anima, IV, 3, p . 53, 69 : . . . intellectus apprehendit albedinem et ngredinem
(lai) De Anima, IV, 3, p. 45, 41. simul uno tempore ad modum credendi et negat subiectum earum esse unum.
(184) De Anima, II, 2 (Cas. 957, f. 9 rb ; Venise, L 6 vb) : virus auteur indiget hie (laa) De Anima, IV, 3, p. 54, 71.
accidentibus cum apprehendit formam, eo quod non abstrahit formam aliquo modo (189)De Anima, IV, 3, p. 54, 75 : Cum autem cognoveris hoc in imaginatione, iam
abstraction vera, sed est necessarium materiam adesse ad hoc ut haee forma apprehen . cognovisti hoc in aeetimatione quae, quicquid apprehendit, non apprehendit illud niai in
datur in Ma . forma singulari imaginabili, sicut ostendimus .

54* LE e DE ANIMA 9 D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 55*

miné . En d'autres termes, il faut qu'il y ait correspondance entre les C'est que, d'après lui, le centre du «spiritus» se trouve dans le coeur :
caractéristiques corporelles de la personne de Socrate et celles de son c'est là que le souffle vital est engendré. De là, il est conduit au cerveau,
image : l'image de Socrate est donc une reproduction # corporelle» de la où sa composition harmonieuse se perfectionne à tel point qu'il devient
personne en question. apte à servir d'instrument et de véhicule aux facultés sensitives et
Quel est cet instrument corporel dont se servent les sens internes? motrices (193) . Avicenne croit qu'il a été prouvé par des expériences
Celui-ci n'est autre que le souffle vital qui, ayant son centre dans le médicales que le véhicule des puissances sensitives et motrices est un
coeur, remplit les ventricules du cerveau et se répand à travers tout corps subtil, le souffle vital qui est répandu dans les cavités de l'orga-
l'organisme corporel (190) . Prenons l'exemple d'un homme qui tourne nisme corporel, car, en cas d'obstruction des conduites du « Spiritus », la
rapidement sur lui-même ; quand il s'arrêtera, il aura l'impression sensation et le mouvement des parties correspondantes du corps sont
que tout tourne autour de lui . D'où vient cette impression? Avicenne arrêtés (194) . Cette conception du «spiritus» se situe dans la ligne de
répond qu'elle est provoquée par le fait que le souffle vital situé à l'inté- l'aristotélisme et du néoplatonisme : le pneuma n'est pas la substance
rieur du cerveau est en mouvement circulaire (191) . C'est encore au de l'âme comme chez les Stoiciens, il est un intermédiaire entre l'âme
souffle vital qu'Avicenne fait appel pour expliquer la différence entre et le corps, un instrument subtil dont l'âme se sert en vue d'agir sur
l'état de veille et le sommeil : d'après lui, le sommeil s'explique par l'af- le corps . Thomas d'Aquin lui-même a gardé des traces de cette doc-
faiblissement du souffle vital qui se retire à l'intérieur de l'organisme; trine : il s'oppose catégoriquement à tout intermédiaire entre l 'âme et le
quant à l'état de veille, il est conditionné par le fait que le souffle corps, sauf dans le cas du mouvement corporel dont l'âme spirituelle est
vital est harmonieusement répandu à travers tout l'organisme (192) . le principe : dans ce cas, il admet que le souffle vital joue le rôle d'inter-
(190)Le pneuma est considéré par Avicenne comme l 'instrument premier de l' âme;
médiaire (195) .
de même que l 'âme est unique, ainsi l ' instrument premier dont elle se sert pour assurer Peut-on dire que les sens internes de l'homme et ceux des animaux
le développement du corps, doit être unique lui aussi ; c'est le pneuma dont le centre se situent au même niveau? Ou bien y a-t-il, entre eux, une différence
est le coeur et qui est engendré avant tout autre membre (De Anima, V, 8, p. 179,14 sqq .). réelle provenant de la présence ou de l'absence de la raison? Qu'on se
D'après Avicenne le sens commun et l'imagination sont situés dans la partie antérieure rappelle ce qui a été dit de la cogitative : son opération suppose le
du cerveau, parce que de là dérivent la plupart des sens (plures non derivantur niai ex
priore parte eerebri, De Anima, V, 8, p . 182, 85) . La cogitative et la mémoire sont situées
contrôle et la direction de la raison ; elle ne peut donc se trouver que
dans les deux autres ventricules du cerveau, la cogitative au milieu, et la mémoire dans dans l'homme ; dans les animaux, la faculté correspondante s'appelle
le ventricule postérieur. Avicenne fait remarquer que le pneuma de la cogitative est au l'imaginative . Une distinction analogue apparaît au niveau de la
milieu et à égale distance du dépôt des images et du dépôt des intentions . Quant à mémoire : celle-ci se rencontre chez les animaux ; eux aussi conservent,
l'estimative elle domine tout le cerveau (De Anima, V, 8, p. 182, 86 sqq .). C'est évidemment
d'une certaine façon, des images qui ont fait l'objet d'une connaissance
un malentendu de croire que le spiritus dont parle Avicenne correspond au voD"s des Grecs
(cfr M. Anus, Essai sur la psychologie d'Avicenne, p . 32). antérieure ; mais il n'en va pas de même quand il s'agit du souvenir
(191)De Anima, IV, 1, p . 3, 28. Notons que, pour Avicenne, l ' existence d'un organe proprement dit : la recordatio, c'est-à-dire le rappel de ce qui était
spécial (le pneuma), distinct des organes des sens externes prouve que le sens commun oublié, ne se rencontre que dans l'homme (196) . La raison seule peut
est distinct des sens externes . Qu' il y a vraiment un instrument spécial de ce genre, savoir qu'un objet a été dans la conscience, mais a disparu par la
se manifeste dans le phénomène du vertige, dans la perception d'un mouvement recti-
ligne ou circulaire et dans la saisie d'images fausses chez quelqu'un qui a l ' organe sensoriel (192) De Anima, V, 8, p . 179, 30 sqq.
blessé ou qui a les yeux fermés. (194)De Anima, V, 8, p. 175, 49 sqq.
(192)De Anima, IV, 2, p . 34, 81 sqq . ; en parlant de l'état de veille, Avicenne emploie (195)G. VERBE$E, L'Évolution de la doctrine du pneuma du Stoïcisme h S . Augustin,
l'expression « diffusio spiritus •, qui signifie que le pneuma, premier instrument de l ' âme, Paris-Louvain, 1945 . — S . TuomAs, Summa Theologiae, I, q. 76, a. 7, ad 2.
est répandu harmonieusement à travers tout l'organisme . Notons que, d'après Avicenne, (196)De Anima, IV, 3, p . 40, 61 : Memoria autem est etiam in aliis animalibus . Sed
le sommeil a trois causes : d'abord la fatigue (le pneuma eet affaibli, n'a pas la force de se recordatio quae est ingenium revocandi quod oblitum est, non invenitur, ut puto, niai
déployer et se perd à l'intérieur), ensuite le fait que le pneuma est accaparé par exemple in solo homine. F. Rahman fait remarquer que, dans son premier traité de psychologie
par la digestion de la nourriture et enfin la désobéissance des organes (p .ex . quand les (publié par S . Landauer) Avicenne avait concédé la capacité de se souvenir à tous les
nerfs sont obstrués par des exhalaisons et des aliments) . En un mot il y a sommeil quand animaux sans distinction ; puis il a changé d'avis : le souvenir est réservé à l'homme, les
le pneuma ne peut as déployer vers les sens externes et se retire à l'intérieur (De Anima, autres animaux n'ont que la mémoire sans le souvenir (Avicennde Peychology, p. 3) .
IV, 2, p . 12, 58 sqq .) .

56* LE t DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 57*

suite ; aussi, le désir de se souvenir et l'effort qui s'ensuit sont-ils Avicenne croit que la valeur de certains rêves s 'explique par la
propres à l'homme (197) . parenté qui existe entre l 'âme humaine et les anges (202) . Toute l 'his-
Le contrôle de la raison est indispensable également à l 'imaginative et toire du monde, le passé, le présent et l 'avenir, est contenue dans
à l'estimative. Quand la direction et le contrôle de la raison s'affaiblis- la sagesse du créateur, elle est présente aussi, dans une certaine mesure,
sent, les facultés sensitives deviennent plus puissantes, à tel point dans le savoir des anges intellectuels et des âmes des corps célestes.
que des formes imaginées se présentent comme des réalités perçues ; Pour autant que l'âme humaine est apparentée à ces êtres supérieurs,
ainsi l'homme voit des figures et entend des sons auxquels rien ne elle pourra participer à leur savoir, du moins si rien n ' y fait obstacle :
correspond dans la réalité (198) . C'est dire que pour Avicenne le contrôle en effet, sa participation à cette connaissance supérieure peut être
de la faculté rationnelle est toujours nécessaire ; sans lui, toute opé- entravée par l 'influence du corps ou par quelque souillure qui porte
ration des sens internes est aussitôt perturbée. atteinte à sa noblesse (203) . C'est pourquoi il ne faut attribuer aucune
Si, dans certains cas, des images fausses s ' imposent à l 'homme avec valeur aux rêves des menteurs, des méchants, des poètes, des buveurs,
un caractère de réalité particulièrement prononcé, ce phénomène peut des malades et des mélancoliques, car tous ces hommes manifestent
provenir d'une maladie mentale, d'un affaiblissement physique, d'un un déséquilibre de l'organisme corporel (204) . Avicenne considère les
état d'engourdissement ou de frayeur (199) . Mais il y a aussi des hommes rêves du matin comme les plus véridiques parce qu 'alors l'âme est
chez qui l'imagination est tellement forte qu'elle est douée d'un particulièrement tranquille : pas de réflexions, pas de troubles de la
véritable pouvoir prophétique . Jouissant d 'une puissance psychique part des humeurs . Si, à ce moment, l 'imaginative n 'est pas entravée par
exceptionnelle, ils sont capables de contempler l'Intelligence et même ce le corps et qu 'elle ne s 'isole pas des autres sens internes, elle pourra
qui est avant l'Intelligence : ces hommes entrent donc en contact avec rendre à l' âme les meilleurs services (205). L'âme humaine est donc
le monde supérieur et, tout en étant à l 'état de veille, ils s ' abstraient capable de se dépasser et de participer, à des moments privilégiés,
des réalités sensibles au milieu desquelles ils se trouvent (200) . En somme, au savoir des êtres supérieurs.
ils éprouvent, à l 'état de veille, ce que d 'autres connaissent pendant le Quant à l'estimative, elle aussi doit être soumise au contrôle et à la
sommeil : ils voient des images et entendent des paroles comme s'ils direction de la raison . Comment est-il possible de connaître la valeur
entraient en contact avec des personnes vivantes . Ce don prophétique, des objets perçus? L'estimative, dit Avicenne, y parvient de trois
tout en étant exceptionnel, ne présente, aux yeux d 'Avicenne, rien façons différentes : d' abord par des réactions instinctives (cautelae),
qui dépasse les possibilités de la nature humaine : il se réduit au fait don de la bonté du Créateur (206)_ Les exemples en sont multiples :
que certains hommes ont une faculté imaginative plus puissante que l'enfant, à peine né, prend instinctivement le sein de sa mère ; apprend-il
d'autres . Que penser alors des rêves ? Sont-ils capables de nous apporter à marcher et est-il sur le point de tomber, il cherchera instinctivement
des informations sur l'avenir? Avicenne estime que dans certains cas un appui ; si on veut le soigner parce qu 'il a une inflammation aux
les rêves ont une valeur très positive : il y a des hommes dont les rêves yeux, que fera-t-il ? Instinctivement, il les fermera . L'enfant se montre
sont marqués de vérité ; ce sont des gens qui, à l'état de veille, ont le souci donc capable de certaines réactions, adaptées à des situations données,
de poursuivre la vérité et d 'écarter l'erreur ; ils vont même jusqu 'à
saisir le sens de leurs rêves au cours du sommeil, comme ce fut le cas de
(202)De Anima, IV, 2, p . 28, 86 : Postea auteur declarabuntur isti duo modi alias
l'empereur Héraclius (201) . Comment peut-on expliquer ce phénomène?
et demonstrabitur tibi quod animae humanae maiorem habent comparationem Oum
substantiis angelicis quam Oum corporibus sensibilibus, et non est illic occultatio aliqua
(197)De Anima, IV, 3, p . 40, 63 sqq. nec avaritia.
(198) De Anima, IV, 2, p . 18, 34 : . . . et actio formalis fit manfeetior et formae quae (203) De Anima, IV, 2, p . 29, 89 : sed occultatio est secundum receptibilia, aut quia
sunt in formali praesentantur in sensu commun et videntur quasi habeaut esse extrin. sunt infusa corporibus, aut quia sunt inquinata ab his quibus deprimuntur deorsum.
scons. (204) De Anima, IV, 2, p . 32, 36.
(199) De Anima, IV, 2, p. 18, 40. (205)De Anima, IV, 2, p. 32, 39 sqq.
(los) De Anima, IV, 2, p. 18, 46 sqq. (206)De Anima, IV, 3, p. 37, 19 : Dicemus igitur quod ipsa aestimatio fit multis modis.
(211) De Anima, IV, 2, p. 25, 44 sqq.
Unus ex illis est cautela provenens in omne quod est a divina clementia .

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avant d'avoir appris quoi que ce soit par des exercices : il s'agit donc sans plus, par les mouvements du désir . Relève aussi de la faculté
bien de réactions instinctives, d'un comportement dicté par l'esti- motrice le pouvoir extraordinaire dont certains hommes sont doués :
mative sur la base d'une connaissance innée . A côté de ces réactions ils guérissent toutes sortes de maladies et transforment les éléments
instinctives, une conduite donnée peut résulter de l'expérience (207) . naturels . Avicenne ne s'en étonne pas : l'âme humaine peut devenir
Pourquoi, par exemple, le chien a-t-il peur d'une pierre ou d'un bâton ? tellement vigoureuse et puissante que la matière lui soit soumise et lui
C'est que, souvent, une impression de douleur ou de plaisir, d'utilité obéisse totalement (211) . Il ne s 'agit donc pas là d 'une intervention
ou de nuisance, accompagne la saisie d'un objet sensible ; l'intention spéciale de la Divinité dans le cours de l'histoire, mais d'un pouvoir que
relative à la valeur de cet objet se conservera dans la mémoire . Qu'en l'âme s'est acquis par son propre développement.
résultera-t-il ? Lorsque, plus tard, on saisira le même objet, on se souvien-
dra de l'intention d'utilité ou de nuisance qui lui est attachée : le
comportement du sujet sera donc déterminé par l'expérience anté- 7. La transcendance de l'intellect agent
rieure . Enfin, la similitude peut être à l'origine d'un comportement
déterminé (208) : si la saisie de tel objet concret est liée à une intention La pensée humaine n'est pas seulement pensée d'objet, elle est en
déterminée concernant sa valeur, un objet semblable suscitera la même temps conscience d'acte et conscience de sujet (212) : d'après
même intention et provoquera, de la sorte, une réaction analogue. Thomas d'Aquin, ces trois éléments sont constitutifs de tout acte de
Bien entendu, dans le cas de l'homme, le jugement de l'estimative pensée, de telle manière que c 'est par le même acte, et non par trois
doit toujours être soumis au contrôle de la raison. actes différents, qu'on prend connaissance de l'objet, du sujet et de
Pour ce qui est des facultés motrices, Avicenne y insiste, elles ne se l'acte cognitif. Il en résulte que l 'homme, tout en pensant, s'interroge
trouvent dans l' homme que pour autant que l 'âme est liée au corps (209) , sur l 'activité qu 'il exerce ; depuis des siècles, les philosophes se sont
Ne se trouve-t-on pas ici devant un cas particulièrement typique posé la question : qu'est-ce que penser? Pareille question est fonda-
où l' on voit la matière mise au service de l'âme? L 'action motrice se mentale, puisqu'elle est à la base de tout l'édifice du savoir humain.
déroule en trois étapes . Il y a d'abord le désir qui se manifeste sous Le point névralgique, c 'est que la pensée semble être un acte de tel
deux formes, comme appétit irascible ou comme appétit concupiscible. homme particulier, vivant à une époque déterminée et se trouvant
Vient ensuite une étape appelée en latin desiderium ou voluntas, mais à tel endroit, en d'autres mots, c'est l 'acte d'un homme dont l'existence
qui, si l'on tient compte du sens qu'a le mot arabe ainsi traduit (ijmāe ), est insérée dans un contexte qui lui est propre et unique dans l'évolution
désignerait un « concours unanime», une «concentration de forces». de l' histoire : l'acte de penser semble s 'inscrire totalement dans la
Finalement, il y a l'exécution du mouvement par les muscles (210) . Il est trame de cette existence individuelle dont il constitue un moment
intéressant de remarquer qu'il y a une étape intermédiaire entre le passager parmi d ' autres. Et pourtant, l 'acte de penser tend à dépasser
désir et l'exécution du mouvement : est-ce une amorce de la liberté? les frontières étroites de ce contexte individuel et historique, il porte
Sans doute ; toujours est-il que l'homme ne se laisse pas emporter, bien au delà de l'existence de ce seul individu dont la vie se situe à
une époque déterminée : l'homme qui pense ne le fait pas pour lui
(207) De Anima, IV, 3, p . 39,38 sqq.
tout seul ; ce à quoi il vise c'est à une vérité qui vaut pour tous les
(los) De Anima, IV, 3, p . 40,53 sqq. hommes de tous les temps . La pensée, il est vrai, est une activité im-
(209)De Anima, IV, 4, p. 59, 49 : Dicemus nunc quod actions istae et accidentia ista
sunt ex accidentibus quae accidunt animae, sed dum est in corpore, quae non accidunt (211)De Anima, IV, 4, p . 65, 43 sqq. Cfr S . VAN RIFT, art. cit., p. 72 : A La notion
ei niai propter consortium corporis, et ideo trahunt secum complexions corporum. d' idjmâ ` , telle qu' elle apparaît dans les textes sur les facultés motrices, tant de la Méta-
(210)De Anima, IV, 4, p . 55,96 sqq. ; p. 59,46 : cupiditas auteur et ira habent dominium phyaique que du Canon de médecine, ne peut-elle s' inscrire dans la ligne de cette sympathie
inter virtutes moventes, quas sequuntur virtutes desiderativae et deinde virtutes motivas universelle, et désigner le 'concours unanime' de tous les facteurs de causalité, tant
quae sunt in musculis. Cfr S . VAN R-T, Recherches concernant la traduction arabo-latine terrestres que célestes, dont dépend, en définitive, tout mouvement 'volontaire' Y 9.
du Sitâb al-Naja d'Ibn Sina . La notion d' idjmà` -volunim, dans Actes du Ille Congrèa (212)De Anima, V, 6, p. 134,45 : Anima auteur intelligit seipsam, et hoc quod intelligit
d'Études arabes et islamiques (Ravello, 1966), Naples, 1967, p . 643. seipsam, facit eam intelligere se esse et intelligentem et intellectam et intellectum .

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manente, comme toute activité biologique : elle actualise progressive- et toujours en acte de par son essence . Plusieurs commentateurs ont
ment des possibilités présentes dans la personne humaine et constitue, estimé que, dans l 'optique du Stagirite, ces attributs ne pouvaient
de la sorte, un achèvement incessant d 'une existence qui par elle- convenir à un principe entièrement immanent à la personne humaine et
même est ouverture sur des perfectionnements ultérieurs . Cepen- ils en ont fait un intellect transcendant : parmi eux se trouve Avicenne.
dant, la pensée est aussi transcendante, non seulement en ce qu 'elle Examinons maintenant comment cette conception s'explique, d'abord
est visée du monde, mais parce qu ' elle fait éclater les limites étroites dans le cadre de l'histoire, ensuite dans le contexte du système philo-
de son exercice présent et les frontières de l'existence individuelle sophique d'Avicenne.
dans laquelle elle s 'inscrit . La pensée se présente ainsi comme un Théophraste, le successeur d 'Aristote à la direction du Lycée, admet
acte immanent et transcendant à la fois, appartenant à l' histoire indi- en même temps l ' immanence et la transcendance de l 'intellect agent.
viduelle d'une personne déterminée et visant à une vérité intersub- L'auteur estime que cet intellect est transcendant parce que, selon
jective et supratemporelle, une vérité absolue. les déclarations formelles du Stagirite, il vient de l ' extérieur, ce qui
Au cours de l'histoire, les penseurs se sont rendu compte de cette veut dire que l 'intellect a une existence autonome, antérieure à sa
singulière ambiguïté : on s' est demandé dans quelle mesure l 'acte de pénétration dans l'homme . Par ailleurs, l'intellect agent est immanent :
penser appartient à l 'individu qui l'exerce ; celui qui se promène, peut s'il pénètre de l'extérieur, c'est qu 'il devient présent dans l'homme (213) .
parler à juste titre de <( sa» promenade : cet acte lui appartient ; celui D' après Théophraste, les deux intellects sont mélangés, ce qui suppose
qui pense peut-il en dire autant? Son acte de penser lui appartient-il l'immanence du principe actif : celui-ci se communique, dès l'origine
réellement ou bien doit-il en partager la propriété avec un principe de la vie, d ' une manière stable et sans se diviser, à la multitude illimitée
supérieur? Déjà Aristote s ' est trouvé devant ce problème et la solution des individus humains (214) . Dans cette optique, l ' acte de penser est
qu'il y a donnée n'a pas manqué de stimuler la réflexion ultérieure, à la fois immanent et transcendant, appartenant à l'individualité de la
dont celle d'Avicenne. personne humaine et relevant en même temps d'un principe supérieur
Quel était en somme le problème à résoudre? Il était double : com- indivisible.
ment le monde matériel peut-il agir sur nous et produire en nous une Alexandre d' Aphrodise, bien plus que Théophraste, a insisté sur la
connaissance intellectuelle? En d 'autres termes, comment la réalité transcendance de l'intellect agent : il l'a identifié, sans plus, à la Cause
sensible peut-elle être à l'origine d'une activité qui est d'un ordre première, au Premier Moteur (215). Sans intervenir directement dans le
supérieur, d 'une activité d' ordre spirituel? D 'autre part, comment processus abstractif, il est considéré comme le suprême intelligible,
est-il possible de dépasser la connaissance de l'individuel et de saisir conférant l'intelligibilité aux objets qui ne sont pas intelligibles par
des structures universelles ? Si toute connaissance intellectuelle prend nature . On sait qu'Alexandre préconise une interprétation matérialiste
son origine dans l'expérience du monde sensible, comment peut-on de l'entéléchisme aristotélicien : pour lui, l'homme est vraiment une
transcender le caractère particulier de ce contact et saisir l 'universel partie du monde, car l 'âme naît du mélange des éléments, ce qui ne
dans des données singulières? Aristote répond que le passage du veut pas dire qu ' elle soit corporelle . L 'âme humaine peut-elle être
sensible à l'intelligible, de l 'individuel à l'universel se fait grâce à immortelle? Certainement pas, puisqu'elle a commencé à exister
l'intervention d 'un principe actif qu 'il appelle Trot q r&KÔV (factivum). i elle porte donc dans sa nature la puissance de ne pas être . Alexandre
Le texte du De Anima (III, 5) où le Stagirite parle de ce principe est admet cependant qu 'une certaine immortalité est possible par l 'union
particulièrement laconique : les commentateurs de tous les temps mystique à la divinité : l'Idée de Dieu est immortelle (216), Dans la
se sont demandé si, d'après le maître grec, il s 'agit d 'un principe trans-
cendant et unique pour tous les hommes, ou d 'un principe qui appar- (213)Simplicius, In Physicam, 964, 31 - 965, 6 . Cfr E . BARBOTIN, La théorie ariato-
tient à l'équipement individuel de chaque personne . Aristote dit que ce télicienne de l'intellect d' a?rèa Théophraste . Louvain-Paris, 1954, p . 272.
principe est présent dans l'âme humaine, mais, par ailleurs, les attributs (214)THÉmisT1ū s, In De Anima, 108, 22-28 ; 102, 26-29 . Cfr BARBOTIN, o. c., p . 270.
qui lui sont conférés font plutôt penser à un intellect transcendant : (215)P . MORAUX, Alexandre d'Aphrodise, Exégète de la Noétique d'Aristote. Liège-Paris
1942, pp . 93 sqq.
il est décrit comme étant séparable, impassible, pur de tout mélange (216) P. MORAUX, o, c ., p. 98.

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mesure où notre faculté mortelle s'assimile l'Idée de Dieu et s'iden- une intelligence séparée, inférieure à Dieu mais supérieure à l'homme ;
tifie avec elle dans l'acte cognitif, elle participe à l'immortalité de celle de Plotin, qui distingue dans l'âme humaine deux intellects :
l'objet connu. un intellect en puissance qui y est toujours présent et un intellect en
Thémistius s'oppose à la conception d'Alexandre d'Aphrodise con- acte qui s' introduit du dehors dans l ' âme humaine chaque fois qu ' il
cernant l'intellect agent . Celui-ci, dit Thémistius, n'est pas la Divinité actualise l 'intellect en puissance ; enfin celle de Plutarque, pour qui
suprême ; l' intellect réceptif et l ' intellect agent se trouvent tous les il n ' y a dans l ' homme qu 'un seul intellect tantôt en puissance et tantôt
deux dans l'âme humaine . Aristote dit de l'intellect agent que lui seul en acte . Cette dernière interprétation est acceptée par Philopon.
est immortel. Pareille affirmation ne peut se comprendre que si l'in- Comment, dans l ' intellection, se fait le passage de puissance à acte?
tellect agent est présent dans l ' âme humaine : Thémistius va même Le commentateur répond que ce passage se fait par l ' enseignement;
plus loin et admet que l 'intellect agent est constitutif du moi (217) . celui qui enseigne et celui qui reçoit l ' enseignement sont deux personnes
Y a-t-il donc une multiplicité d'intellects agents? Ici l'on se heurte distinctes. La tâche de l'enseignant n'est d'ailleurs pas de commu-
à une difficulté majeure : comment distinguer les uns des autres ces in- niquer à l'élève un savoir que celui-ci ne posséderait pas, mais de faire
tellects agents, alors qu'ils sont immatériels? Ils auront tous la même disparaître ce qui fait obstacle à l ' exercice d ' une connaissance déjà
essence et, de plus, leur activité sera identique, elle aussi, puisqu 'elle présente. Cet obstacle est une sorte de sommeil provenant de l'union de
coincide avec l ' essence . C' est pourquoi Thémistius adopte une posi- l' intellect avec le corps . Ce processus se fait aussi sous l ' influence de
tion intermédiaire, qui se situe dans le sens de celle de Théophraste. l'intellect divin qui est toujours en acte : celui-ci, comme le soleil, est
Il y a un intellect agent premier et unique : grâce à lui, on peut ex- source de toute lumière . Par ailleurs, Philipon estime que l 'intellect
pliquer les conceptions communes, universellement répandues parmi agent est toujours en acte, parce que, pour l ' ensemble de l ' espèce
les hommes, le savoir immédiat des premiers principes et la com- humaine, il est vrai de dire que l ' on pense toujours (220) ,
munication entre les hommes, se manifestant entre autres par la
possibilité de l ' enseignement ( 218) . D 'autre part, Thémistius admet une r,
Si l ' on se tourne vers le monde arabe (221), et en particulier vers
multiplicité d 'intellects éclairés et éclairants ; c ' est le cas de l'intellect al-Fârâbi, le prédécesseur immédiat d ' Avicenne, on trouve formulée
agent présent dans l ' homme ; sa nature est ambiguë : il est éclairant,
comme l ' intellect agent premier, mais en dépendance de lui . Ainsi donc (220) PEMOPONŪS, In tertium De Anima, 5 ; efr Jean Philopon. Commentaire sur le
Thémistius peut dire que, dès le premier moment de notre naissance, ? De Anima d'Aristote. Édition critique avec une introduction sur la psychologie de Philo-

les deux intellects sont présents en nous, que les deux sont connaturels, pon, par G . Verbeke. Louvain-Paris, 1966, pp. 44-45 et chap 2 . Psychologie et Noétique,
pp . xx-Lxx . Précisons que les quatre interprétations en question sont mentionnées
mais que l 'intellect réceptif est plus connaturel que l ' intellect agent.
par Philopon sans être attribuées à des auteurs déterminés ; les noms de ces auteurs se
Celui-ci est en même temps immanent et transcendant, un et mul- rencontrent au livre III du commentaire grec sur le De Anima, contenu dans le volume
tiple (219) . XV des Commentaiia tin Aristotelem Graeca, pp. 535-539, mais ce livre III n'est pas
Jean Philopon, commentateur chrétien du sixième siècle, mentionne attribué à Philopon.

quatre interprétations différentes au sujet du 7roL7)7'6Ko' v d'Aristote : (221) Les traductions latines médiévales permettent de connaître aussi partiellement
quelle était, près d' un siècle avant al-Fârâbi, la position d'al-Kindi en la matière.
celle d 'Alexandre d ' Aphrodise, disant que l ' intellect actif est universel Cfr É . GusoN, Les sources gréco-arabes de l'Augustinisme avicennisant, pp. 23-27,
puisqu ' il est Dieu ; celle de Marinus, pour qui l 'intellect agent serait qui se base surtout sur le De Intellectu (édition d ' Albino Nagy, Münster, 1897) . Dans
son Liber De Intellectu, al-Kindi oppose l'intellect agent à l'intellect en puissance qui,
(217)THÉMIsTius, De Anima, VI, p . 229,85 : a solo igitur factivo est mihi esse ; 229,91: lui, est présent dans l'âme humaine : comment cet intellect en puissance peut-il devenir
Nos igitur sumus activus intellectus ; 234, 89 : putat aut nostri aliquid esse activum en acte? Ce passage ne s' explique que sous l' influence d' un principe distinct qui est
intellectum aut nos. Cfr TH$i%nsTws, Commentaire sur le Traité de l'dme d'Aristote. en acte, à savoir l' intelligence première . Il suffit que l'âme porte le regard sur cette
Traduction de Guillaume de Moerbeke. Édition critique et étude sur l 'utilisation du com . intelligence première pour qu'elle passe de puissance à acte . Que l'intellect agent est
mentaire dans l'ceuvre de saint Thomas, par G . Verbeke. Louvain-Paris, 1957. bien un principe actif distinct de l'âme humaine, al-Kindi n'hésite pas à l'affirmer nette-
(218)TakffisTrus, De Anima, VI, p . 235. ment. Dans l'acte d'intellection, l'âme s'identifie avec la forme intelligible -. il n'en va
(219)THÉMusTws, De Anima, VI, p . 239. pas de même de l'intellect agent : celui-ci ne coincide pas avec la forme intelligible

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chez lui la distinction entre quatre formes d 'intellect . D ' abord, l ' in- Passons maintenant à la position d ' Avicenne : elle se caractérise par
tellect en puissance, qui reçoit les formes matérielles une fois qu ' elles l'affirmation bien nette de la transcendance de l'intellect agent . Si
ont été abstraites de la matière et en fait ses formes propres (222) . l' intellection doit être conçue comme un passage de puissance à acte,
L ' intellect en acte n ' est rien d 'autre que l' actualisation de l ' intellect il faut nécessairement une cause afin de réaliser l'actualisation en
en puissance, actualisation qui se fait par la réception des formes question (1211) ; cette cause est l'intelligence en acte, qui possède en elle
intelligibles (223) . Vient ensuite l ' intellect acquis qui est constitué par les principes des formes intelligibles abstraites et dont on peut dire,
les formes intelligibles : celles-ci ont été acquises ou reçues d' un prin- à juste titre, qu'elle est le soleil de nos âmes (229) . Quel est exactement
cipe supérieur, qui est l ' intellect agent ( 22 4) . L 'intellect agent est une le rôle de cet intellect agent dans le processus de la pensée? Avicenne
forme séparée qui jamais par le passé n'a été unie à la matière et qui affirme à plusieurs reprises que les formes intelligibles émanent de
ne le sera jamais à l ' avenir : il s ' agit d ' une substance incorporelle qui l 'intellect agent dans l' âme humaine (230) . Les termes employés ne
est toujours en acte (225). On y retrouve la comparaison traditionnelle : laissent subsister aucun doute concernant la pensée d ' Avicenne :
l' intellect agent est comparable au soleil, qui fait passer la faculté de la le mot « émanation» signifie pour lui que ce qui émane se sépare de la
vue de puissance à acte et rend visibles en acte les objets matériels source ou du principe d ' où il provient(231) ;il en résulte que l' intellect
qui par eux-mêmes ne sont visibles qu 'en puissance (226) . S ' opposant agent «donne» les formes intelligibles à notre âme, il est causa dandi
à l ' interprétation d' Alexandre d' Aphrodise, al-Fārā bi refuse d 'iden- formam intelligibilem ; quant à l ' âme humaine, elle est réceptive, elle
tifier l ' intellect agent avec le principe premier de toutes choses, car reçoit les intelligibles d ' une source supérieure, ce qui ne veut pas dire
son action peut être entravée soit par l' absence de sujet apte à la subir, qu ' elle soit purement passive . Cette réception se fait à la suite d ' une
soit parce que l ' activité même du sujet rencontre un obstacle . D ' après recherche active de la part de l'âme (232) ;il faut que l ' âme se rende
al-Fārābi, l' intellect agent n' est donc pas Dieu ( 227). apte à recevoir les intelligibles, sinon elle ne pourra pas actualiser
saisie par l'âme humaine, il ne coïncide donc pas non plus avec l'âme elle-même . Il la puissance présente.
s'agit bien, aux yeux d 'al-Kindi, d ' un principe distinct et transcendant (cfr Liber de L 'aptitude dont il s ' agit n ' est rien d ' autre que la capacité de rejoindre
Intellectu, éd. Nagy, p . 7 : Nihil igitur quod est in potentia exit ad effectum, niai per aisément l ' intellect agent et de recevoir de lui les formes intelligi-
aliud quod est in effectu ; . . . anima igitur est intelligibilis in potentia, sed exit ad effectum bles (238) . Aux yeux d' Avicenne, il importe de distinguer deux intellec-
per intelligentiam primam, ad quam cura ipsa respexit, fit intelligens in effectu ; . . . intel-
lectum igitur in anima et intellectus primus ex parte intelligentiae primae non sunt res
una ; ex parte vero animae intellectus et intellectum sunt res una) . Une série de traités (228)De Anima, V, 5, p . 126, 29-33.
arabes d ' al-Kindi, connus depuis une trentaine d'années seulement, fournissent aujour- (229)De Anima, V, 5, p. 127, 36 sqq . Déjà dans son premier traité de psychologie,
Avicenne parlant de l'Intellect universel, le compare à la lumière dans le cas de la vue,
d'hui des données complémentaires pour l 'étude de cet auteur : efr R. WALZER, New
Studies on al-Kindi, dans Oriens, X, 2, 1957 (Greek into Arabie, pp . 175-205) ; A . F. il y a cependant une distinction à faire : t . . . nur dass das Licht dem Gesicht die blesse

EL-ExwANY, « Al-Kindi », dans A History o/ Muslim Philosophy, chapitre XXI, pp . 421 Wahrnehmungsfâhigkeit, nicht die wahrnehmenden Formen liefert, wâhrend disse
434 . Substanz durch ihr blesses Wesen der denkenden Seele das Wahrnehmungsverm5gen
(222)É . GILSON, Les Sources gréco-arabes de l 'Augustinisme avicennisant, p . 30 sqq. ; verleiht, zugleich aber auch, wie wir gezeigt, die wahrzunehmenden Formen in ihr

ibidem, Liber Alpharabii de intellectu et intellecto, éd . Gilson, p . 117, 83. zum Vorschein bringt e (S. LANDAUER, Die Psychologie des Ibn Sind, p . 417).
(230)De Anima, V, 5, p. 126, 33 : Sed causa dandi formam intelligibilem non est nisi
(223)De intellectu et Intellecto, éd . Gilson, p . 120, 179.
(224)O.c., p . 121, 207 : Sed intellectus adeptus est quasi subjectum illis et intellectus intelligentia in effectu penes quam sunt principia formarum intelligibilium abstractarum ;
ibid ., p . 127, 45 : . . . sed quia ex consideratione eorum aptatur anima ut emanet in eam ab
adeptus est quasi forma intellectui in effectu.
intelligentia agente abstractio ; V, 6, p . 143, 58 : ipse enim (sc . intellectus purus) est
(225)O .c ., p. 124, 335.
(226)O.c ., p. 122, 261 ; cfr AL-F ĀR ĀBi, Idées des habitants de la cité vertueuse, trad. principium omnis formae emanantis ab eo in animam.

R.P. Janssen, Youssef Karam et J. Chlala . Le Caire, 1949, p . 66 : « L'action de cette (231)De Anima, V, 7, p . 161, 42 . Cfr L . GARDET, La pensée religieuse d'Avicenne, p .150.
intelligence séparée dans l'intellect hylique est semblable à l'action du soleil dans la vue. (232)De Anima, V, 2, p . 92, 50 sqq. : Nos ergo dicimus id quod postea scies, scilicet
Pour cela elle a été appelée l'intellect agent . Son rang, parmi les substances séparées quia hoc quod anima rationalis recipit multa ex rebus infinitis, fit post inquisitionem
qui ont été mentionnées au-dessous de la Cause première, est la dixième ». activam.
(227)De Intellectu et Intellecto, éd . Gilson, p. 124, 344 : et ex hoc manifestatur quod (233)De Anima, V . 6, p. 150, 62 : Hic enim modus intelligendi in potentia est virtus
in illa non est sufficientia ad hoc ut ipsa ait primum principium omnium eorum quae quae acquirit animae intelligere cum voluerit ; quia, cum voluerit, coniungetur intelligen-
sunt, eo quod eget ut detur Bibi materia apta in quam agat et ut removeatur suum

66* LE eDE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 67*

Lions en acte, celle d'une substance réceptive comme l'âme humaine, le regard fi gé sur la perfection qui les précède immédiatement). Si
et celle d'une substance-principe comme l'intellect agent, qui est à l'information se fait par les âmes des corps célestes, elle a comme sujet
l ' origine des formes intelligibles: récepteur la faculté imaginative, ce qui n'est donc pas le privilège des
Comment l'âme humaine peut-elle se rendre apte à recevoir en elle les prophètes (231) .
principes de son savoir? Avicenne répond que l 'aptitude en question Examinons de plus près comment se réalise cette préparation
s' acquiert par la considération des données sensibles (234) . Cette réponse d ' après Avicenne, l ' intellect agent éclaire les images sensibles qui
est particulièrement significative : les intelligibles ne proviennent sont intelligibles en puissance, comme la lumière éclaire les objets
donc pas des données sensibles ; ce n'est pas en se basant sur les données colorés et les rend visibles (239), (duel sera le résultat de cette illumina-
de l' expérience que l 'intellect humain parviendra par lui-même à tion? L'intellect agent fera apparaître dans les images sensibles une
élaborer l 'intelligible (235) . N' est-ce pas logique dans l ' optique avicen- «trace» distincte des images elles-mêmes (240) ; celle-ci s'imprime dans
nienne sur l 'union de l' âme et du corps? L ' organisme corporel est l 'âme rationnelle et y joue le rôle de «préparation» à l ' émanation de
l ' instrument et le royaume de l ' âme ; celle-ci n ' est pas vraiment l 'intelligible correspondant, à la manière des moyens termes qui
l ' entéléchie du corps au sens aristotélicien du terme . Le sensible ne préparent et amènent la conclusion (241) . N' est-ce pas le processus
sera donc pas la source de l'intelligible, l'étude des données de l'expé- d ' abstraction tel qu 'on le trouve dans la tradition aristotélicienne?
rience sera simplement une sorte de préparation par laquelle l ' âme se Oui et non ; il y a en tout cas une différence essentielle entre les deux
rendra apte à recevoir l 'intelligible d 'une source supérieure (236) . Il est conceptions : aux yeux d' Avicenne, l'intellect humain ne découvre
d ' ailleurs à remarquer que, d 'après Avicenne, l ' intellect humain peut pas l'intelligible dans les images sensibles ; tout le processus d'abstrac-
recevoir les intelligibles par l'intermédiaire des sensibles ; mais il peut tion, tel qu'il est décrit ci-dessus, ne mène pas à la saisie de l ' intelligible,
les recevoir aussi directement sans cet intermédiaire : dans ce dernier il n' est toujours qu 'un stade préparatoire, conduisant à la réception,
cas, l' Intellect agent intervient de façon immédiate pour informer de la part d' un principe supérieur, de la forme intelligible correspon-
l ' intellect humain et lui communiquer les intelligibles ( 237 ) . Avicenne dante (242) . L ' intellect humain reste toujours «réceptif» : alors que les
admet d ' ailleurs que l ' information venant de l 'intellect agent peut se substances séparées créent les formes intelligibles, l'intellect humain
faire aussi par l 'intermédiaire des âmes des corps célestes (celles-ci ne peut aller plus loin que de se préparer à leur émanation . Une fois
émanent, comme on le sait, des Intelligences pour autant qu'elles ont que l' âme sera dégagée du corps et des propriétés corporelles, elle
pourra rejoindre l ' intellect agent, découvrir en lui la beauté intelligible
tige a qua emanat in eam forma intellects . — Le De medicinis cordialibus n ' identifie
et jouir d'un bonheur sans fin (243) ,
pas l' aptitude et la puissance : alors que celle-ci est également ouverte à des actes con-
traires, l ' aptitude comporte une orientation vers des actes déterminés (p . 191, 53) . Par
Aux yeux d'Avicenne, l'âme est donc vraiment «le réceptacle» des
ailleurs, Avicenne précise que la jonction de l ' âme avec l ' intellect agent ne signifie pas
que l'âme devient cet intellect, comme certains le prétendent (Livre des Directives et
Remarques, p . 447) . Cfr É . GmsoN, Les sources gréco-arabes de l' Agustinisme avicennisant, (231) L . GARDET, O .C., p . 120.
p. 65 . (239)De Anima, V, 5, p.128, 54 : . . . sicut cum lux cadit super colorata, et fit in visu ex illa
(234)De Anima, V, 5, p . 128, 61 : . . . anima rationalis cum coniungitur formis aliquo operatio quae non est similis ei ex omni parte. — Ibid ., p . 128, 58 : . . . sicut operatio
modo coniunetionis, aptatur ut contingant in ea ex Luce intelligentiae agentis ipsae quae apparet ex formis sensibilibus, mediante lute, non est ipsae formae sed aliud quod
formae nudae ab omni permixtione. habet comparationem ad illas, quod fit mediante Luce in receptibili recte opposito.
(235)De Anima, V, 5, p . 128, 51 : Cum autem accidit animae rationali comparari ad hanc (240)De Anima, V, 5, p . 128, 54-59.
formam nudam mediante lute intelligentiae agentis, contingit in anima ex forma quiddam (241)De Anima, V, 5, p. 127, 40-49 ; p . 128, 58-62.
quod secundum aliquid est sui generis, et secundum aliud non est sui generis.
(242)De Anima, V, 5, p . 126, 33-35 . Cfr D . SALIRA, Étude sur la métaphysique d'Avicenne,
(238) Cfr S . TRom.&s, Quaestio De Anima, a. 15, c . : Alia auteur positio est, . quod sensus p. 194 : e C'est dans ce sens qu'on peut dire que les intelligibles ne sont que des images
prosunt animae humanae ad intelligendum non per accidens, sicut praedicta opinio
transformées, mais que cette transformation est totale ®.
ponit, sed per se : non quidem ut a sensibilibus accipiamus scientiam, sed quia sensus
(243)De Anima, V, 6, p . 150, 71 : Cum auteur anima liberabitur a corpore et ab acciden-
disponit animam ad acquirendum scientiam aliunde.
tibus corporis, tune poterit coniungi intelligentiae agenti, et tune inveniet in ea pulchritu-
(237) L . GARDET, La pensée religieuse d'Avicenne, p . 116 .
dinem intelligibilem et delectationem perennem .

68* LE «DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 69*

intelligibles (244) : il n ' y a pas de «trésor» des formes intelligibles pour acquérir cette aptitude ; ils ont une subtilité pour ainsi dire
parfaitement en acte ; même la substance de l'âme ne peut être con- congénitale qui leur permet, presque sans étude, de connaître n 'im-
sidérée comme le «thesaurus intelligibilium» ; ce trésor n'est rien porte quoi par eux-mêmes, alors que, chez d ' autres, cette même
d'autre que la forme intelligible qui existe en elle et qui est connue par prédisposition naturelle n ' existe pas au même degré (251) .
nous (245). Il n'est pas vrai non plus que ces formes subsistent par elles- Le résultat de la préparation que constitue l 'étude est appelé par
mêmes et que l ' âme tantôt les contemple et tantôt s ' en détour- Avicenne l 'intellect acquis (intellectus adeptus) . En quoi consiste-t-il ? Il
ne (246). D ' autre part, il ne serait pas fondé de croire que les formes est tout d ' abord la capacité de s ' unir à l'intellect agent chaque fois
intelligibles émanent du principe actif, une à une, selon la quête qu ' on le veut et d ' en recevoir les formes intelligibles (252) :celui qui
de l'âme, et que l 'émanation cesserait quand l ' âme s ' en détour- possède l'intellect acquis d'une science déterminée est donc en état de
ne (247). S' il en est ainsi, comment faut-il interpréter l ' action d 'ap- porter le regard de son esprit sur les intelligibles en question comme il
prendre ? Avicenne répond que cette action peut se comparer à la guérison le voudra. Au premier sens, l'intellect acquis est donc une aptitude :
de l' œil ; quand il a recouvré la santé, il est en état de porter le regard cependant, l 'intellect acquis, au sens le plus vrai du terme, ce sont
sur quelque chose d ' où il peut tirer une certaine forme et, quand il les formes intelligibles elles-mêmes, à savoir celles qui peuvent, à
détourne le regard, il est malgré tout en puissance prochaine de notre gré, devenir l' objet de notre attention (253) . Aux yeux d ' Avicenne,
l ' acte (246) . Apprendre, c ' est donc rechercher l' aptitude parfaite de quelqu ' un peut être sûr de posséder l' intellect acquis de tel ou tel
s ' unir à l ' intellect agent, source des intelligibles ( 2 49) . L ' aptitude ne intelligible, sans porter sur lui le regard de l ' esprit au moment pré-
s ' identifie pas à la simple puissance qui, elle, se rapporte de façon sent, mais avec la certitude de pouvoir le faire quand il le voudra.
égale à deux termes contraires : aussi longtemps qu ' on n'a pas appris, Qu ' on ne s' y méprenne pas : tout ce qu ' on vient d ' exposer, ne signifie
l'aptitude reste imparfaite ; elle ne devient parfaite que grâce à l ' action toujours pas qu ' il y aurait dans l ' âme humaine un patrimoine de
d ' apprendre (250) ; elle est donc l ' achèvement ou le perfectionnement
de la simple puissance, perfectionnement qui se réalise par la répétition (251)De Anima, V, 6, p. 151, 75 sqq.
des mêmes actions, comme il est dit dans le De Medicinis cordialibus. (252)De Anima, V, 6, p. 149,57 sqq.
(253)De Anima, V, 6, p . 141, 29 sqq.
Il y a d ' ailleurs des degrés différents dans l ' aptitude de s ' unir à l ' intel-
L'intellectus adeptes n'est donc pas une faculté ou une puissance de l ' âme : il est la
lect actif : certains hommes n ' ont pas besoin de beaucoup d 'exercices forme intelligible elle-même que l 'âme reçoit de l'intellect agent . Il est vraiment ce que
l'âme «acquiert» au moment de l'intellection et qui est à l'origine de l ' acte intellectif
(244) De Anima, V, 2, p. 82, 91 : Substantia quae est subiectum intelligibilium non est (efr É. GlLsoN, Les sources gréco-arabes de l'Augustinisme avicennisant, p . 73 ; L . GABDrT,
corpus, nec habens esse propter corpus ullo modo eo quod est virtus in eo aut forma eius ; La pensée religieuse d' Avicenne, p . 114) . Dans le domaine de l'intellect acquis, il y a
ibid ., p. 88, 93. une distinction à faire entre Avicenne et Alfarabi : d'après ce dernier, l'âme devient
(245)De Anima, V, 6, p. 147, 21 : hoc enim quod est thesaurus eius nihil aliud est nisi l'intellect acquis, alors qu'il n'en est pas de même pour Avicenne : les formes intelli-
quia forma intellecta existit in ea. gibles, qu'elles soient abstraites du sensible ou intelligibles purs, sont bien l'intellect
Avicenne n' admet pas de mémoire intellectuelle : « But there is no place which can acquis . Mais dans l'acte de connaissance, l'âme ne devient pas l'intellect acquis : Avicenne
serve as the storehouse of the intelligibles» (F . RAmm1Ax, Avicenna's Psychology, p. 118). l'affirme clairement dans le Shifā' et dans le Livre des Directives et Remarques . Si certains
Cfr D. SALIBA, Essai sur la métaphysique d'Avicenne, p . 180. S . THomAS, Summa passages de la Naiā t semblent dire le contraire, L . Gardet croit qu'il s' agit là de schèmes
contra Centiles, II, 74 : Praedictis vero rationibus obviare videntur quae Avicenna ponit. aristotéliciens insuffisamment compris (La Pensée religieuse d'Avicenne, Paris, 1951,
Dicit enim in suo libro De Anima quod in intellectu possibili non remanent species p . 153).
intelligibiles nisi quandiu actu intelliguntur. Citons un passage du Livre des Directives et Remarques (trad . Goiehon, p . 443) : « Chez
(246)De Anima, V, 6, p . 146, 6-12. certains mutasaddirûn (ou philosophes qui avancent des choses non prouvées), on admet
(247) De Anima, V, 6, p . 147, 12-15. que la substance intelligente, lorsqu'elle connaît une forme intellectuelle, devient cette
(246) De Anima, V, 6, p . 149, 52. forme ». Ici encore Avicenne rejette cette doctrine, qu'on rencontre chez al-Kindi ; efr
(249) De Anima, V, 6, p. 148, 40 . Notons que, pour Avicenne, la cause prochaine de la É . GILsoN, Les sources gréco-arabes de l'Augustinisme avicennisant, p . 24 : « Et eum
jonction à l'intellect agent, c'est l'intelligence en acte (Livre des Directives et Remarques, unitur ei forma intelligibilis, non est ipsa et forma intelligibilis alia et alia, quoniam non
trad. Goichon, p. 332). est divisibilis ut alteretur . Sed cum unitur cum ea forma intelligibllis, tune ipsa et intel-
(250)De Anima, V, 6, p. 149, 44 . lectus sunt res una, scilicet intelligens et intellecta» (éd . Nagy, p. 7).

70* LE # DE ANIMA» D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 71*

formes intelligibles . Pareille conception est inadmissible : c'est au vision de l'intellect saint déborde sur la faculté imaginative, à tel point
niveau de la mémoire et de l'imagination et non au niveau de l'intellect, que le prophète voie devant lui des images et entende des paroles
que les formes s 'impriment dans un sujet matériel qui est le souffle comme s'il était en contact avec une réalité vécue (260) .
vital (spirites) ; celui-ci est l'instrument de la connaissance sensible Avicenne croit devoir distinguer trois niveaux dans le savoir humain
et il est capable de retenir les formes saisies, de telle façon qu'on puisse le premier se réalise quand une forme intelligible est reçue dans l'âme
se les rappeler quand on le veut . La conservation des formes connues de façon distincte et ordonnée (261) . De quoi s'agit-il? Il ne suffit pas
est donc rendue possible grâce à l'instrument matériel dont se servent qu'un intelligible soit effectivement reçu dans l'âme pour que le savoir
les facultés sensitives (254) . soit parfait : encore faut-il qu'il soit intégré dans l'ensemble des
Le degré le plus élevé de l ' aptitude à s' unir à l'intellect agent, intelligibles, de telle manière qu ' on le distingue des autres et qu ' il
Avicenne l'appelle la faculté sainte ou l'intellect saint (intellectus s'insère à la place qui lui convient . Le savoir humain n'est pas con-
sanctus) . Notons tout d' abord que ce degré est tellement élevé que peu stitué d'une poussière d'objets connus : ceux-ci ne sont vraiment
d'hommes y parviennent : il est atteint seulement par une élite, les saisis que dans la mesure où ils s'inscrivent à leur rang dans une unité
prophètes et les gnostiques (255) . L 'intellect saint est conçu comme ordonnée . Le deuxième niveau, moins parfait que le premier, se
une disposition de l'intellect matériel, qui n'est rien d'autre que la présente quand l'âme a déjà acquis antérieurement une certaine con-
capacité, toujours présente, de s 'unir à l' intellect agent (256) : on pour- naissance sans y porter son attention au moment présent (262) . Étant
rait dire en un sens que l ' intellect matériel est anéanti au moment où inséré dans le devenir, l ' homme ne garde pas toujours devant l ' esprit
se produit l'union avec l'intellect agent : il est vrai qu'à ce moment le même objet ; il passe d 'un intelligible à l 'autre, ce qui ne veut pas
l'intellect n'est plus matériel, en ce sens qu'il n'est plus en puissance (257). dire que le savoir antérieur d'une forme intelligible s'anéantit sans plus
Cependant, il est exact de dire que l ' intellect matériel est toujours au moment où le regard se porte sur une autre forme. Le troisième
présent, parce qu' il ne disparaît pas au moment où l ' union avec niveau se caractérise par la certitude de posséder un savoir bien que
l'intellect agent ne se réalise pas . Chez les prophètes, l 'intellect saint celui-ci ne soit pas élaboré : on cherche la réponse à une question, on
se présente comme la capacité de saisir, de façon stable et instantanée est sûr de connaître cette réponse, mais on hésite à répondre sur-le-
ou presque instantanée, n 'importe quel intelligible (258) ; cette capacité
est la plus éminente des capacités humaines, elle constitue le don de qu' elles forment par essence : il vit en union avec 6 l'intellect universel » . Cette expression
prophétie le plus noble (259) . D ' après Avicenne, il est possible que la peut avoir plusieurs sens ; elle peut désigner le premier Intellect émané de l'Être néces-
saire, ou bien l' ensemble des Intelligences agentes ou bien le monde intelligible tout
(254) De Anima, V, 6, p . 148, 35 sqq. : Hoc auteur potest intelligi in memoriali et entier, c'est-à-dire les essences entièrement pures de la matière (L . GARDET, La pensée
formali, non in anima . Formam enim intellectam esse in anima hoc est quod apprehendi religieuse d' Avicenne, p. 116).
eam . (260) De Anima,V, 6, p . 151,86 sqq. Il est intéressant de noter ici les conditions requises
(255) De Anima, V, 6, p . 151, 85 : Sed hic est supremus in quo non omnes homines pour être prophète : la clarté et la lucidité de l ' intelligence, la perfection de la vertu
conveniunt . D ' après le Livre des Directives et Remarques (trad . Goichon, p . 327) la faculté imaginative et le pouvoir de se faire obéir par la matière extérieure (cfr L . GAxDET,
sainte est une intelligence tellement pénétrante que, dans la plupart des cas, on n ' a pas La pensée religieuse d' Avicenne, p . 121) . Y a-t-il une distinction à faire entre les pro-
besoin d' enseignement ni de réflexion pour atteindre la vérité . Cfr L. GARDET, La pensée phètes d'une part, les saints et les sages d 'autre part? D'après Avicenne, les prophètes
religieuse d' Avicenne, p . 115 : k C' est l'intellect humain qui, tout illuminé par l'intellect sont orientés par nature vers l' intelligible, alors que les saints et les sages y arrivent par
agent séparé, devient miroir parfait des formes intelligibles, et tel qu'il se trouve actualisé leur aspiration propre et leurs efforts ascétiques : e La perfection du prophète est plus
à un degré éminent chez les prophètes, et, par participation, chez les gnostiques ». complète et plus stable que celle du saint» (L . GARDET, O.C ., p . 125) . Y a-t-il une diffé-
(256) De Anima, V, 6, p . 151, 83. rence quant au mode de connaissance entre le prophète et les hommes ordinaires? Avi-
(257) De Anima, V, 6, p . 138, 88. cenne ne le croit pas : les hommes ordinaires sont immergés dans le sensible, alors que
(258) De Anima, V, 6, p . 153, 10 sqq. le prophète ale regard fixé sur le monde intelligible ; et pourtant h le mode de la connaissance
(259) De Anima, V, 6, p. 153,15 : Et hic est unus modus prophetiae qui omnibus virtuti. mystique est en parfaite continuité avec celui de la connaissance intellectuelle ordinaire»
bus prophetiae altior est. Unde congrue vocatur virtus sancta, quia, est altior gradus (L . GARDET, O.C ., p. 160).
inter omnes virtutes humanas. — Il est à remarquer d'ailleurs que l'intellect saint -(261) De Anima, V, 6, p . 138, 90.
reçoit ses lumières de l 'ensemble des intelligences agentes supérieures et du tout indivisé (262) De Anima, V, 6, p . 139, 6 sqq . ; p. 140, 19 .

72* LE a DE ANIMA a D'AVICENNE UNE CONCEPTION SPIRITUALISTE DE L'HOMME 73*

champ, tout en étant certain qu'on pourra le faire plus tard ; la réponse à l'âme spirituelle, au moi substantiel. En résulte-t-il qu'il met en
n'est pas encore élaborée de façon claire et ordonnée : l'élaboration évidence la densité de la personne, la consistance propre de l'homme?
en est encore au stade inchoatif (263) . En aucune façon, et c'est la grave lacune de la psychologie avicen-
Avicenne distingue, d'autre part, ce qu 'il appelle le savoir simple nienne, si l'on s'en tient au cadre du De Anima : on y cherche en vain
(scientia simplex) et le savoir composé (scientia cogitabilis) . Tout le un exposé de la vie volitive et de la liberté ; l'homme n'y apparaît pas
savoir humain découle d'une source unique, l'intellect agent, qui n 'est comme le principe d 'initiatives créatrices autonomes . Même l'acte
pas un ensemble de formes intelligibles, mais qui réalise de façon de pensée n 'est pas exclusivement une initiative humaine, il s 'explique
simple ce qui dans l'homme est marqué de multiplicité (264) ; dans la toujours par l ' intervention d 'un principe transcendant à l 'homme.
connaissance humaine les formes intelligibles sont saisies les unes après Avicenne semble avoir pris conscience beaucoup plus nettement
les autres ; c'est pourquoi la distinction de chacune d 'elles et leur ordon- de la dépendance de l'homme, de son insertion dans une sorte de
nance dans l'ensemble sont de toute première importance . Ce savoir déterminisme universel, que de son autonomie et de sa consistance
n'est donc parfait que dans la mesure où il est ordonné (265) . Il n 'en va personnelle . L 'homme est grand par son moi spirituel, mais ce «moi »
pas de même du savoir simple qui se réalise au niveau de l 'intellect ne lui appartient pas vraiment .
agent et au niveau de l'âme humaine dans la mesure où elle s 'unit à ce
principe supérieur : ici l'ordre et la distinction perdent leur intérêt,
toute multiplicité disparaît ; on saisit tout l ' intelligible dans une unité
simple. Qu' on se rappelle ce qui a été dit de la destinée ultime de
l'homme : libéré du corps et des multiples entraves qui en résultent,
l' homme s 'unira, de façon stable, à l ' intellect agent et jouira d 'un
bonheur sans fin dans une contemplation qui dépasse la multiplicité
du savoir temporel (266) .

Au terme de cet exposé, il importe de s'interroger sur le u portrait de


l'homme» tel qu ' il a été tracé par Avicenne . Il est indéniable que
l'inspiration fondamentale de cette psychologie est d 'origine néo-
platonicienne, bien que le cadre de l ' exposé et le langage philosophique
soient le plus souvent empruntés à Aristote . Sous ce rapport, Avicenne
fait suite aux commentateurs grecs d'Aristote, qui ont défendu le
concordisme de Platon et du Stagirite . Quoi qu 'on en dise, la psycho-
logie d' Avicenne est dualiste : il insiste beaucoup sur l'unité de l 'âme
humaine, mais non sur l'unité de l 'homme . Pour lui, l 'homme se réduit

(263) De Anima, V, 6, p . 140, 10 sqq. ; p . 140, 20 sqq.


(264) De Anima, V, 6, p . 142, 42 ; p . 142, 46 sqq.
(265) De Anima, V, 6, p . 142,45 : Unus autem istorum modorum est scientia cogitabilis,
cuius ultima perfectio non completur niai cum ordo eius componitur ; p . 143, 62 ; p . 149,
42 ; p . 149, 48.
(266) Déjà dans le premier traité d'Avicenne sur la psychologie on lit : N Die Seele
bleibt also nach dem Tode fortwëhrend, ohne zu weichen, mit dieser edlen Substanz
verbunden, die man den universellen Verstand nennt, wëhrend er bei den Religions .
stiftern gôttliches Wissen heisst e (S . Laxnaujm, Die Psychologie des Ibn Sinà, p . 41:7).
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Ci-contre, le premier folio du De Anima dans le manuscrit de Bruges, Bibliothèque {
de la Ville 610 . On peut y lire la lettre de déleaee (voir p . 79' et p.185, note 33) et la
diviaio operis (voir p . 185, note 33) . ~-r~ -
ÉTUDE DES MANUSCRITS
ET
PRINCIPES D'ÉDITION

La traduction latine médiévale du De Anima d'Avicenne n'avait pas,


jusqu 'à ce jour, trouvé son éditeur . L 'édition critique qui en est pro-
posée ici est la première en date . Sur un terrain encore en friche, elle
établit le point de départ d'études ultérieures concernant l'histoire
littéraire et doctrinale de l'avicennisme latin.
Médiévistes et philosophes citent habituellement le De Anima
d' Avicenne d'après l'édition de Venise 1508, parfois aussi d 'après
l'incunable de Pavie datant de 1485 environ.
Le recours traditionnel à des textes non critiques de la Renaissance
se serait peut-être encore prolongé pendant des années, si deux faits
nouveaux n'avaient rendu possible le travail dont le présent volume
constitue un premier aboutissement . Ces deux faits nouveaux sont la
publication de l' Avicenna latinus et celle du texte arabe du De Anima
en édition critique.
Commencée en 1961, la publication de l'Avicenna latinus est le
résultat d ' une vaste enquête menée dans les bibliothèques d 'Europe
par Melle M.-Th. d'Alverny pour y étudier les manuscrits des traduc-
tions latines d 'Avicenne. En sept livraisons consécutives parues dans les
Archives d'Histoire doctrinale et littéraire du Moyen Age, années 1961-
1967, des dizaines de manuscrits philosophiques de l 'Avicenne latin se
trouvent décrits et datés selon les normes suivies dans les deux volumes
préliminaires de l' Aristoteles latines (1).
La publication de l' Avicenna latines ouvre la voie à l ' édition de
toutes les traductions latines des textes philosophiques d'Avicenne, et
en particulier à celle du De Anima : l' étape préliminaire souvent
longue et ardue que représente pour tout éditeur le soin de découvrir
les manuscrits, puis la tâche délicate de les décrire et de les dater,
sont déjà exécutées par avance et ce, avec un degré d'érudition et de
compétence qui assure à toutes les éditions avicenniennes encore à

(1) Voir dans Archives d'Histoire doctrinale et littéraire du Moyen Age : Avicenna
Latinus I, t . XXVIII (1961), pp. 281-316 ; Aviunna latinus II, t . XXIX (1962), pp . 217-
233 ; Avicenna Latinus III, t. XXX (1963), pp . 221-272 ; Avicenna latines IV, t. XXXI
(1964), pp. 271-286 ; Avicenna latinua V, t . XXXII (1965), pp . 257-302 ; Avicenna Latinus
VI, t. XXXIII (1966), pp . 305-327 ; Avicenna latinus VII, t. XXXIV (1967), pp. 315-343.

76* LE e DE ANIMA y D'AVICENNE LES MANUSCRITS 77*

naître, la plus solide des assises . Pour le De Anima, une cinquantaine de tinue régulièrement entrecoupée de deux lignes brisées se dirigeant
manuscrits sont aujourd 'hui repérés ; les sept livraisons de l ' Avicenna l' une à gauche, l'autre à droite ; les leçons doubles insérées dans la
latines comportent la description de plus de quarante d 'entre eux ; la trame d'un contexte identique déterminent, dans les divers manuscrits,
description des derniers manuscrits paraîtra sous peu. des bifurcations successives, avant et après lesquelles tous se ramènent
Le deuxième fait nouveau est la publication de deux éditions cri- à un texte commun et ne diffèrent entre eux que par des variantes.
tiques du texte arabe du De Anima. En 1956 paraissait à Prague une En voici, comme exemple, un court passage du Livre I qui concerne
édition réalisée par Jan Bakos, édition accompagnée d 'une traduction la faculté active, vis activa, et se lit dans un des manuscrits, le Casana-
française et de notes ; en 1959, une autre édition, indépendante de la tensis 957, sous la forme suivante :
première, était publiée à Oxford par F . Rahman . Pas plus que la tra-
duction latine médiévale, le texte arabe du Kitā b al-nafs ou De Anima «Vis autem activa est vis quae est principium movens corpus
n'avait fait l'objet, jusqu'en ces dernières années, d 'une édition critique. hominis ad actions singulas quae sunt propriae cogitations
secundum quod intentionibus convent ad placitum quae appro-
Le seul instrument de travail accessible aux arabisants était l'édition priantur ei, et habet respectum in comparatione virtutis vitalis . »
lithographiée de Téhéran, 1303 A .H./1886, ne comportant d'ailleurs du
Shifā', que la Physique et la Métaphysique, soit la deuxième et la Mais le même passage se lit dans un autre manuscrit, celui de
quatrième des quatre Sommes formant l ' Encyclopédie philosophique Paris, Bibl. Nat. Lat. 8802, sous une forme partiellement identique et
d'Avicenne . L'édition complète du Shifā' arabe fut entreprise au Caire partiellement différente, comme le montrent les deux textes mis en
en 1951 à l'occasion du millénaire de la naissance d'Avicenne (millé- parallèle ci-dessous :
naire selon le comput lunaire), et confiée à un Comité d ' Avicenne
Paris, Bibl. Nat . 8802 Rome, Bibl. Casanatense 957
établi par le Ministère égyptien de l ' Éducation Nationale . Diverses Vis autem activa est vis quae est prin- Vis auteur activa est vis quae est prin-
parties du Shifā ' ont été éditées depuis lors ( 2) . Les deux éditions cipium moyens corpus hominis ad cipium moyens corpus hominis ad
critiques du Kitā b al-nafs ne s'inscrivent pas parmi les réalisations du actions singulas quas praecipue sibi actions singulas quae sunt propriae
Comité d ' Avicenne du Caire, mais résultent toutefois de l 'impulsion elegit secundum quod interdit et ha« cogitationis secundum quod intentimtibus
consideratur in comparatione virtutis convent ad placitum quae appropriantur
donnée aux études avicenniennes en divers pays d ' Orient et d'Occident
vitalis . ei et habet respectum in comparatione
par les fêtes du millénaire. virtutis vitalis.

I. Texte commun et leçons doubles On pourrait tout aussi bien souligner le même contraste entre les deux
textes sous la forme suivante qui évoque l'image d 'une ligne continue
Ces deux faits nouveaux nous ont permis d'entreprendre l'édition entrecoupée de lignes brisées :
critique du De Anima . Une première étude des cinquante manuscrits vis auteur activa est vis quae est
connus, portant sur le Livre I ( 3), a révélé l'existence, dans la trame principium moyens corpus hominis
d'une traduction latine unique, de leçons doubles, c'est-à-dire de ad actions singulas
quas praecipue sibi elegit secundum quod quae sunt propriae cogitationis secundum
phrases, de membres de phrases ou même de mots isolés, pour lesquels
interdit quod intentionibus convent ad placitum
l'ensemble des manuscrits proposent deux traductions différentes et quae appropriantur ei
deux seulement, chacune des deux étant par ailleurs inassimilable à une et
simple variante de l'autre. On pourrait comparer le texte que proposent haec consideratur habet respectum
les manuscrits du De Anima, observés globalement, à une ligne con- in comparatione virtutis vitalis.
(2) Cfr G.-C. AxewATi, Chronique avicennienne 1951-1960, dans Revue Thomiste, 1959
(LIX), p . 617. Parties identiques (ou «texte commun») et parties différentes (ou
(3) S . VAN RIFT, La traduction latine du *De Animai d 'Avicenne. Préliminaires d une «leçons doubles») soit de gauche, soit de droite, sont soudées les unes
édition critique, dans Revue Philosophique de Louvain, 1963 (61), pp. 583-626 . aux autres en un agglomérat qu'il est impossible de fractionner . Or, et

78* LE « DE ANIMA» D'AVICENNE LES MANUSCRITS 79*

c'est l'un des résultats les plus intéressants de notre enquête, le con- thétique des faits, nous réserverons l'appellation de «leçons doubles»
traste observé entre les deux manuscrits opposés plus haut affecte l'en- à deux traductions parallèles, de façon à les distinguer des «variantes»
semble de la tradition manuscrite ; tous les manuscrits, à la suite des ou accidents liés normalement à la transmission du texte . Nous étu-
mêmes mots du texte commun, bifurquent soit à droite, soit à gauche, et dierons les circonstances qui entourent l'élaboration de la traduction
soudent donc à un membre de phrase, identique dans tous les manu- latine dans l 'Introduction des Livres I-II-III ; la lettre de dédicace
scrits à quelques variantes près, l'une des deux leçons doubles, et l'une qui accompagne la traduction du De Anima contient, en effet, des
de ces deux seulement . Dix-huit manuscrits sur cinquante (voir plus indications explicites sur la méthode de traduction et les noms des
loin, liste A, nos 1 à 18) reproduisent, soudée à un texte commun, la traducteurs. Il ne s'agit ici que de décrire un ensemble de faits qui,
«leçon double» de gauche (les lignes soulignées dans le texte du ma- s'ajoutant à la complexité inhérente au grand nombre des manu-
nuscrit de Paris, Bibl. Nat. 8802) avec certaines variantes, qui d'ailleurs scrits, allaient rendre singulièrement difficile la structure de l'édition
n' ont de sens que par rapport à cette leçon et ne renvoient à aucun mot du De Anima.
de la «leçon double» de droite ( 4). Trente et un manuscrits sur cin- Il fallait en effet, d'une part, bâtir cette édition comme si tous les
quante (voir plus loin, liste B, nos 20 à 50) reproduisent, soudée à un manuscrits remontaient à un archétype unique, puisqu 'ils contiennent
texte commun, la «leçon double» de droite (les lignes soulignées dans le une traduction qui, dans sa majeure partie, est commune à tous;
texte du manuscrit de Rome, Bibl . Casanatense 957), avec quelques d' autre part, pour établir le texte critique des courts fragments con-
variantes qui ne peuvent se rapporter à aucun mot de la e leçon double» stituant les leçons doubles, il fallâit poser non plus un archétype,
de gauche ( 5 ) . Enfin un manuscrit, celui de Leiden, Bibl . Univ. 336, mais deux, et considérer la tradition manuscrite comme une tradition
entremêle les deux leçons (manuscrit n o 19, voir plus loin, p . 81*). divisée ; et enfin, par delà les exigences contradictoires découlant d'une
tradition manuscrite, tantôt une et tantôt divisée, il fallait tenter de
Quelle interprétation des faits pourrait expliquer un tel état de la bâtir, pour les cinq livres du De Anima, une édition de structure
tradition manuscrite? Tout se passe comme si une première traduction, homogène, basée si possible sur les mêmes manuscrits.
ou une sorte de brouillon de traduction, avait été exécutée et notée; La plupart des cas de leçons doubles ont été examinés ensuite dans
puis que, en surcharge, courant par-dessus les lignes de cette première l'ensemble des manuscrits, à travers tout le Livre I . Il s 'agissait
traduction, une révision partielle avait été consignée, n ' affectant que de s'assurer que les leçons dites «doubles» restaient bien telles et
certains membres de phrases, parfois certains mots isolés, et sans qu 'on qu'il n'y avait pas, en d'autres endroits du Livre I, au lieu de deux
ait annulé de façon décisive les parties de texte revues . Les premières leçons parallèles, trois formules concurrentes ou plus encore, au point
copies auraient alors reproduit cet archétype de manière diverse : aux que le dessin relativement ferme d'une division des cinquante manu-
phrases et aux membres de phrases non revus et donc dépourvus de scrits en deux groupes se serait estompé et que chaque groupe aurait
surcharges aurait été soudé, tantôt le texte initial des phrases ou mots perdu sa consistance ou sa raison d'être. Il fallait savoir, de plus, si,
corrigés mais insuffisamment annulés, tantôt le texte de la révision en cas de leçons doubles, certains manuscrits optaient régulièrement
écrit en surcharge . Les parties de texte non revues et non surchargées pour l 'une des deux ou si, au contraire, aucune régularité n'apparais-
correspondraient au «texte commun» ; les parties de texte revues au- sait dans ces options successives ; il était possible que, pour une série
raient donné lieu aux « leçons doubles » . Selon cette interprétation hypo- de bifurcations observées dans les cinquante manuscrits, deux groupes
se dessinent en effet, mais formés de manuscrits qui, presque à chaque
(4) Les seules variantes sont : dans un manuscrit, elegerit pour elegit ; dans un autre, coup, seraient différents ; et finalement il importait de savoir quels
l'inversion de praecipue sibi ; dans un troisième, le mot intendit est biffé. Cfr S . VAN BLET, manuscrits combinaient l 'une et l'autre leçon — comme le manuscrit
O .C., p. 586. de Leiden, Bibl. Univ . 336, le fait pour l'exemple analysé plus haut.
(5) Les seules variantes sont : dans un manuscrit, cognition«9 pour cogitations ; dans Cette nouvelle étape du travail a permis de constater, à travers
deux autres, l'addition, après quod, respectivement de scaica et de de ; la faute planctum
pour pW*um dans un quatrième manuscrit ; la variante approbantur pour appropriantur, tout le Livre I, la présence de «leçons doubles», pouvant à bon droit
dans un cinquième ; l'omission de ei dans un sixième. Cfr S . VAN RI&T, o.c., p . 586 . se nommer ainsi, et ne comportant donc que deux formules diver-

80* LE # DE ANIMA A D'AVICENNE LES MANUSCRITS 81 •

gentes soudées à un texte commun ou une combinaison de celles-ci. no 6 Napoli, Bibl . Naz . VIII.E .19
Une série de manuscrits reproduisent régulièrement et avec les mêmes no 7 Paris, Bibl . Maz . 629
no 8 Paris, Bibl . Nat. Lat . 6932
partenaires le texte de l'une des leçons, disons la «leçon A» ; les no 9 Paris, Bibl . Nat. Lat . 8802
manuscrits de ce groupe ne se différencient que par des variantes : no 10 Paris, Bibl . Univ. 584
variantes du texte commun, variantes de la leçon A . D'autres manu- no 11 Roma, Vat . Lat. 2419
scrits optent régulièrement et avec les mêmes partenaires pour la no 12 Roma, Vat . Lat. 4428
no 13 Roma, Vat . Pal. Lat . 1122
seconde des leçons doubles, disons la «leçon B» ; ces manuscrits,
no 14 Roma, Vat . Urb. Lat . 187
à leur tour, ne diffèrent que par des variantes : variantes du texte no 15 Todi, Bibl . Com. 90
commun, variantes de la leçon B. no 16 Venezia, Bibl. S. Marco 2665 (Cl . X, 171 ; L. VI, 55)
Plusieurs manuscrits, enfin, soudent au texte commun une formule no 17 Venezia, Bibl. S. Marco 2822 (Cl . X, 172 ; L. VI, 57)
qui ne reproduit distinctement aucune des leçons A ou B, mais com- no 18 Worcester, Chapter Lib . Q. 81
bine des éléments de chacune d 'elles ( 6), ce qui suppose d ' ailleurs la [no 19 Leiden, Bibl. Univ. 336]

connaissance de toutes les deux, soit que tel copiste ait sous les yeux Manuscrits proposant des leçons B
des manuscrits de groupes différents, soit qu ' il transcrive un manu-
no 20 Angers, Bibl. Munie. 435 (450)
scrit dans lequel les deux leçons sont attestées simultanément ou no 21 Basel, Univ. Bibl. D . III. 7
même déjà combinées . Toutefois ces manuscrits qui, pour les passages na 22 Brugge, Stadsbibl. 510
limités où apparaissent des leçons doubles, proposent parfois un texte k ne 23 Brugge, Stadsbibl. 516
contaminé, reproduisent ailleurs, sans contamination, le texte de l ' une no 24 Brugge, Groot Sem. 99/112
des deux leçons et se rattachent alors à l ' un des deux groupes précé- no 25 Cambridge, Conv . and Caius Coll . 497 (996)
ne 26 Cesena, Bibl. Malat . Plut. XXIII Dextr. 6
dents. On peut les appeler «contaminés A» ou « contaminés B », selon
no 27 Dubrovnik, Bibl. Dom . 20 (36 - V - 5)
que, pour celles des leçons doubles qu ' ils reproduisent sans contamina- no 28 Erfurt, Stadtbibl. Ampl . Q . 296
tion, ils se rallient le plus souvent aux manuscrits porteurs de leçons A no 29 Erfurt, Stadtbibl. Ampl . F. 335
ou au contraire aux manuscrits porteurs de leçons B . Les manuscrits no 30 Escorial, F116
no 31 Firenze, Bibl. Laur. Plut . LXXXIV cod. 17
contaminés A renferment occasionnellement des éléments de leçons B ;
ne 32 Nürnberg, Stadtbibl. Cent . V 21
de leur côté, les manuscrits contaminés B renferment occasionnelle- na 33 Nürnberg, Stadtbibl. Cent . V 67
ment des éléments de leçons A. no 34 Oxford, Bibl. Bodl . 463
Les deux groupes de manuscrits, y compris les manuscrits con- ne 35 Oxford, Bibl. Bodl . Digby 217
taminés A et B, forment les deux listes suivantes : no 36 Oxford, Merton Coll. 282
ne 37 Padova, Bibl. Univ. 1438
Manuscrits proposant des leçons A no 38 Paris, Bibl. Ars. 703
ne 39 Paris, Bibl. Nat . Lat. 14854
ne 1 Cambridge, Peterhouse 157 no 40 Paris, Bibl. Nat . Lat . 16133
ne 2 GSteborg, Stadsbibl .8 no 41 Paris, Bibl. Nat . Lat . 16603
no 3 Kues, Hospitalbibl .205 S no 42 Paris, Bibl. Univ . 1032
no 4 Laon, Bibl . Munie. 412 n o 43 Roma, Bibl. Casanatense 957 (B .IV.22)
no 5 Milano, Bibl . Ambr . H . 43 inf. n o 44 Roma, Vat. Lat . 2089
n o 45 Roma, Vat. Lat . 2420
n e 46 Roma, Vat. Reg. Lat. 1958
(6 ) Ainsi pour bref un membre de phrase du Livre I, qui, selon la leçon A, est : via n o 47 Salamanca, Bibl. Univ.
compendioaior (ad diseendum) et, selon la leçon B : via liberior et notior, on lit dans un
n e 48 Vendôme, Bibl. Munie . 111
manuscrit (Vendôme, Bibl. Munie. 111, efr plue loin, liste B, n o 48) : via liberior et notior
n o 49 Venezia, Bibl . S . Marco Lat . 1960 (CI. XIV, 20 ; Z .L. 318)
eompendioaior . Pour le conteite de ce membre de phrase, voir le manuscrit Caaanatenaia
[n o 50 Paris, Bibl. Nat. Lat . 6443]
957, f. 1 rb et l'édition de Venise 1508, folio 1 ra.

82* LE e DE ANIMA» D'AVICENNE LES MANUSCRITS 83*

Ces listes ont été établies expérimentalement d'après des cas de II. Structure de l'édition des Livres IV et V
leçons doubles provoquant un regroupement maximum des manu-
scrits A et des manuscrits B, grâce à l'absence presque totale de for- Les deux listes de manuscrits qui précèdent ont été dressées après
mules contaminées ; ainsi, dans l'exemple cité plus haut, un seul l'étude d'une série de passages du Livre I . Les autres livres du De
manuscrit (Leiden, Bibl . Univ. 336) propose une formule contaminée, Anima ont fait l'objet d'enquêtes analogues ; celles-ci ont mis en lumière
et dès lors deux groupes massifs se dessinent autour de chacune des certaines déficiences de la tradition manuscrite aux Livres IV et V et
deux leçons en présence. Les dix-huit manuscrits proposant la leçon A ces déficiences, à leur tour, ont déterminé en grande partie la structure
(texte de gauche dans notre exemple) portent les nos 1 à 18 et sont cités de l'édition des Livres IV et V. On a cherché ensuite s'il était possible
par ordre alphabétique ; il en va de même pour les manuscrits qui d'envisager, pour l'édition des cinq livres, une structure homogène et
proposent la leçon B (texte de droite dans notre exemple) et portent l' appui des mêmes manuscrits . La recherche d 'une solution, avec ce
les n os 20 à 49 . Le no 19 est assigné au seul manuscrit qui, pour cet qu'elle entraînait comme sondages et examens détaillés de tous les
exemple, propose une formule contaminée, mais se rallie aux manuscrits manuscrits, a eu pour conséquence que l 'édition des Livres IV et V s 'est
de la liste A en d 'autres cas ; le no 50, au manuscrit de Paris, Bibl. trouvée prête avant celle des trois autres livres . La difficulté particu-
Nat . Lat . 6443, qui ne contient qu 'un texte abrégé du De Anima ( 7 ), lière à l 'édition des Livres IV et V est la suivante : ces livres contiennent
mais se rallie ici aux manuscrits de la liste B . Chaque manuscrit sera des leçons doubles, mais aucun manuscrit de la liste A ne s'offre qui
désigné dans les pages suivantes par le même numéro d 'ordre : le seul puisse servir d'appui valable au texte commun et reproduise en même
fait qu 'un manuscrit porte l'un des numéros de 1 à 18 indique donc temps, de façon régulière et sans contamination, le texte des leçons A
d'emblée que, en ses premières options du Livre I, il propose une leçon avec les différences souvent ténues qui les opposent aux leçons B.
A : de même, le fait qu'un manuscrit porte l'un des numéros de 20 à 50 Avant tout jugement de valeur porté respectivement sur les leçons
indique que, en ses premières options du Livre I, il propose une leçon B. A et B, le choix du manuscrit de base s 'est trouvé limité, pour les
A chaque analyse successive de leçons doubles on peut ainsi repérer livres IV et V, aux manuscrits de la liste B.
facilement les manuscrits qui changent de groupe : un manuscrit
désigné par l'un des numéros d 'ordre de 1 à 18 et attestant une leçon B Aux Livres IV et V, les leçons doubles, — tout en étant moins
se trouve par là, tel un transfuge, associé d 'une façon qui lui est inhabi- faciles à déceler qu 'au Livre I, parce qu 'elles comportent moins de
tuelle aux manuscrits nos 20 à 50 ; inversement, un manuscrit portant phrases parallèles formant un contraste évident et se réduisent plu-
l'un des numéros de 20 à 50 et attestant une leçon A se trouve associé sieurs fois à des mots isolés que l'on pourrait confondre avec de simples
à des partenaires qui ne sont pas ceux de ses premières options. variantes, — ne disparaissent pas et affectent environ les mêmes
Au cours de l'étude du Livre I, nous avons pu relever dans les manuscrits.
manuscrits suivants, et à des degrés très divers, des cas de contamina- En voici un exemple pris au Livre V (voir plus bas, p . 107, 69) . Imbri-
tion entre leçons A et leçons B ou des options entraînant un changement quée dans un texte commun à tous les manuscrits, une phrase sans
de groupe : dans la liste A : les mss nos 3, 6, 7, 8, 11, 19 ; dans la liste B : portée doctrinale : «hoc etiam per se patet falsum esse», s'oppose à la
les mss nos 20, 22, 23, 24, 25, 26, 28, 32, 33, 34, 36, 37, 38, 39, 40, 41, leçon parallèle : «hoc autem non eget multo studio etiam ad falsifican-
42, 44, 48. dum », et fait l'objet, dans tous les manuscrits, d 'une option semblable
En opposition avec ces manuscrits, les manuscrits restants peuvent à celles qui sont décrites pour le Livre I . On peut lire ci-dessous quels
être dits « non contaminés », sans que cette appellation implique au manuscrits proposent le texte de chacune des deux leçons :
préalable le moindre jugement de valeur. Ce sont : dans la liste A : les
mss nos 1, 2, 4, 5, 9, 10, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18 ; dans la liste B : leçon -4 leçon B
les mss nos 21, 27, 29, 30, 31, 35, 43, 45, 46, 47, 49, 50. hoc autem non eget multo studio etiam hoc etiam per se patet faleum esse
ad falsificandum
( 7) Cfr Avicenna latinua I, p. 310 .

84* LE « DE ANIMA» D'AVICENNE LES MANUSCRITS 85*

Ont la leçon A : les mss A nos 1, 2, 3, Ont la leçon B : les mas B n os 21, 22,
4, 5, 8, 10, 11, 12, 15, 16, 17, 18, 19 (le 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, cas de contamination ( 10 ) . Parmi les manuscrits contaminés de la liste A
ms . no 9, n'ayant pas le livre V, n'entre 35, 36, 37, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 46, se situe un très bon manuscrit, celui de Paris, Bibl. Nat . Lat. 6932
pas en compte) ; les mss contaminés B, 47, 48, 49, 50 ; les nias contaminés A,
nOs 20, 34 ; le ms. no 38 . n os 6, 7 ; les mss A, nOs 13, 14. (no 8) ; ses qualités textuelles en font un excellent appui du texte
commun ( 11 ), mais, puisqu ' il choisit parfois des leçons B, il ne pourrait
On remarque que le choix de l'une des deux leçons regroupe, à servir de témoin irrécusable lorsqu 'il s ' agit de délimiter les leçons A
gauche, quatorze des manuscrits classés dans la liste A (y compris le et d'en établir le texte critique.
ms. no 19) ; deux des manuscrits «transfuges », (nos 6 et 7) se rangent L' absence des Livres IV et V dans le manuscrit de Paris, Bibl . Nat.
déjà au Livre I parmi les contaminés ; le choix de la seconde leçon Lat. 8802 et l ' impossibilité de remplacer celui-ci par un manuscrit de
regroupe, à droite, vingt-huit des manuscrits classés dans la liste B même valeur ont ainsi limité notre choix du manuscrit de base aux ma-
(y compris le ms. no 50) ; deux des manuscrits « transfuges» (n os 20 et 34) nuscrits de la liste B . On a vu, en effet, jusqu ' à quel point les leçons
figurent déjà au Livre 1 parmi les contaminés ; les manuscrits nos 13, doubles étaient soudées de façon inextricable au texte commun : si donc
14, 38, ici, changent de groupe. les leçons A n'étaient pas imbriquées dans le texte commun d ' un bon
Les autres leçons doubles suffisamment marquantes pour ne pas manuscrit (ne présentant comparativement qu ' un petit nombre de
pouvoir être confondues avec des variantes sont étudiées plus loin fautes évidentes et d ' omissions), choisir le manuscrit de base parmi les
(voir p . 123*). manuscrits non contaminés de la liste A aurait entraîné, pour le texte
commun, l ' obligation de corriger sans cesse ce manuscrit A par l ' un
Il fallait donc tenir compte, aux Livres IV et V, des mêmes exigences
complexes qu'au Livre I, mais, — et c'est ici que se situe la difficulté
particulière à ces deux livres, — le manuscrit qui, au cours des Livres renvoient, dans le manuscrit no 1, à «onde (cura imperat) » . Si l'on se réfère à l ' apparat
latin correspondant à la page 5, ligne 54, on remarque que parmi les variantes de « per
I, II et III, propose régulièrement le texte caractéristique des leçons A quod (cum) » figure la leçon du manuscrit no 8, sigle P, unde (cum), identique au texte
avec le moins de fautes évidentes et le moins de risques de contamina- du manuscrit no 1 . Or les mots unde cum, notés de manière abrégée, ont eux-mêmes pour
tion, ne comporte pas les livres IV et V . Il s ' agit du manuscrit de Paris, variante le texte du manuscrit no 12, sigle V, qui explicite une abréviation, vraisemblable-
Bibl. Nat . Lat. 8802 (no 9) . Ce manuscrit finit ex abrupto, vers la fin ment identique à celle qui peut se lire unde cum, sous la forme verum tamen . Il y a donc,
du Livre III, chapitre 7. en dépit des apparences, regroupement des sigles P et V, désignant les manuscrits de la
liste A, autour d'une leçon A s' opposant à per quod, leçon B . L'annotation marginale
Parmi les autres manuscrits de la liste A, nous n ' avons trouvé aucun du manuscrit no 1 confirme la valeur de «leçon double» qu'a per qued par rapport à
témoin des leçons A ayant la valeur du manuscrit n o 9 et pouvant unde, mais n' apporte aucun élément nouveau que l'on ne connaisse déjà, soit par un bon
jouer comme lui le rôle de catalyseur des éléments A à déceler en face manuscrit de liste B, soit par les deux manuscrite A.
des éléments B, dans un contexte général commun où rien ne les Le manuscrit ne 17, lui aussi, porte de nombreuses notes marginales renvoyant aux
leçons B, mais ces notes sont le plus souvent de première main . Ainsi, dans le ms. no 17,
dénonce à priori. Certains manuscrits non contaminés de la liste A
le texte qui correspond à la page 56, lignes 97-99, de notre édition : « voluntas autem
ont un grand nombre de fautes évidentes, en particulier les manuscrits non est desiderium ; quia aliquando roboratur voluntas sed desiderium non advenit
nos 2, 4, 10, 15, 18, et ces fautes retombent autant sur le texte commun motui aliquo modo », se trouve en note marginale précédée de « in alio » . Le texte courant
que sur les éléments caractéristiques A qu ' il faudrait identifier ( 8 ). du manuscrit no 17, par contre, reproduit la leçon A que l'on peut lire à l'apparat latin
D'autres manuscrits de la liste A, en particulier les manuscrits n os 1, 5, à propos des mêmes lignes, sous le sigle des manuscrits A, à savoir P et V . Le manuscrit
no 16, de même, porte des notes marginales renvoyant aux leçons B, mais surtout aux
16, 17, qui proposent une série de variantes communes, comportent
Livres I et II.
moins de fautes : mais les mss nos 1,16 et 17 renvoient fréquemment aux
(10) Voir Specimina codicum, p . 127 *, les leçons du ms. no 5 correspondant à ex duabus
leçons concurrentes B ( 9 ) et le manuscrit no 5 présente, au Livre V, deux causis divereis, ligne 42, et à affirmai, p . 134*, ligne 89 . On peut observer dans le même
( 8 ) Voir plus bas, Specimina codicum, pp. 126*439*. apparat les variantes communes que présentent, à plusieurs reprises, les mss nos 1, 5, 16,
(») Le manuscrit no 1 porte, par exemple, en face du texte qui correspond à la page 5, 17.
ligne 54, de notre édition, une annotation de seconde main : « in alio per quod » . Ces mots (11) Voir plus bas, p . 102*, p . 110*, p . 119*.

86* LE # DE ANIMA # D'AVICENNE LES MANUSCRITS 87*

des manuscrits de la liste B, au risque d'opérer nombre de contamina- variantes du texte commun, le profil des leçons doubles impliquant
tions qui dateraient, cette fois, du vingtième siècle. double traduction . Le manuscrit de Paris (no 8), contaminé A, troi-
Mais une deuxième conséquence s'est imposée comme corollaire sième appui du texte commun, confirme en de nombreux cas les
de la première : il a été impossible de constituer deux apparats cri- éléments caractéristiques des leçons A. Celles-ci peuvent être iden-
tiques séparés dont l'un aurait été réservé à des manuscrits de la tifiées enfin par le témoignage complémentaire d'un dernier manuscrit,
liste A et l'autre à des manuscrits de la liste B . Vu la faible proportion Bruges, Stadsbibl . 510 (nO 22), qui, en tant que contaminé B, est indé-
de texte à laquelle se ramènent, aux Livres IV et V, les phrases ou pendant des deux manuscrits A no 12 et no 8, et contient d'autre part
membres de phrases constituant, de façon évidente, des leçons doubles, de nombreuses leçons A.
l'apparat réservé aux manuscrits A aurait entassé inutilement les Pour garantir le texte critique des principales leçons doubles,
fautes affectant le texte commun et n'aurait pas fait ressortir avec c'est-à-dire de celles qui comportent des phrases ou des membres de
clarté les éléments caractéristiques des leçons A. phrases et qui, on l'a dit, sont peu nombreuses aux Livres IV et V,
Au terme de l'examen des manuscrits pour les Livres IV et V, le une étude présentée en annexe (voir p . 123*) regroupe à leur propos les
choix du manuscrit de base se limitait donc aux manuscrits de la liste B données de tous les manuscrits. On peut ainsi se rendre compte dans
et il s 'avérait impossible de constituer deux apparats autonomes qui quelle mesure les éléments A que fait affleurer le manuscrit de Rome,
auraient dessiné de façon continue le contraste existant entre leçons Vat. Lat. 4428 (no 12), avec le soutien occasionnel d 'autres témoins
A et leçons B . Un apparat unique devait dès lors appuyer simultané- contaminés, sont vraiment l'indice d 'une double traduction confirmée
ment le texte commun et chaque type de leçons doubles là où elles par l'ensemble des manuscrits.
apparaissent : le nombre de témoins représentant chacune des ten-
dances opposées de la tradition manuscrite serait donc nécessairement La structure choisie pour l'édition des Livres IV et V du De Anima
limité si l'on ne voulait pas étouffer le texte lui-même sous le poids des tient compte, croyons-nous, de la nécessité d'établir, soudés l'un à
annotations critiques. l' autre, le texte critique de la partie commune et celui d 'un des types
de leçons doubles qui s'y trouve imbriqué, en l'occurrence, des leçons B.
Comment la structure de l'édition des Livres IV et V reflète-t-elle Elle n'introduit a priori aucune distinction entre texte commun et
ces tendances opposées? leçons doubles puisqu'aucune distinction préalable ne permet, dans les
Six manuscrits ont été retenus. Leur choix particulier sera justifié manuscrits, d'en délimiter les contours respectifs : les données résultant
plus loin (voir p . 100*) . Le manuscrit de base choisi parmi les manu- de la collation complète des six manuscrits sont introduites sur pied
scrits non contaminés de la liste B est le manuscrit de Rome, Bibl. d'égalité dans un apparat critique unique . Elle tient compte cependant
Casanatense 957 (nO 43) ; il est appuyé à l'apparat critique par un de la nécessité de faire apparaître les leçons A et rend possible, a
deuxième manuscrit non contaminé de la même liste, le manuscrit de posteriori, la distinction entre simples variantes dues à des accidents de
Bâle, Univ. Bibl. D . III . 7 (no 21) ; sur ces deux premiers manuscrits z transmission du texte et leçons doubles résultant des circonstances
s'appuient à la fois le texte critique de la partie commune et celui des - qui entourent l'élaboration même de la traduction latine . Le texte
leçons B . Deux autres appuis du texte dit « commun », précisément critique des leçons doubles constituées de phrases ou de membres de
pour faire apparaître qu'il est commun, ont été choisis parmi les phrase est garanti par le recours à l'ensemble des manuscrits.
manuscrits contaminés de groupes différents : un manuscrit contaminé
A, le manuscrit de Paris, Bibl . Nat. Lat. 6932 (nO 8), et un manuscrit
contaminé B, le manuscrit de Bruges, Sém . 99/112 (nO 24) . En face des III. Particularités de la tradition manuscrite des Livres IV et V
leçons B serties dans le texte commun, les principales leçons A peuvent
être identifiées comme telles grâce au manuscrit de Rome, Vat . Lat. 1 . Manuscrits incomplets.
4428 (no 12); ce manuscrit, qui se range parmi les manuscrits A non Plusieurs manuscrits présentent, pour le texte des Livres IV et V,
contaminés, a pour rôle d'introduire dans l'apparat, à côté des simples d'importantes lacunes ; presque toutes sont indiquées dans les descrip-

88* LE eDE ANIMA» D'AVICENNE LES MANUSCRITS 89*

tions de manuscrits déjà publiées par l'Avicenna latines . Nous regrou- chapitre 4, ainsi que le texte de l ' Appendix, pp . 187 à 207, 27 (propter
pons ici ces indications. firmam . . .) (17) .

Le manuscrit de Paris, Bibl . Nat. Lat. 8802 (no 9), on l'a vu, finit
brusquement vers la fin du Livre III ( 12 ) . C 'est le seul des cinquante 2 . Espaces blancs.
manuscrits où font défaut, en bloc, les Livres IV et V.
Dans le manuscrit de GSteborg, Stadsbibl . 8 (no 2) font défaut tout Le manuscrit de base, Rome, Bibl. Casanatense 957 (no 43), présente
le Livre IV et le chapitre 8 du Livre V. à trois reprises des espaces blancs : au Livre IV, p . 27, 73 et p . 63, 11;
Dans le manuscrit de Milan, Bibl . Ambr. H 43 inf. (no 5) presque au Livre V, p . 132, 14 . Il n' en présente pas dans les autres livres du
tout le premier chapitre du Livre IV manque par suite d ' une lacune De Anima . Dans les trois cas, des mots arabes non traduits manquent
englobant le dernier chapitre du Livre III et le début du Livre IV ; effectivement en latin . Parmi les six manuscrits retenus pour notre
cette lacune s ' étend jusqu ' à la page 10 de notre édition, ligne 36, revoca- édition, le ms. no 43 est le seul à maintenir l ' un de ces blancs, celui de la
bitur. p. 63, 11 ; un deuxième blanc, celui de la p. 27, 73, est commun au
Le manuscrit de Paris, Bibl . Univ . 584 (n o 10), finit au mot dixerunt, manuscrit no 43 et au manuscrit de Bâle, Bibl . Univ. D. III. 7 (no 21).
p. 155, 42 de notre édition ; il y manque donc la presque totalité du Un troisième blanc est commun à la fois aux deux manuscrits précé-
chapitre 7 et tout le chapitre 8 du Livre V (13) . dents (n os 43 et 21) et au manuscrit de Paris, Bibl . Nat. Lat. 6932
Le manuscrit de Worcester, Chapter Lib . Q 81 (no 18), se termine, (no 8), celui de la p . 132, 14.
comme le manuscrit no 2, après le chapitre 7 du Livre V ; le chapitre 8 Ces trois espaces blancs sont-ils conservés, supprimés ou artifi-
fait complètement défaut ; manque également une partie de l 'Appen- ciellement comblés dans les autres manuscrits?
dix (14). L' espace blanc de la p. 63, 11, que le manuscrit no 43 maintient,
Parmi les manuscrits de la liste B, le manuscrit de Paris, Bibl. seul parmi les six manuscrits de notre édition, n ' apparaît dans aucun
Nat. Lat. 6443 (no 50) ne comporte qu ' un texte abrégé (l à) ; deux autres manuscrit de la liste A . Le manuscrit n e 43 porte : « . . . speciem natu-
manuscrits, Paris, Bibl. Nat . Lat. 16133 (n e 40) et Venise, Bibl. S.M. ralem < > non est longe quia investiant . .. ». Les manuscrits
Lat. 1960 (no 49) présentent de nombreuses lacunes qui les assimilent, de la liste A rapprochent ces mots ; plusieurs d ' entre eux ( 18 ), selon le
de fait, à un texte abrégé ( 18 ). jeu des leçons doubles, ont dû reproduire un texte initial où, avec ou
sans espace blanc, s 'intercalait le mot tune ; on y lit donc, une fois
Dans le manuscrit de Cesena, Bibl. Malat . Plut . XXIII Dextr . 6
les mots rapprochés : « speciem naturalem tune non est longe . . . »;
(no 26) font défaut la fin du Livre IV, de la p . 48, 83 (habeat) de notre
d 'autres manuscrits de la même liste A, tous rangés aux Livres IV et V
édition à la fin de la p. 67, soit une partie du chapitre 3 et tout le
parmi les contaminés ( 19 ), ne présentent pas le mot tune et portent :
« speciem naturalem non est longe » . Parmi les manuscrits de la liste B,
(12) Cfr Avicenna latinu8 I, p . 315. Dans ce manuscrit, le texte fragmentaire du De deux seulement, en dehors du n o 43, à savoir les manuscrits d ' Erfurt,
Anima d' Avicenne est suivi d'une partie du De Anima de Gundissalinus (chapitres
9 et 10) copiée par une autre main . La collation du manuscrit de Paris, Bibl. Nat . Lat. Stadtbibl . Ampl. F. 335 (no 29) et de Paris, Bibl . Nat . Lat. 16603 (n o 41)
8802, pour les deux chapitres du De Anima de Gundissalinus, peut se lire dans l'apparat maintiennent l ' espace blanc ; tous les autres manuscrits (à l ' exception
de l'édition de J . T. MucyLE, Mediaeval Studies, volume II, 1940, pp . [71] à [103], sous de quatre manuscrits contaminés) rapprochent sans variante les mots
le sigle N. entourant l ' espace blanc speciem naturalem non est longe» ; quatre
(13) Cfr Avicenna latinus II, p . 221 . Dans le manuscrit de Todi, Bibl . Com. 90 (no 15),
exactement après le mot dixerunt par lequel finit ex abrupto le texte du manuscrit no 10,
le chapitre 7 du Livre V prend fin et est suivi immédiatement du chapitre 8 . Mais le
copiste avertit le lecteur que la fin du chapitre 7 a été transcrite ailleurs ; on la trouve
en effet à la fin du chapitre 3 du même Livre V. (17) Cfr Avicenna latines III, p . 228.
(14) Cfr Avicenna latinua V, p . 298. (18) Mss n- 1, 3, 4, 5, 7, 8, 10, 12, 15, 16, 17, 18 ; les mss nO8 2 et 9 n'entrent pas en
(15) Voir plus haut, p . 82*, note 7. compte (voir plus haut p . 88*).
(le) Cfr Avicenna latinu8 II, p. 225 et Avicenna latinua IV, p. 274 . " (19) Mss nOS 6, 11, 13, 14, 19.

90* LE e DE ANIMA n D'AVICENNE LES MANUSCRITS 91*

manuscrits contaminés (20) portent, comme les manuscrits de la liste A : complexité particulière, le voici . L'intellect ne peut concevoir cer-
« speciem naturalem tune non est longe . .. ». taines choses atteignant un degré élevé d ' abstraction ; cette incapacité
L' espace blanc de la page 27, 73, commun aux manuscrits n os 43 et est comparable à celle de l'oeil qui ne peut fixer le soleil : «l'incapacité
21, n'apparaît, lui non plus, dans aucun manuscrit de la liste A . Les de l'œil ne résulte pas d'un obstacle qui viendrait du soleil, ni du fait
mots qui dans notre édition entourent l'espace blanc : «speculo illo que le soleil ne brille pas, mais (sed) lorsque, au contraire (cum
< > peribit», sont simplement rapprochés . Parmi les manu- autem) notre âme est débarrassée de ce poids et de cet obstacle». . . (21) .
scrits de la liste B, outre les deux manuscrits n os 43 et 21, quatre autres Les mots s'intercalant en arabe entre sed et cum auteur se traduisent
manuscrits conservent l'espace blanc, Erfurt, Stadtbibl . Ampl . Q. 296 littéralement comme suit : « à cause de quelque chose qui se trouve
(no 29), Oxford, Bodl . Digby 217 (no 35), Paris, Bibl. Nat. Lat. 16603 dans la nature du corps auquel appartient l'œil ».
(no 41), Rome, Vat . Lat. 2089 (no 44) ; deux de ces manuscrits, les La disparité des matériaux fournis à cet endroit par l'ensemble des
nos 29 et 41, ont aussi conservé, comme le manuscrit n o 43, le premier manuscrits est évoquée dans le tableau suivant :
espace blanc . Tous les autres manuscrits rapprochent les mots : « speculo
illo peribit », et présentent ainsi le même texte que les manuscrits espace blanc : mas B, nos 21 et 43 ; ms . A, no S.
de la liste A. sed cum autem, rapprochement pur et
L ' espace blanc de la page 132, 14, est commun à trois des six manu- simple : mes A, nos 13 et 19;
scrits de notre édition : aux manuscrits nos 43 et 21 s'ajoute ici le ms. B, no 27 (première main).
manuscrit no 8. Les mots entourant l ' espace blanc sont singulièrement
sed ex infirmitate oculi cum autem :
inexpressifs : « sed < > cum autem » . Aucun espace blanc n ' appa- msa A, nos 1, 2, 4, 5, 10, 11, 12, 14, 15,
raît dans les manuscrits de la liste A, à l ' exception du manuscrit n o 8. 16, 17, 18;
Parmi les manuscrits de la liste B, trois manuscrits qui, comme le msa B, nos 22, 24, 26, 28, 32, 34, 37, 39,
manuscrit 43, conservent soit le premier, soit les deux premiers espaces 40, 42, 44, 50;
no 21 (deuxième main).
blancs, présentent aussi le troisième : il s'agit des manuscrits n os 29,
sed ex impedimento instrumenti cum
35, 41 ; dans sept autres (nos 20, 27, 31, 36, 45, 47, 49), l'espace blanc autem : mas B, nos 27 (deuxième main, en
a disparu. Toutefois, cette disparition rendait précaire le rapprochement marge) et 30;
pur et simple des mots sed cum autem, et les manuscrits qui conservent ms. A, no 6 (qui ajoute en note margi-
intacts ces mots dont la juxtaposition est dénuée de sens, font preuve, nale : vel ex infirmitate oculi).
pour ce cas précis, d'une rare fidélité. sed ex hoc quod est infirmus in pupilla
cum autem : mss B, nos 33 et 46.
Mais, on l'a dit, sauf dans le manuscrit n o 8, il n'y a pas d'espace
sed ex hoc quod Spiritus visibilis est in
blanc dans les manuscrits de la liste A ; il n'y en a pas non plus dans oculo impeditus et ad eius impedi-
une série de manuscrits B . Or plusieurs manuscrits A et B n 'ayant pas mentum sequitur virtutis visibilis ita
de blanc ne présentent pas non plus le simple rapprochement sed cum est in intellectu cum auteur : mas A, nos 3, 7 ; ms . B, no 25.
auteur où l'on sent encore une lacune, même si l ' espace blanc a disparu. sed sit dubium cum autem : ms. B, no 48.
Du coup, la question rebondit. S 'agit-il vraiment d ' un espace blanc
correspondant à des mots arabes non traduits? Ou, au contraire, 3
s'agit-il d ' un blanc laissé par un copiste qui ne pouvait déchiffrer
(21) De Anima, V, 5, p . 131, 13-17 : Hoc enim quod oculus non potest intueri solem
certains mots latins? Le contexte dont il s ' agit ne présente pas de
non habet ex aliquo quod sit in sole, nec hoc quod sol non appareat sed < >. Cum
autem aufertur de nostra anima ipsa aggravatio et impedimentum, tune intelligentia
( 20) Mss nos 25, 33, 34, 38 . Pour les livres IV et V, le manuscrit no 38 est très proche animae de his est melior quant habet anima . Les mots sed . . . cum autem sont évidemment,
du manuscrit de Rome, Vat . Lat. 4428 (no 12) ; le me. no 38 se range d'ailleurs plus haut, eux aussi, l' objet de variantes : auteur est écrit anima dans le ms . no 18 ; autem est omis
p . 84*, du côté des mu de la liste A. dans le ms. no 31 ; sed est omis dans le me . no 29.

92* LE e DE ANIMA u D'AVICENNE LES MANUSCRITS 93*

Comment juger les matériaux disparates ainsi rassemblés? Selon un accident caractéristique affectant un groupe de manuscrits B et par
le tableau ci-dessus, les mots ex infirmitate oculi, traduction globale ricochet un manuscrit contaminé A, et d ' autre part une glose affectant
des mots reliant, en arabe, sed . . . cum autem, appartiennent, du côté A, un groupe de manuscrits A ainsi que des manuscrits contaminés B ;
à plusieurs manuscrits non contaminés, et du côté B, à des manuscrits cette glose est la seule addition d'une certaine importance que la
qui se rangent tous parmi les contaminés ; d ' autre part, c ' est dans traduction latine présente par rapport au texte arabe.
plusieurs manuscrits B non contaminés, et dans deux manuscrits A
contaminés que l ' espace blanc est conservé, ou supprimé mais sans Une série de manuscrits de la liste B sont marqués, à des degrés
être comblé par d ' autres mots . Il en ressort que les mots ex infirmitate divers, par l ' accident suivant qui comporte deux phases complémen-
oculi pourraient être une leçon A ; la leçon B, elle, serait alors soit taires : une lacune commençant après les mots nudam aliquando,
des mots latins que n ' a pu déchiffrer un copiste, soit un espace blanc p. 129, 88, s ' étend, selon les manuscrits, jusqu ' à la p . 133, ligne 33 ou 35;
correspondant aux mots ex infirmitate oculi jugés inadéquats au texte le chapitre 5 du Livre V se trouve donc écourté d ' une cinquantaine
arabe à traduire, annulés et non remplacés . Dans les deux cas, accident de lignes ; mais le texte ainsi omis n ' a pas disparu dans tous les manu-
lié à la transmission du texte des manuscrits B ou trace de révision scrits présentant une lacune, p. 129, 88 ; il réapparaît, imbriqué dans la
de la traduction, c ' est l' espace blanc (et donc aussi le rapprochement trame du chapitre 6, entre les mots seconda aliud et primum verissime,
pur et simple des mots sed cum autem) qui, en raison de la valeur de la p . 135, ligne 54. Lacune et imbrication sont à leur tour l ' occasion
respective des témoins, est l ' élément caractéristique B s ' opposant à la d ' épiphénomènes qu 'il est vain de décrire longuement, mais qui
leçon A(22) . Les autres matériaux (tel «ex impedimento instrumenti ») révèlent l ' interdépendance de certains manuscrits. Le tableau suivant
sont clairement suggérés par le contexte pour combler artificiellement rend compte des diverses variations issues du même accident et indique
l ' espace blanc, ou tournent à la fantaisie, ou confirment l ' hésitation dans quels manuscrits elles apparaissent.
du copiste (cfr u sit dubium », n o 48).
Les données retenues dans notre édition (23), à propos du fatras de a. Lacune :
matériaux que l' on vient de passer en revue, se ramènent aux deux dans les mss B nos 23, 41, 45, 46, 47, et dans le ms . A no 13, lacune allant de
nudam aliquando (p . 129, 88) à illa in potentia (p. 133, 35);
options les meilleures et les seules dont il soit sérieusement possible dans les mss B nos 31 et 44, même lacune amorcée : les mots nudam aliquando
de tenir compte : soit l' espace blanc (trois manuscrits n os 43, 21, 8) ; sont suivis des mots et iller in potentia et du texte qui, après ces derniers mots,
soit les mots ex infirmitate oculi (trois manuscrits, n os 12, 22, 24). achève le chapitre 5 du Livre V ; puis toute cette fin de chapitre est annulée, et le
texte est repris normalement sans lacune à partir de nudam aliquando ;
dans le ms. B no 39, lacune commençant aux mêmes mots nudam aliquando, mais
3 . Accidents communs.
ne s'étendant que jusqu'à la p . 133, 33, si apprehendit intellectus.
Au contraire des espaces blancs qui, fidèlement conservés ou non
comblés artificiellement, recommandent certains manuscrits, des acci- b. Imbrication :
entre seconda aliud et primum verissime, p. 135, 54, se trouve imbriqué dans
dents communs marquent certains autres et incitent à s ' en défier. A
plusieurs manuscrits le texte omis par ces manuscrits p . 129, 88, après nudam ali-
titre d' exemple et sous forme de diptyque, on décrira brièvement ici quando ; une partie du chapitre 5 est inséré ainsi dans le chapitre 6 . Ces imbrications
ne sont toutefois pas identiques :
(22) Notons toutefois que les mots ex infirmitate oculi se lisent dans le De Anima dans le ms. B no 39 se trouve imbriqué, au chapitre 6, exactement le texte omis
de Gundissalinus exactement là où plusieurs manuscrits A les proposent, insérés entre au chapitre 5;
sed . . . cum autem, et dans le même contexte que celui du De Anima d'Avicenne (cfr dans le ms. B no 41 se trouve imbriqué, au chapitre 6, un texte équivalent à celui
édition Muckle, p. [911). Ceci signifie ou bien qu'un espace blanc commun à la tradition que le ms . no 39 omet au chapitre 5;
manuscrite du traité avicennien a été comblé très tôt par des mots empruntés au traité dans les mss nos 13, 45, 46, 47, se trouve imbriqué, au chapitre 6, le texte omis
de Gundissahnus qui cite largement les textes d'Avicenne, ou bien que les mots ex au chapitre 5, mais prolongé jusqu'à la fin de ce chapitre 5 (donc de nudam aliquando,
infirmitate oculi appartenaient au texte du traité avicennien tel que Gundissalinus le p. 129, 88 à malum absolute, p. 133, 38).
connaît et le cite dans son propre De Anima.
(28) Cfr apparat latin et apparat latino-arabe, p. 132, 14.

94* LE *DE ANIMA 4 D'AVICENNE LES MANUSCRITS 95*

c. Epiphénoménes scrit de Cambridge, Peterhouse 157 (n o 1) ; de première main, en marge,


dans les mas nos 45, 46, 47, qui insèrent dans le chapitre 6 toute la fin du cha- dans le manuscrit n o 17 qui vient d ' être cité ; incorporée dans le texte,
pitre 5 jusqu'à malum absolute, p . 133, 38, se trouve également reproduit, à la suite mais annulée par va-cat dans le manuscrit de Paris, Bibl . Maz . 629
de l'imbrication du chapitre 5 dans le chapitre 6, le début du chapitre 6 jusqu'à
secunda aliud, (donc pp . 134-135, 41-54) ; ce deuxième début de chapitre 6 est annulé (no 7) ; incorporée mais non annulée dans le texte des mss A nos 3, 4,
par vacat dans le ms . n o 45 ; il ne l'est pas dans les mas nos 46 et 47. 10, 11, 15, 18 et du ms. contaminé B no 34.
L'intérêt de cette glose est double . D'une part, le contenu en est
d. Lacune sans imbrication : tiré partiellement d'un autre texte du De Anima (24) : « dubitatio
dans le ma. no 23, le texte omis après nudam aliquando au chapitre 5, p. 129, 88, differt a sententia in hoc quod dubitatio est privatio comprehensionis
reste omis.
alterius contradictoriarum ; sententia vero est certa comprehensio
unius contradictoriarum » . Une partie du texte de la glose se recom-
L' accident commun atteint donc neuf manuscrits, nos 13, 23, 31,
mande donc d 'Avicenne lui-même . Mais l' autre motif qui suscite
39, 41, 44, 45, 46, 47 ; il va de la simple amorce du faux pas jusqu ' à
l' intérêt est que le texte de la glose apparaît dans le De Anima de
la mosaique d 'un chapitre 5 qui se termine deux fois et d 'un chapitre Gundissalinus, littéralement semblable, à un détail près mais qui
6 qui commence deux fois . De tels accidents attirent l' attention sur
éclaire peut-être son origine : en effet, telle qu ' elle se lit dans dix
la parenté existant entre certains manuscrits et n ' ont rien de parti-
manuscrits du De Anima d' Avicenne (25) la glose porte vers le milieu;
culier au De Anima ; mais ici, ils conjuguent leurs effets avec ceux des
« sed opinio est conceptio et cetera* . Or le De Anima de Gundissalinus
leçons doubles et il a fallu tenir compte simultanément des uns et des
permet de constater que la glose rapportée dans le De Anima d ' Avi-
autres dans le choix des six manuscrits retenus pour l ' édition. cenne se compose effectivement de deux parties, dont l'une se rapporte
à la distinction entre sententia et opinio (p . 79, 45), mais dont la deu-
Un accident commun d'une autre forme atteint quinze manuscrits :
xième se rapporte à la distinction entre putavit, concepit, consensit
les mss A n os 1, 3, 4, 7, 10, 11, 15, 17, 18 ; les mss B n os 22, 32, 33,
(p. 79, 48-49) . Les deux parties de la glose sont marquées par et cetera;
34, 39, 40 . Il s' agit d' une addition qui correspondrait à sept ou huit
entre ces deux parties, on suppose que le lecteur reprenne le texte du
lignes de notre édition ; cette glose n ' apparaît dans aucun des trente-
De Anima d' Avicenne et lise les lignes 45 à 49, p . 79 : «Opinio vero . ..
quatre autres manuscrits et n ' apparaît pas davantage dans le texte
consensit ». Or, dans le De Anima de Gundissalinus, ces lignes 45 à 49
arabe . Au chapitre 1 du Livre V, p . 79, 45, après la définition de
sont, non pas évoquées par et cetera, mais explicitement citées et
sententia (sententia autem est conceptio definita vel certissima),
insérées entre les deux parties de la glose . La glose figurant dans le
et immédiatement avant celle de opinio (opinio vero est . . .), neuf
De Anima d ' Avicenne ne serait, en ce cas, rien d ' autre qu ' une con-
manuscrits de la liste A et un manuscrit B contaminé ajoutent le
frontation des deux De Anima, le glossateur du De Anima d'Avicenne
texte suivant reproduit selon le manuscrit de Venise, Bibl. S. Marc
s' abstenant de citer in extenso les lignes que l 'on a sous les yeux à
2822 (no 17) : l'endroit où il note et cetera ; le De Anima de Gundissalinus au con-
« Cum enim intellectus non quiescit in eo quod apprehendit sed traire, puisque le lecteur est censé n ' avoir pas sous les yeux le De
adhuc haesitat ignorans quid potius tenere debeat, ille intellectus Anima d 'Avicenne, cite explicitement celui-ci et intègre ces lignes
vocabitur dubitatio sive opinio ; dubitatio enim est privatio dans son propre commentaire.
comprehensionis alterius contradictoriarum, sed opinio est con-
ceptio et cetera ; cum autem in eo quod comprehendit, consentit Peut-on aller plus loin, et se demander si ce glossateur du De Anima
et quiescit, quod quidem fit cum per inventionem medii termini d 'Avicenne ne serait pas Gundissalinus lui-même, commentant le texte
altera contradictoriarum certissima fit, tune vocatur sententia ; qu'il traduit et intégrant ensuite ses commentaires dans son propre
est enim sententia certa comprehensio alterius contradictoriarum.
(24) De Anima I, 4 (CaBanatemis 957 f. 5 rb ; Venise, £ 4 ra).
Cette glose est intégrée à des degrés divers dans le texte de dix (25) Sur les quinze manuscrits où apparaît une addition après la définition de sententia,
manuscrits : elle est ajoutée de seconde main, en marge, dans le manu- p . 79, 45, dix suivent de près le texte de la glose reproduit plus haut p . 94 ce sont les
mes A nos 1, 3, 4, 7, 10, 11, 15, 17, 18 et le ms . contaminé B no 34.

i~►t~^~ ..~1t~~.+ ~n~► i,>~.~~r


~~~r>~,r~' .:~o~{~~•s~~-
96 r
LE aDE ANIMA» D'AVICENNE
f` ~ >~rF1~u u T~T~
~411pNt~~#}~

De Anima? Rien n'empêche de le croire . Mais il faudrait alors con- ~~ ,~~~►i.~► ~ a+~.► le ";+t`$`."r . o nii+e :Mn .
sidérer les manuscrits porteurs de la glose comme les plus anciens M;4,~
ë ~rr~d ~~•~brG.a~
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* $ ne ânMer *" ~frF wa 4rwû .r~i.
témoins de la traduction latine du De Anima d'Avicenne et attribuer ; - .° ~.an►? ~' u~ ~~~~+f ~ . h*F ,ucwadi`àj . f +s~tw~ .t~a► ~F
l absence de la glose à l effet d un révision ou d une nouvelle con-
' ' ' '
a>S~ fpilns .#ka+~i i~ .qd~~',~eF
frontation entre le texte latin et le texte arabe . En tout cas, telle
;~~~»~+~•â ~. ~ ïw 3q0m

qu elle se présente dans le De Anima d Avicenne, formant un tout,


' '

articulée en son milieu par et cetera, la glose nous paraît résumer un ~ ~~Gr~iC~an Tw~,~
texte plus explicite, et donc se référer au seul texte explicite qui â ni aaÂoaoitey►n, arF, ~ eî 0 .%;ee,
puisse lui être comparé, à savoir celui du De Anima de Gundissalinus, »~~rt ~i~~ ~bn•~t~~~ +!~ ~ t"%w4w. nu=mr ""$me *i, rO &-
plutôt que d être elle-même la source du passage parallèle dans le
'
~ s~rl:{~ÇtawMM~ ~t,li ta#Titi~~ ~P~
traité de Gundissalinus.
La présence des mots et cetera, divisant la glose en deux parties,
a eu pour résultat que celle-ci s est transmise sous une forme abrégée
'
:4c~-n- %[.M ur. vmd-r eh£ . G: ia oàfi+a s ' Aae 1' ami .urAe &*1mi e f%
pme z~m

dans cinq manuscrits contaminés B, n 22, 32, 33, 39, 40 ; le copiste


os
-fiUrlaw9enM%aâU*dwef~>
du manuscrit n 22, qui est le meilleur témoin de ce groupe de manu-
e nôaar°s~tt~ . .~ F-j.
scrits et a été retenu pour notre édition, distingue nettement le texte ~~ n.~ Rw.ai .Ttdaw.z~••c~~n~ad+!►
de la glose de l ensemble du manuscrit qu il copie et l introduit par
' ' '
aA,•i ~~~~~~~~'~~
«in alio ».
~~rn~ .~► s~nû.p~ idl i~ ~û . f ~r
~ a~Glt • ~F,~a~~ ~ ~ r .J~é Z~r
4. Dessin géométrique.
Au Livre IV, chapitre 3, p . 46, environ à la hauteur de la ligne ~
58 et des mots hoc modo, plusieurs manuscrits reproduisent un dessin 4
C~int•,au aui%
de la «figure ailée» (alata figura, p. 46, 58) dont traite le texte avi- a'+~ taane~an~.iwar~
cennien. Plusieurs des manuscrits arabes proposent ici un dessin ; les
deux éditions du texte arabe le reproduisent, l édition Rahman sans '

indiquer de source manuscrite, l édition Bakos en se référant à trois e


'
~ .~ t*aâ ~r.
manuscrits.
%tsae n »*.>Re eîaii
Les mots latins hoc modo n ont de sens que s ils renvoient le lec-
' '
url: r+irn .l~r ms~t~ }~os .a~~rr ,~,~~r~~~•~~~~,~~~
teur à un dessin illustrant la démonstration en cours ; ils sont attestés
par tous les manuscrits, à deux exceptions près (les mss n 33 et 37), os
eakf ~ar+a~r q~ P,I~iii +â+' ~~ ~rugf.,wr ~
et réduits au seul mot modo dans le ms, n 29 ; ils relèvent donc bien
e ~ aa "spmu~ ~►c~~ air~+~ tsw?+E . a+~~li~ 0~~~ .a>~~~,

du texte commun. Ils semblent pourtant être une addition de la


traduction latine et ne se trouvent pas dans les manuscrits arabes ~► F~~rt.~ .~~~ .i~•~
collationnés par les deux éditions, bien que plusieurs de ceux-ci,
on l a dit, comportent le dessin ; mais le dessin ne requiert pas néces-
e evw.
A.,,,n4fwraz M rurâ~~
";F

~ a.~i i,ra,.~► n~ it it ~ ' 4


'
. -de. d► ~+~iP. .~>~.~PMU gg vak#
sairement un rappel explicite dans le texte, tandis que l inverse n est ' '
,u rs7 ~iF~wt :+Gt w~ JGd+,riwR
pas vrai ; les mots hoc modo sans dessin n ont pas de sens . Le dessin,
' ~ yrin .a~âf .aur~`~ ► Tap ~~!•
lui, n'apparaît que dans une vingtaine de manuscrits ( as ). ~ ,pC1+â~r r+s~ fat &%M , aii~ at+w~r •~,,,,, ;
~ ~& ; .nr~ra~nw~ï ;~+~►
( 26 ) Ont le dessin, les mas A n0s 7, S, 11,12,17,19 ; les mes B nos 20, 21, 22, 23, 25,
4eon -e~ MW * ffl4mmr.#->.
~~~~~~~~•~~#

LES MANUSCRITS 97*

La fidélité aux lettres arabes par lesquelles sont désignés les dif-
férents angles de la «figure ailée» est remarquable, si l ' on songe aux
avatars que même des mots expressifs subissent sous l ' effet des copies
successives. Dans le dessin que reproduisent les éditions arabes,
les deux petits carrés formant les «ailes» de la figure géométrique,
sont désignés en effet par les lettres bd' (ā' hā ' y ā ' correspondant à
b t h i, et pâr les lettres alif h ā ' rd' wāw correspondant à a (h)e r u.
Le premier des deux carrés se trouve à gauche dans la figure repro-
duite par les éditions arabes, le second à droite . Les manuscrits latins
reproduisant le dessin ont tous, — comme il se doit d ' après les graphies
inverses du latin et de l ' arabe, — interverti la place des deux petits
carrés : a e r u qui se trouve à droite en arabe, se trouve à gauche
dans le dessin des manuscrits latins ; b t h i, qui se trouve à gauche
en arabe, se trouve à droite dans les manuscrits latins . Certains copistes
sont conscients de l 'inversion ; ainsi, le ms . no 11 porte dans chacun
des petits carrés l 'indication sinistra et dextra, en ordre inverse de
l ' appellation employée : sinistra se trouve dans le petit carré de droite,
dextra dans le petit carré de gauche . Les seules divergences dans le
choix des lettres désignant les deux «ailes» de la figure concernent
la lettre r, remplacée dans plusieurs manuscrits soit par z, soit par x,
soit par t ; les autres lettres sont pour la plupart fidèlement repro-
duites (sauf dans les deux mss, n os 30 et 36, qui omettent les lettres
de certains angles, et dans deux autres, n os 45 et 47, qui, et ce sont les
seuls à introduire une faute à ces angles-là, écrivent b c h a pour b t h i).
Enfin les angles formant la base du grand carré sont, à une exception
près (le ms . ne 36 qui omet ces lettres), désignés partout par les lettres
c d ; c à gauche et d à droite, correspondant aux lettres arabes jim
et dal.
Il faut conclure de ceci que la figure géométrique commentée à la
page 46 a dû se trouver dans le ou les manuscrits arabes servant aux
traducteurs latins : les lettres désignant les différents angles de la
figure et fidèlement maintenues dans la trame du commentaire ne

27, 29, 30, 31, 33, 36, 40, 41, 43, 44, 45, 46, 47, 48 . Rappelons que les mss nos 2 et 9 où
le livre IV fait défaut, n'entrent pas en compte ; il en va de même des mss nos 49 et 50
où manque tout le texte commentant le dessin.
Le dessin se trouve soit dans le texte courant, soit en marge ; dans ce dernier cas, il a
pu être omis par plusieurs manuscrits parce qu'il devait être exécuté après coup, comme
manquent certaines lettrines et certains titres de chapitres ; il faut donc s'abstenir de
considérer que la présence du dessin caractérise un des groupes de manuscrits plutôt
que l'autre .

98* LE •DE ANIMA» D'AVICENNE LES MANUSCRITS 99*

peuvent correspondre par hasard aux lettres désignant les deux petits cordialibus insérés dans la traduction du De Anima d'Avicenne sont
carrés dans les dessins des manuscrits arabes repris par les éditions en tout cas la traduction partielle la plus ancienne que l'on connaisse
Rahman et Bakos. C'est donc la présence et non l'absence du dessin de ce traité ; bien qu'elle soit fragmentaire, elle est antérieure de plus
qui marque la fidélité la plus grande à l'original arabe traduit. d'un siècle à celle d'Arnaud de Villeneuve . Sauf indication contraire
fournie par la critique interne, — telles, par exemple, des différences
5. L'Appendix. notoires entre les procédés de traduction apparaissant dans ces cha-
Tous les manuscrits latins du De Anima annexent, à la fin du Livre pitres et dans le reste du De Anima, — il faut attribuer aux traduc-
IV, après le chapitre sur les facultés motrices, quelques chapitres d 'un teurs du De Anima la traduction arabo-latine de ce « corps étranger»
traité de médecine d'Avicenne, Al-adwiya al-galbiyya, connu sous le que la tradition manuscrite unanime y a intégré . On se demande
titre soit de De Viribus tordis, soit de De Medicinis cordialibus — dès lors s'il est vraisemblable que Gérard de Crémone ait traduit
ce dernier traduisant littéralement le titre arabe. Le petit traité de son côté le De Medicinis cordialibus : deux traductions auraient
d'Avicenne compte parmi ses couvres médicales les plus célèbres en alors été élaborées approximativement à la même époque et toutes
Occident, aux côtés du Canon et du Poème de la Médecine ou Cantica. deux à Tolède, l'une portant sur quelques chapitres, l 'autre, sur
Traduit en latin par Arnaud de Villeneuve à Barcelone en 1306 ( 27), il l'ensemble du même traité.
fut englobé dans la révision que, à la Renaissance, André Alpago fit En tout cas, plusieurs manuscrits arabes insèrent ces chapitres
de la traduction des trois traités. là où les situe la tradition manuscrite latine . Celle-ci doit donc avoir eu
Y eut-il, avant la traduction latine d'Arnaud de Villeneuve, une comme modèle un ou des manuscrits arabes comportant l 'insertion.
traduction du De Medicinis cordialibus faite à Tolède par Gérard Le texte arabe n'en a pourtant pas été repris par les éditions critiques
de Crémone? Les éditeurs du Poème de la Médecine l' affirment en se du De Anima de F . Rahman et J . Bakos . Il nous a semblé au con-
référant, entre autres, au titre de l 'édition de Bâle 1556 où se trouve traire que les chapitres du De Medicinis cordialibus devaient être
publiée la révision d'André Alpago (28) . Les chapitres du De Medicinis édités en même temps que le De Anima et d'après les mêmes manu-
scrits, puisque les mêmes copistes transcrivent le De Anima, Livre IV,
(27) Cfr Avicenna latinus I, p . 287 . La traduction d'Arnaud de Villeneuve semble indé- chapitre 4, puis l 'extrait du De Medicinis cordialibus, et à la suite de
pendante de celle de l ' extrait du De Medicinis cordialibus insérée dans le De Anima; celui-ci, le début du Livre V du De Anima . Entre l 'extirpation pure et
on peut s'en rendre compte à la lecture des mes latins contenant la traduction d 'Arnaud; simple du « corps étranger» pratiquée par les deux éditions critiques
voir, notamment, le ms. latin no 15362 de la Bibliothèque Nationale de Paris, folios 191 r
du texte arabe, et l'insertion des chapitres du traité de médecine
à 200 v . Par contre, la traduction d 'Arnaud semble bien avoir fourni à André Alpage la
base de sa propre traduction.
venant couper le texte du De Anima, comme le font les manuscrits
(28) H. JAHIER et A . NOUREDDINE, Avicenne. Le Poème de la Médecine, Paris, 1956, latins, nous avons choisi de l'éditer en annexe (voir Appendix, p. 187).
p . 101 . Le titre de l'édition de Bâle, 1556, mentionne explicitement le nom de Gérard Les problèmes que ce texte suscite quant à sa traduction et à la
de Crémone comme premier traducteur, non seulement du Canon de médecine, mais constitution d'un apparat comparatif latino-arabe sont traités plus
aussi du De Medicinis cordialibus et du Poème : a Avicennae medicorum Arabum prin- loin, p . 116 * . Il importe de signaler ici, puisqu'il est question des manu-
cipis, Liber Canonis, De Medicinis Cordialibus et Cantica, iam olim a Gerardo Carmonensi
ex Arabico Sermone in Latinum conversa, postea vero ab Andrea Alpage Bellunensi,
scrits latins, que, sauf pour un cas (voir p . 188, 13-14), on ne peut ob-
philosophe et medico egregio, infinitis pene correctionibus ad veterum exemplarium server, dans le texte de l ' Appendix, aucune trace certaine de révision de
Arabicorum fidem in margine factis . . . decorata ». Or il n'y a, on le sait, aucune mention la traduction latine comme on peut le faire dans le De Anima . La
du petit traité De Medicinis cordialibus parmi les traductions arabo-latines de Gérard question des leçons doubles ne concerne donc pas l ' Appendix en sa
de Crémone dans les listes qu'on en connaît : voir B . BONcompAGNI, Della Vita et delle
majeure partie . Il n 'y avait pas lieu cependant, en raison de la brièveté
Opere di Geraardo Cremonese, dans Atti dell'Aeademia dei Lincei IV, Rome, 1851 ; M.
STEarscaNEmER, Die Europdische Überaetzungen aue dem Arabiachen bis Mitte des
de l' extrait du De Medicinis cordialibus et de son insertion tradition-
17. Jahrhunderta, dans Sitzungaber . der kaia. Akademie der Wissenschaften, t . 149, 4, nelle dans le texte du De Anima, de poser autrement à son sujet le
1904, p . 21, no 46. Le fait que Gérard de Crémone ait traduit le Canon suffirait à expliquer problème du choix des manuscrits .
qu'on lui ait attribué aussi la traduction d'autres oeuvres médicales d 'Avicenne. -

100* LE e DE ANIMA» D'AVICENNE LES MANUSCRITS 101 *


~

entraient en concurrence avec les manuscrits n os 43 et 21 que nous


IV. Les six manuscrits choisis. avons retenus : les manuscrits de Dubrovnik, Dom . 20 (no 27), d 'Erfurt,
Stadtbibl . Ampl. F. 335 (no 29), de l'Escorial, F II 6 (n o 30), d'Oxford,
Le choix du manuscrit de base, on l'a vu, a été limité aux manu- Bodl . Digby 217 (no 35). En effet, aux manuscrits non contaminés l 'ap-
scrits proposant des leçons B, et celles-ci à leur tour devaient être parat critique associe des manuscrits contaminés : pour que les premiers
établies d ' après un manuscrit non contaminé qui puisse garantir à la soient choisis indépendamment des seconds, on a écarté d ' emblée
fois le texte commun et le texte B des leçons doubles : leçons doubles les manuscrits non contaminés n os 31, 45, 46, 47, atteints à des degrés
et texte commun sont inextricablement soudés . D ' autre part, il a fallu divers par le même accident que plusieurs manuscrits contaminés
renoncer au projet de constituer deux apparats autonomes pour les (voir plus haut p. 93*). Parmi les six manuscrits non contaminés res-
manuscrits A et B ; il fallait n' en constituer qu ' un seul et donc limiter tants (nos 21, 27, 29, 30, 35, 43) ont été éliminés les manuscrits nos 30,
le nombre des témoins représentant les diverses tendances de la tra- puis 35, accusant successivement le plus grand nombre de fautes
dition manuscrite. évidentes et d ' omissions portant atteinte au sens d' une phrase ( 29 ).
Des deux manuscrits, Rome, Bibl . Casanatense 957 (n o 43) et Dubrovnik,
Le texte des Livres I-II-III sera établi d ' après sept manuscrits : les
Dom. 20 (no 27), que la facture et l ' écriture semblent rattacher au
six manuscrits utilisés pour les Livres IV et V et, de plus, le manuscrit
même scriptorium, on a choisi le plus ancien, le manuscrit no 43,
de Paris, Bibl. Nat. Lat. 8802 (n o 9), dans lequel ces deux livres font dé-
qui date de la première moitié du XIII e siècle ( 20) . Enfin, des deux
faut. L ' édition des cinq livres sera donc homogène, avec cette différence
que, aux Livres I-II-III, les manuscrits de la liste A seront représentés
par ce manuscrit n e 9 : celui-ci en est l ' un des représentants les meilleurs
(29) La collation des manuscrits nos 30, 29 et 35, pour un texte d'environ cent soixante
et les plus anciens . Pour les mêmes Livres I-II-III, le manuscrit qui
lignes de notre édition (p. 113, 46, à p .124, 95), permet d'observer une quinzaine de fautes
a été retenu aux Livres IV et V comme témoin des leçons A, c ' est-à-dire évidentes et d'omissions portant atteinte au sens dans les manuscrits nos 30 et 29,
Ï le manuscrit de Rome, Vatican Lat . 4428 (n o 12), sera associé au une dizaine dans le manuscrit no 35 ; pour le même passage, on ne relève aucune faute
4 manuscrit de Paris, Bibl. Nat . Lat. 8802 (no 9), de façon à confronter ni omission dans le manuscrit no 43, choisi comme manuscrit de base.
tout au long des trois premiers livres la valeur respective de ces deux Ms, ne 30:
P . 114, 47, destruitur] destraitur ; 55, destructo] destracto ; 60, eius . . . compositions]
manuscrits A, tant pour les leçons A que pour le texte commun . On ne
om. ; 72, formatum] formarum ; 85, animas] om . ; 93, comitatur] communicatur ; 93-94,
~j ll ll justifiera donc pas davantage ici le recours au manuscrit n o 12 sinon causis separatis] actions separantis ; 97, illis] ignis ; p. 118, 3, fuerit] format ; 21,
en rappelant qu ' il n' est pas atteint par la glose décrite p . 94* : le rôle posterioris] prioris ; 39, effectus] affectus ; 43, et] ex ; 52, permanendi 1] destruendi ; 91, et
de ce manuscrit se limite à faire affleurer les leçons A, quel que soit, par forma] om. ; 93, didicisti] didici.
ailleurs, le nombre élevé de ses omissions et de ses fautes évidentes. Ms. ne 29.
P. 114, 55, destructo] destructio ; 62, ut corpus] om . ; 66, corporales] om . ; 72, rationalis]
materialis ; 82, creent] essent ; 93, creari] crearis ; p . 118, 10, causalitatis] om . ; 51,
Quelles ont été les raisons du choix des cinq autres manuscrits, potentiae] potentitiae ; 60, habenti] habent ; 66, dicentes] dicentens ; 85, ex qua] ex equa;
qui serviront de base à l ' édition des Livres IV et V comme à celle des 85, destrui] destruit ; 92, ex] om. ; 95, nutu] tutu.
Livres I-II-III? Ms. no 35:
P. 114, 49, posterius . . . eo 2] om. ; 78, essentiali] essentia ; 96, praeponderat] praepen-
Le manuscrit de Rome, Bibl . Casanatense 957 (no 43) et son appui
derat ; p. 118, 6, esse] om. ; 8, nisi] om ; 22, positio] posito ; 31, pendendi] ponendi ;
principal, le manuscrit de Bâle, Univ. Bibl. D . III 7 (no 21), ont été
$2, pendendi] ponendi ; 53-55, sine dubio . ., illius] om. hom . ; 77, corruptibilium] corrup-
choisis parmi ceux des manuscrits de la liste B dans lesquels n'a été tilium.
relevée aucune trace de contamination entre leçons A et leçons B, (80) Cfr Avicenna kdinus III, p. 247 ; dans les milieux de la Bibliothèque Casanatense,
ni aucune irrégularité dans les options successives en faveur des leçons $ Rome, on est même porté à préciser encore davantage cette date et à proposer le début
B, et ce, au cours des cinq livres. du XIIIe siècle ; on attache aussi une importance extrême à deux folios écrits en
eelni-onciales et bien antérieurs au XIIIe siècle que contient le Cmanatenaia 957 ; efr
Les conditions du choix ainsi posées, quatre manuscrits seulement
Aviœuna latinua III, p. 248 : i Ad custod. codicis sex ff. invenies, quorum. . . duo autem

102* LE e DE ANIMA» D'AVICENNE LES MANUSCRITS 103 *

manuscrits retenus pour l ' édition, les nos 43 et 21, le manuscrit no 43 pas plus d' omissions que le manuscrit n o 21 ; soigneusement corrigé,
a été préféré au manuscrit n o 21 comme manuscrit de base : en effet, soit par le copiste lui-même, soit par d 'autres mains mais à une époque
à travers les cinq livres, le manuscrit de Rome, Casanatense 957 environ contemporaine de la première main, il présente moins de
(no 43) l' emporte sur le manuscrit de Bâle, Univ . Bibl. D.III.7 (no 21) fautes évidentes que les manuscrits nos 21 et 8. Nous l'avons choisi
qui date du milieu du XIII e siècle environ (31), par un plus petit nombre parce qu ' il représente le mieux un groupe de cinq manuscrits . Con-
d ' omissions et de fautes évidentes. trairement aux manuscrits contaminés de la liste A, l'ensemble des
Après le choix du manuscrit de base et de son premier appui, les manuscrits contaminés B se désagrège, en effet, en une série de témoins
trois autres manuscrits ont été, eux aussi, choisis parmi leurs « pairs », qui représentent chacun des modes particuliers de contamination.
c'est-à-dire à l'intérieur d'un groupe de manuscrits de même tendance. Autour du manuscrit de Bruges, Sém . 99/112 (n o 24), par contre,
D ' après la structure adoptée pour l ' édition et justifiée plus haut p . 86*, se situent quatre autres manuscrits présentant à plusieurs reprises
deux manuscrits contaminés A et B ont été introduits à l ' apparat les mêmes formes de contamination (35) ; outre ses qualités textuelles
critique : en raison de leur contamination même et du sens opposé de en ce qui concerne le texte commun, le manuscrit n o 24 maintient
celle-ci, ces deux manuscrits seraient pour le texte commun des témoins dissociées les leçons doubles, lorsqu'il les connaît et les transcrit
indépendants des deux premiers manuscrits et indépendants entre eux. toutes deux, et les rend par là d ' autant mieux apparentes (36 ).
Le manuscrit contaminé A, Paris, Bibl . Nat . Lat. 6932 (no 8) a été Un cinquième manuscrit, Bruges, Stadsbibl. 510 (no 22), datant de la
préféré d ' abord aux manuscrits contaminés A nos 3, 7, 11, dont l ' inter- seconde moitié du XIII e siècle (3 7), permet d ' améliorer sur plus d 'un
dépendance se manifeste, entre autres, par la présence commune point le texte commun ( 36) . Il propose plus de leçons A que le manu-
de la glose décrite plus haut p . 94* ( 32) . Il a été préféré aussi aux manu- scrit de Bruges, Sém. 99112 ; lui aussi a été choisi parce qu ' il représente
scrits nos 6, 13, 14, 19, qui se classent du côté B pour la plupart des cas plusieurs autres manuscrits B contaminés ( 39) . Par le choix des deux
de leçons doubles examinés aux Livres IV et V ; choisir l'un de ces derniers manuscrits, n os 24 et 22, les deux seuls groupes consistants
manuscrits rendait illusoire, pour ces livres, le recours à un témoin de manuscrits contaminés B sont représentés à l ' apparat : les manu-
devant représenter précisément la liste A . Le manuscrit no 8 est,
pour le texte commun, un appui précieux (33) : datant du milieu du
(35) Il s'agit des nos 26, 28, 36, 42 : cfr S . VAN RIFT, La traduction latine du e De Anima»
XIIIe siècle environ, il ne présente guère d ' omissions et le nombre de ses d' Avicenne, p . 589.
fautes évidentes est inférieur à celles du deuxième manuscrit choisi (36) Ainsi, au livre I, deux leçons s'opposent pour la traduction arabo-latine de la
pour notre édition, le no 21. définition de l'âme rappelant la définition aristotélicienne : e anima. . . est perfectio
Le manuscrit contaminé B, Bruges, Sém. 99112 (no 24), quatrième prima corporis naturalis instrumentalis habentis potentia vitam» (leçon A), et e anima . ..
habentis opera vitae» (leçon B) ; efr Ca8anaten8i8 957 L 3 rb, et Venise, f. 2 ra. Le manu-
appui du texte commun, date de la fin du XIII e siècle (34 ) . Il n ' a scrit no 24 connaît les deux leçons et les maintient dissociées : la leçon A est intégrée
dans le texte, la leçon B est écrite, de la même main, au dessus de la ligne . Ces deux
leçons sont au contraire incorporées toutes deux au texte courant dans les ruse n os 26,
fragmenta sunt cuiusdam antiqui codicis membran . in Italia centrali saec . XI exarati . . . ». 28 et 42 : e corporis . . . instrumentalis opera vitae habentis potentia vitam * (nos 26 et 42) ;
— Le manuscrit de Dubrovnik, Dom. 20 (no 27) date de la seconde moitié du XIIIe siècle; e corporis . . . instrumentalis habentis opera vitae potentia vitam * (no 28) ; le manuscrit
cfr Avicenna latinus VI, p . 326. contaminé B no 36 ne retient plus, ici, que la leçon A : t . . .corporis . . . habentis potentia
(31) Cfr Avicenna latinus VI, p . 323. vitam ».
(32) Les manuscrits de Bues, Hospitalbibl. 205 (no 3) et de Paris, Bibl. Maz. 629 (no 7) ÿ (37) Cfr Avicenna latinus V, p . 260.
manifestent d'ailleurs leur parenté par le texte qu'ils proposent tous deux entre les (36) Voir, notamment, les leçons materiam (p . 132, 23), somnio (p. 12, 53), tristitia (p. 198,
mots sed < > cum autem, p. 132, 14 (voir plus haut, p. 91 *) ; d'autre part, dans ces 82) appuyées sur le seul manuscrit de Bruges, Stadsbibl . 510 (n o 22), en opposition avec
deux manuscrits, à la suite du De Anima d'Avicenne est transcrit le petit Traité des cinq la leçon des cinq autres manuscrits.
puissances de l'âme, édité par M .-Th . d'Alverny en annexe des textes inédite d'Alain (39) Les mes n« 32, 33, 39, 40, dont la parenté avec le ms. no 22 apparaît, par exemple,
de Lille : cfr Alain de Lille, Paris, 1965, pp. 181-183 et 313-317. par la présence soue forme abrégée de la glose décrite plus haut, p . 94* ; le me . no 40
(33) Cfr Avicenna latinus 1, p. 314 : e . . .iste codex maximi momenti cet r. doit être éliminé pour ses nombreuses lacunes ; d'autres accidents commune observée
(84) Cfr Avicenna latinui V, p . 263 . au livre I permettent de rattacher à ces quatre mes, le me . no 37 .

104 * LE e DE ANIMA» D'AVICENNE LES MANUSCRITS 105 *

scrits contaminés B non représentés sont les manuscrits n os 25 et 34 n o 2, qui ne comporte ni le Livre IV, ni le chapitre 8 du Livre V, ni l'Appendix;
nos 1 et 17, qui entremêlent leçons A et leçons B par des corrections et par des notes
impliqués isolément dans des accidents communs qui les rattachent
marginales et comportent la glose commune aux mss nos 3, 7, 11 et nos 4, 10,
à des manuscrits A ( 40), le manuscrit (i transfuge» n o 38 qui suit entière- 15, 18;
ment le texte des leçons A aux Livres IV et V (41), les manuscrits nos 5 et 16, qui présentent de nombreuses variantes communes les rapprochant des
nos 23, 41, 44 que des accidents communs rattachent à des manuscrits mss nos 1 et 17;
B non contaminés (42), enfin les manuscrits nos 20 et 48 qui présentent nos 6, 13, 14, 19, contaminés, qui présentent, aux Livres IV et V, une majorité de
leçons B.
des formules particulièrement incohérentes (43).
Le choix des six manuscrits retenus pour l 'édition des Livres IV et V
correspond, schématiquement, aux données consignées dans le tableau Les sigles suivants désignent à l 'apparat critique, les six manuscrits
ci-dessous : choisis :
C, manuscrit no 43 de la liste B, Rome, Bibl . Casanatense 957;
Ont été retenus les mss B : I, manuscrit no 21 de la liste B, Bâle, Univ . Bibl. D 1117;
n os 43 et 21, non contaminés, préférés aux n os 27, 29, 30, 35; S, manuscrit no 24 de la liste B, Bruges, Bibl. Sém. 99/112;
n o 24, contaminé, préféré aux n os 26, 28, 36, 42;
n o 22, contaminé, préféré aux nos 32, 33, 37, 39, 40.
T, manuscrit no 22 de la liste B, Bruges, Stadsbibl . 510;
P, manuscrit no 8 de la liste A, Paris, Bibl . Nat. Lat. 6932;
Ont été éliminés les mss B : V, manuscrit no 12 de la liste A, Rome, Bibl . Vat . Lat. 4428.
no 50, qui contient un texte abrégé ;
nos 40 et 49, qui présentent de nombreuses lacunes;
nos 23, 31, 39, 41, 44, 45, 46, 47, atteints, entre autres, par l'accident commun 1 . Étude du manuscrit de base.
décrit p . 93*; Le manuscrit de base, Rome, Bibl. Casanatense 957 (no 43) sigle C,
no 38, qui suit, pour les Livres IV et V, des manuscrits de la liste A;
nos 20 et 48, contaminés, qui présentent des formules incohérentes ;
s'oppose aux cinq autres manuscrits en certains points qui sont, soit
nos 25 et 34, contaminés, atteints isolément par des accidents communs affectant des déficiences, soit des qualités : son témoignage a été rejeté dans le
des manuscrits A. premier cas, préféré, bien qu 'il soit seul, dans le second cas.
Les déficiences du manuscrit de base ont été inventoriées avec
Ont été retenus les mss A : rigueur, celles des cinq autres manuscrits, au contraire, en leur accor-
no 8, contaminé, préféré aux nos 3, 7, 11
no 12, non contaminé, préféré aux n os 4, 10, 15, 18.
dant le maximum de crédit, de façon à n 'introduire aucune pétition
de principe dans le jugement à porter sur la valeur du manuscrit
Ont été éliminés les mss A - de base . Les déficiences de C sont consignées dans le tableau suivant :
no 9, qui ne comporte pas les Livres IV et V ;
Trois omissions de plus de deux mots, dont deux par homoioteleuton :
(40) Le ms . n o '22 5 est le seul manuscrit B qui propose le même texte que les mss n os 3 p . 23, 9-10 : si autem fuerit in vigilante non erit opus recordari] om . hom. C
et 7 entre sed et cum auteur : voir plus haut, p . 91 *, l'étude de l'espace blanc laissé par le p . 195, 35-37 .- quam operatio causarum utilium futurarum similiter operatio eius
manuscrit de base dans le texte du livre V, p . 132, 14 ; le ms. no 34 est le seul manuscrit ex causis utilibus ad delectandum est efficacior] om . hom. C
qui insère sous sa forme longue, comme neuf manuscrits A, la glose décrite plus haut p . 25, 28 : aliud autem illusio est] om. C
p . 94*.
(41) Ainsi, le ms. no 38, voir plus haut p . 90 *, note 20. Une omission de deux mots :
(42) Le ms. no 39 qui a d'autre part des affinités avec le ms . ne 22 (voir note 39) est, p . 90, 15 : habeant eam] om . C
par ce biais, le seul des neuf manuscrits atteints par l'accident commun décrit p. 93
qui soit indirectement représenté à l'apparat critique. Cinq omissions d'un mot :
(43) Pour le ms. no 48, voir plus haut, p. 92 * et p. 80*, note 6 ; à propos des deux brèves p. 12, 63 : formam] om . C
leçons A et B citées dans la même note 6, le ms . d'Angers, Bibl. Munie . 435 (450), no 20, p. 34, 91 : actions] om . C
propose le texte suivant : a (via) est liberior vel venerabilior et nobilior et noctior et p. 51, 30 : hoc] om . C
notior » . p. 53, 56 : ipsarum] om. C

106* LE eDE ANIMA» D'AVICENNE LES MANUSCRITS 107 *

p. 87, 72 : ut] om. C Le témoignage de C, s 'opposant à celui des cinq autres manuscrits,
De ces cinq omissions deux seulement nuisent au sens de la phrase : formam, a été maintenu aussi, soit parce qu'il s'agit d'une différence de temps
unique omission évidente dans le texte courant, et actions ; ce dernier mot est omis
ou de mode dans la conjugaison d 'un verbe et qu'en arabe le mot
dans un titre.
n'est pas vocalisé ; soit parce qu'il s'agit de deux traductions égale-
Deux additions d'un mot : ment acceptables d 'un même mot arabe et qu 'elles sont, en latin,
p. 66, 50 : ita ut] et ita ut C paléographiquement proches ; soit parce qu'il s 'agit d 'une traduction
p. 122, 80 : sed] sed est C latine aussi inadéquate dans C que dans les autres manuscrits ; soit
parce qu'il s'agit d 'un élément rédactionnel latin sans équivalent
Cinq fautes évidentes :
p. 112, 35 : quae est eius proprid, entraînant la lecture : quae est eius propriam; précis arabe . C'est le cas, notamment, pour les leçons suivantes de C :
p. 159, 8 : inensatum, pour est sensatum;
p. 179, 24 : a cor, pour ad cor; p . 14, 87 : praetermittet C] praetermittit I S T P V
p. 198, 86 terrores futurores; p . 191, 64 : subiicitur C] subiiciatur 1 S T P V
p. 203, 59 : comitatur, sans abréviation, pour comitantur; p . 27, 64 : accipere C] recipere I S T P V
p . 73, 51 : recipiendum C] accipiendum I S T P V
Quatre variantes inacceptables pour le sens : p . 155, 33 : agentis C] regentis I S T P V (arabe : hassdaa ; sentientis)
p. 193, 7 : dilatatur] delectatur C p . 34, 88 : cum loquamur C] cum loquemur I S T P V (verbe arabe non explicité).
p. 195, 38 : honestati] inhonestati C
p. 206, 8 : maioris] minoris C Certaines variantes proposées par C, mais aussi par d 'autres manu-
p. 207, 36 : revolvendi] resolvendi C
Ces seules variantes particulières à C et qu'il a fallu rejeter pour le sens se trouvent
scrits, ont été rejetées, notamment :
toutes les quatre dans le texte de l'Appendix.
parce qu'il s'agit d'explicitations défectueuses d'abréviations :
p . 88, 81 : compositions] complexions C I
En dehors des déficiences de C qui viennent d 'être rappelées, son p . 113, 45 : transfertur] transformatur C I S
témoignage a été préféré de façon habituelle même lorsqu'il s'oppose p . 132, 23 : materiam] naturam C I S P V
à celui des cinq autres manuscrits ; les cas suivants montrent que le p . 208, 51 : animabus] anmalibus C S
témoignage isolé de C retenu en raison de la valeur du témoin, recoupe
parce qu'il s'agit d'un mot de genre commun :
par ailleurs le texte arabe.
p . 7, 83 . eam] eum C I (pronom représentant ovis)

p . 63, 11 : seul le manuscrit C maintient un espace blanc entre des mots latins qui, parce qu'il y a confusion entre deux mots paléographiquement proches en latin,
en arabe, sont effectivement séparés par un membre de phrase non mais de sens différent, et que l'original arabe distingue nettement
traduit (voir plus haut p. 89*) ; p . 12, 53 : somnio] somno C I S P V
p . 17, 27 : seul le manuscrit C porte a ex uno modo », en accord avec la préposition p . 128, 58 : operatio] comparatio C I
arabe min; p . 206,14 : motus] modus C I S T P
p . 45, 39 : la traduction latine nisi traduit adéquatement l'arabe illā an, et ne
réclame pas l'adjonction de cum présentée par les cinq autres manuscrits parce que l'original arabe confirme sans équivoque Pun des deux termes :
(voir d'autres cas parallèles de traduction de illd an par nisi seul, pp . 20, p . 198, 82 : tristitia] laetitia C I S P V.
73 ; 85, 42 ; 99, 63);
p . 95, 88 : l'adjonction nobis après debet obiici, que présentent les cinq autres manu-
scrits et que ne présente pas C, manque en arabe; 4 . Valeur comparative des six manuscrits.
p . 153,14 : la conjonction autem, que présentent les cinq autres manuscrits et qui I.es autres manuscrits retenus pour l 'édition peuvent être comparés
manqué dans C, rend inadéquatement l'arabe fa-inna, habituellement
traduit par enim ; l'argumentation reçoit ici une forme plus correcte par
à C, mais cette comparaison n'offre de résultats valables que pour les
l'absence de particule et par une simple ponctuation, que par le mot données qui ont quelque chance d 'échapper au jeu des leçons doubles,
autem. par exemple, les omissions de plus de deux mots, dues ou non à un

108 * LE *DE ANIMA s D'AVICENNE LES MANUSCRITS 109

homoioteleuton, et les fautes évidentes ; les autres omissions d ' un Fautes évidentes (46) :
mot, par exemple l'omission de certaines particules ou celle du verbe De Anima IV-V 23 7 15 13 47

esse, pourraient résulter non pas d ' une négligence, mais de l ' opposition Appendis 2 1 4 1 10

due à la double traduction, opposition qui affecte tantôt des membres


de phrases, mais tantôt aussi des mots isolés. En se limitant aux ( 46 ) Les fautes évidentes dont on a tenu compte et dont la liste n ' est pas exhaustive,
données qu'il est possible de comparer, et en exprimant sous forme sauf pour le manuscrit de base C (voir plus haut, p . 106*), sont les suivantes :
mathématique les résultats de cette comparaison, on obtient le tableau I : 12, 61 cogitativa] cogatitativa I ; 14, 86, curare] creare I ; 27, 67, deservientes]
deserviantes I ; 40, 56, visa] causa I ; 41, 70, imitatur l - 2] in mitatur I ; 42, 90,
suivant, qui ne consigne que des accidents ou des fautes particulières
materia] motiva I ; 45, 38, ad id] aliquid I ; 64, 18, bis] haberi in I ; 64, 30,
à un seul manuscrit ; aucune des omissions ni des fautes dont on a tenu erigendum] erigandum I ; 67, 73 benignitatem] begnitatem I ; 69, 6, dicemus]
compte ne se retrouve donc dans plus d 'un des six manuscrits . Ajoutons diemus I ; 73, 55, instinctu] instintu I ; 76, 1, horis] hominibus I ; 80, 68,
d ' ailleurs que, outre les données consignées dans ce tableau, une seule conservandum] conservendum I ; 90, 24, et passim, eandem] eadam I ; 92, 46, et
omission de plus de deux mots est commune à deux manuscrits, et passim, existens] existans I ; 109, 93, desinant] designant I ; 128, 59, mediante]
mediente I ; 168, 42, ab essentia] absentia l ; 181, 62, dantibus] dentibus I ; 182, 73,
il s 'agit d'un homoioteleuton (cfr p . 119, 16-17, sigles I S) ; en dehors
ex plerisque] expletis I ; 182, 75, ligamentis generantur] ligenerantur I ; 184, 20,
de cette seule omission, aucune autre omission de plus de deux mots inquirendum] inquirandum I ; 190, 31, debilitat] debilitatem I ; 191, 79, tangens]
n'est commune à deux ou plusieurs des six manuscrits. tengens I.
Manuscrits : S : 2, 21, mimus] minus S ; 31, 27, diurne] divinae S ; 70, 23, artibus] actibus S ;

C I S T P V 156, 61, in se scientiam] inscientiam S ; 159, 17, essentia] sententia S ; 166, 3, erro]
Omissions par ero S ; 180, 33, iuvet] vivet S ; 201, 28, sumptum] scriptum S.
homoioteleuton (44) : T : 16, 12, action] comparatione T ; 26, 54, mundo] medio T ; 28, 76, removebitur]
De Anima IV-V 1 3 3 6 0 26 renovabitur T ; 34, 89, habentis] habentibus T ; 40, 66, memorant2] memoratum T ;
Appendis 1 1 0 2 0 1 42, 88, memoriter] memorater T ; 43, 10, agiles] agilos T ; 50, 17, apparebit] appe-
rebit T ; 103, 11, comitatur] comittatur T ; 112, 40, singularia] singulariarum
Autres omissions de T ; 122, 75, eo] esse T ; 149, 46, intellecto inquisito] intellectu acquisito T ; 173, 21,
plus de deux mots (45): calefiet] talis fiet T ; 180, 41, eorum] cordis T ; 182, 84, replente] repellente T;

De Anima IV-V 1 1 0 3 0 9 193, 84, calore] dolore T ; 198, 80, suis] sus T ; 198, 80, durat] datur T ; 206, 5,
Appendix 0 0 1 2 0 2 pertinacia] pertinencia T.
P : 10, 24, retentione] intentione P ; 17, 29, in terrore] interiore P ; 42, 98, iuvat]
(44) Omissions par homoioteleuton : veniat P ; 62, 96, non] nam P ; 64, 30, erigendum] exigendum P ; 71, 35, nisi]
I : 91, 27-28 ; 133, 36-37 ; 141, 33-34 ; 200, 4-5 ; 4 natura P ; 75,89,nociturum]noeiturP ; 81, 86, materiali] naturali P ; 100, 73,
S .- 93,63-64 ; 159,5 ; 168,32; iterum] rationis P ; 103, 10, propositiones] probations P ; 129, 72, dimensionibus]
T : 27,70-71 ; 51,23 ; 59,46-47 ; 60,52-53 ; 121,54-55 ; 129,84-86 ; 205,93-94 ; 209,57-58; dimersionibus P ; 140, 13, praeordinare] praeordinate P ; 169, 47, ab] ad P ; 209, 62,
V : 2,25 ; 3,35-37 ; 36,9-10 ; 38,31 ; 46,63-64 ; 51,31-32 ; 53,52-53 ; 54,73-74 ; 61,66-68; apparet] appetit P.
73, 62-63 ; 76, 00-1 ; 86, 57-59 ; 88, 87-88 ; 90, 21-22 ; 127, 37-38, 128, 56-57 ; 150, V : 2, 22, iocularitas] claritas V ; 2, 70, acidum] accidit V ; 11, 42, continuitatem]
65-66 ; 157, 87-88 ; 160, 24 ; 165, 88 ; 169, 45-48 ; 173, 28-29 ; 176, 77-78 ; 178, 5-6; intentionem V ; 14, 82, crede] cum de V ; 15, 5, sicut] spiritus V ; 20, 69, a divina-
178, 10-11 ; 179, 20-21 ; 189, 17-18. tionibus] admirationibus V ; 20, 76, semper rimari] opinari V ; 26, 51, Hercules]
Pour C, voir plus haut, p . 105*. Herodes V ; 28, 76, removebitur] remanebat V ; 31, 19, desideratae] desiderare V ;
(45) Omissions de plus de deux mots : 32, 51, agilis] angelus V ; 33, 70, motibus] moribus V ; 34, 81, causis] curis V ;
I . 159, 17; 39, 36, leonem] lentem V ; 59, 48, procedet] prodest V ; 42, 94, nutuum] nimium V ;
S : 199, 88; 43, 99, deleatur] decleatur V ; 59, 38, eius vis] cibus vis V ; 59, 40, volitum]
T : 90, 21-22 ; 95, 84-86 ; 164, 78 ; 187, 2-3 ; 204, 64-65; volunt V ; 65, 44, natura] corporis V ; 65, 46, demersa] detenta V ; 70, 18,
P : présente plusieurs omissions de deux mots, mais aucune de plus de deux mots; esse naturaliter] essentialiter V ; 73, 52, conventus] convintus V ; 76, 5, univer-
V : 8, 00 ; 31, 19 ; 39, 38 ; 62, 87 ; 80, 56 ; 102, 94-95 ; 126, 28 ; 149, 58-59 ; 157, 74 ; 187, 4; sales] naturales V ; 81, 78, materialis] naturalis V ; 87, 71, mutaremus] imitaremur
195, 45. V ; 88, 76, commutarent] communicarent V ; 95, 86, materiae] modo V ; 98, 47,
Pour C, voir plus haut p . 105*. infirmante] influente V ; 99, 64, converterint] contererint V ; 105, 36, iumento]
indumento V ; ' 128, 65, accidentale] intellectuale V ; 129, 70, adunandi] adiuvandi V ;

110* LE e DE ANIMA» D'AVICENNE TRADUCTION LATINE ET TEXTE ARABE 111*

Malgré les données limitées dont il est tenu compte, le tableau fait Tel mot, déclaré sans variante dans l'une des deux éditions, en a dans
ressortir la valeur de C ; il montre d ' autre part que, bien que choisis l ' autre ; telle variante notée ici d ' une certaine manière selon un manu-
dans des groupes différents, les manuscrits P (contaminé A) et S scrit, l ' est d ' une autre manière, là, selon le même manuscrit ( 49 ) . Prendre
(contaminé B) sont de précieux appuis pour le manuscrit de base C ; parti pour l ' un des deux éditeurs implique que l ' on puisse mettre en
on remarquera aussi que, si des leçons A sont occasionnellement pré- doute la lecture ou l ' exactitude de l' autre ; or il ne nous appartient pas
sentées par P et T, elles sont présentées là dans un texte commun de de les départager . Une confrontation systématique des deux éditions
meilleure qualité que dans le manuscrit non contaminé de liste A, supposerait une nouvelle collation des manuscrits arabes qui leur
sigle V . sont communs ; ce travail dépasse le cadre de l ' édition latine. De plus,
J . Bakos, par fidélité à certains manuscrits, reproduit diverses variantes
IV . Traduction latine et éditions du texte arabe. comme il les voit vraiment, c'est-à-dire sans les points diacritiques
permettant de distinguer les consonnes ; pour comparer à une traduc-
Le texte original arabe du De Anima est accessible dans deux tion latine précise de telles variantes, où font défaut non seulement
éditions, celle de Jan Bako g ( 47), celle de F. Rahman ( 48) . Ce dernier les voyelles brèves, ce qui est normal en arabe, mais encore les points
déclare lui-même que son édition était sous presse avant la publication diacritiques qui différencient les consonnes, il faudrait procéder à
de celle de Bakos ; les deux travaux sont donc indépendants. l ' examen des interprétations successives d ' une même graphie, examen
La tradition manuscrite du texte arabe est encore mal connue. qui dépasse également le cadre de l' édition latine.
Plus de trente manuscrits sont actuellement inventoriés . Les deux L ' unique moyen d ' éviter la confusion était de se référer à une seule
éditions réunies n ' en font guère connaître plus d ' une dizaine : Jan des deux éditions, et le choix de celle de Rahman s ' indiquait.
Bako g n' a pu, dit-il, se servir des manuscrits qui se trouvent hors L ' apparat de cette édition, en effet, note les principales différences
d' Europe ; sur les huit manuscrits de l ' édition Rahman, trois seulement entre la traduction latine médiévale et l ' original arabe . F. Rahman
appartiennent à des bibliothèques d' Orient . a utilisé dans ce but l ' édition de Venise 1508 et un manuscrit latin,
Des deux éditions, celle de F . Rahman seule a pu être utilisée pour le manuscrit de Bâle, Univ. Bibl . D. III . 7. La confrontation déjà
la comparaison de la traduction latine avec le texte original . Plusieurs réalisée ainsi entre le texte arabe et deux témoins de la traduction
sondages faits dans les deux éditions permettent de constater que, latine a orienté de façon décisive notre propre travail. La chance
même là où les deux éditeurs se réfèrent aux mêmes manuscrits, a voulu que F . Rahman, sans autre motif que de recourir à un manu-
les annotations de leurs apparats respectifs ne se recoupent pas . scrit ancien («one of the earliest latin manuscripts») permettant de
contrôler l' édition de Venise dont l ' utilisation s'imposait, a de fait
comparé le texte arabe à des témoins représentant nos deux listes de
133, 35, cui nihil] est nomen V ; 140, 14, respondendo] respondebo V ; 141, 28,
certitudinem] rectitudinem V ; 151, 81, exercitio] existentia V ; 152, 7, in ultimo]
manuscrits : le manuscrit de Bâle se situe parmi les manuscrits non
multitudo V ; 168, 33, substantia 2] sapientia V ; 168, 37, vacuitatem] materiam V ;
170, 63, coniungit] contingat V ; 172, 9, coniungitur] contingentur V ; 176, 66 aug- ( 49) On peut lire ainsi pour un même passage, dans le texte des deux éditions, le
mentet] augmento V ; 179, 18, sibi nervi] sensus nunc V ; 180, 45, nervorum] nume- pluriel du mot arabe signifiant « la forme» : suwar ; mais alors que, d'après le manus-
3
rorum V ; 183, 92, montis] moventis V ; 184, 17, humidius] hoc vidius V ; 189, 15, crit A (Bodl . Pococke 125), l'édition Rahman (p . 163, note 15) mentionne la variante
exceptis] existentis V ; 190, 31, complexatio] comparatio V ; 190, 41, vultus] qūra, singulier du mot suwar, l'édition Bakoé qui utilise ce manuscrit sous un sigle
cultus V ; 192, 79, tactibilia] tractabilia V ; 195, 45, obtemperant] obtemperatum V ; différent n'indique aucune variante. L'édition Rahman (p. 163) retient, pour le texte,
197, 70, obtinere cupitum] optime cupiunt V ; 197, 71, desiderati] desideranti V ; s_ bayna-hā (latin : inter illa) et écarte une variante du manuscrit A (Bodl . Pococke 125)
198, 73, auditorum] adiutorem V ; 209, 56, facilitatem] facultatem V ; 209, 62, bayna-humâ (latin : inter utra4ue) qui est notée à l'apparat ; le texte de l'édition Bakoâ
deletur] debetur V- retient au contraire, pour le texte, bayna-humd, mais aucune variante n'est mentionnée
(47) J . BAKoé, Psychologie d'Ibn Sind (Avicenne) d'après son œuvre Ai-9itd' , I, Texte à l'apparat, alors que le mot choisi pour le texte de l'édition Rahman s'appuie lui aussi
arabe, II, Traduction et notes, Prague, 1956 . sur un manuscrit commun aux deux éditions (Bodl . Pococke 116) . On pourrait mul-
(4e) F . RAEm&N, Avicenna's De Anima . (Arabie Text .) Being the Psychological Part tiplier les exemples de l'absence de concordance entre les deux éditions là où, pourtant,
of Kitâb al-Shifa', Oxford, 1959 . sont en cause des manuscrits qui leur sont communs .

112 * LE N DE ANIMA» D'AVICENNE TRADUCTION LATINE ET TEXTE ARABE 113*

contaminés de la liste B, no 21, et a été intégré à ce titre dans notre qui doit fournir la norme principale pour juger de la fidélité de la
apparat latin sous le sigle I (50) ; l'édition de Venise se situerait le mieux traduction dans ses divers détails? Si l'équivalence entre ista`mala
parmi les manuscrits contaminés A . L' apparat de l 'édition Rahman fait et iniungere n'est pas insolite, il n'y a pas lieu d'attirer ici l'attention
ainsi affleurer, par hasard et sans avoir à expliquer leur contraste, cer- sur un accident ou une déficience de la traduction ; celle-ci reste
taines leçons doubles ; celles-ci font l' objet d'un jugement sommaire homogène . Mais on entrevoit alors que cette homogénéité même
mais fondé : «différences between the two latin sources — the ma- réclame un moyen de contrôle et une possibilité d 'inventaire ; c'est
nuscript and the Venise edition — have also been frequently recor- à la lumière d 'une série de traductions d'un même mot arabe par un
ded» (51). même mot latin qu'un cas particulier peut être jugé, et le lexique
dont il faut disposer pour porter de tels jugements ne peut se limiter
1 . Apparat latino-arabe. aux termes doctrinaux . D 'autre part, si, pour rendre accessible au
L'édition Rahman nous a suggéré aussi la rédaction d ' un apparat lecteur non arabisant le contraste qu 'impliquent éventuellement
comparatif latin-arabe qui ne serait pas seulement l 'exécution inversée ista` mala et iniungere, on veut pourvoir le mot arabe d 'un mot
de celui qu' on peut trouver dans cette édition, mais qui en achèverait latin qui rende ce contraste explicite (comme plus haut le mot intentio
la démarche . Lorsque par exemple l 'apparat de l 'édition Rahman (52) permet de mesurer la différence qu 'il y a entre al-ma`nā et materia),
oppose à l'arabe .,~ 1 (en transcription al-ma `nā), la traduction latine le même problème de lexique réapparaît : c'est parmi les équivalences
materia, la seule conclusion que puisse tirer un lecteur non arabisant régulièrement attestées entre mots arabes et mots latins dans la
est qu' une différence sépare le mot latin d 'un certain mot arabe langue du traducteur, qu'il faut chercher le «moyen terme» éclairant
qu'il ne peut ni lire (l'apparat ne comporte pas de transcription des le sens de tel mot arabe que l 'on juge différent de telle traduction
mots arabes) ni traduire . Mais quelle différence? Or, il suffit de trans- latine.
former l ' annotation précédente comme suit pour la rendre totalement La comparaison arabo-latine, dont l ' édition Rahman réalise déjà
explicite : al-ma`nā (intentio)] materia. La différence sur laquelle l 'atten- une étape, ne peut donc prendre son véritable sens que si elle repose
tion est attirée devient ainsi perceptible : ce n ' est plus un mot illisible sur un répertoire exhaustif du vocabulaire arabo-latin livrant la clé
et de sens inconnu qui s 'oppose à un mot latin connu avec la seule des équivalences de détail qui relient le texte original du De Anima
conclusion possible qu 'il faut se défier, sans savoir de quoi ; ce sont et sa traduction médiévale . L'étape ultérieure que notre édition a
deux mots entre lesquels la traduction latine intentio, suppléée, établit voulu réaliser (à savoir, proposer pour chaque terme arabe dont la
comme un moyen terme. traduction latine serait jugée inadéquate une (4 retraduction» latine
Mais un nouveau problème surgit aussitôt . Pour marquer une inadé- servant de moyen terme entre les deux éléments à comparer) suppose
à fortiori que l'on puisse recourir à un tel répertoire.
quation entre un mot arabe et sa traduction latine, il faut savoir
L'index qu'a élaboré l'édition Rahman, on le comprend aisément,
selon quelle norme une traduction peut être acceptée précisément
n' a pas été conçu avec cette finalité précise : il ne comporte que cent
comme « normale» . Ainsi l'édition Rahman (p . 175, note 13) souligne
une opposition entre un verbe que nous transcrivons, ista`mala, et cinquante mots environ, choisis parmi les termes doctrinaux les plus
le latin iniungere ; or à diverses reprises, une traduction latine parallèle intéressants ; les mots arabes sont suivis d 'une traduction latine.
est proposée pour ce même verbe arabe . Faut-il confronter avec Mais plusieurs des mots latins proposés ne résultent pas d 'une con-
iniungere les autres nuances de traduction que ce verbe arabe peut frontation systématique avec la traduction latine médiévale ; ainsi,
avoir en dehors du De Anima et condamner la traduction iniungere l'index de l' édition Rahman indique pour i`tigād les équivalents
comme inadéquate, ou accepter que c 'est la langue même du traducteur latins comprehensio, credulitas, sensus ; or, aux Livres IV et V du
De Anima sur lesquels a porté notre contrôle du sens de ce mot, les
(50) Nous avons gardé pour ce manuscrit le sigle qui le désigne dans l ' édition Rahman. dix emplois de i`tig ād correspondent à une même traduction fermement
(51) F. RAExAx, Avieenna'a De Anima, p. %. répétée, et c 'est conceptio . Pour l'exemple proposé et en ce qui con-
(52) P. 187, note 4 ; voir plus bas, p. 43, 5 . cerne les Livres IV et V, l'index de l' édition Rahman établit donc des

Fr,

114* LE «DE ANIMA» D'AVICENNE TRADUCTION LATINE ET TEXTE ARABE 115*

équivalences démenties par les faits et celles qu'il propose ne peuvent 2. Leçons doubles et texte arabe.
être utilisées : ni credulitas, ni comprehensio, n' apparaissent dans le texte
Une étude générale des procédés de traduction, basée sur l'apparat
latin des Livres IV et V, alors que i`tigād figure une dizaine de fois comparatif latin-arabe et sur le lexique complet du De Anima, appar-
dans le texte arabe des mêmes livres ; quant à sensus dont les emplois tient à l'Introduction des Livres I-II-III . De quelles indications dispose-
sont multiples dans les Livres IV et V, il n 'y correspond aucune fois à
t-on pour juger, dès maintenant, la fidélité respective des leçons
i`tigād. doubles par rapport au texte arabe?
Une seule solution radicale s 'imposait, c 'était de constituer non
Dans une étude antérieure (53), nous avons confronté avec l 'original
pas après, mais avant la comparaison entre le texte latin et le texte
arabe plusieurs leçons doubles apparaissant au Livre 1 . Il résulte
arabe, un lexique latin-arabe complet relevant non seulement les de cette confrontation que chaque type de leçons doubles, aussi bien
termes doctrinaux, mais tout le vocabulaire, y compris les mots- les leçons B que les leçons A, comporte des éléments qui impliquent le
outils et en particulier les adverbes et les conjonctions . Nous avons
contact avec le texte arabe . L'examen des leçons doubles dans les
constitué un tel lexique ; il comporte pour les Livres IV et V quelque
Livres IV et V conduit au même résultat.
mille cinq cents mots latins différents, dotés chacun de leur équivalent
Ainsi, au Livre V, p . 123, 89-90, la traduction facere necessarium,
arabe ou des divers équivalents relevés . Un lexique arabo-latin, classé
proposée par la leçon A, est parallèle à affirmare, leçon B . Les deux
par racines arabes, permet le contrôle inverse et indique la ou les tra- I
traductions sont correctes pour le même verbe arabe awjaba ; c'est
ductions latines d'un même mot arabe. le recours à ce verbe arabe d'ailleurs qui, seul, permet de saisir le
C'est sur la base de ce travail lexicographique que repose l ' apparat lien existant entre les deux formules latines concurrentes, A et B,
comparatif latin-arabe, deuxième apparat de notre édition . Le texte
car on aperçoit d'emblée qu'il ne s'agit pas ici d'une correction d ' ordre
arabe de l'édition Rahman y joue le rôle que jouent, dans le premier
rédactionnel. La traduction affirmare pourtant convient mieux au
apparat, les manuscrits latins. Est traité comme variante d'un mot
1 contexte où il est question de la valeur logique d 'une argumentation,
latin, un mot arabe de l 'édition Rahman impliquant d 'autres con-
ce qui implique chez l 'auteur de la révision la connaissance des diverses
sonnes ou d'autres voyelles longues que le mot arabe dont la traduction
nuances du verbe awjaba.
correspond habituellement, d'après le lexique latino-arabe, à tel mot
Au livre IV, pp . 54-56, là où sont proposées les traductions latines
latin : par exemple, ma `nā en face de materia . Le mot arabe noté
parallèles de desiderium et de voluntas pour le même terme arabe
comme variante du mot latin est, à son tour, retraduit en latin, par
shawq, c'est du côté A que se situe la traduction la plus régulièrement
exemple : materia] _~ 1 (intentio), mais il l 'est par nous, et d'après les
attestée de shawq, à savoir, desiderium . Un cas inverse se produit
ressources du lexique arabo-latin . Les parenthèses indiquent la
p. 5, 61-64 : fantasia et imaginativa s ' opposent là comme traductions
valeur toute relative de cette «retraduction» : elle n 'est rien d 'autre concurrentes du même terme arabe mutakhayyila ; c'est imaginativa,
qu'un moyen d'approche destiné à éliminer du deuxième apparat leçon B, qui est la traduction adéquate.
tous les matériaux énigmatiques qui proposeraient aux médiévistes
une manière de devinette . La comparaison instituée ainsi mot pour mot En de nombreux cas, par contre, la différence entre deux leçons est
entre la traduction latine et l 'original arabe, puis le choix des mots d'ordre rédactionnel, et c'est la leçon A qui, par sa gaucherie même, se
latins suppléés comme «moyens termes» multiplient, pour qui entre- révèle la plus proche du texte arabe . On en trouve un exemple dans les
prend ce travail, les risques d 'erreur . L'enjeu semblait valoir le risque : deux phrases mises en parallèle, plus haut, p . 83* : l'une des deux, la
une méthode se trouve créée, qui permet non seulement la compa-
leçon B, figure dans notre édition, p. 107, 69 ; la traduction arabe
raison systématique des traductions arabo-latines avec l 'original
recoupe littéralement la leçon A : «il n'est pas nécessaire non plus
traduit, mais la communication et le contrôle des résultats de cette
de se donner beaucoup de peine pour réfuter cela», «hoc autem non
comparaison .
eget multo studio etiam ad falsificandum ».
3
(59) S. VAN RIFT, La traduction lutine du «De Anima» d'Avicenne, pp. 605-616 .

116* LE e DE ANIMA» D'AVICENNE TRADUCTION LATINE ET TEXTE ARABE 117*

Que conclure de ces allées et venues entre leçons A et leçons B là ni à l'adverbe jiddan ni à quelque autre mot invariable ; ipse, couram-
tour à tour plus adéquates ou plus proches du texte arabe? Ceci : ment employé comme simple adjectif démonstratif équivalent à ille
on ne peut considérer en bloc l'ensemble des leçons d'un même type dans les Livres IV et V, ce qui entraîne certaines confusions, n ' apparaît
comme proposant des fragments de traduction régulièrement plus pas en ce sens dans l'Appendix (54) ;on n'y remarque pas, comme dans
proches du texte arabe que l' autre. L ' un des types de leçons doubles le De Anima, l' emploi du pronom se et de l ' adjectif possessif sous
a pu jouer par rapport à l' autre le rôle de brouillon et consigner pour le pronom et l ' adjectif non réfléchis (55) ;on n' observe pas de mala-
certains tours de phrase rappelant plus immédiatement la tournure dresse dans la traduction, que la syntaxe arabe rend délicate, du pro-
arabe . Mais l ' autre type de leçons doubles a pu, par la révision de nom de rappel employé dans la proposition relative (b6). En ce qui con-
ce brouillon, constituer une traduction plus adéquate. Il faut d ' ail- cerne le De Anima, ces observations de détail appartiennent à l ' Intro-
leurs tenir sans cesse présentes à l ' esprit les circonstances entourant duction générale des Livres I-II-III . En ce qui concerne l' Appendix, il
l' élaboration de la traduction latine : l ' arabe n' a été traduit en latin fallait attirer ici l'attention sur un certain contraste existant entre cette
que par le truchement d' une étape intermédiaire en langue vulgaire. traduction et celle des Livres IV et V du De Anima . Ce contraste
En ce cas, pour un mot ou une phrase donnés, une traduction latine pourrait susciter d'autant plus d'intérêt, que l'existence d'une traduc-
revue peut être plus correcte et plus fidèle au texte arabe qu ' une tion autonome du De Medicinis cordialibus qui serait contempo-
traduction latine primitive, plus littérale et plus gauche. raine d ' une deuxième traduction de quelques chapitres du même
Si donc il y a contact avec le texte arabe, tour à tour du côté des traité exécutée par les traducteurs du De Anima, fait, elle aussi,
leçons A et des leçons B, la conséquence qui en découle pour l ' édition problème (voir plus haut p. 98*).
est qu ' on ne peut faire silence ni sur les unes ni sur les autres et qu ' il Comme les deux éditions critiques du texte arabe du De Anima
faut rendre sans cesse possible leur confrontation. n ' ont pas repris les chapitres du petit traité de médecine, nous avons
poursuivi la comparaison latino-arabe constituant le deuxième apparat
3 . La traduction latine de l ' Appendix. à l ' aide du principal manuscrit arabe qui sert de base à l ' édition
Les chapitres du De Medicinis cordialibus, introduits dans le De Rahman, Oxford Bodl . Pococke 125, manuscrit où le texte des cha-
Anima entre la fin du Livre IV et le début du Livre V, présentent une pitres du De Medicinis cordialibus se trouve inséré entre les Livres IV
traduction latine de lecture plus aisée que celle du De Anima. La raison et V comme il l'est dans la traduction latine. On sait en effet que
en est peut être la nature du texte à traduire : texte médical, d'allure cette insertion a pour auteur l ' un des fidèles disciples d' Avicenne,
plus descriptive, dépourvu d ' amples argumentations, favorisant moins Abù `Ubaid al-Jūzj āni.
l ' équivoque dans l' emploi des pronoms, ce texte pouvait, de soi, réserver La traduction latine que propose le De Anima est très proche de
au traducteur moins de pièges . D 'autre part, les quelques chapitres
traduits ne permettent pas de comparaison valable avec le texte du (54) Voir par exemple p. 13, 67, où ipsa forma répète l'expression haec forma, citée deux
lignes plus haut, p. 12, 65, et reprise p . 13, 67 : le texte arabe porte uniformément, les
De Anima, Livres IV et V, qui est sept fois plus long : pour juger si tel
trois fois, hàdhihi-l-sūra . Dans l'Appendix au contraire, n'apparaît qu 'un seul emploi
mot, telle forme syntaxique, révèle un procédé de traduction différent de ipse employé comme adjectif démonstratif correspondant à ille ou à hic : c'est a ipsis
de celui d'un autre texte, il faudrait disposer de textes qui soient sen- causis quae », p. 200, 5, arabe tilka-l-mbàb allati, mais la présence du relatif tant en
siblement de même longueur et de même contenu et posent au traduc- latin qu ' en arabe enlève toute équivoque à la traduction de ipse ; un autre emploi de
teur un ensemble de problèmes de complexité égale. ipse employé comme adjectif est ipsa lux p . 190, 45, mais là il s'agit d'une explicitation
latine du texte arabe qui porte simplement dhàlika, « cela ». Voir encore dans le De Anima,
On peut faire observer toutefois certaines particularités de la tra-
ipsi Boni p. 72, 44, pour le simple démonstratif arabe tilka-l-aswàt, ipsa aggravatio pour
duction de l'Appendix : l'adverbe jiddan (cfr en anglais, very, much) hâdhā -l-ghumūr p. 132, 15, etc.
y est traduit à plusieurs reprises par nimis ; or ce mot latin n ' apparaît (55) Voir par exemple p . 3, 29, ae employé pour le non-réfléchi ; sui employé pour eius
que deux fois dans les Livres IV et V et ce, pour nuancer les verbes p . 11, 48.
terruerat (voir p . 26, 51) et penetravit (voir p . 97, 18), sans correspondre (56) Voir par exemple p . 8, 93, la phrase : c est iudicium quod iudicat quod fortassis
est in eo . . . » qui doit se lire : • est iudicium quod iudicat, in quo fortassis est . . . » .

118* LE « DE ANIMA» D'AVICENNE PRINCIPES D'ÉDITION 119*

ce manuscrit ; on peut le remarquer lorsque, du manuscrit arabe au texte arabe ne sont cependant signalées que dans l 'apparat latino-
d'Oxford, on passe à l'édition du texte arabe du De Medicinis cordiali- arabe ou dans les notes.
bus, élaborée par un savant turc, Rifat Bilge Kilisli, et incorporée dans Dans les marges intérieures du texte sont indiquées les références
le Livre du IXe centenaire de la mort d'Avicenne qui a été publié à aux folios du manuscrit de base ; dans les marges extérieures, les
Istanbul en 1937 . Cette édition fait apparaître que plusieurs omissions références aux folios de l 'édition de Venise 1508 et, précédées du
et variantes sont communes à la traduction latine des chapitres du sigle R, les références aux pages de l'édition du texte arabe de F. Rah-
traité de médecine insérés dans le De Anima et au manuscrit arabe man ; dans l'Appendix, les références au manuscrit arabe du De Anima,
d'Oxford. Par contre si, comme troisième point de comparaison, on Oxford Bodl. Pococke 125, accompagnent le sigle A attribué à ce
passe de l 'édition arabe de 1937 à la traduction latine du De Medicinis manuscrit dans l 'édition Rahman.
cordialibus revue par André Alpago (voir plus haut, p . 98*), les affinités
de ces deux derniers textes font contraste avec les affinités des deux 2. L'apparat critique latin.
premiers.
Les variantes du manuscrit arabe d'Oxford et celles de l'édition a. Texte commun:
Kilisli ont été intégrées à l'apparat comparatif latino-arabe . Quelques Dans la succession C I S T P V des sigles figurant à l'apparat latin,
données empruntées à la traduction latine revue à la Renaissance par on reconnaît d'abord quatre manuscrits de la liste B, dont deux
André Alpago sont ajoutées en note. manuscrits non contaminés (C I) et deux contaminés (S T), puis deux
manuscrits de la liste A, le manuscrit contaminé P et le manuscrit
non contaminé V . En ce qui concerne le manuscrit P, Paris, Bibl. Nat.
V . Principes d'édition. Lat. 6932, no 8 de la liste A, cette succession pourrait donner l 'impres-
sion que ce manuscrit occupe le cinquième rang dans le classement
1 . Le texte. des six manuscrits ; il occupe au contraire le premier rang parmi les
En dehors des omissions, des fautes évidentes et des variantes inac- manuscrits représentant la liste A et est, en bien des cas, le meilleur
ceptables pour le sens (voir plus haut, pp . 105 *-106 *), le manuscrit de témoin du texte commun après C.
base, sigle C (Rome, Bibl. Casanatense 957, no 43 de la liste B), a été
préféré de façon habituelle aux cinq autres manuscrits. b. Leçons doubles:
Plusieurs corrections apportées au texte unanime des six manuscrits Les leçons B sont insérées dans le texte commun telles qu'elles se
résultent du sens et sont paléographiquement justifiables : notamment, présentent dans le manuscrit de base. Comme aucun signe ne permet
p. 26, 47, et p . 31, 28, somniis pour somnis ; p . 16, 10, sensibus pour suis ; de les repérer à simple lecture, aucun signe typographique non plus
p. 44, 30, egent pour egeant ou egent ; pp . 90-91, passim, le sens réclame ne sert à les souligner.
divisibilis et indivisibilis là où les manuscrits portent visibilis et in- Le texte des leçons B est appuyé par I, manuscrit de Bâle, Univ.
visibilis. Bibl. D. III . 7 (no 21) ; il est confirmé habituellement par S, manuscrit
D'autres corrections résultent de la comparaison avec le texte arabe ; contaminé de la même liste, Bruges, Sém . 99/112 (nO 24).
notamment, la correction de cognitae en incognitae, p. 20, 71, de aves en Le regroupement des sigles T P V, P V ou T V, quand il ne s 'agit,
apes, p. 73, 54 ; ont été suppléés le mot non, p. 6, 74, et p . 121, 58, le ni d'omissions, ni de fautes évidentes, permet de considérer comme
mot error, p. 8, 93 ; ont été exclus le mot non, p. 4, 43, le mot quod, p. probable que le ou les mots accompagnés de ces sigles ne sont pas de
81, 79, le mot et, p. 103, 15. simples variantes résultant de la transmission du texte, mais des
Diverses lacunes ont été signalées : voir p. 49, 94, p . 63, 17, p. 139, 3, traces de double traduction, autrement dit, des leçons A.
p. 150, 66 ; souvent la syntaxe de la phrase latine elle-même accuse un Les sigles T P V, rappelons-le, désignent les manuscrits suivants :
hiatus ; la plupart des omissions de la traduction latine par rapport Bruges, Stadsbibl . 510 (no 22), sigle T ; Paris, Bibl. Nat. Lat. 6932
(nO 8), sigle P ; Rome, Vat . Lat. 4428 (no 12), sigle V.

120* LE e DE ANIMA» D'AVICENNE PRINCIPES D'ÉDITION 121 *

Le regroupement de ces trois manuscrits ou de deux d 'entre eux, ex hac = R] A.;,, (ex hoc se. iudicio) codd. ; p. 18, 38, in formali =
soit T V, soit P V, s'opposant aux autres manuscrits, correspond géné- codd.] (in eo se. sensu commun) eorr. R.
ralement à une bifurcation provoquée dans l 'ensemble des manuscrits Les mots latins placés entre parenthèses et précédés d 'un mot écrit
par des leçons doubles . Ceci peut être vérifié à l'aide des passages du en lettres arabes sont des «retraductions» latines que nous suppléons
Livre IV (p . 54, 82 à p. 56, 5) et du Livre V (p . 120, 35 à p . 124, 95) où sur la base du Lexique arabo-latin pour éclairer le sens du mot écrit
les leçons doubles sont dotées d'un apparat critique intégrant les en lettres arabes : par exemple, p . 43, 5 : materia] 1 (intentio) R.
données de tous les manuscrits (voir Specimina codicum, p. 123*). Lorsqu'un mot arabe a plusieurs traductions latines attestées par
Le manuscrit V, isolé, peut faire affleurer des leçons A, mais seul le le Lexique arabo-latin, il arrive que le recours à l'un des équivalents
témoignage convergent des autres manuscrits non contaminés A et la latins non retenus par les traducteurs médiévaux du De Anima pourrait
contre-épreuve faite parmi les manuscrits non contaminés B, pourraient éclairer le contexte ou dissiper certaines équivoques . Cet autre équi-
apporter sur ce point une certitude. valent latin que nous proposons n 'est alors accompagné ni de paren-
thèses, ni du sigle R : par exemple, p. 1, 2 : commune] universale. Il
c . En raison de l ' incidence possible du jeu des leçons doubles sur en va de même pour les mots latins qui résultent d'une construction
les inversions, celles-ci ont été signalées pour cinq manuscrits tout soit défectueuse soit trop libre de la phrase arabe (exemple, p . 37,
au long de l'édition . Pour le manuscrit V, toutes les inversions du 14-15), mais n 'impliquent pas nécessairement d'autres mots.
Livre IV et de l'Appendix sont indiquées ; au Livre V ne sont indi- Les pronoms personnels affixes, -Au, -hā etc., sont simplement
quées que les inversions communes à V et à un autre manuscrit. traduits d'après le genre, le nombre et la fonction que réclame le con-
Les variantes orthographiques concernant des termes techniques texte latin et suivis du sigle R ; la graphie arabe de ces pronoms entraî-
(par exemple, hectica, hucha, crystalleidus etc .) n'ont pas été notées. nerait inutilement la répétition des mots auxquels ils se rattachent :
par exemple, p. 6, 81 : sentimus] eas add. R.
3 . L ' apparat latino-arabe : Lorsque la « retraduction » d ' une variante arabe modifie la syntaxe
de la phrase latine (singulier pour pluriel, indicatif pour subjonctif
Le sigle R, accompagnant un mot écrit en lettres arabes, renvoie
etc. . .) tous les mots latins affectés par cette modification sont notés en
au texte de l 'édition Rahman . Le sigle R accompagné d'une des lettres italiques dans la même unité critique : par exemple, p . 66, 63 : ex
minuscules a, b, c, d, e, f, g, k, désigne l 'un des manuscrits arabes virtute] eSÿ~ J (ex virtutibus sensibilibus motivis desiderativis) R.
A, B, C, D, E, F, G, S (voir édition Rahman, p . xii, liste des sigles) ; L'ordre des mots de la phrase arabe n 'est pas indiqué sauf lorsque
il en va de même de la lettre minuscule h qui correspond au sigle H, cette indication éclaire le sens de la traduction ; les déplacements
assigné dans l 'édition Rahman à l 'édition lithographiée de Téhéran. de mots sont alors signalés par ante ou post : par exemple, p . 31, 30:
Lorsque le texte latin équivaut au texte arabe de l 'édition Rahman, in imagination] post animarum ipsorum R.
les variantes de cette édition ne sont pas mentionnées. Pour les mots arabes omis en latin et pour les variantes ne recoupant
Lorsque le texte latin n 'équivaut pas au texte arabe de l'édition pas la traduction latine, le Lexique arabo-latin ne fournit pas les maté-
Rahman, mais qu 'une variante écartée par l'éditeur recoupe la traduc- riaux permettant de suppléer les mots latins servant de « moyens
tion latine, le manuscrit portant cette variante est mentionné à la termes» ; la «retraduction» latine que nous proposons en ce cas est
suite du signe = après le mot latin en cause : par exemple, p . 14, 92 : imprimée en italiques : par exemple, p . 133, 26 : debilis] Ji,, (maxime)
disposition = Ref] J (perfections) R ; les variantes quine re- add . R.
coupent pas la traduction latine ne sont pas mentionnées. Les mêmes principes valent pour l'Appendix, mais le sigle R y est
Lorsque le texte latin équivaut au texte arabe de l ' édition Rahman, remplacé par A, sigle du manuscrit arabe qui a été collationné pour
mais grâce à une correction d'éditeur, le sigle R est placé à la suite
l ' Appendix, Oxford, Bodl. Pococke 125, et principal manuscrit de
du signe = après le mot latin en cause et opposé à la leçon commune
l' édition Rahman ; le sigle B désigne l 'édition Kilisli (voir plus haut,
des manuscrits arabes ou inversement : par exemple, p . 8, 00-1 :
P. 118*).

122 * LE *DE ANIMA» D'AVICENNE

4. Les notes.
Les notes sont des notes d'éditeur, non des notes d'exégète ou de
commentateur. Elles rendent compte des silences de l'apparat compa-
ratif latino-arabe, là où la traduction latine médiévale, soit sommaire,
soit trop libre, ne se prête pas à une confrontation portant sur le mot à
ANNEXE
mot ; ou encore, là où le Lexique arabo-latin ne permet pas d'éclairer
au moyen d'une «retraduction» latine les mots arabes nécessaires aux Specimina codicum
formules rigoureuses de l'apparat.
Les notes justifient aussi certains écarts insolites existant entre
la traduction latine et le texte arabe et qui résultent de la lecture de
racines arabes différentes de celles qu ' atteste l ' édition Rahman. Un passage du Livre V, chapitre 4, p. 120, 35, à p . 124, 95, fournit un
Elles signalent les notions doctrinales importantes que la traduction test particulièrement révélateur permettant de jauger les divers
latine ne permet pas toujours de reconnaître. manuscrits et de les situer par rapport aux «leçons doubles» existant
L'indication des références aux sources grecques relève déjà du dans la trame d'une traduction latine unique . Ce passage est, en effet,
commentaire, non de l' édition, sauf si Avicenne les cite explicitement, le seul des Livres IV et V, où, tels les maillons d ' une même chaîne,
ce qui n' est pas le cas . On peut trouver nombre de ces références dans des traces de double traduction apparaissent presque à chaque ligne.
les notes jointes à la traduction française du De Anima faite par Jan Les soixante lignes du texte reproduit plus loin ont été examinées
Bakos. Par contre, on a essayé ici d'identifier certaines allusions faites dans tous les manuscrits, c ' est-à-dire dans les six manuscrits retenus
par Avicenne lui-même à d ' autres passages de ses propres œuvres. pour l ' édition et dans les quarante-trois autres ; le manuscrit de Paris,
La traduction anglaise élaborée pour la partie psychologique de Bibl. Nat. Lat. 8802 (no 9), on l' a dit, ne contient pas le Livre V.
la Najàt par F. Rahman et publiée dans son ouvrage Avicenna' s L' apparat qui accompagne les soixante lignes de texte (numérotées
Psychology a été abondamment citée (voir p . 44, note 26) . Par le de 35 à 95) permet de confronter les six manuscrits choisis et les qua-
biais de cette traduction, la traduction latine peut être comparée rante-trois autres ( 57 ) . Les annotations concernant ces derniers portent
utilement à ce résumé du De Anima fait par Avicenne lui-même. le numéro d'ordre qui leur est assigné dans les deux listes des pages 80*
Les références des textes du De Anima de Gundissalinus reproduisant et 81* . Toutes les annotations concernant les six manuscrits C, I, S, T, P,
littéralement certains passages du De Anima d ' Avicenne sont données V, et figurant à l ' apparat critique latin, pp. 120-124, ont été reportées ici,
d'après J.T. MuCKLE, The Treatise De Anima of Dominieus Gundissa- munies de leur sigle respectif (58). L 'apparat consigne donc les résultats
linus, dans Mediaeval Studies, Volume II, 1940, pp . [23] à [103]. de la collation de quarante-neuf manuscrits par rapport à une même
Les lexiques arabo-latins cités sont ceux de A .M. GoicaoN, Lexique norme : le texte de notre édition . La lecture de l' apparat permet de
de la langue philosophique d ' Ibn Sīnā (Avicenne), Paris, 1938 ; G.W. faire les constatations suivantes.
FREYTAG, Lexicon Arabico-Latinum, Halle, 1830 ; M. EL-KHODEIRI, 1. Une série presque invariable de manuscrits A vient appuyer
Lexique arabo-latin de la Métaphysique du Shifà ' , dans Mélanges de certaines leçons qui diffèrent du texte des soixante lignes, soit par le
l ' Institut Dominicain d 'Études Orientales du Caire (MIDEO), Tome 6, sens, soit le plus souvent par la rédaction . On trouve dans cette série
1959-1961, pp . 309-324 .
(57) M. J . De Raedemaeker, assistant scientifique au e Centre De Wulf-Mansion . Re-
cherches de Philosophie ancienne et médiévale r à Louvain, a bien voulu effectuer à notre
demande la collation des quarante-trois manuscrits non retenus pour notre édition . Nous
le remercions vivement de ce travail dont nous avons pu, en de nombreux cas, vérifier
l'exactitude et le soin.
(58) Le sigle C, rappelons-le, correspond au manuscrit n* 43, I à 21, S à 24, T à 22,
P à 8, V à 12 : les nOs 43, 21, 24, 22, 8 et 12 sont donc par avance absents.

124 * LE t DE ANIMA» D'AVICENNE SPECIMINA CODICUM 125*

les manuscrits nos 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 15, 16, 17, 18, ainsi que le manu- appuient simultanément avec les manuscrits A n 'ont pas été retenues
scrit no 7 (si l 'on tient compte du texte initial qui y est transcrit comme constituant des traces de double traduction (62), mais ont été
et qui est transformé ultérieurement à coup de ratures, exponctuations, considérées comme de simples variantes.
surcharges et notes marginales, en un texte qui rejoint celui de notre 4. Regroupement des manuscrits A autour d'une leçon donnée, et
édition) . Les manuscrits A contaminés ou «transfuges», n os 6, 13, 14, absence de regroupement des manuscrits B autour d 'une leçon autre
19, n 'apparaissent dans cette série que d 'une manière exceptionnelle que celle de notre édition, permettent de délimiter les contours res-
ou irrégulière. Le regroupement, autour d 'une même leçon, des manu- pectifs des leçons A et des leçons B . Comme ces dernières sont imbri-
scrits P (= no 8 ), V (= no 12), et des douze manuscrits nos 1, 2, 3, 4, 5, 7 quées dans le manuscrit de base de notre édition, puisqu 'il s'agit
(texte initial), 10, 11, 15, 16, 17, 18, est donc le regroupement le plus d'un manuscrit de la liste B (no 43, sigle C), elles ont été soulignées
significatif que l 'on puisse obtenir parmi les manuscrits A . En principe, par avance dans le texte des soixante lignes ; ceci rend plus apparent le
nous n'avons retenu comme « leçons A », c'est-à-dire comme traces contraste successif entre chaque leçon A et chaque leçon B et le pro-
d'une traduction doublant celle de notre édition, que les leçons appuyées blème qui en résulte pour la structure de l 'édition.
par ce regroupement, le plus significatif possible, des quatorze manu- 5. Le texte respectif des leçons A et des leçons B est, dans les divers
scrits A sur les dix-huit qui entrent en compte (le manuscrit no 9, cité manuscrits, l 'occasion de variantes et de fautes : la confrontation des
plus haut, n 'a pas le Livre V) ; en pratique, nous avons pris comme premières et l 'élimination des secondes permettent de dégager de
marge l'absence d 'un seul témoin sur quatorze, et tenu compte de la l'ensemble des manuscrits le texte critique de ces leçons, si brèves
diversité qu'entraînent nécessairement les fautes et les variantes, qu'elles soient. Ce texte critique est proposé dans le tableau qui suit
ainsi que des omissions qui rendent impossibles à priori certains l'apparat : les leçons A sont soulignées à gauche, et les leçons B à droite ;
regroupements (59). comme ces leçons n'ont de sens que dans le texte commun qui leur
2. Une autre série de manuscrits, de loin la plus nombreuse, suit le sert de trame, quelques mots non soulignés, repris au texte com-
texte de notre édition : ceci ressort de l'absence d'annotations con- mun de notre édition, entourent de part et d 'autre les leçons A et B.
cernant de nombreux manuscrits B, là-même où se regroupent 6. Le témoignage convergent des manuscrits P, V ou T, V ou T, P, V
les manuscrits A . L 'absence d'annotations à l'apparat sert de contre- appuie, dans la majorité des cas, les mêmes leçons que le regroupe-
épreuve au regroupement des manuscrits A : elle signifie qu 'aucune ment des manuscrits A n os 1, 2, 3, 4, 5, 7 (texte initial), 10, 11, 15,
autre leçon, différente de celle de notre édition et concurrente de la 16, 17, 18 . Dans deux cas seulement (apparat : profecto, ligne 63, et habet
leçon A, ne produit, de façon régulière, un regroupement des manu- permanendi, ligne 49), un regroupement des manuscrits A cor-
scrits B. respond au seul témoignage du manuscrit V : mais il s 'agit, soit
3. Certains manuscrits B attestent de façon habituelle des leçons A : d'un mot isolé, soit d 'une simple inversion. On voit ainsi que, dans
ce sont les manuscrits nos 34 et 38, déjà rangés antérieurement parmi les l' apparat de notre édition, certaines variantes suivies du seul sigle
manuscrits B contaminés ou «transfuges» (60), et un ou plusieurs des V pourraient, après consultation de l 'ensemble des manuscrits, être
manuscrits apparentés au manuscrit T (= n o 22), à savoir les manu- identifiées comme traces d'une double traduction (63) ; mais d'autre
scrits n0" 32, 33, 37, 39, 40 (61). Les leçons que d' autres manuscrits B
(62) Voir à l'apparat, les mots destruendi, lignes 79 et 85, et eam, ligne 86.
(63) Nous n'avons relevé dans les soixante lignes du texte étudié ici qu'un seul cas
(59) Ainsi, à la ligne 85, materiae est proposé comme leçon A : or ce mot est attesté où le regroupement de treize au moins parmi les quatorze manuscrits appuyant habi-
par les manuscrits PV, et par les n os 1, 5, 16, 17, 37, 38 ; mais on constate qu'une omission tuellement les leçons A se produit, sans coïncider ni avec le témoignage convergent des
de deux lignes (potentia 2.. . eorum, lignes 86-88) atteint les manuscrits n os 2, 4, 10, 11, manuscrits PV, TV ou TPV, ni avec le seul témoignage du manuscrit V : voir à l'apparat,
15, 18, 34, et que le texte omis a été ultérieurement ajouté en marge dans les mss n os 3 le mot aut, ligne 83. On aperçoit d'emblée que la succession, dans le texte courant,
et 7 . Le mot materiae est donc appuyé par tous les témoins A dont il est possible d'obtenir lignes 82-83, des mots autem aut, correspondant à des abréviations souvent confondues,
l'avis convergent. a provoqué l'oubli presque inévitable de l'un des deux mots, sans qu'on puisse avec
(60) Voir plus haut, p . 104* et notes 40-41. certitude déterminer lequel ; le regroupement des manuscrits A autour de l'omission de
(81) Voir plus haut, p . 103* et note 39 . aut est donc, ici, sujet à caution ; de plus on remarque que des manuscrits B rangés

126 * LE a DE ANIMA» D'AVICENNE SPECIMINA CODICUM 127*

part, là où cette double traduction affecte non pas des mots isolés, aptitudo autem eius ad destructionem non est ex suo effectu perma-
mais des membres de phrases, elle ne risque guère de passer inaperçue nendi : intentio enim potentiae alia est ab intention effectus, et
et de ne pas provoquer le regroupement des manuscrits P, V, ou T, V, 4o relatio huius potentiae alia est a relatione huius effectus ; relatio
ou T, P, V. enim huius potentiae est ad destruendum, et relatio huius effectus
7. En ce qui concerne le texte commun, ce sont certains manuscrits A ad permanendum : ergo ex dztabus causis diversis sunt in re hae
appartenant à la série des quatorze manuscrits dont le regroupement duae intentions . Dicemus igitur quod in omnibus compositis et
fait apparaître les leçons A, qui présentent le plus de fautes évidentes : simplicibus existentibus in compositis possunt coniungi effectus
les manuscrits n os 3, 10, 15, en ont de dix à quinze, les manuscrits
nos 4 et 11, au moins cinq ; parmi les manuscrits appuyant les leçons B,
au contraire, ceux qui ont le plus de fautes évidentes en ont cinq ou six
(nos 30 et 29), et tous les autres en ont moins.
8. La collation de tous les manuscrits pour un même texte de soixante 38 aptitudo . . . permanendi] i . m. C i. m. 27 om. hom . 15, 19, 20, 39 38 autem]
om. 26, 42 38 eius] om. 50 38 destructionem] eius add. 10, add . sed exp . 17
lignes rend déjà manifeste la parenté de certains d ' entre eux (tels,
38 est] sup . lin . al . man. 33 esse sed videtur expunxisse 41 38 suc] om. 28 defectu
les mss nos 3 et 7, les mss n os 1, 5, 16, 17,) mais le classement des add . sed exp . 44 38 effectu] affectu 36 39-52 intentio . . . permanendi 2] om . 23
cinquante manuscrits sera discuté dans l ' Introduction générale des 39 enim] autem 19, 38 39 potentiae] positione (dub .) 34 39 alia] aliqua 15,
Livres I-II-III ; il n'y a donc pas lieu d'en amorcer l'étude ici. 50 39 intentione] huius add. sed exp . 33 39-40 intentione . ., alia est a] om.
hom . 48 39 effectus] vel effectu 16 affectus 30 actus 37 39 et] etiam 2 om . 32
39-40 et relatio . . . huius effectus] om. hom. 33 40 relatio 1] resolutio scrib. sed i.
De Anima, Livre V, 5, p . 120, 35 à p. 124, 95:
m . relatio add . 6 non 15 40 huius potentiae] inv. 15 40 potentiae] potentia
3, 30 potentiae sed in position corr. 34 40 alia] aliqua 50 40 alia est] inv . 15
35 Dicemus igitur quod nulla causa destruit animam aliquo modo. 40 est] om. 11 40 a relation] ab intentione 37 40 huius 2 ] om. 49 40
Quicquid enim Bolet destrui ex aliqua causa, in illo est potentia effectus] affectus (dub .) 4 40 relatio 2 ] ratio 3, 10 ratio scrib. sed in relatio corr.
al . man. 7 40-41 relatio 2. . . effectus] om. 26, 36, 42, 48 41 enim] i. m. 6
destruendi in quo est ante destructionem effectus permanendi ;
41 huius 1 ] om . 16, 40 41 potentiae] positione 34 41-42 et relatio . . . perma-
nndum] om . 11, 18 41 effectus] est add . V est add. 3, 4, 10, 14, 20, 32, 33, 34,
37, 39, 46, 50 est add. sed exp. 7 om . 2, 15 42 ergol non ergo 14 42 ex duabus
35 dicemus] dieetur 15, dicimus 26, 42 35 igitur] sic sed insuper add . i. m . al. causis diversis] ad duas res diversas PV ad (a, 2) duas res diversas 1, 2, 4, 10, 11,
man . T insuper V insuper 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 38 insuper scrib. 16, 17, 18, 34, 37, 38 ad duas diversas 3 ad duas res diversa 15 ad duas res diversas
sed exp. al . man . et i . m . igitur add . 7 ergo 14, 28, 31, 37, 40, 50 35 quod] quia ex duabus causis diversis 5 ad duas res diversas acrib. sed del. et i. m. ex duabus
27,32 35 nulla] dub . 39 35 causa] om. 16 et add. 30 35 destruit] causis diversis add. 7 42 duabus] om . 50 42 duabus causis] inv. 39, 41
destruat 3 35 animam] aliam 4, 10, 34, 40 35 aliquo] ullo V ullo 3, 4, 42 diversis] diversi 28 om . 33 42 sunt] inveniuntur PV inveniuntur 1, 2, 3, 4,
5, 10, 15, 16, 38 ullo scrib . sed exp . al . man . et in aliquo torr . 7 nullo 1, 2, 11, 17 5, 10, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 37, 38 inveniuntur scrib. sed del . et i . m . sunt add. 7
alio 20, 39, 41, 47 36 enim] om . 29, 36 i. m . al. man . 46 36 destrui] om. 37 fiunt 30 42 re] una re TPV mare 1, 2, una re 3, 4, 10, 11, 17, 18, 34, 38, 40 uns,
36 aliqua] alia 20, 38 36 aliqua causa] inv. 11 ' 36 causa] quae sit in eo add. re scrib. aed una exp . 7 uns re post intentiones 15 re uns aed uns, exp . 16 uns, add.
TPV quae ait in eo add. 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 14, 15, 16, 17, 18, 34, 37, 38, 40 quae aup. lin . al. man. 33 naturas (dub.) 37 et add . 13 id 30 omne quid 39 42 sunt in
sit in eo add. sed postes exp . 7 quae sit in eo add . al . man. sup. lin. 33 36 in illo re] in re sunt 26, 42, 46 sunt natae 50 42 hae] istae 4, 34, 50 42 hae duae]
est] quae ait ex 39 36 illo] illa 40 ipso 50 36 est] erit sed in est torr. 19 om. om. 37 43 duae] om. 2 43 intentions] intentione 15 sunt add. sed exp. 20
49 37 ante] autem scrib. sed al . man. in ante torr. 1 om . 3 i. m . 7 auteur ante 43 dicemus] dicimus 26, 42 43 igitur] ergo 10, 19, 44 etiam (dub .) 4, 34 43
est 18 auteur 11 aut 37 37 destructionem] destruction 2 deetructio in 10 ~' . quod] licet add. PV licet add . 1, 2, 3, 4, 5, 10, 16, 17, 18, 34,38 licet add. sed exp.7
destructio est 11, 15, 18 destructio 13 37 permanendi] permutandi 20 hoc add. 11, 15 43 in] om. 14 43 in omnibus] iter . 38 43 compositis]
compositions et in altero compositis add. i. m . P oppositis 3, 10 43 et] in 26 ex
30,32 43-44 et simplicibus . . . compositis] om. hom . 28, 36 44 existentibus]
habituellement parmi les manuscrits non contaminés (par exemple les mss nos 30 et 45) om. 16 consentibus (dub .) 19 existentis 25 44 in] om. V om . 1, 38 44 compo-
appuient eux aussi l'omission de aut. Nous avons donc négligé ce cas comme non signi- sitis] compositum 15 componentibus 26 compositibus 42 44 possunt] possint V
ficatif. â ` possint 1, 2, 15, 16, 17, 18, 38 44 posaunt conungi] inv . 45

128 * LE a DE ANIMA * D'AVICENNE SPECIMINA CODICUM 129 *

45 permanendi et potentia destruendi ; in rebus autem simplicibus in substantia eius potentia permanendi et effectus permanendi;
separatis per se, impossibile est haec duo coniungi . Et absolute iam autem constiterat quod effectus permanentiae illius sine dubio
dicimus quod impossibile est coniungi in aliquo unius essentiae has non est potentia permanentiae illius, et hoc constat . Ergo effectus
duas intentiones. Quicquid autem permanet et habet posse destrui, 55 permanentiae illius est aliquid quod accidit habenti potentiam perma-
permanendi habet posse ; permanentia autem eius non est omnino nendi ; ipsam autem potentiam non habet essentia quae est in effectu,
5o necessaria, et quia necessaria non est, est possibilis ; possibilitas sed habet eam id cui accidit in sua essentia permanere in effectu,
autem quae duo habet extrema est natura potentiae : ergo est
52 in] om . 25 potentia add . 39 52 eius] om . 3, 7 est 10 52 potentia] poten-
tiae 4 52 permanendi 1] destruendi 30 52 et] vol 20 52 et effectus
permanendi] om, hom. 11, 15, 17, 28 52 effectus] affectus 14 (dub.)
45 permanendi] permanendo 15 45 et] in 3 in 8cr. sed exp. et sup . lin . et add . 7 28 52-53 permanendi 2 . . . effectus] i . m. I 53-58 iam autem . . . suae essentiae]
in scr, sed exp . et et add . 26 45 in] omnibus add. 4 45 autem] tamen PV om . 50 53 autem] enim I 53 constiterat] constat 40 53 quod] ont. 30
1 tamen 1, 2, 4, 5, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 38 tamen ante in rebus 3 tamen ante in 53 permanentiae] permanente 15 permanendi 39, 48 53 illius] aliquid quod
rebus sed postea exp . 7 tantum auteur 10 45 simplicibus] pluribus 10 om . 50 et accidit roi add . sed videtur expunxisse 10 est add . 25 ipsius 28 53-54 sine dubio
add. 20, 37 46 separatis] iter. 20 46 per] a 30 46 impossibile est] inv. T non est] non est sine dubio 16 53-54 sine dubio . . . illius] i. m. al. man. 6, 31, 33
inv . 26, 40 46 est] autem add . 3, 10 autem add. sed exp. 7 46 haec] om. 16, om. hom . 30, 32 om . sed non est potentia permanentiae illius i. m. add. al . man . 40
25 46-47 haec duo . . . impossibile est] om . hom. 17 46 coniungi] iungi 30 53-55 sine dubio . . . effectus permanentiae illius] ont. hom. 35 54 est] permanentia
46 et] quia 5, 11, 16 ergo add. 14 om . 26 46-47 et absolute . . . est coniungi] om. add. 15 ont. 20 54 permanentiae] permanente 10, 15, 48 54 permanentiae
hom . 2 47 dicimus] dito 3 dicendus 6 diximus 10, 48 dicemus 39 47 quod] illius] om. V om . 1, 5, 16, 17, 38 54-55 et hoc constat . . . illius] om . hom . T
~I

quia 6 47 est] om. 16, 20 haec duo add . sed exp . 14 haec add. 32 47 coniungi] 54-55 illius et hoc . . . potentiam permanendi] om . 19 54 et] om . 40 54 hoc]
om . 3, 4, 34 i . m . 7 47 aliquo] alio 2, 20, 39 aliqua 4, 34 47 uuius] (dub .) 40 quod add . 2 54 ergol erit ergo P ergo erit V erit orgo 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 15, 17,
48 dual] iter . 20 48 intentiones] et hoc est ipsum add. P et hoc est quia add . V 18, 34, 37 erit ergo sed postea exp . erit 7 ergo erit 38 erit igitur 14, 16 55 illius]
et hoc est quia (quod 2) add. 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 38 et hoc quia eius sed in illius corr . 14 alius sed in illius corr . 26 ipsius 33, 37, 38 55 est] om.
III add, sed exp . 7 48 auteur] enim T om . PV ont . 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 15, 16, 17, PV om . 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 14, 15, 16, 17, 18, U. 37, 38 sup . lin . 7 55 aliquid
18, 34, 38 auteur sup. lin. 7 vel enim add . 33 enim 40 48 et] om . V 48 destrui] quod accidit] om. 2 55 accidit habenti] habet 37 55 accidit habenti poten-
et add . 14, 16 om. 36 49 permanendi] permanentia 36 49 permanendi habet] tialn] videtur rescripsisse supra rasuram 33 55 habenti potentiam] rei oui inest
inv. V inv . 1, 2, 3, 4, 5, 7, 10, 14, 15, 16, 17, 18, 34, 38 49 permanendi habet potentia PV roi (ci 17 om . 2) oui inest potentia 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 15, 16, 17, 18,
posse] habet posse permanendi 11 49 posse] esse 5, 18 49 permanentia] per 34, 38 roi oui inest potentia sed del . et potentia in potentiam corr . atque habenti i.
materiam 15 permanens 28 49 autem eius] inv . 39 49 autem] vero PV vero m. add. 7 55 potentiam permanendi] om. 28 55 permanendi] ante potentiam
1, 2, 4, 5, 7, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 38 vero post eius 3 enim 10 om . 40 49 eius] 2 56 ipsam] iam 39, 41 56 ipsam . . . essentia] ipsa autem potentia non habet
om. 1, 5, 16, 30 i. m. 17 huius 31, 37 49 non est omnino] omnino non est 40 essentiam T ipsa autem (om . 33 habet add . et exp . 40) potentia (et add 30 sed add.
49 est] sup . lin. 6, om. 30 49 est omnino] inv. 48 49 omnino] om . 28, 37 et exp . 33) non habet essentiam (esse id 36) 6, 30, 33, 36,40 sed non habet essentiam
50 et] om . 16, 20 ut 28 50 et quia necessaria] om . hom . 32 50 quia] omnino 37 56 ipsam auteur . . . essentia quae est] ipsa ergo potentia non est (erit P)
add . V omnino add. 1, 16, 17, 38 quod 2 50 necessaria non est] non est omnino essentia aliqua animae (aliqua animae inv . P) PV ipsa (impossibilis 15) ergo (vero
necessaria 5 non est necessaria 1, 13, 16, 17, 38 50 necessaria non] inv. 37 10) potentia non est (in add . 11) essentia (existentia natura 3) aliqua (qua sed corr.
50 necessaria 2] om . 2, 11, 15, 18 necessarium 26 non possibile add. i . m . al . man. al . man. in aliqua 1 om . 3) animae (om . 2) 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 38
33 50 est 2 ] om . S om . 2, 11, 15, 18, 20, 25, 28, 33, 36, 37, 40 i .m . 7 et 30 50 ipsa ergo potentia non est est existentia aliqua animae scrib. sed exp . et aup . lin.
est possibilis] inv. 26, 42, est impossibilis 14, 45, 47 impossibilis 48 50 possibi- t add . habet atque i. m. essentiam quae est add. 7 56 potentiam] potententiam 29
litas] quae add. sed exp . 16 potestas 30 51 autem] i. m. 7 om. 26, 33, 36, 42 56 non habet] iter . 13 56 essentia] essentiam 35 56 quae] quod 36 56 in]
enim post quae 3 enim 10 eius add. 28 51 quae] om. 13 non add. 15 51 duo om . P om . 3 quae est forma in unaquaque re et ex aliquo alio habenti hune effec-
habet] recipit duo PV recipit duo 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 37, 38 tum add . sed del. 40 56 effectu] effectum 30 57 sed] se 37 57 sed habet . ..
recipit duo sed exp. recipit et habet sup . lin. add. 7 inv . IST inv. 6, 13, 14, 19, 20, permanere] immo roi cuius essentiae accidit permanere PV immo (est essentia add.
25, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 35, 36, 39, 41, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 50 51 natura] 1, 15, 16, 17) roi (om . 1) cuius (eius 2) essentiae (existentiae 3) accidit permanere
ergo add. 15 51 potentiae] potentiae 29 positions scrib. sed exp. et potentiae add. (permanens 3) 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 38 immo roi cuius essentiae
t
i. m. al . man. 40 51 ergo est] est igitur PV est igitur 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 16, accidit scrib . sed exp. et i. m. sed habet eam id oui accidit in suaessentiapermanere
17, 18, 34, 38 est igitur scrib. sed exp. et ergo est sine dubio add . i . m . 7 igitur 15 add . 7 57 eam] esse 36 57 id oui] ration id enim 30 57 in 1] ont. 33
iter. 48 57 in effectu] effectum 3

~
i.

130* LE «DE ANIMA* D'AVICENNE 1 SPECIMINA CODICUM 131 *

quae <non> est veritas suae essentiae : sequitur ergo ex hoc ut eius materiam ; sed si est composita, dimittamus nunc compositionem et
essentia sit composita ex aliquo quod, cum habuerit essentia eius, 6,5 consideremus substantiam quae est materia et convertamus verbum
60 sit in effectu, quae est forma in unaquaque re, et ex aliquo habenti ad ipsam eius materiam et loquamur de ea dicentes quod ipsa materia,
Aune effectum quod habebat in natura sua potentiam eius, quod est aut dividitur sic semper si volueris loqui semper, quod est impossibile
materia eius . aut non destruetur id quod est substantia et radix : nostra autem
Ergo si anima est simplex absolute, non dividitur in formam et locutio est de hoc quod est substantia et radix, quod vocamus ani-
58 quae] quae accidit essentiae eius et P et V et 2, 3, 4, 10, 11, 15, 18, 34, 38 et
sed quae add. sup . lin. al. man. 1 quae quod 5, 16, 17 rescripait supra rasuram 7
qui 20 58 non] suppl. ex arabico 58 veritas] unitas 35, 37, 48 unitas scrib . in add . 1, 5, 17, 38, 40 64 sed] om . 16 64 est] esset 17 om. 25 64 dimit-
sed vel veritas add. sup. lin. al. man . 33 58 suae esaentiae] essentiae eius PV tamus] dimittimus 14, 45, 47, 49 64 nunc] tune V tune 30, 38 materia add . 3
essentiae eius 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 16, 17, 18, 34, 38 essentia eius 15 essentia eius materia add, aed exp . 7 et materia 4 ex materia 34 64 compositionem] com-
8crib. sed exp. et suae sup. lin . add. 7 58 essentiae] aliter (dub.) aliquid quod positum PV compositum 1, 2, 3, 4, 11, 16, 17, 18, 34, 38, 39 componitum 15 com-
accidit ci inest potentia permanendi itam ( ?) ergo potentia non est essentia aliqua positum scrib . aed in compositionem corr. 7 compositam 5, 10 composition (dub .)
animae in effectu immo est essentia roi oui accidit permanere in effectu quod est I ' 35 65 consideremus] consideramus (dub .) 4, 14, 34, 49 conderemus 7 65 quae]
veritas essentiae add . 37 58 ergo] om . 6, 15, 27, 30, igitur 29 ut hoc quod est om . 35 65 est] in add . 20, 27, 50 65 materia] eius add . TPV eius add . 1, 2, 3,
essentia add. sed ut hoc quod est exp . 37 58 ex hoc] om . 3, 34, 37, 39, 41, 50 4, 5, 7, 10, 11, 15, 16, 17, 18, 32, 34, 37, 38, 39, 40 eius add . sup . lin. al . man. 33
i, m. 7 58 ut] quod 1, 5, 13, 16, 17 58 eius] sua 20 58 eius essentia] inv . materiam 19 65-70 et convertamus . . . ipsa et alio] om. 50 65 convertamus] in
11,17 58-59 eius essentia . . . habuerit] om . hom. 36 59 ex] ab 28 59 aliquo] add. 2 cum vertamus 36 ad udd, aed exp . 45 65 verbum] am . 10, 29 66 ad]
alio 2, 4, 20, 34, 50 alia 39 59 quod] om. 25 59 quod cum habuerit] per iter. 40 66 ad ipsam eius materiam] ab ipsa eius materia 30 66 ipsam]
quod PV per quod 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 38 vel per quod add. 37 om . 4, 34 66 ipsam eius] inv. 7 66 eius] am . 13 66 eius materiam] inv. 4,
59 quod cum habuerit essentia] per quod existentia scrib . aed cum habuerit essentia 34,39 66 et] om. 37 66-67 et loquamur. . . dividitur sic] om . 3 i m . 7
eius sit in effectu i . m. add. et postea essentia eius sit in effectu del. 7 59 essentia] 66 loquamur] sequamur 48 66 es] eo 37 66 dicentes] dicentens 29 66 ipsa]
esse natura 14 iter . 23 essentiam 26 59 eius] om. V scrib . sed exp . et in huius ea 29 66 ipsa materia] inv. 4, 34 67 aut] ibi 2 om. 15, 40 67 dividitur]
corr . 37 60 sit] fit I est 4, 34, om . 13, 39 60 quae] quod PV quod 1, 2, 3, 4, scilicet in materiam et formam et add. V scilicet in materiam et formam et add . 38
5, 7, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 38 quid 10 60 in] et in 10 sup . lin. (dub .) 26 et 67 sic] om . 1, 5, 16, 17, 20 67 semper] semper scilicet in materiam et formam T
scrib . sed in in corr . 32 om . 42 60 re] rei 15 60 et] om . 13 60 aliquo] alio semper sc ilicet in materiam (naturam 2, materia 6) et formam (forma 6) 2 i. m. 6,
4, 18, 34, 40, 44, 50 quo 13, 15, 39, 41 am. 23 60 habenti] habente 14 habent 29 11, 15, 18 i . m . al. man. 33, 40 semper in materiam et formam 39 scilicet in mate-
60-61 habenti hune effectum] oui advenit iste effectue PV oui advent (accidit 4, riam et formam 1, 5, 14, 17, 32 scilicet in formam et materiam 16 scilicet in mate-
34 event 10 convent 15) iste (ille 1, 3, 4 sic 2) effectue (effectue 15) 1, 2, 3, 4, 5, riam et formam semper 4, 34 formam semper 3 scilicet per (sequitur lacuna sexlitt.)
10, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 38 oui advent iste effectue scrib. sed exp . oui advent iste in materia et forma 10 67 si] et si PV et si 2, 3, 4, 10, 11, 15, 18, 34, 38 et si
et sup. lin. habenti hune add, atque effectue in effectum corr. 7 61 hune] habet acrib . sed et exp. 7 et sic 1, 5, 16, 17 sed 39 67 volueris loqui] om.. 1, 5, 16,
30, 37 unum 50 61 quod 1] qui 14, 45, 46, 47 quem 37 et 39 61 quod habe- 17 inv. 10, 18 solveris loqui 3, 4, 34 volueritis loqui 14 voluerimus loqui 37 67
bat . . . quod est] in natura cuius est potentia quae est PV in (a 11) natura cuius loqui] sic add. ante loqui ISV sic add. TP sic add. 2, 3, 10, 14, 15, 18, 23, 33 add.
(eius 2, 10, 11, 15, 18 rarua 38) est (ineat 10) potentia (in potentia 4, 34, 38) quae Fr sed exp . 7 sic ante loqui add. 4, 26, 28, 34, 37, 38, 40, 42, 44, 48 67 semper] sic
est 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 38 in natura cuius est Potentia oins quae semper ante loqui 11 67 quod] om . TPV om . 1, 2, 3, 4, 10, 11, 15, 18, 34, 38
est scrib . sed cuius est exp . et quod habebat add. sup . lin. 7 61 potentiam] po- aup . lin . 5 aup . lin . 7 acrib . sed exp . 33 67 impossibile] inconvenens PV incon-
tentia C potentia 13, 19, 20, 23, 29, 33, 35, 36, 37, 40, 61 eius] et add. 30 venens 1, 2, 3, 5, 10, 11, 15, 16, 17, 18, 38 convenens 4, 34 inconveniens sed del.
om . 32, 40 61 quod ] quae 29, 40 61-62 quod est . . . eius] i, m . I 61 est] ~.` et sup . lin. impossibile add. 7 possibile 32 67-68 impossibile aut . . . quod est] om.
om. 13, 23 sup. lin . 17 in add. 14, 45, 47, 48, 50 62 materia] in natura T in na- hom. 48 68 aut] autem 3, 5, 10 68 non] om . 49 68 destruetur] destruitur
tura 40 62 materia eius] inv . 49 62 eius] om. 14, 45, 47 ci 33 aliter (dub .) et 6, 32, 33 68 id] illud 17 68 quod] autem add. aed exp. 33 68 et] om. 2
ex aliquo oui advenit iste effectue in natura cuius est potentia quae est materia aut 37 68 radix] scilicet materia add. T soilicet materia add. 2, 10, 11, 14, 15, 18
eiva add. 37 63 ergo ai anima est] i . m . 40 63 anima] a 26 63 est sim- < et est simile illi animae .add . sed postea del . 7 68-69 nostra . . . radix] i. m . 6 am . 13,
plex] est add. 4 in substantiam 10 inv. 34,49 63 absolute] profecto add . V 23, 29 . 39, 46 68-69 nostra . . . anmam] i . m. al. man . 1 i .m . 7 68 autem] etiam
profecto add. 1, 3, 4, 5, 15, 16, 17, 18, 34, 38 perfecto add . 2, 11 profecto add. sed 28 69 locutio] locutione 36 69 est 1] om. 6 post hoc 15 69 de] sup . lin . al. man.
exp . 7 profeto add . 10 63 non] ut 10 63 dividitur] scrib. sed videtur corr, in ~ 40 69 hoc] eo 6, 19, 32, 49 secundum add . 18 69 substantia et radix] inv . 20
dividetur 33 quod add. 37 63-64 in formam et materiam] in forma et materia 69 et] est sup. lin. add. 18 69 quod] quam 30 69 quod vocamus anmam] et
10, 18 in materiam et (in add. 20) formam 13, 20 materia in formam 23 '.
63 et]

132* LE « DE ANIMA n D'AVICENNE f SPECIb1INA CODICUM 133 *

70 main ; non est enim locutio nostra de re composita ex ipsa et alio. animae non est potentia corrumpendi . Sed generatorum corrup-
Manifestum est igitur quod in eo quod est simplex non compositum tibilium, corrumpitur quod est compositum et coniunctum ; potentia
aut radis compositi, non conveniunt effectus permanendi et potentia vero destrui non est in intention secundum quam compositum
destruendi comparatione suae essentiae : si enim fuerit in eo potentia 8o est unum, sed in materia quae est in potentia receptibilis utro-
destructions, impossibile est esse in eo effectum permanendi : si rumque contrariorum : ergo in destructo composito non est potentia
75 autem fuerit in eo effectus permanendi et habuerit esse, tune non permanendi vel destruendi nec conunguntur in eo . Materia autem
est in eo potentia destruendi : ergo manifestum est quod in substantia aut est permanens non propter potentiam ex qua apta est ad perma-
77 animae] autem 3 77 est] secundum 10 ei add. sed exp. 4 substantia add . 35
om . 49 77 est potentia] inv. 31 77 potentia] potentiam 10 77 generato-
rum] et add. 2, 10, 11, 14, 15, 18, 36 generatio 3 generatarum 15 77 corruptibi-
lium] corruptorum 10 cum (dub .) add . 15 corruptilium 35 corrumptibilium 48
78 corrumpitur] enim add. V enim add . 1, 5, 10, 11, 14, 15, 16, 17, 18, 37, 38, 40,
enim add . sup . lin . al. man. 33 corrupitur autem 4, 34 autem add . sed exp . 7 cor-
est simile animae PV et (sup . lin . 18) est simile (illi add. 3) animae 2, 3, 4, 10, 11, rumpit 36 corrumpere (dub .) 45 78 quod] non add . 11, 18 78 quod est] om.
15, 18, 34, 38 et est simile animae scrib. ante nostra autem locutio sed del . 1 70 V 78 et] in 3, 4, 34 in sed exp . et sup . lin . et add . 7 om. 33 78 coniunctum]
non] nota sed torr . in non 7 ana . 16 70 est] om . 10, 11, 31 70 est enim] inv. et add. 34 79 vero] enim 37 79 destrui] destruendi TPV destruendi 1, 2, 3,
T inv . 4, 14, 15, 17, 20, 34, 40, 45, 47, 49 70 enim] ci (dub .) 23 om. 32 sup . lin. 4, 5, 6, 10, 11, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 30, 32, 33, 34, 37, 38, 40, 50 destruendi sed tin
37 70 locutio nostra] inv. 32, 33, 37, 48 70 nostra] om . T om . 40 70 de destrui torr. 7 est add. sed exp. 29 diffinita 39 destructibilium 49 79 non est]
re] dicere sed in de re torr . sup . lin . al . man. 33 om . 48 70 ex] et 10 70 ipsa] om. 26, 42 79 in] om . 1, 10, 39, 48 79 secundum] scilicet 3 sed et i. m . in
scilicet materia add. 2, 11, 14, 15, 18 materia add. 10 illa 16 ipso 26 alia 37 70 secundum torr . 7 79 quam] quod 2, (dub .) 3, 4, 15, 34 quod est 10, 11, 18
alio] alia 2, 4, 10, 15, 33, 34 alia sed torr. in alio 40 scilicet (dub .) add. 15 71 79 compositum] om. 13 et coniunctum potentia vero destruendi non est in inten-
manifestum] et manifestum 4 71 est 11 om . 5, 33 71 igitur] ergo 3, 7, 14 tion add . sed del. 15 positum 26 80 est 1] om. 7 80 est unum] om. 15 inv. 17
om . 45 71 in] omni add. PV omni add. 1, 2, 3, 4, 5, 7, 10, 14, 15, 16, 17, 18, 34, 80 unum] om . 36, 49 80 sed] est add. C est add. 3, 7, 35, 50 si 2 scilicet 13, 23
38 71 simple$] et add . 48 71 non] est add. 2, 4, 10, 11, 15, 18, 34, 36 72 80 in 1 ] om . 14, 33 potentia add . sed exp . 46 80 quae] quod 26, 42 quod sed exp.
aut radis compositi] om . 13 72 aut] vel est PV vel est 1, 3, 4, 5, 10, 11, 15, 16, et quae sup. lin. add. 7 80 quae est in potentia] potentiae quae est 32 80 in 2]
17, 18, 34, 38 vol est sed in aut sup. lin. torr. 7 et est 2 aut est 14 72 radia] et om. T om . 3, 36, 40 80 in potentia] impotentia 23 80 receptibilis] rationalis
est simile illi animae add. sed exp . et i. 'm. compositi add. sed hoc verbum exp. 7 3 rationalis sed exp . et . i . m . receptibilis add . 7 receptibili 13, 23, 49 receptibili ante
72 compositi] compositum 2 composita 15, 19, 20 et add, sed exp . 7 72 conve- potentia 30 recipitur 39 80 utrorumque] utrorum 2, 33, 41 utroque sed in utro-
niunt] convent 13 conmovent (?) 16 72 et] sup . lin . 46 72-73 et potentia rumque torr . 17 utrumque 3, 4, 39 utriuque 34 81 contrariorum] om. 15
destruendi] om . 16 73 destruendi] distribuendi 41 73 comparatione] compo- 81-86 ergo . . . in eam] om . 50 81 ergo] om . 4, 34, 39 81 in] om. V sup . lin, al.
sition (dub .) 15, 16, 32 comparationem 50 73 suae essentiae] inv. 7 73 es- man . 1 om . 23, 38 etiam 32 81 composito] om. 10 81 est] om . 30 81
sentiae] quod add . 23 73 fuerit] positum vel radia compositi add. 3 positum vel potentia] potestas sed in potentia torr. 7 post destruendi 11 81-82 potentia
tibi (?) radia compositi add. sed del . 7 fuerint 15 73 fuerit in eo] in eo fuerit 26, permanendi] inv . 44 82 permanendi] componendi 13, 23 82 vel] et T nec 10
37,42 73 eo] ea TV se (dub .) 10 om . 25 73-75 potentia . . . in eo] om. hom. 40 vel sed exp . et sup . lin. al. man . et add . 33 et 40 82 nec] materiae 39 non 41
73 potentia] suae add. 50 74 impossibile] etiam impossibile 2 etiam possibile 10, 82 conunguntur] conungetur 3 conungitur 11, 13, 30 conungimur 33 conungunt
15, 18 et possibile Il possibile 26, 42 74 esse in eo] in eo esse IV in eo esse 1, 4, 37 82 eo] esse 10 ea 14, 45, 46, 47 82-83 autem aut est] est autem 3
5, 10, 15, 16, 17, 20, 34, 37, 38, 49, 50 74 esse] om. 28 74 in eo] om . 39 83 aut] om . 1, 3, 4, 5, 10, 11, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 30, 33, 34, 37, 39, 41, 45 8up.
74 effectum] potentiam sed i . m . effectum add. 19 effectus 30 74 permanendi] lin. 7 nec 19 non 20 83 est 1] om. 2, 37 sup . lin. 17 83 est permanens] inv.
permutandi 11 74 si] om. 2 74-75 si auteur . . . permanendi] i. m. S om . hom. 4,34 83 permanens] aut i. m . add . 6 83 non] sup. lin. al. man . 1 nec 10 exp.
32, 36 i. m . al . man. 33 in eo 37 75 autem] enim 16 75 eo] esse T om. 39 31 i. m. 33 83 propter potentiam] potentia 16 83 potentiam] impotentiam
75 habuerit] habendi TPV habendi 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 16, 17, 18, 33, 34, 37, 38, 11 83 ex qua apta est] qua praeparant eam PV qua (quae 4, 34 quam sed m
40 habendi sed torr . in habuerit 7 potentia habendi 15 75 esse] in esse 19 exp . 17) praeparant (praeparat 4, 34 praeparavit 3) eam 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 15,
75 tune] vel add. 10 75-76 tune non est in eo] non est in eo tune 1 76 est 1 ] 16, 17, 18, 34, 37, 38 qua praeparavit eam sed exp . et i. m . ex qua apta est add . 7
om. 10 76 in eo potentia] in potentia in eo 49 76 eo] ea 26, 42 76 ergo] ad quam est apta 20 83 apta est] inv. 39 83-85 apte est . . . potentiam] om.
igitur 30 76 est 2] om . 23, 33 76 in 2] om. 10 76 in substantia] ille 3 36 83-85 apta est. . . ex qua] om. hom . 25 83 ad permanendum] om . 2 ad per-
76-77 in substantia animae] i. m . 7 76 substantia] essentia 4, 34 manendam 10, 11, 18 ad percipiendum 15

134* LE a DE ANIMA* D'AVICENNE I SPECIMINA CODICIIM 135 *

nendum, sicut quidam putaverunt, aut est permanens propter 90 finitur virtus permanendi et corrumpitur, illa affirmat illud idem de
s5 potentiam ex qua permanet ; in ea autem non est potentia destrui : eo quod est generatum ex materia et forma, in cuius materia est
nam potentia destruendi habet aliud quod contingit in eam. Potentia virtus permanendi ipsam formam et virtus corrumpendi ; ex quibus
vero destructions simplicium quae sunt in materia est in substantia duobus constat simul, sicut iam didicisti, ergo ostensum est huma-
quam habet materia, non in substantia eorum . Probatio autem quae nain animam non corrumpi ullo modo, et ad hoc perduximus nos-
affirmat omne generatum esse corruptibile secundum hoc quod 95 trum verbum nutu divino.
84 aut] sed 14 auteur 30 84 est permanens] inv. 48 84 est] om. 13 84 per- 90 finitur virtus permanendi] virtus permanendi finitur 25 90 virtus] potentia
manens] am . 2, 10, 11, 15, 18 permanendum sed in permanens torr . 23 84 per- TPV potentia 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 38, 40 potentia sed exp . et i.
manens propter potentiam] propter potentiam permanens 6, 27, 30, 32 85 m . virtus add . 7 vol potentia add . sup . lin . al . man. 33 90 et] om . 14 90-92
potentiam] potententiam 29 85 ex qua] per quam PV per quam 1, 2, 3, 4, 5,
et corrumpitur . . . permanendi] om . hom . 10 90-91 corrumpitur . . . est generatum]
10, 11, 14, 15, 16, 17, 18, 34, 38 per quam sed in ex qua torr. 7 ex equa 29 aut est
ob hoc (ob hoc om. P) corruptio fit ci necessaria per hoc quod est compositum vel
permanens ex qua 32 apta est ad permanendum add. sed exp . 48 85 permanet] generatum (generatum compositum vel P) PV ob (ab 3) hoc (quod add. 2,14 eorum
manet 15 85 in ea autem] quae TPV quae 1, 2, 3, 4, 5, 11, 14, 15, 16, 17, 18,
add . 4, 34) corruptio (corpore 3) fit (ait 2, 4) ei (ei ante fit 1, 5, 16, 17) necessaria
34, 37, 38, 40 quae aed exp. et sup . lin . in ea add. 7 qui 10 sic sed videtur al . man.
per hoc quod est compositum vel (et 4, 34) generatum 1, 2, 3, 4, 5, 11, 14, 15, 16,
exp. et sup . lin . quae add . 33 85 es] eo 30, 39 85 est] om . 20, 35, 38
17, 18, 34, 37, 38 ab hoc corpore fit ei necessaria per hoc quod est compositum vol
85 destrui] destruendi TPV destruendi 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 14, 15, 16, 17, 18, 23,
generatum sed del. et i . m. corrumpitur illa affirmat illud idem de eo quod est
32, 33, 34, 37, 38, 39, 40, 49 destruendi aed in destrui corn. 7 permanendi 13 destruit
generatum add. 7 90 illa] om . T illo 39, 41 om . 40 90 affirmat] autem add.
29 om . hom. 2 i. m . 17 86 potentia 1] potentiam I potentiam 6, 25, 27, 30, 32,
T quod add. 40 90 idem] sup . lin al. man . 40 91 eo] quo 36 91 materia 1]
36, 41, 45, 46, 47, 48,49 86 habet aliud] aliud est TPV aliud est 1, 2, 4, 5, 11,
hiis 4, 11, 18, 34 91 et] vel sed exp. et sup . lin . et add . 7 91 forma in] om . 30
15, 16, 17, 18, 34, 38, 40 aliud est aed est exp . et sup. lin. habuit add. 3, 7 alia est
91 in] et 6, 26 om . 4 91 in cuius] om. 48 91 cuius] secus 4 eius 14,15 92
10 est aliquid 14 habet aliud sed habet exp . et post aliud al. man. est add. 33 adest
virtus 1] potentia PV potentia 1, 2, 3, 4, 5, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 38 potentia sed
(dub .) 37 86 aliud] aliquid 29 id 30 86 contingit] contiegit ( ?) 17 contingat exp . et sup. lin. virtus add . 7 92 ipsam formam] ipsa forma 13, 23 92 et]
25 est 49 86 in] om . 48 86 eam] ea TPV ea 1, 2, 3, 4, 5, 7, 10, 11, 14, 15,
om . P vel V 92 et virtus 21 om. 25 92 virtus 2] potentia i.m. P potentia V
16, 17, 18, 30, 34, 37, 38, 40, 49 86-88 potentia 2 vero . . . eorum] om. 2, 4, 10,
potentia 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 38 potentia sed exp. et sup. lin.
11, 15, 18, 34 i. m. 3, 7 87 vero] auteur 3 i . m. 6 om . 19 87 quae] quia 39 virtus add . 7 permanendi add . 40 92 corrumpendi] corrigendi 15 92 ex] om.
87 in 1] quae 48 87 materia] non add. sed exp . 3 87 est] om. 25 87-88 est 29 92-93 quibus duobus] inv. 36 93 duobus] om . 2, 10, 39 sup . lin . 3, 7
in. . . materia] om. hom . 20 87 in 2] etiam 17 om. 30 sup. lin. 44 88 quam 93 simul] om. 14, 45, 47, 49 93 sicut iam didicisti] om. 50 93 didicisti]
habet materia] materiae PV materiae 1, 5, 16, 17, 37, 38 88 habet] in add. 33 didiscisti 18, 20, 40 didiscisti sed in didicisti torr. 31 didici 30 didicistis 34, 45, 47
88 non in substantia] iter. 5 88 non] est add. sed exp. 48 88 in] om . T exp. 33 93 ergo] iam add . 3, 7 om . 40 93 ostensum] om. 2 93 est] iam add. 40 semper
88 substantia] substantia 13 88 eorum] earum V om . 19 earum 38 88 probatio]
add. 49 93-94 humanam animam] inv . TV inv. 1, 2, 3, 4, 5, 7, 10, 11, 15, 16,
potentia 10 potentia sed probatio sup . lin . add . al. man. 33 88-91 probatio . . . ex 17, 18, 34, 35, 36, 38, 40 93 humanam] humanum 32 94 non] om. 11 94
materia 1] aliter probatio auteur quae affirmat omne generatum esse corruptibile
ullo] nullo 1 94 et] est 25 94 et ad] sup. lin. 33 94 ad] a 13 94 hoc
secundum hoc quod virtus permanendi finitur et corrumpitur illa affirmat illud add. aed exp. 7 94 perduximus] produximus V praediximus aed in perdiximus
idem de eo quod est generatum vel compositum ex materia et cetera add.. i. m . 3
torr. 2 perdiximus sed in perduximus torr . 3, 7 praediximus 10 quod duximus 25
88 autem] dub. 1 eorum add. 33 88 quae] quod V quod 2, 16, 40 est add. sed produximus 26 94 nostrum] om . 36 95 nostrum verbum] inv. 3, 4, 10, 15,
exp . 17 eorumque 37 89 affirmai] hoc est add. T hoc est quod add . i . m. 6 add. 18, 20, 29, 34, 46 inv. sed exp. verbum et ut librum sup . lin. add. 7 95 nutu]
32,40 89 affirmat] hoc facit necessarium est PV facit (om . 37 affirmat i . m. al.
intuitu 1, 5, 16, 17 mutu (?) 15 om . et aequitur lacuna quatuor litt .23 tuitu 29, (dub.)
man . 1, 5, 16, 17) hoc (om . 15 ante facit 38) necessarium (necessaria 11) est 1, 2, 3,
34 divin nutu vel intuitu 37 mitti (dub .) 48
4, 5, 10, 11, 15, 16, 17, 18, 34, 37, 38 facit hoc necessarium est acrib, sed del. et sup.
lin . affirmat add. 7 89 omne] quod omne TPV quod omne 1, 2, 10, 11, 15, 18,
38 et omne 3, 7 omne quod 5, 16, 17 quod omne quod 4, 34, 37 esse 13 esse aed
exp. et in omne torr. 50 89 omne generatum] inv . 26, 42 generatuita (?) 3 i . m.
7 est add . 5, 16, 37 89 esse] est TPV est 1, 2, 3, 4, 5, 10, 11, 15, 16, 17, 18, 30,
34, 37 38, 40 est sed exp . et aup, lin. esse add. 7 om . 32 89 esse corruptibile] inv.
33 89 corruptibile] corporale 4, 15 corporalis (dub.) corruptibile 40 89 secun-
dum] sed 40 89 hoc] om. 5, 19, 26, 42

136* LE a DE ANIMA # D'AVICENNE SPECIMINA CODICUM 137 *

Tableau des leçons doubles : p . 120, 35 à p . 124, 95 . est compositum vel generatum ex mate- est generatum ex materia et forma . ..
ria et forma . . . . ..
Leçons A 92 potentia permanendi . . . potentia cor- 92 virtus permanendi . . . virtu8 corrum-
Leçons B
rumpendi pendi
35 Dicemus insuper quod . .. 35 Dicemus igitur quod . .. 93 animam humanam non corrumpi . . . 93 humanam animam non corrumpi . ..
36 ex aliqua causa quae sit in eo . .. 36 ex aliqua causa . ..
42 Ergo ad duas res diversas inveniuntur 42 Ergo ex duabus eausis diversis sunt in
in una re . .. re. ..
43 quod licet in omnibus compositis . .. 43 quod in omnibus compositis. ..
45 in rebus tamen simplicibus . .. 45 in rebus autem simplicibus . ..
48 intentiones et hoc est quia quicquid . .. 48 intentiones quicquid autem. .. II
49 habet permanendi posse . .. 49 permanendi habet posse . ..
permanentia vero . .. permanentia autem. .. Un passage du Livre IV, p . 54, 82, à p. 56, 00, a fait l' objet d'une
51 quae recipit duo extrema . .. 51 quae duo habet extrema. .. enquête analogue à la précédente . Nous n'en reproduisons ici que
est igitur in substantia . .. ergo est in substantia . ..
l'étape finale, à savoir l'identification des leçons doubles et l ' indication
54 Erit ergo effectus permanentiae illius 54 Ergo effectus permanentiae illius est
aliquid quod aecidit rei cui inest poten- aliquid quod accidit habenti potentiam des manuscrits qui proposent soit les unes, soit les autres, comme si les
tia permanendi ; ipsa ergo potentia non permanendi ; ipsam autem potentiam leçons A et les leçons B formaient respectivement les maillons d'une
est essentia aliqua animae in effectu non habet essentia quae est in effectu même chaîne.
immo rei cuius easentiae accidit perma- sed habet eam id cui accidit in sua essen- Ont été identifiés comme leçons A les mots isolés oû les membres de
nere in effectu et est veritas essentiae tia permanere in effectu quae est veritas
eius. suae essentiae.
phrase (voir lignes 96-98) autour desquels se produit le regroupement
59 ex aliquo per quod . .. 59 ex aliquo quod cum habuerit . .. des manuscrits A, avec comme contre-épreuve le regroupement des
60 quod est forma. .. 60 quae est forma . .. manuscrits B autour d 'une formule concurrente ; le procédé inverse
et ex aliquo cui advenit iste effectus in et ex aliquo habenti hune ef fectum quod permet d 'identifier les leçons B.
natura cuius est potentia quae est mate- habebat in natura sua potentiam eius Les leçons A sont soulignées, à gauche, dans le texte commun ; les
ria eius. quod est materia eius.
63 simplex absolute profecto non . ..
leçons B le sont également, à droite . Le texte commun est celui de
63 simplex absolute non . ..
64 compositum et consideremus . .. 64 compositionem et consideremus . .. notre édition.
quae est materia eius. quae est materia. Leçons A et leçons B sont l'objet de variantes qui sont indiquées
66 sic semper scilicet in materiam et for- 66 sic semper si volueris respectivement à gauche et à droite . Les variantes ainsi indiquées con-
mam et si volueris loqui sic loqui semper quod est signent les données de tous les manuscrits, soit quarante-six manu-
67 semper est inconveniens . .. 67 impossibile . .. scrits : le Livre IV, on l' a vu, fait défaut dans les manuscrits nos 2 et
69 et radix et est eimile ani7nae 69 et radix quod vocamus animam
71 quod in omni eo quod . .. 71 quod in eo quod . . . . ..
9 ; le chapitre 4 du même livre fait défaut dans les mss n os 26 et 49.
72 vel est radix compositi 72 aut radix compositi . .. Les manuscrits P (no 8) et V (n e 12) permettent à eux seuls d 'identi-
75 permanendi et habendi esse . .. 75 permanendi et habuerit esse . .. fier les leçons A aussi bien que le regroupement des autres manuscrits A
83 potentiam qua praeparant eam. .. 83 potentiam ex qua apta est . .. (à l'exclusion des mss n os 6, 11, 13, 14, 19) ; les manuscrits C I S per-
85 potentiam per quam permanet quae . .. 85 potentiam ex qua permanet in ea
autem. .. mettent de garantir les leçons B aussi bien que le regroupement des
86 destruendi est aliud quod. .. 86 destruendi habet aliud quod . .. autres manuscrits B (à l' exclusion des mss n os 33, 34, 38) . Le manuscrit
87 in substantia materiae . .. 87 in substantia quam habet materia . .. contaminé T se rallie occasionnellement aux manuscrits P et V dans
88 Probatio auteur quae facit hoc neces- 80 Probatio autem quae af firmat omne le choix d ' une leçon A (voir aliquando, ligne 93) .
sarium est quod omne generatum est generatum esse corruptibile . ..
corruptibile . ..
90 finitur potentia permanendi et ob hoc 90 finitur virtus permanendi et corrum-
corruptio fit ei necesaaria per hoc quod pitur illa affirmat illud idem de eo quod

138* LE r DE ANIMA r D'AVICENNE SPECIMINA CODICUM 139*

92 hora famis, sed non desiderat illum in 92 hors famis, sed non volt ilium in
De Anima, IV, 4, p . 54, 82 à p. 56, 00 : hora satietatis ; item qui est bouc- hora satietatis ; item qui est bouc-
93 rum morum aliquando imaginat con . 93 rum morum imaginat concupiscen-
Leçons A Leçons B cupiscentias turpes, non tamen vult tias turpes, non tamen vult illas,
82 Dicemus igitur quod animal, cum 82 Dicemus igitur quod animal, cum illas,
desiderat aliquid, percipit se deside- vult aliquid, percipit se velle 94 alius autem vult. Et hae duae dispo- 94 alius auteur vult. Et hae duae dispo-
rare sitiones non sunt solius hominis, sitiones non sunt solius hominis,
83 aut imaginatur : si enim non percipe- 83 aut imaginatur ei ; si enim non perci- 95 sed etiam omnium animalium. 95 sed etiam omnium animalium.
ret, non intenderet illud peret, non intenderet illud 96 Differt auteur desiderium : quia quod- 96 Differt autem voluntas : quia quae-
84 quaerere per motum. Non autem ha- 84 quaerere per motum . Non autem ha- dam est adhuc debile, quod- dam est adhuc debilis, quae-
bet hoc desiderare ex aliqua virtutum bet hoc velle ex aliqua virtutum 97 dam autem in tantum roboratum quod 97 dam auteur iam ita roborata quod
85 apprehendentium ; virtutes enim ap- 85 apprehendentium ; virtutes enim ap- non deest ei nisi effectue et tune non deest ei niai effectue. Voluntas
prehendentes nihil aliud faciunt prehendentes nihil aliud faciunt 98 non est desiderium ; quia 98 auteur non est desiderium ; quia ali-
86 nisi iudicare et apprehendere ; cum 86 nisi iudicare et apprehendere ; cum cum roboratur quando roboratur voluntm sed
autem iudicant vel apprehendunt autem iudicant vei apprehendunt 99 desiderium non advenit motui aliquo 99 desiderium non advenit motui aliquo
87 sensu vel aestimatione, non necesse 87 sensu aut aestimatione, non necesse modo, sicut imaginatio cum firma est modo, aient imaginatio firma est
est ex hoc illud desiderare. Hominee est ex hoc illud velle. Homines 00 nec optai quod imaginat. 00 nec tamen optatur quod imaginatur.
88 enim conveniunt in apprehendendo 88 enim conveniunt in apprehendendo
quod sentiunt et imaginant quod sentiunt et imaginant,
ligne 96 desiderium] voluntas vel add. ligne 93 imaginat] aliquando add . T
89 secundum quod sentiunt illud et 89 secundum hoc quod sentiunt illud et
ante desiderium 7 add . 40
imaginant, sed differunt in imaginant, sed differunt in
quoddaml] quiddam P quiddam ligne 96 voluntas] om . 25 scrib. sed desi-
90 desiderando illud quod sentiunt et 90 velle illud quod sentiunt et imagi-
1, 3, 4, 5, 16, 17 derium add . sup . lin. 33
imaginant ; et dispositio unius nant ; dispositio autem unius
quoddaml] quiddam P quiddam ligne 97 iam] om. 29, 46, 19
91 et eiusdem hominis etiam differt in 91 hominis etiam differt in hoc ; ima-
1, 3, 4, 5, 7, 15, 16 ita] om . 25, 29, 13
hoc ; imaginat enim cibum et desiderat ginat enim cibum et vult illum in
ligne 97 in] iam in 10, 15 ligne 98 autem] enim 50
illum in
in tantum roboratum] iam ita ligne 98 quia aliquando . . . voluntas] om.
roboratum 38 36
Ont les leçons A : Ont les leçons B : lignes 98-00 quia . . . imaginat] om. 15 sed] om . 36, 13
les mes A : sigles P (no 8) V (no 12); les mes B : sigles C (no 43) I (no 21) S ligne 00 nec] non 3, 7 ligne 00 nec tamen] nec in 29
nos 1, 3, 4, 5, 7, 10, 15, 16, 17, (no 24) T (n o 22) ;
18; nos 20, 23, 25, 27, 28, 29, 30,
les mes B contaminés : nos 34, 38 . 31, 32, 35, 36, 37, 39, 40, 41,
42, 44, 45, 46, 47, 48, 50;
le me. B contaminé : no 33;
les mes A contaminés : nos 6, 11, 13, 14,19 .

Variantes des leçons A : Variantes des leçons B :


ligne 82 desiderat] considerat V deside- ligne 82 vult] scrib . sed desiderat add.
rat scrib . sed exp. et vult sup. sup. lin. 33
lin . add. 3 lignes 82-84-87 velle] scrib . sed deside-
desiderare] vel velle add . sup. rare add. sup. lin. 33
lin. 3 ligne 83 ei] illud C om . 20, 40 id 32, 36
ligne 91 et eiusdem] om. P et eius 16 ligne 90 velle] om. 20, 28, . 30 scrib. sed
desiderare add. sup . lin . 33
autem] enim 20 om. 32 etiam 19
lignes 91-92 vult] scrib. sed desiderat
add. amp. lin. 33

TRANSCRIPTION DES LETTRES ARABES ABRÉVIATIONS

c ' c~ d add. addidit


b b t al . man. alia maous
t ~ z ar. texte arabe du De Anima (selon l'édition Rahman) ou
c de l ' Appendix (selon le manuscrit A, voir p . 142*) rendu
th ~
d' après notre traduction française
gh cfr confer
f codd. codices
~ kh ~ q corr . correxi, correxit
~ d sJ k del. delevi, delevit
~ 1 dub . dubito
dh J
exp. expunxit
~ r ~ m
hom. homoioteleuton
~ z ~j n i.m. in margine
~ s o h inv . inverti, invertit
v"' sh 9 w iter. iteravit
s litt. littera, litterae
v° 5 y
O.C . opus citatum
Les voyelles longues q et 1 sont rendues par ā, 9 par ū, S par Î. scrib. scribitur
S .V. sub verbo
Le hamza (`) initial n'est pas transcrit. sup. lin . supra lineam
< > supplevi
Le n'est pas transcrit, sauf quand il termine un mot en état [ ] delevi
d'annexion ; il est alors rendu par t. Après ā, est rendu par h.

Nous n ' avons pas modifié la transcription des mots arabes qui
interviennent dans des citations.

QUARTA PARS SEXTI LIBRI DE NATURALIBUS


SIGLES
I
De Anima
CAPITULUM IN QUO EST VERBUM COMMUNE DE SENSIBUS
C Rome, Bibliothèque Casanatense 957 INTERIORIBUS QUOS HABENT ANIMALIA
I Bâle, Bibliothèque de l'Université D .III.7
S Bruges, Bibliothèque du Grand Séminaire 99-112 Sensus autem qui est communis alius est ab eo quem tenent illi 17 rb
T Bruges, Bibliothèque de la Ville 510 qui putaverunt quod sensibilia communia haberent sensum commu-
5
P Paris, Bibliothèque Nationale, Lat. 6932 nem : nam sensus commuais est virtus cui redduntur omnia sensata. P. 163
V Rome, Bibliothèque Vaticane, Lat . 4428 Si enim non esset hic virtus quae apprehenderet coloratum et tactum,
R Avicenna' s De Anima, (Arabie Text), being the Psychological nos non possemus discernera inter illa nec dicere quod hoc non est
Part of Kitāb al-Shifā', edited by F. RAHMAN, Oxford, 1959. illud . Dicamus autem quod haec distinctio, si fiat ab intellectu,
10 tamen oportet procul dubio ut intellectus inveniat ea simul quous-
Appendix
que discernat ea inter se : secundum enim quod sunt sensata et secun-
A : Oxford, Bibliothèque Bodl . Pococke 125 dum hoc quod redduntur a sensatis, non apprehendit ea intellectus,
sicut postea declarabimus ; aliquando auteur nos discernimus inter illa.
K : édition du texte arabe du De Medicinis cordialibus : Edviyei
Kalbiye par Rifat Bilge KILISLI, Istanbul, 1937 .
1 quarta] incipit quarta CITPV om . S 1 pars] om . ST 1 sexti libri de
naturalibus] om. STV 1 naturalibus] occultis add. P 2 capitulum]
primum add . i .m . I add . STPV 2 in quo . . . commune] om . V 2 in quo]
scilicet T 3 quos habent animalia] animalium T animalium convenienter V
6 virtus] vis T sensus communis P om. V 7 enim] autem S autem acrib . sed
exp. et enim sup . lin. add. P 7 esset] om. V 7 apprehenderet] apprehendet et V
8 nos] om. T 9 distinctio] est destructio V 9-13 si fiat . . . aliquando
autem] om. V 9 si] etsi ISTP 9 si] non add. CISV 10 tamen] et non P
10 inveniat ea] inv. T 13 nos] et nos V 13 discernimus] discrevimus V

1 senti . . . naturalibus] om . R 2 commune] universale 4 qui est = Rhk]


om. R 4 commuais] Âitî~_4 (vere) add. R 6 nam] (immo) R 7 hic]
om. R 7 virtus] (nna) add . R 10 quousquo] ita ut

6-37 nam sensus communie . . . velociter circumvolvi : cfr GuxDissALrNus, éd. Muckle,
p. [72], 1 à 29.
9-10 Dicamus . . . tamen oportet : ar. suppose (hab) que cette distinction appartienne
N

à l' intellect ; il faudrait alors . . . a.


11-12 secundum hoc . . . sensatis : ar . e selon la manière dont est rendu ce qui est sen-
sible. . . ►.
13 sicut . . . declarabimus : voir Livre V, chapitre 2, pp. 89 sqq .

2 QUARTA PARS CAPITULUM PRIMUM 3

Oportet ergo ut coniuncta Sint apud discernentem aut in sua essentia mae istae habeant unum aliquid in quo coniungantur intrinsecus.
15 aut extra eam ; impossibile est autem hoc fieri in intellectu, sicut Iam autem ostendit nobis esse huius virtutis respectus rerum
postea scies ; oportet ergo ut sit hoc in alia virtute . Si enim non coniun- quae ostendunt se habere instrumentum praeter sensus exteriores,
gerentur in imaginations animalium quae Garent intellectu, cum 3o sicut videmus quod ei qui in circuitu volvitur videtur quicquid
inclinarentur desiderio proprio ad dulcedinem, scilicet quod res quae est in circuitu moveri : quod aut est accidens quod accidit visi-
est huiusmodi formae est dulcis, cum viderent eam, non appeterent bilibus, aut est accidens quod accidit instrumento quo perficitur
20 ad comedendum ; et praeter hoc, si non esset apud nos virtus quod visus ; sed postquam non est in visibilibus, procul dubio in alio est :
17 va hic homo albus est iste mimus, eo quod audivimus eum canentem vertigo autem non est nisi causa motus vaporis qui est in cerebro
non probaretur nobis eius iocularitas ex sua albedine et e converso. 35 et in spiritu qui ibi est, cum accidit spiritui circumvolvi ; ergo virtuti
Si autem non esset in animalibus virtus in qua coniungerentur formae quae ibi est, accidit id quod iam expedivimus . Similiter contingit
R 164 sensatorum, difficilis esset eis vita, si olfactus non ostenderet saporem hominem inspicere aliquid velociter circumvolvi, sicut praediximus ;
25 et si Bonus non ostenderet saporem, et si forma baculi non rememoraret hoc autem non fit propter aliquid quod sit in aliqua parte oculi nec
formam doloris ita quod fugiatur ab eo . Oportet ergo sine dubio ut for- 25 rb in spiritu ibi expanso, cuiusmodi est similitudo velocitatis mobilis
4o punctalis quae videtur directa vel circularis, sicut iam praedictum
14 in] om . S 14 essentia] esse V 15 est autem] inv. S 16 sit] fit S
16 sit hoc] post virtute T 18 desiderio proprio] inv. PV 18 quod] est add . V est.
19 huiusmodi] huius V 19 non] autem add. V 19 appeterent] eam add. PV
21 est] sit V 21 iste] sequitur lacunes circa quatuor litt . T 21 mimus] minus 27 unum] om . V 28 esse huius] inv. I 28 re spectus] consideratio
S om. T 21 eum] ipsum T 21 canentem] ementem T cantantem PV respectus TPV 29 ostendunt se] inv. T 31 aut] autem V 32 accidens]
22 iocularitas] claritas V 22 probaretur] probaret P 23 si auteur] om. T 33 visus] sup . lin . al. man . S 35 ibi est] inv . I 35 cum
item si V 24 vita] vivere PV 24 si] scilicet add . sup . lin . T scilicet si PV accidit] om . V 35 accidit] acciderit TP 35 spiritui] spiritum IV 35-37
25 et si sonus . . . saporem] ont . hom. V 25 sil] om . T 26 ita quod] ita ut PV ergo. . . circumvolvi] om. hom . V 36 ibi est] inv . T 40 vel] et T
26-27 formae istae] inv . PV
29 se] eam 30quod ei . . . videtur = Rad] L j9 -d I J^s ~,,o (ex imaginations
15 extra eam] o~. t (in alio) R 16 non] aÿ (iam) add . R 18 scilicet] vertiginis) R 31accidit] (in) add. P. 32 accidit] (in) add. R 34 causa]
C99 C99 l99
~ e (exempli gratia) R 20 et praeter hoc] d.i I ~'(sicut) R 20 virtus] om. R (secundum motum) R 34 qui est] om. R 35 ibi] 4„9 (in eo) R 35 accidit]
22 eius iocularitas] d , ~ µ ] I 4u _ç (ipsius singularitas) R 22 ex sua albedine] ~J (huic) add . R 36 quae ibi est] U . . .~ï Ii C t J L:,a d,,.~ I (quae ibi
om . R 23 virtus in qua] 4„ g . . . La (aliquid in quo) R 24 si] .9 (et) R ordinata est ipsa est cui) R 37 hominem inspicere]
24 ostenderet] eis add. R 25 et si 1—2] 9 (et) P. 25 ostenderet] eis add. R (homini vertigo cum inspicit) R 39 ibi] 4.9 (in ea) R 39 cuiusmodi . . . simili tudo]

15-16 sicut . . . scies . voir lignes 16-20. cJ~


_%z'à a JJ9 (et propter hoc imaginamur velocitatem) R 40 quae . . . circularis]
ut directam vel circularem cfr velocitatem 3, 39
21 eo quod audivimus : d'après la structure même de la phrase arabe (la-mâ kunnâ idhâ
samicnā . . . athbatna : non probaretur nobis cum audivimus), ce membre de phrase ne
peut se rattacher qu ' à probaretur. 28-29 ostendit . . . instrumentum : ar. a ce qui nous indique l'existence de cette faculté,
21 eum canentem : ar. e son chant individuel ». c'est la considération de certains indices prouvant qu'elle possède un organe (autre que
22 iocularitas : ce mot latin, attesté aussi dans l 'édition du De Anima de Gundissalinus, les sens externes) ».
correspond pour le sens à mimus et à canentem. L'équivalent arabe de ces deux derniers 36 id quod iam expedivimus : ar. e ce dont nous avons achevé l'étude », voir Livre III,
termes se rattache à la racine gh n y ; le mot arabe correspondant à iocularitas est, dans chapitre S.
les deux éditions Rahman et Bakoé, cayna-hu (e lui-même, son identité ») et se rattache 37 sicut praediximus : voir Livre I, chapitre 5.
à la racine e y n. 40 sieut iam praedictum est : voir Livre I, chapitre 5 ; voir aussi IBN SiNĀ , Livre des
Les racines gh n y et c y n prêtent facilement à confusion, la graphie des deux premières Directives et Remarques (trad . A . M . Goiehon), Paris, 1951, pp . 316-317 : e N'as-tu pas déjà
consonnes ne différant que par un point diacritique . Cette confusion a entraîné, dans observé la goutte d'eau qui tombe en dessinant une ligne droite, et le point qui tourne
les manuscrits arabes, la présence de variantes — d'ailleurs attestées par les deux éditions avec rapidité traçant une ligne: courbe, tout cela par manière d'intuition sensible, non
— appartenant à la racine gh n y ; la traduction latine iocularitas dépendrait de l'une d'imagination ni de souvenir . Et toi, tu sais que dans la vue s'imprime seulement la forme
d' entre elles et n'est donc pas aberrante. de ce qui est en face d'elle, et ce qui, en face d'elle, tombe ou est circulaire, est comme un

4 QUARTA PARS CAPITULUM PRIMUM 5

Et propter hoc, assimilatio falsarum imaginum et auditus sonorum Impossibile est autem hoc fieri nisi in principio sensuum exteriorum
falsorum aliquando accidit eis in quibus [non] est laesum instrumentum per quod, cum imperat virtus aestimativa et vult propalare quod est
sentiendi aut ei qui quasi clausos habet oculos : causa autem huius 5,5 in thesauro, ostendit, licet fiat etiam hoc in vigilante ; in quo, cum
45 non est nisi quia apparent in hoc principio . Imagines autem quae firmiter fuerint stabilita, sensata erunt quasi praesentata . Et haec
videntur in somnis, aut fiunt ex description formae in thesauro virtus est quae vocatur sensus commuais, quae est centrum omnium
retinente formas (sed si ita esset, oporteret quod quicquid ibi custo- sensuum et a qua derivantur rami et oui reddunt sensus, et ipsa est
ditur esset praesens animae, non pars eius tantum, ita ut quasi pars vere quae sentit.
R 165 illa sola sit visa vel audita), aut contingunt ex alia virtute, quae est aut 6o Sed retinere ea quae haec apprehendit est illius virtutis quae
5o sensus exterior aut interior : sed sensus exterior non prodest in vocatur imaginatio et vocatur formalis et vocatur imaginativa ; et
somma, quia aliquando qui imaginat colores est privatus oculis . Restat fortassis distinguunt inter imaginationem et imaginativam ad placi-
ergo ut hoc fiat in sensu interiore. tum : et nos sumus de his qui hoc faciunt . Formae autem quae sunt
in sensu commun et sensus communia et imaginatio sunt quasi una
42 imaginum] imaginationum V 42-43 sonorum falsorum] inv . V 43 non] 65 virtus et quasi non diversificantur in subiecto sed in forma : hoc
del. ex arabico 45 imagines] imaginationes V 46 ex description] secundum
discretionem T 46 formae] om. V 47 sed] et PV 47 oportere t] 53 est autem] inv. S 53 in] om . T 53 exteriorum] interiorum TPV
tune oporteret ut PV 47 quod] om . . S 48 ita] sic PV 49 contingunt] 54 per] propter T unde P verum tamen V 54 quodl] om. PV 54 cum]
contingit V 49 aut2] vel PV 50 aut] vel PV 50 exterior aut om . V 54 propalare] in alio probare add . i. m . al . man . S 55 licet] hoc
interior] inv. TV 50 sed] si P 51 est] om . T 51 oculis] oculus V add. T 55 etiam hoc] post vigilante ISPV om . T 55 vigilante] etiam
52 in] om. PV 52 interiore] interiori T add. T 56 firmiter fuerint] inv. V 56 praesentata] praesensata I
57 sensus] virtus V 58 reddunt] redduntur PV 61 imaginativa]
42 et propter hoc] tjyy (et quia) R 44 quasi] D~,(exempli gracia) R fantasia TPV 62 imaginationem et imaginativam] fantasiam et imaginationem
47 ibi] 64 et 2 ] sup . lin . P
T imaginationem et fantasiam PV 63 his] illis T
1&„9 (in eo) R 51 quia] .3 (et) R 51 colores] [ .,, U 1~ fg(colores aliquos) R 64 imaginatio] fantasia et imaginatio TPV 65 diversificantur] diversificatur S
52 ut hoc . . . interiore]~ (ut sit sensus interior) P. 65 subiecto] scilicet prima concavitate cerebri add . V

point, non comme une ligne . Il est donc resté dans quelqu ' une de tes facultés, l'aspect de 53 hoc fieri LUI y e1 à>5~j à i (hoc esse nisi principium) R 55 os-
. . . principio]
ce qui s'est d' abord imprimé en elle et il s'y est joint l 'aspect de la vision présente . Il y a tendit] propalat illud 55 fiat etiam hoc] om . R 56 sensata] om . P. 57 om-
donc chez toi, antérieurement à la vue, une faculté à laquelle la vue fait parvenir quelque
chose d ' analogue à l'intuition sensible, et en elle se réunissent les données des sens, puis nium] om . R 63-64 formas . . . commun = Radeghk] om . R
elle les saisit . Et il y a aussi chez toi une faculté qui conserve les images des choses sen-
sibles après la disparition de celles-ci, groupées en elle . Et par ces deux facultés, tu peux 55 licet in vigilante : ar . a même pendant la veille e.
juger que cette couleur est autre chose que cette saveur, et qu'à celui qui possède cette 55-56 erunt . . . praesentata : la phrase arabe se rapporte non à sensata, mot qui ne
couleur appartient aussi cette saveur . Or celui qui porte ces deux jugements a besoin que figure pas dans le texte arabe, mais à virtu8 autimativa qui est, iei, e comme la vision
lui soient présentes ensemble ces deux choses jugées*. directe », ka-l-mushâhada ; voir plus bas, p. 9, 17, qua8i . . . videat.
42 Et propter hoc : ar. # et parce que», introduit le deuxième argument prouvant l 'exis- 60-66 Sed retinere . . . quod retinet : ce passage est repris en paraphrase par Gundissali-
tence du sens commun ; pour le premier, voir p. 3, 28. nus, éd . Muekle, p . [73], 6-14 ; on y trouve la glose scilicet prima eoneavitate cerebri que
42-49 assimilatio . . . contingent : la Ve forme de la racine m th 1, signifiant e apparaître, certains manuscrits latins portent après subiecto, voir apparat latin, ligne 65.
être représenté», est rendue successivement par amimilatio, ligne 42, quia apparent, 61-67 et vocatur imaginativa . . . imaginatio : certains manuscrits latins proposent, à la
ligne 45, esset praesens, ligne 48 ; elle est contenue, de façon implicite seulement, dans la place de imaginativa, le terme fantasia et intercalent ce même terme entre formalis et
traduction latine contingent, ligne 49. imaginatio, ligne 67. Dans le De Anima d' Avicenne, Livre I, chapitre 4, fantasia est
45-59 Imagines autem . . . quae sentit : efr GuxnrssALINUS, éd. Muckle, p. [72], 30 à synonyme de sensus coommunis ; il y apparaît sous la forme banfâaiā, transcription du
p. [73], 6. grec Javravla ; voir édition Rahman, p. 44, 4 : e la faculté de banfi8id, c'est-à-dire le sens
49 contingent . . . virtute : ar. e ou bien la représentation (tamaththul, efr assimilatio, commun ». Le terme imaginative, au contraire, est fidèlement calqué sur l'arabe muta-
ligne 42) survient à l'âme dans une autre faculté » . khayyila et, pris au sens technique (ad placitum), désigne une faculté différente de ima-

6 QUARTA PARS t CAPITULUM PRIMUM 7

est quia quod recipit non est id quod retinet . Formam enim sensibilem iudicii . Sed quae non sunt sensibiles ex natura sua, sunt sicut inimi-
retinet illa quae vocatur formalis et imaginatio, et non discernit illam 25 va citiae et malitia et quae a se diffugiunt quam apprehendit ovis de
ullo modo, nisi quia tantummodo retinet . Sensus vero communis et forma lupi et omnino intentio quae facit eam fugere ab illo, et concordia
sensus exteriores discernunt aliquo modo et diiudicant : dicunt enim 85 quam apprehendit de sua socia et omnino intentio qua gratulatur cum
70 hoc mobile esse nigrum et hoc rubicundum esse acidum . Per hanc illa : sunt res quas apprehendit anima sensibilis ita quod sensus non
autem retinentem nihil discernitur de omni quod eat, nisi tantum doceat eam aliquid de his ; ergo virtus qua haec apprehenduntur est
de eo quod est in ipsa, scilicet quod habet hanc vel illam formam. alia virtus et vocatur aestimativa . Aut sunt sensibiles sicut, exempli
Iam autem scimus verissime in natura nostra esse, ut componamus gratia, cum videmus aliquid ceruleum, iudicamus esse mel et dulce :
R 166 sensibilia inter se et dividamus ea inter se <non> secundum formam so hoc enim non reddit nobis sensus in ipsa hora cum ipsum sit de genere 17 vb
75 quam vidimus extra, quamvis non credamus ea esse vel non esse . Oportet sensatorum — quamvis iudicium eius non sentiatur ullo modo et quam-
ergo ut in nobis ait virtus quae hoc operetur, et haec est virtus quae, vis partes eius sint de genere sensati, — non tamen apprehendit in prae-
cum intellectus ei imperat, vocatur cogitans, sed cum virtus animalis
illi imperat, vocatur imaginativa.
Deinde aliquando diiudicamus de senaibilibus per intentiones quas 82 quae] quia V 82 eg] in I 83 ovis] post lupi T 84 et omnino
so non sentimus, aut ideo quod in natura sua non sunt sensibiles . . . ab illo] om. TV 84 eam] eum Cl illam P 84 illo] eo P 85 appre-
hendit] habet T 85 de] cum T 85 intentio] quae facit eam fugere
ullo modo, aut quia sunt sensibiles sed nos non sentimus in hora ab illo et concordia quam apprehendit de socia aua et omnino intentio add. T
87 doecat] docet V 87 eam] om. I 87 hiis] eia lV 88 aut] autem I
89 videmus] viderimua IST 89 iudicamus] et iudicamus PV 90 reddit]
66 id] om. I 66-68 formam . . . retinet] i .m . I 66 senaibilem] aensibilis I redit V 90 ipaa] illa T 91 sensatorum] et add . I 92 eiva] om . V
67 formalis et] formatio vel V fantasia et add . P 68 tantummodo] om . V
70 nigrum] hoc nigrum V 70 acidum] aic sed exp. T accidit V 72 quod 2 ] quia
T 72 habet hanc] hanc habeat V 74 ea inter se] inter se ea T 74 non] auppl. 82 eg] y (in) R 82 inimicitiae] ~9 J,W I (inimicitia) R 86 sunt] o~n9
ex arabieo 77 virtus animalis] inv. T 78 illi] ei TV 79 diiudieamus] u
(et haec sunt) R 86 ita quod] 9 (cum) R 88 aestimativa] ~(aestimatio) R
iudicamus V 79 quas] nos add . P 80 quod] quia TV 81 sed nos] et T
88 aut . . .sicut] aed quae sunt sensibiles sunt sicut 90 1 nobis] d,I I (ei sc.
aestimationi) R 91 iudicium eius] d,.,.n„i r..~j (iudicium ipaum) R
67 illa] ~(virtus) R 67 discernit illam] *~ L6,j I (habet iudicium) R 92 apprehenditj hoc add. R
68 niai quia tantummodo] C~' (sed) R 69 et diiudicant] (,,, ~ y ~(aut aliquo
iudicio) R 73 iam autem] ay ~(deinde aliquando) R 75 quam vidimus] 83 quae a se diffugiunt : ar . a 1'aversion », al-mun āfara ; la traduction latine ne suppoae
aecundum quam vidimus ea 75 quamvis non credamus] j4,X,,=Y C , y9 (nec pas nē cessairement la graphie d'un autre mot arabe ; al-mun āfara, lu comme participe
eredendo) R 76 quae hoc operetur] qua hoc operemur 78 vocatur = Rh] pasaif, a pu se traduire par a les choses que 1'on ēcarte de aoi x ; voir plus bas, p. 72, 45,
om. R 81 sentimus] eas add. R quod respuitur.
83 quam : efr malitia.
86-88 res quaa . . . aestimativa : efr Guxnissaraxus, ēd. Muckle, p . [73], 34-36 ; ce pas-
ginatio ou khayāl . L' opēration propre de 1'imaginatio est, en effet : retinere formam sage, chez Gundissalinus, eat dēplacē aprēs de genere sensatorum (ici, ligne 90) et aubstituē
senaibilem, voir lignes 66-67 ; celle de 1' imaginativa eat dē crite fignes 73-75 e ut compona- aus lignea 91-94 de notre te g te.
mus et dividamus aenaibilia inter se <non> secundum formam quam vidimus eatra 86 sensibilis : ar . hayawā niyya, cfr animalia, ligne 77.
nec credendo (cfr apparat latino-arabe) ea esse vel non esae . Il n'y a pas de mot 88-89 Aut sunt . . . et dulce : cfr Guxnissar.iNus, ēd . Muckle, p. [73], 32-34.
arabe baniāsi ā dans le pasaage du Livre IV, chapitre 1, dont il est question ici. Sur la 89 ceruleum : ar . quelque chose de jaune, asfar ; la traduction latine a rendu 1'id6e de
t

confusion qu'a peut- ētre entrainē e pour S . Thomas la prēsence indue du terme fant¢sia * couleur jaune u, par e quelque chose qui a la couleur de la eire r, cfr latin cerula.
comme substitut de imaginativa, voir la longue note de A . M. Goicaox, Livre des Direc- 90 sensus : le teate arabe de 1' 6dition Rahman porte ici, aans variante, al-h āsa, c' est-
tivea et Remarques, pp. 318-321. ā-dire sentiens, et non al-h.ias, sensus.
66-85 Formam enim . ., aua sooia : cfr GuxnZSSer,utus, ē d. Muckle, p . [73], 14-31. 91-92 quamvisl . . . sensati : ar. r vu que le jugement lui-mēme n'est perqu en aucune
72 in ipsa : ar. dans eon essence ►, ā savoir dans celle de 1'objet egistant .
41 mani8ra, mēme si sea partiee appariiennent au genre du aensible r.

8 QUARTA PARS CAPITULUM PRIMUM 9

senti ; sed est iudicium quod iudicat quod fortassis est in eo <error>, unde cum contingit in ea infirmitas, corrumpitur hic modus formalis,
et ipsum etiam fit ex illa virtute. aut ex imaginatione formarum quae non sunt, aut quia difficile est
95 Aestimatio autem operatur in homine iudicia propria, ex quibus 25 vb ei stabilire id quod est in illa . Thesaurus vero apprehendentis inten-
est illud cum anima pertinaciter negat esse res quae non imaginantur tionem est virtus custoditiva, cuius locus est posterior pars cerebri
RR 167 nec describuntur in ea et omnino non vult credere eas esse . Et haec 10 et ideo, cum contingit ibi infirmitas, corrumpitur id cuius pro-
virtus sine dubio consistit in nobis ; quae est domina, iudicana in animali prium est cuatodire has intentiones . Quae virtus vocatur etiam memo-
iudicium non definitum sicut iudicium intellectuale, immo iudicium rialis, sed est retinens ob hoc quod id quod est in ea haeret firmiter,
oo imaginabile coniunctum cum singularitate et forma senaibili, et ex et est memorialis propter velocitatem suae aptitudinis ad recordandum
hac emanant quamplures actiones animalium. per quod formatur cum rememorat post oblivionem, quod fit cum
Usus autem est ut id quod apprehendit sensus, vocetur forma et 15 aestimatio convertitur ad suam virtutem imaginativam et reprae-
quod apprehentlit aestimatio, vocetur intentio . Sed unaquaeque istarum sentat unamquamque formarum quae sunt in imaginatione, ita ut
habet thesaurum suum . Thesaurus autem eius quod apprehendit quasi modo videat quod ipsae sunt formae eius . Cum vero ostensa
5 sensus est virtus imaginativa, cuius locus est anterior pars cerebri : fuerit forma qua apprehendit intentionem quae deleta erat, apparebit
ei intentio sicut apparuerat extra et stabiliet eam virtus memorialis
93 iudicat] dicat S 93 fortassia] forte T 93 error] auppl. ex arabico 93 ipsum]
ipse V 94 fit] sit PV 94 illa] alia V 96 illud] quod add. S 96 non] 6 modus] motus V 7 ex] sup. lin. P 8 ei] post atabilire V 8 vero]
om. V 97 nec] vel T 97 eta] quia acrib. sed add. et aup. lin . al . man . S autem I 9 cuius] eiva I 9 e8t2] om. I 10 et] om . V 10 ideo]
99 sicut] eat adcl . TPV 99-00 immo . . . imaginabile] i.m. I 00 cum] eat I inde T 10 contingit] convenit V 10 ibi] sup . din. I in ea S 10-11 pmprium
00 et forma sensibili] om. V 1 actiones animalium] inv . T 2 id] om . IS eat] inv. V 11 vocatur etiam] inv. I ante virtus T 11 memorialis]
2 vocetur] vocatur P 3 vocetur] vocatur P 3 intentio] situm P memoriabilis T 12 quod1 ] quia PV 12 eata] post in ea T 13 memorialis]
5 sensus] aeatimatio scrib . sed senaue add . aup . lin. al. man. C aestimatio ISP ~ memoriabilis T 13 suae] om . T 14 formatur] reformatur S 14 rememorat]
5 locus eat] inv. I memorat T memoret P 15 aestimatio] aestimativa V 18 qua] om. PV
18 erat] et add. V 19 apparuerat] apparebat V 19 atabiliet]
93 aed est iudicium . . . error] d y J.0 ~~.j ~(non est niai stabilit T
iudicium quo iudicatur et in quo fortassis eat error) R 94 fit ex illa virtute]
habet illa virtus 95 operatur] habet 96 cum anima] Vt ja te~ I Aj,,,, 6 in ea] (ibi) R S ei] om . R 8 apprehendentis intentionem = Racdefh]
A (;,,n
(quod aestimatio ducit animam ut . . . neget . . .velit) R 96 pertinaciter] om . R 0 1 Jj .a„,(eius quod apprehendit aestimatio) R 9 virtus] Ls"z Lij I
97 omnino] om. R 99 immo] ~J9 (sed tamen) R 00-1 ex hac = R] d, t(ex (quae vocatur) add . R 13 recordandum] illud add. R 14 rememorat] illud
hoc sc . iudicio) eodd. 2 autem] ayy (iam autem ante usus) R arld. R 15 ad suam virtutem] eV~ (cum aua virtute imctginativa) R 16 ita
3 vocetur]
om. R 4 suum] om . R 5 sensus = R] i~~ I (aestimatio) Ra ut] ideo ut 17 modo] om. R 17 quod ipsae aunt formae eius] res quarum
ipsae aunt formae 18 fuerit] Aj (ei) ad,d. R 18 qua] L+,, . . .~I~
93 quod fortassis . . . in eo : devrait se lire en latin : a in quo fortassia. . . x ; la phrase arabe (cum qua) R 19 intentio] aj;,.,> (tunc) add. R
comporte en effet, dans la proposition relative, un pronom dit e de rappel *, reprēsentant
1 ' ant6c4dent ā 1'int6rieur de la relative ; le latin eat calquē sur la phrase arabe et garde ce 14 per quod formatur : le texte arabe correapondant pourrait se rendre par et ad forman-
pronom de rappel qui eat ici in eo ; cette difficultē a pu entrainer 1' omiesion du mot dum, wa-l-tasawuwur, ce qui se rattacherait aiaē ment ā et ad recordandum. Maia un pronom
error, puisque, dane quod est in eo, le aujet, apparemment, ne manque pas ; les deux mots arabe accompagnant ces mota fait difficult ē : toua lea manuecrits de 1'6dition Rahman
eo et error, trba reasemblants, ont pu, dē s lors, apparaYtre comme une diplographie. portent, aprēs 1'ēquivalent de formatur : bi-hā (a 1'aptitude ā se reprēsenter par elles r, ā
95 ā p . 11, 50 Aestimatio . . . hominie o cfr Guxnrssemxus, ēd. Muakle, p . [73], 36 ā savoir, par lee intentiones, cfr ligne 11) ;1'ēditeur au contraire propose, pour bi-hic, la cor-
p . [75], 13. rection bi-ki, (a 1' aptitude ā se reprē senter Par cela r, A. savoir par ce qui est fixē dans cette
96 pertinaciter : ne traduit aucun mot arabe sēparē , mais sert ā nuancer la traduction facultē, cfr ligne 12, id quod eat in ea).
du verbe arabe correspondant ā nepat ; il en va de, m ēme pour omnino, qui sert ā com- 17 quod . . . eius : le pronom eius rend le pronom de rappel (voir plus haut, ligne 93) de
plēter la traduction du verbe arabe rendu par non vuZt. 1 ' ant6c6dent dans la proposition relative : t(comme si 1'estimative voyait) lea choses
5 imaginativa : ofr imaginatio p . 6, 67 . auxquelles appartiennent ees formea i.

10 QUARTA PARS CAPITULUM PRIMUM 11

20 in se sicut stabilierat prius, et fiet memoria . Et aliquando perveniet formam et intentionem et inter intentionem et intentionem, est
R lss ab intentione ad formam, et memoria habita non habebit comparationem 4o quasi virtus aestimativa propter locum, non propter quod iudicat,
ad id quod est in thesauro retinendi, sed ad id quod est in thesauro immo quia facit pervenire ad iudicium . Iam autem posuerunt locum
imaginandi ; et erit eius conversio, aut ex hoc quod convertitur ad eius in medietate cerebri, ideo ut habeat continuitatem cum intentione
intentiones quae sunt in retentione, ita ut intentio faciat formam et cum forma.
25 necessario apparere et convertetur iterum comparatio ad id quod Videtur autem quod virtus aestimativa sit virtus cogitativa et
est in imaginatione, aut propter conversionem ad sensum. 45 imaginativa et memorialis, et quod ipsa est diiudicans : sed per seipsam
Exemplum autem primi est quod, cum oblitus fueris compara- est dnudicans
' ; per motus vero suos et actiones auas est imaginativa et P. 169
tionis tuae ad aliquam formam quam iam tu scieras, considerabis 26 ra memorialis : sed est imaginativa per id quod operatur in formis, et
actionem quae appetebatur per illam et, cum scieris actionem et memorialis per id quod est eius ultima actio, sed retentiva est virtus sui
30inveneris eam, scies quem saporem aut quam figuram aut quem thesauri . Et videtur quod formalis et cogitativa huius sit memoria, quae
colorem debebat habere, et revocabitur comparatio ; et cum posueris 5o provenit ex intentione ipsa quae intelligitur hominis .
hoc, acquiretur comparatio ad formam quae est in imaginatione et
restitues comparationem in memoriam. Thesaurus enim intellectus
memoria est, quae retinet intentionem. 40 aestimativa] et hoc add . V 40 quod] hoc quod STY 41 iam] ideo V
42 ideo] om. V 42 continuitatem] intentionem V 46-47 et memorialis. ..
35 Si autem implicitum fuerit tibi hoc ex hac parte ut non facile imaginativa] i . m . P 48 eat eius] inv . T
intelligatur, et sensus reddiderit tibi formam rei, revocabitur et residebit
in imaginatione et redibit comparatio ad illum et residebit in memoria.
Et haec virtus, quae componit inter formam et formam et inter 40 propter locum] (proptersubiectum) R 42-43 cum intentione . ..
forma] 13 0 ~ (cum duobus thesauris intentionis et formae) R
20 stabilierat] virtus add . I 21 habita] tunc habita V 22 est inl] ineat 44 virtus 2] t$;,,,~ (ipsa) R 47 formis] (et intentionibus) add. R
in T 23 et] et tunc V 23 hoc] om . I 24 retentione] intentione P 48-49 sui thesauri] thesauri eius 49 formalis . . . huius sit = Ra] om . R 50 ho-
24 faciat] sibi add. V 25 necessario] om . T 27 fueris] om. P 28 iam] minis] (solius) add . R
tu iam V 28 considerabis] considerandi V 29 scieris] acies scrib.
et vel sciveris add . snp . lin . al . man. T 31 debebat] debeat ISTPV 31 com-
paratio] tui ad formam add. TV 32 hoc] hic IT 32 est] post imaginatione 49 formalis . . . huiva sit : ces mota, omis dana le texte de 1' 6dition Rahman, appar-
T 34 retinet intentionem] inv. I 35 fuerit tibi] inv. PV 35 hac] om. tiennent peut- ē tre ā 1'addition que le texte arabe comporte par rapport au texte latin
PV 37 comparatio] tui add . TV 37 illum] illam V 37 memoria] memoriam S aprbs hominis : voir ligne 50.
49-50 memoria . . . hominia : ar . a chercher dē libērē ment ā se souvenir n'a de aens que
20 prius] a;;, (tunc) R 21 habita] (quaesita) R 22 sed] d,,.,,,i pour 1'homme a ; voir plus baa, p. 40, 61-63 . La traduction latine s'est heurtēe ā deux
(comparationem) add. R 27 autem] om. R 28 tuae] onz. R 28 quam] termea arabea pouvant ētre rendus par intentio : le premier, bi-l-qasd, a dēlib ērēment >,
a ētē rendu par ex intentione ; le second, maenā, idē e, aens », correapond ici ā la traduction
t

d, w J I cj~Y (et illam comparationem) R 28 iam] om . R 30 scies] 9 (et ēnigmatique ipsa qnae tintelligitur, au lieu d' ētre rendu par intentio.
scieris) add. R non add . Rgk 31 et revocabitur comparatio] d~ (y 50 hominis : 1' 6dition Rahman comporte ici une addition qui ne figure pas dana lea ma-
(tunc recordaberis comparationem per eam sc . actionem) R 33 intellectua] nuacrits latins et que 1' 6diteur lui-m ēme juge (p . 169, note 3) e a hopeleasly corrupted
J,,c;J I (actionis) R 35 parte] L,~w ((etiam) add. R 35 ut non facile text e. De son cōtē 1' ēdition Bakob (p . 226, note 592) juge cette addition inauthentique.
intelligatur] c~," j,y (neo manifestum erit) R 36 et seneus reddiderit] tunc Nous n'en avons donc pas insē rē le texte arabe dans 1'apparat latino-arabe. En voici
notre traduction : a(il semble que . . .) et que le dēpōt des formes est la facult ē formatrice
sensus reddet 361 revoeabitur] redibit cfr 10, 37 37 ad illum] AJ )(ad illam et 1 ' imagination, et que le dēpōt dea idēea est la facult ē qui conaerve . Et il n'est pas exclu
ao. rem) R que 1'estimative, par aon essence, soit judicative et que, par sea mouvements, elle soit
imaginative et facult ē du souvenir». Lea mots formalis et eogitativa huiu8, ligne 49, qui
20 perveniet : ar . le processue ae fait a, kana-l-masBr.
M
sont omia dans le texte de 1'6dition Rahman, mais non dans tous lea manuscrits arabea
31-32 cum posueris hoc : ar. tu te familiariserae avec cela g alifta dhālika ; le latin, lu
41
de cette ēdition, pourraient correspondre ā des mots arabes de oe texte corrompu r,t
compoaueris, pourrait correspondre ā la II e forme du mēme verbe, allafta. introduita par erreur dana la phrase et vidatur quod. . . r, ligne 49.
N

CAPITULUM SECUNDUM 13

adveniens ab intus Vel deforis, sed est thesaurus eius ideo quod ipsa
est ipsa forma abstracta hoc modo abstractionis. Si autem haec forma
II eo modo quo eat compositionis vel divisionis adveniret deforis, haec
virtus retineret eam ; praeter hoc etiam si appareret huic virtuti ex
CAPITULUM DE ACTIONIBUS 7o alia causa . Cum autem contigerit ex aliqua causa, aut ex imagina-
HORUM SENSUUM INTERIORUM FORMALIS SCILICET ET COGITATIVAE tione aut ex cogitatione, aut ex aliqua figurarum caelestium, ut appa-
IN QUO TRACTATUR DE SOMNO ET VIGILIIS ET DE SOMNIO FALLACI reat in formali aliqua forma, et intellectus fuerit absens aut cessans
ET VERO ET ALIQUANTULUM DE PROPRIETATE PROPHETANDI ab inspiciendo, possibile est tunc describi in ipso sensu communi
quem ostendimus, ut audiat et videat colores et sonos qui non habent
55 Agemus prius de virtute formali dicentes quod virtus formalis,
75 esse extra nec aliquid de illis est extra . Et saepius contingit hoc
quae est imaginatio, ipsa eat ultima in qua resident formae sensibilium,
et facies eius quam habet ad sensibilia est sensus communis : sensus cum negligens est virtus intelligibilis quia, cum anima rationalis occu-
ls ra

enim communis reddit virtuti formali quasi ad reponendum quicquid patur aliis et non custodit aestimationem et imaginationem, tunc
confortantur imaginativa et formativa in suis propriis actionibus,
reddunt ei sensus et ipsa reponit . Aliquando autem virtus formalis
so reponit quaedam quae non sunt apprehensa sensu : virtus vero
ita ut formae quae imaginantur ei videantur ei quasi sensatae.
80 Ad maiorem autem huius declarationem dicimus nos in sequentibus
cogitativa convertitur ad formas quae sunt in hac virtute formali
ad componendum eas et resolvendum quoniam sunt subiecta ipsius; demonstraturos quod omnes hae virtutes virtutes sunt unius animae
R 17o
et cum ex eis composuerit formam aut diviserit, possibile est ut
66 ab] om. V 66 ideo] adeo S eo PV 67 ipsa] om. IP 69 huic
reponat in illa . Illa enim non est thesaurus huius formae secundum virtuti] inv. T 70 cum autem . . . causa 2] S 71 exl] om. IS 73 desaribi]
i .
M.

65 quod haec forma comparatur ad aliquid aut secundum quod est


aliquid add . TV 74 audiat] audeat V 74 sonos] ante et videat T 74 habent]
habuerint I 75 esae e gtra] inv. T 76 cum s ] tamen V 79 quae] om . I
79 eii] om . T 80 sequentibus] et add. I subaequentibus T 81 virtutes ] om . IV 2
51 capitulum] secundum add .i . m . I add. SV secundum quartae partis add . T
51-54 de actionibus . . . prophetandi] do imaginatione et cogitatione et somno
et vigilia et vero somno et fallaci et prophetia V 52 horum] om. T 52 scilicet] 66 aed] ~ Is (non est th,esaurus eius nisi) add. R . 67 ipsa forma] haec forma
add. sup, lin . C om . IS ante formalis T 53 somnio] somno CISPV 53 vigiliis] cfr 12, 65 67 abstracta] om. R 67 si autem] _4.0 (si enim) R 71 aut
vigilia T 54 et ] om . P
2 54 proprietate] om. T 54 prophetandi] ex 1] y(et) R 73 tunc] om . R 73 describi] `(J j(illud) add . R 74 quem
prophetisandi I prophetia T 56 resident] residunt T 57 habet] post ostendimus] - ja (taliter) R 75 nec aliquid de illis est eatra] l V [,,j '1y
sensibilia T 59 reponit] reponet P 63 formam] om. C 64 illa i ] ea V
65 haec] om. T ~,(nec causas suas egtra) R 76 cum negligens eat virtus intelligibilis]
y L5~0 I ~~ .a;.c (cum quiescunt virtutes intelfigibiles
aut negligena eat aeatimatio) R 76 quia cum] .a;c.9 (et cum) R 77 aliis et
52 scilicet] om . R 54 et aliquantulum . . . prophetandi] 1 vo
~4--j
non] &c, (ita ut non cusAodiat) R 79 ei om. R
1-2] 81 virtutes s ] om . R
(et de modo proprietatum prophetiae) R 56 formae = R] ~j~+ jaJ I (forma) codd. 81 animae] l 6.; ty (et quod sunt) add. R
57 et] (et quod) R 57 quam habet] om. R 58 enim] ~)jy (et quod
ante sensus) R 59 ei] d.j ((ei sc. sen.s-ui cammuni) RLg-) I (ei ac. virtuti formali) 66 quod ipsa : ar . li-anna-hā , parce qu'elle », ā savoir la forme dēj ā mentionnēe ā la
M

Rabcdefg 59 reponit] illud add . R 59 formalis] (etiam) add. R non mēme ligne par eiva (thesaurus eiva).
add. Rh 60 vem] ~)Ly (enim) R 61 cogitativa] ,1,y" (aliquando) aaTd. R 61 hac] 67 ipsa forma : le teste arabe porte ici exactement les mēmes mots que ceux qui cor-
om. R 62 eas] om. R 63 diviserit] eam acld . R 64 reponat] eam adad. R respondent ā haee forma, lignes 65 et 67 . Voir Introduction, p . 117", note 54.
65 aut] 9 (et) R 79 ita ut . . . sensa.tae : .ar. i au point que les formes qu' elles fournissent apparaissent
comme si elles ētaient perpues *.
80-81 nos . . . demonstraturos : voir Livre V, chapitre 7, pp. 158-167.
55-79 virtus formalis . . . sensatae : cfr Guxntssei.utvs, ē d. Muckle p. [75], 14-36. 81-00 omnes hae virtutes . . . naturaliter : cfr GvxntssaLnvus, ē d . Muekle, p . [75], 37 ā
62 ipsius : cfr virtus cogitativa. p. [76], 14 .
64 illal-e : ofr virtae formalis .

14 QUARTA PARS CAPITULUM SECUNDUM 15

deservientes ei . Crede hoc nunc sic positum et scias quod occupatio fuerit una virtute, et ob hoc praetermiserit compescere aliam virtutem,
animae circa aliquam istarum retinet eam ne adiuvet alias et ne quae non retrahitur a suis actionibus superfluis nisi per custodiam
conservet eas ab errore ipsarum et ducat eas ad viam rectitudinis. animae et aestimationis circa se, tunc confortabitur illa virtus et dis-
85 Anima etenim cum occupata fuerit circa interiora, non solet oo curret per actiones suas quas habet naturaliter, sicut illud vulgi :
R 171 curare de exterioribus quantum deberet ; et cum occupata fuerit «iam vacuus est aer» (subaudis : ab accipitre, egredere columba
circa exteriora, praetermittet gubernare virtutes interiores . Ipsa et discurre) . Hoc autem quod animae accidit, non occupari actione
enim cum intente considerat sensibilia exterius, ea hora qua de hls 26 rb alicuius virtutis, aliquando fit e g infirmitate aut debilitate quae
tractat, debilitatur eius imaginatio et memoria ; cum vero oboedit impedit et retrahit a perfectione, sicut fit in languoribus et in terrori-
90 actionibus virtutis concupiscibilis, debilitantur actiones virtutis 5 bus, aliquando in quiete sicut in dormitione, et tunc id de quo
irascibilis ; sed cum oboedierit actionibus virtutis irascibilis, debili-
tantur actiones virtutis concupiscibilis ; et omnino cum oboedierit dis- 99 discurret] decurrat V 1 subaudis . . . discurre] i. .m . CIP 1 egredere]
egreditur V 2 discurre] decurrit V 3 ex] ab T in PV 4 in 2] om.
positioni actionum motivarum, debilitabuntur actiones apprehensivae
TPV 5 sicut] spiritus V 5 dormitione] dormitatione S
et e converso . Cum vero anima non fuerit occupata actionibus huius
95 vel illius, sed fuerit tranquilla veluti esset separata, accidet fortiori 97 virtute] („, L y~) (r9 (et uno accidente) add . R 99 et 1 1 y t (aut) R 00 sicut
inter virtutes et operosiori ut operetur et superet . Cum vero occupata illud vulgil om. R 1 vacuus est] ei add . R 1-2 subaudis . . . diacurre]
om. R 3 virtutis] 9 1 (aut virtutum) add. R 4 perfectione = R] J~,;,,,j
82 crede] cum de V 82 nune] non ISV 82 sic positum] suppositum T (dispoaitione cfr 14, 92) Re 4 fit] om. R 4 et 2] ~Y(aicut) add. R 5 ali-
83 adiuvet] ad add. I
creare I ante non aolet T
83 nes] om . V 85 etenim] enim V
86 quantum] etiam add. T
86 curare]
87 praetermittet]
quando] ~ jA V I (,,, ~y (aut fit) R 5 in quiete] ~(ex quiete) R
5 et tunc] (aut fit quia) R
praetermittit ISTPV 87 virtutes interiores] inv . IS 88 enim cum] sequitur
lacuna circa quatuor litt. T 88 intente] om . T 89 imaginatio et memoria]
97 una virtute : ar . a une facultē quelconque et un accident quelconque n.
memoria et imaginatio T 92 oboedierit] virtuti add. sup. lin. al . man. T
97 et ob hoc praetermiserit : ces mots latins rendent la prēposition arabe can, aen se
93 debilitabuntur] debilitantur ITV 94 anima non fuerit] fuerit anima non
dētournant de H . Le verbe isktaghala (occupari), employ ē ā diverses reprises dans ce cha-
PV 94 non] sup. lin. al . man . I 94 fuerit] ante anima P 94-95 huius
pitre, eat accompagnē simultanēment en arabe de deux prē positions exprimant Pune,
vel] iatius et T
(bi-), ce dont 1' ā me s' occupe, — ici, e une facultē et un accident quelconques », -1 'autre,
(c an), ce dont elle se dē tourne pour ae livrer ā telle ou telle occupation, — ici, compescere
82 nune sic] om. R 83 adiuvet] C5~0 I (virtutes) add. R 83 alias] LgW aliam virtutem. Pour lier ā occupari ce deuxi6me compl ēment et rendre la prēpoaition
(ad actionem earum) add. R non add. Rc 83 et] y 1 (aut) R 84 et] bc. 9 1 (aut can, le latin a eu recours ā la pēriphrase et ob iwc praetermiserit. Le latin distingue parfois
ne) R 86 de exterioribus] c:,L4_~l•~ xy d,, .j (~_l
F
lea deux constructions du verbe ishtaghala et rend ish.iiaghala bi- par occupari circa (cfr
~br. p . 14, 86), et ishtagh,ala can par impediri ab (cfr p .16,12) . Mais ces deux traduetiona latines
(ut retineat exteriora ergo non retinet sensibilia) R 88 exterius] 4--: .~ u~ I ā leur tour sont parfois confondues, et c ' est impedire qui rend ishtagh,ala bi- . C'est une
(exteriora) R 92 dispositioni = Ref] J~:,, ~(perfectioni) R 96 operetur confueion de cette sorte qui permet de comprendre plus loin, p .16, 14, e ad impediendum
et] om. R aensus exteriores ».
1-2 aubaudis . . . discurre : cette addition des manuscrits latins correapond bien au sens
85-94 Anima etenim . . . et e converso : voir Livre V, chapitre 2, pp . 99-101 ; voir aussi de 1'h6mistiche kTualā laki ' l-jaww : a 1' air tout entier t ' appartient, (alouette)» ; cet h ē mis-
Lēvre des Directives et Remarques (trad. Goichon) p . 509 : a Les facultēa de 1'āme tiraillent tiche, souvent citē eomme proverbe (cfr sicut illud vulgi, ligne 00), appartient ā un tercet
en sens contraire et tendent ā s'exclure . Quand la colbre eat exeit ēe, elle dētourne 1' ā me attribuē ā I'un des po ē tes de la p ēriode ant ēialamique, Tarafa ibn al- cAbd (cfr Hanna,
de la concupiacence et inversement . Quand le sena int ē rieur s'abstrait dans aon ceuvre, il Ar.-FĀgavRi, Ta'rikTe al-adab al- carab ī , Beyrouth, 1951, p . 93 ; noue devona cette rē fē-
est dē tourn ē du sena extērieur ; c'est A. peine s'il entend et a'il voit, et inversement a. rence ā 1'obligeance de M. A. Sebai).
90 et 91 debifitantur : traduit un autre verbe arabe que debilitabuntiur, ligne 93 ; ce 2-13 Hoc autem . . . imaginativae : cfr GuxnissArarrus, ē d. Muckle, p. [76], 15-25.
dernier rend littēralement le verbe dacu f at ; aux lignea 90 et 91, il a'agit du verbe inkasara, 4 et retrahit a : traduit la prēposition can aprēa le participe slulg)til, voir plua haut,
a ētre brisē, dēviē a. ligne 97.
94-95 actionibus huius vel illius : ar. t par lea actes de certaines facult ēa dētournant 5-6 et tune . . . curat : ar . 4t ou parce que sa prēoccupation eat tournēe A. 1'exc6s vers la
( can) dea actes d'une facultē quelconque ►. miae en eeuvre (ilā isticmāl, efr di8po8itio,14, 92) de la facult ē vera laquelle el e dēvie

16 QUARTA PARS Ī CAPITULUM SECUNDUM 17

curiosior est, nihil aliud est nisi imperare virtuti de qua magis curat . communem cum ea ad componendum formas aliquas et disiungendum
Deinde virtus imaginativa est virtus quam aliquando retrahit secundum quod appetit anima vehementer ; unde non licet imagina-
anima a sua actione propria duobus modis : uno, cum occupatur 20 tivae agere quod debebat agere naturaliter, sed trahitur ad partem
anima sensibus exterioribus et convertit virtutem formalem ad ope- ad quam trahit eam anima rationalis ; alio, cum revocat eam ab imagi- ls rb
lo randum in sensibus exterioribus et movet eam per id quod reddit nationibus quae non assimilantur rebus extrinsecis et retrahit eam
ei de illis, ita quod non permittit imaginativam cogitare, sed utimagina- ab his falsificando eas ; unde non multum licet ei effigiare eas et reprae-
R 172 tiva impediatur a sua propria actione, et formalis etiam impediatur sentare.
ne possit coniungi imaginativae, et id quo utraque eget de sensu com- 25 Si autem imaginativa impedita fuerit utroque modo, debilitabitur
muni est pertinax ad impediendum sensus exteriores ; et hic est unus eius actio . Sed remoto utroque impedimento sicut fit in hora dormiendi,
15 modus . Aliquando autem anima praevalet super eam in suis actio- aut eg uno modo — sicut in infirmitatibus quae debilitant corpus et
nibus quae continuantur ei de cognitione et cogitatione, et hoc duobus 26 va impediunt animam ne habeat inteIlectum et cognitionem, et sicut fit
modis : uno, cum dominatur imaginativae et subiicit eam sibi et sensum in terrore cum debilitatur anima et quasi dissolvitur propter id quod
30 timetur et retrahitur omnino ab intellectu propter suam debili-
tatem et quia timet ne accidant res corporalea, et sic quasi discedit
8 a] onz . P 10 sensibus] corr . auis codd . 10 et] sup . lin . P 11 imaginativam] ab intellectu et ab eius dominio, — tune imaginatio potest niti et
vel - tionem add . sup . lin. al. man . T 12 actione] comparatione T 13 utraque]
om . V 14 et] quia l 15 anima] ipsa add . I 15 suis actionibus] inv . T ~ 18 componendum] componendas V 19 anima] om . T 19 unde] tunc add.
TV 20 debebat] debeat T debet V 20 partem] aliquam add. TPV
5 23 ab his] adhue scrib . et ab his add. sup. lin . al. man . S 23 non] sequitur
8 uno] (sicut quod fit) add . R 9-10 ad operandum . . . exterioribus] Zcmuna cirea tres litt . T 23 multum] om . T 25 debilitabitur] debilitatur
~_, Wj I L)..1_9-L I L; I (ad sensus exteriores) R 13 de] &„, (ex) R 14 pertinax TV 26 eius] om . S 27 ex] om . ISTPV 27 quas] et quae T 28 ne] ut
= Ra] [,jjy (et adveniena) add. R 14 ad impediendum] ad occupandum = non T 28 habeat] habeant IS 28 cognitionem] cogitationem sed cognitionem
i . m . add . al. man . S 28 et 2] om . I 29 in terrore] interiore P 30 intellectu]
15 autem] .a;.e (cum cfr 16, 8) add. R 17 modis] LZw I (etiam) add. R ~
f! vel add. V 30 propter suam debilitatem] om . T 31 etl] vel TV 31 discedit]
decedit V

en se d ētournant (can) d' une autre ». La traduction latine s' expliquerait par la lecture
tillā (nisi) pour ild (vers) ; la traduction imperare pour isti cmāl (cfr dispositio, p . 14, 92) 18 diaiungendum] eas add. R 23 repraeaentare] eas add. R 25 modo] L, ,
et ista`mala, apparait aux livres 1V et V, parmi d'autres traductions du mēme terme, (simul) add. R 26 remoto] [ &;y (ab ea) add . R 27 aicut] ~)A (fit) add . R
tellea regere, gubernare, iniungere operari .
28 fit] om. R 29 oum =~> RcfJ j,> (ita ut debilitetur ete.) R
10 sensibus : la legon des mes latine, suis, est aussi le texte de Gundissalinus, ēd. Muckle ~
p. [76], 22.
11 cogitare : ar . al-mufakkira ; ce terme arabe eat traduit en latin non seulement par ~ 18 formaa aliquas : ar . e lea formes avec leurs ēlēments concreta n, bi-acyānihā. D'aprbs
(virtus) cogitativa, mais par cogitatio : voir p . 25, 32, et p . 182, 88 ; en donnant ā al-mufak- le Lexique arabo-latin de la Mētaphysique du Shifā ' , le terme acyān est rendu dans la
kira ce dernier sena, la traduction latine nous parait rendre de faqon satiafaisante le texte traduction latine mē diēvale de la Mētaphysique par singularia : efr Mēlanges de l'Institut
arabe . L' ēdition Rahman au contraire Prē sente (P• 174, n . 14) tout le membre de Phrase Dominicain d' Ētudes Orienialea du Caire (MIDEO), Tome 6, 1959-1961, P• 319.
ita quod . . . cogitare comme une traduction inadē quate. ~ 19 aecundum quod . . . vehementer : 1'āme met en oeuvre la facultē imaginative en vue
12 impediatur a : ar. e est dē tourn ēe de a(maslcgh ūla can) . d'un but ( gharad) fermement entrevu (qahih) ; Ia mē me idēe est eaprimē e plua loin, p . 22,
13 ne posait : prēposition arabe can, voir p . 15, n . 97. 99-00 : a Cum enim iniungit ei aliquam formam per quam tendit ad aliquod propositum
13 coniungi : ar . infirdd bi-, c'est- ā -dire g s'isoler avec la facult6 imaginative en ne (gkarad) . . . u.
faisant qu'un aveo elle N. ~. , 20-21 trahitur . . . rationalis : ar. R elle eat v ēritablement entrain ēe sous la direction de
13-14 id quo . . . exteriorea : ar, a ce dont ces deua facultēs (cfr jormalis, ligne 12, et ima- ~ 1' ā me rationnelle i,.
ginativae, ligne 13) ont besoin et qui vient du sene commun, est stable et eat entrainē ā 28 ne habeat : prēposition arabe can.
s'occuper des sens eaternes r. Sur le sens de ad im,pediendum, voir p . 15, n. 97 . 29-30 quasi dissolvitur . . . timetur : ar. e Pāme eat sur le point d'accepter pour vrai,
14-51 et hic eat . . . in somnis : cfr GuNnrsser.rxos, 6d . Muckle, p . [76], 25 ā p . [77], 17 . tujawurizu, ce qui ne peu t1'btre x .

18 QUARTA PARS CAPITULUM SECUNDUM 19

converti ad formalem et iniungere ei operari, et earum adunatio confor- accidunt talia in vigiliis . Saepe enim inter utrumque istorum contingit
tatur simul, et actio formalis fit manifestior, et formae quae sunt in 55 eos in ultimo absentari a sensibilibus et accidit eis quasi dormi-
R 173 35 formali praesentantur in sensu communi et videntur quasi habeant tatio ; et multotiens non accidit, et multotiens vident rem sicuti est, et
esse e gtrinaecus : operatio etenim apprehensa e g eo quod venit ab multotiens apparet eius imago propter causam enim qua imaginatur
exterioribus et ex eo quod venit ab interioribus est id quod praesen- in dormiente imago rei quae videtur, sicut postea declarabimus;
tatur in formali, et non differunt nisi comparatione . Sed cum aensatum multotiens apparet similitudo et videtur eis quod id quod apprehen-
vere est id quod apparet in ea, tunc id quod apparet in ea intus est so dunt sit locutio illius imaginis veluti verba audita quae tenent
40 tale quale est quod apparet foris ; et propter hoc videt epilepticus ; et legunt. Et haec est propria prophetia virtutis imaginativae ; sunt
et perterritus et dissolutus et soporatus imaginationes e gistentes ~ autem hic aliae prophetiae quae declarabuntur . R 174
qualiter vere videt in tempore salutis et etiam audit sonos . Si autem Nullus autem hominum est qui non habeat portionem in somniis et
cognitio et intellectus subvenerint ei in aliquo iatorum et revocaverint in apprehensionibus quae fiunt in vigilantibus : inspirationum etenim
ad se virtutem imaginativam excitando eam, delebuntur formae 65 quae subito in animam cadunt, non est causa nisi aliquae conti-
45 illae et imaginationes. ~ nuitates quae non percipiuntur nec id cui continuantur nec ante illas
Contingit autem aliquibus hominibus quod haec virtus imaginativa ; 26 vb nec post illas, et movetur anima ab illis ad aliud ab eo in quo fuerat.
sit creata in iIlis fortissima et praevalens, ita ut non dominentur ei 4 Et hoc aliquando est omnis generis, quoniam aliquando est ab intellec-
i :
sensus nec formalis resistat ei, et quod anima eorum sit fortissima,
ita quod propter hoc quod contemplatur intellectum et id quod est 54 istorum] idest vigiliae et somni add . sup . lin . al . man . S add .i .m . P 55 absentari]
50 supra intellectum, non destruatur eius condescensio ad sensus. obacurari scrib . sed absentari add . i .m . al. man. S 55 eis] om. T 55 dormitatio]
Isti habent in vigiliis quod alii in somnis, sicut postea dicemus : haec dormitio V 56 vident] videt IS 59 similitudo] sup . lin. al . man . S 59 ap-
prehendunt] apprehenderit P apprehendit V 60 locutio] omnino V 62 quae
enim est dispositio dormientis dum apprehendit visiones, ut certifi-
declarabuntur] quas declarabimus V 63 somniis] somnis scrib . sed i add. sup.
centur ei aut ita ut sunt, aut per imagines quas habent ; istis quoque } lin . I 64 ini] om. V 65 animam] anima P 66 nec id] nisi ei V
66 continuantur] contaminantur scrib . sed continuantur add . i .m . al . man. S
33 ei] i . m . al. man . T 34 fit] sit S 35 in sensu] senaui V 36 venit] : 67 ab eo] quam id quam P quam id V 68 aliquando i] quandoque V 68-69 om-
advenit IS 37 ex] ab S 38 in formali] formali V 39 vere est] inv . V nis generie . . . esti] i.m . C
39 intus] om . V 40 est] om . S 40 videt epilepticus] inv . V 42 qualiter]
quales V 43 aliquo] alio S
sequitur rasura eirea deeem litt . S
46 aliquibus hominibus] inv . TV 47 fortiasima]
49 quodi] ut ISPV
54 enim] 9 (autem) R 57 apparet] 4(eis) add . R 57 enim] om. R 58 in
49 propter] ex P
49 contemplatur] complectentur IS 50 destruatur] differatur P 50 destruatur dormiente] dormienti 58 declarabimus] y(et) add . R 59 apparet] 4
(eis) add. R
eius condescensio] desinit descensio eius T 50 ad sensus] i .m. al, man . S 60 veluti verba] (cum verbis auditis) R 60-61 tenent et legunt] tenentur et
51 somnis] somniis V 52 enim est] est igitur T 52 dum] cum T leguntur 64 apprehenaionibus] ,~:,~'lj .~y I J ,, (dispositione apprehensionum) R
52 certificentur] certificetur V 53 imagines] imaginationes IT 53 quoque] enim V
;
66 nec id cui] nec percipitur id cui 68 aliquando z] om . R 68 intellectibus]
( (intelligibilibus) R
38 in formali = eodd .] d„y (in co sc . sensu eommuni) corr . R 39 in ea 1] om. R
39 in ea 2 intus] om . R 40 quod apparet foris] L: . ~, ~J, L,, (quod venit 54 inter utrumque istorum : le De Anima de Gundissalinus ajoute : scilicet dormi-
deforis) R 40 videt] tj L,Jy I (homo) add . R 41 imaginationea] tionis et vigiliae ; certains manuscrits latins portent ici une glose de m ēme contenu : idest
(imagines) R 43 et 1] aut R 43 ei] om. R 44 eam] om. R 46 autem] ,ay9 vigifiae et somni.
(aliquando autem ante contingit) R 46 haec] om . R 48 eorum] L,~w f (etiam) R 58 sicut postea declarabimus : voir plus bas, pp . 28-31.
59-62 multotiens . . . prophetiae : cfr GuxnissnLirrus, ēd . Muckle, p. [77], 24-27.
50 supra] ante cfr 19, 66 51 quod = Rd] q 1(-J—1 VA (,. (diapositionem
62 quae declarabuntur ; pour la forme de capacit ē proph ētique dē pendant des facultēs
quam habent) R 53 habent] ~)(y (na.m) add . R 53 quoque] ~,g (aliquando) R motrices, voir Livre IV, chapitre 4, pp . 65-66 ; pour 1'intellect saint, voir Livre V,
chapitre 6, p . 163, 10-18. Sur la perfection de la facultē imaginative, requise pour qu'un
51 sicut poetea dicemus : voir plua bas, pp . 24-26. homme puisse ētre prophē te, voir L. Ge$nux, La Pensēe religieuse d'Avicenne, Paris,
51-58 haec enim . . . videtur : cfr GuxntsseLixus, ēd . Muckle, p . [77], 17-24 . 1961, pp . 121-122 ; Livre de8 Directives et F.emarques (trad. Goichon), pp. 541-515 .

20 QUARTA PARS CAPITULUM SECUNDUM 21

tibus et aliquando est a divinationibus et aliquando est e g versibus, eius, fit e g rebus singularibus quae non numerantur . Omnino autem
70 et fit hoc secundum aptitudinem et usum et mores . Illae autem in- oportet ut origo rei in hoc sit hoc, scilicet quia anima, cum considerat
spirationes sunt ex causis quae adiuvant animam plerumque incognitae simul intentiones et formas, mutatur ab intentione ad formam quae
et plerumque sunt sicuti apparitiones subitae, quae non sunt resi- 85 est propior, aut absolute, aut quia contingit quod paulo ante
dentes ita ut rememorari queant nisi eis succurrerit anima cum reten- viderat coniunctionem illius formae et illius intentionis vel sensu vel RR 175
tione appetita quia, quod potius agit anima, hoc est scilicet retinere aestimatione, et mutatur ideo a forma ad intentionem.
75 imaginationem circa genus dissimile ab eo in quo erat. Sed prima causa quae appropriat unam formam et non aliam, et
Haec autem virtus imaginativa solet semper rimari duos thesauros unam intentionem et non aliam, est aliquid aut adveniens a sensu
formalis et memorialis et semper repraesentare formas ; incipiens a 90 quod appropriat eam, aut ab intellectu vel aestimatione quod 18 va
forma sensata aut memorata procedit ab ea ad contrariam vel ad appropriat eam, aut ab aliquo caelesti ; et quia appropriata est huic,
consimilem vel ad aliquid inter quod et illam sit aliqua comparatio, ~. eius progressio et eius motus fit appropriatus proprietate propioris
so et haec est natura eius. Sed proprietas motus eius de uno ad con- et dispositionibus quae coniunguntur ex usu et paulo ante aliquibus
~
trarium eius et non ad consimile, vel ad consimile et non ad contrarium ,~.~~;
,;_ formis et intentionibus ; aliquando etiam illae dispositiones sunt
„, .

69 a divinationibus] admirationibus V 69 versibus] usibus TV 70 et 83 in hoc sit hoc] sit in hoc T in hoc sit V 83 quia] quod TP 83 anima
uaum] in usu I 71 inspirationes] quae add . T 71 animam] sunt add . T cum] inv. TV 84 simul intentiones] inv . V 84 muiatur] mittatur S
71 incognitaeJ corr. ex arabiao cognitae codd . 72 aicuti] sicut TV 73 anima] simul add. V 85 propior] prior V 86 viderat] videat ST 89 aut]
animae V 74 appetita] appetitiva TV 75 circa] cuius V 75 genus] ut V 90 ab] om . V 90 vel] et T 91 ab] om. I 92 propioris] prioris V
sup. lin . al . man. S 75 quo] qua PV 76 aeinper rimari] opinari V 77 formas]
et add. IST 77-78 a forma] om . I 79 ad] om. P 80 natura] hic scrib . sed
exp . et natura sup . lin. add . P 80 de] ab T 81 consimilel ] consimilem PV 82 rebus] y(,,,,,,j (cauaia) R 83 rei] (causae) R 83 acilicet] om, . R
81 conaimile 2] conaimilem V 85 propior] d~,)I (ei ac. intentioni) add . R 86 vel l ] j yI (vel in) Radgk ~y
(in) R 86 vel a] ~ y I(vel in) R 87 ideo] U .JS(similiter) R 89 aliquid
aut adveniena] d„)t ~j9 ,4 Jr,i (aliquid quod iam advenit ei) R 91 aut ab
69 aliquando eat 1] om . R 69 aliquando z ] om.. R 69 e5t ex versibus]
aliquo] > a~ 31 (aut propter aliquid eaeleste) R 91 et quia] P (et eum) R
1'e- (eat veraus) R 70 hoc] cL() j_e,c- (praeter hoc) R 72 plerumque]
92 pmpioris] ~y~~ j~ (duorum princiqiorum) R 93 ex = Rcefh] j (in) R
om. R 74 appetita = Raef] _PW I (perfeeta) R 74 qnia] 9 (et) R
93 paulo ante] ex proximitate temporis 94-95 etiam . . . caeleates] V~v
74 anima] om . R 74 scilicet] om. R 78 ad 2] om . R 79 ad] om . R
;L9 ~_ L,~ ., fi i I,, ya ~ (etiam fit hoc ex dispositionibus caeleatibus) R
71 adiuvant : la traduction latine correspondrait ā a cāna, a aider» ; le texte de 1'6dition 83 origo rei : ar . a la cause fondamentale n, litt ēralement : a le principe de la cauae a.
Rahman porte, sans variante, le verbe canna, a se prē senter, apparaitre, surgir a. 85 quia contingit . . . aeetimatione : a soit parce que I'intentio est vue, fortuitement, peu
71 incognitae : ar. musāriqatan, a subrepticement >, c ā la d ērob ēe x ; le latin incognitae, de temps aprba 1'union dea deux (forme et intentio) dans le sens ou dans I'estimative ».
plut ō t que eognitae, correspond ā ce mot arabe. 90 appropriat : rend exactement 1'arabe yukkassisu ; sur la notion de takhsis, appro-
79 ad aliquid . . . comparatio : ar . a ā quelque chose qui s'y rattache N.
priation, apēcification, individuation ou particularisation, voir A . M . Goicxox, Lexique,
80-82 Sed proprietas . . . non numerantur : voir Livre des Directives et Remarques (trad. p . 106, no 213. La question soulevēe ici eat de savoir comment telle forme et telle notion
Goichon), p. 515 : a Certea la facultē imaginative fut crēēe pour reproduire tout ce qui ont ētē associē es originellement ou pour la premi ē re fois.
1'avoiaine, ē tant dispoaē e ā saisir ou ā mē langer, prompte ā passer de la chose m ē me ā sa 91 aut ab aliquo caeleati : la eonstruction de la phrase arabe correapondrait en latin ā :
reasemblance ou ā son contraire . . . A son individualisation [il y a] des causes particu- a Sed prima causa . . . eat aliquid adveniens . . . aut eat propter aliquid caeleete *.
libres, sana aucun doute, mēme si nous ne les diatingnona paa, nous, conergtement a. Sur 91 huic : ar. bti-dkiilika, a par cela ā savoir par aliquid adveniena . . . ou aliquid caeleate.
A,
1'int6r6t de la doctrine avicennianne concernant 1'association entre imagea senaibles et 92 propioris : ar. al-mabda'ayn, a les deua pointa de dē part >, ā savoir telle forme et
notione immatērielles (mae¢ni, intentiones) conservēes dans la mēmoire, voir F. Raaarex, telle tintentio.
Ibn Sina, dans A History ol Muslim Pkilosophy (edited by M . M . Sharif), Wiesbaden, 93-94 et paulo . . . intentionibus : ar . a et parce que certainee formes et certaines inten-
1963, p. 494 . tions eont encore fraYchee *.

22 QUARTA PARS I CAPITULUM SECUNDUM 23

95 caelestes, aliquando sunt ex provisione intellectus et sensus quae 5 ut in hora somni coniungatur caelestibus taliter sicut postea dice-
coniunguntur ei post primam proprietatem. mus, tunc si haec virtus permiaerit eam, aut quia est quieta, aut quia
Debes autem scire quod cogitatio rationabilis est propter hanc non retrahit eam a contemplando nec vincit eam nec abbreviat ei
virtutem in maximo cruciatu, et propter naturam huius virtutis est in tempus contemplandi propter repraesentationem suarum imaginum
occupatione laboriosa . Cum enim iniungit ei aliquam formam per 27 ra illi, defigetur illa forma in memoria tenaciter sicuti est . Si autem fuerit R 176
oo quam tendit ad aliquod propositum, ipsa movetur cito ad aliud 10 in vigilante non erit opus recordari et ai fuerit in somnis non erit
illi dissimile et ex illo ad aliud tertium, et obliviscitur primum a quo significatione opus ; si vero fuerit divinatio non erit opus interpreta-
inceperat ita ut necessario cogatur anima recordari et confugere ad tione : significatio enim et interpretatio est hic quod illic recordari.
resolutionem et conversionem quousque redit ad principium . Cum Si autem id quod videtur de illo non firmiter imprimit anima in
autem contingit in hora vigilandi ut anima apprehendat aliquid, aut
5 ut] om . T 5 somni] somnii V 5 postea] posae V 6 permiserit]
permiserat V 7 retrahit] extrahit T 7 nec 2] et nec IS 9 defige-
95 provisione] promissione IV diapositione scrib . sed in alio provisione add. i . m . al.
manu T tur] designetur V 9 sicuti] sicut T 9-10 si autem fuerit . . . recordari]
95 et sensus] om . V 95 quae] qui T 97 rationabilis] rationalis
P 98 in 2] cum T 99 enim] i . m. S om . hom. C 9 fuerit] erit V 10 recordari] recordandi T 11 interpretatione]
99 aliquam] aliam V 99 per]
repraesentatione V 12 enim et] etenim et IS 12 quod] sup . lin . P
propter T 00 aliud] aliam V 1 dissimile] disaimilem V 2 anima]
om . T 3 redit] vel reddit add. i .m. al . man . S reddit T 4 contingit] contigerit V
6 permiserit eam] cj l4, ;-~ (permiserit ut firmiter imprimat
cfr 23, 13) R 6 eam = R] hoc codd . 6 aut 11 om. R 6-7 quia . . . retrahit
95 aliquando sunt] VA „~yy (aliquando autem fit) R 96 poat primam
eam] Ln~ Lg.!i ~(quia est victa) R 7 a eontemplando] om. R sed cfr ut firmiter
proprietatem] ante quae coniunguntur R 1 aliud] om. R 1 obliviscitur]
imprimat 23, 6 8 contemplandi] firmiter imprimendi cfr 23, 13 10 non
~( facit ut anima obliviscatur) R 3 conversionem] (e converso) R
erit s] om . R 11 opus 1 ] om . R 11 non erit opus] om . R

95 ex provisione : ar . li-tawālic , en raison d'illuminations subites » . Le latin provisio


N
5 sicut postea dicemus : voir plus bas pp. 23-25 et pp. 28-30.
est attestē par plusieurs mannscrita, mais nous n' avons relevē de ce mot qu' un seul 6-8 si haec virtus Z~contemplandi : ar. a si cette facultē, par son repos ou par sa sou-
emploi ; le mot praevisio conviendrait peut-6tre ici, mais ailleurs il traduit indTaār, prē -
K
mission, permet ā 1' ā me de bien fixer (une forme) et si elle ne la vainc pas en abr ēgeant
diction, divination ». Dans la phrase latine, le pluriel quae coniunguntur eemble Be rap- pour elle le temps de la fixation . . . s.
porter ā dispositiones, ligne 94 ; en arabe, quae coniunguntur Be rapporte h tawālic. 10-12 in vigilante . . . recordari : deux a ēries de trois termes s'opposent ici : in vigidante,
98 naturam : 1 ' ēdition Rahman (p . 175, note 12) propose de substituer A . la leqon natu- in somnis, divinatio, et recordari, signi/icatione, interpretatione . Lorsque P ā me eat unie au
ram, ghariza, attest ēe pourtant par plusieurs manuacrits, un mot Be rattaehant ā la racine monde invisible (cfx figne 5) elle en subit 1' influence dana 1 ' 6tat de veille et en conaerve
gharra e aveugler, induire en erreur > ; 1 ' 6diteur reconnait cependant que les termea qui le souvenir (tadhakkur), ou pendant le sommeil soua forme d ' un songe qui nēcesaite
conviendraient ici (ghirra ou gkur ūr), ne correspondent pas ā la graphie des legons pro- une interpr ētation (tacbir, eigniJicatio), ou par rēvēlation entendue (wahy, divinatio) qui
pos ēes par les manuscrits. nē cesaite une exēgēse (ta'wil, interpretatio) . Voir Livre des Directives et Remarques (trad.
Sur le aens de gkariza (inetinct) et de gharizi (innē) dans le vocabulaire avicennien voir Goichon), p . 517 : s Cette sorte d'influence ētant solidement maintenue dana le souvenir
A. M . Goiexox, Introduction d Avicenne. Son ēpitre des dēfinitions, traduction avec (dhikr) . . . n'a pas besoin de glose (ta'wil) ni d' interprētation (tacbir) . . . La r ēvēlation
notes, Paris, 1933, p . 93, et Lexique, pp . 263-264, n os 479-480. ~ (wa4y) a besoin d'exē g ēse (ta'wil) et le songe d' interprētation (tae bir) a. L ' interprētation
99 iniungit : voir plus haut, p . 18, 33, iniungere operari. et 1'ex6g6se sont ainsi rapproch ēes du souvenir, cfr ligne 12 : significatio et interpretatio
1-3 obliviacitur . . . conversionem : voir Livre des Directives et Remarques (trad . Goichon), eat hic quod illic recordari.
p . 516 : x Or parfois ta pens ēe est fortement maintenue dana ta mēmoire, et d'autres 13-43 Si autem . . . comprehenduntur : le Livre des Directives et Remarques (trad . Goi-
fois tu t'en ēloignes pour des chosea imaginē es qui te font oublier ta prēoccupation. Alors chon), p . 516, distingue, comme le De Anima, diffērenta degrēa dans 1'intensit6 de e 1'in-
tu as besoin d'analyser (taTiallul avec variante taklil) en sens inverse et tu vas de 1'id6e fluence epirituelle qui se. prēaente ā 1 ' āmea ; selon cette diffērence d'intensitē, c'eat
fermement saisie qui Be prē sente ā 1'esprit, ā celle qui Be prēsente avoisinant la premibre, 1'exercice de sens internes diffērents qui est solficitē. L'impression la plus forte Be produit
tu passes de 1'une ā Pautre, et ainai de suite ». ā I'8tat de veille et s'imprime ā la fois dans la mē moire et 1'imagination (cfr lignes 19-20 :
3 resolutionem : reaolvere, resolutio (tahlil) s'oppose ā camponere, compositio (tarkib); retentio formalia et memorialis, et plue bas, lignes 59-60 : propter fortitudinem suae ima-
voir plus haut p . 12, 62-63 . ginationis et memoriae) ; une impression moins forte se produit pendant le sommeil,

24 QUARTA PARS CAPITULUM SECUNDUM 25

virtute memoriae sicut debet, sed virtus imaginativa opponit singulis in quo parva interpretatio necessaria est : aliud autem illusio est. Illud
15 eorum quae videntur in somnis imaginem simplicem aut compo- vero somnium quod est illius generis in quo praevalet imaginatio,
sitam, aut opponit composito quod videtur in somnis imaginem simpli- 3o necessario eget interpretatione.
cem aut compositam, nec cessat opponere omni ei quod videtur illic Saepe autem videt homo interpretationem sui somnii in somnio suo,
conformationem compoaitam e g forma et intentionibus, erit tunc et est illud vere recordatio : quia virtus cogitationis sicut mota est
retentio animae in se de eo quod vidit debilior quam retentio formalis primum ab ipsa re ad conformationem propter comparationem quae
2o et memorialis de eo quod reddidit imaginatio, et ideo non stabilitur est inter illas, similiter non est longe ut moveatur a conformatione
in memoria id quod visum fuit de caelestibus sed stabilitur quod 35 ad ipsam rem. Saepe autem contingit ut ipsa eius actio imaginetur ei
conformatum est illi. iterum et videatur ei quasi aliquis loquatur ei per illam . Et aliquando R 177
Saepe etiam contingit quod illud quod videtur de caelestibus fit ve- non est ita, sed quasi videtur res firmiter absque coniunctione animae
luti caput et principium, sed postea praevalet imaginatio super ani- cum caelestibus ; imaginativa vero repraesentat conformationem suam
25 mam sic quod retrahet eam ab e gsequendo quod vidit et movetur et redit ad veritatem rei ; et hic modus veri somnii aliquando contingit ex
post, motu post motum, qui motus in nullo assimilantur ei quod videtur 40 imaginativa sine ope alterius virtutis, quamvis veritas rei fuerit illud,
de caelestibus : illud enim iam abiit . Et hoc genus est maneria somnii et redit ad illam . Et aliquando repraesentat hanc conformationem
per aliam conformationem, et est iterum opus interpretatione inter-
16 composito] opposito i .m. S 16-17 quod videtur . . . opponere] iter . T 19 vidit] pretis. Sed hae sunt res et dispositiones quae non comprehenduntur.
videt TV 20 imaginatio] imago V 20 ideo] ratio V 21 fuit] fuerit T 23 illud] Hominum autem quidam sunt verorum somniorum : quod fit cum
id SV 23 videtur] post caelestibus T 24 auper] eam add . V 25 aic] sicut V
26 post1] om. STPV 26 motu] motui S 27 illnd] istud T 27 somnii] somni 45 anima eius consuevit dicere verum et vincere fallacem imagina-
PV tionem . Pluribus autem contingit percipere et allegorizare somnium

14 singulis] unicuique aimplici 18 forma = Rk]~~ (formis) R 24 prin- 28 aliud] illud V 28 aliud autem illusio eat] om. C 29 vero] autem V
cipium] 15' (veluti principium) R 24 postea] om . R sed cfr 24, 26 29 quoJ quod V 29 imaginatio] imago V 31 somnio] somno S 31 somnio
26 postl] o.a,q (poatsa) R 27 genus] om . R ~ suo] inv . T 35 rem] om . T 35 autem] enim V 36 quasi] (dub .) V
39 redit] reddit I 39 modus] eat add . T 41 redit] reddit IS 41 conforma-
meut 1'imagination, et rend indiapensable 1' interpr6tation (cfr lignea 29-30) ; enfin, 1'im- tionem] et add. S 43 comprehenduntur] apprehenduntur STV 45 con-
pression la moina forte eat celle qui atteint 1 ' imagination, lorsque celle-ci est perpētuelle- suevit] conaueverit S 46 fallacem] falsam I 45 fallacem imaginationem]
ment en branle (cfr ligne 25 : retrahet eam . . . et movetur post, motu post motum) ; il ne fallaciones V 46 pluribus] in pluribus V
reate alors de 1'impression reque que des songes incoh ērente n' offrant que peu ou pas de
prise ā 1'interpr6tation (cfr ligne 28 : in quo parva interpretatio necessaria est, aliud 32 cogitationis] ~_,,Qj (cogitativa) R 32 sicut] A (iam) a{ld . R 35 ei] ante
autem illusio eat). M . Toufic Fexn, dans son livre La divination arabe. Etude<s religieu.ses, ut ipsa R 37 aed] ~)~' (eat) add . R non add. Ragk 40 imaginativa] J„x;;J I
sociologiques et folkloriques sur le milieu natif de l 'Islam, Leiden, 1966, r ēunit une biblio- (imaginatione) R 41 ad illam] om. R 42 per aliam conformationem = Ra]
graphie abondante sur la question : les pagea 51 ā 54 qui traitent d'Ibn Sinā , renvoient
aug travaug antē rieurs de A. F . MaHSax et aurtout de A . M . Goicxox, mais sans pro- Sy, t ~(alia conformatio) R 44 cum] .1G (iam) add. R 45 eius]
poser une analyse syat ēmatique des teatea avicenniena concernant les songes ; pp. 330 ā eorum
363, dana son ♦ Inventaire de la litt ērature onirocritique arabe r, sous le nom d'Ibn
Sinā, M . Toufic Fand mentionne uniquement deua trait ē s in ēdits sur la question dea son- 28 in quo . . . illuaio est : ar. a la signification que 1 ' on en tire n' eat que peu importante
ges et de leur interprētation, mais non les passages qui s'y rapportent dans les aeuvres et le reste n'est que rēves incohērents r ; 1'oppoaition entre ru'yic, vrai rē ve proph ētique,
avicenniennes de caractēre encyclopēdique. et ahldm, songes incoh ērents et confus, eat ē tudi ēe par Toufic Fexn, * Terminologie du
26 qui motus . . . videtur : ar . f sans que, par cea mouvements, (1' imagination) repro- r ēve et de la viaion prophētique r, dans La divination arabe, pp . 269-274 ; cette oppoaition
duise rien de oe qu'elle voit. . . r. n'est pas rigoureuaement valable ici : en effet, ahlām dēaigne les aonges vrais (efr ligne 44,
27 abiit : ar. inqajava, r 6tre brisē r, o 6tre interrompu r. verorum somniorum) non moina que les songes ineohērente.
27 genus est maneria : dane la phraee latine, genua et maneria eemblent @tre des dou- 43 quae non comprehenduntnr : ar . tque 1'on ne peut d6orire avec pr ēoision ►.
blete ; cee mota oorreepondent an eeul mot srabe darb, e mani8re, sorte, mode r . 46 percipere et allegorizare : ar. 4 interpr6ter r, cabbara.

26 QUARTA PARS CAPITULUM SECUNDUM 27

suum in somniis, illis scilicet quorum anima sollicita fuit circa id quod est a sua ratione. Sed cum hoc imaginatio est fortis, et est potens
vidit et cum dormiunt, remanet illa sollicitudo in ea sicut erat et accipere absentia dum vigilat.
virtus imaginativa incipit repraesentare e contrario eius quod reprae- 65 Animae autem necessariae sunt virtutes interiores ad recipiendum
50 sentaverat antea. origines absentium duobus modis : uno, ut imaginetur in illis intentio
Iam autem dicitur re g Hercules vidisse somnium quod nimis terruerat visa stabiliter, alio, ut sint iuvantes et deservientes ei ad libitum eius, R 178
eum et non inveniebat apud interpretes qui solveret illud ; qui cum 27 rb non impedientes eam nec trahentes eam post se . Est igitur necesse
postea obdormivit, interpretatum est ei suum somnium in somnis : in comparationem esse inter absentiam et inter animam et inter virtutem
quo continebantur quaedam quae futura erant in mundo et praecipue 70 interiorem imaginativam. Si vero sensus impedierit eam aut
55 in eius civitate et regno ; deinde cum scripsissent ea quae praedicta intellectus impedierit ad modum intelligibilem quem praediximus,
fuerant, impleta sunt omnia sicut interpretatum illi fuerat in somnis. non vacabit aliis, sicut speculum cum occupatum fuerit e g una parte,
Iam etiam hoc e gperti sumus in aliis. multae formarum quae solebant describi in speculo illo, G .. . > peribit
ls vb Eorum autem qui haec vident vigilantes, quidam vident sic propter comparatio quae erat inter illa et non describentur ; et idem est hanc
nobilitatem suae animae et quia eius anima fortis est et propter forti-
6o tudinem suae imaginationis et memoriae, quam non impediunt 63 hoc] haec TV 63 eat potens] inv . V 64 accipere] recipere ISTPV
r 64 dum] de T 69 inter2] om. PV 70 interiorem] et add . I 70 impedierit]
sensibilia a suis propriis actionibus . Quidam vero vident propter impediant V 70-71 eam . . . impedierit] om. hom . T 73 multae] rescripsit
absentationem suae discretionis et quia anima quam habent alienata supra rasuram P 73 solebant] solent T 73 apeculo illo] inv . T 73 illo]
sequitur lacuna circa decem litt. C lacuna circa sex litt. I 73 peribit] pertrahit
47 suum] scilicet add. V 47 somniis] carr. somnis codd. 47 illis scilicet] (dub .) C 74 describentur] describuntur T 74 hanc] habere hanc S
illorum V 47 sollicita fiiit] inv . T 48 vidit] videt T 48 dormiunt]
dormierit SV 50 antea] anima IT aia scrib. sed exp. et antea add . i .m . al. man . S 63 aua] om. R 63 cum hoc] a,j,,J (propter hoc) R 63 imaginatio] eorum
51 dicitur] om. V 51 hercules] herodes V 51 terruerat] timuerat scrib . sed add . R 63 est potens] possunt 64 vigilat] vigilant 65 autem] ~ j U (enim) R
terruerat add. sup. lin. al. man. T 52 inveniebat apud interpretea] invenieba- 66 origines] A,.9 (emanationem) R 66 absentium] absentiae cfr 27, 69
tur apud eum interprea T 52 apud] om . V 52 solveret] solverent V 53 est] 67 visa] ~~~ (particularis) R 69 inter 2 ] om . R 70 imaginativam]
om. S 53 auum somnium] inv. V 54 mundo] medio T 55 cum] dum T ..
55 scripaissent] scripserat acrib . aed scripaisaent add. i.m. al . man. S acripeisaet T d~ I d,:~(..~) ..o~ Iy ' I Vv d..~y (et comparationem inter animam et
acripserit P 56 illi fuerat] ei fuerat ST fuit ei V 56 somnis] somniis T 57 hoc] virtutem interioremimaginativam)add .R 72 parte] d$.o, Ys (etmovetur
om. P post sumus V 59 auae animae] inv . T 59 eius anima] inv. I ad aliam partem) add . R 73 formarum] jg,I ~.,, (reram) R 73-74 peribit
59 fortis eat] inv. T 61 vident] om. T comparatio] („ (propter aliquam comparationem) R 74 et i] om . R

47 acilicet] om . R 47 anima] qA (meditatio) R 48 vidit] viderimt 64 absentia :(cfr plus loin, absentium, absentiam, Hgnes 66, 69) rend le terme arabe
48 illa] om. R 48 in ea] q~ (eirca illud) R ghayb u le monde invisible, le monde cach ē )>. Le Lexique arabo-latin de la Mētaphysique
49 repraesentare] illud add . R
du Shifā ' atteste la mēme ēquivalence (cfr EL-KHOnruia, p. 319) . Sur ghayb synonyme de
53 suum somnium in somnis] hoc somnium in somnis suis 56 omnia] om . R malakūt (eaelestia), efr plus bas, p . 29, 2.
56 in somnis] suis add. R 58 sic] d_U j(illud)R 59 et quia eius anima fortis 66 origines : ar. fayd, emanatio ; sur la capacitē que, d'apres Avicenne, 1'āmehumaine a
eat] et fortitudinem eius 59 propter] om . R 60 imaginationis et memoriae] de capter lea forces iasuea du fayd ou a flux divin a, voir Toufic Fa$n, La divination
imaginativae et memorialis 61 vident] 4!_U,j (illud) add. R arabe, pp . 51-52.
70 impedierit : ar. a(si le sens ou 1' intellect) dispoae d' elle a ; ce verbe, ici et ā la ligne 71,
48 vidit : eat au singulier comme le verbe arabe mis au aingulier dans la relative intro- correapond au m ēme verbe arabe que celui qui eat traduit ailleurs par regere, gubernttre,
duite par man (u tous ceux qui . . . N) ; vidit et dormiunt ont le mēme sujet (illis quorum . . .). iniungere, iniungere operari ; voir plus haut, p . 15, n. 5-6.
51 rex Herculea : sur un songe cē lē bre attribuē ā 1'empereur Hēraclius et. rapportē par 73-74 multae . . . describentur : ar. e beaucoup d'objets pouvant se refl ēter dans ce
TanASi, Annales, ē dition de Goeje, Leyde, 1879-1901, I, 1561 sqq ., voir Toufic Faan, miroir de fagon inopinē e et soudaine (mugh āfasatan wa-mubāghatatan) en raison d'un rap-
La divination arabe, pp . 274-275. Nous remercions ici Al. Toufic Fand qui nous a eignalB port exiatant entre eux (objets et miroir), ne s'y reflbtent pas )) . Les mots arabea soufignēa
ce rapprochement possible entro le texte de Tabari et celui d 'Avicenne. sont omis en latin . L'espace blanc que prēaentent certains manuscrits latins l ā o ū auraient
57 experti sumus . . . aliia : ar . o d' antrea que lui en ont fait I'e%p ērience a . dū s'insērer lea mots arabes omia, a ē t ē ātudiē dana I'Introduction, p. 90# . Peut- ētre eat-ce

28 QUARTA PARS CAPITULUM SECUNDUM 29

75 occupationem fieri sensu an retentione intellectus . Cum vero bilibus, et non est illic occultatio aliqua nec avaritia, sed occultatio
aliquid eorum removebitur, cito aderit comparatio quae est necessaria 90 est secundum receptibilia, aut quia sunt infusa corporibus, aut
inter absentiam et animam et inter virtutem imaginativam, et vide- quia sunt inquinata ab his qnibus deprimuntur deorsum. Cum autem
bitur subito visum. 27 va otiantur ab his actionibus merentur videre quod est illic ; primum autem
Sed quia de verbo imaginationis iam pervenimus ad somnia, bonum quod videtur est id quod pertinet ad illum hominem vel ad suos vel R 179
80 est ut oatendamus parum principium ex quo provenit aliquid ad suam terram vel ad suam civitatem vel ad suum clima, et ideo
praevidere in somnis eg his quae ponemus ; non enim firmiter monstra- 95 pleraque somniorum praedictorum propria sunt homini somnianti vel
buntur nisi in philosophia prima. pertinenti ad ipsum, quia ei cuius meditatio fuerit de intelligibilibus,
Dicemus ergo quod omnia quae in mundo sunt praeterita, praesentia apparebunt, et ille cuius meditatio fuerit de gubernatione mundi
et futura, habent esse in sapientia creatoris et angelorum intellectua- $ videbit eam et instruetur ducatu eius, et similiter omnia ad hunc
s5lium secundum aliquid, et habent esse in animabus quae sunt angeli modum.
caelorum secundum aliud . Postea autem declarabuntur isti duo modi oo Non sunt autem omnia somnia vera neque aunt huiusmodi quod
alias et demonstrabitur tibi quod animae humanae maiorem habent multum sit curandum de eis . Virtus enim imaginativa non semper
comparationem cum substantiis angelicis quam cum corporibus sensi- repraesentat quod emanat a caelestibus, sed tamen hoc tunc saepius

75 an] aut ST 76 eoram] horum T 76 removebitur] renovabitur T


remanebat V 77 absentiam et aninam] inv. V 77 virtutem] et add. I 89 et] quia add. IS 89 occultatio aliqua] inv. T 90 sunt infusa] inv. V
77 et videbitur] videbit V 78 viaum] visu I 80 quo] i.. m. al. man. I 91 sunt inquinata] inv. V 95 pleraque] plerumque P 95 somnianti]
80 provenit] provenerit T 81 somnis] somniis T 82 nisi] om . V 82 phi- somniata V 95 vel] om. T. 96 ad ipaum] om. V 96 intelligibi-
losophia prima] inv. T 83 praeterita praesentia] inv . S 85 habent esae] libus] intellectibua TV 00 autem] sup. lin. P 2 tamen hoc tunc] sic sed
post aecundum aliud T 87 habent] i.m . al. man. I 88 comparationem] exp. et add, i.m . cum hoc al. man . I 2 tunc] om . V
operationem V

76 aliquid eorum] ~a Jj (aliquis eorum sc . sensus et intellectus) R 77 et ani- 90 est] ~ ~(non est nisi) R 92-93 primum . . . videtur] dz4,,;i (,,, j 9 j (quod
mam . . . ima~ ' ativam] ~ autem melius retinent sc. animae) R 93-94 vel ad auam terram] om. R 95 som-
(et animam et virtutem imaginativam et inter animam et virtutem imagi- nianti] (gj (ea) add. R 96 quia]y (et) R 98 omnia] om . R 1 multum] om. R
nativam) R 77 videbitur] l+j (in ea) add . R 80-81 aliquid praevidere] 2 emanat] Le'a;j I jc (in animam) add . R 2 sed tamen] ~(immo) R
(proveniunt divinationea) R 82 in] ,a 4s lL,,J I (doctrina
quae eat) add. R 83 omuia] ~~,'~ (intentiones omnium) R 89-90 occultatio i . . . receptibilia : voir Appendix, p. 188, 9-11.
85 in animabus quae aunt angeli] (in animabus angelorum) R 91-92 Cum . . . illic : ar . Ooraque ae produit pour ellea (cfr animae, ligne 87) le moindre
86 isfi] LU (tibi) R 87 et demonstrabitur tibi quod] om . R 87 animae] rēpit de la part de cea actions, la d ēcouverte de ce qui eat l ā-bas leur eat acquise #.
y ~ V y (animae autem) R 88 cumi] 4W - (cum his) R 94 clima : ar. x rēgion a . Le terme arabe employē ici tranacrit le grec Kdfµa, voir Ency-
Lex A clopēdie de l'Islam, article Iklim ; voir ausai A . M . Goioaox, Le r ēcit de Hayy Ibn Yaqz ān,
Paria, 1959, p . 39, note 1 . II n'eat pas impoasible que lea mots vel ad auam terram, omis
cette lacune qui a entrain6, au lieu de e propter comparationem» qui e ūt ētē la traduction en arabe, lignes 93-94, aoient une glose latine deatinēe ā expliquer clima, et ina ērē e dana
latine littērale des mote arabes situē s immēdiatement aprō a lea deux mota omis, un essai le texte.
de correction : peribit comparatio a . Lea deux ēditions Rahman et Bako ē ont un texte
K
97 gubernatione mundi : ar. maqāliie al-nāa, tle bien public a.
identique sana aucune variante que puieae recouper la traduction latine peribit com-
N
2 caeleatibus : ar, p royaume », malak ūt . Ce mot trē s riche de aignification appartient
paratio ». au lexique dea termes techniquea de la mystique et de la gnoae . I1 eat traduit par e monde
77-78 videbitur subito vieum : ar. t ce qui appara4t, apparaft en elle aelon le mode de la domination • en opposition avec lee mondea plus ē levēa de la Toute-Puissance
de ce qui apparait e. divine (jabarfit), voir L. Gexnsx, La Penaēe reltigieuee d'Avicenne, p . 137 ; idem, artiele
81-82 monatrabuntur . . . prima : voir Mētaphysique, Livre I%; chapitrea 2 ā 5. cālam, • monde r, dane 1'Encyclopēdie de l' lalam, nouvelle ēdition : cālam al-malak ūt
87 aliae : voir Mētaphysique, Livre Ig, chapitrea 2 ā 5. y est pr6sent6 comme eynonyme de eākxm al-ghayb et traduit par r monde de la Souve-

30 QUARTA PARS
CAPITULUM SECUNDUbI 31

agit cum ipsa virtus cessat repraesentare ea quae sunt sibi propin- formae desideratae propter aliquam causarum et movetur natura ad
quiora . Eorum autem quae sunt illi propinquiora, quaedam sunt 20 coniungendum sperma et praecipere spiritum qui solet e gtendere
5 naturalia, quaedam vero voluntaria. instrumentum coeundi, et aliquando emittet sperma, et aliquando
Naturalia autem sunt quae veniunt e g temperantia virtutum contingit hoc in somnis, aliquando in vigilia, quamvis non fuerit R Iso
humorum cum spiritu gerente virtutem formalem et imaginativam : curiosus de hoc.
primum etenim non repraesentat nec occupatur nisi per hoc, et Voluntaria autem sunt cum cogitatio animae fuerit conversa in
aliquando etiam repraesentat id quod est in corpore et quod est illi 25 vigilia ad considerandum aliquid et gubernandum illud ; cum vero
10 accidens, sicut cum virtus e gpulsiva spermatis movetur ad e gpel- dormit, imaginativa repraesentat ei illud aut quod est de genere illius
lendum, virtus vero imaginativa repraesentat tunc formam quam rei ; et hae sunt reliquiae cogitationis diurnae . Sed haec omnia sunt 19 ra
anima solet diligere et commisceri cum ea ; habenti vero famem, illusiones in somniis.
repraesentat fercula, et cui fuerit necesse e gpellere superfluitatem, Aliquando vero fiunt ex operationibus caelestium corporum, quae
repraesentat locum ipsius, et cui acciderit quod aliquod membrum 3o aliquando operantur formam in imaginatione secundum compara-
15 eius calescat aut infrigidetur calore aut frigiditate, repraesentat tionem eorum et comparationem animarum ipsorum et secundum
ei quod illud membrum mittitur in ignem aut in aquam frigidam. aptitudinem ; non sunt autem illae formae similitudo alicuius rei
Mirum est autem quod sicut accidit e g motu naturae ad e gpellendum quae est in saeculo absentationis nec fiunt ex praevisione.
sperma imaginatio aliqua, sic aliquando accidet imaginatio aliqua
19 desideratae] desiderare V 19 et movetur natura ad] om . V 20 praecipere]
4 eorum] horum T 4 sunt illi] inv . T 4 illi] sibi V 5 naturalia] et praecipue PV 20 spiritum] spiritui TP 21 inatrumentum] membrum T
add . S 5 vero] sunt add. S 6 autem] om . PV 6 autem sunt] inv . T 21 emittet] emittit SV 22 hoc] illud T 22 sommis] et add . S 22 in2]
om . I 24 voluntaria] voluntarie CIS 24 cogitatio animae] inv . T 26 ei illud]
7 imaginativam] imaginatam P 8 etenim] enim I 8 non] om . V 8 per]
propter T 8-10 et aliquando . . . accidens] i.m . I 9 repraesentat] om. V inv. V 26 aut] vel T 27 hae sunt] inv . T 27 dinrnae] divinae S
11 vero] tunc V 11 tune] om . V 13 fuerit necesse] inv. T 14 cui] 28 somniis] corr, somnis codd . 29 fiunt] fuerit I 29 operationibus]
quod V 14 acciderit] accidit T 14 membrum] membrorum ITPV 15 calescat] comparationibus T 30 imaginatione] imaginationem P 30 comparationem]
calefiat T 15 aut l] cui add . I 16 ei] illi V 17 eg] sup . lin . P 18 aliqual - 2 ] operationem P 31 et l] secundum add . T 31 ipsorum] ipsarum TV
autem V 18 accidet] accidit V 32 non] haec V 32 sunt autem] inv . V

22 aliquando in vigilia] (.P,,,,,,, ~I 1y (et vigilia simul) R 22 fuerit] (,~., ~


3 virtus] Xj (iam) add. R 9 id quod est] 1 )A i,yT(dolores quae sunt) R (etiam) add. R non add. Ra 25 gubernandum illud] o_,j Z (meditandum illud) R
10 sicut cum] J, ;,, (sicut quod fit cum) R 11 formam] Ij~ 26 imaginativa] c~,;_j (incipit repraesentare) add. R 26 ei] om. R 26 aut]
(f'ormas cum quibus) R 12 et] om. R 16 membrum] d,;., (eiva) add. R y(et) R 29 fiunt] L.~u f (etiam) add . R 30 formam] Ij.4,o (formas) R
30 in imaginatione] post animarum ipaorum R 31-32 et secundum aptitudinem]
in imaginatione secundum aptitudinem cfr 31, 30 32 non sunt . . . similitudo]
rainetē > ; c' est x le monde dea rēalitēs spirituelles immuables, done des exiatences ang ē-
liquea » . Le monde invisible, al-ghayb, souvent synonyme de malakiut, eat rendu dana le J~Z v,e :~ (quae non sunt a aimilitudine) R 33 quae est in]
De Anima par absentia, voir plus haut, p. 27, 69. (ex) R 33 fiunt] om. R
2-3 hoc tunc . . . cum : ar . x la plus grande partie de ce qui en (cfr caelestibus, malakūt)
est isau, n'egiate que lorsque a . .. 20 praecipere : ar. irsā l x ēmettre, envoyer > ; d ' aprē s la construction de la phrase arabe,
8 primum . . . hoc : ar. x au d ēbut, la facultē formative et la facultē imaginative ne reprē - praeeiPere devrait ē tre coordonnē ā ad coniungendum.
sentent que cea choses (les naturalia) et ne s'occupent que d'elles a. 23 curiosus de hoc : ar, x(bien qu'il n'y ait lā non plus) ni ētat d'eacitation, h,ayajān, ni
11-12 quam . . . cum ea : ar. x(des formes) auxquelles 1'āme eat port ēe ā s' unir ». La pro- lubricitē, sleabaq ».
position relative quam . . . cum ea a conservē la tournure arabe comportant un pronom 28 illusiones in somniis : ar . x des songea incohē renta >, voir p . 25, 28.
de rappel (cum ea) de 1'ant6c6dent et devrait se lire, mē me au singulier, cum qua au lieu 33 aaeeulo absentationis : ar, x le monde invisible ālam al-ghccyb, efr caelestibus, p . 29,
N, c
de quam . . . eum ea . 2, et absentia, p. 27, 69 .

32 QUARTA PARS CAPITULUM SECUNDUM 33

Sed quae egent interpretatione sunt ea quae non habent aliquam 27 vb cogitationibus facit imaginationem malorum motuum et inoboedientem
35 comparationem ad illa omnia ; et scitur quia contingunt ex causa 55 correctioni virtutis rationalis, et eius dispositio est sicut dispositio
eg trinseca quae habent aliquam significationem, et idcirco non sunt imaginationis eius cuius complexio corrupta est et conversa est in
vera plerumque somnia versificantis et mendacis et malitiosi et ebrii agilem.
et infirmi et tristis et in quo praevalet mala complexio aut sollicitudo. Sed quia pendet hoc ex somno et vigiliis, debemus hic ostendere com-
Praeter hoc etiam non sunt vera somnia plerumque nisi quae videntur pendiose quid sit somnus et vigilia . Dicemus ergo quod vigilia est dis-
40in mane : omnes enim cogitationes hac hora quiescunt et motus 6o positio in qua anima imperat sensibus et virtutibus moventibus
humorum sunt finiti ; cum vero virtus imaginativa fuerit in tali hora egterius voluntate cui non est necesaitas . Somnus vero est privatio
qua non impeditur propter corpus nec est aeparata a memoriali nec huius dispositionis : in quo anima ab exterioribus convertitur ad
a formali, sed est compos illarum, tunc servitium imaginativae quo r. interiora . Sed hoc quod convertitur, necease est fieri aliquo istorum
servit animae est quale melius esse potest : necesse est enim sine dubio modorum, scilicet aut propter lassitudinem quae contingit ab exte-
45 ut forma quae advenit illi, describatur in istis virtutibus firmiter, 65 rioribus, aut propter soIlicitudinem quae venit ex illis, aut quia
aut ita ut est aut per conformationem. ~ ;.:.,. ipsa instrumenta non sunt illi oboedientia . Qui vero est ex lassitudine,
Illi autem sunt homines verorum somniorum qui sunt magis tempe- ~;?> est propter hoc quia id quod vocatur apiritus, de quo postea scies suo
.- ~.
ratae complexionis ; qui enim est siccae complexionis, quamvis bene ~ loco, dissolutus et debilitatus est, et refugit ad interiora et sequuntur
retineat, non tamen bene recipit ; qui vero est humidae complexi- eum virtutea animales . Et haec lassitudo aliquando contingit ex
50 onis, quamvis cito recipiat, tamen cito amittit et fit ei tamquam 70 motibus corporalibus, aliquando ex curis, aliquando ex pavore;
R 181 non recepisset ; qui vero est calidae complexionis est agilis in suis ex pavore etenim aliquando accidit somnus et etiam mors . Aliquando
motibus, et qui est frigidae comple gionis est piger . Ex illis autem ille vero curae faciunt somnum non eo modo, sed quia calefaciunt cerebrum,
est verior qui consuevit dicere verum : usus enim mentiendi in malis
~~.
54 motuum] sup. lin . al. man. S 56 complexio] post corrupta est I 58 hic]
35 illa omnia] inv. T 35 scitur quia] quia acitur quod V 37 plerumque] om . I post ostendere V 58 compendiose] om. V 59 quid] qui I 59 ergo]
pleraque STV 37 versificantis] verificantis SV 38 mala] om . V igitur T 60 anima imperat] inv. T 61 voluntate] voluntatem I 62 animaJ
43 tunc] cum V 44 servit] fuit scrib . sed add. i .m . servit al . man. S post exterioribus T 65 sollicitudinem] lassitudinem V 66 est] om . T
44 quale] tale quale T 46 per] sic sed exp . et pmpter sup . lin. add. al. man . T 67 quia] quod V 67 hoc] id T 67-68 suo loco] inv. TV 70 motibus]
47 sunt homines] sic sed corr. in inter homines sunt al. man. I inv . S 48 enim moribus V 71 etenim] enim V 71 aliquandoi] quandoque V 72 eo] eodem T
est] inv . T 48 eat] om . V 49 est] om. V 51 est calidae] inv. T
51 agilis] angelua V 52 et] om. V 52 ille] om. T 52-53 ille eat] inv. I
53 dicere verum] inv. S 53 uaus] visus I 53 mentiendi] sentiendi V 55 et] ~(immo) R 60 et] yt (aut) R 62 in quo] ay" (iam) add. R
64 scilicet] om . R 64 contingit] LI (ei) add . R 64 ab exterioribue] v,,,
35 quia] ay (aliquando) add . R 36 quae] et quia 39 praeter hoc = Rcefh] (ex hac parte) R 65 venit] U (ei) add . R 65 ex illis]
c~-U .j,,j (propter hoc) R 41 humorum] ~(imaginum) R 41 aunt] ,ay (in illa parte) R 68 loco] A (iam) add . R 68 debilitatua est]
(iam) add. R 41 fuerit] P .J I j (in somno) add. R 42 qua non impeditur]
d,& LI dV
L?
17~y LIt j A;~ xq (nec potest dilatari) add. R 70 aliquando 1-2]
non occupata 42 nec est separata] nec separata a
45 illi] j ~ .(de hoc)
~

1y 9 (et aliquando contingit) R


add. R 46 conformationem] ~ jt ~~ vt ~s j (oportet autem scire quod) add.
R non add. Ragk 47 autem] om . R 50 ei] om . R 51 recepisaet] Lis '11y " 56-57 in agilem : ar. e en un dēaordre a, tashwisk., cfr agilis, ligne 51.
(nec bene retinet) add. R non add. Ra 53-54 in malis cogitationibus] 67-68 de quo . . . loco : voir Livre V, chapitre 8, p. 175, SO sqq.
~15~jy Iy(et cogitationum corruptarum) R 68 debilitatua est : 1'arabe ajoute e et ne peut se dilater e(inbisāt) ; la traduction
dilatari a ētē supplēēe ā 1'apparat latino-arabe d'aprbs le contexte et en prenant pour
34 interpretatione : 1'arabe ajoute et d'ex6g6se e,
4t wa-an yata'awwala ; voir plus haut, rēfērence la mēme traduction attestēe pour inbisāf ā 1'Appendix : voir plus bas,
ta'wil, p. 23, 10-12. p. 193, 7, 8, et p . 194, 22, 23.
51 agilis : ar. # dēsordonnē s, mutashawwish . 69 animales : ar . nafsdniyya, de 11me ~.
41

34 QUARTA PARS CAPITULUM TERTIUbi 35

et humores attrahuntur ad illud et cum impletur cerebrum fit dor- 28 ra tivae et formalis, debemus nunc loqui de dispositione memorialis,
mitatio propter humorem . Qui autem est ex curis, fit propter hoc 95 ei quid intersit inter ipsam et cogitativam in hora aestimandi . 19 rb
75 quod cibaria et humores cum coniunguntur intus, indigent ut adveniat Dicemus ergo quia aestimatio excellentior iudex est in animalibus,
eis spiritus cum toto calore naturali ad hoc ut possit calor efficere quae iudicat ad modum adinventae imaginationis cum non est certa,
digestionem perfectam et relinquat exteriora . Sed qui est ex inoboe- et hoc est sicut id quod accidit homini cum putat mel sordidum quia
R 182 dientia instrumentorum, fit cum nervi imbibuntur et oppilantur ex simile est stercori : aestimatio enim iudicat ita esse et anima sequi-
vaporibus et cibis qui diffunduntur in eis ita ut digerantur, et spiritus op tur ipsam aestimationem, quamvis intellectus improbet. Animalia RR 183
so refugit movere propter multam humiditatem. autem et qui assimilantur eis homines non sequuntur in suis actionibus
Vigilia vero fit ex causis oppositis istis sicut ex caliditate et siccitate ; nisi hoc iudicium aestimationis, quod non habet discretionem ratio-
et de his causis est recreatio et quies habita ; et ex his est perfectio nalem sed est ad modum adinventionis quae est in eius animo tantum,
digestionis et diffusio spiritus ; et ex his est dispositio mala quae impedit
animam et non permittit eam intus sed evocat eam ad exteriora,
85 sicut ira aut pavor ex re propinqua, aut cruciatus ex veneno 95 cogitativam] cogitationem T 96 quia] quod IV 99 simile estl inv. T
generante dolorem. 99 ita] om . I 2 discretionem rationalem] iudicium rationale V
Hoc autem nunc adiectum est accidentaliter ei in quo eramus,
quamvis oporteat loqui de somno et vigilia cum loquamur de accidenti-
bus habentis sensum. 94 nunc] om . R 95 in hora aestimandi] I,¢~~ 1 J(,,. jy (et de diapositione
aestimationis) R 00 improbet] eam add. R 3 quae eat in eius animo] om. R
III

90 CAPITULUM DE ACTIONIBUS VIRTUTIS MEMORIALIS 95-12 quid intersit . . . cetera huivamodi : cfr Guxvissaiaxus, ēd . i4luckle, p . [77], 29 ā
ET AESTIMATIVAE ET QUOD ACTIONES HARUM OMNIUM VIRTUTUM p. [78], 7.
FIUNT INSTRUMENTIS CORPORALIBUS
97 adinventae . . . certa : ar. a une impulsion (inbicā th) qui rel ēve de I' imagination aana
que ce jugement soit vērifi ē s . Le terme inbieāth est rendu, dans lea Livres IV et V du
Postquam iam perscrutati sumus dictionem de dispositione imagina- De Anima, soit par adinventio (efr ligne 3), soit par affectus ; le verbe correapondant,
inba catha eat traduit par nasci, intendere, /luere, derivari . On remarque que lea traduc-
73 illud] illum CTV 73 dormitatio] dormitio STP 75 quod] quia T tiona inventio, ligne 3, et adinventae, ligne 97, ne sont proches d'aucun des autrea sens
75 cum] sup . lin . P 75 adveniat] adveniant IS 76 eis] ei CIS 76 ut] attestēa pour inbieā th ou inba catha, et pourraient impliquer d'autres mots arabes que
quod T 77 relinquat] relinquit PV 79 in] scilicet T 81 vero] om. V ceux qui figurent dans le texte des ēditions Rahman et Bakob, ici identiquea et sana
81 cauais] curis V 81 istis] om . V 82 de] ex S 87 accidentaliter] nunc add . S variante.
88 loquamnr] loquemur ISTPV 89 habentis] habentibus T 90 capitulum] 98-99 et hoc eat . . . atercori : cfr Appendix, p. 209, 63-69.
tertium add. i.m. I add . SV tertium quartae partis add. T 90 actionibus] 99 stercori : ar. a la bile », marāra.
accidentibus TP 91 aestimativae] aestisnationis V 91 actiones] om . C 3 ad modum adinventionis . . . tantum : ar. a aelon le mode d'une simple impulsiom,
91 harum omnium] inv. TV 92 fiunt] cum add. S 92 corporalibus] inbieā th, voir plus haut, ligne 97 . Entre adinventio et tantum, le texte latin comporte
incorporeis V 93 iam] autem T quelques mots sans ē quivalent arabe et dont on n ' aperpoit gu ēre le aena : quae est in eius
animo. Peut- ētre faut-il chercher du cōtē de la pal ēographie la solution de cette difficult ē
74 curis] &,[„J I j (in interioribus) add. R 75 cum] ~j (iam) add. R 77 et et s'agit-il d'un accident particulier ā un manuacrit arabe . En effet, ā la ligne 4, le latin
L ''
relinquat] (et otientur) R 77 ex inoboedientia] 44, ~.,, (ex parte) R omet cette fois un mot bien atteatē dans les deux ēditiona arabes Rahman et Bakoē
78 nervi] 1,9 (iam) add . R 79 et2 = Re]yt (aut cum) R 81 ex caliditate et et complē ment de accidat : ar . li-hawāsai-hi, sensibus etius ; ce mot arabe a pu, s'il eat
siccitate] caliditas et siccitas 85 ex veneno] (ex materia) R tracē nēgligemment et dēpourvu de points diacritiquea, donner lieu ā la variante li-nafsihi,
animae eius . Un simple dē placement de cette variante expliquerait la prēsence des
80 refugit : ar. a est trop lourd pour », thaqula.t can. mota animo etiva lā o ū ila font diffieultē et 1'omission de eensibus eius . Quant ā 1'emploi
81 istis : 1'arabe ajoute : a et parmi elles, il y a des eauses qui d6sa6chent a, tujaf fifu. de animus pour anima, nous n'en avons rencontrē qu'un seul autre exemple, p . 64, 27,
83 diffusio apiritus : ar. a le pneuma se dilate ā nouveauA. et il s'agit lā en arabe de nafs, anima.

36 QUARTA PARS CAPITULUM TERTIUM 37

quamvis virtutibus hominis propter consortium rationis accidat aliquid 28 rb inquirere rationes considerandi aestimationem in quibus non communi-
5 propter quod virtutes eius interiores differunt a virtutibus ani- 15 cet intellectus in hora aestimandi, scilicet qualiter apprehendat inten-
malium . Unde ex utilitatibus sonorum compositorum et colorum et tiones quae sunt in sensibilibus statim ut sensus apprehendit formas,
odorum et saporum compositorum et spei et desiderii habet quaedam ita ut aliquid de illis intentionibus non sentiatur et ita ut plures ex
quae non habent cetera animalia . Et eius virtus imaginativa interior illis nec prosint nec obsint in ipsa hora.
eiusmodi est quod valet ad scientias ; et praecipue virtus suae memoriae Dicemus igitur quod ipsa aestimatio fit multis modis . Unus ex illis
lo valet multum ad scientias, eo quod confert nobis experimenta 20 est cautela proveniens in omne quod est a divina clementia, sicut
quae retinet memoria et considerationes singulorum et cetera huius-
modi.
14 communicet] convincet V 16 apprehendit] apprehendat T apprehenderit V
Redeamus autem ad agendum de aestimatione dicentes quia oportet 18 ipsa]
18 nec l] non V 18 prosint nec obsint] prosunt nec obaunt V
illa V
4 propter] per T 4 accidat] accidit scrib aed accidat add. i.m, al . man. S accidit T
5 virtutes eius] inv. V 6 compositorum] oppositorum I 6-7 et colorum . .. 14-15 inquirere rātiones . . . qualiter apprehendat] inquirere et considerare qualiter
compositorum] i.m . P 8 et] est add. T 8 eius] poat imaginativa T
9 eivamodi est] inv . V 9 eat] om . T 9 quod] quia T 9 et] quia aestimatio in qua non communicet intellectus in hora aestimationis suae apprehendat
scrib ged et add. sup . lin al . man. S 9-10 et praecipue . . . ad scientias] om. 15 scilicet] om . R 16 formas] 1gS_) 4,p (formam eorum) R 19 ipsa aeatimatio fit]
hom . V 11 retinet] retinent P 13 agendum] dicendum V 13 oportet] e_o e_U j(aestimatio habet hoc) R 20 cautela] Ci [,, Ljy I (cautelae provenienies) R
nos add. V
14-35 in quibus . . . illum : cfr GuxDlssaLrrrus, ē d . Muckle, p . [78], 8-26.
4 hominis] AJ_*~_ (eE sensibus eius) add . R 4 rationis] )y (aliquando) add . R 19-57 multis modia . . . intentio : F . Rahman conaidere cette doctrine du De Anima
5 interiorea] d„nizi (rationalea) add . R 5 a virtutibus animalium] ~(,~,,,(j (ab comme capitale dans la psychologie d'Avicenne ; cfr Ibn Sinā, dans A Histary ot
animalibus) R 6 colorum] d~tJ ; ~(compositorum) add. R 7 et apei et desiderii] Muslim Philosophy, p . 494 : x The doctrine of wakm, is the most original element in
Ibn Sinā 's psychological teaching and comea very cloae to what some modern paycho-
L5~~ (et ex ape et desiderio) R 8 animalia]
logiats have deacribed as the `nervous responae' of the subject to a given object . . . This
V( i ~kJ C$JJ (L,cq t J_-,e;J ) I .AAy vC-21 oJ AJs C .~i (.w Lra- J[9 d..i l~ `nervous response' operates at different levels. At one level it is purely instinctive . . . as
di ~L5 > the mother feels love for her baby . This occurs without previous experience and hence
v y d~ ~ (quia lumen rationis quasi emanat et fluiE in haa through some kind of `natural inapiration' ingrained in the conatitution of the organism.
Secondly, it also operatea at a ` quaai-empirical' level. . . A dog which has suffered pain in
virtutea et haec unaginatio etiam quam habet homo iam facta eat subiectum rationis the past from being beaten by a atick or a stone, associatea the image of the object and
postquam facta est subiectum aeatimationis in animalibus ita ut prosit ei sc . homini the `intention' of pain and, when it aees the object again, at once runa away . This phe-
ad scientias) add . R 8-9 et eius virtua . . . scientias] om. R non om . Ra 9-10 et nomen of direct association can also become indirect and irrational . . . Some pecple who
praecipue . . . experimenta = Ra (sed om . nobis)] j l.,cy U L,y t o~j J (,,-9 have irrationally asaociated the yellow colour of honey with both the colour and the
u) L:e:) ~5' P ~ I (et memoria eius etiam faeta est utilis in scientiis sicut experimenta) bitter taste of gall — cfr p. 35, 98-99 — do not eat honey and in fact at its sight exhibit
symptoms of gall like taste a.
R 11 quae retinet] JaLf" L,7J I (quae retinentur) Ra LJ,,,_-sE L5;.) I (quae acquirun- 20 cautela : ar. ilhām, voir plus bas, p. 73, 55, instinctu inaito . Ce terme est traduit
tur) R 11 conaiderationes singulorum] considerationea singulares en latin par inepiraEio dans des textea avicenniena de la Mitaphysique (celle du Shijā'
et eelle de la Najāt) : cfr A . M . Golexox, Lexique de la langue philosophique d 'Ibn Sinā,
4 consortium : ar. mujāwara, a proximitē , voieinage o. Paris, 1938, p. 374, nc 656 ; EL-KaODErR,I, Lexique arabo-latin de la Mētaphysique du
4-5 aliquid . . . animalium : ar . x quelque chose qui rend les facultē s internea de 1'homme Shi fā' , p . 322 . Ilhām dē signe 1'a inspiration a, la f rēvēlation intērieure >, opposē e ā la
preaque rationnelles, diffērentea de cellea des animaux ►. La prē cision que fournit le rēvēlation extērieure perque par 1'ouie, ou wahy : cfr A. M . Golexox, Lexique, p . 431,
texte arabe est importante : elle aert de fondement, par exemple, ā la distinction entre no 768 ; L. GexDET, La .penaēe religieuse d'Avicenne, pp. 119 et 121 . Dans aucune de ces
recordatio et memoria ; la recordattio n'appartient qu'ā 1 ' homme, elle se rattache ā 1'esti- analyses ou de oes traductiona d'ilbām, il ne s'agit d'inclinationa naturellea et instinctives
mative r ornē e de rationalitē ►, voir p. 40, 65 : aesiimationis . . . quae decoratur rationalitate. comme c'eat le cas ici. L'expreesion ilhdm tilālci, h inapiration divine r, instinct donn ē par
8 A 1'apparat latino-arabe, la traduction latine fluiE, sā'ih, est eupplēēe d'aprga le Lexi- Dieu ā I' āme, apparait encore dans le teate arabe eorrespondant ā la ligne 23 : elle eat
con arabico-latinum de G . FsEYxaa, Halle, 1830 . omise en latin .

38 QUARTA PARS CAPITULUM TERTIUM 39

dispositio infantis qui cum nascitur mox pendet ab uberibus, et sicut pertulerit ab illo ; leonem quoque multa animalia pavent ; sed et
R 184 dispositio infantis qui, cum elevatur ad standum et vult cadere, statim accipitrea pavent aliae aves et conveniunt cum aliis absque discretione.
currit ad adhaerendum alicui vel ad custodiendum se per aliquid ; Hic est unus modus.
et cum oculum eius volunt purgare a lippitudine, ipse statim claudit Alius autem modus est sicut hoc quod fit per e gperientiam . Animal
25 antequam intelligat quid sibi accidat ex illo et quid debeat facere 40 etenim cum habuerit dolorem aut delicias, aut pervenerit ad illud
secundum illud, quasi hoc sit natura animae eius et non habeat hoc utilitas sensibilis aut nocumentum sensibile adiunctum cum forma
per electionem. sensibili, et descripta fuerit in formali forma huius rei et forma eius
Praeter hoc etiam animalia habent cautelas natura,les . Cuius rei quod adiunctum est illi, et descripta fuerit in memoria intentio compa-
causa sunt comparationes quae habent esse inter has animas et earum rationis quae est inter illas et iudicium de illa, scilicet quod memoria
30principia quae sunt duces incessantes, praeter comparationes quas 45 per seipsam naturaliter apprehendit hoc, et deinde apparuerit
contingit aliquando esse et aliquando non esse, sicut considerare cum extra imaginativam forma ipsa, tunc movebitur per formam et
intellectu et quod subito in mentem venit : omnia etenim illinc veniunt. movebitur cum illa id quod adiunctum fuerat illi de intentionibus
Et per istas cautelas apprehendit aestimatio intentiones quae sunt utilibus aut nocivis, et omnino procedet memoria ad modum motus R 185
commixtae cum sensibilibus de eo quod obest vel prodest ; unde omnis et perquisitionis quae est in natura virtutis imaginativae ; sed aestima-
35 ovis pavet lupum, etsi numquam viderit illum nec aliquid mali 5o tio hoc totum sentiet simul et videbit intentionem per formam illam,
et hic est modus qui accidit per experientiam ; unde canes terrentur
lapidibus et fustibus et similia.
23 currit] occurrit V 23 ad lJ om . ISPV 23 vel] et T 23 se per 36 sed] sup. lin. al . man . S 36 et] om . T 38 hic . . . modus] om . V 39 est]
aliquid] om . V 24 volunt] voluerit ST 25 quid z] quod T 26
quasi] quod V om . PV 40 etenim] enim IV 40 dolorem] om . I 40 autl] vel T
26 ait] fit S 26 eius] sup . lin. al . man . S 26 et] et
quod V 40 delicias] delectationem vel delicias I 43 illi] ei V 44 quae] cum quae V
31 aliquando esse] inv . T 31 esse et aliquando] onz . hom. V
44 memoria] intentio V 46 imaginativam] imaginata V 48 omrtino]
32 etenim] enim V 32 illinc] illic ITV 34 vel] et IST 35 pavet] ideo IS 48 procedet] procedere P prodeat V 50 sentiet] sentit T
pavit scrib sed in pavet corr . al . m.an. T 35 viderit] vidit T 51 terrentur] a add . T 52 similia] similibua ST huius V

37 et] j (,,~J I ~ I (avea debilea) add . R 37 diacretione] d~>S (experientia) R


23 vel ad custodiendum se per aliquid] om . R non om . Ragk 23 aliquid] 42 et 1] tunc describetur . . . et describetur 45 et deinde] I j[s (et cum) R 45 ap-
~g ly ~ P~y ~ dj (propter naturam quae est in paruerit extra imaginativam] extra apparuerit imaginativae f 46 tunc movebitur
anima et quam posuit in eo instinetus divinus) add. R 24 claudit] A ;,ri,,, per formam ] ~jj"=l I j (et movebitur sc . haec forma in formali) R`~
(palpebram suam) add. R non add . Ra 25 ex illo] om . R 27 per] om . R ~j_4,a,J I j (et movebitur in forma) Rch 48 procedet memoria] j S.j,J I Ls~,cjI
30 duces] q,,J 1 .~ (semper) R 31-32 sicut considerare = Rcfh] jW I -~,j;J I (intentio quae est in memoria) R 50 per] j,, (cum forma illa) R 51 et
(sicut perfectio intellectus) R 32 et quod subito in mentem venit] 1~ 61-6 hic est modua qui accidit per experientiam] ZI yj [~ ~ Ljc
(et sicut cogitatio reetitudinis) R 34 vel] y(et) R (et hoc fit secundum modum qui est propinquus experientiae) R

36 ā p . 44, 23 et accipitres . . . aestimationis : cfr GuxnissaLixus, ēd . Muckle, p. [78],


24 cum . . . lippitudine : ar . s lorsque sa pupille ttisque d'ē tre incommod ēe par une 16 ā p. [80], 22.
poussibre . . . x. 37 et conveniunt . . . diacretione : ar. e et, sans aucune expērience, les oiseaux faibles lea
24 statim claudit : ar. ce il abaisse aussit8t sa paupigrew, jafn ; cfr palpebra, De Anima, ont en horreur w (yash,nucu).
Livre III, 4, ēd. de Venise, i 13 rb. 49 sed aestimatio : serait, d'aprbs 1'arabe, 1'apodose de et cum (voir et deinde, ligne 45).
30 duces : confusion probable entre qd'ida (ducea) et dā'ima (semper). 51 qui accidit per : ar . # qui est proche de b, yuqāribu. Les autres mots de mē me racine
32 illinc : ar . e de lā -bae a, du monde des prineipia ou substances c ē lestes, voir p. 62, sont traduits par propinquus, proximus, similis, ce qui fait penser ici au latin accedit
3 eqq. plutōt que accidit.

40 QUARTA PARS CAPITULUM TERTIUM 41

Aliquando autem ab aestimatione adveniunt alia iudicia ad modum vero non memorant, memorare non desiderant nec cogitant inde ;
similitudinis : cum enim res habuerit aliquam formam coniunctam immo hoc desiderium et hic appetitus solius hominis est.
55 cum intentione aestimationis in aliquo sensibilium quae < non > Recordatio vero est relatio ad aliquid quod habuit esse in anima in
coniuncta est semper cum omnibus illis, cum visa fuerit forma, videbi- 70 praeterito, et imitatur discere secundum aliquid, et non imitatur
tur eius intentio. aecundum aliud . Reeordatio etenim est motus a rebus apprehensis R lss
Aliquando autem animalia differunt in iudice qui eget in suis actioni- 28 va e gterioribus vel interioribus ad alias ; similiter discere est motus a
bus ut istae virtutes oboediant. Id autem quo magis eget est memoria cognitis ad incognita ad hoc ut sciantur. Recordatio vero est inquisitio
so et sensus, sed forma opus est propter memoriam et recordationem. ut habeatur in futuro quale habebatur in praeterito ; discere vero non
Memoria autem est etiam in aliis animalibus . Sed recordatio quae est 75 est nisi ut habeatur aliquid in futuro . Item in recordatione non
ingenium revocandi quod oblitum est, non invenitur, ut puto, nisi in itur ad id quod intenditur per aliqua quae sequatur acquisitio inten-
solo homine. Cognoscere etenim aliquid ibi fuisse quod postea deletum tionis necessario, aed ad modum signorum : cum enim iam habetur
est, non est nisi virtutis rationalis ; si autem fuerit alterius praeter id quod est propinquius intentioni, movetur anima ad intentionem
19 va 65 rationalem, poterit esse aestimationis, sed quae decoratur rationa- tali diapositione qualia ipsa erat . Si autem dispositio fuerit diversa,
litate. Reliqua enim animalia si memorant, memorant tantum ; si so quamvis subeat mentem forma propinqua aut eius intentio, non
tamen oportebit propter hoc moveri : sicut ille cuius mentem subit
liber aliquis per quem recordatur magistri qui se docuit eum, non
53 autem] om . T 55 aliquo] aliqua T 55 non] suppl . ex arabieo 56 visa] tamen est necesse ut oum recordatur libri et intentionis eius, recordetur
causa I 63 etenim] enim TV 63 postea] om. PV 64 virtutis] virtus etiam magistri sui omnis homo. Via autem quae ducit ad discere,
V 64-65 praeter rationalem] quam rationalis V 66 memorant s ] memoratum T 85 necessario ducit nos, et haec est syllogismus et definitio.

jy (nec in) R 56-57 videbitur eius intentio] 6 L;x,,,


sc . aestimatio intentionem eius) R
j I ., . : ,~;g
53 ab aeatimatione] ~O (aestimationi) R 55 aestimationis] aestimativa 56 cum]
(respiciet
58 aliquando autem] As (non respiciet
67 cogitant] cogitare T
i . m . al. man .P
69 habuit] habuerit IT habent scrib . sed habuit add.
72 vel] et V 72 a] de i.m. P
incognita] ab (i. m . al . man .) incognitis ad cognita T
72-73 a cognitis ad
76 itur] tenditur P
76 acquisitio intentionis] inv . T 77 cum enim] sup. lin . al . man . S 78 anima]
sc . aestimatio intentionem) add. R~J, ~(differt) add. Rch 58 animalia differunt in sup. lin . P 79 dispositio fuerit] inv. T 81 propter hoc] sup. lin. al.
iudice] V I , L. P~ J(y (aestimatio ergo eat in animali iudea) R 59 man. T 81 cuius] sup . lin. al . man . S 81 subit] subiit I 82 liber
obcediant] Aj (aibi) add . R f 60 forma] I (formali) R 61 etiam] .4 aliquis] inv . T 82 recordatur magistri] inv . IS 82 se] saepe V 82 docuit]
docuerit P docuerat V 82 non] nee V 83 libri] liber T 84 autem]
(aliquando) R 63 solo] om . R 65 sed] om. R 66 tantum] om. R enim S 84 discere] diacendum V 85 haec] hic T

57 intentio : le texte arabe ajoute : ot parfois elle (1'estimative) s ' en dē tourne u,


h
67 inde] ~–jJ j(illud) R 68 appetitus] .~ ((h.aec inquisitio) R 68 solius] om.
voir p . 146, 94 . Cette addition du texte arabe correspond aux mots que la traduction R 69 in s] ~(tempore) add. R 71 recordatio etenim] A.Z8' (," Lj
latine a imbriquēa dana la structure de la phrase suivante : aliquando autem I~(sed recordatio imitatur diacere quia) R 72 discere] (,c, t
d.if jerunt. (etiam) add. R 75 aliquid] _,:LT(aliud) add. R nan add. Ra 80 forma propinqua]
58 differunt : ce verbe peut correspondre ā la variante yakhtali fu (cfr apparat latino-
(forma eius quod eat propinquius) R 81 pmpter hoc] om. R
arabe, ]igne 58, legon Rch) ; la traduction de yakhlu/u (texte de 1'6dition Rahman) par
non re8piciet (cfr apparat latino-arabe, ligne 58) a ē tB supplēēe d'aprēs le contexte arabe. 82 aliquis] d;,,au (ipae) R 82 eum] l; ;Q j(illum librum) R 83 libri]
Sur eet accident de ]a traduction latine, voir Rahman p . 185, note 7 : e I J — (sigles dē- ō_)y,o (formae illius libri) R 83 et] ) Uy, (y (et cum recordatur) R
eignant la traduction latine) — confuae these words with the following aentence : ali- 84 etiam magistri sui] ,Wl e„() j(illius magistri) R
quando . . . in iudice . . . a.
58 in iudice : ar. «(dane 1'animal), 1'estimative eet un juge . . . a. 76 intentionis : ar. o le but propoaē r gluarad ; efr id quod intenditur, ligne 76, intentioni
63 Cognoscere : ar. i s'informer, chercher ā conna4tre e, istidlāl ; dalla eat traduit par et sntentionem, ligne 78 ; ā la ligne 80 au contraire 1'opposition /orma-intentio indique
osiendere, significa.re ; en oe qui concerne lea Livrea IV et V du De Anima, la Xe forme de qu'il a'agit de ma.cnā, id6e, sena #.
R

cette racine n'est employē e qu' ici. 82 qui . . . eum : ar . eoua la direotion duquel il a 6tndi6 ce livre i .
41

-iK-

42 QUARTA PARS
CAPITULUM TERTIUM 43

Sunt autem plerique homines quibus facilius est discere quam recor- vero necessaria est materia a qua difficulter deleatur quod impressum
dari : iste enim naturaliter habet cognoscere necessaria motus ; quibus- oo est in illa, et ad hoc opus est sicca materia, et ideo difficile est
dam vero fit e contrario . Quidam enim ex illis est fortis in memoriter haberi illa duo simul . Illi vero sunt memoriores quorum animae non
retinendo sed debilis in recordando, eo quod est siccae complexionis habent multos motus nec disperguntur oogitationes eorum : ille
90 quae retinet quod apprehendit, sed materia cum movetur anima etenim cuius anima habet multos motus et multiplices cogitatus,
non est oboediens actionibus imaginationis et eius repraesentationibus ; non bene memorat ; ergo memoria, etiam cum sicca materia, eget ut
alius vero est contrarius isti ; qui enim citius recordantur sunt hi qui ~ 5 anima sit velox ad formam et ad materiam studio, et ut habens
magis percipiunt nutus : nutus etenim operantur motum sensibilium illam non occupetur circa aliam . Unde pueri quamvis sint humidi,
ad alias intentiones et qui fuerit perceptibilior nutuum erit citius 28 vb tamen firmiter retinent : animae enim eorum non occupantur circa
95 recordans . Alius vero fortis est in discendo sed debilis in memo- quae occupantur animae magnorum, nec moventur ab eo in quo stant
rando, quasi enim inter discere et memorare contrarietas est : ad ~ ad aliud ; iuvenum autem propter calorem suum et propter motus
discendum etenim necesse est ut materia formae interioris sit multum I~ 10 suos agiles, quamvis complexio sit sicca, tamen memoria eorum non
R 187 facilis ad imprimendum ei, ad quod non iuvat nisi humor ; memoriae est sicut memoria infantium et puerorum ; senibus vero accidit propter
humorem qui praevalet in eis non memorare ea quae vident.
87 enim] acilicet quidam add . V 87 habet] om. V 87 necesaaria] necessario Sed aliquando ex dolore aut ira aut ceteris huiusmodi accidit cum
V 88 illis] istis T 89 recordando] discendo add . sup . lin . al . man . S memoria aliquid simile dispositioni rei qualiter acciderit : causa vero
90 materia] motiva I 91 eius] om. V 93 percipiunt] recipiunt scrib . aed 15 doloris et irae et tristitiae non est nisi quia eorum quae praeterie-
in percipiunt corr. al. man . S 94 alias] aliquas T illas V 94 nutuum] runt forma impressa est sensibus interioribus ; quae cum redit, facit
nimium V 94 citius] cito V 96 memorare] recordari vel memorare S
memorari V 97 sit] fit T 98 ei] om . V 98 iuvat] veniat P
99 vero] enim V 00 difficile est] inv . ISTP 1 memoriores] - rabiliores
memores V
add . sup . lin . al . man. T 3 etenim] autem S 4 eget] indiget
88 enim] y(autem) R 89 aed] om . R 93 sensibilium] a sensibilibus 95 diacendo] ST 7 tamen] om . S 8 magnorum] maiorum T magistrorum V 9 iuvenum]
iuvenis V 12 ea] de his T 13 auti ] et P 14 qualiter] qualis V
r,& ;j I (intelligendo) R 96 discere] ~ I (intelligere) R 96-97 ad discendum] 15 quae] qui P 16 forma] formarumV 16 redit] reddit I
„,plI (ad intelligendum) R 97 formae] j~ (formarum interiorum) R
19-8” ei] om. R 3 etenim]y (autem) R 3 cuius anima] qui 4 sicca materia] q_Wj ~ .~Ljj
(materia comparata) R 5 sit velox ad] jx. qJr ~, ~j~ (convertatur ad) R
87 iste : reprend au singulier le pronom man rendu d' abord par le pluriel quibus. 5 materiam] .L41 (intentionem) R 8 in quo stant] ad quod convertuntur
87 cognoscere : sans avoir en arabe d' ē quivalent litt ēral, ce mot ē claire le sens de la 11 vero] L,~w t (etiam) acld . R 12 in eis] om. R 13 aut ira aut]
phrase : il s'agit de ceux qui sont naturellement dou ēg pour la connaisaance des necessa-
9 jy (et ira et tristitia et) R 14 causa vero] hoc est quia causa 15 non . ..
ria motus, c'eat- ā -dire des nē cesaitē a (cfr necessario, lignea 77 et 85) logiques qui r ēgissent
le mouvement de la pens ēe (motus, naql) du connu vers 1'inconnu . Sur 1'emploi du mot nisi quia] post praeterierunt R 15 non est] ~ j(non fuit) R 16 forma]
naql pour dēsigner la a translation a, le e transfert a du principe ā la consē quence, que ōj-"e.J I oJA (haec forma) R I
eomporte la dē duetion, voir A. M . GoicHox, La distinction de l'essence et de l'existence
d'aprēs Zbn Sinā, Paris, 1937, p . 271. 99-00 impresaum est : ar. ce qui est reprēsentē et apparait ».
M

90 sed materia . . . est oboediens : ar. o mais il n'a pas 1'āme mobile (harik) ni la matibre 4 etiam cum sicca materia : ar. e outre une matiēre adē quate » . La traduction latine
docile (aux actes de 1'imagination) ~>. correapondrait ā yābisa (cfr sicca ligne 00) ; 1'6dition Rahman porte, sans variante,
97 materia : ar . cunsur, ēlē ment a. Le mē me terme latin aert ā traduire tant8t mā dda,
M munāsiba : comparata, kabente comparationem.
tantSt cun¢ur, tantōt kayū lā. Sur la diffērence entre cea trois notions avicenniennea, 4-6 ut anima ait velox . ., circa aliam : ar. que 1'ā me aoit tournēe vers la forme et 1'id6e
K

voir A . M. GoicHox, Introduction ā Avicenne. Son ēpCtre des d ēfinitions, Paris, 1933 : qu'elle cherche ā fixer, de faqon excluaive sans ētre dētournēe de 1'une et 1'autre par
p . 74, Dēfinition de la mati8re premibre, lucyūlā ; p. 81, De la matiēre seconde, mādda; d'autrea occupations *.
p . 82, De 1'616ment, Ganaur. Dans la Mētmph.ysique du Shifā', 6unaur est rendu tour ā tour . 9-10 motus . . . agilea : ar. w 1'agitation de leurs mouvements ~.
par materia, origo, princtipium materiale, .et par elementum . Cfr EL-KaoDEMs, p; 319. 16 senaibus interioribus : ar. au plus profond des sens m.
4

44 QUARTA PARS CAPITULUM TERTIUM 45

illud aut simile illius. Desiderium quoque et spes faciunt etiam hoc; manserint et exstiterint praesentes . Corpus vero praesens non est
spes autem aliud est quam desiderium ; spes enim est imaginatio existens praesens nisi apud aliud corpus : non enim est praesens ali-
alicuius rei cum affirmatione aut opinione quia erit ; desiderium vero 29 ra quando et absens aliquando apud non corpus nec habet comparationem
20 est imaginatio rei et concupiscentia eius, et iudicare quod delecta- 35 ad virtutem simplicem secundum praesentiam et absentiam. Ei
bitur in illa si affuerit. Timor autem est oppositus spei ad modum enim quod non est in loco res localis non comparatur secundum prae-
contrarietatis, sed diffidentia vel desperatio est eius privatio . Et haec sentiam illi vel absentiam ab illo, quia praesentia non cadit in situ
R 188 omnia iudicia sunt aestimationis. et spatio praesentis, nisi ad id cui praesentatur ; hoc autem impossibile
Indicemus ergo nunc de his quae diximus de virtutibus apprehenden- est, nisi praesente corpore id cui praesentatur fuerit corpus vel in
25 tibus animalibus, et ostendamus quod omnes agunt actiones suas 40 corpore.
cum instrumentis, dicentes quod ex omnibus virtutibus id quod est Sed apprehendenti formas singulas secundum abstractionem perfec-
apprehendens formas singulares exteriores secundum affectionem tam a materia et secundum privationem abstractionis ullo modo ab
imperfectae abstractionis et separationis a materia, nec abstractae appendiciis materialibus, sicut est imaginatio, necessarium est etiam
aliquo modo ab appendiciis materiae sicut apprehendunt sensus instrumentum corporale . Imaginatio etenim non potest imaginari
30 exteriores, quod egeat instrumentis corporalibus, manifestum est. 45 nisi forma imaginabilis descripta fuerit in ea in corpore, descrip-
19 vb Haec enim forma non apprehenditur nisi quamdiu materiae per- tione quae sit communis virtuti et corpori : forma enim Socratis,
quae describitur in imaginatione secundum eius figuram et eius linea-
17 illud] orn . V 17 etiam hoc] inv. ISTPV 18 autem] etiam V menta et secundum situm suorum membrorum aliorum circa alia,
20 delectabitur] delectatur V 24 ergo] igitur V 24 dig imus] digit T
30 quod] quia acrib. et quod add. sup . lin. al . man. S 30 egeat] corr . egeant 32 est] om . V 33 enim est] inv . T 33 est] om . V 34 non] nos I
CIST egent PV 31 enim] vero T 35 secundum praesentiam] om . P 35 et] vel T 35-36 et absentiam . . . non
comparatur] i.m . P 35-36 ei enim] etenim T 36-37 secundum praeaentiam]
post illi V 37 illo] illa T 38 ad id] aliquid I 38 cui] ei I cum
17 desiderium] desideria 19 affirmatione] (iudicio) R 19 quia] ,:;Stf j scrib. sed in alio cui add. i.m. al. man . P 39 nisi] cum add. ISTPV 39 cui]
(plerumque) add. R 22 diffidentia vel] om. R 26 omnibus] om . R quod V 39 fuerit corpus] inv . S 45 corpore] ideat in cerebro add . sup, lin.
28 imperfectae] imperfectam 28 abatractae] abatractam 29 sicut apprehen- CP add . S et in cerebm add. T 46 enim] etenim scrib. sed et exp. P etenim V
47 quae] om . T 47 figuram] formam P 48 secundum] om. I etiam T
dunt = R] dS ,1ū ~'(sicut est id quod apprehendunt) codd . 31 haec . . . forma 48 suorum membrorum aliorum] aliorum membmrum suorum T 48 membrorum]
= Refgh] j_4,=J l (hae formae . . . non appreltenduntnr) R
a.,A sup . lin . al. man . S

26 ā p. 54, 77 ea omnibua virtutibus . . . aicut ostendimua : ce teate a ē t ē repris par 32 praesena] (existens) add. R 33 aliud] om . R 33 non enim] ~ly
Avicenne lui-mēme dans la partie de la Najāt concernant la pyschologie . On peut en lire (nec) R 34 nec] y4 (y (non enim) R 37 quia] J,,, (immo) R 38 nisi]
une bonne traduction dans F . Raansax, Avicenna's Psyc7aology . An Engliah translation ante in situ R 39 nisi praesente corpore] si praesens fuerit corpus nisi 42
of %itāb al-Najāt, Book II, Chapter VI with historico-philosophical notea and teatual secundum] om . R 46 virtuti = Rag] d-;~ (ei sc. imaginationi) R 46 Socratis]
improvements on the Cairo edition . Oaford, 1952, pp . 41-45 . Cette traduction prē sente
1 ' int6rē t d'avoir ētē ē laborē e par 1'6diteur mēme du teate arabe du De Anima et ce, om. R 47 in imaginatione] ,1~j U.c~ ~j_4,o a,
(eg forma singularis Zayd)
pendant qu'il prēparait cette ēdition ; elle s'ajuate litt ēralement au teate du De Anima add. R 48 secundum] om . R
ā part quelques tournurea, plus brbves dans la Najāt que dana le De Anima. : d'aprēa 1'in-
tention mēme d'Avicenne, la Naiāt aert ā rēaumer les paesages importants du Shifā' . 41-43 abetractionem . . . materialibus : il s'agit ici du deuaibme degr ē d'abstraction,
27-29 aecundum affectionem . . . materiae : cfr Avdcenna's Psychology, p . 41, 6-8 : in K celui qu ' opbre 1'imagination, le degrē le plua bas ētant celui qu'op6rent les aens : voir
a way not completely divested of or abstracted firom matter and not at all divorced from De Anima, Livre II, ehapitre 2 et Avicenna's Psyehology, pp . 38-39.
material attachments . . . r. 47 in imaginatione : 1'arabe ajoute ici venant de 1'individu Zayd r . Le nom arabe
4

30 egeat : le aujet de ceverbe est, d'aprga 1'arabe, id quod est aPprekendens, lignes 26-27; choiai, Zayd, qui n'a pae plus d'importance dane le coateate que lorsqu'on parle de
d'od la correction apportēe au tezte des manuecrits latins proposant ici un verbe au Fierre ou Paul, a ētē remplacē, lignea 46 et 53, par celui de Socrate ; de mēme plus loin,
pluriel, qui doit donc avoir pour sujet aexaua, ligne 29 . pp. 129-130, 89-95, Platon eat aubetituē au nom arabe cAmr.

46 QUARTA PARS
CAPITULUM TERTIUM 47

R 189 quae apparent in imaginatione sic quasi videantur, impossibile est Impossibile est etiam hoc esse ex accidente quod sit eius proprium ;
5o imaginari sicut est, nisi illae partes et dimensiones suorum mem- primo, quia ad imaginandum illud dextrorsum non est necesse cadere
brorum fuerint descriptae in corpore ita ut dimensiones illius formae 7o aliquod accidens in ea, quia non fit hoc nisi propter partes materiae ;
sint in dimensionibus illius corporis et partes eius in partibus illius. secundo, quia ipsum accidens aut esset aliquid in ipsa essentialiter, R 190
Removeamus autem formam Socratis, et ponamus formam qua- aut esset aliquid quod haberet ex comparatione sui ad illud cuius
drati abcd quae habeat dimensionem finitam et locum et qualitatem figura esset veluti figura abstracta ab aliquo habente huiusmodi
55 et diversitatem angulorum numero ; et cum angulis eius qui sunt imaginationem, aut esset aliquid quod haberet ex comparatione
ab coniungantur duo quadrata inter se aequalia, quorum unumquod- 75 receptae materiae.
que habeat locum designatum, sed sint similia in forma ; et ex tota
coniunctione quadratorum describatur quasi alata figura hoc modo, 68 etiam] autem V 68 accidente accidenti CISTP 68 eius] ei T 70 ea]
singularis una numero existens in imaginatione . Dicemus ergo quod eo S eam PV 70 partes] loca add. sup. lin . C partem T idest loco add.
sup . lin. P 72 haberet] esae add . V 72 illud] aliud T 72 cuius]
so quadratum aeru est aliud numero a quadrato bthi et cecidit
sicut V 73 figural] corpus scrib . sed figura add. i . m . S in alio forma add.
in imaginatione ad dextram partem eius, separatum ab eo situ imagina- i.m . al. man . T forma PV 73 figura2] forma PV
tionis aliquo in imaginatione . Necesse est autem ut haec separatio
ipsorum sit aut propter formam quadraturae, aut propter accidens 69 cadere] y~ ~(ponere) R 70 in ea quia non fit hoc nisi propter partes] d,,g
quadraturae quod est proprium illi praeter formam quadraturae,
(in eo quod non ait in illo praeter partes) R 71 ipsa]
65 aut propter materiam cui imprimitur.
eo ipao 72 sui] om . R 73 esset] _~.I I j (de rebus haben-
Impossibile est autem alteritatem eorum esse secundum formam
tibus esse ita ut esset) add . R 73-74 ab aliquo habente . . . imaginationem] &e
quadraturae ; iam enim posuimus ea similia et aequalia et conformia.
J (~) Ulyt, ~~-9., (figura abstracta ab aliquo habente esse quam habet haec

51 in corpore] post ita V imaginatio) R 75 receptae materiae] q)L .J,-j ~ .A,jj(materiae sustinentis) R
52 corporis] idest cerebri add. sup, lin . CP add. S
53 formam2] i.m. al . man. S 54 qualitatem] et dimenaionem add. T 55 cum
angulis] anguli V 55 qui] quod S 56 coniungantur] coniunguntur TV 71 secundo : 1'argumentation introduite par secundo s ' articule en trois points qui sont
59 una] uno V 60 a e r u] a e r b V 60 est aliud] inv. T 60 b t h i] dē velopp ēs successivement : le premier, a aut esset (ipsum accidens) aliquid in ipsa essen-
uthiV 62 aliquo] aliqua T 63 sit] c d add . S 63 quadraturae] tialiter e est dēveloppē lignes 76 ā 23, en trois ē tapes, inseparabile (ligne 78), sepa-
quadratam ST 63-64 aut propter2 . . . quadraturae z ] om . hom . V 66 aecundum] rabile (ligne 85), positum (ligne 91) ; le deuxiēme, a aut esset aHquid quod haberet ex
propter T 66 formam] quantitatem V 67 enim] autem V comparatione sui ad illud cuius figura esaet . . . », eat d ēveloppē p. 51, Hgnea 24 ā 37;
le troisi ēme, a aut esset aliquid quod haberet ex comparatione receptae materiae >, est
49 apparent] j~ (separantur) R 50 membrorum] V ~ r(necessario) add. dē velopp ē p . 52, lignes 38 ā 67. Le texte arabe de la 1Vajāt, fidēlement rendu par la tra-
R 54-55 quae habeat . . . et diveraitatem] quod definitum est dimensione duction Rahman, aubdivise le troisiēme point, ēvoqu ē lignes 74-75 par a ex comparatione
receptae (arabe al-hāmila, sustinentis) materiae », en deux : a either to the receptive
et loco et qualitate et diversitate 58 quadratorum] om . R 58 hoc modo] faculty or to its material subatratum» (cfr Avicenna's Psychology, p . 42, 21-22). On peut
om. R 59 existens] j_,,, (subsistens) R 61-62 situ imaginationis aliquo] obaerver, dans le De Anima, que le d ēveloppement du troiai6me point comporte la m ē me
d~tJ ~ j ( ; ; ~ ~ j---;– (,,~ (situ imaginativo quem innuimus) R 62-63 haee subdivision : voir p. 52, lignes 39-40 : a in virtute recipiente, in instrumento », alora que
1'6nonc6 de ce troiaiēme point, lignea 74-75, ne comporte pas cette subdivision, ni dans
separatio ipaorum] om . R 63 quadraturae] (g.;i 1,jj (per seipsam) add. R nvn
le texte arabe des ē ditions Rahman et Bako ē , ni en latin.
add . Rah 64 quadraturae i] om R 64 illi] ~(in quadratura) 73-74 figura abstracta . . . imaginationem : dans la traduction Rahman, Avicenna's
add . R 65 aut] ~~ (sit) add. R 67 iam] om. R Psychology, citēe ci-desaus, ce membre de phrase est rendu par : a a figure abstracted
from an external existent which ia in this condition n ; les derniera mote de cette traduc-
52 sint in : voir Avicenna' s Paychology, p . 41, 33 : a(muat) fit into a, ar . ikhtalafa . ., fi. tion (a which is in this condition ») traduisent bi-hādhā-l-h ā l, et ae rapportent alora ā a an
58 hoc modo : pluaieurs .manuscrits latins reproduisent ici ]a figure g ēomētrique pro- external existenta, aliqno habente <esse> ; cea mots arabes constituent une variante du
posēe par certains manuserita arabes. Voir Introduettion, pp . 96 *-97 *. texte du De Anima, li-7wdluZ-l-khayāl (efr Rahman p . 190; note 1) a qui appartient ā cette
61-62 situ . . . imaginatione : ar. a la place imaginaire qui lui est assign ēe dana 1'imagi- imaginationx, et il s'agit alors de aa figure abstracted . . .w, figura abstracta . . . ; efr apparat
nation P . latino-arabe : quam habet haze imaginatio.

48 QUARTA PARS CAPITULUM TERTIUM 49

Impossibile est autem aliquid eius esse in seipsa e g accidentibus 29 rb fiat sicut primum, sed quamdiu fuerit in illo erit sic, et imaginatio
quae sunt ei propria : nam illud esset aut inseparabile aut separabile. videbit illud sic ita ut non attendat ad aliud quod adiungatur illi.
Impossibile est autem esse inseparabile essentialiter, nisi fuerit Impossibile est autem ut < ... > quale hoc dicatur de intellecto,
inseparabile ab omni eo quod communicat cum eo in specie ; duo 95 sed hoc verbum differetur usque ad eius dispositionem. Dicitur R 191
so autem quadrata posuimus aequalia in specie ; ergo nullum eorum ergo : quid est quod fecit dispositiones, quia appropriavit illud hac
habet accidens inseparabile quod non habeat alterum . Item impossibile dispositione, scilicet ponendo separatum ab alio ? Sed universali
est ut in virtute indivisa, sicut est divisio virtutum corporalium, aliquid est quod adiungit intellectus, quod est definitio dextri vel
accidat accidens alicui quod non habeat aliud quod est illi conforme, sini