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Richard Coeur de Lion en odeur de

sainteté
Par Stéphany Gardier Mis à jour le 05/03/2013 à 18:50 | publié le 05/03/2013 à 18:20

Richard Coeur de Lion est mort le 6 avril 1199, à Châlus, en Haute-Vienne. Crédit
photo: Flickr/Mikecogh

Des chercheurs français ont analysé pour la première fois le


cœur de Richard Ier, embaumé il y a plus de 800 ans, avec de
l'encens pour lui faciliter l'accès au paradis.

Après la tête d'Henri IV, c'est sur le cœur de Richard Ier que Philippe Charlier, médecin
légiste -anthropologue, et ses collègues se sont penchés. Les conclusions de leur
enquête ont été publiées la semaine dernière dans la revue Scientific Reports . On y
apprend que le cœur du souverain au courage légendaire aurait fait l'objet d'un
embaumement particulier, peut-être dans le but de lui épargner quelques années de
purgatoire.

Richard Ier, roi d'Angleterre reconnu pour sa bravoure, surnommé Richard Cœur de
Lion, est mort le 6 avril 1199 à Châlus près de Limoges pour avoir omis d'enfiler sa cote
de maille. Touché à l'épaule gauche par une flèche d'arbalète 12 jours plus tôt il décéda
sans doute des suites d'une septicémie ou de la gangrène. Comme c'était alors la
coutume pour les défunts de l'aristocratie, ses viscères furent enterrés sur le champ de
bataille, et son corps à l'Abbaye de Fontevraud, où reposait déjà son père Henri II, alors
que son cœur fut embaumé et déposé à Notre-Dame-de-Rouen. Au Moyen-âge, le cœur
des défunts bénéficiait de soins particuliers, car il était censé abriter leur âme .

C'est pour mieux comprendre ces techniques d'embaumement médiévales que l'équipe
de Philippe Charlier s'est intéressée à cet organe royal, le plus vieux cœur embaumé
étudié à ce jour. Contrairement à la tête d'Henri IV, dont l'authentification a nécessité
des tests ADN, il n'y avait aucun doute sur le cœur de Richard Ier. La relique avait été
retrouvée en 1838, lors de l'excavation de la cathédrale de Rouen, dans une boîte en

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métal scellée et sur laquelle on pouvait lire: «Ici repose le cœur de Richard, roi
d'Angleterre.»

Un homme particulièrement cruel

Si, lors de l'ouverture du coffret, le cœur s'était transformé en une sorte de sable
grossier, les analyses ont confirmé qu'il s'agissait bien de tissu musculaire humain.
Hormis des traces de métaux lourds, dont le mercure alors communément utilisé par les
embaumeurs, les chercheurs ont eu la surprise de découvrir aussi de l'encens. Si l'on en
retrouve sur certaines dépouilles royales, notamment les Médicis en Italie, c'est la
première fois que de l'encens est mis en évidence sur un corps antérieur à cette époque.
Comme l'explique Philippe Charlier: «L'encens est un élément majeur dans la religion
chrétienne: il est apporté par les Rois Mages à la naissance du Christ et fut utilisé pour
son embaumement. C'est l'encens qui est à la source de ce que l'on appelle l'odeur de
sainteté.»

Les historiens de l'équipe ont ainsi émis l'hypothèse que les embaumeurs de Richard
Cœur de Lion avaient voulu reproduire le rituel décrit dans la Bible. «Richard Ier était
un souverain particulièrement cruel, raconte Philippe Charlier. Et l'évêque de Rochester
l'avait ainsi ‘condamné' à 33 ans de purgatoire pour expier ses crimes. Peut-être qu'en
l'embaumant avec de l'encens comme le Christ, en reproduisant l'odeur de sainteté, les
embaumeurs ont cherché à lui faire gagner quelques années de purgatoire.»

Comme le rappelle Philippe Charlier, ces investigations n'ont pas pour but unique de
mieux comprendre les circonstances de la mort et des funérailles des grands de ce
monde. «Ce travail de recherche permet aussi de tester, valider et améliorer des
techniques d'investigation médico-légales, que nous pouvons utiliser ensuite pour des
enquêtes sur des corps bien actuels, eux» conclut le légiste.