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Nadir MOUFAKKIR – Université Euro-Méditerranéenne de Fès 2019

LE BILAN FONCTIONNEL :

CONCEPT, ANALYSE ET RETRAITEMENTS

EBS – 2ème année

Pr. Nadir MOUFAKKIR

Le bilan fonctionnel est un instrument qui permet l’analyse de l’équilibre financier de l’entreprise.
Cette analyse permet de mettre en évidence les notions de fonds de roulement, de besoin en fonds de
roulement et de trésorerie nette à partir desquelles la situation financière de l’entreprise peut être
appréciée. L’utilisation de ratios permettra de compléter cette appréciation et de proposer des solutions
en cas de déséquilibre financier.

1. Concept de bilan fonctionnel

Le bilan fonctionnel est un bilan comptable retraité dans le but d’expliquer le fonctionnement de
l’entreprise. Les éléments de l’actif et du passif sont classés en différents cycles, ce qui permet : le calcul
de différents agrégats (fonds de roulement, besoin en fonds de roulement, trésorerie) ; l’analyse de
l’équilibre financier de l’entreprise.

1.1. Les cycles fonctionnels :


➢ Cycle d’investissement : Cycle long qui s’étend sur plusieurs années. Il est représenté par les
emplois stables (ou durables) de l’entreprise (investissements incorporels, corporels et
financiers).
➢ Cycle de financement : Il est représenté par les ressources stables ou durables (capitaux
propres, dettes financières) nécessaires au financement des emplois stables.
➢ Cycle d’exploitation : Ensemble des opérations allant de l’acquisition des matières premières
et/ou marchandises jusqu’au recouvrement des créances clients. Le cycle d’exploitation est
court pour une entreprise commerciale, plus long pour une entreprise de production. Il est
représenté par :
o Les actifs d’exploitation (besoins de financement générés par le cycle d’exploitation) ;
o Les dettes d’exploitation (ressources de financement générées par le cycle
d’exploitation).
➢ Cycle hors exploitation : Certaines opérations n’ont pas de lien direct avec l’exploitation
(placements financiers, dettes d’IS, sur immobilisations). Elles sont regroupées dans l’actif et le
passif hors exploitation.

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1.2. Les principes d’élaboration

L’analyse fonctionnelle repose sur une hypothèse de continuité d’exploitation. Le bilan fonctionnel est
élaboré à partir d’un bilan PCG avant répartition du résultat. Les éléments de l’actif sont inscrits pour
leur, les amortissements et dépréciations sont assimilés à des ressources stables. Les éléments du bilan
(PCG) sont classés selon le cycle auquel ils appartiennent.

Des retraitements sont prévus ; ils permettent de donner une image plus économique du bilan
fonctionnel et facilitent les comparaisons interentreprises.

1.3. Construction du bilan fonctionnel

Le bilan fonctionnel est établi à partir d’un bilan avant affectation du résultat et se présente comme
suit :

(1) En valeurs brutes. (2) Sauf concours bancaires, soldes créditeurs de banque.

Remarques :
1) Les actifs sont inscrits pour leur valeur brute et les amortissements et dépréciations sont reclassés dans les
capitaux propres.
2) Les charges et produits constatés sont reclassés dans l’actif circulant d’exploitation ou hors exploitation selon
leur nature.
3) Les valeurs mobilières de placement sont des actifs circulants hors exploitation.
4) Les dettes auprès des établissements de crédit, autres dettes financières et autres emprunts sont reclassées
dans les ressources stables à l’exception des concours bancaires et soldes créditeurs de banque qui sont reclassés
dans la trésorerie de passif.
5) Les provisions sont reclassées dans les ressources stables.

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2. Les outils pour l’analyse du bilan fonctionnel


2.1. Les valeurs structurelles du bilan fonctionnel

Fonds de roulement net global (FRNG)


=
Ressources stables – Emplois stables

Besoin en fonds de roulement d’exploitation (BFRE)


=
Actif circulant exploitation – Passif circulant exploitation.

Besoin en fonds de roulement hors exploitation (BFRHE)


=
Actif circulant hors exploitation – Passif circulant hors exploitation.

Trésorerie nette
=
Trésorerie active – Trésorerie passive.

(1) Fonds de Roulement Net Global. (2) Besoin en Fonds de Roulement d’Exploitation. (3) Besoins en Fonds de Roulement hors
exploitation. (4) Besoin en Fonds de Roulement (total). (5) Trésorerie nette.

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2.2. Les ratios du bilan fonctionnel

Un ratio est un rapport entre deux grandeurs comparées dans le but de fournir un élément
d’appréciation sur la situation financière ou la performance de l’entreprise.

Il en existe de très nombreux mais le plus important est de choisir des ratios significatifs. La liste
suivante, indicative, regroupe des ratios couramment utilisés dans le cadre de l’analyse fonctionnelle :

• Le ratio de couverture des emplois stables : Ressources stables/Emplois stables

• Le ratio de couverture des capitaux investis : Ressources stables/Emplois stables +


BFRE

• Le taux d’endettement : Dettes financières + Concours bancaires/Ressources propres

• Le FRNG en jours de chiffre d’affaires : FRNG/Chiffre d’affaires hors taxes × 360 jours

• Le poids du BFRE sur le chiffre d’affaires : BFRE/Chiffre d’affaires HT × 360 jours

• La durée moyenne de stockage : Stock moyen/Coût annuel des achats (ou de


production) × 360 jours

• Le délai de crédit clients : Encours moyen des créances clients/Chiffre d’affaires taxes
comprises × 360 jours

• Le délai de crédit fournisseurs : Encours moyen des dettes fournisseurs/Achats +


Services extérieurs taxes comprises × 360 jours

Le résultat d’un ratio n’a généralement d’intérêt que dans la comparaison dans le temps (la situation
s’est-elle améliorée ou dégradée depuis l’exercice précédent ?) et/ou dans l’espace (la situation de
l’entreprise est-elle meilleure ou moins bonne que celle des entreprises comparables ?).

3. Analyse de la situation financière


3.1. Le diagnostic

En général, la situation financière d’une entreprise est délicate si le FRNG est inférieur au BFR.
L’utilisation des ratios permet d’approcher les causes de ce déséquilibre financier :

Le FRNG est-il suffisant ?

• Ratio de couverture des emplois stables


• Ratio de couverture des capitaux investis
• Poids du FRNG en jours de chiffre d’affaires

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Le BFR est-il trop important ?

• Durée moyenne de stockage


• Délai de crédit clients
• Délai de crédit fournisseurs

3.2. Les actions possibles

Pour améliorer le rapport entre le FRNG et le BFR, on peut engager les actions suivantes :

3.2.1. Action à engager pour améliorer la situation financière :


3.2.1.1. Action sur le FRNG :

Le fonds de roulement net global (FRNG) représente l’excédent des ressources stables sur les emplois
stables. Il représente la partie des ressources stables non utilisée pour financer les emplois stables et
qui peut servir à financer le besoin de financement du cycle d’exploitation.

Pour augmenter le FRNG, il est possible de :

• Procéder à une augmentation de capital, donc faire appel aux propriétaires de l’entreprise
• Emprunter à un organisme financier, si l’endettement n’est pas déjà trop élevé.

La réduction des actifs immobilisés ne peut en général pas être envisagée, s’il s’agit de l’outil de
production car cela constituerait un désinvestissement qui aurait pour conséquence de réduire les
moyens de production de l’entreprise. Pour les autres actifs immobilisés, cela peut être envisagé (titres
immobilisés, immeubles mis en location notamment).

3.2.1.2. Action sur le BFRE :

Le besoin en fonds de roulement représente un besoin de financement généré par des décalages dans
le temps entre :

On distingue :

• Le besoin en fonds de roulement d’exploitation (BFRE) généré par le cycle d’exploitation. Il


comprend une composante stable dite « structurelle » (qui dépend de la durée de stockage,
des délais de paiement des clients et fournisseurs) et une conjoncturelle (le BFRE varie avec
le niveau d’activité représenté par le chiffre d’affaires).

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• Le besoin en fonds de roulement hors exploitation (BFRHE) généré par le cycle hors
exploitation.

Pour diminuer le BFR, il est possible de :

• Améliorer la gestion des stocks pour en diminuer le volume ;


• Négocier avec les clients des délais de crédit plus courts, en faisant attention à ceux qui sont
accordés par la concurrence vers laquelle les clients pourraient se retourner ;
• Négocier des délais de paiement plus importants avec les fournisseurs.

3.3. Les retraitements du bilan fonctionnel

3.3.1. Les corrections liées aux emplois stables

• Actionnaires, capital souscrit non appelé :


o À éliminer de l’actif du bilan.
o À soustraire des capitaux propres afin de ne prendre en compte que les ressources
effectivement mises à la disposition de la société.
• Charges à répartir :
o Elles figurent au bas du bilan.
o Elles sont à ajouter aux emplois stables (pour leur montant brut) car assimilées à des
immobilisations dans l’analyse fonctionnelle.
• Amortissements des immobilisations :
o Ils représentent une ressource de financement.
o À ajouter aux ressources stables (y compris les amortissements des charges à
répartir).
• Primes de remboursement des obligations :
o À éliminer de l’actif du bilan.
o À déduire des emprunts obligataires (ressources stables). Il n’est tenu compte que du
prix d’émission de l’emprunt.
• Intérêts courus sur créances immobilisées, prêts :
o À reclasser en actif circulant hors exploitation.

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3.3.2. Les corrections liées aux éléments de l’actif circulant d’exploitation et hors
exploitation

• Charges constatées d’avance :


o Montant à ventiler en actif d’exploitation ou hors exploitation, selon leur nature.
• Écart de conversion actif sur créance :
o Les créances doivent être évaluées à leur valeur d’origine.
o Les écarts de conversion actifs doivent être neutralisés, c’est-à-dire ajoutés aux
créances.
• Écart de conversion passif sur créances :
o Ils sont déduits des créances.

• Capital souscrit, appelé – non versé, Valeurs mobilières de placement


et les intérêts courus sur prêts :
o À reclasser en actif circulant hors exploitation.

3.3.3. Les corrections liées aux ressources stables

• Actionnaires, capital souscrit non appelé :


o À soustraire des capitaux propres afin de ne prendre en compte que les ressources
effectivement mises à la disposition de la société.
• Amortissements et dépréciations de l’actif du bilan :
o À ajouter aux capitaux propres.
• Dettes financières (sauf concours bancaires courants et soldes créditeurs
de banque) :
o Elles représentent une ressource stable. Elles sont à ajouter aux capitaux propres.
• Concours bancaires courants et soldes créditeurs de banque :
o À soustraire des emprunts et à ajouter à la trésorerie passive.
• Intérêts courus sur emprunts :
o À reclasser en dette hors exploitation.
• Écarts de conversion actifs sur dettes :
o Les dettes doivent être évaluées à leur valeur d’origine.
o Les écarts de conversion actifs sont à déduire des dettes.
• Écarts de conversion passifs sur dettes :
o Les écarts de conversion passifs sont ajoutés aux dettes.

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3.3.4. Les corrections liées aux dettes d’exploitation et hors exploitation

• Produits constatés d’avance :


o Montant à ventiler en dette d’exploitation ou hors exploitation, selon leur nature.
• Intérêts courus sur emprunts :
o À soustraire des emprunts et à reclasser en dette hors exploitation.
• Dette sur immobilisation, dette d’IS et Dividendes à payer :
o À reclasser en dette hors exploitation.

3.3.5. Le retraitement du crédit-bail dans le bilan fonctionnel

Le crédit-bail est une solution alternative à l’acquisition d’un bien financée par un emprunt. Les biens
financés par crédit-bail ne figurent pas à l’actif du bilan puisque l’entreprise utilisatrice n’en est pas
propriétaire. Il est possible de retraiter le bilan fonctionnel pour intégrer les biens pris en crédit-bail
dans les actifs immobilisés de l’entreprise. Pour cela, il faut retraiter le bilan avec comme objectif de
recomposer la situation comme si les biens financés par crédit-bail avaient été acquis et financés par
un emprunt.

Exemple :

Au 31/12/N, un bien pris en crédit-bail depuis le 01/01/N-1 dont la valeur à neuf était à l’origine de
15.000 DHS. Amortissement linéaire sur 5 ans.

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3.3.6. Les effets escomptés non échus

Certaines entreprises recourent à l’escompte des effets de commerce. Cela signifie qu’elles transforment
en disponibilités des créances (effets à recevoir). Cela a pour effet d’augmenter le solde bancaire et de
diminuer le montant des créances.

Dans l’analyse fonctionnelle, la trésorerie fera l’objet d’une attention particulière. Il convient donc
d’annuler les effets de l’escompte, dans le souci d’harmoniser la présentation du bilan fonctionnel dans
les entreprises qu’elles escomptent ou non leurs effets.

RAPPEL

Trésorerie nette = trésorerie active – trésorerie passive, avec :


Trésorerie active = disponibilités.
Trésorerie passive = concours bancaires courants + soldes créditeurs de banque.

Trésorerie nette = FRNG – BFR


•Si FRNG- BFR > 0, la trésorerie nette est positive.
•Si FRNG- BFR < 0, la trésorerie nette est négative.