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S’INSTALLER EN MARAÎCHAGE BIO

SUR PETITE SURFACE


Le 19 octobre dernier, l’Addear de l’Isère et l’ADABio organisaient une visite sur le jardin des Paniers de la
dernière Pluie, à Meylan. Une journée consacrée au maraîchage sur petite surface, modèle qui s’impose de
plus en plus dans les projets d’installation que nous accompagnons. Témoignage de Yann Cholot, qui cultive
ce jardin en zone urbaine, à proximité du parc de l’Île d’Amour.

« L’envie de m’installer me ti-


tillait depuis pas mal de temps,
UNE PRODUCTION NON
MÉCANISÉE

Crédits photo : Addear 38


mais la charge de travail me faisait
peur, je n’avais pas envie d’avoir un Le gain de temps de travail passe éga-
rythme de fou » expose Yann, qui pose lement par la réduction des opérations
d’emblée ses objectifs de qualité de vie. chronophages : achat des plants, limi-
Au départ, l’idée était un modèle asso- tation du désherbage par occultation,
ciatif, avec un statut de salarié et l’impli- participation des clients à la récolte...
cation des consommateurs en échange Yann travaille sur planches permanen-
de légumes moins chers. L’opportunité tes, sans mécanisation. Le travail du sol
d’un terrain de 3 000 m2 sur Meylan est est fait à la campagnole, qui permet à
arrivée finalement assez vite, après une la fois de décompacter, d’incorporer la
saison chez un maraîcher pour se faire matière organique et de préparer le se-
de l’expérience, et le projet ne s’est pas mis. Un travail physique et assez long,
fait sous cette forme. « J’ai démarré en mais qui donne de bons résultats sur
2014, avec quand même l’idée d’im- son terrain, des limons assez légers.
pliquer le public urbain sur le fonc- « Au départ, j’avais acheté un mo-
tionnement du jardin... Cela a pris la toculteur ; je ne m’en sers plus... Le
forme d’un système d’auto-cueillette choix de ne pas être mécanisé n’est
et des chantiers participatifs. » pas seulement idéologique, c’est
surtout une question d’échelle : c’est
UN DÉMARRAGE PROGRESSIF possible parce que c’est petit, et moi qu’à l’environnement, je ne suis
Yann a ainsi démarré une production de parce que j’ai une terre favorable ; pas dans une logique sacrificielle ! »
légumes bio diversifiée, avec la volonté ça ne marcherait pas sur sol argileux LA FERME EN QUEL-
d’une mise en place progressive, sans ou avec des cailloux. » Yann fait éga- UNE COMMERCIALISATION
prise de risque : des investissements lement beaucoup d’apports de matières À OPTIMISER QUES CHIFFRES
limités et réalisés sans emprunts, beau- organiques (fumier, déchets d’entre- Yann commercialise d’avril à octobre,
 1 600 m2 de plein champ
coup de bricolage, des charges rédui- prises d’espace vert...), car la surface via le marché de Meylan : 15 paniers
tes, et le statut de cotisant solidaire : ne permet pas d’inclure des engrais en auto-cueillette, un petit groupe de  600 m2 de tunnels
« Précaire mais bien adapté à un dé- verts... et avec des compromis ! : « Je cueillette libre et quelques magasins  Investissement :
marrage progressif. J’y suis allé dou- n’imaginais pas mettre du plastique bio. Cela reste, pour Yann, un point fai- autour de 15 000 €
cement, j’ai pu voir si ça me conve- partout, c’est moche, et pas terrible ble de son système, car les ventes sont  C.A. : 32 000 € en 2016
nait... ça m’a permis d’expérimenter, écologiquement... Mais j’utilise peu trop dispersées et compliquent l’organi-  Charges : environ 13 000 €
avec toujours la possibilité de faire de pétrole par ailleurs, je réutilise sation en été.
marche arrière » beaucoup, je peux me le permet-
Aujourd’hui, Yann cultive 1 600 m2 en tre ! Je gagne en précocité, je peux UNE FERME VIABLE... MAIS PAS
Crédits photo : Addear 38

plein champs, et 600 m2 sous tunnels. reprendre plus facilement le terrain TOUT À FAIT VIVABLE !
Pour valoriser au maximum cette petite quelles que soient les conditions cli- Un modèle qui, dans ces conditions
surface, il a fait le choix de rotations ra- matiques, le sol n’est pas tassé, ça particulières, fonctionne bien : « J’ai pu
pides, avec des cultures à cycle court, et permet de gagner du temps en dé- commencer à me payer dès la deuxiè-
des serres remplies le plus longtemps but de saison...Et cela réduit l’enher- me année, et je suis arrivé à en vivre
possible. Le choix de la gamme, axée bement. » Des choix pragmatiques, is- assez vite !.... Je suis content, je vois
sur les primeurs, sans légumes de sus d’expérimentations et de remises en que mon truc est viable économi-
conservation (pas de chambre froide), cause permanentes pour trouver le bon quement... mais pas complètement
permet aussi de s’arrêter 2 mois l’hiver. équilibre : « Je fais autant attention à vivable par rapport à mes objectifs. »
Yann estime travailler 45 à 60 heures
par semaine, avec une pause l’hiver, et
un peu d’aide salariée l’été. Il voudrait
avoir plus de temps libre, et envisage
d’embaucher plus, quitte à réduire son
revenu.
À la fin de la visite, les participants
étaient convaincus : oui, avec une stra-
tégie prudente et des terrains favora-
bles, on peut vivre sur une petite surfa-
Crédits photo : Addear 38

ce en maraîchage... à condition d’avoir Cet article est financé par


la Région Auvergne Rhône-Alpes.
une bonne technicité et de ne pas (trop)
compter ses heures !…
Émeline Gaborieau
animatrice de l’Addear de l’Isère

n° 3 - février 2018 - // 15