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LES ÉCRITS JOHANNIQUES

Michèle Morgen

© Centre Sèvres LES ÉCRITS JOHANNIQUES Michèle Morgen Centre Sèvres | Recherches de Science Religieuse 2005/2

Centre Sèvres | Recherches de Science Religieuse

2005/2 - Tome 93 pages 291 à 324

ISSN 0034-1258

Article disponible en ligne à l'adresse:

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http://www.cairn.info/revue-recherches-de-science-religieuse-2005-2-page-291.htm

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Pour citer cet article :

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Morgen Michèle, « Les écrits johanniques »,

Recherches de Science Religieuse, 2005/2 Tome 93, p. 291-324.

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B ULLETIN

LES ÉCRITS JOHANNIQUES

par Michèle Morgen

I. Quatrième évangile (1 à 17)

II. Épîtres johanniques (18 et 19)

III. Apocalypse de Jean (20 à 24)

I. Quatrième évangile (1 à 17)

1. Martin ASIEDU-PEPRAH, Johannine Sabbath Conflicts As Juridical Controversy (WUNT II/132), Mohr Siebeck, Tübingen, 2001, 280 p.

2. Cornelis BENNEMA, The Power of Saving Wisdom. An Investigation of Spirit and Wisdom in Relation to the Soteriology of the Fourth Gospel (WUNT II/148), Mohr Siebeck, Tübingen, 2002, 318 p.

3. Raymond E. BROWN, An Introduction to the Gospel of John . Edited, updated, introduced, and concluded by Francis J. MOLONEY (Anchor Bible Reference Library), Doubleday, New York, 2003, 356 p.

4. Ulrich BUSSE, Das Johannesevangelium. Bildlichkeit, Diskurs und Ritual . Mit einer Bibliographie über den Zeitraum 1986-1998 (BETL CLXII), Peteers, Leuven, 2002, 572 p.

5. Michel CORBIN, Résurrection et nativité. Lecture théologique de Jean 20,1-31 ( Théologies ), Le Cerf, Paris, 2002, 356 p.

6. Luc DEVILLERS, La fête de l’Envoyé. La section johannique de la fête des Tentes (Jean 7,1-10,21) et la Christologie (Etudes Bibliques — Nouvelle Série/49), Gabalda, Paris, 2002, 589 p.

7. Manfred DIEFENBACH, Der Konflikt Jesu mit den « Juden ». Ein Versuch zur Lösung der johanneischen Antijudaïsmus-Diskussion mit Hilfe des antiken Handlungsverständnisses ( NTA — Neue Folge/41), Aschendorff, Münster, 2002, 360 p.

8. Masanobu ENDO, Creation and Christology : A Study on the Johannine Prologue in the Light of Early Jewish Creation accounts (WUNT II/149), Mohr Siebeck, Tübingen, 2002, 292 p.

9. Hans-Christian KAMMLER, Christologie und Eschatologie. Joh 5,17-30 als Schlüsseltext johanneischer Theologie (WUNT 126), Mohr Siebeck, Tübingen, 2000, 290 p.

10. Craig KEENER S., The Gospel of John : A Commentary /2 Vols., Hendrickson, Peabody, 2003, 1636 p.

11. Daniel KERBER, “No me eligieron ustedes a mi, sino que yo los elegi a ustedes”. Estudio exegético teol gico sobre el verbo eklegomai en el cuarto evangelio . Facultad de Teologia, Uruguay, Montevideo, 2002, 246 p.

RSR 93/2 (2005) 291-324

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12.

Xavier LÉON-DUFOUR, Agir selon l’Évangile, Seuil, Paris (Parole de Dieu), 2002, 186 p.

13.

Rainer METZNER, Das Verständnis der Sünde im Johannesevangelium (WUNT 122), Mohr Siebeck, Tübingen, 2000, 406 p.

14.

Tobias NICKLAS, Ablösung und Verstrickung. “Juden” und Jüngergestalten als Charaktere des erzählten Welt des Johannesevangeliums und ihre Wirkung auf den impliziten Leser (Regensburger Studien zur Theologie 60), Peter Lang, Regensburg, 2001, 484 p.

15.

Michaël THEOBALD, Herrenworte im Johannes-Evangelium (HBS 34), Herder, Fribourg, Bâle, Vienne, Barcelone, Rome, New-York, 2002, 663 p.

16.

Marianne Meye THOMPSON, The God of the Gospel of John , Eerdmans, Grand Rapids, Cambridge, 2001, 269 p.

17.

Christina URBAN, Das Menschenbild nach dem Johannesevangelium. Grun- dlagen johanneischer Anthropologie (WUNT II/137), Mohr Siebeck, Tübin- gen, 2001, 499 p.

1. Présentée comme dissertation doctrinale à l’Université catholique de Melbourne, la thèse de Martin ASIEDU-PEPRAH porte sur les conflits sabbati- ques de Jn 5 et de Jn 9. L’étude examine l’agencement des récits de guérison et des discours et discussions qui les accompagnent en Jn 5, 1-47 et Jn 9, 1-10,21. L’A. s’intéresse plus particulièrement à l’emploi et au fonctionnement de la métaphore juridique dans le genre narratif du quatrième évangile. En introduction il commence par s’interroger sur les termes appropriés pour désigner ces conflits en contexte juridique. On trouvera une étude fort intéressante sur le rîb (plaidoyer juridique) dans l’Ancien Testament et sur la visée spécifique de ce type de plaidoyer dans la controverse juridique bilatérale mettant en place les deux partis adverses (16-21). Ce point de départ servira de base à toute la suite de la réflexion, car il définit les termes de la controverse juridique. D’emblée, dès ce chapitre introductif, l’A. en montre l’intérêt pour les deux passages johanniques. Il entreprend ensuite une analyse serrée et détaillée des deux péricopes, en faisant porter l’insistance sur les personnages ; il recueille aussi tous les éléments suscep- tibles d’éclairer la notion de controverse juridique du sabbat. Dans l’analyse de Jn 5, l’A. propose un examen détaillé du texte, un relevé précis des différentes positions et hypothèses concernant les particularités du passage, tant au niveau des problèmes de critique textuelle que de la critique littéraire ; les notes et les références bibliographiques montrent une bonne connaissance du dossier de l’exégèse historico-critique. Un des intérêts de cette analyse consiste dans la présentation des possibilités d’interprétation narrative et des perspectives de lecture à partir des théories de la reader- response criticism . Le discours du chapitre 5 apparaît clairement marqué par la rhétorique de la persuasion. Le Jésus johannique veut convaincre ses accusateurs et les conduire vers l’acceptation de son activité le jour du sabbat conforme à ses revendications christologiques. Quelle est la réponse des Juifs à la fin de ce discours ? comment répondront-ils à ce conflit :

accepteront-ils les prétentions christologiques de Jésus, ou choisiront-ils de continuer le conflit ? le texte de cette péricope ne le dit pas. Pour avoir la

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réponse, il faut attendre la suite de la narration en 9,1-10,21 où se posent à nouveau les questions sur la loi du sabbat et sur l’identité de Jésus. Le récit de la guérison de l’aveugle-né au chapitre 9 du quatrième évangile est abordé avec la même méthode d’analyse que celle qui a été utilisée pour le chapitre 5. L’évangéliste a placé en cet endroit le deuxième récit relatant une guérison effectuée le jour du sabbat ; elle est suivie d’un échange assez vif avec les juifs. L’intérêt de l’analyse de ce passage réside dans la présentation de la parabole sur le pasteur et les brebis au chapitre 10 de l’évangile que l’A. considère comme « une parabole juridique » : il en donne la définition à la p. 155, n. 152. Après ces deux grandes études de textes, l’A. reprend les données pour expliquer comment la controverse juridique sert de persuasion christologi- que. Le narrateur johannique emploie à dessein ce genre spécifique de la controverse juridique, pour convaincre les lecteurs de l’identité véritable de Jésus et de sa signification pour leur vie (209). La controverse juridique sur le sabbat commence au chapitre 5 avec l’accusation des Juifs sur la violation du sabbat par Jésus, et sur ses prétentions christologiques. Les chapitres 6-8 maintiennent le conflit en suspens dans le mouvement narratif et la controverse juridique sur le sabbat n’est pas encore véritablement résolue. Au chapitre 9 (de 9,1-10,21), les mêmes accusations de violation du sabbat et de prétentions christologiques sont adressées à Jésus. Au terme du conflit (Jn 10, 19-21), seule une minorité d’opposants a manifesté une ouverture en vue d’une adhésion aux paroles et aux actes de Jésus. La question de la légitimité des prétentions christologiques de Jésus, et celle de savoir si ses activités en temps sabbatiques constituent une violation de la loi ne sont toujours pas résolues. La controverse devient dès lors trilatérale, c’est-à-dire qu’elle se transforme en un jugement devant un juge. La controverse sur le sabbat a abouti à une fin, mais le lecteur sait désormais que le conflit entre Jésus et les Juifs se poursuit dans la narration, sous une forme juridique différente. Le procès de la passion dans l’évangile de Jean revient essentiel- lement sur la question du Fils de Dieu déjà présente au cœur des deux controverses sur le sabbat (Jn 5,18.19-30 ; 9,16.30-33 ; 10,17-18). La controverse juridique est à la fois le contexte littéraire et le dispositif narratif employé par l’auteur pour persuader le lecteur de l’identité de Jésus et de sa signification pour le lecteur. Dans un dernier chapitre, l’A. propose une vingtaine de pages sur le contexte historique de la controverse juridique christologique. Il faut en effet s’interroger sur une éventuelle influence de ce genre narratif dans les relations entre les chrétiens johanniques et les divers groupes du judaïsme d’après 70 ; ces quelques pages si intéressantes sont peut-être un peu trop condensées, mais elles montrent néanmoins l’intérêt de la thèse pour l’histoire et la sociologie religieuses. Nous avons dans ce livre une approche originale par une thèse bien argumentée qui montre une fois de plus l’intérêt de comprendre l’évangile de Jean au niveau des péricopes particulières comme dans le mouvement d’ensemble de l’évangile. Ce livre souligne aussi la nécessité de développer

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les recherches sur la rhétorique johannique, sur son fonctionnement et sur sa fonction.

2. Le sous-titre du livre de C. BENNEMA, The Power of Saving Wisdom , indique d’emblée l’orientation de la recherche sur le rôle de l’Esprit Saint dans l’évangile de Jean et plus particulièrement vers la sotériologie, sous un angle peu abordé jusqu’ici. L’ouvrage s’appuie sur les résultats d’une dissertation pour la thèse doctorale soutenue en juin 2001 ; par ailleurs, l’A. a développé sa thèse dans des articles parus en 2001 et 2002 où il indique la nécessité de poursuivre l’investigation. Bennema commence par une présentation des travaux sur la sotériologie, sur les liens entre Jésus et la Sagesse, sur la relation entre la sagesse et le salut, et enfin sur la relation entre l’Esprit, le salut et la sagesse. Ces différents points montrent déjà vers où se dirigera la problématique formulée à la fin de cet état de la question (35). Il retient les trois thèmes majeurs de l’Esprit, de la Sagesse et du Salut, afin d’établir leurs connexions dans l’évangile de Jean. La première partie de l’ouvrage montre la corrélation des trois thèmes (Esprit, Sagesse, Salut) dans la littérature sapientielle juive (Proverbes, Siracide, Sagesse de Salomon, Philon, Qumrân). Présentés sous forme de tableau (93), les résultats de cette première investigation aboutissent à la mise en place d’un « modèle sotériologique ». Un des points importants qui résulte de cette enquête présente les relations entre l’Esprit et la Sagesse en termes d’intensité et de qualité plutôt qu’en termes d’« avoir » : le salut se comprend comme une intensification de l’œuvre de l’Esprit toujours imma- nent à la personne, en particulier par la médiation de la vie et de la sagesse ; sous l’aspect de la sotériologie, l’œuvre de l’Esprit se traduit par de nouvelles qualités de compréhension, de la vie et de la relation à Dieu (96). L’A. confirme ensuite ces données par l’examen du langage sotériologique johannique ; il aboutit à la définition d’une sotériologie johannique pneuma- tologique et sapientielle ( John’s Pneumatic Wisdom Soteriology ). La fonction sotériologique de l’Esprit s’exprime dans la communication de la vie : le salut se définit par le fait d’être reçu et gardé en relation avec le Père et le Fils, par l’Esprit (158), une relation dynamique qui se comprend comme une progres- sion dans la foi. L’A. établit le bien-fondé de son hypothèse dans la présentation du ministère terrestre de Jésus en Jn 1-12 et surtout dans la présentation de la fonction du Paraclet en Jn 13-17. En finale, Bennema engage une réflexion sur le Sitz im Leben de la communauté johannique, et se propose d’examiner la continuité des modèles sotériologiques dans les traditions sapientielles du judaïsme et dans le quatrième évangile. Revenons quelques instants sur la présentation des textes. Au chapitre 4, l’A. insiste sur la présence de l’Esprit en Jésus : les premiers chapitres de l’évangile montrent comment Jésus est « équipé » pour la mission. Doté de l’Esprit, il reçoit la révélation de sagesse qu’il apporte au peuple. Ceux qui l’accueillent reçoivent le salut comme vie éternelle. L’A. présente ensuite trois passages de l’évangile où l’Esprit est mis en relation avec le don de la vie, dans la naissance de l’Esprit (Jn 3), l’eau de la vie (Jn 4), et le pain de la vie (Jn 6). Pour percevoir et comprendre la révélation de Dieu apportée par

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Jésus et culminant dans la croix, les croyants ont besoin de l’Esprit (Jn 3 et Jn 6). Les chapitres 4 et 6 du quatrième évangile renforcent cette fonction de l’Esprit dans la manifestation du don de la vie dans l’enseignement de Jésus. L’A. insiste donc sur la présence du rôle sotériologique de l’Esprit dans les chapitres sur le ministère de Jésus, contrairement, souligne-t-il, à d’autres auteurs (par ex. Loader et Porsch) qui auraient tendance à minimiser le rôle de l’Esprit dans le ministère de Jésus, et sépareraient en quelque sorte la christologie et la pneumatologie dans le don de la vie. La démonstration de l’importance du rôle de l’Esprit est certainement plus facile à établir dans les chapitres 13-17. Un bref status quaestionnis montre que très peu d’études se sont penchées sur la dimension sotériologique de l’Esprit. L’A. rejoint les perspectives précédentes sur le rôle de l’Esprit comme agent dans le don de la vie, et propose une recherche particulière sur la fonction de la vérité dans la dynamique du salut. Le propos est intéressant bien que la démonstration soit parfois compli- quée à suivre par des expressions souvent floues : l’A. multiplie les termes juxtaposés séparés par une barre oblique, ce qui conduit à des imprécisions parfois regrettables, tant au niveau exégétique qu’au niveau théologique. En voici quelques exemples : giving/mediating life, spirit-informed, pneumatic/wisdom soteriology, etc. Ces juxtapositions de termes ne facilitent pas la compréhension. Je me demande si l’A. n’a pas encore compliqué ce qui l’était déjà et qui aurait pu être clarifié. Au bout du compte, la différencia- tion entre le rôle du Christ et celui de l’Esprit reste insuffisamment précisée. Par ailleurs, on peut se demander si l’insistance sur l’Esprit n’est pas trop envahissante ; à la fin de l’ouvrage, la pneumatologie semble recouvrir la sotériologie. Ces détails mis à part, l’étude proposée est importante pour les recherches sur la christologie et la pneumatologie johanniques, pour la compréhension de la notion johannique de l’action divine (sagesse, Esprit) en Christ. La question mérite une réelle attention en exégèse et en théologie (voir 210-212).

3. L’ouvrage posthume de R.E. BROWN (1928-1998), An Introduction to the

Gospel of John , est une heureuse initiative. Le célèbre spécialiste des études johanniques avait envisagé de rééditer son commentaire du quatrième évangile (paru en 1966) et avait déjà bien engagé la nouvelle introduction. F. Moloney s’est chargé de la mise à jour et de la publication. La nouvelle Introduction comporte 9 chapitres. Elle s’ouvre par une pré- sentation des études johanniques (F. Moloney y a ajouté un excursus sur les approches narratives du quatrième évangile). Comme dans tout commen- taire, l’auteur aborde ensuite les différentes questions d’introduction : l’unité et la composition du quatrième évangile ; la tradition johannique dans ses rapports avec les synoptiques, et la question de l’historicité ; le contexte religieux environnant et les influences possibles (gnose, pensée hellénisti- que, tradition juive) ; les traces de polémiques diverses (contre les adhérents du groupe baptiste, contre les Juifs, contre d’autres groupes religieux adeptes de Jésus), et la définition du but poursuivi par l’évangéliste ; les questions relatives à l’auteur, aux lieux et aux dates de composition ; les

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problèmes théologiques essentiels concernant l’ecclésiologie, les sacre- ments, l’eschatologie et la christologie ; les questions stylistiques, avec un exposé spécifique sur le langage poétique des discours et sur les caracté- ristiques stylistiques, et, pour finir, un chapitre plus général sur les grandes divisions de l’évangile (dans le Livre des signes en Jn 1-12 et dans le Livre de la gloire en Jn 13-21). F. Moloney a complété le chapitre 2 par un excursus sur l’Histoire de la Communauté johannique, terminé le dernier chapitre sur les grandes lignes du Livre de la gloire (Jn 13,1-21,25), et augmenté puis précisé les bibliographies spécifiques à la fin de chaque chapitre, et la bibliographie générale. Avec cet ouvrage, nous disposons d’un excellent instrument de travail pour l’étude des questions johanniques par les spécia- listes comme par les étudiants en sciences bibliques. Le développement de points théologiques importants intéressera les théologiens et ceux qui cherchent à situer le quatrième évangile dans la théologie du Nouveau Testament ; on se reportera en particulier aux pages 221 -266 et aux pages de bibliographie qui les accompagnent (267-277).

4. Ulrich BUSSE, Das Johannesevangelium , présente à la fois un bilan exégétique des recherches johanniques et un commentaire suivi et orienté du quatrième évangile. Dans la première partie (18-55) de son ouvrage, l’A. propose une histoire de l’interprétation johannique qu’il établit selon quatre grands pôles d’intérêts (la théologie, la critique littéraire, l’histoire des religions et l’histoire de la tradition). Pour chacune de ces quatre sections, il expose avec clarté et brièveté les principales hypothèses. La concision ici ne cède toutefois pas à une systématisation excessive ; les remarques nuan- cées qui jalonnent l’exposé et les nombreuses références bibliographique- s en témoignent. Après chaque section, l’A. fournit une bibliographie sélective qui sera fort appréciée des lecteurs, qu’ils soient experts ou novices ; le débat exégétique trouve ainsi ses points d’appui théologiques et méthodologiques. Pour préciser l’orientation de la discussion sur la théologie johannique (21-32), Busse retient au point de départ les positions de E. Käsemann et de E. Haenchen. Käsemann accentue la perspective « verticale » de la christo- logie johannique en insistant sur la Hoheitschristologie , alors qu’à l’opposé ou presque, Haenchen insiste sur la Niedrigkeitschristologie où l’accent porte davantage sur la dimension « horizontale » de cette christologie. Le deuxième point (33-44) montre l’intérêt porté à l’histoire littéraire depuis le début du XIX e siècle jusqu’à nos jours. Outre la recherche précise et classique sur les questions spécifiques de l’auteur johannique et sur la relation du quatrième évangile aux synoptiques, ces pages abordent des points importants du débat théologique contemporain qui seront maintes fois repris et explicités dans la suite du livre. À titre d’exemple, l’A. montre la nécessité de situer les hypothèses exégétiques par rapport aux questions théologiques qui leur sont contemporaines ; certaines orientations apparais- sent puis disparaissent pour revenir plus tard (notamment sur la critique des sources : voir par exemple p. 38). C’est aussi l’occasion de souligner la nécessaire prudence dans les reconstructions des différentes sources, de mesurer leur caractère hypothétique. Une troisième étape situe la recherche

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exégétique sur le quatrième évangile dans le contexte de l’Histoire des Religions. Le parcours est nécessairement ramassé dans ces quelques pages, mais le lecteur appréciera le compte rendu (47) d’une recherche de Haenchen jusque-là non publiée, portant sur le rapport de Jean à la gnose ; l’exposé est résumé dans l’Annexe (415-423). Busse montrera plus loin comment cette question gagne à être située dans le cadre d’une recherche sur les théories de la communication, en sociologie littéraire et en anthropo- logie des religions. On se reportera par exemple au chapitre consacré aux perspectives sociologiques, et plus précisément à la question de la méta- phore du « service » et des « serviteurs » du Maître (274-289). En quatrième point, Busse présente les recherches sur l’histoire de la formation du quatrième évangile et de son lien avec l’histoire de la dite « communauté johannique ». Comme je viens de l’indiquer pour le point précédent, celui-ci prépare les réflexions méthodologiques ultérieures, en particulier sur le rôle des Juifs dans l’évangile (302-313). Une deuxième grande partie (57-271) de l’ouvrage propose un parcours de l’ensemble de l’évangile pour en souligner les traits majeurs en s’intéressant plus particulièrement à la manière dont le discours johannique présente la « vie de Jésus » au lecteur implicite. On ne saurait ici résumer ces longues pages de « commentaire ». Le lecteur aura toutefois intérêt à les parcourir une première fois, puis à y revenir après avoir lu la troisième partie de l’ouvrage ; cette dernière permet de comprendre comment s’élabore la complexité métaphorique dans le contexte même de l’évangile, non pas de manière isolée, mais au fur et à mesure de l’agencement des péricopes. Des notes abondantes guident déjà le lecteur dans le commentaire suivi de l’évangile aux pages 57-271 ; à titre d’exemple, on peut voir comment la note 165 page 108 sur l’Ami de l’Époux est développée aux pages 315-322. Dans le chapitre intitulé ‘Über die Bildlichkeit zur Verständigung’ (273-401), l’A. présente quelques exemples précis pour introduire à l’originalité des métaphores johanniques considérées dans leur fonctionnement en réseau. Un des aspects essentiels de cette question est développé dans la méta- phore du Temple ; l’A. reprend et complète un article déjà paru (n. 161 p. 323). À la fin de ce long exposé sur la métaphore centrale du temple, Busse revient sur le point essentiel du débat sur la christologie johannique ; il formule la question à partir de celle de la célèbre proposition de Käsemann « Christ est-il un ‘Dieu marchant sur la terre’ ? », et à partir des positions de Haenchen : comme il l’indique en préface du livre, ces deux auteurs ont marqué la réflexion de l’exégèse johannique. En conclusion, l’imposante monographie de Busse propose au lecteur d’aujourd’hui de réfléchir au processus de la communication mis en œuvre par le quatrième évangile, et à son orientation théologique. L’ouvrage peut être utilisé de plusieurs façons, et le lecteur y retournera à plusieurs reprises. La documentation bibliographique et l’histoire de l’exégèse johannique, la réflexion sur les accentuations christologiques dans le quatrième évangile font de ce livre un instrument de travail précieux qui permet de comprendre maints développements de la recherche actuelle de l’exégèse johannique.

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L’étude sur la complexité des figures métaphoriques et leur agencement dynamique dans l’évangile, la réflexion sur la compréhension de ces modèles par le lecteur antique et moderne, sont autant d’invitation à prêter davantage attention aux questions herméneutiques et socio-religieuses. L’ouvrage s’adresse aux spécialistes de l’exégèse johannique et intéressera fortement les théologiens. Par ailleurs, bien des pages rendront service aux doctorants en exégèse ou en théologie, notamment les passages sur l’histoire de la recherche, le commentaire suivi, la bibliographie et les exposés sur l’origina- lité de la communication métaphorique chez Jean.

5. Faisant suite à un précédent travail publié sous le titre « La Trinité ou

l’Excès de Dieu », le présent ouvrage de Michel CORBIN, Résurrection et nativité , propose une réflexion théologique sur Jn 20,1-31. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un ouvrage exégétique, nous voudrions néanmoins attirer l’attention des lecteurs sur cette lecture suivie et commentée de l’avant- dernier chapitre du quatrième évangile. L’A. s’attarde d’abord sur la structure littéraire du texte : après avoir examiné trois propositions différentes (celle de X. Léon-Dufour, celle qui est proposée par L. Dupont, C. Lash et G. Levesque dans un article de la revue Biblica , et celle de I. de la Potterie), Corbin structure la péricope en quatre scènes : les disciples au tombeau, la rencontre de Jésus et de Marie-Madeleine, l’apparition de Jésus aux disci- ples, puis à Thomas. Il invite le lecteur à suivre le texte pas à pas, d’une scène à l’autre, et, s’appuyant sur les interprétations patristiques, médiévales et modernes, il entreprend une lecture originale de Jn 20. L’écriture médita- tive de ce livre nous a paru assez particulière et parfois difficile à saisir. L’exégète a du mal à se prononcer sur une pratique théologique et hermé- neutique aussi singulière, d’autant plus que l’ouvrage s’inscrit dans une suite, et qu’il annonce un troisième tome (Introduction). Malgré tout, le dialogue avec d’autres interprétations rendra service à tout lecteur intéressé par le texte johannique et par sa réception.

6. L’ouvrage de Luc DEVILLERS, La fête de l’Envoyé , est l’aboutissement

d’une thèse de Doctorat présentée à l’École Biblique et Archéologique de Jérusalem, thèse que j’ai eu l’honneur de diriger en collaboration avec le bien regretté Marie-Émile Boismard. Étant impliquée personnellement dans ce travail, il m’est impossible d’en faire un rapport critique détaillé ; je me contenterai donc de donner ici un rapport de contenu. Le livre comprend trois parties. Les deux premières constituent de vérita- bles dossiers, l’un sur La fête des tentes, l’autre sur « Les Juifs ». La documentation ainsi rassemblée prépare le lecteur à percevoir l’importance du contexte du judaïsme dans les chapitres 7-10 du quatrième évangile. La troisième partie propose précisément une lecture suivie et commentée de ces chapitres de discussions et de controverses. Dans la première partie de son ouvrage, l’A. retrace les étapes principales de la fête des tentes ; il en relève les moindres traces dans une littérature variée : l’Ancien Testament, la littérature intertestamentaire (en un sens très élargi), le Nouveau Testament, les textes midrashiques et les traditions rabbiniques ainsi que dans les

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témoignages patristiques. Devillers s’appuie sur les longues recensions qu’il

a consacrées à la fête des Tentes. Il ouvre ensuite un autre dossier sur la

source de Gihôn. Après un premier parcours des textes bibliques (77-94), il complète le dossier par « quelques réflexions sur la place accordée à Siloé

au fil des siècles » (94-95) ; il prend en compte le judaïsme antique, les textes patristiques, la tradition médiévale et musulmane. Les informations minutieu- ses sont intéressantes, mais le lecteur est en face de deux dossiers distincts

et

juxtaposés ; il aurait peut-être été utile de donner un peu plus de corps à

la

thèse, avant d’aborder la troisième partie. Cette remarque n’enlève rien à

la

minutie des recherches et à la qualité des recensions bibliographiques. La

deuxième partie de l’ouvrage propose également un grand dossier sur « Les juifs dans l’évangile de Jean ». Il s’agit à nouveau d’une enquête importante déployée en une centaine de pages (117-268). Les deux premiers chapitres portent respectivement sur l’antijudaïsme de Jean, puis sur l’épisode de Yavné. Un troisième chapitre établit un état de la question réparti en deux catégories ; l’A. examine les positions concernant les interprétations histori- ques et aborde ensuite très rapidement les approches symboliques et synchroniques. Après ce vaste panorama au cours duquel ont été présentées nombre d’études spécialisées, l’A. reprend la question à bras le corps et s’interroge sur la signification du syntagme « les Juifs » (en grec : hoi Ioudaioi ) dans l’évangile de Jean (liste des occurrences pages 217-221). Devillers tente une classification ; en accord avec plusieurs auteurs, il conclut que « l’on ne peut interpréter le terme Ioudaioi de façon univoque » (238), tout en relevant le sens prédominant de la polémique. Ce chapitre aurait toutefois mérité d’être développé pour faire ressortir davantage la position personnelle de l’auteur ; le lecteur reste un peu sur sa faim, mais d’autres contributions permettront certainement de combler cette lacune. Devillers

complète sa recherche par deux dossiers, à nouveau simplement juxtaposés, mais fort intéressants, — l’un sur la lettre à Soumaïos, l’autre sur l’expression de la peur des Juifs en lien avec le livre d’Esther — ; la question se pose de

la place de ces dossiers à cet endroit de l’ouvrage, mais l’A. y répond lorsqu’il

conclut le chapitre (page 267-268). Comme précédemment, il me semble que l’immense travail de cette deuxième grande partie méritait une conclusion plus élaborée. Après les deux grands dossiers longuement présentés, Devillers adopte le genre littéraire du commentaire dans la dernière partie de l’ouvrage intitulée « La section johannique de la fête des tentes » ; le lecteur trouvera dans ces pages une lecture suivie et annotée de Jn 7-10.

Malgré les réserves formulées ci-dessus, je redis l’intérêt des observations minutieuses et pertinentes des deux premières parties de l’ouvrage ; elles soulignent l’excellente connaissance de la bibliographie et l’érudition impres- sionnante de l’auteur. Devillers nous donne ainsi des informations utiles pour travailler sur la section de la fête des tentes dans l’évangile de Jean, et sur son environnement.

7. Manfred DIEFENBACH, a présenté l’essentiel de ce travail, Der Konflikt Jesu mit den « Juden » , pour une Habilitation à l’Université catholique d’Innsbruck en 2001. L’ouvrage s’intéresse à la manière dont l’évangile de

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Jean désigne et met en scène « les Juifs ». Parmi les nombreuses études consacrées à ce sujet, la présente recherche se distingue par une réflexion originale sur la place de la « narration » dans l’Antiquité, sur la fonction du « drame » et sur la gestion des « caractères et des personnages » dans l’« action ». On reconnaît sans peine le vocabulaire et les principes de l’analyse narratologique. Mais précisément, tout en remarquant l’intérêt des nombreuses recherches actuelles en ce domaine (1-26), Diefenbach veut avant tout montrer que les procédés de l’auteur johannique se raccrochent plutôt aux conceptions anciennes de la narration et de l’action, une perspec- tive d’approche qui devient l’objet de sa thèse ; il entend, en effet, appliquer ce principe d’interprétation à la narration du quatrième évangile, et en particulier à la présentation spécifique du personnage « les Juifs ». Le chapitre 2 explicite d’abord les termes précis de l’analyse d’Aristote ; pour plus de clarté, je rappelle un des passages de la Poétique : « il y a deux causes naturelles des actions, c’est l’intrigue qui est l’imitation de l’action, car j’appelle ici « intrigue », l’assemblage des actions accomplies ; j’appelle « caractère » ce qui nous fait dire des personnages que nous voyons agir qu’ils ont telles ou telles qualités. (Aristote, Poétique, 1450a, 1-7). Diefenbach rappelle les éléments essentiels de la réflexion d’Aristote sur le primat de l’ action dans la complexité de l’intrigue ( muthos ) et sur l’importance des personnages, et de leur configuration dans l’action. Il propose une sorte de status quaestionis (sans l’intituler ainsi) des diverses tentatives considérant la forme dramaturgique de l’évangile de Jean. Les études conséquentes (par exemple celle de Schenke) comme les moindres indices dans des monogra- phies ou dans des articles (voir en particulier pages 51-68) sont ainsi pris en compte. Dans l’analyse des moyens scéniques et dialogiques qui introduisent les personnages et les groupes de personnages dans l’évangile, Diefenbach distingue deux types d’observations. La première est focalisée sur la « confi- guration » des personnages ; l’action se situe à l’intérieur d’une scène déterminée, à l’intérieur d’une péricope délimitée. L’autre porte davantage sur la « constellation » des personnages visant à caractériser leurs corrélations examinées dans la macrostructure du quatrième évangile. L’A. s’installe pour ainsi dire à ces deux postes d’observations pour comprendre et faire comprendre le fonctionnement du personnage « les Juifs » dans l’action narrative du quatrième évangile. Le long chapitre 3 (67-266) applique ces principes d’analyse aux « Juifs » stigmatisés comme les opposants de Jésus dans le quatrième évangile. Après un premier parcours des occurrences explicites désignant « les Juifs » dans de nombreux passages de l’évangile de Jean, chacune d’entre elles est présentée dans son contexte (67-213). Les bilans provisoires qui ponctuent l’analyse établissent à chaque fois un lien avec les précédentes péricopes et préparent la suite de l’analyse des personnages. Dans la deuxième partie du chapitre 3 (213-246), l’A. s’attache à sortir des péricopes de détail, pour se situer au niveau de la macrostructure de l’évangile de Jean et y observer la « constellation » des personnages dans l’expression stéréotypée « les Juifs ». Il ne s’agit plus de positionner les différents personnages à l’intérieur

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d’une action ou d’une scène déterminée, mais d’observer leur corrélation et la réciprocité de leurs relations. Cette analyse conduit dès lors à une caractérisation du « croire » ; l’A. rejoint ici une des clés de lecture principale de l’herméneutique johannique et les conclusions de nombreux auteurs sur la visée et l’intention théologique du quatrième évangile (voir Jn 20,30-31) souvent formulées différemment. Ces analyses permettent en tous les cas de comprendre avec une approche renouvelée le fonctionnement du dualisme de la foi et de la non foi. On fera ici le rapprochement avec d’autres travaux mentionnés dans ce Bulletin (avec le précédent ouvrage par exemple). L’intérêt de ce travail est manifeste et on se réjouit de ce retour aux sources de la narratologie antique. Je voudrais toutefois signaler quelques difficultés de lecture, en particulier la lourdeur du style imposé par la longueur des phrases. Par ailleurs, les termes techniques de l’étude narrative auraient mérité davantage d’explicitation ; l’A. ne donne pas les correspondants habituels de ces termes en anglais et en français. La Bibliographie relative à la « Littérature secondaire interdisciplinaire » ne signale que deux études en langue française, dont l’une est traduite en allemand et l’autre est un article de revue datant de 1953. L’absence de travaux en français est d’autant plus regrettable que des points précis abordés auraient pu être menés en dialogue ; je mentionne simplement les travaux sur les réseaux métaphori- ques ou d’une manière plus générale sur les caractérisations par le style. Malgré ces réserves, l’ouvrage mérite l’attention des chercheurs, des exégètes johanniques en particulier. Il s’agissait de comprendre le conflit de Jésus avec les dénommés « Juifs » de l’évangile de Jean au niveau de l’analyse synchronique, dans le détail des péricopes comme dans l’architec- ture plus vaste de l’évangile de Jean. Le quatrième chapitre, en finale de l’ouvrage (267-278), propose quelques pistes de réflexion sur la théologie johannique et sur sa réception ; elles annoncent sans doute, et c’est heureux, d’autres développements de ce type de recherche.

8. Creation and Christology est le résultat d’une thèse de Masanobu ENDO

rédigée en Écosse sous la direction de R. Bauckham. L’ouvrage se déploie en trois parties. Dans une première partie, l’auteur propose une classification des récits anciens de création (II e siècle avant J.C. au premier siècle de notre ère) répartis en trois catégories : les narrations, les descriptions, les référen- ces plus brèves. Il passe en revue les textes de création dans le Livre des Jubilés, l’Apocalypse slave d’Hénoch, le 4 e Esdras, etc. En suivant un rythme imperturbable (considérations littéraires, considérations thématiques), l’A. offre dans ces pages une bonne présentation des textes. Le résumé et la conclusion de la première partie auraient toutefois pu servir de point de départ à un développement plus consistant de la problématique. Certaines pages mériteraient d’être plus déployées ; on peut citer par exemple l’unique page 160 pour traiter de « l’identité divine et l’identité de l’humanité dans un contexte sapientiel et eschatologique ».

La deuxième partie du travail prend en considération le prologue johanni- que à partir des éclairages donnés précédemment sur les anciens récits juifs de création. L’A. s’attarde d’abord sur les différentes hypothèses concernant

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la structure du prologue. Il entreprend ensuite une « analyse thématique » des trois parties (Jn 1,1-5 ; 1,6-13 ; 14-18), puis il aborde la question des liens du prologue avec le reste de l’évangile. Deux points sont retenus : la description de l’identité divine du Fils (préexistence, intimité avec le Père, seigneurie du Fils dans le motif de la vie et du jugement), et la description du rôle du Logos (à peine 6 pages pour ce deuxième point !). J’ai trouvé plus d’un rapprochement intéressant, mais l’A. ne laisse-t-il pas trop de travail à faire à son lecteur ? Les textes sont parfois simplement cités, juxtaposés, mais non véritablement étudiés ni questionnés dans la ligne de la perspective envisagée. Ainsi en est-il, à titre d’exemple, du passage sur la vie et le jugement qui établit la seigneurie du Fils (Jn 5,21-22, 26-27) pour exploiter le passage si important de Jn 1,3.10. Si l’ouvrage manque de vigueur dans la saisie d’une problématique, ou, en tous les cas dans la présentation explicite de cette problématique au lecteur, il n’en demeure pas moins que le sujet traité est intéressant. Les textes présentés montrent l’intérêt du motif et des récits de création pour compren- dre la référence johannique au Logos en Jn 1,1-18. Pour l’A. on a trop insisté sur les textes de Sagesse, et pas assez sur les récits de création en référence à la Genèse ; il a raison de souligner cette carence, mais il faudrait faire ressortir davantage comment les deux lignes traditionnelles s’articulent.

9. Issu d’une thèse à la faculté de théologie protestante de Tübingen,

l’ouvrage de H.-C. KAMMLER, Christologie und Eschatologie , présente une exégèse classique du discours sur l’œuvre du Fils en Jn 5,17-30. Après avoir justifié la délimitation de la péricope, et proposé une structure du texte en 5 petites unités (17.18/19.20/21-25/26-29/30), l’A. entreprend une analyse de détail de chacun des versets sous la forme d’un commentaire technique. Dans ce minutieux travail, Kammler ne perd pourtant pas le fil de sa recherche, ni surtout la visée du discours johannique sur l’articulation de la christologie et de l’eschatologie. En effet, en Jn 5,19-30, Jésus interprète le geste de guérison qu’il vient de faire (Jn 5,1-16) en se présentant comme le Fils qui fait œuvre de vie ( zôopoiein ). La christologie de cette péricope souligne essen- tiellement la relation du Père et du Fils, pour affirmer à la fois leur singularité et leur unité. Le discours sur Dieu reste ainsi en continuité avec la confession de foi au Dieu unique proclamée par le monothéisme de l’Ancien Testament et exprime en même temps l’originalité de la confession de foi chrétienne dans le Fils unique, Jésus Christ. Par ailleurs, les énoncés christologiques qui émaillent ce discours se lisent dans une perspective eschatologique. Comme l’ont souvent montré les commentateurs, Jn 5,19-30 met l’accent sur la spécificité de l’eschatologie johannique, à la fois réalisée et future. Le commentaire proposé par Kammler reprend ces données et réussit à montrer l’importance de l’articulation entre la christologie haute et l’eschatologie. Toutefois, l’A. développe des positions théologiques qui ne sont pas toujours issues de l’unique analyse textuelle et qui ne m’ont pas vraiment convaincue ; tel est le cas pour les pages sur la prédestination (par exemple aux pages 129 et 136-137). L’exégèse de ces passages me paraît un peu trop marquée par des présupposés dogmatiques ; c’est au lecteur d’apprécier. Cette

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dernière remarque ne ternit en rien la rigueur scientifique de l’exégèse proposée tout au long du livre ; elle invite au contraire au dialogue sur ces questions théologiques à partir de l’exégèse des textes. À l’heure actuelle, le commentaire de Kammler est un ouvrage incontournable pour l’étude de Jn 5 comme le montrent les études sur ce texte parues ces dernières années.

10. Craig KEENER S., The Gospel of John : A Commentary. Il est bien évidemment impossible de faire une recension développée de ce long commentaire dans le cadre de ce bulletin. Nous nous arrêterons simplement aux questions d’introduction, puisque le reste de l’ouvrage suit les principes habituels des commentaires bibliques. Dans la préface de son commentaire, Keener indique que le contexte socio-historique constitue un des axes essentiels de sa recherche. Son centre d’intérêt portera moins sur l’histoire de la formation du texte johannique qu’à chercher davantage à situer l’écrit dans son environnement méditerranéen ancien, c’est-à-dire dans l’auditoire premier qui devait le réceptionner. Les 330 pages d’introduction qui suivent la préface abordent de fait immédiatement la question du genre littéraire et du contexte historique. Keener prend d’abord en compte la question du genre littéraire des évangiles en général et s’attarde assez longuement sur les biographies dans le monde gréco-romain en rapport avec l’histoire. Cette entrée en matière peut sembler assez longue dans un commentaire sur le quatrième évangile ; elle est malgré tout fort intéressante et situe d’emblée la recherche de Keener dans une problématique assez large que les critiques récents ont développée. Avec le même type d’appro- che, l’A. présente la question des discours dans le quatrième évangile. Partant d’un exposé plus large sur les traditions orales, les notes, la mémorisation des discours, etc., l’A. situe les discours johanniques dans ce contexte d’écriture et d’interprétation. La question de l’auteur est traitée de manière classique, avec un développement assez conséquent sur l’école johannique et une place spécifique réservée à la question de l’inspiration par le Paraclet. Dans ces pages également, Keener étudie les liens du quatrième évangile avec les autres écrits attribués à la littérature johannique (les épîtres et l’apocalypse). Il est relativement bref sur les épîtres ; en revanche, sur les liens du quatrième évangile avec l’apocalypse, Keener propose une analyse de détail du vocabulaire et de la théologie (pages 126-139). Sans aller jusqu’à déclarer une identité d’auteur pour le quatrième évangile et l’apoca- lypse, Keener pense que ce ne serait pas chose impossible ; il admet que les deux ouvrages sont issus d’un même cercle johannique. Les chapitres sur le contexte socio-historique et sur le contexte juif sont importants et seront décisifs dans la suite du commentaire. Keener connaît bien la littérature gréco-romaine et les milieux du judaïsme : les références multiples qui jalonnent le commentaire en témoignent amplement et nombre d’entre elles éclairent le texte johannique d’une lumière nouvelle. C’est encore pour souligner l’importance du contexte méditerranéen ancien dans la compré- hension du langage johannique que Keener propose un chapitre spécifique sur les « motifs de révélation : connaissance, vision, signes » ; il insiste à nouveau sur le contexte hellénistique et sur les sources juives. Dans le

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dernier chapitre de son introduction, l’A. aborde les questions théologiques et consacre un exposé important à la christologie : le lecteur trouvera dans ces pages des indications précieuses sur la question de la divinité et sur le motif des agents divins. Le commentaire s’achève par une imposante bibliographie (200 pages) présentée avec clarté : nom de l’auteur suivi du titre abrégé, puis titre complet. Les index d’auteurs, de thèmes et de citations complètent fort bien ce précieux instrument de travail. Les étudiants comme les chercheurs spécialisés y trouveront leur compte.

11. L’ouvrage de Daniel KERBER, “No me eligieron ustedes a mi” , envoyé

à la rédaction de la Revue pour recension, mérite une certaine attention pour le thème choisi et analysé dans la thèse qui est à l’origine du livre. L’A. présente une rapide exégèse des passages johanniques mentionnant le verbe eklegomai ; il les analyse un par un, chacun dans son contexte. La première mention en Jn 6,60-71 se situe après le long discours sur le pain de vie. Les autres emplois se trouvent dans les discours d’adieux, une fois dans le récit du lavement des pieds en Jn 13,18 (« moi je connais ceux que j’ai choisis »), et trois fois au chapitre 15 (2 fois en 15,16 : « ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis », et en 15,19 : « moi je vous ai choisis du milieu du monde »).

La deuxième partie du travail aborde quelques aspects théologiques. Dans cette collection de cinq occurrences on remarque la prépondérance du egô , et l’insistance sur la relation établie par l’élection marquée par le pronom « vous » dans la plupart des cas. Par ailleurs, l’A. fait remarquer l’importance du temps de crise : c’est très clair pour la finale du discours sur le pain de vie et pour le cadre du lavement des pieds ; les deux passages annoncent la trahison de Judas à laquelle l’A. consacre un excursus. Les occurrences du chapitre 15 ne se situent pas dans un contexte narratif de crise, mais se comprennent à l’opposé du monde et de sa haine. Cette remarque permet de situer ce contexte dans l’histoire de la communauté johannique. Dans cette période de conflit et de crise, le motif de l’élection exprime la foi au Christ Seigneur. Le dernier chapitre du livre revient de manière plus large sur le motif de l’élection des disciples de Jésus. Kerber montre la tension entre la narration de la venue des disciples dans Jn 1 (qui n’utilise pas le verbe eklegomai ; comparer le parallèle lucanien de Lc 6,13), et les occurrences de ce verbe en Jn, marquées par cette insistance du choix de Jésus, et par une

inversion manifeste en 15,12-17 (« ce n’est pas vous,

mais moi qui vous ai

choisis »). Si Jésus a l’initiative de l’élection, elle se situe dans le projet du Père, comme le montrent les différents contextes littéraires des occurrences analysées. Le dernier chapitre propose un exposé théologique sur les exigences de l’élection et sur ses conséquences pour la responsabilité des disciples qui doivent porter du fruit, être en communion avec le Fils et avec le Père, être en communion fraternelle ; elle implique aussi la séparation d’avec le monde.

En définitive, sans grande prétention, cette thèse mérite l’attention. Elle n’apporte pas de grande nouveauté exégétique sur le plan technique, mais

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permet un regard attentif sur le vocable et la thématique de l’élection dans l’évangile de Jean.

12. Xavier LÉON-DUFOUR, Agir selon l’Évangile. Bien connu des lecteurs

des Bulletins johanniques qu’il a rédigés pendant de longues années, Léon-Dufour présente une réflexion personnelle et exégétique sur le thème de l’agir humain. L’avant-propos situe l’essai dans le cadre d’une méditation sur la créature humaine dans sa relation au Créateur et aux autres. L’Introduction précise ensuite le propos du livre : il s’agit en quelque sorte d’une enquête sur l’anthropologie chrétienne définie à partir de la lecture des quatre évangiles. L’exégète conduit sa recherche en cinq étapes. Dans un premier temps, l’A. présente l’expérience fondamentale de Jésus. D’après les évangiles synoptiques, « Jésus a eu l’expérience de Dieu qui par lui triomphait de l’Adversaire » (50). Pour proclamer la venue de Dieu, Jésus annonce incessamment le « règne » dans les évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc. L’évangile de Jean insiste davantage sur la relation du Père et du Fils. Un deuxième chapitre invite à réfléchir au critère de l’agir : non pas la Loi, mais Dieu seul. En commentant différents petits passages des évangiles, l’A. présente un dossier sur « Jésus face à la tradition juive », selon les évangiles synoptiques d’abord, puis selon le quatrième évangile. Il aboutit à une conclusion identique à celle du précédent chapitre (pages 75 et 83). Le chapitre 3 situe l’homme face à Dieu qui vient : l’agir humain est en synergie avec celui de Dieu (pages 107-110 et 118). Léon-Dufour invite ensuite à réfléchir à la situation de l’homme dans sa relation à l’univers (la terre, l’autre). Par quelques flashes à partir des textes synoptiques, il propose de

courtes méditations sur la relation de l’homme à l’argent, à la sexualité et au pouvoir ; à cet endroit, la réflexion sur l’évangile de Jean n’occupe que deux

pages : « l’évangéliste n’ignore pas ces réalités de la vie ordinaire

mais

, son propos est différent, allant jusqu’à la radicalité de l’agir humain » (143). Le chapitre final place l’amour au cœur de l’agir humain, tant dans les synoptiques que dans Jean qui en a fait le maître mot de sa théologie.

Léon-Dufour a toujours eu le souci de montrer comment la lecture approfondie des textes bibliques pouvait nourrir la foi. « Agir selon l’Évan- gile » témoigne une nouvelle fois de cette conviction ; c’est une belle réussite !

13. Rainer METZNER, Das Verständnis der Sünde. Après avoir rapidement

présenté la place de la thématique du péché dans l’ensemble du quatrième évangile, l’auteur l’analyse de manière plus précise dans différentes sections de ce même évangile. Il commence par examiner l’importance du motif dans les deux récits de miracles, celui de la guérison du paralysé en Jn 5, de l’aveugle de naissance en Jn 9. Ces deux passages conduisent tout naturel- lement à une réflexion sur les rapports du péché et de la maladie, sur la question du jugement, et sur les discussions avec le judaïsme pharisien. L’A. part ensuite des énoncés sur l’agneau de Dieu (Jn 1,29.36) pour définir la confrontation de Dieu avec le péché et avec le monde. Vient ensuite le long développement de Jn 8,12-59 avec la discussion de Jésus et des Juifs située

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dans le contexte de la fête des Tentes, où perce de plus en plus nettement l’intention de tuer Jésus. Dans ces passages johanniques, le péché ne se situe pas sur un plan moral ; il se définit radicalement comme la non-foi à l’égard de l’envoyé de Dieu. En finale de Jn 8, l’auteur johannique déploie le motif de l’esclavage du péché et aboutit à une définition du péché comme un contre-projet : au lieu de devenir enfant de Dieu, ceux qui refusent de croire se caractérisent comme les « enfants du diable » (Jn 8,38.41.44). L’opposi- tion accentue la liberté des disciples et l’esclavage de ceux qui refusent de croire. Par ailleurs, dans un contexte de polémique juridique, le narrateur johan- nique fait ressortir les prétentions divines du Jésus johannique, le Fils de Dieu, l’Envoyé, celui qui est sans péché (8,46 ; 7,18). L’absence de péché n’est pas une qualité morale, mais une expression de la vérité de Dieu révélée en son Fils (p. 203). Appuyées sur l’argumentation juridique déve- loppée en Jn 8, ces affirmations servent de tremplin aux analyses de deux passages des discours d’adieux (Jn 15,22-25 ; 16,8-11). Les dits sur le Paraclet (notamment 15,26 et 16,8-11) montrent comment la polémique juridique avec le monde se poursuit. Les rôles semblent inversés, mais Jésus n’est l’accusé que sur la scène extérieure ; il est en vérité « le Juge », et l’action postpascale du Paraclet en prolonge les effets. Jn 15, 18-16a insiste sur la haine du monde contre le Christ et contre les siens ; les deux horizons se confondent, le temps de Jésus et le temps de la communauté johannique. Le péché se définit par le refus de croire en Jésus l’envoyé de Dieu.

Après avoir présenté les deux passages-clés des discours d’adieux, l’A. analyse en détail deux autres occurrences de la thématique du péché, l’une dans le récit de la passion (Jn 19,11), l’autre lors de l’apparition du Ressuscité aux disciples (Jn 20,23). Dans le contexte narratif de la passion, Jésus dénonce fortement l’enfermement dans le refus de croire. Le verdict intégré

dans la parole adressée à Pilate (Jn 19,11b : «

qui m’a livré à toi a un

plus grand péché ») correspond à l’annonce faite en Jn 15,22. Le caractère absolu de ce jugement insiste une nouvelle fois sur la toute puissance de Jésus, sur sa liberté souveraine dans le chemin de la passion. La parole du Ressuscité (Jn 20,23) situe la remise ou la retenue des péchés dans le contexte de la mission des disciples à la suite du Fils (Jn 20,21 : comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie). Si l’auteur johannique puise au langage traditionnel pour évoquer la mission ecclésiale du pardon des péchés, il le fait pourtant selon une manière très johannisée. Metzner le montre en revenant sur l’examen des autres occurrences de la thématique du péché qu’il a examinées au début de son ouvrage, en particulier Jn 1,29 (p. 36) où il souligne le rôle de l’Esprit. Jn 1,29 et Jn 20,23 encadrent pour ainsi dire l’évangile : l’action des disciples prolonge celle de Jésus et manifeste ainsi la dynamique du « droit de Dieu » révélé au monde. Jn 20,23 renvoie aussi au pouvoir de la communauté post-pascale qui peut accéder, par l’entremise du Paraclet, à la vérité en plénitude (voir Jn 16,7.11-15).

Avant de récapituler les résultats définitifs de sa recherche, l’A. présente encore un chapitre sur la théologie johannique. Il compare la place de la

celui

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thématique du péché en 1 Jn et Jn, puis celle de l’école johannique à celle de l’école paulinienne. En conclusion, l’A. reprend l’ensemble du parcours pour affirmer l’impor- tance de la thématique du péché dans la théologie johannique. À l’inverse de Haenchen, l’A. estime que Jean a su la développer dans l’ensemble de l’évangile. La notion johannique du péché n’est ni nomiste, ni moraliste ; elle ne se définit pas par rapport à la Loi, mais par rapport à la christologie. C’est le motif de la polémique juridique contre le monde qui permet de comprendre l’élaboration théologique de cette conception johannique du péché. En plusieurs endroits, l’A. a souligné l’importance d’une ‘théologie de la révéla- tion’ à partir de la croix. À la suite d’autres auteurs, il a insisté sur la « prépondérance du salut », selon l’expression bien connue de J. Blank. L’ouvrage présente un bon dossier d’études sur le péché dans l’évangile de Jean ; il en a relevé les différents aspects, et la bibliographie de qualité permet de compléter tel ou tel point des études de textes. Quelques retouches seraient néanmoins à apporter à la bibliographie, en particulier pour les références en français ; je signale par exemple : le quatrième volume de X. Léon-Dufour (Lecture de l’Évangile selon Jean) paru en 1996 (voir p. 359), l’article de F.-M. Braun, « Le péché du monde selon saint Jean », RThom 65 (1965). Dans l’ensemble, les analyses de textes sont bien présentées. Les diverses occurrences sont analysées dans leurs contextes littéraires, et, comme je l’ai indiqué ci-dessus, l’A. propose de les relier les unes aux autres, montrant ainsi un véritable échafaudage théologique (353). Ce livre rendra service aux chercheurs et aux étudiants en exégèse et en théologie. Il vient en complément des autres ouvrages mentionnés dans ce Bulletin, soit à propos de Jn 7-9, soit à propos de la question des « Juifs » dans le quatrième évangile.

14. Le présent ouvrage de Tobias NICKLAS, Ablösung und Verstrickung , résulte d’une recherche proposée pour une thèse à la faculté de théologie catholique de l’université de Regensburg en 2000-2001. La première partie de l’ouvrage est consacrée à un état de la question et à l’orientation de la thèse. L’auteur entend reprendre la question des « Juifs » ( Ioudaioi ) dans l’évangile de Jean, en prenant davantage en compte la visée narratologique. Il s’agit surtout de caractériser le rôle des « Juifs » comme personnages et la relation qui est établie avec le lecteur implicite. Après avoir présenté la problématique et indiqué la visée méthodologique, Nicklas engage une étude exégétique de quatre grandes sections : Jn 1,19-51 (sur le témoignage de Jean-Baptiste et la venue des premiers disciples), Jn 3,1-21 (l’entretien avec Nicodème), Jn 5,1-18 (la guérison du paralytique un jour de sabbat), et Jn 9,1-41 (la guérison de l’aveugle de naissance). Il conclut son ouvrage par un bilan des résultats (391-409). Dans chacune des analyses exégétiques, l’A. suit la même démarche : les analyses textuelles et syntaxiques sont suivies d’un travail sur la caractéri- sation des « Juifs » et des personnages opposés (comme la figure des disciples), et se terminent par une réflexion sur le lecteur implicite et sa place dans le récit, pour faire découvrir « le chemin du lecteur implicite à travers le

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monde raconté ». Les analyses des péricopes sont bien menées et l’A. connaît ses dossiers ; il fournit à chaque occasion les différentes hypothèses des autres commentateurs, et l’on peut dire qu’il excelle en la matière. Mais cette qualité présente aussi un revers de médaille. En effet, non seulement chaque verset, mais parfois chaque mot, est accompagné de notes biblio- graphiques : l’ensemble de l’ouvrage en est envahi (1 573 notes !). De nombreuses digressions et répétitions rendent la lecture malaisée et desser- vent en définitive le traitement de la problématique. Les excursus sont trop importants et souvent mal placés, au point que l’auteur se sent obligé d’indiquer « fin de l’excursus » avant de reprendre la suite de l’exposé. À la fin de la lecture de cet ouvrage, on a l’impression d’avoir sous les yeux un dossier en chantier, des fiches de travail pour commencer la rédaction d’un livre avec une véritable problématique. L’auteur n’a pas pris assez de distance avec sa thèse, et n’a pas distingué la gestion de ses fichiers de travail de l’élaboration d’un projet suivi et problématisé. Il reste que les fiches sont fort bien documentées ; la connaissance bibliographique est impression- nante. Le présent travail laisse bien augurer d’une suite dans le domaine johannique, si son auteur, — qui est encore jeune —, prend le temps de gérer la matière.

15. Il n’est pas facile de rendre compte de cet ouvrage de Michaël THEOBALD, Herrenworte , non seulement à cause de sa taille (663 pages dont certains paragraphes écrits en petits caractères), mais aussi en raison de la densité de l’analyse des dits du Seigneur dans l’évangile de Jean. L’ouvrage se compose de cinq parties : les discours de révélation, les dits johanniques à base synoptique, les dits propres à Jean, les développements de la tradition johannique, la réception des dits johanniques. La première grande partie est consacrée aux « Discours de révélation », l’une des sources importantes à la base de l’évangile johannique selon la théorie de R. Bultmann. Pour préciser sa méthode de travail et la tâche qu’il se donne d’accomplir, Theobald établit son status quaestionis autour de ce pivot bultmannien. Après avoir indiqué les étapes principales de la recherche portant sur ces discours avant Bultmann, il rappelle la position de Bultmann dans la critique des sources, et trace enfin à grands traits les résultats de la recherche récente dans les études en anglais et en français. Ces pages conduisent à une première conclusion méthodologique qui se révèlera pertinente pour la suite du travail. Theobald y opère une distinction entre Tradition et Histoire de la Tradition ( Überlieferungsgeschichte ). Le chapitre 2 présente une première orientation de la recherche. On notera d’emblée l’importance des discours et de leur théologie dans le quatrième évangile comparé aux synoptiques. Les paroles de Jésus sont nombreuses et soigneusement intégrées dans des discours bien organisés autour d’un noyau central ( Kernworte ). Le Jésus johannique ne parle toutefois pas comme un rhéteur. Theobald s’interroge sur l’originalité de ces discours et sur leur composition. Il examine les citations de Jésus, les correspondances avec l’Ancien Testament, les paroles programmatiques et les introductions en Amen . Rappelons toutefois que l’A. ne cherche pas à se situer dans la perspective des recherches sur le Jésus de l’histoire. Son

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propos est différent. Il souhaite donner une meilleure compréhension de la pensée johannique mise en œuvre dans les discours et les paroles de Jésus. Pour comprendre ce processus, il étend son enquête à l’étude de la relation entre Jean et les synoptiques, à la littérature patristique et à la réception des premiers siècles par l’étude des répétitions et des reprises ( Wiederaufnahme au sens large du terme). Dans la première grande partie du livre, Theobald propose donc une série de remarques méthodologiques ; il définit des critères et donne déjà des orientations ou de simples indices qui seront appliqués dans la suite pour comprendre la construction des discours. Le lecteur ne peut faire l’économie de ces pages d’introduction : non seulement la démarche et la visée sont bien posées, mais la précision de certains termes (reprise, tradition), les distinctions techniques entre logia, logoi , pour ne citer que quelques termes principaux, s’avère indispensable pour la compréhension des catégories définies dans la suite de la recherche. Dans la deuxième grande partie de l’ouvrage (chapitres 3 et 4), Theobald examine les dits johanniques qui sont basés sur des traditions synoptiques. Il retient les passages suivants : la parole de Jésus à Nicodème sur la naissance d’en-haut ou à nouveau (Jn 3,3.5), une paire de logia sur « sauver sa vie et suivre Jésus » (Jn 12,25s), deux dits sur l’hospitalité introduits par Amen (Jn 13,16.20), un passage sur la prière au nom de Jésus (Jn 14,12-14) et la parole sur les péchés remis (Jn 20,23). Le chapitre 4 regroupe des dits considérés comme un « métatexte » des logia synoptiques. Le dit sur le serpent d’airain (Jn 3,14-15) est mis en relation avec l’annonce de la passion (Mc 8,31). Placée dans le contexte du Gethsémani johannique (Jn 12,23.27- 32), la prière pour la glorification du Nom de Dieu (Jn 12,28 : Père, glorifie ton Nom) est éclairée par la mise en relation avec le Notre Père. Theobald ne se contente pas de fournir de simples parallélismes de vocabulaire. Il montre comment l’auteur johannique accentue la christologie, et met en relief la présence actuelle de l’eschaton afin de développer la visée sotériologique des paroles de Jésus. Par ailleurs, le paragraphe sur « Le Notre Père dans la communauté johannique » offre une réflexion très stimulante, au plan de la méthode comme au plan du contenu, sur les liens éventuels de Jn 17 (la prière de Jésus) et de Jn 6 (le don du pain) avec le Notre Père ; cette mise en perspective marque à nouveau l’insistance sur la « christologisation » radicale de la visée johannique. La troisième partie du livre porte sur les dits johanniques propres, ceux qui n’ont pas de parallèles synoptiques explicites. Ils sont regroupés par genres littéraires : les paroles en « je », les « paraboles » ou autres expressions imagées, les dits sapientiels, les promesses et paroles de consolation. Au chapitre 5, Theobald analyse le développement traditionnel des paroles en « je » : je suis le pain (6,35), la lumière (8,12), la porte (10,9), le chemin (14,6). L’enquête examine à chaque fois le dit dans son contexte, dans sa forme littéraire originale, mais aussi dans ses rapprochements et/ou éven- tuels rattachements à l’Ancien Testament, à la tradition synoptique, à Philon d’Alexandrie, ou aux textes patristiques. Il est impossible d’en donner ici le détail ; le lecteur trouvera non seulement une mine de renseignements, mais

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également un ensemble de questions et des perspectives de solution. L’étude de cette première catégorie se conclut par une conclusion sur la valorisation de la christologie haute par les dits en « je ». Dans une deuxième catégorie, l’A. étudie cinq passages dont le genre se rapproche plus ou moins de la parabole (mais aussi de l’allégorie, de l’énigme, etc.) : deux paraboles au sens étroit du terme, celle de l’œuvre du Père (Jn 5,19s) et celle du Pasteur et des brebis (Jn 10,1-5), l’image du grain de blé (Jn 12,24), ainsi que deux autres passages qui introduisent à un discours en ego eimi (Jn 10, 11-13 qui reprend et poursuit la parabole du berger et Jn 15,1-8 qui déploie l’allégorie de la vigne). Les analyses des textes et de leurs contextes sont à nouveau très développées et bien informées. L’A. présente à nouveau l’état de la discussion et s’engage dans des positions personnelles affirmées. Il reprend souvent un point précis de l’exégèse d’un texte difficile pour en donner une approche personnelle bien étayée. J’ai apprécié le travail sur la parabole de l’œuvre du Père en Jn 5 (335-352 ; il faut sans doute corriger la référence à l’ouvrage de J. Frey, p. 335 n. 8, par Frey III, 326-333. ebd. 334). Ce chapitre d’étude se conclut à nouveau par une réflexion plus ample sur la transformation christologique du langage symbolique et imagé dans le groupe johannique, sur les rapprochements et les distances de Jean et des synoptiques, sur les champs sémantiques traditionnels, et sur le rôle de l’évangéliste ou du rédacteur ; un tableau (p. 419-420) récapitule ces don- nées.

Le chapitre 7 aborde l’histoire de la tradition des dits de sagesse. Dans cette catégorie, Theobald range les paroles de Jésus sur la vaine recherche (Jn 7,33s ; voir 8,21 ; 13,33) et les variations ou différents motifs de ce logion. Il y intègre également le dit sur la soif de la vie qui sera calmée : il l’examine dans le contexte narratif de la fête des Tentes (Jn 7,37s), mais il le situe aussi dans le contexte plus vaste de l’histoire des religions avec un excursus consacré à l’Apocalypse johannique (Ap 7,16-17 ; 21,6 ; 22,1). L’analyse se termine par un retour sur la question de la liturgie de la fête des Tentes et engage une réflexion sur la personnification de la sagesse en Jésus. D’autres dits johanniques sont classés dans la catégorie de « promesses » et de consolation. Il s’agit de 8,31-32 (la vérité vous rendra libres), 8,51-52 (ne pas goûter la mort), et 14,2s (à propos des demeures dans la maison du Père). Une avant-dernière partie de l’ouvrage est consacrée aux lignes de développement de la tradition johannique, dans la perspective des travaux initiés par J.M. Robinson et H. Koester, dans le célèbre article sur les Trajectoires ( Trajectories through Early Christianity ). Theobald rassemble sa documentation et ses analyses pour tracer les contours de la tradition des dits johanniques. Il commence par noter quelques caractéristiques formelles de la tradition johannique dans la syntaxe (dans l’emploi des conditionnelles,

de la formule de correction non pas

etc.) et dans la phraséologie (la

vie éternelle, venir vers Jésus ou vers le Père, l’emploi du verbe croire, etc Theobald reprend les indications glanées au fil des analyses sur le Sitz im Leben et sur la christologie sapientielle. Il montre encore l’originalité johan- nique mise en œuvre dans l’utilisation des titres de Fils et de Fils de l’homme ;

mais,

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la confrontation avec les synoptiques est frappante. L’A. insiste à nouveau sur le radicalisme de la christologisation, un « exclusivisme christologique » (537) qui marque la sotériologie et l’eschatologie johanniques. Il confronte ensuite cette caractérisation de la tradition des dits johanniques issue du résultat de ses analyses aux travaux de H. Koester (ci-dessus mentionné). Il en rappelle les perspectives, présente quelques textes et remarques, pour terminer par un exposé plus étoffé sur l’ Epistula Jacobi (NHC I/2), un témoin gnostique de l’histoire de la réception johannique. C’est à cette réception des dits du Seigneur dans l’évangile de Jean que l’A. s’attache dans la dernière grande partie du livre ; elle s’étend sur trois chapitres (chapitres 10-12) qui servent pour ainsi dire de conclusion. Une première partie aborde les techniques mises en œuvre par l’évangéliste pour transmettre les dits du Seigneur, une deuxième partie explicite les options théologiques fondamentales qui se laissent dégager dans ces passages, et une troisième partie montre l’approche herméneutique qui sous-tend tout l’édifice. Le chapitre 10 s’intéresse au processus de « mise en dialogue ». Après l’avoir comparé à celui de la source Q et des synoptiques, l’A. élabore (schéma p. 566) le modèle typologique de la forme des dialogues johanni- ques. Jésus est en dialogue avec les Juifs Pharisiens (avec la synagogue et les autorités), avec la foule, avec les Juifs qui croient en Jésus tout en restant dans la synagogue, avec les disciples (en groupe constitué), avec des disciples (particularisés : la samaritaine, l’aveugle-né, Marthe, Marie de Magdala, etc.). Le chapitre suivant montre comment ces dialogues ont été retravaillés pour donner désormais des orientations christologiques origina- les au quatrième évangile. Theobald souligne les options théologiques de Jean, dans les rapports de la christologie à la théologie ainsi que dans ses rapports à l’eschatologie. Le dernier chapitre du livre porte donc sur la visée herméneutique de l’évangéliste qui se laisserait volontiers récapituler et désigner comme une herméneutique du « souvenir ». Il est évidemment impossible de conclure une recension déjà bien longue ; je voudrais simplement encourager le lecteur à prendre du temps pour suivre les analyses minutieuses de Theobald et remercier ce dernier d’avoir donné à la communauté scientifique un outil de qualité dans un domaine qui n’a encore jamais été aussi systématiquement exploré.

16. L’ouvrage de M.M. THOMPSON, The God of the Gospel of John , n’est

pas très volumineux pour la question abordée, mais il est d’une densité peu commune. La lecture de ces quelques pages est agréable et l’on en ressort avec le sentiment d’avoir abordé la théologie johannique sous un angle nouveau et peu développé jusqu’ici, bien qu’il s’agisse d’un domaine essen- tiel, la compréhension de Dieu dans l’évangile de Jean. Au point de départ de son essai, l’A. rappelle les remarques de N.A. Dahls qui notait dans les années 1975, que la question de « Dieu » était négligée dans les études du Nouveau Testament, comme le titrait l’un de ses articles : A neglected feature. C’est un fait, on réserve souvent les études sur Dieu pour les travaux concernant l’Ancien Testament, alors que pour le Nouveau Testament les recherches se concentrent davantage et quasi uniquement sur la christolo-

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gie. Thompson constate cette même inattention à la question de Dieu dans les études johanniques, « négligence » imputable également à l’accentuation de la christologie dans les travaux sur le quatrième évangile. L’A. évoque en quelques pages le débat important sur le christocentrisme ou le théocentrisme des écrits johanniques (voir dans l’introduction pages

6-12). Pour définir la christologie, de nombreuses études ont montré l’intérêt des « agents » divins, des intermédiaires comme la Sagesse ou la Parole, dans le domaine johannique. Mais tout en éclairant la christologie, ces catégories laissent également entrevoir les premières convictions chrétien- nes sur Dieu. Par ailleurs, Dieu est également caractérisé par certaines

prérogatives (justice, le don de la vie, le Père,

reprendre ces données pour évaluer leur intérêt dans le discours sur Dieu. D’emblée, Thompson précise l’orientation de sa recherche ; elle ne se situe pas dans la ligne des études sur l’élaboration d’une christologie haute mise en lien avec l’histoire de la communauté johannique (selon l’hypothèse de R.E. Brown dans La communauté du disciple bien-aimé ), mais elle souhaite partir de la conclusion donnée par l’évangéliste lui-même à l’ensemble de sa narration (1,18 et 20,31), et se concentrer dès lors sur une seule question, celle de « l’identité de Dieu dans le quatrième évangile ». Elle insiste en même temps, dès le début de son étude, sur l’importance du genre littéraire et théologique spécifique du quatrième évangile.

Le livre est organisé en cinq chapitres qui abordent les thèmes suivants : la signification de « Dieu », le Père vivant, la connaissance de Dieu, l’Esprit de Dieu, l’adoration de Dieu. Le premier chapitre se penche sur la signification de theos . Thompson montre tout d’abord la variété des désignations, l’importance des périphrases et des noms donnés à Dieu (El, Elim ou Elohim), la multiplicité des tournures génitivales ou des appositions (le Dieu très Haut ; le Dieu puissant, etc.), la nécessité des désignations de rempla- cement destinées à éviter la prononciation du Nom divin (les cieux, le Saint,

Dans ce contexte pluriel, le quatrième évangile (comme l’ensemble

du Nouveau Testament) témoigne d’une relative pauvreté de moyens dans les désignations de Dieu. Le choix du quatrième évangile se porte surtout sur la mention de Dieu comme « le Père ». Cette option favorise la dimension relationnelle : l’évangile insiste sur la relation du Fils au Père et du Fils comme envoyé du Père. Il s’agit non seulement de « souligner l’identité de Jésus dans sa relation à Dieu, mais également d’identifier et de nommer Dieu par rapport à Jésus. Connaître Dieu signifie le connaître comme le Père du Fils, et ceci implique inévitablement une re-conceptualisation de l’identité de Dieu » (51). Le deuxième chapitre de l’ouvrage développe la figure du Dieu Père comme source et don de la vie ; outre l’examen de tournures spécifi- ques qui soulignent l’importance de ce thème dans le quatrième évangile, je voudrais signaler les quelques pages sur l’« eschatologie réalisée » que Thompson reconsidère à la lumière des explications données sur le Dieu vivant. L’insistance sur l’eschatologie réalisée dans Jean provient essentiel- lement de l’expression croyante dans la souveraineté du Dieu vivant, plutôt que d’un réajustement d’une schématisation temporelle insuffisante concer-

le roi

Il semble donc important de

).

).

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nant le présent et le futur. Je partage volontiers cette conviction que « l’eschatologie réalisée de Jean exprime la connaissance et la présence de Dieu manifestées par, et rendues accessibles dans, la présence de Jésus Christ » (86). Le chapitre suivant développe le thème de la connaissance de Dieu. Celle-ci n’est pas seulement liée au motif du voir, mais de l’écoute et de la réponse. Il ne s’agit donc pas seulement d’une contemplation de Dieu dans une vision béatifique, mais d’une communion ; la connaissance se dit comme expérience. Les pages, fort denses, sont tout simplement impossibles à résumer. Thompson souligne très justement que le Père et le Fils sont distincts mais inséparables ; la théologie johannique de la gloire, de la sagesse, de la parole exprime cette unité en Dieu en vue du don de la vie. Thompson consacre un chapitre spécifique (pages 145-188) à l’Esprit de Dieu. Elle commence par un exposé des questions difficiles concernant l’Esprit dans Jean, la nature de l’Esprit, les antécédents du Paraclet, les interprétations christologiques, puis ecclésiales. Après ce tour d’horizon des difficultés, elle s’attarde au texte de l’évangile lui-même. Il lui importe tout d’abord d’insister sur ce que Jean ne dit pas, car l’on a trop facilement tendance à mettre au compte de Jean une théologie de l’Esprit qui vient des autres évangiles ou de Paul. Dans un second exposé, l’A. retient quelques textes spécifiques pour conclure par des réflexions théologiques sur l’activité et la réalité de l’Esprit dans Jean. Conformément à sa méthode de travail, elle peut ainsi considérer l’évangile en entier tout en faisant droit aux passages particuliers sur le Paraclet, noter les caractéristiques de l’Esprit comme une figure distincte et comme une personnification de l’activité divine, et accorder leur importance aux dimensions narratives et théologiques de l’Évangile. Le lecteur du présent Bulletin trouvera dans cet ouvrage des compléments théologiques intéressants sur la pneumatologie johannique (voir l’ouvrage de C. Bennema). La dernière étude thématique est consacrée à l’adoration. Ce chapitre est intéressant à plus d’un point de vue. Après avoir souligné quelques points de discussion et précisé la pertinence de ce thème, Thompson s’engage dans une taxinomie des polémiques concernant le culte divin à la période du second temple ; elle retient quatre catégories : les assimilationnistes (à l’époque de la révolte maccabéenne), les apologistes non assimilationnistes qui, tout en reconnaissant la particularité du Dieu unique d’Israël cherchent à trouver des bases communes avec les païens et partagent leurs convictions philosophiques et morales, les séparationnistes qui stigmatisent toutes les pratiques et croyances des païens comme idolâtres ou démoniaques, ou les deux à la fois, et enfin, les sectaires (par exemple à Qumrân), qui dénoncent les leurs tout en reconnaissant qu’ils sont à la fois ceux qui confessent et qui renient. Après cette typologie, Thompson aborde la polémique contre le culte et le temple dans le quatrième évangile. Elle indique assez clairement comment comprendre comment les honneurs sont rendus à Jésus et par lui à Dieu. « Jean présente Jésus comme celui par lequel le culte est rendu à Dieu » (225).

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Un court chapitre de conclusions théologiques termine l’ouvrage ; l’auteur revient sur des points forts de sa recherche : l’utilisation de theos dans Jean essentiellement orientée vers le Dieu de la vie, la place de la christologie tournée vers la théologie, la conception johannique du monothéisme par l’argumentation de la dépendance du Fils à l’égard du Père en témoignage de leur unité, la réflexion sur le genre littéraire et théologique de la narration johannique. Le dernier point montre à l’évidence que pour Thompson, l’évangile de Jean est théocentrique. Dieu y est proclamé comme le Dieu unique. La divinité du Christ est à comprendre dans la relation du Père et du Fils, et dans la compréhension de leur unité. Jésus est « ‘le Fils’ non parce qu’il exerce les fonctions divines, mais il les exerce parce qu’il est le Fils » (232). Nulle part ailleurs, les figures du Père et du Fils ne sont si distinctes et pourtant si indissociables : connaître le Père c’est connaître le Fils ; connaître le Fils c’est connaître le Père. L’ouvrage a commencé par la référence aux propos de Barrett ; il se termine avec un rappel de cette assertion fondamen- tale : « Il n’y a guère d’écrit plus christocentrique que celui de Jean, et cependant son véritable christocentrisme est théocentrique ». Les lecteurs apprécieront le travail de Marianne Thompson pour sa profondeur théologique, sa compétence indéniable dans le domaine johan- nique et pour le développement d’un sujet peu abordé jusqu’ici. Le livre s’inscrit en bonne position dans les recherches actuelles sur la question du monothéisme dans le christianisme primitif. La bibliographie ne saurait être exhaustive. Je tiens cependant à rappeler aux lecteurs le livre de Jacques Schlosser, Le Dieu de Jésus. Lectio Divina 129, Le Cerf, Paris, 1987. Le propos est différent puisque l’analyse de J. Schlosser porte sur les paroles de Jésus dans les évangiles synoptiques, mais en bien des points, ces deux études se complètent.

17. Dans cet ouvrage, Das Menschenbild , qui a fait l’objet d’une Disser- tation à Kiel, sous la direction de J. Becker, Christina URBAN entreprend une recherche sur l’anthropologie johannique. Pour poser la problématique, elle commence par discuter des positions herméneutiques de R. Bultmann et de E. Käsemann concernant la relation entre l’anthropologie et le langage. Chacun de ces deux précurseurs a développé à sa manière la fonction de l’anthropologie. Bultmann insiste sur sa fonction à l’intérieur de la théologie ; c’est la forme par laquelle la théologie s’exprime. Pour Käsemann, l’anthro- pologie n’a qu’une fonction de réaction en réponse à la Révélation ; il met l’accent sur la christologie. Par ailleurs, il importe de comprendre comment fonctionne le langage johannique. L’A. aborde cette question par une réflexion méthodologique pointant vers deux aspects particuliers du langage johannique. Elle étudie le rapprochement avec le langage de la gnose et travaille sur la définition de ce que l’on désigne avec des termes très variés comme « incompréhension, ironie, langage énigmatique, double niveau de langage, etc. ». Les deux aspects ont partie liée (59-62), comme l’indique précisément Bultmann, Théologie 167 : il parle d’une technique de l’incom- préhension qui trouve son analogie dans la littérature gnostique-hermétiste.

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Dans un premier temps, Urban évoque quatre propositions sur l’incompré- hension Butlmann, Leroy, Culpepper, Schenke. Elle présente plus particuliè- rement la théorie linguistique de la « Vagheit » en s’appuyant principalement sur les recherches de D. Wolf (note page 52). Il aurait été intéressant de développer plus largement ce point méthodologique par une investigation du côté des travaux en philosophie du langage, non seulement en allemand, mais en anglais et en français. Plusieurs études ont été menées sur l’indétermination sémantique (c’est le terme français qui correspond à Vagheit ; les linguistes et philosophes anglais parlent de vagueness ), sur les cas d’ambiguïté et d’indécidabilité, ou sur les « ensembles flous ». Pour un aperçu succinct mais utile, je renvoie le lecteur français au Dictionnaire encyclopédique des Sciences du Langage élaboré par O. Ducrot et T. Todo- rov ; ces auteurs ont déterminé les différents cas de cette logique linguistique. Il reste que C. Urban a raison de chercher à réfléchir à partir de ces données pour trouver réponse aux questions sur l’originalité du langage johannique. De diverses manières et par différents adjectifs, on a relevé l’imprécision et le flou du langage johannique (son étrangeté, son caractère énigmatique), et les jugements ont été plutôt négatifs et disqualifiants. Or, selon la théorie développée par Wolf, cette « indétermination » serait plutôt à apprécier comme une condition de l’interprétation, comme une ouverture à la variabilité et au processus de signification des signes langagiers. L’interprétation n’est possible que si la signification n’est pas close, c’est-à-dire si elle est partiellement « vague » ou « indéterminée » (Wolf, Vagheit 111, cité par Urban, 52.) L’A. s’attache à montrer l’importance de cette réflexion sur l’ambiguïté du langage johannique et se fait fort de l’appliquer à trois péricopes johanniques bien choisies : Jn 1,35-51, Jn 4,1-42 et Jn 8,21-59. Développons simplement le premier exemple. L’analyse aboutit à une réflexion sur le statut de la question posée aux deux disciples (« qui cherchez-vous ? », Jn 1,38b) dans l’ensemble de la péricope. La question du verset 38b est trop souvent sortie de son contexte immédiat pour être interprétée dans un sens général. Par sa question, Jésus veut ouvrir des possibilités en vue de la Nachfolge (suivance, mise à la suite du Maître). La question posée par les disciples (38c : « où demeures-tu ? ») entraîne une requête et pose l’exigence de Jésus : « venez et vous verrez » (v. 39a). La question des disciples sur le « où demeures- tu ? » engage les interlocuteurs à un « venir vers », à un « voir », puis à un demeurer. La question centrale (qui cherchez-vous ?) du premier paragraphe de la péricope ouvre à la deuxième partie du texte ; le processus d’indéter- mination se poursuit vers un « conflit d’interprétation » ou de signification : la question du v. 38b n’est qu’une étape dans ce processus. Les scènes suivantes, et en particulier le double eurèkamen (nous avons trouvé), montrent la résolution du conflit et le dépassement de l’indétermination. Le tableau de la page 223 trace le processus de développement du dialogue johannique à la lumière de ce processus. La réorientation de la situation

; ils vinrent donc et ils virent où il demeurait ») entraîne

les déclarations de reconnaissance (du Messie, de celui dont Moïse a parlé

(« venez et voyez

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) vers le moment du dénouement ; on est passé de l’indétermination (qui

cherchez-vous ?) à la déclaration (nous avons trouvé) et à la confession de foi. On retrouve ce même type d’organisation du dialogue dans le récit de l’entretien avec la femme de Samarie et dans le long chapitre 8. Urban a proposé une analyse littéraire intéressante selon une voie nouvelle. J’ai parfois éprouvé une certaine gêne dans les conclusions anthropologiques tirées à la suite de ces analyses. On peut se demander, en effet, si la « dogmatique bultmannienne » n’est pas trop envahissante et si les résultats ne sont pas sollicités ou pré-orientés. Mais ce n’est peut-être qu’une question de sensibilité. Malgré cela, l’analyse est bien menée, et, l’application de cette approche linguistique originale offre de nouvelles pistes pour comprendre les techniques johanniques de composition dans les dialogues.

II. Les Épîtres de Jean (18 et 19)

18. Johannes BEUTLER, Die Johannesbriefe. Übersetzt und erklärt von Johannes Beutler. Friedrich Pustet, Regensburg, 2000, 216 p.

19. John PAINTER, 1,2, and 3 John (Sacra Pagina Series /18), Liturgical Press, Collegeville, 2002, 411 p.

18. Dans son commentaire des épîtres johanniques, J. BEUTLER présente en introduction les questions habituelles de composition littéraire, de struc- ture et de théologie, ainsi que les problèmes relatifs à l’identité de l’auteur et à la situation des écrits. Il traite aussi du problème des liens avec le quatrième évangile et de celui des adversaires. Le prologue (1,1-4) et l’épilogue (5,14-21) mis à part, la première épître de Jean est structurée en trois sections : 1,5-2,27/2,28-4,6/4,7-5,10. Cette répartition correspond, à peu de choses près, à la proposition faite par de nombreux auteurs qui ont également opté pour une structure tripartite. Assez proche de la position de Malatesta, Beutler centre son attention « aux critères de la communion avec Dieu et avec la vie » ; c’est le titre donné à chacune des sections. La première séquence est organisée en trois parties qui portent respectivement sur la rupture avec le péché et la marche dans la lumière (1,2-2,2), sur l’importance du commandement, notamment de l’amour pour le frère (2,3-11), et enfin, sur la rupture nécessaire avec le monde et la foi véritable (2,12-27). La deuxième partie de l’épître (2,28-4,6) est, elle aussi, structurée en trois étapes identiques aux trois précédentes (Beutler leur donne le même intitulé). L’auteur johannique revient, en effet, sur les trois éléments précédents :

rupture avec le péché et œuvre de vérité (2,28-3,10), observance des commandements et en particulier amour du frère (3,11-24), rupture avec le monde et foi véritable (4,1-6). Beutler divise la troisième section en deux parties seulement. La première porte sur l’observance du commandement, à savoir l’amour du frère (4,7-21), la deuxième sur la foi et l’amour comme victoire sur le monde et sur la vie (5,1-13). Le commentaire de la deuxième et de la troisième épîtres se fait selon les mêmes procédés que ceux de la première. Le plan de la deuxième épître

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comporte une introduction épistolaire (1-3), suivie du « proemium » (v. 4) qui conduit vers la partie principale de l’épître établissant le « bon comporte- ment ». Les versets 7-11 insistent sur la confession véritable (donnée au v. 7) et sur la mise en garde contre l’égarement. Les versets 12-13 servent de conclusion. Le plan donné par Beutler rejoint ici à nouveau celui de la plupart des critiques. Il accorde toutefois une place particulière au v. 4 et lui consacre quelques pages de discussion (140-141 ;152-154 ; 156). La troisième épître est une courte lettre privée qui est divisée de la manière suivante : l’ouverture (1-4), l’hospitalité de Gaïus 5-8, le dysfonctionnement de Diotrephès (9-11), la recommandation de Démétrius et la conclusion épistolaire (12-15). Sans adopter en tous points les mêmes termes, je suis souvent en accord avec la position de Beutler, notamment avec son exégèse de la première épître, dans le commentaire des Épîtres de Jean que je suis en train de préparer (publication prévue en 2005). Une bibliographie sélective est proposée pour chaque péricope : voir en fin de volume (187-200) ; elle contient les titres majeurs des articles et ouvrages anciens, et les titres les plus récents. Malgré sa concision (216 pages en tout ; c’est peu par rapport au volumineux commentaire de R.E. Brown par exemple !), cet ouvrage est d’une précision remarquable, et se lit fort aisément. Les détails techniques sont mentionnés sans alourdir l’exposé. Le commentaire fait droit à l’impor- tance de la structure d’ensemble de la péricope (partie I), comme au détail des versets (partie II). La réflexion théologique qui accompagne chaque commentaire des péricopes (partie III) est intéressante ; elle est mesurée, tout en étant dynamique et suggestive.

19. John PAINTER, 1,2, and 3 John , a eu l’heureuse initiative d’ouvrir son commentaire en le situant par rapport au débat critique des dernières années. Il retrace ainsi quelques étapes de l’évolution des commentaires depuis celui de B.F. Wescott (1883), de Law (1909), Brooke (1912), Bultmann (trois articles en 1927, 1951 et 1959 ; le commentaire en 1967 [2 e éd.]), Dodd (1946), Schnackenburg (1953), Brown (1982), Lieu (1986, 1991), et maints articles souvent mentionnés par les critiques. Ce panorama soigné conduit vers diverses questions majeures : le caractère polémique plus ou moins accentué ou franchement minimisé des épîtres de Jean, l’identité d’auteurs de Jn et de 1 Jn, les relations avec le gnosticisme, le statut des opposants (ou adversaires, antichrists, faux prophètes, etc.), la priorité de l’évangile ou de l’épître, les relations avec Qumrân, etc. L’A. montre l’évolution de la critique, les avancées, la reprise des questions anciennes ; il propose pour chacune d’elles le point de vue qui sera adopté dans son commentaire. Ces quelques pages intéresseront plus d’un lecteur et permettent au non spécialiste d’être guidé dans les principaux axes d’un débat devenu fort complexe aujourd’hui. Dans la suite de l’Introduction, l’A. aborde les points habituels traités aux débuts des commentaires. On notera toutefois quelques pôles d’intérêt plus spécifiques, comme l’approche socio-rhétorique, l’importance de la place des épîtres johanniques dans le canon, et la perspective narrative qui prend en compte l’auteur implicite et ses lecteurs. La structure de la première épître correspond à peu près à celle de Beutler que nous venons de présenter pour

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ce qui est de la répartition des versets en trois grandes sections. Une première présentation des deux « tests » est donnée en 1,6-2,27. L’auteur johannique précise les deux revendications nécessaires pour avoir la koinô- nia avec Dieu : le comportement éthique de l’amour développé jusqu’en 2,17 et les thèses christologiques explicitées en 2,18-27. Une seconde présenta- tion des deux tests est déployée en 2,28-4,6. Les deux tests se situent à nouveau dans le domaine éthique (2,28-3,24) d’abord, puis ils sont centrés sur la visée christologique (confession de Jésus Christ dans la chair en 4,1-6). La troisième présentation des deux tests (en 4,7-5,12) entend souligner la relation entre les deux tests, celui de l’amour et celui de la foi. Par rapport à la proposition de Beutler, la répartition et les titres varient davantage à l’intérieur des diverses parties. Pour Painter, la répartition se fait toujours en deux tests, l’un éthique et l’autre christologique. Cela lui permet de montrer l’articulation de l’amour et de la foi dans la troisième présentation ; il s’agit, en effet, d’une articulation essentielle dans l’exposé de l’épître. Pour la 2 e et pour la 3 e épîtres, les plans sont plus simples, vu la brièveté de ces lettres. Considérées sous leur aspect épistolaire, elles obéissent à un plan en trois parties : l’adresse, le corps de la lettre, puis les salutations et souhaits de la fin. La 2 e lettre de Jean correspond à une lettre de recomman- dation. Les versets 1 à 3 constituent l’adresse. Le corps de la lettre s’étend du verset 4 au verset 11 ; il se compose d’une l’indication de la caractéristique de la vie chrétienne (4-6), et d’un avertissement contre l’enseignement des opposants (7-11). La lettre se termine par une notice annonçant une visite proche (v. 12), et par les souhaits de la fin (v. 13). La troisième épître de Jean est un billet très court adressé à un individu. On y retrouve un plan épistolaire. L’adresse ouvre la lettre (versets 1-2). Le corps de la lettre est structuré en trois parties. Il commence par la louange de Gaïus pour son comportement à l’égard des frères ; il évoque ensuite, à l’opposé le conflit avec Diotréphès (9-11), et se termine par le témoignage de Démétrius confirmé par l’Ancien. Le billet s’achève selon la formule habituelle des souhaits et salutations. Le commentaire de Painter sur ces trois écrits johanniques comprend pour chaque péricope une traduction, des notes versets par versets et une partie interprétative ; chaque passage analysé est suivi d’une bibliographie spéci- fique. Les notes de critique textuelle et de critique littéraire sont très précises. La partie interprétative prend en compte la cohérence d’ensemble de la péricope, et permet au lecteur de suivre le commentaire en continu. L’A. y montre toujours comment se fait le passage d’une unité à l’autre. Comme pour le précédent commentaire des épîtres, cet ouvrage servira de référence, soit pour l’exégèse spécialisée, soit pour le théologien désireux d’avoir un bon état de la question exégétique et de connaître l’orientation théologique de ces écrits johanniques.

III. Apocalypse johannique (20 à 24)

20. Yves-Marie BLANCHARD, L’Apocalypse (La Bible tout simplement), Ed. de l’Atelier, Paris, 2004, 156 p.

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21. Pilchan LEE, The New Jerusalem in the Book of Revelation (WUNT II/129), Mohr Siebeck, Tübingen, 2001, 342 p.

22. Pierre PRIGENT, Les secrets de l’Apocalypse. Mystique, ésotérisme et apocalypse (Lire la Bible), Le Cerf, Paris, 2002, 104 p.

23. Gottfried SCHIMANOWSKI, Die himmlische Liturgie in der Apokalypse des Johannes (WUNT II/154), Mohr Siebeck Tübingen, 2002, 367 p.

24. Pierre de MARTIN DE VIVIÉS, Apocalypses et cosmologie du salut (Lectio Divina 191), Le Cerf, Paris, 2002, 416 p.

20. Y.-M. BLANCHARD présente une introduction d’ensemble à l’Apocalypse

johannique destinée à un large public. À partir de quelques clés d’interpré- tation, l’auteur, professeur d’exégèse à l’Institut Catholique de Paris, propose un parcours certes rapide mais néanmoins bien ciblé. Il divise son ouvrage en trois parties, intitulées selon trois énoncés empruntés au premier chapitre de l’Apocalypse (Ap 1,1 : Révélation de Jésus Christ, Ap 1,11 : Écris aux Églises, Ap 1,3 : Le temps est proche). L’A. commence par mettre en avant la personne de Jésus Christ ; après avoir indiqué les éléments nécessaires pour comprendre le genre littéraire et le motif de l’ouverture du ciel et des événements terrestres, il centre toute l’attention du lecteur vers la figure de l’Agneau en montrant les différents jalons de ce motif dans l’ensemble du livre. Dans un deuxième temps, Blanchard choisit de faire réfléchir à la condition et à la situation de l’Église dans la section concernant les sept églises et dans le combat contre l’empire, et de la Jérusalem céleste qui occupe une partie importante du livre. En dernier lieu, l’A. insiste sur la thématique de la fin et du retour du Seigneur. À la fin de la lecture de cet ouvrage, le lecteur non initié aura reçu une excellente information destinée à lui faire ouvrir à son tour le livre de l’Apocalypse de Jean. L’ensemble est rédigé dans un style alerte, clair et concis. Cette introduction à l’Apocalypse johannique est à recommander aux personnes désireuses d’entrer une première fois dans le monde un peu compliqué de l’apocalyptique. Les encadrés judicieux et pédagogiques permettent de lire plus aisément le texte dans sa dynamique narrative et théologique. Comme d’autres ouvrages de la Collection « La Bible tout simplement », celui-ci éclaire le lecteur et lui fournit des clés de lecture pour approfondir le texte biblique.

21. Pilchan LEE, The New Jerusalem , Le motif de la nouvelle Jérusalem

(Ap 21-22) associé au thème du Temple s’appuie sur un important réseau thématique développé par les grands prophètes et repris par de nombreuses autres traditions juives jusqu’aux premiers siècles de notre ère. Pilchan Lee propose de suivre ce déploiement dans une monographie à trois volets, ouvrant successivement sur l’Ancien Testament, sur le corpus intertestamen- taire, puis sur l’apocalypse johannique. L’A. s’interroge en particulier sur l’interprétation originale du motif de la nouvelle Jérusalem dans l’Apocalypse johannique ; si l’Apocalypse de Jean s’adosse à l’Ancien Testament, elle présente néanmoins une différence et une dynamique propre. Les annonces de restauration des textes prophétiques ne correspondent pas vraiment au

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motif de l’accomplissement donné par l’Apocalypse. Comment comprendre la relation dynamique entre la Jérusalem céleste qui descend du ciel et qui de ce fait se caractérise comme une réalité préexistante, et la nouvelle Jérusa- lem décrite dans la finale de l’Apocalypse ? Après avoir examiné les textes prophétiques (Ezéchiel, Isaïe, Jérémie et Zacharie), Lee poursuit l’histoire de l’interprétation du motif de la Jérusalem nouvelle dans différents textes de la tradition juive jusqu’à la révolte de Bar Kochba en 135. Le parcours est conséquent et chaque accentuation du thème mériterait d’être relevée. Parmi les principaux éléments, j’ai retenu l’importance de la perspective eschatologique mise en relief par des asso- ciations de motifs (nouvelle création, paradis restauré, transfiguration des justes dans 1 et 2 Hénoch, et dans 2 Baruch, par exemple), la place centrale de Jérusalem et du temple dans le culte pour les nations (Tobie 13,9-18) ou pour les Israélites (Tobie 14,5-7), le développement de motifs particuliers dans les écrits de Qumrân comme le concept de la « communauté-temple » en lien avec le temple céleste, nouveau temple eschatologique idéalisé, le motif de la Jérusalem mère (sainteté de Jérusalem) et de ses enfants (le péché des Israélites) dans le 4 e Esdras ; ce motif permet de souligner la sainteté de Jérusalem malgré le péché de ses enfants (voir 1 Baruch). Les réponses à des questions théologiques et sapientielles posées par les différents livres sont diverses. Comment ces développements théologiques ont-ils aidé les communautés à surmonter la crise à la fin du premier siècle ? Comment les accentuations différentes représentent autant de réponses au scandale de la destruction du temple ? Dieu peut-il permettre et laisser faire (3 Baruch) ? Une conclusion importante à la fin de la deuxième section (221-229) dresse un premier bilan ; elle compare l’idée du Temple et de Jérusalem dans la littérature juive examinée, aux textes des quatre prophètes étudiés dans le premier chapitre. Dans un troisième temps, l’auteur aborde le dossier néotestamentaire. Si elle se comprend comme une littérature apo- calyptique, l’Apocalypse de Jean est aussi marquée par la nouveauté et l’originalité de la christologie naissante. L’A. présente en premier lieu une analyse structurelle pour situer les chapitres 21-22, objet propre de l’étude, dans le mouvement d’ensemble du livre. Il propose ensuite des analyses contextuelles des chapitres qui précèdent, de 2-3 au chapitre 15, puis de 17 à 19. Il peut entreprendre alors une exégèse des chapitres 21-22 qui sont centrés sur la description de la Jérusalem céleste ; mais cette focalisation thématique est tressée d’une multitude de motifs (la nouvelle création, le paradis, le nouveau temple, le pèlerinage des nations, le motif de la joaillerie, les épousailles et la nouvelle alliance). Lee présente l’imbrication des différents motifs dans les diverses apocalypses sous forme de petits tableaux comparatifs, aux pages 295-300. Avant de conclure, l’A. ressaisit la thématique d’ensemble et revient sur un point majeur de l’exégèse d’Ap 21-22, le lien entre la Jérusalem céleste et la nouvelle Jérusalem que l’on ne trouve pas dans l’Ancien Testament. De nombreux passages de la tradition juive extra-biblique permettent de com- prendre la vision de la nouvelle Jérusalem dans l’apocalypse johannique. Lee

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attire l’attention sur deux lignes de développement, l’idée du sanctuaire céleste à venir, et le concept de la communauté-temple à Qumrân. Comme la communauté sectaire de Qumrân est un avant-goût du nouveau temple, ainsi l’Église de l’Apocalypse johannique décrite comme la nouvelle Jérusa- lem bénéficie-t-elle des bénédictions eschatologiques du temple céleste. Au lieu d’interpréter les textes prophétiques dans la perspective d’une recons- truction du temple, l’Apocalypse de Jean propose une relecture christologi- que qu’elle partage avec plusieurs textes du Nouveau Testament (le qua- trième évangile, 1 Co et 1 P : pour le détail concernant ces écrits et d’autres écrits néotestamentaires, voir 230-238). Lee nous offre une étude substantielle et bien documentée. Il a montré comment l’Apocalypse johannique s’inscrit dans un courant traditionnel de relecture des promesses de l’Ancien Testament, mais il a aussi souligné son originalité. Par un rythme soutenu il a démontré que l’insistance de l’Apoca- lypse de Jean sur le lien entre la Jérusalem céleste et la nouvelle Jérusalem se comprend à la lumière de la christologie.

22. Les trois premières pages d’introduction indiquent déjà le but pratique visé par ce petit livre de Pierre PRIGENT, Les secrets de l’Apocalypse . Adressé à un large public, il voudrait l’ouvrir progressivement aux questions essentielles posées par l’Apocalypse de Jean. Un des points importants consiste à mieux faire comprendre la signification de la « prophétie » et des « secrets », termes fréquents dans ce genre de littérature ; Prigent fera aussi découvrir l’importance de la liturgie tout au long de l’Apocalypse et éclairera le contexte général du livre et en particulier à la mystique. La dernière page de couverture présente l’auteur du livre, sans doute trop modestement. Pierre Prigent est en effet un fin connaisseur de l’Apocalypse ; sans relâche, il a travaillé, expliqué ce livre étonnant et original. Les publications de Prigent sur le sujet sont nombreuses et variées, tant pour des articles et pour des commentaires techniques que pour des ouvrages de vulgarisation. Le précédent Bulletin johannique (RSR 2001, 89/4, 584-585) recensait la nouvelle édition de son Commentaire de l’Apocalypse. L’A. connaît très bien l’environnement culturel de l’Apocalypse ; ce nouvel opus- cule en témoigne une fois de plus, par la présentation de nombreux textes de la littérature intertestamentaire (4 Esdras, 2 Baruch, etc.) et de Qumrân. Prigent sait communiquer avec son lecteur ; il s’intéresse particulièrement au lecteur non initié (pages 39-56) pour lui montrer l’importance de textes nouveaux comme les textes mystiques élaborés à partir de la Merkaba (vision du char trône de Dieu au chapitre 1 du prophète Ezéchiel). L’auteur présente aussi de nombreux rapprochements de l’Apocalypse johannique avec l’Ancien Testament, non pour en dresser une liste exhaustive, mais pour donner le goût à son lecteur de poursuivre la tâche d’une lecture interactive et pour faire comprendre la profondeur de ces résonances. La réflexion sur l’eschatologie chrétienne marquée par une nouveauté définitive (92-93) mérite elle aussi une attention particulière. Ce bref petit livre saura rendre service à des chrétiens intrigués par les « secrets » de l’Apocalypse, et intéressés par son actualisation.

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23. Pour l’essentiel, cet ouvrage de Gottfried SCHIMANOWSKI, Die himmlis- che Liturgie , est consacré à l’étude des chapitres 4 et 5 de l’Apocalypse johannique. Ap 4-5 constitue une scène-clé « soigneusement mise en forme » (42) ; elle est préparée par les chapitres d’introduction (1 et 2-3) sur lesquels la suite de l’Apocalypse revient dans un complexe de visions, et annonce les chapitres conclusifs. Après avoir traduit et établi le texte grec d’Ap 4-5, Schimanowski en donne une exégèse détaillée. Le chapitre 4 est divisé en quatre parties qui comprennent une introduction à la vision (Ap 4,1-2a), la description de la vision (4,2b-7), la liturgie de la Qedusha (4,8), et la doxologie des 24 anciens accompagnant la proskynèse. L’auteur propose trois excursus importants, sur le Trône de Dieu en Histoire des Religions, sur l’Histoire de la Qedusha , et sur la Proskynèse. L’ensemble s’achève sur des perspectives plus thématiques concernant les motifs de la vision et de la louange divine, et conduit à une réflexion théologique sur la distance entre les mondes céleste et terrestre : le chapitre 4 est exclusive- ment centré sur la vision céleste pour souligner la sainteté et la gloire divines, mais l’ensemble des chapitres 4-5 insiste sur les possibilités de participation au monde céleste par la louange. On trouvera sous le mot-clé Anticipation des indications intéressantes sur le fonctionnement particulier de l’Apoca- lypse johannique cherchant à exprimer les modalités de la participation au monde céleste et divin par la célébration et la louange. Le chapitre 5 de l’Apocalypse est réparti en trois parties : les deux passages principaux sur le « livre » (5,1-5) et sur l’« Agneau immolé » (5,6s) sont suivis de l’acclamation des vivants et des anciens (5,8-10). Une louange organisée en deux répons liturgiques (5,11-12.13) conclut la séquence ( Amen : 5,14) et l’oriente vers la célébration du Dieu Créateur et du Christ Agneau immolé. L’exégèse d’Ap 5 est, elle aussi, accompagnée de quatre excursus, l’un sur le motif du livre dans la tradition apocalyptique, l’autre sur les titres messianiques (Lion de Juda, Racine de David), le troisième sur le motif de victoire, et le quatrième sur le qualificatif de la dignité (il est digne l’Agneau, etc.). L’exégèse des deux chapitres a préparé le lecteur à comprendre la place de la vision du Trône et de l’Agneau dans le livre de l’Apocalypse, et sa fonction-clé par rapport aux autres visions. Dans un chapitre conclusif, l’A. rassemble les éléments de sa thèse. Il a montré tout au long de cet ouvrage l’importance de la liturgie et insisté sur la liturgie juive des Hekhalot , traditions qu’il connaît bien comme membre des Instituts sur le Judaïsme à Tübingen et à Münster, traditions dont il a su partager la richesse dans le présent travail ; il propose une imposante bibliographie concernant ce domaine. Le premier point de la conclusion affirme une nouvelle fois la pertinence de la lecture des textes du judaïsme ancien, à différents niveaux, en particulier pour l’utilisation des textes de Qumrân. Le deuxième axe de la conclusion porte sur la théologie et la christologie de l’Apocalypse. L’A. souligne à nouveau et de manière générale la fonction des deux chapitres d’Ap 4-5, la pertinence de leur parallélisme et leur place dans la dynamique du livre tout entier de l’Apocalypse.

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L’ouvrage de Schimanowski présente une lecture originale de la cohérence et de la structure de l’Apocalypse johannique qui intéressera à plus d’un titre l’exégète et le théologien.

24. La thèse à l’origine de cet ouvrage de Pierre de MARTIN DE VIVIÉS,

Apocalypses , a reçu le prix Jean et Maurice de Pange. Martin de Viviés entend montrer comment sont représentées les figures du mal et les figures du salut dans la littérature apocalyptique dans ses perspectives sotériologi- ques. Pour ce faire, il retient trois œuvres majeures, à savoir le livre de Daniel, le livre d’Hénoch (il s’agit de 1 Hén = Hénoch éthiopien), l’Apocalypse johannique. Sans doute fallait-il délimiter un corpus, mais on peut d’emblée s’interroger sur l’option retenue ; les critères (donnés en introduction, 10-11) ne sont pas très convaincants, et l’élargissement du corpus aurait sans nul doute contribué à la valorisation de la thématique.

Dans la première partie sur les figures du mal, l’A. ne retient que quelques chapitres majeurs de chacun des ouvrages traités. Dans le Livre des Veilleurs

(chapitres 6-16 de 1 Hén), il porte l’attention sur la figure des Veilleurs et sur la perturbation provoquée par ces personnages venus du monde d’en haut vers le monde d’en bas. Par un récit étiologique, ces passages du livre d’Hénoch expliquent comment le mal est entré dans le monde. Pour la présentation de Dn, l’A. ne prend en compte que quelques chapitres du livre (4.8.10-12.7) et il y observe la perspective inverse : du monde d’en bas vers le monde d’en haut. Dans ces sections du livre de Daniel, le langage apocalyptique souligne les liens entre le monde d’en bas et le monde d’en

souffre des agissements du monde

d’en bas

anges protecteurs de son royaume dans sa rébellion contre le Dieu d’Israël ».

Dans l’Apocalypse johannique enfin, la figure du dragon se présente comme

une synthèse du mal (103-168) au chapitre 12 et jusqu’à la fin du livre. Martin de Viviés conclut la première partie de son ouvrage par un premier bilan au chapitre 4 intitulé « Les origines du mal selon les apocalypses. Des réponses

». L’A. présente ici les informations classiques ; il

propose une gradation de 1 Hénoch à l’Apocalypse johannique, sans vrai- ment fonder cette progression. Dans la deuxième partie de l’ouvrage, il examine les figures du salut du monde d’en haut. L’examen porte sur quelques figures célestes, en commençant par les anges qui portent un nom (Michel, Gabriel, Raphaël, Uriel, Ragouël, Sariel, Remiel, etc.) ; il établit une sorte de carte d’identité de chacun de ces personnages dans les trois apocalypses retenues, et dans d’autres passages de la littérature « extrates- tamentaire » (pour cet adjectif, voir n. 1, p. 11). L’auteur présente ensuite l’ange anthropomorphe de Dn 10, l’ange puissant de l’Apocalypse et le « fils d’homme daniélique et hénochien ». Cette dernière figure est abordée à partir de dénominations diverses dans différentes traditions (Dn, 1 Hén et 4 Esd) ; l’enquête scientifique nous paraît un peu faible sur ce point. Si l’A. mentionne quelques articles ou quelques éléments de critique, il n’engage pas véritablement la discussion avec d’autres commentateurs ; certes, le problème est complexe, mais pour préciser la figure « céleste », il importait

et quelques questions

par son comportement, implique les

haut, comment « le monde d’en haut

, comment le roi séleucide

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M. MORGEN

de fournir toutes les pièces du dossier. Le chapitre 3 présente la figure du Christ dans l’Apocalypse johannique à partir de visions christologiques essentielles, celle du chapitre 1 qui ouvre le livre, celle de l’Agneau qui est récurrente, la présentation du fils d’homme couronné en Ap 14, et la vision du Cavalier combattant qui entre en scène en Ap 19. En conclusion, on notera que la problématique est bien posée et fort intéressante. Je me permets toutefois de reprocher un manque de discussion critique, et la faiblesse de la bibliographie. On remarque notamment l’ab- sence de références à des articles récents ; l’A. ne mentionne guère les travaux en langue allemande : quelques-uns sont mentionnés dans les notes, mais la Bibliographie générale n’en contient guère. Elle est d’ailleurs très incomplète ; on peut le regretter, car bien des questions présentées dans l’ouvrage auraient pu trouver une nouvelle formulation par le dialogue avec la communauté scientifique. Je pense en particulier à la question du Fils de l’homme. Dans l’ensemble, les commentaires utilisés sont anciens. Pour l’Apocalypse, je mentionne les commentaires de P. Prigent dans sa nouvelle édition (2000) et le commentaire de D. Aune ; ces deux ouvrages ont été recensés dans le précédent Bulletin johannique (RSR 2001, 89/4, 582-585). Il reste que l’ouvrage de Martin de Viviés propose un parcours intéressant sur les conceptions du mal et du salut dans la littérature apocalyptique examinée à partir de quelques grands textes. S’il n’a pas traité la question de manière exhaustive, il a su malgré tout la problématiser par une ouverture sur la cosmologie. Par ce biais, il s’adresse aux lecteurs d’aujourd’hui dans le corps de l’ouvrage et dans les conclusions ; il a réussi à susciter leur intérêt pour les perspectives sotériologiques de la littérature apocalyptique.