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sur: Souffrance

Symposium enFrance... 329

Références
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[3] DodierN., Les Hommeset les machines.
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Métailié,
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[6] Murard P.,Mouvements
N.,Zylberman (1) (1998)146-151.

Travail, souffrance et subjectivité

ChristopheDejours*

Depuis des années,j'essaie de défendrel'idée que le travailest un médiateur


irremplaçable entresujetet société.Non seulementau titred'analyseurou d'opéra-
teur d'intelligibilitédes conduites humaines, mais également au titred'enjeu
matérielet symboliquedes confrontations concrètesentresubjectivitéssingulièreset
rapportsde domination.Enjeu qui ne serait nullementcontingent,mais serait
fondamental, au sens littéraldu terme,pour la reproductionet l'évolutionde la
société,d'une part,pour la transformation des rapportsentregenremâle et genre
femelle, d'autrepart. C'est cetteidée de la du travail,vis-à-visdes rapports
centralité
sociauxqueje développeprincipalement dans Souffrance en France ce que mes deux
critiquesne relèventpas. Je m'appuie,pour faire, un matérield'enquêteque
ce sur
j'ai accumulé avec mes collègues, depuis 25 ans dans les entrepriseset les
administrations. J'essaie de montrerque des conduiteshumainesnouvelles sont
apparuesdans le mondedu travail,conduitesdontil s'agit de donnerune description,
d'abord ; dontil s'agit d'expliquerles conditionsd'apparitionensuite.Contrairement
à ce que semble dire J.-P.Durand,je n'analyse pas uniquementla souffrancedes
sujets(dans le contextedes nouvellesformesd'organisationdu travail).Jecherche
aussi à rendrecomptede leursconduiteseffectives, y comprisde celles qui consistent
nonpas tantà souffrir, qu'à fairesouffrirautruiou à laisserfairesouffrir autrui,sans
s'y opposer; voire à tirerdu plaisirde ces conduites.

* Correspondance
ettirés
à part.
Laboratoire
depsychologie Conservatoire
dutravail, national 41,rueGay-Lussac,
desartsetmétiers, 75005
Paris,France.

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330 C. Dejours

1. Et le plaisir ?

Et d'ailleurs,il est inexactd'affirmer que je ne me suisjamais intéresséqu'à la


souffrance etjamais au plaisirdans le travail.Au centremêmede monpremierlivre,
Travail: usure mentale [5] que cite J.-P.Durand, un chapitreest consacré à un
exemplea contrariode la souffrance, celui des pilotesde chasse qui traitedu plaisir
et de ses conditionsde possibilitédans le travail.Il est donc inexactaussi d'affirmer
que je ne considèrele plaisircomme accessible, qu'aux artisteset aux penseurs.
« Plaisiret souffrance au travail» ne seraitqu'une formuleruséepourmasquermon
incompétence dans le domaine du plaisirau travail.Dans l'ouvragequi portece titre,
un des chapitresrédigépar moi-même,est consacréà la sublimationet à la notion
de résonancesymbolique,pourtenterde rendrecompte,à un niveaunon seulement
concretmais théorique,des conditionsde possibilitédu plaisirau travail.J'ajouterai
que, dans l'addendum à la rééditionde Travail: usure mentale,j'ai publié une
analyse de la psychodynamiquede la reconnaissancequi constitue,je crois, une
conceptionplausiblede la natureet des formesdu plaisirdans le travail.Jeprécise
que l'analyse du plaisirdans le travailfaitapparaîtredes liensindissociablesentrele
plaisir éprouvéet ce qui est conquis dans le registredes attentessubjectivespar
rapportà l'accomplissementde soi dans le champ social. En d'autrestermes,le
plaisirau travailsembleétroitement intriquéà la constructionde l'identitésingulière.
C'est précisémentce lien privilégiéentretravail,plaisiret accomplissement de soi
(avec ses enjeux pour l'identité,donc pourla santémentale)qui explique,je crois,
pourquoi nombred'entre nous sommes effectivement tellementattachésà notre
travail: au pointd'accepter(pourne pas vouloirrenonceraux espoirssubjectifsdont
ce rapportau travailest porteur)de donnernotreconcoursà des conduitesiniques
contreles autres,conduitesque pourtantnous réprouvons.Compromission,en
l'occurrence,osons le dire,plus que compromis,dans l'effortdu sujetpourconcilier
contraintes sociales du travailet attentesvis-à-visde la protectionde son identité;
conciliation- compromissionentrece qui relève de la rationalitémoraleet ce qui
relèvede la rationalitésubjective(dite encorepathiqueou affective)des conduites.
Dans la théoriedu plaisir,effectivement, j'affirmepourdes raisonsthéorétiques,
que je ne peux pas développerici, et pour des raisons cliniques que j'ai déjà
évoquées, que la souffranceest premièredans le rapportau travail.Le plaisir
lorsqu'il est éprouvé dans le travail est obtenu par une transformation de la
souffrance.Le plaisir est un destin possible de la souffrance.Non par une
transformation directe(érotisationde la souffrance, c'est-à-direpar une perversion
masochique) mais par une transformation passantparle travaillui-même,d'une part,
par l'autredu travaild'autrepart.Plaisirde l'accroissementde la subjectivitépar la
réappropriation des contraintesaliénantesdans les nouveaux compromisissus de
l'expérience du travail d'une part; plaisirobtenupar le truchement de la reconnais-
sance par l'autrede la contribution apportéepar sujet l'organisationdu travail,
le à
d'autrepart(psychodynamique de la reconnaissance).

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2. Travail et société

J'essaie de montrerdans mon livre que, ce qui se joue dans l'évolutiondes


conduiteshumainesau travailn'engage pas que l'entreprisemais est déterminant
dans l'évolutionde la société toutentière.Ou, pour le dire autrement, je défends
l'idée que sans référenceà l'apprentissagede ces nouvellesconduitesde toléranceà
la souffrance infligée(commeà la souffrance subie dans le travailet pourle travail),
on ne pourraitpas comprendrecomments'accroissentl'inégalitéet l'injusticedans
la société néo-libérale.Ce que je chercheà montrer, c'est comment,autourdes
enjeux du travail,se forgentdes conduitesqui contribuent à la banalisationdu mal
dans la société.
Effectivement, je me situe dans une analyse qui, à certainségards,va en sens
inversede celle de J.-P.Durand. Le fait premier,pour lui, c'est l'évolution du
capitalismeet la radicalisationde ses méthodesd'exploitation.Les sujets quant à
eux, seraientvis-à-visde ce processus,dans un rapportd'impuissanceet d'aliéna-
tion.Je ne partagepas cetteanalyse. Mon problèmeest exactementinverse.Si le
capitalismeperdure,et si, de surcroît,il évolue, c'est par la volontéd'un certain
nombred'hommeset de femmeset parle consentement des autres.S'il se transforme
en accordantune meilleurerépartitionsociale des richesses,c'est encore sous
l'emprisede la volontéhumaine.Et s'il évolue versla révolution,le nazismeou le
communisme, c'est encoreet toujourssous l'emprisede la volontéhumaine.
C'est pourquoi,bien que la critiquede J.-P.Durand s'énonce dans le sillage de
la sociologiedu travail(c'est-à-dired'une sociologiequi accordeune place de choix
au travail),je ne me situepas surle mêmeplan que lui. Non que je tiennela théorie
du travailaliéné ou du travailabstraitpourfausse.Bien au contraire.Mais, et c'est
là sans doute la contributiondes autres sciences du travail,en particulierde
l'ergonomieet de la psychodynamiquedu travail,voire d'autres courantsde la
sociologiecommela sociologiedes régulations(J.-D.Reynaud,G. de Terssac) ou la
sociologie des organisations(M. Crozier,E. Friedberg),le travailn'est pas qu'un
rapportsocial de domination.Il l'est, assurément,et ajouterais-jeprincipalement.
Mais il estaussi un rapportsocial de subversion, pas seulementun rapportgénérateur
d'aliénation.Et je réunis des argumentspour montrerque le travailest le lieu
privilégiéde la subversionet du changementsocial. En retour, je chercheà attester
que toute subversionsociale, même lorsqu'elle est décriteau titrede l'action,
n'acquiertd'efficacitéque si elle passe aussi par l'organisationrationnelled'un
travailet d'une ou de plusieursactivités.Pas de neutralité, donc,du travailvis-à-vis
du politique: ou bien il joue en faveurde l'apprentissagede la démocratie,ou bien
il joue en faveurde la collaborationet de la soumissionà la domination.
Aussi le travailmérite-t-il,pour le psychologue,d'êtredécritcomme un enjeu
majeur,« central», de négociations: négociationsentredominationet émancipation,
entrecontrainte et liberté,entrealiénationet réappropriation. Ce que j'étudie dans
Souffrance en France , c'est comment se fait cette négociation,où se trouvent
les
engagées responsabilités non seulement collectivesmais aussi individuelles,dans
le contextedu tournant néo-libéral.

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3. Évolution de la sensibilité ?
Or ce tournant est brutal,aucun « expert» ne le conteste.En 15 ans la situation
s'est profondément transformée, les méthodesde gestion,de management, d'orga-
nisation,se sontmétamorphosées ; les techniquesde travailontchangé(« nouvelles
technologies»), l'intensitéet la durée du travail ont augmenté,de nouvelles
pathologiesphysiques et surtoutmentales sont apparues, la précarisationet le
chômageontexplosé,le seuil de pauvretéa été franchipar des millionsde Français
dans un contexte où, pourtant,la nation s'est considérablementenrichie. Je
comprendsla critique d'I. Baszanger qui me reproche,dans l'analyse de la
banalisationdu mal que je propose, de recourir,pour rendrecompte de ces
changements (d'attitude,de tolérance,de consentement, vis-à-visde l'injusticeet de
la souffrance à «
infligées autrui),à des outilsqui sont résolument nonhistoriques».
Je ne sais pas si quinze années constituent une durée historiquesignificative au
regardde l'évolutionde la perceptionde la douleurphysiquequ'étudieI. Baszanger
dans l'ouvragequ'elle a consacréà cettequestion[1]. Il peutsans doutey avoirdes
périodes« d'accélération» historiquede l'évolutionde la perception.Mais, en tout
étatde cause, il faudraitalorsdiscuterdans le détailles rapportsentrenon-perception
(historico-sociale)et dénide perception, ou encoreles formessociales et historiques
du déni. Car les deux choses ne sontpas équivalentes,comme l'a soulignéAlain
Morice [10] à propos de la comparaisondes conduitesvis-à-visdu risque dans le
bâtimentchez les ouvrierseuropéenset chez les ouvriersde JoãoPessoa, au Brésil.
Cela dit,et pourreconnaître encorela pertinencedes objectionsd'I. Baszanger,
il auraitpeut-êtrefallu discuterplus directement des interprétations données par
Boltanskiet Thevenotdans l'analysedes conduitesface à l'injustice.Si je ne l'ai pas
fait,c'est parceque ce débatavaitdéjà été conduitde façonapprofondie parThomas
Périlleux[11, 12] dans sa thèsede doctorat(1997) et dans la Revue Internationale
de Psychosociologie(1997). Resteque noustouchonsici un des pointsparmiles plus
difficiles,analytiquement parlant: non pas tantà propos de l'insensibilité,de la
tolérance,de la résignationou du consentement à la souffrance donton est témoin,
qu'à propos du mouvement inverse : celui de la mobilisation collectiveet de l'action
contrel'injusticeet la souffranceinfligéesà autrui.PatrickPharoa discutéaussi cette
question dans son livre, L'injustice et le mal [13]. De nombreusesenquêtes et
recherchesontété publiéesdans les dernièresannées,qui analysentpar le détailla
façon dont l'injustice se concrétisedans la société contemporaine.Mais ces
connaissancesrestentsegmentées,séparées les unes des autres,comme si leur
agrégationrestaitimprobable,ce qui évoque une difficultéà faire émergerune
« communautéde sensibilité» critique,en dépitdes efforts déployés,ici et là, pour
la faireadvenir.Nous voici de retoursurla questiond'I. Baszangersurla perception
et la sensibilité.Il me semble, que l'obstacle principalà cette genèse vient de
l'ambivalencede ces recherches,intimement associée à l'hésitationsurles conclu-
sions à tirerde l'analyse des processusmis au jour par les chercheurs.L'injustice
dontnous sommestémoinsrésulte-t-elle d'une fatalité? Ou des conduiteshumai-
nes ? Il semblebien,que dans leurmajorité,les chercheurs penchentpourla fatalité.
Cette dernièreseraitde natureéconomique et systémique(évolutiondu marché,

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Symposium enFrance... 333

libéralismeéconomique,mondialisation).En d'autrestermes,les analysesscientifi-


ques produitespar les économisteset les sociologues, plaidenten faveurd'une
injustice sociale qui relèveraitdavantage du malheur économiquementgénéré,
c'est-à-direinexorable,que du mal c'est-à-direde modes de gouvernement et de
décisionspolitiquesqui pourraientêtreautresque ce qu'elles sont.D'où la formation
d'une communautéde sensibilitéorientéevers la résignationplus que vers la
résistanceou la révolte,donnéesen généralpour « irréalistes» et irrationnelles.

4. La question du consentement

On ne sauraitpour autantse défausserde la toléranceà l'injustice sur les


hésitationsde la connaissancescientifique. La toléranceà l'injustices'apprendaussi
et surtout,dans le mondedu travail; dans l'entreprise plus précisément. Ce que dans
Souffrance en Franceje m'efforcede mettreau jour,sous la catégoriedu mal (et non
du malheur),personnene l'ignore, du syndicalisteau PDG. Si l'on revientà
l'analyse du travailet surtoutde l'organisationréelledu travail,commecompromis
négocié,forceest de souleverla questiondu consentement : consentement à laisser
rognerles acquis sociaux, consentementà laisser progresserla précarisation,à
accepter les réductionsd'effectifset à apporterson concours aux plans de
licenciement, à assumerle surcroîtde chargede travail,à laisserdire et écriredes
contre-vérités (sur la réalitédu travail,de la qualité, des bilans financierset des
rapports d'activité, surla conditiondes salariés),consentement à ne pas résister,à se
désyndicaliser, etc.
Et pourtant,dans leur majorité,les hommes et les femmesqui travaillent
subissentces injustices,éprouventla peuret craignent la menacede licenciement, ou
assistentà l'injusticecontreleurs collègues,ou enfinagissentde façon déloyale à
l'égard de leurspairsou de leurssubordonnés, en vertudu principede concurrence
généralisée ; voire apportentleur concours aux actions les plus cyniques et
humiliantesen faveurdes « dégraissages», des « requalifications », des évaluations
individualisées, des auditsinfamants, des licenciements abusifs de syndicalistes, etc.
En d'autrestermes,le système,l'organisation,l'entreprise, ne fonctionnent pas
parune sortede génieinterne, de logiqueimplacable.Il leurfautle consentement des
personnes,au moins,mais surtout l'adhésiond'un grandnombred'entreelles,etplus
encore la détermination d'une minorité,enfinle zèle de tous. Zèle à apporterson
concours à l'ajustementquotidiendes écarts entreprescritet réel ; inventivité,
initiative,habileté,ingéniosité,breftoutel'intelligencehumaineau singulieret au
collectif,sans laquelle aucune productionne pourraitsortir.Autantde conduites
humainesdonc, qui s'articulentdans le sens de la collaborationau systèmeet non
dans celui de la résistanceou de la subversion.Car, forceest de le reconnaître : le
systèmefonctionnebien, avec peu de mouvementssociaux.
Je concède à mes deux critiquesque je ne sais pas analyserles mouvements
sociaux.Jerépondraiseulementque la questionque je pose est différente. Ce que je
voudrais essayer de comprendre,c'est pourquoi il n'y a pas eu davantage de
mouvementssociaux pendantcettepériode de quinze années de Mitterrandisme,

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alors que les motifsde l'action : l'injusticeet la pauvreté,qui n'ont cessé de se


développer,cependantque le pays n'a cessé de s'enrichir, étaientbel et bien réunis.
Quelles que soientles explicationssociologiques,de cetteinertiesociale et de cet
enthousiasmeà fairefonctionner le système,on ne peutpas éviterde s'arrêteraux
problèmes soulevés par les contradictions résultantde la souffranceau travail.
Beaucoup d'hommes et de femmes, effet,pâtissentdes nouvelles formesde
en
l'injusticesociale. Beaucoup en sonttémoins,mais ne résistent pas. Nombreuxenfin
sont ceux qui sont invitésà participerà des actes qu'ils réprouvent, mais ils y
collaborenttoutde même.Mon interprétation de ce consentement passe parl'analyse
de la souffrance. En particulier de la souffrance que le sujetéprouve,de consentirà
collaborerà des actes qu'il réprouve.J'ai, pour désignercettesouffrance, introduit
la notionde « souffrance éthique ». Et I. Baszanger a bienvu les difficultésde donner
un contenu clair à cette notion et de la rendreopératoireau plan théorique.
Désapprouvercertainsactes et les commettre quand même,place le sujetdans une
situationmoralescabreuse.La contradiction moralea des conséquencesqui ne sont
pas que morales,mais affectives.En collaborantà ce qu'il refusemoralement, en
la le
acceptant compromission, sujet s'expose à se trahirsoi-même ; ce qui peutle
fairejouir,s'il érotisel'effetqu'a surlui le spectaclede la souffrance des autres.Il
s'agit alors de perversion,et cela n'est pour le cliniciennullementénigmatique.
Faudrait-ilen conclureque le consentement à se mettreau servicede l'injustice,est
le faitd'une populationde pervers,les uns sadiques et les autresmasochistes? Je
récusecetteinterprétation que ne manquentpas d'évoquernombrede psychologues,
pour de multiplesraisonsque je ne reprendrai pas ici.
Si au contraire,le sujetqui consentà collaborerà l'injusticen'en jouit pas, il en
souffre.On ne peut pas parlerici de souffrance « morale», parce que le termeest
déjà utiliséen psychiatrie comme synonyme souffrance
de psychique(opposition
classique du physique et du moral depuis Cabanis et les idéologues des XVIIIe et
XIXe siècles). C'est pourquoije nommecettesouffrance, arbitrairement,souffrance
« éthique», souffrance comme conséquenceaffectived'une contradiction morale-
pratique.Mon expériencecliniquesuggèreque cettesouffrance de la trahisonde soi
est particulièrement délétèreet qu'elle menacela pérennitéde l'ipséitéet de la santé
mentale.
Effectivement, commele ditI. Baszanger,on ne voitpas en quoi cettesouffrance
éthique pourrait être une ressource.Elle est plutôt une impasse. Face à cette
souffrance,toutefois, certainssujets,mais ils sont peu nombreuxsemble-t-il,se
soustraientet refusentde collaborer(prenantle risque d'êtrecongédiés).D'autres,
nombreuxaujourd'hui,ne parviennent pas à surmonter Ils
le défide cettesouffrance.
tombentmalades.En généralils ne comprennent pas ce qui leurarrive,précisément
parce que la maladie signe qu'ils ne parviennent plus à maintenirl'unité de leur
La
personnalité. décompensation se manifeste le plus souventpar une dépressionou
par une maladie somatique,plus rarement par une Symptomatologie persécutive,
voireparanoïaque.Ce qui se comprendbien,en somme,ce sontles aménagements
perversd'un côté et les décompensationsde l'autre. Mais les autres! Tous les

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Symposium enFrance... 335

autres! Commentfont-ilsdonc pour s'arrangeravec ces contradictions et cette


souffrance éthique? C'est cela qui, pour moi, est l'énigme clinique.
J'ai essayé de montrer qu'ils élaborentdes défensesindividuelleset collectives
spécifiquescontrecettesouffrance, dontj'ai donnéla description dans Souffrance en
France. Défenses qui leur permettent d'obscurcirleur perceptionde la souffrance
infligéeà autrui(déni). Le déni s'accompagneinévitablement d'un engourdissement
de la capacitéde penseret du remplissement du vide par le recoursà des stéréotypes
socialement construitsde rationalisation : le travail, la production,la guerre
économique,la findu travail,sontdes alibisou des pseudo-justifications utiliséspour
obturerla conscience douloureuse.On retrouveici ce que la psychologiesociale
expérimentale a montréavec les théoriesde la dissonancecognitive[2, 8, 9]. Ce qui
me paraîtici devoirêtresouligné,c'est que c'est toujoursau prétextedu travailque
le sujet se défausse de sa souffranceéthique et non au prétextede la morale:
suspensionde la moraleau nom de la raisoninstrumentale.
Dans la conceptionque je présentedans Souffrance en France,je soutiensdonc
deux choses : la première,c'est que les gens ordinairesont un sens moral; la
seconde,c'est que les défensescontrela souffrance éthiqueparviennent à neutraliser
leursensmoral,voireà inverserleursconduitesparrapportà ce qu'indiqueleursens
moral.
Sur quoi pourraitdéboucherla notionde souffrance éthique,commentrépondre
à I. Baszanger?

5. La souffrance éthique

D'abord surla théorisation d'un conflitde rationalités: entrerationalitémorale


d'une part,et rationalité par rapportà la souffrance d'autrepart(protection de soi et
accomplissementde soi), que j'appelle rationalité«pathique » (pour insistersur
l'irréductibilité
de l'affectivité commepassivitéou passion radicale- qu'il s'agisse
de souffrance ou de plaisir).
La tradition sociologique,depuisMax Weber,traiteessentiellement du conflitde
rationalitésentrerationalitéinstrumentale et rationalitéaxiologique.Je pense qu'il
est possible d'envisager,au plan théorique,la partqui revient,dans touteaction
rationnelle,à la rationalitépathiquedans la compositiondes motifsrationnelsde
l'action.
La deuxièmeincidencede cettenotionde souffrance éthique,n'a effectivement
pas été abordée dans Souffrance en France et I. Baszanger a raison d'en fairela
Il
critique. s'agit là d'un programme de travail que j'ai à peine esquissé à l'heure
qu'il est. La notion de souffrance éthiqueet celle de rationalitépathiquesontissues
de ma fréquentation du groupe de sociologie de l'éthique, à qui je dois d'avoir
découvertl'importancede l'éthiquepourla théoriesociale. Cela ne va pas sans poser
des questionsthéoriquesassez difficilesvis-à-visde la théoriepsychanalytique : la
notionmêmede souffrance éthique, si elle se dégage aisément au plan clinique,je
ne sais pas l'articuleravec la théoriepsychanalytique de l'inconscientfreudien,et
j'en suis donc resté,pour l'heure,à poser la questionsans formuler de réponse.

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I. Baszangerprendla précautionde préciserqu'elle admetque « la dimension


pathique,subjectivede l'action est importante et qu'il ne s'agit pas de remettreen
cause sa centralité dans les actionshumaines». Elle écritplus loin qu'il est possible
d'étudier « la dimensionincarnéede l'expérience dans l'action» ou d'explorer
comment« la réalisationde soi dans n'importequelle expériencevitale [...] engage
une reconstruction qui peutêtredouloureuse» (Dewey). Ces considérations ouvrent
incontestablement un espace pourdiscuterles dimensionsincarnéeset affectives de
l'action.C'est d'ailleursla raisonpourlaquelle le débata déjà étéengagé [3, 6]. « On
peutavoirdes réserves» écritI. Baszanger,« surla conceptiondualistede l'humain
dans laquelle le conceptde rationalitépathiquenous maintient ». Je reconnaisque
cetteobjectionest d'une grandeimportancethéorétique. Je seraistoutefoistentéde
retourner la question: commentfairepourne pas avoirune positiondualistequand
on reconnaîtla puissance des déterminations sociales et historiques,et qu'on ne
réduitpas la subjectivitéà un effetmarginalou à un refletde ces dernières?

6. Collaborer au mal
Venons-enà la questionde la collaborationau mal, où peut-êtreJ.-P.Durand
reconnaîtrait une formede collaborationde classe. Il se demande: « alors, nous
sommestous des « nazillons» qui nous ignorons». « La propositionest acceptable
si elle est démontrée», ajoute-t-il.Puis : « le père qui punitson filspour mauvais
résultatscolaire,l'enseignantqui metune noteen dessous de la moyenneet exclut
l'adolescentdu systèmescolaireinfligent le mal et l'injustice». À mon tourde dire
à J.-P.Durandque sa propositionest acceptablesi elle est démontrée.À mon avis il
n'est pas impossiblede démontrer le contraire.En revanche,humilierune caissière
enceinteen l'obligeantà demander,par voix de micro,en sorteque toutle magasin
l'entende,l'autorisationd'aller vidersa vessie ; annoncerà la Poste le passage aux
35 h, exigerdans le mêmetempsdes agentsqu'ils arrivent chaquejour 1 h 30 avant
leur service pour commencerle tri postal et faire passer ensuite en conseil de
disciplineun postierqui exige le respecteffectif des 35 h par semaineau prétexte
qu'il ne tientpas les objectifsfixés, relèvent de l'injusticeet du mal. Mais mon
propos n'étaitpas de déclarerque nous sommes tous des « nazillons». « Tandisque
cette auto-flagellation née d'une mauvaise conscience nous transforme tous en
tortionnaires virtuelsou réels,elle masque à elle-mêmeautantqu'aux lecteurs,les
résistanceset les refusindividuelset souventcollectifsà la souffrance, en premier
lieu des autres». Ce proposest inexact.J'ai pris soin,dans mon livre,de partirdu
pointde vue inverse.Face à l'injustice,il en est qui refusentou résistent.Mais,
précisément, cetteréactionest celle qu'on attend.Face à l'évolutiondes nouvelles
formesd'organisationdu travail,on attendaitdes mouvementsde protestation. Il y
en a, mais peu. Ce n'est pas la résistancequ'il s'agissaitpourmoi d'expliquerdans
Souffranceen France. Elle était escomptée.Ce qu'il faut comprendre,c'est le
consentement en masse et le succès du systèmenéo-libéral,pourtantdénoncépar
ceux-là même qui le fontfonctionner.
Devant les dérivesextrêmement rapidesauxquellesj'ai été confronté par mes
enquêtes dans les entreprisesdepuis 10 ou 15 ans, face à l'aggravationdes

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Symposium enFrance... 337

souffrances infligéesaux hommeset aux femmesqui travaillent, je me suis demandé


ce qui pourraitempêcherque ces dérives n'évoluent versdes formes graveset ce qui
permettrait de maintenir la limiteentrele régimenéo-libéralet un systèmetotalitaire.
Jepense avoirtrouvéune explicationplausibledes chaînonsintermédiaires qui font
passer les gens ordinaires d'une posture critique à la collaboration à des actes que
ils
pourtant réprouvent. L'explication n'est pas extraite de l'analyse de la subjectivité
abstraite,mais de la façon dontles préoccupationsvis-à-visde la protectionet de
l'accomplissementde soi (subjectivitéet rationalitépathique)entrent concrètement
en contradiction avec les contraintes de l'organisationdu travail(rapportssociauxde
travailet rationalitéstratégique)pouraboutirparfoisà des compromisqui se fontau
détriment de la raisonmorale,voirepar le retournement en son contraire.Je pense
que ce processus est un chaînon intermédiaire incontournable de l'analyse de la
collaborationà l'injustice sociale. Je pense que le sens moral est un verrouqui
oppose des milliersde résistancesindividuellesà la « collaboration» de masse. Et je
soutiensque le consentement à servirce que l'on réprouveest incompréhensible, si
l'on ne reconnaîtpas le rôlede la souffrance et des défensescommeclefd'ouverture
du verroumoralet du retournement du sens moral.
Si cetteanalyse est validée, alors il me semble qu'on peut mieux comprendre
commenton a pu obtenirla collaborationde millionsd'Allemandsà des quantités
d'actionsque pourtantils réprouvaient. Il n'est nullementquestion,à partirde cette
de
analyse, prétendre que le nazisme s'explique parles processuspsychodynamiques
que j'ai mis au jour chez les travailleursFrançais. Le nazisme comme système
économiques'analyse avec des argumentséconomiques.Comme régimepolitique,
il s'élucide avec des argumentsde théoriepolitique.En revanche,Yadhésion des
-
personnessingulièresau système,qui implique des responsabilitéssingulières
autantque sontimpliquéesles responsabilités individuelleschez ceux qui ontdécidé
de fairede la résistance- l'adhésion donc et la « collaboration» qui fontle succès
du système,ne s'expliquent pas par des raisons économiques et politiques.
L'adhésionou la résistanceaux injonctionsdoiventêtreexpliquéesen tantque telles,
en particulier lorsque,pourles obtenir,on ne faitpas usage de la contrainte surles
corpspar la force (violence).

7. Singulier et collectif

Contrairement à ce que suggèreJ.-P.Durand,je n'étudiepas des comportements


individuelspourles généraliserensuite,conformément aux tentations du psycholo-
gisme ou au principede l'individualisme méthodologique(dontl'interprétation qui
est donnée me semble d'ailleurs un peu caricaturale).Que mes recherchessoient
classées du côtéde l'individualismeméthodologiquene me gêneguère,mêmesi cela
me paraîtdiscutable.En revanche,je ne voudraispas qu'on puisse extrapolerdu
propos de J.-P.Durand que je considère les « phénomènes» sociaux comme
l'addition ou la réplicationà l'identique,en grand nombre,de comportements
individuels.La souffrance est toujoursun vécu singulieret chacunvit son rapportà
l'injustice d'une manière individuelle.De mon point de vue, il n'existe pas de

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338 C. Dejours

souffrance collective,pas plusque de sujetcollectif.Ce que j'ai montré, en revanche,


c'est qu'en dépitde la singularité de chaque sujetet de chaque souffrance, plusieurs
sujets sontcapables de coopérerpour constituerdes défensescommunescontrela
souffrance. Ce sont les « stratégiescollectivesde défense». Il s'agit bien là d'un
mode d'agrégationou de coopération,qui passe par la constructionde règles
communesde conduite.Et ces conduites,fermement contrôléespar les travailleurs
eux-mêmes,ont une fortecohérencequi contribue à structurer un collectif(en
l'occurrenceun collectifde défense). Ces conduitesne sont pas des conduites
inventéespar des individusisolément.Elles sontproduites(pas toujoursd'ailleurs
car cetteproductionne relèvepas d'un mécanisme)parle truchement d'un processus
qui suppose une coopération intentionnelle entre les sujets. Et ces conduites
collectivessontnotoirement différentesde la sommationde conduitesindividuelles
et semblablesentreelles. La coopérationproduitquelque chose de nouveau dans
l'ordredes comportements. Il arrivesouventque, malgréla trèsfortestructuration de
ces collectifsde défenseet la puissance des contrôlesnormatifsexercés par le
collectif,ainsi constituésur chacun de ses membres,les agentsde ce collectifne
connaissentpas la significationde ces conduites collectives (par exemple les
conduites collectives paradoxales de prise de risques chez les travailleursdu
bâtimentet des travauxpublics) et pourtantils les ont inventées,construites,
reproduites,entretenues, parfoislongtemps,par eux-mêmes.En d'autres termes,
c'est une conduiteintentionnelle, dontles aspectsconcretssontconscients,maisdont
le sens est méconnudes agents.Ce n'est pourtantpas la société ni les rapports
sociaux, ni les rapportsde productionqui ont produitces règles, à traversles
travailleurset à leurinsu.Ces règlesdéfensivesne sontjamais prescrites par le haut.
Ce sontau contraireles travailleurs eux-mêmes,qui mettent en place ces conduites
collectives,afin de ne ce
pas penser qui les faitsouffrir.
Ils en
organisent, quelque
sorte, des conduites sophistiquées,de façon à s'occulter intentionnellement la
perceptionde la réalitéqui, dans le travail,les faitsouffrir : le danger,l'absence de
protection,etc., soit un déni de perceptioncollectivementorganisé.L'inverse en
sommed'un déterminisme social des conduites.

8. L'action

Ce chaînonde l'analyse est important pour pouvoirdiscuterla conceptionde


l'action.Jepense qu'il n'est pas exact que mon livredébouchesurla résignation et
Au contraire,si l'on admetque la conditiondes travailleurs,
l' auto-flagellation. y
comprisla pérennitédu système,repose,en partieau moins,surl'occultationqu'ils
organisenteux-mêmesde la réalité,il apparaîtque pour vaincrela « résistanceau
changement », inévitablement liée à toutesles stratégiesde défense(qui de ce fait
contribueà la pérennitédu système),il faut en passer par la réouverture de la
capacitéde penseret d'élaborerl'expériencedu travail,en particulier l'expériencede
la souffrance.
Vis-à-visde la souffranceau travail,la rationalitéde l'actionpourraitimpliquer
la mobilisationde ressourcesrarement envisagéesdans les théoriesconventionnelles

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sur: Souffrance
Symposium enFrance... 339

de l'action politique. « En un mot, y a-t-il une voie de rédemptionface à la


souffrance devenueontologique? Quel sens accorderà une sciencequi constatesans
pouvoirguérir? » demandeJ.-P.Durand.Effectivement ces questionssontétrangè-
res à mes préoccupations. Les sciences ne constatent pas et ne guérissentpas. Dans
l'activitéscientifique, on chercheà comprendrepourquoi les états de chose sont
comme ils sontet les processusqui présidentà leur transformation, d'une part; à
produire des connaissances argumentées, d'autre La
part. sociologie n'a pas vocation
à soignerla société,pas plus que la biologie n'a vocationà soignerles corps. La
questiondu «traitement»,qu'il s'agisse de l'action politique ou des soins à un
malade,relève de la praxis,c'est-à-direde l'action moralement juste et non de la
science. Et l'action ne sauraiten aucun cas êtreune applicationde la science. Je
pense qu'il convientde se méfierdes actionsà visée « thérapeutique » qui seraient
prescrites par des - ou
scientifiques sociologues psychologues. En ce qui concernela
luttecontrela souffrance au travail,une actionne peutêtretenuepourrationnelle que
si elle est orientéeet pensée par ceux-là mêmequi souffrent. En ce qui concernele
problèmede l'actionen vue de conjurerla souffrance et l'injustice,dontle travailest
à la foisla cause et le moyende les faireperdurerdans la sociététoutentière(voire
de les aggraver),je pense qu'il est possible de dégagerdes objectifsparticuliers qui
consistentà transformer l'organisationdu travail.Pourquoiprivilégier l'organisation
du travail? Parce qu'elle est foncièrement, et de fait,inévitablement, le produit
d'une négociationnon seulementglobale, mais au jour le jour, non seulement
collectivement,mais individuellement,comme l'ont montré,chacun dans un
domaineprécis,les travauxde Daniellou [4], Dodier [7], Périlleux[12], de Terssac
[14], et bien d'autres.Que cettenégociationsoitinégalene changerienau faitqu'il
y a toutde même, constamment, des compromisà négocieret à renégocier.Et,
nolensvolens, c'est de cet espace de négociationsdonton peutse saisirou donton
peut se désintéresser.L'action syndicale montrede façon assez éloquente les
hésitationset les positionscontrastéesqui ont été adoptées pendantces quinze
années,selon chaque collectif.
Penserles ressortspsychologiquesde la dominationet de la servitudedans le
travailest un des moyens,parmid'autres,de renouvelerla délibérationcollectivede
ceux qui travaillent et de concevoirautrement l'action.
Lorsqu'I. Baszanger et J.-P.Durand écriventles textes ici publiés, ils ne
prescrivent rien.Mais ils mettenten cause ce que j'ai versédans la délibération.Ce
faisant,ils proposentd'autresvoies et il me semble que cela fait,en propre,partie
de l'action.
Qu'ils trouventdans ma réponse mes sincères remerciements, ainsi que
l'expression de mon estime pourleur travailet de ma reconnaissance pourle temps
en
qu'ils ont accepté de consacrer, dépit de leurs lourdes charges, à me critiquer.
Que les membres du comité de rédaction de Sociologie du travail acceptent
l'expressionde ma gratitudepour avoir ouvertà cettecontroverse, les pages de la
revue.

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340 C. Dejours

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