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A propos de ce livre

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BIBLIOTHEQUE

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PRÉ DICATEURS.

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P A R T I E.

LES PANEGYRIQUES DES SAINTS.

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C O N T E N A N T

LES PAN EGYRI QU E S D E S SAINTS

dont il e t parlé dans le Nouveau Te tament,

Par le R. P. V I N C E N T

H O U D R r,

de la Compagnie de 7 ES U S.

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AUGSBURG

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.S.

Chez A N T O I N E

B O U D E T ,

à la Croix

d'or.

ruë Merciere ,

M. D C C X V III.

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APEC A P P R O B A T I O N S

ET P R I F I L E G E Dz) R O Y.

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la Croix d'or. ruë Merciere , M. D C C X V III. - APEC A

P R E F A C E.

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Es Panégyriques font la troifiéme partie de la Bibliothéque des Prédicateurs, que le favorable accuëil avec lequel le pu blic a reçû les deux prémieres, fçavoir la Morale, & les My teres, m a donné le courage d'entreprendre.Ç auroit été pour moy une

témérité inexcu able à l'âge où je uis, de m'engager dans un nou

veau & long travail, lor qu'il ne faut plus fonger qu'à e di po er

à la mort , fi je n'avois trouvé la cho e déja bien avancée dans

les recuëils que j ay fait ur ces matieres, lor que j ay été employé dans le mini tére de la Prédication ; & fi des per onnes plus ha biles que moy , ne m'avoient aidé de leur travail à pour uivre mon ouvrage dans le deffein que j'avois projetté, je m'y uis pour tant déterminé par une autre con idération qui e t , que cet ou vrage n'ayant été entrepris qu'en faveur des Prédicateurs, & pour leur faciliter l'employ laborieux auquel ils font appellez, il n'y avoit point d'apparence de le faiffer imparfait, vû particuliere ment que les Panégyriques ne leur font pas moins néce aires que les autres di cours : & que les occa ions fréquentes, dans l'Avent, dans le Carême , & dans le cours de l'année, de prêcher ur les Fêtes des Saints, ne leur permettent pas de s'en di pen er, du moins dans les Egli es qui leur font dédiées , & dont ils font les Tutelaires & les Patrons; car alors le peuple s'attend tellement

d'en entendre l'éloge , que tout autre di cours feroit mal reçû ;

ju ques-là, qu'il e t arrivé quelquefois que le Prédicateur venant

à

manquer, on a mieux aimé e priver du fermon, que d'en ub ti

tuer un fur un autre ujet. Ajoûtez qu'il y a bien des Prédicateurs

qui ne prêchent que des Panégyriques, qu'ils regardent comme

des moyens & des occa ions de e produire devant un auditoire

nombreux & choi i. A Dieu ne plai e que je juge mal de leur in tention ; mais il n'e t pas extraordinaire d'en voir qui e bornent uniquement à ce genre de di cours, où l e prit & l éloquence brillent davantage ; & d'autres qui e font par là un degré aux prémieres chaires. Diray-je enfin que la pl part de ceux qui par

obligation,ou par un devoir attaché à leur mini tére,font engagez

à

comme un mal néceffaire, & comme une charge & une corvée de leur employ. C est pourquoy ceux qui e de tinent au mini te re de la parole de Dieu, font à mon avis, fort prudemment de e pourvoir d'abord des Panégyriques les plus néce aires, & pour

faire de ces fortes de pieces, les regardent , pour ain i dire,

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Panégyriques les plus néce aires, & pour faire de ces fortes de pieces, les regardent ,

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le quels on a be oin du prémier feu, & de la vivacité de l'e prit pour y bien réüffir. Or ( comme les matériaux que je dois four

nir pour cela, dans cette troifiéme partie, ne feront pas inutiles aux Prédicateurs ) du moins l'empre enent avec lequel on me les demande , me le fait pré umer ; je n'ay qu'à les in truire du moyen de s'en fervir , de l'ordre, & de la methode que j'y ay ob

fervé, afin d'en rendre l'u age plus commode , & plus facile

en même temps.

A

Prémierement donc , pui qu'il n'e t pas po ible de parler de

tous les Saints , qui font fans nombre, il a fallu néceffairement en

faire un choix des plus ordinaires & des plus indi pen ables dans le projet que je m en uis formé ; pour cela , je les ay partagez en quatre cla es , & divi ez en autant de Tomes, ou de Volumes

dont voicy l'ordre. Le prémier, e t de tiné aux Saints dont il e t fait mention dans l'Ecriture ; car il e t bien ju te de commencer

par ceux que le Saint-E prit a canoni ez lui-même ; encore a-t'il fallu ( pour ne pas multiplier les Tomes, qui, peut-être, ne le font déja que trop) s'arrêter aux principaux, c'e t à-dire, à ceux qu on prêche plus communément , & preferablementà ceux dont les Fêtes ne font que locales, & ne font celebrées que dans quelques Egli es, ou C munautez particulieres. Le econd,e t pour les Fonda teurs d'Ordres; parce que e font ceux que l'on prêche plus ordinai rement dans les villes où il y a des Religieux qui portent leur nom , ou qui fuivent leur ln titut. De même la multitude nous a encore obligé d en retrancher une partie des plus anciens,& qui font moins connus en ce Royaume. Le troi ieme,comprend les Saints les plus célébres qui fe prêchent dans le cours de l'année , & qui ne font ny du nombre des prémiers, ny du rang des econds. Mais parce

que, comme fay déja dit , il n'e t pas postible de fatisfaire en ce

point, à l'inclination, ou au be oin de chaque Prédicateur, non

plus qu'à la dévotion de chaque peuple qui a reçû quelque ignalé bienfait d'un Saint en particulier , ou bien dont il po ede le corps, ou quelque Relique; pour prévenir les plaintes qu on pour roit faire ur le choix que nous avons fait ( v que parmy ceux qui font omis, il y en a dont les vertus, & les grandes a tions n ont pas moins de mérite devant Dieu , ny moins d éclat de vant les hommes, que celles des Saints que l Egli e univer elle

propo e à nôtre culte, & à nôtre imitation ; ) pour prévenir, dis

je , ces plaintes, je uivray dans le quatriéme tome le deffein & la

conduite de l'Egli c m me, qui a ordonné un office comman à

uivray dans le quatriéme tome le deffein & la conduite de l'Egli c m me, qui

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ceux

pour qui elle n en a point affigné de particulier : ain i ,

pour uppléer en quelque maniére à ceux que nous avons été

contraint d'omettre, nous donnerons des recueils & des maté

riaux pour le commun des Apôtres, des Martyrs , des Do teurs , des Pontifes, des Confe eurs, des Vierges, des Veuves, des Soli taires &c. De maniére que de quelque rang, & de quelque carac tere que pui e être le Saint dont on fera le Panegyrique, on trou vera dequoy le remplir, en appliquant au particulier ce qui fera dit du commun, avec le changement néce aire pour le luy ap

proprier.

Voilà tout le projet & l'ordre de cette troifiéme partie, laquel le , ans contredit, e t la plus difficile , à cau e de la conformité qui e trouve dans les actions de plu ieurs Saints, qui ont em bra é le nème genre de vie , qui fe font rendus recommandables

par la pratique des mêmes vertus, qui ont e les mêmes combats

à

foûtenir , les mêmes ob tacles à vaincre , & les mêmes occa

fions de ignaler leur courage, ou leur fi ielité. Or, je veux que

cette difficulté de trouver tant de différens tours à des faits tout

femblables, ne m'ait pas été imprév ë : elle s'e t fait pourtant mieux entir dans l'éxécution, & m'a fait quelquefois prendre la ré olution d'abandonner cette partie d'un ouvrage qui me fem bloit déja d'une a ez grande étenduë, & qui m engageoit à un Jong & pénible travail. Mais enfin cette difficulté étant en partie furinontée, j'e pere avec le fecours du Ciel, venir en peu de temps

à bout du re te, & en cas que la mort intervienne, je ne defe pére pas que quelque fçavant Ecrivain voyant on utilité, ne e donne

la peine de l'achever.

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pére pas que quelque fçavant Ecrivain voyant on utilité, ne e donne la peine de l'achever.

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Sur le culte que l'on doit rendre aux Saints.

P Ui que les Saints s'intere ent rel'ement dans le falut des hommes , qu'au fenri du Fils de Dieu , ils e réjoüident dans le Ciel, & font une fete quand is

voyent un pecheur e convertir , & faire penitence : n'e t-il pas ju te que les hommes

s'intereflent audi réciproquement dans le bonheur des Saints , & qu'ils contribüent

leur gloire , en leur rendant le culte & l'honneur qui leur et d . Auffi eit-ce le

deffein de l'Eglife dans les fêtes qu'elle céléb c en leur mémoire , dans les priéres

à

publiques qu'elle leur ad 'reife, & dans les éloges que l'on fait dans leurs temples, de leurs mérites , & de leurs vertus. Car 1 º elle les honore d'un culte religieux , com me amis de Dieu, qui font en poifeilion de on royaume , victorieux qu'ils ont de

ce monde, & po effeurs d'une tranquille & bienheureu e immortalité. 2°. Elle les

invoque dans fes be oins, & leur adreife es priéres, comme à fes Médiateurs, qu'elle employe pour avoir plus d'accès auprès de J E s u s C H R 1 s T , & par J E s u s

H R 1 s r auprès de Dieu. C'e t en ces deux devoirs que con i te le culte que l'E

C

glife leur rend , ce qui répond aux deux cho es que nous devons con idérer dans les Saints, par rapport à eux, & par rapport à nous. La prémiere, e t leur gloire & leur

bonheur ineffable , à quoy nous témoignons prendre part , par l'honneur que nous

nous efforçons de leur rendre. La econde, e t l'interêt qu'ils prennent réciproquement au bonheur où nous afpirons ; de maniere que la ju tice & la reconnoillance , nôtre interêt & le leur , m'engagent à défendre le culte qui e t dû aux Saints , dans ce

di cours préliminaire, qui e t proprement un di cours de controver e , pour convain

cre non-feulement ceux qui e font eparez de l'Egli e par un fchi me declaré, mais encore ceux qui y demeurent attachez à l'exterieur, & qui n'ont pas des fentimens allez orthodoxes ur ces articles ; pour les convaincre dis je, de deux veritez principa les. La pré riere , qu'on peut honorer les Saints , fans diminuer , ny partager la gloire qui e t dûé à Dieu ; & la econde, qu'il e t permis , & même qu'il e t très utile de les

invoquer, fans blefier la confiance qu'on doit avoir en celuy qui eul peut foulager

nos be oins.

Prémierement donc , les Saints méritent qu'on lcs honore ; & rien n'e t plus juste

-

que de leur rendre de l'honneur , qui est la recompen e de leur vertu. C'e t pour

cela que l'honneur, felon l'idée que nous en ont donnée les payens memes , n'e t au

tre cho e qu'une connoifiance claire & di tinéte du mérite uperieur d'une per onne , & que l'on s'efforce de luy marquer par quelque témoignage extérieur , comme font les loüanges , les re pects , & les deférences que la coûtume a fait pa er en loy. Il

est vrai que les hommes, qui ne connoi ent pas le fond des coeurs, ni fouvent mê me le vrai mérite, ont le plus communément attaché ces marques de leur e time aux charges , aux emplois, aux avantages di corps & de l'e prit ; parce que le monde

n'e time ordinairement que ce qui paroît avec éclat , & ce qui a coûtume de donner

davantage dans les yeux. Mais l'Egli e qui e t con luite par une régle plus sûre, fça voir, par les lumieres du Saint-Eprit, préfere les vertus chrètiennes non eulement à

la grandeur de la nai ance, & à tous les avantages naturels : mais encore à toutes

les vertus purement morales ; & ne juge digne de on estime , que ce

le la foi plus vive lui-même, , & toutes fçavoir les vertus la fincere qui nous pieté, rendent la chatité faints ardente, & agreables la profonde aux yeux humilité, de cette

divine Maje té, dont le jugement & l'estime e t la regle du véritable honneur. Refu fer donc d'honorer les per onnes qui ont faintement vécu , qui fe font di tinguées du commun des Fideles par une pieté olide , par une patience à l'épreuve , par une vertu

Dieu e time

con ommée, & en un mot , par une éminente fainteté ; refu er, dis-je l'aveu dû à

leur vertu, c'e t refu er de rendre justice à leur mérite , ce qui nepeut venir que de

l'aveu dû à leur vertu, c'e t refu er de rendre justice à leur mérite ,

PREMIER DISCOURS PRELIMINAIRE.

víj

Tignorance du droit , ou du fait ur cet article de nôtre créance ; & c'e t ce qu'il nous

faut examiner.

Pour le fait, nous en convenons, du moins à l'égard d'une grande partie des Saints que nos adver aires mêmes reconnoiffent en cette qualité. Tels font les Apô res, les Premiers Martyrs , & les Premieres lumieres du Christiani me. Ce n'est pas ce qui doit

être conte té ; ils fçavent bien que nous avons dequoi les convaincre fur ce chapitre,

&

cn tout cas » Pour ne Point détourner la que tion , nous uppo ons le fait, c'est à :

dire, une vertu reconnuë de tout le monde, & une fainteté atte tée par des preuves

furnaturelles,comme font les miracles incontestables.Ce n'est donc que fur le droit qu'on

peut di puter , c'e t-à-dire , i la vertu e t honorable, cu fi les per onnes d'une vertu re connuë & upérieure méritent qu'on les révere. H ! Pour qui l'honneur eit il donc fait? A qui e t il dû, s'il n'e t pas le prix de la vertu & du vrai merite ? Or fi lor que les Sants

vivoient ur la terrc , ils meritoient qu'on eût du re pe t pour leur verti , & qu'on les honorât, pourquoi leur refu er cet honneur maintenant qu'ils font dans le Ciel, où ils ne font plus ujets à ces vicistitudes également urprenantes & funestes » que l'incon tance & la fragilité humaine n'a fait voir que trop fouvent en des Per onnes, qui du comble de la fainteré ; font tombées dans les plus grands déréglemens, & e font précipitées dans l'abîme du vice ? au lieu que dans le C el les Bienheureux fone

inébranlablement affermis dans le bien , & qu'outre cela , ils Joüiffent de la gloire &

d'un bonheur incomparable, qui e t la recompen e de leur vertu.

Cette in tance embarraffe un peu nos adveraires, i s ne le peuvent di imuler ; & les variations qu'ils ont faites dans leurs répon es fur ce chapitre , auffi bien que ur quantité d'autres points , marquent aflez qu'ils ont de la peine a trouver une défaite

plau ible à une fi preffante objection. Car publier, comm= ils font dans leurs Catechi mes & dans tous leurs écrits , q le c'e t une idolatrie criminelle de rendre aux creatu res un honneur qui n'e t dû qu'au Createur : nous en convenons ; mais ils doivent

au i convenir de bonne foi de la différence vi ible du culte que nous rendons à Dieu

&

aux Saints ; & on les a tant de fois pouffez ur cet article , que d'aileguer encore un

fi foible prétexte, c'e t avoüer l'i'iis ne peuvent plus défendre une caute défe! perée.

Auffi leur a t'il fallu faire une affreu e peinture de nôtre Religion, pour donner quelque

couleur à leur chifine , & nous impo er le c ime d'idolatrie , dont l'Egli e a plus

d'horreur, qu'ils n'en ont is mais eû eux-m nes. Au fi ceux de leur parti qui on dé couvert le foible de cette répon e , qui n'eit bonne qu'à entretenir les plis grofliers

dans l'aver ion de la doctrine de l'Egli e , apportent une autre répon e , mais qui n'e t pas plus olide.

Iis reconnoiffent donc ce qu'ils ne peuvent plus defavoüer, que les Saints méritent d'être honorez, foit à cau e de la vie vertueu e qu'ils ont menée ur la terre, foit pour

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la gloi e dont ils joüi ent pré entement dans le Ciel. Ils çavent bien que dans l'Ecritu

re la mémoire des Ju tes e t en benediction , & que le Roy Prophete declare hautement,

qu'ils font comb'ez d'honneur & établis comme les Souverains de ce monde: Nimis hono rati unt amici tui , Deus: nºmis confortatus est principatus eorum. Mais ils ajoûtent

qu'ils ne leur rendent qu'un culte civil, comme ils rendent aux Grands & aux souve

rains, que Saint Paul nous commande d'honorer : ou comme l'on con idére les gens d'un merite extraordinaire , dont la vie & les a tions do vent être propo ées pour exemple, pour regle , & pour modele ; ils avoüent qu'on peut même con erver leurs images & leurs portraits, dont la v ë peut rappeller le fouven r de leurs vertus, & nous animer à les imiter : qu'ils ne condamnent pas en ce ens l'honneur que l'on rend

aux Saints, pourvû que l'on e tienne dans ces termes ; & enfin, que toutes leurs inve ti

ves ne tombent que ur ceux qui portent ce culte plus loin. Mais que veulent ils dire par là?

Ils blâment ce culte, ajoûtent-ils, s'il est religieux, ils l'approuvent, & ne le croyene pas inutile, s'il n'e t que civil : mais qu'ils ont jugé à propos de s'en abstenir, en

-

banni ant pour cela leurs images de leurs temples & de leurs mai ons : parce qu'il y a

danger de paffer d'un culte à l'autre ; à peu près comme dans l'ancienne loi, Dieu

avoit défendu à fon peuple de faire des statuës & de emblables repretentations, de crainte que ce peuple porté à l'idolatrie, n'en fit efectivemen: des idoles. Précaution inutile aujourd'hui , & défaite Peu rai onnable : car c cit réduire un Point importaat

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Précaution inutile aujourd'hui , & défaite Peu rai onnable : car c cit réduire un Point

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pREMIER DISCOURS pRELIMINAIRE.

de nôtre foi à une pure question de nom. S'il y a un milieu entre le culte qu'on dole uniquement à Dieu , & celui qu'on doit aux pui ances du monde , & aux hommes de mérite fur la terre ; nous voilà d'accord ; nous profe ons qu'il y a un culte fouverain qui n'est dû qu'à Dieu feul , & incommunicable à quelque créature que ce pui e être. C'e t le prémier principe de la Religion ; & impo er à l'Egli e Catholique qu'elle tran porte ce culte , qu'on appelle de latrie , aux Saints , qu'elle reconnoît & qu'elle revere comme tels , ce ne peut être qu'une pure calomnie , pui qu'elle déclare hautement le contraire. D'ailleurs non eulement elle approuve , mais encore elle commande l'hon neur qu'on rend aux Souverains, aux Magistrats ; aux per onnes d'une dignité, ou d'une vertu di tinguée ; ce n'est pas ce qui fait le ujet de nôtre contestation ; je veux croire qu'ils en tombent d'accord avec nous ; mais voici le différent , jugez s'il a dû être un ju te prétexte d'un fchi me au i candaleux que celui qu'ils ont fait. Ils conviennent que la vénération qu'on doit aux Saints n'e t pas celle qu'on doit à Dieu ; au i jamais Chrétien ne l'a pretendu : ce n'e t pas non plus celle qui e t dûe aux Grands & aux Souverains de la terre , ni aux per onnes con idérables, qui peuvent être méprifables par d'autres endroits, quoique leurs vices & leurs mauvai es qualitez ne nous

di pen ent pas de re pecter en eux la dignité dont ils ont revêtus : ce n'e t pas enfin pour les qualitez naturelles qui peuvent avoir été dans les Saints, telles que feroient l'e prit,

la fcience , le courage , la nai ance, ou les vertus purement morales : en quoi ils peu vent s'être rendus recommandables au i bien que les autres hommes ; car ces fortes

d'avantages n'entrent point en con idération dans le culte que nous leur rendons ; & je

ne crois pas non plus que ce oit par cet endroit, que nos adver aires conviennent qu'on leur doit quelque forte d'honneur & de cujte pré entement ; mais pour leur piété, pour la fainteté de leur vie , & pour la gloire dont ils font en poste ion. Qu'on me di e donc

quel nom il faut donner à ce culte ; l'Egli e l'appelle un culte réligieux, qu'y peut on trouver à redire, pui qu'il e t d'un ordre upérieur à ce qui e t purement humain ? car enfin la grace, la fainteté, la gloire, & les dons du Ciel, en quoi les Saints e font figna lez, méritent qu'on les regarde fur un autre pied. Le culte & l'honneur qu'on leur rend doit donc au i être d'un ordre upérieur à celui qu'on doit aux Grands du monde , & d'ailleurs infiniment au defious du fouverain culte , qui n'appartient qu'à Dieu. Qu'on me di e quel inconvenient , quel abus , quel danger il peut y avoir de l'appeller un culte de Religion , pui qu'il regarde Dieu en quelque maniére, & qu'il s'y rapporto comme å

fa fin ?

Ce qui me fournit une econde rai on, & une econde preuve pour justifier l'honneur

qui leur est dû en

feulement à cau e de leurs vertus, & de la fainteté de leur vie : mais en econd lieu , à cau e de l'état où leur fainteté les a élevez, & du rang qu'ils tiennent dans le Ciel auprès de Dieu, dont ils font les amis, les héritiers, les ju tes po e eurs de fon Royau me , & qui joui ent de la gloire , qui e t la recompen e de leur mérite. Car fi l'Ecriture en a appellé quelques-uns grands devant Dieu , lor qu'ils vivoient encore en ce monde »

de Saints ; je veux dire qu'ils méritent d'être reverez pon

comme nous li ons du glorieux Précurfeur du Sauveur : nous pouvons bien inférer qu'ils

font encore infiniment plus grands dans le Ciel, pui que le même Texte acré nous a sû re , que le dernier de ce royaume e t plus grand en un ens, que celui que l'Oracle de

la vérité même a declaré le plus grand de tous les hommes. Or de ce principe constant,

& que ceux qui combattent le culte des Saints ne revoquent pas méme en doute: je con clus qu'ils font injustes de leur refu er ce culte , qui loin de préjudicier à celui qu'on doit à Dieu , retourne à fa gloire, & la fait davantage éclater. Car comme dans la Cour des Princes de la terre l'on n'y honore pas eulement celui

qui e t astis ur le trône, mais encore tous ceux qui le ervent , ou qui approchent de fa

per onne ; ceux qui par leurs charges tiennent quelque rang con idérable auprès de lui ,

nous voyons qu'ils font re pectez en qualité de les Ministres , & que cet honneur qu'on

leur rend, bien loin de diminier quelque cho e de la déférence qui est dúë au Souverain, imprime une plus haute idée de fa grandeur, parce qu'on ne les honore qu'en fa confi

dération & par rapport à lui : de même lesSaints étant grands devant Dieu, & l'appro

chant de près en qualité de fes amis & de fes enfans, ils font comme révêtus de fa pro

pre grandeur , pui ans de fa puistance, comme parle le Prophete Royal ; glorieux de fa

propre gloire, & heureux de on propre bonheur. C'est pourquoi ce même Prophéte

nous a sûre que Dieu e t admirable dans fes Saints, grand par le cara tere de grandeur

qu'il

Prophéte nous a sûre que Dieu e t admirable dans fes Saints, grand par le cara

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PREMIER DISCOURS PRELIMINAIRE.

ix

qu'il leur communique, pui ant par le pouvoir dont il leur fait part , faint par un écou

lement de fa fainteté qu'il repand ur eux ; mais ur tout , digne d'honneur & de gloire

dans celle qu'il leur fait rendre : Mirabilis Deus in Santiis fats. Car tout cet honneur

fe rapporte å Dieu ; leur gloire étant fon ouvrage, retourne a fon Auteur : & c'est en

un mot , l'honorer lui-même , que d'honorer es erviteurs, es amis , les grands de fa cour. C'e t donc la derniere injustice qu'on fait à Dieu, & aux Saints tout à la fois , que de refuler de rendre ce: honneur qui e t d à l'état & à la per onne d'un Bienheureux,

don: Dieu même fait fouvent connoître le mérite & le pouvoir par les miracles les pl s

furf renans.

J'avoue donc que nous honorons les Sain: s , & que le fentiment de toute l'Egli e dé clare par le Concile de Trente, est qu'on les peut honorer : & parce que les hérétiques ne fe lastent point de nous obje ter le crinie d'idolatrie ur ce ujet , je ne me lasterai point

de leur répeter , que l'adoration pri e , dans un fens particulier , & pour le culte qu'on

appelle de latrie , n'e t dû à la vérité qu'à Dieu eul, & que c'e t le plus abominabie de tous les crimes que de l'attribier à une pure créature ; mais que pui qu'il y en a un autre infiniment inferieur à celui-là, qui e t pouttant un acte de religion , qui n'e t ni fouverain, ni ab olu , mais pl tôt dépendant & relatif, comme i'appellent les Théolo giens, pourquoi trouver étrange qu'on l'attribuë aux Saints , pui que dans l'Ecriture le

*

nom même d'adoration s'applique à Dieu , aux Anges ; & aux hommes, quoiqu'il y en ait une e pece qui ne convienne qu'à Dieu feul à Au i les Ministres Piote tans commen te Ministre

cent à nous faire juttice ur ce point, en nous di culpant du crime d'idolatrie. Mais ce Daillé dans

n'e t pas e faire estice à eux mêmes ; d'alleguer ce culte que l'on rend aux Saints pour fon A olcgie

l'un des pretextes de leur éparation d'avec nous, puifdu'il ne peut y avoir qu'un précepte , 4

formel & precis de la part de Dieu,qui rende ce culte illégitime.Mais où est-il ce precepte? ref

Les pa lages qu'ils alleguent pour cela ne prouvent rien ; mais les exemples des plus 0?"77, cé is

J f

grands Saints de l'ancienne & de la nouvelle loi , qui ont rendu du re pect aux Anges,

aux faints Patriarches, prouvent du moins que ce culte e t permis. C'est pourquoi

l'Egli e qui s'e t expliquée là-de us par le Concile de Trente , ne nous impo e pas une

&

obligation préci e de les honorer ; mais elle nous òblige de croire qu'on le peut , & nous con eille de le faire, comme un moyen de nous fan tifier nous nèmes, en nous pro po ant les cxemples qu'ils nous ont laiflez , & elle nous excite à les imiter, comme :ant le culte le plus grand & le plus honorable que nous leur puistions rendre. C'est de là que je tire ure troifiéme preuve pour ju tifier la conduite de l'Egli e ur

ce chapitre , qui repond en mêne temps à la troifiéine objection de ces faux klez du culte & de la gloire du Seigneur ; fçavoir , que bien loin que Dieu ait défendu d'honorer les Saints, il femble qu'il n'ait tien onnis pour porter le re te des hommes à leui rendre

cet honneur ; oit lor qu'ils combatoient ur la terre , oit maintenan: qu'ils font cou

roonez dans le Ciel. Quels éloges n'a-t'il poin: fait lui même d'un Abraham , & de quel ques autres Patriarches ? N'at'il pas fait éclater leur vertu lor qu'elle étoit cbfc rcie par la calomnie , cu lor qu'elle étoit cachée dans le fond des olitudes i Quelle van

gcance n'a t'il point tirée des affronts & des outrages qu'on leur a faits ? De quelles bénédigtens même temporelles n'a t'il pas comblé ceux qui les ont reçûs avec honneur ,

&

traitez avec re pe i ? faint Paul n'en parle-t'il pas comme de perfennes que le monde

ne méritoir pas de posteder ? Qytbus dignus non erat mundus. Les Souverains & les Grands Ad Helz. de la terre n'ont iis pas été loticz & recompen ez de miile faveurs du Ciel , pour avoir

fuivi lcurs con eils : & comme fi ce n'éroit pas aflez de les avoir rendus repe tables par

leurs vertus , il les a voulu combler d'honneur, en leur donnant la pui ance des ignes

des prodiges , comme il a fait à l'égard de Moy e , qu'il établit en quelque maniére,

&

lc Dieu de Pharaon. On fçait l'honneur qu'il fit rendre à Daniel par les Princes ménies de la terre , en donnant à ce Prophete la conno stance de l'avenir, au i bien qu'au aint Patriarche Jo eph Que n'a-t'il point fait pour rendre illu tre & glorieux l'incom

Parable Jofüé : Ne l'a-t'il pas condrit & foûtenu de toute fa pu flance ? N'a t'il pas

en fa faveu, & à la pre ence entr'ouvert les fleuves , pour les faire pa er à pied ec à fon

peuple ? N'a-t'il pas fait tomber les nu alles des villes les plus fortes : & ce grand

Conquerant n'a-t'il pas par le credit

ques fu, le foleil même, en fufpendant fa cour e ? Quel homme a jamais été plus glorieux,

il avoit aup es de Dieu , étendu fa pui ance juf

&

plus Et pour honoré parler ? des Saints de la nouvelle loi , Dieu ne les a-t'il fas fait honorer dès

-

-

-

-

l'ang. des Saints. I vue ,

*

e

*

Saints de la nouvelle loi , Dieu ne les a-t'il fas fait honorer dès - -

pREMIER DISCOURS PRELIMINAIRE.

pouvoir qu'il leur a donné ur

Saints n'ajoûtent pas grande

x

cette vie par ce même

ront-ils pas ceux

que

toutes les créatures ? Je fai que

foi à tous ces miraclcs & qu'ils

fur ce chapitre,

,

les ennen is du culte des

en contestent la meilleure Partie ;

nous en e ons un di cou s

je ne n'arréterai Pas à les pouster

entier dans une autre occa ion.

Mais du moins ne contette

des Di ciples du Sauveur &

;

Or, fi cet

miracles leur atti

font

le Texte acré rapporte des Apôres

&

écolent enco e homines

cela me uffit pour conclure que Dieu

honneur & ce culte qu'on leur rendoit

roient , étoit juste lor qu'ils

glorieux dans le Ciel, feta-t-il

irez-vous , le même c l e

&

ce n'e t pas fur

qu'on leur

les a voulu faire honorer ur la terte.

, & que leur fainteté & leurs

mortels : maintenant qu'ils

rai on ; je dis eulement que

n m qu'on lui donne

étant

crime à

iilici e , uperfti ie x & crimine'?

rend

Ce n'étoit pas, me

Je l'avouë,

celui

n'avoit rien de

que l'on leur

maintenant après leur mort.

cette

pas un culte civil , pui qu'il

quelque

cela que j'établis la force de

vie ,

n'étoi:

rendoit durant leur

purenent

naturel , & de

importe, il ett

moral qui

en fut l'objet ; &

, peu

attetée par les preuves

les honorer ,

que

dans ces deux

constant qu'après leur mort ,

pas

plus de

leur faintcr

danger,

que s'il y a

ou de

les plus lor qu'ils

fortes de culte à l'égard

pui qu'ils ont le

con tantes , il n'y a

étoient encore en

ce monde; &

quelque difference

Peut ctre une

des mcines per onnes , ce ne

différence effentielle,

& l'autre retourne i

n.eine motif, le

même objet , & que l'un

lD:cu.

Que fi ni la coûtume ni la

,

co

ne faints , & de

reconnue que oit leur fainteré au

leur erreur , que l'u age a

;

dès les prémiers

pratique

-

n'e t pas aujourd'hui dans

reforma curs

-

l'Egli e d'honorer

quelque

canonifer , pour ain i dire , les

moics on Psut

per onnes encore vivantes,

convaincre les plus

de

de

opiniâtres dans

les honnorer apres leur mort ,

la religion avouënt

été de les recennoitre , &

temps

auquel ces

Hécies, & dans un

que l'Egli e étoit encore dans a

latrie , que ans

pureté. En citet, elle

n'eût pas plutôt triomphé de l'ido

qu'elle adoroit plu ieurs

qui ignore

crainte de donner fuje: de

croire aux payers

Dieux eile commença par élever

que le prémier qui fut bâti dans la

l'honneur, & ous le

tien e faire un honneur de e

les plus

pour

,

des tempies

ca l'honneur des Saints. Car

capitale du monde a été

con acré au vrai Dieu, en

&

titre du Prince des Apò res ;

qu'on a v le prémier Empereur Chrê

fut cet exemple

pro terner aux pieds d un Pêcheur,

mettre

pui fins Monarques de la terre

bas leurs ceptres & leurs

couronnes

peut-être pas daigné regarder,

rendre homwage à des 3aints ,

cnt encore au

qu'ils

n eudent

for qu'ils éto

monde pour l'ob cu i:

de leu: naidance , & le peu de

con

érite & découvert

fié a ion où ils étoient , avant

leur iainteté. Ah

grand ,

que Disu cüt fait connoître leur n

Seigneur , puis-je m'écrier

ferviteurs

à un fi

ter avec

icy avec vôtre Prophete,

que vous êtes

de toutes

d'elever ain i vos

haut comble

l'envieux Aman; qui en

de gloire, au de us

la forte qu'on doit

Îes grandeurs morteles & aj

en

condui ant on rival

honorer

omphe, fu obligé de

publier à haute voix ; c'est de

de la terre a voulu

ceux que le Roi (ouverain du Ciel &

faveur. Mais e prit de chi me,

honorer de on anitié & de a

l'e prit de Dieu de

que tu es contraire en ce Point à

Dicu leur a toüjours fait rendre

ravir aux Saints l'honneur que

les fiécles. Je ne

tions. Les f :es qui fe

cypriens, les

par fon Egli e dans tous.

cita

les.

chargerai point ce di cours

d'une multitude de pastages & de

di cours & les éloges que

,

fout instituées pour ce fuit , les

Chry ottonies

;

Grégoires de Nazianze , ies

les Anbioi es , les Augustins.

fai oiene

ont prononcez pour

aux tombeaux de ces

exhortar les peuples à les

honorer les célébritez qui fe

culte des Saints, dont

que

Bienheureux : les Conciles afierb'ez

l'Egli e prinitive, ju qu'à

contre les conoclaftes tone:

;

ce malheureux fiécle pa i ,

cela fait une tradition cou tante de

où l'on a v s'élever une fi

pernicieu e crreur contre le

mieux répondre que tous les

que de confe ier qu'ils y

des pieuves,

quelques

Peres & les D Steurs de l'Égli e

É fortes & i convaincantes ne peuvent

uns d'entre eux aiment

encore les faire revenir ju ques-là

;

jo

qu'on a à la vérité de tout

tombez dans l'etreur,

font eux-mêmes ; & d'autres

avouënt

mais qu'on ne les a pas invoquez;.

temps honoré les Saints ,

& s'efforcent du moins de abolir ; tâchons de forcer

retrancher une partie de ce culte qu'ils encore ce dernier retranchement.

effet la principale partie du

ne peuvent entiétement

culte qu on leur doit ren

L'invocation des Saints e t en

are ; car pour l'imitation,

u age qu'ils

nos adver aires ne nous la di paten:

pas , pui que c'e t le

eul:

croyent qu'on puiste faire de leurs innages,

de nous rappelier le fouvenir

ne Parierai donc poine

i

de leurs vertus, ain de

*

nous exciter å fuirc leurs excmples-Je

-

nous rappelier le fouvenir ne Parierai donc poine i de leurs vertus, ain de * nous

|

PREMIER DISCOURS PRELIMINAIRE.

xj

icy des Images, ni des reliques des Saints, quoique le re pect qu'on leur reni , & les

prieres qu'on fait devant elles , foient une maniere d'honorer ceux qu'elles repréfentent ; on e t trop in truit de la nature de ce culte , & l'on a trop de foin d'en in truire les fide les , pour y voir , ou pour y craindre la moindre apparence de fupcr tition. Mais commc nous invoquons effe tivement les Saints , & que nous avons même une dévotion parti culiére envers quelques uns que nous choi idons pour nos Patrons , & pour nos protec

teurs, comme de econds Médiateurs auprès de Dieu : c'e t ce qui allarme nos Religion naires, qui croyent avoir bien réformé l'Egli e de lui ôter cet appui , & cn uite ce culte, qu'ils regardent comme injurieux au Sauveur du monde , comine inutile à ceux qui les invoquent, & enfin comme ujet à cant d'abus ; que c'e t ôter, di ent-lis , la pierre de fcandale des voyes du Seigneur, que de purger l'Egli e d'un abus i pernicieux. Vous reconnoi fez, je m'a sûre, à ce langage, l'e prit & le genie des Hérétiques: mais voyons

ils ont rai on de faire un caractere i odieux d'une pratique, que je foûtiens avec toute

s

TEgii e , étre glorieu e à Dieu, utile aux fideles , & ben éloignée de ces prétendus abus

que les uns fe font imaginez fans rai on , & que les autres craignent fans fondement.

Ecoutez ceci, fideles enfans de l'Egli e , & ne quittez jamais cette fainte coû ume d'im

plorer le fecours des Saints,& de les prendre pour vos Médiateurs. C'e t ce titre que nous donnons aux Saints , & que l'Eglife & les Peres autori ent, le quel a revolté l'e prit des Novateurs. Quoi , e récrient-ils , reconnoître d'autres média.

teurs que Jesus-CHR1sr ! ou , comme fi fa médiation n'étoit pas uffi ante , recourir à d'autres , & lui donner des a ociez! prétend-t'on que es priéres ne foient pas affez pui

fantes, ou qu'étant jointes à celles des Saints , elles en deviennent plus efficaces, & plus capables de toucher le crur de Dieu ? ou enfin veut on détruire le mérite de fa mort , & anéantir la vertu de on fang ? Voilà un zéle en apparence bien ardent pour défendre la force & la valeur des mérites du Sauveur. Mais ce zéle, bien loin d'être felon la cience,

comme le demande l'Apôtre, n'a pour fondement que l'erreur, & pour fin, de nous ravir

l'un des plus pui ans moyens de nôtre falut ; au i en e t il venu ju qu'à fal ifier ouverte- ment le pa age de faint Paul , qui dit qu'il y a un Dieu , & un Médiateur entre Dieu &

les homines, qui e t Jesus-CHR1st ; en y ajoutant le mot de eul , afin d'exclure par là

l'interce ion des Saints, & leur médiation, quoiqu'elle oit fubordonnée à celle du Sau veur, & qu'elle n'ait de force que par fon moyen.

Que n'en ont-ils appris l'explication de faint Bafile, qui répond par une épitre exprès au même reproche que Julien l'Apostat fai oit aux Chrétiens fur ce même ujet? Je reçois.

dit ce Pere, les faints Apôtres, les Prophétes & les Martyrs, qui prient Dieu pour moi, afin que par leur médiation Dieu me foit propice. Que n'ont ils uivi le fentiment de

*

faint dit-il, Augustin, parle encore qui joint pour l'interce nous dans ion le des Ciel, Martyrs tous les à celle Martyrs de Jesus.CHR qui font 1st avec ? le lui Sauveur, prient In P al. 8 r

}

-

pour nous ; leurs priéres ne ceffent point pendant que nos gémi emens durent. S'ils avoient con ulté les autres Peres fur ce chapitre, au i bien que la Tradition con tante, ils

n'auroient pas préferé leur fentiment particulier au fentiment univer el de l'Egli e ; ils auroient appris que le Verbe Incarné e t à la verité le eul Mediateur de rédemption & .

de propitiation, comme tous nos Théologiens leur ont repondu tant de fois, c'e t à dire,

nem pro nobis : Qu'il s'est livré lui même pour être le prix de nôtre redeniption. Mais il

que lui feul nous a rachetez par le mérite de on fang ; que lui eul a payé le ju te prix de nôtre rachat, & que lui eul nous a reconciliez avec un Dieu offen é. Ce que faint

Paul exprime dans ce pa age même qu'ils ont corrompu : Qui dedit fernetip um redemptio. Ep. I. ad

A

n'e t pas vrai qu'il oit le eul médiateur d'interce ion & de priéres, pui que nous voyons mot, c. 14

dans l'Ecriture, que les Anges dans le Ciel, & les hemmes ur la terre prient pour nous ;

&

qu'il n'y a nuile rai on de contester aux Bienheureux cet emploi & ce ecours qu'ils

rendent aux hommes, qui font leurs freres, & au bonheur de quels ils fe font intere fez durant leur vie. Car enfin qui pourra s'imaginer que ces véritables amis nous manquent

au be oin, que leur protection fini e, ou que leurs prieres ce ent, lor qu'elles peuvent

agir plus fortement, & devenir plus pui antes & plus efficaces ? étant unis plus étroire

ment à Dieu ,font-ils pour cela moins licz d'interêt avec les hommes ? ou bien ont ils perdu la-haut le credit qu'ils avoient ici bas ? Ont-ils moins de faveur auprès de ce Souverain , ou de charité pour nous qu'ils n'avoient alors ? Et Dieu qui a pardonné à tout un peuple à la priére de Moy e mortel , qui en étoit le médiateur, ne fera-t'il pas

quelque cho e en con idération de taat de médiateurs , qui vivront éternellement,

e

)

ne fera-t'il pas quelque cho e en con idération de taat de médiateurs , qui vivront

xij

PREMIER DISCOURS PRELIMINAIRE.

&

qui font toûjours en fi pré ence, & proche de fa per onne

Mais quelle rai on , ou pl tôt quelle con équence plus mal tirée, ou moins uivie, que de conclure de là , que cette médiation e t injurieu e à celle du Sauveur ? Elle n'e t du moins pas mieux fondée que celle que nous avons déja réfutée , que l'honneur qu'on rend aux Saints, partage & diminuë celui qu'on doit au Sauveur. Mais comme on prétend que la médiation qu'on attribué aux Saints , & l'invocation qui s'addreife à eux d'abord, a quelque chofe de plus choquant : je demande i celle des Ju tes ur la terre, par les prié res qu'ils offrent à Dieu les uns pour les autres , préjudicie à celle du Fils de Dieu, que nous reconnoi ons tous pour le vrai & le prémicr Médiateur d'une maniére toute fingu liére ? Certes, comme ils n'u urpen: nullement on pouvoir , & que celui qu'ils ont n'e t ni ab olu , ni indépendant, ils n'entreprennent non plus fur es droits, ou fur on autorité, que fur fon office & fur fa dignité. Car enfin nos adver aires l'u urpent ils eux-mêmes quand ils prient pour leurs freres ?. Ils ne trouvent pas mêrne à redire que nous le fallions. N'y a t' l donc pas de la contra di tion dans leur rai onnement , bien que dans leur conduite ? Ah ! mentita eft iniqui tasfibi, leur pourrois-je dire avec le Prophéte ; l'erreur & l'iniquité e contredit toújours,

s'impo e à elle même. Car fi tonte autre médiation qu'on employe auprès de Dieu e t

injurieu e au Sauveur , comment s'entremettent-ils d'interceder les uns pour les autres ? ou fi elle e t permi e ur la terre , pourquoi lera-t'elle defenduë dans le Ciel , où la charité est plus ardente & plus defintereffee?

&

-

Pfal. 16.

Je demande de plus , & je les pre le de me répondre, fi les Saints nous peuvent procurer

des graces auprès de Dieu , & i en effet ils nous en procurent ? Comme on ne le peut

nier après le témoignage de l'Apôtre faint Pierre, qui a sûre les Chr tiens à qui

il écrit , qu'après a mort il aura oin d'eux , afin qu'ils te fouviennent de ce qu'il leur a re commandé ; qu'on me di e pourquoi on ne peut pas les employer pour ce ujet fi conforme

à

leur état , & à la charité qu'ils ont pour nous ? Le croirez-vous, que la rai on qui les

empêche d'être d'accord avec nous , & dont ils font même un fondement de preuve, e t

que ces priéres qu'on addre e font inutil s, & qu'ain i quand ils avouëroient qu'ils font de feconds Médiateurs auprès de Dieu , & auprès de J E s u -C H R i s T même ; cela ne nous peut ervir de rien de les invoquer , oit chacun en particaller , foit tous en emble, comme fait l'Egli e.

Cette feconde rai on, outre qu'elle est auffi mal fondée que la prémiére, a je ne fai quoi de fi peu fenfé & de fi peu judicieux, que le rid cuie en parcî, de lui-meme, fans qu ul

foit néceffaire que je me mette en peine de la refuter Car cette rai on, qui dans leur

e prit, a prevalu à l'autorité des Peres de tous les fiécies, & au tentiment de l'Egli e , c'e t que les Saints pe connoistent ni n'entendent les priéres qu'on ieur addre e ; parce que la

même di tance qui e t entre le Ciel & la terre , & qui nous cache leur gloire , empêche au i que nos priéres ne paffent ju qu'à eux, & qu'ainfi , difent-ils , il e t inutile d'appeller

à nôtre fecours ceux qui ne peuvent entendre uôtre voix ; & encore moins les prié es que nous leur faifons de coeur. Mais qui ne fçait que quoiqu ,les Saints ne voyent , ni ne con

noiffent pas nos actions par les fens , & par les organes du corps , Dieu a bien d'autres, moyens de les leur faire connoitre? Car qui empêche qu'il ne leur révele , & que cette ré

velation ne leur donne une connoi ance plus nette & plus di tincte des cho es les plus fe

cretes , & les plus éloignées , que nous ne connotflons celles qui fon: le plus à portée de nos ens ? Comme les Prophétes connoiffent les chofesies plus reculées dans l'avenir, &

comme quelques Saints ur la tcrre ont découvert les ecrets des coeurs, non par la péné

tration de leur e prit, mais par une conncistance plus certaine que Dieu leur en a donnée De quelle maniére les Anges entendent-ils nos piéres & nos gémi iemens ecrets, qu'ils, portent ju qu'au trône de Dieu, comme l'Ecriture le di expres ? Que fi l'on me repond.

que les Anges font députez de Dieu pour prendre oin le nous , & que Dieu a pou vû aux

moyens dont ils doivent s'acquiter de leur emploi : hé i es Saints s'intereffent dans nos.

be oins, s'ils font en ibles à nos mi éres , s'ils nous procurent des graces, & follicitent. nôtre conver ion auprès de Dieu , comme nous n'ei: pouvons douter ; n'e t-ce pas avoiier qu'ils connoiffent nos mitéres, qu'ils écoutent ceux qui les prient , & qu tis çavent ceux qui s'addre ent à eux ? ils voyent l'Ellence divine , où toutes cho es font d' ne maniére

plus excellente que dans elles mêmes ; & c'e t pour cela que les Theologiens & les Saints Peres l'appellent un miroir fi iele , qui repré eni e aux Bleuheureux du moti s tou: ce qui les, regarde , & tout ce qui peut contribiici à leui fatisfaction » d'une manicre Rus nv ble &

Epist. 2. c. 4.

r. f'5 .

& tout ce qui peut contribiici à leui fatisfaction » d'une manicre Rus nv ble &

PREMIER DISCOURS PRELIMINAIRE.

xiij

plus vive que s'ils les voyoient de leurs yeux, & par l'experience de tous leurs ens

ll ne me re te plus qu'à vous montrer con bien le troistéme prétex: e que nos adver faires alléguent pour fe defendre de ce culte, e t frivole & peu rai onnable, çavoir difent ils , qu'il ett fujet à de gran Is abus ; de forte que quand cette invocation ne feroit p is dé fenduë, & qu'on fe tiendroit à l'ancien u age, de prier aux mémoires des Martyrs, & d'implorer les uffrages des Saints, afin qu'ils intercedent pour nous ; ( ce que les Égli es d'Angleterre, avec le quelles nos Prote tans ont fait alliance, n'o ent condamner, & ont déclaré par la plume d'un de leur Rois , n'être pas fort blâmable , ) quand , difent ils , on

s'en tiendroit là , ce qu'on y a introduit, & les abus qui s'y gliflent,rendent ce culte illicite,

&

les Prote tans eux mênes ont fouvent appellé fondamental, réduit à un point de fait. On abu e du culte & de la priére des Saints : hé ! que ne e font ils donc contegrez de blåner

cette invocation fuje te à de dangereux inconveniens. Ain i , voilà un point de foi que

ces abus , oit véritables ou imaginaires , & d'y renoncer ? Ils n'auroient fait que ce que

us fai ons, en nous tenant aux paroles du Concile de Trente, qui déclare que les Saints

n

qui regnent au iel avec JEsus H Risr , offent leurs priéres pour les hommes , & qu'il

e t bon & utile de les invoquer: Sanétos unà cum Chrtilo regnantes orationes fitas Leo oferre ; bonum atqui utite effefup liciter eos invocare.

Quand on leur accorderoit que par le zéle & la dévotion indi crete de quelques particu

liers, il e feroit glifle quelques abus , ou qu'il pourroit s'en introduire parmi quelques

Per onnes fimples, les fautes que l'Egl fe condanine & qu'elle defapprouve elle niême, ont

elles dû être un lujet de ruptu e & de tch fine , contre le fent nient de Calvin niêne, qui

réfléchiffan ur la grandeur du mal que cau e la divi ion, asture qu'il n'en faut venir lå,

que dans l'ex reme nece ité, & lorfju'il n'y a plus d'autres me ures å prendre Mais quelle conté quence je vous prie , de vouloir défendre l'u age des cho es les plus utiles & les plus néceflaires à la vie , ous prétex e que quelques-uns en abu ent , ou cn peuvent abu er ? L'Egitíc meme & a vigilance des Patteurs n'arrêtent-elles pas ces abus , quand ils vien

nent à leur conno fance. De plus , q 'ils nous difent en quo ils confitten ces prétendus

abus , qu'ils ont fouffert dans Viclef, dans Jean Hus, & dans Jerôme te Prague , qu'ils reconnoistett pour leurs freres , quoiqu'ils ayent invoqué les Saints ? Ne fera-ce point en priant , & reconnoillant pour Saints des per onnes dont le falut cft douteux , la vie

équivoque, & quelques-uns mêmes qu'on ne fait s'ils ont jamais été au inonde ? Car c'e : à quoi iis cn font réduits : n'e t-ce point dans la maniére de es prier , par des termes outrez, ou par des cérémonies qui ne e doivent pratiquer que da s le culte que

l'on rend à Dieu ?

*

Il e t facile de les fatisfaire fur tout cela, fans entrer dans une longue di cu ion fur tout

ce détail ; les maniéres de les invoquer , ou de les honorer ont faintes, dès-là que la coû

tume de tant de fiécles, & le con entement de l'Egli e les ont autori ées, pui que c'e t à elle à régler nô:re culte & nos dévotions fur ce chapitre. Si quelques-uns ont invoqué des

Saints qu'elle n'a point reconrus, elle ne peut étre coupable d'un culte qu'elle n'approuve & qu'elle ne permet qu'après un examen exact de la vie & même des miracles de ceux

qu'cic niet au nombre des B, nheureux, & pour ce qui e t des acrifices qu'on offre en leur

honneur , & des autres ce emonies que l'Égli e em loye , je repondrai par les paroles Lib.

de faint Augu tin , qu'il ne faut pas croire que le acrifice s'offre aux faints Martyrs, enco- ib,

re que felou l'u age de ce temps là , reçû par l'Egute univer elle , on offre le facrifice fur

leurs corps,

Re iques.

& à leurs mémoires, c'est-a

dire, devant les lieux où e confervoient leurs

D'où il faut conclure , que fi on peut honorer & invoquer les Saints, comme je ne crois Pas qu'on en pui e do te après ce que nous avons dit, pui qu il n'y a rien dans ce culte Pui e choquer un e prit rafonnable , on ne çauroit y apporter tr p de re pe t, pen

ant qu'on s'en tiendra au fentiment de l'Egli e , & que c'e t le plus inju te de tous les

prétextes que les Hé é iques ont pris po ir ju tifier un chufne fait avec tant déclat &

de candale. Je ne veux pas icy retracer le fouvenir de ces fune tes & malheureux temps,

ni des prémie s effers d'une erreur fi infoû, enable ; les temples dediez en l'honneur des Saints ren verlez avec fureur , les Aurels où leurs Reliques é oient expo ées à la vénéra

tion des peu les, prophanez & détrui s ; leurs corps qui s'é oient con e vez entiers après

Plu ieurs fiéc'es brûlez ; leurs cendres jettées au vent ; leurs statuës & leurs images bri

1ées & mi es en pieces , pour ne laiffer aucun monu vent le la Religion daus lanuelle ils

étoient nez. Plut à Dicu que ces temps aftreux n'cu ent jamais été, ou

la enfe

8. d.

8. de

Civir. Dei

c. 27

11},

nez. Plut à Dicu que ces temps aftreux n'cu ent jamais été, ou la enfe 8.

xiv

PREMIER DISCOURS PRELIMINAIRE.

velis dans un éternel oubli ! Je çai, mes freres , ( car la charité chrêtienne, & le zéle que

j'ay pour vôtre falut , n'oblige encore de vous donner ce rom ; ) je çai que pour avoir hérité des erreurs de vos peres, vous n'étes pas coupables de leurs violences ; mais dé testez l'impiété qui les a portez à ces excès , & forcez d'avoüer que les Saints méritent d'ê tre bonorez , qu'ils intercedent pour nous , & qu'il n'y a pas plus de danger c'implorer le

fecours de feurs priéres auprès de Dieu, en leur addre ant les rôtres, que de prier nos

amis de nous faire la même faveur ; convaincus , dis-je, de ces véritez, ne trahillez point les fentimens de vôtre corur , mais écoutez plú ô: celui de l'Egli e , qui e t prête de vous recevoir dans fon fein. C'e t la grace que je conjure ces mémes Saints de vous impétrer du Dieu de miféricorde , qui ne fouhaite rien tant que vôtre alur. Pour vous, fidelles Chrêtiens, qui avez été élevez dans les entimens de l'Eglife, & qui avez uccé fa do trine avec le lait ; fouvenez-vous que ce n'e t pas affez de les honorer &

de les invoquer , fi vous ne vous efforcez encore de les initer , & de uivre les exemples

qu'ils vous ont laistez. Penfez que c'e t pour vous y animer que l'Egli e vous les mer tous

devant les yeux, & qu'il y en a parmi ce nombre prodigicux , qui fetont vos accu ateurs

vos juges , fi vous ne devenez leurs imitateurs , parce que leur état ayant plus de rap

port au vôtre, & leurs emplois ayant été tout emblables à ceux que vous exercez , ils vous font donnez comme des modelles ur le quels vous devez vous former.

&

à ceux que vous exercez , ils vous font donnez comme des modelles ur le quels

XV

SE C o N D D IS CO U R S P R E L IM IN AIRE.

Sur la maniere de faire les Panegyriques des Saints felon la methode

de ce temps.

- Vant que de fournir aux Ministres de la parole de Dieu des deffeins , & des maté

riaux ur les principaux ujets de Patégyriques , j'e pérc qu'ils me çauront quelque

gré de leur donner outre cela , le moyen de les mettre en oeuvre , en leur expo ant nette

ment les régles & la méthode de faire les Eloges des Saints à la maniere de ce temps. En effet , on a tant encheri fur l'ancienne méthode & fur ies préceptes même des Orateurs

prophanes , qu'on peut dire hardiment que c'e't tout un autre genre d'écrire, & de par Jer, & que de bien faire un éloge de cette maniere, c'e t méti er un éloge tout fingulier. C'e t pourquoy les remarques que j ay faites là di ilus doivent être d'autant mieux reç ës B que de toutes les pieces d'éloquence , la plus difficile , de l'aveu de tout le monde , &

ceile où l'on voit moins de per onnes qui cxccllcnt, c'e t le Panégyrique : car enfin ou tre les difficultez générales qui fe trouvent dans tous les di cours de cette nature , les éloges facrez dont nous parlons icy , en ont encore de particulieres ; car il faut fouvent faire coni.oître le mérite de quelques Saints, quoiqu'il ne oit contú que de D.eu eul ;

faut mettre dans un beau jour , des a tions cachées , & qu'ils ont eux-niêmes dérobées

il

aux yeux des hommes , tirer de l'ob curité des vertus purement intérieures, & les tnettre

dans un point de vúë qui en fa e remarquer tout l'éclat i faire connoitre le prix de leur humilité, de leur patience, des confu ions qu'ils cnt fouffettes, des austéritez qu'ils ont pratiquées, & fçavoir par un tour ingenieux , faire e timer des cho es pour le quelles le

commun des hommes n'a que du mépris , & de l'horreur. Il faut enfin attra PPer le carac tere propre du Saint, & le distinguer des autres d'un cara lere emblable ; ce qui n'e t pas i facile , comme nous avons remarqué dans la Préface , particulierement quand on e t en gagé à faire un nombre con idérable de femblables éloges ; car c'e t pre que tc jours le

mene zéle qu'on loüe dans les per onnes Apo toliques , la même force , & le même cou

sage dans tous les Martyrs , & les mêmes au téritez dans tous les l'énitens ; & il n'y a

guéres que ceux qui travaillent fur ces fortes de ujets , qui connoistent la difficulté qu'il

a de n'u er point de redites , & de ne e point copier foy-n éine , ou de ne point e ren

y

contrer avec les autres. C'e t pourquoy je ne uis pas furpris i la plúpart des Prédicateurs

s'épargnent cette peine tant qu'ils peuvent , & ne s'engagent à faire un Panégyrique,que quand ils-ne s'en peuvent défendre. La Morale qui e t Pius en vogue que jamais , leur e t d'un grand ecours en ces occa ions , & à la faveur d'un exorde , on prétend per uader

aux Auditeurs , que le Saint même trouvera bon , qu'on préfere l'édification de leurs ames

à la gloire que lai attireroit un éloge stérile, ou de peu de fruit.

On entend affez ce langage , mais comme il y a des occa ions où l'on est indi pen a blement oblige de s'acquiter de ce devoir , telle que feroit , lor qu'on prêche le jour de la Fête d'un Saint , dans l'Egli e qui lui e t dediée, & qu'on s'attend d'en entendre l'eloge ;

ou bien devant une Communauté Religieu e à la Fete de leur Fondateur , & dans d'autres

femblables cérétnonies ; je n'ay p ne di pen er moy-même , fe'on la méthode que je me

fuis preferite dans les autres parties de cet ouvrage , de mettre à la tête de celle cy , les remarques , ou les réflexions que j ay faites ur la maniere de bien faire un panégyrique,

fur ies défauts q on y commer ordinairement , fans m'arrêter aux préceptes généraux

&

que nous en ont lai le les Mai res de cet art J'en ay entendus une infinité de bons, & de nauvais , & j ay lá la plupart de ceux qui ont été imprimez depuis , trente , ou quarante

ans. J'en ay trouvé de très ju tes , & de très éloquens, fans parler des autres manu crits qui ne font tombé entre les mains ; & bien loin de prétendre d'en faire la critique, ou de trouver rien à redire dans les excellens ouvrages de ces excellens Maîtres , je prie mes Le&eurs d'être per uadez, que c'e t ur ces chef-doeuvres, que je me uis formé l'idée d'un

di cours Panégyrique ; & que j ay remarqué les défauts de ceux qui fe font éloignez de leur méthode , máis de telle forte que , comme en qualité de Prédicateur, j ay toujours.

taché de blåner les vices , fans diffamer les per onnes , maintenant , en qualité d'Auteur,

je n'ay point d'autre deficia que d cinèècher les Prédica:curs de to uocr ca des défauts »

d'Auteur, je n'ay point d'autre deficia que d cinèècher les Prédica:curs de to uocr ca des

*

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-

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xvj

SECOND DISCOURS PRELIMINAIRE.

dont je n'ay pú peut-être moy meme me gatentir. Pour cela, je me propo e d'éxamine r

nature, & la fin du Panégyrique , les cho es qu'on y doit traiter, & enfin, les ornemens

qui y doivent entrer , avec un detail , dout les Préceptes de la Rhétorique ne parlent

la

Point.

,

.

Le Panégyrique en général , est, comme tout le monde çait , un di cours qui renferme

r

r

-

-

-

l'éloge des vertus, & des actions d'une Per onne çoi fiicraele : & la fin qu'on e propo e

dans ce di cours, qui e t ordina:1 cment Pt b: c , c'e t dc nontrer qu'une per onne e t di

gne des ioüanges qu'on lui donne, s de l orter ceux qui les ecou crt , à lui rendre l'hon

neur, & le re pect qui lui e t du. Je ne diray tien de l'origine de cette lorte d'éloges, ny des différentes occa ions où ils peuvent etre cu ployez , ni de tout ce que la Rhetorique

a

coûtume d'étaler ur ce ujet ; quoiqu'il y att des choles aflez cu ieu es à dire, que l'on peut voir dans ceux qui en ont pailé plus a fond. Je dis eulement que quoique les Pa

négyriques factez ayen: beaucoup de choles communes avec les prophanes , ce n'e t pas

cependant tout à fait de mene , Fuitqu ils ont différens dans leur fin , dans la matiere

qui y doit être mi e en oeuvre & dans ia maniele de les

Ce que l'on prétend uniquement dans les Panégyriques des grands hommes, c'e t de

donner une haute dée

de leur mérite , & tout au plus, comme l'honneur e t la récom

pen e de la vertu , de leur procurer de la gloire , par l'e time qu'on en fait naître, & dont on retrace le ouvenir dans les e prits. Mais ceux qu'on fait en l'honneur des Saints, ont pour but , non- eulement de leur procurer après leur mort , la gloire qu'ils ont mépri ée

pendant leur vie: nais, comme nous avons céja dit , de e ervir de leur exemple pour exciter , & an mer les Auditeurs » à les imiter , elon cette parole de laint Augu tin , que fion les ouffiances s'en pré entoi: des Martyrs, ; ce qui doit font s'étendre de fortes à exhortations toutes les vertus à chrétiennes. ouffrir le marryre, Que fi les i l'occa exem ples des grands homnes excitent aufli à de grandes actions , il cst rare qu'on parle devant des Auditeurs qui foient d'une profeilion & d'un caractere à imiter les vertus militaires ou

politiques qui font d'ordinaire le ujet de leurs éloges , qui ne oient portez à les imiter. Et pour ce qui eft des vertus morales , qu'ils peuvent avoir pratiquées, à moins que la

Religion n'y ait part , il e t encore plus rare que quelqu'un en retire du fruit.

Ce qui fait que les éloges des Saints font cn econd lieu différens des autres , pour les cho es qui en font le ujet , & la matiere : c'e t qu'on ne louë dans les autres que des

que a tions les verrus d'éclat, chrétiennes de grandes font entrepries d'une autre , de gands nature exploits , aufli i bien mais que pour d'un les autre Saints, prix. ón fçair Ces

Fanégyriques enfin font differens pour la maniere dont on louë les Saints , puitque c'e t

à Dieu qu'on refere la principale gioire de leurs actions : & toute la Part qu'on en donne

à ceux dont on fait l'éloge, c'e t d'avoir été les fidelles admini ttrateurs des biens que

Dieu leur a confiez.

Il faut pourtant convenir que nonobstant ces différences , & ces difficultez particulie

res, il n'en e t pas de ce genre de di cours , comme des Sermons ur les My teres , & ur

les véritez morales dont nous n'avons point de modelles dans les Auteurs prophanes , & très peu parmy les Saints Peres, ur le quels on e pui e former. Mais pour le Panégyri que, les Grecs , & les Latins, les Auteurs acrez , & prophanes nous ont lai lé des pieces excellentes ; & c'est beaucoup fi nous pouvons approcher de leur perfection. Parmy les

Grecs per onne n'ignore quel cas on a touj urs fait de ceux d'I ocrates : & parmy les Pe res , de ceux de faint Ba ile , de faint Gregoire de Nazianze , & de quelques-uns de faint Chry o tome. Les Orateurs Latins n'ont point cédé aux Grecs en ce point. Ciceron en a fait deux à

la loüange de Cé ar , & un à la loüange de Pompée , le quels ont mérité l'admiration de tous les fiecles ; & depuis que l'éloquence a degeneré avec la pureté de cette langue,

nous en avons des volumes entiers, qui contiennent les éloges des Empereurs ; & celuy de Pline le jeune paffe encore pour une picce achevée, qui a donné ujet de dire que cet

Auteur a fait on propre éloge , en fai ant celui de l'Empereur Trajan. De maniere que ce

genre d'orai on qu'on appelle Epidi tique , e t au i ancien que l'éloquence même. Or comme le Saint E prit s'en e t fervi dans les éloges des Saints Patriarches, dont le livre de l'Eccle ia tique eit rempli , & dans plu ieurs auttes endroits de l'Ecriture , il ne faut

pas être furpiis que l'Eglile l'ait adopté pour honorer les Saints, & pour exciter les fidel

les à l'imitation de leurs vertus. On peut même ajouter que ces Panégyriques acrez ont

cet avantage fur les prophanes , & ur ceux que l'on fait en l'henneur des grands hom-, mes , dans les harangues funcbres , & dans les autres cérémonies où ils font employez ; .

-

qu'ils

grands hom-, mes , dans les harangues funcbres , & dans les autres cérémonies où ils

SECOND DISCOURS PRELIMINAIRE.

xvi

qu'ils ne peuvent guére être u pects de flaterie , qu'ils font écoutez avec plus de re pect ;

que les a tions qu'on y étale , pour être chrétiennes , n'en font pas moins admirables, & ne donnent pas moins de lieu aux plus grands traits de l'éloquence. Ain i la grandeur du

fujet , les difficultez propres de ces di cours , & l'importance de la fin que l'Örateur doit

avoir devant les yeux , font d'affez pui ans motifs pour s'étudier à les bien faire ; & pour

cela , outre les régles que la Rhétorique nous cn donne, voicy Plu ieurs remarques qui

y

pourront être de queique utilité.

Il faut commencer , comme dans tous les autres di cours, par choi ir le deffein , & par tracer le plan ur lequel on veut travailler. Car enfin , faire le Panégyrique d'un Saint, n'e t pas faire un imple récit de fa vie , & de es principales a tions; mais c'est les reduirc

certains chefs, à quoy l'on raporte tout ce qu'il y a de plus grand , & de plus con idé

à

rable. Ce deflein , ou ce plan , pour avoir de la ju teffe , doit avoir on unité , qui e t c

fentielle à tous les di cours d'éloquence; c'est-à-dire, qu'il faut une propo ition, une véri té , ou quelque vertu qui e divi e en es membres, & en fes parties qui ayent de la proportion: Ain i, quand on prend pour deffein du Panégyrique de faint Jean Baptiste,

de faire voir qu'il a été grand devant Dieu , qui est l'eloge que lui donne l'histoire a crée ; les membres, ou les parties de cette vérité, pour en partager les points , fe peuvent prendre de la grandeur de on ministere , qui e t d'avoir été le Précur eur du Meffie, de la rigueur de fa pénitence , & de l'austerité de fa vie , & enfin du courage qu'il a fait pa roître à rendre témoignage de la vérité, en reprenant Hérode de fon inceste. Voilà une

propo ition divi ée en parties, les plus propres, & les plus naturelles du ujet , & qui

renferment tout ce qu'on peut dire. Cette unité e peut prendre tantôt de l'état dans le quel un Saint a vécu, tantôt de l'employ, ou du ministere qu'il a exercé, comme fi ça été un Evêque , un Apôtre, un faint Do teur, en fai ant voir que le Saint a rempli par faitement les plus e entiels devoirs qui font attachez à ces états, de maniere que le ou le plan du Panégyrique, n'étant que pour donner quelque ordre aux a tions des Saints dont on fait l'éloge ; il doit étre conforme à l'état , au exe , à l'employ , & aux a tions par le quelles ils fe font fignalez. On peut quelquefois e borner à une eule vertu, comme

à la charité, ou au zele, & alors divi er cette vertu en fes e peces , ou la confiderer dans les occa ions où elle est le plus d'u age , & avoir égard que la propofition donne d'abord une idée générale du cara tére de la per onne. On pourroit faire icy une question, fçavoir fi l'on peut prendre pour ujet d'un Panégy

rique , une eule action particuliere d'un Saint , comme l'on peut faire l'éloge d'un grand

homme, pour avoir remporté une fignalée viétoire, ou pour être heureu ement venu à bout par fa prudence, d'une grande entrepri e. Il me emble que cela ne ouffre point de contestation, quand on n'a autre cho e à dire, comme le combat, & la mort d'un Martyr,

quand on n'a rien dans fa vie de certain ; & alors, il faut avoir recours à la morale pour

remplir un juste di cours. Ce qui peut encore avoir lieu , quand il est facile de rapporter toutes les autres actions d'un Saint, à cette unique & principale a tion ; comme, dans l'Apôtre faint André, où tout ce qu'il a fait e peut reduire à l'amour , & au defir de la

CIO1X.

Sur ce principe de l'unité qui e doit trouver dans un di cours Panégyrique , il faut

conclure que celui-là n'e t pas juste, qui embraffe deux ou trois vertus , qui n'ont nulle liai on , nulle proportion , & nul raport à une propo ition plus univer elle, & plus éten duë, qu'on doit toûjours prendre pour de fein de fon di cours. Ain i celui qui répré en teroit les tentations de faint Antoine, a folitude, & es jeûnes, n'en feroit pas un Pan

#

yrique régulier, s'il ne réunifloit ces trois cho es fous un même titre, quoique toute

vie de ce Saint e rédui e à ces trois chofes.

proportion des parties qui en i

Ce n'e t pas affez que le plan & le de fein du di cours foit juste par le rapport & la

la divi ion ; il doit être en fecond lieu , propre du Saint, repré enter un Solitaire , comme un Apôtre ,

&

en faire le cara tere ; car on ne

parce que par es prieres, il a contribué à la conver ion du pays, fans qu'il le foit appli qué à l'instruire, ny à prêcher avec zele. Cette circonstance peut bien être rapportée pour exemple de la charité d'un Saint : mais non pas pour faire le caractere d'un Apôtre ; il faut quelque chofe de plus marqué , & qui réponde davantage à l'idée qu'on a communé

ment d'un zéle Apostolique. Il faut de plus que ce de fein air , s'il e peut ; quelque cho

fe de fingulier, qui distingue un Saint, d'avec un autre : ou du moins, qui faile connoitre

qu'il n'a pas tout à fait tenu la même route que les autres de n ême profe ion , ou de

même rang, Que fi le texte qu'on a choi i peut marquer cette distinstion, alors le deflein

Paneg. des Saints. Tome I.

1

Que fi le texte qu'on a choi i peut marquer cette distinstion, alors le deflein Paneg.

!

xviij

SECOND DISCOURS PRELIMINAIRE.

fera heureux ; mais l'on ne doit pas s'en faire une loy, qui non- eulement feroit trop

nante, mais qui auroit de la peine à fournir aflez de matiere pour remplir un ju te di

cours. Par là on exclut tous ces deffeins genéraux qui peuvent convenir à tous le Saints , comme feroit de montrer que tel Saint en particulier a ob ervé fidellement la loy de Dieu,

ou qu'il a été vigilant à travailler à on falut , ou qu'il a évité les defordres du iécle.

Le de ein doit encore avoir quelque chofe de noble, & l'élevé, qui frappe d'abor i , &

qui faffe naître à l'Auditeur le dé ir de l'écouter, & en même temps qui engage l'Ora teur à élever fon tile & fes pen ées pour le foûtenir. Mais il n'y a pas moins de danger de donner dans l'autre excès en voulant rendre fon de fein trop brillant & trop pompeux ; car c'e t un écueil affez ordinaire pour les jeunes Prédicateurs ; quoiqu'aujourd'huy on foit bien revenu de ces delleins i pécieux , comme je l'ay déja remarqué dans la Préface des My téres , & de les prendre des comparai ons de l'Aigle , du Phoenix , des A tres , d'un Temple , des pierres précieu es , & d'autres femblables , qui ne ont plus du goût du fiecle. Ato i ce de iein, qui cut autrefois grand applaudistement dans un Auditoire choi i , & de gens d'e prit , ne eroit pas aujourd'huy bien reçì. Le Symbole étoit une

grenade dont le rapport fournit une divi ion a ez jute , & meme affez heureu e pour le

Panégyrique par ce fruit couronné, de fainte Ur on ule martyre ; parce , qu'il par la repré couleur entoit naturelle la naista , qui ce e royale t la pourpre, de cette & Sainte enfin

les onze mille Vierges es compagnes , par la fécondité de ce fuit , qui renferme une fi

grande multitude de grains ; ce qui n'empêche pas qu'on n'eut på employer cette imilitu

de pour ornement du difcours , au lieu d'en faire le fond , & la divi ion. On ne peut

plas même ouffrir maintenant ces paraileles justes , & é u liez, que l'on farfoit de quel

ques Saints avec les anciens Patriarches, ou avec les Prophetes, dont les rapports fai fotent la mariere , les divi ions , & les tran i ions d'un point à l'autre. Après tour, je crois qu'on ne fe doit pas tant mettre en peine de trouver un deffein pécieux, il uffic qu'il foi: naturel : le point est de le bien rempiir ; & co nme il y a des Saints dont le ca ra tére e pré ente d'abord à l'e prit, & vient en la pen ée de tout le monde, il ne faut

pas le rebutet pour avoir été prévenu par d'autres qui ont pris le même de fein , & la mê me divifion : non plus que l'on ne e met point en peine de rapporter les mêmes actions , pui que le tour, & la maniere de les traiter en feront toujours differens. La plus grande difficulté que j'y trouve , e t d'habiller , pour ain i dire , différemment

des ujets d'un même caractere , tels que font tous les Solitaires , tous les Pénitens, tous les Martyrs , tous ceux qui ont mené line vie Apo tolique, & tous les Saints Fondateurs d'Or 're , don les traits font fi femblables , qu'on n'auroit qu'à changer de nom , pour dire de l'un , tout ce qu'on peut dire de l'au-re. Cette difficulté e fait entir à ceux qui en

ont un nombre con idérable à reciter dans le même licu, & encore davantage à ceux qui

les de redites donnent , ce au que public. je me C'e fuis t ce efforcé qui m'a d'éviter ob igé avec d'en le re-rancher plus de foin; plu ieurs car c'e ; pour t un défaut ne pas dont u er

Lib. 3 Re h

f .

i to»

bien des per onnes n'ont pû fe défendre , non plus que le dire des cho es qui peuvent être

appli luées à plu ieurs autres Saints , & q l'on pourroit justement appeller du commun des Vierges, des Martyrs, ou des Confe eurs. Mais ne nous arrêtons pas davantage ur ce

chapitre.

Après avoir pris fon de fein, & choi i l'ordre que l'on veut donner au Panégyrique d'un

Saint , il en faut venir aux preuves de ce qu'on a entrepris de faire voir , ce que la Rhé

rorique appelle da is route forte de difcours , la narration. Je laiife aux maîtres de l'art

à

& le "çavant & pieux Louis de Grenade en a donnez de

des Saints. Mes ob ervations & les réflexions que j ay faites ur cet e partie du Panégyri

en pre crire les préceptes. Ari tote , Ciceron & Q inrilien en ont fait d'ampies traitez:

pour les Panégyriques

que , ne rega lent qu'un pet t détail où ces grands hommes n ont pas jégé à propos d'enrer ; peut-être ont ils crû que l'expérience, ou le bon fens nous in truiroient aflez

là-de us.

La narration dans un Panégyrique de Saints, e doit prendre de lenrs vertus, & de leurs aétons, parce que c'e t ce qui les a fait Saints , & que c'est pour cela qu'ils ont

mérité qu'on en fi: l'éloge. Or la premiere regle que donne Aristote en général , dans la narration propre du Pané gyrique , m'a fait remarquer plu ieurs défauts dans celle que l'on fait dans l'éloge d'un Saint. t a narration , dit ce Philo ophe , re do t pas êt e toute de

fuite dans ces fortes de di cours , mais à diver es repri es, & partic à partie. Il en apporte deux rai ons. La prémiere, parce que fi l'on fai oit de fuite un narré de toutes les belles

a iions d'une Per onne, comme d'une Part elles font de différentes effcces , & e rappor

les belles a iions d'une Per onne, comme d'une Part elles font de différentes effcces ,

SECOND DISCOURS PRELIMINAIRE.

xix

tent à différentes vertus ; & de l'autre , que la même perionne s'e t ignalée dans chacune en différentes rencontres , ce leroit une cho e trop embarraflante d'obliger l'Auditeur à fa fouvenir de ce qu'on a dit en telle rencontre, pour montrer quelle étoit fa prudence , & de telle autre pour faire voir on courage , & de telle action, pour prouver combien elle

étoit ju te & équitable. Mais l'autre rafon me paroît encore plus plau ible : (çavoir, qu'u nc narration de faits , fans autre liaifon que celle du hazard, & des affaires qui e on r

pré entées , tient plus aux circon tances des

les mettre dans un beau jour. Or cette narration qui ne doit pas être poulée , pour ain i

de la fimplicité d'une hi </