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2016/2017 TD 2 Droit des obligations 1

Corrigé du cas pratique :

 Phrase d'accroche : Le cas pratique a trait à la rencontre des volontés lors de la formation du contrat.
 Bref rappel des faits : Hocine a proposé à la vente un tableau. Il a rapidement retiré sa proposition alors
qu’une personne souhaitait acheter le tableau. Catherine a proposé à Déborah de lui vendre sa voiture,
proposition qu’elle maintenait jusqu’à fin octobre. Catherine est décédée entre temps. Déborah souhaite
toutefois acheter la voiture. Enfin, Clément a envoyé un courrier en réponse à une offre le jour où celle-
ci expirée.
 Énoncé des problèmes juridiques à résoudre : La rétractation d’Hocine peut-elle être sanctionnée ? Le
décès de Catherine a-t-il entaché de caducité son offre ? La vente de l’ordinateur que veut Clément est-
elle conclue ?
 Annonce du plan : seront envisagés successivement les différentes difficultés exposées par les voisins.

I. Les cas d’Hocine - Offre de vente de la voiture

Faits : Le 2 octobre 2016, Hocine a publié une annonce pour vendre un tableau au prix de 300 euros. Le 6
octobre, il a eu une réponde de Madame DUPE lui proposant d’acheter le tableau au prix de 200 euros. Le 7
octobre, Hocine a indiqué à Madame DUPE qu’il propose de lui vendre le tableau au prix de 250 euros. Le 9
octobre, il informe Madame DUPE qu’il retire finalement son offre. Le 12 octobre, il reçoit un courrier de
Madame DUPE faisant part de son mécontentement suite à la rétractation d’Hocine.
Pb : Hocine se demande si sa rétractation a des conséquences. Une offre faite sans délai peut-elle être
rétractée ?

Précision : La première offre d’Hocine a eu lieu le 2 octobre 2016. Ainsi, les règles applicables sont celles
issues de la réforme du droit des contrats puisque les textes sont entrés en vigueur le 1er octobre 2016.

Pour que qu’un contrat soit formé, l’annonce d’Hocine doit pouvoir être qualifiée d’offre et la réponse de
Madame DUPE, d’acceptation.

Il convient dans un premier temps de vérifier si l’offre faite par Hocine est valable.
RDD : L’article. 1114 du Code civil dispose que : « L'offre, faite à personne déterminée ou indéterminée,
comprend les éléments essentiels du contrat envisagé et exprime la volonté de son auteur d'être lié en cas
d'acceptation ».
Ainsi, l’offre est une proposition de contracter qui doit être précise et ferme afin que son acceptation suffise
à former le contrat. L’offre doit être précise : c'est-à-dire comporter les éléments essentiels du contrat
projeté. En d'autres termes, un simple « oui » du bénéficiaire suffirait à former le contrat. En matière de
vente, la Cour de cassation est venue préciser que l’offre ne saurait exister sans que la chose et le prix y
figurent (Civ. 3ème, 13 juin 1972). Par ailleurs, la notion de fermeté renvoie à « la volonté de son auteur
d’être lié en cas d’acceptation » (Com., 6 mars 1990).
Application : En l’espèce, la proposition d’Hocine est une offre faite à personne indéterminée. L’offre est
précise puisqu’elle comprend les éléments essentiels du contrat à sa voir le prix (300 euros) et l’objet (le
tableau). Il faut supposer que l’offre est ferme, Hocine mettant en vente le tableau, il exprime visiblement sa
volonté d’être lié en cas d’acceptation.
Ccl : La proposition initiale d’Hocine est une offre.

Pour que le contrat soit formé, il convient ensuite de vérifier si l’acceptation de Madame DUPE est valable.
RDD : En vertu de l’article 1118 du CC : « L'acceptation est la manifestation de volonté de son auteur d'être
lié dans les termes de l'offre. Tant que l'acceptation n'est pas parvenue à l'offrant, elle peut être librement
rétractée, pourvu que la rétractation parvienne à l'offrant avant l'acceptation. L'acceptation non conforme à
l'offre est dépourvue d'effet, sauf à constituer une offre nouvelle ». L’acceptation est donc valable dès qu’elle
est pure et simple, et certaine. L'acceptation doit être pure et simple : l'acceptation doit être un simple « oui »
et ne doit pas constituer une contre-proposition. C'est-à-dire qu'une acceptation ne doit pas être une nouvelle
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offre faite au pollicitant. L'acceptation doit être certaine, c'est-à-dire qu'elle doit manifester la volonté non
ambiguë de son auteur de conclure le contrat.
Application : En l’espèce, Madame DUPE répond à l’annonce en négociant le prix puisqu’elle propose la
somme de 200 euros.
Ccl : L’acceptation n’est pas pure est simple, il s’agit en réalité d’une contreproposition.

Puisque la première réponse de Madame DUPE n’est pas une acceptation, le contrat n’est pas formé. Il
convient de voir si cette réponse constitue une offre.
RDD : cf règle sur l’offre
Application : ferme et précise en fixant un prix (200 euros) et un objet (tableau).
Ccl : la réponse de Madame DUPE a la qualité d’offre.

Puisque Madame DUPE a fait une contre-offre, il convient désormais de voir si la réponse d’Hocine est une
acceptation.
RDD : cf précédemment
Application : Hocine fait une contre-proposition, propose un prix de 250 euros. Pas d’acceptation pure et
simple.
Ccl : ce n’est pas une acceptation.

Mais alors, est- ce que la nouvelle proposition d’Hocine du 7 octobre est une offre ?
RDD : cf précédemment
Application : Hocine propose un prix de 250 euros pour le tableau (objet).
Ccl : C’est une offre.

Le 9 octobre, Hocine rétracte son offre. Cette rétractation est-elle possible ?


RDD : L’art. 1115 du CC dispose que l’offre « peut être librement rétractée tant qu'elle n'est pas parvenue à
son destinataire ». A contrario, cela signifie que la rétractation n’est pas libre dès lors qu’elle est parvenue à
son destinataire.
Application : Le 7 octobre, Hocine a proposé de vendre le tableau au prix de 250 euros. Le 9 octobre, il a
rétracté son offre. Le 12 octobre, il a reçu un courrier de Madame DUPE faisant part de son
mécontentement. A priori, la rétractation d’Hocine est parvenue à Madame DUPE après son offre (envoyée
deux jours plus tard). Cela est conforté par la réaction de Madame DUPE, visiblement mécontente de ce
revirement soudain.
Ccl : Hocine ne peut pas librement rétracter son offre du 7 octobre.

RDD : L’article 1116 alinéa 1 er prévoit que l’offre « ne peut être rétractée avant l'expiration du délai fixé
par son auteur ou, à défaut, l'issue d'un délai raisonnable ». Pour apprécier ce délai raisonnable, les juges
apprécient souverainement les circonstances de chaque espèce. (DOC. 7 de la fiche : Civ. 3ème, 25 mai
2005). (DOC 8 3ème chambre civile du 20 mai 2009).
Application : L'offre d’Hocine n'étant pas assortie d'un délai, elle doit être maintenue pendant un délai
raisonnable. (Préciser qu’ici il convient de discuter si le délai est raisonnable ou non, en donnant des
arguments). Ici, il y a seulement deux jours entre l’offre de vente du tableau au prix de 250 euros et la
rétractation. Il est peu probable que les JDF considèrent que le délai raisonnable a expiré. En effet, les
démarches pour répondre ainsi qu’un prix de 250 euros méritent plus de deux jours de réflexion.
CCl : On peut donc estimer qu’Hocine a rétracté son offre avant l’expiration d’un délai raisonnable.

RDD : L’article 1116 alinéas 2 et 3 du Code civil précise que « La rétractation de l'offre en violation de cette
interdiction empêche la conclusion du contrat. Elle engage la responsabilité extracontractuelle de son
auteur dans les conditions du droit commun sans l'obliger à compenser la perte des avantages attendus du
contrat ». Autrement dit, le pollicitant qui rétracte son offre avant l’issue d’un délai raisonnable engage sa
responsabilité extra contractuelle. Il pourra être condamné au versement de dommages et intérêts si les
conditions de la responsabilité extra contractuelle sont remplies. Par ailleurs, la rétractation de l’offre
empêche la conclusion du contrat.
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Application : Si les juges décident que le délai raisonnable n’est pas expiré (prévisible), Hocine pourrait
être condamné à verser des DI à Madame DUPE pour avoir rétracté son offre. Madame DUPE ne pourra pas
obtenir la conclusion forcée du contrat puisque son acceptation n’est pas parvenue avant la rétractation
d’Hocine, et que la rétractation empêche la formation du contrat.
Ccl : Finalement, Hocine pourra conserver le tableau mais il s'expose à payer des DI dans l’hypothèse où
Madame DUPE engage sa responsabilité contractuelle.

II. Le cas de Déborah - Offre de vente de la voiture

Faits : Catherine a proposé à Déborah de lui vendre sa voiture lui laissant jusqu’à fin octobre 2016 pour
réfléchir à son offre. Catherine est décédée le 6 septembre 2016. Déborah a manifesté sa volonté d’acheter la
voiture le 8 septembre 2016.
Problème : Le décès de Catherine empêche-t-il la rencontre des volontés ? L’offre est-elle devenue
caduque ?

Pour que le contrat puisse être formé, la proposition de Catherine doit pouvoir être qualifiée d’offre et la
réponse de Déborah, d’acceptation. En l’absence d’indications précises dans le cas, il faut supposer que les
conditions de l’offre et de l’acceptation sont remplies.

Précision : les règles applicables sont celles issues des textes et de la jurisprudence avant la réforme
puisque l’offre et l’acceptation ainsi que le décès ont eu lieu avant le 1er octobre 2016.

RDD : Le décès de l’offrant peut avoir une incidence sur la caducité de l’offre. La jurisprudence distingue
les offres faites avec délai de celles faites sans délai. Concernant les offres faites avec délai, la jurisprudence
considère que l’offre est valable jusqu’à l’expiration du délai, le décès du pollicitant n’ayant aucune
incidence. Document 5 : cass. Civ. 3ème, 10 décembre 1997.
Toutefois, il faut s’interroger sur le maintien de cette jurisprudence suite à la réforme du droit des contrats
qui retient désormais que le décès du pollicitant rend l’offre caduque, que l’offre soit faite ou non dans un
délai déterminé. Un revirement est éventuellement possible
Application : En l’espèce, l’offre de Catherine est faite dans un délai déterminé, à savoir jusqu’à fin
septembre.
Ccl : De ce fait, selon la jurisprudence, l’offre est valable jusqu’à fin septembre. Déborah ayant accepté dans
le délai, le contrat est formé. Néanmoins, en cas de revirement de jurisprudence, l’offre sera considérée
comme caduque. Déborah ne pouvant plus accepter l’offre, le contrat ne pourra pas se former.

III. Le cas de Clément - Moment de la formation du contrat de vente de l’ordinateur

Faits : Clément a répondu par courrier à une annonce de vente d’un logiciel le jour de son expiration, à
savoir le 9 octobre 2016. Le vendeur l’a informé que sa réponse est arrivée trop tard. Clément ayant posté
son courrier le 9 octobre, celui-ci est certainement arrivé les jours suivants chez le vendeur.

(Puisque syllogisme déjà fait sur ce point, on peut être plus rapide). On peut supposer que l’offre du vendeur
et l’acceptation de Clément sont valables. En effet, l’annonce contenait des indications sur le prix et sur
l’objet, la proposition du vendeur est donc une offre. La réponse de Clément avait la qualité d’acceptation
puisqu’il manifestait son consentement à conclure le contrat aux conditions fixées par le vendeur.

Pb : Le problème qui se pose ici est relatif au moment de formation du contrat. En effet, il convient de se
demander quand un contrat se forme, à l’émission du courrier d’acceptation ou à sa réception ?
L’acceptation de Clément est-elle intervenue dans le délai fixé par l’offre ?

Précision : l’acceptation + le délai d’expiration de l’offre sont le 9 octobre 2016. Nous n’avons pas
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connaissance de la date d’émission de l’offre. Quelles règles sont-elles applicables ? Celles issues de la
réforme du droit des contrats ou celles antérieures à la réforme ? Puisque l’acceptation et l’expiration de
l’offre sont postérieures au 1er octobre 2016, il faut considérer que c’est les textes issus de la réforme qui
sont applicables.

RDD : En vertu de l’article 1121 « Le contrat est conclu dès que l'acceptation parvient à l'offrant. Il est
réputé l'être au lieu où l'acceptation est parvenue ». De cet article ressort l’application de la théorie de la
réception au contrat conclu à distance. Ainsi, le contrat est conclu lorsque l’acceptation de l’offre est
parvenue au pollicitant.

Pour info, RDD qui s’applique avant 1er octobre 2016 : Si une telle hypothèse ne pose guère de difficulté concernant la rencontre de deux
personnes physiquement présentes au même moment et au même endroit, le contrat conclu à distance semble plus problématique. En effet,
l’acceptation de l’offre peut intervenir à deux moments différents : soit lors de l’émission de l’expression de volonté (c’est la théorie dite de
l’émission), soit lors de la réception de celle-ci par le pollicitant (c’est la théorie dite de la réception). Si le Code civil n’offre en la matière
aucune solution certaine, la jurisprudence de la Cour de cassation a opté en faveur de la théorie de l’émission, notamment par un arrêt de la
chambre des requêtes du 21 mars 1932 (Req., 21 mars 1932), confirmé depuis par un arrêt de la chambre commerciale du 7 janvier 1981 (Com.,
7 janvier 1981 DOC. 3 de la fiche). C’est donc lors de l’émission de l’acceptation que le contrat est destiné à devenir parfait.
Mais des arrêts sont venus semer le trouble (dont Civ. 3ème, 16 juin 2011, DOC. 4 de la fiche = Se pose la question de savoir s'il faut voir dans
ces arrêts un véritable revirement de jurisprudence, ou simplement une application de la théorie de réception compte tenu des circonstances
particulières.). La Cour de cassation a semblé consacrer la théorie de la réception dans ces affaires complexes La théorie de l’émission semblait
bénéficier jusqu'à présent d’une assise plus importante, il importe de rappeler que la réforme du droit des contrats opte, à l’inverse, pour une
consécration de la théorie de la réception, les juges du fond disposant d’un pouvoir d’appréciation conséquent en de telles circonstances.
(Rappeler aux étudiants que la matière du droit des obligations est truffée d'incertitudes, qu'il ne faut pas en avoir peur, et qu'il faut au contraire
signaler ces incertitudes quand elles existent).

Application : En l'espèce, Clément a envoyé sa réponse le 9 octobre. Nous n’avons pas connaissance de la
date de réception du courrier par le vendeur, toutefois, il est impossible que le courrier soit arrivé le jour
même.

Ccl : Par conséquent, le courrier d’acceptation de Clément est parvenu au vendeur après le 9 octobre.

Le contrat est-il alors formé ?

RDD : Selon l’article 1117 précité « L'offre est caduque à l'expiration du délai fixé par son auteur ou, à
défaut, à l'issue d'un délai raisonnable ». La caducité de l’offre empêche la conclusion du contrat.
Application : L’offre du vendeur de logiciel était assortie d’un délai. Celle-ci expiré le 9 octobre à minuit. A
partir de ce moment, l’offre devient caduque. Clément ayant posté son courrier le 9 octobre, le courrier est
nécessairement arrivé les jours suivants. Puisque la théorie de la réception s’applique, le contrat se forme à
la réception de l’acceptation. L’acceptation étant parvenue au vendeur à un moment où l’offre était déjà
caduque, le contrat n’a pas pu se former.
CCl : il n’y a pas eu rencontre des volontés, le contrat n’est pas formé. Clément de pourra pas obtenir le
logiciel.