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3) Les murs de béton à MCP

Des parois en béton offrent en général au bâtiment une grande capacité


thermique et donc une certaine inertie thermique, ce qui a pour effet de réduire
l’influence de la température extérieur et du rayonnement solaire sur les conditions
intérieures. Cette caractéristique permet donc de conserver la chaleur et de diminuer la
taille des équipements de chauffage et de climatisation.

Evidemment, au plus la paroi est épaisse, au plus ce phénomène sera important.


Pour maximiser l’inertie thermique de la paroi et conserver des volumes de béton
raisonnables, on peut associer le béton à un MCP. L’incorporation des MCP doit
cependant remplir certaines conditions, comme :
- La non-altération des propriétés mécaniques du béton
- Une modification raisonnable de la conductivité thermique
- Une tenue au feu respectant les normes, et l’absence d’absorption d’humidité

Si l’on compare les blocs de béton avec MCP avec les blocs de béton normaux, on
observe que ces conditions sont globalement remplies, et surtout que la capacité de
stockage de l’énergie est d’environ 200 à 300% supérieure avec MCP. En effet, on a
l’équivalence suivante en matière d’inertie thermique :

Cependant, tous les bétons ne sont pas compatibles avec les MCP. En effet, les
acides gras et ester d’acides gras présents dans les MCP utilisés peuvent réagir avec les
produits alcalins lorsque le pH est supérieur à 8.5. Le béton étant un matériau très
alcalin, on cherche à minimiser cette alcalinité pour pouvoir l’associer avec le plus de
MCP différents.

Il existe de nombreux types de béton, qui sont généralement soumis aux deux
techniques de traitement thermique les plus répandues : l’étuvage et l’autoclavage.
Les bétons étuvés sont chauffés à 80°C dans un milieu humide, à pression
atmosphérique. Ils subissent des réactions du type :

Ciment Portland + eau = Trihydrate de Silicate de Calcium + Hydroxyde de


Calcium
( 3Cao.SiO2 + Cao.SiO2 ) + H2O 3Cao.SiO2.3H2O + 2Ca(OH)2
(1)
Les bétons autoclavés quand à eux sont portés à une température comprise entre
120 et 150°C, et à haute pression. Il se produit la réaction suivante :

Ciment Portland + Silice + eau = Tri hydrate de Silicate de Ca + hydroxyde de Ca + silice


( 3Cao.SiO2 + Cao.SiO2 ) + 4 SiO2 + H2O 3Cao.SiO2.3H2O + 4 SiO2 + 2Ca(OH)2
(2)

5Cao.6SiO2. H2O

« Un autoclave, utilisé pour chauffer le béton sous très haute pression »

En comparant les équations (1) et (2), il apparaît que les produits qui ont été
étuvés contiennent plus d’hydroxydes de calcium, et ont ainsi une plus forte alcalinité
en comparaison aux produits autoclavés. On peut résoudre ce problème en ajoutant au
béton étuvé différents types de pouzzolanes, qui pourront transformer les Ca(OH)2 en
silicates de calcium hydratés, sans altérer de façon notable la qualité du béton.

Reste alors à choisir le MCP que nous allons incorporer au béton. En plus d’être
compatible avec le béton qui aura été choisi, le MCP doit répondre à d’autres critères
que ceux cités précédemment, spécifiques aux réglementations du bâtiment comme par
exemple la toxicité ou la tenue au feu.
Nous avons alors comme principaux candidats pour ce choix les produits
organiques, que sont les paraffines, les acides gras et les esters d’acide gras. Le choix
s’effectue aussi en fonction de la température dans laquelle la pièce doit être
maintenue.
Ainsi, pour maintenir une pièce dans la zone de confort thermique, c'est-à-dire
entre 14 et 25°C, le stéarate de butyle et le dodécanol sont utilisables pour imprégner
le béton.
En revanche, dans la zone de température intermédiaire (30-40°C), le
tétradécanol sera mieux indiqué.

L’incorporation des MCP au béton peut se faire de différentes manières, procédés


que nous avons déjà cités auparavant :
- L’incorporation directe
- L’immersion (ou imprégnation)
- L’insertion de capsules

L’incorporation directe consiste à ajouter directement le MCP au béton lors de sa


fabrication. C’est à la fois la manière la plus simple et la plus économique de procéder.
Cependant, le succès de cette méthode dépend de deux conditions essentielles.
Premièrement, l’introduction du MCP au mélange ne doit en aucun cas interférer
avec le processus d’hydratation du béton. Pour ce faire, le MCP peut être introduit sous
forme solide (poudre ou granulés), en faisant bien attention lors du mélange à ce que la
température ne dépasse pas la température de fusion.
De plus, l’addition de ce matériau ne doit pas porter atteinte à la résistance du
liant dans le béton, ni provoquer de réaction en les composants du mélange et/ou lui-
même.
Enfin, il faudra également faire attention à ce que la cure du béton n’élimine pas
le MCP introduit.

L’imprégnation consiste quant à elle à plonger les blocs de béton dans le MCP
liquide. Ce procédé montre une certaine flexibilité, qui permet alors de produire en
série ces blocs à partir de blocs de béton usuels. En revanche, cette technique est moins
économique que l’incorporation directe.
Avant de tremper les blocs, les échantillons de béton et de MCP sont portés à
80°C. On les immerge ensuite pendant 12 minutes.
L’expérience montre que l’absorption et la rétention du MCP sont fonction de
nombreux paramètres, comme par exemple la structure du béton (porosité, etc…), sa
température (et son effet sur la capillarité), la viscosité du MCP, etc…
En effet, la structure du béton et la température vont déterminer le diamètre des
pores du matériau. De plus, la température modifiera les propriétés du MCP, comme sa
tension superficielle, sa viscosité ou sa masse volumique, favorisant ou non sa montée
dans le réseau capillaire que constituent les pores.
On peut exprimer la variation de la tension superficielle γ et celle de la masse
volumique ρ entre 2 températures T1 et T2 par les relations suivantes :

γ2/γ1 = [(TC-T2) / (TC-T1)]1/2


, où Tc température dite « critique ».
ρ2/ ρ1 = [(TC-T2) / (TC-T1)]1/3

On détermine la montée de liquide dans le capillaire par :

, où r rayon du capillaire et g constante de gravité.

On peut ainsi quantifier la quantité de MCP absorbée par les capillaires du bloc,
en fonction du type de béton et des conditions de pression/températures.
Porosité microscopique naturelle du béton 

Connaissant la quantité de MCP absorbée, on peut alors connaître la chaleur


spécifique du matériau.
Pour finir, nous avons montré que les bétons autoclavés étaient compatibles avec
plus de MCP que les bétons étuvés. Ces bétons possèdent pour la technique du trempage
une autre qualité : un grand pourcentage de vides, ce qui garantit une meilleure
absorption.

La dernière méthode d’incorporation des MCP aux bétons est l’insertion du MCP
dans des microcapsules.
Le recours à ce procédé est encore aujourd’hui du domaine de la recherche, du
moins dans le secteur du bâtiment (on l’utilise pour certains vêtements). Il consiste à
enfermer le MCP dans une enveloppe solide, de taille variant de 1 à 1000µm.

« Des Microcapsules solide, contentant un MCP paraffinique. »

Pour finir, nous avons vu que l’incorporation d’un MCP à un béton peut poser un
problème de compatibilité entre ces deux matériaux, dû principalement au caractère
alcalin du béton confronté à l’acidité de certains MCP. Cependant, même si le couple
béton-MCP semble fonctionner lors de sa fabrication, il faut tout de même s’assurer de
sa stabilité et de sa pérennité.
En effet, les esters d’acides gras peuvent s’hydrolyser selon la réaction suivante :

RCOOR1 + H2O RCOOH + R1OH


Il faut donc toujours veiller à minimiser l’alcalinité du béton, que ce soit par
traitement thermique (autoclavage) ou par ajout d’autres matériaux diminuant
l’alcalinité. On remarquera d’une part que ces problèmes de stabilité ne concernent pas
les paraffines, non réactives et stable, et d’autre part qu’un béton chargé en pierre
ponce pourra contenir un MCP particulièrement réactif, comme par exemple le stéarate
de butyle.

III/ Autres utilisations des MCP

1) Chauffage par le sol

Le sol représente une grande partie de l’espace de chaque pièce. Ainsi il peut être
intéressant d’utiliser un chauffage par le sol.
Ce type de chauffage est doux et agréable, il n’occupe pas de place dans la pièce et
est silencieux. Il est plus agréable d’avoir une source de chaleur verticale homogène
qu’une source de chaleur forte localement.
En effet un radiateur émet une forte chaleur mais localement, la température de la
pièce est donc loin d’être homogène ce qui peut en faire une gène.
La température idéale est de 24°C au niveau du plancher et de 19°C à 1m70 du sol.
Ces températures sont plus facilement atteignables par l’utilisation d’un chauffage au
sol qu’un chauffage classique au radiateur. Les deux images qui suivent illustrent bien
ces faits :

Chauffage par radiateur Chauffage par le sol

Quel pourrait être alors l’utilisation des MCP pour un chauffage par le sol ?

Les chauffages par le sol traditionnels utilisent des résistances ou des fluides passant
dans des tubes. Ils doivent chauffer la dalle à une température de 30°C et dégagent de
la chaleur même durant les moments ou la température voulue est atteinte, ils
consomment donc tout le temps.
Les MPC ne sont pas sujets à ces inconvénients : en choisissant la température de
changement on atteint une température idéale (environ 24°C) et on peut stocker la
chaleur latente durant les moments creux. Autre avantage, lorsque la température
voulue est dépassée le MCP dégagera moins de chaleur.

Il existe deux technologies permettant un chauffage par le sol :

- Une première utilise un MCP injecté dans des capsules coniques en PVC
thermiquement scellées. Ce système permet une manipulation aisée et
combine à la fois une bonne conductivité thermique et une grande surface
d’échange pour une quantité de MCP donnée. Ce système a un coût peu élevé,
permet une manipulation et un entretien élevé et s’utilise dans le neuf ou
l’ancien.

- Une deuxième utilise des MCP encapsulés sous la forme de granulats. Ce


système est conseillé pour le chauffage électrique. Les câbles chauffant sont
disposés sur l’isolant puis recouverts d’une couche de granulats. On recouvre
ensuite le tout d’une fibre plastique puis d’une dalle en béton.
2) Intégrations des MCP dans les fenêtres et rideaux

L’utilisation de chauffage ou de climatisation a un coup relativement important


malgré le confort que cela procure. Un système de fenêtres à double-vitrage utilisant
des MCP permet de réduire les pertes de chaleur. Le MCP peut circuler entre le deux
vitrages.
Le MCP liquide est introduit dans l’intervalle entre les deux vitrages par l’intermédiaire
d’une pompe qui est activée pour une différence de température donnée.

Lorsque l’inclinaison du rayonnement solaire est supérieure à 40 ° (été), il y a un


réfléchissement total des rayons solaires sur la fenêtre. Lorsque l’inclinaison du
rayonnement solaire est inférieure à 35 ° (hiver), les rayons solaires traversent
complètement la fenêtre. Ceci permet de mieux gérer la chaleur autant en hiver qu’en
été.
Des recherches ont montré que la couleur verte pour MCP était la plus efficace sur la
visibilité et le réfléchissement.

Les rideaux à base de MCP sont encore au stade de l’expérimentation dans


l’optique d’une amélioration du confort résidentiel. Le principe de fonctionnement
consiste à laisser les fenêtres ouvertes afin que les rideaux soient exposés aux
rayonnements solaires. La fusion des MCP permet de rafraîchir l’intérieur du bâtiment.
Au cours du refroidissement nocturne ou par temps nuageux, le rideau libère la chaleur
solaire emmagasinée, permettant ainsi aux MCP de se solidifier et à la pièce concernée
de se réchauffer.
Certains essais sur des rideaux à base de MCP ont eu des résultats concluants.
En utilisant l’acide laurique, la température de l’air a augmenté de 4°C en 5 heures de
fonctionnement nocturne.
D’autres essais avec un rideau à base de MCP ont abaissé la température de 2°C
durant la journée.
3) Utilisation active des MCP

Les systèmes actifs sont des systèmes où la circulation du fluide dans les composants
est actionnée par un système mécanique (ventilateur, pompe, etc). Ce caractère actif
permet d’utiliser la capacité de stockage et/ou de déstockage d’énergie à la demande,
c’est-à-dire de façon non subie.
Les systèmes actifs sont composés en général de trois éléments :
- L’échangeur de stockage de l’énergie thermique de chaleur latente :
LTHES1contenant les MCP. C’est l’élément central du dispositif de stockage
- Le circuit de circulation du fluide (souvent de l’air, parfois de l’eau)
caloporteur
- Un ventilateur ou une pompe qui détermine le débit de fluide dans les LTHES
Les systèmes actifs permettent d’améliorer le confort des bâtiments en faisant
mieux circuler l’air frais ou l’air chaud selon la demande

Leur fonctionnement est le suivant :


- Pour le refroidissement. On fait circuler l’air chaud dans un système actif
contenant des MCP dont la température de fusion est inférieure à la température
de l’air chaud. Ils vont alors fondre et absorber l’air chaud. On rejette ensuite
l’air rafraichi.

- Pour le chauffage, c’est le fonctionnement inverse du refroidissement.

Conclusion

La réalité du dérèglement climatique, de la raréfaction des ressources disponibles et


de l’augmentation du coût de l’énergie doivent modifier l’approche que nous avons sur
notre environnement et notre manière d’envisager la construction et les équipements
des prochains bâtiments.

Nous avons présenté dans ce dossier les principes et décrit les avantages du stockage
d’énergie thermique par chaleur latente par rapport au stockage par chaleur sensible.
C’est sur ce mécanisme que reposent les performances des matériaux à changement de
phase (MCP) dans le domaine de l’isolation thermique.

Nous avons établi les différents matériaux utilisés, les manières de les incorporer
dans les murs ou cloisons et les autres utilisations possibles de ces MCP.
Les matériaux utilisés appartiennent à 4 grandes familles :
- Les hydrates salins
- Les paraffines
- Les composés organiques non-paraffiniques
- Les mélanges de composition eutectique

L’application des MCP dans le secteur du bâtiment permet de répondre à une


exigence double : une meilleure gestion énergétique du bâtiment alliée à un confort
intérieur naturel. Un des points cruciaux pour obtenir des résultats optimaux réside dans
le conditionnement des MCP. De toutes les méthodes d’incorporation que nous avons
décrites, il s’avère que la microencapsulation est la plus prometteuse…