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DE LA LISIBILITÉ DES LARMES

Adélaïde Cron et Cécile Lignereux

Armand Colin | « Littératures classiques »

2007/1 N° 62 | pages 5 à 20
ISSN 0992-5279
ISBN 9782908728514
Article disponible en ligne à l'adresse :
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Adélaïde Cron et Cécile Lignereux

De la lisibilité des larmes

Ce n’est pas là pourtant un petit dessein que nous entreprenons ; la source de ces
eaux-là est bien plus cachée que celle du Nil : car on a tant cherché celle-ci qu’à la fin
on l’a découverte ; mais personne à mon avis n’a encore trouvé celle des Larmes.
Peut-être ne serons-nous pas plus heureux que ceux qui nous ont devancés, et quoique
nous ne prenions pas un même chemin, celui que nous tenons nous peut faire égarer
aussi bien qu’eux. Qui oserait aussi se vanter de pouvoir découvrir la vérité de la
Nature ? Elle l’a cachée, non pas dans un puits comme Démocrite, mais en des
abîmes où il y a tant d’obscurités que l’Esprit le plus clairvoyant n’y peut rien

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apercevoir. Mais n’en disons pas davantage, c’est là un véritable sujet de pleurs, et
nous ne voulons pas causer des Larmes, nous voulons seulement parler des Larmes.1
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Une fascination inquiète pour le « corps parlant »


Le titre de ce numéro consacré au langage des larmes ne peut manquer de
surprendre, tant il heurte de front l’habitude de respecter l’étanchéité de catégories
communément considérées, sous l’influence déterminante de la linguistique, comme
contradictoires (médiat/immédiat, discursif/corporel). Si le voisinage au sein d’un
même syntagme de deux termes apparemment exclusifs l’un de l’autre appelle
quelques commentaires, c’est qu’au-delà de préoccupations lexicographiques, il
engage toute une conception à la fois du langage et du corps – conceptions que l’on
sait éminemment tributaires de l’épistémè de l’époque considérée. À l’heure
actuelle, en effet, l’expression langage des larmes paraît reposer au mieux sur une
métaphore, au pire sur un abus de langage, tant prévaut le sens strictement
linguistique du terme de langage, c’est-à-dire la capacité, pour les hommes,
d’exprimer leur pensée et de communiquer au moyen de signes vocaux et
éventuellement graphiques (la langue). « Si la symbolique corporelle dessine un
1
M. Cureau de La Chambre, Les Caractères des Passions, Paris, Jacques d’Allin,
1662, t. IV, p. 9-10.

Littératures Classiques, 62, 2007


6 A d é laïd e Cr o n e t Céci le Lig n er eu x

système de communication, un lien entre soi et le monde et entre soi et soi, elle se
distingue de la langue en ce que son fonctionnement ne sollicite pas la double
articulation qui caractérise le langage2. » Par conséquent,

la ressemblance entre le fonctionnement du langage et celui du corps est une fausse


perspective induite par le fait que l’un et l’autre sont des systèmes symboliques. Mais
leur nature n’est pas la même, ils ne signifient pas de la même manière. Le corps n’est
pas langage, à moins de jouer sur la confusion courante entre langage et système
3
symbolique.

Or si l’on considère attentivement les articles que consacrent les dictionnaires de


l’âge classique au langage, on s’aperçoit que ce terme recouvre toute une série
d’emplois propres à brouiller ces lignes de partage. De fait, les définitions intègrent
largement « l’acception généralisante du terme pour désigner tout code
sémiologique4 » – acception symptomatique d’une « inquiétude tant à l’égard du
langage humain, soupçonné d’opacité ou d’équivoques trompeuses, source de
séductions idolâtres, que des différents langages où se jouent le partage du sens et la
construction de la signification5. » Ainsi le terme de langage en vient-il à référer,
sans doute de façon plus souple qu’aujourd’hui, à toute « forme d’expression
codifiée6 ». Pour l’époque classique, langage « se dit figurément en Morale des
signes muets, ou cris et sons inarticulés qui servent à faire connaître plusieurs
choses », qu’il s’agisse du langage des « Cieux », des « animaux » ou des « yeux »
(Furetière7). Désignant ainsi tout ensemble de signes cohérent donc interprétable, le

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langage ne se réduit pas, loin s’en faut, au langage articulé : « il signifie aussi,
certaine façon de s’exprimer, de faire connaître sa pensée sans parler. Le langage
des yeux, c’est un langage muet. » (Académie française). C’est d’ailleurs ce que
laisse entendre d’emblée la définition sur laquelle s’ouvre l’article du dictionnaire
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de Trévoux8 (« Ce mot désigne proprement la manière dont les hommes se


communiquent leurs pensées par une suite de paroles, de gestes, d’expressions. »),
avant d’insister explicitement sur les réalisations non verbales du langage : « se dit
par extension en Morale des signes muets, des cris ou des sons inarticulés qui
servent à faire connaître plusieurs choses, en général, de tout ce qui sert à faire
connaître la pensée, sans parler. » Toutefois, si le terme s’avère susceptible
d’emplois relativement lâches, c’est de façon consciente et dûment signalée par des

2
D. Le Breton, Les Passions ordinaires. Anthropologie des émotions [1998], Paris,
Petite Bibliothèque Payot, 2004, chap. II : « Langage et symbolique corporelle », p. 52.
3
Ibid., p. 53.
4
D. Denis et A.-É. Spica, « De l’inquiétude des signes », Littératures classiques, n° 50
(« Les langages au XVIIe siècle », dir. D. Denis et A.-E. Spica), printemps 2004, p. 7.
5
Ibid., p. 8.
6
Ibid., p. 7.
7
Dictionnaire universel, La Haye et Rotterdam, Arnout et Reinier Leers, 1690.
8
Dictionnaire universel français et latin […], Paris et Trévoux, s.n., 1721.
D e la lis ib ilit é d es lar m es 7

précautions métalinguistiques, qui laissent transparaître en filigrane toute une


réflexion, lourde d’enjeux, sur le statut même du langage (« se dit figurément en
Morale », « se dit par extension en Morale »).
En fait, comme le font entrevoir ces définitions glanées dans les dictionnaires de
l’époque, c’est en tant que système sémiotique que doit être abordé le langage des
larmes, c’est-à-dire comme un système de signes (« signes muets ») assurant et
permettant une communication dans un environnement socioculturel donné. Prendre
ainsi en compte la valeur et l’utilité sémiotiques du langage des larmes présente non
seulement l’avantage de neutraliser, au moins provisoirement, le flou induit par
l’évocation métaphorique, mais aussi de prendre toute la mesure de la perméabilité
de ce système aux règles, aux normes et aux modes en vigueur. On l’aura compris,
c’est dans le champ déjà bien balisé de l’histoire des signes corporels que s’inscrit
cette livraison, dans le sillage de travaux constamment soucieux de concilier
enquête historique, démarche sémiotique et analyse anthropologique9.
Inaugurer ce numéro par un questionnement sur la lisibilité des larmes revient à
prendre acte d’une « inquiétude des signes10 » qui se cristallise tout particulièrement
sur les énigmes, opacités et mystères du « corps parlant11 ». De nombreux discours,
hantés par une commune obsession des simulacres et des mystifications toujours
possibles, s’attachent ainsi, en dépit de leur irréductible diversité, à sonder les replis
des cœurs et des corps. Qu’il s’agisse des distinctions galantes, des analyses des
moralistes ou des spéculations augustiniennes, tous étendent le soupçon de
duplicité, de dissimulation ou de mensonge aux moindres mouvements humains,
qu’ils restent cantonnés dans l’intériorité ou qu’ils prennent place sur une scène

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sociale imposant à « l’éloquence du corps » une étroite normalisation12. D’ailleurs,
les dictionnaires ne manquent pas de se faire l’écho de ce soupçon à l’encontre d’un
langage dont il est toujours loisible de se méfier, tant les contrefaçons – les « larmes
de crocodile » (signalées par les dictionnaires de Furetière et de l’Académie
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9
A. Vincent-Buffault, Histoire des larmes (XVIII-XIXe siècles) [1986], Paris,
Payot/Rivages, 2001 ; J.-J. Courtine et Cl. Haroche, Histoire du visage. Exprimer et taire ses
émotions (XVIe-début XIXe s.) [1988], Paris, Payot/Rivages, 1994 ; L. Desjardins, Le Corps
parlant. Savoirs et représentation des passions au XVIIe siècle, Québec/Paris, Les Presses de
l’Université Laval/L’Harmattan, 2001.
10
D. Denis et A.-É. Spica, art. cit.
11
L. Desjardins, op. cit.
12
M. Albert, « L’éloquence du corps. Conversation et sémiotique corporelle au siècle
classique », Germanisch-romanische Monatsschrift, n° 39, 1989, p. 156-179. Voir également
J.-P. Cavaillé, « De la construction des apparences au culte de la transparence. Simulation et
dissimulation entre le XVIe et le XVIIIe siècle », Littératures classiques, n° 34 (« La
périodisation de l’âge classique », dir. J. Rohou), automne 1998, p. 73-102 ; J.-J. Courtine et
Cl. Haroche, op. cit., IIe partie, p. 159-264 ; É. Méchoulan, Le Corps imprimé. Essai sur le
silence en littérature, Montréal, L’Univers des discours, 1999.
8 A d é laïd e Cr o n e t Céci le Lig n er eu x

française) – sont devenues monnaie courante, surtout, cela va sans dire, de la part
des femmes13.
Mais c’est la floraison d’ouvrages de physiognomonie et de traités des passions
qui constitue sans doute le plus puissant révélateur de cette inquiétude14. Parce que
« ces discours “savants” cultivent l’ambition de rendre le visage transparent à qui
sait l’observer15 », ils ne manquent pas de croiser le thème du langage des larmes,
soit qu’ils l’abordent furtivement à l’occasion de l’analyse psychologique des effets
produits par certaines passions16, soit qu’ils en proposent une explication
mécaniste17, soit qu’ils consacrent à cette étrange « passion des larmes18 » tout un
développement conjoignant réflexion philosophique et descriptions physiologiques,
discours moral et démarche médicale, préoccupations métaphysiques et analyses
psychologiques.
Une telle enquête se situe nécessairement à la frontière d’autres approches, sans
se confondre avec elles. S’interroger sur les systèmes de valeurs et de significations
institués par les différentes réalisations du langage des larmes que donnent à lire des
textes d’horizons génériques variés peut sembler, à première vue, s’inscrire dans la
longue lignée des travaux consacrés à la textualisation des passions et du passionnel,
qu’ils définissent les procédures psychologiques et linguistiques présidant à leur
« mise en discours19 », élucident les présupposés idéologiques préexistant à leur
énonciation (présupposés véhiculés par ce qu’il convient d’appeler « la disparate du
discours sur les passions20 ») ou élaborent, dans une perspective sémiotique, une

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13
Nous renvoyons au Dictionnaire de Richelet [1680] (art. « PLEURER ») et au
dictionnaire de Trévoux, éd. cit. (articles « LARME » et « PLEURER »).
14
Pour une présentation problématisée de ces ouvrages, on se reportera aux travaux déjà
cités de J.-J. Courtine et Cl. Haroche et de L. Desjardins.
15
L. Desjardins, « De la “surface trompeuse” à l’agréable imposture. Le visage au
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XVIIe siècle », Intermédialités, n° 8 (« Envisager », dir. J. Villeneuve), automne 2006, p. 55.


16
Citons par exemple les analyses de Coëffeteau sur les larmes de tristesse : Tableau
des passions humaines, de leurs causes et de leurs effets, Paris, Sébastien Cramoisy, 1620,
p. 329-332.
17
Nous renvoyons à la série d’articles que Descartes consacre aux larmes dans Les
Passions de l’âme [1649], Vrin, 1991, p. 156-160 : « De l’origine des Larmes » ; « De la
façon que les vapeurs se changent en eau » ; « Comment ce qui fait de la douleur à l’œil
l’excite à pleurer » ; « Comment on pleure de Tristesse » ; « Des gémissements qui
accompagnent les larmes » ; « Pourquoi les enfants et les vieillards pleurent aisément » ;
« Pourquoi quelquefois les enfants pâlissent, au lieu de pleurer ».
18
On aura reconnu l’entreprise de Cureau de La Chambre (op. cit., p. 15), qui ne lui
consacre pas moins de 169 pages dans la partie intitulée « Les Caractères des Larmes » (p. 1-
169).
19
H. Parret, Les Passions. Essai sur la mise en discours de la subjectivité,
Bruxelles/Liège, P. Margada, 1986.
20
Sur « la disparate qui caractérise le discours sur les passions au XVIe siècle et dans la
première moitié du XVIIe siècle, juxtaposant les références aux “autorités” les plus diverses
(anciennes et modernes) et la voix de la doxa, mêlant le savoir médical et la philosophie
D e la lis ib ilit é d es lar m es 9

taxinomie des types de comportements passionnels, à partir de gestes et d’attitudes


corporelles traités comme autant de signes à valeur d’indice21. S’il ne s’agit pas, ou
du moins pas principalement, de s’engager dans la voie ouverte par ces différents
décryptages des mécanismes propres à la traduction textuelle des passions, c’est que
l’ampleur de cette problématique, qui implique de conjuguer les apports de la
philosophie du langage, de l’anthropologie historique et de la sémiotique, excède
largement l’ambition de ce numéro. Illustrer les mutations d’un langage qui,
s’émancipant progressivement de sa vocation à n’être que l’indice toujours suspect
de passions dont de multiples traités s’attachent à cerner les mécanismes, et qui
devient progressivement le gage incontesté – en dépit des falsifications toujours
possibles – autant de la réussite esthétique des pièces de théâtre et des romans que
de l’excellence morale d’âmes sensibles capables d’être touchées et attendries : tel
est, plus modestement, l’objectif de cette livraison. Pourtant, parce que les larmes
constituent un medium qui, au même titre que les gestes corporels, extériorise les
passions intimes, la question de la visibilité des passions n’en constitue pas moins
l’arrière-plan de contributions qui toutes, dans un va-et-vient constant entre analyse
textuelle et démarche historienne, cherchent à prendre la mesure des interférences
entre l’écriture des larmes et l’imaginaire culturel dans lequel elle s’enracine.

Les mutations du langage des larmes aux siècles classiques


Si nous avons choisi comme poste d’observation le moment charnière que
constituent, à bien des égards, le dernier tiers du XVIIe siècle et le premier tiers du

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XVIIIe siècle, c’est que le langage des larmes – ou plutôt les enjeux et les
présupposés de son fonctionnement sémiotique – connaît alors de profondes
mutations. En effet, il fait simultanément l’objet d’une laïcisation, d’une
valorisation morale et d’une promotion esthétique.
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C’est d’abord sa laïcisation qui, en libérant le langage des larmes de son


asservissement à des fins strictement religieuses, bouleverse en profondeur sa
signification. Chacun s’accorde à reconnaître que, tandis que « le XVIIe siècle
accordait essentiellement une valeur religieuse aux larmes », le XVIIIe siècle les
interprète davantage comme « la preuve d’une sensibilité commune à tous, donc
d’une solidarité entre les êtres ; elles marquent moins la conscience déchirée d’une
insuffisance par rapport à Dieu que la violence d’un état affectif et la perspective
d’une communauté humaine22 ». D’ailleurs, il semblerait que l’on ne pleure plus
pour les mêmes raisons avant et après le tournant des deux siècles : alors que « les

morale », voir G. Mathieu-Castellani, La Rhétorique des passions, Paris, P.U.F., 2000,


p. 172-174.
21
Telle est la démarche de la sémiotique, définie par A.-J. Greimas et J. Fontanille, La
Sémiotique des passions. Des états de choses aux états d’âme, Paris, Seuil, 1991, et adoptée
par exemple par A. Hénault dans Le Pouvoir comme Passion, Paris, P.U.F., 1994.
22
M. Delon, art. « Larmes », dans Dictionnaire européen des Lumières, dir. M. Delon,
Paris, P.U.F., 1997, p. 643.
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concepts susceptibles de faire pleurer au dix-septième siècle étaient surtout


spirituels, religieux et “verticaux”, […] au dix-huitième siècle les valeurs chargées
d’émotion étaient sociales, séculières et “horizontales”23 ». Cessant d’être
confisquées et instrumentalisées par une religion catholique cultivant volontiers une
« apologie et mise en scène des larmes “selon la grâce” », les deux dernières
décennies du XVIIe siècle sont ainsi marquées par la « revanche des larmes “selon
la nature”24 ». C’est cette « revanche » qui aboutit à admettre un droit de pleurer en
dehors de la seule sphère religieuse, « les larmes désert[ant] les églises pour les
salons et les théâtres25 ».
La valorisation morale des larmes paraît intimement liée à cette laïcisation, qui
en serait l’une des conditions de possibilité. Si durant la seconde moitié du XVIIe
siècle, « les larmes qui coulent à propos de l’amour, du deuil, de la religion, et pour
d’autres motifs encore » sont davantage tolérées et admises26, il faut néanmoins
attendre la fin du siècle pour que les larmes deviennent une preuve d’humanité,
garantissant la valeur morale de celui qui les verse. Le siècle suivant, loin de se
contenter d’entériner cette évolution, la radicalise de façon saisissante en
promouvant une véritable « morale du sentiment27 ». Désormais, ne pas pleurer dans
des circonstances touchantes, c’est-à-dire se montrer dépourvu d’une « sensibilité »
donnée pour « premier fondement de la société28 », revient à s’exclure de la
communauté vertueuse et à sombrer dans ce que le XVIIIe siècle nomme la
barbarie29.
Mais c’est surtout la promotion du pathétique, conçu désormais comme catégorie
esthétique autonome, qui, en donnant les moyens de penser un plaisir qui ose enfin

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s’avouer pour tel, débarrasse définitivement le langage des larmes de sa soumission
à « une culture du refoulement30 ». Parce que le pathétique devient progressivement,
durant le dernier tiers du XVIIe siècle, « une catégorie esthétique à part entière,
dégagée de toute visée morale ou religieuse », « il devient enfin possible de décrire
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23
Sh. P. Bayne, « Le Siècle en Pleurs : l’émotivité au service de la société », dans Das
weinende Saeculum, Heidelberg, Carl Winter, 2003, p. 27.
24
D. Roth, Larmes et consolations en France au XVIIe siècle, Lyon, Éditions du
Cosmogone, 1997, titres des chapitres II (p. 91) et IV (p. 223).
25
Ibid. p. 225.
26
Sh. P. Bayne, art. cit., p. 30. Voir du même auteur, Tears and Weeping : an aspect of
emotional climate reflected in Seventeenth-century French Literature, Tübingen/Paris,
G. Narr/J.-M. Place, 1981.
27
G. Sauder, art. « Sensibilité », Dictionnaire européen des Lumières, op. cit., p. 985.
28
Abbé Du Bos, Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture, Paris, 1770, p. 39-
40 ; cité par R. Démoris, « Le langage du corps et l’expression des passions de Félibien à
Diderot », dans Des mots et des couleurs. 2, J.-P. Guillerm éd., Villeneuve d’Ascq, Presses
universitaires de Lille, 1986, p. 42.
29
A. Vincent-Buffault, op. cit., Ière partie, chap. II : « L’échange des larmes et ses
règles », p. 24-45.
30
D. Roth, op. cit., p. 25.
D e la lis ib ilit é d es lar m es 11

librement, indépendamment de tout horizon éthique, dans le cadre d’une rhétorique


adulte et désormais soucieuse de penser l’esthétique comme objet d’étude
autonome, la volupté des larmes31 ! » En instituant « la promotion esthétique de la
sensibilité32 », cette autonomisation du pathétique favorise de façon décisive
l’envahissement de bon nombre d’ouvrages du siècle suivant par le langage des
larmes33.
C’est ce faisceau de mutations affectant le langage des larmes au cours des
siècles classiques que les articles réunis dans ce volume entendent illustrer. Ce
faisant, ils partagent un certain nombre de postulats épistémologiques : d’une part,
la nécessité de réexaminer, à nouveaux frais, une périodisation littéraire risquant fort
d’occulter la « suite de transitions fines34 » au profit de dichotomies commodes mais
simplistes35 ; d’autre part, la nécessité de croiser des approches variées mais
connexes – telles que l’histoire des mentalités, la sociologie et l’anthropologie
historique –, indispensables pour pouvoir évaluer dans quelle mesure les différentes
réalisations textuelles du langage des larmes sont modelées non seulement par les
valeurs, normes et codes de leur époque mais aussi par les goûts du public. En
plaçant l’observation à la charnière des deux siècles, ce numéro entend en effet
prendre acte de très réels changements des sensibilités et, partant, des attentes à
l’égard des productions littéraires. Qu’ils mettent l’accent sur la « révélation
soudaine de nouveaux paysages sentimentaux », qu’ils analysent les fondements de
« la promotion littéraire de la sensibilité » durant les années 1660-1680 ou qu’ils
caractérisent le tournant entre les deux siècles par une « révolution sentimentale36 »,
de nombreux travaux se sont attachés à déceler, dans le filigrane des œuvres

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31
Cl. Badiou-Monferran, « « La promotion esthétique du pathétique dans la seconde
moitié du dix-septième siècle», La Licorne, n° 43 (« Passions, émotions pathos »,
dir. A. Coudreuse et B. Delignon), 1997, p. 76-77.
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32
Ibid., p. 88.
33
L’un des indices forts de cette autonomisation esthétique est la séparation qui s’opère
entre pathétique et tragique : A. Coudreuse, Le Goût des larmes au XVIIIe siècle, Paris,
P.U.F., « Écriture », 1999, Ière partie, chap. 3 : « Pathétique, tragique, dramatique : essai de
typologie », p. 127-146.
34
R. Zuber, « Littérature et classicisme », Histoire littéraire de la France, dir.
P. Abraham et R. Desné, Paris, Éditions Sociales, 1975, t. IV, p. 85.
35
Sur ces questions de périodisation et de réaménagements chronologiques, contentons-
nous de mentionner trois collectifs récents : Littératures classiques n° 34 (« La périodisation
à l’âge classique », dir. J. Rohou), automne 1998 ; Un Siècle de deux cents ans ? Les XVIIe-
XVIIIe siècles : continuités et discontinuités, dir. J. Dagen et Ph. Roger, Paris, Desjonquères,
2004 ; L’Année 1700, dir. A. Gaillard, « Biblio 17 », n° 154, Tübingen, Gunter Narr, 2004.
36
Il s’agit respectivement des analyses de J.-M. Pelous, Amour précieux, amour galant
(1654-1675). Essai sur la représentation de l’amour dans la littérature et la société
mondaines, Paris, Klincksieck, 1980, p. 296 ; de J. Mesnard, « Le classicisme français et
l’expression de la sensibilité », La Culture du XVIIe siècle. Enquêtes et synthèses, Paris,
P.U.F., 1992, p. 488 ; de G. Atkinson, Sentimental revolution. French writers of 1690-1740,
Seattle/London, University of Washington Press, 1965.
12 A d é laïd e Cr o n e t Céci le Lig n er eu x

littéraires, les prémices d’un « droit aux larmes » revendiqué avec force par le
XVIIIe siècle37.
Sans doute le symptôme le plus net de cette évolution des sensibilités demeure-t-
il la succession retentissante des succès de larmes qui jalonnent alors l’actualité
théâtrale. Parallèlement à la « surenchère de larmes38 » que l’on peut observer sur
scène – surenchère largement liée à la vogue de caractères féminins élégiaques
adoptant volontiers la posture des héroïdes39 –, s’instaure et s’institue dans le
dernier tiers du XVIIe siècle un nouveau type de réception. De fait, le succès d’une
pièce se mesure de plus en plus à la quantité de larmes versée lors des
représentations, en dépit de résistances et de réticences liées à un questionnement
inquiet sur l’étrange plaisir des larmes – son origine, sa nature, sa moralité40. Certes,
cette interrogation sur les inquiétantes obscurités du langage des larmes est
particulièrement visible dans la production et la critique théâtrales. Pourtant, il en va
pour la réflexion sur le langage des larmes comme pour « la réflexion sur le langage
des passions », dont « l’un des aspects essentiels » est « sa dissémination au sein de
différentes formes de discours » : « si cette question se retrouve naturellement dans
ce qu’il est convenu d’appeler des “traités des passions”, elle investit, de manière
transversale, des textes dont le principal objet est autre41 ». Ainsi ventilée au sein de
productions textuelles hétérogènes, la réflexion sur le langage des larmes se
diffracte au gré des différents types de discours – types de discours qui
correspondent aux massifs des contributions du présent volume.

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Le langage des larmes à l’épreuve des contraintes génériques :
entre représentations conventionnelles et explorations émo-
tionnelles
Si le premier ensemble de contributions est consacré au langage des larmes dans
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la spiritualité catholique, c’est que celle-ci ne cesse d’y recourir, qu’elle signale le
don des larmes comme signe de sainteté, dresse une typologie minutieuse des
différents types de larmes, recoure à la puissance pathétique des pleurs versés par

37
M. Vovelle, « Les larmes et la mort au siècle des lumières », dans Das weinende
Saeculum, op. cit., p. 182.
38
C. Barbafieri, Atrée et Céladon, La Galanterie dans le théâtre tragique de la France
classique (1634-1702), Rennes, P.U.R., « Interférences », 2006, IIe partie, chap. V : « Le goût
des larmes », p. 167.
39
Ibid., p. 178-187. Une telle mode est à relier à l’engouement des contemporains pour
Ovide : M.-Cl. Chatelain, Ovide en France dans la seconde moitié du XVIIe siècle, thèse de
doctorat, dir. G. Ferreyrolles, Université de Paris IV, 2005 (à paraître), notamment « Le
pathétique élégiaque », p. 468-605.
40
Nous renvoyons à C. Barbafieri, op. cit. p. 187-191, et à Chr. Biet, « La passion des
larmes », Littératures classiques, n° 26, janvier 1996, p. 167-183.
41
L. Desjardins, « Le langage du corps comme langage de l’âme et des passions »,
Littératures classiques, n° 50, printemps 2004, p. 271.
D e la lis ib ilit é d es lar m es 13

les figures omniprésentes de Pierre et de Marie-Madeleine, ou distingue les bons et


les mauvais usages des larmes42. Les articles réunis ici ont pour point commun de
faire apparaître une tension entre d’une part l’émotion intime, à la limite de
l’ineffable, que manifesterait le langage des larmes, et d’autre part la nécessaire
présence d’une médiation engageant, à des degrés divers mais à l’opposé
d’expériences mystiques marquées du sceau d’une individualité toujours suspecte, la
réalité collective de l’expression de ce langage – liturgie, parole du prédicateur,
psaume ou musique également, si l’on pense à la mode des Leçons de ténèbres.
Interrogeant l’exploration du pouvoir des larmes dans la poétique de la
prédication, Aurélien Hupé met en évidence les inquiétudes et les apories,
auxquelles elle donne lieu. Le succès d’un sermon se mesurant à la quantité de
pleurs versés par l’auditoire, il devient en effet tentant pour les prédicateurs de se
servir de leurs propres larmes, quitte à accueillir en chaire la mécanique mimétique
de la catharsis tragique. Le recours à une production artificielle – donc mensongère
– de larmes données à interpréter comme des signes de conversion ne manque pas
de soulever la question de la légitimité d’une telle rhétorique.
Dans les Psaumes traduits en français, dont Claire Fourquet s’attache à analyser
les présupposés, le motif des larmes est largement exploité pour sa fonction
conative. De 1635 à 1715, les traducteurs des Psaumes pénitentiels ont amplifié,
voire ajouté le lexique lacrymal dans leurs versions – ne manquant pas de tirer profit
de l’usage systématique des rimes larmes/alarmes/charmes. La première raison
d’une telle inflation est d’ordre théologique, les pleurs évoqués étant d’origine
divine, donc légitimes. La seconde est d’ordre linguistique, les pleurs étant

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considérés comme un système de signes univoques, propre à remettre en question
l’ambiguïté foncière du langage.
Le tournant que constitue la condamnation des larmes mystiques est le terrain
d’investigation de Frédéric Miquel. La condamnation par Rome de la doctrine
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quiétiste, en 1699, jette le discrédit sur les expériences et discours mystiques, si


florissants au XVIIe siècle. La crise profonde qui s’ensuit a de profondes
répercussions sur la tradition religieuse des larmes : si la dialectique spirituelle du
don des larmes et de leur abandon, représentée par Fénelon et Mme Guyon, ne
disparaît pas, elle n’en subit pas moins, au début du XVIIIe siècle, un transfert
mondain – une sécularisation.

C’est sur le caractère foncièrement rhétorique du langage des larmes que les trois
contributions suivantes mettent l’accent. En effet, dans les écrits du for intérieur, la
mise en discours des larmes apparaît étroitement subordonnée à des visées
pragmatiques : loin d’obéir à une logique purement expressive et d’être seulement le
reflet d’un vécu, elle est modelée en profondeur par les objectifs plus ou moins
explicites des scripteurs. Parce que le motif des larmes n’est jamais purement

42
Voir P. Adnès, art. « Larmes », Dictionnaire de spiritualité, Paris, Beauchesne, 1932-
1995, t. IX, p. 287-303, ainsi que D. Roth, op. cit., p. 91-164.
14 A d é laïd e Cr o n e t Céci le Lig n er eu x

dénotatif, mais qu’il est au contraire source de bénéfices éthiques et symboliques


dans la mesure où il permet de négocier l’image de soi, les études de cas que l’on
propose ici visent à mettre au jour des stratégies rhétoriques qui s’avèrent
paradigmatiques d’une gestion concertée du langage des larmes.
Si les larmes occupent une telle place dans les Relations de captivité des
religieuses de Port-Royal, qu’étudie Michèle Bretz, c’est qu’elles sont dotées, en
pareil contexte, d’une indéniable puissance polémique. Parce que ces relations
obéissent simultanément, à l’instar des autres textes jansénistes, à une triple visée –
« se définir », « se raconter », « se défendre43 » –, le motif des larmes y acquiert un
poids argumentatif de premier ordre. Les larmes versées durant leur captivité par les
moniales de Port-Royal constituent ainsi un véritable instrument de lutte. Certes,
elles témoignent de la componction de celles qui ont succombé à la tentation de la
signature du Formulaire ; certes, elles favorisent le lien avec Dieu et s’inscrivent
dans le cadre de la tradition cistercienne que Port-Royal a voulu préserver ; mais
elles sont surtout le signe de la miséricorde et de la tendresse divines, c’est-à-dire,
en définitive, un signe d’élection justifiant le combat des religieuses.
C’est davantage la fonction persuasive des larmes au sein de l’entretien
épistolaire que Cécile Lignereux met en relief. Soucieuse à la fois d’avouer ses
larmes et de pallier les risques que lui feraient courir des épanchements qui ne
seraient pas contenus dans les bornes de l’aptum, Mme de Sévigné élit toute une
série de ruses discursives propres à satisfaire les injonctions contradictoires de sa
sensibilité et du désir de plaire à sa fille. À l’opposé aussi bien de l’abandon au
pathos que d’une maîtrise de soi toujours suspecte d’insensibilité, l’épistolière

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choisit d’alléger, d’assourdir et de canaliser les aveux de larmes. L’inscription des
larmes, soigneusement décantée, contrainte et régulée, permet ainsi à Mme de
Sévigné de persuader sa fille non seulement de l’intensité de ses sentiments, mais
surtout de la dignité éminente d’une manière d’aimer parfaitement conforme à
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l’idéal exigent de la tendresse.


La corrélation problématique entre larmes et identité féminine dans l’écriture
mémorialiste est l’occasion, pour Adelaïde Cron, de souligner la fonction
proprement éthique (relative à l’ethos de l’auteur-narratrice-personnage) des larmes.
Dans de nombreux mémoires féminins à la charnière des deux siècles, la portée
argumentative des larmes est au service de la construction d’un ethos vertueux qui
se déploie dans trois directions, correspondant à autant de rôles sociaux : rôle social
de fille, épouse et mère aux larmes abondantes ; rôle emprunté à la littérature de la
femme illustre, qui récuse l’association des larmes avec la féminité ; larmes de
femme vertueuse enfin, où les larmes servent à démentir la réputation d’aventurière
et les accusations de mauvaises mœurs.

43
J. Mesnard, « Jansénisme et littérature », dans Le Statut de la littérature. Mélanges
offerts à Paul Bénichou, dir. M. Fumaroli, Genève, Droz, 1982, p. 131.
D e la lis ib ilit é d es lar m es 15

Les contributions consacrées à la fiction des larmes permettent quant à elles de


mesurer à quel point la sémiotique corporelle mise en scène au sein des romans est
tributaire de la manière de les lire. L’évolution des modalités, des enjeux et des
topiques du traitement romanesque du langage des larmes va en effet de pair avec le
nouveau mode de lecture qui émerge dans la seconde moitié du XVIIe siècle.
Désormais, le lecteur ne cherche plus – ou plus avant tout – à retirer de sa lecture un
savoir d’ordre anthropologique et moral44. Il privilégie au contraire un plaisir de lire
reposant sur le mécanisme de l’identification – mécanisme complexe induisant un
intérêt et un attachement sur lequel les théoriciens de l’époque ne manquent pas de
se pencher45.
Les romans de Mme de Lafayette constituent justement un poste d’observation
privilégié pour cerner l’émergence de cette nouvelle manière de lire, caractérisée par
la participation émotionnelle du lecteur à l’action et aux sentiments des
personnages. Distinguant deux logiques diégétiques du langage des larmes – la
première dans Zaïde, où les effusions lacrymales répétées scandent le récit, la
seconde dans les autres œuvres, où les larmes n’apparaissent que dans quelques
scènes pathétiques –, Chrystelle Barbillon analyse comment le glissement de l’une à
l’autre modifie la réception du roman. À travers la recherche d’une contagion des
larmes, c’est non seulement une nouvelle forme de lecture romanesque qui se met
en place, mais aussi une poétique de la compassion inspirée de l’illusion théâtrale –
poétique qui trouve, à l’occasion de la querelle de La Princesse de Clèves, sa
définition et son vocabulaire critique.
C’est à un auteur emblématique, dont les romans furent autant de succès de

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larmes, qu’est consacré l’article de Florence Chapiro, qui appréhende le registre
moral de ce roman grâce à l’analyse de la fonction du motif des larmes dans Manon
Lescaut. Parce que celui-ci distribue passions et larmes entre métaphysique et
matérialisme, il s’avère apte à représenter la psyché. Ce faisant, il installe un
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pathétique spécifique, irréductible aux stéréotypes des larmes suspectes – ou à tout


le moins énigmatiques – d’une femme toujours séduisante, calculatrice et soumise
aux mouvements de sa sensualité – surtout s’agissant d’une courtisane.
Audrey Ortholland-Brahmia interroge pour sa part l’ambiguïté des larmes
versées par l’héroïne dans La Vie de Marianne – œuvre décisive tant elle a contribué

44
Voir C. Esmein, « Peinture de la passion et rhétorique des passions dans la poétique
romanesque après 1660 », dans De Rabelais à Sade. L’analyse des passions dans le roman de
l’âge classique, C. Duflo et L. Ruiz éd., Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-
Étienne, 2003, p. 21-29.
45
Sur la question de l’illusion et de l’identification, voir, entre autres références,
C. Esmein, « La pensée du roman dans la deuxième moitié du XVIIe siècle : un art de
l’illusion », XVIIe siècle, n° 232, juillet 2006, p. 477-486 ; M. Rosellini, « Curiosité et théorie
du roman dans le dernier tiers du XVIIe siècle : entre éthique et esthétique », dans Curiosité et
libido sciendi de la Renaissance aux Lumières, dir. N. Jacques-Chaquin et S. Houdard,
Fontenay, ENS Éditions, 1998, t. I, p. 137-156.
16 A d é laïd e Cr o n e t Céci le Lig n er eu x

à instaurer une esthétique sensible. Dans ce roman, la représentation des larmes se


situe en effet constamment à l’interférence entre émotions et jeux de masques,
sentiment et morale, cœur et raison, naturel et convention. En fait, l’hypertrophie de
la sémiotique lacrymale fait sens de deux manières : d’abord, par l’inscription des
larmes de Marianne dans le projet d’une morale du sentiment ; ensuite, par le
recours à la notion classique de sublime, qui permet de conjoindre harmonieusement
des postulations a priori inconciliables.
Nuançant l’idée selon laquelle le pathétique a besoin d’espace et de volume
textuel pour se mettre en place, Anne Coudreuse prouve que ses effets, même
concentrés dans le genre bref de la nouvelle, peuvent garder toute leur efficacité.
À y regarder de près, celle-ci est largement liée à la réécriture de vers de Racine
– occasion de prendre la mesure de l’influence déterminante du dramaturge bien au-
delà des premières décennies du siècle suivant. Une telle pratique illustre la façon
dont les écrivains du XVIIIe siècle remodèlent les codes littéraires qui, chez leurs
prédécesseurs, régissaient la représentation des émotions et des passions. Animés
par le désir à la fois de rendre hommage au plus illustre d’entre eux et de le
dépasser, ces écrivains s’approprient l’hypotexte racinien en fonction de leurs
nouvelles exigences esthétiques.

Les contributions rassemblées au sein de la quatrième section, en se penchant sur


le spectacle des larmes, soulignent à quel point, à partir de la seconde moitié du
XVIIe siècle, la « demande de larmes46 » est forte. Certes, « le siècle suivant
célébrera à grand tapage la volupté des larmes47 » – célébration qui culmine avec

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l’avènement, dans les années 1730, de la comédie larmoyante48. Mais « le XVIIe
siècle connaît une délectation identique49 » : « la scène tragique de cette époque est
étroitement gouvernée par le désir et le plaisir des larmes50 ». La « stratégie
lacrymogène51 » observable dans bien des pièces doit ainsi être reliée directement à
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« la demande de larmes et la pression qu’elle exerce sur les fournisseurs du


théâtre52 », qui s’avèrent modeler en profondeur l’écriture dramaturgique.
Cet engouement pour des pièces propres à faire éprouver aux spectateurs le
plaisir de pleurer est particulièrement visible dans le choix que font les dramaturges
de privilégier l’élégiaque – ce qui va de pair avec l’infléchissement de bon nombre
de composantes dramaturgiques, comme le montre Nicholas Dion. Ainsi en est-il de
la Pénélope de l’abbé Genest, qui s’inspire à la fois de l’Odyssée et d’une héroïde

46
J.-J. Roubine, « La stratégie des larmes au XVIIe siècle », Littérature, n° 9, février
1973, p. 57.
47
Loc. cit.
48
Pour une présentation synthétique de la comédie larmoyante : A.Vincent-Buffault,
op. cit., p. 97-101.
49
J.-J. Roubine, art. cit., p. 57.
50
Loc. cit.
51
Ibid., p. 64.
52
Ibid., p. 67.
D e la lis ib ilit é d es lar m es 17

d’Ovide, deux œuvres qui font une large part aux épanchements lacrymaux. Loin de
n’être qu’un thème importé au sein de la tragédie, le motif élégiaque des larmes
devient le critère d’une dramaturgie nouvelle, en phase non seulement avec les
attentes supposées du public mais aussi avec un souci toujours plus grand de
vraisemblance de l’action et des passions représentées.
Ces nouvelles normes d’écriture, qu’impose un public aimant à être ému aux
larmes et par les larmes, s’affirment également avec force à l’opéra, mais, semble-t-
il, de façon plus tardive. L’opéra Jephté, qui connut de 1732 à 1761 un immense
succès, constitue un cas exemplaire de la nécessaire adaptation au goût du public.
S’il s’inscrit certes dans une double fidélité à Lully et à Racine, il fait néanmoins
subir aux représentations très codées dont il hérite une série d’infléchissements qui
annoncent l’opéra comique larmoyant, ainsi que la tragédie lyrique de la fin du
siècle. L’étude que propose Benjamin Pintiaux du jeu intertextuel qu’établit l’opéra
de Pellegrin et Montéclair avec Esther pointe ainsi la fonction à la fois cathartique et
didactique de larmes propres à transposer une forme d’expérience sacrée à l’Opéra,
lieu réputé immoral, où il faut pleurer pour garder une chance de salut.
L’examen des choix de Gluck permet d’aller plus loin dans cette réflexion sur les
évolutions de l’opéra au cours du XVIIIe siècle. À partir de l’analyse comparée du
Castor et Pollux de Rameau et de l’Iphigénie en Tauride de Gluck, Marion Lafouge
explique comment, de la tragédie lyrique de Lully et Rameau à la réforme de Gluck,
on passe d’une esthétique du contraste, fondée sur l’alternance entre scènes légères
et scènes pathétiques, à une esthétique de la continuité de la plainte. Or un tel
passage ne manque pas de susciter des réactions de refus, le retour à une forme plus

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pure du tragique se heurtant non seulement à la résistance de l’Académie royale de
musique mais aussi à celle du public français.

C’est à la socialité des larmes qu’est dévolu le dernier massif de contributions,


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toutes attentives à analyser en quoi le langage des larmes, éminemment soumis aux
astreintes de la vie en société, s’avère non seulement perméable aux normes de la
civilité mais encore voué à toutes sortes de conditionnements et de conformismes,
de modes et de codes. Comme les gestes, les larmes, loin de ne résulter que d’une
spontanéité individuelle, « s’inscrivent toujours dans la durée et dans l’épaisseur
sociale : [elles] traduisent avec précision des comportements collectifs de cultures,
d’états de civilisation, et vont bien au-delà de la seule personnalité de celui qui les
met en œuvre53 ». Impérieux, incontournables et tyranniques, les rituels mondains
dessinent ainsi des scénographies rigides et codifiées, inséparables de l’ordre social.
L’interdiction, le droit ou le devoir de pleurer en dépendent étroitement. Au-delà de
leur emprise, ces rituels, qui tantôt imposent de retenir ses larmes tantôt de les
répandre ostensiblement, s’avèrent surtout d’une redoutable complexité.

53
R. Muchembled, « Pour une histoire des gestes (XVe-XVIIIe s.) », Revue d’histoire
moderne et contemporaine, n° 34, 1987, p. 87.
18 A d é laïd e Cr o n e t Céci le Lig n er eu x

Poursuivant ses recherches sur les valeurs et les implications politiques des
larmes54, Hélène Merlin-Kajman scrute les transformations de la sensibilité au
XVIIe siècle à travers l’étude du paradigme de la plainte qui se diffuse au sein de
plusieurs articles du dictionnaire de Furetière. Certes, les larmes de femmes peuvent
encore constituer une atteinte à l’intégrité du corps politique en tant qu’irrationalité
mue par la passion. Pourtant, le dictionnaire n’en traduit pas moins une
réhabilitation des larmes, repérable dans deux exemples notamment. D’une part, les
larmes du peuple adressées au souverain acquièrent une portée argumentative qui
les fait rentrer dans l’ordre du logos. D’autre part, parce que le particulier ne se
dissout plus dans le public et que le privé gagne sa dignité, il devient possible de
pleurer en privé tout en continuant à satisfaire les devoirs publics.
C’est enfin sur le « pathos de la réception55 » que se penchent les trois dernières
contributions, soucieuses de cerner les nouvelles attentes culturelles concernant le
langage des larmes. Parce que les larmes deviennent un signe requis, gage de la
réussite esthétique d’une pièce autant pour les dramaturges que pour les spectateurs
(et non pas seulement les spectatrices56), tout un code social se constitue autour de
ce goût croissant pour l’attendrissement.
Comme le montre Emmanuelle Hénin, c’est sous l’influence de l’esthétique
galante que la légitimité des larmes est proclamée par les théoriciens de la tragédie.
Il ne s’agit plus de susciter chez le spectateur la terreur et la pitié, émotions
ressenties comme trop violentes et archaïques. La finalité du spectacle doit être
repensée en termes sentimentaux : pleurant à la vue de personnages eux-mêmes en
pleurs, le spectateur s’éprouve sentant et découvre sa propre sensibilité. Le partage

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des larmes s’apparente alors à un rituel social où se constitue une communauté de
sujets sensibles. Les larmes sont ainsi doublement le gage de notre humanité : elles
permettent un retour réflexif sur soi et elles constituent le signe de l’éveil de la
charité chrétienne dans l’âme du spectateur bouleversé.
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Les codes et les normes de la vie en société n’en viennent pas moins entraver le
libre écoulement des pleurs, comme le met en évidence la contribution de Denis
Roche. Si le spectacle tragique exerce sur le public un attrait grandissant, la
résistance à cette captation apparaît tout aussi grande ; ainsi du spectateur de La
Bruyère qui retient ses larmes lors du spectacle tragique et affiche à la place des

54
H. Merlin-Kajman, L’Absolutisme dans les Lettres et la théorie des deux corps.
Passions et politique, Paris, Champion, 2000, chap. VI : « La liberté des larmes », p. 173-
206.
55
Nous renvoyons à Cl. Badiou-Monferran, art. cit., p. 87, qui distingue le « pathos de
la production » du « pathos de la réception », soulignant que « si, autour des années 1670, le
principe d’un pathos de la production, fidèle à l’injonction de naturel, est non seulement
agréé mais encore vivement recommandé, à la même époque, la promotion esthétique d’un
pathos de la réception ne s’effectue pas sans grincements ».
56
Voir V.-M. Grégoire, « Le larmoiement : l’expression originale d’une sensibilité
masculine dans la seconde moitié du dix-septième siècle », Seventeeth-Century French
Studies, n° 15, 1993, p. 181- 203.
D e la lis ib ilit é d es lar m es 19

pleurs attendus un « mauvais ris ». Derrière le verdict acerbe du moraliste attentif à


répertorier les formes de violence indue faite aux mouvements de la sensibilité, se lit
en creux une interrogation sur l’autonomie naissante du spectateur de théâtre.
En examinant des anecdotes relevant d’un discours profane porté sur le théâtre,
Sophie Marchand s’efforce de rendre compte de l’idée que le siècle des Philosophes
se fait de l’inscription du théâtre dans l’expérience du spectateur et la vie de la Cité.
Diagnostiquant une mythologie révélatrice de stratégies idéologiques, elle envisage
les quatre lieux de cristallisation, mais aussi de tension, qui la caractérisent : le
naturel, l’adhésion, la vertu et l’utilité. Certes, les anecdotes qui illustrent
l’efficacité pathétique du nouveau théâtre répudient une forme de sociabilité
aristocratique fondée sur l’esprit et l’ostentation pour privilégier l’absorption
sentimentale dans la fable. Pourtant, cette absorption ne va pas sans critiques de la
part des parodistes et théoriciens.

Dans une histoire des larmes qui reste encore largement à écrire, il est indéniable
qu’une place décisive devrait être accordée à la période qui s’écoule entre le dernier
tiers du XVIIe siècle et le premier tiers du XVIII e siècle. Comme le montre ce tour
d’horizon de la représentation des larmes telle qu’elle évolue alors, c’est durant
cette époque charnière que se déploie la promotion, théorisée et valorisée, des
larmes. Parce que ces années expérimentent, avec un étonnement inquiet, un plaisir
de pleurer longtemps occulté, le langage des larmes conquiert une dignité et une
autonomie irréductibles à ses seules codifications idéologiques. Partant, il acquiert

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un nouveau statut, dont la valeur, le pouvoir et la symbolique sont largement
fantasmés, au gré des idéaux, des postulations et des mythologies en vigueur. Saisi
désormais dans toute sa complexité, avec ses opacités et ses ambiguïtés
constitutives, le langage des larmes ouvre la voie aussi bien à de nouveaux
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paradigmes esthétiques qu’à de nouveaux régimes de lisibilité. Confronté à une


confusion des signes toujours possible, le lecteur se fait nécessairement herméneute.

A d é laïd e Cr o n
U n i versit é d e P a ris I I I - S o rb o n n e No u v elle
Céc ile Li g n er eu x
U n i versit é d e P a ris I V - S o rb o n n e

Bibliographie sélective

ADNÈS (Pierre), art. « Larmes », Dictionnaire de spiritualité, Paris, Beauchesne,


1932-1995, t. IX, p. 287-303.
20 A d é laïd e Cr o n e t Céci le Lig n er eu x

BADIOU-MONFERRAN (Claire), « La promotion esthétique du pathétique dans la


seconde moitié du dix-septième siècle», La Licorne, n° 43 (« Passions, émotions
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BARBAFIERI (Carine), Atrée et Céladon, La Galanterie dans le théâtre tragique
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BAYNE (Sheila Page), Tears and Weeping : an aspect of emotional climate
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————, « Le Siècle en Pleurs : l’émotivité au service de la société », dans Das
weinende Saeculum. Colloquium der Arbeitsstelle 18. Jahrhundert,
Gesamthochschule Wuppertal, Universität Münster (7-9 Oktober 1981),
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BIET (Christian), « La passion des larmes », Littératures classiques, n° 26, janvier
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COURTINE (Jean-Jacques) et HAROCHE (Claudine), Histoire du visage.
Exprimer et taire ses émotions (XVIe - début XIXe s.) [1988], Paris,
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DENIS (Delphine) et SPICA (Anne-Élisabeth), « De l’inquiétude des signes »,
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DESJARDINS (Lucie), Le Corps parlant. Savoirs et représentation des passions au
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XVIIe siècle, Québec/Paris, Les Presses de l’Université Laval/L’Harmattan,


2001.
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