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CHAPITRE I

BIBLIOGRAPHIE

1 – DESCRIPTION, MESURE ET THEORIE CLASSIQUE DE


L’ENDOMMAGEMENT
2 – MODELISATION LOCALE DE L’ENDOMMAGEMENT ET METHODES
D’HOMOGENEISATION
3 – AUTRES MODELES MICRO-MACRO D’ENDOMMAGEMENT
4 – MOTIVATION DU PRESENT TRAVAIL
Chapitre 1

1 - DESCRIPTION, MESURE ET THEORIE CLASSIQUE DE


L’ENDOMMAGEMENT

1.1 - DESCRIPTION DE L’EVOLUTION D’UN ENDOMMAGEMENT DE TYPE DUCTILE


1.1.1 - INTRODUCTION
Bien qu’ayant pour l’essentiel considéré des matériaux élastiques dans ce travail, nous
présentons d’abord quelques rappels concernant l’endommagement au sein d’une matrice
pouvant être ductile, un alliage métallique notamment.
Le lien entre perte de ductilité et présence d’impuretés dans les alliages est connu
depuis que l’on travaille les alliages. La figure I.1, issue de Hosford [76], illustre cette
relation a priori simple.

Figure I.1 Déformation à rupture en fonction de la fraction volumique d’inclusions[76]

L’endommagement recouvre l’ensemble des phénomènes de création de nouvelles


surfaces libres, microfissurations, au sein d'un matériau sous l'effet d'une sollicitation. C'est
dans ou au voisinage des inclusions quand il y en a qu'apparaît le plus souvent
l'endommagement. La dureté de la matrice influence le mode d’endommagement. Babout [5]
montre que dans les matrices molles, la décohésion domine alors que dans les matrices dures,
le mécanisme majoritaire est la rupture des particules. La ductilité de la matrice favorise donc,
semble-t-il, la décohésion. Les microhétérogénéités sont donc des sites privilégiés étant à la
fois des points faibles du matériau (phases souvent fragiles dans une matrice ductile) mais
également des sources de forte concentration de contraintes.
Dans un processus d'endommagement on distingue généralement trois étapes :
l'amorçage,
l'extension par l’ouverture des microfissures créées,
27
Chapitre 1

la rupture, par coalescence des cavités, puis par percolation d'une fissure dominante.

1.1.2 - L'AMORÇAGE
1.1.2.1 - INTRODUCTION
Ainsi que Grenier [62] le souligne dans sa thèse, il existe une certaine ambiguïté quant à
la définition de l'amorçage qui dépend de la sensibilité du système de mesure à mettre en
évidence une fissure ou une cavité. La véritable apparition de nouvelles porosités
correspondant à la rupture de quelques liaisons interatomiques n’est pas observable. Ainsi, les
critères de nucléation se réfèrent à l’apparition d’un défaut observable qui a donc déjà subi
une certaine croissance à une échelle inférieure.
La coupe tomographique extraite figure I.2 d’une image 3D, montre des porosités
(points noirs désignés par ‘A’) que Grenier considère dans son travail comme venant de
nucléer à la résolution (le micromètre) utilisée.

Figure I.2 Coupe tomographique montrant l’amorçage de décohésions (A), dans un


composite Al/ZrO2 pendant un essai de traction in situ [5]

Les sites de nucléation de l’endommagement sont des zones de concentration de


contraintes ou de déformations entraînant l’apparition et la croissance de surfaces libres
jusqu’à une taille critique. Dans un système matrice/interface/inclusion, trois mécanismes
d’amorçage sont observés selon que l’inclusion, l’interface ou la matrice rompt [11].

1.1.2.2 - RUPTURE D’UNE INCLUSION


Llorca et al. [90] ont mis en évidence par des techniques destructives telles que le
comptage et la mesure des caractéristiques des particules cassées dans un composite à matrice
métallique, que plus la taille et le rapport d'aspect des inclusions étaient importants, plus
l'endommagement apparaissait de façon précoce. Ces résultats ont été corroborés

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qualitativement [79], [87]. Maire et al. [93] ont mis en évidence qualitativement lors
d'observations "post mortem" en surface, que la rupture des particules était plus importante
dans les zones où la concentration en inclusions était forte. Cette tendance a été vérifiée
théoriquement par différents auteurs [51], [150], par l'intermédiaire d'un schéma autocohérent.

1.1.2.3 - DECOHESION A L'INTERFACE INCLUSION/MATRICE


A l'inverse du phénomène de rupture, les fissures ainsi créées à l'interface
inclusion/matrice sont usuellement arrêtées au cours de leur propagation le long de l'inclusion
et la décohésion complète autour de l'hétérogénéité a été très rarement observée. D'après les
travaux de Whitehouse et Clyne [149], il semble que l'apparition de fissures est favorisée sur
des inclusions qui présentent des surfaces plates orientées perpendiculairement à l'axe de
sollicitation.

1.1.2.4 - CREATION DE FISSURES DANS LA MATRICE


C’est en général au voisinage d’une inclusion que les fissures matricielles apparaissent
d’abord. Pour une matrice plastique, la fissure peut apparaître en relation avec des bandes de
glissement qui naissent en raison de concentrations de contraintes autour d'une inclusion. Ce
mode d'amorçage est plutôt observé en fatigue. On le rencontre aussi dans les cas de fortes
concentrations d’inclusions (typiquement >40%), quand les distances entre premières voisines
deviennent faibles.

1.1.3 - EXTENSION DE L’ENDOMMAGEMENT


Il s’agit plus spécifiquement d’un processus caractéristique des matrices ductiles,
l’endommagement en matrice fragile se propageant en général trop brutalement pour qu’un
stade significatif de propagation soit observable. Formellement parlant, dans tous les cas
l’extension combine multiplication des sites d’amorçage (multi - amorçage de sites ou
amorçage sur de nouveaux sites) et augmentation de la dimension des sites déjà initiés
(croissance des cavités) [75]. Avec la même distinction que pour une matrice dure ou molle
quand elles sont ductiles, moins la matrice est ductile plus l’extension se confine à la part
multiplication et inversement, la ductilité facilite l’ouverture.
Dans certains matériaux, notamment ceux contenant une forte fraction volumique
d'inclusions, un nombre critique de sites d'amorçage conduit directement à une coalescence
spontanée menant à la rupture finale [140], [91].
Quand l'amorçage se produit par rupture d'une inclusion fragile dans un métal, la fissure
créée est quasiment instantanée, et elle est bloquée quand elle atteint la matrice si celle-ci
présente localement une ténacité beaucoup plus forte. La fracture est en général normale à la
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sollicitation principale. Au fil de la déformation matricielle, son ouverture augmente mais sa


largeur reste alors égale à la dimension de l'inclusion. Si la ténacité de la matrice ne retient
pas la fissure d’inclusion, la propagation se poursuit en matrice, selon un cheminement
complexe. La multi fissuration est observée dans le cas de sollicitation multi - axiales comme
on peut le voir à la figure I.3 à droite.

Figure I.3 mono et multi fissuration d’alliage d’aluminium obtenue en sollicitation mono
et multiaxiale lors de la mise en forme [62]

Dans le cas d’une décohésion, la surface libre de contrainte associée à la porosité


entraîne une concentration de contrainte et de déformation locale dans la matrice. En
augmentant la déformation dans la matrice, la cavité va subir une croissance de volume
essentiellement dirigée selon l'axe de sollicitation, mais pas uniquement, car la décohésion
progresse aussi sur l’interface à partir d’un point ou d’une ligne de décollement initial
correspondant au site où la contrainte critique est en premier atteinte. Contrairement à la
rupture inclusionnaire qui est en général brutale (quasi-instantanée) et totale, la décohésion est
donc progressive et reste en général partielle pendant un stade d’évolution qui peut être
significatif. On peut même envisager qu’une fraction d’interface reste non décollée jusqu’au
terme d’un processus donné de sollicitation, si celui-ci reste monotone, radial, et n’est pas une
extension tri-directionnelle. La décohésion est donc uni ou multi-directionnelle, selon le
chargement appliqué (voir figure I.4).

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Chapitre 1

Figure I.4 décohésion sur un alliage d’aluminium obtenue en sollicitation multiaxiale


lors de la mise en forme [62]

L’endommagement est caractérisé par une extension de surface libre à l’intérieur du


matériau, accompagnée d’une augmentation de fraction volumique de vide. La seconde
caractéristique est plus aisée d’analyse expérimentale que la première (mesure de densimétrie
[149], [84] par exemple). Récemment, la tomographie X a rendu possible la quantification
individuelle tridimensionnelle des pores formés au sein d'un alliage [95].

La coupe tomographique suivante figure I.5 montre la même zone que la figure I.2
mais déformée à 45%. Le pore repéré ‘A’ figure I.2 a maintenant une taille plus importante
et des pores plus ou moins ouverts sont nucléés sur de nouvelles particules.

Figure I.5 Coupe tomographique montrant l’extension de décohésions par amorçage sur
plusieurs sites et croissance, dans un composite Al/ZrO2 pendant un essai de traction in
situ [5]

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Chapitre 1

1.1.4 - COALESCENCE ET RUPTURE


L'endommagement est d’abord diffus. La rupture (ductile) apparaît par coalescence
entre microfissures ou entre cavités. Cette jonction de microfissures se fait par fissuration des
ligaments de matrice, souvent dans des zones fortement écrouies autour des sites d'amorçage.
Le processus de coalescence s’achève par une percolation brutale qui indique qu’une chaîne
« infinie » de microfissures s’est constituée dans tout le volume du matériau, séparant celui-ci
en deux corps dissociés. La détermination expérimentale du seuil de percolation est très
difficile à réaliser, et le suivi quantitatif du processus de coalescence est lui aussi délicat. Il
semble que sur ce point, la tomographie X apporte également une aide précieuse (Martin et al.
[95]). La figure I.6 montre de nouveau la même zone que les figure I.2 et figure I.5 et met
en évidence la coalescence entre deux cavités voisines.

Figure I.6 Coupe tomographique montrant la coalescence de deux cavités en une seule
dans un composite Al/ZrO2 pendant un essai de traction in situ [5]

1.2 - MESURE ET CARACTERISATION DE L’ENDOMMAGEMENT


1.2.1 - INTRODUCTION
Les méthodes expérimentales d'étude de l'endommagement sont classées en deux
catégories :
- les méthodes locales qui s’intéressent à l’évolution au sens micro ou mésoscopique
- les méthodes globales qui considèrent l’évolution à l’échelle plus macroscopique.

1.2.2 - METHODES LOCALES


1.2.2.1 - LES DIFFERENTES MICROSCOPIES
Que ce soit des microscopies optiques ou électroniques à balayage, elles sont mises en
œuvre soit de manière destructive [15] [153] (coupe et polissage des échantillons à différents

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Chapitre 1

états de déformation) soit de façon in situ [1] [138] [92]. Des analyses quantitatives sont
pratiquées par des mesures de surface à l’aide de dépôts de micro-grilles, figures de moiré etc.

1.2.2.2 - LA MICRO-TOMOGRAPHIE X HAUTE RESOLUTION.


Adaptée de la tomographie à usage médical, cette méthode non destructive, de
résolution micrométrique et toujours en progrès, permet de suivre l'évolution de
l'endommagement sur des zones identiques au cœur du matériau, à différents stades de
déformation. Le suivi de l’évolution d’une microstructure à cœur peut être réalisé de manière
interrompue (démontage et observation de l'éprouvette après chaque incrément de
sollicitation) ou en continu, grâce à une machine de traction/compression adaptée au
fonctionnement sous rayons X. De telles mesures tomographiques ne se pratiquent pas sur un
équipement de laboratoire, mais sur des gros équipements mutualisés comme l’ESRF de
Grenoble. Buffière et al. [18] ont par exemple ainsi montré, dans le cas de CMMp, que la
fraction numérique de particules cassées à la surface du matériau augmentait moins
rapidement qu'en volume. Leurs analyses quantitatives ont aussi mis en évidence que les
particules situées au cœur du matériau présentaient en moyenne un volume naturellement plus
important que celui en surface. Par contre, concernant le rapport d'aspect, la tendance était
inversée.

1.2.3 - METHODES GLOBALES


Elles ne permettent pas vraiment le recensement sélectif des mécanismes, mais elles
peuvent être utilisées de manière complémentaire.

1.2.3.1 - MESURE DE DENSITE


L’évolution de la densité du matériau donne par exemple une idée moyenne et
macroscopique du taux d’endommagement instantané [131] [125]. Les modèles actuels
utilisés par les industriels se contentent de cette grandeur scalaire qu’est la fraction volumique
de cavités.

1.2.3.2 - LES MESURES DE PERTE DE MODULE MECANIQUE


Celles-ci [64] [37] [120] ont permis de quantifier l’endommagement de façon
anisotrope (dans la direction de traction).

1.2.3.3 - LES MESURES DE VITESSE DES ONDES ULTRASONORES


Les mesures de vitesse des ondes ultrasonores dans plusieurs directions de propagation
[50] permettent de remonter au tenseur d'élasticité du matériau. Lorsque l'endommagement
apparaît, la vitesse de propagation diminue dans certaines directions et modifie alors le

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Chapitre 1

tenseur d'élasticité. Le caractère anisotrope de l’endommagement est donc mesuré mais il doit
être ensuite corrélé aux mécanismes. Ducret [46] a montré, dans le cas de composites à
matrice époxy renforcée par des fibres de verre, que les composantes du tenseur les plus
modifiées étaient celles contenues dans le plan perpendiculaire à l'axe des fibres. C'est dans ce
plan qu'apparaît la décohésion de l'interface fibre/matrice.

1.2.3.4 - L'EMISSION ACOUSTIQUE


Elle permet de détecter des événements suffisamment brefs et énergétiques pour
produire une onde acoustique et ainsi de quantifier les mécanismes d’endommagement si le
signal a été préalablement identifié.

1.3 - THEORIE DE L’ENDOMMAGEMENT « CLASSIQUE »


Bien que dans le présent travail on ne fasse pas à proprement parler usage des
paramètres usuels d’endommagement, ceux-ci sont brièvement rappelés ci-après pour
mémoire.

1.3.1 - ENDOMMAGEMENT ISOTROPE


Lorsqu’une force F est appliquée en traction à une éprouvette de section nominale Sn ,

la contrainte est donnée par σ = F . En présence de porosité interne, la contrainte effective


Sn
~ = F , avec Sc la section supportant effectivement la charge, telle que Sc=Sn-
~ vaut σ
σ
Sc
Sp<Sn, et Sp la section poreuse normale à la direction de sollicitation. La contrainte effective
peut s’exprimer également :

~= σ
σ (I.1)
1− D

avec le paramètre d’endommagement D au sens de Kachanov [81] défini comme :

Sc S p
D = 1− = (I.2)
Sn Sn

D apparaît donc défini comme une fraction surfacique de section poreuse,


perpendiculairement à une direction de charge. Il apparaît alors naturel, pour un matériau à
densité de porosités aléatoirement réparties, d’exprimer D en fonction de la fraction
volumique de porosité fp. Lorsque les évolutions de l’endommagement sont suivies par les
changements de densité du matériau [26], on définit ainsi :

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Chapitre 1

ρ
Dρ =1− =f p (I.3)
ρ0

où ρ est la densité mesurée pour un chargement εp et ρ0 la densité initiale du matériau supposé


sain. La définition en Dρ implique que l’endommagement soit isotrope.
Les évolutions de l’endommagement peuvent être suivies de manière directionnelle
(dans le sens de traction) par les changements de module d’Young [88] en utilisant la
définition suivante :

D E =1− E (I.4)
E0

où E est le module d’Young mesuré pour un chargement εp et E0 le module d’Young initial du


matériau supposé sain. Ceci est basé sur une équivalence en déformation :
~
ε = σ = σ ⇒ E =1− D E
E E0 E0

σ2 ~2
σ
Une équivalence en énergie conduit à w = 1 = 1 ⇒ E = 1− D
2 E 2 E0 E0
( E
) . Chow [27] utilise
2

alors :

D E =1− E (I.5)
E0

Ashby [3] a montré que pour le cas extrême des mousses, les pertes de sections effectives sont
2
plutôt à associer au carré des pertes de module d’Young tel que Sc =⎛⎜ E ⎞⎟ . On définit alors
Sn ⎝ E 0 ⎠
un nouveau paramètre DE²

DE 2 =1− E
E0
( )
2
(I.6)

Poole [118] propose de quantifier D à partir de l’écart entre le comportement en traction et


celui en compression en faisant l’hypothèse d’un endommagement nul en compression.
L’auteur définit alors :

Dσ =1− σtension (I.7)


σcompressio n

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Chapitre 1

1.3.2 - ENDOMMAGEMENT ANISOTROPE


A partir de la définition en section donnée équation (I.2) du paramètre de dommage
scalaire D, on peut introduire une généralisation tensorielle sous la forme d’un opérateur D,

d’ordre 2, reliant un vecteur S * de trois sections orthogonales efficaces, à un vecteur S de


trois sections orthogonales de référence dans le matériau, prises dans les directions principales
des contraintes appliquées σ. Dans ce repère, le tenseur D est diagonal, ses trois composantes
S *i
étant définies par Dii = 1 − , i ∈ (1,3) .
Si
Dans une approche mécanique, l’endommagement est le plus souvent tensoriellement
défini comme l’opérateur reliant le tenseur des contraintes effectives à celui des contraintes
~ donnée équation (I.1), on introduit un tenseur
appliquées. En généralisant l’expression de σ
Μ D d’endommagement, d’ordre 4, reliant la contrainte effective à la contrainte vraie, tel que
σ~ = ΜD : σ [62]. Le tenseur Μ D dépend du tenseur de dommage D selon M D = (I - D)-1 . En

vectorisant à 6 composantes les tenseurs de contraintes (notation de Voigt), le tenseur Μ D


prend la forme d’une matrice 6x6 non nécessairement symétrique, donc à 36 termes distincts
a priori.
Ceci se simplifie en définissant Μ D dans le repère des contraintes principales pour σ, en
~ . La matrice Μ D est alors
admettant que les directions principales de σ sont aussi celles de σ
réduite à une matrice 3x3, dont les 3 termes diagonaux sont directement définis à partir de
D 1
l’expression scalaire de l’endommagement, soit Μ ii = , i ∈ (1,3) .
1 − Di

L’explicitation des autres termes de Μ D , qu’on peut difficilement négliger, repose sur
des considérations et des hypothèses supplémentaires.
Dan le présent travail, nous n’aurons que rarement usage d’un tel operateur Μ D . Dans
quelques cas illustrés, nous nous contenterons de la définition tensorielle de D :
~
D = I - C : C-1 (I.8)

celle-ci, le plus souvent apparaîtra en notation de Voigt sous la forme d’une matrice 6x6.
~
Dans l’équation. (I.8), C est le tenseur des modules d’élasticité effectifs d’un milieu
endommagé, égal à C dans l’état sain. Dans cette expression, D n’est pas forcément
symétrique.

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Chapitre 1

2 - MODELISATION LOCALE DE L’ENDOMMAGEMENT ET METHODES


D’HOMOGENEISATION

2.1 - INTRODUCTION
Premièrement, les types de modèles d’endommagement microstructuraux concernant les
étapes d’amorçage, extension, rupture sont brièvement rappelés. Ensuite, nous présentons les
méthodes d’homogénéisation/localisation à la base des modèles de type particulaire (décrivant
la porosité et l’inclusion associée) permettant de calculer les champs de contrainte et de
déformation locaux dans un matériau hétérogène, puis de remonter au comportement
macroscopique par moyenne des comportements locaux où le dommage s’exprime.

2.2 - MODELES LOCAUX D’ENDOMMAGEMENT


Il existe deux types principaux de modèles microstructuraux. Le premier type décrit les
pores et leurs fractions volumiques en oubliant les particules. Le second type tient compte des
particules et décrit leurs changements de propriétés mécaniques dus à l’endommagement.

2.2.1 - MODELES D’AMORÇAGE ET DE NUCLEATION


De nombreux critères ont été développés pour prédire l'amorçage dans le cas de
chargements monotones. Ils reposent sur l'une ou l'autre des conditions suivantes :
Condition énergétique : il y a amorçage si l'apparition de la fissure libère assez
d'énergie pour créer de nouvelles surfaces libres ;
Condition en contrainte : il y a amorçage si la contrainte dans l'inclusion ou à
l'interface dépasse un seuil tel qu'une nucléation se produise (en mode I et/ou en mode II de
sollicitation, c’est à dire en sollicitation normale ou de cisaillement) ;
Condition en déformation : pour la décohésion, il y a amorçage si une déformation
critique est atteinte à l’interface.
Pour des particules supposées ellipsoïdales, les champs de contrainte et de déformation
intérieurs sont uniformes et l’orientation de la rupture peut être supposée guidée par l’état de
contrainte ou de déformation dans ces particules. La fragmentation peut être pilotée par la
contrainte normale ou par cisaillement. De surcroît, les champs de contraintes ou de
déformations sur la face extérieure des interfaces inclusion/matrice ellipsoïdales, bien que non
uniformes, se déterminent directement des champs uniformes intérieurs.
Les critères les plus physiquement fondés permettent de rendre compte d’une
distribution de seuils d’amorçage ou nucléation, en général en supposant non pas une
dispersion du chargement mais une distribution de la résistance du site à la rupture. Ceci se

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Chapitre 1

traduit soit par une loi de Weibull en contrainte pour les ruptures d’inclusions [20] soit par
une loi normale en déformation pour les décohésions [31]. Le livre de Montheillet et Moussy
[102] présente la plupart de ces critères.

Un exemple de distribution normale d’un seuil en déformation critique est trouvé dans
[144], appliqué soit pour une matrice sans particule avec une distribution de pores
préexistants, soit pour une matrice contenant des particules et sans porosité initiale :

ε −εn 2
ϕ [− 1 ( p ) ]
dfnucl(εp) = D*dεp, D = *e 2 s [31] (I.9)
s 2π

avec εp la déformation de la matrice, εn la déformation moyenne pour laquelle il y a


nucléation de porosité, s l’écart type de la distribution de taille des particules et ϕ est
représentatif de la fraction volumique de particules.

La loi de distribution de type Weibull [94] [51] a été appliquée à des composites à
matrice métallique avec σp le maximum de contraintes principales dans les particules:

⎡ ⎛ σ ⎞m ⎤

(
⎢ − r
r*
)3 ⎜⎜⎜ p − σ 0 ⎟




σ m
⎣⎢ ⎝ ⎠ ⎥⎦
dFpart-cassée(r, σp) =[ 1- e ] F(r) dr (I.10)

avec r*, σo, σm et m les constantes de Weibull, r le rayon moyen des particules de fraction
volumique F(r) dérivée de la loi normale de distribution de taille φ(r).

⎡ ⎛ σ ⎞m ⎤

(
⎢ − r
r*
)3 ⎜⎜⎜ p − σ 0 ⎟




⎢⎣ ⎝ σ m ⎠ ⎥⎦
P(r,σp) = [ 1- e ] (I.11)

est la probabilité pour une particule de rayon r d’être endommagée pour une contrainte σ p.
Le choix d’un critère en contrainte doit suivre indirectement la distribution de taille
sachant que les grosses particules s’endommagent plus facilement que les petites. Un critère
en contrainte a également été proposé par Needleman et Rice [110].

38
Chapitre 1

2.2.2 - MODELES D’EXTENSION


Le stade de l'extension de l’endommagement est surtout étudié sous l'aspect croissance
des cavités matricielles. Les formalismes développés pour cette croissance ont parfois été
étendus à l'ouverture des microfissures (cavité entre deux fragments). Les modèles proposés
permettent de calculer la fraction de vide et son évolution au cours de la déformation. Ils sont
soit ‘non couplés’ s’ils négligent l’effet de l’endommagement sur le comportement, soit
‘couplés’ s’ils permettent de gérer cet effet. La première famille est la plus simple et la plus
ancienne. Elle dérive des travaux de Rice et Tracey [123], complétés par toute une série
d’améliorations pour tenir compte de l’élancement des cavités, de l’anisotropie éventuelle de
la plasticité de la matrice, etc... Les modèles couplés, plus complexes, dérivent des travaux de
Gurson [63] ou de son équivalent énergétique proposé par Rousselier [128]. Une revue
complète et détaillée des modèles de croissance est présentée dans [51].

2.2.2.1 - MODELE DE RICE ET TRACEY [123]


Ce modèle décrit l'expansion d'une cavité isolée dans une matrice infinie en relation
avec le champ de déformation appliqué et la triaxialité des contraintes. Il montre que les taux
de variation dri des rayons ri de la cavité initialement sphérique, dans les directions principales
de la vitesse de déformation de composante dεi (dε1≥ dε2≥ dε3), s'expriment sous la forme
suivante :

⎡ 2 ⎤
dri = ⎢ra dε i + b dε jdε j ⎥ ri pour (i,j)=1,2,3 (I.12)
⎣ 3 ⎦

Dans ces équations, le premier terme fait référence à un changement de la forme de la


cavité sans changement de volume alors que le deuxième est relié à un changement de volume
sans changement de forme. Cette analyse a été développée dans le cas d'un matériau rigide
plastique et modifiée dans le cas d'un écrouissage linéaire.

39
Chapitre 1

2.2.2.2 - MODELE DE GURSON ET GURSON-TVERGAARD


La croissance des cavités peut être décrite de manière couplée c'est à dire en gérant
l'effet des pores formés sur la loi de comportement globale du matériau [63] [143].
L'apparition de porosités entraîne en effet un adoucissement dans le matériau. Le potentiel de
Gurson, généralisé par Tvergaard et Needleman, est développé à partir d'une approche micro-
macro sur une cellule contenant une fraction volumique f de cavités initialement sphériques.
Leur caractéristique finale commune est de faire intervenir la partie hydrostatique du tenseur
des contraintes et la fraction volumique f de porosités. Le potentiel de Gurson ΦG modifié par
Tvergaard et Needleman donne un critère de plasticité de la forme :

⎛ σ2 ⎞
ΦG = ⎜ e ⎟ + 2q f . cosh⎛⎜ 3q 2 σ m ⎞⎟ − 1 − q 2 f 2 = 0 (I.13)
⎜ Y2 ⎟ 1 1
⎝ ⎠ ⎝ 2Y ⎠

où Y est la contrainte d'écoulement en traction du matériau idéal dense, σe la contrainte


équivalente de Von Mises et σm la contrainte moyenne. Les constantes q1 et q2 ont été
introduites par Tvergaard et Needleman pour avoir une prédiction, dans les faibles valeurs de
la fraction volumique, en accord avec les simulations numériques concernant des
arrangements périodiques de cavités sphériques (dans le cas de Gurson, q1=q2=1).
La loi de comportement de la matrice s'écrit alors :

σ ijdε ijp = (1 − f )Ydε eq


p
(I.14)

Dans le cas de matériaux hétérogènes, le potentiel de Gurson a été essentiellement


utilisé pour modéliser une croissance de cavités, suite à la germination d'un pore dans la
matrice. Plusieurs autres modèles de potentiels ont été proposés pour prendre en compte cet
effet de la porosité, dont le potentiel de Rousselier [128]. La détermination du potentiel de
Rousselier suit une approche thermodynamique basée sur la conservation de masse et
identifiée avec le modèle de Rice et Tracey.

2.2.2.3 - MODELES PARTICULAIRES


Les modèles qui visent à déterminer les propriétés effectives de particules
endommagées peuvent prendre en compte l’anisotropie des particules en utilisant les
techniques d’homogénéisation pour des matériaux non linéaires aléatoires hétérogènes et
anisotropes. Dans ce type de modèles dits particulaires, la nucléation de dommage se traduit
par la nucléation d’une fraction volumique de particules endommagées fid de la fraction
volumique totale de particule fi voir même de fid,k selon les k processus d’endommagement:
40
Chapitre 1

décohésion et rupture ou rupture de différentes orientations. La fraction de particules

endommagées peut augmenter jusqu’à ce que Σfid,k = fi . Ceci est applicable à différents types
de particules (différentes propriétés mécaniques ou géométriques) assimilables à des
particules ellipsoïdales pour pouvoir utiliser le formalisme de type Eshelby.

Les particules de modules Ci, une fois endommagées, sont traitées comme des
inclusions homogènes, dont les propriétés effectives Ci* sont équivalentes à un assemblage
« morceaux plus vide ». Elles sont définies comme suit : pour une particule élasto-fragile
rompue perpendiculairement à la contrainte de traction, la création d’une surface libre dans un
plan de normale n conduit à C*iinn = C*inin= 0 (figure I.7), c’est à dire un comportement de
type REUSS dans la direction affaiblie [53] [51]. Les autres modules élastiques demeurent
inchangés en première approximation.
Favier propose de traiter une décohésion de la même façon. Ceci signifie que la perte
des propriétés mécaniques n’est pas affectée par la croissance des porosités mais intervient de
façon instantanée. En comparaison aux résultats E.F., ceci apparaît à l’échelle de l’inclusion
comme des pertes excessives de rigidité dans la direction de rupture et comme une
conservation de rigidité surestimée dans les autres directions. Les propriétés effectives
relativement aux directions non endommagées doivent en fait être affaiblies progressivement
par l’ouverture de la cavité. Grenier [62] a repris ces hypothèses, en l’étendant au cas de
fissuration ou décohésion multi-directionnelles, selon les trois directions principales de
contrainte dans l’inclusion saine de référence.
Il n’est toutefois pas nécessaire de vouloir affiner la description du processus de rupture
individuel des particules si une perte de rigidité supposée instantanée au niveau d’une
particule est compensable par une progressivité de la fraction de particule endommagée
contrôlée par une distribution de seuil de nucléation. Ce seuil est en général défini par une
contrainte relative à l’inclusion saine de référence, par exemple la contrainte équivalente.
Si cette description semble raisonnable pour la rupture des inclusions, elle l’est moins
pour la décohésion dont on s’attend à ce que les contraintes dans la matrice participent
davantage. C’est dans ce souci que Grenier [62] a aussi testé l’effet d’une évolution de
l’endommagement de type décohésion qui serait piloté par la contrainte équivalente moyenne
de la phase matrice. Cette hypothèse constitue l’excès inverse d’un rôle totalement négligé de
la contrainte intra-inclusionnaire sur la décohésion, mais la confrontation des deux hypothèses
extrêmes borne vraisemblablement le cas réel intermédiaire. Tout ceci montre encore une fois
combien les problèmes de décohésions sont délicats à appréhender de manière générale.
41
Chapitre 1

Figure I.7 Inclusion homogène équivalente de modules C*, pour une particule rompue
ou présentant une décohésion

Dans les modélisations précitées, les transitions de modules d’une particule saine à une
particule endommagée sont instantanées, du moins pour ceux relatifs aux directions
principales de fracture ou de décohésion. Les autres peuvent continuer à évoluer avec
l’ouverture du vide que la fracture a créé. Bien que plus difficiles à mettre en œuvre, des
modules effectifs évolutifs C*i,k peuvent néanmoins être utilisés dans la mesure où des lois
raisonnables des ces évolutions sont accessibles.
Le choix des C*id,k (à savoir la perte des modules relatifs à la direction – ou aux
directions - de rupture) a un impact notable sur la croissance des cavités résultantes. Favier
[53] souligne que l’hypothèse de mise à zéro de certains modules peut conduire à surestimer
la vitesse de déformation dεi/dt des particules endommagées.

2.2.3 - COALESCENCE
Cette dernière phase conduit plus ou moins rapidement à la rupture macroscopique. Elle
est très rapide pour les matrices élastiques fragiles. La rupture finale d'un matériau ductile est
conditionnée par la percolation d'une fissure entre les microfissures amorcées et qui se
propagerait ainsi au travers de la matrice. Comme la rupture finale du matériau apparaît
immédiatement après le début de la percolation, il est intéressant de prédire les conditions
critiques de cette percolation liée aux différents facteurs de la microstructure et de
chargement. Pour les matrices plastiques, Thomason [139] a estimé que le début de la
coalescence coïncidait avec le début de l'instabilité plastique des cavités dans la matrice.
Brown et Embury [17] ont proposé que la coalescence par bande de glissement intervenait
quand la hauteur des cavités devenait égale à l'espace inter-cavités. Ces modèles font
intervenir la fraction volumique d'inclusion liée en moyenne à la distance inter-particules. Ils
ont été utiles pour prédire la coalescence dans le cas d'aciers ou d'alliages métalliques.

42
Chapitre 1

Worswick [152] , Thomson [141] et plus récemment Chen [25] explicitent la distance inter-
max(d1,d2)+max(d3,d4)
pores L = c - d avec c la distance inter-centroïdes et d ( d= ) la
2
dimension moyenne des pores. Lorsque L ≈ d alors les deux pores sont traités comme un pore
unique et plus gros.

Figure I.8 Schéma des distances inter-pores d’après [25]

Comme la croissance, l’étape de coalescence est sensible aux orientations de


chargement et donc à l’anisotropie de comportement de la matrice, à l’orientation des
inclusions et des porosités. Plus la triaxialité du chargement est forte et moins les effets
d’anisotropie sont marqués. Wilkinson et al [150], pour un composite à matrice métallique,
trouvent un bon accord entre les courbes de comportement expérimentales et simulées par un
modèle particulaire tant que la déformation n’est pas trop forte. Ceci est attribué à la non prise
en compte de l’accélération de l’endommagement liée à la coalescence. Les modèles
particulaires sont à même de décrire l’amorçage et la croissance mais ne traitent pas très
correctement de la coalescence probablement parce que celle ci est plutôt gouvernée par la
matrice. Lebensohn et al [86] ont pour cette raison utilisé un critère de rupture macroscopique
basé sur la théorie des bifurcations pour la prendre en compte, dans un modèle particulaire de
type micro-mécanique. Si une bande de cisaillement instable peut se développer, le critère est
appliqué dans les cas de chargements macroscopiques calculés par l’approche micro-macro.
Ces approches sont maintenant présentées.

43
Chapitre 1

2.3 - MODELES D'HOMOGENEISATION EN ELASTICITE LINEAIRE


2.3.1 - COMPORTEMENT ELASTIQUE EFFECTIF ET CHANGEMENT D’ECHELLE
Ce paragraphe concerne des structures continues, et ne concerne l’endommagement que
dans les cas limites où celui-ci peut être traité comme phase homogène de vide, c’est à dire de
rigidité infinitésimale. Il convient néanmoins de définir le comportement d’une telle phase. En
élasticité par exemple, sa compressibilité reste à préciser.
Un matériau paraît homogène à l'échelle macroscopique. Pourtant quand on l'étudie à
l'échelle microscopique, on a affaire la plupart du temps à un matériau hétérogène (structure
granulaire, existence de plusieurs phases, précipités...). Les méthodes de modélisation par
homogénéisation conduisent à l'expression de propriétés "effectives" ou macroscopiques du
matériau homogène équivalent, à partir des phases constitutives du matériau "réel" et d'un
ensemble plus ou moins complet d'hypothèses ou d'informations morphologiques sur sa
microstructure. La procédure d'homogénéisation est intimement liée à une résolution du
problème inverse de localisation, exprimant les propriétés locales (en tout point) du matériau,
à partir de ses propriétés effectives. C'est sur les lois de localisation, résultant des hypothèses
retenues, que les modèles se distinguent. Les hypothèses choisies conduisent à une estimation
ou à un encadrement de la solution exacte.

Quand le matériau est parfaitement élastique, on associe à chaque tenseur de


déformation ε(x) donné en un point x un unique tenseur des contraintes σ(x) en ce point, et
réciproquement. Ce sont des tenseurs de rang 2, symétriques aux petites déformations. Les

déformations dérivent d'un déplacement u(x), de telle sorte que εij(x)= 1 (ui,j(x)+uj,i(x)). La
2
du i
notation ui,j désignant la dérivation . Quand cette élasticité est linéaire et que le matériau
dx j

est homogène, les tenseurs ε(x) et σ(x) sont reliés par le tenseur C des modules d'élasticité, de
rang 4, si bien que :

σ(x) = C : ε(x) (I.15)

Le tenseur C possède des symétries intrinsèques (issues de celles des tenseurs d'ordre 2,
et de celles provenant des conditions de Cauchy), et des symétries supplémentaires dues à la
symétrie matérielle de la structure. Plus cette dernière est élevée, plus le tenseur C a un
nombre de coefficients indépendants réduits, avec un minimum de 2 pour la symétrie isotrope
(les constantes de Lamé, λ et µ). Une relation duale existe qui définit le tenseur des

44
Chapitre 1

complaisances (qu’il ne faut pas confondre avec le tenseur d’endommagement) D = C-1 tel
que :

ε(x) = D:σ(x) (I.16)

Les tenseurs σ(x) et ε(x) s'expriment plus commodément sous forme vectorielle
contractée à six composantes σ(i) et ε(i), et le tenseur d'élasticité se retrouve sous la forme
d'une matrice 6x6, Cij. qui prend la forme suivante en notation de Voigt dans le cas isotrope :

⎛ λ + 2µ λ λ 0 0 0⎞
⎜ ⎟
⎜ λ λ + 2µ λ 0 0 0⎟
⎜ λ λ λ + 2µ 0 0 0⎟
C ij = ⎜ ⎟
⎜ 0 0 0 µ 0 0⎟ (I.17)
⎜ 0 0 0 0 µ 0 ⎟⎟

⎜ 0 0 0 0 0 µ ⎟⎠

avec λ= Eν et µ= E ou E est le module d’Young et ν le coefficient de Poisson.


(1+ν)(1−2ν) 2(1+ν)
Remarquons que dans cette notation de Voigt que nous utiliserons tout au long du manuscrit,
σ et ε , définis dans l’équation. (I.15), s’écrivent ainsi :

⎛ σ 11 ⎞ ⎛ ε 11 ⎞
⎜ ⎟ ⎜ ⎟
σ
⎜ 22 ⎟ ε
⎜ 22 ⎟
⎜σ ⎟ ⎜ε ⎟
σ i = ⎜ 33 ⎟, ε j = ⎜ 33 ⎟
⎜ σ 23 ⎟ ⎜ 2ε 23 ⎟ (I.18)
⎜σ ⎟ ⎜ 2ε ⎟
⎜ 13 ⎟ ⎜ 13 ⎟
⎜σ ⎟ ⎜ 2ε ⎟
⎝ 12 ⎠ ⎝ 12 ⎠

Pour des matériaux hétérogènes, en chaque point que l'on considère, la nature de la
phase matérielle présente n'est pas toujours la même, et les constantes d'élasticité ne seront
donc pas identiques. En tout point, les relations s'écrivent :
ε (x)=D(x): σ (x)
σ(x)=C(x) : ε (x). (I.19)

45
Chapitre 1

Macroscopiquement, le matériau exprimera une réponse élastique linéaire à une


sollicitation donnée, de loi de comportement macroscopique analogue à la loi de
comportement locale, donc de la forme :

Σ = C* : E (I.20)

où Σ et Ε sont respectivement les tenseurs des contraintes et des déformations


macroscopiques, et C* le tenseur d'élasticité macroscopique ou effectif, associé au tenseur de
complaisance effectif, D* = C*-1. Nous n’entrons pas ici dans les détails de
l’homogénéisation. On pourra par exemple se référer au livre de François, Pineau et Zaoui
[57].
Lorsque les hétérogénéités sont à une échelle suffisamment petite pour que l'on puisse
considérer le matériau comme statistiquement homogène macroscopiquement, on peut définir
un élément de volume représentatif (VER) contenant toutes les informations pertinentes sur
les hétérogénéités mécaniques et morphologiques de la structure du matériau. Une
juxtaposition de ce VER, dont la taille doit être significativement plus faible que celle du
volume de matériau considéré, permet de reconstituer le matériau massif.
Le principe formel de l’homogénéisation repose sur la propriété selon laquelle la
solution réelle (en champs σ (x), ε(x) dans le matériau), parmi les solutions admissibles, (c’est
à dire satisfaisant aux conditions de contraintes et déformations imposées macroscopiquement
au matériau), rend minimale une certaine fonctionnelle énergétique. Les méthodes de
l’homogénéisation analytique consistent alors à résoudre ce problème de minimisation en
ajustant les champs de contrainte pour une déformation macroscopique donnée (et
réciproquement), en fonction des caractéristiques microstructurales relatives à l’agencement
spatial des phases.
Aux relations de moyenne permettant de passer des déformations et contraintes locales
aux déformations et contraintes macroscopiques, telle que E = <ε(x)> et Σ = <σ (x)> (où la
notation « <> » est l'opérateur de moyenne sur le VER), s'ajoutent les relations de localisation
des déformations et de concentration de contraintes qui relient les champs locaux aux champs
macroscopiques (moyens). Le tenseur de localisation A(x) s'écrit :

ε(x) = A(x):E (I.21)

ce qui permet d'exprimer le tenseur d'élasticité effectif C* sous la forme :

C* = <C(x):A(x)> (I.22)

46
Chapitre 1

puisque < C(x): ε(x)> = <C(x):A(x)>:E = <σ(x)> = Σ = C*:E. De même pour les tenseurs de
concentration de contrainte B(x), tels que :

σ(x) = B(x):Σ (I.23)

ce qui permet d'exprimer le tenseur des complaisances effectif D* sous la forme :

D* = <D(x):B(x)> (I.24)

On montre aussi, puisque σ(x) = B(x):Σ = B(x):C*:E = C(x): ε(x) = C(x):A(x):E, que
A(x)et B(x) sont reliés selon :

B(x) = C(x):A(x):D* (I.25)

On a enfin les relations de moyenne: <A(x)> = <B(x)> = I, où I est le tenseur identité


d'ordre 4. Par la suite, toute la difficulté du problème d'homogénéisation est de proposer une
méthodologie de calcul de A(x) dans le cas d'un VER convenablement choisi. Les modèles,
dont la description suit, calculent les tenseurs de localisation en fonction du type de
morphologie rencontrée dans le VER. Ceci a été grandement facilité par les travaux d'Eshelby
[52] sur le problème de l'inclusion isolée dans un milieu infini.

2.3.2 - RESOLUTION DU PROBLEME D’ESHELBY POUR LES FORMES ELLIPSOIDALES.


Eshelby a étudié le comportement d'une hétérogénéité ou inclusion i de forme
ellipsoïdale, de tenseur d'élasticité Ci, placée dans une matrice de taille infinie et de tenseur
d'élasticité C0, sous un chargement macroscopique de déformation E (associé aux contraintes
Σ=C0:E) qui serait uniforme dans la matrice en l'absence d'hétérogénéité. L'inclusion, de loi
de comportement local σi = Ci:εi, peut être remplacée par un domaine homogène à la matrice
(donc de modules C0) portant un champ de déformation ei* ou de contrainte pi* (eigenstrain
ou déformation libre de contrainte, et eigenstress ou contrainte de polarisation) tels que :

σi = Ci: εi = C0: εi -pi* = C0: (εi -ei*) (I.26)

εi =Di: σi =D0: σi +ei*=D0:( σi +pi*) (I.27)

Cette inclusion C0, portant les déformations ei*, est équivalente à l'inclusion (figure
I.9).

47
Chapitre 1

Figure I.9 Principe de l'inclusion équivalente d'Eshelby [52]

Eshelby a montré que le champ des déformations, comme celui des contraintes, régnant
dans l'inclusion est uniforme quand celle-ci est ellipsoïdale, et que l'on peut écrire en tout
point de l'inclusion, (du fait que εi = E + Si : εi*)

εi -Si:D0:∆ Ci: εi =[I-ti:∆ Ci]: εi =E (I.28)

ou, en contraintes de polarisation pi* :

εi -ti:pi* = [(∆ Ci)-1-ti]:pi* = E (I.29)

avec Si :D0 = ti, où Si est le tenseur d'Eshelby relatif à la forme ellipsoïdale de l'inclusion, et où
∆Ci=C0-Ci . Le tenseur de localisation s'exprime en conséquence de la façon suivante pour
une inclusion isolée :

Ai = [I-Si : D0: ∆ Ci]-1 = [I-ti:∆ Ci]-1 (I.30)

Les opérateurs ti (ou Si) se calculent analytiquement dans des cas simples,
numériquement en général (ils ne dépendent que des modules C0 de la matrice et de la forme
i
de l'inclusion). Pour des inclusions de types i différents, de fraction volumique f , E est
remplacé dans ce qui précède par E0i, qu’il convient de déterminer selon le modèle retenu. La
moyenne « <x> » s’écrit alors ∑i fi xi , et on notera < x > I pour désigner la moyenne sur les
seules phases incluses dans une matrice. Toute description partielle de la morphologie conduit
à une estimation des tenseurs Ai et Bi qui doit être encadrée par les hypothèses de déformation
uniforme (Ai=I), ou de contrainte uniforme (Bi=I), pour toute phase i, qui constituent les
bornes extrémales de Voigt et Reuss.
Les modèles qui suivent prennent en compte une description partielle de la
morphologie. Ils peuvent servir, soit à définir des bornes plus resserrées que Voigt/Reuss, soit
à calculer une estimation des propriétés pour des hypothèses sur la morphologie qui pallient

48
Chapitre 1

les informations non-disponibles. La nature agrégat ou inclusions/matrice (figure I.10) guide


un premier choix de modèle à utiliser. Un système inclusions/matrice nous dirige plus
particulièrement vers les modèles de type Ponte-Castañeda/Willis (PCW), alors qu'une
morphologie d'agrégat appelle l'utilisation du modèle autocohérent (AC).

Figure I.10 Types de morphologie: inclusion/matrice [116] et agrégat [73]

2.3.3 - ESTIMATION DE PONTE CASTAÑEDA-WILLIS ET DE MORI TANAKA


Ce modèle prend en compte dans une phase matrice un arrangement d'inclusions,
identiques ou non, dont la distribution des paires de centre suit une symétrie ellipsoïdale
indépendamment des formes des inclusions. Le modèle est basé sur le problème de l'inclusion
d'Eshelby.
L'expression générique des modules effectifs de tels matériaux peut s'écrire : C* = Cm-
<Q>I. Selon l'approche PCW [116], en distributions ellipsoïdales, d'opérateurs tij de paires de
positions d'inclusions elles-mêmes ellipsoïdales d'opérateurs de formes ti, cette expression
provient de la résolution d’un système de n équations pour n+1 phases (la n+1ème phase étant
la matrice de référence). Celui-ci donne les déformations moyennes relatives à chaque phase
inclusionnaire i sous la forme:

εi = ε0i + ti:pi =E - ∑
j=1, n
fj tij:pj + ti:pi = (∆Ci)-1:pi (I.31)

ce qui donne, avec la solution de la forme pi = Qi:E:

(∆Ci)-1:Qi = I- ∑
j=1, n
fjtij:Qj + ti:Qi (=Ai) (I.32)

49
Chapitre 1

Dans le cas particulier où tous les opérateurs tij de distribution des paires de positions
d'inclusions sur (1,n) sont identiques et égaux à td, avec ∑
i=1,n
fi= 1-fn+1 =1-fm, et en posant

(Ti)-1 = (∆Ci)-1 - ti (I.33)


on a l’ensemble de relations :

(Ti)-1 : Qi = I-td:<Q> I ⇒ Qi = Ti : [I-td:<Q> I] ⇒ <Q>I = <T>I : [I-td:<Q>I] (I.34)

soit finalement :

< Q > I = [I+<T> I :td]-1: <T>I = [(<T>i)-1 + td]-1 (I.35)

et
Q i = Ti:[I+td:< T> I ] –1 (I.36)

Les modules effectifs d’élasticité s’écrivent finalement :

C* = < C:A>I = Cm -<∆C: A > I = Cm -<Q> I (I.37)

Les hypothèses de l'estimation PCW provoquent une limite maximale en concentration


au-dessus de laquelle l'hypothèse ne pourra pas être satisfaite. L’estimation de Mori Tanaka
[103] est le cas particulier où tous les opérateurs ti et td sont égaux à un même opérateur t dans
les équations (I.31) à (I.37).

2.3.4 - ESTIMATION AUTO-COHERENTE


Pour homogénéiser un agrégat (exemple du polycristal), on considère tour à tour
chacune des inclusions constitutives de l'agrégat comme noyée dans le milieu homogène
équivalent de module C*, et on utilise le calcul d'Eshelby pour estimer la déformation de
l'inclusion (inclusion dans une matrice infinie). L'opération de moyenne sur les déformations
permet d'obtenir une équation intégrale implicite en C*, qui se résout numériquement en
général, analytiquement dans les cas les plus simples. C'est l'estimation auto-cohérente [73].

Celle-ci n'est validée rigoureusement que pour des inclusions toutes de même forme
(ellipsoïde) et dont la distribution spatiale des paires de centres est homothétique à cette
forme. En écrivant C* = < C : A> = Cm - <∆C : A > I, la procédure itérative du schéma auto-
cohérent s'écrit simplement, pour des itérations (1,2,...,p) successives, et jusqu'à stationnarité :

Cp* = Cpm - <∆C : A>pI (I.38)

50
Chapitre 1

avec Cpm = Cp-1* et C1m arbitraire.

Les opérateurs Ai* et Bi* de localisation sont dans ce cas ceux de l'état stationnaire final
atteint ( Cp* - Cp-1* ≈ 0 ), tels que εi =Ai*:E, σi = Bi*: Σ.

2.3.5 - BREVE PRESENTATION DU MODELE 3-PHASES DE CHRISTENSEN, SPHERES ET FIBRES,


ET DE L’EXTENSION N COUCHES DE HERVE-ZAOUI.

Modèle 3 phases pour fibres et sphères : on nomme ainsi le modèle de l'assemblage


d'inclusions homothétiquement enrobées de matrice en épaisseur proportionnelle à la taille de
l'inclusion. Cette inclusion composite étant placée dans le milieu homogène équivalent. Le
nombre de modules Cijkl (ou Cij à 2 indices) indépendants (2 en élasticité isotrope, 5 en

élasticité isotrope transverse) impose a priori la résolution d'autant de problèmes distincts,


éventuellement moins si plusieurs modules sont simultanément accessibles. Chaque problème
consistant en l'application d'un chargement simple à l'infini sur le milieu homogène équivalent
contenant l'inclusion composite. Pour les sphères, on appliquera une pression hydrostatique et
un cisaillement pur, donnant respectivement le coefficient de compressibilité effectif
k * = 3λ* + 2 µ * et le module de cisaillement effectif µ * . Pour les fibres on appliquera une
traction axiale, un cisaillement longitudinal, une compression dans le plan transverse, un
cisaillement transverse, le premier chargement procurant le module d'Young longitudinal
effectif E * L et le coefficient de POISSON effectif υ *LT ( ≠ υ *TL ) et les trois suivants
respectivement , µ *L , k *T = λ*T + µ *T , µ *T . Pour de tels problèmes simples les champs de
déplacement qui sont solution peuvent s'exprimer sous des formes qui font intervenir
plusieurs constantes à déterminer [30], [66]. Cette résolution consiste à satisfaire, au niveau
des 3 interfaces R, Rm et R∞ (figure I.11) la continuité des déplacements et l'équilibre des
contraintes résultant du chargement macroscopique imposé.

51
Chapitre 1

Figure I.11 Représentation du modèle 3 phases [30]

Le nombre d'équations ainsi obtenu doit être suffisant pour la détermination des
constantes apparaissant dans les expressions des champs des différentes phases. Les
chargements simples sont choisis de telle sorte que les modules effectifs cherchés soient
découplés. Les équations obtenues sont en général du premier ou du second degré. les
paramètres du modèle 3-phases sont donnés en annexe 1.

La généralisation au cas d'inclusions à n couches (le cœur et n-l couches concentriques)


conduit alors assez naturellement à un modèle à n+ 1 phases: les n phases du matériau
constituant le VER placé dans le milieu homogène équivalent cherché. Le nombre d'interfaces
étant toujours égal à n+l leur nombre n'introduisant aucune difficulté supplémentaire une fois
les chargements élémentaires déterminés [68]. Le modèle 3 phases a donc été étendu à n
phases par Hervé et Zaoui pour des sphères [69], puis pour des fibres [70] en appliquant une
démarche récurrente.

2.3.6 - DU COMPORTEMENT LINEAIRE AU COMPORTEMENT AFFINE


Le comportement affine ou thermo-élastique diffère du cadre élastique linéaire ci-
dessus par l’ajout d’un terme supplémentaire dans les équations 15-16 qui deviennent :

σ(x) = C : (ε(x)- ε0(x)) ; ε(x) = D:(σ(x)- σ0(x))

En thermo-élasticité par exemple, pour une dilatation thermique εθ(x) = α(x)dT , il


vient:

ε(x) = εe(x) + εθ(x) = D:σ(x) + α(x)dT = D:(σ(x)+ C :α(x)dT),


σ0(x) = - C :α(x)dT.

Les lois de localisation prendront également une forme affine :

52
Chapitre 1

ε(x) = A(x):E + a(x) σ(x) = B(x):Σ + b(x)

les deux nouveaux opérateurs, s’écrivant ai et bi pour un fractionnement du matériau en


phases, se déduisant de Ai, comme Bi. Les opérateurs Ai sont les mêmes qu’en élasticité
linéaire. Le comportement effectif associé est lui-même de type affine, c’est à dire de loi Σ=
C* :(E-E0*), où C* est le tenseur de modules effectifs calculés en élasticité linéaire, et où
E0* représente une déformation libre de contrainte effective, qui s’écrit E0*= <ε0 :B>.

2.4 - HOMOGENEISATION EN COMPORTEMENT NON LINEAIRE


Les méthodes d'homogénéisation qui font usage du problème de l'inclusion en milieu
infini résolu par Eshelby ne sont rigoureusement valides qu'en comportement élastique
linéaire des phases.
Le formalisme thermo-élastique linéaire ici rappelé au §I.2.3.6 peut être appliqué (dans
certaines limites et moyennant quelques précautions) à toute situation où le comportement des
phases, comme le comportement effectif résultant, porte des contributions à la déformation
qui, soit sont libres de contrainte mécanique (comme la dilatation thermique), soit peuvent
être traitées comme telles, au moins pas à pas, dans la procédure de calcul. Autrement dit, il
s'applique à chaque fois que l'on peut écrire le comportement d'une phase, de forme générale,
non nécessairement linéaire, σ = f (ε, T, …), où ε est la déformation totale et T la température,
sous une forme σ = L : (ε-ε') = L: ε-p', avec les modules L et la déformation libre de
contrainte ε' (ou p', la contrainte de polarisation) à préciser.
C'est cette extension qui permet l'application au cas des déformations de transformation
de phase, incluant en particulier la déformation plastique d'un matériau, prise comme un cas
particulier de transformation de phase.

L'extension doit être considérée avec précaution quand le comportement mécanique


n'est pas linéaire, comme il l'est pour une déformation purement élastique, via la loi de
Hooke, et quand les déformations de transformations de phase ne sont pas strictement
indépendantes de la contrainte mécanique, comme c'est assurément le cas de la plasticité
traitée en transformation.

Pour des comportements mécaniques non-linéaires des phases d'un matériau hétérogène,
cette formulation thermo-élastique s'avère la plus correcte approche disponible au premier

53
Chapitre 1

ordre pour estimer le comportement effectif du matériau : à chaque état de contrainte imposé à
un tel matériau, on substitue au comportement non-linéaire de chaque phase, celui, identique,
d'un matériau thermo-élastique de comparaison (ses modules "élastiques" s'identifient aux
modules tangents pour la phase au point de contrainte atteint dans celle-ci), et on détermine le
comportement macroscopique comme étant celui du matériau de type thermo-élastique
équivalent au matériau étudié.

∂f(ε) ⎤ ∂f(ε) ⎤
σ=σ0+⎡⎢ ⎥ :dε=σ0+⎡⎢ :(ε−ε0)=L(ε0):ε−p'(ε0) (I.39)
⎣ ∂ ε ⎦ε0 ⎣ ∂ε ⎥⎦ε0

∂f(ε) ⎤
avec L(ε0)=⎡⎢
⎣ ∂ε ⎥⎦ε0

p’(ε0)= L(ε0) : ε0 - σ0 = L(ε0) : ε0 – f(ε0) (I.40)

C’est cette formulation qui a été qualifiée d’ "affine" dans [96] . Typiquement, on écrit
dans ce cas, en partant d'un développement au premier ordre de la loi de comportement que le
matériau thermo-élastique de comparaison à l'état (0), pour une phase donnée, a pour modules
d'élasticité les modules tangents de la loi de comportement non linéaire de la phase.

Il convient de remarquer que la mise en œuvre d’une formulation affine nécessite,


numériquement une itération pour déterminer la valeur du ou des modules de(s) phase(s) non
linéaire(s) correspondant à l’état d’équilibre instantané sous une sollicitation donnée.
Lorsque la procédure est menée dans le contexte d’un schéma auto-cohérent, deux
itérations sont imbriquées : l’itération affine de détermination des modules instantanés des
phases est menée dans chaque itération de la procédure auto-cohérente. La modélisation
d’ensemble devient de ce fait assez compliquée, notamment si plusieurs échelles
d’hétérogénéités doivent être considérées dans le matériau, comme en présence d’amas.

2.5 - RESOLUTIONS INVERSES DANS PC-W ET M-T


Nous n’entrons pas ici dans la présentation exhaustive des problèmes inverses pouvant
résulter de l’utilisation des divers modèles d’homogénéisation rappelés ou non ici. On peut
envisager autant de problèmes inverses que de situations à N phases dont toutes sauf une sont
de propriétés connues, et si on dispose de surcroît des propriétés effectives de la structure en
question. Dans certains cas, un problème inverse peut avoir une résolution analytique bien

54
Chapitre 1

plus compliquée que le problème direct dont il découle. Un problème direct a en général
autant de problèmes inverses que de phases en présence, s’agissant de leurs propriétés
mécaniques. On peut aussi concevoir des problèmes inverses dont l’objectif est de déterminer
des propriétés morphologiques, telles les fractions volumiques, voire encore des formes de
domaines.
Dans le cas des modèles directs relatifs à des matériaux biphasés précédemment
rappelés, et notamment le modèle PC-W, M-T (mais aussi le modèle 3 phases du §I.2.3.5), il
y a donc deux types de problèmes inverses, selon que la phase inclusionnaire ou la phase
matrice est la phase inconnue.
Une différence majeure des problèmes inverses avec les problèmes directs, est qu’étant
donné un ensemble de modules effectifs et de modules d’une des deux phases, les fractions
volumiques et la forme caractéristique de la phase incluse, il peut ne pas y avoir de solution
admissible au problème inverse. Cette situation sous-entend évidemment qu’une des données
est incorrecte. Pour une raison similaire, la précision du problème inverse va grandement
dépendre de la précision avec laquelle les caractéristiques mécaniques et morphologiques du
matériau et celles de la ou des phases connues sont disponibles. Ceci appelle à une plus
grande prudence que dans les problèmes directs pour l’appréciation des résultats.
Du fait que le tenseur d’Eshelby (ou l’opérateur de Green) ne dépend que des modules
de la phase matrice dans les structures inclusion/matrice, le problème inverse le plus simple
est celui pour lequel c’est la phase inclusionnaire qui est inconnue. Pour le modèle M-T, ses
modules Ci sont simplement donnés par la relation:

(
Ci = Cm − fi(Cm - C *)−1 + (1 − fi)t )−1 (I.41)
L’expression correspondante du modèle PC-W s’obtient aussi simplement.
Au contraire, quand la phase inconnue est la phase matrice, l’estimation du tenseur Cm
doit résulter de la résolution d’une équation implicite de même nature que dans la
modélisation auto-cohérente relative aux agrégats. La résolution nécessite donc une procédure
itérative similaire, initialisée sur un choix a priori de modules de matrice, qui vont être
modifiés à chaque itération, vers – on l’espère – une convergence. Cette convergence est
escomptée dans la mesure où la fonction Cm(C*) est monotone croissante comme l’est sa
fonction réciproque C*(Cm). Rappelons donc que l’estimation itérative de l’approximation
auto-cohérente (qui s’effectue à partir de l’expression de l’estimation M-T) est initiée sur une
valeur arbitraire Cm(0) , telle par exemple l’une des bornes C*V , C*R de Voigt ou de Reuss,

55
Chapitre 1

ou de tout tenseur intermédiaire disponible. L’itération (1) procure l’estimation C *S − C(1) à

partir de l’opérateur t(0) défini sur Cm(0), ce qui conduit à l’itération (N), à :

(( ) )
C *S - C(N) = C *S - C(N -1) −fi C *S - C(N -1) -Ci −1 − (1 − fi)t (N -1)
−1
(I.42)

L’approximation S-C est finalement obtenue quand le tenseur C* a la stationnarité


désirée. De manière similaire, on utilisera un tenseur Cm(0) pour calculer t(0). On peut
escompter obtenir une solution admissible si au moins l’une des deux bornes de Voigt ou de
Reuss procure une solution du problème inverse pour Cm. Cette solution peut alors être
utilisée comme tenseur Cm(0) initial. De la sorte, C* and Ci étant spécifiés, on aura par
exemple pour le modèle M-T:

(( )
Cm ( N ) = C * + fi Cm (N -1) - Ci −1 − (1 − fi)t (N -1) )
−1
(I.43)

On peut agir de même pour l’estimation PC-W du même biphasé (la symétrie de
distribution spatiale n’est pas homothétique à la forme d’inclusions, toutes deux
ellipsoïdales), mais on peut aussi l’appliquer au modèle PC-W pour N phases incluses.
Signalons que les mêmes problèmes inverses pour le modèle 3 phases, qui se résout
module par module, (2 et 5 respectivement pour les symétries sphériques et cylindriques) fait
intervenir des équations des 3èmes, 4ème ou 5ème degré quand les problèmes directs ne sont
que du 1er ou second degré.
L’admissibilité pour la solution de ces problèmes inverses signifie essentiellement que
le tenseur solution obtenu, Ci ou Cm, doit au moins être symétrique, ce qui est en principe
assuré si les tenseurs introduits le sont, et également défini positif (au sens de la forme
quadratique associée) ce qui est le plus souvent le point délicat. La non positivité de la
solution obtenue peut signifier par exemple que la concentration de phase incluse n’est pas
compatible avec les modules effectifs attribués au matériau. Même si cette positivité est
acquise, il faut encore que le tenseur obtenu soit au minimum tel que Ci et Cm encadrent C*.
L’encadrement doit se comprendre au sens des valeurs propres des formes quadratiques
associées.
On notera enfin que plus la concentration de la phase inconnue est élevée, meilleure
sera la précision du calcul inverse visant à déterminer ses propriétés.

56
Chapitre 1

2.6 - LE
PROBLEME DE L’INCLUSION EN MILIEU INFINI (L’EQUATION INTEGRALE
GENERALE)

2.6.1 - L’OPERATEUR DE GREEN


On considère un milieu infini homogène de tenseur de modules d’élasticité C. le tenseur
de Green modifié Γ (r − r ' ) est défini comme la dérivée seconde de la fonction de Green
G (r − r ' ) telle que :
C : Γ (r − r ' ) = C : (- ∂∂G (r − r ' ) ) = −δ(r − r ' )∆ (I.44)
2
Dans l’équation (I.44),” ∂∂ ” signifie “ ∂ ”, au point r = ( x1 , x 2 , x 3 ) , ∆ est le
∂x p ∂x q

tenseur de Kronecker, et δ(r ) est la fonction delta (généralisée) dans R3. On note

t V (r ) = ∫ Γ (r - r' ) dr' l’intégrale sur V de l’opérateur de Green modifié, pour r intérieur ou


V

1
∫V t
V
extérieur à V. On note la moyenne sur V de t V (r ) , t V = (r ) dr . V représente
v
n’importe quel domaine régulier, non nécessairement convexe, ni simplement connexe, et
borné. En partant de la résolution classique par la méthode de Fourier pour l’expression de

t V (r ) et t V , on peut montrer (Franciosi et Lormand, 2004 [56]) qu’elles prennent


finalement une forme connue sous le nom de transformée de Radon inverse (en 3D), qui
s’écrit , avec ω = ( sin(θ) cos(φ) , sin(θ) sin( φ) , cos(θ) ), dω = sin(θ) dθ dφ :

t V (r ) = ∫ t P (ω) ψ V (ω, r ) dω ; t V = ∫ t P (ω) ψ V (ω) dω (I.45)


Ω Ω

Dans l’équation (I.45), t V (r ) et t V sont des moyennes angulaires d’opérateurs

élémentaires t P (ω) , respectivement pondérées par les fonctions ψ V (ω, r ) et ψ V ( ω) , avec

1
∫ Ω ψ V (ω, r) dω = 1 , ψ V (ω) = v ∫V ψ V (ω, r) dr , ∫ Ω ψ V (ω) dω = 1 , et :
1 ⎛ ∞ ⎞
∫ ∫ k =0 k exp −ikω(r -r ') dk ⎟ dr' ; k = |K|
2
i) ψ V (ω, r ) = 3 ⎜ (I.46)
8π V⎝ ⎠

(
ii) t Ppqjn (ω) = (M −1 ) pj (ω) ωq ω n )(pq),( jn) ; M mp (ω) = C mipjω j ωi (I.47)

remarque :‘(p,q),(j,n)’ dans l’équ ation.(I.46) indique la symétrie des paires d’indices entre
parenthèses.

57
Chapitre 1

Les opérateurs élémentaires t P (ω) sont les opérateurs de Green pour les platelets
(sphéroïdes infiniment plats ou strates) de petit axe de normale ω.

En introduisant le repère (x,y,z) tel que Oz // K // ω , K ⋅ r = k ω.r = k z , s V (z, ω) est

l’aire de la section plane de V passant par r et de normale ω, par le plan z = ω.r . Avec

∂2
s V ' ' (z, ω) = s (z, ω) ,
2 V
[ − +
]
et avec D V (ω), D V (ω) l’épaisseur de V (c.a.d. la distance entre
∂z
les deux plans tangents) dans la direction ω , la fonction de pondération dans l’équation.
(I.46) prend la forme :

1 ⎛ z'= D V + (ω) ⎛ ⎞ δ' ' (z - z' , ω) dz' ⎞⎟


ψ V (ω, r ) = − ⎜− π ∫ ⎜ ∫ ds (z' , ω) ⎟
⎜ − V ⎟
8 π3 ⎝ z'= DV (ω) ⎝ s V (z',ω) ⎠ ⎠
s ' ' (z, ω)
=− V (I.48)
8 π2
et sa valeur moyenne sur V, en posant dr = ds V (z, ω) dz , comme pour dr’ dans l’équation
(I.46) :
+ +
1 D V ( ω) 1 D V ( ω)
(s V ' (z, ω) )2 dz
v ∫D v ∫D
ψ V (ω) = − 2 −
s V ' ' (z, ω) s V (z, ω) dz = 2 −
(I.49)
8π V ( ω) 8π V ( ω)

On peut montrer que si X V (r ) est la fonction caractéristique du domaine V ( X V (r ) =1


pour r dans V et 0 sinon), on a

1
X V (r ) = −
8π 2 ∫ Ω s V ' '(z, ω) dω = ∫ Ω ψ V (ω, r) dω = 1 (I.50)

Ceci est l’expression de la transformée de Radon inverse de X V (r ) . Réciproquement, la

fonction s V (z, ω) est la transformée de Radon de X V (r ) .

Pour une sphère V de rayon R, les sections s’écrivent s V (z, ω) = π (R 2 − z 2 ) , et

1
s V ' ' (z, ω) = −2 π , ψ V (ω, r ) = = ψ V (ω) , en tout point r de V et pour toute direction ω .

Pour une forme V ellipsoïdale de volume v, on a par simple transformation linéaire,

58
Chapitre 1

3v ⎛ ⎛ z ⎞2 ⎞ 3v
s V (z, ω) = ⎜1 − ⎜ ⎟⎟ ⎟ et s V ' ' (z, ω) = − , toujours indépendamment
4 D V (ω) ⎜ ⎜ D V (ω) ⎠ ⎟ 2 D V (ω)3
⎝ ⎝ ⎠
de r dans V pour une direction fixée ω direction, donc pour tout z selon cette direction, mais
2⎛ ⎞
⎛ 3 ⎞ ⎜ v ⎟ varie avec ω. Donc pour V ellipsoïdal,
la fonction ψ V (ω, r ) = ψ V (ω) = ⎜⎜ ⎟⎟
⎝ 4 π⎠ ⎜ 3 D (ω) 3 ⎟
⎝ V ⎠

ψ V (ω, r ) = ψ V (ω) implique t V (r ) = t V = t V .

2.6.2 - L’EQUATION INTEGRALE GENERALE


Le problème maintenant classique de l’inclusion traité par Eshelby [52], et par
extension de l’inhomogénéité de modules d’élasticité CI , isolée dans un milieu infini de
modules C , et supportant une déformation E appliquée de l’infini, revient à résoudre une

équation intégrale. Avec ε V (r ) le champ de déformation dans V, et une déformation libre de

contrainte ε 0 uniforme (une dilatation thermique par exemple) dans V, correspondant à une

contrainte « de polarisation » p 0 = C : ε 0 , elle s’écrit :

ε V (r ) = E − ∫ Γ(r - r ' ) : C : ε 0 dr ' = E − t V (r ) : C : ε 0 = E − t V (r ) : p 0 (I.51)

Pour l’inhomogénéité telle que ∆C = C - CI , on a la forme implicite :

ε V (r ) = E + ∫ Γ(r - r ' ) : ∆C X V (r ' ) : ε V (r ' ) dr ' (I.52)

En utilisant ∆C X V (r ) : ε V (r ) = ∆C: ε V (r ) = q V (r ) :E = p V (r ) , l’équation (I.52) devient :

q V (r ) = ∆C : ⎡⎢I X V (r ) + ∫ Γ(r - r ' ) : q V (r ' ) dr '⎤⎥ (I.53)


⎣ V ⎦

Le champ de polarisation moyen sur V s’écrit, en introduisant là aussi t V (r ) :

1 ⎡I 1 ⎤
qV = ∫ q V (r ) dr = ∆C : ⎢ ∫ X V (r ) dr + ∫ t V (r ) : q V (r ) dr ⎥ (I.54)
v V ⎣v V v V ⎦
Pour les problèmes dans lesquels la déformation libre ou le champ de polarisation est,
ou est supposé(e), uniforme sur V, la solution de l’équation (I.52) s’écrit :

59
Chapitre 1

−1
qV = ⎡[∆C]−1 − t V ⎤ . L’approximation de champ moyen consiste à remplacer
⎢⎣ ⎥⎦

q V (r ) par sa valeur moyenne q V dans le terme droit de l’équation (I.53), qui conduit, par
−1
l’équation (I.54), à q V ≈ ⎡[∆C]−1 − t V ⎤ . Cette solution en champ moyen, la plus
⎢⎣ ⎥⎦

couramment utilisée, correspond à ε V = [∆C]−1 : q V : E = A V : E , et σ V = CI : ε V , ce qui


−1
définit l’opérateur de localisation A V = ⎡I − t V : ∆C⎤ .
⎢⎣ ⎥⎦

L’extension de l’équation intégrale (I.52) au problème d’une fraction volumique f


d’inclusions Vi, de modules CI reste valide en considérant un volume élémentaire
représentatif RV, et en remplaçant la déformation E imposée par Eo(r) = E +
⎛⎜
∫ RV Γ(r - r' ) dr' ⎞⎟⎠ : p * = E + t
RV
(r ) : p * . p * est ici la moyenne de p V (r ) sur RV., égale à

f p V puisque p V (r ) =0 hors de V. Ceci revient à prendre pour V l’ensemble des Vi domaines

contenus dans RV, et à avoir fait agir l’opérateur de Green sur ( p V (r ) - p * ) (Walpole 1981

[148], Willis 1981 [151]). Avec Eo la moyenne de Eo(r) sur V, et posant p V (r ) =

qo V (r ) : Eo , avec p * = f qo V : Eo , on aboutit finalement, tous calculs faits, à la solution de


champ moyen :
−1
V
p = V
qo : Eo = qo V ⎡
( ) V ⎤
: ⎢I + f t RV : qo V ⎥ :E = qV : E ;
⎣ ⎦

(t ) RV V
=
1
v ∫V t
RV
(r ) dr ,

où qo V est la solution de l’inclusion isolée précédemment obtenue. Les modules effectifs


−1
sont alors de la forme : C eff V
= C − f q , avec q V ⎡ −1
( )
V⎤
= ⎢qo V + f t RV ⎥ .
⎣ ⎦

Lorsque le domaine RV est ellipsoïdal, t RV ( ) V


= t RV uniformément sur RV. Les
contours de forme RV représentent les surfaces d’iso-probabilité de trouver le centre d’une
inclusion lorsqu’un centre se trouve au centre de symétrie de RV. C’est le principe de l’action
des distributions spatiales de paires d’inclusions sur les modules effectifs du matériau [116],
[12].
60
Chapitre 1

En se plaçant d’emblée dans le cas des formes ellipsoïdales d’inclusions et de


distributions, on allège considérablement les notations.
La transformée de Radon succinctement présentée ici, permet d’évaluer
géométriquement l’opérateur moyen de formes V quelconques, soit exactement si on dispose
d’une forme analytique de l’expression de ses sections par des plans, soit de manière
approchée. Le cas des distributions non ellipsoïdales pose davantage de difficultés encore à
résoudre.

2.6.3 - SAUTS DE CONTRAINTES ET DE DEFORMATIONS A L‘INTERFACE


L’interface entre une inclusion et la matrice environnante représente une discontinuité qui se

manifeste à la fois sur les contraintes et sur les déformations. Certaines composantes de

contrainte comme de déformation sont égales de part et d’autre pour des raisons d’équilibre et

de compatibilité. Pour les autres composantes, non tenues à l’égalité, il a été montré

notamment par Walpole (1981) [148] que les contraintes et déformations restent néanmoins

liées de part et d’autre de l’interface. Dans le cas particulier des inclusions ellipsoïdales, les

champs étant uniformes à l’intérieur, ils définissent en particulier les contraintes et

déformations sur le coté intérieur de l’interface. Leur connaissance, par le calcul d’Eshelby,

procure donc aussi les contraintes et déformations sur la face extérieure de l’interface.

Les relations sont les suivantes, en un point r quelconque de l’interface, avec

∆C = C m − C I , ∆D = C m ( )−1 − (C I )−1 = Dm − D I , et t P' (ω) = C m - Cm : t P (ω) : Cm


ε ext (r ) = (I − t P (ω) : ∆C) : ε int (r ) = (I − t P (ω) : ∆C) : ε int

σ ext (r ) = (I − t P' (ω) : ∆D) : σ int (r ) = (I − t P' (ω) : ∆D): σ int

Les variations de contraintes et des déformations sur la face extérieure de l’interface

inclusion/matrice sont donc entièrement définies par l’opérateur platelet correspondant, en r, à

la direction ω de la normale à l’interface.

61
Chapitre 1

2.7 - CAS DES STRUCTURES BI-LAMINEES ET N-LAMINEES


2.7.1 - STRUCTURES BI-LAMINEES OU STRATIFIEES.
Soit z la normale aux strates d’une structure laminée, on suppose le cas général de 2
phases de modules Ci,Cv, l’une pourra in fine être spécialisée en vide (Cv={0}, cette notation
pour signifier quasiment mais non strictement zéro). On pose fi la fraction volumique de
phase i, soit fv=1-fi. Dans un stratifié, les déformations et les contraintes sont homogènes
quasiment partout dans les strates (voir Christensen [29] par ex ). Avec ε et σ la déformation
et la contrainte locale respectivement et Ε, Σ les valeurs macroscopiques correspondantes, les
conditions de localisation s’écrivent simplement εij=Eij pour i=(1,2) et σi3=Σi3 pour i
=(1,2,3). Il y a diverses manières de traiter le problème laminé à deux phases. On présente ici
une méthode originale, qui tire profit du fait qu’une strate peut être considérée comme un
sphéroïde infiniment plat (un platelet), et qui par ailleurs traite le milieu biphasé plus comme
un assemblage aléatoire de tels platelets, identiquement orientés mais de tailles non
nécessairement identiques, plutôt que comme un stratifié régulier. On peut dès lors se placer
dans le cadre des méthodes d’homogénéisation pour matériaux aléatoires hétérogènes, telle
l’approximation auto-cohérente, rappelée précédemment si les deux phases sont
interchangeables. On utilisera le modèle PC-W avec une seule phase de platelet si l’on veut
attribuer à l’autre phase un rôle spécifique de « matrice ».
Pour des platelets, le tenseur d’Eshelby a une forme particulièrement simple et il en va
de même pour l’intégrale de l’opérateur de Green modifié tpz, qui dépend des modules
effectifs C* (le platelet est de petit axe selon z ou x3). On le donne ci-dessous pour une
symétrie orthotrope d’élasticité, dans le repère du platelet, qu’on suppose ensuite
indistinctivement isotrope ou isotrope transverse.

tpz 11 22 33 23 31 12
11
22
33 1/C*3333
23 1/4C*2323
31 1/4C*3131
12

62
Chapitre 1

L’approximation auto-cohérente s’impose tant que les 2 phases doivent jouer des rôles
interchangeables. D’après l’équation intégrale générale, la solution résulte de la résolution du
système :

(
fi (C * −Ci )−1 − t pz )−1 + (1 - fi)((C * −Cv)−1 − t pz )−1 = 0
De simples manipulations conduisent à réécrire ce système sous la forme :

fi(C * −Ci ) = (C * −Cv ) : t pz : (C * −Ci ) = (fi − 1)(C * −Cv )


puis en développant, et avec < C >= fiCi + (1 − fi)Cv :

C * − < C > − C* : t pz : C * + C* : t pz : Cv + Ci : t pz : C * − Ci : t pz : Cv = 0 (I.55)


En se plaçant directement dans le cas où Cv = 0, le système devient :

C * − fiCi − C* : t pz : C * + Ci : t pz : C * = 0 (I.56)
Mais cette simplification ne peut être introduite si tôt, sous peine de singularités. Selon
le cas, on se référera à l’équation (I.55) ou l’équation. (I.56). La structure étant isotrope
transverse, et en considérant pour simplifier que les tenseurs des modules des phases sont
isotropes, on a à résoudre un système de 5 équations, pour cinq modules indépendants. Les
produits Ca :tpz :Cb s’écrivent (en adoptant la notation en matrice 6x6 pour les tenseurs de
rang 4) :

1 2 3 4 5 6
1 a b
C13 C 31 a b
C13 C 32 a b
C13 C 33
C*33 C*33 C*33

2 C a23C 31
b
C a23 C 32
b
C a23 C 33
b

C*33 C*33 C*33

3 a b
C 33 C 31 a b
C 33 C 32 a b
C 33 C 33
C*33 C*33 C*33

4 C a44 C b44
C*44
5 a b
C 55 C 55
C*55

6 0

63
Chapitre 1

pz
L’équation la plus simple est pour le cisaillement transverse µ*T puisque t 66 = 0 . On

vérifie que µ*T obéit à la loi de Voigt (moyenne arithmétique) , ce qui est bien le cas des
structures laminées :

µ*T = C*1212 = C*66 = <C>1212 = <µT>.

Lorsque µvT est nul, on a µ*T = fiµ iT = (1 − fv)µ iT . Il y a décroissance en fonction de


l’augmentation de la fraction volumique de vide dans la particule. Pour le cisaillement

longitudinal µ*L , les deux équations pour (2323)=(44) et (3131)=(55) sont identiques. Pour

(44), on vérifie que µ*L obéit à la loi de Reuss (moyenne harmonique), ce qui est bien le cas
des structures laminées :

( )
µ* µ ∗ µ ∗ µ v µ i µ ∗ µ i µ v
µ*L - fiµ iL + (1 − fi)µ Lv -. L L + L L + L L - L L = 0
µ ∗L µ ∗L µ ∗L µ ∗L

µ iL µ Lv 1 1 − fv fv
soit : µ*L = ou = + .
(1 − fv)µ Lv + fvµ iL µ ∗L µ iL µ Lv

Lorsque µ Lv = 0 , on a µ*L = 0 également, et ceci quel que soit fv. Pour les autres
modules, des couplages subsistent entre les modules C* inconnus. Auparavant, notons que les
modules d’Young sont aisément obtenus en remarquant que selon l’axe x3 des strates,
l’uniformité de la contrainte conduit directement à
σ σ σ
ε 33 = 33 = fiε i33 + fvε 33
v
= fi 33 + fv 33 , soit :
E *L E iL E Lv
1 1 − fv fv
= + .
E *L E iL E Lv

E *L s’annule avec E Lv . Dans le sens transverse, l’uniformité de la déformation conduit à

σ ii = E *T ε ii = fiσ iii + fvσ iiv = fiE iT ε ii + fvE Tv ε ii , soit :

E *T = (1 − fv)E iT + fvE Tv .

Revenant aux modules C, pour i=1,2,3, on a :

C*ii − < C > ii −


(C*i3 )
2
+
C*i3 C iv3 C ii3C*i3 C ii3C iv3
+ − =0
C*33 C*33 C*33 C*33

64
Chapitre 1

On calcule d’abord C*33 , qui correspond à la relation (ni Voigt ni Reuss) similaire à
celle du module d’Young longitudinal :
1 1 − fv fv
= +
C*33 C i33 v
C 33

Cette relation conduit néanmoins à C*33 = 0 lorsque C 33


v
est nul. La connaissance de

C*33 permet ensuite de calculer C*i3 = C*3i , pour i = 1,2. On vérifie que :

* * (1 − fv)C i3i C 33
v
+ fvC3vi C i33
C i3 = C 3i =
v
(1 − fv)C 33 + fvCi33

*
modules qui s’annulent lorsque Cv = 0. Il est possible ensuite de déterminer C11 (resp. C*22 ),

en disposant des expressions de C*33 et C13


*
(resp. C*33 et C*23 ). Ces deux modules sont
égaux. On obtient, pour i = 1,2 :

C*ii = ( )
1 ⎛ * 2
⎜C
* ⎝ i3
C 33
( ⎞
)
− C*i3 C ii3 + C iv3 + C ii3C iv3 ⎟+ < C > ii

La forme explicitée en remplaçant C*33 par son expression conserve une forme
compliquée dont on note qu’elle dévie de la moyenne de Voigt par un terme qui est en tout

cas nul lorsque Cv = 0, puisque les modules C*i3 sont nuls dans ce cas. Le module C12
*
= C*21
résulte de l’équation :

C*i3 C*j3 C*i3C vj3 C ii3C*j3 C ii3C vj3


C*ij − < C > ij − + + − =0
C*33 C*33 C*33 C*33

dans laquelle, (i,j) représente soit (1,2) soit (2,1). Mais on est aussi dans une symétrie isotrope
* *
transverse pour laquelle on a la relation C12 = C11 - 2 C*66 = C11
*
-2 µ*T . Lorsque Cv = 0, du
* i
fait que C11 = <C>11 = (1-fv) C11 , et que µ*T = <µ>T = (1-fv) µ iT , on a bien également :
* i
C12 = <C>12 = (1-fv) C12 .
Dans une structure laminée, constitué d’un empilement de strates d’une même phase
séparées de couches infiniment complaisantes (Cv = [0] ) en fraction volumique fv, on
constate que les modules d’élasticité qui ne sont pas nuls varient tous comme (1-fv).

65
Chapitre 1

2.7.2 - STRUCTURES N-LAMINEES


A partir du milieu homogène équivalent au stratifié précédent de normale z ou x3, et
constitué de deux phases A,B de rigidités quelconques, notons-le AB, on peut construire une
nouvelle stratification d’orientation quelconque ω, en alternant des strates de AB et d’un autre
milieu C, pour une fraction volumique fc. Puis, à partir du milieu homogène équivalent à ce
second stratifié, (ABC), on peut de nouveau réaliser un stratifié en alternant (ABC) et un
milieu D selon une normale aux strates ω’, etc…indéfiniment. De A à D, les échelles
d’hétérogénéité de ces laminés sont de tailles croissantes. Dans l’exemple de ces trois
successions B,C,D de stratification à partir d’une phase A, notons Fπ les fractions

volumiques et C π les modules d’élasticité de chacune des phases π = A, B, C, D . Ecrivons les

(
opérateurs de Green t π à chaque succession de strates d’orientation π , avec C π − C π' noté )
FA
∆C π/π' . D’abord pour les strates B pour les phases A et B telles que f A = = 1− fB ,
FA + FB

on obtient, en traitant la phase B comme une matrice, C AB =


−1
B ⎛
(
C − f A ⎜ ∆C

B/A −1
) B⎞
− f B t ⎟ . En rajoutant ensuite la phase C, en strates C, également

FA + FB
prise en matrice et telle que f AB = = 1 − f C , il vient :
FA + FB + FC
−1
⎛⎛ −1 ⎞ −1 ⎞
C ABC C ⎜ ⎜
= C − f AB ⎜ ∆C

C/B ⎛
+ f A ⎜ ∆C

B/A −
(
1 B
− f Bt ⎟

)
⎠ ⎟⎠
⎟ C⎟
− f Ct ⎟ .
⎜⎝ ⎟
⎝ ⎠

Enfin, pour la phase D en strates D, on obtient C ABCD =


−1
⎛⎛ ⎛ −1 ⎞ ⎞
−1 ⎞
⎜⎜ ⎜ ⎛ −1 ⎞ ⎟ ⎟ ⎟
⎛ −1 ⎞
⎜ ⎜
(⎛
C D − f ABC ⎜ ⎜ ∆C D/C + ⎜ f AB ⎜ ⎜ ∆C C/B + f A ⎜ ∆C B/A
⎜ ⎜
−1
) ⎞ ⎟ ⎟
− f Bt B ⎟ ⎟ − f Ct C ⎟ ⎟ ⎟ − f D t D ⎟
⎠ ⎟⎠
⎜⎜ ⎜
⎜ ⎜⎝ ⎝ ⎟ ⎟⎟ ⎟⎟ ⎟
⎜⎝ ⎝ ⎝ ⎠ ⎠⎠ ⎟
⎝ ⎠
avec f ABC = FA + FB + FC = 1 − f D = 1 − FD .

Dans le cas particulier où les trois phases B,C,D sont identiques mais distinctes de la

phase A, il vient C π = C ≠ C A pour π = B, C, D , et ∆C D/C = ∆C C/B = 0 tandis que

66
Chapitre 1

∆C B/A = ∆C . Le calcul des modules effectifs doit être repris du début puisque l’inversion des

opérateurs ∆C π/π' = 0 n’est pas autorisée, ce qui donne finalement :

( (
C ABCD = C − (1 − f B )(1 − f C )(1 − f D ) ∆C −1 − f B t B + (1 − f B )f C t C + (1 − f B )(1 − f C )f D t D ))−1 .
Les modules effectifs apparaissent comme définis par une combinaison linéaire
d’opérateurs platelets, sous la forme :

(
C ABCD = C − φ ∆C −1 − (1 − φ)t BCD )−1 .
avec :

t BCD = 1 ( )
f t B + (1 − f B )f C t C + (1 − f B )(1 − f C )f D t D ):
(1 − φ) B

La somme des fractions volumiques dans t BCD est égale à 1. La forme de ces sommes
d’opérateurs élémentaires est de même nature que celle apparue dans la transformée de Radon
précédemment rappelée de l’opérateur de Green d’une forme V quelconque, à la différence
que la somme est ici finie. Réciproquement les opérateurs de formes V sont aussi ceux d’une
structure N - laminée définie par une distribution spatiale continue de laminations successives
(mais qui suppose une succession d’échelles égale au nombre de termes – a priori infini - de
la distribution), dualité qui fut relevée par différents auteurs pour les sphères et les ellipsoïdes,
comme le rappelle Ponte Castaneda [115] et dont Milton [99] avait noté que toute
microstructure biphasée pouvait être modélisée de manière aussi approchée que souhaité par
une séquence N-laminée.
L’exemple à 3 laminations est le minimum nécessaire pour former des volumes finis de
la phase incluse A, qui sont dans ce cas des hexaèdres. Si les trois platelets successifs sont
orientés selon les axes x1, x2, x3 orthogonaux, on forme des parallélépipèdes rectangles, les
dimensions relatives des arêtes allant croissant dans l’ordre des laminations.
Si on ne considère que deux laminations, donc 3 phases A,B,C, on peut constituer une
structure de fibres directionnelles de la phase A, les sections étant des parallélogrammes
d’inclinaison fixée, mais non tous congruents. Ce sont des rectangles si les deux laminations
sont orthogonales, dont le rapport d’aspect s’inverse en inversant l’ordre de lamination.
On notera que, pour tout nombre N de laminations, si les fractions volumiques
nominales des phases Fπ sont égales, les pondérations finalement obtenues dans la
combinaison linéaire d’opérateurs élémentaires ne le sont pas, et qu’en conséquence
l’opérateur moyen obtenu est différent selon l’ordre des laminations. Et donc les propriétés
effectives du matériau changent également. A supposer que les différentes échelles

67
Chapitre 1

d’hétérogénéités d’une lamination à la suivante ne soient pas très différentes, la description N-


laminée devient a priori illégitime. On peut éventuellement faire une moyenne de tous les
opérateurs moyens obtenus pour toutes les combinaisons possibles d’ordre des laminations,
soit 6 cas pour 3 laminations B,C,D, et 2 cas pour 2 laminations B,C, la phase interne A
restant fixe. On voit aisément que d’une telle moyenne, qui revient à moyenner les
pondérations sur les différents opérateurs élémentaires résultant de l’une quelconque des
séquences de lamination possibles, on obtient des pondérations toutes égales à 1/N. Pour N
devenant infini, on retrouvera l’opérateur de Green de la sphère. Si réciproquement on veut
obtenir une pondération 1/N d’opérateurs élémentaires (ou toute autre pondération imposée a
priori), il faudra choisir des fractions volumiques Fπ inégales, dont les valeurs relatives
dépendront de la séquence de lamination retenue. A défaut de pouvoir en définir une
particulière, il y aura en général autant de combinaisons de fraction volumiques Fπ répondant
au problème que de séquences de laminations possibles, fixé par le seul nombre N de phases.
Par exemple, pour trois laminations orthogonales telles que Fπ = (1 − FA ) / 3 , pour π=B,C,D,

la moyenne des 6 séquences de lamination possibles pourrait dans une certaine mesure être

considérée comme une approximation raisonnable d’inclusions cubiques dans une matrice. De

même que pour seulement deux laminations orthogonales, il faudrait faire la moyenne des

deux séquences de lamination possibles pour envisager en obtenir une approximation

raisonnable d’une structure à fibres de sections carrées unidirectionnelles. Dans ce dernier

cas, qui réapparaîtra dans l’une des applications du chapitre III, on notera que l’ordre des

laminations ne modifie pas, ou peu, les propriétés effectives du matériau selon l’axe des

« fibres ».

3 - MODELES MICRO-MACRO EN ENDOMMAGEMENT

On a vu précédemment, dans les modèles d’endommagement, que certains auteurs ont


utilisé le formalisme de l’homogénéisation, en utilisant le concept d’inclusion homogène
équivalente appliqué à une inclusion fissurée. Les propriétés effectives attribuées à cette IHE
ne résultent pas d’une étape préliminaire d’homogénéisation, mais font l’hypothèse réaliste
que vis-à-vis de la surface de rupture les modules de l’inclusion rompue deviennent

68
Chapitre 1

infiniment faibles. Ceci a été repris plus récemment dans divers travaux : Zheng et al (2000)
[155], Estevez et al (1999) [51], ou Franciosi et al (2004) [56].
Pour ce qui est de la fracture des particules, on a constaté ci-dessus qu’au premier ordre,
cette IHE pourrait bien avoir été obtenue en traitant l’inclusion rompue comme un stratifié
(inclusion/vides), ce qui a l’avantage de procurer une loi d’évolution simple des autres
modules, avec l’ouverture du dommage dans l’inclusion, c’est-à-dire la fraction volumique de
la phase de vide.
Le cas de la décohésion est bien plus complexe à appréhender, et le considérer comme
traitable à l’identique d’une fracture, est un raccourci brutal. Il est clair que la décohésion
pouvant être d’extension et de localisation variables sur la surface d’une inclusion, les
modules effectifs à attribuer à une inclusion homogène qui serait équivalente à une inclusion
ainsi décollée restent difficiles à préjuger.

La littérature concernant l’étude de la décohésion est très importante, et quasiment impossible


à synthétiser ici. Nous nous bornerons à quelques exemples caractéristiques des différents
chemins de réflexion empruntés dans ces travaux.

Dans ce qui suit, pour représenter les discontinuités de déplacements et de forces sur une
interface S, on utilisera les notation suivantes :

[u i ] , [σij ]n j
En l’absence de discontinuités, ces deux vecteurs sont nuls.

3.1 - INCLUSIONS A INTERFACES GLISSANTES


Une première catégorie d’étude de la décohésion concerne les inclusions 3D ou 2D
libres de glisser à leur interface, sans que pour autant il y ait des discontinuités autorisées de
forces ou de déplacements. Par exemple, Mura et al [108] étudient numériquement les champs
de contraintes d’une inclusion dont l’interface est libre de glisser, ce qui se traduit par la
condition [u i ]n i = 0 remplaçant [u i ] = 0 . Les calculs utilisent la méthode des 3 potentiels
(Sadowski and Sternberg 1947 [130]), praticable en élasticité isotrope uniquement (voir à ce
sujet le travail de Riccardi [122]). La prise en compte d’un glissement d’interface oblige à
considérer des développements en série infinis, là où le cas de cohésion parfaite ne fait
intervenir qu’un développement fini. C’est la principale conclusion des auteurs (Tsuchida et
al) [142].

69
Chapitre 1

Figure I.12 glissement d’un spheroide [108] et glissement d’une inclusion 2D elliptique
[142]

S’agissant du problème 2D d’une fibre de section elliptique, le problème considéré en


3D est la « réaction » de l’inclusion, sphéroïdale, porteuse d’une déformation libre de
contrainte, en anglais « eigenstrain », lorsqu’elle est soumise à divers types de tractions. Il n’y
a pas de conclusion générale (les résultats dépendent des contrastes matrice/inclusion choisis),
hormis le constat que les champs dans l’inclusion, bien qu’ellipsoïdale, ne sont plus
uniformes.
Le glissement est un cas de décohésion particulier (sans ouverture), qui est total au sens
où il est permis sur toute l’interface.
Un type similaire de décohésion concernant des sphères a été étudié par Benveniste [9] qui
suppose, en plus du maintien de continuité de la tension et du déplacement normalement à
l’interface, une proportionnalité entre le saut de déplacement tangent et la cission de même
orientation. Ces conditions lui permettent de faire usage du modèle 3 phases de Christensen
et Lo [30] pour évaluer le module de cisaillement effectif qui est le seul modifié par la
condition de proportionnalité introduite. Ce module décroît quand le coefficient de
proportionnalité évolue jusqu’à une limite asymptotique non nulle, de cohésion totale à
décohésion totale

3.2 - DECOHESION PARTIELLE DE FIBRES


Des travaux dans cette direction tels ceux de Karihaloo et Visvanathan [82], [83], en termes
de fonctions de Green, montrent bien une part de la complexité du problème, même en 2
dimensions pour des fibres. Le même problème d’une décohésion partielle sur un arc de
section (elliptique) de fibres, tel qu’illustré figure I.13, ne peut pas être approché
identiquement pour n’importe quel type de chargement.

70
Chapitre 1

Les auteurs en la circonstance ont séparément considéré le cas d’une sollicitation plane

et d’une sollicitation anti-plane pour une section elliptique de fibre orientée selon x3. Ils

montrent la possible résolution analytique du problème anti-plan comme du problème plan,

pour une forme bien spécifique de décohésion, dont on notera, ainsi que le montre la figure

I.13, qu’elle est unilatérale, et par ailleurs symétrique vis à vis de l’axe x1 de la section de

fibre. Les auteurs montrent essentiellement que la démarche reste bien compliquée, même

dans le cas le plus simple de l’élasticité isotrope, en comparaison du cas sans décohésion

classique. Nous en rapportons ici seulement les grandes lignes, en renvoyant aux références

citées pour plus de détails.

- Pour la déformation anti-plane (selon x3, c’est à dire u = u 3 ), les contraintes non

∂u 3 ∂u 3
nulles sont σ13 = µ et σ 23 = µ . Les auteurs utilisent la méthode des
∂x1 ∂x 2

fonctions de Green dans le cas sans décohésion, pour une sollicitation polynomiale

σ i3 (r ) = µ ∑ a (i) p q
pq x1 x 2 . La solution consiste en la détermination d’une déformation libre ε *
p, q

dans l’inclusion et à un saut de déplacement [u ] pour l’arc de décohésion. Les auteurs

séparent ε * en la partie ε * ° solution du cas usuel sans décohésion, dont on sait que sa

solution a la forme polynomiale de la sollicitation imposée, soit ε * ° i3 (r ) = ∑ b (i) p q


pq x1 x 2 (voir
p, q

Moschovidis et Mura 1975 [104]), et le complément ε *[u ] dû à la décohésion. La résolution

de l’équation intégrale pour la partie spécifiquement dû à la décohésion, qui fait intervenir

ε *[u ] et [u ] de manière couplée est alors menée avec la condition aux limites que la dérivée

du déplacement selon x3 soit continue, et en recherchant ε *[u ] sous la forme d’une

distribution de dislocations B(r). Après des calculs compliqués que nous ne rapporterons pas,

71
Chapitre 1

µi
la démarche aboutit à B(r ) = [u (r )] . Compte tenu de l’orientation de la décohésion (voir
µ − µi

figure), cette distribution prend, après résolution, la forme plus précise

B(r ) = B( x 2) = l 2 − x 22 ∑ B n x n2 . La résolution peut alors se poursuivre pour ε *[u ]


n

découplé de [u ] .

Figure I.13 fibre partiellement et unilatéralement décollée, sollicitation anti-plane [82],


[83]

Pour la déformation plane ( u = u1 , u 2 ), une procédure similaire est suivie, la condition

aux limites étant cette fois que les contraintes s’annulent à l’interface décollée. Le calcul est

rendu plus compliqué que le cas anti-plan précédent, du fait d’une différence de coefficients

de Poisson, en général, entre les deux phases. La résolution est finalement achevée au prix de

calculs bien compliqués pour un cadre limité d’applicabilité, élasticité isotrope (transverse au

moins) et décohésion symétrique vis à vis d’un axe de la section de fibre par ailleurs infinie,

et donc décollée sur toute sa longueur.

3.3 - DECOHESION, MULTIFISSURATION ET ARRACHEMENT DE FIBRES


Un second type d’approche que nous avons choisi d’illustrer, également compliqué

mais de caractère plus général thermo-élastique et associant décohésion et multi-fissuration,

72
Chapitre 1

quoique dans un contexte de symétrie isotrope transverse pour des fibres de section circulaire,

est celui de Tandon [134] et Tandon et Pagano [135], qui utilisent le concept de « concentric

cylinder model of a composite representative volume element », en lui ajoutant la possibilité

d’interfaces imparfaitement collées. L’originalité de la construction du VER est d’avoir

(
considéré à la fois des couches concentriques r1k , r2k = r1k +1 ) et des secteurs radiaux

(θ1k , θ k2 = θ1k +1 ), subdivisant chaque couche en secteurs pouvant porter une discontinuité sur
soit les côtés plans, soit les côtés en arcs de cercle. On peut de la sorte représenter des

fissurations radiales ou concentriques disposées de manière assez générale, au prix toutefois

d’un système d’équations de grande taille, et là encore compliqué, à résoudre.

Figure I.14 un « composite cylinder model » selon Tandon et Pagano [135], avec un
secteur endommageable sur ses 4 côtés.

Le nombre de subdivisions retenu est dicté d’une part par le type de dommage à décrire,

et d’autre part par une simplification de la modélisation qui suppose les contraintes

σ z , σ zθ , σ θ linéaires dans la direction radiale r (les autres formes provenant des conditions

d’équilibre en élasticité).

73
Chapitre 1

Les études d’endommagement relatives à des matrices renforcées de fibres constituent

une importante part de la littérature relative à l’endommagement. La complexité des

problèmes 3D d’endommagement a fait souvent préférer des analyses préalables à 2

dimensions seulement. Les outils théoriques utilisés dans ces études sont divers, de la théorie

continue de l’endommagement aux modèles rhéologiques plus ou moins sophistiqués, en

passant par des approches variationnelles et les techniques « adaptées » d’homogénéisation

comme illustré précédemment. Pagano et Tandon, faisant usage de leur « composite

cylinder » endommageable ont étudié la décohésion dans les deux situations de fibres uni ou

multi-directionnelles, et pour le cas de matrices fragiles [111]. L’endommagement des

matrices fragiles de type céramique, renforcées de fibres, sollicitées en fatigue, est par

exemple étudié par Rouby et Reynaud, [127], qui montrent, par un modèle rhéologique,

comment le pontage diffère la rupture du matériau. Dans ces matériaux, la fissuration de la

matrice est en général suivie de l’arrachement et la rupture des fibres, processus étudiés et

modélisés dans Hild et al [72]. L’arrachement implique une décohésion partielle, sur une

longueur finie de part et d’autre de la fissure matrice pontée. Ce type de décohésion partielle

dans le sens long de la fibre est des plus complexes. Une autre situation est celle de la

décohésion périodiquement répartie le long d’une fibre infinie, comme il peut en résulter lors

d’une compression selon l’axe des fibres. Etudié par Barber et Triantafyllidis [6], une courte

note de ces auteurs (1985) mentionne qu’après de « considérables manipulations » une

solution analytique a pu être apportée à ce problème, pour montrer que des variations tout

aussi considérables de la contrainte critique résultaient des variations possibles de contraste

entre fibres et matrice, ainsi que selon la longueur de fibre supposée décollée. Signalons enfin

que la décohésion n’est pas le seul mode d’endommagement concerné pour les matériaux à

fibres. L’effet de rupture le long de la fibre est abordé dans Nairn [109], qui fait usage du

composite cylinder déjà évoqué, pour des segments de fibres étant tous de longueur l

74
Chapitre 1

identique. L’approche « variationnelle » sélectionne une solution en contrainte qui minimise

l’énergie complémentaire. On peut également mentionner l’étude des fissurations de la

matrice en disque axisymétrique autour d’une fibre (Venkatakrishnaiah et Dharani, [146]), ce

qui montre bien que les trois types d’endommagement des structures matrice/inclusion trouve

un intérêt en 2D comme en 3D.

3.4 - DECOHESION DE FIBRES ET INTERPHASES


Pour terminer cette présentation loin d’être exhaustive des problèmes de fibres, nous

mentionnons une approche qui peut sembler un peu paradoxale, vis à vis des commentaires

précédemment faits sur l’objectif partagé de remplacer souvent des discontinuités au sein ou

en périphérie d’une phase par un milieu homogène équivalent restaurant la continuité dans le

composite.

Dans Hashin [67], la démarche contraire est opérée, une interphase est traitée en

discontinuité pour déterminer les propriétés effectives d’une matrice renforcée de fibres

(unidirectionnelles), en thermo-élasticité. L’auteur retient une hypothèse de proportionnalité

entre les sauts de déplacement entre les milieux (1) et (2), normaux et tangentiels, avec la

contrainte correspondante :

σ (ri1) = σ (ri2) = D i [u i ] ; i = r, θ, φ

L’auteur défend l’avantage de cette démarche par rapport aux modèles à trois phases, du

fait que les paramètres Di peuvent être variés de l’infini (cohésion), à zéro (décohésion

parfaite), avec des états intermédiaires de cohésions variées susceptibles de mieux représenter

une interphase que des modules attribués à une couche d’enrobage, qui sont en général

difficiles à définir. L’auteur applique ensuite le modèle auto-cohérent généralisé à sa structure

avec dommage, en thermo-élasticité, et reporte les évolutions des principaux modules

effectifs avec les valeurs données aux coefficients Di. Dans cette modélisation, l’axi-symétrie

75
Chapitre 1

du problème doit rester préservée, le « dommage » traduit par les paramètres Di est donc

isotrope dans le plan normal à la fibre.

3.5 - LA NOTION D’INCLUSION HOMOGENE EQUIVALENTE A UNE INCLUSION


ENDOMMAGEE.
Cette hypothèse (hyper) simplificatrice d’une perte de capacité totale à transférer les efforts
dans la direction de la rupture ou de la décohésion d’un renfort, discutée au §I.2.2.2.3, bien
utile pour pouvoir utiliser des formalismes valides pour des milieux hétérogènes continus,
mérite cependant quelques précautions.

Le travail récent de Zhao et Weng [154] sur des inclusions sphéroïdales considère
pertinemment que cette hypothèse est d’autant moins acceptable que la forme des inclusions
« offre » dans la direction de sollicitation une surface faible. Ainsi, une décohésion polaire
résultant d’une traction uniaxiale n’éliminerait pas toute la capacité d’une inclusion allongée à
transmettre les efforts, tandis qu’une décohésion équatoriale en sollicitation biaxiale sur la
périphérie d’une inclusion aplatie ne lui ôterait pas non plus toute sa rigidité transverse. Les
deux cas « nocifs » - la décohésion polaire des sphéroïdes plats, et la décohésion équatoriale
des sphéroïdes allongés - sont montrés figure I.15. Ceux-ci étant écartés, Zhao et Weng
utilisent l’approche de Mori-Tanaka, en introduisant explicitement le concept d’ « inclusion
fictive équivalente » à l’inclusion endommagée. La considération d’inclusions sphéroïdales
simplifie le problème en un problème de facto bidimensionnel, grâce à la préservation de la
symétrie axiale. Ces auteurs étudient l’effet global d’une fraction volumique variable
d’inclusions diversement décollées (sur une fraction totale fixe) , sur les modules élastiques
d’un composite biphasé . Les variations des 5 modules effectifs indépendants correspondant,
sont comparés figure I.16, à ceux d’une inclusion parfaite et au cas d’une inclusion subissant
les deux hypothèses de décohésion simultanément. Implicitement, ce travail induit que pour
les autres géométries, l’hypothèse de « tout ou rien » pour la rigidité dans le sens de la
décohésion dépend de la géométrie précise.

76
Chapitre 1

Figure I.15 Gauche : décohésion polaire de spheroides plats, droite : décohésion


équatoriale de sphéroides allongés, dans un biphasé [154]

Figure I.16 Comparaison des modules effectifs d’un biphasé à taux croissant de renforts
sphériques selon 4 cas : a) sans décohésion, b) décohésion polaire, c) décohésion
équatoriale, d) les deux décohésions simultanées [154]

77
Chapitre 1

C’est ce que le travail de Zheng et al (2000) [155] s’attache à montrer, en s’appuyant


sur des calculs par éléments finis. Ces auteurs reprennent un cas similaire à celui de la
décohésion polaire d’inclusions plates de Zhao et Weng, en se plaçant dans le cas
bidimensionnel de fibres à section elliptique, illustré figure I.17. Leurs calculs, menés pour
une décohésion mono-latérale ou bilatérale, montrent que cette hypothèse ne vaut qu’à partir
d’une interface décollée minimale, et que ce minimum dépend à la fois du rapport d’aspect de
l’inclusion, du contraste des phases, et aussi du fait de la mono ou bi latéralité du
décollement. Ces auteurs s’intéressent principalement au module effectif d’Young du
composite dans la direction x3 de la décohésion, et sa dépendance à l’étendue de la
décohésion. Un exemple de dépendance avec l’étendue de la décohésion, représentée par
l’angle qui intercepte la part de surface décollée, est montré figure I.18. Ces exemples
rapportent le module E33 estimé par éléments finis pour deux concentrations d’inclusions.
Ces auteurs utilisent aussi l’inclusion soi-disant équivalente, dont la rigidité est nulle dans la
direction de la décohésion et intact dans les autres directions. Le calcul, de type Mori-Tanaka,
fait avec cette inclusion correspond aux points qui sont placés sur les courbes de la figure
I.18, notés « effective medium ». On voit que selon la concentration d’inclusions, ce point ne
correspond pas au même angle de décohésion, cet angle décroissant, à peu près linéairement,
avec l’accroissement de la concentration d’inclusions.
Ceci montre que les modules effectifs d’une inclusion homogène équivalente à un état de
dommage donné, dépendront vraisemblablement aussi de la concentration d’inclusions.

78
Chapitre 1

Figure I.17 Cellule élémentaire pour a) double, b) simple, décohésion polaire d’interface
[155]

Figure I.18 Dépendance du module d’Young transverse, selon l’angle (i.e. l’étendue) de
la décohésion polaire [155]

Dans ce dernier travail, la notion d’ « inclusion homogène équivalente » est encore une
fois explicitement désignée comme telle. Le concept d’IHE à une inclusion endommagée fait
donc actuellement son chemin, comme en son temps, l’IHE d’Eshelby a fait le sien s’agissant
d’inhomogénéités. Une désignation spécifique devra certainement s’imposer. Nous parlerons
ici « d’Inhomogénéité Non Endommagée Equivalente » (INEE).
En revenant au cas de la fracture particulaire, nous verrons notamment dans le travail
fait ici, que l’hypothèse d’une perte totale de rigidité dans le sens de la fracture de l’inclusion
n’est pas toujours satisfaisante, et qu’il y a là aussi une certaine dépendance avec la
« configuration » précise du dommage. La littérature récente ne montre pas que l’hypothèse
en question soit interrogée.

79
Chapitre 1

4 - MOTIVATION DU PRESENT TRAVAIL

Tous ces modèles analytiques ne sont pas complètement satisfaisants pour prendre en
compte les fractures de particules mais également les décohésions matrice-inclusion, surtout
lorsque les discontinuités ne sont pas uniformes autour des fibres, ou le long de leur axe
principal comme c’est souvent le cas.
Les éléments finis deviennent très vite la seule méthode pertinente d’autant plus si l’on
veut considérer la possibilité d’un comportement anisotrope du matériau, en même temps
qu’un endommagement d’orientation non nécessairement symétrique.
La littérature concernant des études par éléments finis de cas particuliers est
considérable. Il n’est pas possible ici de faire une synthèse raisonnable de cet immense champ
de données. Notre objectif a plutôt été ici, dans un premier temps, de procurer des éléments
d’information les plus généraux possibles à destination des modèles analytiques, pour
disposer de propriétés effectives « raisonnables » d’un milieu homogène qui serait équivalent
à une particule ayant subi tel ou tel dommage type, fracture uni ou multi-directionnelle,
décohésion partielle, d’extension et localisation variable. Les inclusions seront prises
ellipsoïdales pour rester au plus près des approches analytiques de type homogénéisation. Des
situations non ellipsoïdales seront considérées pour appréhender l’endommagement matriciel,
en essayant de ne pas préjuger de la localisation de ce dommage. Mais dans un second temps,
il nous a bien fallu reconnaître que déterminer des informations « de caractère général », à
destination des approches analytiques, n’était pas si évident. Nous avons donc aussi
fatalement traité quelques cas particuliers, de complexités variées, que l’on espère
représentatifs de situations types assez larges et dont les enseignements pourront servir à
d’autres situations présentant des similitudes. La première tâche du travail a été de réaliser des
maillages nous permettant de créer les microstructures souhaitées, sous une forme
relativement automatisée. Une grosse partie du temps de thèse a été consacrée à ces
développements de logiciels. Les efforts menés constituent le chapitre II. Les applications
qui ont pu en être faites sont rassemblées au chapitre III. La conclusion générale conclut et
évoque quelques perspectives de poursuite de ce travail.

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