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UNIVERSITE GENERAL LANSANA CONTE DE SONFONIA-CONAKRY

UGLC-SC
FACULTE DES SCIENCES ECONOMIQUES ET DE GESTION

(FSEG)

Projet de thèse

APPLICATION DE LA REGLE DE TAYLOR DANS LE CADRE


DU CIBLAGE DE L’INFLATION : CAS DE LA BCRG

Proposé par :

Mamadou Saidou BALDE


ECONOMISTE
Introduction
De nombreuses économies ont dû faire face à des turbulences dont l’instabilité des prix
était souvent la cause. Ce phénomène est à la fois inquiétant et préoccupant, dans la mesure où il
affaiblit les économies, fragilise les agents économiques, fausse le processus de décisions et
entrave la croissance.

Dans un environnement économique stable, les agents économiques, qu’ils soient


investisseurs, ménages, entreprises, disposent des informations nécessaires pour former leurs
décisions en matière de consommation, de production et/ou d’investissement. Cependant, dès
qu’une hausse anormale du niveau général des prix apparaît, leur comportement devient
irrationnel, en raison d’un niveau d’incertitude élevé. Par exemple, pour les entreprises, un
environnement caractérisé par une inflation élevée réduit leur compétitivité et diminue par la
suite leur marge, ce qui conduit à des flux de capitaux vers l’étranger et à un phénomène de
délocalisation. D’autre part, l’inflation génère des perturbations dans la répartition des revenus,
des niveaux élevés de chômage, hausse des coûts salariaux... Ces conséquences du phénomène
inflationniste constituent des signaux ou plutôt des symptômes de crise économique. Au cours du
20ème siècle, l’économie mondiale a vécu plusieurs crises économiques assez importantes1.

De nos jours, la stabilité des prix est généralement reconnue comme étant le principal
objectif de la politique monétaire des Banques Centrales pour garantir la stabilité
macroéconomique. Cette approche est largement consensuelle. L’analyse économique
contemporaine justifie ce choix, en raison de son importance pour la situation économique.
Théoriquement, cette approche émane de deux conclusions majeures de l'analyse néoclassique.

En premier lieu, il n’existe aucun arbitrage possible entre l’inflation et la croissance sur le
long terme. En second lieu, les anticipations et leur contenu jouent un rôle crucial dans
l’apparition des fluctuations affectant la production sur le court terme et ont une influence
déterminante sur l’efficacité de la politique monétaire.

En conséquence, à partir du milieu des années 1970, les Banques Centrales des pays
industrialisés ont progressivement adopté une politique monétaire axée sur l'objectif de stabilité
des prix. Au plan de la mise en œuvre de la politique monétaire, la fixation de normes de

1
Nous pouvons citer les deux crises pétrolières des années soixante-dix, la crise asiatique et celle des États
d’Amérique du sud.
croissance des agrégats monétaires a longtemps été privilégiée, en vue d'orienter favorablement
les anticipations d’inflation. Bien que cette stratégie ait permis à certains pays de réduire leurs
inflations, l’instabilité persistante de la relation entre la croissance monétaire et l’inflation ainsi
que le rôle accru des marchés et des actifs financiers ont remis en question la pertinence des
agrégats monétaires en tant que cibles intermédiaires. Alors, on doit s’interroger sur la stratégie
monétaire à mettre en œuvre pour maîtriser l’inflation.

C'est ainsi qu'au début des années 1990, plusieurs pays industrialisés suivis par des pays à
marché émergent ont opté pour une politique de ciblage d'inflation (inflation-targeting). La
politique de ciblage d’inflation vise l’action sur l’inflation. En effet, lorsque l’inflation tente de
s’écarter de son objectif, la Banque Centrale utilise des instruments de politique monétaire pour
aligner l’inflation prévue sur l’objectif.

Dans le cas de la Guinée, Les missions conférées à la banque centrale sont confuses et ne
favorisent pas l’exercice d’une politique monétaire fondée sur la stabilité des prix. Ces missions
vont de l’assignation à la banque centrale de l’objectif de développement économique, au devoir
pour elle d’assurer une politique monétaire et de change efficace Jusque vers la fin des années
1990, les taux de change effectifs réels étaient nettement surévalués à cause des restrictions sur le
commerce du change. Ces systèmes d’allocations discrétionnaires de devises ont nourri les
primes de change sur les marchés de changes parallèles et explique pour une part importante la
turbulence monétaire et financière dans ce pays avant 1999.
Mais aussi, dans un cas comme celui de la Guinée, la situation de surliquidité systémique.
Cette surliquidité du système bancaire pourrait avoir comme effet une inefficacité de la
manipulation du taux d’intérêt dans la transmission de la politique monétaire.
Toutefois, la cause principale de l’escalade des prix et de l’instabilité du taux de change
tient au faible niveau d’autonomie de la politique monétaire et financière. L’autorité monétaire a
très souvent entériné les dérapages budgétaires et a conduit sans doute une politique trop
accommodante. Dans ces conditions, la participation de la Guinée à une union monétaire ne
pourrait qu’affranchir sa politique monétaire de sa domination budgétaire et conforter la stabilité
de la monnaie – tout au moins à leurs yeux.
Elle s'inscrit également dans un contexte particulier, marqué par les handicaps structurels
qui caractérisent la Guinée, en l'occurrence la faible profondeur du secteur financier et la
vulnérabilité économique. Dans ces conditions, il s’avère nécessaire de disposer de règles
pouvant servir de base au processus de détermination du niveau du taux d’intérêt de court terme
compatible avec les variables économiques fondamentales. Cette étude offre donc une occasion
appréciable d'approfondir les analyses, la réflexion portera singulièrement sur les stratégies
appropriées pour permsettre à la BCRG de concevoir et implémenter une politique monétaire
efficace, visant un objectif de stabilité des prix.

Au regard de ce qui précède, la présente étude se propose d’apporter des éléments de


réponses aux questions ci-après :

 Comment définir dans le cas de la Guinée une règle de politique monétaire qui
permettrait au mieux d’atteindre un objectif d’inflation et de production ?
 Quels sont les poids implicites de l’inflation et de la production dans les décisions de la
BCRG ?

1. Objectifs de la recherche
Notre principal objectif est de déterminer la nature de la règle monétaire qui reflète le
comportement de la BCRG en cas de ciblage d’inflation. Autrement dit, les variables que doit
inclure la règle de type Taylor, dans le cas de la Guinée, pour lui permettre de conduire sa
politique économique de ciblage d’inflation.

Les objectifs spécifiques de cette étude sont :

 Voir si la politique monétaire de la BCRG peut être résumée par une règle simple de
politique monétaire active combinant à la fois un objectif d’inflation et de production ;

 Vérifier si la BCRG prend effectivement en compte les fluctuations de la masse


monétaire M2 et de la différentielle du taux d’intérêt entre la Guinée et les autres pays
de la CEDEAO dans la politique monétaire qu’elle conduit.

2. Hypothèses
Dans le cadre de notre étude nous émettons les hypothèses suivantes :
Hypothèse 1 : La prise en compte du lissage du taux d’intérêt dans la fonction de réaction
permet d’obtenir la règle de politique monétaire optimale adaptée au contexte de la BCRG.
Hypothèse 2 : la masse monétaire M2 représente un agrégat pertinent dans l’évolution du taux
d’intérêt en Guinée.

3. Revue de la littérature
La littérature contemporaine sur la régulation monétaire porte sur la forme que doit prendre
la règle monétaire pour accroitre les performances de la politique monétaire et offrir un cadre de
description et de prescription réaliste à l’activisme monétaire des Banques Centrales. Toutefois,
il n’est pas garantie que les concepts utilisés aujourd’hui soient complètement affinés et
définitifs. Le consensus actuel en faveur des règles monétaires s’est construit progressivement au
cours des trente dernières années. Nous rappelons à ce niveau les éléments et les références
incontournables de ce débat. Ainsi, dans cette revue de littérature, il sera abordé successivement,
les dimensions théoriques et empiriques des règles de politique monétaire.

3.1- Revue de la littérature théorique

Les règles de politique monétaire ont suscité un débat très fructueux au sein de la
communauté des économistes. Cependant dans cette revue théorique, nous nous intéresserons
essentiellement sur trois points qui résument de manière succincte les différents thèmes abordés
dans ces débats. D’abord, nous aborderons la neutralité de la monnaie. Ensuite, l’absence de
crédibilité ou biais inflationniste des politiques monétaires discrétionnaires. Enfin, nous tenterons
de mettre en relief deux propositions qui renvoient aux préoccupations actuelles de la politique
monétaire : la détermination des objectifs prioritaires de la politique monétaire, d’une part, la
façon dont la Banque Centrale peut les atteindre, d’autre part.

3.1.1- Neutralité de la monnaie : débat pour canaliser l’objectif de la


politique monétaire vers la stabilité des prix

La neutralité de la monnaie est une idée ancienne des classiques. Elle a été réaffirmée
avec force dans les années 1970 et 1980 par l’école des anticipations rationnelles et les
théoriciens des cycles réels. Les économistes considèrent aujourd’hui que si la monnaie n’est pas
complètement neutre à court terme en raison de certaines imperfections (erreur d’anticipation,
rigidité….), elle l’est en revanche à long terme conformément aux preuves empiriques apportées
par l’école des cycles réels. Des lors la politique monétaire doit logiquement se concentrer sur
l’ancrage nominal de l’économie par exemple en définissant un objectif d’inflation maximal. La
logique de soutient à l’activité devient secondaire et doit être entendue comme une possibilité de
stabilisation cyclique ou de court terme.

Le consensus ainsi créé autour de l’objectif prioritaire de la politique monétaire réoriente le


débat vers le choix entre « règles et discrétion », la politique monétaire produit-elle de meilleurs
résultats quand elle obéit à une règle de conduite que lorsqu’elle est menée essentiellement de
manière discrétionnaire ? Cette question qui a animé des controverses depuis de longues dates
semble aujourd’hui avoir trouvé une réponse consensuelle (Pollin, 2004). Cependant, dans la
mesure où elle éclaire la notion même de règle monétaire et certaines questions sous-jacentes,
elle mérite d’être rappelée, de même que les circonstances de son dénouement.

3.1.2- Règle où discrétion pour une meilleure stabilité des prix

Que la politique monétaire soit conduite sous un régime discrétionnaire ou selon une
norme préétablie, elle repose sur la conviction qu’il existe des relations entre les instruments de
la politique monétaire et les variables intermédiaires telles que la masse monétaire, le revenu
nominal ou certains agrégats de prix (indice de prix et taux de change).

Un consensus se dégage sur le fait que la politique est mise en œuvre dans des contextes
incertains et que l’action politique atteint les variables cibles avec un certain délai. Autrement dit,
en pratique il est difficile de prédire avec précision les effets d’une politique sur ces variables,
surtout si on prend en compte certains aspects réels, en l’occurrence les chocs après la décision
politique.

Le caractère difficilement maîtrisable des événements, de même que l’instabilité des


relations entre les variables, ont servi d’arguments aux partisans des règles en faveur de la
prévisibilité de la politique monétaire. Dans la mesure où le système est soumis aux aléas de tout
ordre, on voudra éviter que l’imprévisibilité de la politique n’augmente les incertitudes. En
instituant un code de conduite de la politique, on évite que celle-ci ne s’ajoute aux yeux des
agents, à la liste des impondérables. Ces arguments sont largement défendus par Friedman et ses
partisans (Marois, 1998).

Les défenseurs des politiques conjoncturelles utilisent eux aussi l’argument du caractère
imprévisible des chocs pour défendre l’attrait d’une décision politique en fonction du type de
chocs qui affecte l’économie. L’instrument de politique monétaire doit être fixé en fonction de la
nature même de l’événement qui affecte la demande : la meilleure politique est par conséquent
celle qui permet des actions discrétionnaires, c’est-à-dire des actions au cas par cas. L’idée est
défendue par les keynésiens.

Toutefois, cette discussion s’est achevée au milieu des années 1980 en faveur des règles.
Les défenseurs de celles-ci ont recouru à des modèles mathématiques mettant en jeu des agents
formulant rationnellement leurs anticipations pour établir à l’avance des normes de conduite sur
la discrétion en ce qui concerne la crédibilité et la cohérence temporelle de la politique, qualités
reconnues comme indispensables pour une bonne gestion économique.

3.1.3- L’incohérence temporelle


La prise en compte des anticipations rationnelles remettait en question l'efficacité même
d'une politique monétaire de réaction systématique et allait conduire à modéliser les interactions
stratégiques entre les autorités monétaires et les agents économiques. Les travaux de Kydland et
Prescott (1977), et de Calvo (1978), mirent en évidence le phénomène d'incohérence temporelle
inhérent à toute décision de politique économique conservant un caractère discrétionnaire.

L’incohérence dynamique apparaît quand une décision de politique économique pour une
période future, faisant partie d’un plan optimal exprimé au début d’une période, ne reste plus
optimale à une date ultérieure même si aucune information nouvelle n’a été transmise entre
temps.

Finn Kydland et Edward Prescott montrent que le recours à une règle ou à l’engagement
peut être une source d’efficacité dés lors que les agents privés adaptent leurs comportements en
fonction des décisions futures du gouvernement.

L’application de ces principes généraux à la politique monétaire a été faite pour la première
fois par Robert Barro et David Gordon (1983a) et dans cette étude, ils montrent que dans un
régime de politique discrétionnaire (agissant au cas par cas), les autorités monétaires sont
toujours soupçonnées par les agents privés de vouloir faire de l’inflation une surprise pour
stimuler l’activité. Elles sont donc peu crédibles, ce qui crée le biais inflationniste de la politique
discrétionnaire.

La question qui se posait était alors de savoir comment crédibiliser la politique (la règle)
monétaire non inflationniste afin que l’économie, maintenue par les comportements des acteurs
dans une situation sous optimale (équilibre discrétionnaire), se déplace vers l’équilibre parétien.
Pour atteindre cet objectif, en plus de l’approche réputationnelle proposée par Barro et Gordon
(1983b), l’approche institutionnelle a visé un changement des règles du jeu politique par la
modification des structures institutionnelles des Banques Centrales afin d’atténuer le caractère
discrétionnaire des politiques monétaires.

Certes toutes ces conclusions ne font pas l’unanimité, ces analyses à la Barro et Gordon se
heurtent à deux critiques. La première d’ordre théorique, largement présentée par la littérature
sur les règles monétaires de Svensson (1998), Aubert (2001) et Pollin (2004), met en avant
l’impossibilité des analyses à la Barro–Gordon de répondre de manière satisfaisante à la question
suivante : comment dans un monde rationnel, la Banque Centrale peut-elle viser un objectif de
revenu ou de production supérieure à son niveau potentiel ou naturel ? Ou encore, comment
comprendre que la Banque Centrale puisse donner autant d’importance à la production, au prix
d’un surcoût d’inflation ?

A cette préoccupation théorique, on peut ajouter une autre critique portant sur l’absence
d’instrument de politique servant au contrôle de l’inflation dans le cadre formel retenu. Ainsi, la
deuxième critique est d’ordre factuel. Il semble que le type de comportement attribué aux
autorités monétaires et son corollaire, caractérisés par un biais inflationniste au sens de Barro et
Gordon, ne soit apparu que dans de rares occasions de l’histoire économique. Cet avis est partagé
par Pollin (2004) et Aubert (2001) qui citent Fisher (1984), Blinder (1997) et bien d’autres
auteurs.

Les amendements apportés au cadre d’analyse à la Barro-Gordon ont orienté le débat sur la
détermination des objectifs prioritaires de la politique monétaire d’une part, et la façon dont la
Banque Centrale peut les atteindre d’autre part.

L’idée avancée est la plausibilité de l’accélération de l’inflation à un taux supérieur à zéro.


La seconde thèse prône la stabilisation de l’inflation à un seuil jugé tolérable par les autorités
monétaires. Elle soulève le débat entre politique de règles et politique discrétionnaire. Pour
certains économistes, la politique monétaire doit se contenter de l’application d’une règle
monétaire passive ou non activiste (Friedman, 1967 ; Kydland et Prescott, 1977 et de Calvo,
1978).

Ce qui revient à admettre, grâce à l’hypothèse d’incohérence temporelle, qu’une politique


discrétionnaire est incompatible avec le maintien de la stabilité des prix. En revanche, étant
donné que l’application «aveugle» de règles automatiques donne souvent lieu à une forte
variabilité de la production, de nombreux économistes plaident en faveur d’une politique
monétaire qui conjugue les gains de la cohérence temporelle et les avantages de la flexibilité
(Barro et Gordon, 1983 ; Rogoff, 1985 ; Taylor, 1998).

Une telle politique se définit comme une règle monétaire active, qui autorise une réaction
systématique des autorités monétaires aux écarts de production et d’inflation, tout en préservant
la comptabilité des objectifs de long terme de la politique économique. L’avantage de ces règles
réside dans leur souplesse et l’engagement des autorités sur un mode de comportement
immuable. En plus, ces règles évitent les problèmes d’incohérence temporelle et de biais
inflationniste dans les actions prises par les décideurs politiques. Reste à savoir comment mettre
en place de façon crédible une telle règle?

C’est ainsi que, Rogoff (1985) envisage une solution afin d’éviter les problèmes générés
par une politique monétaire discrétionnaire et qui consiste à supposer des règles de
comportement actives pour les autorités monétaires. Rogoff (1985) est le premier à avoir évoqué
les règles actives, mais Taylor (1993) est le premier à avoir formulé une règle exprimée en
fonction du taux d’intérêt de court terme. Cette règle est nommée "Règle de Taylor
Traditionnelle". Son objectif est de modéliser la règle de conduite de la politique monétaire
menée par la FED. En effet, ce dernier régime repose sur quatre principaux piliers :
l’indépendance de la Banque Centrale, la transparence, la crédibilité et l’annonce explicite de la
cible d’inflation. Comme cela a été montré par Kydland et Prescott (1977) et Barro et Gordon
(1983), ces propriétés permettent d’éviter les problèmes d’incohérences temporelles et le biais
inflationniste. Par la suite, cette règle est devenue la référence pour les travaux traitant la
question de la règle de conduite dans le cadre de ciblage d’inflation.
Cependant, vers la fin des années quatre vingt-dix, cette règle a été critiquée sur
différents points. En effet, d’autres règles dont l’objectif est de combler les limites de la Règle de
Taylor Traditionnelle ont été développées. Elles sont nommées : " Règles de Type Taylor ou bien
Règles à la Taylor ". En effet, les paramètres prédéfinis par Taylor (1993) sont sujets à de
nombreuses critiques de la part de certains économistes. Ces derniers pensent que l’estimation de
cette règle va soulever des problèmes, d’autant pratiques que théoriques. L’estimation de la règle
fait apparaître certains problèmes liés à la détermination de certaines variables. En outre, elle a
été critiquée sur différents points

3.2 Revue de la littérature empirique :

De la problématique de construction des règles de politique monétaire, permettant


d’atteindre l’objectif de stabilité des prix, est né une littérature empirique enrichissante sur les
fonctions de réaction des Banques Centrales. Leurs formes diffèrent d’un pays à un autre en
fonction des spécificités et les contraintes propres liées à chaque économie. Nous présentons
dans cette partie, les travaux empiriques de quelques auteurs afin d’éclairer la question sur la
recherche d’une règle monétaire adaptée au contexte de la BCEAO.
Les travaux sur les règles optimales sont nombreux dans les pays développés, où leur
importance est mise en exergue dans la littérature. Ainsi, certains auteurs utilisent les fonctions
de réaction pour effectuer des comparaisons entre attitudes de différentes autorités monétaires.
Bouscharain (2001) analyse la convergence des politiques monétaires au sein de la zone euro et
trouve qu’il y a une ressemblance entre le comportement des autres banques centrales du SME et
celui de la Bundesbank.

Huchet M. (2003) estime les fonctions de réaction des huit principales banques centrales
nationales de la zone euro sur la période 1980-1998. Elle estime aussi la fonction de réaction
d’une banque centrale fictive de la zone euro si celle-ci constituait une union monétaire sur cette
période. Elle arrive aussi à la conclusion selon laquelle il y aurait une similitude de
comportement des banques centrales de la zone, et que leurs préférences sont convergentes
surtout en matière d’inflation.

De Lucia et Lucas (2007), par contre estiment des fonctions de réaction pour analyser les
différences pouvant exister dans la fixation des taux directeurs entre la BCE et la FED sur la
période de 1998 à 2006. La règle de Taylor pour la FED prend en compte ses objectifs dualistes
de la politique monétaire à savoir l’inflation et l’activité économique. Dans le cas de la BCE en
revanche, la règle n’est améliorée que lorsqu’est pris en compte un objectif de croissance
d’agrégats monétaires. Ces derniers concluent au vu des résultats que de façon absolue, les deux
banques centrales ont conduit des politiques très peu éloignées durant la période. Les résultats
relatifs laissent transparaitre que le poids accordé à l’inflation est plus élevé dans le cas de la
BCE que dans celui de la FED. Concernant le lissage du taux d’intérêt, la FED semble fixer ses
taux d’intérêt beaucoup plus en fonction de l’information nouvelle qu’en fonction des taux
passés.

En général, les travaux dans la zone euro (Verdelhan (1999), Sibi (2002), Mesonnier et
Renne (2004)) arrivent à la conclusion selon laquelle la politique monétaire y est bien
représentée par des règles de Taylor simples, en ce sens que les taux de Taylor calculés sont très
proches des taux du marché.

Aux vues des critiques formulées à l’encontre de la règle originale de Taylor, plusieurs
auteurs y ont apporté des modifications, en calculant différemment les variables de référence, ou
en ajoutant d’autres variables, tel que le taux de change, la masse monétaire. Ces variables sont
spécifiques à l’environnement dans lequel évolue chaque banque centrale. Pour le cas de la zone
euro, Sibi (2002) après introduction du taux de change eurodollar dans sa fonction de réaction,
conclut que la BCE ne réagit pas aux fluctuations du taux de change.

4. Le modèle théorique

A ce niveau, les principales règles de conduite de la politique monétaire qui peuvent


résoudre les problèmes générés par la conduite discrétionnaire seront présentées. Dans un
premier temps, nous commencerons par la règle de référence (Règle de Taylor Traditionnelle).
Puis dans un second temps, nous exposerons les autres règles développées sur la base de la règle
de référence. Ces règles ont comme objectif de répondre aux limites de la Règle de Taylor
Traditionnelle. Elles sont nommées : « Règles de Type Taylor ou bien Règles à la Taylor ».

4.1- Présentation de la Règle de Taylor Traditionnelle : Taylor (1993)

En 1993, John Taylor a développé une règle du taux d’intérêt pour le choix et l’évaluation
des instruments de conduite de la politique monétaire. Cette règle peut être utilisée à la fois pour
l’évaluation des politiques monétaires antérieures et pour la détermination des politiques futures.
L’instrument de la politique monétaire présenté par Taylor est le taux d’intérêt de court terme
(Fund rate). En effet, cette règle fut la première traduisant le comportement d’une Banque
Centrale sous un régime de ciblage d’inflation. Elle est devenue par la suite la règle de référence
sur ce sujet.

Taylor a proposé aux USA la règle suivante2 :

(1)

Où rt désigne le taux d’intervention de la Banque Centrale, πt le taux d’inflation et yt l’output


gap, c’est-à-dire l’écart relatif entre le PIB et le PIB potentiel de l’économie. La règle de Taylor
sous sa version traditionnelle possède des caractéristiques particulières. Il s’agit d’une règle non-
estimée mais fondée sur quelques suppositions. Le niveau de la cible d’inflation est supposé égal
à 2%, et le taux d’intérêt réel d’équilibre est supposé également à 2%. Sur la base de la dualité
d’objectifs menés par la FED, Taylor (1993) accorde des coefficients égaux à 0.5 pour les deux
objectifs, de stabilité des prix et de stabilité économique. En d’autres termes, les décideurs
politiques des États-Unis accordent la même préoccupation à la stabilité des prix et à la stabilité
économique.

Selon plusieurs auteurs, cette règle originale doit prendre certaines modifications afin de
tenir compte de certaines réalités d’ordre pratique. En effet, plusieurs pays cherchent à diffuser
une certaine crédibilité et assurer une stabilité économique en adoptant un ajustement partiel de
leur taux d’intérêt. D’autres tiennent compte des anticipations. D’où émane un manque de
consensus sur la spécification exacte de la règle.

4.2 Prise en compte d’une dynamique d’ajustement : comportement


Backward-Looking

Dans la réalité, les banques centrales, afin de limiter la volatilité de leur taux directeur,
préfèrent procéder à une modification progressive de celle-ci. Cette limitation de la volatilité se
justifie par le souci de la part des autorités monétaires, de préserver leur crédibilité d’une part, et
d’éviter les chocs surprises qui perturberaient les marchés financiers d’autre part. Certains
auteurs tels que : Orphanides (1997), Clarida, Gali, et Gertler (1998) dans leurs travaux
pionniers, proposent de tenir compte de ce comportement de "lissage du taux d’intérêt" dans les
2
Voire Taylor (1993)
fonctions de réaction des banques centrales. Econométriquement, cela revient à considérer que le
taux d’intérêt courant s’ajuste partiellement au taux d’intérêt cible, c’est à- dire :

(2)

est un paramètre indiquant le degré de lissage du taux d’intérêt actuel sur le taux d’intérêt

passé, ou degré d’inertie de la politique monétaire. En remplaçant par sa valeur dans (8), on

obtient :

(3)

Ces règles sont qualifiées dans la littérature de Backward-Looking rule.

4.2- Prise en compte des anticipations rationnelles : comportement


Forward-Looking

Dans la formule proposée par Taylor, le taux d’intérêt dépend de l’output gap et de l’écart
d’inflation observé au cours du même trimestre. Or, la banque centrale, lors de sa prise de
décision, ne dispose pas de ces valeurs en cours. Tout au plus, elle dispose avec retard
d’estimations préliminaires de ces agrégats largement soumis à des corrections
(McCallum(1993), Svensson (2002)). Il est donc raisonnable de penser que l’action de la banque
centrale ne peut affecter ni l’inflation, ni le revenu à court terme. Ainsi dans le but d’avoir des
effets désirés de la politique monétaire sur l’output et l’inflation, il est nécessaire de remplacer
leurs valeurs courantes par leurs valeurs anticipées. Ainsi, l’équation précédente peut se réécrire
sous une forme donnée par Clarida, Gali, et Gertler (1997) de la façon suivante :

(4)

Où E( désigne l’espérance conditionnellement à l’information dont dispose la Banque

Centrale à la date t, c’est-à-dire au moment où elle prend ses décisions. t matérialise donc
l’ensemble de ces informations de décision, n l’horizon d’anticipations (1 à 2 ans). Cette règle a
un caractère forward puisqu’elle vise explicitement l’inflation future, elle est connue dans la
littérature sous le nom de forward-looking rule.

4.3- Définition d’une règle monétaire pour la BCRG

Afin de prendre en compte les cas spécifiques de chaque économie, il sera nécessaire d’apporter
des modifications supplémentaires à la règle de Taylor originale. Il s’agira en clair de
l’intégration d’arguments supplémentaires comme variables explicatives, lesquelles peuvent
avoir un impact sur la prise des décisions des autorités monétaires lors de la fixation des taux
directeurs. Ainsi, l’équation de la règle sous la version forward-looking prend la forme suivante :

(5)

est un paramètre indiquant le degré de lissage du taux d’intérêt actuel sur le taux d’intérêt

passé, ou degré d’inertie de la politique monétaire ;

Z désigne un vecteur de variables explicatives supplémentaires, leur niveau désiré, et un

vecteur contenant les poids accordés par les autorités à ces variables dans la prise de décisions.
Dans le cadre de la BCRG, le vecteur Z peut prendre au moins deux agrégats : la masse
monétaire au sens large M2 et le différentiel du taux d’intérêt entre la Guinée et la CEDEAO.

5. Démarche méthodologique

Notre objectif, est d’identifier la règle optimale de type Taylor et les variables qui doivent
apparaître dans cette règle pour la conduite de la politique monétaire menée au sein de la Guinée.
Pour ce faire, nous envisageons d’estimer plusieurs règles pour pouvoir tenir compte de toutes
les critiques adressées à la règle de Taylor sous sa version traditionnelle. Par conséquent, nous
pouvons déterminer la fonction de réaction optimale traduisant le comportement de la BCRG.

En première étape, Il s‘agira de tester si la règle de Taylor sous sa version originale traduit
le comportement de la Banque Centrale de la République de Guinée. À cette fin, nous suivons la
méthodologie suivante : d’abord, nous allons déterminer un taux de Taylor 3 pour la BCRG, puis
le comparer avec le taux d’intérêt réellement observé au sein de la Guinée.

Après avoir évalué la règle de Taylor sous sa version traditionnelle, nous allons nous
intéresser aux règles de type Taylor. Au cours de cette seconde étape, il s’agira d’estimer deux
fonctions de réactions de type Taylor, l’une sous une version statique et l’autre sous une version
dynamique. La première estimation consiste à déterminer les poids accordés aux deux objectifs
(de l’inflation et de la stabilité économique). Dans la version originale de Taylor, ces deux poids
admettent deux coefficients égaux à 0,5. Ainsi, nous réécrivons la règle de Taylor sous sa version
originale en remplaçant les valeurs admises par Taylor par des coefficients inconnus. Cette
première estimation concerne une fonction de réaction statique de type Taylor.

Nous nous intéresserons par la suite au comportement de lissage du taux d’intérêt de la


Banque Centrale. Nous incorporons donc à la fonction de réaction statique une variable
supplémentaire traduisant ce comportement de lissage. Ceci dans le but de vérifier si la BCRG
ajuste graduellement son taux d’intérêt afin de préserver une certaine crédibilité au sein de sa
politique.

Ensuite, vue la critique avancée par McCallum(1993) qui note que la formulation de Taylor
n’est pas opérationnelle étant donnée qu’elle a besoin des informations que les décideurs de
politiques économiques ne disposent pas au moment de la prise de décision. D’où, selon certains
auteurs, il faut remplacer les données de l’inflation courante et de l’output courant par leurs
prévisions. Dans ce cas, nous allons estimer la règle de Taylor sous la version Forward-Looking.
Ainsi, nous allons comparer ces différentes fonctions à l’aide des critères de Akaike et Schwarz
pour savoir quelle est la règle monétaire optimale à retenir et donc reflétant mieux le
comportement de la BCRG.

Une fois que nous avons vérifié la règle qui reflète mieux le comportement de la BCEAO,
nous entamons une nouvelle hypothèse à vérifier si elle prend en considération les fluctuations
de la masse monétaire M2 dans la politique monétaire qu’elle conduit.

3
Le taux de Taylor est le taux défini par la règle de Taylor traditionnelle. En d’autres termes, c’est un taux déterminé
selon les paramètres fixés par Taylor à savoir 0.5 à l’écart de l’inflation et 0.5 à l’output gap, plus le taux d’intérêt
réel d’équilibre.
6. Sources des données
Pour l’analyse empirique, nous allons retenir des données à fréquence trimestrielle. Nous
pouvons considérer que le choix d’une fréquence trimestrielle plutôt que mensuelle, parfois
utilisée dans d’autres études, ne diminuera pas l’intérêt de nos estimations dans la mesure où la
politique monétaire est orientée vers un objectif de moyen terme. La période d’étude s’étendra
de 1994 : 1 à 2011 : 4, soit un total de 68 observations. Quatre sources principales de données
sera utilisées : le « World Development Indicator » de la Banque Mondiale, la base «
International Financial Statistics (IFS) » du Fond Monétaire International, Agences Monétaires
Ouest Africaines (AMAO) et la BCRG.

7. Résultats escomptés

Ainsi, on anticipe de trouver un faible poids accordé à l’output ou au moins faible à celui de Taylor
étant donné que l’objectif principal de la politique monétaire en Guinée est la stabilité des prix, alors
que la stabilité économique est considérée comme un objectif secondaire. En second point, Au terme
de cette recherche, nous montrerons que le modèle « Forward looking » prenant en compte la
masse monétaire M2 et le différentiel du taux d’intérêt entre la guinee et les autres pays de la
CEDEAO est le meilleur modèle et que la BCRG agit explicitement au fluctuations de ces deux
agrégats dans la politique monétaire qu’elle conduit;

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