Vous êtes sur la page 1sur 3

De la musique avant toute chose,

Et pour cela préfère l'Impair


Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n'ailles point


Choisir tes mots sans quelque méprise
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles


C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est par un ciel d'automne attiédi
Le bleu fouillis des claires étoiles!

Car nous voulons la Nuance encor,


Pas la Couleur, rien que la nuance!
Oh! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,


L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !


Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

Ô qui dira les torts de la Rime ?


Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !


Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure


Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.

Jadis et naguère
Paul Verlaine
Recueil de poeè mes de Paul Verlaine (1884).
Le titre l’annonce : Jadis et naguère a eé teé composeé aè partir de poeè mes eé crits aè diffeé rentes
eé poques. Le plus important d’entre eux, « Art poeé tique », date de 1872-1874.
Verlaine y preé sente une conception personnelle de la forme et de l’expression
poétiques, en particulier sa preé feé rence pour le vers impair (vers comprenant un nombre
impair de syllabes). Le deuxieè me quatrain de ce poeè me, « Il faut aussi que tu n’ailles
point… Ouè l’indeé cis au Preé cis se joint », est parfois consideé reé comme un manifeste de
l’estheé tique du symbolisme.

Art poetique - Ce texte est consideé reé comme un manifeste symboliste se basant contre le
Naturalisme, le Reé alisme et le Romantisme. Ce mouvement consideè re l'univers comme le
symbole d'un autre monde. Cette penseé e deé buta au 19e sieè cle et s'eé tenda jusqu'au deé but
de la 1ere guerre mondiale.
L'Art Poeè tique est un poeé me de neuf strophes chacunes composeé es de quatre vers aè neuf
syllabes appeleé s enneé asyllabe. L'auteur a creé eé des rimes embrasseé es.
Tout d'abord, nous allons voir quelle poeé sie rejette Verlaine et ensuite nous eé udierons la
penseé e de l'auteur sur la conception de la poeé sie.

L'Art Poeé tique est un texte poleé mique car aè travers les strophes 5, 6 et 7 les poeé sies du 18
eè me sieè cle ( la poeè sie spirituelle, romantique et parnassienne ) sont attaqueé es.
A la strophe 5, Verlaine rejette toute poeé sie aè caracteè re ironique : "la pointe assasine"
vers 17, "Esprit cruel" vers 18, "Rire impur" vers 18, "ail de basse cuisine" vers 20. On
comprend alors que l'auteur est contre une poeé sie qui "allume" les gens, les ideé es. Il
s'oppose alors aè la poeé sie qui est plutoô t satyrique.
Les auteurs de poeé sie romantique tel Lamartine, Victor Hugo sont eux aussi deé nonceé s.
La poeé sie parnassienne est la plus toucheé e. On critique les poeé tes parnassiens qui
travaillent pour arriver aè une excellence de la beauteé du vers. Dans la dernieè re strophe,
Verlaine explique justement qu'il faut faire d'avantage passer les émotions que
réaliser cette perfection absolue de la rime. Et pour cela aux vers 3 et 4 "Plus vague et
plus soluble dans l'air", l'auteur montre sa preé feé rence des matieè res plus simples,
abstraites comme "l'eau", "l'air" qui s'oppose aux matieè res dures utiliseé es dans la poeé sie
parnassienne tel "la pierre", au vers 4 "Sans rien en lui qui peè se ou qui pose". A la
strophe 7, Verlaine fait comprendre aè Theé ophile Gautier qu'il n'a pas le meô me avi que lui
car il reprend le mot "lime" au vers 28, qu'il fait rimer avec "rime" au vers 25, on peut
prendre ce passage comme une reé ponse aè l'auteur parnassien. On voit donc que Paul
Verlaine attaque la poeé sie du 18eè me sieè cle.

Verlaine deé finit sa conception de la poeé sie en eé numeé rant un certain nombre de reè gles. Il
pense que le vers doit eô tre musical : vers 1 "De la musique avant toute chose", vers 29
"De la musique encore et toujours!".
Si Verlaine conserve la rime, il ne la place pas au dessus de tout. Si la rime est, pour
lui, une parure neé cessaire dont on ne peut se passer, on ne doit pas en abuser. D'ailleur, il
affaiblit son effet d'eé cho trop reé peé titif par des assonances et des alliteé rations :"Plus
vague et plus soluble que l'air", alliteé ration en l et pl. "Par un ciel d'automne attieé di",
assonance en ie. Pour le poeé te les histoires raconteé es doivent eô tre belles et emporter le
lecteur, il demande vers 13 de "la Nuance encor" ,aux vers 31 et 32 "Qu'on sent qui fuit
d'une aô me en alleé e", "Vers d'autres cieux aè d'autre amours."
Il veut faire ressentir les sentiments aè travers sa poeé sie, strophe 3: "beaux yeux derrieè re
des voiles", "grand jour tremblant". Il marque sa preé feé rence pour les matieè res plus
abstraites aux vers 3 et 4 "vague", "soluble", "air", "sans rien qui peè se".
Il "preé feè re l'Impair" vers 2, cette preé feé rance est une caracteé ristique de Verlaine, pour
casser le rythme et donner une ideé e de leé geé reteé . On a d'ailleur le champ lexical de
l'aeé rien :"fleurant" vers 35, "air" vers 3, "envoleé e" vers 30. On a au vers 30, "Que ton vers
soit la chose envoleé e", l'impression que le vers s'envole. Pour le poeé te, la poeé sie doit eô tre
"de la musique avant tout" et pour cela il eé numeè re un certain nombre de reè gles tel
"prefeè re l'Impair", "l'indeé cis au preé cis", "de la musique encore et toujours".

L'Art Poeé tique est un bilan, un regard porteé sur l'estheé tique de la poeé sie. C'est aussi la
poeé sie de Verlaine marqueé e par son style, par sa personnaliteé . Il critique aussi les
poeé sies du 18 eè me sieè cle et creé eée ainsi un texte poleé mique.La beauteé de la poeé sie aè cette
eé poque est un sujet tabou car chaque auteur a sa propre conception de la beauteé .