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COMMUNIQUÉ DES AVOCATS DES LYCÉENS DU LYCEE ARAGO, OBJETS

D’UN FICHAGE « S – SÛRETÉ DE L’ÉTAT »

Le 22 mai 2018, 102 personnes avaient été interpellées dans le cadre de l’affaire dite du
« Lycée Arago ». Cette interpellation massive à l’issue d’une manifestation qui s’était soldée
par l’entrée dans un établissement scolaire pour organiser une assemblée générale avait
suscité un émoi général, du fait notamment des conditions dans lesquelles ils avaient été
privés de liberté.
Sur la centaine d’interpellations, et sans qu’il eût été possible de comprendre ce qui avait
justifié la différence de traitement judiciaire, une dizaine de manifestants avait été déférée en
comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Paris. Jusqu’alors inconnus des
services de police et de la justice, ils avaient été condamnés, le 5 février dernier, à deux mois
d’emprisonnement avec sursis pour avoir pénétré sans autorisation dans un établissement
scolaire. Tous ont interjeté appel de cette décision.
Depuis lors au moins trois de ces lycéens et étudiants ont constaté, lors de leurs déplacements
à l’étranger, qu’ils faisaient systématiquement l’objet de vérifications d’identités prolongées
aux postes de frontière ainsi que d’attentes inexpliquées au cours desquelles serait mentionnée
à demi-mot l’existence d’une « fiche S » à leur endroit. Ce jeudi 21 mars 2019, l’une des
prévenues du lycée Arago, contre laquelle les poursuites avaient été abandonnées à
l’audience, a averti son avocat qu’au deuxième jour de son voyage scolaire en Italie, des
policiers italiens étaient venus interroger ses professeurs à son sujet. Une telle pratique ne
laisse guère de doute quant à l’existence d’un fichage « S », soit « atteinte à la sûreté de
l’Etat », la concernant.
Le choix du gouvernement de ficher « S » des manifestants, qu’ils aient été in fine condamnés
ou non pour être entrés dans un établissement scolaire sans autorisation, ne peut laisser
indifférent.
Plus largement, cette pratique révèle la volonté de l’Etat de ficher systématiquement les
manifestants et, ainsi, les opposants politiques.
Et cette pratique inquiète d’autant plus qu’elle intervient concomitamment à l’adoption par le
Sénat de la proposition de loi visant à renforcer et garantir le maintien de l’ordre public lors
des manifestations, qui entend confier au préfet – soit, à l’exécutif sur la base des données du
renseignement – la possibilité de prononcer des interdictions administratives de manifester.
Nous entendons saisir les juridictions administratives aux fins de contrôle de ces fichages
manifestement illégaux.

Arié ALIMI, Alice BECKER, Delphine BOESEL, Matteo BONAGLIA, Emilie


BONVARLET, Xavier COURTEILLE, Adelaïde JACQUIN, Raphaël KEMPF, Adrien
MAMÈRE, Eduardo MARIOTTI, Martin MÉCHIN, Aïnoha PASCUAL, Boris
ROSENTHAL, Xavier SAUVIGNET, Lucie SIMON
Avocats au barreau de Paris et Créteil