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Fonctions eulériennes. Polynômes orthogonaux classiques

par Pascal MARONI

Docteur ès Sciences Mathématiques Directeur de Recherche au CNRS

1. L’outillage 1.1 Séries, produits, intégrales 2 1.1.1 Suites, séries 2 1.1.2 Produits infinis 3
1.
L’outillage
1.1
Séries, produits, intégrales
2
1.1.1 Suites, séries
2
1.1.2 Produits infinis
3
1.1.3 Intégrales
4
1.2
Fonctions polynomiales. Orthogonalité
4
1.2.1 Généralités
4
1.2.2 Orthogonalité régulière
A 154 - 1
5
2.
Fonctions eulériennes
6
2.1
Fonction gamma
6
2.1.1 Définitions
6
2.1.2 Une formule d’Euler
9
2.1.3 Formule des compléments
9
2.1.4 Formule de multiplication de Legendre-Gauss
10
2.1.5 Formule de Stirling
11
2.2
Fonction bêta
11
2.2.1 Définition
11
2.2.2 Formule généralisée des compléments
11
2.2.3 Applications
12
2.3
Fonction digamma
12
2.3.1 Définition
12
2.3.2 Série de Jensen
13
2.3.3 Intégrale de Raabe
13
2.3.4 Une représentation intégrale de la fonction psi
14
2.3.5 Fonction de Binet
14
2.3.6 Retour sur la formule de Stirling
15
2.3.7 Première intégrale de Binet
15
3.
Polynômes orthogonaux classiques
16
3.1
Définitions
16
3.1.1 Définition de Hahn
16
3.1.2 Équation fonctionnelle
17
3.1.3 Équation différentielle linéaire du second ordre
18
3.1.4 Les deux relations de structure
19
3.1.5 Formule de Rodrigues
21
3.2
Construction des polynômes classiques
21
˜
3.2.1 Système vérifié par
β n ,γ n + 1 ,β
21
n ,γ˜ n + 1
3.2.2 Résolution du système (95)-(96)
22
3.2.3 Les quatre situations canoniques
23
3.2.4 Représentations intégrales
25
3.2.5 Retour sur la formule de Rodrigues
27
Références bibliographiques
28

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A 154 1

FONCTIONS EULÉRIENNES. POLYNÔMES ORTHOGONAUX CLASSIQUES

L es fonctions eulériennes ont une situation particulière : elles apparaissent dans presque toutes les questions touchant les autres fonctions spéciales,

c’est-à-dire qu’elles interviennent, en particulier la fonction Gamma, dans la plu- part des problèmes provenant de la physique mathématique. Il paraît donc néces- saire d’étudier ces fonctions avant toutes les autres.

Historiquement, la fonction gamma est née de l’exigence de donner un sens à x ! pour x complexe quelconque. La formule de Stirling, fournissant une esti- mation de x ! pour x grand, fondamentale dans les questions de comportement asymptotique, achève de donner un statut primordial à la fonction Γ. L’étude de celle-ci fait intervenir dès le début les principes fondamentaux de la théorie des fonctions de variable complexe. Il est remarquable de constater que la justification de ses principales propriétés peut être exposée de façon élé- mentaire, sans cesser d’être rigoureuse. Longtemps au nombre de trois, les suites de polynômes orthogonaux clas- siques, comme les trois mousquetaires, sont en fait au nombre de quatre depuis 1949 : les polynômes d’Hermite, les polynômes de Laguerre (à un paramètre), les polynômes de Bessel (à un paramètre) et les polynômes de Jacobi (à deux paramètres). Les polynômes de Bessel ont tardé à obtenir le statut de polynômes classiques parce que la forme de Bessel n’est pas définie positive pour aucune valeur du paramètre. Algébriquement, une suite orthogonale est qualifiée de classique si la suite des dérivées est aussi orthogonale. Avec cette définition, les polynômes de Bessel sont classiques. D’autres définitions sont possibles ; les plus importantes sont exposées ici. À l’étude basée sur le caractère hypergéométrique des polynômes classiques, on a préféré une exposition purement algébrique qui a le mérite de relier les différentes caractérisations de manière naturelle. Avec ce point de vue, les ques- tions de représentation des formes sont rejetées au second plan.

1. L’outillage

Le contenu de ce paragraphe consiste en des rappels de résul- tats fondamentaux, utilisés dans la suite. Les fonctions spéciales sont, en général, construites à partir des procédés fondamentaux de l’analyse : passage à la limite dans une somme finie d’éléments où le nombre de ceux-ci croît indéfiniment, ce qui donne les séries, et passage à la limite dans un produit fini d’éléments, ce qui fournit les produits infinis. L’intégrale est définie comme limite d’une somme finie, mais il s’agit d’un processus plus complexe ; on suppose connue la théorie de l’intégrale de Riemann.

1.1 Séries, produits, intégrales

1.1.1 Suites, séries

La série

u n

n 0

de nombres réels ou complexes est dite conver-

gente si la suite des sommes partielles

U n

=

n

ν = 0

u ν

est une suite

convergente : U n U. La définition est valable dans un espace

vectoriel normé E : ||U n U || 0, n + .

Lorsque E est complet, ce qui est le cas de

et

, la suite {

U n } n 0

est convergente si et seulement si, étant donné ε > 0, il existe N (ε ) tel que :

– U m + n U n
U m + n
U n

< ε

,

n N(ε)

uniformément quel que soit

m 0

. C’est le critère de Cauchy.

La série est dite absolument convergente si

n 0

u n
u n

converge.

Lorsque E est complet, elle est alors aussi convergente.

Lorsque u n (α ) dépend d’un paramètre α A (suite de fonctions)

A est une partie non vide de

converge uniformément pour α A si l’entier N (ε, α ) ne dépend

pas de α. La série de fonctions u n converge normalement pour α A si :

ou

, par exemple, la série

u n (α)
u n (α)

v n

,

α A

v n est le terme général d’une série convergente. La convergence normale entraîne la convergence uniforme, mais la réciproque est fausse. Rappelons que la limite uniforme d’une série de fonctions continues est continue.

1.1.1.1 Un théorème sur la dérivation

Le résultat suivant est fondamental.

A 154 2

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Soit

{

f

n

} n 0

une suite de fonctions f n C 1 [a, b], telles que :

f n ( c ) f ( c )

f n

g

,

,

n + c [ a , b ]

n + uniformément sur [ a , b ]

FONCTIONS EULÉRIENNES. POLYNÔMES ORTHOGONAUX CLASSIQUES

On dit que le produit P n converge si la suite vers P 0.

On a :

P n P n – 1 = a n P n – 1 ,

n

P 0 = 1

{P n } n 0

converge

donc : P n – 1 = n 1 Alors, il existe f ∈ C
donc :
P n – 1
=
n
1
Alors, il existe f ∈ C 1
[a, b],
telle que f n → f uniformément sur
∑ a ν P ν – 1 ,
ν = 1
[ a , b ] et
f ’ = g .
x
Le produit P n converge si et seulement si la série de terme géné-
Car
f n (x )
=
(c)
+
f n ′
(t ) dt
,
a x b
f n
c
x
ral a n P n – 1 converge vers Q tel que 1 + Q ≠ 0. Une condition néces-
saire de convergence est que a n → 0, n → + ∞ .
donc
f (x )
=
f (c )
+
g (t )dt
pour chaque
x ∈ [a, b]
c
1.1.2.1 Produits à termes positifs
Il en
résulte
f ’( x ) = g ( x )
,
x ∈ [ a , b ]
Lorsque
a n 0
, le produit P n converge si et seulement si
a n
La convergence de
{
est uniforme, car :
f n
} n 0
converge.
n 1
f
f
(c ) –
(c )
+ (
b
– a
)
g
– f n ′
f n
f n
n
∞ En effet,
P n 1
,
n 1
et donc
P n 1 +
a
: la condition
ν
|| f || ∞
= sup x ∈ [ a , b ] | f ( x )|.
ν
=
1
Ce résultat est susceptible de plusieurs généralisations.
n
est nécessaire. Elle est suffisante, car si on pose
=
, on
A n
a ν
■ Application : si
est une série de fonctions de classe C 1
u n
ν = 1
n 0
a facilement :
sur un ouvert A de
à valeurs dans
, convergeant simplement sur
n
ν
A
A
A (c’est-à-dire pour chaque α ∈ A ) et telle que la série des dérivées
n
n
---------- ν ! <
e
< B
P n
converge uniformément sur tout compact de A , alors sa somme est
ν
=
0
de classe C 1 sur A et :
 ′
1.1.2.2 Produits absolument convergents
∑ u
=
∑ u ′
n
n
n
0
n 0
Dans le cas général, on convient de dire que le produit
∏ (
1
+
a
ν )

1.1.1.2 Théorème de convergence de Weierstrass

une suite de fonctions analytiques dans un ouvert

A

converge uniformément dans vers f . Alors la fonction f est ana-

lytique dans A et pour tout entier

{

la suite des dérivées

, telle que pour tout disque fermé contenu dans A , elle

Soit

de

{

f

n

(k)

f n

} n 0

} n 0

k 1 ,

converge uniformément dans vers f ( k ) .

Soit

:

z – z 0
z –
z 0

r

un disque fermé contenu dans A et soit γ le

lacet t z 0 + re it ,

0

t 2π

; la fonction f étant continue dans A,

1

il suffit de montrer que

le second membre est analytique dans le disque ouvert. On a par la formule de Cauchy :

pour |z z 0 | < r, car

=

------------ γ ---------------dξ

2iπ

f (ξ)

ξ z

f (z )

f n (z

)

=

1

------------

2iπ

γ

(ξ) ξ z

-----------------

f n

dξ

=

---------- 0

r

2 π

2 π f n

(

) e it d t

-------------------------------------------------

it

z

0 + re

z 0

it

+ re

z

d’où le résultat, selon l’hypothèse de convergence uniforme et

puisque vées, on a :

. De même, pour la suite des déri-

z – z – re it r – zz 0 – 0
z
z
– re it
r –
zz 0
0
f ( ξ ) – ( ξ ) (k ) k! f n f (k
f
(
ξ
) –
(
ξ )
(k )
k!
f n
f (k ) (z ) –
(z )
=
---------
γ
-------------------------------dξ → 0, n
+ ∞
f n
2iπ
k
+
1
(
ξ
– z
)
uniformément dans tout disque
z –
r ′ < r .
z 0
1.1.2 Produits infinis
Soit la suite
{
1 +
,
et considérons le produit :
a ν
a n
} n 1

P n

=

n

ν = 1

(

1

+

a

ν

)

,

n 1

est absolument convergent si la série

n 1

a n
a n

ν 1

est convergente.

Montrons que le produit converge et que sa limite P ne peut être nulle que si l’un des facteurs 1 + a n est nul.

n

˜ Notant P = ∏ ( 1 + a ) , on a n ν
˜
Notant
P
= ∏ (
1 +
a
) , on a
n
ν
ν = 1
˜ ˜
m > n,
P
P
– P
on
m
P n
|a n |
m
n ,
ailleurs,
si
<
1,
n 1
,

˜

P

n

˜

P ,

voit que

P

on

a

n + et puisque, si

P n P,

0.

Car

n + .

le

Par

produit

1

P n

P

=

=

n

ν = 1

n

ν = 1

(

1

1 – ---------------

1

+

a

ν

a

ν

+

a

ν

)

µ 1

(

1

converge. Dans le cas général, on écrit

+

a

n + µ

)

et puisque |a n + µ | < 1 pour n assez

grand, on a le résultat. On peut vérifier que la limite P ne dépend

pas de l’ordre des facteurs.

1.1.2.3 Produits de fonctions analytiques

une suite de fonctions analytiques dans un ouvert

A

de terme général a n (z ) converge normalement dans . Alors le

est une fonction analytique

produit infini

et supposons que pour tout disque fermé de A, la série

Soit

de

{

a n

} n 0

f (z )

=

n 1

1

+

a

n

(z )

dans A. Ses zéros dans A sont ceux de chacun des facteurs 1 + a n (z ). En outre, pour tout disque fermé de A ne contenant

aucun des zéros de f, la série de terme général

an (z )

--------------------------- est uni-

1

+

a

n

(z )

formément convergente dans et on a :

f

-------------

′(z )

f

(z )

=

n 1

-------------------------- a′(z ) ,

1

+

a

n

(z )

z

On applique le théorème de convergence de Weierstrass.

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FONCTIONS EULÉRIENNES. POLYNÔMES ORTHOGONAUX CLASSIQUES

1.1.3 Intégrales

De nombreuses fonctions spéciales sont définies par des inté- grales, en général impropres. Une situation typique est la suivante :

F (x)

=

+

a

G C 0 ( A × [ a , + [,

n

a

G

G(x, t )dt

=

lim

n +

), A étant un intervalle de

(

x

, t )dt

.

1.1.3.1 Convergence uniforme

Si l’intégrale converge uniformément sur tout compact de A , alors

F est continue sur A . De plus :

c d a + G(x, t) dt dx =

a + c d G(x, t )dx dt

où [ c , d ] A .

Si l’intégrale converge simplement pour chaque

x A;

G x ′ (x, t )

C

0

(A × [a , + ∞ [, )

et

l’intégrale

+

a

G x ′ (x, t )dt

converge uniformément sur tout compact de A , alors, on a :

+

--------- a

d

dx

G(x, t )dt =

+

a

G

----------

x

(

x , t )dt

Il suffit d’appliquer le théorème du paragraphe 1.1.1.1.

1.1.3.2 Critère de Tannery

Ici A = [0, + [. Si G ( x , t ) g ( t ), x + uniformément sur tout

compact de [ a , + [ ; s’il existe M , intégrable sur [ a , + [ telle que

G(x, t ) M(t ) , alors : λ(x) + ∞ lim a G (
G(x, t )
M(t ) , alors :
λ(x)
+
lim
a
G
( x
, t )dt
=
a
g
(
t
) d t
x → +
avec λ ( x ) → + ∞ .
On a
lim
G(x, t )
= g
(
t
)
M (t )
et donc g est intégrable sur
x
+
+
[ a , + ∞[ . On choisit
R > 0 pour que
R
M
(
t
) d t
ε ; ensuite, x

assez grand pour que λ ( x ) > R et on a :

λ(x ) + ∞ R a a G(x, t )dt – a g ( t
λ(x )
+
R
a
a
G(x, t )dt –
a
g
(
t
) d t
G
(
x
, t ) – g (t )
d t
+ 2 ε
d’où le résultat en vertu de la convergence uniforme sur [ a , R ].

1.1.3.3 Développement asymptotique

On indique une version simplifiée du lemme de Watson.

Soit la fonction f C 0 ([0,+ [, asymptotique à l’origine :

) admettant le développement

f (t )

=

n

ν = 0

a

ν

t ν + O

(

t

n + 1

)

,

t +0

et telle que :

Alors, l’intégrale de Laplace de f admet le développement asymptotique :

f ( t ) = O (e bt ), t + avec

b

0

+

0

tz

e f

( t

) d t

=

n ν !

a

--------------- +

ν ν

+ 1

ν

= 0

z

O (

(

z

n

+

2

)

)

lorsque |z | + dans le secteur

arg z
arg z

π

----- 2 ε .

En effet, il existe B > 0 telle que :

On en déduit :

avec :

f (t )

n

a ν t ν

ν = 0

+

0

R n

tz

e f

=

+

0

( t

) d t

tz

e

=

f

(

Be bt t n

+

1

,

t

n

a

ν

= 0

ν !

------------- +

ν ν

+ 1

z

t

)

n

=

ν

0

a

ν

t ν

R n

d t

0

Or

si

( n + 1 ) ! B -------------------------------------- B R n n + 2 (
(
n
+
1
) !
B
-------------------------------------- B
R n
n
+ 2
(
Re z
– b
)
(
z
arg z
arg z

( n

+ 1

) !

-------------------------------------------

sin

b ) n

z
z

+ 2

, car Rez

ε

----- 2 π ε . D’où le résultat si

2b( sinε)

1

.

z
z

sin

ε

1.2 Fonctions polynomiales.

Orthogonalité

1.2.1 Généralités

Soit

et à valeurs dans

l’espace vectoriel des fonctions polynomiales définies sur

son dual, c’est-à-dire l’ensemble

sur

,

.

.

En

. On note

et

particulier,

des formes linéaires sur

l’élément

u,f

on

l’action de u

(u )

n

: =

f

notera

u,x n

} n 0

n

0

les moments de la forme u par rapport à la suite

{

x n

Si :

on a :

f (x )

u,f

=

m

ν = 0

m

ν

a ν x

=

ν

=

0

a ν (u) ν

Remarque : dans toute la suite, le terme polynôme sera considéré comme synonyme

de fonction polynomiale.

1.2.1.1 Quelques opérations élémentaires dans le dual

À partir d’applications linéaires de

dans

,

dans

on

.

définit par

transposition les applications suivantes de

a ) La multiplication à gauche d’une forme par un polynôme

fu,p := u,fp

,

u

, f , p

(fu ) n

=

m

=

ν

0

a ν (u ) ν + n

b ) La dérivée d’une forme

Du,p := u,p

(Du) n

=

n (u)

n

1

,

n

,

,

0

n

0

u

avec

, p

(u)

1

= 0

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FONCTIONS EULÉRIENNES. POLYNÔMES ORTHOGONAUX CLASSIQUES

c ) La translatée d’une forme

τ b u, p := u, τ b p = u,px(

+ b ) , u , p , b

(

τ

b

u) n

=

ν + µ = n

n

ν

(u)

ν

b µ

,

d ) La dilatée d’une forme

n 0

h a u,p := u,h a p = u,p(ax) ,u , p , a {0}

(

h

a

De a ) et b ), on déduit :

car :

u) n

=

a

n

(u)

n

,

n 0

D( fu ) = f D u + f u

D(fu ), p

=

fu, p

=

u, fp

=

u, (fp)′ f p = Du, fp + u, f p

=

f Du, p + f u, p = f Du + f u, p

On obtient de même :

f ( τ b u ) = τ b ( ( τ b f ) u )

D( τ b u ) = τ b D u

,

,

f ( h a u ) = h a ( ( h a f ) u )

D( h a u ) = a 1 h a D u

1.2.1.2 Suite duale

Soit

{

B n

} n 0

deg B n n

,

toujours

une suite de polynômes ; on supposera toujours

est libre et engendre

. Dans ce cas, on

écrire

est normalisée. À une

} n 0

{

tout l’espace si et seulement si

peut

B n ( x ) = x n +

telle suite, on associe la suite duale

{

que

n 0

. La suite

B

n

} n 0

deg B n

=

n, n 0

normaliser

chaque

polynôme

} n 0

, u n

n,m 0

et

, n 0 . On dira que

B

{

u n , B m

=

δ n m

,

n

u n

,

telle que :

sont dites biorthogonales.

La suite duale existe toujours et est unique ; de plus, elle est libre.

Les deux suites

{

u n

} n 0

et

{

B n

} n 0

On appelle quelquefois u 0 la forme canonique de

{

B n

} n 0

.

La division euclidienne de B n + 2 par B n + 1 permet d’écrire :

B n + 2 (x )

=

(

x

β n + 1

)B

n + 1

B 0 ( x ) = 1

,

n

()x

ν = 0

B 1 ( x ) = x β 0

χ

n, ν

B ν

On a, d’après la définition précédente :

(x )

β

n

=

u

n

, xB

n

,

n 0

(x )

,

n 0

χ n, ν

=

u

ν

, xB

n

+

1

(x )

,

0 ν n, n 0

Lemme : soit u ∈ ′ et p 1 un entier. Pour que u vérifie
Lemme : soit u ∈
et
p 1
un entier. Pour que u vérifie :
u,B p
≠ 0
,
u,B n
= 0
,
n p
– 1
il faut et il suffit qu’il existe
que :
λ ν ∈ , 0 ν p – 1, λ p
tels
– 1 ≠ 0
p – 1
u
=
∑ λ ν u ν
ν = 0

La condition est suffisante, c’est évident. Elle est nécessaire, car si

on considère la forme

v

=

u

p 1

ν = 0

λ ν u ν

où les coefficients sont

arbitraires, on a selon l’hypothèse :

détermine les λ ν en posant

0 m p 1 . D’où le résultat, car alors v = 0.

v, B n = 0, n p

=

0

=

u, B

m

v, B m

;

λ

on

,

m

1.2.1.3 Applications

Déterminons la suite duale dans deux cas.

a ) Considérons la suite

{

Q

n

} n 0

définie

par

Q n (x)

B n + 1

(x)

= --------------------------,n n + 1 0 . Notons

{

v n

} n 0

la suite duale de

{

Q n

} n 0

. On a :

Dv n

=

(n + 1)u

n

+

1

,

n 0

Car, par définition :

v n ,Q m

=

δ n , m

,

n, m 0

ou (m + 1)δ n, m

En particulier :

=

v

 

n

,Bm

+

1

=

Dv

n ,B m

+ 1

Dv n ,B n

+

1

=

(n + 1)

,

Dv

n

,B

m

= 0

,

,

n, m 0

m n + 2

D’après le lemme :

Dv n =

n + 1

ν = 0

λ

n, ν

u ν

avec

<Dv n ,B m > =

λ n, m

et puisque

λ n, m = 0 , 0 m n

;

le résultat.

λ n , n

+

1

= (n + 1),n 0 , on a

b ) Considérons la suite

˜

{ B

n } n 0

définie par

n 0

a {0},b

. Soit

{

˜

u

n } n 0

˜

B

n (x )

la suite duale. On a :

=

a n B n ( ax + b ),

˜

u

n

=

a

n

(

h

a

1

τ b

)u

n

,

n 0

car :

ou

a m δ n, m

=

˜

u

n

˜ h

,

(

n

a

m

=

m

τ b

)B

u

˜ B

,

ce qui implique nécessairement

a n

(

τ

δ n m

,

=

(

τ

b

b

h

a

˜

)u

n

=

h

a

u

˜

)u

n ,B

m

.

n

,n 0

1.2.2 Orthogonalité régulière

1.2.2.1 Définition

P n

existe une forme u telle que :

La suite

{

} n 0

est dite (régulièrement) orthogonale si il

u, P m P n

=

0

,

n m

,

u,

2

n

P

0

,

n 0

Une telle suite est libre, de sorte qu’on peut la supposer norma- lisée. Elle est alors unique.

Une forme linéaire u est dite régulière si on peut lui associer une

la

suite duale de {

, on a alors nécessairement u = λu 0 , λ ≠ 0.

suite

{

P n

} n 0

vérifiant les relations ci-dessus. Notant

P n

} n 0

{

u n

} n 0

1.2.2.2 Caractérisation

On a le résultat suivant :

Pour chaque suite normalisée sont équivalents.

{

P

n

} n 0

, les énoncés suivants

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A 154 5

FONCTIONS EULÉRIENNES. POLYNÔMES ORTHOGONAUX CLASSIQUES

a ) La suite {

b )

c ) Il existe

{

d )

P

n

} n 0

est orthogonale (par rapport à u 0 ).

;

χ n, ν

u n

=

=

(

0,0

u

ν n 1

,

n 1

χ

n

,

n

0

,

n 0

Φ

n

0

,

} n 0

2

P n

)

telle que deg Φ n = n et u n = Φ n u 0 ,

1

P n

u

0

,

n 0

.

.

n 0

.

a ) b ). D’après l’hypothèse et le paragraphe 1.2.1.2 on a :

2

u 0 , P m

χ n , m

=

b ) c ). De l’hypothèse :

χ

0

=

n, ν

=

xu

ν

δ n , m

u

0

,

P n

+

1

Donc

χ ν, ν

xu ν

=

=

xu

ν + 1

µ = 0

ν

,

P ν

ν

λ µ u µ

+

1

0

,

ν

avec λ ν + 1

,

,

2

P n

+

1

n

ν 0

=

χ

ν, ν

, n, m 0

ν + 1 , ν

0 , ν

0

0

Il en résulte :

u ν + 1

=

χ

1

ν, ν

xu

ν

Pour ν = 0, u 1 = Φ 1 u 0 avec par récurrence. c ) a ). C’est évident.

Φ 1 ()x

ν

λ

ν

µ

µ

=

= 0

χ

1

0,0

(

a )

d ) et d ) c ). C’est évident.

u

µ

x

, ν 0

λ

0

0

) . D’où le résultat,

Remarques : la proposition b ) montre que la suite

fie la relation de récurrence d’ordre deux :

{

P n

} n 0

véri-

P 0 (x )

=

P n + 2 (x )

1

=

,

(

P

1

x

(x )

=

x

β

0

β n + 1 )P n + 1

(x )

γ n + 1 P n

(x )

,

n 0

où on a posé

On a alors :

χ n, n

β

n

:

=

=

γ n + 1

u

0

,

n 0

.

2

, xP n (x)

(

u

0

,

2

P n

)

1

,

n 0

γ n + 1

=

u

0

,

2

P n

+

1

(

u

0

,

2

n

P

)

1

,

n 0

La

γ n + 1 {0},n

et donc que u 0 est réelle. Si de plus, γ n + 1 > 0,

suite

{

n

} n 0

0

P

est

. Cela équivaut au fait que

si

réelle

et

0

, on dit que

pour

, puisqu’un tel polynôme peut

et

seulement

(

u

0

si

β n

,

n

) n

n 0 u 0 ,

p 0

) 2n + 1

=

0

n 0

,

u 0 est définie positive ; cela implique que

chaque p 0 tel que

s’écrire

u

β n = 0

Dans ce cas, il est facile de voir que quement.

p

=

p

2

1

+

2

p 2

p(x ) 0,x

avec p 1 , p 2

réels.

La forme u 0 est dite symétrique lorsque

(

0

,

.

et récipro-

n 0

Le résultat suivant est très utile.

Lemme : soit u régulière et soit Φ un polynôme tels que :

Φu = 0

Alors nécessairement Φ = 0 identiquement.

Car si Φ