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l’Univers

ramsès iii
ils ont façonné

il a été assassiné
astres vagabonds

plantes

Carburant
sa facture
réduire
elles sont
Elles ont de la mémoire, s’entraident…
intelligentes !
Mars 2013 N° 1146

deux ans plus tard,


fukushima
c’est encore l’enfer
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AVANT-PROPOS

NATURE QUI RIT,


NATURE QUI PLEURE
CE QUE L’ON APPREND ICI EST DIGNE D’UN CONTE DE FÉES
Activité traditionnellement dévolue aux rêveurs, Il leur en a fallu des connaissances et de la méthode
rares sont les chercheurs qui passent leurs journées à ces scientifiques des champs pour déceler les
à regarder pousser des brins d’herbe… Grand bien concentrations les plus faibles auxquelles les
leur en a pris et qu’ils en soient enfin récompensés ! plantes sont sensibles, recourir aux films accélérés
Car non, on ne le savait pas. On ne savait pas que pour prendre la mesure de leurs mouvements, sa-
sous ses beaux habits verts, le monde végétal ca- voir “éteindre” certains de leurs gènes et en “al-
chait rudement bien son jeu. lumer” d’autres, afin de commencer à comprendre
Il faut dire qu’on ne voyait en lui que vie paisible, ce dont on ne peut plus douter : le “comportement
la plus paisible d’entre toutes, rythmée par le seul végétal”, pour ne pas dire “l’intelligence végétale”,
cycle immuable des saisons ; il faut dire qu’autre- existe bel et bien. On en souriait il y a encore une

M.RENAUDEAU/GAMMA-RAPHO
ment plus intrigants et excitants paraissaient les dizaine d’années ; on en reste ébahi aujourd’hui.
drames et les coups d’éclat qui agitent frénéti- Toucher, ouïe, odorat, sens de l’équilibre… Arbres
quement le monde animal ! Ainsi, par ce qui res- et plantes affichent d’étonnantes capacités, allant
semble fort à un relatif manque d’intérêt, notre jusqu’à révéler une vie sociale où les plus anciens
connaissance de la vie végétale avait jusqu’ici prennent soin des plus jeunes… Voilà de quoi sé-
quelque peu… végété. rieusement ré-enchanter nos promenades en forêt.

CE QUE L’ON DÉCOUVRE LÀ EST DIGNE DE L’ENFER


Au Japon, deux ans après la catastrophe nu- à la pêche), la pollution radioactive s’est durable-
cléaire de Fukushima, et à l’heure des premiers ment installée dans les écosystèmes. Dans les sols,
bilans, c’est la désolation. Lorsqu’elle ne s’est pas les cours d’eau et les arbres, en particulier dans les
échappée par la mer (près d’un poisson sur deux est aiguilles des conifères dont on ne sait plus que faire.
impropre à la consommation dans la zone interdite Le Japon n’en a pas fini avec Fukushima. S&V

2 0 1 3 I M A R S I SV I 5
sommaIre > mars 2013

24

50
29
Actus fondAmentAl
à lA une
12 labos
L’Univers primordial se voit 36 médecine
Un vaccin contre la bronchiolite
50 CoMMunICatIon,
dans un cristal ; ils ont rendu est à l’essai ; sous pression, la odoRat, MÉMoIRe…
“immortel” un plant de tabac, etc.
l’intelligence
cellule tumorale ne résiste pas ;
cet hiver, la gastro a été plus
20 on en reparle
Curiosity : il a lui aussi amené
contagieuse ; on a testé de la
poudre antipaludique, etc. des plantes
des bactéries sur Mars enfin révélée
42 idée neuve
24 Ramsès III : il a été assassiné !
focus “Je compte injecter des globules
rouges difformes pour détruire 70 portraits
planètes, Étoiles, trous noirs…
les tumeurs”
ces astres qui
26 Pour identifier la faune d’un lieu…
terre
vagabondent
suivez les mouches ; l’eau du lac 44 Pilules contraceptives :
les clés pour comprendre

78
Vostok va enfin révéler ses enquête
secrets, etc. pourquoi elles font scandale
population, ocÉan, faune, flore…
34 Risque nucléaire :
on tenait à vous dire
46 Une nanopuce va doper le
technos fukushima :
la catastrophe à tous
il était temps que la France transfert de données ; le dirigeable
cesse de faire l’autruche ! du futur est prêt, etc. les niveaux !
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diffusion France métropolitaine. Un encart abonnement est jeté sur les exemplaires de la vente au numéro : diffusion Suisse et Belgique.

6 I SV I m a r s I 2 0 1 3
> n°

1046
124

140

98
en pratique

94 exploit 110 le poInt sur 122 bon à savoir


30 ans après le discours
voici la première
carte de nos idées
de Reagan… 124 Zoom du mois
Consommation de carburant
où en est le Comment réduire sa facture
programme à la pompe en 10 questions
98 polémique
de guerre
ordinateur des étoiles ? 130 questions
réponses
/ couverture : m.saemann - fotolIa - v.hoehrke/corbIs

quantique : le l’“Initiative de défense stratégi-


mystère d-wave que” lancée par reagan contre
les soviétiques en 1983 avait
fait un flop. pourtant, le
136 technofolies
La lampe qui transforme votre table
“bouclier antimissile” renaît en écran d’ordinateur ; le premier
106 événement robinet qui sèche les mains après
m.gunther/bIos - dr

aujourd’hui de ses cendres…


lavage ; le casque de vélo qui se plie ;
tuberculose : cet appareil photo sait changer
un nouvel l’angle de vue après la prise, etc.
antibiotique brise
sa résistance 142 le ciel
du mois

Un encart “Boutique S&V catalogue” de 12 pages est jeté en 4e de couverture des


exemplaires de la diffusion abonnés France métropolitaine. Un encart “Le Point
magazine“ est jeté en 4e de couverture des abonnés France métropolitaine.
144 Contre-Sommaire
2 0 1 3 I m a r s I SV I 7
FOrUM
Notre dossier du mois de janvier (science & Vie
n° 1144) sur l’arrivée d’une deuxième génération de
voitures électriques a suscité vos nombreuses réac-
tions. Et quelques questions… Notamment sur les
possibilités de stocker efficacement l’électricité.

Je ne crois pas
aux performances des batteries !
Dans votre article sur les et celles employées par les sont spécialement chargés plupart des constructeurs
voitures électriques de jan- ordinateurs portables ont les de maintenir le niveau de annoncent que leurs bat-
vier 2013, vous parlez de mêmes cellules. C’est tout. charge au fil du temps et teries offrent 75 % à 80 %
batteries pouvant tenir Dans les voitures hybrides et d’améliorer la durée de vie de leur autonomie après huit
2 000 cycles. Pourtant, à voir électriques, un système de du pack. Enfin, le maintien à dix ans. Ce que semble
la baisse de capacité des bat- gestion surveille en perma- d’une température idéale de confirmer l’expérience vécue
teries d’ordinateurs portables nence tous les paramètres fonctionnement influe sur depuis 1997 par les proprié-
au bout de moitié moins de pour garantir un fonction- la fiabilité et la durabilité de taires de modèles hybrides
cycles, j’ai du mal à croire nement sûr et optimiser la la batterie. Or celles-ci sont Toyota. a raison de 100 km
que celles des voitures tien- durée de vie des batteries. plus facilement refroidies (par (valeur moyenne) par charge,
dront aussi longtemps sans Par ailleurs, contrairement la ventilation, le système de les 2 000 cycles évoqués
perte de performance. aux ordinateurs ou télé- climatisation ou un liquide) représentent 200 000 km,
Michael Oliveri phones, la batterie ne mobi- dans un véhicule que dans un ce qui permet de couvrir la
Effectivement, les lise jamais en permanence ordinateur portable, où elles durée de vie de la plupart des
batteries utilisées toute sa capacité : 10 à 20 % sont confinées et souvent automobiles concernées par
pour les voitures électriques (soit 2 à 4 kWh en moyenne) mal ventilées. a noter : la la propulsion électrique.

Et la pile à hydrogène, alors ?


Parmi les technologies pro- est actuellement interdit de extrêmement coûteuse,
metteuses pour les véhicules rouler sur route ouverte avec d’un réseau de distribu-
électriques, n’avez-vous pas un véhicule fonctionnant tion d’hydrogène. Celui-ci
oublié la pile à combustible ? à l’hydrogène. Mais alors peut être fourni sous forme
Laurent Filliat que le véhicule électrique à gazeuse (350 ou 700 bars)
La pile à combus- batteries ne réclame que peu ou liquide, et impose des
tible, qui convertit d’investissements (bornes contraintes de sécurité dras-
l’hydrogène embarqué dans de charge en voirie, prises tiques. sachant que la voie
un réservoir en électricité, dans les parkings) et qu’il privilégiée pour la production
fait en effet l’objet de tests ne nécessite pas de modifier d’hydrogène réside dans
grandeur nature en alle- le réseau électrique, même l’électrolyse, une grande
magne et en Californie. En pour recharger simultané- quantité d’électricité est
France, son développement ment 2 millions de voi- nécessaire pour produire de
reste impossible tant que la tures, la pile à combustible l’hydrogène qui, à son tour,
législation n’évolue pas : il impose la mise en place, sera utilisé pour produire de
l’électricité. Le rendement
Veuillez adresser votre courrier à : sev.lecteurs@mondadori.fr global du procédé est donc
plus mauvais.

2 0 1 3 I M a r s I SV I 9
FOrUM
Qu’est devenu le trésor d’EDF ?
EDF a fait des provisions sur d’évaluation du financement
ses comptes pour financer des charges de déman-
le démantèlement. Avec tèlement (Cnef) ne s’est
l’allongement de la vie des réunie pour la première fois
centrales il devrait y avoir que le 7 juin 2011. C’est dire
beaucoup d’argent. Sait-on si la transparence de ces
ce que cet argent est devenu ? opérations a longtemps fait
Jacques Barbelivien défaut… On sait aujourd’hui
rassurez-vous, qu’EDF a provisionné situation loin d’être satisfai- vocation à être
cet argent ne s’est 9,2 milliards d’euros sur les sante. D’autant que planent dépensées dans
pas évaporé dans quelque 18,3 milliards estimés néces- encore des zones d’ombre, plusieurs décennies. Mais,
obscure filiale d’EDF ! Néan- saires à la déconstruction comme le niveau réel de dorénavant, ces problèmes
moins, votre défiance est du parc actuel, à raison de disponibilité de ces actifs ou sont traités sur la place
compréhensible : en France, quelque 400 millions mis de le taux d’actualisation choisi publique et soumis à un
la Commission nationale côté par an… seulement. Une pour ces sommes qui ont contrôle serré des autorités.

Dans l’article “Tant Contacté par la rédaction, l’historien


de prophéties ratées” des religions Bernard Blandre (Les TŽ-
paru dans notre édition moins de JŽhovah Ð Un si•cle dÕhistoire,
spéciale “Fin du monde” Desclée de Brouwer, 1992) rappelle que
(S&V HS n° 35), nous le mouvement des “Etudiants de la Quid de la démographie ?
indiquons que les fondateurs des bible”, à la fin du xixe siècle, a prophé- Votre article sur les craintes
Témoins de Jéhovah ont fait par le tisé pour 1914 l’anéantissement du de crise alimentaire (S&V
passé des prédictions apocalyptiques. système politique, économique, social, n° 1145, p. 28) ne montre pas
L’association cultuelle des Témoins de religieux et culturel, cédant sa place qu’il s’agit d’abord d’un pro-
Jéhovah de France a souhaité exercer au royaume du Christ. après l’échec blème de demande, celui de
son droit de réponse, et affirme ainsi de cette prophétie, ce mouvement l’explosion démographique.
que “ l’inventaire de dates de fin du a éclaté en divers groupes, dont les Jacques Barbelivien
monde qui auraient été prévues par les Témoins de Jéhovah (T.d.J.), en 1931. La démographie
Témoins de Jéhovah est fantaisiste. Ce mouvement attendait l’avènement influe effective-
Les Témoins de Jéhovah ne croient du royaume du Christ en 1925. En 1940, ment, mais de nombreuses
pas en une destruction de la Terre ou le dirigeant des T.d.J. affirma que la études montrent que la
de l’humanité que ce soit en 2012 ou convention annuelle serait peut-être la planète peut nourrir plus de
à toute autre date. Tout simplement dernière avant la “grande tribulation”. personnes, à condition de
parce que lorsque Jésus Christ a parlé Dans le livre des T.d.J., La vie Žternelle mieux produire et distribuer
de la « fin », il annonçait seulement dans la libertŽ des fils de Dieu (1966), il les denrées : une meilleure
la fin des méchants. De plus, la Bible était enfin calculé que 1975 serait la fin offre peut nourrir une plus
indique clairement qu’il n’est pas pos- du sixième millénaire de l’histoire de grande demande. Nous nous
sible de calculer précisément la date l’humanité et que commencerait donc sommes donc intéressés à
de cet événement – Evangile selon le septième millénaire, les 1 000 ans du l’évolution récente de l’offre…
Matthieu, chapitre 24, verset 36”. règne du Christ. Et pour 2013, elle peinera à
suivre la demande croissante.

2 0 1 3 I M a r s I SV I 11
actus
labos

Ces grumeaux
observés dans un cristal
à l’aide d’un microscope
à force atomique
(ci-contre) sont sem-
blables aux instabilités
cosmiques ayant
engendré la matière.

12 I SV I M a r s I 2 0 1 3
COSMOLOGIE

L’UNIVERS PRIMORDIAL
SE VOIT DANS UN CRISTAL M.LILIENBAUM, D.MATL, ETHGRIFFIN SM & AL, 2012

Ils ont vu l’origine du cos- d’un microscope à force juste après le big bang. “Il les zones de changement
mos… dans un cristal ! De- atomique, et sous les yeux y avait une correspondance d’état naissaient d’infimes
puis les années 1970, les as- d’une équipe spécialiste de parfaite entre le comporte- défauts, analogues aux fa-
tronomes tentaient en vain physique des matériaux. En ment de notre matériau et meuses cordes cosmiques.
de distinguer les premiers étudiant les propriétés d’un celui de l’Univers primor- Une première expérimen-
grumeaux de l’Univers, ces composé de manganite, la dial prévu par la théorie, tale qui donne l’espoir de
infimes instabilités nom- chercheuse Nicola Spaldin relate la physicienne. Nous pouvoir enfin mesurer la
mées cordes cosmiques et son équipe de l’Ecole po- avons donc décidé de mesu- topologie de l’Univers pri-
qui auraient donné nais- lytechnique de Zurich ont rer le phénomène…” L’in- mordial, et qui offre aux as-
sance à toute la matière. réalisé qu’il changeait d’état tuition s’est révélée fruc- tronomes expérimentateurs
Elles viennent de se ma- à basse température, exac- tueuse : les chercheurs ont (voir S&V n° 1144, p. 44) un
nifester à travers l’objectif tement comme l’Univers fini par détecter que dans nouveau laboratoire. M.F.

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actus
labos

GÉNIE GÉNÉTIQUE

ILS ONT RENDU


“IMMORTEL” UN
PLANT DE TABAC
Il aurait dû fleurir, puis diamètre –, un record pour
mourir 4 mois après être une plante qui ne dépasse
sorti de terre… mais voilà guère les 2  m ! Gundula
huit ans que ce plant de ta- Noll souhaite désormais
bac n’en finit pas de pous- s’atteler à des plantes ayant
ser à l’Institut Fraunhofer, à un intérêt agro-alimentaire
Münster (Allemagne). Cette sans avoir besoin de fleurir,
croissance éternelle lui a comme la pomme de terre.
été donnée par hasard par “En bloquant la floraison,
l’équipe de Gundula Noll : on obtiendrait ainsi des
“Nous voulions étudier l’ef- pommes de terre beaucoup
fet sur le tabac de 3 gènes plus grosses et plus riches
contrôlant la floraison chez en amidon”, souligne la
les plantes”. Ainsi, la bio- chercheuse qui y travaille
logiste a modifié ces gènes déjà avec une société japo-
chez de jeunes pousses. naise. Et de préciser qu’en
Au bout de quelques se- absence de floraison, ces
maines, la plante n’avait ni plantes génétiquement
fleurs écloses ni feuilles jau- modifiées ne produisent
nies, mais des feuilles bien ni graines ni pollen, ce qui
vertes ! Agé aujourd’hui de rend impossible leur propa-
huit ans, leur tabac, pourtant gation dans la nature. O.D.
régulièrement taillé, atteint
6,5 m – et sa tige 10 cm de

ANATOMIE
C’est la syrinx d’un
diamant mandarin qui
a été étudiée par IRM LE CHANT DES OISEAUX A LIVRÉ
et microtomographie. Dépourvus de corde vo- sormais comblée grâce à la
cale, les oiseaux sont pour- première modélisation en
tant des chanteurs émé- trois dimensions réalisée sur
rites, grâce à leur syrinx. un diamant mandarin par
Or, curieusement, aucune l’équipe de Daniel Düring,
étude ne s’était jamais pen- de l’Université libre de Ber-
chée sur cet organe unique, lin. Les images obtenues par
situé près de la trachée et du IRM et microtomographie
sternum. Cette lacune est dé- éclairent enfin sa morpholo-

14
en
bref
GÉNÉTIQUE
L’HOMME DE
FLORES EST
BIEN À PART
LA LOI DE L’EXPRESSION
Homme de Flores, DES GÈNES RESTE OBSCURE
Homo sapiens mal Depuis des années, les généticiens étaient à la
formé ou espèce à recherche d’un “code des histones” régulant uniformé-
part ? Le débat s’enri- ment l’expression des gènes… Mais l’équipe de Trey
chit : l’analyse des os Ideker, de l’Institut de médecine génomique de l’univer-
du poignet d’autres sité de Caroline (Etats-Unis), vient de prouver que ce
squelettes montre que code est en fait bien plus complexe que prévu ! Elément
la morphologie de clé, les histones sont ces protéines autour desquelles
cette articulation est s’enroule l’aDN et dont les modifications favorisent ou
atypique et moins inhibent l’activité des gènes alentours ; le code devait
mobile que chez compiler les effets de ces modifications à travers le
Sapiens. La lignée de génome. Il a été prouvé dès les années 1990 que dépla-
H. floresiensis pourrait cer un gène hors de sa région d’origine, et donc changer
ainsi être apparue les histones qui l’entourent, altérait bien son expression.
avant la nôtre et celle Mais, depuis, la recherche patinait. Pour avoir enfin une
de Neandertal. E.R. vue d’ensemble du sujet, le généticien américain décida
de tester les effets de l’environnement, histones com-
DINOSAURES À prises, sur un gène connu (KanMX). Celui-ci a été inséré
PLUMES : DE successivement en 90 points du génome de la levure
Saccharomyces cerevisiae, et son activité a été mesurée.
VRAIS PAONS
surprise ! son expression passait du simple au qua-
Les oviraptors, des
druple en fonction de sa localisation… Et surtout, les
sauriens bipèdes à
généticiens ont constaté que des modifications d’his-
plumes, redressaient
tones connues pour inhiber les gènes étaient sans effet
leur plumage pour
sur KanMX. Leur expression dépend donc d’autres élé-
trouver des parte- ments, comme l’environnement et l’identité même du
naires sexuels. L’ana- gène, et qui restent à découvrir. L.C.
lyse de leurs queues
fossilisées par deux
paléontologues cana-
En empêchant sa flo- dien et américain a
raison, les chercheurs révélé l’insertion des

aGE FOTOsTOCK - FraUNHOFEr IME - EYE OF sCIENCE/sPL/COsMOs


ont induit une crois- muscles leur permet-
sance ininterrompue tant de se pavaner.J.G.
chez un plant de tabac.
UNE LARVE DE
GUÊPE NETTOIE
SES ALIMENTS
Selon une étude alle-
mande, les larves para-
SES MYSTÈRES sitoïdes de la guêpe
gie, et comment s’y insèrent
émeraude (A. com-
muscles, os et cartilages… pressa), qui vivent dans
Un gène inséré
Ce qui a dévoilé aux biolo- le corps de leur hôte, la
dans cette levure
gistes les structures cartila- blatte américaine, témoigne que le code
gineuses qui permettent à secrètent des agents de l’expression des
l’oiseau de stabiliser et de antimicrobiens pour gènes reste à trouver.
contrôler son chant en dé- désinfecter leur garde-
couplant sa fréquence et son manger avant de le
volume. S.F. dévorer. J.G.

2 0 1 3 I M a r s I SV I 15
actus
labos
Éthologie

le chimpanzé
possède aussi le
sens de l’équité
Le sens de l’équité et du sir lequel donner à son par-
partage ne serait pas le tenaire –  sachant que le
propre de l’homme. Ce jeton doré assurait une ré-
phénomène relèverait plu- compense équitablement
tôt d’un comportement répartie entre eux, et que le
social ancien, qui exis- bleu défavorisait celui qui
tait déjà chez l’ancêtre le recevait. Mais ce dernier
que nous partageons avec était libre de le refuser, et
le chimpanzé. Telle est la dans ce cas personne ne
conclusion d’une étude recevait rien. Résultat, les
américaine conduite par chimpanzés, tout comme
Darby Proctor, de l’univer- les enfants, tendent à pri-
sité d’Etat de Géorgie, après vilégier l’égalité des gains.
avoir testé une version du Ce comportement “les aide
jeu de “l’ultimatum” chez probablement à profiter des
un groupe de chimpanzés avantages de la coopéra-
et un groupe d’enfants âgés tion”, concluent les cher-
de 2 à 7 ans. les chercheurs cheurs. Un atout évolutif
présentaient deux jetons de indéniable au sein de socié-
couleur différente à un in- tés hautement coopératives
dividu, un bleu et un doré. comme la nôtre et celle des
Le joueur devait alors choi- chimpanzés. E.B.-V.

physique

Le kilogramme a pris du poids

500 milliards
de fois le Soleil : c’est la masse que vient de
perdre notre galaxie. Mesurant la vitesse de
quarante étoiles parmi les plus éloignées du
L’étalon de mesure du kilogramme aurait pris quelques
dizaines de microgrammes depuis sa fabrication en 1875,
d’après les physiciens Peter Cumpson et Naoko Sano, de
l’université de Newcastle. Après analyse des surfaces de
platine et iridium des copies du poids-étalon, qui se trouve
au Bureau international des poids et mesures, à Sèvres, les
chercheurs ont évalué la couche d’impuretés qui s’y serait
centre de la Voie lactée à l’aide du VLT, au Chili, déposée… mais ils ont surtout proposé une méthode pour
une équipe de l’Institut d’astronomie de Cam- homogénéiser ces kilogrammes de référence ! L’étalon ori-
bridge (Grande-Bretagne) a réévalué sa masse, ginal et ses 40 répliques pourraient retrouver leur masse
et a découvert qu’elle avait fondu de moitié par initiale grâce à un traitement mêlant UV, ozone et rinçage à
rapport aux précédentes évaluations. Voilà qui l’eau pure, faisant disparaître le dépôt fautif… S.F.
pourrait expliquer pourquoi on lui trouve si peu Etalon de référence du kilo du Bureau international des poids et mesures.
de galaxies satellites… M.F.

16 I SV I M a r s I 2 0 1 3
Les chimpanzés privilé- Biologie synthétique
gient l’égalité des gains :
comme pour l’homme, EschErichia coli démontre une
c’est un atout évolutif
pour la survie en groupe.
capacité jusque-là inconnue
Confrontée à une protéine inconnue, Escherichia coli, la bactérie la plus
étudiée en laboratoire, est capable d’adopter une morphologie radica-
lement nouvelle ! C’est la surprise qu’ont eue des biologistes améri-
cains après avoir introduit dans son génome le gène d’une protéine
artificielle de leur conception. Cette protéine, baptisée DX, s’est avérée
capable de confisquer le combustible qui alimente la bactérie en éner-
gie. Du coup, peu après avoir commencé à la fabriquer, les bactéries,
affamées, ont changé de forme, s’étirant en très longs filaments. En
les étudiant de plus près, les biologistes ont remarqué que ces intermi-
nables cellules étaient divisées en compartiments réguliers. selon eux,
Escherichia coli utilise une stratégie similaire à celle des sous-mariniers
qui, en cas de brèche, isolent la partie endommagée du navire grâce à
des portes étanches : elle utilise des amas de lipides afin de confiner
les protéines toxiques. Jamais ce type de réaction n’avait été observé
chez une bactérie ! L’emploi de la biologie synthétique, ici d’une pro-
téine inédite dans la nature, a donc permis de mettre en évidence des
propriétés inconnues du vivant. L.C.

CorbIs - spL/CosMos - bIoDEsIgn Inst. at arIzona statE unIv.

La bactérie E. coli a
utilisé une stratégie
inédite pour isoler une
protéine toxique qu’on
lui avait injectée.

2 0 1 3 I M a r s I SV I 17
actus
labos

Physique

Un cristal dŽvoile un type


de magnŽtisme inŽdit
Dans un banal cristal vert, L’équipe de Young Lee,
du MIT, a eu la surprise de découvrir un nouveau
type de magnétisme : le “liquide de spin quan-
tique”. Contrairement au ferromagnétisme, illustré
par l’aimant collé sur un frigo, ce cristal trouvé
dans une mine du Chili en 1972 ne présente aucun
Ce spécimen d’oi- effet à l’échelle macroscopique… C’est dans sa
seau du Crétacé structure microscopique, en particulier la position
montre des dents spé- relative de ses atomes de cuivre, que réside l’origi-
cialisées, à rebours du nalité magnétique de cet “herbertsmithite”. B.R.
processus évolutif.

Paléontologie

un oiseau
primitif révèle
une dentition
s.abraMovIcz, dInosaur Inst., natural hIstory MuseuM of la county - vIsuals unlIMIted/getty

Pour ne pas être sacrifiées,


des amibes D. discoïdeum

très spécialisée
empêchent leurs voisines de
former des spores.

Comme leurs cousins les contact entre l’émail et les microbiologie


dinosaures, les premiers aliments, et ainsi de briser
oiseaux avaient des dents la carapace particulière- pour sa
– qu’ils ont ensuite progres-
sivement perdues au cours
ment dure d’insectes ou de
crustacés”, indique Jingmai survie, l’amibe
de l’évolution. Pourtant, au
début du Crétacé (de –145
O’Connor, paléontologue
du Muséum d’histoire na-
peut tricher
à –65,5 millions d’années), turelle de Los Angeles, en chez les amibes sociales Dictyostelium discoï-
un oiseau a pris le chemin Californie, qui a étudié le deum, certaines trichent pour favoriser leur sur-
inverse en développant des fossile. Mais d’après la cher- vie au détriment des autres. en effet, alors que
dents spécialisées portant cheuse, cette spécialisation ces micro-organismes unicellulaires bâtissent
crêtes et rainures émail- du régime alimentaire a des colonies en cas de disette, ce système de sur-
lées. C’est ce qu’a révélé aussi pu causer la perte des vie peut être détourné, comme l’a montré lorenzo
l’étude d’un fossile baptisé oiseaux à dents. En effet, santorelli de la rice university, à houston (etats-
Sulcavis geeorum, qui a été “même si l’on ne sait pas unis). normalement, les amibes coopèrent et se
mis au jour dans le nord-est expliquer cette disparition, spécialisent : certaines en spores, qui seront dissémi-
de la Chine. “Aucun autre ce sont les structures impli- nées vers des contrées plus favorables ; les autres,
fossile d’oiseau découvert quées dans l’alimentation vouées à la mort, formant la tige qui les soutient.
jusqu’à ce jour ne possède qui diffèrent le plus entre Mais une mutation génétique permet aux tricheuses
de telles dents. Ces crêtes les oiseaux à dents qui ont d’empêcher leurs voisines de former des spores !
et ces rainures permettent disparu et ceux, sans dent, elles constituent ainsi le gros des survivantes,
d’augmenter la surface de qui ont survécu…” C.H. les autres étant sacrifiées dans la tige. V.E.

18 I SV I M a r s I 2 0 1 3
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labos on en reparle

CURIOSITY
IL A LUI AUSSI AMENÉ
SCIENCE & VIE
DES BACTÉRIES SUR MARS
N¡ 1060
JANVIER 2006
C’est l’histoire d’un cafouillage. Un ultime réglage a rompu la stérilité
du rover réputé le plus propre jamais envoyé dans l’espace. Et ce sont
toutes les découvertes dont il pourrait être porteur qui se trouveront
entachées par la présence possible de nouvelles bactéries terrestres !
En 2006, Science & Vie le révé-
lait en couverture : Pathfinder,
Viking, Opportunity… Les dix
sondes entrées en contact avec
la planète rouge y ont déposé des
milliers de bactéries terrestres.
Une contamination qui pour-
rait avoir un impact sur l’envi-
ronnement de Mars et brouiller
les cartes de la recherche de la
vie extraterrestre. Curiosity, qui
promettait d’être le robot le plus
propre jamais envoyé dans l’es-
pace, n’a pas fait exception…
Son doigt a mal été stérilisé !

UNE MISSION DÉCLASSIFIÉE


En août 2011, deux mois avant 2
le lancement de la sonde, les
responsables de la mission ont 2015 pour une nouvelle fenêtre d’atterrissage pressentis, celui
en effet sorti de son étui l’une de tir ! –, les membres du bureau choisi, le cratère de Gale, était
des trois mèches qui devait être de la protection planétaire ont celui qui risquait le moins d’abri-
utilisée pour forer le sol mar- donc décidé de la restreindre, ter ce genre de zone. Un autre ne
tien et l’ont armée sur le bras la déclassifiant deux semaines nous aurait peut-être pas permis FAITS &
du robot. “En faisant cela, ils
augmentaient leurs chances de
avant le décollage de la catégo-
rie IVc à la catégorie IVa. En clair,
de recatégoriser la mission.”
Selon le spécialiste, ce revire-
CHIFFRES
réussir un forage, mais ils rom- cela signifie que la sonde devra ment de dernière minute a ra-
Le Traité de l’espace,
paient la stérilité des forets, l’un se tenir à distance des zones mené le risque de voir des bacté- signé par les Etats-Unis
des éléments du rover le plus qui abritent de l’eau liquide, ries se répliquer sous les roues du en 1967 et par la
en contact avec le sol, précise de la glace à moins de 5 mètres rover à une infime probabilité… France en 1970, stipule
Cassie Conley, responsable de la de profondeur et de toute zone Mais le cafouillage pourrait tout dans son article IX que
protection planétaire à la Nasa. soupçonnée d’être favorable à la de même rendre les analyses dif- “Les Etats (…) procéde-
Quand on l’a su, il était trop tard réplication de bactéries. “Nous ficiles à interpréter. “C’est le vrai ront à leur exploration
pour le restériliser.” avons eu de la chance !, ajoute risque, confirme Michel Viso, de manière à éviter les
Renonçant à reporter la mis- Perry Stabekis, consultant à exobiologiste au Centre national effets préjudiciables de
sion – il aurait fallu attendre la Nasa. Parmi les quatre sites d’études spatiales. Si on trouve leur contamination”.

20 I SV I M a r s I 2 0 1 3
1

1
Les membres de la DES EXTRÊMOPHILES
Nasa se sont aper-
çus trop tard que le
TOUJOURS PLUS EXTRÊMES
3
foret de Curiosity, Et de six nouvelles bactéries “Mars compatibles”. Six !
de la matière organique, la ques- situé à l’extrémité Après avoir extrait 10 000 bactéries du pergélisol sibé-
tion sera : vient-elle de Mars ou de son bras, avait rien, des chercheurs de l’université de Floride les ont
de la Terre ?” été mal stérilisé… exposées à de basses températures (0° C), de basses
sPL/COsMOs - CNrI/sPL/COsMOs - rEUTErs

Les membres de la mission que pressions (7 mbar) et à une atmosphère enrichie en CO2
nous avons contactés se veulent 2 3 et dépourvue d’oxygène. Ils ont alors pu observer que six
rassurants et parient qu’ils sau- ... et qu’il pourrait d’entre elles, qui appartiennent au genre Carnobacterium,
ront faire le tri entre matières ter- déposer sur Mars parvenaient à survivre. “Rien ne dit qu’elles survivraient
restre et martienne… Mais Perry des bactéries aux UV, aux rayonnements cosmiques ou aux propriétés
Stabekis prévient : “La décou- capables de résister oxydantes à la surface de Mars, prévient Katia Comte,
verte de matière organique sera aux conditions microbiologiste au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
plus difficile à défendre à cause extrêmes qui y Mais ces bactéries donnent une idée de ce qui pourrait
de l’absence de réelle stérilisa- règnent, telles que vivre sous la surface des pôles martiens. Il faudra en tenir
tion.” La suite… très prochai- Streptomyces bac-
compte au moment des futurs forages.”
nement. Les premiers forages teria (à g.) ou Bacil-
viennent de commencer. M.F. lus subtilis (à dr.).

2 0 1 3 I M a r s I SV I 21
actus
labos

Ce ne seraient pas les


NEUROLOGIE neurones du tronc céré-

LE MAÎTRE DES RÊVES N’EST


bral qui orchestrent le
sommeil paradoxal,
mais ceux de l’hypotha-

PLUS CELUI QU’ON CROYAIT lamus (photo).

PHYSIOLOGIE
Mouvements brusques son équipe, il vient de révé- chement. “C’est logique que
des yeux, relâchement des ler que ces neurones sont en l’hypothalamus soit le chef CLIGNER DES
muscles, rêves persistant fait contrôlés par l’hypotha- d’orchestre, car le sommeil YEUX SOULAGE
jusqu’au matin… qu’est-ce lamus. Ils ont montré que, paradoxal implique de nom- LE CERVEAU
qui déclenche plusieurs fois chez le rat, cette région est breux changements dans le
Chaque battement de
par nuit cet état si particu- active pendant le sommeil corps, qu’il est capable de gé-
lier de sommeil paradoxal ? paradoxal, et envoie des rer en parallèle par la régu- paupière permet à
L’hypothalamus, répond messages au tronc cérébral ; lation d’hormones, explique notre cerveau de relâ-
Pierre-Hervé Luppi, de et lorsqu’elle est inactive, le Pierre-Hervé Luppi. Sans cher son attention lors
l’université Lyon-I, qui pré- sommeil paradoxal n’appa- compter que l’hypothalamus d’un exercice qui exige
cise que “jusqu’à présent, le raît pas. Les chercheurs en est en lien direct avec le cor- sa concentration. C’est
tronc cérébral était considéré ont conclu que les neurones tex, qui peut donc lui signa- la découverte faite par
comme le chef d’orchestre”. de l’hypothalamus inhibent ler directement son besoin de Tamami Nakano, de
Dans cette région avaient en les neurones du tronc céré- sommeil paradoxal.” Reste l’université d’Osaka, en
effet été découverts des neu- bral, qui eux-mêmes inhi- maintenant à comprendre étudiant vingt per-
rones activant et inhibant le baient le sommeil paradoxal : quelles fonctions a vraiment sonnes lors de la diffu-
sommeil paradoxal. Avec ce qui permet son déclen- le sommeil paradoxal… E.A. sion d’un épisode de
Mr Bean. L’imagerie
par résonance magné-
ÉVOLUTION tique montre que les
15 à 20 clignements
Comme les baleines, ce lézard que nous effectuons
A. MIRALLES, CEFE - O.CLEMENT, CRNL

par minute corres-


souterrain a perdu ses pattes arrière pondent à une désacti-
Baptisé “Moby Dick”, Sirenoscincus mobydick n’a pas de pattes vation des zones du
arrière, seulement des pattes avant sans ni doigts ni griffes ! Iné- cerveau dédiées à l’at-
tention, au profit du
dite chez les tétrapodes terrestres, cette particularité tient plus
“réseau par défaut”,
du cétacé, constate l’équipe d’Aurélien Miralles, du Centre d’éco- qui fonctionne quand
logie fonctionnelle et évolutive de Montpellier. Ce curieux lézard C’est la première nous ne faisons rien de
vit sous terre, à Madagascar, et se distingue également par sa fois qu’on observe particulier. E.L.
peau dépigmentée et ses yeux à cette particularité
peine formés… R.B. chez les tétra-
podes terrestres.
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actus
labos focus

ramsÈs iii
Il a été assassIné !
Il y a 3 000 ans, le dernier grand pharaon était la cible d’un
coup d’Etat raté, orchestré par une de ses épouses. De nou-
velles analyses sur sa momie prouvent qu’il fut… égorgé.
1155 av. J.-C. : scandale à la cour semblait avoir rejoint ses dieux
de Pharaon ! En cette trente- au cours du procès : s’il est repré-
deuxième année du règne de senté en défunt divinisé dans les
Ramsès  III (xxe  dynastie), et papyrus, il y prend néanmoins la
alors que le roi vit ses derniers parole pour blâmer les accusés.
jours, un vaste complot est dé- Une ancienne radiographie avait
masqué… Né dans le harem par ailleurs révélé qu’âgé de près
royal, il a gangrené une quaran- de 65 ans au moment des faits,
taine de notables, parmi lesquels il souffrait d’artériosclérose. Le
un général, des prêtres, des hauts plus logique était donc de pen-
fonctionnaires et même une ser que les intrigants voulaient
épouse royale, Tiy, et son fils, profiter de sa mort imminente
le prince Pentaour ! Leurs actes pour évincer l’héritier légitime,
sont si odieux que leur procès est le futur Ramsès IV… lequel, au
consigné sur des papyrus desti- final, organisa leur procès. Le
nés à être visibles par tous, et complot avait donc échoué.
leurs noms déformés pour qu’ils
soient maudits pour l’éternité… une entaIlle de 7 cm au cou
Mais de quoi furent-ils cou- C’était du moins le scénario re-
pables exactement ? Jusqu’ici, tenu jusqu’à la récente publi-
les égyptologues n’en étaient cation de l’étude dirigée par le
pas sûrs. Car si certains de ces paléopathologiste Albert Zinc,
papyrus “judiciaires” nous sont de l’Institut des momies de
parvenus, il leur manque la pre- Bolzano (Italie), et l’égyptologue
mière page, où devaient appa- Zahi Hawass. Pour la première
raître les détails de cette fameuse fois, Ramsès III a eu droit à des
“conspiration du harem”. L’ana- examens poussés : tomographie,
lyse des textes laissait cependant radiologie, analyses génétiques…
penser que les comploteurs vou- Et au final, la momie pourtant
laient placer leur prétendant, largement débandelettée à la
Pentaour, sur le trône. fin du xixe siècle a dévoilé un
Avaient-ils aussi précipité la énorme secret, vieux de plus de
mort du pharaon ? A en croire les 3 000 ans : ce n’est pas la maladie
dates officielles, non. Ramsès qui a eu raison du dernier grand

24 I SV I m a r s I 2 0 1 3
2



1
Retrouvée en 1881 dans la cache de
Deir el-Bahari, près de la Vallée des
Rois, la momie de Ramsès III fut par-
tiellement débandelettée dès 1886.
Son cou restait néanmoins caché.
2
1 Seule la tomographie révéla la lésion
de 7 cm (entre les deux points), plon-
geant jusqu’à la 7e vertèbre cervicale,
responsable de la mort du pharaon.

l’aDn, nouvel outil


Des archéologues
pharaon, mais une lame aiguisée ! victime. Le seul geste des prêtres Depuis cinq ans, l’avancée des techniques
Cachée par du tissu, juste sous fut de placer une amulette pro- d’analyse de l’ADN ancien donne des idées
le royal pharynx, une entaille tectrice dans la plaie béante. aux historiens. En effet, nombre de
longue de 7  cm avait tranché Et l’étude de révéler une se- dépouilles centenaires, voire millénaires,
trachée, œsophage et vaisseaux conde surprise de l’histoire… sont parvenues jusqu’à nous… avec leur lot
sanguins jusqu’à l’os. “Je n’ai La momie fut retrouvée au côté
de secrets. Il y a trois ans, on découvrait
presque plus aucun doute sur le de la plupart des grands rois du
que Neandertal et nous avions partagé la
fait que Ramsès III a été tué par Nouvel Empire égyptien et de
même couche, et la généalogie de Toutan-
coll. p.doublet/adoc-photos - eurac

cette blessure à la gorge”, note quelques anonymes – dont un


khamon était établie. Depuis, les travaux
Albert Zinc. Au temps pour son jeune homme à l’expression tor-
“intervention” au procès… turée, à la momification impar-
se multiplient. Ces trois derniers mois, les
faite et avec une peau de chèvre scientifiques ont ainsi fait appel à l’ADN
enterré avec son fils ? pour seul vêtement. Intrigués, pour identifier un squelette retrouvé dans
La lésion ne peut être imputée les scientifiques se sont penchés les fondations d’une église oubliée en
aux embaumeurs : jamais une sur lui. L’analyse génétique ré- Angleterre et qui pourrait être celui du roi
telle incision n’était pratiquée vèle un fort lien de parenté avec Richard III, ainsi que pour confirmer l’appar-
et les 3  cm qui séparent les le vieux roi assassiné. Peut-être tenance d’une tête momifiée à Henri IV et
lèvres de la blessure indiquent Pentaour, le fils rebelle, fut-il de quelques gouttes de sang à Louis XVI…
une attaque faite du vivant de la condamné à se suicider… E.R.

2 0 1 3 I m a r s I SV I 25
actus
terre CLIMATOLOGIE

voici la carte de
l’inflation des records
de température
Août 2003 en Europe, juillet 2012 aux
Etats-Unis, janvier 2013 en Australie…
au cours de la décennie, les records
de température mensuelle établis au
cours du siècle précédent sont tombés
un peu partout. Dim Coumou et ses
collègues de l’Institut de recherche sur
le climat de Potsdam, en Allemagne,
ont cherché à savoir à quel point le
réchauffement climatique avait ac-
cru leur fréquence. Ils ont analysé les
températures mensuelles entre 1880 et
2010. Statistiquement, en l’absence de
réchauffement, on pouvait s’attendre
à battre un record de chaleur dans la
dernière décennie de ces 131 années.
Or, il y en a eu en moyenne cinq fois
plus. “Sans l’influence de l’homme
sur le climat, 80 % des récents records
mensuels de chaleur n’auraient pas eu
lieu”, concluent les chercheurs. Dans
la zone intertropicale, il y a même eu
12  fois plus de records qu’attendu.
zone Afrique
Autrement dit, un record mensuel et europe
de chaleur a été battu chaque année
en moyenne. “Ces régions connais-
g.cirade - m.kontente

sant peu de variabilité d’une année


à l’autre, la moindre tendance au ré-
chauffement augmente sensiblement
le nombre de records”, explique Dim
Coumou. En 2040, c’est toute la pla-
nète qui atteindra ce chiffre. C.H.

26 i SV i m a r s i 2 0 1 3
Multiplication des records de température
Entre 2000 et 2010, le nombre de records de chaleur a été
anormalement élevé. Cinq fois plus qu’attendu globalement,
et jusqu’à 20 fois plus par endroit.

0
5
x5
0

x1

x1

x2

zone asie
et océanie

zonE amériqUEs

L’océan Arctique connaît le plus fort réchauffement


Records mensuels de températures mesurés dans les océans sur
les quarante dernières années.
divisé par le nombre attendu)
(nombre de records observés

3 Source : coumou et al, 2012

0
0

40
0
0

20
0

60
-2
-4
-6

Sud Latitude en degrés Nord

80 1998 25,3
% des records °C : c’est la température
mensuels de chaleur c’est l’année qui a moyenne enregistrée en
seraient dus au vu 13 fois plus de juillet 2012 aux Etats-Unis,
réchauffement. records qu’attendu. qui bat le record de 1936.

2 0 1 3 I m a r s I SV I 27
actus
terre
volcanologie

l’inclinaison
de la terre agit
sur les volcans
L’activité volcanique évolue deux positions extrêmes ! Or,
de concert avec les change- ces changements dans l’obli-
ments d’inclinaison de l’axe quité terrestre influencent le
de rotation de la Terre. C’est climat à la surface du globe,
ce qu’ont découvert Steffen car ils déterminent la quan-
Kutterolf et ses collègues du tité de radiations solaires
Centre Helmholtz de Kiel perçues par les hautes lati-
(Allemagne) en examinant tudes. En fonction de l’in-
les couches de cendres vol- clinaison, donc, les glaciers
caniques superposées dans progressent ou régressent.
des sédiments de l’océan En comparant l’activité vol-
Pacifique. Dans cette zone canique et les variations cli-
bordée par la “ceinture de matiques, Steffen Kutterolf
feu” qui concentre les trois a observé que les éruptions
quarts des volcans émergés étaient plus nombreuses lors
de notre planète, les cher- des périodes de réchauffe-
cheurs ont identifié 408 épi- ment et de débâcle glaciaire.
sodes éruptifs majeurs sur- Le lien entre les deux ? Lors
venus au cours du dernier de la fonte, le relâchement
million d’années, et ont mis de la pression exercée par les
en évidence un pic d’acti- glaciers favorise la produc-
vité tous les 41 000 ans. Ce tion de magma et son trans-
qui correspond exactement à fert vers la surface. On savait
la fréquence à laquelle l’in- que les volcans influençaient
clinaison de l’axe de rota- le climat, l’inverse est désor-
tion de la Terre oscille entre mais aussi démontré. S.F.

pollution

Les nitrates gagnent du terrain


La teneur en nitrates dans l’eau excède 50 mg/l dans
18 860 communes de France. Soit 860 de plus qu’en 2012.
En cause : les nitrates contenus dans les déjections ani-
males épandues pour fertiliser les sols. Quand l’apport
dépasse les besoins des cultures, l’excès se retrouve dans
les rivières, puis sur les côtes, où il favorise la proliféra-
tion d’algues vertes. “Dans l’Ouest, des efforts ont été
faits, commente Jean-Louis Peyraud, de l’Institut natio- La pollution aux
nal de la recherche agronomique. Mais dans les zones de nitrates provient de
grandes cultures – Bassin parisien, Poitou-Charentes, l’excès de lisier épandu
Haute-Normandie… –, la hausse ne ralentit pas.” E.L. pour fertiliser les sols.

28 I SV I m a r s I 2 0 1 3
biodiversité

pour identifier
la faune d’un
lieu… suivez
les mouches
Pour avoir une idée de la diversité
des mammifères dans une forêt, il
suffit de capturer des mouches !
C’est ce que montre l’expérience réa-
lisée en Côte d’Ivoire et à madagas-
car par sébastien Calvignac-spencer,
de l’Institut robert-Koch (Berlin).
Friandes de charognes ou d’excré-
ments, les mouches “à viande”
ingurgitent de l’aDN des animaux à
l’origine de leur repas. En isolant cet
aDN de celui de l’insecte et en le
comparant à des bases de données,
les biologistes ont réussi à identifier
la faune alentour. Des mouches col-
lectées dans le parc national de Taï,
en Côte d’Ivoire, contenaient ainsi la

mIra/PlaINPICTurE - gIlE/aNDIa - m.guNThEr/BIos


signature de 16 espèces de mammi-
fères. Nombreuses et capables d’ef-
fectuer des “prélèvements” dans des
lieux peu accessibles, les mouches
Les éruptions sont pourraient devenir de précieuses
plus nombreuses lors des auxiliaires pour les écologues.
périodes de réchauffe- Comme les sangsues (voir S&V
ment, qui sont liées à une n° 1139, p. 32), dont l’estomac ren-
certaine position de l’axe ferme le sang des victimes. L.C.
de rotation de la Terre.

9 500
C’est le nombre de personnes ayant péri au cours de
catastrophes naturelles dans le monde en 2012, d’après le
décompte annuel du réassureur Munich Re. C’est peu, com-
paré à la moyenne sur la décennie écoulée – 106 000 décès
par an. Ce chiffre s’expliquerait par le faible nombre de
catastrophes majeures qui, en 2012, ont touché les pays
en voie de développement. Pays dans lesquels séismes,
inondations ou tempêtes ont, plus qu’ailleurs, des consé-
quences dévastatrices en termes de vies humaines. b.b.

2 0 1 3 I m a r s I SV I 29
actus en
terre bref
InsectIcIdes
à rIsque climatologie
Trois pesticides – la
clothianidine, l’imida- la suie
clopride et le thiamé- contribue plus
thoxame – présentent que prévu au
un risque élevé pour les réchauffement
abeilles. Telle est la l’impact des particules de
conclusion de l’Autorité suie serait en réalité deux
européenne de sécurité fois plus important qu’es-
des aliments, qui a éva- timé en 2007 par le groupe
lué le risque lié à l’expo- intergouvernemental sur
sition des butineuses via l’évolution du climat. ces
le pollen et le nectar, les particules, qui proviennent
poussières ou l’exsuda- de la combustion de bois et
tion par la plante. B.B. d’hydrocarbures fossiles ou
La prolifération observée
de feux de forêts, seraient
ces dernières années ne sanctuaIre ainsi à classer, derrière le
serait qu’une phase d’un de requIns dioxyde de carbone, au
cycle s’étalant sur vingt ans. La Polynésie française deuxième rang des princi-
et les îles Cook vont paux contributeurs aux
océanographie créer dans l’océan Paci- changements climatiques.

c’est par cycles


fique le plus grand sanc- Note positive : alors que le
tuaire de requins au co2 a une durée de vie dans
monde. Dans cette zone l’atmosphère de l’ordre du

que pullulent de 6,7 millions de km2


(environ la superficie de
siècle, les particules de suie
n’y séjournent que quelques

les méduses l’Australie), la pêche de


ce grand prédateur sera
interdite. Un tiers des
jours avant de retomber au
sol. la réduction de leurs
émissions aurait donc un
La multiplication des épi- ment généralisé coïnciderait espèces de requins sont effet rapidement observable
sodes de pullulement de mé- ainsi avec la plus récente des en effet menacées d’ex- (voir S&V n° 1118, p. 78).
duses est-elle à mettre sur le phases de prolifération, sur- tinction. B.B. sans toutefois nous
compte de la dégradation des venue au cours des années affranchir de limiter,
écosystèmes marins ou du 1990. Celle-ci a donné lieu marché dans le même
réchauffement des océans ? à une avalanche de publica- du carbone temps, nos
Ni l’un ni l’autre, estime tions scientifiques qui, cou- La Californie dispose émissions de
Robert Condon, du Labora- plée à une importante cou- à son tour d’un marché co2… p.l.
toire d’écologie marine de verture médiatique de cas d’échange de quotas
l’île Dauphin, en Alabama isolés particulièrement spec-
d’émissions de CO2.
(Etats-Unis). Après analyse taculaires (en mer de Béring
C’est le deuxième
de l’ensemble des archives ou en mer du Japon, notam-
ment), a induit, selon le cher-
marché en volume,
mondiales, dont certaines
remontent à 1874, le biolo- cheur, une perception faus-
derrière le marché euro-
péen, lancé en 2005
getty - m.p.drolet/radIus/corbIs

giste avance une tout autre sée d’une invasion mondiale


hypothèse : depuis plus d’un de méduses. Le défi pour les pour limiter les émis-
siècle, les populations mon- scientifiques est maintenant sions en pénalisant les
diales de méduses suivraient d’identifier les déterminants entreprises ayant
des cycles d’explosions et climatiques ou écologiques à dépassé leur quota.
d’effondrements démogra- l’origine de cette alternance Un nouvel exemple
phiques s’étalant sur une de hauts et de bas dans les d’initiative locale
vingtaine d’années. L’impres- populations de méduses à dans la lutte contre le
sion collective d’un pullule- l’échelle planétaire. E.B.-V. réchauffement. B.B.

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actus
terre

glaciologie

l’eau du lac vostok va


Une équipe russe a enfin réussi
à récolter les premiers échantillons

enfin révéler ses secrets


du lac Vostok, enfoui à 4 000 m
sous la glace de l’Antarctique.

sismologie
Un an après avoir atteint la le lac, mais de faire remon- glace formée tout récemment
surface du lac Vostok, tapi ter l’eau dans un puits et de à partir d’eau du lac, et non on a trouvé
sous près de 4 km de glace la laisser geler une année, de celle du glacier au-dessus. la trace d’un
en Antarctique, une équipe avant de forer à nouveau. Le Des analyses chimiques et séisme de 1255
russe est parvenue à récol- 10 janvier, c’est avec excita- microbiologiques seront
Il avait dévasté Katman-
ter les premiers échantillons. tion qu’une carotte de glace ensuite réalisées en Russie ;
L’aboutissement de vingt de 2,5 m de longueur, préle- les résultats sont attendus dou et tué le roi du
ans d’efforts pour percer vée à 3 400 m de profondeur, pour la fin de l’année. Cela Népal. Plus de 750 ans
les mystères de ce lac isolé a été remontée. “Pour l’ins- permettra de confronter les après, des géologues
de l’atmosphère depuis des tant, les échantillons ont été modèles de formation de cet ont retrouvé la trace du
millions d’années (voir S&V observés sur place, à l’aide immense lac sous-glaciaire, séisme qui a secoué
n° 1132, p. 66). Afin d’évi- d’un microscope”, précise le plus grand connu en An- l’Himalaya le 7 juin 1255.
ter toute contamination, il Valeri Loukine, le chef de tarctique, et surtout, de sa- “La même faille a provo-
avait été décidé de ne pas l’expédition. De quoi vérifier voir enfin s’il héberge des qué les deux séismes
pénétrer directement dans d’abord qu’il s’agit bien de formes de vie inconnues.b.b majeurs de 1255 et de
1934”, précise Laurent
Bollinger, du Commissa-
L’intestin des riat à l’énergie ato-

extra-PoLe/LooKatsCIeNCes - m.redmer/v.U./CorBIs
écologie
écrevisses peut mique. a l’aide de
abriter un cham- tranchées creusées pour
L’écrevisse loge un tueur de grenouilles pignon qui décime discerner d’anciens
Le champignon qui décime les amphibiens est aussi hébergé par les les amphibiens. mouvements de terrain,
écrevisses ! C’est ce que révèle Tegan McMahon, de l’université de l’équipe a mis au jour la
marque de la rupture en
Floride du Sud. Dans le Colorado et en Louisiane, près de 30 % de ces
surface de ces deux
crustacés sont contaminés par Batrachochytrium dendrobatidis. Des tremblements de terre.
expériences en laboratoire montrent que des spores du pathogène, Une découverte qui per-
déposées dans l’eau, se logent dans la paroi intestinale des écre- mettra de mieux esti-
visses, d’où elles peuvent ensuite contaminer les gre- mer le temps de retour
nouilles. Ces réservoirs biologiques expliqueraient la des puissants séismes
virulence et la persistance de l’infec- dans la région. C.L.
tion, en partie responsable du déclin
des amphibiens. r.b.

32 I SV I m a r s I 2 0 1 3
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actus
terre on tenait à vous dire

RISQUE
NUCLÉAIRE
IL ÉTAIT TEMPS QUE
LA FRANCE CESSE DE
FAIRE L’AUTRUCHE !
Par Vincent Nouyrigat

Quatre cent trente milliards d’euros. Vous avez bien lu : d’urgence dans un périmètre minuscule (distribution de pas-
430 milliards d’euros ou, dit autrement, 20 % du PIB de la tilles d’iode, exercices d’évacuation). Sans se soucier, donc,
France. Tel serait le coût apocalyptique d’une catastrophe des suites à donner une fois qu’un nuage radioactif aura conta-
nucléaire sur notre territoire, selon une évaluation de l’IRSN miné toute une région. D’accord, ce travail d’anticipation est
– le gendarme français de l’atome. Un chiffre injustement d’une ampleur intimidante : il s’agit ni plus ni moins d’envi-
passé inaperçu cet automne… Inutile de chercher un quel- sager tous les détails de la vie d’un vaste territoire en crise
conque équivalent parmi les grands désastres technologiques : pour des décennies.
même l’explosion de l’usine AZF fait figure de péripétie avec Cette réflexion en amont n’en est pas moins indispen-
“seulement” 2 milliards d’euros de dommages. sable, si l’on songe aux innombrables décisions qu’il faudrait
Non, l’éventuelle fusion d’un réacteur dans l’Hexagone, prendre, à la fois complexes et déchirantes. Les Ukrainiens
assortie de rejets radioactifs massifs, appartient à une tout et les Japonais en savent quelque chose désormais… Au vrai,
autre espèce. De celles qui laissent un pays aux abois, comme personne ne voudrait improviser à l’heure de désigner les
ravagé par une guerre : des territoires entiers condamnés pour régions que les Français devraient abandonner dans l’urgence
des décennies, sans doute près de 100 000 réfugiés à reloger, (et les laissera-t-on re-
la production électrique en péril, une image durablement
salie (tourisme, exportations)… Autant de conséquences pé-
venir un jour prendre
leurs affaires ?), d’au-
ON EST CONTENT
trifiantes face auxquelles notre Autorité de sûreté nucléaire toriser ou non les éle- D’APPRENDRE QUE
présentait, le 21 novembre dernier, ses premières ébauches
de parades. De “premières” ébauches seulement ? Oui, mais
veurs à alimenter leur
bétail en zone radio-
LA FRANCE, AVEC
saluons déjà cette bonne nouvelle : la France, ce pays aux active, ou d’organiser SES 58 RÉACTEURS,
58 réacteurs, ose enfin affronter l’hypothèse d’un accident
nucléaire majeur !
en quelques heures la
décontamination de
S’INQUIÈTE ENFIN
Il était temps, près de trente ans après la catastrophe de tous les lieux publics qui peuvent l’être, en décapant trot-
Tchernobyl et alors même que les autorités japonaises toirs, murs, toits, en élaguant tous les arbres, en remplaçant
semblent toujours dépassées par les effets de Fukushima (voir les bacs à sable des jardins d’enfants… Au passage, il faut
article p. 78). Mais voilà : jusqu’à présent, nos pouvoirs pu- bien avoir cogité plusieurs années avant de trouver le moyen
blics avaient soigneusement éludé les scénarios catastrophes, de traiter ces montagnes de déchets radioactifs !
pour des raisons mêlant confiance aveugle en l’atome fran- Réaliser que la France héberge depuis un demi-siècle quan-

-
çais et farouche volonté de taire certaines questions embar- tité de réacteurs sans jamais avoir planché sur ces casse-tête,
rassantes, comme la prise en compte de ce risque dans les voilà qui fait frémir rétrospectivement… Apprendre qu’elle
coûts du kilowattheure nucléaire. Et jusqu’ici, la sécurité commence seulement depuis peu à y réfléchir ne rassure qu’à
civile s’était contentée d’établir de classiques mesures moitié. Mais il n’est jamais trop tard pour ouvrir les yeux.

34 I SV I m a r s I 2 0 1 3
AUTOTHÉRAPIE N° 2
« rester maître de soi en toutes circonstances »

SUBARU XV
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actus
médecine

Le patch testé sur les ani-


maux pourrait à l’avenir
protéger les nourrissons du
sPL/COsMOs

virus respiratoire syncytial


(ci-contre), parfois respon-
sable de graves infections.

36 I SV I M a r s I 2 0 1 3
PÉDIATRIE

UN VACCIN CONTRE LA
BRONCHIOLITE EST À L’ESSAI
La quête d’un vaccin contre agronomique de Jouy-en- taire lors de la vaccination. grâce à un patch, capable de
la bronchiolite est relan- Josas. Avec son collègue Impossible, dès lors, de ga- diffuser le vaccin pendant
cée. Bonne nouvelle pour Jean-François Eléouët, la rantir une bonne protection plusieurs jours au travers
les plus jeunes, tant cette virologue a mis au point des plus petits avec un vac- de la peau. Associés à une
infection respiratoire, sans une préparation vaccinale cin classique. Et pas ques- société de biotechnologie
gravité la plupart du temps, contenant des molécules tion d’injecter à des nourris- (DBV) qui développe déjà
peut s’avérer redoutable issues du virus respiratoire sons un vaccin additionné des patchs médicaux, ils se
pour eux. “Mettre au point syncytial (VRS), l’agent le de puissants adjuvants pour lancent maintenant dans
un vaccin spécifiquement plus souvent responsable renforcer son efficacité. une grande phase de tests
destiné aux nourrissons de la maladie. Le problème, Alors, comment trouver sur l’animal. Les premiers
est un casse-tête”, reconnaît c’est que le VRS ne pro- l’équilibre entre efficacité essais sur l’homme, eux, ne
Sabine Riffault, de l’Institut voque pas une forte réac- et sécurité ? Les chercheurs sont pas attendus avant plu-
national de la recherche tion du système immuni- pensent tenir la solution sieurs années. C.T.

2 0 1 3 I M a r s I SV I 37
actus
médecine

CANCÉROLOGIE

SOUS PRESSION, LA CELLULE


TUMORALE NE RÉSISTE PAS
Cela semble presque trop de proliférer et repris une qui a mené les expériences.
simple pour être vrai. Mais forme normale, qu’elles ont Reste à déterminer si ce phé-
les chercheurs de l’univer- conservée une fois la pres- nomène s’applique à tous
sité de Californie à Ber- sion relâchée. “La pression les cancers. Même si Daniel
keley sont formels : pour pousse les cellules à dimi- Fletcher, qui a dirigé les tra-
arrêter la prolifération des nuer l’expression de leurs vaux, prévient déjà : “Cela
cellules cancéreuses, il gènes de prolifération. Elles ne signifie pas que la pres-
suffit parfois… d’appuyer se réorganisent et commu- sion mécanique soignera le
dessus ! Pour le démontrer, niquent à nouveau entre cancer, tant ce qui se passe
ils ont soumis in vitro des elles. C’est cette communi- dans le corps est complexe.
cellules mammaires can- cation retrouvée qui va per- En revanche, les molécules
céreuses à une pression de mettre, une fois la pression qui, sous pression, donnent Des cellules cancéreuses (à dr.)
0,05 bar, soit celle régnant relâchée, de continuer à ré- aux cellules le signal de ont été comprimées : un tiers ont
sous 50  cm d’eau, pen- guler l’expression des gènes redevenir normales, pour- alors retrouvé une forme normale
dant trente minutes. Un de prolifération”, propose raient devenir des cibles (à g.), qu’elles ont conservée même
tiers des cellules ont arrêté Gautham Venugopalan, thérapeutiques.” E.A. une fois la pression relâchée.

PHARMACOLOGIE

SON VENIN PISTE LE CANCER


Du venin de vipère pour trai- les plaquettes sanguines (pro-
ter les cancers de la peau ? voquant l’interruption de la
Des tests effectués récem- coagulation), elle l’est aussi
ment à l’université du De- par… les cellules de méla-
laware (Etats-Unis) apportent nomes. Dans cette dernière
Une protéine des résultats encourageants à étude, elle s’est liée aux six
du venin de cette cette hypothèse avancée déjà types de mélanomes testés.
vipère se lie aux pla- depuis quelques années. Si Introduite en proportion me-
quettes sanguines l’éristostatine, un compo- surée dans le sang, elle pour-
ainsi qu’aux cellules sant du venin d’Eristicophis rait guider le système immu-
de… mélanomes. macmahoni, est attirée par nitaire jusqu’à la tumeur.E.D.

38
en
bref
NEUROLOGIE
DES CELLULES
SOUCHES POUR
RÉPARER L’OS
TRAITER EN URGENCE
Une technique mise au PAR LE FROID LIMITERAIT
point à l’Inserm est tes-
tée sur des patients
LES SÉQUELLES D’UN AVC
Protéger le cerveau des victimes d’un accident vasculaire
souffrant de fractures cérébral (aVC)… par le froid. Un traitement d’urgence
non consolidées : de la est testé sur 1 500 patients européens. En plus des trai-
moelle osseuse est pré- tements classiques, le refroidissement transitoire de l’or-
levée, puis les cellules ganisme permettrait de diminuer les séquelles d’un aVC
souches qu’elle contient (perte de mémoire, difficulté à se déplacer). Pour l’ins-
sont mises en culture. tant, l’essai se limite aux infarctus cérébraux – des aVC
Elles sont ensuite dépo- provoqués par la formation d’un caillot dans le sang.
sées sur une prothèse en Le froid devrait ralentir les processus de destruction des
céramique, greffée au neurones, enclenchés lorsque le sang vient à manquer
niveau de la fracture. dans une zone du cerveau. selon des essais prélimi-
Résultats de l’essai naires, la température corporelle doit être maintenue
dans un à deux ans. C.T. au seuil de 34 °C pendant quelques dizaines d’heures
pour espérer des bénéfices. Comment les médecins s’y
ASPIRINE prennent-ils ? “Nous utilisons des couvertures ou des
ET TROUBLES sondes réfrigérantes, explique Charlotte Cordonnier,
RÉTINIENS neurologue au CHrU de Lille et coordinatrice du volet
La prise régulière d’as- français de l’étude. Pour éviter l’inconfort, les patients
pirine n’est pas sans recevront des médicaments limitant les frissons.” Eton-
risque : son usage plu- nante, cette méthode n’est pourtant pas une nouveauté.
sieurs fois par semaine “Les vertus neuroprotectrices du froid sont déjà reconnues
pendant au moins trois après un arrêt cardiaque, poursuit la neurologue (voir S&V

COUrTEsY OF FLETCHEr LaB - M.a. MCDONaLD/COrBIs - O.PaNIEr DEs TOUCHEs/DOLCE VITa


mois multiplie par 1,63 n° 1060, janvier 2006). Nous allons tenter de les démon-
le risque de développer trer dans le cas de ces AVC.” En France, 500 000 per-
une dégénérescence sonnes souffrent des séquelles d’un aVC. C.T.
maculaire tardive dix Après un arrêt cardiaque, une température maintenue à 32 °C environ
ans plus tard, selon une protège les neurones ; contre l’AVC, il suffirait de descendre à 34 °C.
étude américaine sur
5 000 personnes de
plus de 40 ans. E.A.

LA STRATÉGIE
DE LA LÈPRE
Pour se disséminer dans

20 %
tout le corps, la bactérie
responsable de la lèpre
transforme les cellules
gliales du cerveau, qui
l’hébergent, en cellules
C’est la proportion mini-
souches. Lesquelles
male de la population
vont voyager à travers
mondiale infectée par
les vaisseaux sanguins,
le virus H1N1 pendant
formant de nouveaux
l’hiver 2009, d’après les
tissus infectés. Une
chiffres d’une vingtaine
stratégie inédite, révé-
de pays. Si l’hécatombe
lée par l’université
n’a pas eu lieu, le virus a
d’Edimbourg. E.A.
largement circulé. C.T.

2 0 1 3 I M a r s I SV I 39
actus
médecine
Début janvier, lors de la 3e semaine
d’épidémie, l’incidence de la maladie
avait atteint un pic, avec une moyenne
de 420 cas pour 100 000 habitants.
Audition

Un médicament a restauré
l’ouïe chez la souris
Des souris devenues sourdes ont partiellement
retrouvé l’ouïe grâce à l’injection d’un médicament
dans leur oreille interne. “Cette substance, un inhi-
biteur de gamma-sécrétase, permet aux cellules
Nombre de cas
pour 100 000 souches entourant les cellules ciliées, responsables
habitaNts
de l’audition, de remplacer celles détruites”, expli­
300 que Albert Edge, professeur d’oto­rhino­laryngologie
250
200 à Harvard. Certes, la restauration de l’ouïe est par­
150 tielle, et l’injection du médicament a été faite aus­
120
90 sitôt après la destruction des cellules ciliées. Mais
60 cette piste mérite d’être explorée. C.H.
30
0

Virologie

cet hiver,
la gastro a été
plus contagieuse
Isoler les malades, adopter de une moins bonne immunité
strictes mesures d’hygiène… contre cette souche. Même
Ces règles sanitaires élémen- si les norovirus sont bien
taires n’auront pas suffi. Car connus, leur surveillance
cet hiver, l’épidémie de phArmAcologie
continue ne remonte qu’au
gastro-entérite a été portée
par un virus plus contagieux
milieu des années 1990. ÒIl
semble que la sŽlection dÕune
on a testé de la
que ceux des années précé-
dentes, comme l’a révélé
souche plus contagieuse que poudre antipaludique
les autres soit un phŽnom•ne
une première série d’ana- qui intervient tous les deux Face au paludisme, un nouveau remède suscite l’espoir…
lyses menées dans les labo- ou trois ansÓ, commente nouveau ? pas tant que cela : il s’agit de la plante Artemi-
ratoires du monde entier. En Pierre Pothier, du Centre na- sia annua (photo), dont est extraite l’artémisinine, le meil-
cause, une nouvelle souche tional de référence des virus leur médicament actuel contre la maladie. selon l’équipe
de norovirus, des agents clas- entériques (CHU Dijon). Pas de l’université du Massachusetts (etats-unis), à doses
siques de la gastro-entérite. de panique, cependant, Syd- égales de principe actif, la poudre obtenue par séchage et
rÉseau sentInelles - bsIp

Baptisée “Sydney  2012”, ney  2012 ne provoque pas broyage de la plante entière est plus efficace que l’extrait
elle semble particulière- de symptômes plus graves. pur pour éliminer du sang le parasite responsable de l’in-
ment douée pour se fixer Dans la grande majorité des fection. De plus, la poudre induit moins de résistances et
aux cellules des organismes cas, quelques jours suffisent est plus facile à produire localement, en grosses quanti-
infectés. Les populations aux malades pour être remis tés et à un coût moindre. reste à démontrer qu’elle est
présenteraient également sur pied. C.T. aussi efficace chez l’homme que chez la souris. O.C.

40 I SV I M a r s I 2 0 1 3
Avril 1913 :
Paul Dupuy, éditeur de presse passionné
d’informations scientifiques et techniques,
crée le magazine La Science et la Vie
« rédigé et illustré pour être compris par tous ».
actus
médecine idée neuve

Je compTe inJecTer
Des globules
rouges Difformes
pour DéTruire
DeS TumeurS Son iDée
DaViD Terman, professeur de médecine et chercheur au Jenomic
Research Institute (Californie, Etats-Unis)

La drépanocytose est
Science & Vie : Comment vous S&V : Concrètement, comment une maladie géné- c’est-à-dire lorsque le niveau
est venue cette idée ? fonctionne votre méthode ? d’oxygène est faible. Or, envi-
tique qui provoque la
David Terman : Cette idée est à D.T. : L’injection de globules ron 50 % des tumeurs solides
la fois le fruit d’une intuition et rouges drépanocytaires directe-
déformation des glo- sont naturellement hypoxiques.
de mon expérience médicale. ment dans la tumeur d’une sou- bules rouges. Ils ne Ce traitement pourrait donc agir
Ayant longtemps travaillé sur ris provoque, dans les minutes sont plus circulaires, sur des cancers comme ceux du
le cancer, j’ai formulé au début qui suivent, de nombreuses oc- mais prennent la sein, du colon, du pancréas, de
des années 2000 l’hypothèse que clusions dans les vaisseaux qui forme d’une faucille. l’utérus, des poumons ou de la
des globules anormaux puissent l’irriguent : la tumeur est tota- Lorsque l’oxygène tête et du cou.
provoquer la destruction des tu- lement asphyxiée. C’est la pre- vient à manquer, ils
meurs. Une publication scienti- mière phase de l’attaque. Puis les ont tendance à se rai- S&V : Vos expériences prouvent
fique a ensuite confirmé mon in- globules rouges coincés meurent, dir et à provoquer des que le concept fonctionne chez la
tuition. Un chercheur canadien relâchant leur hémoglobine. Nor- souris. Quand pensez-vous pou-
occlusions dans les
a en effet observé, lors de l’au- malement, cette hémoglobine est voir le tester chez l’homme ?
topsie d’une patiente atteinte à recyclée par l’organisme grâce
vaisseaux. Or, l’inté- D.T. : Dans nos expériences, nous
la fois de drépanocytose et d’un à une enzyme baptisée “hème rieur des tumeurs est avons utilisé comme source
cancer du col de l’utérus, l’ac- oxygénase”. Or, non recyclée, souvent pauvre en de cellules drépanocytaires
cumulation de globules rouges l’hémoglobine devient toxique. oxygène. Dès lors, le sang de patients malades.
drépanocytaires dans les pe- Nous avons donc aussi injecté pourquoi ne pas injec- Mais pour des raisons éthiques
tits vaisseaux de la tumeur. Si dans la tumeur une molécule ter ces globules et pratiques, il serait impos-
ce chercheur n’a pas vu là une inhibant le recyclage… Les cel- malades dans une sible d’utiliser cette source de
piste thérapeutique… moi, oui ! lules cancéreuses n’y survivent tumeur pour provo- globules rouges à plus grande
Mais il me fallait démontrer pas. C’est la deuxième étape : la quer sa destruction ? échelle. Avant de pouvoir
que ces cellules anormales pou- tumeur asphyxiée est intoxiquée. mettre au point un traitement,
vaient devenir des armes de des- il nous faudra d’abord réussir à
P.da sIlva/PolarIs

truction des tumeurs. J’ai donc S&V : Quels types de tumeurs générer ce type de cellules par
contacté Mark Dewhirst, cher- pourriez-vous ainsi traiter ? culture cellulaire. Mais j’espère
cheur à l’université Duke, qui D.T. : La formation de caillots bien pouvoir tester le concept
possédait dans son laboratoire de cellules drépanocytaires n’a chez l’homme d’ici 5 à 10 ans.
les outils nécessaires. lieu qu’en milieu hypoxique, Propos recueillis par C.H.

42 I SV I M a r s I 2 0 1 3
Avril 2013 : Science & Vie
est le premier magazine de vulgarisation scientifique en Europe
et dans la sphère Francophone
(336 042 exemplaires diffusés payés mensuellement).

Fêtez avec nous un siècle de science et de progrès.


En kiosques le 27 mars :
Le numéro du centenaire et la réédition du numéro 1

En kiosques le 10 avril :
L’édition spéciale
« Un siècle de science vu par Science & Vie »

Sur internet :
Science-et-vie.com

Avec la rédaction :
Colloque Université de la Terre
samedi 27 avril – UNESCO – Paris
actus
médecine les clés pour comprendre

PILULES
POURQUOI ELLES
FONT SCANDALE
Si le risque vasculaire que font courir les pilules de 3e et 4e généra-
tions est connu depuis 20 ans, il aura fallu attendre 2012 pour que
le contraceptif n° 1 des Françaises soit remis en cause. Explications.

Le terme “scandale” n’est pas boratoires producteurs, l’argu- Mais le message n’a pas été en-
usurpé. Pendant trente ans, des mentation repose sur une meil- tendu. Les prescriptions de pi-
millions de jeunes filles se sont leure tolérance (moins de prise lules 3G  et 4G ont continué à
vu prescrire des pilules contra- de poids, diminution de l’acné, augmenter sans que soit propo-
ceptives dites de 3e et 4e généra- des douleurs ou saignements…). sée, la plupart du temps, d’alter-
tions (3G et 4G) qui les exposent Mais en réalité, aucune étude n’a native aux patientes.
à des risques d’accidents vascu-
laires deux fois plus importants
jamais confirmé ces prétendus
bénéfices des 3G et 4G pour l’en- REPÈRES “Nous attaquons les labora-
toires, mais nous tenons aussi
que les pilules de 2e génération semble des patientes. En 1995, des études les médecins pour respon-
(2G)… sans qu’elles en retirent Parce que pour une minorité de suggèrent un risque sables”, affirme Pierre Mar-
de bénéfices supplémentaires. Et femmes ne supportant aucune plus élevé de throm- karian, père d’une victime et
il aura fallu une première plainte pilule 2G, et refusant tout autre bose lié aux pilules de 3e président de l’Association des
contre un laboratoire, déposée en type de contraception, ces deux et 4e générations. En victimes d’embolie pulmonaire.
décembre 2012 par une jeune générations de pilules pouvaient Les plaintes se multiplient de-
2000, la revue Pres-
femme victime d’un accident quand même présenter un inté- puis le début de l’année. Et
crire encourage à ne pas
vasculaire cérébral alors qu’elle rêt, la Haute Autorité de santé début janvier, les ventes de pi-
prenait l’une de ces pilules, pour
les donner en première
(HAS) n’a pas prôné, en 2007, un lules 2G étaient déjà en hausse
que la prise de conscience opère. arrêt complet des prescriptions,
intention. En 2007, et de 20 % par rapport à 2012, et
mais s’est contentée de préci- à nouveau en 2012, la celles de 3G en baisse de 6 %.
PAS “EN PREMIÈRE INTENTION” ser qu’elles “ne peuvent être Haute Autorité de Aujourd’hui, une seule pilule a
Cette augmentation du risque recommandées aux utilisatrices santé fait de même. En été suspendue : Diane 35. C’est
n’est pas une découverte, elle en première intention”. Autre- décembre 2012, une un cas à part. Cet anti-acnéique
fait même l’objet de publica- ment dit, aucune pilule 3G (les première plainte est n’aurait en effet jamais dû être
tions régulières depuis 1995. 4G n’ont pas été évaluées par la déposée contre un prescrit en tant que contraceptif.
Alors pourquoi les prescrire ? HAS) ne doit être proposée avant fabricant pour atteinte Dommage qu’il ait fallu attendre
Pour les gynécologues et les que ne soient testés d’autres involontaire à l’inté- qu’un scandale éclate pour que
visiteurs médicaux des la- moyens de contraception. grité de la personne. les choses bougent enfin… E.A.

44 I SV I M a r s I 2 0 1 3
Les pilules sont surtout
composées de…
Il existe quatre … progestatifs
qui varient selon
générations de pilules… les générations :
Les pilules contraceptives sont Pilules 2G
pour la plupart composées de deux Levonogestrel…
types d’hormones : un œstrogène, Pilules 3G
l’éthinylestradiol (EE), qui bloque Desogestrel,
l’ovulation ; et un progestatif, qui Gestodène…
varie selon les générations de pilule Pilules 4G
et modifie la muqueuse utérine de Drospirenone…
… et d’œstrogènes :
manière à empêcher un éventuel
ils sont identiques
embryon de se fixer.
d’une pilule à l’autre

… dont les deux


A partir de 2010, les pilules
3G et 4G sont majoritaires
dernières (3G et 4G)
40
sont les plus prescrites
Les prescriptions de pilules dernières
35 générations étaient en hausse
Nombre de boîtes
en millions par an

30 constante jusqu’en 2012 (les pilules


3G étant environ 3 fois plus prescrites
25 que les 4G). Elles sont surtout admi-
20 nistrées par les gynécologues, alors
que les pilules 2G le sont plutôt par les
08

09

10

11
07

20
20
20

20

généralistes. Les pilules 1G ne sont,


20

PILULES 2G elles, quasiment plus prescrites.


PILULES 3G ET 4G
source : ansm.santé.fr

Des millions de jeunes Le risque de thrombose veineuse


augmente avec les pilules 3G et 4G
femmes se sont vu
prescrire, sans que leur Elles exposent pourtant

source : martínez et aL., février 2012


soit proposée d’alter- à un plus grand risque d’accident
native, un contraceptif vasculaire… 2
les exposant à un risque Depuis 1995, de nombreuses études l’ont montré : les pi-
thrombose veineuse

vasculaire plus élevé. lules 3G et 4G, du fait du type particulier de progestatifs


Risque relatif de

qu’elles contiennent, exposent à un risque de formation 1


d’un caillot dans les veines (thrombose veineuse) environ
deux fois plus important que les pilules 2G. Le risque lié
aux pilules 2G, surtout important la première année de 0
traitement, est par contre à relativiser étant donné les
De 3G) e

(4 ne
G l

Dr (3G rel
(2 tre

( èn

nombreux bénéfices de la pilule. Et le risque de thrombose


G)
Ge )

no
)
st
od
es

ge

re
og

st

est 3 fois plus important pendant une grossesse.


pi
so
n

os
vo
Le

Les effets secondaires ne sont


pas significativement réduits…
au contraire, ils augmentent … et aucun de leurs bénéfices
2
prétendus n’a jamais été démontré
M.KONTENTE - rOZE/aNDIa

…d’effets … de saignements Les pilules 3G et 4G sont censées être mieux tolérées


Risques relatifs…

secondaires irréguliers
1
par les patientes (diminution de l’acné, des douleurs mens-
truelles et de la prise de poids, régularisation du cycle...).
En réalité, aucune étude ne vient étayer la plupart de ces
arguments. Et une analyse globale de la littérature scienti-
0
fique ne permet pas, selon la Haute Autorité de santé, de
conclure à des différences.
3G

3G
2G

2G
4G

4G

source : Lawrie et aL., mai 2011

2 0 1 3 I M a r s I SV I 45
actus
technos

A l’intérieur de
cette puce nano­
photonique, les don­
nées transitent sous
forme de photons (via
des guides optiques,
en bleu) et d’élec­
trons grâce aux fils
IBM

de cuivre (en jaune).

46 I SV I M a r s I 2 0 1 3
ÉLECTRONIQUE

CETTE NANOPUCE VA DOPER


LE TRANSFERT DE DONNÉES
Avec Internet et la multipli- puce nanophotonique au dité de la puce, qui peut IBM avait déjà démontré la
cation des applications, les monde ! “Nano”, pour la transférer d’importants faisabilité technique de ce
réseaux doivent transmettre taille réduite de ses com- volumes de données à la composant en 2010. Désor-
des quantités toujours plus posants. Et “photonique”, vitesse record de 25 Gbit/s mais, comme la méthode
importantes de données. parce que ces derniers sont (25 x 109 bits par seconde), utilisée pour fabriquer cette
Comment éviter la conges- capables de transmettre les contre quelques Gbit/s pour nanopuce est standard (elle
tion ? En optimisant la fa- informations sous forme les puces actuelles. Les est gravée en 90  nm), elle
çon dont leurs composants d’impulsions lumineuses chercheurs estiment même est prête à être commercia-
communiquent entre eux, (des photons), et non plus qu’en multipliant les canaux lisée, et ce à moindre coût.
répondent les scientifiques uniquement de signaux de transfert de données à Elle pourrait être intégrée
américains d’IBM. Au terme électriques. La combinai- l’intérieur d’une puce, ils prochainement dans des
de dix ans de recherche, ils son de circuits électriques pourront atteindre un débit serveurs informatiques ou
ont mis au point la première et optiques accroît la rapi- de plus de 1 térabit/s (1012) ! des supercalculateurs. L.B.

2 0 1 3 I M a r s I SV I 47
actus
technos

AÉRONAUTIQUE

LE DIRIGEABLE DU FUTUR EST PRÊT


Cet Aeroscraft ML866, long altitude constante, ce mo- ce qui l’empêche de déri- serait capable de transpor-
de 79 m, est le premier pro- dèle, conçu par la société ver. Et inversement durant ter jusqu’à 66 t de charges
totype de véhicule aérien à californienne Aeros Corpo- les phases de chargement et – voire 500 t pour les pro-
flottabilité variable. Alors ration, utilise un système in- de vol. Autre atout : il peut chains modèles. De plus,
que les dirigeables clas- terne autocontrôlé. En com- décoller et atterrir vertica- il engendre moins d’émis-
siques et hybrides néces- pressant de l’hélium dans lement. Doté d’une coque sions que les méthodes tra-
sitent un système de ballast l’aéronef au fur et à mesure rigide en fibre de carbone ditionnelles de fret aérien.
externe (un contrepoids) de son déchargement, la et aluminium, l’engin, qui De quoi envisager des appli-
quand ils sont à vide, pour coque se charge d’air et l’ap- effectuera bientôt ses pre- cations commerciales, mili-
rester à une pareil devient plus lourd, miers essais en extérieur, taires ou humanitaires. J.J.

IMAGERIE

RIEN N’ÉCHAPPE À LA CAMÉRA


Après cinq ans de travaux, de détecter l’empreinte de
une équipe de l’Ecole des matériaux ou des traces de
matériaux de l’université produits chimiques : cocaïne,
de Manchester (Angle- métaux précieux, matières
terre) vient de mettre au radioactives… Y compris
point une caméra 3D à de très faibles quantités.
à rayons  X. Capable Pour mettre au point cette ca-
Sur cette image de réaliser des carto- méra, les chercheurs ont dû
d’une clé USB prise graphies en couleurs et produire des rayons X sans
par la caméra, chaque presque en temps réel synchrotron, un instrument
couleur correspond à d’objets, elle permet très encombrant. Pour cela,
un matériau différent.

48 I SV I M a r s I 2 0 1 3
en
bref
0PTIQUE
UN FIL
ÉLECTRIQUE…
ÉLASTIQUE !
UN CAPTEUR COMPRESSE
En insérant un alliage DIRECTEMENT LES IMAGES
métallique liquide Il ne ressemble en rien aux capteurs de nos appareils
dans une gaine de photos numériques. Le composant mis au point par une
polymère élastique, équipe de l’université Duke (Etats-Unis) est beaucoup
une équipe américaine plus simple. C’est un fin ruban (40 cm de longueur pour
a fabriqué un fil élec- 1 cm de largeur), qu’il suffit de placer devant une scène
trique qui peut s’étirer éclairée par des micro-ondes pour prendre un cliché. Il ne
jusqu’à 8 fois sa taille ! requiert ni lentille ni élément mécanique. Mieux, il com-
Il pourrait remplacer presse directement l’image, sans recourir à un format de
le cordon des casques compression similaire au JPEG. Des particularités dues à
audio ou être intégré la présence, à sa surface, d’un “métamatériau”, fabriqué
dans des textiles élec- pour présenter des propriétés électromagnétiques éton-
troniques. L.B. nantes. Celui-ci agit comme un filtre : il sélectionne les
fréquences reçues par le capteur. Le nombre de mesures
LA STATION est ainsi restreint, ce qui revient à compresser physique-
SPATIALE ment l’image. Un ordinateur recalcule ensuite les images
VA GONFLER grâce à un algorithme, au rythme de 10 images par
En 2015, la Station seconde, capture comprise. Un tel capteur détecte des
objets métalliques ou qui réfléchissent les micro-ondes.
spatiale internationale
Peu coûteux, il pourrait servir à la fabrication de sys-
devrait s’agrandir
tèmes anticollision pour les voitures. “L’imagerie médi-
grâce à un module
cale, dont certaines techniques utilisent déjà la compression
gonflable. Conçue par
d’images, pourrait aussi bénéficier de notre approche”,
Bigelow Aerospace,
estime Tom Driscoll, membre de l’équipe. O.L.
cette extension longue
de 4 m sera déployée
sur place. La Nasa tes-
tera pendant deux ans
sa résistance et son
Baptisé “Pelican”,

aErOsCraFT - UNIVErsITY OF MaNCHEsTEr - L.TODD/DUKE PHOTOGraPHY


étanchéité, avant
cet aéronef de 79 m est d’envisager une struc-
le premier à disposer
ture plus large. S.F.
d’un système de ballast
interne autocontrôlé.
DES CELLULES
SOLAIRES
AMOVIBLES
En retirant, à l’aide
d’un adhésif, de fines
3D À RAYONS X couches d’un sandwich
de silicium, nickel et
ils ont eu recours à des semi-
plastique, des cher-
conducteurs en cadmium-
zinc-telluride (CZT), qui
cheurs de l’université
permettent de réaliser des Stanford ont fabriqué
images par rayons  X à des des cellules solaires
amovibles, ayant un Ce ruban de 40 cm x 1 cm est
énergies très élevées. Les un capteur qui fonctionne sans
principaux débouchés envi- rendement de 7,5 %.
lentille et compresse les images
sagés ? L’imagerie médicale, Après chauffage, elles
en même temps qu’il les saisit.
la détection aux portiques peuvent être collées
des aéroports et l’explora- sur n’importe quel
tion géophysique. E.T.-A. matériau. S.F.

2 0 1 3 I M a r s I SV I 49
| À la
Une
|

50 I SV I M a r s I 2 0 1 3
Communication, odorat, mémoire…

l’IntellIgence
des plantes
enfIn révélée
Qui l’eût cru ! Les plantes ont le sens de l’ouïe, elles savent
se mouvoir et communiquer, elles ont l’esprit de famille et
elles ont même de la mémoire ! En un mot : ce sont des êtres
“intelligents”. Telle est l’étonnante découverte de biolo-
gistes, dont les travaux révolutionnent totalement notre
regard sur le monde végétal. Mieux, ils le réhabilitent dans
l’ordre du vivant.

C’était il y a juste trente ans. Alors L’expérience, publiée dans Science


qu’il est en pleine conversation avec en juillet 1983 sous leurs deux signa­
ses étudiants, le téléphone de Jack tures, inaugure un complet boule­
Schultz, biologiste à l’université versement du regard de la science
américaine de Dartmouth, sonne. Au sur l’univers végétal. En trois décen­
bout du fil, Ian Baldwin, chimiste nies, les plantes vont passer du sta­
doctorant âgé d’à peine 25 ans, que tut d’automates rudimentaires à celui
Schultz a recruté pour vérifier ce qui, à d’organismes à la complexité compa­
l’époque, semble une hypothèse folle : rable à celle des animaux ! Sensibilité
l’existence d’une télécommunication hors normes, capacités de réaction et
chimique entre végétaux. Le résultat de communication multiples, liens
grésille dans le combiné : les arbres sociaux variés… Le comportement
testés se sont bel et bien transmis un des arbres et herbacées se révèle au­
signal d’alerte par voie aérienne. Bald­ jourd’hui si subtil qu’il serait aisément
win, bouleversé, parvient seulement qualifié d’intelligent s’il était l’œuvre
M. SaeMann

à articuler : “Les peupliers parlent.” d’un de ces êtres que l’on dit animés.
Schultz se fige. Ainsi commencent les “Les physiologistes végétaux ont
Par Yves sciama révolutions scientifiques. mis vingt ans à cesser de ricaner →

2 0 1 3 I M a r s I SV I 51
| À la
Une
|
LES PLANTES
UNE COMPLEXITÉ
Organe
photosynthétique
CACHÉE...
Deux traits fondamentaux
caractérisent les plantes et les
distinguent des animaux. Le
premier est la photosynthèse,
qui leur permet d’accéder à
l’énergie solaire, les délivrant du
Tissus besoin de se nourrir d’autres
conducteurs organismes. Le second est lié au
premier : c’est la fixité. Des
feuilles, une tige et des racines,
voilà donc leur structure de
base, avec des variations innom-
brables. C’est cette fixité qui est
la cause de l’extrême complexité
Organe des végétaux : ils sont obligés de
de fixation trouver des réponses métabo-
liques aux dangers qui les
menacent. Ce qui explique pour-
Organe quoi les plantes ont davantage
d’absorption
de gènes que les animaux…
Ainsi le riz en a-t-il deux fois
plus que l’homme !

→ de la notion de communication Pour parler de ce qu’elles font, il fal- plantes avec des gènes surexprimés,
végétale !, se souvient Ian Baldwin, lait utiliser du jargon comme ‘plasti- ou éteints, qui renseignent sur leur
aujourd’hui directeur de laboratoire cité adaptative’, résume James Cahill, fonction. Des dispositifs de plus en
à l’Institut d’écologie chimique Max- jeune professeur à l’université cana- plus ingénieux permettent d’épier les
Planck, en Allemagne. Car, au fond, dienne d’Alberta. Enfin, depuis dix racines, dont le rôle est essentiel. Les
cette révolution est venue de spécia- ans, on ose dire ‘comportement végé- films en accéléré, qui rendent percep-
listes du comportement animal, no- tal’. Et des groupes comme le mien étu- tibles les mouvements des végétaux,
tamment David Rhoades, qui nous a dient les plantes en posant les mêmes se sont généralisés…
inspiré notre expérience. Ils se sont mis questions que si elles étaient des ani- Cette exploration des capacités senso-
à s’intéresser aux plantes et ont exporté maux, cherchant non seulement le rielles et comportementales des plantes
leurs méthodes dans une discipline qui comment, mais le pourquoi.” a d’abord révélé l’extrême sensibilité
n’était pas la leur.” Ainsi s’est peu à végétale, “com-
peu constituée une nouvelle branche
de la physiologie végétale, inspirée
PENDANT VINGT ANS BEAUCOUP parable, voire su-
périeure à celle
de la zoologie et basée sur l’observa- ONT RICANÉ, MAIS AUJOURD’HUI ON des animaux”, as-
tion objective du comportement des SAIT QUE LES PLANTES PARLENT ! sène Ian Baldwin.
plantes. Leur but : comprendre leurs A ce jour, plus de
réactions, en chercher les ressorts, La greffe a profité des progrès tech- 700 sortes de capteurs sensoriels diffé-
questionner leur utilité écologique, nologiques : c’est grâce à eux que le rents ont été recensés chez les plantes :
leur origine évolutive et les raisons changement dans les mentalités a pu mécaniques, chimiques, lumineux,
pour lesquelles elles ont été sélection- devenir tangible. La chromatographie thermiques… et ils sont en général plus
nées… Autrement dit, une véritable en phase gazeuse a permis l’analyse sensibles que les nôtres. Concernant la
“éthologie végétale”, une expression des concentrations ténues des compo- lumière, les plantes détectent à la fois
encore difficile à faire accepter. sés émis par les plantes, qui jouent un des longueurs d’ondes (dans l’ultravio-
“Dans les années 1990 encore, les rôle crucial pour la communication. let et dans l’infrarouge) que nous ne
plantes étaient fondamentalement Les avancées fulgurantes des biotech- voyons pas, et des intensités si faibles
vues comme des objets quasi inertes. nologies permettent de fabriquer des qu’elles nous sont imperceptibles. Et

52 I SV I M a r s I 2 0 1 3
... ENFIN RÉVÉLÉE
PAR LES NOUVELLES
TECHNOLOGIES
Les chercheurs accèdent enfin à toute
la complexité du monde végétal grâce
aux nombreux progrès technologiques
de ces dernières années.

La chromatographie en phase gazeuse (en haut) permet


aujourdÕhui de séparer les composants des mélanges volatils
de molécules et de les ÒtrierÓ. Soumises à un spectromètre de
masse (à droite), ces molécules sont ensuite identifiéesÉ
Grâce à ces deux technologies, on sait désormais comment les
plantes communiquent ou se défendent de leurs prédateurs.

Avec lÕavènement des biotechnologies, et en fabriquant


des plantes OGM dépourvues ou enrichies dÕun gène précis
(à gauche, du riz), les chercheurs sont à présent capables de
décrypter leur r™le exact dans le métabolisme de la plante.

leur sens du toucher est sidérant : elles se saturer de composés toxiques sans Des comportements aussi sophis-
réagissent à des effleurements insen- que son apparence change : une bouf- tiqués interrogent. Peut-on parler de
sibles et détectent la moindre inclinai- fée de vent, une morsure d’insecte, un “cognition végétale” ? Si l’intelligence
son des branches ou des racines. Quant rayon de soleil… au moindre événe- se mesure à de telles capacités d’adap-
à la chimie, c’est leur grande spécialité : ment, des milliers de gènes végétaux, tation aux événements, peut-on com-

CORBIS - S.ELLERINGMANN/LAIF/RÉA - S.DORING/FOCUS/COSMOS - N.ENKER/LAIF/RÉA


dans un pré où le nez humain ne sent restés à l’affût, s’allument, fournissant parer leurs capacités intellectuelles à
rien, elles captent en continu des cen- à la demande leurs précieux services. celles de certains animaux ? Et si les
taines de signaux, comme autant d’in- plantes sont si intelligentes, où se si-
dices de ce qui se passe autour. UNE PANOPLIE DE COMPORTEMENTS tue leur cerveau ? Par ailleurs, de telles
Au-delà de la perception, l’éthologie Certains de ces services concernent découvertes ne nous invitent-elles pas
végétale a surtout révélé que les plantes la communication. Grâce aux bou- à revoir nos classifications, nos pra-
agissent, loin de l’image d’objet inerte quets de composés qui s’envolent du tiques agricoles, nos politiques de
qui leur colle à la peau, en modifiant feuillage ou des signaux chimiques conservation des plantes menacées ?
sans cesse leur forme et leur composi- émis par les racines, les plantes s’en- En attendant les réponses, force est
tion chimique. “Leurs actions passent voient des messages à elles-mêmes de constater que le butin des dernières
inaperçues parce que leurs mouve- d’une branche à l’autre, “parlent” à années de recherche en éthologie végé-
ments sont trop lents pour nous, et leurs congénères alentour, convoquent tale est déjà fabuleux. Des expériences
que la chimie est invisible sans instru- les insectes prédateurs de leurs agres- très variées, réalisées un peu partout
ments”, explique Stefano Mancuso, seurs. Et ce n’est pas tout. “Elles ont un dans le monde sur différentes espèces,
professeur à l’université de Florence. comportement social, s’enthousiasme révèlent tout une panoplie de compor-
On mesure mieux aujourd’hui leur Stefano Mancuso. Elles distinguent le tements qu’il est difficile de ne pas qua-
capacité de mouvement, le nombre de soi du non-soi, les membres de leur lifier d’intelligents. Pour en juger, les
gènes impliqués, les multiples cap- espèce des autres, et rivalisent plus ou pages qui suivent vous invitent dans
teurs qui leur indiquent leur posture, moins âprement avec leurs voisines se- les coulisses enfin révélées de nos
les petits “moteurs” moléculaires qui lon leur degré de parenté. En ce sens, jardins, prairies et forêts. Nous nous
les animent… Et on sait qu’une plante on peut même dire qu’elles forment y sommes trop longtemps promenés
peut bouleverser son métabolisme et des familles ou des tribus…” ignorants des prodiges qui s’y trament.

2 0 1 3 I M a r s I SV I 53
| À la
Une
|
INTELLIGENCE DES PLANTES 11 CAS D’ESPÈCE

Les arbres savent


très bien se mouvoir
Certes, ils demeurent les racines ancrées dans le sol. mais,
même si cela reste invisible à l’œil nu, les arbres ne cessent
de bouger ! armés d’accélérateurs de particules, et via des
techniques d’analyse d’images mises au point pour étudier
la mécanique des fluides, les biophysiciens sont désormais
capables de suivre à l’échelle de la cellule, voire de la molé-
cule, ces mouvements végétaux au fur et à mesure qu’ils
se produisent. Et ils découvrent toute la complexité de la
dynamique d’un arbre. Les cellules qui constituent son
tronc s’allongent et se ramassent en permanence pour
corriger sa posture, se servant de la pression qui règne en
leur sein comme d’un moteur. En mesurant les dimensions
du réseau de cellulose qui structure la paroi des cellules du
COrBIs - a.COOPEr/COrBIs - m.KONTENTE

bois, Bruno Clair, de l’université de Kyoto (Japon), a mon-


tré que le pas du réseau (l’espace entre deux cellules)
augmente et se réduit en fonction de la
BiophyS. J. 91 (3), 2006

Le réseau de cellulose
Source : B. clair et al.,

pression (voir ci-contre). La paroi joue


du bois se contracte et se
donc un peu le rôle d’un muscle. “On a détend comme un muscle
beaucoup négligé la motricité des arbres Bois tendu pour
parce qu’on la confondait avec la crois- se redresser
sance, précise le chercheur. Les arbres ne Bois relâché
poussent pas seulement : ils se meuvent Espace entre
2 cellules
pour s’adapter à leur environnement.” 0,256 0,257 0,258 0,259 0,260 (nm)

54 I SV I m a r s I 2 0 1 3
Ils possèdent le
sens de l’équilibre
Les biologistes avaient déjà été bluffés en découvrant,
dans les années 1990, l’oreille interne des arbres :
certaines cellules abritent des grains d’amidon qui,
se déplaçant en fonction de la gravité, les informent de
leur inclinaison. Bruno moulia et son équipe de l’Institut
national de la recherche agronomique à Clermont-
Ferrand ont montré qu’en plus, les arbres perçoivent
la forme de leur corps. En étudiant le comportement de
onze variétés de végétaux dont la tige était tordue à la
base et en modélisant les forces qui s’exercent sur eux,
les biophysiciens se sont aperçus que la seule informa-
tion donnée par la gravité ne peut suffire à ce qu’ils
poussent verticalement. “Une pousse tordue à la base
ne peut se redresser complètement puisque ses racines
la maintiennent penchée, précise le chercheur. Les cellules
qui perçoivent la gravité lui envoient donc en permanence
le signal qu’il faut corriger sa position.” Conséquence,
si la plante ne percevait que la gravité, elle devrait osciller
constamment sur toute sa hauteur, se débattant pour
devenir droite sans jamais y parvenir. Or, les pousses
atteignent très vite une position d’équilibre, en concen-
trant la courbure à leur base (voir figure). Les arbres dis-
posent en effet de capteurs qui mesurent la variation de
la pente le long de leur tige : leurs cellules s’influencent
de proche en proche le long du rayon de la tige et sont
ainsi capables de sentir sa courbure locale. “Nous avons
été émerveillés de découvrir cela, relate Bruno moulia.
Au cours de l’évolution, les végétaux ont ‘trouvé’ le moyen
de contrôler leur
mouvement global C’est grâce à ses capteurs de courbure
que l’arbre atteint l’équilibre
avec une perception
locale. On ne pensait
pas que cela soit
possible !”

Sans capteurs Avec capteurs


Source : r. BaStien et al., PnaS, 2012

2 0 1 3 I m a r s I SV I 55
| À la
Une
|
INTELLIGENCE DES PLANTES 11 CAS D’ESPÈCE

Le tabac peut appeler


à la rescousse
Attaquées par des insectes, certaines plantes préviennent leurs
gardes du corps : elles envoient des messages chimiques au préda-
teur de leur agresseur. Ian Baldwin est le spécialiste du combat
entre le tabac sauvage Nicotiana attenuata et les chenilles. A l’Insti-
tut Max-Planck d’écologie chimique, son équipe a montré que les
composés HIPV émis par le tabac dopent l’efficacité de chasse de
la punaise Geocoris, justement friande de chenilles. Lorsque les
gènes codant pour ces HIPV sont supprimés, la plante est deux fois
plus parasitée, ce qui divise par deux ses capacités de reproduction.
La mettant au même niveau que les plants qui ne sont pas proté-
gés par les punaises. Et Nicotiana attenuata dispose d’autres atouts.
Quand des chenilles de Manduca sexta Le tabac “marque”
éclosent sur ses feuilles, elle leur fait goûter la chenille d’une odeur
des trichomes, de fines excroissances char- qui attire ses prédateurs
gées de sucres O-acyl. Un piège ! Car aussitôt 6 Concentration de composés
odorants émis par les larves
après l’ingestion, les chenilles émettent une (micro-
odeur bien précise (voir graphe)… attirant la 3 grammes/2 h)
punaise Geocoris, mais aussi la fourmi Pogo-
nomyrmex, qui va remonter la piste odorante 0
laissée par les déjections des chenilles. Tabac normal Tabac sans trichomes
Source: A. Weinhold et
Al., PnAS 108 (19), 2011
J.BAXTER - GETTY - M.KONTENTE
Et il sait se
défendre tout seul
On savait que les acacias ou les peupliers, broutés par
des ruminants, produisent des tanins qui rendent leur
feuillage moins ragoûtant. mais c’est surtout envers
leur ennemi le plus commun, les insectes herbivores,
que les plantes révèlent l’étendue de leur science de
l’empoisonnement. après vingt ans de travaux, Ian
Baldwin a dénombré près de 950 composés que le
tabac sauvage, Nicotiana attenuata, produit en réaction
à une agression. si certains sont des toxiques connus,
comme la nicotine, un paralysant musculaire puissant
à la fois pour les insectes et les vertébrés, la fonction
de la majorité de ces composés est inconnue. sven
Heiling, de l’Institut max-Planck d’écologie chimique
allemand, vient d’en découvrir une nouvelle famille,
efficace contre la chenille Manduca sexta, un prédateur
devenu tolérant à la nicotine. Il s’agit de diterpènes gly-
cosides, auxquels on ne connais-
Un gène du tabac sait aucune toxicité… Pour
limite la croissance
des larves de chenille découvrir leur rôle, les chercheurs
1,6 ont supprimé le gène qui les pro-
1,2 Masse des larves (g) duit : ils ont alors observé que les
0,8 Tabac sans le gène
Tabac normal larves attaquant le tabac grossis-
0,4
0 saient dix fois plus (voir ci-contre).
r 4 r 7 1 0 r 1 3 Invisible, cette guerre chimique
u r
Jou Jo Jou Jou n’en est pas moins sophistiquée…
Source : S. Heiling et al.,
tHe Plant cell (22), 2010

Le tremble est doué de mémoire


Le tremble se souvient d’un coup de vent pendant met à un arbre exposé au vent de s’habituer, en
presque une semaine ! C’est le surprenant constat quelque sorte, à la sensation. Et la mémoire de
que vient de faire le biologiste Ludovic martin, de Mimosa pudica est encore meilleure. Connue pour
l’université de Clermont-Ferrand. Trente minutes replier instantanément ses feuilles lorsqu’elle est
après que la branche de l’arbre a touchée, cette plante se replie aussi en hâte lorsque
Abondance de produit synthétisé par le gène été pliée, l’expression d’un gène, son pot est soulevé brusquement. Or, comme l’a
déclenché par la torsion (coup de vent)
300 jusqu’alors inactif, se déclenche. montré une expérience toute simple effectuée à
Source : l. Martin et al.,
J. of exP. Botany, 2010

Le tremble se Cependant, lorsque la torture se l’université de Florence (Italie), si on la soulève cinq


souvient de la
200
torsion et s’habitue répète chaque jour, ce gène cesse ou six fois d’affilée, ce comportement disparaît…
à cette sensation de s’exprimer (voir figure). Et il bien qu’elle continue à replier ses feuilles en cas de
100
faut attendre entre cinq et sept contact. “Le mimosa a ‘appris’ qu’être soulevé n’est
0 jours de repos pour qu’il soit prêt pas dangereux, donc il cesse de se replier”, interprète
m oin sion 1 ion 2 ion 3 ion 4 ion 5 à se déclencher à nouveau. Ce le directeur du laboratoire, stefano mancuso. La
Té Tor s s s s
Tor Tor Tor Tor souvenir de la torsion subie per- plante retient cette leçon environ quarante jours.

2 0 1 3 I m a r s I SV I 57
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Une
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INTELLIGENCE DES PLANTES 11 CAS D’ESPÈCE

Le concombre anguleux
a le sens du toucher
Le concombre anguleux Sicyos angulatus rapporte qu’en déposant un fil d’un poids
n’a pas l’équipement enzymatique néces- de 0,25 gramme sur la vrille, on provoque
saire à la fabrication du bois : s’il s’élève son enroulement. En comparaison,
de plus d’une trentaine de centimètres, sa un doigt humain ne parvient à détecter un
D.DONaDONI/aGE FOTOsTOCK - Dr - m.KONTENTE

tige ploie et le malheureux se retrouve au fil identique que lorsque son poids atteint
ras du sol, confiné dans une lumière 2 grammes. Gabriele monshausen,
médiocre. Il doit donc s’agripper à de l’université du Wisconsin à madison
d’autres plantes pour s’élever. afin de les (Etats-Unis), a identifié des
trouver et de s’y accrocher, Sicyos a déve- protéines membranaires sus- Chaque contact induit
une réaction chimique qui
Source : G. MontShauSen

loppé des organes d’une sensibilité au ceptibles d’expliquer cette “informe” le concombre
et al., trendS in cell

toucher fantastique : les vrilles, qui, telles sensibilité : à chaque stimula-


(flux d’ions calcium)

des mains aux longs doigts déployés, tion mécanique (voir


Luminescence

bioloGy, 2009

tournoient en s’allongeant, cherchant la schéma), elles libèrent un flux


rencontre avec un support salvateur d’ions calcium, détecté par
autour duquel s’enrouler. Daniel Chamo- luminescence, qui “informe” Stimulation mécanique Choc 0 °C
vitz, de l’université de Tel aviv (Israël), la cellule du contact. (témoin)

58 I SV I m a r s I 2 0 1 3
La cuscute a le sens de l’odorat
Pour la cuscute, c’est une question de sain et un autre attaqué par des bac- En présence d’une tige de
survie. Dépourvu de chlorophylle, ce téries, elle fond sur la tomate saine, à tomate parfumée (B), la cuscute
parasite doit trouver une proie dans les l’odeur plus appétissante… Combien concentre sur elle ses attaques
soixante-douze heures suivant sa germi- de composés ce “nez” végétal peut-il
nation, puis s’allonger vers elle jusqu’à y détecter ? Jusqu’à quelles concentra-
enfouir sa pointe et en sucer la sève. tions ? Grâce à quels capteurs ? On
Consuelo de moraes, biologiste à l’uni- l’ignore encore…
versité de l’Etat de Pennsylvanie, a A B
découvert la technique de chasse de ce Source : J. runyon
et al., Science 313, 2006
“vampire” végétal : Cuscuta pentagona
flaire sa proie. La preuve ? sans victime
à sa portée, la tige s’allonge au hasard
dans une direction ; mais qu’un plant de
tomate se trouve à proximité, et la cus-
cute l’attaque en une vingtaine d’heures
à peine, et ce 9 fois sur 10 (voir schéma).
Plus éloquent encore : elle fonce avec la
même fougue sur un leurre parfumé à
l’extrait de plant de tomate ! Placée à mi-
chemin entre un plant de blé et un plant
de tomate, la cuscute se dirige toujours
vers la juteuse tige de tomate ; mais s’il
n’y a que du blé, elle s’en contente. Qui
plus est, placée entre un plant de tomate

Et le maïs a le
sens de l’ouïe
Cela reste difficile à expliquer, mais les faits sont là :
le maïs capte les sons. monica Gagliano, de l’université
d’australie de l’Ouest, a fait germer des graines de maïs
dans un liquide nutritif, avant d’y émettre des sons de dif-
férentes longueurs d’onde. Or, autour de la fréquence de
200 Hz, une proportion significative des racines s’inclinait
vers la source du son (voir figure). Une telle capacité à
détecter une vibration peut se concevoir, les plantes ayant
des capteurs mécaniques qui leur confèrent un sens du
toucher (lire ci-contre). mais à quoi pourrait leur servir
l’ouïe ? “Il pourrait s’agir d’un autre mode de communica-
tion, plus rapide et moins coûteux en énergie que l’émission
de composés organiques”, ima-
trendS Plant Sc. 954, 2010
Source : M. GaGliano et al.,

gine la chercheuse, en souli- A 200 Hz, presque la moitié


des racines de maïs s’incline
gnant que les arbres émettraient vers la source du son
aussi certains sons. Cette pro-
40 %
pension à “parler”, mal étayée, 30 %
laisse sceptiques la plupart des 20 %
10 %
scientifiques. mais plusieurs 0
équipes s’intéressent déjà à 0 100 00 00 00 00 00 00 00 00
2 3 4 5 6 7 8 9
cette étrange audition végétale. Fréquence (Hz)

2 0 1 3 I m a r s I SV I 59
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Une
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INTELLIGENCE DES PLANTES 11 CAS D’ESPÈCE

Les vieux pins font


preuve de solidarité
Pour l’écologue canadienne Suzanne Simard, la chose ne fait aucun doute : les
vieux arbres maternent les plus jeunes. La chercheuse et ses étudiants ont enve-
loppé des branches de pins de l’Oregon – Pseudotsuga menziesii – dans des sacs
plastiques, où ils ont injecté du CO2 faiblement radioactif, forçant les feuilles à
synthétiser des sucres que l’on peut suivre à la trace. Compteurs Geiger à la main,
ils ont constaté qu’une partie de ce sucre marqué était transférée à de nombreux
arbres alentour, mais surtout que le transfert le plus important s’opérait entre les
M.MOFFETT/MINDEN PICTURES - M.KONTENTE

vieux arbres les plus volumineux – des “arbres-mères” – et les jeunes poussant à
leur pied, le plus souvent issus de leurs graines. La preuve d’une remarquable
solidarité entre les générations. Cette nourriture est également transportée par
A.STARTIIMAG/AGE FOTOSTOCK

les mycorhizes, des champignons du sous-sol qui relient


les racines des arbres. Suzanne Simard a ainsi pu cartogra- Chaque forêt dissimule
phier les connexions d’une parcelle (voir schéma). Et révéler un réseau souterrain
solidaire
le réseau caché des sols forestiers, cet espace souterrain Jeune
où, à travers un incroyable embrouillamini de racines entre- arbre
mêlées, les vieux arbres jouent le rôle de plaques tour-
nantes, interconnectant tous les individus et distribuant
les flux nutritifs, en particulier vers les plus jeunes. Arbre-mère
Source : S. Simard et al.,
Fungal Biology review, 2012
Le trèfle
a l’esprit
de famille
Plusieurs travaux récents le démontrent :
de nombreuses plantes sont capables
de reconnaître si leur voisin est de leur
famille ou de la même espèce. ainsi, la
botaniste américaine susan Dudley a
planté côte à côte des paires de plantes,
soit étrangères, soit issues des graines
du même individu. Quarante jours plus
tard, elle a pesé les tiges et feuilles d’un
côté, les racines de l’autre. résultats :
les plantes poussant à côté de parentes
avaient fait moins de racines (voir
graphe), préférant investir leur énergie
dans le développement de leur appareil
reproducteur. Entre sœurs, on ne se dis-
pute pas pour la nourriture… De telles
coopérations peuvent même être renfor-
cées en cas de disette. La chercheuse
estonienne anu Lepik a montré que non
seulement le trèfle commun “épargne”
les racines de ses voisins apparentés,
mais que le phénomène s’accentue
lorsque la densité d’individus s’élève.
Ce comportement serait toutefois mino-
ritaire : sur 8 espèces herbacées com-
Les plantes ont plein de munes testées, seul le trèfle montrait
une telle solidarité. Le fraisier sauvage,
moyens de communiquer lui, est sensible envers toute son espèce :
comme l’a mis en évidence l’Estonienne
Découverte depuis trente ans, la communication entre plantes par voie marina semtchenko, les racines du Fra-
aérienne s’est avérée très répandue : des expériences réalisées sur une garia vesca entrant en contact avec celles
foule d’espèces d’arbres ou de plantes herbacées démontrent qu’elles d’une autre espèce (ici, le lierre sauvage)
s’alertent par l’émission de composés volatils. mais des signaux souter- accélèrent leur croissance, alors qu’un
rains circulent aussi. Yuan song, du Laboratoire d’agriculture écologique contact avec sa propre espèce n’entraîne
de Guangzhou (Chine), l’a prouvé en 2010 sur la tomate. Lorsqu’elle aucun changement. Quant au lierre,
tombe malade, elle prévient ses voisines via un message transporté par il évite toutes les racines des voisins,
un champignon racinaire – une mycorhize. après avoir planté des quelle que soit leur espèce. Bref, sous
tomates deux par deux, le chercheur a soumis les feuilles d’une parte- terre, tout le monde tâche plus ou moins
naire de chaque couple à l’attaque d’un ravageur. de savoir à côté de qui il pousse.
Avertie par la tomate
attaquée, la tomate saine En présence du champignon racinaire, la tomate
prépare sa défense saine se met à produire des enzymes de défense, Les plantes qui poussent à côté
Source : S. DuDley et al.,

Enzymes habituellement synthétisées lors des attaques. de parentes font moins de racines
PLANTE SAINE “AVERTIE”
Biology letterS 3 (4)

de défense COMMUNICATION BLOQUÉE Taux d’investissement


produites ABSENCE DE MYCORHIZE a l’inverse, si la mycorhize est absente, ou
TÉMOIN
dans les racines
800 qu’une paroi l’empêche de relier les deux plantes, 0,5
600 les défenses de la tomate saine ne sont pas
400
200 mobilisées : le signal a été bloqué (voir figure). 0,4
0 Avec des voisins Seule Avec des
Temps (h) 20 40 60 80 100 120 140 Source : y. Song et al., PloS one 5 (10) étrangers voisins parents

2 0 1 3 I m a r s I SV I 61
| À la
Une
|
UN RÈGNE VÉGÉTAL
À REPENSER
Si le comportement intelligent des plantes
est enfin admis, les ressorts de cette intelli-
gence à part posent d’épineuses questions.
Enthousiasme et fébrilité. Voilà les cheuse. Publiée en septembre 2012,
deux mots résumant le mieux l’am- l’expérience confirme que les plantes
biance actuelle dans une biologie vé- sont capables d’être plus “partageuses”
gétale électrisée par dix ans de décou- avec leurs sœurs qu’avec les étrangères.
vertes (voir pp. 50-53), lesquelles ont Des “manips” comme celle-ci, il ne
définitivement enterré l’image dépas- se passe plus un mois sans qu’il s’en
sée de la “plante automate”. Résultat : monte une nouvelle. Ce qui ne doit
alors qu’en temps ordinaire un scienti- pas cacher la situation : énormément
fique ne s’engage que prudemment der- de questions demeurent sans réponse.
rière une hypothèse hardie, dans une Paradoxalement, la période actuelle, si
“manip” novatrice ou dans l’inven- féconde en découvertes, révèle aussi
tion d’un nouveau mot, les chercheurs l’étendue de notre ignorance, faisant
semblent ici désinhibés : ils foncent flamber des débats parfois orageux. Il
tous azimuts… et souvent avec succès ! est même rare, dans une discipline, de
Susan Dudley en apporte un témoi- voir autant de désaccords sur des su-
gnage parmi tant d’autres, elle qui jets clés entre chercheurs de premier
prouva la première, en 2007, que les Bien que controversŽe, la
plantes étaient capables de reconnaître neurobiologie vŽgŽtale est dŽsor-
leurs parentes. Elle a eu récemment, mais un domaine de recherche, qui
avec son étudiante Amanda File, l’idée Žtudie notamment les cellules ˆ
d’observer si les plantes s’associent da- lÕextrŽmitŽ des racines (ˆ g.), pos-
vantage à des champignons amis (for- sibles ÒneuronesÓ des plantes.
mant ce qu’on appelle des mycorhizes)
lorsqu’elles sont entourées de “sœurs”
plutôt que d’“étrangères”. “Une myco- venir cette faculté ? La réponse semble
rhize met en contact des plantes voi- être du côté des exsudats, ces cocktails
sines, ce qui instaure entre elles un de molécules sécrétées par les racines,
partage des ressources, explique Susan dont les fonctions sont multiples, allant
Dudley. Il s’agit donc d’une stratégie de la dissolution de la roche à la nutri-
S.MANCUSO/LINV - M.SESTINI/NEWS PICTURES

qui expose au risque d’être victime de tion des bactéries amies. Sauf qu’au-
tricheurs biologiques, et il nous sem- plan ! Certes, la vision ancienne de la cune molécule “d’identité” n’a encore
blait logique qu’une plante préfère “plante automate” est bel et bien morte. été identifiée dans les exsudats, ni pour
l’engager avec une parente.” Et les plantes apparaissent désormais la reconnaissance du soi, ni pour celle
Rapidement, les deux chercheuses extraordinairement sensibles et dyna- de parenté ou d’espèce. Les chercheurs
conçoivent un protocole à partir de miques. Mais le consensus s’arrête là, ne sont même pas sûrs que d’autres
l’ambroisie, une banale mauvaise et il est encore impossible de faire un supports que chimiques ne soient pas
herbe… et bingo ! “La réponse a portrait précis de la “plante nouvelle” impliqués : ainsi, une plante dont les
dépassé nos espérances : 154  % de qui émerge de la recherche. racines rencontrent celles d’une autre
colonisation supplémentaire par les Parmi les zones d’ombre, il y a le mé- plante génétiquement identique, mais
champignons lorsque les plantes sont canisme par lequel les plantes se re- physiquement séparée (une bouture),
parentes !”, s’étonne encore la cher- connaissent entre elles. D’où peut leur la traite comme une étrangère.

62 I SV I m a r s I 2 0 1 3
De même, l’échange de messages ses sceptiques et ses partisans. Susan ne plus émettre de composés volatils
entre végétaux, s’il est prouvé, n’en Dudley fait partie des premiers, arguant baptisés GLF, les plants de tabac sau-
reste pas moins énigmatique. On sait que seuls deux récepteurs de signali- vage réduisent considérablement leur
que les plantes émettent des composés sation aérienne entre plantes ont été propre activité génétique. “Le silence
volatils en permanence, et qu’à chaque identifiés au bout de trente ans de re- de leurs voisins les fait taire, c’est donc
stress, la composition de ce “cocktail” cherche – pour l’éthylène et le méthyl- bien qu’ils entendent !, s’enthousiasme
change. Mais hormis celles destinées jasmonate. “Le langage des plantes se le chercheur. Pour l’instant, nous ne
à attirer les insectes, on ignore la fonc- ramènerait plutôt, selon moi, à l’utili- savons pas ce qui sert de nez aux
tion de ces centaines de molécules… sation d’une ou deux notes”, estime- plantes, mais je vous parie que nous
t-elle. Prudente, elle n’exclut toutefois allons découvrir cela dans la pro-
UN LANGAGE… MAIS LEQUEL ? pas que de nouveaux composés servant chaine décennie !”
Seraient-elles porteuses d’informa- à la communication soient découverts, Troisième grande incertitude, particu-
tions complexes destinées aux autres mais pense qu’il faut “commencer par lièrement polémique : les plantes ont-
plantes, constituant ainsi un véritable faire l’hypothèse de la simplicité”. elles une neurobiologie ? Soit l’équiva-
langage ? Ou ont-elles d’autres fonc- A l’inverse, Ian Baldwin a constaté lent d’un système nerveux, permettant
tions – voire aucune ? Le débat n’est pas que, placés sous le vent de congénères à l’information de circuler sous forme
tranché. La notion de langage végétal a “muets”, génétiquement modifiés pour électrique ? François  Bouteau, →

2 0 1 3 I m a r s I SV I 63
| À la
Une
|
→ directeur du Laboratoire d’élec- 6 raisons de chercher le “cerveau”
trophysiologie des membranes (LEM),
à l’université Paris-Diderot, pense que
des plantes dans leurs racines
oui. “La communication électrique Difficiles à étudier car enfouies sous terre,
chez les plantes et la circulation de les racines des plantes ont longtemps été
messages via des ondes de dépolarisa- négligées. Aujourd’hui pourtant, on exa-
mine de plus en plus leur grande sensibi-
tion membranaire ont été mises en évi-
lité et leurs comportements sophistiqués
dence il y a des années, rappelle-t-il. et souvent coordonnés. Siège d’une acti-
Et l’on sait désormais qu’il y a chez les vité chimique et électrique importante,
plantes des phénomènes d’exocytose capables d’envoyer des signaux aux tiges
et aux feuilles comme d’en recevoir, elles
et d’endocytose, soit d’expulsion et
sont vues par certains comme le “cerveau
d’absorption membranaires de molé- décentralisé” des plantes, qui contrôle
cules, qui rappellent beaucoup les sy- l’ensemble de leurs activités.
napses nerveuses des animaux. Certes,
les plantes n’ont ni neurones, ni sy-
napses, ni organe qu’on puisse quali- 1. Les racines sont
fier de cerveau ; chez elles, tout va bien toutes interconnectées
plus lentement… mais on peut bel et Les racines convergeant toutes
bien parler de neurobiologie végétale.” vers la base de la tige, chacune
d’entre elles est en relation avec
TOUJOURS TROP PEU DE PREUVES toutes les autres. Elles forment
donc un réseau où circulent sans
“Neurobiologie végétale” : le mot est cesse, dans toutes les directions,
lâché. A elle seule, cette expression a informations et nutriments.
déclenché une levée de boucliers. Et
ce, depuis qu’elle a été forgée par l’Ita- 2. Elles intègrent les
lien Stefano Mancuso, de l’université nombreux signaux reçus
de Florence, et le Slovaque František Les racines intègrent et combinent
Baluška, professeur à l’université de de façon complexe les différents
signaux qu’elles reçoivent, afin de
Bonn, cofondateurs en 2005 de la So- produire un comportement ; certains
ciété pour une neurobiologie végétale. signaux sont jugés prioritaires.
Une tribune, signée de 36 chercheurs La détection de rivales, par exemple,
issus d’institutions prestigieuses, de modifie les stratégies d’exploration.
Yale à Oxford, en passant par l’Insti-
tut national pour la recherche agrono-
mique, est aussitôt venue pourfendre
les hérétiques, coupables “d’analogies permettrait-elle de parler de neurobio- l’activité électrique d’une plante et de
superficielles” et “d’extrapolations logie végétale ? “Le problème, explique regarder le résultat, sauf à l’endom-
discutables”. Pour eux, l’activité Ian Baldwin, qui y croirait plutôt, c’est mager gravement.” Susan Dudley, elle,
électrique détectée chez certaines qu’il est difficile de prouver que l’ac- reste plus réservée sur l’existence de
plantes est trop rudimentaire et chao- tivité électrique des plantes, qui est ces signaux. Elle estime en outre que
tique pour justifier l’emploi du mot indiscutable, transmet des messages lancer des termes conflictuels comme
“neurobiologie”. Face à la polémique “neurobiologie végétale”, terme “que
déclenchée, le tandem italo-slovaque certains collègues haïssent”, pro-
et ses partisans ont finalement baissé
COMMENT UNE voque des polémiques inutiles qui
pavillon et rebaptisé leur société PLANTE PEUT-ELLE empêchent d’avancer.
“Signalisation et comportement des ÊTRE INTELLIGENTE ? Ces trois incertitudes – reconnais-
plantes”. Tout en restant persuadés TEL EST LE MYSTÈRE sance, langage chimique et neuro-
que la neurobiologie végétale existe, biologie  – s’inscrivent dans ce qui
et qu’elle finira par s’imposer. – et encore moins d’en comprendre reste le grand mystère du monde vé-
Quelques années après l’empoi- le sens. Contrairement à l’activité gétal : celui de la nature et du siège de
M.SAEMANN

gnade, le débat persiste concernant chimique, pour laquelle nous pou- l’intelligence des plantes. Comment
l’importance de la communication vons supprimer des gènes, personne intègrent-elles les centaines d’informa-
électrique entre les plantes : jusqu’où n’a trouvé le moyen d’interrompre tions qu’elles reçoivent ? Comment se

64 I SV I m a r s I 2 0 1 3
3. Elles ont un pic d’activité 5. Elles adaptent
électrique aux extrémités leur croissance
La zone de transition, située entre La croissance des racines
le 1er et le 2nd millimètre de l’extrémité varie constamment. Selon
de chaque radicelle, est parcourue par les informations reçues, elles
des courants de faible intensité. C’est changent d’orientation, accé-
la partie de la plante où se déroule lèrent, ralentissent, se rami-
la plus forte activité électrique, celle fient… En revanche, si la
qui consomme le plus d’oxygène. pointe de la racine est coupée,
la croissance est uniforme.

1 mm

Radicelle
Méristème
Zone de transition
Zone d’allongement

4. Elles échangent des signaux Canaux conducteurs


électriques et chimiques
Avec la sève circulent de multiples molé- 6. Elles sont très riches en
cules qui vont des feuilles et des tiges capteurs de toutes sortes
vers les racines, et inversement. Des On sait déjà que les racines sont
signaux électriques ont également été sensibles à la température, à l’humi-
mis en évidence, par exemple pour trans- dité, aux nutriments du sol, aux
mettre aux feuilles l’ordre d’évaporer signaux émis par leurs congénères
moins d’eau en cas de sécheresse. ainsi que par les bactéries et cham-
pignons du sol. Elles distinguent
le haut du bas, fuient la lumière, et
réagissent même à certains sons !

coordonnent-elles, se synchronisent- millimètre, où se fait l’intégration des


elles, se régulent-elles de façon opti-
male : en un mot, comment chacune
multiples informations qu’elle reçoit
(voir l’infographie ci-dessus). Stefano
DARWIN, DÉJÀ,
de leurs branches, tiges, feuilles, se Mancuso aime à montrer le film en LE DISAIT…
comporte-t-elle en tant que partie d’un accéléré d’une radicelle progressant le “C’est à peine une exagération
tout intelligent ? Peut-on faire tout cela long d’une surface plane : elle évoque de dire que la pointe de la radi-
sans un cerveau, fût-il différent ? Et si irrésistiblement un ver, ralentissant celle, ayant le pouvoir de diriger
cerveau il y a, où se cache-t-il ? périodiquement et relevant la “tête”, les mouvements des parties
A ces questions, les tenants de la la pointant à gauche et à droite, sem- adjacentes, agit comme le cer-
neurobiologie végétale ont une ré- blant humer son milieu avant de re- veau des animaux inférieurs, ce
ponse fascinante, quoique contestée partir. Chaque racine mesure ainsi en cerveau étant localisé dans la
– empruntée du reste à Darwin (voir continu au moins 15 paramètres phy- partie antérieure du corps, rece-
l’encadré ci-contre). Les plantes au- siques et chimiques, et détermine sa vant les impressions depuis les
raient un cerveau distribué, situé à trajectoire en fonction. Si l’on coupe organes des sens, et dirigeant
l’extrémité des racines. Ils argumen- l’extrémité de la racine, ce comporte- l’ensemble des mouvements”,
tent que la pointe de chaque racine ment exploratoire disparaît : l’organe écrivait, dès 1880, Charles
possède une zone dite “de transition”, continue à s’allonger en ligne droite, Darwin dans La Puissance du
située entre le premier et le second rapidement, mais il semble avoir → mouvement chez les plantes.

2 0 1 3 I m a r s I SV I 65
| À la
Une
|
→ perdu toute sensibilité à l’envi-
ronnement, sa “zone de transition”
ayant disparu.
“L’hypothèse de la racine-cerveau”,
défendue par Mancuso et Baluška, est
que puisque les centres intégrateurs de
chaque racine sont tous interconnec-
tés (car toutes les racines convergent),
ils fonctionnent en réseau. Même s’ils
sont rudimentaires et de petite taille,
leur nombre – des millions, chaque
racine étant hérissée d’une cohorte de
radicelles à peine visibles – leur per-
met d’agir comme un cerveau
décentralisé. Un cerveau dont
les propriétés restent à explo-
rer, de même que la nature On ne peut qualifier
exacte des signaux qui le par- que d’intelligents
courent – selon les deux cher-
cheurs, à la fois électriques et
des comportements animal. Or, plantes et animaux font
hormonaux –, mais qui est ca- aussi sophistiqués beaucoup de choses comparables, mais
pable de “décider” si et quand de façons très différentes. Comme l’ex-
il faut faire des réserves, deve- STEFANO MANCUSO plique Stefano Mancuso, “les plantes
nir toxique, investir dans les Cofondateur de la SoCiété pour sont des êtres fixés, incapables de fuir.
racines, se reproduire, etc. La une neurobiologie végétale Par conséquent, elles ne construisent
plante bénéficierait ainsi de pas d’organes. Elles ont une structure
l’intelligence collective de ses modulaire, un peu comme les coraux.
racines, ce qui expliquerait son com- teurs le sont”. Dans un article titré Ainsi, si un herbivore arrive et mange
portement complexe ; un peu comme “Intelligence des plantes, pourquoi, 80 % de la plante, les 20 % qui restent
une colonie de fourmis parvient à pourquoi pas, et où”, qui s’efforce survivent. C’est une différence majeure
avoir des comportements sophistiqués d’éclaircir ce débat, la chercheuse avec les animaux”. Du coup, les vé-
tandis que chaque fourmi individuelle tchèque Fatima Cvrčková déplore gétaux accomplissent leurs fonctions
n’a que des réactions élémentaires. que le mot “intelligence” soit devenu sans organes, conclut-il : “Elles res-
L’expression d’“intelligence végé- “au mieux un synonyme d’efficacité pirent sans poumons, détoxifient sans
M.SESTINI/NEWS PICTURES - S.DOERING/FOCUS/COSMOS - F.O’HARA/GETTY

tale”, naturellement, fait aussi polé- darwinienne, au pire une métaphore foie, digèrent sans intestin… et ont une
mique. Nombre de chercheurs y sous- décorative”. Mais ses efforts pour dé- intelligence sans cerveau”.
crivent, comme Ian Baldwin, qui finir des critères rigoureux, incluant Utiliser le même mot pour les deux
précise toutefois “qu’il faut prendre la mémoire et les capacités d’appren- règnes – peut-on dire que les plantes
‘intelligence’ dans le sens d’une capa- “parlent”, “coopèrent”,
cité à percevoir son environnement
et à s’y adapter finement, c’est-à-dire NEUROBIOLOGIE VÉGÉTALE : “savent”, “mémo-
risent” ?  – pose donc
dans le sens darwinien”. A l’inverse, LÂCHÉ DÈS 2005, LE TERME la vieille question du
Francis Hallé, l’un des meilleurs CONTINUE DE DIVISER droit à la métaphore en
connaisseurs français du monde végé- science. Le grand biolo-
tal, estime que “le terme ‘intelligence’ tissage, finissent par s’enliser : les giste Richard Lewontin disait : “On ne
est fâcheux. Il suppose la notion de plantes sont certes douées des deux, peut pas faire de science sans méta-
choix, alors que les plantes agissent mais sous des formes si particulières phores, mais le prix à payer est une vi-
automatiquement”. Même son de que le débat continue… gilance de tous les instants”. En géné-
cloche chez Susan Dudley : “Je n’uti- Au cœur des polémiques, il y a ral, on considère légitimes celles qui
lise pas le terme ‘intelligence’, trop d’abord le fait que les mots manquent permettent d’éclairer les observations,
chargé affectivement et mal défini. Au à cette jeune science pour décrire les de faire des hypothèses fécondes, et
mieux, on peut dire que les plantes réalités découvertes ; l’on pioche donc pas les autres – autant dire que les cri-
sont intelligentes comme les ordina- la plupart des termes dans l’univers tères sont flous…

66 I SV I m a r s I 2 0 1 3
Au mieux, disons
que les plantes sont
intelligentes comme
les ordinateurs le sont
SUSAN DUDLEY
BotanIste à l’unIversIté MCMaster
(Canada)

applications à partir de ce que nous


avons appris des plantes, estime
James Cahill, de l’université d’Alberta
(Canada). Si nous pouvions aider nos
espèces cultivées à se reconnaître et
à coopérer, tout en se montrant plus
agressives avec les mauvaises herbes,
par exemple, ou si nous pouvions uti-
liser nos connaissances sur leurs re-
lations avec les insectes pour résister
“Intelligence” a ici le sens aux ravageurs, l’agriculture en serait
bouleversée.” La biologie de la conser-
d’une capacité à s’adapter vation, qu’il s’agisse de lutte contre les
à son environnement espèces invasives ou d’adaptation au
Mais ce n’est pas qu’une changement climatique, est elle aussi
question de mots. Deux IAN BALDWIN un domaine d’application majeur
visions assez différentes CherCheur à l’InstItut Max-PlanCk d’éCologIe de cette science émergente. Stefano
prévalent aujourd’hui au ChIMIque (alleMagne) Mancuso voit encore plus loin : “Les
sein de la communauté plantes détectent les stress environne-
scientifique. Pour les uns, mentaux et les traduisent en langage
nous n’avons fait que pousser la porte. Jack Schultz, que “les plantes ne sont chimique, plaide-t-il. Décodons leur
Ceux-ci s’attendent à découvrir chez finalement rien d’autre que des ani- langage, et nous aurons des capteurs
les plantes une multitude de processus maux très lents”. naturels hypersensibles qui nous ren-
de plus en plus proches de ceux en vi- Pour les autres, à l’inverse, l’essen- seigneront sur notre environnement !”
gueur dans le monde animal : une com- tiel des grandes surprises du compor- A l’ère du choc entre une huma-
munication électrique complexe, des tement végétal serait déjà derrière nous, nité toujours plus nombreuse et une
capacités de reconnaissance sophisti- et s’il reste une infinité de choses à dé- biosphère sous stress, les plantes, qui
quées, un langage chimique très éla- couvrir, ce sera la compréhension des constituent 99 % de la biomasse du
boré, des sens inédits jusqu’ici (l’ouïe, processus déjà identifiés plutôt que des vivant, sont le socle de l’habitabilité
par exemple, ou la magnétoréception) propriétés nouvelles. de notre planète. Surmonter ce choc en
– voire d’autres capacités, aujourd’hui engageant un dialogue inédit entre les
inimaginables. A terme, on constatera LA PROMESSE D’UN DIALOGUE INÉDIT humains et les plantes, voilà au fond
que “la frontière entre plantes et ani- Lesquels ont raison ? Les années à ve- la promesse de cette révolution des
maux se brouille”, comme le dit Fran- nir le diront. Même si les progrès de sciences du végétal, née il y a trente
cis Hallé, qui assène en passant que la science se limitent à ce décodage, ans d’une expérience improbable sur

-
“si le riz a deux fois plus de gènes que les conséquences seront déjà énormes. quelques pousses de peupliers. Car
l’homme, cela montre bien qu’il est au “Nous ne sommes sans doute pas loin entre gens intelligents, l’on finit tou-
fond plus complexe”. Ou même, selon de pouvoir commencer à produire des jours par réussir à se parler.

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portraits
|

Solitaires, errant sans fin et


sans but... Les astronomes
n’en finissent plus de repé­
rer des astres qui, expulsés
de leur giron, se retrouvent
exilés dans l’espace. Or, le
fait qu’ils soient si nom­
breux leur confère un vrai
rôle dans l’Univers. Zoom
sur ces vagabonds des cieux.

PLANÈTES, ÉTOILES,
TROUS NOIRS…
PA R M AT H I L D E F O N T E Z ILS ONT LARGUÉ LES AMARRES
G.CIRADE

2 0 1 3 I m a r s I SV I 71
| Fondamental
portraits
|
ÉTOILES

Celles qui ont


été bannies
L eur destin est à pleurer. Petites planètes
errant dans le noir de l’espace interstel-
laire, étoiles arrachées à leur cocon de
poussières, trous noirs déchus obligés d’aban-
donner leur galaxie… Voici les astres errants,
dont les astronomes ont d’abord découvert un
Les destinées tragiques sont légion
chez les étoiles. Regardez
30 Dor#016 (en haut) : en étu-
diant sa lumière, les astronomes
viennent de se rendre compte
qu’elle a été expulsée de son douil-
spécimen, puis dix, puis cent. Ce sont désor- let cocon de gaz dès sa naissance.
mais des centaines de vagabonds dont la sil- A cause sans doute de l’une de ses
houette a été captée par les télescopes. Et autant sœurs qui, à force de s’approcher
de destins dramatiques que chacun raconte. De de trop près, aurait modifié sa
quoi mettre à mal l’image classique d’un uni- course jusqu’à la propulser à
vers cloisonné, avec ses planètes bien rangées 400 000 km/h vers l’immensité
autour de leur étoile, elle-même nichée avec ses froide, au-delà de la nébuleuse de la
semblables au cœur d’une galaxie, elle-même Tarentule. Et que dire de Zeta
ancrée dans son amas… Il est en réalité rempli ophiuchi (au centre), bannie lors
d’exclus sidéraux, d’exilés interstellaires et de de la mort de sa jumelle ? Etudiant
réfugiés intergalactiques, chassés de leur foyer sa trajectoire et sa vitesse, les
et lancés de force à l’assaut du cosmos. Au point astronomes ont en effet conclu en
que ces marginaux se révèlent être des acteurs
2011 qu’elle avait autrefois une
compagne, une étoile massive qui
centraux de l’histoire de notre monde.
serait morte prématurément dans
“LOIN D’ÊTRE DES EXCEPTIONS !” une explosion gigantesque. Zeta
Ophiuchi aurait alors été éjectée
Les spécialistes avaient imaginé l’existence
avec les restes de sa jumelle à près
de telles exclusions depuis longtemps. Simu-
de 1 million de km/h. Elle est
lation après simulation, ils avaient détaillé les
aujourd’hui réduite à se frayer un
situations critiques qui donnent naissance à des
chemin dans la poussière du milieu
astres solitaires : une étoile mourante peut dis-
interstellaire à coup d’ondes de
perser ses sœurs dans toutes les directions ; un
choc. Quant à he 0437-5439 (en
trou noir supermassif peut éjecter ses voisins à bas), c’est une miraculée. Alors qu’il
des millions de kilomètres/heure ; les longues y a 100 millions d’années, elle vire-
spirales qui naissent des collisions de galaxies voltait avec ses deux sœurs près du
peuvent arracher des amas d’étoiles pour les pro- centre de la Voie lactée, elle a frôlé
pulser dans l’espace intergalactique ; une planète Sagittarius A*, le trou noir super-
géante peut perturber la course d’une comète massif du centre de la Galaxie.
jusqu’à la forcer à quitter son étoile… Des règles L’ogre a entrepris de dévorer les
UCLa/JPL-CaLTECH/Nasa - Esa/HUBBLE - EsO

avaient même été édictées : trois étoiles gravi- trois étoiles… Mais c’était sans
tant les unes autour des autres forment un sys- compter le sacrifice de la plus mas-
tème chaotique qui ne demande qu’à se séparer ; sive : elle s’est laissée happer,
moins l’objet est massif par rapport à ceux qui transférant son énergie cinétique
l’entourent, plus il aura tendance à être éjecté… aux deux autres et les propulsant à
“De multiples scénarios d’éjection ont été mo- la vitesse faramineuse de 2,5 mil-
délisés depuis une vingtaine d’années, résume lions de km/h. Dans leur course
Ryan O’Leary, astrophysicien à l’université de folle, les deux échappées ont fini
Harvard. Mais on commence seulement à dé- par fusionner, donnant naissance à
tecter ces astres éjectés. Et ce que les télescopes un astre solitaire, qui est en train de
nous montrent, c’est qu’ils sont loin d’être → franchir les limites de la Voie lactée.

72 I SV I m a r s I 2 0 1 3
2 0 1 3 I m a r s I SV I 73
| Fondamental
portraits
|
AMAS GLOBULAIRES

Celui qui s’est arraché de sa galaxie


Sa galaxie est en train de s’unir
à l’une de ses semblables dans
un feu d’artifice de lumière,
mais lui ne fera pas partie du
nouveau mastodonte galac-
tique. MDL92 ramasse ses
quelques milliers d’étoiles. Ses
gaz tourbillonnent de plus en
plus vite autour de son
centre… Le petit amas globu-
laire n’est plus retenu que par
un fil et menace à tout
moment d’être éjecté dans
l’espace intergalactique. Car à
force de déployer ses tenta-
cules pour mieux embrasser sa
voisine, la galaxie qui l’abrite a
dispersé sa matière sur des
centaines d’années-lumière et
il s’est retrouvé isolé. Plus que
quelques dizaines de millions
d’années et le lien avec sa
communauté galactique sera
définitivement rompu.

→ des exceptions !” Chaque mois, un nouveau Alain Duc, une étoile sur cinq voguerait en so-
nom s’ajoute à la liste des SDF de l’espace. Elle litaire. Takahiro Sumi, astronome à l’univer-
comprend aujourd’hui des dizaines de ga- sité de Princeton a calculé qu’il devrait y avoir
laxies, 800 étoiles, des dizaines de comètes, autant de planètes vagabondes que d’étoiles
une dizaine de planètes, deux trous noirs et dans la Galaxie. Et l’astronome américain Hagai
un trou noir supermassif. “Il y a énormément Perets a même modélisé que 3 à 6 % des pla-
d’échanges à toutes les échelles de l’Univers, nètes gravitant autour d’une étoile auraient été
résume Pierre-Alain Duc, astronome au CEA. adoptées après des centaines d’années-lumière
Grâce aux caméras à grand champ, on explore d’errance. Ces anciens vagabonds se distingue-
maintenant les espaces vides entre les amas, raient par une orbite légèrement inclinée… Le
entre les galaxies… là où l’on n’avait jamais système solaire lui-même serait le fruit de ces
regardé, attirés que nous étions par la lumière.” échanges : selon les calculs de Konstantin Baty-
gin, du centre d’astrophysique de Harvard, l’in-
UNE CINQUIÈME GÉANTE GAZEUSE… clinaison de la Terre de 7 degrés par rapport à
Et les astronomes mesurent enfin l’ampleur du l’équateur solaire indiquerait que le Soleil avait
phénomène. Les premières études statistiques une compagne qui a fini par être éjectée après
donnent à penser que, pour un astre, sortir de la formation des planètes. Et les modélisations
son système n’a rien de rare. Selon Felix Mira- d’Alessandro Morbidelli de l’Observatoire de la
bel, astronome au CEA, la majorité des 100 mil- Côte d’Azur, scénario officiel de la naissance de
liards de trous noirs de la Voie lactée auraient notre système solaire (voir S&V n° 1128, p. 54),
été éjectés de leur lieu de naissance. Pour Pierre- sont plus proches de la réalité si une cin- →

74 I SV I m a r s I 2 0 1 3
COMÈTES

Celle qui a quitté le système solaire

En 2010, les astronomes avaient loué la splendeur de sa che-


velure bleu-vert… d’autant que plus jamais elle ne se déploie-
rait. Car la trajectoire de la comète C/2009 R1(MCNaught)
J.HIBBarD/NraO - m.JaGEr

ne laisse aucun doute : elle a été déviée en passant trop près


de l’une des planètes gazeuses, et est en train d’échapper à
l’influence du Soleil. Ses gaz ont cessé de se vaporiser. Sa traî-
née s’est définitivement résorbée. Bientôt, elle ne sera plus
qu’une boule de roche voguant dans l’espace interstellaire.
CrÉDIT

2 0 1 3 I m a r s I SV I 75
| Fondamental
portraits
|
→ quième planète géante a évolué aux côtés
de Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune avant
d’être bannie pour garantir la stabilité du sys- TROUS NOIRS
tème. Une étoile et une planète gazeuse nées
avec la Terre seraient ainsi en train de chercher
un nouveau foyer, quelque part dans l’immen-
Celui qui s’est échappé
sité de l’espace interstellaire ! Il y a quelques centaines de millions d’années, cette étoile
On ne s’étonne donc pas que les astronomes massive rayonnait : XTEJ1118+480 orbitait au cœur de la
commencent à réaliser l’importance de tels Voie lactée, aux côtés de milliards d’étoiles, escortée par une
vagabondages. Car, tout isolés qu’ils soient, compagne… Celle-ci, trop massive, vite à court de carburant,
ces astres ont un pouvoir d’influence non né- s’est éteinte en un souffle cataclysmique qui a propulsée
gligeable… “Pour expliquer les étranges fila- XTEJ1118+480 à 500 000 km/h… A son tour, elle a explosé
ments de gaz qui se déploient en périphérie avant de se contracter jusqu’à ce que plus aucune lumière ne
de certaines galaxies, on a longtemps pensé lui échappe. Désormais, rien ne pourra arrêter la fuite du
aux pulsars, ces énormes étoiles en fin de vie trou noir solitaire. Aujourd’hui proche du halo de la Galaxie,
qui éructent de puissants jets de matière, relate il a devant lui l’immensité de l’espace intergalactique…
Pierre-Alain Duc. Mais dans la majorité des cas,
ces filaments sont étirés par des étoiles éjec-
tées !” Les vagabonds stellaires sont désormais
soupçonnés dès que les astronomes tombent
sur une galaxie à la silhouette déformée. Leur
lumière est invoquée pour expliquer comment,
quelques centaines de millions d’années après
sa naissance, l’Univers a vu tout à coup son gaz
s’ioniser. Et elles sont même utilisées comme
des sondes. “La population éjectée nous donne
des informations sur les étoiles au cœur des
amas ; leur trajectoire nous indique la présence
de gaz, indétectables avec les télescopes…”,
précise Vincent Henault-Brunet, astronome à
l’université d’Edimbourg.

LA RÉHABILITATION DES PARIAS


Quant aux planètes et aux comètes égarées,
elles pourraient être responsables… d’une
panspermie à l’échelle des galaxies. Une si-
mulation réalisée en 2012 par Tetsuya Hara de
l’université de Kyoto montre que des milliers
de roches terrestres pourraient avoir atteint en
1 million d’années seulement Gliese 581… une
étoile autour de laquelle gravite une planète
qui pourrait abriter de l’eau liquide. “Ce ré-
sultat a une conséquence importante, pointe
le chercheur. Il ‘suffit’ que la vie soit née dans
vingt-cinq endroits différents pour qu’elle ait
contaminé la totalité de la Voie lactée : on a
eu tendance à sous-estimer les échanges de
matière d’un système planétaire à l’autre.”
Etrange retournement de situation : les margi-
naux deviennent le centre… Les solitaires sont
nombreux. Les astres bannis ont modelé l’Uni-

-
vers. Les exclus sont devenus des phares, des
CrÉDIT

gardiens de la mémoire, des anges créateurs.


Les parias sont en train d’être réhabilités.

76 I SV I m a r s I 2 0 1 3
de la Voie lactée

PLANÈTES

Celle qui
a perdu
son étoile
Son signal ténu vient de parvenir
au Very Large Telescope, dans le
désert d’Atacama, au Chili. On a
même détecté du méthane dans
son atmosphère… Là, au beau
milieu du vide intersidéral, à des
années-lumière de toute étoile,
flotte bel et bien une jeune planète
de quatre à sept fois plus massive
TROUS NOIRS SUPERMASSIFS

J.maCCLINTOCH & m.GarCIa/CFa/Nasa - F.CIVaNO/saO/CXC/Nasa - P.DELOrmE/EsO


que Jupiter. Reste à savoir pour-

Celui qui a été détrôné quoi CFBDSIR2149-0403 a


perdu son soleil, alors que toutes
ses semblables orbitent paisible-
CID-42 est la victime collatérale d’une ment autour de l’étoile qui leur a
union qui s’est mal passée. D’après les donné naissance. Les astronomes
simulations des astrophysiciens, lorsque ne parviennent pas à trancher
deux galaxies se rencontrent et mêlent entre deux scénarios traumatiques :
leurs étoiles jusqu’à ne plus former soit, CFBDSIR2149-0403 a été
qu’une, les trous noirs supermassifs qui éjectée par l’une de ses sœurs,
règnent en leur centre fusionnent, don- sans doute une planète géante à
nant naissance à un monstre de taille à l’orbite tourmentée, alors qu’elle
contrôler le nouvel empire… Mais agrégeait paisiblement son atmos-
CID-42, lui, a été éjecté vers l’espace phère autour de son soleil. Soit, elle
intergalactique à la vitesse de 5 millions est née seule, dans le noir, au sein
de kilomètres par heure ! Les méca- d’un nuage de poussière isolé,
nismes qui ont présidé à ce putsch galac- avant d’en avoir été délogée par
tique demeurent encore un mystère… une explosion d’étoile.

2 0 1 3 I m a r s I SV I 77
| Fondamental
EnquêtE
|

Population, océan, faune, flore…

La catastrophe à
J.SOUTEYRAT

PA R N O T R E C O R R E S P O N D A N T E
A U J A P O N R A FA Ë L E B R I L L A U D
A Fukushima, dans
les espaces publics, des
compteurs affichent en
temps réel le niveau de
contamination.

En mars 2011, l’explosion de la centrale de Fukushima confrontait le


Japon à une catastrophe nucléaire semblable à celle de Tchernobyl.
Deux ans plus tard, quelle est la situation sur place ? Quoique rares,
les premières études sont formelles : les retombées sont aussi
catastrophiques… qu’inattendues ! Et le pire est sans doute à venir.

tous les niveaux !


2 0 1 3 I M a r s I SV I 79
| Fondamental
EnquêtE
|
Les territoires contaminés
vont bien au-delà de la
zone interdite
Radioactivité liée au césium 134 et 137
en microsieverts (µSv) par heure
19 et plus
9,5 à 19
eux ans après l’accident
3,8 à 9,5
de Fukushima Daiichi,
1,9 à 3,8
le désastre est réel. De vastes
1 à 1,9
territoires restent inhabitables, 0,5 à 1
incultivables pour des décen- JA P O N
0,2 à 0,5
nies, voire des siècles. De larges 0,1 à 0,2
zones maritimes sont interdites moins de 0,1
à la pêche. Des familles vivent

source : Mext japan (juin 2012)


Zone enneigée
toujours sous la menace de la Tokyo
radioactivité. Et la peur, l’an-
Zone interdite
goisse sont quotidiennes : et si
le pire était à venir ?
On sait en effet que certains
effets des radiations peuvent
mettre des années à apparaître. Océan Pacifique
En attendant, quel est le véri-
table danger de consommer ré-
gulièrement des aliments conte-
nant ne serait-ce que quelques
becquerels ? Quid des risques D’autant que l’archipel a déjà le reste, les Américains impo-
pour les enfants qui grandissent été victime de l’atome. Il a été sèrent, avec la complicité des
sur des terres chargées de radio- meurtri par les bombardements autorités japonaises, un black-
nucléides ? Aucune réponse atomiques d’Hiroshima, puis de out dans les médias, et les vic-
claire n’existe. Aussi inimagi- Nagasaki, les 6 et 9 août 1945. times de la bombe atomique
nable que cela paraisse, peu de Des études, toujours citées en furent réduites au silence.
choses sont scientifiquement référence, furent alors réali- Plus incroyable encore, le
avérées sur l’impact environ- sées sur les effets aigus des ra- xxe  siècle a connu deux ac-
nemental et sanitaire d’une ca- diations et sur l’incidence des cidents nucléaires majeurs :
tastrophe nucléaire. leucémies et des cancers. Pour Three Mile Island, le 28 mars

DE TCHERNOBYL À
FUKUSHIMA EN CHIFFRES
Gravité  Les accidents nucléaires de Emissions Fukushima Daiichi a Superficie et population tou-
Fukushima et de Tchernobyl sont les rejeté dans l’atmosphère autant de chées Les sols furent moins touchés
seuls classés au niveau 7, le plus gaz rares que Tchernobyl, soit au Japon car une grosse part des
aFP - KYODO/rEUTErs - Y.KaNNO/aFP

élevé sur l’échelle Ines (International 6 500 pétabecquerels (PBq) envi- rejets a fini dans l’océan. Les dépôts
Nuclear Event scale). au Japon, la ron ; mais seulement un dixième de césium 137 supérieurs à 600 000
perte des alimentations électriques et d’iodes radioactifs (408 PBq contre Bq/m2 s’étalent sur 600 km2, contre
des sources de refroidissement a 4 260 PBq), un dixième de tellures 13 000 km2 dans l’Est européen : soit
entraîné la fusion du cœur de 3 réac- radioactifs (145 PBq contre 20 fois moins de surface. Mais la
teurs ; en Ukraine, une perte de 1 390 PBq) et un tiers de césiums densité de population au Japon étant
contrôle de la réaction nucléaire a radioactifs (58 PBq contre bien supérieure, le nombre de vic-
provoqué une explosion du cœur. 168 PBq). times est seulement 2 fois moindre.

80 I SV I M a r s I 2 0 1 3
Soma Ancienne zone

Une centrale en crise...


Date d’exclusion de
30 km
Litate
(village) Miamisoma

Kawamata

Ancienne
zone d’exclusion
Nihonmatsu
de 20 km

Katsurao
Namie

Futaba CENTRALE

Tomioka
Kawauchi

11 mars 2011 Un séisme de magnitude 9 secoue le


Japon et provoque un gigantesque tsunami. La centrale de
Fukushima Daiichi est submergée jusqu’à une hauteur de 14 à
Hirono
15 m au-dessus du niveau de la mer, soit plus du double de la
20 KM prévision maximale.

12 mars 2011 Une première explosion a lieu : des rejets


radioactifs sont projetés dans l’atmosphère…
1979 en Pennsylvanie (Etats-
Unis), et surtout Tchernobyl, 25 mars 2011 La cen-
le 26 avril 1986, en Ukraine. trale ne relâche plus de
Or, plus d’un quart de siècle radionucléides dans l’air… mais
après, le bilan de Tchernobyl l’électricien Tepco annonce
fait toujours débat, oscillant qu’il va libérer de l’eau de
entre quelques milliers et près refroidissement radioactive
d’un million de morts ! dans l’océan.
L’histoire va-t-elle se répé-
ter à Fukushima ? Si, deux
16 décembre 2011 Le
gouvernement décrète “l’arrêt
ans après la catastrophe, les
à froid” des réacteurs acciden-
études restent trop rares, elles
tés… La centrale est dans une
dévoilent déjà des phénomènes
situation relativement sûre.
inédits, de nouvelles problé-
matiques. L’océan est frappé
par une pollution sans précé- 25 janvier 2013 Les
dent. Les sols et les forêts ne réservoirs de stockage de l’eau
réagissent pas comme prévu. radioactive sont de nouveau
Les animaux témoignent des presque pleins : Tepco va encore
premiers effets des radiations,
rejeter en mer du liquide partiel-
lement décontaminé. L’état du
jamais encore observés. Et tel
combustible en fusion est loin
est bien, au-delà du drame,
d’être connu. Des milliers
l’enjeu de Fukushima : que la
d’hommes se relaient encore
science puisse enfin appor-
aujourd’hui pour reprendre le
ter des réponses sur toutes les
contrôle des installations.
conséquences d’un accident
nucléaire.

2 0 1 3 I M a r s I SV I 81
| Fondamental
EnquêtE
|
Population

ViVre aVec
la menace
inVisible
Au Japon, deux ans après la
catastrophe, le silence domine.
En public, son impact sanitaire
n’est pas un sujet de conversa-
tion. D’ailleurs, à Tokyo, Kyoto Une étude datée de
et dans la plupart des grandes novembre 2012 a particuliè­
villes, les rayons des supermar- rement inquiété les
chés sont chargés de légumes familles : sur 96 000 en­
dont les étiquettes indiquent fants examinés, 40 % pré­
qu’ils proviennent des zones sentaient des kystes ou des
nodules à la thyroïde…
contaminées. Et il est de bon
ton, par solidarité nationale, de
ne pas les écarter puisqu’ils ne
dépassent pas, selon les auto-
rités, les seuils de radioactivité
fixés par le gouvernement.

il est trop tôt pour savoir


En novembre dernier, ce-
pendant, un chiffre a sus-
cité une vague d’inquiétude.
L’université de Fukushima ve-
nait de livrer les résultats pro-
visoires d’une étude portant sur
l’état de santé de 360 000 jeunes
de moins de 18 ans vivant dans
la préfecture au moment de
l’accident. Environ 40 % des
96 000 enfants ayant subi une
échographie de la thyroïde pré-
A Fukushima, la
couche de terre
sentaient des nodules ou des croissance, y sont particuliè- imputables à l’iode radioactif,
contaminée a été
kystes. Les parents, affolés, y rement sensibles. Même si le explique Jean-René Jourdain,
retirée dans cer­
ont vu le signe d’une explosion tains lieux publics, radionucléide disparaît très spécialiste de la protection
à venir des cancers. mais les sorties en vite (sa demi-vie est de 8 jours), de l’homme à l’Institut de ra-
En effet, cette glande située plein air restent des cancers liés à sa fixation sur dioprotection et de sûreté nu-
autour de la trachée concentre limitées. la glande peuvent apparaître cléaire. Tous concernent des
naturellement l’iode radioactif à long terme. “A Tchernobyl, personnes qui étaient enfants
libéré lors des accidents vingt-sept ans après, on sait au moment de l’explosion et il
nucléaires ; et les enfants, ainsi que 7 000 à 8 000 cancers a fallu attendre quatre à cinq
dont la thyroïde est en pleine de la thyroïde sont directement ans pour voir les premiers cas.”

82 I SV I M a r s I 2 0 1 3
tives, 167 travailleurs ont reçu voisines ont reçu des doses
depuis le début de leur activité inférieures à 50 mSv… L’éva­
plus de 100 millisieverts (mSv), cuation de plus de 200 000 per­
seuil à partir duquel une aug­ sonnes (dont 160 000 définiti­
mentation légère du risque de vement) aurait donc limité
cancer a été observée autour de l’exposition de la population.
Tchernobyl. Six d’entre eux dé­
passent même 250 mSv et deux des spécialistes démunis
autres 600 mSv. Une évaluation Toutefois le débat fait encore
qui risque d’être révisée à la rage sur l’innocuité d’une ex­
hausse, car manquant d’appa­ position à de faibles doses. Les
reils après le tsunami, des liqui­ épidémiologistes ne peuvent
dateurs ne disposaient même rien affirmer. Des militants
pas de dosimètres au moment réclament donc l’évacuation
des enfants lorsque l’exposi­
tion dépasse 1  mSv par an,
dose maximale autorisée par la
Commission internationale de
protection radiologique pour la
radioactivité artificielle subie
par un civil. “Or, on dépasse
cette dose sur une vaste partie
de la préfecture de Fukushima,
mais aussi sur celles de Miyagi,
Tochigi, Gunma, Ibaraki et
Au milieu des étalages, on
Chiba”, souligne la Commission
trouve aujourd’hui des légumes
de recherche et l’information in­
issus des zones contaminées : les
consommateurs jouent le jeu de dépendante sur la radioactivité
la solidarité nationale. (Criirad). Et ce, sans compter la
contamination interne par in­
gestion de nourriture.
A Fukushima, les spécialistes de leur intervention. En outre, Dans l’archipel, les habitants
estiment donc que deux ans ne parmi la vingtaine de milliers apprennent donc à vivre avec
suffisent pas pour juger d’une d’hommes intervenus à la cen­ un ennemi invisible et sour­
augmentation ou non de cas trale depuis l’accident, beau­ nois. Les familles ne savent
de cancers. Il est normal, selon coup ont été recrutés par des plus comment préserver l’ave­
eux, que des appareils plus per­ sous­traitants peu regardants nir de leurs enfants. Par pré­
formants et des échographies sur les mesures de sécurité… caution, les sorties en plein air
plus systématiques détectent Des enquêtes diligentées par restent limitées dans les zones
davantage de nodules et de les Nations unies sont en cours. contaminées. Résultat : la pré­
kystes. Et si un cancer a déjà été Mais au­delà de ces deux po­ fecture de Fukushima enre­
diagnostiqué chez un enfant, il pulations à risque, une ques­ gistre les taux les plus élevés
ne serait pas lié à l’accident. tion plus globale s’impose : d’enfants obèses en raison du
L’autre population qui pola­ que va­t­il se passer pour tous manque d’activités physiques.
rise l’attention est celle des li­ les habitants qui vivaient ou
quidateurs de Fukushima, des
travailleurs qui ont parfois été
vivent encore dans les zones
contaminées ? Les analyses 160 000
exposés à des niveaux signifi­ scientifiques officielles se
personnes évacuées
J.souteyrat - afp

catifs lors des opérations d’ur­ veulent rassurantes. Selon


gence sur le site de la centrale. un rapport de l’Organisation n’ont pu réintégrer leur domicile. au moment
Selon le comité scientifique des mondiale de la santé diffusé de l’accident, ce sont plus de 200 000 habi-
Nations unies sur les consé­ en mai 2012, les habitants de tants qui ont été déplacés.
quences des émissions radioac­ Fukushima et des préfectures

2 0 1 3 I M a r s I SV I 83
| Fondamental
EnquêtE
|
Océan

la pollution
continue
C’est un scénario catastrophe les océanographes ont pris
totalement inédit dont on a du conscience de l’ampleur d’un
mal à prendre la mesure. “Plus drame qui les laisse dému-
de 80 % des rejets de la cen- nis. Le temps d’un colloque, à
trale de Fukushima Daiichi Tokyo au mois de novembre,
ont échoué dans le milieu ma- leurs échanges ont trahi une
rin”, résume Ken Buesseler, de incertitude majeure : quelle
l’Institut océanographique de quantité de radionucléides a
Woods Hole (Etats-Unis). Soit été déversée dans la mer ?
directement, via l’évacuation Aucun appareil n’a directe-
des eaux utilisées pour refroi- ment mesuré, dans l’atmos- Un an et demi
dir en hâte les réacteurs ; soit in- phère ou en mer, les rejets de après la catastrophe,
directement, via les retombées la centrale. Les scientifiques 40 % des poissons
de gaz et de poussières atmos- ne disposent que de chiffres a de la zone interdite à
phériques. Une pollution sans posteriori. Car ce n’est qu’entre la pêche restaient
précédent, d’autant plus drama- avril et juillet 2011, soit plus impropres à la
tique que les produits de la mer d’un mois après l’accident, que consommation.

Dilué par de
puissants cou-
sont au cœur de l’alimentation la concentration de la radioac- calculé quel volume il fallait
rants, le césium
des Japonais. tivité a été mesurée au large de 137 (ici une simu- injecter dans l’eau pour retrou-
“Quand j’ai vu les vents tour- Fukushima : par les autorités lation à J+1 mois, ver les niveaux de concentra-
ner vers l’est, j’étais rassurée : japonaises, mais aussi au cours J+1 an et J+2 ans) tion observés. Au final, leurs
il valait mieux que le panache d’une campagne en mer menée devrait atteindre estimations fluctuent considé-
radioactif parte vers l’océan par Ken Buesseler. les côtes améri- rablement : de 3  à 40  pétabe-
Pacifique en épargnant les Certaines équipes ont ensuite caines d’ici 4 ans. cquerels (PBq) pour les rejets di-
populations”, raconte Sabine extrapolé ces mesures pour en rects en césium 137, et de 0,18 à
Charmasson, de l’Institut fran- déduire des chiffres globaux. 30 PBq pour les retombées at-
çais de radioprotection et de D’autres, en s’aidant de modèles mosphériques ! C’est dire com-
sûreté nucléaire (IRSN). Mais numériques simulant la disper- bien l’événement met les scien-
une fois l’urgence passée, sion des radionucléides, ont tifiques au défi.

84 I SV I M a r s I 2 0 1 3
alimentaire, précise Bruno
Fiévet, de l’IRSN. De proies en
prédateurs, la radioactivité ne
s’accumule pas comme pour
le mercure.” En revanche, rien
n’empêche la faune marine de
voyager en transportant parfois
très loin les radionucléides. En
août 2011, des traces de césium
de Fukushima ont été relevées
chez quinze thons rouges du
Pacifique au large de la Califor-
nie… à 9 000 km de la centrale !

une très rapide dilution


Enfin, il reste une grande
énigme : où sont passés les ra-
dionucléides ? Si l’on se fie aux
modèles numériques, ils ont été
rapidement dispersés grâce au
puissant courant du Kuroshio,
le Gulf Stream du Pacifique.
L’étude pilotée par Erik Behrens
et Claus Böning, du Centre
Helmholtz pour la recherche
océanique de Kiel (Allemagne),
indique qu’en un an, ils ont
occupé la moitié du Pacifique
Nord. Et devraient atteindre
les côtes nord-américaines
En aparté, Sabine Charmasson la vase. Difficile donc d’évaluer dans 3 ou 4 ans. Sans compter
reconnaît d’ailleurs leur les quantités déversées dans la 1,5 million de tonnes de débris
désarroi : “Le devenir des radio­ mer sans connaître la part sto- du tsunami de diverses tailles,
nucléides en milieu marin est ckée près des côtes. peut-être radioactifs, qui em-
particulièrement difficile à éva­ Et comment va réagir la pruntent la même route…
luer car le tsunami a profondé­ faune ? Il existe pour chaque En vertu de cette rapide dilu-
ment modifié les paramètres espèce un “facteur de concen- tion, le Pacifique est désormais
clés, qui influent sur leur com­ tration” qui détermine, dans considéré comme quasi propre.
portement dans l’environne­ une eau de mer où le niveau de “A long terme, un doublement
ment.” En charriant des masses radioactivité reste constant, la des concentrations moyennes
considérables de matériaux, en contamination de l’organisme. en césium 137 peut être attendu
libérant quantité d’autres types Mais comment l’appliquer dans dans les eaux de surface du
geoMar - kosuke okohara/the NYt/redux/réa

de polluants, la vague a en effet ce cas, alors que les niveaux de Pacifique Nord, soit 4 millibec­
remodelé les reliefs sous-marins radioactivité sont très instables ? querels par litre (mBq/l) au lieu
et bouleversé la composition de Les experts se rassurent : plus des 2 mBq/l essentiellement →
la colonne d’eau. Forcément, les les échanges d’un animal avec
capacités d’adsorption et de dé- son environnement sont impor-
sorption (adhérence ou non des tants, plus il est susceptible de 80 %
radionucléides) des sédiments, capter les radionucléides, mais
ainsi que leur mobilité, ne sont plus il va aussi s’en débarrasser des rejets radioactifs
plus les mêmes. Or, chaque par- rapidement. sont tombés dans l’océan
ticule a son importance : ainsi, Autre élément positif : “Il n’y Il s’agit à la fois des eaux qui ont servi à refroidir les
du sable attirera moins les a pas de phénomène de bio­ réacteurs et des retombées indirectes de poussières.
radionucléides vers le fond que amplification au fil de la chaîne

2 0 1 3 I M a r s I SV I 85
| Fondamental
EnquêtE
|
→ dus aux retombées des es-
sais nucléaires réalisés avant
1963”, précise Pascal Bailly du
Bois, de l’IRSN. Une quantité
jugée négligeable.

des voix discordantes


Au large de Fukushima cepen-
dant, les mesures effectuées
dans la zone interdite à la pêche
livrent un autre son de cloche.
Analysées par Ken Buesseler,
elles révèlent que, plus d’un
an et demi après la catastrophe,
40 % des poissons ne sont pas
consommables. En décembre,
une rascasse culminait même
à 254 000 bq/kg ! Mais ce n’est
pas ce qui inquiète le plus les
scientifiques… Devant leur
assemblée, Ken Buesseler a
présenté une courbe illustrant
l’évolution du taux de césium
des poissons pris au large de
Fukushima. Très élevée au len-
demain du drame, cette courbe
chute régulièrement avant de
se stabiliser. Or, elle ne devrait
pas cesser de faiblir, puisqu’une
part des radionucléides se dé-
sintègre en permanence natu-
rellement et qu’une autre est Terre
emportée par les courants. La

la radioactivité
pollution continue donc.
Chiffres à l’appui, Jota Kanda,
de l’université de Tokyo, pointe

se déplace
trois sources : la centrale conti-
nuerait à fuir (0,3 térabecquerels
[TBq] par mois) ; les rivières les-
sivent les sols et relâchent des
radionucléides dans l’océan
(1,8 TBq/mois) ; surtout, du cé- Lors de l’accident nucléaire Pacifique, mais au-dessus des
k.satoMI/the yoMIurI shIMbun/afp - o.evrard

sium aurait été piégé dans les de Fukushima Daiichi, les terres. Puis de fortes pluies et
fonds marins, contaminant toute vents n’ont pas toujours été la neige ont stoppé leur progres-
la chaîne alimentaire (94 TBq). cléments : ils ont parfois brus- sion en les faisant tomber au sol.
Or, souligne Ken Buesseler, quement tourné vers l’ouest Environ 20 % des rejets ont
“comme le césium 137 a une quand l’éventage des enceintes ainsi durablement contaminé
demi-vie de trente ans [durée de confinement et les explo- le territoire, formant des dépôts
pour que la moitié des noyaux sions d’hydrogène laissaient en “taches de léopard” jusqu’à
radioactifs se désintègrent], filer dans l’atmosphère quan- 250 km de la centrale. La région
les sédiments devraient rester tité de radionucléides. Les 15 du Tohoku, un des principaux
contaminés encore des décen- et 16 mars principalement, les greniers à riz du pays, a ainsi
nies”. Au large de Fukushima, rejets radioactifs se sont alors été la plus touchée. Deux ans
l’océan n’a pas fini de souffrir. dispersés, non plus vers l’océan après, les radionucléides de

86 I SV I M a r s I 2 0 1 3
déchets radioactifs :
ils s’accumulent
Il y avait déjà les tonnes de débris du tsunami. Voilà que s’accu-
mulent en plus sur l’archipel les tonnes de résidus radioactifs
issus de la décontamination. Chaque jour, des armées
d’hommes tentent en effet de repousser la radioactivité. Ils
rincent les chaussées et les toits, ils arrachent les cinq premiers
centimètres du sol, ils ramassent mousses, plantes et feuilles
Au mois de jan- mortes, ils coupent les arbres contaminés. Les médias japonais
vier, du riz cultivé dénoncent un nettoyage bâclé et inefficace. L’eau de nettoyage
en dehors de la pré- est en partie rejetée dans les rivières. L’herbe coupée est laissée
fecture de sur place. Les déchets radioactifs sont amassés dans de grands
Fukushima conte- sacs qui… gisent dans la nature, à la merci d’un coup de vent ou
nait pour la pre- d’une grosse vague. Un gigantesque travail de sisyphe.
mière fois plus du
double de la limite
légale de césium
radioactif.

courte durée, comme l’iode 131,


se sont désintégrés, mais la per-
sistance des césium 134 et 137
dans l’environnement oblige à
surveiller régulièrement les pro-
ductions agricoles. En janvier,
du riz cultivé en dehors de la
préfecture de Fukushima conte-
nait pour la première fois plus Des forêts de
du double de la limite légale de conifères ont dû
césium radioactif ! être interdites au nord-ouest de la centrale, qui tentent de les localiser avec
Aujourd’hui encore, quelque car cèdres et et la présence d’un panache précision. Ils se déplacent sans
160 000 personnes n’ont tou- cyprès ont piégé secondaire dans la vallée de cesse et avec une rapidité qui
jours pas retrouvé leur habi- 60 % du césium l’Abukuma, en amont de la surprend les scientifiques. Les
tation. La zone d’exclusion, 137 qui leur est ville de Fukushima”, décrit rivières lessivent et concentrent
d’abord dessinée en cercles tombé dessus. Olivier Evrard, du Commissa- les matières radioactives,
de 20 puis de 30 km autour de riat à l’énergie atomique (CEA), qu’elles charrient ensuite des
la centrale, suit désormais le qui s’est rendu plusieurs fois montagnes vers les vallées et
contour des dépôts radioactifs dans la zone dans le cadre du la mer. “Au final, on retrouve
relevés sur les cartes. “On y projet franco-japonais Tofu des sédiments très fortement
discerne un panache de conta- (Tracing the consequences of contaminés dans des zones qui
mination particulièrement Fukushima). étaient relativement épargnées
marqué sur la chaîne de mon- Mais, sur le terrain, les radio- par les retombées initiales”,
tagnes qui s’étire jusqu’à 40 km nucléides se jouent des tracés souligne Olivier Evrard. →
2 0 1 3 I M a r s I SV I 87
| Fondamental
EnquêtE
|
Les analyses montrent que la radioactivité
se propage en suivant les rivières
Carte du taux de radioactivité dans l’air (juin 2011)
(en microsieverts/heure)
— de 0,75
Mesures effectuées…
0,76 à 1,5
… dans les sÉdiMents
1,51 à 3 des rivières (juin 2011)
… dans les sols
3,01 à 6 (noveMbre 2011)

6,01 à 12

12,01 à 15

… Une dispersion due au paysage


accidenté de l’archipel et à son climat
(fortes pluies et typhons) : les sédi-
ments radioactifs sont lessivés…

vers les plaines cultivées et den-


sément peuplées.” Des experts
japonais s’alarment ainsi de voir
Centrale de
Fukushima le deuxième plus grand lac du
10 5 0 10 kilomètres
pays, le lac Kasumigaura, situé
à 160 km au sud de Fukushima,
se charger de la radioacti­
Les relevés
vité drainée par ses affluents.
mettent en évi-
→ Que les sédiments radio­ dence une conta- n’étions pas, a priori, dans Or, cette étendue de 220 km2,
actifs dévalent les pentes et mination plus des zones très contaminées !”, sans accès à la mer, constitue
suivent les cours d’eau n’est élevée que prévu résume Olivier Evrard une source d’eau potable pour
pas étonnant. Mais ici, des dans des zones Les conséquences pour les po­ 960 000 riverains.
distances importantes sont que les spécia- pulations ne sont pas anodines. Autre inquiétude : les forêts
parcourues sur des temps listes estimaient “En Russie, après Tchernobyl, ont stocké une quantité sur­
très courts, comme vient de épargnées… la grande partie des sédiments prenante de radionucléides.
le quantifier pour la première érodés a été stockée dans des Dans la préfecture de Tochigi,
M.kontente - o.evrard - j.souteyrat

fois le projet Tofu. La faute au friches en bas de pentes, au 150 km environ au sud­ouest
relief accidenté de l’archipel, fond de ravins ou dans des de Fukushima, une équipe
mais aussi à ses typhons et ses vallées secondaires, et seule conduite par Hiroaki Kato et
fortes pluies, sans oublier ses une quantité limitée a atteint Yuichi Onda, de l’université de
sols en grande partie bitumés. les grandes rivières, précise Tsukuba, a effectué des mesures
“A certains endroits, près d’un Olivier Evrard. Au Japon, en sur des plantations de deux es­
fossé ou d’une bouche d’égout, revanche, le relief et le climat pèces emblématiques de l’ar­
les débits de doses mesurés par très érosif sont susceptibles chipel, les cèdres Cryptomeria
les appareils étaient plus éle- d’entraîner l’exportation mas- japonica et les cyprès Chamae-
vés qu’attendu, alors que nous sive de sédiments contaminés cyparis obtusa. Leur constat est

88 I SV I M a r s I 2 0 1 3
… Et emportés
sans appel : “Cinq mois après Pierre-Marie Badot. On assiste par les rivières. à 620 jours dans les cyprès et à
les retombées radioactives, plus à un ‘effet retard’.” En clair, les Olivier Evrard, 890 jours dans les cèdres, alors
de 60 % du césium 137 était en­ sols vont subir une deuxième
du CEA (photo), qu’elle n’était que d’une cen-
les retrouve
core piégé dans la canopée.” Il vague de contamination quand taine de jours chez les épicéas
ensuite en quanti-
est certes normal que les par- la population s’y attendra le observés en Allemagne après
tés massives dans
ticules radioactives soient moins et aura sans doute relâ- les plaines culti- Tchernobyl !
capturées par les aiguilles du ché sa vigilance. vées et fortement La pollution est moins impor-
conifère. “Le césium est un ana­ Au Japon, cet “effet retard” peuplées. tante pour les feuillus, comme
logue chimique du potassium, est étrangement accentué pour l’a montré une autre étude por-
un élément très important pour deux raisons. D’abord parce tant sur 20 espèces différentes
les végétaux, explique Pierre- qu’une très grande quantité de dans la préfecture de Chiba, à
Marie Badot, de l’université de césium est susceptible d’être environ 200 km au sud de la
Franche-Comté, qui a travaillé relâchée : les conifères ont centrale. Le problème n’en reste
sur les forêts contaminées après stocké 60 % du césium atmos- pas moins préoccupant dans
Tchernobyl. Il pénètre donc fa­ phérique, mais ils vont aussi un archipel couvert à 70 % par
cilement dans les plantes à tra­ absorber par les racines une des forêts composées essentiel-
vers le feuillage.” partie du césium tombé au sol lement de cyprès et de cèdres.
quand il aura atteint quelques Mouvante, invisible, deux an-
un terrible “effet retard” centimètres de profondeur. En- nées après le drame, la radio-
S’il semble que l’on pourrait se suite, parce que, sans que l’on activité n’a donc pas fini de se
réjouir de voir les arbres inter- puisse encore l’expliquer, cette jouer des hommes… et de leurs
cepter une grande partie des re- pollution secondaire y est da- prévisions.
tombées radioactives, épargnant vantage différée dans le temps.
du même coup la terre et les ali- L’étude de Hiroaki Kato révèle
ments qui y poussent, la réalité en effet que la demi-vie biolo- 1 500 km2
est tout autre : “Ce phénomène gique du césium 137, c’est-à-
ne fait que retarder la conta­ dire la durée nécessaire pour de terres fortement
mination des sols, qui inter­ que l’arbre se débarrasse de contaminées
viendra de toute façon quand la moitié du contaminant ini- c’est-à-dire contenant un dépôt de césium
les aiguilles tomberont, au bout tial via ses échanges naturels 137 supérieur à 300 000 Bq/m2.
de cinq ans environ, reprend avec l’environnement, s’élève

2 0 1 3 I M a r s I SV I 89
| Fondamental
EnquêtE
|
Faune et flore

Un impact
totalement
déroUtant
“Travailler autour de Tcher-
nobyl était mille fois plus
simple…” Anders Pape Møl-
ler, de l’université Paris-Sud,
peine encore à le croire. Cela
fait plus de vingt ans qu’il étu-
die, avec son collègue Timothy Une des rares études sur l’exposi-
Mousseau, de l’université de tion continue de la faune à de faibles
Caroline du Sud (Etats-Unis), doses concerne le papillon du Yamato,
très commun dans l’archipel…
l’effet des radiations sur la bio-
diversité dans la zone d’exclu-
sion de la centrale ukrainienne. mutantes ont bien été pris, naturelle avait déjà fait son
Lorsqu’a eu lieu l’accident de mais aucune étude n’a été pu- œuvre ? Ou bien parce que la
Fukushima Daiichi, tous deux bliée pour l’instant. Quant aux plus forte densité de l’écosys-
ont logiquement voulu étendre animaux, seules trois ou quatre tème nippon accentue l’effet
leurs recherches à la zone d’ex- publications évoquent leur sort. des radiations ? Les chercheurs
clusion japonaise. “Impos- D’où, néanmoins, il ressort déjà n’ont pas de réponses claires.
sible !, raconte le chercheur. que le pire serait à venir. L’im-
Nous n’avons pourtant de- pact de la radioactivité sur la des mutations gÉnÉtiques…
mandé ni argent ni assistance, faune et la flore s’avère dérou- Les deux chercheurs ont égale-
seulement l’accès à des sites pu- tant. D’autant qu’il n’y a pas de ment comparé l’effet des radia-
blics. A croire que les Japonais comparaison possible : à Tcher- tions à vingt ans (en Ukraine)
ne veulent pas savoir.” nobyl, il n’existe aucune don- et à six mois (au Japon). A
Les autorités ont en effet mis née en la matière sur les cinq Tchernobyl, c’est simple : qu’il
l’accent sur la décontamination premières années passées sous s’agisse d’araignées, de saute-
des villes et la remise en état de le feu des radionucléides. relles, de libellules, de bour-
la centrale… Et une chose est Cantonnés en bordure de la dons, de cigales, de papillons
sûre : les études sur la faune et zone d’exclusion, qui dessinait ou d’oiseaux, plus la radioac-
la flore à Fukushima sont raris- un périmètre de 20 km autour tivité est forte, moins les po-
simes. Des collectes de fleurs de la centrale, Anders Møller et pulations sont abondantes. A
Timothy Mousseau ont comp- Fukushima, cette corrélation
tabilisé 14  espèces d’oiseaux négative ne se vérifie que pour
4 qu’ils avaient déjà étudiées en trois groupes : oiseaux, cigales
Ukraine. Première surprise : et papillons. Et elle est fran-
C’est le nombre d’études pour des doses similaires, les chement contredite avec les
publiées, deux ans après la catastrophe, sur les populations de volatiles dimi- araignées, dont la population
conséquences de la radioactivité sur la faune nuent davantage à Fukushima. a augmenté ! Peut-être à cause
dans la région de Fukushima. Est-ce parce qu’à Tchernobyl, de la disparition de quantité
les années passant, la sélection d’oiseaux. Là encore, difficile

90 I SV I M a r s I 2 0 1 3
… Ailes repliées ou
atrophiées, couleurs
altérées, antennes
difformes, yeux
cabossés…

… les spécimens
d’analyser les mécanismes en papillon du Yamato), qui l’a une centaine de papillons ont recueillis dans un
jeu dans ces variations. tristement popularisé. Ailes été collectés entre Fukushima rayon de 200 km
autour de la cen-
Anders Møller et Timothy atrophiées ou repliées, antennes et Tokyo, à travers sept localités
trale présentent
Mousseau font néanmoins une difformes, yeux cabossés, cou- dans un rayon de 200 km autour
des mutations qui
sombre prédiction : le Japon doit leurs altérées. Aux alentours de de la centrale. Le taux de mal- se transmettent et
s’attendre à voir les populations la centrale, des malformations formations était de 12,4 %. En s’additionnent au
d’animaux chuter autour de inédites ont été observées par septembre 2011, quatre mois fil des générations.
Fukushima, puisqu’elles n’ont Joji Otaki et ses collègues de plus tard, une seconde collecte
pas encore subi l’influence à l’université des Ryukyu, à Oki- a montré un taux dépassant les
long terme des faibles doses nawa. Ils sont formels : “Les 28 % ! Sachant que plus les ré-
responsables, autour de Tcher- radionucléides de la centrale gions sont contaminées, plus la
MasakI Iwata hIyaMa et al.

nobyl, d’une multiplication des de Fukushima ont causé [ces] quantité de malformations est
mutations par un facteur allant dommages physiologiques et importante…
de deux à vingt selon les es- génétiques.” Cela dit, la hausse constatée
pèces et les zones considérées. Leur étude, qui allie obser- entre les mois de mai et sep-
Cet effet des faibles doses, vations sur le terrain et expéri- tembre ne peut s’expliquer par
c’est un papillon commun mentations en laboratoire, pa- une plus longue exposition des
au Japon, Zizeeria maha (ou raît implacable. En mai 2011, insectes aux radiations : les →

2 0 1 3 I M a r s I SV I 91
| Fondamental
EnquêtE
|
→ papillons du Yamato ayant
une durée de vie d’un mois,
tous les individus collectés sont
donc nés après l’accident et ont
donc été irradiés tout au long
de leur existence. Mais cette
hausse ne semble pas non plus
liée à l’intensité des radiations,
puisque les papillons de mai,
qui présentent le moins de mal-
formations, ont été exposés à de
plus fortes doses…

… dÉjà inscrites dans l’adn


Selon Joji Otaki, la différence
proviendrait en fait de “l’ac-
cumulation des mutations sur
plusieurs générations dues à
une exposition continue à de
faibles doses”. Tandis que les
fortes doses ont des effets radio-
toxiques si marqués qu’elles
modifient l’abondance d’une
population, les faibles doses,
elles, abîment le matériel géné-
tique des organismes tout en
les laissant survivre et se repro-
duire. Les papillons des deux Difficile de se
lots ont par conséquent subi la A l’appui de cette hypothèse, faire une idée des des papillons de mai, le taux de
même exposition aux faibles les chercheurs ont élevé et fait effets de la catas- malformations est de 18,3 %,
doses, mais du fait de l’héré- se reproduire des papillons col- trophe sur la flore : puis il grimpe à 33,5 % pour la
dité de l’ADN, les individus de lectés dans leur laboratoire, à
si ces clichés de génération suivante. Chez ceux
pissenlits présen-
septembre (4e ou 5e génération Okinawa, quelque 1 750 km au des papillons de septembre, il
tent de vraies
après Fukushima) ont accu- sud de Fukushima, où les rejets est supérieur à 50  %. Ce qui
anomalies…
mulé davantage de mutations de la centrale sont à peine per- confirmerait l’hypothèse d’une
que ceux de mai (2e génération). ceptibles. Chez les descendants accumulation des mutations au
fil des générations.
Les dégâts causés par une telle
bÉtail : une campagne pollution sont particulièrement

d’abattage systÉmatique
pernicieux car ses effets n’ap-
paraissent pas toujours immé-
diatement : ils peuvent surgir
selon le ministère de l’agriculture japo- a alors organisé l’abattage des trou-
chez des individus qui n’ont
nais, 3 400 vaches, 31 500 cochons et peaux restants, contaminés et trop
subi aucune irradiation directe,
630 000 poulets vivaient dans la pré- chers à nourrir. seuls de rares irréduc-
mais ont hérité de certaines ca-
fecture de Fukushima à la date du tibles ont refusé, tel l’agriculteur Naoto
ractéristiques de leurs parents.
11 mars 2011. si une bonne part n’a pas Matsumura (1), le dernier homme
Ainsi, la descendance obtenue
survécu au séisme et au tsunami, vivant dans la zone d’exclusion, qui
en laboratoire a non seulement
quantité d’autres sont morts de faim prend encore, tant bien que mal, soin
hérité de malformations, mais
lorsque fermiers et éleveurs furent des différents animaux abandonnés
elle en a développé de nou-
contraints de quitter les lieux à la hâte, dans la zone de Fukushima.
laissant derrière eux leur bétail. Moyen- velles : antennes fourchues,
(1) Le Dernier homme de Fukushima, antonio
nant une subvention, le gouvernement Pagnotta, éd. Don Quichotte, mars 2013. ailes asymétriques… Et la mor-
talité des larves et des nymphes
s’est révélée très élevée.

92 I SV I M a r s I 2 0 1 3
… La zone
d’exclusion reste
interdite à des
scientifiques
comme, ici,
Timothy Mous-
seau (université
de Caroline
du Sud).

Reste que ces rares études


laissent en suspens de nom-
breuses questions. A partir
de quel seuil les faibles doses
entraînent-elles des mutations ?
Dans quelles proportions l’irra-
diation externe, imputable à la Même absence
contamination de l’environne- de réponse claire
ment, et l’irradiation interne, pour les oiseaux…
liée à l’ingestion de nourriture dont la diminution
de leurs popula-
contaminée, sont-elles respon-
tions apparaît déjà
sables ? Pourquoi les espèces ne
plus forte qu’à
réagissent-elles pas de la même Tchernobyl.
manière aux radiations ? Sur-
tout, que se passe-t-il dans la
zone hautement contaminée ? l’Institut de radioprotection de Fukushima a, de son côté,
Autant de problématiques que et de sûreté nucléaire (IRSN), équipé des macaques sauvages
Tchernobyl n’a pas épuisées et suit différentes espèces d’oi- de dosimètres afin d’évaluer la
que le Japon a une chance de seaux (mésanges, moineaux) contamination des forêts où
résoudre en partie si la commu- dans la zone contaminée afin l’homme ne peut plus aller. En
nauté scientifique s’en donne de déterminer s’il existe un lien mars 2011, des échantillons
les moyens. Deux projets en entre les doses reçues et cer- de muscles de ces cobayes af-
cours lèveront peut-être un coin taines modifications physio- fichaient 25 000  Bq par kilo-
t.Mousseau

du voile. Freebird (Fukushima logiques (condition physique, gramme. Reste à savoir com-
Radiation Exposure and Effects système immunitaire, couleur ment nos cousins primates vont
in Bird populations), porté par du plumage…). L’université réagir à de telles doses.

2 0 1 3 I M a r s I SV I 93
| Fondamental
Exploit
| ChANGeR
Fleurir
Surgir

Casser
Maigre
BouGeR
Gazelle
Bison
ANIMAux
Loup
Mastiquer Voler
Gorille
dépLACeMeNTS danser Rhinocéros
Grimper dauphin
Bateau
Nager Vélo oISeAux

Voici la Moto
Marcher
Colombe

première
Galoper
Skier
Accident RepTILeS

Manger
Boire

cartede
pLANTeS
AppAReILS Légumes
Instrument
de musique
Crucifix
CoNTeNANTS

nos idées
Tatouage
Bouteille Musée
Missile Ski Valise
Journal
Bombe
MoBILIeR Trottoir
Traverser
Caméra
Fontaine
L’idée que nous nous faisons d’une “ville” Voilier
Train parachute
Kayak
est proche de celle de “galoper” : elles usine
Cargo ouTILS
mobilisent les mêmes neurones ! Tel est Voiture
pIèCeS
ce qui ressort de travaux ayant réussi à
cartographier notre cerveau en fonction VéhICuLeS
BâTIMeNTS
de 1 705 concepts. Une prouesse.
Pa r C o r a l i n e l o i s e a u

Q uelle est la différence


entre un arbre et un im-
meuble ? Entre courir et
discuter ? Ces devinettes
de cour de récréation cachent de
profondes interrogations scien-
tifiques, car les réponses qu’on
de manières d’organiser, trier,
ranger, distinguer ou associer
les idées qu’il se fait du monde
à partir des sens. Mais comment
notre cerveau réussit-il à ne pas
s’égarer dans les couloirs de nos
bibliothèques intimes ?
qui nous permettent de nous
représenter le réel, carte que
l’équipe de Jack Gallant (uni-
versité de Californie, Berkeley)
vient, pour la première fois, de
mettre en évidence.
Un pas de géant depuis que
peut leur apporter sont sans L’IRM vient de livrer la ré- ce laboratoire avait, en 2009,
fin ! Un arbre est vivant, un im- ponse : les choses qui se res- détecté l’empreinte visuelle
meuble ne l’est pas ; un arbre est semblent activent, non pas un que laisse une image sur le cer-
vert ou marron, un immeuble ou quelques neurones locali- veau (S&V n° 1098, p. 46). Car
plutôt gris ou blanc. Courir sés qui correspondraient de ce n’est plus simplement l’enco-
fait appel aux jambes, discuter, manière spécifique, mais des dage de formes et de contrastes
non ; il faut être deux pour dis- régions éparses de neurones. que révèle ici l’activité des
cuter, mais pas pour courir… Autrement dit, notre cerveau neurones, mais l’organisation
L’esprit dispose d’une infinité produit une carte des concepts intime d’idées parfois abstraites.

94 I SV I m a r s I 2 0 1 3
Panthère Chanter LANGAGE
Lire
Lion
Parler TExTES
Chat Sourire Document Grimace
Pleurer Rire
Surprise
Prier
Eglise
iNSECTES
GROUPES Ecole
POiSSONS AThLèTES
Couple
PERSONNES
Chirurgien Troupeau COULEURS
Grand-mère
Enfant Coiffeur
Soldat
Cow-boy ACTiViTéS
Combattre
Président Embrasser Mariage
Feu CiEL
des USA Tornade
Explosion
Moustache Neige
Fleur Volcan Pluie
Colline Vent
Astéroïde Lit Yeux
Plage ils ont surveillé chaque par- qui parsèment les films présen-
Oreille PARTiES
Epaule celle du cortex pendant qu’ils tés, ont donc toutes une place
ROUTES Main DU regardaient une série de petits précise sur cette carte… Dont
Océan CORPS
Trou Rivière films. Ce que ces participants les chercheurs ont trouvé la
Escaliers Port Jambe
Soupe ignoraient, c’est que tous les version neuronale : l’activité de
Vin
Neige Eau de mer éléments des scènes qu’ils re- certaines régions cérébrales cor-
Ville EAU gardaient avaient été préalable- respond à certaines régions de
Paysage ment répertoriés et étiquetés par la carte théorique des concepts !
Egout Désert Pluie les chercheurs. Soit 1 705 “éti-
Soie quettes” désignant autant de 20 % du cortex impliqué
Prairie Pétrole concepts plus ou moins abs- La tentation est grande d’ima-
Sable
traits : athlète, bateau, parler, giner le cerveau comme une
VêTEMENTS ExTéRiEUR MATièRES champ, colombe, voler… jolie commode où chaque
Les relations entre ces idée serait rangée dans un ti-
concepts, explicitées dans le roir. Mais la carte du sens qu’il
dictionnaire WordNet établi par construit est plus subtile… et
des linguistes de Princeton, sont plus économe ! L’infini des
parfaitement connues : chaque idées mobilise l’infinie variété
Tout se passe dans le cortex, ce En soumettant à un concept est relié à un autre plus des combinaisons entre neu-
tissu de 2 mm d’épaisseur qui volontaire 1 705 con- abstrait. Ainsi, une colombe est rones. L’image d’une colombe,
couvre les plis et replis du cer- cepts prédéfinis et en un colombiné, qui est un galli- par exemple, fait s’activer des
veau. “Nous l’avons découpé en regardant par IRMf nacé, qui est un oiseau, qui est centaines de voxels un peu par-
30 000 petites zones de 8 mm3, quelles zones s’allument un vertébré… Ces “chaînes” tout dans le cortex. Celle d’une
baptisées voxels”, explique Jack dans son cerveau, une d’abstractions dessinent une voiture aussi. Au total, près de
véritable carte cérébrale
Gallant. Quand ils travaillent, carte théorique des concepts 20 % du cortex est impliqué à
de ses idées a été dressée
à l’intérieur de ces voxels, les reliés en fonction de caracté- un moment ou à un autre des
(ci-dessus). On constate
neurones consomment de l’oxy- par exemple que les ristiques communes. Sur cette films présentés. C’est donc une
the gallant lab at uc berkeley

gène, ce qui fait varier la circu- notions de “ville” (en bas carte voisinent ainsi motos, nébuleuse de neurones qui “en-
lation sanguine. Et c’est en ob- à dr.) et de “galoper” (en vélos, voitures et charrettes. code” chaque concept, et non
servant ces flux en imagerie par haut à g.) allument les Mais plus loin, plantes, arbres quelques neurones dédiés.
résonance magnétique fonction- mêmes zones du cerveau et fleurs, qui sont des êtres vi- Plusieurs concepts peuvent
nelle (IRMf) que les chercheurs (les parties violettes du vants, seront associés aux per- ainsi mobiliser des régions
savent à chaque instant si un cortex). sonnes humaines, elles-mêmes cérébrales communes quand
voxel est plus ou moins actif. reliées, comme certains ani- ils partagent des caractéris-
Concrètement, ils ont fait maux, à des actions comme cou- tiques comme vélo et moto par
appel à cinq participants, dont rir, marcher… Les “étiquettes”, exemple, qui activent à peu →

2 0 1 3 I m a r s I SV I 95
| Fondamental
Exploit
|
→ près les mêmes voxels. Et
en dosant judicieusement l’ac-
tivité de chacun des neurones
mobilisés, le cerveau distingue
au sein d’une nébuleuse les
concepts les plus proches.
Plus spécifiquement, les cher-
cheurs ont découvert que le cer-
veau “distribuait” nettement les
concepts selon quatre critères
principaux bien précis ! En pra-
tique, chacun de ces critères
divise les concepts en deux
groupes de natures opposées :
en mouvement ou immobile ;
interaction sociale (personnes
et actions) ou non ; appartenant
à la civilisation ou à la nature ;
vivant ou non-vivant.

chacun a sa propre carte


Déceler dans le cerveau ces
quatre points cardinaux de
notre activité cérébrale était
un défi. Sachant que les cher-
cheurs ne doutaient pas de leur
existence… Ainsi, il leur sem-
blait tout à fait logique que le Manquent aussi à l’appel des ner une première carte cérébrale
mouvement soit un facteur dé- absents plus problématiques de nos idées. Animal, personne,
terminant dans la façon dont comme la notion de taille, qui bâtiment, véhicule… la place
notre cerveau interprète ce semblait pourtant avoir son im- de chaque concept testé dans
que nous voyons. “La percep- portance dans de précédentes la carte théorique des idées est
tion du mouvement est connue études. Ici, pas de distinction associée à un ensemble de ré-
pour influencer fortement l’ac- évidente, dans la carte des idées gions cérébrales préférentiel.
tivité des neurones”, précise telle que le cerveau la conçoit, Toutefois, cette “carte d’acti-
Jack Gallant. Pour autant, les entre un bateau de 2 tonnes et vation” des voxels ne vaut que
quatre critères mis en évidence un chien de 30 kg, ou même pour l’individu observé pour
ne sont pas les seuls mobilisés une action comme parler qui… la construire : même si les ten-
par notre cerveau pour orga- ne pèse rien. dances générales sont iden-
niser le monde. Les neuros- tiques d’un cortex à l’autre, il
cientifiques sont convaincus
qu’il existe d’autres “clés” de notre cerveau s’organise y aura toujours de petites va-
riations, car chaque cerveau
the gallant lab at uc berkeley - m.kontente

tri permettant des distinctions selon des “critères de tri”, est unique. Tout dépend de sa
toujours plus fines entre les dont 4 sont déjà identifiés taille, de sa forme, de son âge…
concepts. Mais cette première “Deux individus qui auront
expérience n’était pas assez Plus surprenant encore : au- grandi, l’un dans une métro-
précise pour les déceler. cun contraste n’a été observé pole, l’autre dans la forêt tropi-
Parmi les critères de regrou- entre les concepts qui sont des cale, auront une représentation
pement attendus, vu la capacité lieux, et ceux qui n’en sont pas. du monde très différente”, com-
du cerveau à reconnaître spé- Selon les chercheurs, multiplier mente Jack Gallant. Or, ici, les
cifiquement certains concepts, les données pourrait mettre au cinq participants avaient tous le
figurent des nuances aussi sub- jour de nouveaux critères. Reste même profil : impossible donc
tiles que la différence entre un que les quatre critères décou- d’évaluer l’importance des va-
visage jeune et un visage âgé. verts permettent déjà de dessi- riations que peut entraîner le

96 I SV I m a r s I 2 0 1 3
Une carte obtenue grâce
aux travaux de linguistes
et... à cinq participants
Les chercheurs de l’université de Californie (Berkeley) ont étu-
dié par IRMf (à g.) les réactions cérébrales de cinq volontaires :
ils ont divisé leur cortex en 30 000 zones (ou voxels), au sein
desquelles ils ont suivi les variations de la circulation sanguine
en fonction “d’images concepts” qui leur étaient projetées. De
quoi déduire, de ces données, la carte des idées de chacun.

Colombe
Gallinacé Arbre
1 En se basant sur des concepts
définis par des linguistes…
Dans le dictionnaire World-
Oiseau Plante Net, les linguistes ont établi
Vertébré ligneuse les relations entre concepts :
elles vont du moins au plus
Animal Plante
Arbre abstrait. On voit ainsi qu’en
Organisme remontant les “chaînes
Vivant d’abstractions”, l’arbre et la
Entité colombe se rejoignent dans le
groupe des “organismes”.

2 … les chercheurs ont


choisi un certain nombre
d’images clés…
vécu de la personne. Et même
chez un individu, si l’analyse Les concepts qui apparaissent
dans les films projetés aux
statistique des voxels permet de volontaires ont été “étique-
construire “sa” carte des idées, Arbre tés” par les chercheurs. Ils
elle ne rendra pas compte de peuvent ainsi faire le lien entre
l’activité cérébrale provoquée Colombe l’idée (arbre, colombe) qui
apparaît à l’écran et la réaction
par un nouveau jeu d’images. cérébrale qu’elle provoque.
Quand les chercheurs s’y sont
essayés, avec de nouveaux ex-
traits de films, seuls 22 % des 3 … qui, projetées à des
volontaires, ont mobilisé
certaines zones cérébrales…
voxels se sont activés de la fa-
Les réactions aux différents
çon prévue. concepts sont symbolisées par
Le cortex visuel, très lié aux des couleurs. Ainsi, en étudiant
caractéristiques matérielles les régions cérébrales activées,
des choses (structure, forme), les chercheurs découvrent
qu’arbre et colombe mobilisent
était le plus prévisible. Mais des zones communes…
des zones moins attachées au
monde physique se sont révé-
lées plus “changeantes”. La 4 … en fonction desquelles
ils ont pu dessiner la carte
de leurs idées abstraites
preuve que les premiers car-
Si on calque les couleurs de
tographes de nos mondes in-
cette carte cérébrale sur
térieurs auront encore besoin l’organisation théorique des
de nombreux relevés avant de éléments répertoriés par les
disposer de cartes suffisam- linguistes, des associations

-
de concepts apparaissent,
ment fidèles pour voyager sans
dessinant la représentation
se perdre dans les pensées de cérébrale que l’on se fait du
quelqu’un. monde réel.

2 0 1 3 I m a r s I SV I 97
| Fondamental
Polémique
|

ordinateur quantique

LE MYSTÈRE
D-WAVE C’est un rêve de physicien… une histoire de gros sous
et un enjeu industriel qui mobilise jusqu’à la CIA ! Une
start-up aurait réussi là où les plus grands laboratoires
ont échoué : elle aurait mis au point un ordinateur
quantique et fait exploser sa puissance de calcul.
Arnaque ? Révolution ? D’abord sceptiques, les spé-
cialistes se divisent aujourd’hui sur la question…

D -Wave”. Gravé en
Pa r r o m Á n I ko n I c o f f

l’université de Californie du de satellites et de missiles, qui


lockheed-martIn - d-wawe systems Inc

lettres blanches sur les flancs Sud (USC), unique produit de a aligné 10 millions d’euros en
noirs et moirés de la machine, la société D-Wave Systems, une mai 2011. Son objectif : s’en ser-
son nom s’affiche crânement. start-up de Vancouver dirigée vir pour concevoir son projet
Ses proportions massives – soit par le Canadien Geordie Rose. phare, le chasseur F-35 Light-
10 m2 au sol ! – ne lui enlèvent Pour l’heure, la machine tra- ning II. Une somme rondelette, à
rien de sa superbe. On la croi- vaille la moitié du temps pour laquelle sont venus s’adjoindre,
rait sortie du catalogue d’un de- le compte de son proprié- en octobre dernier, quelque
signer en vogue. L’engin trône taire, Lockheed Martin, l’un 22 millions d’euros versés par le
dr - fotolIa

dans les locaux du Centre pour des principaux industriels PDG d’Amazon, Jeff Bezos, et la
la science et la technologie de de l’armement de la planète, CIA, intéressée par l’application
l’information quantique de constructeur d’avions de chasse, potentielle de la machine au →

98 I SV I m a r s I 2 0 1 3
| Fondamental
Polémique
|
Un puce classée “secret industriel”
Cinq ans après les premiers effets d’annonce, D-Wave Systems laisse enfin filtrer de maigres informa-
tions et diffuse quelques photos de la machine (3, le système de refroidissement). Mais son directeur
scientifique, Geordie Rose (1), reste assez évasif quant aux performances de sa puce (2).

1 2
3

→ craquage des codes secrets. assurer aujourd’hui que les en-


Voilà qui fait beaucoup d’argent trailles de la bête en comptent
pour une grosse boîte noire… 128. Un exploit incroyable
qu’une aura de mystère entoure quand on sait que les meilleurs
plus que jamais, cinq ans après spécialistes de l’informatique
sa première présentation. quantique se débattent toujours
Dès 2007, D-Wawe Systems avec des prototypes de calcula-
a en effet annoncé avoir réussi teurs d’une dizaine de qubits,
f.nosh/the nyt/redux/réa - d-wawe systems Inc - kelvIn ma - g.sImoneau/getty

l’impossible : concevoir un mi- juste capables d’effectuer la fac-


croprocesseur quantique. Un torisation de 15 en 3 fois 5.
rêve de physicien ! Geordie Rose Et Geordie Rose ne compte pas
se prévalait alors de disposer s’arrêter là : “Nous prévoyons
d’une puce de 16 “qubits” : ses de doubler le nombre de qubits
composants, porteurs de l’infor- chaque année, claironne-t-il. La
mation minimale 0 ou 1, étaient version à 512 qubits, baptisée
censés être dopés par les lois ‘Vesuvius’, tournera dans nos
de la mécanique quantique qui labos courant 2013.” Et une
permet à la vitesse de calcul de puce à 1 024 qubits devrait donc
s’envoler par rapport à celle des être prête en 2014… On com-
machines fabriquées à partir de prend la volonté de la CIA de
composants classiques. Surtout, faire partie de l’aventure ! Car
avec la collaboration de Daniel le propre des clés de chiffrage
Lidar, expert américain mon- de niveau militaire est d’être échangés. A 1 024 qubits, pour-
dialement reconnu, le concep- très longues, afin de garantir tant, la limite est franchie : la
teur de cette puce exotique un nombre de combinaisons puissance du calcul quantique
promettait de faire exploser la possibles si grand qu’aucun est telle que tout secret militaire
puissance de calcul quantique espion ne peut espérer, via un devient “craquable”…
de la machine en multipliant supercalculateur, trouver celle Arnaque ou révolution ? “Vous
le nombre de qubits… Jusqu’à donnant accès aux messages avez un problème impossible ?

100 I SV I m a r s I 2 0 1 3
scott AAronson
SpécialiSte du calcul quantique au MaSSachuSettS
inStitute of technology (etatS-uniS)

j’espère réellement que


d-wave sera capable de
Venez nous voir !” Sur son site
internet, la start-up n’hésite pas
de la machine, et maintenue à
– 273,13  °C, près du zéro ab-
prouver qu’ils ont réussi
à défier les plus grandes entre- solu, est spécialisée dans la
prises. Mais, dans les faits, il résolution d’une seule classe
est très difficile de savoir si, de problèmes : ceux d’optimi-
au-delà de l’enthousiasme de sation. Ceux-ci se ramènent à
son concepteur, les promesses une question : comment trouver
de l’ordinateur quantique ver- la meilleure solution parmi des
sion D-Wave sont tenues. Car milliards de milliards de choix
le doute existe. Comment une possibles ? “Ce type de problème
petite start-up a-t-elle pu réus- est un vrai défi informatique
sir là où tant de laboratoires de pour l’industrie, la recherche et
recherche butent ? les services, explique Alexandre
Blais, professeur de physique de
des physiciens perplexes l’information quantique à l’uni-
Certes, financer D-Wave Sys- versité de Sherbrooke (Québec,
tems vaut droit de regard sur Canada). Chercheurs et sociétés
les progrès de la machine et la privées se battent pour amélio-
CIA pourrait donc en avoir dé- rer les techniques de résolu-
sormais le cœur net, mais vu les tion.” Dans cette quête, aussi
enjeux, on se doute que rien ne bien pensés que soient les algo- AlexAndre BlAis
filtrera. Du côté des physiciens rithmes et aussi puissants que profeSSeur de phySique de l’inforMation quantique
quantiques, moins secrets mais soient les supercalculateurs, le à l’univerSité de Sherbrooke (canada)
aussi moins argentés, l’am- nombre de combinaisons à trai-
biance est à l’expectative. Oui,
mais comment percer le mys-
ter finit par dépasser les capa-
cités du système ou par se tra-
la majorité des physiciens
tère D-Wave ? duire en durées de traitement ne pense pas que cette
puce soit 100 % quantique
On sait seulement que la délirantes… sauf si le calcula-
puce quantique placée au cœur teur est quantique. →
2 0 1 3 I m a r s I SV I 101
| Fondamental
Polémique
|
a we
e D - W

e d t des alcul
Comment s’y prend la produisant des erreurs,
puce de D-Wave pour rele- voire détruisant l’inter-
pu c
ver le défi ? Selon ses concep- dépendance quantique
La oudrai sans c
rés blèmes ur, se troquuvee…
teurs, elle s’appuie sur des lois globale du système.
étranges de la physique qui Une sensibilité qui,

pro cœur de lu’olerdpiuncaeteélectroni


autorisent plusieurs particules depuis vingt ans, freine
e
à s’unir à distance au moyen justement les dévelop- ystèm
n te n ir un sure proche
d’un lien : l’intrication quan- pements de l’ordinateur co mpérat 2 mm.
ent à e ,
tique. Le comportement d’un quantique dans les labo- au minusc i n e servtrabasse t ue 4,6 x 7
qubit – concrètement, des mi-
crocircuits supraconducteurs
ratoires de recherche, les
cantonnant à une dizaine
1une u el q
l a m ac h
m3 de semen ne me
ue 30 e refroidis lle-même
Les q lation et d . La puce e
t à u l s ure q

appelés Squid – est lié au com- de qubits (voire page sui- d’iso ro absolu
portement des autres. Or, la pro- vante). Alors, par quel mi- du zé
grammation de la puce consiste racle la machine D-Wave s’en
à influencer la manière dont ces affranchirait-elle ?
liens s’organisent. L’évolution Autre cause de cette réaction
naturelle des liens quantiques épidermique des chercheurs :
entre les qubits vers une confi- les manières peu orthodoxes
guration plus stable que celle de D-Wave Systems. Les spé-
imposée au départ va ensuite cialistes des systèmes quan-
“dessiner” la résolution du tiques n’ont alors d’autre choix
problème posé, sans effectuer que de croire Geordie Rose sur
aucun calcul mathématique parole. Or, si son CV de docteur
pour représenter chacune des en physique donne du crédit à
solutions possibles. D’où l’im- ses annonces grandiloquentes,
mense gain de temps de calcul son profil d’entrepreneur am-
(voir l’infographie). Du moins… bitieux sème le doute. Surtout,
en principe. l’absence de résultat d’étude
r
menée sur la machine et le re- ateu
une communication efficace Ordin-Wave
fus de donner accès aux instal- d’optimi- de D
En 2007, ces promesses ont lations passent mal auprès des sation ef-
été reçues avec un scepticisme physiciens, qui ne croient légi- fectué par
pour le moins agacé chez timement que ce qui est expé- la puce. Et
ourt
les physiciens. “La puce de rimentalement prouvé. parce qu’au
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D-Wave n’est pas plus utile à Cinq ans plus tard, le revire- mois de fé- r trou depu on,
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l’industrie qu’un sandwich au ment en faveur de D-Wave appa- vrier 2012, la a
Eta raire po s de M ngénie ce u
rosbif”, ironisa même sur son raît spectaculaire. En février société a ou- itiné e, les ville aux, les i er la for uce.
blog Scott Aaronson, grand spé- 2012, Scott Aaronson publie sur vert ses portes à nobl et Borde programm de leur p
Paris ave vont 5 qubits
cialiste du calcul quantique au son blog ce qui ressemble à une quelques cher- D-W iens entre
Massachusetts Institute of Tech- conversion digne de celle de cheurs, dont Scott des l
Paris
nology. Seth Lloyd, autre figure saint Paul : “Pour la première Aaronson, pour
oble
de la communauté, se fendit fois, je me trouve à espérer réel- l’étudier. Geordie Gren
d’un lapidaire : “Ce n’est cer- lement, vraiment – de tout mon Rose s’est alors prêté
eaux Lyon
tainement pas dans ce genre de cœur – que D-Wave parviendra au jeu des questions/ Bord
société que je voudrais investir à prouver qu’il peut réaliser une réponses, détaillant as-
mon argent.” Ambiance… forme […] de calcul quantique.” sez le fonctionnement
eille
Si les universitaires doutent Comment celui qui jugeait cette de la machine… pour Mars
alors, c’est surtout sur le fond. machine aussi utile qu’un sand- convaincre Scott Aaron-
Car les liens d’intrication quan- wich en est-il venu à y placer son : selon lui, la puce
tique entre les qubits, clés des quelque espoir ? D’abord, parce pourrait fournir des solu-
prouesses annoncées, sont très que les chercheurs de D-Wave tions approchées de problè-
sensibles aux perturbations Systems ont enfin publié, en mes d’optimisation plus vite
a.dagan

extérieures. La plus infime (lu- mai 2011, dans la revue Nature, que les supercalculateurs
mière, chaleur) peut les rompre, un article clarifiant le processus classiques. →
102 I SV I m a r s I 2 0 1 3
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2 0 1 3 I m a r s I SV I 103
| Fondamental
Polémique
|
Des applications cruciales
pour l’armée et l’industrie
Une puce comme celle de D-Wave peut, en théorie, résoudre des
problèmes mobilisant des milliards de milliards de combinaisons,
tels ceux que posent l’optimisation de circuits électroniques (1) ou
de grands centres logistiques (3, celui d’Amazon à Swansea,
Angleterre) ; la conception de systèmes techniques complexes (4,
le cockpit du F-35 Lightning II) ; ou le décryptage de codes sécurisés
(2, un exercice militaire américain). Des capacités révolutionnaires…

1
2
3

→ Pour autant, le brouillard


qui entoure la machine est loin
d’être dissipé… La preuve pu-
bliée dans Nature n’est établie
que pour 8 qubits, sur les 128
que compte la puce. Or, un des
points essentiels d’un calcula-
teur quantique est sa capacité à
réussir le passage à des échelles
plus grandes. Comme le résume
Daniel Estève, directeur de re-
cherche au Commissariat à
l’énergie atomique, spécialiste
des effets quantiques dans les riger les erreurs dans le calcul significativement le nombre de
b.cawthra/sIpa - yonhap pool/epa/max ppp - dr - e.fabrer/dIvergence

circuits électriques : “Le travail plutôt que de faire le calcul lui- solutions possibles, de sorte
publié semble solide, mais il même… Or, selon Alexandre qu’un ordinateur classique
ne constitue en aucun cas une Blais, cette puce ne fait pas de puisse ensuite en extraire une
caution pour l’existence d’un correction d’erreurs.” Et pour- solution approchée en un temps
véritable ordinateur quantique tant, elle “tournerait” plus vite et avec des ressources défiant
[à 128 qubits] fabriqué par qu’un supercalculateur clas- les autres supercalculateurs.
D-Wave.” La start-up fournira- sique. Par quel prodige ? Ce que ne s’autorisent pas les
t-elle les preuves attendues ? Le chercheur ne peut que spé- ordinateurs quantiques ébau-
Daniel Lidar le laisse entendre : culer. Mais il a sa petite idée : chés dans les laboratoires uni-
“Nous avons l’intention de dé- “Si la majorité d’entre nous versitaires. Et pour cause : les
ployer les études sur un plus est convaincue que la puce de chercheurs visent avant tout la
grand nombre de qubits.” D-Wave n’est pas globalement compréhension intime du pro-
En attendant, la machine ne quantique, elle pourrait en re- cessus de calcul quantique, ce
semble pas dépourvue du dé- vanche abriter des phénomènes qui exige de concevoir des sys-
faut congénital dont souffrent quantiques locaux qui donnent tèmes dont on contrôle chaque
les ordinateurs quantiques ébau- un coup de fouet au calcul.” En étape de l’évolution, exempts
chés ailleurs. “Une grande frac- clair, elle ne permettrait pas de d’erreurs et avec une intrica-
tion des qubits d’un ordinateur déterminer la meilleure solution tion quantique parfaitement et
quantique est chargée de cor- du problème, mais restreindrait globalement réalisée.

104 I SV I m a r s I 2 0 1 3
des concurrents
très loin derrière
La machine de calcul sans erreur ni puce à 3 qubits réali-
D-Wave est taillée approximation. Parce sant des opérations
pour la puissance, que cela exige la déli- logiques ; et des uni-
mais se limite à un cate construction de versitaires de New
seul type de calcul “portes logiques” South Wales (Austra-
entaché d’approxima- combinant les qubits lie) et de Purdue
tion. Depuis vingt selon les lois de (Etats-Unis) ont mis
ans, des dizaines de l’arithmétique, ces au point un transistor
laboratoires visent prototypes ont une à 1 qubit sur un subs-
plus haut : un ordina- puissance très limi- trat de silicium.
teur quantique effec- tée. IBM a ainsi
tuant tout type de conçu, en 2012, une

4 [nos] problèmes de manière


plus rentable et efficace que
les ordinateurs et les procédés
Rien de tel chez D-Wave Sys- conventionnels”, déclarait en
tems, “qui ne s’inquiète pas juin  2012 le porte-parole du
de ces problèmes, constate constructeur, Thad Madden, à
Alexandre Blais. Ce qui les in- la revue de l’Institute of Electri-
téresse, c’est que le résultat soit cal and Electronics Engineers.
globalement satisfaisant pour Avant eux, D-Wave avait déjà
les clients”. Ainsi, leur puce réussi à convaincre Google
ne serait pas 100 % quantique, et Harvard. Le premier a, en
mais maintiendrait suffisam- 2009, testé les capacités de la
ment d’“îlots” quantiques in- puce pour améliorer le classe-
triqués. Là résideraient sa botte ment automatique de données ;
secrète… et la promesse d’un portement impossible à évaluer le second la modélisation des
mystère qui risque de perdurer proprement, relève-t-il du pari protéines. Deux collaborations
encore longtemps ! technologique ou de l’habileté limitées à des simulations (sur
d’un entrepreneur désireux de des machines classiques) de la
on ne sait pas l’évaluer ! vendre à tout prix ? Si la CIA, par manière dont la puce (telle que
Un tel fonctionnement reste en nature à l’affût, a fait le pari de décrite par D-Wave) permettrait
effet si éloigné de ce que réa- croire en ses capacités, d’autres de résoudre rapidement les pro-
lisent les universitaires dans acteurs de poids, moins enclins blèmes posés. Mais qui, parce
leurs laboratoires, qu’ils sont à la suspicion, ont fait de même. qu’elles ont donné lieu à des
désarmés pour imaginer les L’avionneur Lockheed Mar- publications dans Nature, ont
tests permettant d’en mesurer tin a ainsi acheté machine et contribué à entretenir le buzz…
définitivement les capacités. temps de calcul parce que son sans lever le mystère.
“Je ne pense pas que nous com- nouvel avion de combat est un Que la machine de D-Wave
prenions suffisamment bien la des plus complexes de l’histoire tienne ses promesses, et Lock-
machine de D-Wave pour être en termes mécaniques et élec- heed Martin et Google sable-
capables de spécifier le type de troniques, et qu’il est arrivé au ront le champagne, pendant
calcul qu’elle peut effectuer”, bout de ce que ses supercalcula- que Geordie Rose et toute la
résume Scott Aaronson. teurs sont capables de faire pour communauté du calcul quan-
Que le premier ordinateur tester les interactions entre tous tique pourront parler de révo-

-
quantique opérationnel dans les sous-systèmes de l’avion. lution. Que les performances
le monde industriel repose sur “Nous pensons que l’informa- ne suivent pas… et l’on pourra
un dispositif exotique, au com- tique quantique peut résoudre saluer le génie du bluffeur.

2 0 1 3 I m a r s I SV I 105
| Fondamental
EvénEmEnt
|

On la croyait vaincue. Or, avec le sida, la


tuberculose a fait un retour en force, d’au-
tant que le bacille de Koch est de moins
en moins sensible aux antibiotiques. Mais
10 ans de travaux ont permis de découvrir
un remède enfin efficace. Il était temps.

Pa r r e n a u d P e r s i a u x

tuberculose
un nouvel antibiotique
brise sa résistance

e
nfin de l’espoir : il aura cacité face aux ruses du bacille avérés déterminants dans ce
fallu attendre quarante ans de Koch. A tel point que rien succès tant espéré.
pour qu’un nouvel antibio- ne semblait pouvoir déjouer le Pourtant, au début des an-
tique vienne relancer la lutte pire des scénarios : celui d’une nées 1980, les chercheurs pré-
contre la tuberculose. Et il était épidémie de tuberculose extra- voyaient, après l’éradication de
temps ! Le nom de cette molé- résistante, contre laquelle, vir- la variole, celle du bacille tuber-
cule de l’espoir ? La bédaqui- tuellement, plus aucun médi- culeux ou de Koch (Mycobac-
line (Sirturo). Soit le premier cament n’est efficace ! terium tuberculosis), sous l’ef-
g.osan/ap/sIpa - janssen

médicament autorisé après fet d’un double mouvement :


des décennies de disette et de “découverte fortuite” l’amélioration des conditions
marasme, et efficace contre Mais c’était sans compter sur de vie et la disponibilité de
les cas les plus résistants. Ces la mobilisation de fonds excep- médicaments. Mais le cours
années au cours desquelles tionnels pour la recherche… de l’histoire a été inversé par
les traitements classiques ont et une bonne dose de chance. un invité de dernière minute : le
peu à peu perdu de leur effi- Deux ingrédients qui se sont VIH. Lequel, en affaiblissant le

106 I SV I m a r s I 2 0 1 3
système immunitaire, a ouvert peut aussi s’attaquer au cer-
un boulevard pour le bacille veau et aux reins, affecte près
tuberculeux dont, à l’échelle de 9 millions de personnes à
mondiale, une personne sur l’échelle mondiale. six mois pour venir à bout de
trois est désormais porteuse Aujourd’hui, les médicaments l’infection. Et les effets secon-
(ce qui ne veut pas dire ma- les plus courants – l’isoniazide
Cette nouvelle molé- daires sont plus importants.
cule, la bédaquiline,
lade…). D’où une terrible, et (1951) et la rifampicine (1957) – De plus, ces traitements lourds
représente un espoir
inattendue, recrudescence de ne sont plus aussi efficaces. commencent eux aussi à perdre
pour de nombreux pays.
la tuberculose, qui est redeve- Dans 5 % des cas, l’utilisation L’Asie du Sud-Est est du terrain. En 2006 ont ainsi
nue une des trois grandes pan- d’une deuxième génération l’une des régions les été identifiés en Afrique du
démies mondiales, avec le sida d’antibiotiques est indispen- plus touchées (ici, à Sud les premiers cas de tuber-
et le paludisme. Cette maladie sable, comme les agents injec- l’Institut de la tubercu- culose ultrarésistante – c’est-à-
qui se répand d’une personne tables et les fluoroquinolones. lose de New Dheli). dire résistantes non seulement à
à l’autre par l’air et touche gé- Mais alors, le traitement doit l’isoniazide et à la rifampicine,
néralement les poumons, mais durer deux années au lieu de mais à ces médicaments de →

2 0 1 3 I m a r s I SV I 107
| Fondamental
EvénEmEnt
|

→ la deuxième génération. Et
selon une étude publiée dans le
Lancet en août dernier, cette tu-
berculose multirésistante a été
depuis repérée dans au moins
77 pays, dont la France.
Pourtant, pendant longtemps,
cette urgence sanitaire n’en était
pas une aux yeux des grosses
firmes pharmaceutiques. Pour
que la situation évolue, il aura Les chercheurs du contre des mycobactéries : bactérien, et c’est ainsi que
fallu une mobilisation finan- laboratoire Janssen ont “Ils nous ont alors approchés nous avons découvert que la bé-
cière et politique internatio- testé des milliers de pour tester ces molécules sur daquiline et les deux autres mo-
nale, sous l’égide de l’OMS… leurs molécules en stock plusieurs souches de bacilles lécules bloquent une enzyme
Doublé d’une “découverte for- avant d’isoler la béda- de Koch multirésistantes… et de la bactérie indispensable
tuite”, comme le raconte Vin-
quiline et de découvrir elles se sont révélées actives !”, à la production d’énergie. Un
son mode d’action origi-
cent Jarlier, directeur du Centre raconte Vincent Jarlier. mode d’action tout à fait inédit,
nal sur le bacille de Koch.
national de référence de la tu- Deuxième coup de chance : la plupart des antibiotiques dé-
berculose, à la Pitié-Salpêtrière, Janssen décide d’investir dans couverts jusqu’alors s’attaquant
qui a participé aux toutes pre- cette voie. Il faut dire que la plutôt à la paroi des bactéries.”
mières étapes de la recherche communauté internationale Dernier coup de chance ? “L’ab-
sur la bédaquiline. “Et même (associations de malades et ins- sence d’importantes toxicités
un triple coup de chance.” titutions) avait mis la question qui aurait empêché la béda-
sur la table avec, en 2000, la quiline (les deux autres molé-
une procédure accélérée création du fond international cules, moins performantes, ont
Tout commence au début des TB Alliance, dont le but est de été abandonnées) de devenir un
années 2000, lorsque le labora- favoriser le développement de médicament au rapport béné-
toire américain Janssen décide nouveaux médicaments. “Nous fice/risque favorable.”
de tester systématiquement avons procédé à des analyses Il aura fallu dix ans pour que
sur des cultures bactériennes et des séquençages du génome la molécule soit commercia-
le potentiel destructeur de lisée. Le médicament semble
dizaines de milliers de molé- efficace sur les souches multi-

9 millions
cules en tout genre, qu’elle résistantes et ultra-résistantes.
ldc - janssen - m.kontente

avait classées sans les étudier Face à l’urgence, l’agence sani-


dans sa chimiothèque comme taire américaine a autorisé une
cela arrive souvent dans les procédure accélérée, sur la base
gros laboratoires. Pour consta- d’études de phase II.
ter que trois de ces molécules,
dont la bédaquiline, toutes très
de personnes dans le Quand d’habitude, elle attend
les phases III, plus vastes et en
proches, s’avèrent efficaces monde sont affectées comparaison pour autoriser les

108 I SV I m a r s I 2 0 1 3
un fléau qui gagne du terrain
Dans de nombreux pays, le pourcentage de nouveaux cas de tuberculose
résistante est nettement à la hausse (rapport OMS, 2012). Et c’est surtout
dans l’ex-bloc soviétique que la maladie a connu une forte recrudescence.

0 à 2,9 %
3 à 5,9 %
6 à 11,9 %
12 à 17,9 %
>18 %
pas de données

médicaments. Mais l’agence a manide, qui inhibe la synthèse culose classique et la tubercu-
insisté pour que la firme conti- de l’acide mycolique, un com- lose multirésistante”, souligne
nue ces phases III afin d’amélio- posant indispensable au bacille. François-Xavier Blanc, à l’hôpi-
rer la connaissance du rapport Il est actuellement évalué par tal de Bicêtre (Val-de-Marne).
bénéfice/risque. Les associa- l’Agence européenne du médi- En dehors de ces grands progrès
tions de malade demandent cament – tout comme la béda- médicaux, le principal défi est
aussi que les interactions avec quiline, qui n’est pour l’heure désormais celui de l’accès effec-
les médicaments anti-VIH autorisée qu’aux Etats-Unis. tif aux soins pour tous les ma-
soient correctement évaluées “Avec ce nouvel antibiotique lades. De quoi, si ce défi était
afin de s’assurer de l’efficacité de nouvelles combinaisons plus relevé, espérer à nouveau une

-
dans cette population jusque- courtes, mieux tolérés et plus ef- éradication de la tuberculose.
là négligée dans les essais. En ficaces, devraient être mise au Un vieux rêve qui semble à
France, relativement épargnée point, à la fois contre la tuber- nouveau à notre portée…
mais qui connaît annuellement
5 000 cas de tuberculose mala-
die, 50 cas de bactéries multiré-
bCG : il n’est pas si
sistantes, 50 autorisations tem- effiCaCe que Cela
poraires d’utilisation ont été
délivrées depuis 2011. Avec 50 % d’efficacité préventive en moyenne, le BCG a un rendement
modeste. S’il n’est plus obligatoire en France, il reste recommandé chez les
autres bonnes nouvelles enfants à risque élevé de tuberculose. Inconvénient majeur : une stricte
Et d’autres bonnes nouvelles contre-indication chez les personnes vivant avec le VIH, pourtant parmi les
sont à attendre. Car les cher- plus à risque de développer la maladie. Il s’agit en effet d’un vaccin vivant
cheurs travaillent déjà à de
atténué. “C’est une souche de bacille tuberculeux bovin qui a perdu sa virulence
sur l’humain à force de culture en laboratoire, tout en gardant sa capacité à
nouveaux traitements ciblant
déclencher des réponses immunes, explique Philippe Fraisse, du Nouvel hôpi-
le bacille via des modes d’ac-
tal civil de Strasbourg. Les recherches sont très actives pour trouver un vaccin
tions inédits, des zones de la
plus efficace, mais le bacille parvient à détourner le système immunitaire à son
machinerie cellulaire du bacille
profit”. Impossible de dire donc pour l’heure si ces recherches aboutiront.
jusqu’alors non visées. Parmi
les plus attendus, figure le déla-

2 0 1 3 I m a r s I SV I 109
Le point sur…

30 ans après le discours de reagan...

où en est le programme de

guerre des
etoiles ?
y.maltsev/reuters - rue des archIves

Pa r e m m a n u e l m o n n i e r

110 I SV I m a r s I 2 0 1 3
23 mars 1983

JouR J
“star wars”
va protéger
l’amérique !
P. 112

armement

MéCanIsMe
les 4 défis de
l’interception
de missile
P. 114

défense

FaIts & ChIFFRes


le puzzle d’une
protection
globale
P. 116

stratégie

PeRsPeCtIves
le fer de lance
du leadership
américain
P. 118

Détecter tout missile balistique visant le ter-


ritoire américain et le détruire en plein vol :
l“Initiative de défense stratégique” voulue
par le président Reagan fit long feu. Mais
aujourd’hui, le “bouclier antimissile” renaît
de ses cendres. Car si la menace a changé,
les enjeux géopolitiques demeurent.
C’est pour contrer l’avance militaire des Soviétiques
que Ronald Reagan lance le projet d’IDS en 1983.

2 0 1 3 I m a r s I SV I 111
Le point sur… le bouclier antimissile

23 mars 1983  “Star WarS”


va protéger L’amérique !
Face à l’arsenal grandissant de l’URSS, Reagan nique, un de ceux qui ne pourront pro-
bablement pas être accomplis avant
annonce ce soir-là son projet de “bouclier anti- la fin de ce siècle”, reconnaît le Pré-
sident. Intitulée Initiative de défense
missile”. Car “l’Amérique est en danger”... stratégique (IDS), sa vision futuriste
sera aussitôt rebaptisée “Star Wars”
“J’ai pris une décision qui offre un tion est simple : des investissements par la presse, en référence à la saga qui
nouvel espoir pour nos enfants au massifs en échange d’une garantie bat alors tous les records au box-office.
xxie  siècle.” Il est un peu plus de qui n’a pas de prix, celle de ne jamais Les experts, eux, sont sceptiques.
20 h, ce 23 mars 1983, lorsque le pré- connaître la destruction nucléaire. Et D’une part, cette “guerre des étoiles”
sident des Etats-Unis Ronald Reagan ce, grâce à un réseau de satellites ca- affaiblit le concept de dissuasion,
s’adresse à la télévision à ses com- pable de détecter tout lancement de socle de la stratégie américaine ;
patriotes. Dans une allocution d’une missile soviétique et de le détruire d’autre part, elle pousse l’ennemi à
demi-heure, il détaille son inquié- depuis l’espace par des lasers embar- se doter d’un même bouclier, ou à
tude face à l’irrésistible avance mi- qués ; des missiles terrestres se char- chercher coûte que coûte à le mettre
litaire prise par l’Union soviétique. geant d’abattre les ogives rescapées. en défaut. D’où une nouvelle course
Missiles, sous-marins, bombardiers, Cette idée d’un “bouclier antimis- prévisible aux armements.
tanks… dans tous les domaines, sile” n’est pas nouvelle : dès les pre-
l’URSS a musclé ses forces tandis que mières frappes de V2 allemands sur un véritable gouffre financier
les Etats-Unis rognaient les budgets Londres, en 1944, des recherches En Europe, on s’inquiète : à l’abri
de la Défense. L’Amérique, insiste le avaient été lancées pour contrer les sous leur bouclier, les Etats-Unis
Président, est en danger ! Et pour le missiles qui pourraient menacer, un continueront-ils à se soucier de la
démontrer, il expose les clichés sa- jour, l’Amérique. Mais les technologies sécurité de leurs alliés ? Malgré les
tellite qui, à Cuba, au Nicaragua ou sont encore loin d’être mûres. “Je sais critiques, l’IDS engloutira un an
sur l’île de la Grenade, révèlent de qu’il s’agit d’un formidable défi tech- plus tard ses premiers milliards de
nouvelles installations prêtes à servir dollars. Car tout reste à concevoir :
contre les Etats-Unis. détection, lasers, intercepteurs… Le
Certes, l’Amérique est loin d’être gouffre financier apparaît vite sans
démunie : son arsenal nucléaire peut fond, sans garantie d’une efficacité à
vitrifier, en représailles, l’essentiel de 100 %. Or, qu’une seule ogive passe,
l’URSS. Mais la perspective d’une et des millions de vies seront anéan-
destruction mutuelle assurée sou- ties. Techniquement démesuré et
lève une opposition de plus en plus politiquement discutable, le pro-
forte. Quant aux moyens que Rea- jet sera abandonné une décennie
gan réclame pour moderniser l’ar- plus tard. Pour mieux renaître sous
mée, ils tombent mal : l’économie est d’autres formes.
en récession. Il doit donc convaincre,
ce soir, que le jeu en vaut bien la chan- L’Initiative de défense stratégique a même son
delle. Le pacte qu’il propose à la na- logo, illustrant le concept de “bouclier antimissile”.
112 I SV I m a r s I 2 0 1 3
Jour J
MécanisMe
Faits & chiFFres
PersPectives
Le président Reagan présente à
la télévision son projet contre la menace
dr - j.L.atLan/sygma/corbIs - rue des archIves - rIa novostI

soviétique (ci-contre, SS 20 déployé en


Europe, transformable en missile inter-
continental). L’initiative sera surnom-
mée “Star Wars”, en référence au
célèbre film La Guerre des étoiles.

2 0 1 3 I m a r s I SV I 113
Le point sur… le bouclier antimissile
Satellite
géostationnaire Satellite
à orbites
elliptiques

armement les 4 défis


de l’interception de missile
Un missile balistique intercontinental atteint sa Espace

cible en 20 minutes. Beaucoup moins en cas de tir


à courte portée. Le défi technologique est donc de
l’intercepter le plus vite possible. Une course
contre la mort qui passe par quatre phases clés.

Atmosphère

Phase de Poussée :
une fois lancé, le missile balis-
le missile tique accélère jusqu’à 2 km/s
balistique (courte portée), ou 7 km/s
hostile (longue portée), vitesse qu’il
décolle
atteint entre quelques dizaines de
secondes et quelques minutes.

Moyens de détection mis en œuvre


satellite géo- Constellations radar HF et uHF longue radar s et X
stationnaire de satellites portée (3 000 km)

1. La détection 2. L’identification et le suivi


Lorsque les satellites d’alerte, équipés de capteurs infra- Identifié, le missile doit maintenant être suivi tout
rouges, détectent une chaleur suspecte, ils doivent rapide- au long de sa course. Sa trajectoire théorique peut
ment discriminer la signature thermique d’un missile être déterminée au bout d’une à deux minutes
balistique du “bruit” naturel du sol ou du ciel. Les satellites puisqu’il suit une trajectoire balistique qui obéit
géostationnaires reçoivent l’appui de satellites défilants, ou de aux seules forces de gravitation. Mais sa signature
radars d’alerte avancée. Ceux-ci émettent un signal très puis- thermique s’estompe à la fin de la phase d’accélé-
sant, à des fréquences basses (bande HF ou UHF) pour ration, lorsque les propulseurs s’éteignent, ce qui
atteindre 3 000 km, au détriment de la précision. Grâce à complique la tâche des satellites infrarouges. Le
deux détections indépendantes donnant une vision stéréosco- missile va maintenant être suivi par des radars à
phIlIppe mouche

pique, la trajectoire du missile peut être évaluée. Les informa- plus haute fréquence dont le faisceau, en bande S
tions sont ensuite transmises au centre de contrôle. à X, permet une meilleure résolution.

114 I SV I m a r s I 2 0 1 3
Jour J
4. L’interception
Un missile est tiré en direction
d’un point de rencontre calculé,
ajusté durant le vol via les radars
de suivi. Il détruit sa cible en
Destruction déclenchant une charge explo-

MécanisMe
par impact Tête tueuse sive ou par impact direct.

Télescope infrarouge L’interception haute


A mi-parcours, les missiles de
Système de chasse, plus de 1 000 km de portée
Phase balistique : de navigation et de sortent de l’atmosphère durant
Propulseur éteint, le missile propulsion autonome quelques minutes. C’est là que
continue sur sa lancée selon l’intercepteur a le plus de chance

Faits & chiFFres


une trajectoire prédictible. de les abattre. Il doit donc utiliser

16,8 m
Missile GBI

Lanceur à 3 étages
C’est à ce moment qu’il est le Destruction une propulsion fusée à plusieurs
plus vulnérable : les intercep- par explosion Portée : 2 000 km étages. Au final, il largue un véhi-
teurs sont alors au maxi- ou impact Masse : 12 700 kg cule tueur à plus de Mach 8, qui
mum de leur fiabilité. Cible : missiles interconti- verrouille sa cible avec un téles-
nentaux et de portée cope infrarouge et s’oriente vers
intermédiaire (3 000 km) elle à l’aide de tuyères. La des-
Au-dessus de 70 km : truction par impact a lieu à des
Dans l’espace, le missile est vitesses relatives de 5 à 10 km/s.
plus facile à repérer. Il n’a Missile fixe
pas non plus de possibilité et conservé 1,3 m
de manœuvrer. Mais il peut en silos
lancer des leurres.

PersPectives
L’interception basse
A moins de 30 km d’altitude, le
Entre 70 km et 30 km : missile à courte portée est moins
L’atmosphère n’a pas encore Missile SM-2 rapide, mais la fenêtre de tir est
freiné l’engin, mais elle est plus étroite (quelques secondes).
Portée : 500 km
suffisamment dense pour L’intercepteur accroche sa cible à
Masse : 1 350 kg
perturber sa trajectoire et l’aide de son radar embarqué. Il
8m

Destruction : par
gêner les instruments des doit manœuvrer rapidement
explosion
intercepteurs. pour éviter les mouvements
Missile mer-air imprévisibles induits par les per-
turbations atmosphériques, et
En dessous de 30 km : contrecarrer les éventuels chan-
Le missile peut utiliser la Missile THAAD gements de trajectoire initiés par
densité de l’atmosphère pour les missiles les plus évolués pour
Portée : 150 km
6,17 m

échapper à l’intercepteur. Cet


manœuvrer. Et il atteint le sol Masse : 900 kg intercepteur, dont la vitesse rela-
en 5 secondes. Destruction : par tive est de 1 à 1,5 km/s, détruit sa
impact cible par impact, ou explose au
Missiles Missile sol-air plus près d’elle.
d’interception

Les centres de commande centralisent les


3. La prise de décision informations, permettant une décision
Les informations sont transmises en continu au système rapide. Ils synchronisent ensuite radars de
de commande et de contrôle. Pour décider très vite s’il faut suivi et missiles pour l’interception.
détruire le missile, où et comment, des règles de comman-
dement ont été préétablies, intégrant divers paramètres :
le tir est-il offensif ? Quelle est sa cible ? Quels territoires le
missile survolera-t-il ? En cas d’interception, où les débris
vont-ils retomber ? Tous les cas de figure doivent avoir été
envisagés. Le système de commandement dispose de
quelques dizaines de secondes à quelques minutes (selon
le type de missile) pour lancer l’intercepteur adapté au
missile assaillant.

2 0 1 3 I m a r s I SV I 115
Le point sur… le bouclier antimissile

Défense le puzzle d’une


protection globale
Satellites infrarouges
Pour protéger les Etats-Unis et ses alliés, la géostationnaires
Des satellites infrarouges géostation-
Ballistic Missile Defense mobilise un immense naires SBIRS, lancés depuis le début
des années 1990, quatre sont encore
système de satellites, de radars et de missiles… en service. Destinés à l’alerte précoce,
ils sont peu à peu remplacés par les
satellites SBIRS, lancés au milieu des
Si la fin de la guerre froide avait donné, missile balistique par un autre mis- années 1990, aux performances amé-
en 1989, un coup d’arrêt au programme sile. Son successeur, Nike-X, a permis liorées. Deux sont en orbites ellip-
tiques pour couvrir les zones polaires.
irréaliste de “guerre des étoiles” ima- la conception de radars électroniques
Un troisième est en orbite géostation-
ginée par Reagan, l’idée de construire capables de suivre un grand nombre de naire depuis 2011, trois autres vont
un bouclier antimissile, capable de dé- cibles simultanément. Rebaptisé Sen- suivre. La prochaine génération, pré-
fendre l’ensemble du territoire améri- tinel en 1967, puis Safeguard en 1969, vue en 2018, (programme PTSS,
entre 9 et 12 satellites) sera capable
cain et de ses alliés contre toute attaque incapable de contrer une attaque sovié-
de suivre un missile durant tout le vol.
balistique, reprend aujourd’hui de plus tique massive, il fut donc enterré, à la
belle. Fini l’ère des doutes, lorsqu’il demande du Congrès, en 1976.
n’était plus question, dans les années L’approche aujourd’hui se veut prag- centres de contrôle
1990, que de protéger les forces amé- matique, par ajouts successifs de nou-
ricaines engagées dans des opérations velles capacités, que ce soit en nombre Ces systèmes de contrôle sont
chargés de coordonner les différents
à l’étranger contre des frappes de mis- d’équipements, en performance, ou en éléments du “bouclier” (satellites,
siles à courte portée, de type SCUD. couverture géographique. Objectifs ? radars, intercepteurs…), de
Déployer d’abord un système efficace centraliser les informations pour
une approche pragmatique pour protéger les territoires alliés et caractériser la menace et organiser,
le cas échéant, l’interception la plus
Le 11-Septembre a exacerbé le besoin les forces américaines projetées contre adéquate.
de protection. La Ballistic Missile De- les menaces actuelles les plus préoc-
fense, depuis 2002, se veut à nouveau cupantes –  principalement les mis-
globale. Désormais dotée d’un budget siles iraniens d’une portée inférieure
missiles patriot
de presque 10 milliards de dollars par à 2 000 km. Améliorer, d’ici à 2015, les
an (4 à 5 fois plus qu’en 1985 !), elle capacités d’interception des missiles à Le plus éprouvé des intercepteurs
américains, déployé en 1984, a été
s’appuie sur des moyens toujours plus moyenne portée (de 3 000 à 3 500 km, modernisé pour détruire les missiles
nombreux d’alerte avancée (satellites et distance que les missiles iraniens, mais balistiques tactiques et a subi son
radars) et des missiles intercepteurs, pas seulement eux, devraient bientôt baptême du feu durant la première
sur terre comme sur mer, dont les per- atteindre). Etendre en 2018 cette ca- guerre du Golfe en 1991. Il est destiné
à la défense contre les missiles à
formances s’améliorent constamment. pacité aux missiles à portée intermé- courte portée (< 1 000 km, en couche
Ils bénéficient en effet de l’expérience diaire (< 5 500 km), pour être enfin en basse – 24 km d’altitude), les missiles
accumulée par les programmes qui, de- mesure, à l’horizon 2020, d’intercepter de croisière ou les avions. D’une por-
puis 1946, se sont succédé pour contrer après quelques minutes de vol seule- tée de 70 km, il détruit sa cible à l’aide
d’une tête à fragmentation. Fin 2011,
m.kontente

une éventuelle attaque soviétique. ment les missiles balistiques interconti- 903 missiles Patriot PAC-3 étaient
Ainsi, le projet Nike Zeus a démontré nentaux, susceptibles de frapper le ter- déployés dans 56 batteries.
dès 1963 la possibilité de détruire un ritoire américain.

116 I SV I m a r s I 2 0 1 3
Un bouclier basé sur l’alerte et les missiles intercepteurs

Jour J
Radar de précision marin Radars d’alerte Radars terrestres
Ce radar installé sur une ancienne plate-
précoce de précision

MécanisMe
forme pétrolière norvégienne mobile est Quatre radars à antenne électronique Radars mobiles d’alerte, de pour-
le plus grand radar au monde en active sont basés à Beale (Californie), suite et de contrôle de tir en
bande X : son faisceau étroit permet de Shemya (Alaska), Thule (Danemark) bande X (faisceau étroit), les AN-
déterminer, après qu’un radar d’alerte et Fylingsdales (Angleterre). Un cin- TPY-2, peuvent détecter et suivre
lui a indiqué la zone à surveiller, la posi- quième les rejoindra bientôt, à Cape n’importe quel missile balistique.
tion précise du missile pour guider les Cod (Massachusetts). Ceux de Deux sont déjà déployés, l’un en
intercepteurs. Il est positionné au large Fylingsdales et Thule ont été perfec- Israël, l’autre au Japon. Quatorze
de l’île Adak, en Alaska, mais peut être tionnés en 2007 et 2010. sont prévus à l’horizon 2015.
déplacé dans tout le Pacifique.

Faits & chiFFres


Shemya
Thule Pologne (2018)
Fort Greely Fylingdales Roumanie
Ile Adak Alaska (2015)

Allemagne Israël
(centre Europe)
Pacifique
16 navires

PersPectives
Beale Nebraska Méditerranée
(centre menace 1 navire
nucléaire)
Vandenberg Atlantique
9 navires
Cap Cod
Colorado (centre
menace Nord)
Fort Bliss Système de
missiles en mer
Hawaï (centre Le système de missiles Aegis est
menace Pacifique) en service sur des navires
Floride (centre
Moyen-Orient) américains, croiseurs ou
destroyers. Il comprend un radar
longue portée, des radars de
conduite de tir, des missiles
intercepteurs couche basse, pour
les missiles à courte portée, ou
couche haute contre les missiles
balistiques de portée
intermédiaire, et un système de
Batterie de missiles commandement et de contrôle.
Missiles au sol En novembre 2012, 5 croiseurs et
Cette batterie mobile de missiles Ces gros missiles intercepteurs GBI 21 destroyers en étaient équipés,
THAAD a pour vocation d’intercepter basés au sol sont capables de détruire 16 dans le Pacifique, 10 dans
les missiles balistiques de portée par impact direct un missile balistique l’Atlantique et 1 en Méditerranée.
intermédiaire (de 1 000 à 5 500 km) dans l’espace, à près de 400 km d’alti-
en haute altitude (de 30 à 120 km), tude. En 2010, vingt-six de ces engins
dans les couches peu denses de ont été déployés à Fort Greely (Alaska Système de
l’atmosphère. Une batterie est – Fairbanks) et quatre l’ont été sur la missiles au sol
installée à Fort Bliss, au Texas, depuis base de Vandenberg de l’US Air Force,
2008. Une seconde a été déployée en à San Francisco (Californie) en 2008. Deux Aegis au sol sont prévus en
octobre 2009. Europe, l’un en Roumanie (2015),
l’autre en Pologne (2018).

2 0 1 3 I m a r s I SV I 117
Le point sur… le bouclier antimissile

stratégie le fer de lance


du leadership américain
Pourquoi l’Amérique maintient-elle un système donc plus opportun de concentrer les
moyens français sur l’interception de
si coûteux et non garanti ? Pour des raisons missiles à courte portée, dans le cadre
d’opérations militaires à l’étranger.
psychologiques et diplomatiques. Explications. Les Etats-Unis dépenseraient-ils
donc 10  milliards de dollars par an
De 150 à 200  milliards de dollars siles intercepteurs lancés contre une pour rien ? Non. Car au-delà des as-
engloutis, et près de 10  milliards à salve de 5 missiles balistiques, avec pects militaires, ce même rapport
nouveau investis chaque année, pro- chacun 50 % de chance de réussite, constate que la défense antimissile
bablement pendant plusieurs décen- laisseraient encore une probabilité de balistique assure d’autres fonctions
nies, pour un bouclier sans effica- 28 % que l’un au moins des missiles importantes. Elle rassure d’abord l’opi-
cité encore prouvée. Le contribuable assaillants puisse passer. L’image du nion publique : les citoyens américains
américain pourrait trouver la note sa- bouclier trouve vite ses limites… sont persuadés qu’un bouclier protège
lée ! Certes, la menace que posent les déjà les Etats-Unis et ils ne compren-
missiles balistiques est réelle : plus des moyens plus efficaces draient pas qu’on en discute encore le
d’une vingtaine de pays en disposent Quant au concept même d’une défense bien-fondé. Elle structure ensuite des
aujourd’hui, les plus puissants pou- antimissile destinée à protéger l’en- alliances diplomatiques, dont les Etats-
vant frapper au-delà de 2 000 km. Ils semble d’un territoire, il est loin de Unis ont pris la tête. Une alliance asia-
constituent pour des régimes comme faire l’unanimité. Un rapport d’infor- tique s’est ainsi constituée autour du
l’Iran, la Corée du Nord ou le Pakis- mation remis au Sénat français en juil- Japon, concerné par la menace nord-
coréenne, qui co-développe l’un →
j.reed/reuters - strInger/reuters - farnews/reuters - I.kato/reuters

tan, une arme stratégique redoutable. let 2011 rappelle “qu’en cas d’attaque
Et une succession d’essais a montré, balistique intercontinentale, nous en-
ces dernières années, que l’intercep- trerions dans le champ de la dissua-
tion de tels engins balistiques par un sion. Notre force de frappe globale
autre missile était tout à fait réalisable. – dissuasion nucléaire et arsenal de
Mais les experts restent prudents : “Un missiles de croisière conventionnels –
système 100 % étanche est une vue suffirait à dissuader les assaillants po-
de l’esprit, prévient Patrice Pierrat, de tentiels.” En clair, un bouclier est inu-
l’Office national d’études et recherches tile si l’adversaire est persuadé de subir
aérospatiales (Onera). Un système une riposte massive dès le premier tir.
d’alerte n’est jamais parfait, et un Les rapporteurs le jugent par ailleurs
système d’interception encore moins.” disproportionné vis-à-vis des menaces
Une poignée d’interceptions réussies, contre lesquelles il est officiellement
dans des conditions parfaitement destiné : Iran, Corée du Nord et autres
contrôlées, ne donnent aucune certi- Etats proliférants. D’autres moyens
tude quant à la capacité du système moins coûteux –  diplomatie, sanc-
d’arrêter, le moment venu, l’attaque tions économiques, voire frappes aé- Danger réel (ici, tir de rockets depuis
réelle de missiles équipés de contre- riennes conventionnelles – restent plus la bande de Gaza sur Tel Aviv)…
mesures inconnues. Ainsi, 20  mis- efficaces. Les sénateurs considèrent

118 I SV I m a r s I 2 0 1 3
Jour J
MécanisMe
Faits & chiFFres
PersPectives
Pour le président
Obama aussi, la
défense antimissile
est un enjeu géopoli-
tique majeur.

… ou menace – comme ces exercices menés en Iran en 2010 –, Le Japon est régulièrement en état d’alerte : à Tokyo, rampes de Patriot
l’usage des missiles entraîne la mise en place de stratégies de défense. contre un risque d’attaque de la Corée du Nord, en décembre dernier.

2 0 1 3 I m a r s I SV I 119
Le point sur… le bouclier antimissile
→ des principaux missiles d’in- La France se trouve donc face à un capacités d’interception. Aussi a-t-elle
terception, le SM-3. Elle pourrait dilemme : alliée des Etats-Unis, elle ne annoncé le 12 janvier 2010, jour où les
s’étendre à la Corée du Sud, Taïwan peut s’opposer au déploiement d’un tel Etats-Unis rendaient publique la vente
et Singapour. Israël a déployé avec les programme. Néanmoins, elle souhaite de batteries Patriot à Taïwan, avoir
industriels américains un système d’in- garder les moyens de sa souveraineté. réussi son premier test d’interception
tercepteurs (Arrow) pour les menaces “D’autant qu’une des particularités d’un missile dans l’espace.
de courte et moyenne portées ; puis, de la France en Europe c’est d’avoir Rarement mentionnée dans les rap-
en 2010, l’Iron Dome pour contrer les une industrie de défense capable de ports officiels américains, la Chine
tirs de roquette de la bande de Gaza construire un tel bouclier. On a à la – bien plus que l’Iran – pourrait bien
et du Liban. Un troisième système se- fois les industriels et les experts”, être la véritable cible stratégique d’un
rait à l’étude, en partenariat avec les note Patrice Pierrat. MBDA, Astrium, “bouclier” dont l’une des fonctions,
Etats-Unis, qui tissent en parallèle Thalès, Safran et autres couvrent l’en- à terme, serait d’asseoir la domina-
des accords avec l’Arabie Saoudite, le semble du spectre (satellites, radars, tion militaire américaine dans l’es-
Koweït, le Qatar et les Emirats Arabes missiles, propulseurs, etc.). Se retirer pace en y contrecarrant les velléités
Unis, pour livrer des systèmes de dé- d’un tel projet serait donc se tirer une chinoises. “Un missile intercepteur
fense clé en main contre d’éventuels balle dans le pied. Car la défense anti- exo-atmosphérique est parfaitement
missiles iraniens à moyenne portée. missile balistique, qui exige des sauts capable de détruire des satellites en
Une dernière alliance fédère les pays technologiques importants, finance le orbite basse. Il y a très peu de modi-
européens. Au sommet de Lisbonne développement d’armements inno- fications à apporter, juste un guidage
de novembre 2010, l’Otan a en effet vants vendus ensuite aux pays alliés, un peu spécifique”, reconnaît Patrice
décidé de fusionner, à terme, son pro- en particulier au Moyen-Orient. Pierrat à l’Onera. Les récentes tenta-
gramme de défense antimissile “de tives, aussi bien chinoises qu’améri-
théâtre”, destiné à protéger les forces une menace chinoise ? caines, de détruire des satellites dans
militaires en opération, avec un futur Vis-à-vis des autres puissances nu- l’espace pourraient alors être considé-
système qui protégera, sous leadership cléaires, elle est enfin un redoutable rées comme des coups d’essai, destinés
américain, la totalité du territoire eu- moyen de pression, car elle dévalorise à montrer à l’autre grande puissance
ropéen. “Ensemble, ces trois alliances leur force de dissuasion. Ainsi, la pos- que l’espace n’est plus un sanctuaire.
constituent les maillons régionaux sibilité de déployer des intercepteurs “Au total, la défense antimissile per-
d’une chaîne d’alerte destinée in fine en Europe peut servir de monnaie met de maintenir et de renforcer la pré-
à assurer la protection du territoire d’échange aux Etats-Unis dans leurs éminence stratégique américaine pour
américain”, observent les rapporteurs, négociations avec la Russie pour faire moins d’une dizaine de milliards de
qui ne sont pas dupes : dans une rela- avancer d’autres dossiers. Quant à la dollars par an, sur un budget de sept
tion entre des Etats-Unis protecteurs et Chine, dont l’arsenal nucléaire est d’un cent milliards, soit moins de 2 %. C’est
des nations alliées protégées, celles-ci niveau technologique encore inférieur sans doute un des investissements mi-

-
ne seront guère en position de s’op- à celui des arsenaux américains, russe, litaires les plus rentables”, conclut le
poser, plus tard, aux décisions amé- britannique ou français, elle ne peut rapport remis au Sénat. De quoi rassu-
ricaines les plus importantes. se permettre d’être distancée dans ses rer le contribuable américain.

dans science & vie


Plus intéressé par les réali- tion à faire la différence américain de bouclier glo-
sations technologiques entre des missiles armés et bal. Un programme qui ne
que par les déclarations de simples leurres”… doit pas occulter les succès
politiques, Science & Vie ne “conforte ceux qui, aux enregistrés par l’industrie
se penchera sur le pro- Etats-Unis, militent pour la française dans le domaine
gramme de “guerre des stratégie du bouclier spa- plus restreint des missiles
étoiles” que cinq après son tial”. avant de souligner, courte portée, avec son
lancement par ronald rea- cinq mois plus tard, les aster-30 (février 2007), ni
gan. selon le magazine inquiétudes des “comp- la militarisation toujours
(juin 1988), la réussite de tables” face au coût exor- des étoiles est de retour !” : plus grande de l’espace,
“l’opération Dela 181”, qui bitant du projet, le numéro 1002 de mars sur laquelle Science & Vie a
“vient démontrer la capa- officiellement arrêté quatre 2001 décrypte la grande publié une longue enquête
cité d’un satellite de détec- ans plus tard. “La guerre renaissance du programme en février 2012.
Dr

120 I SV I m a r s I 2 0 1 3
EN
PRATIQUE
122 BON À SAVOIR
En direct des publications
scientifiques et autres
rapports et études.

124  ZOOM DU MOIS 


Comment réduire
sa facture à la pompe
en 10 questions.

130 QUESTIONS/ 
RÉPONSES
Envoyez-nous vos
questions et gagnez
un abonnement d’un an
à Science & Vie.

136  TECHNOFOLIES 
L’appareil qui prend
des photos à angle de
vue modifiable ensuite
... et les dernières
innovations technologiques.

142 LE CIEL
DU MOIS

2 0 1 3 I m a r s I SV I 121
EN PRATIQUE

BON À SAVOIR
LE GOÛT
DÉPEND AUSSI À VÉLO, LE PORT DU CASQUE
DE LA VUE
Servi dans une tasse EST VITAL CHEZ L’ENFANT
orange, le chocolat chaud “Ils sont solides à cet âge”, a-t-on parfois coutume de dire après la chute d’un enfant.
a plus de goût ! La simple A tort, d’après une étude réalisée sur 15 jeunes de 10 à 17 ans, victimes d’un trauma-
vue d’un mets active en tisme crânien récent. Des tests cognitifs, complétés par IRM de diffusion, ont révélé
effet des neurones qui de légers troubles de l’attention, ainsi que des modifications de la substance blanche
peuvent sublimer cer- plus prononcées que chez l’adulte. Apparues deux semaines après un traumatisme
tains attributs gustatifs léger, elles seraient encore présentes trois mois après la disparition des symptômes.
(ici, la couleur orange Le cerveau des enfants serait donc particulièrement vulnérable aux chocs, d’où l’im-
ferait ressortir la teneur portance du port du casque lorsqu’ils enfourchent leur vélo. “J. Neurosci.”, déc. 2012
en cacao). “J. Sensory
Stud.”, oct. 2012

SAVONS SANS PARABENS :


ATTENTION AUX ALLERGIES
Pour remplacer les parabens, ces conservateurs suspectés d’être
des perturbateurs endocriniens et interdits dans l’industrie depuis
mai 2011, de plus en plus de produits de toilette (savons, shampooings,
lingettes…) et ménagers (liquides vaisselle, nettoyants de surface…)
LE CHAT SAIT SE contiennent de la méthylisothiazolinone. Or, cette molécule engendre
COMPOSER UN plus fréquemment des réactions allergiques, telles que des eczémas.
MENU ÉQUILIBRÉ La preuve, malheureusement, que remplacer les perturbateurs endocri-
Laissés seuls face à diffé- niens ne sera pas une mince affaire… “Journées dermatologiques de
rentes variétés de nourri- Paris”, déc. 2012
ture (terrines, croquettes…),
les chats élaborent leur
menu de manière à toujours
atteindre le même apport
en glucides, protéines et
lipides que les chats sau-
vages. “J. Comp. Physiol.
B”, déc. 2012

MÊME FAUSSE,
UNE ÉQUATION
FAIT ILLUSION
Une étude sur 200 diplômés,
habitués aux rapports de
recherche, conclut que les
résumés d’articles incluant
une formule mathématique
dénuée de sens sont jugés
meilleurs, sauf par les scien-
tifiques. “SJDM”, nov. 2012

122 I SV I m a r s I 2 0 1 3
LES ÉCRANS
PROFITENT AUX
PLUS JEUNES
Les tablettes tactiles peuvent participer au développe-

H.BENsEr/COrBIs - m.COLIN/DIVErGENCE - a.JOHaNssON/THE NYT/rEDUX/rÉa - FOTOLIa


ment sensori-moteur avant l’âge de 2 ans ; les jeux
vidéo, en présence d’un adulte, être un support d’ap-
prentissage dès 4 ans ; les réseaux sociaux sont le plus
souvent un lieu d’expérimentation positif pour les plus
de 12 ans… L’avis que vient de publier l’Académie des
sciences concernant l’impact du numérique sur le déve-
loppement de l’enfant est très éloigné des fréquents
discours alarmistes. Reste à éviter certains écueils, tels
qu’un usage abusif ou l’exposition à une grande vio-
lence. “L’enfant et les écrans”, éd. Le Pommier, 17 €.

LES FUTURS PRESSINGS LE FŒTUS NAÎT AVEC C’EST EN FAISANT DU


SERONT PLUS “VERTS” SA LANGUE MATERNELLE SPORT QU’ON L’AIME
Désormais, les nouveaux pressings L’apprentissage de la langue maternelle s’il est difficile de commencer la pratique
n’utiliseront plus de perchloroéthylène. débuterait lors des dix dernières semaines d’un sport, malgré les bonnes intentions,
Ce solvant, fortement suspecté d’être de grossesse, quand le système auditif du c’est à cause d’un récepteur du cerveau.
cancérigène, pourra par contre être uti- fœtus devient fonctionnel. C’est la conclu- Pour procurer du plaisir en libérant de la
lisé dans les vieux pressings jusqu’en sion d’une étude menée sur 40 bébés qui, dopamine, il doit d’abord être stimulé…
2022, et indéfiniment dans les installa- dès la naissance, reconnaissent leur langue par l’exercice physique. Ne reste plus
tions isolées. “www.gouvernement.fr” maternelle. “acta Pædiatrica”, fév. 2013 qu’à se lancer. “Biol. Psy.”, déc. 2012

L’EAU DU ROBINET
EST POLLUÉE DANS
419 COMMUNES
L’association 60 millions de consommateurs et la Fon-
dation Danielle Mitterrand–France Libertés ont publié
une liste de 419 communes où l’eau du robinet dépasse
le seuil limite de polluants. Avec le nitrate et l’arsenic en
ligne de mire, l’enquête menée fin 2012 indique toute-
fois que l’eau non conforme aux normes en vigueur ne
présente pas de danger immédiat. Principaux départe-
ments concernés : la Seine-et-Marne, l’Orne, le Val-
d’Oise, le Calvados, la Seine-Maritime et l’Essonne. La
liste est disponible à l’adresse : “tinyurl.com/amnoj36”.

2 0 1 3 I m a r s I SV I 123
en PraTiQUe

Zoom du mois
Par Coralie Hancok

consommation de carburant
Comment réduire
sa facture
à la pompe
en
10 questions
Pour limiter sa facture d’essence, la première solution de voiture. En effet, selon
consiste à changer ses habitudes de conduite. Mais il l’Agence de l’environnement
et de la maîtrise de l’éner-
existe d’autres moyens, plus ou moins avérés… ou sau- gie (Ademe), la consomma-
grenus. Nous avons démêlé pour vous le vrai du faux. tion des voitures neuves en
France a baissé de 20 % en
Après un record en juillet facture à la station-service. dix ans. Pour l’Institut fran-
2008 à 146 dollars, le cours Heureusement, il existe de çais du pétrole, “ce résultat
du baril de pétrole a retrouvé nombreuses solutions pour est le fruit de nombreuses
un niveau raisonnable. Mais, moins consommer. La pre- améliorations technologi­
depuis quelques mois, il mière consiste à entretenir ques : des moteurs plus pe­
grimpe à nouveau et a atteint soigneusement son véhicule tits dotés de turbocompres­
près de 110 dollars à la mi- (filtres, moteur, système de seur (même puissance mais
décembre. Avec des consé- dépollution…), mais la plus consommation inférieure),
quences directes sur votre radicale serait de changer optimisation de la gestion
thermique du moteur, géné­
ralisation progressive des
L’éco-conduite, ça s’apprend systèmes micro­hybrides…”
Ainsi, certains modèles af-
qui roulent au sans-plomb
et de 45  % pour ceux qui
Le facteur qui influe le plus sur la consommation du fichent une consommation roulent au gazole. Pour faire
moteur… c’est votre pied droit ! Un stage d’éco-conduite normalisée de 3 à 4 l/100 km. des économies, il ne faut pas
vous permettra, uniquement en modifiant votre façon de hésiter à dénicher le carbu-
conduire, d’économiser entre 15 et 30 % de carburant. l’essence la moins chère rant le moins cher grâce aux
Voici quelques conseils à suivre : Mais ce progrès ne compense sites spécialisés (www.zagaz.
• Enchaînez les vitesses rapidement sans faire ronfler le pas la hausse du prix des car- com ou le très officiel www.
moteur et privilégiez le rapport le plus élevé, même en ville. burants depuis 2002 (le prix prix-carburants.gouv.fr).
• Anticipez ! Evitez les accélérations brusques, profitez de moyen à la pompe du SP95 Enfin, vous pouvez aussi
l’inertie pour relâcher l’accélérateur, ce qui coupe l’ali- a augmenté de 57 %, et celui diviser par deux, trois ou
mentation en carburant, et utilisez le frein moteur. du gazole de 82 %). En tenant quatre votre facture de carbu-
• Roulez moins vite : réduire sa vitesse de 10 km/h sur compte de l’évolution de la rant en pratiquant le covoi-
autoroute permet d’économiser jusqu’à 1 l/100 km. consommation et des prix à turage, c’est-à-dire en parta-
• Utilisez une application d’éco-conduite : de nombreuses la pompe, la facture de car- geant les frais avec votre ou
applications, gratuites pour la plupart, sont disponibles burant a donc augmenté, en vos passager(s), sur vos trajets
pour les smartphones. dix ans, de 24 % pour ceux quotidiens ou occasionnels.

124 I SV I m a r s I 2 0 1 3
Les carburants alternatifs ont-ils un intérêt ?
Oui. Un moteur essence rez rouler au GPL avec un d’alimentation et du moteur, 21 à 33 %. Ils ne sont donc
peut, avec quelques modifi- moteur classique, vous pou- peut entraîner de coûteux intéressants que pour les
cations, fonctionner avec du vez l’équiper d’un kit et d’un dommages. si l’e85 et le gros rouleurs. si le seuil de
GPL (Gaz de pétrole liquéfié) réservoir supplémentaire (de GPL entraînent une sur- rentabilité est variable en
ou de l’e85 (un mélange de 2 000 à 3 000 €). Pour faire consommation (respective- fonction du véhicule et du
15 % d’essence et de 85 % rouler à l’e85 une voiture ment de 20 à 30 % et de coût de l’installation, il faut
d’éthanol). Une quinzaine de essence, des kits (300 à 20 à 40 %), ils sont aussi au moins compter
modèles supportant l’un de 600 €) sont disponibles, moins chers que l’essence : 50 000 km dans les deux
ces carburants en plus de mais ils ne font qu’adapter la 0,92 € par litre d’e85 et cas. et il reste à trouver du
l’essence existent. Ils coûtent gestion électronique de l’in- 0,87 € par litre de GPL. carburant : en France, sur
JC mosChettI/rea

entre 500 € et 2 000 € de jection… or l’éthanol est plus L’e85 permet ainsi de faire 12 000 stations, seules
plus que le modèle essence corrosif que l’essence, ce qui, baisser de 23 à 29 % sa fac- 1 800 délivrent du GPL, et
équivalent. mais si vous dési- sans modification du circuit ture d’essence et le GPL de moins de 300 de l’e85.

2 0 1 3 I m a r s I SV I 125
en PRATIQUe Zoom du mois

Peut-on utiliser de l’huile à la place du gazole ?


Techniquement, oui… 1,38 €/l). Pour cela, des modi- récent, équipé d’injecteurs- à des filtres spécifiques dispo-
Une huile végétale (tournesol fications mécaniques seront pompes ou d’une injection nibles chez les vendeurs spé-
ou colza) a des propriétés phy- nécessaires : il faut installer un directe à rampe commune, les cialisés. mais rouler à l’huile ne
siques proches de celles du deuxième réservoir pour proportions acceptées sont permet pas de consommer
gazole. Elle présente toutefois démarrer sur le gazole, un moindres (15 % l’hiver, 30 % moins et, dans le commerce, le
une viscosité supérieure à froid réchauffeur pour l’huile et un l’été) et le liquide devra être fil- litre d’huile de colza ou de
et un pouvoir calorifique légè- système de filtration perfor- tré pour retenir les impuretés tournesol est plus cher que
rement inférieur. mais elle peut mant. On peut toutefois rouler plus importantes qu’un micro- celui de gazole. En revanche,
remplacer la totalité du gazole à l’huile sans procéder à ces mètre. Le filtre est inclus dans en se rendant directement
dans le réservoir d’un diesel, ce modifications, à condition de les kits bicarburation spécifi- auprès d’un producteur, le prix
qui permet de réduire sa fac- se contenter d’un mélange quement conçus pour l’huile au litre sera de seulement
ture de 38 % (si on considère comportant 30 % maximum végétale, vendus entre 350 et 0,80 à 0,90 €. si l’huile de
que s’approvisionner en huile d’huile végétale en saison 700 €, mais il est également friture peut également être
chez un producteur revient à froide, et 50 % en été, pour possible de filtrer l’huile avant utilisée, elle devra être très soi-
0,85 €/l en moyenne et que le une économie de, respective- de remplir le réservoir pour le gneusement filtrée pour la
gazole coûte en moyenne ment, 12 et 19 %. sur un diesel mélanger avec le gazole, grâce débarrasser de ses

Quelles économies permettent les pneus ? Peut-on ajouter


De 2 à 3 %. seuls élé- à proposer des pneus à pneumatiques à la pression Non. L’apport d’eau dans
ments de votre voiture en faible résistance au roule- recommandée par le votre réservoir ne vous
contact avec le sol, les ment (appelés “pneus constructeur. Comme le pré- apportera rien, sinon des
pneumatiques présentent verts”) tout en préservant cise l’agence de l’environne- ennuis : présente en grande
une résistance naturelle au leur adhérence. Ils per- ment et de la maîtrise de quantité, au point de saturer
roulement. En fonction du mettent une économie de l’énergie (ademe), “des le filtre à carburant, elle peut
revêtement de la route et du 2 à 3 % de carburant par pneumatiques sous-gonflés entraîner une prolifération
type de conduite, cette rapport à des pneus clas- entraînent une surconsom- des bactéries et des moisis-
résistance mobilise de 20 à siques. mais même sans mation de carburant d’envi- sures, et surtout une corro-
25 % de l’énergie fournie disposer de ce type d’équi- ron 3 % pour un déficit de sion de la pompe d’injection
par le moteur. Tout l’art des pement, vous pouvez faire seulement 0,3 bar”, soit la et des injecteurs avec, au
pneumaticiens réside donc baisser la consommation en pression que vous pouvez final, un risque de panne
aujourd’hui dans la capacité ajustant le gonflage de vos perdre en trois à six mois. immobilisante. si l’eau a été

126 I SV I m a r s I 2 0 1 3
Existe-t-il un moment
idéal pour faire le plein ?
nombreuses impuretés. rares, l’odeur de friture de
Non. Certes, la masse volumique des liquides évolue
Quant à l’huile de vidange, elle l’échappement d’un moteur
avec la température : un même volume de carburant
est, elle, trop visqueuse et alimenté à 50 % d’huile reste
stocké à l’extérieur dans un bidon en plastique aura une
trop contaminée (notamment tout de même très caractéris-
masse légèrement plus élevée (de l’ordre de quelques
par des particules de métal). tique. Côté pollution, le bilan
pour-cent) lors d’un hiver sibérien plutôt qu’en période
Enfin, malgré la directive euro- est toutefois positif. selon
de canicule sévère. mais les cuves des stations-service,
péenne 2003/30/CE visant à une étude de l’ademe datée
enterrées et isolées, sont peu sensibles aux variations de
promouvoir l’huile végétale de 2006, “lorsque les diesels
température. la densité des carburants stockés évolue
comme carburant, la France sont adaptés aux huiles végé-
donc peu, même avec une forte variation de la tempéra-
en interdit l’usage pour les tales pures, les performances
ture extérieure. Contrairement à la croyance populaire,
particuliers, contrairement, sont identiques à celles
faire le plein le matin plutôt que l’après-midi
par exemple, à l’allemagne : observées au fioul et la pollu-
n’aura donc aucun impact mesurable sur
vous vous exposez donc à une tion à l’échappement est en
la consommation de votre moteur.
amende. si les contrôles de leur faveur. Par ailleurs, la
réservoir effectués par les ser- longévité des moteurs en
vices des douanes restent est accrue”.

de l’eau dans le carburant ?


utilisée comme additif il y a sance. le système Pantone, mesure homologuée n’a consommation”. Enfin,
plusieurs décennies dans les du nom de son inventeur jamais prouvé l’efficacité de l’adjonction d’eau dans le car-
moteurs d’avions, c’était pour américain Paul Pantone, uti- ce dispositif. Une étude réali- burant peut avoir des effets
faire baisser leur température lise, lui, la chaleur des gaz sée à l’université technique de destructeurs : les injecteurs
de fonctionnement. Plus d’échappement pour vapori- troyes conclut que “le rende- d’un moteur diesel travaillent
récemment, dans les années ser un mélange eau- ment et la consommation avec une précision infime et
1990, Elf a commercialisé carburant, qui passe ensuite sont identiques au montage une pression très élevée (plus
l’aquazole. Ce mélange d’eau par un “réacteur” avant de d’origine, et bien que ce de 2 000 bars), et l’eau risque
et de gazole avait le mérite de rejoindre le conduit d’admis- moteur dépollue légèrement, il avant tout de les corroder et
faire baisser les émissions sion. mais malgré des pro- n’est tout de même pas aussi de les gripper. le risque est
polluantes, mais il engendrait messes de consommations efficace qu’un pot catalytique. le même pour un moteur
une hausse de la consomma- et d’émissions polluantes for- Ainsi, le moteur Pantone essence, mais les effets
tion et une baisse de puis- tement réduites, aucune n’aide en rien à diminuer la seront moins immédiats.
FotolIa

2 0 1 3 I m a r s I SV I 127
en PRATIQUe Zoom du mois

Combien peut-on gagner à alléger sa voiture ? Faut-il couper


Jusqu’à 1 l/100 km. 0,8 l/100 km si vous allégez toit et les barres transver- Oui, mais… La réponse
Outre l’aérodynamisme et votre voiture de 100 kg. sales qui le supportent, est liée aux circonstances.
la résistance au roulement, Pour gagner du poids, vous remplacer les jantes en tôle Jusqu’à 50 km/h, et si le dif-
le poids du véhicule est un avez l’embarras du choix : par des roues en alumi- férentiel de température
facteur important pour la vous pouvez débarrasser le nium, éviter de rouler avec entre l’habitacle et l’extérieur
consommation : plus la voi- coffre de tout ce qui l’en- le plein de carburant si vous n’est pas trop important,
ture est lourde, plus le combre et n’est pas utile, ne faites que des petits tra- mieux vaut baisser les vitres.
moteur est sollicité pour la remplacer la roue de jets, voire supprimer la ban- au-delà, l’impact de la
déplacer et plus il est gour- secours par un kit anticre- quette si vous êtes sûr de dégradation de l’aérodyna-
mand. Xavier Duteurtre, de vaison, retirer le coffre de ne pas avoir à l’utiliser. misme sur la consommation
la société française des sera supérieur à celui de la
ingénieurs des plastiques, climatisation, qu’il est alors
précise que “5 à 10 kg préférable d’utiliser. mais
d’allégement conduisent avec modération. Car
à un gain de 1 g de CO2 comme le compresseur de
par kilomètre”, soit une climatisation est entraîné
économie de 0,4 à par le moteur thermique

Les moteurs hybrides sont-ils vraiment économiques ?


Oui, mais… En combi- soutien au moteur ther- moins (3,1 l/100 km sur version diesel, HDi Féline
nant un moteur thermique mique. Une motorisation cycle normalisé) sur un BVa (163 ch). En France, la
et un moteur électrique, les hybride n’a pas grand inté- parcours urbain que sa récente hausse des bonus
voitures hybrides opti- rêt par rapport aux modèles variante diesel accordés aux modèles
misent l’utilisation de 100 % thermiques pour (4,8 l/100 km). Et elle coûte hybrides les rend ainsi, pour
l’énergie : le moteur ther- des parcours autoroutiers, moins cher : son achat est la plupart, aussi intéres-
mique est coupé dès que mais cette technologie donc immédiatement ren- sants financièrement que
l’accélérateur n’est plus sol- permet d’afficher, en ville, table ! même chose pour la leurs équivalents ther-
licité, et le moteur élec- des consommations Peugeot 3008 hybrid4 miques (quand les
trique est utilisé pour le inférieures. Par exemple, Féline (200 ch), qui coûte constructeurs en ont prévu
démarrage, le roulage à la Toyota Yaris hybride 34 020 € bonus déduit, un) tout en affichant une
basse vitesse et comme consomme beaucoup contre 36 600 € pour sa consommation inférieure.

128 I SV I m a r s I 2 0 1 3
la climatisation ? Les économiseurs sont-ils efficaces ?
grâce à une courroie, cela Non. Facturés de 30 à faire économiser de 5 % à un champ magnétique si
exerce une contrainte et fait 300 €, les “économiseurs 30 % sur la consomma- faible et, comme l’a établi
augmenter la consommation de carburant” reposent tion, que le moteur soit Hervé Jeanmart, profes-
de carburant. Une hausse presque tous sur la même alimenté au gazole ou à seur à l’université catho-
qui varie en fonction du véhi- recette : un boîtier conte- l’essence. s’il suffisait lique de Louvain
cule, du climat et des cir- nant un ou plusieurs d’un aimant pour faire (Belgique) à l’issue de son
constances. L’agence de aimants qui doit être ins- baisser la consommation, étude sur les économi-
l’environnement et de la maî- tallé sur la Durit d’arrivée les constructeurs ne se seurs magnétiques, “ils
trise de l’énergie précise que de carburant. son action priveraient évidemment n’ont aucune incidence sur
“en ville, c’est en moyenne consisterait à “aligner”, pas d’utiliser cette solu- le comportement d’un
20 % d’essence ou de gazole “déformer”, “homogénéi- tion. mais les hydrocar- moteur. Ils ne modifient en
consommés en plus. Sur ser” voire, pour les plus bures sont insensibles à rien la qualité de la com-
route et autoroute, c’est envi- audacieux, “frac- bustion, déjà quasi par-
ron 6 %”. se passer de cli- tionner” les faite, ni le cycle moteur. Le
matisation a donc bien un molécules de seul effet que ces sys-
impact favorable sur vos fac- carburant, tèmes pourraient avoir est
tures de carburant. pour psychologique”.

Le système “stop and start” est-il utile ?


Oui. Le système “stop relâchez le frein, le moteur total) permettent donc sollicitation aussi fré-
and start” est un équipe- redémarre. “En ville, une d’économiser jusqu’à 15 % quente, n’y résisterait pas.
ment qui s’est aujourd’hui voiture passe près de 35 % de carburant. En revanche, Pour faire face aux nom-
presque généralisé. a de son temps à l’arrêt, le ce système ne vous sera breux arrêts et relances, les
condition que la situation moteur tournant inutile- d’aucune utilité sur route systèmes “stop and start”
le permette (moteur suffi- ment au ralenti”, précise le ou sur autoroute… atten- utilisent soit un démarreur
samment chaud, climatisa- fabricant Valeo. En tion, ne vous laissez pas renforcé, une solution qui
tion coupée, batterie conduite urbaine chargée, tenter par l’envie d’opérer reste assez bruyante et
chargée), ce système les systèmes “stop and un “stop and start manuel” inconfortable, soit un
coupe l’alimentation du start” les plus efficaces à chaque feu rouge : votre alterno-démarreur : un
moteur dès que l’on s’ar- (qui sont capables de cou- démarreur, qui n’est pas principe à la fois plus dis-
rête. Et aussitôt que vous per le moteur avant l’arrêt dimensionné pour une cret et plus réactif.
FotoLIa

2 0 1 3 I m a r s I SV I 129
en PRATIQUe

Questions
Réponses

130 I SV I m a r s I 2 0 1 3
Quels sont les
risques pour la
santé d’un manque
de sommeil ?
Question de D. Vinolo, St-Laurent-Nouan (41)
Potentiellement très graves ! cins recommandent entre 7 et ticémie. Mais comment le
Et c’est justement pour cela 9 heures de repos par nuit. Et manque de sommeil peut-
que les résultats de l’étude on sous-estime généralement il aboutir à des pathologies
publiée en novembre dernier l’importance de ce manque aussi graves et diverses ?
menée auprès de 27 000 per- de sommeil généralisé. Si les études épidémiolo-
sonnes par l’Institut natio- On pourrait en effet croire giques n’établissent pas un
nal de prévention et d’édu- que les nuits trop courtes lien de cause à effet, d’autres
cation pour la santé (INPES) provoquent simplement de données viennent préciser
inquiètent les médecins : un la fatigue, un manque de les processus délétères su-
Français sur trois se plaint vigilance ou des trous de bis par l’organisme. Ainsi
de troubles du sommeil. mémoire, soit des troubles pour le cerveau, les effets du
Pour 18 % d’entre eux (24 % directement perceptibles et, manque de sommeil ont été
des hommes et 16  % des pour tout dire, transitoires. traqués par neuro-imagerie
femmes), le temps de som- Or, ce n’est pas tout… Loin à l’université de Pennsyl-
meil moyen dure moins de de là. En réalité, le manque vanie chez des volontaires
6 heures, alors que les méde- de sommeil s’avère égale- privés de sommeil quelques
ment préjudiciable à long nuits. Et les clichés obtenus,
terme. “Dormir fait partie lors de tests impliquant des
de l’hygiène de vie, explique tâches répétitives, montrent
Karine Spiegel, chercheur au des modifications durables
Centre de recherche en neu- dans l’activité et la struc-
rosciences de Lyon. Négliger ture au niveau des cortex
son sommeil expose à des préfrontal et pariétal.
dérèglements physiopatholo-
giques au même titre qu’une des troubles cognitifs
mauvaise alimentation ou un L’hippocampe, structure
manque d’activité physique.” impliquée dans la mémo-
Plusieurs études amé- risation et la régulation des
ricaines ont ainsi mon- émotions, pourrait aussi
tré qu’une durée moyenne jouer un rôle clé dans ces
Privation de sommeil Sommeil normal de sommeil inférieure à processus. De nouveaux
7 heures par nuit augmente neurones y sont fabriqués
p.allard/réa - bsIp

La neuro-imagerie a montré que le risque de mourir d’une en permanence, même à


la privation de sommeil modifie dura- maladie cardio ou cérébro- l’âge adulte. Or, il a été mon-
blement la structure et l’activité de vasculaire, d’un cancer, du tré chez des rats qu’en rédui-
zones importantes du cerveau. diabète ou même d’une sep- sant la durée du sommeil →

2 0 1 3 I m a r s I SV I 131
en pratique Questions/Réponses
→ pendant plusieurs nuits tigue génère du stress, qui fa-
le manque de sommeil
consécutives, la prolifération vorise à son tour les insom-
et la survie de ces nouveaux
neurones étaient fortement
nies… “Les troubles cognitifs
sont très variables d’une per-
n’épargne personne...
diminuées. En parallèle, les sonne à une autre, reprend L’insomnie chronique Les troubles du sommeil
animaux, soumis à des tests Pierre Philip. L’âge est un touche plus fortement augmentent avec l’âge
d’apprentissage –  connus facteur protecteur : les per- les femmes Prévalence des symptômes
pour être liés au fonction- sonnes âgées résistent mieux Prévalence de l’insomnie d’insomnie.
chronique en fonction de l’âge. Un symptôme nocturne au moins
nement de l’hippocampe –, au manque de sommeil que
Difficultés d’endormissement
se sont révélés moins perfor- les jeunes.” Si une courte Femmes Réveils nocturnes fréquents
mants. Peut-être que ce qui sieste, le café ou l’exposition 25 % Hommes Réveil trop précoce
se produit après quelques à de la lumière bleue aident sommeil non récupérateur
20 %
nuits trop courtes vaut pour à surmonter temporairement
le cerveau victime d’insom- la fatigue, rien ne remplace le 15 % 40 %
nies chroniques. vrai repos nocturne. 10 % 30 %
“Déficits de l’attention, 20 %
5%
de la mémoire, de l’appren- un état prédiabétique Tranches d’âge 10 %
tissage, réactivité émotion- De façon moins perceptible, 0% 0%

+
4
4
-34

-74
4
4
5

4
4
-34

5
nelle excessive, difficultés à le manque de sommeil per-

-6
-74

-4
-5

et
-2
-19
-2

-6

-8
-4
-5

65
25

45
55
35

75
16
20
26

65
45
55
35

75
15
agir ou à prendre des déci- turbe profondément une
sions… Ces troubles cogni- fonction fondamentale de Les jeunes surtout ne dorment pas assez
tifs sont visibles dès la pre- notre organisme : la régula- Différence entre temps de sommeil déclaré et temps de
sommeil théorique nécessaire.
mière nuit de restriction de tion du métabolisme éner- 9h
sommeil et s’accentuent gétique. Des expériences Femmes sommeil déclaré
8 h 30 sommeil nécessaire
au fil des jours, souligne menées en 2004, à l’univer- Hommes sommeil déclaré
Pierre Philip, directeur de sité de Chicago, sur de jeunes 8h sommeil nécessaire
l’unité Sommeil-Attention- hommes en bonne santé ont
7 h 30
Neuropsychiatrie au CHU produit des résultats éton-
de Bordeaux. Plusieurs nants. Six nuits consécu- 7h
nuits de récupération sont tives sans dormir plus de 6 h 30 Tranches d’âge
nécessaires pour revenir à 4 heures suffisent à les ame-

4
5

4
-34

85
-74
-19

-2

-6
-4

-5

un fonctionnement neuro- ner d’un état normal à un état

-
20

26

65
45

55
35

75
15

comportemental compa- prédiabétique. En effet, leur


rable au niveau de base.” production d’insuline dimi- Conséquence de tous ces ligne Karine Spiegel. Mais il
Ainsi, la grasse matinée du nue de 25 à 30 %, comme la dérèglements : l’organisme est probable qu’à long terme,
dimanche ne permet pas for- sensibilité de leurs tissus à régule moins bien les quan- la dette de sommeil laisse des
cément de réparer les dégâts cette hormone. En parallèle, tités de sucre circulant dans traces indélébiles et favorise
d’une dette de sommeil accu- le taux d’autres hormones, le sang. “Ces perturbations le développement du dia-
mulée. Et le phénomène tend tels le cortisol ou l’hormone disparaissent après quelques bète.” Mais les perturbations
à s’auto-entretenir, car la fa- de croissance, est modifié. nuits de récupération, sou- métaboliques ne s’arrêtent
pas là. Les études sur de
vastes populations mettent
quand soigner les insomnies nuit clairement en évidence que
Les somnifères, ou hypnotiques, constituent un recours chimique utile en cas le risque d’obésité augmente
chez les personnes qui ne
d’insomnies résultant d’un stress aigu et ponctuel. Mais ils ne sont pas la pana-
dorment pas suffisamment.
cée, loin s’en faut… Le sommeil qu’ils induisent n’est pas de même qualité que
Et ce phénomène est encore
celui consécutif à un endormissement spontané. En utilisation chronique, leur
plus marqué chez les enfants.
efficacité diminue avec le temps tout en induisant une dépendance. Quant aux
Cela a été observé avec des
risques associés à leur prise, ils sont si nombreux et parfois si graves qu’ils volontaires en bonne santé,
semblent largement outrepasser les bénéfices : troubles cognitifs, risque de chez qui la production de
chute, apnée du sommeil, dépression, cancer, maladies d’Alzheimer… Sans parler leptine (l’hormone de la
des éventuels effets croisés avec d’autres médicaments. Enfin, la prise de somni- satiété) est diminuée par la
fères élude bien souvent la question fondamentale, qui permettrait de résoudre le restriction de sommeil. Dans
problème : quelle est la cause de l’insomnie ? le même temps, le taux de
ghréline, l’hormone de la

132 I SV I m a r s I 2 0 1 3
... et menacerait notre santé les autres. La perturbation du
système immunitaire pour-
Bien que la relation de cause à effet reste à
démontrer, le manque de sommeil est associé rait également induire le dé-
à certains troubles et maladies chroniques. veloppement d’autres mala-
dies, comme les allergies ou
Prévalence de l’insomnie Prévalence chez 40 % 20 % 0% les maladies auto-immunes.
chez les gens malades les gens sains Voire le cancer…
Troubles du comportement alimentaire
ÉlArGir lEs ÉTUDEs…
En effet, nos défenses ne
Dépression
sont pas uniquement éri-
gées contre les envahisseurs
Syndrome d’apnée du sommeil étrangers : elles surveillent
aussi l’apparition de cellules
Infections urinaires fréquentes anormales. Affaiblies par le
manque de sommeil, elles
Maladies hépatique et biliaire pourraient réduire leur vigi-
lance et laisser s’établir une
colonie de cellules cancé-
Maladie chronique des intestins
reuses. A l’appui, des études
La qualité du sommeil a aussi
un lien avec l’état de santé montrent que le manque de
Migraine sommeil augmente le risque
Prévalence de l’insomnie chronique
en fonction de l’état de santé global. de cancers du colon, du sein
80 % Maladies inflammatoires ou de la prostate. Cepen-
dant, la relation de cause à
60 %
Cancers effet est loin d’être établie
40 %
et des études complémen-
20 % taires sont nécessaires pour
Angines de poitrine et infarctus
0% la confirmer.
Diminution du temps
n

is
is
en
n
bo

au s

Diabète
va
va
Bo

oy

M rè

moyen de sommeil d’un


au
s

T
M
è
Tr

côté, augmentation des cas


faim, augmente. La conjonc- gué. Des données épidémio- gique). Or, l’inflammation de diabète, d’obésité, de ma-
tion des deux variations sti- logiques confirment cette est aujourd’hui considérée ladies cardiovasculaires, de
mule ainsi l’appétit dans la majoration du risque infec- comme le point de départ l’autre : ces évolutions croi-
journée. D’autres processus tieux, avec une fréquence des maladies cardiovascu- sées ne sont probablement
interviennent pour aggraver plus élevée de pneumonie laires.” Cette hypothèse n’est pas le fruit du hasard. Si le
la situation : ainsi le dérègle- chez les petits dormeurs. pas totalement démontrée, déficit de sommeil n’est pas
ment, en faveur du stockage Biologiquement, les cher- mais elle permet d’expliquer le seul responsable de toutes
des graisses, des voix ner- cheurs expliquent ces ob- les observations épidémiolo- ces pathologies, il est un fac-
veuses des organes digestifs. servations par le fait que giques, qui montrent que les teur aggravant trop souvent
Et pour ne rien arranger, le manque de sommeil im- petits dormeurs sont plus à méconnu et négligé. Alors
l’obésité s’accompagne sou- pacte le nombre de cellules risques vis-à-vis des patho- au lit, et vite ! Votre santé en
vent du syndrome d’apnées immunitaires, leur distribu- logies cardiovasculaires que dépend… O.C.
du sommeil, qui affecte à son tion tissulaire et leur activité.
tour la qualité du repos noc- Mais les conséquences à long GAGNEZ UN ABONNEMENT D’UN AN À
turne, favorisant la prise de terme pourraient être beau-
poids et le diabète. Un cercle coup plus lourdes.
vicieux difficile à briser… “De nombreux marqueurs Cette rubrique est la vôtre, écrivez-nous !
Troisième fonction phy- de l’inflammation sont aug- Nous ne pourrons répondre à toutes et à tous, mais les auteurs des
questions que la rédaction sélectionnera se verront offrir un abonnement
getty - m.kontente

siologique fortement régulée mentés par la privation chro-


d’un an à Science & Vie (pour eux-mêmes ou pour une personne de leur
par le sommeil : l’immunité. nique de sommeil, explique choix). La question doit impérativement être rédigée sur une carte postale.
Chacun a déjà pu le consta- Myriam Kerkhofs, directrice
SCIENCE & VIE, QUESTIONS/RÉPONSES
ter, un rhume s’attrape plus du Laboratoire du sommeil 8, rue François-Ory, 92543 MONTROUGE CEDEX.
facilement lorsqu’on est fati- au CHU de Charleroi (Bel-

2 0 1 3 I m a r s I SV I 133
en PRATIQUe Questions/Réponses

Le Co2 que nous


expirons a-t-il un
“effet de serre” ?
Question de P. Durupt, Caluire-et-Cuire (69)
Certes, nous rejetons du CO2 CO2 atmosphérique, ou qui
lors de la respiration ; mais il les ont eux-mêmes récupérés
ne contient pas de carbone en se nourrissant de végétaux
“fossiles” extrait du sous- et d’animaux… Bref, le rejet
sol : il est issu de l’atmos- de CO2 lors de la respiration
phère. En effet, le CO2 issu n’est qu’un simple retour à
du processus biochimique de l’envoyeur qui ne participe
respiration cellulaire dérive pas à l’augmentation du gaz
de la dégradation de molé- à effet de serre, principal res-
cules alimentaires riches ponsable du réchauffement.
en carbones : les sucres, les Chaque humain rejetant en
graisses et les acides aminés, moyenne 1  kg de CO2 par
qui sont convertis en éner- jour, les quelque 7 milliards
gie grâce à l’oxygène. Or, ces d’âmes, en rejettent donc,
molécules alimentaires pro- chaque année, près de 2,5 gi-
viennent d’animaux et de gatonnes (Gt). Soit 7 % du
plantes qui les ont produits total émis par les activités
par photosynthèse à partir du humaines (26 Gt/an). K.B.

sait-on si le fœtus souffre ?


de la grossesse et finissent nerveuses de la douleur
Question de Jean-Pierre Explorer, Gien (45) de se développer entre les finissent de se dévelop-
25e et 26e semaines de gros- per entre la 25e et la 26e se-
Il est très difficile de défini- tielle, ou décrite en termes sesse. Voilà pourquoi cer- maine, il se peut qu’elles ne
tivement trancher la ques- évoquant une telle lésion”. tains scientifiques estiment fonctionnent qu’à partir de la
tion. Certains scientifiques Elle suppose donc une forme que le fœtus ne peut pas res- naissance…
pensent que le fœtus est de conscience. Provoqué par sentir la douleur avant au Mais pour d’autres, les
incapable de ressentir de la une brûlure, infection, bles- moins la 24e semaine. Autre arguments niant la douleur
souffrance avant au moins sure… le message nerveux argument : selon ces cher- du futur bébé avant la 24e se-
la 24e semaine de grossesse. douloureux naît après l’exci- cheurs, avant la 24e semaine, maine sont insuffisants…
Pour d’autres cependant, le tation de récepteurs dits no- le fœtus est dans un état de Parmi eux : le pédiatre améri-
fœtus pourrait ressentir de la cicepteurs (dans la peau, les sommeil non conscient, ne cain Kanwaljeet Anand, qui
douleur plus tôt… vaisseaux, les muqueuses, permettant pas de réagir aux s’appuie notamment sur une
La difficulté vient de la no- les os et les tendons). Il est stimulations douloureuses. étude qui a montré que des
tion même de douleur. Selon véhiculé par les nerfs jusqu’à fœtus âgés de 18  semaines
l’International Association la moelle épinière ; puis est dIffIcIle de RéPondRe réagissent à une interven-
for the Study of Pain, la dou- transmis au cerveau où il est Certains médecins pensent tion pouvant être doulou-
leur est une “expérience sen- perçu comme douloureux. même qu’il n’y a probable- reuse (transfusion via une
sorielle et émotionnelle dé- Ces circuits neuronaux ment pas d’expérience de seringue) par une augmen-
sagréable, liée à une lésion de la douleur se mettent en la douleur jusqu’à la nais- tation dans la sécrétion
tissulaire existante ou poten- place progressivement lors sance. Car, si les structures d’hormones du stress (nora-

134 I SV I m a r s I 2 0 1 3
Est-il vrai que les yeux
clairs sont plus sensibles
à la lumière ?
Question de Guillaume Espana, Compiègne (60)

C’est une légende. Les yeux seulement en surface ! Car pu être établie. Seule l’ab-
bleus ou verts n’ont pas de sous les pigments colorés se sence totale de pigments
sensibilité particulière à cache une seconde couche dans les deux couches de
la lumière. Certes, c’est plus profonde qui, elle, est l’iris (comme dans les cas
bien l’iris, siège de la cou- parfaitement opaque quelle extrêmes d’albinisme) pro-
leur des yeux, qui protège que soit la couleur des yeux. voque des troubles de la
la rétine contre un excès vision. “On pense que la
de rayons lumineux : en “aucun impact visuel” couleur des yeux est simple-
se contactant et en se dila- D’ailleurs, nombre d’études ment cosmétique, conclut
tant, il commande l’ouver- ont été menées pour évaluer Jean-Antoine Bernard, di-
ture de la pupille et par là, si les personnes aux yeux recteur scientifique de la
transforme l’œil en chambre clairs étaient plus sujettes à société française d’ophtal-
noire. Certes, les iris clairs certaines maladies comme mologie. Elle n’a pas plus
Quelle que soit la cou- contiennent moins de pig- par exemple, la dégénéres- d’impact sur la vision que
leur de l’iris, l’œil est ments que les iris foncés et cence maculaire (l’altéra- la couleur des plumes sur
protégé par une couche absorbent donc moins de tion du centre de la rétine) les performances aériennes
de pigments opaques. rayons lumineux… mais et aucune corrélation n’a des oiseaux !” M.F.

drénaline, cortisol). Un peu


comme cela se produit chez
l’adulte après une stimula-
tion douloureuse. Reste que
ce résultat présente une li-
mite : ce n’est pas parce qu’il
y a stress qu’il y a forcément
un ressenti douloureux…
“Il est probable qu’on ne
pourra jamais répondre
complètement à la question
d.parker/spl/cosmos - ge ned syst/spl/cosmos

de la douleur du fœtus…”,
conclut Véronique Houfflin-
Debarge, gynécologue-
obstétricienne au CHU de
Lille. Aucun chercheur ne
propose en tout cas que le
fœtus souffre pendant le pre-
mier trimestre de grossesse,
période durant laquelle peut
se faire l’interruption volon-
taire de grossesse (IVG) dans
de nombreux pays, dont la
France. K.B.

2 0 1 3 I m a r s I SV I 135
en PRATIQUe

technofolies

La lampe qui transforme


votre table en écran
d’ordinateur
On se croirait dans le film minority report ! S’affichant sur n’importe
quelle surface plane, le bureau de l’ordinateur devient tactile et de simples
L’utiLisateur
gestes de la main suffisent pour l’utiliser. Une prouesse conçue au MIT. joue avec
L’image projetée
comme sur un
De loin, cet objet a l’allure mière mondiale, conçue au ser son écran tactiLe
d’une lampe, avec une grosse MIT (Etats-Unis), qui vient doigt sur
ampoule. Mais, de près, Lu- concrétiser plusieurs décen- la table, où se
minAR se révèle insolite : il nies de recherches sur les trouve l’icône du
s’agit en réalité d’un proto- nouvelles interfaces infor- navigateur. LuminAR
type capable de transformer matiques, et notamment sur détecte alors qu’un doigt
n’importe quelle surface… la manière de dématériali- masque cette icône : ce qui
en ordinateur ! Une pre- ser l’ordinateur pour qu’il se lui fait lancer le navigateur.
fonde dans l’environnement.
A la clé, une utilisation de lARges APPlIcATIons
3 dates clés plus “naturelle” du PC, sans On peut également agran-
clavier, souris, écran, scan- dir ou réduire à volonté une
1968 ner ni autres périphériques. image projetée, en plaçant
Ivan Sutherland crée à Il suffit de balader ses mains un doigt à chaque extrémité
Harvard un système de sur l’écran tactile projeté par de l’une de ses diagonales années
réalité augmentée, qui LuminAR pour envoyer des et en les écartant. La lampe 1990, un
superpose un système mails ou surfer sur le Web. éloigne alors l’ampoule de ingénieur de Har-
virtuel à un objet phy- Pour y parvenir, l’équipe de la surface de projection afin vard, Pierre Wellner, avait
sique, avec la possibilité Natan Linder a construit un de l’agrandir. LuminAR peut construit par exemple un dis-
d’interagir avec lui. bras robotique sur lequel est aussi faire office de scanner : positif sommaire de caméras
vissée une ampoule conte- si l’on pose un document sur qui avaient la taille d’un ma-
1991 nant un ordinateur, un pro- la surface éclairée, l’appareil gnétoscope ! Et récemment,
L’ingénieur Pierre Wellner jecteur et deux caméras. Le détecte ses contours, le docu- la société Brookstone a pro-
imagine le Digital Desk, projecteur envoie l’image de ment est ainsi scanné. posé un clavier virtuel pro-
l’ancêtre de LuminAR. l’interface de l’ordinateur sur Cela paraît si simple que jeté sur une surface… mais
Cette caméra montée au- une surface filmée simulta- l’on se demande pourquoi cela ne restait qu’un clavier !
dessus d’un bureau pro- nément par les caméras. De LuminAR n’a pas été inventé LuminAR, lui, transforme
jette une image. cette manière, lorsque l’utili- plus tôt. En fait, ce n’est pas en ordinateur n’importe
sateur touche l’écran virtuel, la première tentative de vir- quelle surface mais aussi
1999 l’ordinateur le détecte, via les tualisation de l’ordinateur gère la taille ou la position
John Underkoffler, du caméras et réagit en consé- par l’intermédiaire d’une de cette zone. “C’est surtout
quence. Utiliser LuminAR se surface augmentée mais la miniaturisation des pro-
MIT, invente le concept
révèle alors d’une simplicité jusqu’ici les projets étaient jecteurs qui a rendu le dé-
d’ampoule qui filme la
remarquable. Pour accéder peu ergonomiques et souvent veloppement de cette tech-
zone où elle se projette.
à Internet, il suffit de dépo- très encombrants. Dès les nologie possible dans un

136 I SV I m a r s I 2 0 1 3
Comment ça marche ?
Le système repose sur un pied de lampe articulé et
Pied de lampe motorisé, où le Module Luminar prend la place de l’am-
articulé et poule. Cet appareil – qui peut également se visser sur
motorisé n’importe quelle lampe – est constitué d’un picoprojec-
teur qui projette le bureau du PC sur une table ou contre
Module un mur, et de deux caméras destinées à filmer la surface
Luminar de projection. Lorsqu’une main s’interpose entre le pro-
jecteur et la surface – qui devient alors un écran –, l’ordi-
Ecran projeté nateur intégré analyse les mouvements manuels. Il
détermine ainsi quelles commandes sont réclamées par
l’utilisateur (pression sur un bouton, élargissement de la
scène, déplacement d’icônes, etc.) et les active.

Module Luminar
Vis d’ampoule

Moteur rotatif

Source d’énergie

Ordinateur embarqué
LE burEau dE
L’OrdInatEur ESt
PrOjEté Sur La
tabLE
Picoprojecteur laser

Caméras

Le glisser/déposer en trois gestes


Poser la main fer-
mée sur une icône.
design discret, explique Na- de temps pour peaufiner le
L’icône est sélec-
tionnée.
than Linder. Nous avons éga- système, notamment en ma-
lement longuement travaillé tière de brillance et de réso- Glisser le point
sur la manière d’implémen- lution de la projection sur fermé vers le point
ter des techniques d’interac- des surfaces sombres. Mais, d’arrivée. L’icône
tions naturelles entre l’utili- d’ici à cinq ans, si tout se
suit.
sateur et LuminAR.” passe bien, le produit pour-
b.bourgeoIs - m.kontente

Ouvrir le poing et
A terme, cette lampe pour- rait sortir à grande échelle.” rester immobile
rait remplacer les ordina- Patience, donc ! Stéphane Fay 1 seconde pour désé-
teurs de bureau. “Peut-être lectionner l’icône.
plus tôt que ce que nous pen- Prix : non communiquŽ.
sons, précise le chercheur. Rens. : http://fluid.media.mit.edu/ Prix. : env. 240 €.
Nous avons encore besoin projects/luminar Rens. : www.re-timer.com

2 0 1 3 I m a r s I SV I 137
en PRATIQUe Technofolies

Un drone qui prend tout seul vos


Pour capturer des images aé- lement. Propulsé par un
riennes facilement, voici le moteur électrique, il suit un
LA100, un drone destiné aux parcours préprogrammé, au-
photographes, journalistes, tour de son point de lance-
réalisateurs… désirant ment, guidé par son propre
filmer un périmètre vu GPS et peut filmer une zone
du ciel (paysage, im- de 6 ha sous toutes ses cou-
mobilier…). Conçu tures. “Il effectue toujours le
par l’entreprise même parcours : de longues
française Lehmann diagonales contenues dans
Aviation, l’engin un carré de 250 m de côté,
décolle, en étant avant de revenir au point de
lancé manuel- départ”, précise le patron

le premier robinet qui sèche


les mains après lavage
Certes les sèche-mains élec- voir cet étonnant robinet, les
triques sont hygiéniques, ingénieurs de Dyson ont fait
mais ils sont trop encom- bien plus qu’y intégrer
brants pour nos salles de un mini-sèche-mains
bains. C’est pourquoi la et des capteurs. Trois
société anglaise Dyson a années de R&D ont
poussé le concept encore été nécessaires. Pre-
plus loin : elle a intégré sa mier défi : miniaturiser
technologie de séchage des l’ensemble, en faisant tenir le moteur est monté sur De chaque côté
mains directement dans un les circuits d’air, d’eau et des ressorts, son bruit du robinet, deux
robinet. Après s’être lavé d’électricité dans un tuyau n’est plus perceptible. Et tubes pulsent un
les mains comme sous un de 3 cm de large sous le robi- la taille de la fente à tra- air chaud à haute
robinet automatique clas- net. Le moteur à l’intérieur vers laquelle passe l’air vitesse, séchant
sique (des capteurs infra- a, lui aussi, été optimisé : (0,8 mm) a été ajustée pour les mains en
rouge repèrent leur posi- plus petit, il tourne encore limiter le bruit de l’air, tout 12 secondes.
tion), on les écarte sous plus vite (90 000 tours/mi- en assurant un séchage ef-
les tubes latéraux. Deux ri- nute contre 88 000 sur les ficace. Astucieux ! L.B.
deaux d’air sont alors pulsés précédents sèche-mains de
à 650 km/h, pour les sécher la marque). Autre améliora- Prix : env. 1 650 €.
en 12 secondes ! Pour conce- tion : l’acoustique. Comme Rens. : www.dyson.fr
dr

138 I SV I m a r s I 2 0 1 3
Le coin des prototypes
photos aériennes une lentille affichant
de la société. Essentielle- il dispose de cinq minutes des informations…
ment composé de mousse d’autonomie seulement. G.S. Voici ce qui pourrait devenir de futures lunettes de soleil
et de carbone, l’engin de Prix : env. 1 000 € directement posées sur l’œil… Imaginé par des chercheurs
850 g, 92 cm d’envergure et (caméra non incluse).
du CmsT (Centre for microsystems Technology) de l’uni-
45 cm de long atteint une al- Rens. :
www.lehmannaviation.com
versité belge de Gand, ce prototype de lentille intègre un
titude de 100 m et se déplace écran à cristaux liquides, capable d’afficher des données et
jusqu’à 80 km/h, en affron- notamment de s’obscurcir à la lumière. Incurvé, cet écran
tant des vents de 35 km/h. Ce drone de 92 cm d’enver-
est fabriqué à partir de nouveaux types de polymères
Deux bémols : conçu pour gure peut sillonner “en long
conducteurs, insérés dans une cellule sphérique lisse.
embarquer une ou deux Go- et en large” une zone de
Contrairement à l’OLED qui ne peut afficher qu’un nombre
Pro Hero, des caméras ultra- 6 ha, guidé par un
limité de pixels, la technologie
polyvalentes, non fournies, GPS intégré.
LCD a l’avantage de permettre
son prix est exorbitant et
l’utilisation de la totalité de la
surface d’affichage. Les
applications envisagées sont
avant tout médicales. ainsi,
avec cet écran, de telles lentilles
permettront par exemple de contrô-
ler la transmission de la lumière vers la
rétine si l’iris est endommagé. J.J.
Rens. : http://www2.imec.be/be_en/press/imec-news/
imecugentcontactlensdisplay.html

… et un casque pour la
le four à induction à vision panoramique
Des yeux derrière la tête ! FlyViz, ce prototype de
cuisson ultra-rapide visualisation mis au point par l’Inria, affiche sur
Ce four de l’américain Whirlpool est le premier à sa visière une vue à 360°. Vous voyez ainsi simul-
tirer parti des avantages de l’induction, le mode de tanément ce qui se passe devant et derrière vous
cuisson le plus rapide du marché. Pas besoin de grâce aux images captées en temps réel par une
préchauffage, il suffit de glisser à l’intérieur la caméra fixée à son sommet. son secret réside dans
plaque à induction, prévue à cet effet et de la bran- son objectif “catadioptrique”, composé d’une len-
cher sur une prise spéciale au fond de la cavité. tille (dioptre) associée à un miroir hyperbolique qui
Chaque centimètre du plat est ainsi chauffé à la réfléchit la lumière provenant de
même température. Et, comme la chaleur pulsée de toutes les directions. L’image
l’appareil fonc- sphérique est alors traitée par
tionne en même un ordinateur, à la manière
temps, la cuisson d’une photo satellite de
est deux fois plus globe terrestre transfor-
rapide qu’avec un mée en planisphère.
four traditionnel, ce FlyViz pourrait inté-
qui réduit de moitié resser l’armée, la
la consommation police ainsi que le sec-
d’énergie. L.B. teur des jeux vidéo, à condition
de réduire son encombrement et
Prix : env. 1 600 €. sa masse (plus de 1,5 kg). S.Ba
Rens. :
www.whirlpool.fr Rens. : www.inria.fr

2 0 1 3 I m a r s I SV I 139
en pratiQue TechnofoLIes

Le casque de vélo qui se plie


Avec le casque Overade, ment. Son encombrement est une grande légèreté (de
plus d’excuse pour ne pas alors divisé par trois, grâce 350 à 400 g selon les
se protéger la tête à vélo… à un astucieux système de tailles) ainsi qu’une
Conçu pour les cyclistes pliage. Il est composé d’une résistance méca-
urbains, ce modèle de la so- coque externe en plastique nique élevée. J.J.
ciété française Overade se (ABS) résistante aux chocs
plie et se range facilement, et d’un intérieur en polys- Prix : à partir de 75 €.
en quelques secondes seule- tyrène expansé, lui assurant Rens. : www.overade.com

ce capteur
veille sur
vos plantes
Avec le printemps qui arrive,
voici un produit de l’entre-
prise suisse Koubachi AG qui
s’adresse à tous les jardi-
niers amateurs... Le Kou-
bachi est un capteur,
alimenté par deux piles de
1,5 volt (AA) qu’il convient
de planter directement dans
un pot ou un bac de plantes
Cet appareil photo inédit capture ses d’intérieures. Il mesure l’hu-
images en 3D. Ensuite, via un algo- midité du sol, l’intensité de
rithme, il peut modifier le point de vue. la lumière et la température
ambiante et transmet ces

Il sait changer l’angle données à votre smartphone


ou ordinateur, en wi-fi. Une
application dédiée les ana-

de vue après la prise lyse, selon des modèles


scientifiques et envoie
ensuite des instructions
Et si, après avoir pris une photo, on pouvait une photo en 3D. Grâce à un nouvel algo- détaillées, pour savoir quels
modifier la manière dont elle a été prise... rithme logiciel, il suffit désormais de cliquer soins sont nécessaires
L’idée a déjà été appliquée, il y a un an, lors ou de toucher différents points de l’image concernant l’arrosage, la
du lancement de cet appareil photo par l’en- depuis un ordinateur ou un smartphone pour température et la
treprise américaine Lytro (voir Science & Vie changer la perspective. L’effet est plutôt luminosité. Bon à
n° 1130). En effet, celui-ci offrait, pour la pre- léger : le point de vue varie de seulement savoir : un seul cap-
mière fois, la possibilité de changer, après quelques degrés. mais il fonctionne aussi sur teur peut fonctionner
coup, la mise au point d’une photo. les photos prises précédemment avec Lytro. avec plusieurs plantes,
aujourd’hui, il va plus loin : grâce à une mise a noter que cette mise à jour logicielle offre car quinze jours par
à jour logicielle, il peut aussi changer l’angle en plus la possibilité d’ajouter des filtres sur pot de fleur suffisent
de vue de la photo. Cette fonctionnalité la photo pour y inclure des effets (mosaïque, au Koubachi pour tout
repose sur le principe même du Lytro qui, film noir...). Cet appareil n’est cependant pas connaître de son occu-
contrairement aux appareils photos clas- disponible, pour le moment, en France. L.B. pante. E.T.-A.
siques, ne capture pas une simple image 2D,
Prix : env. 90 €.
mais la totalité du champ lumineux dans Prix : env. 300 € (8 Go), 375 € (16 Go). Rens :
toutes les directions. Ce qui revient à prendre Rens. : www.lytro.com www.koubachi.com

140 I SV I m a r s I 2 0 1 3
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en PRATIQUe

CieL du mois
Par Serge Brunier NORD 1
Les phases 2
de la Lune 3
Lézard
4
5
Hercule Céphée 6
Dragon
Andromède 7
Cassiopée 8
9
Petite
Ourse Triangle 10
Bouvier 11
Persée
12
Grande
Ourse CAPELLA 13
TANIA JUPITER 14
Lynx

OUEST
ARCTURUS BOREALIS Cocher
EST

TANIA 15
AUSTRALIS ALDÉBARAN Taureau
Petit 16
Lion CASTOR
POLLUX
Gémeaux
17
Lion
Vierge Cancer 18
Orion
Petit BÉTELGEUSE 19
RÉGULUS Chien
RIGEL
20
SPICA PROCYON
Hydre 21
femelle
SIRIUS Lièvre
22
23
Coupe Grand
Corbeau Chien 24
25
Boussole 26
Poupe 27
28
s.voltmer/novapIx - a.fujII/d.malIn Images/novapIx - m.kontente

Pour lire la carte, tenez-la Carte exacte le 11 à 23 heures 29


au-dessus de votre tête et
orientez le nord avec le nord SUD 30
réel : les quatre points cardinaux
seront ainsi bien orientés. 31

À NE PAS MANQUER… LE 14
Rien n’est plus délicat que de prévoir l’éclat d’une comète, surtout
quand celle-ci nous visite pour la première fois… Découverte le
5 juin 2011, PANSTARRS va s’approcher à seulement 45 millions de
kilomètres du Soleil. Chauffée et illuminée par notre étoile, elle pour-
rait, à partir du 12 mars, offrir un magnifique spectacle pendant un
mois. Le 14, elle sera facile à repérer au-dessus de l’horizon ouest
sous un fin croissant de lune. Si elle brille autant que Aldébaran ou
Bételgeuse, sa chevelure sera visible à l’œil nu et aux jumelles.

Si la comète PANSTARRS brille suffisamment, voici le spectacle qu’elle pourrait offrir.

142 I SV I m a r s I 2 0 1 3
LA PLUS PUISSANTE
ET LA PLUS COMPLÈTE
APPLICATION SUR LE CIEL

Carte du ciel • actu • encyclopédie

3 APPLICATIONS EN 1 !
Les “voisines” Tania Australis (en orange) et Tania Borealis • UNE CARTE GÉOLOCALISÉE
(en blanc) sont en réalité séparées par 115 années-lumière. • TOUTE L’ACTUALITÉ
DU CIEL
Les deux Tania • UNE ENCYCLOPÉDIE
MULTIMÉDIA
Tania Australis et Tania Borealis sont
deux discrètes étoiles de la Grande
Ourse, situées à mi-chemin entre
cette constellation et sa voisine, le
À DÉCOUVRIR :
Lion. Visibles à l’œil nu sous un ciel • L’actualité du ciel en direct
clair de campagne, elles peuvent
même être repérées en pleine ville.
• L’intégralité du catalogue
Tania Australis, la plus brillante de ce Messier en fiches astro
couple réuni par un effet de perspec- • L’affichage de l’ensemble
tive céleste, se trouve à 250 années- des objets célestes sur la carte
lumière de la Terre. C’est une immense
géante rouge 60 fois plus grande et • Les notifications «Push» pour être alerté
800 fois plus brillante que le Soleil. des nouveaux contenus : fiches astro,
Tania Borealis, d’éclat plus faible, se photos, vidéos, dernières actus...
situe, elle, presque à mi-chemin, à
135 années-lumière de la Terre et à
115 de sa voisine… Cette jeune étoile
géante est “seulement” 3 fois plus
grande et 40 fois plus brillante que le
Soleil. Vu aux jumelles, ce “couple”
orbe. Une application Digital Dev.

Retrouvez-nous
présente un saisissant contraste de sur Facebook
couleur : Tania Borealis est blanche,
Tania Australis orangée.

Retrouvez la
chronique
“Du côté des
étoiles” sur
France Info
tous les samedis et sur
www.france-info.com
CONTRE-SOMMAIRE publicité adjointe), Lionel Dufour (directeur de
clientèle), Christine Chesse (assistante), Stéphanie
Guillard, Angélique Consoli, Sabrina Rossi-Djenidi
Petit florilège des mots de ce numéro…par par A.G.� Une publication du groupe (planning), Stéphane Durand (trafic), Jean-Jacques
Benezech, Grégory Gounse, Anne-Sophie Chauvière
(opérations spéciales)
12 secondes !�������������������� p. 138 Il aurait dû fleurir�������������� p. 14 PRÉSIDENT : Ernesto Mauri Grande-Bretagne : Publieurope LTD (infolodon@
publieurope.com – 44 (0)20 7927 9800
146 dollars ����������������������� p. 124 Il est un peu plus de 20 h� p. 112 RÉDACTION Allemagne : Publieurope Munich (infomunich@
8, rue François-Ory publieurope.com – 0049 89 2908150) ;
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144 I SV I M A R S I 2 0 1 3
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faisons appel à vous. A BESOIN DE VOUS !
Que vous connaissiez très bien Science & Vie ou très peu (même si
Nous souhaiterions vous vous le lisez pour la première fois), votre avis nous intéresse !
associer à notre réflexion
sur Science & Vie dans le RÉPONDEZ À NOTRE ENQUÊTE SUR
www.enqueteSV.fr
but de réaliser des numéros
qui correspondent aussi
parfaitement que possible
à vos attentes et à celles | Fondamental
portraits
|
de tous les lecteurs. Aussi
souhaiterions-nous vous
donner la parole ! Que Solitaires, errant sans fin et

pensez-vous de Science
sans but... Les astronomes
n’en finissent plus de repé­
rer des astres qui, expulsés

& Vie en général ? Et de Le point sur…


de leur giron, se retrouvent
exilés dans l’espace. Or, le
fait qu’ils soient si nom­
breux leur confère un vrai
ce numéro en particulier ? rôle dans l’Univers. Zoom
23 mars 1983
vagabonds des cieux.

JouR J
sur ces
“star wars”
va protéger
l’amérique !

Quels articles vous ont


P. 112

armement

MéCanIsMe
les 4 défis de
l’interception
de missile

attirés et comment les


P. 114

défense

FaIts & ChIFFRes


le puzzle d’une

avez-vous appréciés ?
protection
globale
P. 116

Planètes, Étoiles,

g.cirade
trous noirs…
Pa r M at h i l d e F o n t e
z ils ont larguÉ les amarres 2 0 1 3 I m a r s I SV I 71

30 ans après le discour stratégie


s de reagan...
PeRsPeCtIves

le fer de lance
du leadership

Lisez votre magazine


américain
P. 118

où en est le program
me de
comme d’habitude et ayez guerre des Détecter tout missile balistique

etoiles ?
visant le ter-
ritoire américain et le détruire

la gentillesse de participer
en plein vol :
- rue des archIves

l“Initiative de défense stratégiq


ue” voulue
par le président Reagan fit long
feu. Mais
aujourd’hui, le “bouclier antimissi

à notre enquête quand


y.maltsev/reuters

Pa r e m m a n u e l le” renaît
m o n n i e r de ses cendres. Car si la menace
a changé,
les enjeux géopolitiques demeuren
t.

vous aurez lu ce numéro,


110 I SV I m a r s I C’est pour contrer l’avance militaire
2013

s ine
des Soviétiques

tuec
acéd
que Ronald Reagan lance le projet
d’IDS en 1983.
EN PRAT POIN

2 0 1 3 I m a r s I SV
I 111

si possible dans les


prochains jours. m
| |
Pour participer,
Fondamental
Polémique

rendez-vous sur ordinateur quantique


Un vaccin contre la
Pédiatrie

www.enqueteSV.fr LE MYSTÈRE bronchiolite est à l’essai

D-WAVE
grâce à un patch, capable de
de Jouy-en- taire lors de la vaccination.
La quête d’un vaccin contre agronomique dès lors, de ga- diffuser le vaccin
pendant
Avec son collègue Impossible,
la bronchiolite est relan- Josas. plusieurs jours au travers
Eléouët, la rantir une bonne protection à une
cée. Bonne nouvelle pour Jean-François avec un vac- de la peau. Associés
a mis au point des plus petits
les plus jeunes, tant cette virologue Et pas ques- société de biotechnologie
préparation vaccinale cin classique. déjà
infection respiratoire, sans une des nourris- (DBV) qui développe
des molécules tion d’injecter à ils se
gravité la plupart du temps, contenant additionné des patchs médicaux,
du virus respiratoire sons un vaccin

Nous avons vraiment C’est un rêve de physicien… une histoire


de gros sous
Le patch testé sur les ani-
maux pourrait à l’avenir
peut s’avérer redoutable issues
pour eux. “Mettre au point syncytial
un vaccin spécifiquement plus
destiné aux nourrissons de
est un casse-tête”, reconnaît c’est
(VRS), l’agent le de puissants
souvent responsable renforcer
la maladie. Le problème, Alors,
que le VRS ne pro- l’équilibre
pas une forte réac- et sécurité
adjuvants pour lancent maintenant dans
son efficacité. une grande phase
comment
entre efficacité essais sur l’homme,
? Les chercheurs sont pas attendus
de tests
trouver sur l’animal. Les premiers
eux, ne
avant plu-
C.T.
Sabine Riffault, de l’Institut voque tenir la solution sieurs années.
et un enjeu industriel qui mobilise jusqu’à du système immuni- pensent

besoin de vos réponses,


protéger les nourrissons du national de la recherche tion
spl/cosMos

la CIA ! Une virus respiratoire syncytial


start-up aurait réussi là où les plus grands (ci-contre), parfois respon-
laboratoires sable de graves infections. 2 0 1 3 I M a r s I SV I 37

ont échoué : elle aurait mis au point un


ordinateur

qu’elles soient critiques


quantique et fait exploser sa puissance 36 I SV I M a r s I 2 0 1 3
de calcul.
Arnaque ? Révolution ? D’abord sceptiques,
les spé-
cialistes se divisent aujourd’hui sur la question…

ou élogieuses, que vous D -Wave”. Gravé en


Pa r r o m Á n I k
o n I c o f f

ayez lu beaucoup d’articles


l’université de Californie
lettres blanches sur les du de satellites et de missiles,
flancs Sud (USC), unique qui
noirs et moirés de la machine, produit de a aligné 10 millions d’euros
la société D-Wave Systems, en
d-wawe systems Inc

son nom s’affiche crânement. une mai 2011. Son objectif :


start-up de Vancouver s’en ser-
Ses proportions massives dirigée vir pour concevoir son
– soit par le Canadien projet
10 m2 au sol ! – ne lui enlèvent Geordie Rose. phare, le chasseur F-35
Pour l’heure, la machine Light-
rien de sa superbe. On tra- ning II. Une somme rondelette,

dans ce numéro ou très


la croi- vaille la moitié à
rait sortie du catalogue du temps pour laquelle sont venus s’adjoindre,
d’un de- le compte
signer en vogue. L’engin de son proprié- en octobre dernier,
lockheed-martIn -

trône taire, Lockheed quelque


dans les locaux du Centre Martin, l’un 22 millions d’euros versés
pour des principaux par le
la science et la technologie industriels
dr - fotolIa

de de l’armement de PDG d’Amazon, Jeff Bezos,


la planète, et la
l’information quantique CIA, intéressée par l’application
de constructeur d’avions
de chasse,

peu. Votre aide nous


102 I SV I m a r s I potentielle de la machine
2013 au →

est précieuse.
Pour vous remercier de votre participation à
Très cordialement. notre étude, un tirage au sort sera organisé.
Matthieu Villiers Vous aurez ainsi la possibilité de remporter :
Directeur de la rédaction
LE DVD : “La fin des astronautes” !

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