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UEMOA : Une croissance pas si

inclusive que ça

Alors que la croissance économique dans la zone UEMOA reste l’une des plus robustes du
continent (plus de 6% sur les trois dernières années), force est de reconnaître que
l’amélioration des indicateurs sociaux et culturels tels que le niveau d’instruction,
l’espérance de vie à la naissance, l’accès à l’électricité, le PIB par habitant; n’ont toujours
pas accompagnés.

La relation entre la croissance économique et le développement donne souvent lieu à de multiples


interprétations. Le point de vue de la théorie économique dominante met en avant l’idée d’une
croissance durable comme condition nécessaire et suffisante pour accéder au développement.

Ce postulat matérialisé par la conception selon laquelle « la croissance économique est supposée
compatible avec le maintien des équilibres naturels et la résolution des problèmes sociaux, c’est-
à-dire, qu’elle serait capable de réduire la pauvreté et les inégalités et de renforcer la cohésion
sociale et donc d’entraîner les Etats sur la voie du développement ». Il est cependant loin de faire
l’unanimité.

Le débat porte aussi sur la nature des deux concepts économiques. Car si la croissance est un
phénomène quantitatif et donc facilement mesurable, le développement est quant à lui, un
phénomène qualitatif qui prend en compte des facteurs sociaux et culturels comme l’accès aux
soins de santé, l’accès à l’eau potable, le taux d’alphabétisation, etc ; et donc difficilement
mesurable.
Ainsi, pour percevoir l’impact de la croissance économique sur le développement, le PNUD
(Programme des Nations Unies pour le développement) a élaboré depuis 1990 un indicateur de
développement humain (IDH) qui prend le PIB par habitant, l’espérance de vie et le niveau
d’instruction, entre autres.

Depuis cette date, le PNUD publie chaque année l’IDH de la plupart des pays membres de l’ONU,
qui traduit notamment les conditions dans lesquelles vivent les populations aux quatre coins du
monde. Par ailleurs, la fréquence annuelle des publications de l’IDH permet également d’apprécier
les efforts consentis par les pouvoirs publics pour améliorer les conditions de vie de leurs
populations.

Dans un tel contexte, il est possible de mettre en relief les efforts réalisés par les pays de
l’UEMOA dans l’amélioration des conditions de vie de leurs populations. Pour ce faire, nous
considérons l’évolution de l’IDH des sept dernières années, c’est-à-dire la période 2010-
2017.

Tableau 1 : Evolution de l'IDH des pays de l'UMOA Vs l'IDH de l'Île Maurice

Source : PNUD

Dans l’ensemble, l’IDH des pays de la zone UEMOA a progressé en moyenne de 10%. Malgré
cette progression, la plupart des pays ont encore un IDH de faible niveau, comparativement à l’Île
Maurice qui occupe le 1er rang sur le continent avec un IDH de 0,79.

La Côte d’Ivoire est le pays ayant vu son IDH le plus progressé sur la période 2010-2017. Elle est
suivie du Sénégal, du Bénin, puis du Burkina Faso.
Tableau 2 : Evolution des principaux indicateurs de développement des pays de l'UEMOA

Source : Banque mondiale

NB: Les PIB/habitant de l'Afrique subsaharienne et du Seychelles sont en dollar US courant.

Cette performance réalisée par la Côte d’Ivoire est en lien avec l’accroissement de son PIB/habitant
de 50,92% sur la période. Rappelons que depuis 2012, le taux d’accroissement moyen annuel du
PIB ivoirien se situe autour de 8%. Cette croissance générée n’a cependant pas eu d’incidence sur
la pauvreté, puisque le seuil de pauvreté dans le pays est passé de 38,4% à 46,3% de la
population. Cette situation semble traduire une inégalité dans la répartition des fruits de la
croissance.

L’espérance de vie à la naissance reste la plus faible de la zone UEMOA avec 53,58 années. Par
ailleurs, la Côte d’Ivoire est le pays de la région qui concentre le plus de pauvres, selon les derniers
chiffres officiels disponibles.

Toutefois, selon le dernier classement établi par le PNUD en 2017, le Bénin est le pays avec le
niveau de l’IDH le plus élevé (0,52) de la région. Le Sénégal vient en 2ème position avec un IDH de
0,51.

Le Niger, avec non seulement l’IDH le plus faible de l’UEMOA mais également du continent, n’a
pourtant pas réalisé d’énormes progrès durant ses cinq dernières années.

En définitive, il n’est pas exagéré de reconnaître que les populations de la zone UEMOA vivent
dans une relative précarité, tant les indicateurs sociaux sont quasiment les plus faibles du
continent. C’est ce qui explique les mauvais rangs des différents pays de l’Union aux classements
sur l’IDH. Pour preuve, le Bénin qui a l’IDH le plus élevé de la zone du dernier classement en 2017,
a occupé le 29ème rang au niveau continental et le 163ème rang mondial.

En conséquence, les pouvoirs publics de la zone UEMOA devraient davantage mettre un accent
particulier sur leur politique sociale en vue de procéder à une meilleure redistribution des fruits de
la croissance, car la sous-région reste l’une des plus dynamiques du continent avec un taux
d’accroissement annuel moyen de plus de 6% durant les 3 dernières années.

Dr Ange PONOU Publié le 12/03/19 01:17