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L’infertilité comme analyseur de la parentalité

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Cahiers de
psychologie
clinique
2011/2 (n° 37)
Pages : 288
DOI : 10.3917/cpc.037.0123
Éditeur : De Boeck Supérieur

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L ’enfant, devenu rare au regard du taux de fécondation de nos latitudes


occidentales, est devenu un bien précieux, témoin d’un surinvestissement
de l’axe de la filiation face aux aléas de la conjugalité (Delaisi de Parseval, 2008),
1

elle-même soumise à l’impératif du développement personnel. L’accroissement


des techniques d’Assistance Médicale à la Procréation (AMP), telles que
l’Insémination (intraconjugale dite IAC ou avec donneur dite IAD), la FIV, (avec
[3] Fécondation in- ou sans ICSI  [3] ), le don d’ovocytes ou le don d’embryons, repousse les frontières
Vitro avec
Injection Intra de l’impossible en se jouant du temps (maternités tardives) comme des limites
Cytoplas...
du corps. L’apparition de ces nouvelles techniques de procréation a ainsi
favorisé l’essor de parentalités dites modernes, entraînant un décalage inédit
entre procréation et filiation. En effet, jusqu’à l’AMP, le biologique coïncidait
toujours avec le social, les parents étaient par définition les géniteurs. De plus,
la tradition occidentale insiste sur le fait qu’un individu ne peut avoir que deux
parents, axiome que vient bouleverser l’AMP en dissociant l’ovocyte, l’utérus
gestationnel et le spermatozoïde fécondant. Du coup, les procréateurs ne sont
plus forcément les parents, entraînant des questions nouvelles sur ce qui fonde
l’identité parentale. Depuis l’avènement de l’AMP, pater et mater incerti sunt.

Par ailleurs, ces nouvelles techniques ne sont plus seulement réservées aux 2
sujets en projet parental présentant une infertilité médicale ou aux couples
sérodifférents, aux personnes présentant une maladie génétique grave, mais
elle est également revendiquée par des couples « souffrant » d’infertilités dites
[4] Les naissances sociologiques  [4] (homoparentalité par exemple, bien qu’en France, l’AMP soit
sous AMP
représentent 2 à refusée au couple homosexuel.) En une trentaine d’années, tout a donc changé
3% des
naissances... dans la façon de faire des enfants, de part l’introduction en premier lieu de la
contraception -engendrant une rupture entre sexualité et procréation- puis du
fait de l’apparition de l’AMP, entraînant une rupture entre procréation et
filiation. Selon Gustin (2010), cette nouvelle ère, biomédicale, engendre un
« malaise dans la nomination », modifiant « la mise en forme de l’existence », de
l’identité mais aussi l’apparition de nouveaux dispositifs, tant langagiers que
juridiques.

Webpagepdf.com
Pour bien comprendre les enjeux de cette mutation sociale, il s’agit de 3
distinguer, dans la mise au monde d’un sujet humain :

ce qui relève de la procréation, et se rapporte aux éléments du corps, supports 4


de la reproduction humaine : c’est-à-dire les gamètes des géniteurs et l’utérus
porteur sans lesquels il n’y aurait pas de naissance de bébés,
ce qui relève de la filiation, notion juridique, outil qui permet de désigner,
selon les sociétés et les systèmes de parents, les individus qui peuvent se
considérer et être considérés comme parents d’autres individus. La filiation
énonce qui est parent de qui.
Depuis quelques décennies, l’on constate donc une évolution des configurations
familiales contemporaines, avec le développement du recours à l’adoption, la
banalisation de situations considérées jusqu’alors comme marginales comme les
[5] Beck repris par familles recomposées (voire des familles provisoires négociées  [5] ), la
Eid, In La revue
du Redif, 2008, monoparentalité, la coparentalité ou les familles bi-nucléaires. Par conséquent,
vol.1,...
la sphère médicale contribue à une modification profonde de la famille, engagée
déjà depuis une trentaine d’années par les changements sociologiques (place de
la femme dans la société, travail comme support identitaire dans nos sociétés
industrielles) mais aussi par la disjonction entre la procréation et la sexualité
(Delaisi de Parseval, 2006.)

Les offres en matière de reproduction ont inversé la formule « sexualité sans 5


enfant » à « un enfant sans acte sexuel » (le champ des inséminations
artificielles et autres fécondations in vitro.) Nous n’entendons pas là seulement
les fécondations en laboratoire (induisant la désexualisation de la procréation)
mais également l’acte sexuel soumis à l’injonction du protocole et du
programme, excluant le désir et la rencontre entre deux corps, répondant
traditionnellement à l’appel de la chair (Goëb, Férel, Guetta et al.), 2006). La
conception de l’embryon pouvant désormais se produire hors du corps de la
mère, comme dans les cas de FIV ou de TEC (Transfert d’Embryons Congelés),
l’on assiste dès lors à ce que Marinopoulos (2007) nomme la décorporéisation de
la conception et la conservation hors du corps fécondant. Comme le rappelle
Delaisi de Parseval (2006), les signifiants corporels du lien filial et de la
parentalité s’avèrent séparés et recombinés dans les techniques de procréation :
sperme, gamètes, utérus…, accentuant les clivages du sexuel et du parental.

Les travaux des psychistes ont ouvert une autre voie, à côté de cette hyper- 6
médicalisation, en redonnant du sens aux maternités en attente d’enfant (co-
construction narrative). Sans pour autant refuser la légitimité de ce désir, ils se
donnent le temps d’interroger avec le sujet les soubassements du désir et ses
motivations inconscientes (Bergeret-Amselek, 2001). Il s’agit en effet ici
d’entendre comment l’infertilité peut venir, en lieu et place d’un conflit
psychique : l’inconception selon Faure-Pragier (1999, 2004) est le versant
psychique de la stérilité organique. Le psychologue en AMP se donne le temps et
les moyens d’explorer les situations, de s’intéresser à la manière dont les couples
transmettent leur histoire personnelle (la « mobilité narrative » selon Darwiche,
Bovet, Corboz-Warnery & al., 2002). Et éventuellement de dénouer les conflits
d’un sujet qui ne sent pas « autorisé » à devenir parent du fait du poids des
identifications imaginaires ou par crainte d’une reproduction de la violence
subie.
Comment la parentalité s’érige-t-elle malgré ou au risque de l’infertilité ? Quels
sont les destins possibles de cette infertilité qui seront autant de constructions
possibles à cette énigme de la parentalité ? Comment exister en tant qu’homme
Webpagepdf.com
ou femme sans être père ou mère ?

Nous avons choisi de décliner quatre situations cliniques négociant de façon 7


singulière l’annonce de l’infertilité et pouvant témoigner d’une impasse de la
parentalité et des questionnements que l’infertilité réactive :

l’attente de l’enfant à naître : l’engagement coûte que coûte dans l’AMP 8


l’idéalisation de l’enfant issu d’une FIV-ICSI et l’engagement dans une
nouvelle AMP
la décompensation survenant lors de l’attente d’un enfant après réussite de
l’AMP
le choix de l’adoption
Nous entendons étudier la transition vers la parentalité chez des parents
souffrant d’une infertilité. Cette traversée – par tout couple en projet et en
attente d’enfant – et ce travail préparatoire à l’accueil de l’enfant va déterminer
la qualité des relations entretenues avec l’enfant et la vie affective du couple.
Ces inévitables remaniements psychiques vont également permettre d’activer
les compétences parentales et assurer le bon développement de l’enfant, à la
condition que le parent ait pu élaborer doutes, anxiété et culpabilité et exprimer
son ressenti quant à la place de la technique dans cette conception souvent
ressentie comme « différente », si ce n’est stigmatisante (avec les risques qu’elle
soit vécue comme réparatrice ou usurpatrice).
Avant de nous centrer sur ces maternités en attente (ce que Bergeret-Amseleck
en 2001 nomme les maternalités à vide), nous rappellerons combien la
parentalité s’apparente à un processus, à une crise de l’identité (somme des
remaniements psychiques repérés par Racamier en 1961 sous l’appellation
maternalité), répondant à celle, développementale, de l’enfant. Nous
soulignerons le contexte sociétal dans lequel elle survient, contexte
postmoderne non sans conséquence sur nos représentations de l’enfant mais
aussi de la parentalité. En effet, les identités parentales comme les identités
conjugales ne sont pas données une fois pour toutes, mais sont soumises à
évolution et appelées à être renégociées.

Naissance de, naissance par, l’enfant

Lebrun (2009) propose une analyse de ce néologisme -formé par Cramer et 9


[6] Selon eux Palacio-Espasa  [6] - qu’est la parentalité, en se référant à l’actualité d’une profonde
(1993), la
parentalité mutation du lien social. La parentalité, terme aujourd’hui vulgarisé dans le
désigne les
processus... discours, notamment médico-social, a été conçue du fait de la remise en cause de
l’autorité paternelle au profit d’une autorité dite parentale, favorable à l’égalité
des droits et à la légitimité des deux parents, participant au mouvement de
[7] L’effacement désidéalisation du patriarcat en vigueur  [7] . La promulgation de cette égalité a
de la marque
paternelle peut laminé un discours social sur lequel se fondaient les différentes fonctions,
renvoyer...
chacun devant maintenant se référer à lui-même pour savoir ce qu’est et fait un
homme, une femme, face à un discours social ne faisant plus repère. Loin de
l’idée de Lebrun (op cit) (et notre interprétation de sa pensée) de condamner
une égalité sociale, nous souhaitons plutôt repérer les effets d’une altérité
défaillante, jusqu’alors régissant les rapports entre les sexes et caractérisant
une nouvelle économie psychique réglée par la jouissance et non par le désir
(Melman, 2002). Dans ce cas, le désir d’enfant ne se fonde plus nécessairement
sur cette altérité. N’importe quel sujet, quelle que soit la situation dans laquelle il
se trouve ou la modalité de sa conjugalité, peut désormais attendre de la
médecine et de ses techniques de pointe de réaliser un projet d’enfant. Il n’est Webpagepdf.com
médecine et de ses techniques de pointe de réaliser un projet d’enfant. Il n’est
pas question de juger selon une norme ou un ordre moral ces nouvelles
configurations (déclinées en amont), coexistant avec un modèle familial plus
traditionnel. Il s’agit toutefois de ne pas renoncer, dans l’intérêt des parents et
de l’enfant, au noyau organisateur de la vie psychique, à savoir le complexe
œdipien, fût-il dans ses expressions modifié (parentalités additionnelles) mais
non dans ses effets : introduction à la différence, séparation-autonomisation de
l’enfant du désir parental, assomption de son propre désir. Houzel (2002),
rappelle à ce propos que « […] la famille, est à la fois le lieu d’inscription de
l’enfant dans une généalogie et dans une filiation, inscription nécessaire à la
constitution de son identité (…) et le lieu de confrontation aux trois différences
fondatrices que tout psychisme humain doit affronter et résoudre : la différence
de soi et de l’autre (l’altérité), la différence des sexes et la différence des
[8] D. Houzel, générations  [8] . » Cette disjonction du sexuel et de la procréation fait par ailleurs
« Les enjeux de la
parentalité », in s’interroger Bentata (2007) : « Ce grand chambardement dans le fait d’être
L....
parent qui semble ainsi emporter toute spécification sexuelle, emportera-t-il
aussi le désir freudien, la libido, avec sa référence structurellement sexuelle ? »
L’enfant de demain sera-t-il un produit de plus, consommable, dupliqué, cloné,
hors de toute histoire et de toute intimité ou sera-t-il toujours porté par le désir ?
Comment assumer le passage d’un corps de chair à un sujet désirant ?

Marty (2003), dans un article consacré à la parentalité, insiste sur une fonction 10
paternelle constitutive des places de chacun, la parole portée par le père
[9] Pour Bentata, s’avérant fondatrice  [9] , préexistant au sujet bien avant qu’il ne naisse. La
celui qui donne
l’origine. problématisation de la parentalité dépasse la question de la filiation et de la
procréation, comme le souligne Dumas (1999), l’enfant est autant conçu par les
paroles et les désirs partagés que dans un acte sexuel. Cette parole et ce désir
échangés rappellent que la parentalité est un processus qui s’effectue pour
chaque membre d’un couple se préparant à devenir parent. Cette parentalité,
[10] Selon le terme impulsant un travail psychique ou un « processus mental du devenir parent  [10] »,
proposé par Solis-
Ponton, 2001. se nourrit de l’histoire du sujet, se devant de réinterpréter ce que sa propre
famille lui a transmis et de renégocier ses identifications afin de pas être aliéné
[11] F. Marty par leur poids  [11] . C’est dire combien la parentalité est infiltrée de
(2003) rappelle
que parentalité représentations et de fantasmes inhérents à la sexualité et s’alimente des
peut se décliner...
figures parentales rencontrées sur la scène réelle (le placenta psychosocial selon
Solis-Ponton et Missonnier, 2002). Par ailleurs, la parentalité, d’après une
conception psychanalytique, se traduit par la relation d’objet favorisant les
interactions entre les parents et leur enfant, rappelant, selon les
enseignements de Lebovici, que la parentalisation va de pair avec la filiation.
C’est l’enfant qui fait advenir le parent, celui-ci en lui transmettant une partie
de son narcissisme primaire, lui assure le sentiment de se sentir exister. Solis-
Ponton (2001) souligne à ce propos que « l’enfant construit et parentalise ses
[12] L. Solis- parents en même temps qu’il se construit lui-même  [12] . » Le désir d’enfant
Ponton, « Sur la
notion de s’avère par conséquent préparatoire à ce cheminement en vue de passer du
parentalité
développée... statut « d’enfant de ses parents » à celui de « parent de son enfant ». Le fœtus
n’est pas seulement cette extension narcissique de la mère, celle-ci, au cours de
la grossesse, va progressivement élaborer son altérité, en s’appuyant sur le père
(conteneur et catalyseur d’angoisses) ce que Missonnier (2002) nomme les
« anticipations créatrices de l’altérité du nouveau-né ».
Ainsi, les interactions à plusieurs niveaux (« échanges interactifs projectifs »)
nourrissent-elles la parentalité et provoquent-elles des remaniements à la fois
chez l’enfant, dans le couple et pour chacun des membres du couple : « […] la
rencontre des deux psychés parentales va constituer un creuset
Webpagepdf.com
rencontre des deux psychés parentales va constituer un creuset
[13] S. Missonnier, représentationnel dans lequel l’enfant va psychiquement advenir  [13] ». Ces
« Parentalité et
grossesse, relations ont des fonctions d’apaisement (fonction sécurisante), de stimulation
devenir...
et de socialisation (Ochoa-Torres & Lelong, 2002) et sollicitent la capacité
d’attachement de l’enfant, base du lien affectif qu’il va entretenir avec ses
figures parentales. Cette période de projet d’enfant et d’attente d’enfant est
une étape faite de résurgences, à haut risque, le bébé pouvant prendre les traits
d’une menace alors qu’il est consciemment attendu et planifié : les parents
« sont envahis par les images conflictuelles et agressives du bébé qu’ils ont été
[14] M. Bydlowski, eux-mêmes et risquent de ressentir l’enfant actuel comme un persécuteur  [14] . » Il
Parenté
maternelle et est vécu comme déstabilisant une homéostasie conjugale, allant jusqu’à activer
parenté
paternelle,... des décompensations parentales (rencontre impossible et ajournée avec le bébé
du dedans ou du dehors).
Nous proposons à présent quelques illustrations des aléas et avatars du
processus de parentalité à travers des vignettes cliniques issues de
consultations psychologiques auprès de couples souffrant d’infertilité.

Clinique de l’infertilité

Quand l’AMP vire à l’acharnement

Aurélie est une jeune femme de 26 ans, nullipare, en couple avec Sébastien, 29 11
ans, depuis 5 ans. Elle s’est toujours imaginée, dans ses rêveries de petite fille,
puis d’adolescente, « mariée et maman avant 30 ans ». Mariés depuis trois ans, ils
sont en attente d’une grossesse. La première année « sans contraception », a été
vécue plutôt sereinement par Aurélie, bien que, dit-elle, « au bout de six mois
d’attente, la survenue des règles, chaque mois, a commencé à me peser ». Si bien
qu’avant la fin de la première année, Aurélie est allée consulter sa gynécologue,
« pour faire des tests ». La praticienne lui a alors prescrit des dosages hormonaux et
une échographie et l’a rassuré sur la survenue prochaine d’une grossesse. Les
examens se sont révélés normaux mais six mois plus tard, Aurélie est à nouveau
persuadée « d’avoir un problème ». Elle retourne voir sa gynécologue et lui
demande expressément des « examens complémentaires, plus poussés ». Le médecin
propose alors au couple de faire un test de Huner (test post-coïtal), qui révèle
qu’il n’y a pas de spermatozoïde dans la glaire. Dès lors, le couple commence une
démarche en centre spécialisé d’AMP, où nous les rencontrons. Les explorations
effectuées indiquent que Sébastien présente une Oligo-Asthéno-Tératospermie
(OATS) sévère, venant expliquer le test de Huner négatif et… l’absence de
grossesse. Le couple vit cette annonce « comme un choc, un vrai traumatisme ».
À partir de là, Aurélie a de plus en plus de mal à faire face aux grossesses qui
surviennent dans l’environnement : « je me sens jalouse, aigrie… je n’arrive pas à me
réjouir pour les autres, je trouve ça trop injuste ! ». Du coup, le couple s’isole de plus en
plus, évite de se confronter aux femmes enceintes et aux jeunes parents.
Sébastien, lui, culpabilise beaucoup « de ne pas pouvoir donner d’enfant à sa femme »
et de lui « imposer tous ces traitements ». Depuis un an, Aurélie et Sébastien
bénéficient en effet d’une prise en charge par FIV-ICSI. Ils ont déjà effectué
deux tentatives, sans succès. Lorsque nous rencontrons la jeune femme, à sa
demande, elle est à la fois extrêmement fragilisée et revendicative et se plaint
de « ne plus en pouvoir ». Sa vie tout entière, dit-elle « tourne autour des FIV ». Seuls
comptent les tentatives, les traitements, le nombre de follicules obtenus. Elle vit
la situation d’infertilité du couple comme son premier échec, mettant en péril
l’idéalisation de soi. La construction de son discours, le contrôle drastique et la
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l’idéalisation de soi. La construction de son discours, le contrôle drastique et la
rigidité des défenses psychiques nous font penser aux femmes infécondes
rencontrées par Faure-Pragier (1999), laquelle repère chez nombre d’entre elles
des névroses de caractère qui s’érigent en défense d’un noyau dépressif.
L’infertilité est vécue comme intolérable, activant un vécu de privation d’où la
complaisance et la nécessité à se livrer aux différents examens médicaux : « là, je
fais de mon mieux pour tout bien faire, les piqûres, le repos, les contrôles à l’hôpital… mais
ça ne marche pas quand même… ». Dans un second temps de la rencontre, Aurélie
avoue qu’elle continue à se sentir responsable de l’absence de grossesse : « le
problème de Sébastien, il est réglé avec l’ICSI. On a des embryons, mais ils ne veulent pas
s’accrocher en moi. C’est moi qui suis incapable de tomber enceinte. Je ne suis pas une vraie
femme. Je suis handicapée ». Les propos d’Aurélie envers elle-même sont très
violents et montrent l’ampleur du désastre narcissique. Elle dévoile dans son
discours l’image très réductrice qu’elle a d’elle-même et qui tourne autour d’un
corps objectalisé et surmédicalisé. Aurélie nous dit aussi qu’elle ne se sent plus
désirable, qu’elle s’interroge beaucoup sur sa féminité et n’arrive plus à accéder
à son propre désir, parce qu’elle se vit comme « abîmée et vide ». Le couple n’a plus
de sexualité depuis l’entrée en AMP. Lorsque nous proposons à Aurélie de la
rencontrer régulièrement, elle se montre très défensive et refuse d’emblée
toute forme de soutien psychologique : « je suis venue vous voir car je veux faire tout ce
qui est possible, on ne sait jamais, pour mettre toutes les chances de mon côté, mais au
fond, je sais bien que j’ai un problème dans mon corps, et pas dans ma tête ». Lorsque
nous interrogeons Aurélie sur son vécu des traitements, elle se recentre
immédiatement sur son objectif « avoir un enfant », sans prendre le temps ni
d’explorer ni d’évoquer son vécu subjectif, le déni entravant toute évocation de
la vie pulsionnelle au profit de l’action : « Cet enfant, je le veux, j’y ai droit, et je ferai
tout pour l’avoir… il reste encore deux FIV, et si ça marche pas, avec mon mari, on est prêt
à payer pour une 5ème ou même à partir à l’étranger. On ne peut pas rester sans enfant,
c’est pas possible… ». L’adoption, qu’Aurélie a évoquée spontanément un peu plus
tôt dans l’entretien, n’est finalement pas une solution envisageable pour elle :
« Ce ne serait pas mon enfant, je ne l’aurai pas porté, il ne me ressemblera pas… ». Pour
elle, le désir d’enfant (donner la vie et élever un enfant) n’est absolument pas
distingué du désir de grossesse en tant « qu’expérience de porter un enfant dans son
ventre, de vivre une gestation ». Tant qu’Aurélie n’a pas d’enfant, elle ne se vit pas
comme une femme, sans élaborer qu’il faut d’abord peut-être se sentir femme
pour pouvoir tomber enceinte… Ce qui fait écrire à Faure-Pragier (1999) « Ne
pouvant s’identifier à une mère qui serait une femme – une amante –, mes
[15] S. Faure- patientes veulent être mères pour cesser d’être filles  [15] (…) ». À l’issue de notre
Pragier, 1999. « Le
désir d’enfant rencontre, Aurélie exprimera du soulagement. Elle va même jusqu’à accepter
comme substitut...
une nouvelle rencontre avant le troisième essai, « ça va peut-être me porter
chance ! ».

Nous n’avons jamais revu Aurélie : elle n’est pas venue au rendez-vous fixé et 12
nous avons appris qu’elle avait décidé de faire les tentatives restantes dans un
autre centre « où les statistiques sont meilleures ». Confrontée à l’incertitude d’avoir
un jour un enfant biologique dans son couple, Aurélie est incapable d’élaborer
cette situation. Les défenses rigides, qu’elle érige pour lutter contre l’angoisse,
l’empêchent de vivre l’effondrement dépressif qui la guette et qu’elle tient à
distance par une attitude de maîtrise et de contrôle (illusoire) sur la situation.
Parviendra-t-elle finalement, à force d’acharnement, à obtenir cette grossesse
biologique tant attendue ? Pourra-t-elle, en cas d’échec, faire le deuil de cette
grossesse… ? Ces questions, non-élaborables à l’heure de notre rencontre,
restent ouvertes…

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Lorsque l’enfant précieux fait barrage à l’enfant réel :
le deuil impossible de l’enfant imaginaire

Karine et son conjoint Stéphane ont pour projet d’agrandir la famille. Parents (ô 13
combien heureux !) d’Hiroko, âgée de bientôt 2 ans, ils souhaitent lui donner
aujourd’hui une fratrie. Hiroko est née suite à deux tentatives de FIV-ICSI
effectuées avec des paillettes de sperme congelées de Stéphane. En effet, peu de
temps après la mise en couple, (avant même tout projet parental exprimé),
Stéphane découvre qu’il est atteint de la maladie de Hodgkin (ou lymphome de
Hodgkin – LH) et doit suivre quatre protocoles de chimiothérapie afin de
stabiliser son état. L’équipe soignante encourage Stéphane à congeler son
sperme avant le début du traitement en vue d’une éventuelle AMP ultérieure, ce
qu’il fait. Stéphane est aujourd’hui en rémission et se porte bien, mais il est
azoosperme, sans espoir de récupérer sa fertilité. Karine évoque l’époque de la
maladie et des traitements avec beaucoup d’émotion : « ce qui importait alors, et qui
était prioritaire sur le reste, c’était la santé de Stéphane. Le fait de fonder une famille, au
début, n’était pas à l’ordre du jour ». Cependant, les traitements par chimiothérapie
se sont étendus sur 4 longues années et, chemin faisant, le couple s’est mis à
« rêver d’un enfant » disent-ils. À l’issue du dernier protocole de chimiothérapie
(qui s’est révélé être le bon), le couple a entamé des démarches en AMP. Tous
deux semblent s’être montrés particulièrement résilients et courageux lors de
cette première démarche. Très confiants en la médecine, habitués à la prise en
charge hospitalière, ayant également, comme ils disent « appris à être patients »,
ils se sont inscrits dans le protocole avec beaucoup d’attentes mais sans
exigence ni impatience : « c’est déjà tellement bien de pouvoir essayer, après tout ça »
exprime Stéphane. Les bilans de Karine se sont révélés strictement normaux et
dit-elle : « mon gynécologue avait vraiment bon espoir et nous a vraiment donné
confiance ». La première tentative de FIV-ICSI n’a pas donné lieu à une grossesse,
mais le couple était psychologiquement préparé à rencontrer des échecs. Ils
parlent bien entendu de déception mais ont apparemment pu très vite investir
la suite de leur parcours. Le soutien de leurs proches a également aidé le couple à
garder confiance.

De fait, la deuxième tentative d’ICSI s’est soldée par une grossesse, qui a été 14
d’emblée investie par Karine, et de façon générale par le couple et leur famille,
comme « précieuse » : « c’est un petit miracle, cette vie qui surgit d’une paillette de
sperme, après toutes ces années d’incertitude et d’angoisse… ». Les 3 premiers mois de la
grossesse furent vécus avec beaucoup d’appréhension : « au début, c’est toujours
délicat, mais là, je faisais hyper attention à tout… ». Ce n’est qu’à l’issue du premier
trimestre que le couple s’est autorisé à « y croire vraiment et à se réjouir sans arrière-
pensée ». Ils ont voulu connaître le sexe de l’enfant dès que possible et dès lors,
leur vie s’est organisée autour de l’arrivée de leur « princesse ». Le jour de
l’accouchement, une césarienne a du être pratiquée d’urgence, car le bébé a fait
une réaction allergique à la péridurale : « Son cœur ralentissait, ralentissait », dit
Karine. « Ils m’ont emmenée au bloc, je ne me suis rendue compte de rien. Une heure
après mon réveil, j’ai pu prendre Hiroko dans mes bras. Mais je n’ai pas ressenti le coup de
foudre pour ma fille. Ma sœur m’avait raconté la bouffée d’amour qu’elle avait ressentie
quand on lui avait posé son fils sur le ventre après l’accouchement. Pour moi, il a fallu
d’abord que je la rencontre, que je la reconnaisse. J’ai eu besoin de temps pour me sentir
vraiment maman ».

Lors de cette rencontre, le couple a parlé longuement de leur fille, de leur 15


relation avec elle, du bonheur « complet » qu’ils éprouvent à la voir grandir, à Webpagepdf.com
relation avec elle, du bonheur « complet » qu’ils éprouvent à la voir grandir, à
habiter leur fonction de parents. Les mots de « miracle », de « trésor », de « cadeau
de la vie » reviennent souvent dans leurs propos. Les phrases qui clôturent
l’entretien sont riches en signification : « vous allez croire que je suis complètement
folle, obsédée par ma fille, mais c’est la vérité ! C’est notre centre, notre raison de
vivre… C’est tellement magique qu’elle puisse être là ».

Le désir d’un deuxième enfant ne pourra être abordé par Karine et Stéphane 16
que par rapport à Hiroko. C’est « pour lui donner un frère ou une sœur », « pour qu’elle
ait quelqu’un quand on ne sera plus là ». Le désir d’enfant s’est mué pour le couple en
« projet d’enfant », rationalisé et intellectualisé, justifié par rapport à leur fille.
Tous deux peuvent cependant se représenter l’échec de ce nouveau parcours :
« c’est plus pareil qu’avant, il y a Hiroko maintenant, on est parent. Si on en a un autre,
tant mieux, sinon, on ne s’acharnera pas ». Karine va même jusqu’à poser un cadre à ce
second parcours en AMP : « on fait deux tentatives et si ça vient pas, on arrêtera… ». Deux
tentatives, comme pour Hiroko… Le couple ne paraît cependant pas avoir
conscience de la répétition qui est ici à l’œuvre. Après ces années passées dans
l’angoisse de la maladie de Stéphane, ces mois à repousser le spectre de la mort
et à se préparer, plus ou moins consciemment, à renoncer à avoir un enfant,
l’AMP est venue relancer pour ce couple le moteur du désir de lutter activement
contre l’angoisse de mort et de perte.

La technique au secours de la reproduction a-t-elle mis à couvert les 17


mouvements psychiques internes de ce couple, l’ambivalence, le doute, voire la
« haine du fœtus » (Sirol, 2001) ? Après le spermatozoïde le plus véloce, le bébé
idéal puis, enfin, les parents les plus compétents ? Hiroko, paradigme de l’enfant
« précieux », car longtemps espéré, attendu et incertain, est vécue par Karine et
Stéphane comme un « cadeau du ciel qui vient les combler ». Mais aujourd’hui, leur
projet d’un deuxième enfant ressemble davantage à la « mise en perspective
d’un but conscient » (Stein, 2004) où la « pensée poétique » (ibid), le « rêve d’un
enfant » n’a pas de place. Le désir d’enfant, en termes d’investissement libidinal,
parait asséché, laminé par l’infinité du désir qui a été le leur avant la naissance
d’Hiroko.

Cette situation clinique interroge l’investissement possible d’un nouvel enfant, 18


l’attente d’une grossesse à venir chez des parents ayant insuffisamment fait le
deuil de l’enfant imaginaire et idéal, l’initiant et s’initiant progressivement au
travail de désillusion nécessaire et constitutif de l’individuation de chacun dans
une famille. Comment Hiroko peut-elle négocier de ne pas être seulement
surface des projections parentales enfermantes et accéder à une autonomie
psychique?
Malgré la technique, Hiroko l’enfant miracle laissera-t-elle suffisamment de
place dans la psyché de ses parents pour qu’ils puissent à nouveau « rêver » et
laisser l’AMP leur permettre d’accueillir un nouvel enfant ? Si nouvelle
grossesse, il y avait, ne serait-ce pas le risque ou la chance de s’ouvrir à
l’inattendu, à l’imprévu et de revisiter à quatre les chemins de la parentalité ?

Dorine ou de la nécessité d’interroger l’Autre-femme


pour devenir mère

Dorine a 32 ans quand nous la rencontrons la première fois. En couple avec 19


Hervé depuis six ans, elle souhaite une grossesse depuis ses 30 ans : « c’est
psychologique, le cap des 30 ans… avant, j’y pensais pas du tout, j’étais bien comme ça, je
me projetais pas.. ». Son compagnon âgé de 10 ans de plus qu’elle n’a jamais
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me projetais pas.. ». Son compagnon âgé de 10 ans de plus qu’elle n’a jamais
réellement eu de désir d’enfant : « Il dit que c’est trop de responsabilités, qu’on n’est
plus libre après, qu’on est coincé ». C’est donc Dorine qui porte le désir d’enfant dans
le couple, même si ce désir reste ambivalent : « parfois, je me demande s’il n’a pas
raison, si j’ai raison, moi, de m’acharner… ». L’infertilité du couple s’explique par un
spermogramme altéré chez Monsieur associé à une dysovulation majeure chez
Madame. Depuis 3 ans, le couple est dans une démarche d’AMP, initiée et
maintenue par Dorine. Le couple a commencé par bénéficier d’IAC en
ambulatoire, au cabinet du gynécologue. Dorine rapporte qu’Hervé était très
peu présent durant cette phase de traitements : « il ne se sentait pas concerné… une
fois, il a oublié de venir donner son sperme… ». Etrangement, cet investissement à
deux vitesses ne semble pas créer de véritable conflit au sein du couple. « c’est
moi qui veut un enfant, Hervé me suit pour me faire plaisir, mais lui, en fait, il serait bien
content qu’il n’y en ait jamais ». Ces propos, qui nous paraissent contenir une
certaine violence psychique, sont rapportés sereinement, sans trace de
souffrance apparente, sur un mode presque humoristique. Après cette première
rencontre, Dorine nous sollicitera régulièrement pour ce qu’elle appelle « des
rencontres de soutien psychologique ». La jeune femme apparaît dans un premier
temps comme très docile, assez effacée, l’absence d’affectivité ou plutôt la
maîtrise de ses émotions masquant en fait sa timidité et son manque de
confiance en elle. Responsable des Ressources Humaines d’une entreprise de sa
région, elle manage une équipe de 60 personnes et ne se sent pas toujours à
l’aise avec la question de l’autorité : « j’ai du mal à faire la part des choses… je suis là
pour commander mais, du coup, j’ai du mal à sortir de ce rôle de chef et à être moi-même ».
Durant nos rencontres ponctuelles, Dorine n’aborde que rarement son désir
d’enfant, sa démarche de FIV, et, de façon générale, ce que ça représente d’être
mère pour elle. Par contre, elle élabore un conflit lié au féminin (l’Autre-femme
[16] Ou la selon Sibony, 1991  [16] ou Lessana, 2000) et à la féminité comme enveloppe, comme
nécessaire étape
de la donné à voir. Très vite, elle exprime qu’elle « ne se sent pas femme ». Son rapport à
confrontation, de
l’affrontement... la féminité sera dès lors régulièrement interrogé à travers les figures de son
entourage : « ma mère est une enfant, une femme-enfant. C’est vrai qu’à la maison, c’est
mon père qui s’est toujours occupé de tout, même de nous… ». A un autre moment,
Dorine évoque aussi sa rivalité avec les autres femmes, et notamment avec sa
belle-sœur, l’épouse de son frère. La mise en mots de la rivalité favorise
l’introjection de traits identificatoires, nourrissant le moi de Dorine : « elle est
hyper féminine. Je la trouve belle, troublante même, des fois, et je ne sais pas si j’ai plus
envie de lui ressembler ou alors de la posséder, comme un homme ». Dans la parentalité,
« le passage par l’Autre-femme se montre nécessaire, à condition qu’il ne
[17] Mazoyer AV. s’encrypte pas dans l’idéalisation ou la détestation de cette figure  [17] . » Dorine
Psychologie de
l’identité féminine aura également l’occasion d’aborder ses relations amoureuses : « je n’ai pas vécu
au risque...
grand chose, en fait… je suis tombée amoureuse à 18 ans, on est resté ensemble 4 ans et puis
il m’a quitté. Je ne m’y attendais pas du tout, ça a été comme une trahison. Je me suis
vraiment sentie abandonnée, humiliée. Il avait rencontré quelqu’un d’autre. Une vraie
femme». Elle explique que suite à cette séparation, qui s’est avérée traumatique
pour elle, elle a raté sa 5ème année de droit, elle qui n’avait jamais rien raté : « Je
l’ai hyper mal vécu, comme une honte, d’ailleurs, ça reste très douloureux pour moi d’y
penser. Quand on me demande mon niveau, je dis toujours : niveau 5ème année de droit ».
Quatre ans plus tard, elle rencontre Hervé, mais ne vivra avec lui qu’assez
récemment : « il ne voulait pas, au début, il est très indépendant, il ne voulait pas
d’attache, pas d’entrave. Ca m’allait bien aussi.. » De façon contemporaine à nos
rencontres, trois tentatives de FIV ont été effectuées. Les deux premières n’ont
rien donné. Si le premier échec avait été vécu sans émotion apparente, avec
force de rationalisations défensives : « je m’y attendais, je ne sais pas pourquoi je
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force de rationalisations défensives : « je m’y attendais, je ne sais pas pourquoi je
m’entête, on est bien aussi, tous les deux », le second l’avait beaucoup ébranlé. Elle
avait déjà bien cheminé dans son rapport à la féminité, avait pu explorer sa
relation avec son compagnon, sa mère, sa belle-sœur. Certains remaniements
psychiques s’étaient produits, laissant plus de place au tiers dans la construction
de son histoire de vie : « je ne comprends pas ! Plus j’ai l’impression d’avancer, de me
connaitre, de savoir ce que je veux, de désirer cette grossesse, et moins ça marche (elle
n’avait alors obtenu qu’un embryon, au lieu des 3 de la 1ère fois). Pourtant je sens de plus en
plus que je suis une femme, que je peux être mère, une bonne mère. Il y a plein de choses qui
se passent en moi, mais ça, ça ne veut pas… ». Dorine a eu besoin de faire une pause
de 6 mois entre la 2ème et la 3ème tentative, six mois au cours desquels nous
avons continué à nous rencontrer ponctuellement, et où Dorine a pu continuer à
symboliser des bouts de son histoire et à assouplir ses défenses. Durant ces six
mois, Hervé est également devenu plus présent dans son discours : « il dit que ce
travail avec vous me fait du bien, que je change positivement. Il participe un peu plus à ce
qui touche la FIV, il me fait des piqûres, il participe plus… il dit toujours que c’est une
connerie de vouloir un enfant, que ce sera à moi de m’en occuper mais il est plus présent…».
Est-ce le cheminement psychique de Dorine, le rapprochement du couple dans
la démarche d’AMP ou le hasard… la troisième tentative a donné lieu à une
grossesse. Au début, Dorine annonce cette nouvelle sans aucune émotion,
froidement : « voilà, je suis enceinte ». Elle voulait se protéger, dit-elle, ne pas trop y
croire pour ne pas être déçue, au cas où. Au bout de quelques semaines, voyant
que la grossesse se poursuivait, Dorine a sollicité un rendez-vous « en urgence »
et s’est présentée avec des angoisses envahissantes sur le thème de l’anormalité.
Elle était alors envahie de fantasmes morbides d’enfant monstrueux, difforme,
handicapé. Elle oscillait entre des moments où elle se demandait si elle n’allait
pas avorter (on était alors déjà presque à la fin du 3ème mois) et d’autres où elle
pouvait dire : « je suis si heureuse d’être enfin enceinte, je le sens en moi, je lui parle ».
Dorine en est aujourd’hui à son 8ème mois de grossesse, nous l’avons revu
récemment, elle investit sa grossesse comme une chance d’exprimer sa
féminité. Ses angoisses autour de l’anormalité du bébé ont presque
complètement disparu : « parfois, ça vient, comme ça, et puis ça s’en va… peut-être que
ça arrive à toutes les femmes enceintes… ». Elle s’affilie désormais beaucoup plus
facilement à la communauté des femmes, des mères, ne marquant plus de
différence entre elle et « les autres ». Hervé dit-elle « attend lui aussi l’arrivée du bébé
avec impatience, on est très proches, on parle beaucoup du moment où il sera là… ». Lors
de cette dernière rencontre, Dorine nous confie qu’elle s’inquiète désormais de
sa façon de (sur ?)investir son enfant : « j’ai beaucoup attendu, énormément douté, j’ai
eu du mal à me dire que c’était là, finalement, que ça m’arrivait à moi et du coup… ben j’ai
peur de devenir hyper protectrice, étouffante, trop fusionnelle… ». Exprimer les risques
de la relation mère-enfant est déjà une étape dans le travail de la parentalité,
qui sera poursuivi avec l’arrivée de ce bébé, par la présence et le rôle catalyseur
de ce papa, qui semble aussi avoir traversé une crise masculine parentale.

L’adoption : une parentalité venue d’ailleurs

Christine ou le désir d’adopter comme un choix de vie

Christine et Christian ont été rencontrés une première fois lors de la prise en 20
charge de l’infertilité (mixte) du couple par IAC. D’emblée, Madame annonce
qu’ils sont dans une démarche d’adoption et qu’ils ont déjà obtenu l’agrément.
Parallèlement à la démarche d’adoption, le couple s’engage aussi dans une
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Parallèlement à la démarche d’adoption, le couple s’engage aussi dans une
démarche d’AMP : « On est d’accord sur ça, sur l’importance pour nous d’élever plusieurs
enfants, biologiques ou pas ». De fait, le projet parental du couple s’est inscrit dans
cette double démarche : au moment où Christine a arrêté la contraception, ils
ont constitué un dossier de demande d’agrément : « on s’était bien dit que tout
pourrait arriver en même temps, mais ça ne nous faisait pas peur… on savait que
l’adoption, c’est toujours très long, et on imaginait quand même que la grossesse arriverait
avant ! ». Après quelques cycles sans grossesse, Christine a consulté sa
gynécologue : « je m’étais toujours dit que quand ce serait le moment, ça irait très vite…
du coup, je voulais vérifier que tout allait bien ». Finalement, quelques mois plus tard,
et suite à divers examens, tant féminins que masculins, il s’est avéré que
Christine présente une dysovulation sévère et Christian une asthénospermie
modérée et une tératospermie marquée : une indication d’IAC est donc posée,
qui est très bien acceptée par le couple, sans blessure narcissique patente : « c’est
une aide, un coup de pouce puisqu’on a du mal tous les deux… c’est pas ça qui va nous
arrêter ! ». Dans le discours du couple, les deux parcours (adoption et AMP) sont
également investis, mais cependant bien différenciés : « ce qu’on aimerait
vraiment, c’est que les deux puissent aboutir ». Christine nous confie un peu plus tard
dans l’entretien que depuis l’adolescence, elle se voit maman, à la tête d’une
tribu d’enfants « blonds, bruns, black ou asiatiques… des enfants de toutes les
couleurs ! ». De son côté, Christian a très vite partagé le désir d’adoption de
Christine car dit-il « je sais très bien ce que c’est, mes parents ont adopté mon petit frère
au Brésil et ça c’est super bien passé. Il n’y a aucune différence entre nous (on est 4 frères),
et même, c’est peut-être de lui dont je suis le plus proche… peut-être parce que j’étais le petit
dernier et que grâce à lui, je suis devenu grand frère et que j’adore ce rôle… ». La première
rencontre avec ce couple nous laisse donc penser que le désir d’enfant est bien
élaboré pour Christine et Christian, et que la situation d’infertilité n’entraîne
pas de souffrance psychologique invalidante. Par ailleurs, tous deux témoignent
de ressources psychiques de qualité et leur aménagement défensif parait
opérant, souple et adaptatif. L’adoption n’est pas une solution investie face à la
blessure qu’aurait causé l’infertilité, cette dernière étant plutôt bien acceptée.
De fait la parentalité ne semble pas ici altérée par ce diagnostic. Ces patients
semblent croire en leurs compétences qui sauront être activées par l’enfant
porté ou non dans le corps, mais indéniablement attendu et imaginé. Dans le
discours, aucune trace d’une place de sauveur ni d’idéalisation à outrance de leur
démarche d’adoptant. Celle-ci n’est pas le palliatif d’une souffrance liée à
l’infertilité, qui se trouverait contre-investie par l’adoption. Nous rencontrons à
nouveau le couple deux ans plus tard. Christine et Christian racontent alors à
deux voix les années écoulées. Suite à deux IAC, une grossesse s’est présentée,
qui a été accueillie avec beaucoup de joie de la part du couple et de leurs proches
et vécue sereinement. A deux mois de grossesse, le couple apprend qu’il peut
adopter deux enfants. Les petits garçons, jumeaux d’origine vietnamienne, ont
perdu leur mère biologique décédée lors de l’accouchement et n’ont pas
d’ascendance connue. Le couple se retrouve donc, presque simultanément,
parents de 3 enfants : la petite Lise, qui a aujourd’hui presque un an et les
garçons, qu’ils sont allés chercher au Vietnam lors du 5ème mois de grossesse :
« on a vécu un mois là-bas, on allait les voir tous les jours… ils ont pu vivre eux aussi la
grossesse et se préparer à l’arrivée prochaine d’un bébé» dit Christine. Tous deux
gardent en effet un souvenir émerveillé de cette période où ils ont découvert la
parentalité « sous toutes ses formes ». Le couple a cependant vécu un « retour à la
réalité » après l’accouchement : « c’est vrai que là, c’était un peu dur… la fatigue, Lise qui
pleurait beaucoup et puis les garçons qui avaient énormément besoin de nous aussi… on
était épuisé ! Mais on s’en est sorti, on s’est organisé et au final, on est comblé ! ». On
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pourrait donc imaginer que leur désir d’enfants avait trouvé là à se satisfaire.
Cependant, le couple revient vers nous aujourd’hui pour reprendre un parcours
d’IAC : « on y tient, à notre petit dernier ! Quatre enfants, c’est comme un idéal pour nous
et on aimerait qu’ils soient proches, qu’ils puissent partager plein de choses…» Tous deux
se montrent très réalistes par rapport à ce deuxième parcours : « le
spermogramme ne s’est pas arrangé et mes cycles sont toujours aussi longs et capricieux
dit Christine, mais si on a une petite chance de revivre ça, on ne veut pas passer à côté… ».
Couple harmonieux, parents heureux et patients sereins, Christine et Christian
témoignent d’un équilibre psychologique indéniable et attestent que la
parentalité peut emprunter bien des chemins pour advenir et devenir, lorsqu’il
existe une véritable disponibilité psychique et que la symbolisation est à
l’œuvre.

Discussion

Ces situations cliniques autour de l’attente de l’enfant espéré et craint -malgré 21


une conception qui se fait attendre- montrent combien l’enfant imaginaire
occupe une place prépondérante dans le psychisme parental, sollicitant les
conflits non résolus (la question de la féminité, l’abandon d’une position
phallique pour se vivre comme contenant) et activant des projections plus ou
moins aliénantes. L’attente d’un enfant s’avère préparatoire au travail du tiers
qui vient moduler la relation à l’autre (le conjoint mais aussi aux différentes
imagos issues de l’enfance), elle facilite l’indépendance émotionnelle face aux
représentations parentales et soutient la capacité de mentalisation. L’accès à la
parentalité active une situation de crise, de deuil qui ne se dit pas mais qui se vit
dans la détresse de renoncer à l’infantile dans l’objectif d’accueillir un enfant
qui ne soit pas seulement duplication du même. L’infanticide imaginaire est
une étape pacificatrice de la violence intrafamiliale qui, sinon, grèverait les
relations parents-enfant : on voit combien ce double deuil de l’enfant idéal et du
parent merveilleux, non effectué, peut expliquer le recours aux passages à l’acte
violents (champ de la maltraitance) et l’irruption de l’agir dans le réel (Roman,
1996). Cependant, quels destins pour l’infanticide imaginaire dans des
situations de parentalité véhiculant socialement des représentations idéalisées
comme l’adoption ? L’enfant, par sa réalité et par sa souffrance, renforcée par
l’insu de son histoire, ce reste en manque de symbolisation, peut parfois
compulsivement tenter de répéter l’abandon qui a été le sien, ce dont
témoignent les prises en charge éducatives et les placements d’enfants
[18] Nombre adoptés  [18] . Cette violence dans les relations familiales serait le signe d’un échec
d’adolescents
adoptés et placés d’élaboration psychique du lien de filiation, le signe de l’impossibilité à faire une
tardivement...
place (réelle, imaginaire et symbolique) à l’enfant adopté et tenterait, par cette
expression pathologique, de mettre à distance le risque incestueux (Roman,
2003). Ce deuil de l’idéalisation est aussi à faire dans nos institutions accueillant
des sujets en mal d’enfant, les professionnels évoluant entre deux risques, d’un
côté l’omnipotence médicale, de l’autre la croyance en une compétence
parentale innée.

Conclusion

Nous souhaitons conclure sur la place et la fonction singulières du psychologue 22


en AMP, qui ne se limitent pas à la seule résolution d’éventuels conflits
psychiques chez des sujets dont l’infertilité reste inexpliquée. L’infertilité (et
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psychiques chez des sujets dont l’infertilité reste inexpliquée. L’infertilité (et
ses traitements) ont en effet des conséquences psychologiques, relationnelles et
sexuelles qui viennent affecter différemment les hommes et les femmes,
sachant que ce contexte comporte par ailleurs très souvent une dimension de
culpabilité face à ce que l’on ressent comme un « crime d’infertilité » : homme ou
femme, porteur ou non de l’infertilité, se sent coupable envers soi mais aussi à
l’égard de son conjoint ou de sa famille, à qui l’on « doit » un enfant. Il s’agit en
tant que psychologue en AMP, d’accueillir, d’entendre et de valider une
souffrance psychique souvent aiguë, qui faute d’être exprimée et entendue,
peut donner lieu à d’authentiques troubles dépressifs et/ou anxieux. En tant
que psychologues cliniciens dans un service d’AMP, il nous paraît donc
indispensable de proposer un espace d’écoute et d’élaboration psychique de
cette souffrance toujours singulière, afin que le vécu émotionnel puisse être pris
en compte et intégré. La consultation psychologique de couple peut par exemple
favoriser un échange interactif qui améliore et rétablit la communication entre
les conjoints, aider à recharger de libido cette union où l’infertilité puis les
traitements viennent perturber l’intimité de la relation. L’accompagnement
psychologique durant les protocoles peut aussi faciliter l’interaction entre les
futurs parents et l’enfant, si le désir d’enfant finit par se concrétiser par une
grossesse, voire par une adoption. La pratique du psychologue en AMP ne se
cantonne donc pas au seul champ de l’infertilité car la rencontre avec le clinicien
initie les prémisses de questionnements liés à l’histoire personnelle, à l’histoire
du couple ou à la parentalité. Enfin, la consultation psychologique avec ces
couples permet de repérer d’éventuelles fragilités ou vulnérabilités, qu’il s’agira
de contenir et de soutenir durant le parcours AMP mais il s’agit aussi de repérer
des mouvements psychiques favorisant de nécessaires remaniements :
assouplissement des défenses, capacité associative, ouverture à soi et à autrui.
De façon très large, le psychologue sensibilise ces sujets en souffrance à l’écoute
de leur vie psychique et les rend désirants alors même que le désir d’enfant et le
désir conjugal sont abîmés par la lourdeur des démarches médicales et des
interventions.

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Notes
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Notes

[1] Psychologue clinicienne, Centre d’assistance médicale à la procréation (APM)- Pôle


Femme Mère Couple- Hôpital Paule de Viguier, Maître de conférences, Université
Toulouse II Le Mirail, Laboratoire LCPI. bourdet@univ-tlse2.fr.

[2] Psychologue clinicienne, Maître de conférences, Université Toulouse II Le Mirail,


Laboratoire LCPI. mazoyer@univ-tlse2.fr.

[3] Fécondation in-Vitro avec Injection Intra Cytoplasmique

[4] Les naissances sous AMP représentent 2 à 3% des naissances en France

[5] Beck repris par Eid, In La revue du Redif, 2008, vol.1, p.41-47.

[6] Selon eux (1993), la parentalité désigne les processus psychopathologiques décrits dans
l’interaction parents-enfant, renvoyant à la fois à l’identification projective et au conflit
narcissique.

[7] L’effacement de la marque paternelle peut renvoyer au droit récent donnant la


possibilité pour des enfants de porter le nom de leur mère (en fait du père de la mère).

[8] D. Houzel, « Les enjeux de la parentalité », in L. Solis-Ponton (Ed). La parentalité, Paris,


PUF, le fil rouge, 2002, 61-70, citation p.70.

[9] Pour Bentata, celui qui donne l’origine.

[10] Selon le terme proposé par Solis-Ponton, 2001.

[11] F. Marty (2003) rappelle que parentalité peut se décliner en maternalité et paternalité,
reprenant les concepts de Racamier (1961).

[12] L. Solis-Ponton, « Sur la notion de parentalité développée par Serge Lebovici », In : Ben
P. Soussan & S. Missonnier (Eds). En Serge Lebovici, le bébé, Spirale 2001/1 (no 17), 135-
141, citation p. 141.

[13] S. Missonnier, « Parentalité et grossesse, devenir mère, devenir père », in L. Solis-


Ponton (Ed). La parentalité, Paris, PUF, le fil rouge, 2002, 157-172, citation p.161.

[14] M. Bydlowski, Parenté maternelle et parenté paternelle, citation p.41.

[15] S. Faure-Pragier, 1999. « Le désir d’enfant comme substitut du pénis manquant », In


Clés pour le féminin, Femme, mère, enfant, Paris, PUF, Débats de psychanalyse, 2007, 41-
55.

[16] Ou la nécessaire étape de la confrontation, de l’affrontement et de la déprise d’une


figure idéalisante féminine, qui veut garder pour elle les secrets du féminin, qu’il lui
faut ravir.

[17] Mazoyer AV. Psychologie de l’identité féminine au risque de la création littéraire,


Thèse de doctorat, soutenue publiquement le 10/12/05, sous la direction de J-P
Martineau, Université P.Valéry, Montpellier III, Département de psychologie, option :
Psychologie clinique, Psychopathologie, Psychanalyse, citation p.3.

[18] Nombre d’adolescents adoptés et placés tardivement en établissements sociaux livrent


par exemple en entretien : « j’ai été adoptée trop tard, j’avais déjà 6 ans » ou « quand j’ai
vu mon père la première fois, je me suis mis à pleurer » ou encore les dires de parents
adoptants : « je suis sûre qu’il a été abandonné parce qu’ils (sic) avaient déjà vu qu’il
avait un problème et le service d’adoption nous l’a caché ».

Résumé

Français La souffrance des couples « en mal d’enfant », les difficultés du parcours thérapeutique et la
construction de la parentalité dans ces situations inédites sont éclairées par une
présentation de situations cliniques rencontrées dans un service d’Aide Médicale à la
Procréation (AMP). Les auteurs évoquent par exemple la demande d’un enfant « coûte que
coûte », l’idéalisation de l’enfant issu de l’AMP ou encore le choix de l’adoption.

Mots-clés aide médicale à la procréation (AMP) adoption infertilité parentalité

Infertility as the Analyser of Parenthood Webpagepdf.com


English Infertility as the Analyser of Parenthood
The suffering of couples “pining for children”, the difficulties along the therapeutic journey
and the construction of parenthood in these new situations are enlightened by a
presentation of clinical situations encountered during a mission with Medical Assistance
to Procreation (MAP). The authors describe, for example, a “whatever it costs” demand for
a child, the idealized image of a child born as a result of MAP and also the choice of
adoption.

Keywords adoption infertility medical assistance to procreation (MAP) parenting

Plan de l'article

Naissance de, naissance par, l’enfant


Clinique de l’infertilité
Quand l’AMP vire à l’acharnement
Lorsque l’enfant précieux fait barrage à l’enfant réel : le deuil impossible de l’enfant
imaginaire
Dorine ou de la nécessité d’interroger l’Autre-femme pour devenir mère
L’adoption : une parentalité venue d’ailleurs
Christine ou le désir d’adopter comme un choix de vie
Discussion
Conclusion

Pour citer cet article


Bourdet-Loubère Sylvie, Mazoyer Anne-Valérie, « L'infertilité comme analyseur de
la parentalité », Cahiers de psychologie clinique, 2/2011 (n° 37), p. 123-147.

URL : http://www.cairn.info/revue-cahiers-de-psychologie-clinique-2011-2-page-
123.htm
DOI : 10.3917/cpc.037.0123

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