Vous êtes sur la page 1sur 2

recherche

Propulsion aéronautique
moins de polluants
A l’Ensma, le laboratoire de combustion et de détonique du CNRS
s’intéresse à l’amélioration des systèmes propulsifs des avions, des
fusées et des voitures

Par Philippe Quintard Photos Sébastien Laval

Quatre thèmes de recherche sont développés, au sein


de ce laboratoire, dans le cadre de commandes ou de
programmes de recherche européens : la propulsion
des transports terrestres et les problèmes de combus-
tion interne, l’aérodynamique des TGV et les phé-
nomènes provoqués par le passage des TGV dans les
tunnels, l’aéronautique et l’amélioration des systè-
mes propulsifs, ainsi que le spatial et la définition de
nouveaux propulseurs qui équiperont les appareils
de demain.

LES SYSTÈMES QUI ÉQUIPERONT LES


AVIONS HYPERSONIQUES DU FUTUR

Le laboratoire de combustion et de détonique se dis-


tingue des laboratoires nationaux et européens par les
domaines principaux sur lesquels il travaille : le re-
froidissement «pariétal», la combustion supersoni-
que, subsonique, hypersonique et la détonation.
«Nous cherchons à améliorer les systèmes propul-
sifs existant dans l’aéronautique – avions de ligne,
supersoniques, moteurs-fusées – et les systèmes qui
équiperont les avions hypersoniques du futur, expli-
que Bruno Deshaies, directeur de recherches. Pour
les moteurs existants, nous avons deux objectifs prin-
cipaux : augmenter le rendement et réduire les pol-
lutions associées à la combustion, en conformité avec
les nouvelles directives européennes.» Cette recher-
Ci-dessus, soufflerie Thalie (hautes températures : che s’inscrit dans le cadre du programme européen
1 200° C, moyennes pressions : 7 bar) destinée à l’étude
des couches pariétales de refroidissement. Low Nox Technology, destiné à développer des sys-
tèmes de propulsion réduisant au maximum le taux
de pollution en oxyde d’azote. Des études sont réali-
« e plus en plus, les industriels se tournent vers sées sur la diminution des films d’air pariétaux, né-

D l’Université pour trouver des pôles externes


de recherche. Car avant de développer un
nouveau produit, ils doivent essayer diffé-
rents concepts, fabriquer de nouvelles formules», ex-
plique Bruno Deshaies, directeur de recherches au CNRS,
cessaires au refroidissement des parois des chambres
à combustion : de l’air injecté dans la chambre de
combustion, à travers la paroi, va créer, sur sa face
interne, une mince couche d’air qui isole la combus-
tion de la paroi.
responsable de l’équipe «combustion et turbulence» «Il y a dans l’air que l’on utilise comme support éner-
du laboratoire de combustion et détonique. gétique une partie d’azote. Quand le moteur monte

18 L’Actualité Poitou-Charentes – Hors série mai 2000


Du carburant
à la postcombustion
Le laboratoire de catalyse développe une recherche globale dans
le traitement des polluants des transports terrestres et dans la mise
en œuvre de nouvelles sources d’énergie

«Nous avons au sein de l’Université de Poitiers du transport, l’un des gros investissements sera
deux pôles de recherche importants, les labora- l’acquisition d’un banc moteur, qui permettra de
toires des sciences pour l’ingénieur et le labora- tester les formules concernant la postcombus-
toire de chimie constitués de personnes ayant tion, aussi bien sur le véhicule thermique que sur
des compétences reconnues au niveau national le véhicule hybride. Depuis dix ans, le labora-
Bruno Deshaies et international, qui donnent une légitimité au toire de catalyse travaille sur ce domaine. «Nous
programme transversal du transport, souligne avons pu identifier des phases actives, capables
à très haute température, cet azote va se Jacques Barbier, directeur du laboratoire de chi- d’éliminer les polluants des gaz d’échappement
décomposer et se recombiner avec une mie organique de l’Université de Poitiers et de synthèse réalisés en laboratoire, qui étaient
partie de l’oxygène pour former des oxy- conseiller scientifique pour Renault. Nous vou- remarquables dans les conditions d’expérien-
des d’azote (les Nox), très polluants et lons développer une recherche globale de toute ces. Mais après, il faut savoir si cette formule
très dangereux, qui seront rejetés dans la ligne carburant, moteur, postcombustion.» fonctionne en conditions réelles.»
l’atmosphère. Nous essayons donc par la La composition du carburant va jouer sur la Par ailleurs, deux équipes du laboratoire de
réduction de cet air pariétal de diminuer nature des polluants rejetés par les gaz d’échap- catalyse travaillent sur la nature du carburant.
la production de polluants.» pement. Le réglage du moteur va diminuer ou La première équipe dirigée par Guy Pérot réalise
augmenter dans la chambre à combustion les des expériences d’hydrotraitement qui consis-
L’équipe de Bruno Deshaies développe
imbrûlés rejetés. Le pot catalytique doit s’adap- tent à faire la coupure des liaisons carbone/
des modèles numériques destinés à la con-
ter au carburant et au moteur de façon à éliminer
ception de chambres de combustion pré- tous les polluants et ne laisser sortir que le
sentant les performances optimales au ni- dioxyde de carbone et l’eau. «Nous avons la
veau rendement et pollution. Des essais chance à Poitiers d’avoir le plus gros labora-
sont également réalisés dans une souffle- toire de catalyse de France, axé sur deux appro-
rie pour l’étude des couches pariétales de ches : une approche catalyse et environnement,
refroidissement (voir photo). qui concerne le post-traitement des gaz de com-
La Snecma, qui possède son propre banc bustion, c’est-à-dire la mise au point de pots
d’essais, a décidé de sous-traiter ces ex- catalytiques, et l’approche catalyse et énergie,
périmentations au laboratoire de Poitiers. avec l’idée de faire des carburants moins pol-
Le banc d’études et d’essais des couches luants, de développer de nouvelles sources
d’énergie comme la pile à combustible.»
pariétales du laboratoire pourrait être
Des programmes de recherche qui s’inscrivent,
redimensionné et complété dans le cadre
en partie, dans le projet Cereveh. «Poitiers va
d’un financement associé au 12 e contrat véritablement prendre une option sur le véhi-
de plan Etat-Région. Ce banc d’essais per- cule hybride, et je suis persuadé que ce sera le
mettra de recréer les conditions qui sont véhicule de l’avenir», précise Jacques Barbier
Bruno Veysset

celles d’un moteur d’avion. qui préside le comité scientifique du Cereveh.


Dans le cadre d’un groupement de re- Ce véhicule est la combinaison de deux sources
cherche associant le CNRS, le Centre na- d’énergie : électrique pour les trajets en ville et
tional d’études spatiales et la Société thermique pour les longs déplacements – qui soufre et carbone/azote de façon à éliminer le
européenne de propulsion, l’équipe s’in- permet en même temps de recharger la batterie soufre et l’azote du carburant qui sera injecté
téresse aussi aux moteurs-fusées et, en électrique. Toutes les formes d’hybridation sont dans la chambre de combustion. Ces recherches
particulier, aux moteurs cryotechniques possibles, petit moteur et grosse batterie ou sont menées en collaboration avec Elf Total
encore batterie et pile à combustible. Fina et l’Institut français du pétrole. L’autre
qui équipent certains étages d’Ariane.
«Cette hybridation remet en question à peu près équipe, dirigée par Michel Guisnet, s’intéresse à
Elle étudie les aspects liés à la combus-
tout ce que l’on savait sur le réglage des moteurs la reformulation des carburants, en particulier
tion de l’hydrogène et de l’oxygène à très et sur le traitement des gaz d’échappement. Car sur toutes les réactions qui vont permettre d’aug-
basse température. le moteur ne tourne plus comme dans nos véhi- menter l’indice d’octane des essences et de
En outre, un programme national sur le cules classiques en régime constant, mais en cétane des gazoles (qui définissent la qualité des
supersonique, où le laboratoire sera par- régime transitoire, passant d’un mélange pau- carburants). Ces recherches ont également pour
tie prenante, devrait démarrer au prin- vre à un mélange riche.» C’est la raison pour but de réduire les composés aromatiques très
temps 2000. ■ laquelle, dans ce programme interdisciplinaire dommageables pour l’environnement. Ph. Q. ■

L’Actualité Poitou-Charentes – Hors série mai 2000 19