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République du Bénin

…………..
Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique
…………..
Université d’Abomey Calavi

Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature

OPTION FILIERE
Administration Générale Diplomatie et Relations
Internationales (DRI)

Promotion : 2001-2004 ( XX ème )

MEMOIRE DE FIN DE FORMATION


CYCLE I

Thème :

LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU


SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES

Réalisé et soutenu par : Sous la direction de :

Ylliass Destin LAWANI Athanase Johanès TOUDONOU


Professeur à l’ENAM

Décembre 2004
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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L’ECOLE NATIONALE D’ADMINISTRATION ET DE


MAGISTRATURE DU BENIN N’ENTEND DONNER
AUCUNE APPROBATION NI IMPROBATION AUX
OPINIONS EMISES DANS LE PRESENT MEMOIRE.
ELLES DOIVENT ETRE CONSIDEREES COMME
PROPRES À SON AUTEUR.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Dédicace
Je dédie le présent mémoire,

Au ciel qui sait pourvoir en toute chose et sans qui rien n’est possible. Votre
lumière m’a illuminé et m’a donné la force de ne jamais désespérer malgré les
nombreuses difficultés et souffrances.
A mon père, Joseph S. LAWANI. Dès le moment où j’ai vu le jour, tu m’as
soutenu sans relâche et m’as donné ce que j’ai de plus précieux : l’honnêteté et
la fierté dans le travail bien fait.
A ma mère, Marie Madeleine MOUZOUNVI, pour m’avoir donné la vie, la
protection, l’éducation.
A mes frères et sœurs, pour leur indéfectible soutien. Vous êtes la fraîcheur qui
adoucit ma vie.
A mes oncles, tantes, cousins, cousines…
A ma petite mère, Mme Alidjennatou ALIOU EMMANUEL dont l’attention, la
compréhension et le soutien ne m’ont jamais fait défaut.
A mon frère ami et oncle, Wahidi BELLO, qui a fait le pari de croire en moi.
A toute la communauté GLOBE du Bénin pour avoir éveillé en moi la curiosité
scientifique et m’avoir permis de m’exprimer.
A la mémoire de mon compagnon de lutte, Manuello KOUDOGBO, avec qui je
rêvais d’un monde meilleur, toujours possible.
A Alima, Célia, Estelle, Fanta, Ida, Karelle, Linotte, Marlène et Raynatou, puis
Angelo, Aubin, Auréanaud, Cyrille, Dramane, Eusèbe, Falilou, Freud, Ghislain,
Serge et Yannick, mes camarades de classe. XXème Promotion de Diplomates
formés à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature, nous avons la
lourde mission de réussir notre carrière.
Enfin à tous ceux qui œuvrent d’une manière ou d’une autre pour une Afrique
débarrassée du fléau du mercenariat et de la guerre…

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Remerciements
Je ne saurais dresser la liste exhaustive de toutes les personnes qui ont
contribué de diverses manières à la réalisation du présent mémoire. Que chacune
d’elles reçoive ici le témoignage de ma profonde gratitude.
Mes remerciements vont expressément :

A mon maître de mémoire, Monsieur Athanase Johanès TOUDONOU qui,


malgré ses multiples occupations, a bien voulu accepter de superviser ce
travail.
A tous les enseignants de l’ENAM, plus particulièrement Messieurs Michel
HOUNDJAHOUE, Alphonse da SILVA, Noël GBAGUIDI, Rogatien
BIAOU, Epiphane SOHOUENOU, Théodore LOKO, Raymond DOSSA,
Roger DOSSOU-YOVO, Samson DOSOUMON, Gilles YEKPON…, pour
cette noble tâche qu’ils ont bien voulu assumer. Qu’ils veuillent bien
accepter cette reconnaissance de notre part pour les efforts incessants
fournis afin de faire reculer les barrières de notre ignorance intellectuelle.
Aux membres du jury pour l’objectivité de l’appréciation qu’ils porteront
sur ce modeste travail, en gardant certainement à l’esprit qu’il est le fait
d’un élève encore balbutiant sur le chemin du savoir.
A l’ensemble du personnel du Ministère des Affaires Etrangères et de
l’Intégration Africaine pour l’attention qu’il nous a consacrée au cours de
notre stage pratique et de nos recherches, notamment :
• Monsieur Rogatien BIAOU, Ministre ;
• Monsieur Raphaël C. Mensah, Directeur de la Coopération
Décentralisée et de l’Action Humanitaire ;
• Monsieur Théodore AHIMAKIN, Directeur Afrique et Moyen
Orient ;
• Monsieur Ruphin LISSASSI, Directeur de l’intégration
Africaine ;

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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• Monsieur Thomas ADOUMASSE, Directeur des Organisations


Internationales ;
• Léopold TAKPONON, Directeur Adjoint de la Planification et de
la Prospective ;
• Les chaleureux personnels de la DICODAH et de la DAMO dont
la collaboration et la disponibilité m’ont été d’un grand secours ;

Aux différentes personnes contactées lors de mes recherches sur Internet


et dont les informations m’ont été d’une grande importance tout au long de
l’élaboration du présent travail. Il s’agit de :
• Cristina Giordano, Responsable de la Bibliothèque des Nations
Unies à Genève ;
• Luc Dalens de l’Université Laval au Canada et l’un des
concepteurs du site http://etudiants.fsa.ulaval.ca/projet/gie-
64375/mercenaires/accueil.htm
• David Hornus, Directeur commercial de SECOPEX, première
Société Militaire Privée française revendiquant cette appellation.
A toutes les personnes rencontrées lors de la réalisation de ce mémoire.
A tout le personnel Administratif de l’ENAM pour la qualité de la
formation reçue.
A Nadia DJIKPETO, Raynatou HAMIDOU, Léopoldine MEHOUELLEY
MIGAN, Roukiatou MORA, Bérénice et Sylviane SERO, Ira
SOHOUNHLOUE, Raymond NATO et Frank YEHOUESSI, pour leur
soutien et leur aide.
A tous mes amis, Jean Paul, Olivier, Victor, Rhylwann……..

A tous ceux que j’ai oublié,


Qu’ils ne m’en tiennent pas rigueur.
A tous ceux qui ont cru en moi
Et à tous ceux qui ont douté de moi

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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sigles, acronymes et abréviations

SIS Sociétés Internationales de Sécurité

ONU Organisation des Nations Unies

OUA Organisation de l’Unité Africaine

OMP Opérations de Maintien de la Paix

UA Union Africaine

CEDEAO Communauté économique des États de l'Afrique de l'ouest

ECOMOG ECOWAS Cease-Fire Monitoring Group (Groupe de la


CEDEAO chargé du contrôle et de la mise en oeuvre du
cessez-le-feu)

PCASED Programme de Coordination et d’Assistance pour la Sécurité


et le Développement

CPS Conseil de Paix et de Sécurité

PNUD Programme des Nations Unis pour le Développement

ALPC Armes Légères et de Petit Calibre

DSL Defence Systems Limited

CRG Control Risks Group Ltd.

Gurkhas Gurkha Security Guards, Ltd.

OING Organisation Internationale Non Gouvernementale

MPRI Military Professional Ressources Inc.

UM Union Minière

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Sommaire

INTRODUCTION GENERALE

Première partie : DU MERCENARIAT CLASSIQUE AUX


SOCIETES
INTERNATIONALES DE SECURITE (SIS).

Chapitre I : Le mercenariat classique.

Section 1 : Historique, formes et manifestations en


Afrique au sud du Sahara.

Section 2 : Le libéralisme anglo-saxon face à


l’intransigeance de l’ONU et de la France, dans
la manière d’appréhender le mercenariat.

Chapitre II : Les Sociétés Internationales de


sécurité, nouveau cadre d’évolution
du mercenariat.

Section 1 : Causes et conditions d’émergence du


marché des Sociétés Internationales de
Sécurité en Afrique noire.

Section 2 : Nature des relations entre les Etats et les


Sociétés Internationales de Sécurité.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Deuxième partie : LA REPRESSION JURIDIQUE DU MERCENARIAT


DANS SES NOUVELLES FORMES SUR LE
CONTINENT AFRICAIN ET REPONSES DES
ETATS

Chapitre I : La répression juridique du mercenariat.

Section 1 : L’arsenal juridique international.

Section 2 : La question de la responsabilité.

Chapitre II : Réponses des Etats face au phénomène du


mercenariat en Afrique.

Section 1 : Sur les plans international, régional et


sous-régional.

Section 2 : Quelques suggestions pour lutter contre le


mercenariat contemporain en Afrique.

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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INTRODUCTION GENERALE

Le mercenariat est un sujet qui suscite de vifs débats et qui touche des
questions fondamentales comme l’égalité souveraine, l’indépendance politique
et l’intégrité territoriale des États, le non-recours à la force dans les relations
internationales, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, les droits de
l’homme, la responsabilité des Etats et le comportement à tenir dans des
situations de conflit armé ou de violence organisée. Il s’agit donc d’un sujet très
sensible pour les États à divers niveaux et il ne laisse aucune région du monde
indifférente.
La chute du mûr de Berlin et la décristallisation de la tension est/ouest par
la fin de la guerre froide, a vu une recrudescence du mercenariat partout dans le
monde et un changement progressif de la nature des conflits. Cet état de chose
se remarque plus particulièrement en Afrique où l’on note une multiplication des
conflits intra-étatiques, nouveaux champs d’expression de ce phénomène qui a
muté au fil des années en passant d’une forme « classique » à une forme plus
élaborée, celle des « Sociétés Internationales de Sécurité » (SIS).

Même si le recours à ces forces privées semble se justifier par la


multiplication dans le monde, et plus particulièrement en Afrique, des crises de
basses intensité, il n’en demeure pas moins qu’elles font l’objet de débats
passionnés au sein des Nations. En effet la ligne de démarcation entre les
activités des SIS et le mercenariat est très infirme, parfois même inexistante.
Certains auteurs soutiennent même que les hommes qui acheminent des soldats
et du matériel militaire sur le champ de bataille, qui participent à l'entretien, à
l'entraînement, au renseignement, à la planification ou à l'organisation,
participent autant à l'opération militaire que ceux qui utilisent les armes. On

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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distingue même des sociétés privées de services militaires (qui ont le plus
souvent des visées militaires) de celles dites de sécurité (qui s'occupent
essentiellement de protéger les biens et les personnes).

Mais si ces activités privées rencontrent de la méfiance en France, elles


recueillent plus de compréhension dans le monde anglo-saxon, où certains
envisagent même de « créer des forces de mercenaires volontaires organisées
par des entreprises privées, pour mener des guerres sur une base contractuelle
pour le compte des Nations Unies ».1

La réapparition des mercenaires aujourd’hui dans certaines crises


africaines, rappelle l'acuité du problème et la nécessité de le cerner pour mieux
l'appréhender2.

Le présent travail voudrait donc coller à cette préoccupation majeure de


l’Afrique contemporaine. Il met en rapport deux réalités :

Premièrement : l'évolution qu’a connu le mercenariat dans le temps en


passant d’une forme classique à une forme plus élaborée, les Sociétés
Internationales de Sécurité ( SIS) .

1
Alvin et Heidi Toffler, (Guerre et contre-guerre, Fayard, Paris, 1994, 431p) cités par de Saint-
Quentin G., « Mercenariat et mutations stratégiques », Defense Nationale, avril-juin 1998, p. 42.
2
Les activités de mercenaires ont secoué ou secouent plusieurs pays africains comme le Libéria, la
République Démocratique du Congo, la Sierra Léone « où on a pu dénombrer 21 opérations de
mercenariat très bien conduites, organisées et planifiées en 7 ans »

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Deuxièmement la répression du phénomène dans ses formes nouvelles,


en particulier sur le continent africain et les réponses que les Etats ont élaborées
afin d’en contrer l’évolution.

A ce titre, le présent travail voudrait trouver des approches de réponses aux


questions suivantes :
- Comment le phénomène du mercenariat est-il né et a-t-il évolué ?
- Quel est le nouveau cadre d'évolution du phénomène, autrement dit, quels en
sont les moyens, les nouveaux aspects et structures ?
- Comment le système juridique africain et international résout-il la question à
travers les organisations internationales, régionales et sous régionales ?
- Quelles modifications apporter à la convention de l'OUA sur le mercenariat
pour une plus grande efficacité ?
- Enfin quelles peuvent être les perspectives pour le continent africain ?

Il nous est paru plus indiqué d’adopter une démarche en deux temps : dans
la première partie, elle sera analytique et exposera, après en avoir fait
l’historique, les nouvelles formes ainsi que les caractéristiques du mercenariat
contemporain ; ensuite la seconde partie procèdera à un bref commentaire de
l'arsenal juridique en vue d’éradiquer le mercenariat du continent et essaiera de
tracer les perspectives d’avenir pour l’Afrique.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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PREMIERE PARTIE

DU MERCENARIAT CLASSIQUE AUX SOCIETES


INTERNATIONALES DE SECURITE (SIS)

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Le phénomène des mercenaires n’est pas nouveau, il existe sous diverses


formes depuis des temps immémoriaux. L’image des mercenaires n’a pas
toujours été aussi peu glorieuse que celle qui ressort des prises de position
récentes de la communauté internationale. En effet l’évolution des attitudes à
leur égard a, d’une manière générale, coïncidé avec les changements intervenus
dans les formes de gouvernement et d’organisation sociale et avec l’apparition
de principes régissant les relations entre États souverains (chapitre I)
Les mercenaires classiques peuvent être décrits, en quelques mots, comme
des soldats à louer. Au lieu de se battre pour leur propre pays, ils proposent leurs
services à des gouvernements ou des groupes dans d’autres pays moyennant une
contrepartie pécuniaire substantielle.
La décolonisation a engendré des crises multiples auxquels les
mercenaires ont largement pris part. Agissant dans de nombreux pays du tiers
monde, l’Afrique reste alors pour eux le terrain le plus attractif et le plus lucratif.
Cependant, au cours des siècles, l’activité mercenaire a évolué vers
d’autres formes de participation aux conflits. Coexiste désormais avec le
mercenariat classique, le mercenariat d’entreprise, véritable outil de
globalisation des activités de sécurité et de défense dont les acteurs sont les
Sociétés Internationales de sécurité (Chapitre II)

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Chapitre I : LE MERCENARIAT CLASSIQUE.

Depuis son apparition, le phénomène du mercenariat progresse de façon


importante pendant qu’il se manifeste de diverses manières, tout
particulièrement en Afrique (section 1).
Mais cette évolution dénote sur les pratiques des Etats dans le domaine de
la perception qu’ils ont du phénomène. C’est ainsi que l’on note dans les pays
anglo-saxons tels que la Grande Bretagne et les Etats-Unis, une attitude libérale
passant par une acceptation tacite du phénomène, alors que la France et l’ONU
affirment leur détermination à en annihiler l’influence de plus en plus
grandissante (section 2).

Section 1 : Historique, formes et manifestations du mercenariat en Afrique


au sud du Sahara

L’image traditionnelle que l’on a toujours eue du mercenaire est celle


d’un homme, souvent un soldat, recruté pour un conflit armé ponctuel et qui sert
à prix d’argent un gouvernement étranger. C’est donc par appât du gain que le
mercenaire entre en scène pour accomplir sa mission. Ainsi le mercenaire ne
combat ni pour la protection des intérêts de son pays, ni pour la souveraineté de
celui-ci, ni même pour l’honneur ; il obéit et travaille pour des gens qui
l’emploient et le paient.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Paragraphe 1 : Historique et formes du mercenariat classique

A - Historique

Plusieurs travaux en éthologie et en psychologie du comportement semblent


indiquer, qu’avant la période du Néolithique, l’Homo sapiens sapiens de part
son activité de chasseur- cueilleur, et l’organisation sociale dans laquelle il
s’inscrivait, présente des bases psychologiques hautement susceptibles d’induire
une conduite guerrière3.
Avec l’apparition de l’agriculture puis de la domestication, qui sédentarise
les populations humaines en leur assurant un approvisionnement constant, le
conflit armé avec l’autre devient partie intégrante du quotidien comme l’atteste
l’apparition d’un habitant désormais pourvu de structures défensives.
La naissance de la belligérance aurait ainsi été motivée par les razzias
prédatrices qu’auraient lancé les « convoiteurs » (have-nots) contre les
« possédants » (haves) et par le soucis de ces derniers de se défendre4.
Du fait de cette pression de plus en plus croissante des haves-nots, on assiste
à une multiplication des conflits. Les conflits étant le terreau favorable à l’action
du mercenaire, il est aisé de conclure que ces derniers ont favorisé l’apparition
du mercenariat.
Plusieurs documents d’histoire attribuent l’apparition du mercenariat à la
Grèce antique. En effet le mercenariat, dans l'histoire de la Grèce, prend son
envol à la fin de la guerre du Péloponnèse5. La paix ne permet pas à tous les
Grecs de se réinsérer dans un cadre civil. Les ravages de la guerre ont appauvris

3
Aristote considérait la chasse et la guerre comme deux moyens semblable d’acquisition, la première
formant une branche de la seconde, La politique, 1, 8, 3ème édition par Jean Tricot, Vrin, Paris, 1977,
p. 595
4
.Irène HERMANN et Daniel PALMIERI, « Les nouveaux conflits : une modernité archaïque ? », in
Revue Internationale de la Croix-Rouge, mars 2003, Vol.85, No. 849, pp. 23-44
5
C’est la Guerre qui opposa de 431 à 404 av. J.-C., Sparte à Athènes pour l’hégémonie du monde
Grec. Elle marqua la chute d’Athènes qui dut signer une paix qui la dépouilla de son Empire.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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de nombreux individus et le métier des armes, exercé pendant de longues


années, reste l'ultime recours contre la pauvreté.
La maîtrise des armes et l’excellence des hoplites6 grecs permettent aux
mercenaires de trouver rapidement un employeur. Les cités grecques et les
satrapes perses recrutent des soldats. La campagne de Cyrus le Jeune contre le
monarque perse, son frère, est l'expression la plus manifeste de l'importance du
phénomène au IVe siècle av. J.-C. Le recours de plus en plus systématique au
mercenariat fait réagir Démosthène au milieu du IVe siècle av. J.-C. Athènes, en
guerre contre la Macédoine, n'envoie, en effet, que des mercenaires pour les
expéditions lointaines et dangereuses.

Si les armées perdent leur caractère civique, elles deviennent faciles à


recruter pour tout détenteur d'une fortune considérable. C’est ainsi que les
Phocidiens lors des guerres sacrées recrutent une armée de mercenaires grâce
aux emprunts faits au sanctuaire de Delphes. De même les Grecs employèrent
les Macédoniens pour protéger leur capitale, et les Romains utilisèrent une tribu
germanique pour se défendre contre des agresseurs orientaux et protéger leur
empire.

6
Fantassins lourdement armés de la Grèce antique.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
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La conquête de l'empire perse par Alexandre ne fait qu'amplifier les besoins


en mercenaires. Les nouveaux Etats gréco-macédoniens apparaissant au début
du IIIe siècle av. J.-C. sont tous grands employeurs de soldats. Les monarques
hellénistiques, en guerre permanente contre leurs voisins, s'ingénient à enrôler
des mercenaires en Grèce et à créer des colonies militaires pour pouvoir disposer
de cette main d'œuvre guerrière en tout temps.

Le mercenaire est appelé misthophoros (qui reçoit une solde) ou xenos


(étranger), mais il est souvent difficile de connaître le lien exact entre le soldat et
son employeur. Il est également fréquent que les officiers des armées
hellénistiques soient des mercenaires ayant acquis leurs lettres de noblesse sur
les champs de bataille7.
Au Moyen âge la disparition de l’Empire Romain et le déferlement des
hordes barbares imposent une réorganisation politique et aboutit , en Occident,
au morcellement du pouvoir temporel puis à l’instauration du système féodal
8
.Ceci engendre une infinitude de souverainetés et de princes aux allégeances
multiples, dont les prérogatives fluctuent au gré des circonstances, et qui se
livrent nombre de conflits ( dans le but d’élargir leurs pouvoirs et de les faire

7
Toutes ces informations ont été tirées du site vitrine de l’Université de Fribourg dans le domaine des
technologies éducatives à l’adresse http://elearning.unifr.ch/antiquitas
8
.Guy Hermet, Histoire des Nations et du Nationalisme en Europe, Seuil, Paris, 1996, pp.29 ss

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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respecter) qui tendent à se transformer en questions privées. Conçue comme un


outil d’affirmation politique d’un particulier ou de son lignage, la guerre se
transforme en activité privilégiée de la noblesse et, partant, en véritables affaires
commerciales qui seront bientôt déléguées à des entrepreneurs militaires, les
Condottieri9. Seuls les armes, les chevaux, les soldats représentent tout le capital
du condottiere, car les combats n’étaient pas pour détruire l’ennemi mais de le
soumettre et d’obtenir une rançon pour la capture des ses capitaines. Ces jeux
exaltants pour leurs meneurs exaspèrent les acteurs, en l'occurrence les
mercenaires. Ces hommes appartiennent généralement aux marges de la société.
Cadets de familles désargentées, aventuriers ou simples miséreux, ils s’avèrent
facilement rebelles et imprévisibles. Payés pour se battre, ces soldats ne sont
souvent guère motivés à le faire, surtout quand l’argent tarde à rentrer. Rien
d’étonnant à ce que ces armées composites se révèlent instables et versatiles,
prêts à se vendre au plus offrant ou à déserter à la moindre escarmouche. De
plus, ils sont dépourvus des scrupules animant les seigneurs qui les engagent et,
quant ils ne fuient, peuvent faire montre d’une férocité sans limite.
C’est ainsi qu’en Europe, les razzias et autres pillages ont souvent constitué
la finalité même d’expéditions armées qui, dans une perspective de
thésaurisation matérielle, cherchaient à enrichir ceux qui les dirigeaient en
s’emparant des biens, voir des corps d’autrui10. Leur solde comprend
couramment une partie du butin qui se transforme ainsi en payement des
services rendus et en incitations à se battre valeureusement pour l’obtenir. Mais
même en temps de paix il arrive que l’on permette le pillage afin d’occuper et de
calmer les troupes de Condottieri désœuvrées11, ce qui désamorce toute velléité
de mutinerie.

9
Le Condottiere dont le pluriel savant est Condottieri, est un chef de soldats mercenaires.
10
Voir Pierre Ducrey, le traitement des prisonniers de guerre dans la Grèce antique. Des origines à la
conquête Romaine, Editions de Broccard, Paris, 1968.
11
.Franco Cardini, la culture de la guerre : Xème –XVIIIème siècle, Paris, Gallimard, 1992, p.165

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
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Vers la fin du Moyen âge les mercenaires sont devenus de véritables


instruments de politique étrangère des monarques. En effet, ne pouvant forcer
leurs vassaux à servir militairement à l’extérieur du pays pour une durée
indéterminée (le service d’Ost était limité dans le temps et ne pouvait être que
défensif ), ces derniers perçoivent des sommes d’argent des fiefs qui veulent se
racheter de ce service. Cet impôt sert donc à entretenir des mercenaires, ce qui
institutionnalise ainsi la violence privée à des fins internationalistes. Les
mercenaires constituent l’exemple type de stratégie étatique pour échapper aux
lourdeurs du système féodal concernant les obligations militaires.
Au XVIIIème siècle la pratique du mercenariat était telle que tous les Etats
employaient et fournissaient des troupes mercenaires, les armées devenant de
véritables forces multinationales. Les mercenaires venaient alors
majoritairement des Etats Allemands, des Pays-Bas, d’Angleterre, de Venise et
de Suisse, ces pays « fournisseurs » de mercenaires étant eux mêmes
« employeurs » d’étrangers dans leurs armées. Ces échanges d’hommes entre les
pays étaient un enjeu stratégique très important. C’est ainsi qu’en 1516, la
Suisse signe un accord avec la France promettant de ne jamais fournir de
mercenaires aux ennemis de la France12.
Mais les pratiques mercenaires ont progressivement perdu leur légitimité à la
suite de la promulgation par les Etats-Unis de lois de neutralité en 1794 et 1818
qui considèrent comme délit le fait qu'un citoyen américain prépare ou prenne
part à un conflit à l'étranger13. Pour la première fois, des lois codifiaient de façon
permanente, les droits et devoirs des Nations neutres (les Etats Unis en étaient
l’exemple type), ce qui a entraîné au XIXème siècle une vague de législations

12
Voir l’article de Elodie Rigaud, « Janice E. Thomson : le mercenariat comme forme socio-historique
de coercition privée », Cultures & Conflits, N° 52, été 2004. Cet article est disponible à l’adresse
Internet http://www.conflits.org/article.php3?id_article=765
13
.Elodie RIGAUD, idem.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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anti-mercenaires internes qui finirent par se généraliser et s’uniformiser sur le


plan international.
Cependant le phénomène du mercenariat n’a pas disparu pour autant. Il
réapparut pendant la première et la deuxième guerre mondiale sous les traits de
soldats Gurkha qui combattaient pour la Reine d’Angleterre14.
La période de l’immédiat après-guerre (la deuxième Guerre Mondiale) a été
celle de l’apparition du mercenariat en Afrique et dans les pays du tiers monde
qui luttaient pour leur indépendance. Ce fut le temps des mouvements de
libération nationale, de guerres d’indépendance, et autres droit des peuples à
l’autodétermination professé par l’ONU. L’action des mercenaires consistait à
empêcher ces pays, notamment les pays africains, d’accéder à l’indépendance, à
fomenter des sécessions ou à préserver le régime de l’Apartheid en Afrique du
Sud. Cet état de chose a été considérablement favorisé par l’éclatement de
conflits armés du fait de la guerre froide.
Des textes sont alors élaborés pour réprimer le phénomène, respectivement la
Convention de l’Organisation de l’Unité Africaine sur l’élimination du
mercenariat en Afrique, adoptée à Libreville le 3 juillet 1977 et la Convention
internationale des Nations Unies contre le recrutement, l’utilisation, le
financement et l’instruction de mercenaires, adoptée le 4 décembre 1989 mais
entrée en vigueur en 2001.

Cependant avec la fin de la guerre froide et la chute du mur de Berlin, le


mercenariat a évolué et ses missions se sont diversifiées. Les conflits ont
progressivement changé de nature et semblent entraîner un recours accru à des
forces privées, marquant ainsi le passage vers l’instauration d’un marché de la
violence qui échappe au contrôle des Etats les plus faibles. Il s’agit des Sociétés
Internationales de Sécurité qui sont de véritables entreprises à vocation (para)

14
Population composite de l’Inde et d’origine Népalaise, les Gurkha sont connus pour leurs traditions
martiales, ce qui les firent retenir pour la composition de régiments d’élites de l’armée britannique.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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militaire, particulièrement structurées et organisées (reconnues et payant des


impôts), aux seules fins financières et parfois même cotées en bourse.

Ces sociétés sont passées maîtres dans la communication, les relations


publiques, et proposent de très larges « gammes de services » tels que la
protection, le conseil en achat d’armements, stratégie, délivrance d’otages ou
encore espionnage commercial et industriel.

Au fur et à mesure que le mercenariat évoluait, il a revêtu des formes


diverses selon les époques.

B- Les formes du mercenariat


Nous l’avons vu, le mercenariat a englobé diverses réalités au cours des
siècles. Cette hétérogénéité est non seulement le fait des différents types
d’organisations des entreprises mercenaires et des services qu ‘elles proposent,
mais également fonction de leurs degré de légitimité sur la scène internationale.
Le mercenariat fluctue alors selon l’époque entre un statut d’activités autorisées
et non autorisées, qui dérivent des formes de violence externes étatiques dont
parle Janice E. Thompson15. Cette violence fut démocratisée, commercialisée et
internationalisée par l’action des dirigeants européens eux-mêmes16.

Il y a trois formes de violence non-étatiques autorisées progressivement,


apparues à partir du XIIIème siècle : les corsaires, les compagnies marchandes et
les mercenaires, qui se sont succédées dans le temps et ont subit chacune un
processus de « délégitimation normative ».

Les corsaires dirigeaient des navires rapides (du même nom) et armés par
un équipage habilité par son gouvernement pour capturer des bâtiments de

15
THOMPSON Janice E., Mercenaries , Pirates and Sovereigns: State-building and Extraterritorial
Violence in Early Modern Europe, Princeton Univerty Press, 1994

21
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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commerce ennemis. Contrairement aux pirates qui poursuivent leurs propres


intérêts, ils agissaient donc, du moins théoriquement, sous l’autorité d’un Etat
qui, était responsable de leurs actes. Cette pratique prenait une ampleur
considérable pendant les conflits et les guerres inter-étatiques et représentait une
base pour la puissance navale de l’Etat.

La pratique des corsaires a généré la piraterie organisée. En 1856, un accord


formel signé à Paris, amorçait une uniformisation internationale du droit
maritime excluant progressivement les activités de corsaires.

Créées au XVIème siècle en Europe, les compagnies marchandes


représentent la forme la plus complexe de violence non-étatique autorisée. Ces
compagnies étaient affrétées par l’Etat pour faire du commerce sur de longues
distances ou pour établir des colonies. Les plus importantes étaient les deux
compagnies hollandaise et britannique des Indes Orientales et la compagnie de
la baie d’Huston17. Leur organisation différait d'une compagnie à l'autre de
même que leur degré de privatisation par rapport à l'Etat. Par conséquent, leurs
objectifs (pouvoir/profit) variaient selon que les pays d'origine étaient plus ou
moins centralisés. Ces compagnies recevaient des pouvoirs extraordinaires qui
leur conféraient une quasi-souveraineté. Il y avait donc souvent collusion
d'intérêts, ce qui fait dire à Janice Thompson que « les compagnies marchandes
étaient des institutions créées par l'Etat qui utilisaient la violence dans la
poursuite d'un gain économique et de pouvoir politique à la fois pour l'Etat et
des acteurs non-étatiques »18.

Mais les compagnies marchandes ont utilisé leurs capacités militaires


contre les autres compagnies indépendamment des relations que pouvaient

16
La majorité des informations est tirée de l’article de Elodie Rigaud, op. cit.
17
Compagnie commerciale anglaise créée en 1670 par Charles II et qui joua un grand rôle dans la
colonisation des régions septentrionales du Canada
18
.THOMPSON Janice E., op.cit., 1994, p.41

22
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
_____________________________________________

entretenir leurs Etats d’origine respectifs. Elles ont été progressivement


éliminées à travers différents processus sans jamais être formellement interdites.
La plupart ont disparu suite à des faillites et certaines ont progressivement perdu
leur contrat d’affrètement.
Enfin les mercenaires constituent l'exemple type de stratégie étatique pour
échapper aux lourdeurs du système féodal concernant les obligations militaires.
L’utilisation des mercenaires s’était donc généralisée au XVIIIème siècle à tel
point que près de la moitié de la marine anglaise était faite d’étrangers. Elle a
entraîné le risque pour les Etats de s’opposer les uns aux autres. Ce risque a été
favorisé par l’émergence des pratiques et principes associés à la neutralité qui
rendent responsable un Etat d’actes internationaux dommageables d’individus
placés sous sa juridiction. Plus qu’un simple acteur du marché, le mercenaire
était devenu un acteur politique.
Alors que la délégitimation des corsaires a été le fruit d’une évolution du
Droit International, pendant que celle des compagnies marchandes a été le
produit du temps, la répression du mercenariat s’est faite par un renforcement du
droit interne, surtout des Etats-Unis. De plus, la régulation anti-mercenaire
reflète des nouvelles relations entre l’Etat et la population, le premier cherchant
à mieux contrôler la seconde à l’intérieur de ses frontières.

S’il nous a été possible de parler de violence non étatique autorisée, c’est
bien qu’il existe une forme de violence non étatique non autorisée. Il existe
deux pratiques non autorisées de Violence non-étatique : la piraterie et la
flibusterie.
Comme nous l’avons déjà dit, la piraterie a été générée par la pratique des
corsaires. Le pirate est un bandit qui parcourt les mers pour piller les navires de
commerce et est distinct du corsaire. Toutefois il faut noter qu’au XVIème siècle
la piraterie acquiert une nature politique. Les pirates sont alors des

23
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
_____________________________________________

« communautés ou des quasi-Etats basés sur le principe de la démocratisation


des pouvoirs politiques et de la violence »19.
Peu à peu, la piraterie passa du statut de pratique non autorisée, mais hors
de la responsabilité des Etats et potentiellement exploitables, à celui d’activités
criminelles à éliminer à tout prix. Ainsi la campagne contre la piraterie a été
précédée par un changement dans l’attitude de l’Etat.
Il fallait cependant savoir d’abord qui était souverain en mer, donc
responsable des activités des pirates. Mais cette question n’ayant finalement pas
été tranchée, les normes d’interdiction et de poursuite des pirates ont été
générées par le seul droit interne.
La flibusterie quant à elle était une nouvelle forme de violence
extraterritoriale apparue après l'établissement d'un gouvernement républicain
aux Etats-Unis. Cette pratique, essentiellement limitée au continent américain,
consistait en des expéditions militaires non-étatiques contre les territoires
voisins. Trois types d'expéditions étaient possibles : les expéditions mises en
place par des initiatives privées de nationaux étrangers ou de citoyens
américains, celles résultant des efforts malencontreux des Mexicains pour attirer
les résidents américains, et enfin celles conduites par des agents du
gouvernement américain. Ces trois types de flibusterie ont pour point commun
leur nature politique complexe, produit de la faiblesse de l'Etat fédéral face aux
Etats et aux citoyens. La délégitimation de cette pratique correspond donc à un
« un effort de l'Etat à étendre et renforcer son contrôle sur les individus à
l'intérieur de sa juridiction territoriale »20.
Avec la délégitimation de la violence non-étatique le mercenariat apparaît
dans la première moitié du XXème siècle comme une anomalie puisque
marginalement légitimé par les deux guerres mondiales. Mais depuis les années

19
. Thompson Janice E., op. cit., p.46.
20
. Ibid, p. 143.

24
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
_____________________________________________

60, le mercenaire n’apparaît plus dans les conflits inter-étatiques mais au


contraire dans les conflits infra-étatiques qui offrent moins de visibilité.

L’Afrique noire a été le champ d’intervention de ces mercenaires de la


deuxième moitié du XXème siècle.

Paragraphe 2 : Les manifestations du mercenariat en Afrique au sud du Sahara

L’Afrique noire a connu le mercenariat pendant la guerre froide par les


guerres de libération nationale, les coups d’états et autres guerres de sécession,
mais aussi après la guerre froide avec des conflits de basses intensités aux
structurations complexes.

A- Les manifestations du mercenariat en Afrique pendant la guerre froide

Nous les verrons à travers un tableau.

Les manifestations du mercenariat en Afrique de 1950 à 1990


Pays Date ou Les Nationali- Recrutés Objectif(s) Résultat (s)
Période mercenaires té(s) par : fixés :
concernés

Sierra Années Harry Sir Percy


Leone 1950 Oppenhei- Stilltoe pour
mer de De lutter contre
Beers les activités
de
contrebande

Kenya, 1960 à Kulinda Variable Les Formation


Malawi, Security Ltd gouverne-

25
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
_____________________________________________

Tanzanie 1970 (Watchguard) ments militaire

Zambie 1967- Watchguard Variable Gouverne- Provision de


1969 ment forces ;
Zambien surveillance
de la
frontière
nationale

Congo 1960- Compagnie 200 Le leader Promouvoir Les


Belge 1961 internationale mercenaires, sécession- la sécession mercenaires
(actuel principale- niste Moise du Katanga ont échoué
RDC) ment des Tsombe et et protéger en
belges et des la les combattant
sud africains compagnie concessions les forces de
Belge, de l’UM l’ONU et du
Union gouverne-
Minière ment
(UM) Congolais

Congo 1964- les «cinq Au nombre La CIA et Combattre Défaite des


Belge 1965 commandos » de 1000, ensuite le les forces nationalistes,
menés par le principale- Président patriotiques assassinat de
Colonel « Mad ment sud Moise nationaliste Lumumba,
Mike » Hoare africains, Tshombe du Premier établisse-
belges, Ministre ment du néo-
français et Patrice colonialisme
Rhodesiens Lumumba

Congo 1967 Les restes des Les mêmes inconnu Renverser le Mains mises
Belge « cinq que ci-dessus Président sur la ville
commandos » Mobutu frontière de
menés par Bob Sese Seko Bukavu mais
Denard et le complot
Jacques échoua
Schramme

Rhodésie 1965- Surtout les Uniquement Gouvernem Supporter la Lourdes


(actuel 1980 anciens soldats des Anglais ent de minorité pertes ;
Zimba- anglais, Rhodésie blanche défaite du
bwe) recrutés dans contre la gouverne-
l’infanterie ZANU de ment
d’élite de Mugabe et minoritaire ;
Rhodésie la ZIPRA de tenue
(RLI) et les Nkomo d’élections
Forces en 1980, le

26
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
_____________________________________________

Spéciales pouvoir fut


(SAS) transféré à
Mugabe

Biafra, 1967 Groupe de Au nombre Les Aider le Défaite des


Nigéria mercenaires de 53 ; Services Biafra à troupes
français dirigé principale- Secrets faire fédérales ;
par Robert ment des français et sécession Cinq tués
Faulques, français et le leader
vétéran du des sécession-
Katanga et allemands niste Col.
plus tard par Ojukwu
Rolf Steiner

Angola, 1975 Security Anciens Donald Force Défaite du


Zaire Advisory parachutes Telford, recrutée en MPLA, des
Services Ltd anglais Royaume Angola pour essais
Unis et une supporter le d’exécutions
agence de FNLA de soldats
recrutement (renforcé comme
dirigée par par la CIA) criminels de
John Banks contre le guerre
MPLA (1976)
(supporté
par Moscou)
et l’UNITA
(renforcé
par les
troupes Sud
africaines)

Bénin 1977 « force 60 Opposants Renverser le Le coup a


oméga » mercenaires du Président échoué avec
dirigée par blancs et 30 gouverne- Kérékou plusieurs
Bob Denard mercenaires ment dizaines de
noirs morts ;
Denard plus
tard réussira
son coup
dans les îles
Comores

Mozambi- Années Lonrho Gurkhas Sécurité


que 1980 Rurale

Mozambi De 180 Defense Britannique Organisa- Installation En cours


que, jusqu’au Systems Ltd tions de sécurité
Soudan, début des (DSL) Internationa et entraîne-
Kenya et années les (Banque ment des
Mondiale,

27
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
_____________________________________________

autres 1990 ONU, ONG forces


Humani-
taires)

Afrique 1986- KAS Opérations Terminé


Australe 1990 Enterprises de Lutte
(Watchguard) contre le
braconnage

Afrique 1989 Executive Entraîne-


du Sud Outcomes ment des
(EO) forces
spéciales

Source : Rapport de la chambre des communes « Private military


companies : options for régulations », 12 février 2002, pp. 28 à
30.Traduit de l’Anglais par nous.

B- Les manifestations du mercenariat en Afrique après la guerre froide

La fin de la guerre froide n’a pas rangé les mercenaires aux oubliettes. La
chute du régime de l’Apartheid en Afrique du Sud suivi du démantèlement de
ses services spéciaux a jeté sur le marché des tas de candidats au mercenariat.
Les nouveaux Etats issus de l’effondrement de la Yougoslavie et du bloc
soviétique sont devenus à leur tour pourvoyeurs de « chiens de guerre »21. De
plus, l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord deviennent « le vivier
traditionnel des « affreux », pour la plupart nostalgiques des colonies,
paternalistes sinon racistes à l’égard des Noirs et viscéralement
anticommunistes »22.

Dans les années 1990, la guerre en Angola (de 1992 à 1998) et en Sierra
Leone (1991 à 1998) avait été leur champ d’action. Suivront ensuite les conflits
Libérien (1995 à 1997) , Congolais (1994 à 1996), dans les Grands Lacs ( depuis

21
Autre nom des mercenaires auquel on peut ajouter ceux d’«affreux », « soldats de fortune »,
« Marchands de chaos », « corsaires de la République », « Barbouzes », « Lansquenets »…
22
.M’BOKOLO Elikia, « Echec aux affreux », in Jeune Afrique Economie, N° 358, octobre 2004, p.62.

28
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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1996)23, et récemment Ivoirien 24


, de même que l’ultime agression, le
28 septembre 1995, de Bob Denard contre le régime du président Mohamed
Said Djohar de la République Fédérale Islamique des Comores25, et le très récent
coup d’Etat déjoué en Guinée Equatoriale26.

Le mercenariat est perçu de diverses façons selon que l’on se trouve en


France, à l’ONU ou dans les pays Anglo-saxons.

Section 2 : Le libéralisme anglo-saxon face à l’intransigeance de l’ONU et


de la France, dans la manière d’appréhender le mercenariat.

L’ONU s’est toujours montrée à l’avant garde de la lutte contre le


mercenariat quelque soit la forme sous laquelle elle se présente. Cette position
de l’organisation internationale semble rejoindre celle de la France qui s’est
dotée en 200327 d’une loi relative à la répression de l’activité de mercenariat ,
après des décennies d’attentisme.
Par contre aux Etats Unis et en Grande Bretagne, on remarque une
acceptation tacite du phénomène qui se traduit par une non application des textes
anti-mercenaires.

23
.Rapport de la chambre des communes « Private military companies : options for régulations »,
12 février 2002, pp. 30 à 38.
24
.Rapport( référencé E/CN.4/2003/16) de Enrique B. Ballesteros sur la question de l’utilisation de mercenaires
comme moyen de violer les droits de l’homme et d’empêcher l’exercice du droit des peuples à disposer d’eux-
mêmes, Commission des Droits de l’Homme, 29 novembre 2002, par.33.
25
. François Dominguez et Barbara Vignaux, « La nébuleuse des mercenaires français », Le Monde
diplomatique, octobre 2003, pp.4-5. Cet article est disponible à l’adresse www.monde-
diplomatique.fr/2003/08/DOMINGUEZ/10303 .
En ce qui concerne les multiples agressions mercenaires dont cet Etat insulaire a été victime, voir le
rapport ( référencé E/CN.4/1996/27) de Enrique B. Ballesteros sur la question de l’utilisation de
mercenaires comme moyen de violer les droits de l’homme et d’empêcher l’exercice du droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes, Commission des Droits de l’Homme, 17 janvier 1996, par.48 à 61.
26
Pour plus d’information voir le dossier réalisé par Isa Koulibaly « Les dessous d’un coup foireux »
dans Africa International, N° 379 de septembre 2004, pp.9-13
27
. Loi n°2003-340 du 14 avril 2003 relative à la répression de l'activité de mercenariat, Journal Officiel
français , n°89 du 15 avril 2003, p. 6636.

29
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Paragraphe 1 : La vision de l’ONU et de la France


A- L’ONU
Au cours des 20 dernières années, l’Assemblée générale, le Conseil de
sécurité, le Conseil économique et social et la Commission des droits de
l’homme de l’Organisation des Nations Unies ont adopté plus de 100 résolutions
condamnant les activités des mercenaires et ceux qui ont recours à ces derniers.
Une étape a été franchie en 1989 avec l’adoption par l’Assemblée générale de la
Convention internationale contre le recrutement, l’utilisation, le financement et
l’instruction de mercenaires.

C’est un sujet qui suscite de vifs sentiments d’indignation et de


réprobation dans les instances internationales, car le mercenariat touche des
questions fondamentales qui ont accaparé l’attention de la communauté
internationale depuis l’adoption de la Charte des Nations Unies en 1945 telles
que l’égalité souveraine, l’indépendance politique et l’intégrité territoriale des
États, le non-recours à la force dans les relations internationales, le droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes, les droits de l’homme et le comportement à
tenir dans des situations de conflit armé ou de violence organisée. Il s’agit donc
d’un sujet très sensible pour les États membres de l’ONU à divers niveaux qui
ne laisse aucune région du monde indifférente.

Le rôle dévolu aux mercenaires à l’occasion de la décolonisation, dans les


années 60 pour lutter contre les mouvements de libération nationale et empêcher
les peuples se trouvant sous domination coloniale d’exercer leur droit à
l’autodétermination et pour déstabiliser les États nouvellement indépendants,
était considéré comme inacceptable et a été largement condamné par les organes
de l’Organisation des Nations Unies.

30
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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C’est ainsi que par Résolution 1987/16, la Commission des droits


de l’homme a nommé un rapporteur spécial chargé d’étudier la question des
mercenaires, le péruvien Enrique Bernales Ballesteros. Son dernier rapport
(après 16 années d’exercice) propose un nouvelle définition juridique du
mercenaire, face aux lacunes que présentent la Convention internationale de
l’ONU ( entrée en vigueur en 2001) et le Droit international28.

B- La France

La France a longtemps eu vis à vis du mercenariat une position ambiguë


(voir ses attitudes vis à vis des agressions dont ont été victimes le Bénin29 et les
Comores avec le légendaire Bob Denard).

Cependant depuis 2003, elle a adopté « une législation ferme et


équilibrée »30, laquelle législation consiste « à encadrer le phénomène du
mercenariat en sanctionnant ses manifestations les plus condamnables, mais
sans entraver toute possibilité de renforcer la protection des Etats »31. La loi
française permet l’incrimination non seulement des personnes physiques, mais
aussi des personnes morales qui participent à l’organisation d’activités
mercenaires. Selon celle-ci, « est passible de cinq ans d'emprisonnement et
75.000 euros d'amende » toute personne qui a été « spécialement recrutée pour
combattre dans un conflit armé » en échange d'une forte rémunération, sans être
ressortissante ou membre des forces armées de l'un des pays engagés dans ledit

28
. Rapport ( référencé E/CN.4/2004/15) de Enrique B. Ballesteros sur la question de l’utilisation de
mercenaires comme moyen de violer les droits de l’homme et d’empêcher l’exercice du droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes, Commission des Droits de l’Homme, 24 décembre 2003, par.47.
29
. Emmanuel E. OHIN, Influence de l’agression du 16 janvier 1977 sur les relations internationales du
Bénin, mémoire de fin de formation du cycle II, ENA, 1989, pp. 78-80
30
Michèle Alliot-Marie, Ministre de la Défense française, lors des débats sur le projet de loi relatif à la
répression de l’activité mercenaire.
31
. http ;//www.senat.fr/seances/s200302/s.200030206/s20030206004.html ,p.2.

31
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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conflit32. Mais la France n'entend certainement pas se priver d'un outil de


politique étrangère essentiel, et qui va encore prendre de l'importance dans les
années à venir. Les participants au débat parlementaire n'étaient d'ailleurs pas
dupes. Guy Teissier, le président de la commission de la Défense nationale, a
souligné que « les services de renseignements préfèrent parfois recourir à des
personnels spécialement rémunérés plutôt qu'à leurs propres éléments pour
accomplir certaines missions ». On comprend mieux la suppression du terme
« officiel » dans la définition du type de mission effectuée par le mercenaire. Ne
seront pas poursuivis ceux qui pourront se prévaloir d'une protection de l'État
lors de « chantiers » à l'étranger, qu'ils soient publics ou non33. On peut dès lors
conclure que pour les autorités françaises, pas de multinationales de sécurité
militaire et privée si ce n’est avec l’aval du gouvernement.

Paragraphe 2 : La vision anglo-saxonne

A-La Grande Bretagne

La Grande Bretagne développe une approche particulière du mercenariat.


Elle est le berceau historique de la forme moderne du mercenariat dont elle a
toujours su tirer des bénéfices pour ses propres objectifs de politique étrangère
Plusieurs cas d’implication directe des « entreprises de sécurité », qui y sont
implantées, dans des conflits armés en Angola, Sierra Leone, Papouasie-
Nouvelle-Guinée ou en Croatie, ont défrayé la chronique britannique depuis
1995.
Le peu de motivation du gouvernement anglais à légiférer sur la question des
mercenaires et la prolifération des firmes de sécurité sur son sol (telles que

32
. Sandra FONTAINE, « Des chiens de guerre aux entreprises de guerre », L’intelligent France, 13
avril 2003. Cet article est disponible à l’adresse Internet
http://www.jeuneafrique.com/gabarits/articleJAI_online.asp?art_cle=LIN13043descherreug0#

32
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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DSL, CRG, Gurkhas, Sandline, pour ne citer que celles-là …) sont révélateurs
de la permanence d’un état d’esprit pragmatique en la matière. Les autorités
britanniques tendent à considérer le travail des Sociétés Internationales de
Sécurité comme naturel et allant de soi. Elles estiment que le recours à des
sociétés militaires privées , professionnelles, responsables, bien réglementées,
peut, dans certaines circonstances, contribuer à établir ou maintenir une relative
stabilité, en aidant des gouvernements encore fragiles à garantir un niveau
minimal de sécurité.

B- Les Etats-Unis

Ils ont été les premiers à adopter vis à vis du mercenariat une attitude rigide
de répression. Il serait alors plus entendu d’affirmer qu’ils ont beaucoup œuvré
pour l’apparition des Sociétés Internationales de Sécurité vis à vis desquelles les
différents gouvernements américains ont une sympathie à peine voilée. C’est
ainsi que par exemple au Nigéria, à la suite du rétablissement de la démocratie
en 1999, après la mort du Général Sani Abacha, la société américaine MPRI a
remporté le marché pour aider les responsables nigérians de la défense à
élaborer un plan d’action en matière de défense, «le gouvernement américain et
le gouvernement du Nigeria se partageant, de façon égale d’ailleurs, le
financement des contrats qui lui sont confiés ».34
De récentes études américaines concluent qu’à un niveau international, les
opérations d’assistance militaire actives menées par des Sociétés Internationales
de Sécurité sont en effet légitimes bien que l’évaluation de leur légitimité reste
contestable et qu’elles soient conduites dans un vide juridique international
complet, sans aucune réglementation efficace.

33
. Sandra FONTAINE, idem.
34
Jean-Pierre Plancade lors des débats sur le vote de la loi française sur la répression de l’activité de
mercenariat, Sénat, 2001

33
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
_____________________________________________

Chapitre II : LES SOCIETES INTERNATIONALES DE SECURITE,


NOUVEAU CADRE D’EVOLUTION DU MERCENARIAT

Au cours de l’histoire de nombreux Etats ont eu recours aux mercenaires


par habitude ou par nécessité. Il n’en est pas moins vrai que ce phénomène
progresse depuis une décennie de façon importante, tout particulièrement en
Afrique au sud du Sahara. Au cours des années 1990, un grand nombre de
sociétés internationales ont entrepris de fédérer et d’organiser l’activité
mercenaire selon un model commerciale et légale, sous la forme de Sociétés
Internationales de Sécurité (SIS)35. Certains auteurs parlent même de
« mercenariat entrepreneurial ».36

35
L’expression Sociétés Internationales de Sécurité (SIS) ou Private Security Providers(PSP) pour sa
variante anglo-saxonne, regroupe une multitude de sociétés associées au mercenariat, qui offrent
des services très diversifiés et s’acquittent de tâches couvrant un vaste champ opérationnel. Il est
extrêmement difficile d’arriver à une taxonomie exhaustive de cette nouvelle réalité. Généralement,
les spécialistes s’entendent pour regrouper à une extrémité du spectre les Sociétés Militaires Privées
(SMP) de leur acronyme anglaise Private Military Companies ou PMC, et à l’autre les Sociétés de
Sécurité Privée (SSP) ou Private Security Companies, PSC en anglais. Les premières assurant
principalement des activités de soutien et de participation aux opérations militaires, de conseil militaire
(assistance et entraînement des forces gouvernementales, de l’acquisition d’armements et l’analyse
stratégique des menaces) et de soutien logistique (transport de matériel, entretien des équipements,
protection humanitaire, opération de maintien de la paix et activités post conflit). Les secondes se
spécialisant dans la sécurité civile (protection de sites et d’entreprises et analyse des risques
sécuritaires) et la prévention de la criminalité. Cependant, il est évident qu’une telle classification en
fonction de la forme ignore une panoplie de facteurs déterminants, mais non essentiels à la
compréhension de la réalité des usages privés. À des fins de simplification, il nous est donc plus
pratique de désigner l’ensemble de ces entités par l’abréviation SIS.

36
Jean Marguin, La privatisation des forces armées : une révolution inéluctable ? Revue L’Armement,
o
n 69, mars 2000

34
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
_____________________________________________

L’apparition des SIS répond à des conditions de fond (causes et conditions


d’émergence) et elles ont des rapports tant avec les Etats qui les hébergent que
ceux les employant, qui ne sont pas toujours reconnus du fait de certaines
contingences de la vie internationale.

Section 1 : Causes et conditions d’émergence du marché des Sociétés


Internationales de Sécurité en Afrique noire.

Le processus global de morcellement politique qui s’installe dès la fin de


la guerre froide engendre de nombreux conflits armés. Décidées à toucher les
dividendes de la paix, les grandes puissances deviennent plus réticentes à
intervenir dans des guerres qu’elles ne considèrent plus comme les leurs. La
majorité des Etats occidentaux jugent alors nécessaire de réduire
substantiellement leurs budgets de défense et adaptent le format de leurs armées
à ce qu’ils pensent être un nouvel ordre mondial. De 1987 à 1994 près de cinq
millions de soldats sont rendus à la vie civile, et de nombreux matériels
conventionnels prolifèrent sur les différents marchés.
Dès lors, les firmes exportatrices de main d’œuvre militaire et d’expertise
sécuritaire se positionnent sur un marché vierge, qui résulte de la rencontre
d’une demande de plus en plus croissante et d’une offre diversifiée.

En favorisant le facteur économique par rapport au déterminant militaire


de la puissance étatique dans la défense des intérêts nationaux, les Etats ont
déclenché des mutations importantes au sein de leurs appareils de défense et
dont les conséquences quant à l’émergence des Sociétés Internationales de
Sécurité, sont évidentes.

35
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Paragraphe 1 : Les armées face au libéralisme économique de l’après guerre


froide

La fin de la guerre froide a vu le triomphe des Etats Unis sur l’Union


Soviétique. Plusieurs Etats qui n’étaient pas du bloc capitaliste se sont retrouvés
avec de réelles difficultés pour faire décoller leur économie et réaliser une
certaine stabilité. Les grondes sociales et l’obligation de s’adapter aux exigences
de l’économie de marché ont poussé les gouvernements à réduire les dépenses
nationales en vue de mobiliser les fonds nécessaires au règlement des problèmes
du moment. Plusieurs secteurs, dont celui de l’armée, connaissent alors une
vague de privatisation et de licenciement. C’est ainsi qu’on assiste à une chute
des budgets de défense suivie d’une privatisation de certains appareils de
défense et de sécurité. De plus la démobilisation mondiale des troupes a mis sur
le marché de l’emploi une main d’œuvre qualifiée.

A- La baisse des budgets de défense et la privatisation des appareils de défense


et de sécurité
La chute des dépenses militaires dans les pays impliqués dans la défense
des blocs de la guerre froide (les pays de l’OTAN et du Pacte de Varsovie) a été
spectaculaire.
Mais en Afrique subsaharienne les dépenses militaires baissent de 21,4%
dans la période 1985-1996.37 Cela n’a aucune corrélation avec le retour à la
stabilité politique : les montants des dettes publiques des pays africains
expliquent en grande partie cette apparente réduction. La " mal gouvernance " a
provoqué des interventions du Fond Monétaire International et de la Banque

37
Source : Military Balance, édition 1998

36
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
_____________________________________________

Mondiale : Programmes d’Ajustement Structurel avec leurs conditionnalités,


rééchelonnements de la dette sous des conditions de gestion draconiennes et
accords contraignants adoptés par les Clubs de Paris et de Londres.
Ces coupes budgétaires engendrent dans l’ordre interne une privatisation
progressive des appareils de défense. Le processus est en marche dans la plupart
des secteurs touchant au domaine de la défense et de la sécurité. L’industrie de
défense d’Etat a été la première à connaître la privatisation et ceci pour des
raisons tenant à la fois aux impératifs de rentabilité et à la concurrence farouche
qui règnent dans ce secteur qui a pris de plein fouet la baisse des commandes
militaires publiques et la réduction des marchés à l’export. Les entreprises de
défense se tournent désormais vers les technologies duales et les domaines
d’application civile. La plupart d’entre elles entretiennent désormais des
activités militaires marginales dans leurs bénéfices, dont la justification
économique n’est plus une évidence. Dassault Aviation, par exemple, assure sa
rentabilité grâce aux jets d’affaires Falcon. La construction des matériels
nationaux n’est plus une priorité et le manque de fiabilité des lois de
programmations militaires tend à conforter les firmes dans leurs recherches de
débouchés à l’exportation.
Ce phénomène est moindre en France en comparaison avec les
comportements des pays de tradition plus libérale. En effet, si la France est
réticente sur ce point, les pays anglo-saxons sont allés bien plus loin dans la
privatisation qui touche de manière plus poussée des domaines stratégiques .
Les Etats font alors appel à des acteurs privés pour répondre à des tâches
peu sensibles, techniques mais coûteuses telles que le déminage, la maintenance
des matériels ou encore la logistique.
En France, les hélicoptères de la Marine Nationale sont entretenus par des
sociétés de services privées sous contrat. L’armée de l’Air fait aussi appel à des
avions appartenant à des compagnies de transport privées qu’elle loue pour

37
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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augmenter ses moyens de projection (Antonov ou Boeing). Autre secteur


délégué au privé : le déminage. Des sociétés spécialisées dans ce domaine
assurent désormais ces activités au profit des Etats industriels (souvent premiers
producteurs et exportateurs de mines antipersonnelles) et des Nations unies.
Le Département de la Défense américain (DoD) sous-traite toutes les
tâches qu’il juge annexes. La sophistication et l’étendue des délégations
américaines s’expliquent largement par l’immensité du marché intérieur de
défense des Etats-Unis. Le budget fédéral ne pourrait pas supporter, à lui seul,
une nationalisation de toutes les activités liées aux secteurs stratégiques. La
sous-traitance est donc nécessaire. Ainsi la logistique et l’intendance des forces
armées américaines sont en grande partie sous-traitées par des compagnies
privées complètement associées aux opérations extérieures. Durant la première
guerre du Golfe, la Defense Logistics Agency (D.L.A.) a négocié plus de 550
000 contrats pour un montant global de 760 millions de dollars avec des
compagnies privées (Federal Express, AT&T, Evergreen, Southern Air
Transport par exemple).38

Une autre composante publique privatisable et privatisée de manière


différenciée selon les pays est la sécurité des structures publiques. En France,
certains maires ont réclamé la création de polices municipales et leur armement.
La tendance, face à la pression politique des habitants, à créer des structures
publiques décentralisées sous l’autorité des collectivités locales pour renforcer la
sécurité est éminemment perverse. Poussé à l’extrême, ce phénomène aboutit
aux milices d’autodéfense puis aux armées privées.

38
www.ifrance.com/intelligence/Mercenaires.htm

38
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Aux Etats-Unis, les gardiens de prisons ne sont pas des fonctionnaires,


mais des " matons " privés provenant de la puissante et énigmatique firme
Wackenhut Corporation.39
La compagnie anglaise Defense Systems Limited (DSL) assure quant à
elle la sécurité des ambassades de nombreux pays : à Bahreïn au profit des Etats-
Unis, en République Démocratique du Congo pour les Etats-Unis, la République
Sud-Africaine et la Suisse et enfin en Angola pour les Etats-Unis, la Grande
Bretagne, l’Italie, la Suisse, la République Sud-Africaine et le Consulat de
Belgique. En effet, l’instabilité de certains pays exige que l’on prenne des
mesures de sécurité et les attentats du 7 août 1998, contre les ambassades
américaines de Nairobi (Kenya) et Dar es-Sallam (Tanzanie), de même que les
nombreux attentats contre les intérêts américains à travers le monde après le 11
septembre 2001, montrent toute la légitimité de cette protection.
D’autres firmes assurent la sécurité d’installations stratégiques, comme les
pipelines ou les gazoducs. La construction du gigantesque pipeline de 1100km
reliant le champ pétrolifère in shore tchadien de Doba au port d’évacuation
camerounais de Kribi (inauguré récemment) avait prévu un appel d’offre au
privé pour sa sécurité durant les travaux et après la mise en service. Pour sa
connaissance du terrain tchadien, la société de sécurité de Paul Barril a été
évoquée comme la mieux placée pour le contrat. Executive Outcomes, la plus
grande compagnie militaire privée du monde, avait déjà été sollicité pour la
surveillance et la protection des structures gazières de la SONATRACH, dans le
nord de l’Algérie, face à la prolifération des groupes islamiques armés mais les

39
Avec 30000 employés de par le monde, 700 millions de dollars de chiffre d’affaires et 139 millions
de dollars de bénéfices en 1996, Wackenhut est une vieille compagnie. Fondée en 1954 par un
ancien agent du FBI, George Wackenhut, elle assure la protection de 13 ambassades américaines, de
l’oléoduc d’Alaska et de la réserve stratégique de pétrole des Etats-Unis. Mais aux dires de son
ancien avocat, Bill Casey devenu sous l’administration Reagan directeur de la CIA, la firme s’est livrée
à des opérations beaucoup moins avouables. Wackenhut est le relais privé présumé de nombreuses
" blacks operations " de la CIA

39
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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négociations avaient échoué.

Sous-traiter le maintien de l’ordre dans une structure publique est une chose
courante dans certains pays. En Afrique du Sud, une des plus grandes entreprises
de sécurité privée du pays, Combat Force Security, a été appelée en renfort par
les responsables de l’Université de Durban-Westville pour assurer la fermeture
du campus. Deux étudiants ont été blessés et des centaines intoxiqués par des
gaz lacrymogènes au moment où les gardes ont pris le contrôle de l’université.
Le maintien de l’ordre (répressif et postérieur à une situation existante) ne
suffit souvent pas aux gouvernements. Le volet préventif, qui comprend la
surveillance des personnalités subversives influentes, peut aussi être sous-traité à
des compagnies privées. Wackenhut a ainsi fournit au gouvernement fédéral
américain, en pleine période MacCarthyste, un fichier de 2,5 millions de noms
de personnes " subversives ou sympathisantes " présumées communistes.

B- La démobilisation mondiale des effectifs et ses conséquences


L’autre phénomène structurel qui favorise le développement du « mercenariat
entrepreneurial » réside dans l’immense " dégraissage " des armées nationales
effectué au niveau mondial depuis la fin de l’affrontement Est-Ouest. La baisse
des budgets de défense et des dépenses militaires ont permis une réduction,
quelque fois drastique, des effectifs militaires dans la plupart des pays
développés et dans les pays qui possédaient une instabilité entretenue par le
" grand jeu " des puissances pendant la période de la guerre froide

40
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Globalement, les effectifs mondiaux au service des forces armées ont


diminué de plus de 5 millions de personnes entre 1985 et 199640.
Il est clair que ce n’est pas la démobilisation mondiale seule qui a permis
la résurgence du phénomène du mercenariat et sa mutation en multinationales.
Mais ce processus de réduction des effectifs a été plus ou moins bien conduit
selon les pays. Si la France a contracté le format de son armée, elle l’a fait avec
des mesures d’accompagnement économique et social. Dans d’autres pays,
notamment à l’Est et en Afrique du Sud, le phénomène a été plus brutal et le
retour à la vie civile de certains militaires s’est fait plus difficilement. La
frustration engendrée par le sentiment de l’inutilité et de l’ingratitude,
consécutives à l’explosion de certaines sociétés militaires, n’a pas eu les effets
escomptés du point de vue de la paix : ceux qui rejoignent les rangs des firmes
de sécurité sont en majorité des Ukrainiens, des Serbes, des Polonais, des Russes
et des Sud-Africains.
Cela est d’autant plus vrai que cette démobilisation a coïncidé avec la fin
des conflits régionaux, gros pourvoyeurs de main d’œuvre, tels que
l’Afghanistan et l’ex-Yougoslavie. L’afflux de mercenaires, immédiatement
après l’arrêt d’un conflit, est un phénomène bien connu depuis longtemps. Il y a
eu l’après Vietnam pour les Américains, les Malouines pour les Anglais, la
guerre du Golfe et enfin la Yougoslavie qui a vu arriver sur le marché du
recrutement des Français déçus et des Serbes vexés par la résolution de ce
conflit.
Qu’il soit volontaire ou imposé, le passage du secteur public au secteur
privé de cette main d’œuvre qualifiée au chômage technique, s’il est assez bien
admis dans la fonction publique civile, pose quelques problèmes éthiques quand
il s’agit de militaires redoutables, de hauts responsables de la défense ou des
membres des services de renseignement, qui continuent d’exercer leurs

40
www.ifrance.com/intelligence/Mercenaires.htm

41
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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compétences dans le même domaine d’activité mais à des fins commerciales.

Depuis que les mercenaires existent, ils sont issus des troupes les plus
efficaces et reconnues comme telles. Les unités d’élite sont ainsi des réserves de
premier choix pour les SIS. L’époque glorieuse des " Africains Blancs " a connu
des contingents de " chiens de guerre " triés sur le volet : légionnaires et
parachutistes coloniaux français, Royal Marines, bérets verts américains, pilotes
de la Royal Air Force, pour ne citer que ceux-là.
Les troupes d’élite sont la base de l’expertise militaire vendue par les SIS.
La " vieille école " s’en était servie de manière sporadique et individuelle,
chacun étant susceptible de rejoindre les " Commandos " africains en fonction
de sa nationalité. Actuellement, le recrutement est beaucoup plus systématique.
Chose plus inhabituelle et surprenante, le corps des officiers, plus
marginalement attiré par le mercenariat, est de plus en plus tenté par le passage
au privé. La firme américaine Military Professional Resources Incorporated en
est l’archétype. Selon la formule consacrée, " elle possède plus de généraux
quatre étoiles que le Pentagone ". Même si cela est une particularité américaine,
le procédé a tendance à se développer au fur et à mesure que les soldes
" privées " sont élevées.
Par ailleurs les hommes de renseignement passent au privé. Ce processus
bien connu pour les soldats, est tout aussi vrai pour les membres éminents des
services secrets et des hauts responsables politiques de la défense.
Mais contrairement à un recyclage vers le renseignement économique, les
firmes de mercenaires demandent aux personnes qui les rejoignent une
continuité totale de leur action et de leurs compétences mais cette fois au service
d’intérêts privés et commerciaux. Ces hommes continuent à faire du
renseignement militaire et des opérations spéciales, en tant qu’experts, pour le
compte des compagnies de sécurité.

42
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Là aussi le phénomène n’est pas nouveau. Les premières sociétés


commerciales de mercenaires qui apparaissent en Grande Bretagne après la
deuxième guerre mondiale sont fondées et constituées d’anciens SAS (Special
Air Service), qui sont encore aujourd’hui l’un des principaux viviers du
mercenariat. Par exemple le fondateur du redoutable Special Air Service, David
Stirling, est à l’origine de Watchguard Organisation qui, à partir de 1967,
entraîne des mercenaires et les déploie au gré des intérêts du Foreign Office.
Le phénomène n’est pas seulement anglais. Les autres pays possédant des
structures de renseignement efficaces connaissent aussi cela. Les services sud-
africains de renseignement sous l’apartheid ont fourni les cadres dirigeants de la
plus importante société de sécurité mondiale : Executive Outcomes.

Les compagnies d’assistance militaire et de sécurité profitent pleinement de


ces conditions. Des bases de données permettent aux firmes de posséder un
réservoir d’hommes disponibles et contactables sans préavis. De même, les
unités d’élite sont largement démarchées, voire débauchées, par des annonces
qui circulent sur le Web ou dans des revues spécialisées. Executive Outcomes
disposait d’une base permanente de 2 000 personnes mobilisables dans des
préavis très courts. Eeben Barlow, fondateur et directeur d’Executive Outcomes
jusqu’en juillet 1997, ajoute que sa firme remplit en cela un rôle social de
recyclage des désœuvrés et des laissés pour compte de la sécurité et de la
défense.
La firme américaine Military Professional Resources Incorporated joue sur le
même registre. En se présentant comme " le plus grand groupe d’expertise
militaire dans le monde ", elle déclare posséder un fichier en croissance continue
de plus de 2 000 noms d’officiers du Pentagone. Sur son site Internet41, la firme

41
Pour plus d’informations, consulter www.mpri.com

43
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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américaine met en avant le fait que " la communauté militaire à la retraite est
une ressource nationale " à mettre en valeur.
Certaines revues spécialisées comme l’américaine Soldiers of Fortune (SOF)
et la française SECURIMAG centralisent ces demandes d’emploi d’un genre
spécial. La disponibilité du marché peut surprendre mais la plupart des annonces
pour des activités de mercenaires ne transitent pas par ces publications. Les
réseaux de contacts et les News Groups du Web sont beaucoup plus discrets. Les
possibilités d’emploi sont d’autant plus alléchantes (financièrement) qu’elles
sont aussi un moyen quasiment assuré de partir sur des théâtres extérieurs
" chauds ", chose que les pays occidentaux sont de moins en moins enclins à
faire avec leurs propres hommes…

Paragraphe 2 : les calculs stratégiques des Etats et l’explosion de la demande

La nouvelle donne stratégique de la mondialisation et la divergence des


intérêts économiques et commerciaux des Etats les ont amené à se désintéresser
progressivement de l’action militaire pour leur propre compte. Ceci a eu pour
conséquence de favoriser l’apparition sur le marché, des SIS qui prétendent
remplacer ces grand Etats pourvoyeurs en éléments pour les interventions de
l’ONU, dans leurs missions traditionnelles de gardiens de la sécurité collective,
et même fournir des services plus compétitifs financièrement.

A- Les calculs stratégiques des Etats comme cause d’émergence des SIS

Le continent africain apparaît de plus en plus comme le théâtre des luttes


stratégiques des pays développés. En effet la multiplication des conflits, la lutte
contre le terrorisme, la mobilisation des opinions publiques nationales face aux

44
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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images désolantes d’un continent qui se meurt et l’engagement militant des


Organisations Internationales Non Gouvernementales, mais surtout la position
géostratégique du continent noir et l’immense potentiel de son sous-sol, ont tôt
fait d’attirer l’attention de ces Etats sur l’intérêt qu’ils ont de s’y investir.
Les chasse-gardées des grandes puissances impérialistes ne semblent plus
résister aux désirs des dirigeants africains de diversifier leurs partenaires au
développement. On assiste alors à un conflit d’intérêts parfois antagonistes
comme ce fut la cas entre la France et les Etats-Unis par rapport à une force
interafricaine de maintien de la paix. En effet « entre 1990 et 1994, la France,
comptant sur un certain soutien européen, avait avancé de mettre sur pied une
" force interafricaine de paix". En octobre 1996, avant le déclenchement du
conflit du Kivu, le Président Clinton a envoyé son Secrétaire d'Etat, M. Warren
Christopher, dans une tournée africaine afin de promouvoir la constitution
d'une "force interafricaine de paix"; initiative très critiquée par des porte-
parole français qui la décrivaient comme une "tactique électorale pour gagner
les votes noirs". L'idée a gagné à nouveau en actualité avec le conflit du Zaïre.
La force de paix africaine a déjà été un motif de discorde entre les deux
puissances. La rivalité anglo-saxonne est une des raisons qu’exprime la
paralysie d’une telle idée, laquelle existe, du côté africain, depuis la création de
l’OUA42. »
C’est justement sur le terrain de la paix que se concrétisent les enjeux
stratégiques des Etats. En effet le problème tenant aux risques politiques des
opérations extérieures des Nations Unies (les échecs électoraux qui découlent
des fiascos somaliens, rwandais et autres, tendent à mettre en difficultés les
dirigeants politiques qui décident des interventions et en sont par la suite
responsables politiquement ) se combine avec d’autres facteurs d’explication

42
. Clara PULIDO ESCANDELL, « Les nouvelles tensions France-Etats-Unis dans le pré carré
Africain », Université de Bordeaux, disponible à l’adresse Internet
http://www.polis.sciencespobordeaux.fr/vol4n2/arti5.html

45
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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d’ordre économique pour amorcer peu à peu le désintérêt des membres du


Conseil de Sécurité des Nations Unies, pris individuellement, aux conflits
mondiaux.
Les trois Etats de l’OTAN, traditionnels bailleurs de contingents pour le
compte de l’ONU, semblent privilégier la décentralisation du maintien de la paix
à toutes les opérations extérieures ne mettant pas directement en danger leurs
intérêts stratégiques ou leurs ressortissants nationaux43. L’ONU légitime cette
pratique en confiant certaines de ses Opérations de Maintien de la Paix à des
coalitions interafricaines sous commandement d’une puissance régionale comme
cela est le cas pour le Nigeria qui fut à la tête des opérations de l’ECOMOG au
Libéria et en Sierra Léone.
Le caractère multinational implique constamment de ménager les
susceptibilités nationales des petits pays qui entendent participer aux opérations
alors qu’ils ne possèdent pas les matériels et la formation suffisants pour les
mener correctement. Ces contradictions ont eu des conséquences opérationnelles
et humaines importantes au sein de la population locale comme du côté des
forces armées engagées par l’ONU. Mais le volet financier, aussi trivial qu’il
puisse paraître, constitue un des griefs majeurs des Etats à l’encontre les Nations
Unies.
Du fait de leur prolongation dans le temps, de leur coût et du long processus
décisionnel du conseil de sécurité des Nations Unies, les opérations de maintien
de paix sont de plus en plus sujets à caution.
Les gouvernements légaux sont souverains et l’ingérence dans leurs
affaires intérieures est proscrite. Le véritable problème est bien celui de la
légitimité des contractants en matière de sécurité ou d’expertise militaire. En

43
Au sommet de La Baule, François Mitterrand avait précisé que les pays africains pourraient
compter sur la France s’ils étaient menacés de l’extérieur, mais non pour régler des conflits internes.
Dans ce dernier cas, si les troupes françaises participaient, ce serait seulement pour « protéger ses
ressortissants », au lieu des régimes amis (comme cela se passait avant)

46
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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effet, il convient d’analyser précisément la demande et les besoins que satisfont


les firmes privées en lieu et place des Nations Unies et de la Communauté
internationale qui en a progressivement abandonné l’exclusivité.

B- L’explosion de la demande et la légitimité de l’offre


La multiplication des conflits régionaux a induit la croissance des besoins
d’intervention de la communauté internationale. Le manque de capacité et de
rapidité des Nations unies, la complexité du processus de décision de cette
organisation et la réticence de certains États à se commettre sur certains terrains
d’activité, ont mené à une régionalisation de la résolution des conflits et des
opérations de maintien de la paix (OMP). Des quelques 75 000 Casques bleus
déployés en 1994 sous l’égide des Nations unies, seulement 42 000 étaient
encore en opération en octobre 2003. Incidemment, la majorité des conflits ont
étés gérés non pas par l’ONU, mais par des organisations régionales de sécurité
(OTAN, OUA, UE, OEA…)44. Cependant, malgré le désengagement de la
communauté internationale, et ce particulièrement en Afrique, les besoins en
matière de stabilisation et d’OMP n’ont pas disparu. On assiste même
aujourd’hui à une forte augmentation du nombre des opérations de maintien de
la paix de l'ONU en Afrique, qui nécessitent 2,9 milliards de dollars sur les 3,9
milliards du budget que cette institution a consacré au maintien de la paix45.
Malgré la compréhensible réticence de la communauté internationale à
reconnaître l’apport des SIS, certaines d’entre elles ont démontré dans le passé
leurs aptitudes à la stabilisation de la situation sur le terrain. En Sierra Leone,
EO a joué un rôle instrumental dans l’altération du scénario du conflit, ce qui a

44
http://etudiants.fsa.ulaval.ca/projet/gie-64375/mercenaires/accueil.htm
45
. Ed Royce (Président de la sous-commission des affaires africaines de la Chambre des
représentants) cité par Jim Fisher-Thompson , « Maintien de la paix : les opérations de l'ONU en
Afrique donnent peu de résultats » ,disponible sur le site du Département d’Etat américain
www.usinfo.state.gov/francais/

47
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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obligé le RUF à s’asseoir à la table des négociations. La conclusion des accords


de paix de novembre 1997 a suffisamment apaisé la situation pour permettre la
tenue des premières élections en 27 ans. En Angola, les lourdes pertes de
l’UNITA sur les champs de bataille, conjuguées à la reprise du contrôle de
gisements miniers par EO aidé des forces gouvernementales, furent les facteurs
déterminants qui devaient mener à l’établissement des accords de Lusaka en
1994. L’entraînement militaire et les conseils stratégiques dispensés par EO
renforcèrent les capacités de combat de l’armée angolaise. L’engagement de
MPRI dans le conflit yougoslave aux côtés de la Croatie, bien que de nature
beaucoup plus complexe que celui de EO en Afrique de l’Ouest, fut une
incroyable démonstration de sa rapidité d’action et de sa capacité à élaborer des
opérations d’un haut degré de complexité. En ce sens le Président de la sous
commission américaine des affaires africaines de la Chambre des représentants
affirmait le 8 octobre 2004 à ses paires que face aux crises dont de nombreux
États africains sont la proie, « il convient d'envisager de nouvelles mesures
telles que le recours à des sociétés spécialisées dans la sécurité, étant donné que
la sécurité est indispensable au développement de l'Afrique ». « Nous avons fait
appel à de telles entreprises au Liberia et en Côte d'Ivoire pour la logistique (...)
et je sais qu'elles s'occupent de la logistique au Darfour dans le cadre de la
mission de l'Union africaine »46 ajoutera t-il par la suite.
Cependant tout ce qui entoure l’imputabilité des activités de telles
entreprises est aussi à considérer. Bien qu’aucune SIS ne se soit dernièrement
engagée dans la défense d’intérêts stratégiques allant à l’encontre des politiques
de son gouvernement, les actionnaires (dont les objectifs sont essentiellement
pécuniaires) sont ceux à qui elles doivent rendre des comptes. Une motivation
de nature étatique, comparativement à une philosophie purement commerciale,
incorpore au processus décisionnel des paramètres autres que le seul facteur de

46
Jim Fisher-Thompson, idem.

48
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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profitabilité. Néanmoins, le risque lié à l’exploitation des ressources minières et


énergétiques dans un contexte d’instabilité s’avère un puissant incitatif pour
maintenir la stabilité. Cette motivation entre en synergie avec les objectifs des
gouvernements locaux. Il ne peut y avoir d’investissements sans qu’un climat
de stabilité s’installe. Les SIS, en plus de contribuer à la vitalité économique des
États dans lesquels elles opèrent, s’assurent par le fait même que le client
bénéficiera des ressources nécessaires pour s’acquitter de la facture.

Section 2 : Nature des relations entre les Etats et les Sociétés Internationales
de Sécurité.
Le recours à des soldats « privés » (terme qui remplace celui de
mercenaire jugé trop galvaudé) présente pour l’Etat hôte des avantages majeurs.
Il l’exonère ainsi de tout contrôle démocratique, sans risque de froisser l’opinion
publique et lui permets de payer de manière ponctuelle un service rendu.
Cependant pour les Etats bénéficiaires (souvent africains) il existe des risques
politiques bien précis.

Paragraphe 1 : les Sociétés Internationales de Sécurité comme outils de


politique extérieurs des Etats hôtes

Les Etats hôtes sont, bien sûr, ceux qui hébergent les sièges sociaux des SIS.
Afin de mieux étudier la question, nous prendrons deux cas illustratifs : la
France et les Etats-Unis.

A- Le cas Français

La France, nous l’avons vu, ne cautionne pas les intervention des SIS dans
des conflits internationaux tendant à faire croire à une privatisation de la
violence par l’Etat.

49
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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L’absence de lien organique avec les mercenaires a souvent permis à l’Etat


français de conduire une politique par procuration. De ce fait, tous les Présidents
de la Vème République ont laissé faire sinon provoqué des opérations
mercenaires : le général de Gaulle puis Georges Pompidou, du Katanga au
Biafra ; Valéry Giscard d’Estaing, des Comores au Bénin ; François Mitterrand,
du Tchad au Gabon. Sous la présidence de Jacques Chirac, plusieurs opérations
ont été tolérées : Zaïre (1997), Congo-Brazzaville (1997-1998, 2000 ), Côte
d’Ivoire (2000, 2002) 47
Outre le fait qu’il peut constituer un signe politique de soutien, même
minimaliste (comme ce fut le cas au Zaïre fin 1996-début 1997 avec la trentaine
de mercenaires français chargés d’encadrer l’armée de Joseph Mobutu mise en
déroute par les troupes de Laurent Désiré Kabila, équipées par le Rwanda et
l’Ouganda), ce lien laisse transparaître la complicité entre le privé et l’Etat qui
fait que les « coups » réalisés par les premiers ne sont en général pas remis en
cause par les seconds48.
On comprend aisément le grief que porte le gouvernement français contre
la définition du mercenaire proposée par la Convention internationale contre le
recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires, en son
article 1er alinéa 1 -e) qui dit que (Le terme «mercenaire» s’entend de toute
personne) « Qui n’a pas été envoyée par un État autre qu’une partie au conflit en
mission officielle en tant que membre des forces armées dudit État. ». En effet il
considère qu’il fallait parler plutôt de « mission » tout court et que l’adjectif
« officiel » était de trop. On pourrait avancer que cette position du
gouvernement français n’était qu’un paravent pour les SIS qu’il emploie, de
façon non officielle, dans certaines circonstances.

47
. François Dominguez et Barbara Vignaux, « La nébuleuse des mercenaires français », Le Monde
diplomatique, octobre 2003.

48
. François Dominguez et Barbara Vignaux, idem.

50
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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B –Cas des Etats Unis

Après la période exceptionnelle de la guerre froide49 qui voit une


présidentialisation inédite du régime politique américain, l’Oncle Sam tend à
revenir à des préoccupations de " domestic policy " et à un système plus
équilibré dans lequel le Congrès retrouve ses pouvoirs constitutionnels et
l’opinion publique américaine fait pression pour recentrer les objectifs politiques
du pays. Dans cette nouvelle configuration des forces internes, les Etats-Unis se
montrent d’autant plus réticents à intervenir militairement que les sondages et le
Congrès s’y opposent fortement.
Le recours à des compagnies privées est alors un moyen commode de
contourner les autorisations budgétaires du Congrès et d’éviter les réactions
défavorables de l’opinion face aux pertes américaines. De plus, les activités de
firmes américaines d’assistance militaire permettent des actions moins
officielles dans la plus pure tradition des " black operations " du temps de la
guerre froide.
Dans tous les cas de figure, l’aval du Département d’Etat américain est
nécessaire et se matérialise par le biais d’une licence du State Department Office
of Defense Trade Controls qui autorise ou pas, l’exportation de main d’œuvre
sécuritaire ou l’octroi d’une assistance militaire par un opérateur privé, pour le
compte des Etats-Unis. Cette procédure s’apparente à celle utilisée pour les
ventes de matériels de guerre (Foreign Military Sales), suivant en cela l’opinion
générale des responsables du Pentagone qui insistent sur la légitimité de cette

49
. Les Etats-Unis ont dès leurs origines été très réticents à s’impliquer dans la gestion des affaires
internationales. Repliés sur leur modèle de société, les Américains ont souvent prôné la retenue et
l’isolationnisme face à leurs dirigeants, trop enclins à exporter l’american way of life. La doctrine
Monroe, charnière entre la fin du XIXème siècle et le XXème siècle, en est le parfait exemple, la
formule " l’Amérique aux Américains " résume cet état d’esprit. Intervenant uniquement quand leurs
intérêts sont menacés, notamment en Europe pendant les deux guerres mondiales, Washington craint
depuis toujours les " foreign entanglements " qui entraveraient sa liberté d’action

51
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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comparaison et donc sur la nécessité de l’identité formelle entre les dispositions


de contrôle : négociations d’accords d’Etat à Etat, autorisations progressives à la
conclusion du contrat et durant son déroulement, etc.
Des experts estiment qu’en 2004 le Pentagone aura dépensé $30
milliards US, ce qui représente environ 8% du budget de la défense, en contrat
avec des compagnies militaires privées50. Il existe donc une relation d’extrême
proximité entre le Pentagone et les compagnies militaires privées, puisque ces
dernières sont généralement dirigées par d’anciens hauts gradés du département
de la défense. Ce lien étroit rend parfois difficile la distinction entre les forces
régulières et civiles oeuvrant pour des compagnies privées.
Des soupçons ont même pesé sur une ONG américaine comptant pourtant
dans son conseil d’administration Henry Kissinger : l’International Rescue
Committee. Des journalistes belges ont mis en cause son rôle dans le soutien
logistique accordé à Laurent-Désiré Kabila et notamment dans l’installation de
batteries antiaériennes autour de la ville de Bukavu après le bombardement de la
ville. Ces allégations ont été démenties par la suite.

Quant au MPRI, elle a la particularité de ne pouvoir travailler qu’avec


l’accord de la Maison Blanche : autrement dit, elle n’a jamais été qu’un
prestataire de services de l’exécutif américain. On relève notamment qu’elle
succéda à EO en Angola au lendemain de la visite du Président Clinton à
Luanda, et sous la pression de l’administration démocrate.

Paragraphe 2 : Des risques politiques pour les Etats africains bénéficiaires

50
http://etudiants.fsa.ulaval/projet/gie-64375/mercenaires/accueil.htm

52
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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A- Un néocolonialisme de plus en plus imminent

Cet aspect de la question a largement été étudié par le Haut Commissariat


aux Droits de l’Homme de la Commission Economique et Social des Nations
Unies.

En effet dans son rapport daté du 20 février 1997, le rapporteur spécial sur
les mercenaires pour le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme, Enrique
Bernales Ballesteros, met en garde les Etats qui contractent avec les SIS :

" Les pays faibles qui pourraient, à cause de leurs problèmes institutionnels,
être tentés de devenir des clients de ces puissantes compagnies, pourraient bien
avoir donné le premier coup de grâce à leur propre Etat. (…) elles peuvent
devenir une véritable menace du fait des activités qu’elles mènent, parce
qu’elles possèdent des experts hautement entraînés, des armes sophistiquées et
des renseignements classifiés, parce qu’elles opèrent avec des gouvernements
légitimes mais aussi avec des mouvements d’opposition armée, parce qu’elles
interfèrent dans l’économie du pays qu’elles aident et enfin parce qu’elles
utilisent la violence et des tactiques de déstabilisation en lien avec d’autres
compagnies. "

Mais Bernales Ballesteros développe aussi un autre aspect du risque


politique pour les Etats contractants :

" Transférer ces responsabilités à des compagnies privées provenant de pays


tiers restreint la souveraineté du gouvernement qui signe un contrat tel que les
pouvoirs de police, de défense du territoire et de la population sont délégués.
(…) cela peut être dangereux pour l’Etat d’assumer ainsi les abus qui
pourraient être commis par les compagnies de sécurité à l’encontre de la
population civile dans sa chasse à l’opposition politique, ou les violations des
droits de l’homme ou du droit humanitaire, ou enfin si les firmes privées

53
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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profitent de leurs relations avec des multinationales minières, pétrolières,


chimiques ou autres pour étendre leurs intérêts et utiliser leurs ressources
militaires pour établir une hégémonie politique, économique et financière pour
leurs partenaires d’affaires. (…) [ces Etats] paveraient ainsi la voie du néo-
colonialisme du XXIème siècle. "
La présence de mercenaires dans un pays est politiquement déstabilisatrice.
Ils menacent le monopole de la coercition et de l’emploi de la force qui est un
principe de base des Etats légaux. De plus, certains " chiens de guerre " ont des
ambitions démesurées.
La prolifération des Gardes Présidentielles dans la plupart des Etats africains
est aussi une forme subtile de substitution des mercenaires aux plus hauts
organes publics nationaux. Au Gabon, en Centrafrique, aux Comores avec Bob
Denard, ces gardes prétoriennes ont très largement influencé les pouvoirs qu’ils
protégeaient dans le sens de leurs propres intérêts.

B- Des contrats qui tendent à s’éterniser et des tentatives de se faire payer


en nature
Il faut surtout remarquer que les intérêts des mercenaires résident beaucoup
plus dans la prolongation du conflit que dans l’amélioration de la situation dans
le pays. En effet, les firmes ont une tendance marquée à tenter de pérenniser
leurs activités les plus rentables (formation des militaires gouvernementaux puis
protection des compagnies d’extraction) et donc à s’implanter durablement dans
les pays contractants.
La concurrence entre les firmes transnationales de sécurité et d’assistance
militaire paraît évidente si l’on considère l’intérêt financier à mener des
opérations offensives en lieu et place d’un Etat, à former une armée étrangère ou
à donner des conseils d’expert moyennant des contrats colossaux dont certaines

54
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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contreparties sont des investissements à long terme très rentables. Les ponctions
financières sur les budgets publics sont donc importantes, surtout si l’on
considère la nature économique des principaux pays contractants. La plupart
sont des Etats fragiles en voie de développement ou en transition vers une
démocratie à économie de marché. Leur dette et leurs déficits chroniques, déjà
très problématiques, sont alors grevés par le montant des contrats militaires et
sécuritaires privés. Mais si l’on a évoqué le paiement du contrat d’Executive
Outcomes en Sierra Leone , on est obligé de constater que les pays concernés
s’engagent délibérément avec les compagnies de mercenaires et donc que ces
dépenses sont parfaitement volontaires. A tel point que les impossibilités de
règlement font l’objet de compensations en nature suite à des accords
particuliers entre l’Etat et la firme.
Les nombreux dérapages des firmes justifient et impliquent la nécessité
d’une législation contraignante permettant le contrôle, l’interdiction et la
poursuite des activités des mercenaires modernes dans l’ordre interne (pays dans
lesquels ils agissent, Etats hôtes) mais aussi sur le plan international à cause de
leurs structures mondialisées.

55
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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SECONDE PARTIE

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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LA REPRESSION DU MERCENARIAT DANS SES


NOUVELLES FORMES SUR LE CONTINENT
AFRICAIN ET REPONSES DES ETATS

La critique que l’on fait aux différents textes existant qui condamnent ou
répriment le mercenariat, est qu’ils ne prennent pas en compte le nouveau cadre
d ‘évolution, les nouvelles formes du mercenariat contemporain, à savoir le
mercenariat entrepreneurial.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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La question est de savoir quels sont les textes de loi qui condamnent le
mercenariat (quelles sanctions prévoient-elles) et quelle est la responsabilité des
Etats d’une part, et d’autre part, quelles sont les réponses que les Etats ont
élaborées pour lutter contre le phénomène et les perspectives pour le continent
africain, continent qui a longtemps souffert du phénomène tel que nous l’avons
montré dans la première parti.

Chapitre premier : LA REPRESSION JURIDIQUE DU MERCENARIAT

Plusieurs textes existent et condamnent le mercenariat. Il en existe sur le


plan international de même que sur les plans régional et national.

Section 1 : L’arsenal juridique international

Plusieurs textes internationaux, régionaux et nationaux portent sur le


mercenariat. Il s’agit notamment de la convention internationale contre le
recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires, de
Traités relatifs à certaines infractions, de la convention de l’OUA sur

58
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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l’élimination en Afrique du mercenariat, et plusieurs législations nationales dont


celle sud-africaine qui retiendra notre attention.

Paragraphe 1 : La répression du mercenariat dans les textes internationaux

Comme textes internationaux nous parlerons de la convention des Nations


Unis contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de
mercenaires et de Traités relatifs à certaines infractions.

A- Convention internationale contre le recrutement, l’utilisation, le financement


et l’instruction de mercenaires

La Convention établit toute une série d’infractions qui peuvent être


commises par des mercenaires individuellement, par des personnes recrutant,
utilisant, finançant ou instruisant des mercenaires et par les États parties, de
même qu’ elle impose à ces derniers (aux États parties) un certain nombre
d’obligations à cet égard.

Les États parties ont des obligations positives aussi bien que négatives à cet
égard. Ils doivent non seulement s’abstenir de se livrer à aucune des activités
visées mais aussi prendre les mesures voulues pour empêcher que d’autres ne
s’y livrent. Ceci s’applique en particulier aux activités dont le but est de
s’opposer à l’exercice légitime du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. En
outre, les infractions définies par la Convention doivent être punies de peines
correspondant à leur gravité.

Outre qu’elle définit des infractions, la Convention établit un cadre pour


faciliter la poursuite des délinquants au niveau national. Elle exige des États
qu’ils fassent en sorte que leur législation permette les poursuites. L’auteur

59
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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présumé d’une infraction doit être placé en détention par le territoire de l’État
dans lequel il se trouve et une enquête préliminaire doit être ouverte. Si la
personne concernée n’est pas extradée pour être jugée dans un autre État,
l’affaire doit être soumise aux autorités nationales compétentes. Tout au long de
la procédure, l’auteur présumé doit être traité équitablement et bénéficier de
garanties judiciaires. Les États doivent coopérer entre eux pour prévenir et
réprimer les infractions, notamment par l’échange d’informations.

La convention fait obligation aux Etats de ne pas recourir aux mercenaires


de façon générale, en particulier en vue de s’opposer à l’exercice légitime du
droit des peuples à l’autodétermination, sous peine d’engager leur responsabilité
internationale.

G.Abraham désigne trois domaines pour lesquels la Convention internationale


contre le recrutement, l'utilisation, le financement et l'instruction de mercenaires
est considérée comme problématique 51:
« C’est seulement lorsque le crime de mercenariat est perpétré au sein des
frontières d'un Etat ou par le ressortissant d'un Etat, que cet Etat se voit
accorder la juridiction pour juger de ce crime ;
En cas de conflit, la Convention refuse à l'Etat lésé le droit de poursuivre l'Etat
fautif ;
La Convention ne prévoit aucun mécanisme de contrôle sur ces dispositions,
plaçant ainsi la responsabilité sur les Etats-membres eux-mêmes. »

B- Traités relatifs à certaines infractions


Divers traités ont été élaborés pour interdire un type particulier de
comportements, quelle que soit la nature ou l’identité de celui qui s’y livre. Ils

51
.G. Abraham, « The Contemporary Legal Environment », The Privatisation of Security in Africa,
South Africa, South African Institute of International Affairs, 1999, p. 98.

60
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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comprennent la Convention de Tokyo de 1963 relative aux infractions et à


certains autres actes survenant à bord des aéronefs, la Convention de La Haye de
1970 pour la répression de la capture illicite d’aéronefs, la Convention de 1973
sur la prévention et la répression des infractions contre les personnes jouissant
d’une protection internationale, y compris les agents diplomatiques, la
Convention internationale de 1979 contre la prise d’otages et la Convention de
1988 pour la répression d’actes illicites contre la sécurité de la navigation
maritime. Nombre de ces traités établissent la compétence universelle à l’égard
des auteurs d’infractions, ce qui signifie que chaque État a le pouvoir d’engager
des poursuites contre eux et, de fait, a l’obligation de le faire s’il ne les extrade
pas vers un autre État. Comme ces traités interdisent le résultat sans tenir compte
de l’auteur de l’infraction, ils sont applicables aux mercenaires qui commettent
l’un quelconque des actes prohibés.

La Cour Pénale Internationale (CPI) est quant à elle compétente pour


engager des poursuites contre les individus responsables de crimes visés dans
son Statut, et bien qu’elle ne mentionne pas expressément les activités des
mercenaires, les individus concernés devraient faire l’objet de poursuites comme
quiconque commet un des crimes visés dans le Statut. La qualité de mercenaire
pourrait aussi se révéler une circonstance aggravante au moment du prononcé de
la peine.

Paragraphe 2 : Le mercenariat dans les lois régionale et nationale en Afrique au


sud du Sahara

L’Afrique n’est pas restée non plus sans chercher à réprimer le


mercenariat. Ce fut fait à travers la Convention de l’Organisation de l’unité
africaine sur l’élimination du mercenariat en Afrique, adoptée à Libreville le

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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3 juillet 1977. De plus depuis quelques années et face à la résurgence du


phénomène, certains Etats ont renforcé leurs Droit positif. C’est le cas de la
République Sud-Africaine.

A- La convention de l’OUA

La Convention de l’Organisation de l’Unité Africaine sur l’élimination du


mercenariat en Afrique du 3 juillet 1977 a été le deuxième instrument
international après le Protocole additionnel I du 8 juin 1977 aux Conventions de
Genève, qui porte sur le mercenariat.

Fondée en partie, quant à la définition du mercenaire, sur des projets


antérieurs52 et, à l’exception du problème de la rémunération, sur la définition du
mercenaire telle qu’elle figure à l’article 47 du Protocole I, cette Convention
répond au soucis de ceux qui voient, dans le texte du Protocole, « un
encouragement à l’élaboration d’instruments régionaux plus fermes ».
Fait nouveau, elle incrimine le mercenariat comme tel, et non seulement le
mercenaire (article 1 paragraphe 2) et interdit purement et simplement
d’accorder aux mercenaires le statut de combattants et de prisonniers de guerre
(article 3). Enfin la particularité de cette convention (qui s’écarte en ce point du
Protocole) est qu’elle fait de l’agression un crime de mercenariat.53

52
Projet de Convention sur l'élimination des mercenaires en Afrique présenté par un Comité d'experts
de l'OUA à la Conférence des Chefs d'Etat réunie à Rabat en 1972, et Projet de Convention sur la
prévention et la suppression du mercenariat élaborée par une Commission internationale d'enquête
invitée à assister, à Luanda en 1976, au procès de 13 mercenaires ayant participé à la guerre civile
angolaise
53
la définition de l'agression adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies (rés. 3314 (XXIX)
du 14 décembre 1974, adoptée sans vote) inclut à son article 3, al. ' g ', parmi les actes qui réunissent
les conditions d'une agression, «l'envoi par un Etat ou en son nom de bandes ou de groupes armés,
de forces irrégulières ou de mercenaires qui se livrent à des actes de force armée contre un autre
Etat» lorsqu'ils sont d'une gravité telle qu'ils équivalent aux conditions énumérées aux rubriques
précédentes du même article, ou «le fait de s'engager d'une manière substantielle dans une telle
action». Ce n'est pas le mercenaire qui est ici incriminé, mais l'Etat qui permet l'envoi de mercenaires.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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L’OUA, à travers la Convention, condamne les gouvernements qui


recrutent des mercenaires pour réprimer des mouvements de libération nationale,
mais ne condamne pas ceux qui se défendent contre les groupes dissidents,
illégitimes à l’intérieur des frontières en employant des mercenaires ou des
membres de sociétés de sécurité privée (comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire et
en Angola).

Outre qu’elle crée une infraction spécifique de mercenariat, la Convention


de l’OUA énonce toute une série d’obligations connexes. Les États doivent
prendre des mesures pour éliminer les activités des mercenaires en se dotant
d’une législation punissant de la peine la plus sévère le crime de mercenariat et
en échangeant des informations sur les activités mercenaires qui viennent à leur
attention. Les États s’engagent à poursuivre ou extrader toute personne
commettant une infraction visée dans la Convention et à s’assurer
réciproquement la plus grande assistance en ce qui concerne les enquêtes et les
procédures engagées pour le crime de mercenariat. Les États peuvent être
accusés de violations de la Convention devant tout tribunal de l’OUA ou
tribunal international compétent, et leurs représentants peuvent être punis.

Certains Etats ont élaboré des législations nationales diverses, plus ou


moins sophistiquées selon les pays, telles que des lois interdisant le recrutement
militaires pour l’étranger et des lois portant sur les exportations de technologies
militaires et de services connexes liés aux ventes d’armes. Sur le continent
africain, c’est l’exemple sud africain qui retiendra notre attention.

B - Les lois nationales africaines : cas de l’Afrique du Sud

L’Afrique du Sud s’est dotée en 1998 d’un « Regulation of Foreign Military


Assistance Act » autrement dit « La Loi sur l'assistance militaire à l'étranger »,
qui régit à la fois l’existence des compagnies de sécurité ; en les forçant à
s’enregistrer, et leurs opérations en leur imposant de demander une autorisation

63
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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pour chacune d’entre elles. En effet elle interdit la « participation directe d’un
Sud-Africain à un conflit armé dans le dessein d’en tirer un avantage
personnel » ; de même « tout citoyen ou résident sud-africain » ne doit pas
« recruter, utiliser » des personnes en vue d’activités mercenaires, encore moins
y « participer » ou les « financer ».
Cependant les personnes reconnues coupables s’exposent à « une amende
et/ou une peine prison » et le texte ne fixe aucune limite maximum. Cette
disposition centrale de la loi sud africaine mérite que l’on s’y attarde.
En effet, pour un Sud africain ou un étranger résident en Afrique du Sud qui
aurait participé directement en tant que combattant à un conflit armé à des fins
privées, qui aurait recruté, utilisé entraîné, financé des personnes en vue
d’activités militaires ou qui aurait été reconnu comme tel, s’offrent deux
possibilités de condamnation : l’amende et/ou la prison. A l’épreuve l’on a
remarqué que les délinquants préfèrent alléger leur compte en banque plutôt que
d’aller croupir en prison. C’est le cas de Richard Rouget, sud africain d’origine
française qui a été interpellé en juillet 2003 à l’aéroport de Johannesburg pour
activités mercenaires en Côte d’Ivoire. Il a plaidé coupable lors de son procès,
affirmant avoir agit « par amitié envers le gouvernement ivoirien » et a été
condamné au choix à cinq ans de prison ou une amende de 100.000 rands
(12.084 euros).54 Plusieurs autres mercenaires ont bénéficié de cette loi sud-
africaine (dont le plus récent est Mark Thatcher, le fils de Margaret Thatcher,
soupçonné d’avoir financé un coup d’état déjoué en mars 2004 en Guinée
Equatoriale).
Conscientes de cette faille, les autorités sud-africaines affirmaient peu après
l’arrestation de Mark Thatcher, leur détermination à renforcer leur législation
anti-mercenaire en révisant la Loi sur l'assistance militaire à l'étranger. « Il nous

54
« La Loi sur l'assistance militaire à l'étranger, spécificité sud-africaine » , Agence France Presse , 26
août 2004

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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incombe de réviser cette loi pour s’assurer que nous avons colmaté toutes les
brèches » a expliqué à l’Agence France Presse, le ministre sud-africain à la
sécurité, Charles Nqakula.
"L'http://www.politiqueglobale.org/article.php3?id_article=105Afrique du Sud est
l'exportateur principal d'expertise mercenaire et il est donc de notre
responsabilité d'être au cœur de la bataille pour vaincre ce fléau", avait de son
coté affirmé la ministre des renseignements Lindiwe Sisulu. Tous résument leurs
dires en cette phrase de la ministre sud africaine des affaires étrangères,
Nkosazana Dlamini-Zuma, qui affirmait toujours dans le cadre de l’affaire des
mercenaires de Guinée Equatoriale : "Nous n'aimons pas l'idée que
l'http://www.politiqueglobale.org/article.php3?id_article=105Afrique du Sud soit un
cloaque pour mercenaires".55

Cette apparente volonté du gouvernement sud africain met en exergue la


volonté de l’Etat d’endosser sa responsabilité internationale.

Section 2 : La question de la responsabilité

Il s’agira ici de la responsabilité de l’Etat du fait d’activités mercenaires


de ses ressortissants, et de la responsabilité individuelle du mercenaire

Paragraphe 1 : La responsabilité de l’Etat du fait d’activités mercenaires

55
« En épinglant Thatcher, l'Afrique du Sud envoie un signal fort aux mercenaires », Agence France
Presse, 26 août 2004

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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On considère que la Convention de La Haye n° V de 1907 concernant les


droits et devoirs des Puissances et des personnes neutres en cas de guerre sur
terre exprime le droit coutumier, ce qui signifie qu’elle est applicable à tous les
États. En fait, l’article 4 de cette Convention met à la charge des États une
obligation de prévenir la constitution de groupes de mercenaires sur leur
territoire en vue d’intervenir dans un conflit armé à l’égard duquel ils ont décidé
de rester neutres. S’ils ne le font pas, ils violent leurs obligations au regard du
droit international.
La question de savoir dans quelle mesure un Etat peut ou devrait être tenu
pour responsable de ses ressortissants engagés dans des activités mercenaires est
extrêmement délicate. C'est d'autant plus le cas aujourd'hui qu'il y a convergence
des motivations dans la définition du mercenaire, tant dans le Protocole
additionnel, que dans la Convention internationale contre le recrutement,
l'utilisation, le financement et l'instruction de mercenaires. Sur ce point, les deux
conventions ignorent la responsabilité des Etats quant aux actions menées par
leurs ressortissants. Quelle est l’étendue de la responsabilité de l’État? S’agit-il
d’une obligation négative − celle de s’abstenir de recruter des mercenaires ou
d’appuyer leurs activités − ou comprend-elle une obligation positive d’empêcher
ces activités?
Normalement, la responsabilité des Etats peut être invoquée en vertu
d’obligations découlant d’une conduite prohibée par le droit international. Dans
le cas des mercenaires il y a certainement analogie avec les obligations assumées
par les Etats en vertu du droit de la neutralité.
Selon les experts, un Etat devrait être responsable du fait qu’il a été incapable
d’empêcher le recrutement, l’instruction ou le financement de mercenaires sur
son territoire et du fait q’il a permis à une personne de quitter son territoire ou sa
juridiction alors que les autorités savaient que cette personne partait avec

66
« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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l’intention de participer à un conflit armé sur un territoire dont elle n’est ni


ressortissante ni résidente de longue date56.
Néanmoins l’Article 5 de la convention de l’OUA prévoit la
Responsabilité générale de l’État et de ses représentants, auquel cas toute autre
partie à la Convention peut invoquer les dispositions de celle-ci dans ses
relations avec l’État accusé et devant les organisations, tribunaux ou instances
internationales ou de l’OUA compétentes.

Du point de vue de la responsabilité de l’Etat les Conventions


internationales sont restées muettes sur l’obligation de l’Etat envers un
mercenaire ressortissant de son territoire mais appréhendé dans un autre pays.
La question se pose de savoir si l’Etat dont il a la nationalité a une obligation
quelconque de le protéger. Le problème ne semble pas se poser s’il est établi
qu’il est en mission pour le compte de son Etat territorial.57

Paragraphe 2 : La responsabilité individuelle des mercenaires

La responsabilité individuelle des mercenaires est retenue par la


convention de l’OUA qui dispose en son article 1er alinéa 3 que « Toute
personne physique ou morale qui commet le crime de mercenariat tel que défini
au paragraphe 1 du présent article commet le crime contre la paix et la sécurité
en Afrique et est punie comme tel. ». De même le fait d’assumer le
commandement de mercenaires ou de leur donner des ordres constitue une
circonstance aggravante (art.2). Enfin l’article 4 parle de l’étendue de la

56
. Rapport de la deuxième réunion d’experts sur les formes traditionnelles et nouvelles de l’emploi de
mercenaires comme moyen de violer les droits de l’Homme et d’empêcher l’exercice du droit des
peuples à l’autodétermination, document des Nations Unis, référencé E/CN.4/2003/4 (par. 25) .
57
l’une des critiques que les autorités françaises font à la Convention internationale de l’ONU contre le
recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires est qu’elle ne fait pas de
distinction entre le mercenaire et le soldat qui a été envoyé en mission par son Etat d’origine.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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responsabilité pénale du mercenaire car tout « mercenaire répond aussi bien du


crime de mercenariat que de toutes infractions connexes, sans préjudice de
toutes autres infractions pour lesquelles il pourrait être poursuivi ».

De plus la responsabilité pénale du mercenaire pourrait être retenue par la


Cour Pénale Internationale si les Etats concernés acceptent de le faire
comparaître devant cette Cour. En effet l’article 5 paragraphe 1 de la
Convention de Rome du 17 juillet 1998 portant création de la Cour, retient cinq
incriminations relevant de la compétence de cette juridiction, dont le crime
d’agression qui concerne les mercenaires. Malheureusement le crime
d’agression ne fait pas encore l’objet d’une définition et l’article 5 paragraphe 1
ci-dessus indiqué, maintient l’incertitude sur la définition de l’agression. Elle ne
pourra résulter que d’une procédure d’amendement conformément à la
Convention, ce qui revient à reconnaître implicitement que la définition de 1974
( voir note de bas de page 53 ) est insatisfaisante, et que le définition de
l’agression exige un très large consensus entre les Etats.

Chapitre II : REPONSES DES ETATS FACE AU PHENOMENE DU


MERCENARIAT EN AFRIQUE

Depuis une dizaine d’années, le sous continent africain est le théâtre de


multiples guerres aux structurations diverses et complexes (les conflits armés
sont passés du type conventionnel à la guerre de faible intensité) qui constituent
un environnement favorable à la prolifération d’activités mercenaires.
Face à cette menace les organisations régionales et sous régionales
africaines telles que la CEDEAO et l’Union Africaine sont devenues, avec la

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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collaboration de l’ONU et de certains Etats occidentaux, de véritables acteurs


dans la préservation de la paix et de la sécurité sur le continent.

Section 1 : Sur les plans international, régional et sous-régional

Outre l’ONU (et ses casques bleus) qui a la lourde charge d’assurer la
sécurité collective dans le monde, la Communauté des États de l'Afrique de
l'Ouest (CEDEAO) est l’une des organisations sous-régionales africaines qui
s’est le plus penchée sur la question de la Paix et de la Sécurité, indirectement
sur celle du mercenariat. L’efficacité et le savoir-faire de l’ECOMOG,
appellation officielle de ECOWAS Ceasefire Monitoring Group (Groupe de la
CEDEAO chargé du contrôle et de la mise en oeuvre du cessez-le-feu), dans les
OMP sont fortement appréciés par la communauté internationale.58
L’Union Africaine en disposant parmi ses organes-clef du Conseil de Paix et de
Sécurité (CPS) consacre le principe de « non indifférence » qui est au cœur du
projet de l'organisation panafricaine.
Enfin certains Etats occidentaux ont développé, principalement en
direction de l’Afrique subsaharienne, des programmes d’aide à la sécurité et au
renforcement des capacités régionales de maintien de la paix.
Les OMP de l’ONU, l’ECOMOG, le CPS et les Programmes d’Etats
occidentaux en direction des pays africains, sont des initiatives qui tendent
directement à prévenir et arrêter les conflits ou à renforcer les capacités
coercitives des Etats en vue de faire disparaître toute velléité de crise favorable
au déploiement d’activités mercenaires.

Paragraphe 1 : Sur le plan international

58
Pour plus d’informations voir Kofi Annan, « les causes des conflits et la promotion d’une paix et d’un
développement durable en Afrique » : Rapport du Secrétaire Général, 13 avril 1998, Documents des
Nations Unies A/52/871 et S/1998/318

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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A-Les Opérations de Maintien de la Paix de l’ONU

L’impact des OMP de l’ONU sur le recul du phénomène du mercenariat


n’est pas négligeable. En effet en s’interposant entre les parties belligérantes
d’un conflit et en veillant à l’application stricte des accords de cessez-le-feu ou
du respect des embargos sur les armes (comme c’est le cas actuellement avec
l’ONUCI en Côte d’Ivoire) l’ONU participe à lutter contre la présence de
mercenaires dans les conflits et enrayer ainsi leurs méfaits.

B- Les programmes d’Etats

Conscients des problèmes, mais peu désireux pour autant d’intervenir


eux-mêmes militairement, plusieurs pays ont développé des doctrines d’aide à la
sécurité régionale. L’Afrique subsaharienne est aujourd’hui la première zone
d’expérimentation de ces nouveaux concepts.59 L’objectif final est de permettre
aux États subsahariens d’assumer seuls et directement la gestion des crises
régionales.
L’Union Africaine, la CEDEAO et les Etats africains bénéficient de diverses
manières de ces programmes conçus par les pays occidentaux pour développer
leurs capacités de soutien de la paix.60. Les plus étoffés de ces programmes sont
ceux américain, britannique et français.

La France et le RECAMP

59
. P.CONESA, « Modernes mercenaires de la sécurité », Le Monde diplomatique, avril 2003,
consultable à l’adresse Internet http://www.monde-diplomatique.fr/2003/04/CONESA/10080
60
les opérations de soutien de la paix -OSP (peace support operation -PSO) recouvrent les
opérations d'imposition de la paix (peace enforcement), de rétablissement de la paix (peace making) ,
de maintien de la paix -OMP (peace keeping - PKO), de construction de la paix (peace building).

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Le programme français de Renforcement des Capacités Africaines de


Maintien de la Paix (RECAMP)61 s’adresse à tous les États africains qui le
souhaitent, en s’appuyant sur les regroupements sous-régionaux. Les États de la
communauté de l’Afrique de l’ouest, ceux de l’Afrique centrale et récemment
ceux de l’Afrique australe ont déjà bénéficié d’un cycle d’entraînement. La
Grande Bretagne est un partenaire privilégié de ce programme, lequel associe
également la plupart des pays de l’Union européenne, ainsi que les États-Unis, la
Chine, le Japon, l’Australie et l’Argentine.
Outre les domaines de formation et d’entraînement, RECAMP comporte
une contribution à l’équipement des unités de maintien de la paix. Trois dépôts
de matériels prépositionnés ont déjà été constitués. Le premier de ces dépôts a
servi, entre autres, à équiper les unités qui ont participé à la Mission des Nations
unies en Centrafrique (MINURCA) et à l’opération de l’ECOMOG en Guinée-
Bissau.
RECAMP doit permettre, à terme, aux Africains de mener des opérations
de soutien de la paix sur leur continent soit dans le cadre des opérations de
maintien de la paix de l'ONU, soit dans le cadre des opérations sous l'égide de
l'ONU, dites « opérations autorisées » (mandat de l'ONU, de l'UA ou d'une
Organisation Sous Régionale). Dans le premier cas, il s'agit pour les armées
africaines de pouvoir prendre part dans les meilleurs délais et avec un haut degré
de qualification aux OMP. Dans le second (opérations autorisées), il est
nécessaire de constituer une force multinationale à partir des armées nationales
africaines, de la commander avec des états-majors multinationaux africains et
d'assurer le contrôle et la direction de l'opération à partir de structures politico-

61
. Le concept RECAMP est le fruit d’un long travail en commun entre la France et les Africains. En
1995 s’était déjà tenu à Dakar un séminaire franco-africain sur le problème du maintien de la paix. Les
événements de Bangui de 1996 ont conduit à mettre en œuvre la nouvelle approche de sécurité
arrêtée à Dakar. C’est ainsi que s’est déployée la Mission interafricaine de surveillance des accords
de Bangui (MISAB), relevée par la suite par la MINURCA. C’est en s’appuyant sur ces opérations
qu’a été développé le concept RECAMP (source : intervention du Général Raffenne lors du colloque
international tenu à l’Assemblée nationale française sur la nouvelle politique internationale de la
France en novembre 1998 )

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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militaires. En attendant que cet objectif soit atteint, RECAMP s'inscrit en


soutien des forces africaines qui s'engageraient dans une opération de soutien de
la paix sur le continent.

Les Etats-Unis et le programme ACOTA


L'« African Contigency Operations Training and Assistance Program »
(Programme ACOTA), succède à l'Initiative de réaction aux crises africaines
(ACRI). Plusieurs forces formées dans le cadre de l'ACRI ont par la suite
participé à des missions de maintien de la paix déployées sur le continent en
vertu du chapitre VI de la Charte des Nations unies.
Le programme ACOTA, quant à lui, met l'accent sur une approche plus
ferme en vertu du chapitre VII de cette Charte, qui autorise notamment les
forces mandatées par l'ONU à utiliser des méthodes plus agressives pour
protéger les civils lors de la mise en œuvre d'accords de cessez-le-feu. Il établie
un partenariat entre les États-Unis avec des armées africaines afin de renforcer
leurs capacités d'imposition et de maintien de la paix.
En 2004 le programme ACOTA a permis de former et a contribué à
équiper presque neuf bataillons de troupes africaines, soit près de 9.000 soldats,
aux fins d'interventions d'urgence pour faire respecter la paix à la demande
d'organisations régionales telles que la Communauté économique des États de
l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et l'Union africaine (UA).62

La Grande-Bretagne et le programme BPST (British Peace Support Team)


Le British Peace Support Team, en République Sud Africaine et au Kenya,
est orienté vers le maintien de la paix et concourt au renforcement de la sécurité
en Afrique. Cependant il coexiste avec d'autres programmes britanniques tels

62
Lire pour cela l’article de Jim Fisher-Thompson « Le programme ACOTA et le maintien de la paix
en Afrique » sur le site gouvernemental du département d'État des États-Unis à l’adresse Internet
http://usinfo.state.gov/regional/af/security/french/f4101503.htm

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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que deux British Military Advisory and Training Team (BMATT), l’un au
Zimbabwe, l’autre au Ghana, qui visent, à un échelon régional, à la coordination
et à la coopération militaire des opérations internationales de maintien de la
paix ; le British Defence Advisory Team (BDAT) au Nigeria et l’International
Military Advisory Training Team (IMATT) en Sierra Leone.
Suite à la déclaration tripartite de 1997 (dit accords P3 entre la France, la
Grande-Bretagne et les Etats-Unis) les différents partenaires des Etats africains
dans les opérations de soutien de la paix, joignent parfois leurs efforts pour
fournir seulement la logistique et la formation faisant défaut.
Sans prétendre être exhaustif, il convient de souligner également l’aide non
négligeable apportée par les pays scandinaves à la préparation des opérations de
maintien de la paix, notamment l’initiative du Danemark, qui a créé, au sein de
l’Ecole de guerre du Zimbabwe, un cours sur les Observateurs des Nations
Unies, ouvert aux représentants de tous les États africains. S’y ajoutent
l’initiative prise par le Japon, en 1999, de lancer des projets d’aide, en priorité
au Sénégal, en Tanzanie, en Zambie, en Côte d’Ivoire et en Afrique du Sud,63
ainsi que les stages organisés par le Canada au profit des armées francophones.
L’intérêt porté par les nations occidentales à la préparation des forces de
l’Afrique subsaharienne aux opérations de maintien et, le cas échéant, de
restauration de la paix est donc incontestable, même si certains peuvent trouver
trop modestes leurs contributions au regard des besoins les plus manifestes du
continent. Cependant, les initiatives des uns et des autres n’ont sans doute pas
l’efficacité que l’on pourrait en attendre, du fait de la dispersion des efforts et de

63
Le Japon a également accueilli à Tokyo, le 22 mai 2001, un colloque international sur les problèmes
primordiaux et les plus urgents en matière de sécurité et de développement en Afrique, qui fait suite
aux deux conférences de 1993 et 1998 pour le développement africain (TICAD 1 et 2, voir à ce sujet
l’article de Sadaharu Katoaka dans Géopolitique Africaine, n° 4, automne 2001).

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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la moindre priorité accordée à la formation opérationnelle collective à l’échelon


supérieur64.

Paragraphe 2 : Au niveau régional et sous-régional

A- Le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union Africaine


La nouvelle Union Africaine compte aussi régler la question des multiples
conflits qui agitent le continent et qui favorisent le déploiement de l’appareil
mercenaire. Il s’agit du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS).
Installé à Addis-Abeba au siège de l’Union Africaine le mardi 25 mai
2004, Le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union Africaine est l’un des
organes clef de l’Organisation panafricaine. Le protocole qui l’institue est entré
en vigueur le 26 décembre 2003. Juridiquement, c’est à cette date que le Conseil
a remplacé le mécanisme pour la prévention, la gestion et la résolution des
conflits de l’OUA, adopté au Caire en juin 1993 lors du sommet des chefs
d’Etats et de gouvernement.
Le CPS, sorte de Conseil de sécurité façon Onu à l'échelle africaine,
pourra déployer des missions de paix dans les pays membres et recommander à
la Conférence de l'UA, qui regroupe les dirigeants de l'UA, l'envoi de troupes
dans un pays en cas de génocide, crimes de guerre ou crimes contre l'humanité.
Mais si le mécanisme pour la prévention, la gestion et la résolution des conflits
obéissait aux principes de la charte de l’OUA, et notamment à celui de non
ingérence, le CPS ouvre une brèche juridique dans cette neutralité entre Etats
membres : certes, l’article 4 (f) du protocole instituant le Conseil de paix et de
sécurité mentionne comme principe de base «la non ingérence d’un Etat
membre [souligné par nous] dans les affaires intérieures d’un autre Etat

64
. Claude Mouton, « Pour une doctrine de sécurité en Afrique subsaharienne »,
Géopolitique Africaine, n° 5, Hiver 2002. Disponible sur le site www.african-
geopolitics.org/home_french.htm

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PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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membre», mais le texte prévoit quatre alinéas plus bas «le droit de l’Union
[toujours souligné par nous] d’intervenir dans un Etat membre sur décision de la
conférence dans certaines circonstances graves, à savoir les crimes de guerre, le
génocide, les crimes contre l’humanité, conformément à l’article 4(h) de l’acte
constitutif».Le pouvoir de décision échappe au Conseil de paix et de sécurité en
ce domaine, puisque le Conseil ne fait que formuler des recommandations à la
conférence des chefs d’Etat (article 7(e) du protocole).
De plus le CPS est secondé par un groupe des sages composé de cinq
personnalités africaines nommé pour trois ans et susceptible de mener des
actions de prévention. Il est doté d’un outil militaire que n’avait pas le
mécanisme, à savoir la «force africaine pré positionnée»: des troupes
susceptibles d’être mobilisées en cas de crise seront en principe désignées par
les Etats membres. Le Conseil de paix et de sécurité travaillera également sur les
informations que lui fournira un «système continental d’alerte rapide» chargé
d’identifier les crises naissantes.

B- L’ECOMOG et le Mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des


conflits, de maintien de la paix et de sécurité de la CEDEAO
L’ECOMOG (les Casques Blancs), s’est illustrée par ses interventions de
1990 à 1999 au Liberia, alors déchiré par une guerre civile, en 1997 en Sierra
Leone, en proie à une autre guerre civile (1991-2001) et de 1998 à 1999 en tant
que Groupe de surveillance du cessez- le- feu en Guinée- Bissau. Elle collabore
actuellement avec les missions de maintien de la paix de l’ONU en Côte
d’Ivoire (ONUCI), en Sierra Leone (MINUSIL) et au Libéria (MINUL).
En prenant de plus en plus de responsabilités dans le maintien de l'ordre,
(comme ce fut le cas en 1997 à Monrovia en Sierra Léone) elle participe à
réduire l’impact des activités mercenaires dans les conflits.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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En plus des questions de maintien de la paix, la CEDEAO s’est aussi penchée


sur le problème de la circulation des armes légères et de petit calibre (ALPC) et
celui du développement du mercenariat qui lui est presque consubstantiel. A
coté du Traité et des protocoles, qui affirment des principes généraux, il existe
un moratoire et un code de conduite sur l’importation, l’exportation et la
fabrication des armes légères en Afrique, ainsi qu’un Programme de
Coordination et d’Assistance pour la Sécurité et le Développement( PCASED)65.
En instituant à Lomé le 10 décembre 1999 un Mécanisme de prévention,
de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de sécurité au
sein de la CEDEAO, les Etats membres entendent créer et consolider « les
conditions devant permettre à l’Afrique de l’Ouest de réagir promptement aux
situations de crise », notamment à travers « le renforcement de la coopération
dans les domaines de la prévention des conflits, de l’alerte précoce, des

65
Tout est parti de l’adoption, à l’occasion du sommet de la CEDEAO tenu à Abuja en octobre 1998,
du Moratoire sur l’Importation, l’Exportation et la Fabrication des armes légères dont la Déclaration a
été signée le 31 octobre 2003. Il est l’expression de la volonté des Etats membres de prévenir la
violence et de consolider la paix dans la sous-région. De ce fait, le Moratoire répond à un souci
d’instaurer un climat de confiance qui privilégie la sécurité comme base d’un développement
économique et social durable.
Pour une bonne application du Moratoire, le Programme de Coordination et d’Assistance pour la
Sécurité et le Développement (PCASED) a été créé, à la demande des chefs d’Etats et de
Gouvernements de la CEDEAO. Programme régional du PNUD, le PCASED est l’organe technique
d’appui et de la mise en œuvre du Moratoire. Son but est d’assister et de soutenir les activités qui
favorisent la création d’un environnement de paix et de sécurité pour un développement socio-
économique durable dont l’une des conditions d’établissement est l’éradication de la prolifération
incontrôlée des armes légères. La réunion des ministres des Affaires Etrangères sur les modalités de
mise en œuvre du PCASED, tenue à Bamako les 24 et 25 mars 1999, a adopté un plan d’action et un
projet de code de conduite qui fut soumis au 22ème Sommet des chefs d’Etats de la CEDEAO tenu à
Lomé en décembre de la même année. Le code de conduite (adopté le 10 décembre 1999) énumère
les structures institutionnelles qui contribuent à l’application effective du Moratoire. Il s’agit
notamment, à l’échelle nationale, des Etats membres à travers les commissions nationales de lutte
contre la prolifération des armes légères et, à l’échelle sous-régionale, du Secrétariat exécutif de la
CEDEAO (articles 4 et 5 du code). Chacune de ces institutions bénéficie de l’appui du PCASED. Une
importante disposition du code est celle relative à la saisine du secrétariat de la CEDEAO par tout Etat
membre, pour l’acquisition d’armes et de munitions. A cet égard, le Secrétariat de la CEDEAO
travaille en collaboration avec le PCASED et dialogue avec les fabricants et les fournisseurs d’armes
(Groupe de Wassenaar) pour veiller au respect des dispositions contenues dans le code de conduite.
Avec le nouvel article 58 du Traité révisé de la CEDEAO, la sécurité devient une préoccupation de la
communauté et la lutte contre le trafic illicite des armes légères sous toutes ses formes, une sur-
priorité. En tant que problème spécifique cette question est abordée aux articles 50 et 51 du Protocole
relatif au Mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de
sécurité.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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opérations de maintien de la paix, de lutte contre la criminalité transfrontalière,


le terrorisme international, la prolifération des armes légères, et les mines anti-
personnel » ainsi que « la formulation et la mise en œuvre de politiques de lutte
contre la corruption, le blanchiment d’argent et la circulation illégale des armes
66
légères » ( article 3 du Protocole relatif au Mécanisme) , domaines dans
lesquels les mercenaires sont très actifs.
De plus, des liens existent entre les activités mercenaires, le trafic illicite des
armes et la violation des embargos sur les armes, qui contribuent à alimenter et à
prolonger les conflits en Afrique de l’ouest.67

Section 2 : Quelques suggestions pour lutter contre le mercenariat


contemporain en Afrique

Pour lutter efficacement contre le mercenariat tel qu’il se présente


aujourd’hui sur le continent noir, il faudra, à notre avis, penser à adapter les
différents textes et instruments juridiques existant aux formes contemporaines
du phénomène (cela passera par une révision de la définition du mercenaire) et
l’affirmation d’une volonté politique très forte. En effet la question de la lutte
contre le mercenariat, quelque soit sa forme, demande que les différents
gouvernements du continent le décident réellement et le transposent dans leurs
actes.

66
Cheikh Oumar Diarra, « la CEDEAO comme cadre institutionnel de lutte contre la prolifération des
armes légères en Afrique de l’Ouest », in Lutte contre la prolifération des armes légères en Afrique de
l’Ouest : Manuel de formation des forces armées et de sécurité, Publication des Nation Unies,
UNIDIR/2003/13, p.35.
67
Résolution 1467 (2003) du Conseil de Sécurité portant sur la ‘‘ Prolifération des armes légères et de
petit calibre et mercenariat : menaces à la paix et à la sécurité en Afrique de l’Ouest’’ adoptée en sa
ème
4720 séance, le 18 mars 2003

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Paragraphe 1 : La nécessité d’une adaptation des instruments juridiques


existant aux formes contemporaines du mercenariat.

A- Vers une révision de la Convention de l’OUA sur l’élimination du


mercenariat en Afrique
Pour une plus grande efficacité, et au vu des insuffisances de la
Convention, il convient que la définition du mercenaire et du crime du
mercenariat qu’elle propose soit revue et tienne compte des nouvelles formes du
mercenariat, plus précisément de l’avènement sur le continent noir des SIS.
La Convention de l'OUA pourrait être considérée comme plus élaborée
que la Convention internationale car elle consacre un paragraphe important au
but de l'acte mercenaire : porter atteinte par la violence armée à un processus
d'autodétermination, à la stabilité d'un autre État ou à son intégrité territoriale. Il
ressort clairement du paragraphe 2 a) de l'article premier que les États ou leurs
représentants, les individus, les groupes ou associations sont responsables des
actes mercenaires. Compte tenu des manifestations actuelles du mercenariat, les
termes "groupe" ou "association" et "personne morale" sont essentiels. Ainsi une
société de sécurité privée ou une compagnie militaire privée pourrait être
poursuivie pour des crimes mercenaires commis par des individus recrutés par
elle, sans préjudice des poursuites dont les individus eux-mêmes pouvaient faire
l'objet.
L'article 6 de la Convention de l'OUA (intitulé Obligations des Etats)
empêche l'utilisation du territoire des États africains pour faire transiter des
mercenaires, et est parfaitement clair en ce qui concerne les responsabilités et les
obligations des États, qui s'engageraient à décourager et à éliminer les activités
mercenaires sur leur territoire. La Convention de l'OUA va au-delà, puisque les
États s'y engagent à promulguer des lois pour pouvoir punir (« de la peine la
plus sévère prévue dans sa législation ») les mercenaires conformément à la

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Convention (art. 7 et 8) et dispose sans ambiguïté que les États ont le devoir
d'apporter toute l'assistance nécessaire aux États victimes d'une action
mercenaire en ce qui concerne l'enquête (art. 10) et l'extradition (art. 9). Mais
jusque là aucun État africain n'a encore suivi la Convention au point d'intégrer
réellement ses dispositions dans sa législation interne.
Il faut cependant relever certains éléments qui expliquent les faiblesses et
l'inefficacité de la Convention de l'OUA. D’abord les notions
d'autodétermination, de stabilité et d'intégrité territoriale ont perdu leur sens
d'origine qui s'inscrivait dans le contexte de la décolonisation, de la lutte contre
l'apartheid et de l'édification de l'indépendance politique.
Ensuite la Convention porte presque exclusivement sur la question du
déploiement extraterritorial de mercenaires et est muette sur leur déploiement
interne.
Nous proposons alors que la Convention soit mise à jour pour tenir
compte de la question du déploiement de mercenaires par les États Membres
dans les conflits internes. Il est nécessaire de réviser les articles consacrés au
motif financier des activités mercenaires tout en développant les articles qui
portent sur les objectifs de l'acte mercenaire ainsi que sur les effets de tels actes.
En ce qui concerne la question particulière des SIS l’Union Africaine, au
moyen d'un protocole additionnel, pourrait ajouter à la Convention des
dispositions interdisant l'emploi de mercenaires par des compagnies militaires
privées en cas de guerre civile et permettant uniquement le déploiement de telles
compagnies dans des circonstances exceptionnelles, selon une réglementation
très stricte. En temps de paix, les activités de prestataires de services d'escorte et
gardes de sécurité de ces compagnies pourraient être autorisées, conformément à
la législation nationale des Etats membres. Il ne serait en effet pas judicieux de
chercher à ignorer le rôle joué par ces compagnies sur le continent.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Enfin il serait salutaire que chaque Etat membre de la nouvelle Union


Africaine (UA) intègre dans son droit interne les dispositions de la convention
(révisée) et que toute initiative de l'UA concernant des dispositions nouvelles
relatives au mercenariat s'appuie sur les initiatives, déjà nombreuses, des
Nations Unies allant dans le même sens.

Comme nous l’avons déjà souligné, le rôle à jouer par les Etats africains
eux mêmes dans la lutte contre le phénomène du mercenariat dépend dans une
large mesure des dispositions, à souhait restrictives, de leurs législations
internes.

B- Le renforcement des droits positifs internes des Etats hôtes et exportateurs

Les nombreux dérapages des firmes justifient et impliquent la nécessité


d’une législation contraignante permettant le contrôle, l’interdiction et la
poursuite des activités des mercenaires modernes dans l’ordre interne (pays dans
lesquels ils agissent, Etats hôtes) mais aussi sur le plan international à cause de
leurs structures mondialisées.

Sur le plan interne, la manière la plus directe et la plus efficace de faire


face au mercenariat serait de faciliter l’engagement de poursuites contre les
mercenaires au niveau national. Le Rapporteur spécial des Nations Unies chargé
d’étudier la question des mercenaires a, à maintes reprises, encouragé les États à
se doter d’une législation réprimant expressément les activités des
mercenaires68, mais bien que les États aient été nombreux à formuler des
condamnations dans les instances internationales, peu d’entre eux ont donné
suite à cette recommandation.

68
Voir, par exemple, Nations Unies, document E/CN.4/1999/11 du 13 janvier 1999, par. 94 et 95 ;
Nations Unies, document A/54/326 du 7 septembre 1999, par. 87 et 88, et Nations Unies document
E/CN.4/2000/14 du 21 décembre 1999, par. 86 et 87.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Dans la plupart des États, les mercenaires pourraient être poursuivis en


vertu de la législation réprimant les infractions de droit commun telles que les
coups et blessures, le meurtre, la destruction de biens, l’utilisation illicite
d’armes à feu ou le terrorisme. Il pourrait aussi être possible d’invoquer la
réglementation sur l’exportations et le commerce des armes ( lesquelles sont les
instruments de travail de la profession ) ou des lois interdisant l’enrôlement de
nationaux dans des forces armées étrangères sans le consentement de l’État de
nationalité. Certaines formes nouvelles du mercenariat pourraient être
punissables en vertu des règlements régissant la fourniture d’une aide militaire à
l’étranger, qui limitent strictement l’assistance qui peut être fournie à l’étranger
à partir du territoire d’un État.
L’implication des SIS dans les conflits armés internes pourrait être perçue
comme constituant une intervention de la part de l’Etat de siège (Etat
exportateur) de la Société, que tel soit ou non le cas. Dans ces conditions le seul
moyen pour cet Etat d’éviter de passer pour responsable est d’exiger que tout
arrangement entre un gouvernement présumé et une SIS soit conclu par
l’intermédiaire d’un autre gouvernement ou reçoive le consentement de l’Etat
d’accueil (Etat hôte).
L’Etat du siège de la société serait tenu de s’assurer que la partie
demandant l’assistance remplit les conditions auxquelles le droit international
subordonne une telle assistance et que l’autorité requérante exercerait en fait sa
juridiction pénale sur tout membre du personnel qui violerait la législation
nationale ou internationale. Vu qu’il est clair que les autorités gouvernementales
et autres entités souhaitent recourir aux services de sécurité, il faudrait prévoir
une clause précisant qu’un moyen de défense admissible en cas d’accusation de
participation illicite à un conflit serait d’apporter la preuve que l’accusé exerçait
ses fonctions en vertu d’un arrangement de ce type. Le but de tels arrangements
serait de garantir qu’il y a une autorité responsable de la conduite des personnels

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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étrangers concernés et, en cas de participation à un conflit entre deux parties sur
le territoire, que l’Etat du siège de la société a l’assurance que le type
d’assistance fourni est compatible avec le Droit international.

Paragraphe 2 : L’affirmation d’une volonté politique réelle et efficace

L’aspect juridique à lui seul ne saurait suffire pour lutter efficacement


contre le mercenariat, plus précisément le mercenariat contemporain. Il faut
aussi qu’aux niveaux régional et sous-régional la volonté politique s’affirme et
que la société civile soit impliquée activement dans le processus.

A- Aux niveaux Régional et Sous-régional


Au niveau des instances régionale et sous-régionale africaines, certaines
dispositions pourraient être prises en vue d’éradiquer du continent le phénomène
du mercenariat :
- S'intéresser aux modalités pratiques de recrutement des mercenaires et
surveiller tout particulièrement les revues spécialisées et certains sites
Internet. Cette vigilance s'impose d'autant plus que le mode de
recrutement s'articule autour de réseaux de connaissances et de solidarité
inter-personnels.
- Constituer en droit communautaire un nouveau délit, celui de
contournement d'embargo ou tout au moins assimiler la violation
d'embargo à une circonstance aggravante au plan pénal, pour lutter
efficacement contre les mercenaires.
- Réaffirmer le principe de l’application directe des règlements
communautaires en droit interne car les Etats rechignent souvent à
intégrer dans leurs législations les mesures prises en ce sens sur le plan

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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régional et/ou sous régional et pour lesquelles ils se sont pourtant


engagés.
- Les mercenaires ont besoin de moyens de transports, rapides et
performants, notamment parce que pour conduire leurs opérations ils
préfèrent la location à l'acquisition de leurs matériels de guerre compte
tenu des coûts d'entretiens trop élevés de ceux-ci. Engager la
responsabilité des transporteurs constituerait un moyen de pression
supplémentaire et concret.
- L'amélioration des programmes de démobilisation et de réinsertion
pourrait aussi être un moyen d'empêcher les anciens combattants de
reprendre du service comme nouveaux mercenaires.
- La diffusion incontrôlée des armes légères et de petit calibre dans les
zones de conflits internes ou frontaliers incite à accorder une attention
particulière à l'action des courtiers en armement qui portent une certaine
responsabilité dans cette situation. Pour cela l’application effective du
moratoire de la CEDEAO serait un atout.
- Harmoniser les différentes législations nationales de gestion des stocks,
de la circulation et de l’usage des armements. Ceci passe évidemment par
une uniformisation des conditions de délivrance des autorisations de port
et de commerce d’armes. Partout dans les Etats membres, les conditions à
satisfaire seraient les mêmes mais la désignation des autorités
compétentes resterait l’affaire des Etats eux-mêmes, puisqu’elle dépend
de leur propre organisation administrative.
- Etablir un code de conduite que l’on pourrait imposer à toutes les SIS
intervenant sur le continent.
- Poursuivre le travail international dans le cadre multilatéral pour aller au-
delà d’une simple condamnation de principe et pour parvenir à concrétiser

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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les actions visant à éliminer le recours au mercenariat, sous toutes ses


formes, dans les conflits armés que connaît le continent.
- Au-delà du texte de l’OUA révisé, il faudra commencer à rechercher des
réponses au sein de l’UA, afin d’aboutir à une législation commune et à
un code de conduite.

B- La nécessité d’une plus grande implication de la société civile

La société civile est de nos jours le garant de la démocratie mais aussi la


tour de vigilance des dirigeants de nos pays. Dans la lutte contre le
mercenariat elle pourra par exemple :
- Veiller à l’application, par les Gouvernements, des engagement qu’ils
prennent sur les plan régional et sous-régonal en matière de lutte contre le
mercenariat.
- En cas de présence sur les territoires des Etats d’éléments inconnus, elle
pourrait attirer l’attention de l’opinion nationale, voire internationale.
- Jouer un rôle fédérateur et consolidant dans les processus de soutien de la
paix.
- Aider les Etats à contrôler la circulation des armements.
- La communauté internationale, les bailleurs de fonds, les OING,
pourraient conditionner leur aide aux gouvernements au respect
scrupuleux du droit international anti-mercenaire.
- Aider les Etats à débusquer les mercenaires afin de les réprimer.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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CONCLUSION

La lutte contre le mercenariat est une tâche complexe. Si la communauté


internationale a toujours condamné sans équivoque les activités des mercenaires,
les efforts déployés pour réglementer ces activités ont été entravés par des
divergences quant à la méthode à adopter et par des préoccupations opposées.
Un certain nombre de questions clefs demeurent sans solution et la situation a
été rendue encore plus complexe par l’apparition de nouvelles formes, plus
subtiles, de mercenariat que constituent les Sociétés Internationales de Sécurité.
De plus les rapports qu’entretiennent certains Etats avec ces sociétés, tendant à
faire de celles-ci des outils de politique étrangère69, l’extrême fragilité de la
barrière entre leurs activités et le mercenariat, la collaboration efficace entre ces
sociétés et certaines entités gouvernementales, non gouvernementales,
Onusiennes et autres acteurs, sont de nature à remettre en cause le rôle exclusif
de l’Etat et de l’ONU en tant que principaux garants de la sécurité publique et
collective respectivement, et de la protection des Droits de l’Homme.
Le défi auquel est confrontée la communauté internationale consiste à
traduire les condamnations en mesures concrètes propres à remédier
efficacement aux effets pervers des activités mercenaires contemporaines. En
effet les différents textes existant en matière de répression du mercenariat70
paraissent caducs face aux manifestations du mercenariat entrepreneurial.
Cependant ils fournissent un cadre utile pour la poursuite des infractions et la
définition de modalités de coopération entre les États, en faisant

69
Il est plus facile pour ces acteurs non-étatiques de fomenter des coups d’états, de déstabiliser des
régimes dits « illégitimes », de mener des activités d’intelligence économique et/ou politique, de
perpétrer des actes de terrorisme, de participer à des conflits aux côtés de mutins, d’insurgés, de
rebelles ou autres oppositions armées dans le but de déposer des gouvernements.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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particulièrement de la participation à des activités mercenaires une infraction


relevant de la compétence universelle obligatoire, ce qui signifie que l’auteur de
l’infraction, s’il n’est pas extradé, doit être jugé par tout État sur le territoire
duquel il se trouve.

Sur le continent noir, les faiblesses des armées nationales souvent


inefficaces et corrompues, ainsi que le déploiement tardif des casques bleus de
l’ONU, font que les armées de mercenaires sont considérées comme
l’instrument possible de maintien ou de rétablissement de la Paix. Cela peut être
vu comme une privatisation progressive par certains Etats africains d’une partie
de leurs forces de coercition interne, et un moyen commode
« d’externalisation » de leurs outils de défense par les Etats impérialistes71 . Il
est ainsi évident qu’en procédant de la sorte, les Etats africains courent le risque
d’un Néocolonialisme, aussi subtile soit-il.

Il devient alors nécessaire de réviser les textes de lois en les adaptant aux
nouvelles structurations du phénomène et de renforcer la coopération
internationale tant en matière pénale, politique, que militaire. En effet les
informations disponibles montrent aisément que les activités mercenaires et
activités analogues se sont multipliées dans les situations de conflits de ces
dernières années. De l’Angola à la Côte d’Ivoire en passant par le Bénin, le
Libéria, le Congo-Brazaville, l’Erythrée, l’Ethiopie, la République
Démocratique du Congo et la Sierra Léone, le continent Africain a beaucoup
souffert et continue de souffrir du mercenariat qui entrave dangereusement son
développent économique et politique.

70
La Convention de l’OUA sur l’élimination du mercenariat en Afrique, la Convention internationale
contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires, ect…
71
Tels que la Grande Bretagne et les Etats-Unis dans une grande mesure, et la France dans une
moindre mesure.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Enfin le rôle à jouer par les Etats africains eux-mêmes dans la lutte contre
le phénomène mercenarial dépend dans une large mesure des dispositions, à
souhait restrictives, de leurs législations internes, et de l’affirmation effective sur
le plan continental de leur volonté politique de lutter contre l’impact négatif des
activités mercenaires sur leur souveraineté et sur leurs populations.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

I- Ouvrages
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Prolifération des armes légères en Afrique de l’Ouest,
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Publication des Nations Unies, UNIDIR/2003/13.
- Cardini Franco, La culture de la guerre : X
ème ème
- XVIII
siècle, Paris, Gallimard, 1992.
- DALLIER Patrick, PELLEL Alain, Droit International
Pubic, Paris, LGDJ, 7è édition, novembre 2002, 1510p.
- Ducrey Pierre, Le traitement des prisonniers de guerre
dans la Grèce antique. Des origines à la conquete
Romaine, Editions de Broccard, Paris, 1968.
- GONIDEC Pierre-François, Relations Internationales
Africaines, Librairie Générale du Droit et de la
Jurisprudence, EJA, Paris, 1996.
- THOMPSON Janice E., Mercenaries, Pirates and
Sovereigns: State-building and Extraterritorial
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Press, 1994.

II- Conventions et Traités Internationaux.

- Actes Constitutif de l’Union Africaine.


- Convention internationale contre le recrutement,
l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires.

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
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- Convention de l’Organisation de l’unité africaine sur


l’élimination du mercenariat en Afrique.
- Convention (V) concernant les droits et les devoirs des
Puissances et des personnes neutres en cas de guerre
sur terre (La Haye, 1907).
- Convention (XIII) concernant les droits et les devoirs des
Puissances neutres en cas de guerre maritime
(La Haye, 1907).
- Protocole relatif à la création du Conseil de Paix et de
Sécurité.
- Protocole relatif au Mécanisme de Prévention, de Gestion,
de Règlement des conflits, de Maintien de la Paix et de la
Sécurité de la CEDEAO.
- Résolution 3314 (XXIX) du 14 décembre 1974 de
l’Assemblée Générale des Nations Unies portant définition
de l’Agression.
- Résolution 1467 (2003) du Conseil de sécurité des
Nations Unies du 18 mars 2003 portant sur « la
Prolifération des armes légères et de petit calibre et
mercenariat : menaces à la paix et à la sécurité en Afrique
de l’Ouest ».
- Statut de la Cour Pénale Internationale.

III- Périodiques
- Africa International, septembre 2004, N° 379, Isa
Coulibaly, « Les dessous d’un coup foireux », pp. 9-13.
- Afrique Relance, Mohamed Ibn Chambas, « Instaurer la
paix en Afrique de l’Ouest », avril 2004, pp.12-13.

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- Courrier International, 23 au 29 septembre 2004, N° 725,


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p. 45.
- Cultures & Conflits, N° 52, été 2004, Elodie Rigaud,
« Janice E. Thomson : le mercenariat comme forme
socio-historique de coercition privée ».
- Defense Nationale, avril-juin 1998, Germain de Saint-
Quentin, « Mercenariat et mutations stratégiques »,
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- Géopolitique Africaine, N° 5, Hiver 2002, Jean-Philippe
Daniel, « les nouveaux mercenaires ou la
privatisation du maintien de la paix ».
- Géopolitique Africaine, n° 5, Hiver 2002, Claude Mouton, «
Pour une doctrine de sécurité en Afrique
subsaharienne ».
- Jeune Afrique Economie, octobre 2004, N° 358, Elikia
M’BOKOLO, « Echec aux affreux », p. 62.
- L’Armement, N° 69, mars 2000, Jean Marguin, « La
privatisation des forces armées : une révolution
inéluctable ? ».
- Le Monde diplomatique, François Dominguez et Barbara
Vignaux, « La nébuleuse des mercenaires français »,
octobre 2003, pp. 4-5.
- Le Monde diplomatique, François Dominguez et Barbara
Vignaux, « Des entreprises de sécurité aux contours
flous », octobre 2003, p. 5.
- Le Monde diplomatique, Pierre Conesa, « Modernes
mercenaires de la sécurité », octobre 2003, pp. 22-23.

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85, N°. 849. Irène HERMANN et Daniel PALMIERI, « Les
nouveaux conflits : une modernité archaïque ? »,
pp.23-44

IV- Mémoires
- Emmanuel E. OHIN, Influence de l’agression du 16
janvier 1977 sur les relations internationales du Bénin,
mémoire de fin de formation du cycle II, ENA, 1989. 95p.
- Victor GLELE-AHANHANZO et Modeste HOUEDJISSIN,
L’intégration régionale comme instrument de prévention
des conflits : Cas de la CEDEAO, mémoire du cycle I, ENA,
2000. 90p.

V- Dictionnaires et lexiques
- Dictionnaire encyclopédique Hachette 2002. Paris : HACHETTE,
2001, 1858 p.
- Lexique des termes juridiques. 13
ème
édition. Paris : DALLOZ,
2001.592 p.
- Petit Larousse illustré 2002. Paris: LAROUSSE, 2001, VUFF,
1786 p.

VI- Sites Internet.


- www.monde-diplomatique.fr
- www.unidir.org
- www.jeuneafrique.com
- www.african-geopolitics.org/home_french.htm

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
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- www.conflits.org
- www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/646HEF
- www.usinfo.state.gov/francais
- www.recamp4.org
- www.rfi.fr
- www.ifrance.com/intelligence/Mercenaires.htm
- www.mpri.com
- www.dyncorp.com
- www.bdm.com
- www.uno.org
- www.datec.com.au/sandline
- www.etudiants.fsa.ulaval.ca/projet/gie-
64376/mercenaires/accueil.htm
- www.fco.gov.uk
- http://www.polis.sciencespobordeaux.fr/vol4n2/arti5.html

VII- Rapports.

- Rapport de Enrique B. Ballesteros sur la question de l’utilisation de


mercenaires comme moyen de violer les droits de l’homme et
d’empêcher l’exercice du droit des peuples à disposer d’eux-
mêmes, Commission des Droits de l’Homme, 17 janvier 1996,
référencé E/CN.4/1996/27.

- Rapport de Enrique B. Ballesteros sur la question de l’utilisation de


mercenaires comme moyen de violer les droits de l’homme et
d’empêcher l’exercice du droit des peuples à disposer d’eux-

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PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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mêmes, Commission des Droits de l’Homme, 29 novembre 2002,


référencé E/CN.4/2003/16.
- Rapport de Enrique B. Ballesteros sur la question de l’utilisation de
mercenaires comme moyen de violer les droits de l’homme et
d’empêcher l’exercice du droit des peuples à disposer d’eux-
mêmes, Commission des Droits de l’Homme, 24 décembre 2003,
référencé E/CN.4/2004/15.

- Rapport du Secrétaire Général sur les causes des conflits et la


promotion d’une paix et d’un développement durable en Afrique,
Assemblée Générale, 20 août 2004, référencé A/59/286.

- 8
ème
Rapport du Foreign Affaires Commitee de la chambre des
Communes, Private Military companies : options for regulation,
Foreign and Commonwealth Office, 12 février 2002.

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PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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TABLE DES MATIERES

Dédicaces

Remerciements

Sigles, acronymes et abréviations

Sommaire

Introduction Générale

Première partie : DU MERCENARIAT CLASSIQUE AUX


SOCIETES INTERNATIONALES DE
SECURITE (SIS)
Chapitre I : Le mercenariat classique.
Section 1 : Historique, formes et manifestations
du mercenariat en Afrique au sud du Sahara
Paragraphe 1 : Historique et formes du mercenariat classique

A- Historique
B- Les formes du mercenariat
Paragraphe 2 : les manifestations du mercenariat en Afrique
au sud du Sahara
A- Les manifestations du mercenariat en Afrique
pendant la guerre froide
B- Les manifestations du mercenariat en Afrique
après la guerre froide

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« LE MERCENARIAT EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA : APPROCHE ENDOSCOPIQUE ET
PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Section 2 : Le libéralisme anglo-saxon face à l’intransigeance de l’ ONU


et de la France, dans la manière d’appréhender le
mercenariat
Paragraphe1 : La vision de l’ONU et de la France
A- L’ONU
B- La France
Paragraphe 2 : La vision anglo-saxonne
A- La Grande Bretagne
B- Les Etats-Unis

Chapitre II : Les Sociétés Internationales de sécurité,


nouveau cadre d’évolution du mercenariat
Section 1 : Causes et conditions d’émergence
du marché des Sociétés Internationales
de Sécurité en Afrique noire
Paragraphe 1 : Les armées face au libéralisme économique
de l’après guerre froide
A- La baisse des budgets de défense et la
privatisation des appareils de défense et de sécurité
B- La démobilisation mondiale des effectifs
et ses conséquences
Paragraphe 2 : les calculs stratégiques des Etats et
l’explosion de la demande
A- Les calculs stratégiques des Etats comme cause
d’émergence des SIS
B- L’explosion de la demande et la légitimité de l’offre

Section 2: Nature des relations entre les Etats et les


Sociétés Internationales de Sécurité

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PERSPECTIVES », par Ylliass Destin LAWANI
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Paragraphe1 : les Sociétés Internationales de Sécurité comme outils de


politique extérieurs des Etats hôtes

A- Le cas Français
B- Cas des Etats Unis
Paragraphe 2 : Des risques politiques pour les Etats africains bénéficiaires

A- Un néocolonialisme de plus en plus imminent


B- Des contrats qui tendent à s’éterniser et des tentatives
de se faire payer en nature
Deuxième partie : LA REPRESSION DU MERCENARIAT
DANS SES NOUVELLES FORMES
SUR LE CONTINENT AFRICAIN ET
REPONSES DES ETATS
ChapitreI : La répression juridique du mercenariat

Section1 : L’arsenal juridique international

Paragraphe1 : La répression du mercenariat dans


les textes internationaux
A- Convention internationale contre le recrutement, l’utilisation, le
financement et l’instruction de mercenaires
B- Traités relatifs à certaines infractions
Paragraphe 2 : Le mercenariat dans les lois régionale
et nationale en Afrique au sud du Sahara
A- La convention de l’OUA
B- Les lois nationales africaines : cas de l’Afrique du Sud

Section 2 : La question de la responsabilité

Paragraphe1 : La responsabilité de l’Etat du fait d’activités mercenaires


Paragraphe 2 : La responsabilité individuelle des mercenaires
Chapitre II : Réponses des Etats face au phénomène du mercenariat en
Afrique

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