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Article : 121

Le dessalement d’eau de mer et


des eaux saumâtres

BANDELIER Philippe
janv.-17

Niveau de lecture : Difficile

Rubrique : Usages de l'énergie

Mots clés : Dessalement, Eau

L’approvisionnement en eau : un défi que le dessalement des eaux contribue déjà à


relever. Quelles sont les techniques, les consommations énergétiques associées, les
impacts environnementaux ? Quel est l’état du marché ? Quels sont les coûts ?

1
En l’espace de quelques décennies, l’accès à l’eau est devenu l’un des défis que l’humanité
doit relever rapidement. L’eau est pourtant abondante à l’échelle de la planète : les océans
sont une réserve inépuisable à condition de séparer le sel et l’eau. D’autres réserves comme
les eaux saumâtres trop salées pour être directement consommables sont aussi exploitables.
Cet article détaille les différentes techniques déjà utilisées pour le dessalement des eaux et
celles qui sont encore au stade de la recherche. Les aspects économiques, qui conditionnent
l’accessibilité de ces techniques, sont également exposés, de même que les dimensions
énergétiques et environnementales de la question.

1. Une réponse possible à un besoin grandissant

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, près de 700 millions de personnes, soit une personne
sur dix, n’ont toujours pas accès à de l’eau potable en 20151. Plus inquiétant, un rapport des Nations-
Unies estimait en 2006 que 60% de la population mondiale sera confrontée à des problèmes d’eau à
l’horizon 20252. On entend par là que l’accès à une eau de qualité et en quantité suffisante ne sera
pas assuré pour la majorité de l’humanité.
Si l’Organisation Mondiale de la Santé3 estime que le seuil vital est de 5 litres par jour et par
personne, la situation commence à être critique en dessous de 100 litres par jour pour satisfaire les
besoins domestiques et quelques besoins collectifs. Au standard des pays développés, la
consommation domestique est de l’ordre de 200 litres par jour et par personne (mais 350 litres aux
Etats-Unis !) et entre 1 et 3 mètres cubes par jour si on ajoute les usages collectifs, dont l’agriculture.
Et, pour plusieurs raisons4, la situation s’aggrave. La population mondiale augmente plus vite que
les ressources en eau mobilisables5, le niveau de vie des pays émergents s’élève et d’une manière

1
World Health Organisation (2015) Progress on sanitation and drinking water, 2015 update and MDG
assessment, 90p Disponible sur
http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/177752/1/9789241509145_eng.pdf?ua=1
[Consulté le 2/10/2016]
2
Nations-Unies (2006) L’eau, une responsabilité partagée [2ème Rapport mondial des Nations Unies sur la mise
en valeur des ressources en eau UN-WATER/WWAP/2006/3] Disponible en anglais et résumé en français sur
http://www.unesco.org/new/fr/natural-sciences/environment/water/wwap/wwdr/wwdr2-2006/downloads-
wwdr2/
[Consulté le 02/10/2016]
3
Howard Guy, Bartram Jamie (2003), Domestic Water Quantity, Service Level and Health, World Health
Organization, 33p. Disponible sur http://www.who.int/water_sanitation_health/diseases/WSH03.02.pdf
[Consulté le 07/11/2016]
4
Ces raisons sont identifiées dans les différents rapports WWAP (World Water Assessment Programme) des
Nations-Unies disponibles sur http://www.unesco.org/new/en/natural-sciences/environment/water/wwap/wwdr/
et synthétisées p. 7 du rapport de Cosgrove Catherine E. and Cosgrove William J. (2012). The Dynamics of
Global Water Futures Driving Forces 2011–2050. Paris: UNESCO, 94p [Report on the findings of Phase One of
the UNESCO-WWAP - Water Scenarios Project to 2050] Disponible sur
http://unesdoc.unesco.org/images/0021/002153/215377e.pdf [Consulté le 02/10/2016]
5
Selon le rapport WWAP (2009), la croissance rapide de la population a conduit à un triplement des
prélèvements en eau sur les cinquante dernières années. WWAP (2009), World Water Development Report3:
Water in a Changing World – Facts and Figures. p8. Paris: UNESCO. Disponible sur
http://www.unesco.org/new/en/natural-sciences/environment/water/wwap/wwdr/wwdr3-2009/ [Consulté le
02/10/2016]

2
générale, la qualité des eaux a tendance à se dégrader. S’il est évident que les régions tropicales
particulièrement sèches sont très vulnérables, de nombreux pays en dehors de ces régions sont déjà
touchés : Australie, Etats-Unis, pays du nord du bassin méditerranéen, Inde, Chine, etc.
Pourtant l’eau est abondante sur terre : 70% de la surface du globe est couverte par une réserve de
1,4 milliards de kilomètres cubes d’eau… salée. Rassemblée, cette eau représenterait un cube de plus
de 1000 kilomètres de côté (Figure 1). Mais seulement 0,6% de l’eau présente à la surface du globe
est directement utilisable et douce. Le reste est contenu dans les océans mais aussi piégé sous forme
de glace, à l’état de vapeur d’eau dans l’atmosphère ou reste simplement inaccessible6. Par ailleurs,
36 % de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres d’une côte, 11 % à moins de 10
kilomètres et 6 % à moins de 5 kilomètres7. Dessaler l’eau de mer - ou des eaux saumâtres moins
salées mais impropres à la consommation - pour obtenir de l’eau douce est alors une solution bien
séduisante.

Fig. 1 : Le volume des océans à l'échelle de la terre - source : NASA, 1972

6
CNRS. Dossier scientifique : l’eau. Disponible sur :
http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/doseau/decouv/cycle/stocksEau.html [Consulté le 07/11/2016]
7
Calcul propre effectué à partir des données de population en zone côtière en 2010 issues du Center
for International Earth Science Information Network - CIESIN - Columbia University (2012). National
Aggregates of Geospatial Data Collection: Population, Landscape, And Climate Estimates, Version 3
(PLACE III). Palisades, NY: NASA Socioeconomic Data and Applications Center (SEDAC)
Disponibles sur http://dx.doi.org/10.7927/H4F769GP [Consulté le 07/11/2016] et de la donnée de
population mondiale en 2010 des Nations-Unies, soit 6 929 725 043 habitants. Source : United Nations
(2015) Department of Economic and Social Affairs, Population Division, World Population Prospects:
The 2015 Revision, (DVD Edition) Disponible sur:
https://esa.un.org/unpd/wpp/Download/Standard/Population/ [Consulté le 07/11/2016]

3
2. Une histoire ancienne

L’idée d’extraire de l’eau potable à partir de la mer n’est d’ailleurs pas nouvelle. La nature le fait
depuis toujours à travers le cycle naturel de l’eau. Sous l’effet du soleil, les océans s’évaporent, la
vapeur d’eau forme des nuages qui provoquent des précipitations de pluie ou de neige dès que les
masses d’air humide atteignent des régions plus froides. L’eau des précipitations est pure car le sel
contenu dans la mer n’étant pas volatil, seule l’eau s’évapore.
Les marins de l’antiquité confrontés à l’approvisionnement en eau à bord des bateaux avaient
déjà imité la nature en faisant bouillir de l’eau de mer pour en extraire de l’eau non salée par
condensation de la vapeur produite (Figure 2). Dans Meteorologica, Aristote (384-322 av. J.C.) écrit :
« J’ai prouvé expérimentalement que l’eau salée qui s’évapore s’adoucit et que la vapeur condensée
ne reforme pas de l’eau de mer. ». Pline l’Ancien (23-79, Histoire Naturelle), Alexandre d’Aphrodise
(150-215) et St Basile (329-379, Homélies) semblent avoir été les premiers à décrire des procédés
pour rendre l’eau de mer potable8.

Fig. 2 : Production d’eau douce par condensation sur une éponge - source : Howarth, 1984. Voir réf. [8]

Mais il a fallu attendre le 18ième siècle pour qu’on évoque des procédés permettant d’augmenter
la production, améliorer la pureté de l’eau ou économiser l’énergie. Et ce n’est qu’au début du 20ième
siècle que sont apparus les premiers procédés vraiment industriels de distillation, c'est-à-dire de
concentration des solutions et de production d’eau douce par vaporisation puis condensation.

8
James D. Birkett (2012). The History of Desalination Before Large-Scale Use, in Desalination and
Water Resources - History, Development and Management of Water Resources,Vol.I. Paris: Unesco.
pp.381-434 I (Encyclopedia of life support systems)

4
Puis, autour de 1959, un procédé appelé osmose inverse a été mis au point à l’Université de
Californie9 dans le prolongement de la méthode plus ancienne de séparation des sels contenus dans
les mélasses (Dubrunfaut, 185310) et des colloïdes (Graham 1854, à l’origine du terme osmose11). Il
s’agit d’un procédé membranaire : l’eau douce est extraite de l’eau salée à travers une membrane
semi-poreuse, en appliquant une pression. Les premières membranes commerciales datent de 1970.

Les procédés de distillation et les procédés membranaires constituent les deux grandes familles
de procédés utilisés aujourd'hui à l'échelle industrielle pour le dessalement d'eau de mer. D'autres
méthodes pourraient voir le jour mais elles sont encore au stade du laboratoire ou en cours de
développement et rien ne dit s'elles seront compétitives par rapport aux procédés déjà bien
implantés.

3. Comment fait-on de l’eau douce à partir d’eau salée ?

Le dessalement des eaux concerne bien sûr l’eau de mer mais aussi les eaux saumâtres. Elles se
différencient par leur concentration en sels dissous et par leur composition. Pour les océans, l’eau de
mer contient en moyenne 35 grammes de sels par litre, constitués à 86% de chlorure de sodium et
13% de carbonate et sulfate de magnésium et de calcium. En proportion bien moindre, 1% au total,
on trouve presque toute la classification périodique des éléments ! Mais la salinité des mers est très
variable : 7 gramme par litre pour la mer Baltique et jusqu’à 270 gramme par litre pour la mer Morte.
Outre le chlorure de sodium, les eaux saumâtres ont une composition très diverse. La
concentration totale est très inférieure à celle de la plupart des mers avec une salinité en général
inférieure à 10 grammes par litre.
Pour produire de l’eau douce à partir d’eau salée, il faut introduire l'eau brute dans un système
auquel on apporte de l'énergie (Figure 3). Il est beaucoup plus facile et avantageux d'extraire l'eau
plutôt que le sel : on peut en effet choisir de ne retirer qu’un peu ou beaucoup d’eau, alors qu’il
faudrait extraire tout le sel pour obtenir ne serait-ce qu’une goutte d’eau douce. En pratique, pour
éviter d’avoir à gérer les 35 kilogrammes de sel contenus dans chaque mètre cube d'eau de mer
traitée, on n'extrait pas toute l'eau douce : on préfère concentrer l'eau de mer, d'un facteur environ
égal à 2. Ainsi, pour chaque mètre cube d'eau de mer traité - soit 1000 litres - on produira 500 litres
d'eau pure et on rejettera une saumure de 500 litres d’eau très salée (contenant 70 grammes par
litre de sel).

9
S. Loeb (1981). The Loeb-Sourirajan Membrane: How It Came About, in Turbak A.F. Synthetic membranes.
Washington, DC : American Chemical Society. 9p. (ACS Symposium Series). doi: 10.1021/bk-1981-
0153.ch001. Disponible sur : http://pubs.acs.org/doi/pdfplus/10.1021/bk-1981-0153.ch001?src=recsys [Consulté
le 23/11/ 2016]
10
Cité par : Pastor Jean, Pauli Anne-Marie (1995). Dialyse. Chromatographie et techniques séparatives. Paris :
Techniques de l’Ingénieur - p 1525. Disponible sur : http://www.techniques-ingenieur.fr/base-
documentaire/mesures-analyses-th1/chromatographie-et-techniques-separatives-42385210/dialyse-p1525/
[Consulté le 23/11/2016]
11
RUMEAU Michel. Membranes, transferts. Encyclopædia Universalis. Disponible sur :
http://www.universalis.fr/encyclopedie/membranes-transferts/ [Consulté le 23/11/2016]

5
Fig. 3 : Principe d’un système de dessalement – source : Philippe Bandelier

3.1. Les procédés de distillation et leurs limites

Bien sûr, rien ne parait plus facile que d'imiter la nature. Il suffit de distiller de l'eau de mer pour
en extraire de l'eau douce, c’est à dire produire de la vapeur d’eau en faisant bouillir l’eau de mer et
récupérer l’eau douce par condensation de la vapeur. Il est à noter qu’à cause de la présence de sel,
l’eau salée bout à une température légèrement supérieure à l’eau pure. La différence de
température d’ébullition entre l’eau salée et l’eau douce à une pression donnée est appelée écart
ébullioscopique.

Fig. 4 : Une distillation simple, mais énergivore

La première difficulté de la distillation est d'ordre économique. Pour évaporer un litre d'eau
initialement à 25 degrés, il faut dépenser 2260 kilojoules (kJ) d’énergie. Rien qu'en considérant le
coût de l'énergie thermique, sa contribution au prix de l'eau ainsi produite pourrait varier en Europe
entre 25 euros par mètre cube (source de chaleur renouvelable biomasse) et 95 euros par mètre
cube (source de chaleur électrique)12. Ces coûts sont bien sûr déraisonnables pour pouvoir envisager

12
Pour un coût du kWh bois de 0,04 € TTC (donnée 2015, consommateurs domestiques en France) et
du kWh électrique de 0,15 € hors TVA (donnée 2015 EUROSTAT, tarif industriel européen le plus
élevé). Source : Commissariat général au Développement durable, Observation et statistiques, prix des
énergies. Disponible sur http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/energie-climat/r/prix-
energies.html?tx_ttnews%5Btt_news%5D=23473&cHash=998f1a70b7e362103a6872b902a95f70
[Consulté le 23/11/2016]

6
une simple distillation directe13. Mais, comme on le verra plus loin, la récupération de chaleur permet
d’utiliser la distillation dans des conditions économiques plus acceptables.
Une deuxième difficulté est liée au caractère très corrosif et encrassant de l'eau de mer. L’eau de
mer ne contient pas que de l’eau et du sel de cuisine. Elle contient aussi d’autres sels dits à solubilité
inverse : plus on les chauffe, moins ils sont solubles. C’est en particulier le cas des carbonates et des
sulfates de calcium et de magnésium présents à hauteur de 4,5 grammes par litre. Et l’eau de mer est
un milieu « vivant » : elle contient aussi de la matière organique et biologique. Sans précaution
particulière, un bouilleur permettant d'évaporer de l'eau de mer va se corroder, s'entartrer,
s’encrasser. Mais là encore, les ingénieurs ont trouvé des solutions pour limiter et maîtriser ces
phénomènes.

3.2. La révolution du procédé membranaire de l’osmose inverse

L’osmose inverse (Figure 5), industrialisée à partir des années 70 allait révolutionner le
dessalement. A nouveau, c'est la nature qui a inspiré les ingénieurs.
L'osmose est un mécanisme naturel d'échange présent dans tous les organismes vivants au
niveau des cellules. Sous l'effet d'un écart de concentration, les molécules diffusent des régions les
plus concentrées vers les moins concentrées, y compris à travers de fines membranes, comme celles
des cellules, si leur nature physico-chimique le permet. Si ce n'est pas le cas, c'est l'eau qui va migrer
à travers la membrane pour diluer la zone concentrée et équilibrer les concentrations. A l’équilibre,
la différence de pression est appelée pression osmotique.

Fig. 5 : Les phénomènes osmotiques à travers une membrane - source: Philippe Bandelier

L'osmose inverse, qui est au contraire un procédé de séparation, est exactement le phénomène
inverse : en appliquant une pression suffisante, on force l'eau à quitter la zone concentrée pour
rejoindre la zone à faible concentration. La membrane séparatrice doit bien évidemment avoir la
capacité de laisser passer les molécules d'eau tout en arrêtant le sel. La pression à exercer dépend de
la concentration en sel et sert à empêcher l'eau pure de retourner diluer l'eau salée… par
phénomène d'osmose. On comprend aisément que la pression minimale à appliquer est au moins

13
A titre de comparaison, au robinet, on paie en France en 2016 entre 3 et 6 €/m3, tout compris
(fourniture d’eau et assainissement). La part de « production » (puisage, potabilisation et transport) en
représente moins de la moitié. Source : Observatoire National des Services d’Eau et d’Assainissement.
Disponible sur : http://www.services.eaufrance.fr/

7
égale à la pression osmotique, qui correspond juste à l’état d’équilibre. Si on considère l’eau de mer,
la valeur de la pression osmotique est environ 29 105 Pascals (Pa), soit près de 30 fois la pression
atmosphérique. Pratiquement, pour obtenir un flux significatif et vaincre la pression osmotique qui
augmente au fur et à mesure que l’eau est extraite, la pression de travail varie entre 60 et 70 105 Pa.

3.3. Les types de procédés industriels utilisés

Les principaux procédés industriels actuellement utilisés sont des développements des méthodes
présentées précédemment ; ils se classent en deux catégories : les procédés de distillation et les
procédés membranaires.
Selon la nature du procédé mis en jeu, la capacité de production peut varier de quelques litres
par jour à plusieurs centaines de milliers de mètres cubes par jour. Le choix du procédé mis en œuvre
dépend de multiples paramètres mais en premier lieu de la nature de l’eau à traiter - eau de mer ou
eau saumâtre, de la capacité de production souhaitée, et de la source d’énergie disponible comme
indiqué sur la figure 6.

Fig. 6 : Principaux procédés industriels de dessalement d’eau de mer - source: Philippe Bandelier

A ces deux grandes familles, on peut ajouter des procédés non conventionnels très peu utilisés
ou en cours de développement tels que la cristallisation, les cycles à air (humidification-
déshumidification d’air), la distillation membranaire, l’osmose directe et bien d’autres encore.

4. L’énergie minimum de dessalement

On comprend bien que la consommation d’énergie est un point clé du dessalement des eaux. On
peut alors se poser la question de savoir s’il existe une consommation d’énergie minimum en dessous
de laquelle il est impossible de descendre même avec un système idéal, sans perte ni irréversibilité,
avec un rendement égal à cent pour cent.

8
Le minimum d’énergie à dépenser correspond à l’énergie qui compense l’écart ébullioscopique
pour la distillation et à l’énergie qui permet de vaincre la pression osmotique pour l’osmose inverse.
Des calculs simples permettent d’avoir une très bonne estimation de cette énergie minimum.
Dans le système international, elle s’exprime en Joules par kilogramme d’eau douce produite mais
plus communément en kilowattheures par mètre cube d’eau douce (kWh/m3).
Ainsi, pour la distillation, comme l’eau salée bout à une température légèrement supérieure à
l’eau pure (Figure 7), si on considère de l’eau de mer et de l’eau pure à la même température de
25°C, il y aura moins de vapeur d’eau au-dessus de l’eau de mer qu’au-dessus de l’eau pure. En
d’autres termes, la pression partielle de vapeur d’eau sera plus basse au-dessus de l’eau de mer. Pour
obtenir la même pression, il faudrait que l’eau de mer soit légèrement plus chaude que l’eau pure.

Fig. 7 : Courbes Température-Pression de l’eau pure et de l’eau de mer - source: Philippe Bandelier

L’énergie minimum de dessalement sera donc le travail à fournir pour faire passer un kilogramme
de vapeur (m) de la pression qui règne au-dessus de l’eau de mer à celle qui règne au-dessus de l’eau
pure. Les tables thermodynamiques14 nous indiquent ces pressions : 3170 Pa pour l’eau pure, 3105
Pa pour l’eau de mer. La loi de compression isotherme réversible nous donne le travail à fournir WD
(M, R et T sont la masse molaire de l’eau, la constante des gaz parfaits et la température) :
𝑚 𝑃𝑒𝑎𝑢 𝑝𝑢𝑟𝑒 1 3170
𝑊𝐷 = 𝑅. 𝑇. ln = x 8.31 x 298 x ln = 2850 J. kg −1 = 0.79 kWh/m3
𝑀 𝑃𝑒𝑎𝑢 𝑑𝑒 𝑚𝑒𝑟 0.018 3105

Pour l’osmose inverse, l’énergie minimum à fournir WRO correspond au travail pour transférer un
kilogramme d’eau (m) avec un écart de pression égal à la pression osmotique (V et eau pure sont le
volume transféré et la masse volumique de l’eau) :
𝑚
𝑊𝑅𝑂 = 𝑉. 𝑃𝑜𝑠𝑚𝑜𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑒𝑎𝑢 𝑑𝑒 𝑚𝑒𝑟 = 𝑃
𝜌𝑒𝑎𝑢 𝑝𝑢𝑟𝑒 𝑜𝑠𝑚𝑜𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑒𝑎𝑢 𝑑𝑒 𝑚𝑒𝑟
1
= x 29.2 105 =2920 J.kg−1 =0.81 kWh/m3
1000

14
Comme par exemple celles de Laboceano, Laboratoire brésilien de technologie océanique :
http://www.laboceano.coppe.ufrj.br/ittc2011/documents/2011/pdf%20Procedures%202011/7.5-02-01-03.pdf
[Consulté le 04/11/2016]

9
Il est assez remarquable que les deux calculs correspondant à des principes physiques totalement
différents conduisent finalement à des résultats aussi proches. Mais comme l’état initial - eau et sel
mélangés - et l’état final - eau et sel séparés - sont identiques, le premier principe de la
thermodynamique impose que l’énergie à mettre en jeu doit être la même dans les conditions de
réversibilité totale, c’est-à-dire sans aucune perte. On remarquera toutefois que cette énergie
minimum est très théorique car on suppose dans les calculs précédents que le taux de conversion est
nul, c'est-à-dire qu’on est juste autour de l’équilibre.

5. Les procédés industriels de distillation les plus utilisés

Très rapidement, il est apparu que, pour limiter les phénomènes de corrosion et d'encrassement,
et diminuer les inconvénients dus à la présence d’air, il faut opérer sous pression réduite, ce qui
abaisse la température de distillation (Rochon, 181315). En effet, la vitesse de corrosion augmente
avec la température. L'eau de mer contient, en plus du chlorure de sodium, des sulfates et des
carbonates de calcium et de magnésium qui sont des sels à solubilité inverse : une température
élevée favorise leur précipitation sous forme de tartre. Si un nettoyage chimique permet d’éliminer le
tartre formé par les carbonates, les sulfates sont quasiment insolubles. On doit donc choisir des
températures de fonctionnement qui évitent leur formation. Sans traitement chimique préventif, la
température maximum de l’eau de mer est généralement limitée à une soixantaine de degrés. La
pression correspondante est environ 200 hectopascals (1 hPa = 1 millibar, mbar), soit un peu moins
d’un cinquième de la pression atmosphérique. On parle de distillation sous pression réduite.
Par ailleurs différents procédés de distillation ont été développés dans le but de réduire l’énergie
thermique consommée. La performance thermique des procédés de distillation est caractérisée par
le « Gain Output Ratio » (GOR) qui est un nombre sans unité, généralement le rapport entre le débit
d’eau produite, exprimé en tonnes par heure, et le débit de vapeur consommée, également en
tonnes par heure.

5.1. Le procédé de vaporisation instantanée (MSF) pour la production


massive

La vaporisation instantanée, plus connue sous son appellation anglo-saxonne MSF pour Multi-
Stage Flash, consiste à chauffer l’eau de mer (de 25 °C à 85 °C, à la pression de 1013 mbar, sur la
figure 8) puis à l’introduire dans une suite de cellules où la pression est inférieure à la pression de
saturation 16 (passage de 1013 à 60 mbar sur la figure). L’eau surchauffée va donc bouillir
spontanément et assez violement - d’où le nom de « flash » - pour retourner à l’état d’équilibre
thermodynamique (pression 60 mbar, température 35 °C). La vapeur produite est condensée en

15
M. Rochon (1813). Mémoire sur l’épuration de l’eau de mer, rendue potable sans goût d’empyreume, par
distillation dans le vide, Journal de Physique, de Chimie et d’histoire naturelle et des arts, Vol.76, p. 373
16
La pression de saturation est la pression qui assure l’équilibre liquide-vapeur à température donnée (en rouge
sur la figure 8)

10
utilisant l’eau de mer qui est ainsi préchauffée, ce qui permet d’économiser une partie de l’énergie
nécessaire (figure 9).

Fig. 8 : courbe de saturation de l’eau de mer et cycle MSF

Fig. 9 : schéma MSF à une cellule

Le bilan d’énergie s’écrit :


𝑃. 𝐻𝑣 = 𝑀. 𝐶𝑝. 𝑇𝑠𝑢𝑟𝑐 ℎ𝑎𝑢𝑓𝑓𝑒 − 𝑇𝑠𝑎𝑡𝑢𝑟𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛
où P est la quantité d’eau vaporisée, Hv l’enthalpie de vaporisation de l’eau, M le débit d’eau qui
« flashe » et Cp la capacité calorifique de l’eau.
On observe que la quantité d’eau ainsi vaporisée (P) est directement proportionnelle à l’écart de
température lors de la détente. Pour les valeurs courantes, le débit d’eau qui « flashe » (M) vaut
approximativement dix fois le débit d’eau produite.
Si théoriquement un seul étage de détente serait suffisant, pratiquement on observe que
l’équilibre thermodynamique n’est pas atteint entre l’eau de mer après détente et la température de
saturation dans l’enceinte. Ce déséquilibre est la conséquence des différentes pertes
thermodynamiques dont l’écart ébullioscopique et l’écart résiduel de détente. Par ailleurs, opérer la
détente en un seul étage limite considérablement la possibilité de récupérer l’énergie thermique au
condenseur. Ces deux limites invitent à placer plusieurs étages en série.
Pratiquement, la détente s’effectue donc dans plusieurs cellules jusqu’à 16 voire même plus,
dans lesquelles la pression et la température décroissent progressivement. Entre deux étages, la
température décroit de seulement 3 ou 4 degrés. La récupération de chaleur est alors maximum et
les pertes thermodynamiques sont minimisées. En dessous, le déclenchement de la vaporisation
devient aléatoire à cause des irréversibilités qui deviennent prépondérantes. Et l’investissement

11
devient tellement important qu’un nombre d’étages très important n’a plus de justification
économique.
Du fait de l’absence d’échangeur de chaleur pour l’évaporation, le procédé est moins sujet à
l’entartrage que les autres. Néanmoins, le problème est reporté sur le réchauffeur de tête qui
fonctionne alors dans des conditions particulières (vitesse de circulation élevée pour limiter les
incrustations, traitement tartrifuge).
Pour optimiser au mieux le schéma thermique, les étages sont disposés en deux sections
distinctes, une section de récupération de chaleur et une section de rejet (figure 10). Le GOR de ce
type d’installation varie communément entre 7 et 12.

Fig. 10 : Installation MSF industrielle - source: Philippe Bandelier

Fig. 11 : Usine de dessalement Al-Khobar II (Arabie saoudite) 223 000 m3/j MSF - source : Veolia-Sidem

12
5.2. Le procédé à multiple-effet (MED) pour économiser l’énergie

Le procédé à multiple-effet (Multi-Effect Distillation, MED) a été spécifiquement développé dans


le but d’économiser l’énergie thermique. Les premières tentatives datent du 19 ième siècle. La
puissance thermique apportée à l’évaporateur de tête par un fluide caloporteur - fluide qui
transporte la chaleur - sert à faire évaporer de l’eau de mer. La vapeur produite est condensée
dans l’évaporateur suivant, qu’on appelle le premier effet.

Fig. 12 : Principe du procédé à multiple-effet (MED) - source: Philippe Bandelier

L’enthalpie de condensation sert alors à évaporer à nouveau de l’eau de mer et ainsi de suite
jusqu’au condenseur final (figure 12). Le débit d’eau douce globalement produit est théoriquement
égal à la production du premier effet multipliée par le nombre d’effets. D’où le nom de multiple-
effet. Les différentes irréversibilités font qu’en réalité on constate une perte de 10 à 20%. Pour que le
système puisse fonctionner, il faut bien entendu que les températures et les pressions s’échelonnent
de manière décroissante de l’évaporateur de tête vers le condenseur final afin de garantir un écart de
température entre la vapeur qui se condense et l’eau de mer qui s’évapore. L’alimentation de chacun
des effets en eau de mer peut se faire en parallèle, à co-courant de l’évaporateur de tête vers le
dernier effet ou bien à contre-courant bien que cette dernière configuration ne soit pas
recommandée puisque les effets les plus chauds en tête se trouvent alors alimentés avec l’eau de
mer la plus concentrée, donc dans les conditions les plus encrassantes.
L’énergie thermique consommée décroit d’une manière quasiment linéaire quand le nombre
d’effets augmente, ce qui fait que le GOR est égal au nombre d’effets diminué de 10 à 20% à cause
des irréversibilités. Les installations à multiple-effet sont maintenant presque toujours combinées
avec une compression de vapeur, décrites dans le paragraphe suivant, afin d’augmenter encore les
performances énergétiques. Comme pour le procédé « flash », le nombre d’effets est limité à la fois
par les irréversibilités qui limitent la réduction de l’écart de température entre les effets à environ 2
degrés et aussi par des considérations économiques.

13
Fig. 13 : Usine de dessalement Abutaraba (Lybie) 13 300 m3/j MED-TVC – source : Veolia - Sidem

5.3. La compression de vapeur (MVC, TVC) : une façon complémentaire


d’économiser l’énergie

La distillation par compression de vapeur est aussi un procédé permettant de produire de l’eau
en minimisant la consommation d’énergie. Elle est toujours associée au procédé multiple-effet, le
nombre d’effets pouvant être réduit à un seul. Le principe est le même que celui des pompes à
chaleur, le fluide de travail subissant le cycle thermodynamique étant cette fois l’eau. Contrairement
à une pompe à chaleur, le circuit du fluide thermodynamique est ouvert au lieu d’être fermé. La
compression peut être réalisée avec un compresseur mécanique (Mechanical Vapor Compression,
MVC) ou avec un thermocompresseur (Thermal Vapor Compression, TVC).

5.3.1. Compression mécanique de vapeur (MVC)

L’eau de mer liquide et préchauffée (point A des figures 14 et 15 ) est évaporée à 55 degrés sous
une pression réduite à 160 millibars (mbar) (AB). La vapeur obtenue est très légèrement
comprimée à 200 mbar (BC). La température de saturation est alors de 60 degrés. Cette vapeur est
ensuite condensée (CD) mais la chaleur latente de condensation à 60 degrés est utilisée dans
l’évaporateur/condenseur pour évaporer l’eau de mer à 55 degrés. L’eau pure, liquide (D), peut alors
être extraite ainsi que la saumure correspondant à la fraction d’eau de mer non évaporée. Comme
ces deux fluides sont extraits à 55 et à 60 degrés, ils sont utilisés pour préchauffer l’eau de mer
introduite dans le système. En dehors du réchauffage initial néessaire pour démarrer l’installation, la
principale consommation d’énergie est l’énergie électrique du compresseur. Celle-ci est minimisée
du fait que l’écart de température est faible. Le taux de compression correspondant est donc aussi
très faible. Là encore, la limite est économique car plus l’écart de température est petit (mais
toujours limité par les irréversibilités) plus la surface d’échange nécessaire pour évaporer et
condenser sera grande.

14
Fig. 14 : Principe du procédé à compression mécanique de vapeur (MVC)

Fig. 15 : Cycle thermodynamique de l’eau dans le procédé MVC

Fig. 16 : Usine de dessalement Al Ghalilah (Oman) 2 x 500 m3/j MVC - source : Veolia - Sidem

15
5.3.2. Thermocompression de vapeur

La taille des usines de dessalement n’ayant jamais cessé de croitre, la compression mécanique a
rapidement été inadaptée aux grosses installations, à cause des limites à la fois techniques et
économiques pour le compresseur. Même si le rendement diminue très vite quand le taux de
compression augmente, la thermocompression s’est rapidement imposée car l’investissement et le
coût de maintenance sont extrêmement bas.
Le principe est d’utiliser une tuyère dans laquelle, par accélération dans un injecteur et un col, de
la vapeur haute pression aspire de la vapeur basse pression pour obtenir de la vapeur à pression
moyenne. La compression s’opère entre la vapeur à basse pression aspirée et le mélange à pression
moyenne qui est restitué. La seule source d’énergie étant la vapeur haute pression, c’est bien un
procédé « thermique » de compression. Les performances sont caractérisées par le débit de vapeur
motrice à haute pression nécessaire pour entrainer la vapeur à basse pression (consommation de
vapeur par unité de vapeur aspirée) ou bien par le taux d’entrainement (débit entrainé par unité de
vapeur motrice).

Fig. 17 : schéma d’un thermocompresseur de vapeur - source: Spirax Sarco

La thermocompression est toujours combinée avec le procédé à multiple-effet (figure 18). La


recompression de la vapeur peut s’effectuer entre le dernier et le premier effet ; dans ce cas le taux
de compression est maximum et le rendement de compression peu élevé, ce qui se traduit par une
consommation de vapeur haute pression élevée. Mais elle peut aussi se faire entre un étage
intermédiaire et le premier effet, le rendement est alors bien meilleur et la consommation de vapeur
plus basse.

16
Fig. 18 : Installation multiple-effet avec thermocompression de vapeur de Trapani (Sicile) - source : Siciliaque

5.4. Comparaison des différents procédés de distillation

Les données issues des travaux de Mahmoud Abdel-Jawad (2001) 17 et Wangnick (2004) 18
permettent une comparaison des différents procédés de distillation. Une synthèse est donnée dans
le tableau 1.

Tableau 1 : Caractéristiques des différents procédés de distillation

MSF MED MVC MED-TVC

Température de tête °C <120 <70 <70 <70

Source d’énergie principale Vapeur Vapeur, eau chaude Electricité Vapeur

3
Consommation thermique kWh/m 70 - 80 50 - 70 0 50 - 60

3
Consommation électrique kWh/m 3.5 1.5 8 -14 1.5

3
Capacité par ligne m /j 5 000 - 70 000 500 - 12 000 10 - 2 500 100 - 25 000

17
Mahmoud Abdel-Jawad (2001). Energy sources for coupling with desalination plants in the GCC countries.
(consultancy report prepared for ESCWA)
http://faculty.ksu.edu.sa/Almutaz/Documents/Energy%20Consumption%20and%20Performance%20for%20Vari
ous%20Desalination%20Processes.pdf

18
Wangnick (2004), IDA Worldwide Desalting Plants Inventory, Report n°18. Wangnick Consulting GmbH,
Germany

17
La distillation a été pendant longtemps le procédé exclusif de dessalement. Mais avec le
renchérissement de l’énergie thermique, le marché s’est progressivement tourné vers les procédés
membranaires. Si aujourd’hui environ la moitié de l’eau douce issue de l’eau de mer est produite par
distillation, c’est grâce aux très grosses usines de dessalement du Moyen-Orient couplées à des centrales
électriques qui les alimentent en énergie thermique à faible coût marginal. La situation pourrait
radicalement changer lorsque ces usines arriveront en fin de vie.

6. L’essor des procédés membranaires dominé par l’osmose inverse

Longtemps réservé au dessalement des eaux saumâtres et aux petites capacités, l’osmose
inverse, procédé mis au point au cours du vingtième siècle, a bénéficié des progrès réalisés sur les
membranes et sur les systèmes de récupération d’énergie qui ont littéralement fait exploser son
marché. Aujourd’hui, si on considère l’ensemble des eaux traitées, l’osmose inverse représente
presque les deux tiers de la capacité installée. Il écrase les autres procédés membranaires qui sont
essentiellement l’électrodialyse, la distillation membranaire et l’osmose directe.
D’autres procédés qui seront énumérés plus loin utilisent aussi des membranes mais leur
développement n’est pas encore très avancé.

6.1. L’osmose inverse (RO)

6.1.1. Des membranes aux qualités exceptionnelles

Le principe de l’osmose inverse (Reverse Osmosis, RO) est de disposer d’une membrane
séparatrice poreuse dont la taille des pores est suffisamment petite - quelques nanomètres - pour
laisser passer les molécules d’eau mais pas les ions, beaucoup plus gros. Malheureusement, la
séparation n’est pas parfaite et un peu de sel traverse quand même la membrane. Des traitements
de fonctionnalisation peuvent renforcer le caractère sélectif de ces membranes et accroitre leur
capacité de séparation.
Pour limiter les pertes de charge dues à l’écoulement de l’eau à travers ces membranes et donc
minimiser la consommation d’énergie, elles sont extrêmement fines : leur épaisseur est souvent une
fraction de micron. La pression osmotique s’opposant à l’écoulement dès que de l’eau pure traverse
la membrane, il faut appliquer sur l’eau à traiter une pression au moins égale à la pression osmotique
afin de forcer le flux dans le sens de la séparation. La membrane ne fonctionne donc pas
complètement à la manière d’un filtre car l’écoulement doit vaincre la pression osmotique en plus.
On a vu que cette pression vaut 29 105 Pa pour l’eau de mer ; elle augmente au fur et à mesure du
processus de concentration. Pratiquement, pour concentrer et obtenir un flux significatif, la pression
de fonctionnement est de l’ordre de 60 à 70 105 Pa et le taux de conversion de l’eau de mer en eau
douce est légèrement inférieur à 50%. Bien sûr, si l’eau est faiblement salée, la pression à appliquer
diminue et le taux de conversion peut être augmenté, ce qui a conduit à imposer l’osmose inverse
comme le procédé de référence du traitement des eaux saumâtres.

18
Travailler à haute pression induit une seconde conséquence. Les membranes doivent résister à
des écarts de pressions très importants. Il existe différents types de membranes : à fibres creuses ou
en film. Les fibres creuses sont des capillaires dont le diamètre intérieur mesure typiquement
quelques dizaines de microns tandis que le diamètre extérieur est de dimension millimétrique. Grâce
à ces petites dimensions, leur résistance à la pression est excellente. Mais bien que leur surface par
unité de volume soit très supérieure à celle des films - dans un rapport de 10 :1 - elles sont très peu
utilisées pour des questions d’encrassement et de bouchage. Pour les membranes en film, la couche
active extrêmement mince ne résiste pas seule à la pression. Elle est donc associée à d’autres
couches très poreuses qui lui servent de support et lui assurent des propriétés mécaniques
adéquates (figure 19).

Fig. 19 : Structure d’une membrane d’osmose inverse - source: DR

Les films ainsi constitués sont enroulés avec des espaceurs qui forment des canaux pour l’eau
salée et pour l’eau pure (figure 20). Un module ainsi constitué développe une surface de l’ordre de
40 m² pour un diamètre de 200 millimètres (8 pouces) et une longueur de 1 mètre (40 pouces).
Plusieurs modules, typiquement sept, sont ensuite assemblés dans un tube de pression (figure 21).

Fig. 20 : Constitution d’un élément d’osmose inverse - source : Lenntech

Fig. 21 : Assemblage d’éléments d’osmose inverse dans un tube de pression - source : Lenntech

19
Les tubes de pression sont ensuite associés en très grand nombre - plusieurs dizaines - d’une
manière modulaire, chaque module s’appelant un train, ce qui permet d’atteindre des productions
très importantes comme à Ashkelon (figure 22).

Fig. 22 : Usine de dessalement d’Ashkelon (Israël) - 320 000 m3/j - RO - source : Veolia Water

6.1.2. Un souci d’économie d’énergie

Comme pour les procédés de distillation, la consommation énergétique de l’osmose inverse est
une préoccupation majeure. Puisque seulement la moitié de l’eau est extraite sous forme d’eau
douce à partir de l’eau salée, l’unité rejette une saumure concentrée à une pression très élevée, de
l’ordre de 60-70 105 Pa, quasiment égale à la pression de fonctionnement de l’osmoseur. Très
rapidement, des dispositifs récupérant cette énergie de pression ont été intégrés (figure 23). Des
turbines ou des systèmes analogues ont été introduits au début des années 80. La saumure haute
pression est dirigée sur une turbine disposée sur le même axe que la pompe haute pression de
l’osmoseur, celle-ci consomme alors 30 à 40% de puissance en moins. Ensuite, et bien que décrits dès
les années 50, l’emploi d’échangeurs de pression - systèmes isobariques - s’est généralisé à partir des
années 2000.

Fig. 23 : Schéma général d’une unité d’osmose inverse

20
Le principe de l’échangeur de pression est basé sur un canal cylindrique dans lequel la saumure
sous pression chasse l’eau de mer vers l’osmoseur alternativement avec l’eau de mer qui chasse la
saumure vers le rejet. Un ensemble de clapets et de tiroirs assure la distribution alternative des
fluides et un piston sépare les fluides. Deux cylindres fonctionnent en tandem pour assurer une
continuité de tous les débits. Mais le système le plus élaboré est l’échangeur de pression développé
par la société ERI19 (figure 24) car il est rotatif et ne comporte ni clapet ni piston. C’est la pression de
la saumure qui assure la rotation du dispositif à une vitesse de 1200 tours par minute. Le rendement
de récupération est supérieur à 95%. A cause de l’absence de piston, les fluides se mélangent
partiellement mais seulement de quelques pour cent.

Fig. 24 : Echangeur de pression - source : Energy Recovery Inc..

En première approximation, les transferts dans un module d’osmose inverse peuvent être décrits
par des relations simples :
Flux d’eau à travers la membrane : 𝐽1 = 𝐴. (∆𝑃 − ∆𝜋)
Flux de sel à travers la membrane : 𝐽2 = 𝐵. (𝐶0 − 𝐶𝑃 )
𝐴.(∆𝑃−∆𝜋)
Taux de rejet du sel : 𝑇𝑅 = 𝐴. ∆𝑃−∆𝜋 +𝐵

Où J1 et J2 sont exprimés en kg/m².s


A est la perméabilité de la membrane (3 10-9 kg/m².s.Pa, 1 l/m².h.bar)
B la perméabilité au sel (10-7 m/s)
P l’écart de pression moyen Pa
 l’écart de pression osmotique moyen Pa
C0 - Cp l’écart de concentration kg/m3

La consommation d’énergie de la pompe haute pression résulte d’un compromis entre la


pression de fonctionnement, le taux de conversion et la surface de membranes installée.
Typiquement, pour le dessalement d’eau de mer, la pression de fonctionnement est fixée entre 60 et
70 105 Pa, le taux de conversion est un peu inférieur à 50% et la surface de membrane est environ 2
m²/(m3/j). La consommation d’énergie est comprise entre 3 et 4,5 kWh/m 3. Pour dessaler de l’eau
saumâtre dont la concentration en sel est 5 grammes par litre, la pression optimale est divisée par
deux, le taux de conversion atteint 70% mais la surface de membrane reste sensiblement identique.
La consommation d’énergie descend entre 1,5 et 2 kWh/m3.

19
http://www.energyrecovery.com/water/px-pressure-exchanger/ [Consulté le 04/11/2016]

21
6.1.3. Encrassement - Prétraitement

Bien que l’osmose inverse ne soit pas du tout un procédé thermique, les membranes sont
sujettes à l’encrassement qui se manifeste par des dépôts aussi bien minéraux du type tartre,
qu’organiques (encrassement biologique). Outre l’aspect sanitaire, ces dépôts altèrent les
performances de transfert des membranes, qui par ailleurs vieillissent, ce qui conduit à les remplacer
périodiquement. Toutefois, entre deux changements, des traitements chimiques permettent de
maintenir ou de rétablir un état assurant des performances acceptables. Ces traitements sont
regroupés dans ce qu’on appelle le prétraitement de l’eau de mer, avant de procéder à l’osmose
inverse. Ce poste représente environ 10% de l’investissement total et 10% du prix final de l’eau. Il
nécessite une surveillance très stricte au risque de détruire irrémédiablement les membranes. Sans
être systématiquement toutes obligatoires, les différentes étapes du prétraitement sont :
 Une filtration sur différents types de filtres, dont la micro et l’ultrafiltration
 Une floculation, elle améliore la qualité de la filtration ; on utilise des sels ferriques ou des
polyélectrolytes pour agglomérer les particules en suspension et les décanter
 Un traitement antitartre, à base d’acides ou de phosphates
 Un traitement inhibiteur de corrosion à base de polyphosphates
 Une désinfection au chlore ou à l’hypochlorite de sodium pour éliminer les micro-organismes
présents dans l’eau
 Une neutralisation du désinfectant aux sulfites car, à base de chlore ou de dérivé chloré, le
désinfectant attaque les membranes
 Un ajustement du pH car les propriétés de transfert des membranes y sont sensibles
 Un contrôle de la température
Des travaux ont été menés pour déterminer la température de fonctionnement optimale d’un
osmoseur. En effet, par diminution de la viscosité de l’eau, une élévation de température augmente
la production de 2 à 3% par degré. Malheureusement, la salinité de l’eau produite augmente aussi de
2% par degré et la durée de vie des membranes est abrégée. Finalement, pour assurer une durée de
vie de l’ordre de 2 à 4 ans, on constate que la température doit être comprise dans une fourchette
très réduite de quelques degrés autour de 28 degrés. La température est donc un paramètre qui est
surveillé et non pas un paramètre de fonctionnement ajustable, tout au moins dans les pays chauds.

6.2. L’électrodialyse (ED) pour extraire le sel des eaux saumâtres

L’électrodialyse (Electrodialysis, ED) a été développée dans les années 60. Le principe n’est pas
d’extraire l’eau pure de l’eau à traiter mais au contraire d’en extraire les ions chlorure et sodium à
travers des membranes sélectives. La migration des ions est provoquée par un champ électrique
figure 25). Si ce procédé est bien adapté au traitement des eaux saumâtres, peu concentrées, la
consommation électrique devient rédhibitoire au-delà d’une salinité de 4 grammes par litre. Pour
une tension de fonctionnement de 500 V aux bornes d’un empilement de membranes, la
consommation électrique est de 2,6 kWh/m3 pour une concentration initiale de 2,5 grammes par
litre, 3,9 kWh/m3 pour 3,5 grammes par litre et 5,5 kWh/m3 pour 5 grammes par litre20. A des

20
M. Abdel-Jawad (2001).op cit

22
concentrations aussi basses, l’osmose inverse est donc rapidement plus pertinente sur le plan
énergétique.

Fig. 25 : Principe de l’électrodialyse

On notera que le procédé est parfaitement réversible, c’est-à-dire qu’il permet de produire de
l’électricité à partir d’eau salée et d’eau douce. Dans la mesure où la production électrique maximum
peut se calculer aisément à partir de la formule donnant l’énergie minimum de dessalement, on
comprend aisément que le procédé ne présente un quelconque intérêt que si l’eau salée est très
concentrée, proche de la saturation. Des expériences ont été menées en utilisant de l’eau saturée de
marais salant et, non pas de l’eau douce trop précieuse, mais de l’eau de mer. L’intérêt reste
néanmoins anecdotique car, à la faible production d’électricité, il faut retrancher la puissance
électrique consommée par les pompes de transfert.

Fig. 26 : Cellules d’électrodialyse - source : General Electric (copyright of General Electric Company : used with
permission)

23
6.3. La distillation membranaire (MD), un procédé intéressant encore en
développement

Proche de l’osmose inverse en ce sens qu’on extrait l’eau, la distillation membranaire (Membrane
Distillation, MD), procédé qui date des années 60, en diffère par le fait qu’on utilise un écart de
pression de vapeur comme force motrice, et non pas la pression au sens mécanique, pour réaliser le
transfert (figure 27)21. C’est donc un procédé membranaire atypique qui consomme principalement
de l’énergie thermique.

Fig. 27 : Principe de la distillation membranaire - source : R.Ben Aïm

La distillation membranaire ne doit pas être confondue avec la pervaporation qui combine en
plus des phénomènes d’adsorption et de désorption. Les membranes sont hydrophobes et
fonctionnent exactement de la même manière que les textiles techniques recouverts d’une
membrane hydrophobe fluorée qui constitue une barrière à la pluie mais évacue la vapeur d’eau de
la transpiration. Le procédé fonctionne autour de 70 degrés à l’entrée côté chaud, l’écart de
température avec le côté froid est de 10 à 20 degrés. Sous l’effet de cet écart de température
induisant un écart de pression partielle de vapeur d’eau, de la vapeur migre à travers la membrane et
se condense au point froid (figure 26). Le système fonctionne en dépression afin qu’il n’y ait aucun air
résiduel qui pénaliserait les transferts par diffusion. Afin de réduire la consommation d’énergie, l’eau
salée qui parcourt le condenseur se réchauffe et c’est donc préchauffée qu’elle pénètre dans le
réchauffeur de tête. Ce schéma thermique est tout à fait comparable à celui du procédé MSF.
Les membranes ont une épaisseur de 40 à 250 micromètres (µm) et sont réalisées en
polyfluorure de vinylidène (PVDF), en polypropylène (PP) ou en polytetrafluoroéthylène (PTFE, bien
connu sous le nom de Teflon™). La taille des pores ne dépasse pas 0,2 micromètres. L’intérêt est de
pouvoir réaliser une distillation dans un dispositif très compact en utilisant une source de chaleur à
basse température avec une consommation électrique des pompes annexes très basse - de l’ordre du
kilowattheure par mètre cube d’eau produite. Comparées à l’osmose inverse, les membranes ont une
très bonne sélectivité et sont surtout beaucoup moins sensibles à l’encrassement et aux oxydants
utilisés comme biocide. Le prétraitement est donc très simplifié. Néanmoins, le stade industriel n’a
jamais été atteint pour le dessalement à cause des faibles flux de vapeur obtenus à travers les
membranes et finalement de la consommation d’énergie thermique qui reste élevée pour maintenir

21
Ben Aïm R. (2009). Les nouvelles séparations membranaires, Paris : Journées Techniques SF2P, 5 nov,
Disponible sur : http://sf2p.separation.free.fr/PdF/P3-Benaim.pdf [Consulté le 04/11/2016]

24
un flux significatif. Le GOR ne dépasse pas 4 à 6. Les prototypes réalisés montrent la compacité des
installations (figure2822.

Fig. 28 : Modules de distillation membranaire – source : GWI/DesalData

7. Beaucoup de procédés possibles de dessalement des eaux en cours


de développement

Partant du constat que les procédés courants consomment beaucoup plus d’énergie que
l’énergie minimum de dessalement, même si celle-ci ne pourra jamais être atteinte, beaucoup
d’investigations ont été menées pour imaginer des procédés de dessalement qui soient économes en
énergie, simples et globalement le moins coûteux possible pour accroitre l’accessibilité à l’eau des
populations. Si beaucoup de travaux sont actuellement en cours, les principes de base avaient
souvent été établis dès les années 60, voire même avant. Les progrès récents réalisés dans les
nanotechnologies et plus particulièrement dans les nanomatériaux ont ouvert de nouvelles
perspectives. Les biotechnologies semblent également offrir des possibilités. Voici quelques
technologies de dessalement non conventionnelles, dont certaines n’ont pas connu de
développement alors que d’autres sont considérées comme prometteuses.
La congélation est un procédé « naturel ». La glace d’eau de mer formant la banquise est
beaucoup moins salée que la mer. L’eau étant très majoritaire dans le mélange eau + sel, de la glace
d’eau douce se forme en premier lors de la congélation. Malheureusement, de petites poches d’eau
de mer sont emprisonnées dans la glace et polluent l’eau douce obtenue ensuite en fondant la glace.
Le procédé est malgré tout séduisant car l’enthalpie de solidification de l’eau est très inférieure à
celle de vaporisation : 335 kJ/kg (93 kWh/m3) contre 2260 kJ/kg (630 kWh/m3). Il faut néanmoins
noter que le froid nécessaire à la congélation doit être produit par une machine frigorifique qui
consomme une énergie noble, électrique (groupe frigorifique) ou thermique à température moyenne
(machine à absorption). Quoi qu’il en soit, même ramené à une source d’énergie primaire, le bilan
énergétique reste très en faveur de la congélation. Le froid, stocké sous forme de glace, peut être
utilisé pour des usages de climatisation de locaux. Quelques installations pilotes ont été réalisées
dans les années 60 aux USA, en Israël et au Royaume-Uni mais vu les performances finalement
médiocres et les problèmes de pureté de l’eau produite, il n’y a pas eu de suite.

22
Kullab A., Martin A.(2011). Membrane distillation and applications for water purification in thermal
cogeneration plants, Sep. Purif. Technol., Vol.76, pp. 231–237.

25
L’osmose directe (Forward Osmosis, FO) semble se développer. Le principe de cette technique
membranaire est de mettre l’eau de mer au contact d’une solution très concentrée, à travers une
membrane qui ne laisse passer que l’eau. Sous l’effet du très fort gradient de concentration, l’eau va
migrer vers la solution concentrée. Celle-ci est une solution d’un sel volatil, comme par exemple du
carbonate d’ammonium. La solution diluée obtenue va donc être chauffée afin de chasser le sel
volatil sous forme d’ammoniac gazeux et de gaz carbonique. Ces deux gaz sont à nouveau dissous
dans une partie de l’eau épurée obtenue pour reconstituer la solution concentrée tandis que l’autre
fraction subit une finition (osmose inverse ou nanofiltration) pour éliminer les traces résiduelles de
carbonate d’ammonium. L’ensemble du procédé ne nécessite qu’un peu de chaleur à une
cinquantaine de degrés pour régénérer la solution et un peu d’électricité pour les pompes de
circulation. La comparaison avec l’osmose inverse semble en faveur de l’osmose directe pour les forts
taux de conversion23.
L’idée d’utiliser une extraction par solvant pour le dessalement n’est pas nouvelle24. Deux
stratégies sont possibles : soit on extrait l’eau vers le solvant, soit on extrait le sel. Dans tous les cas le
solvant doit être régénéré par chauffage et recyclé ; il faut donc que son pouvoir solvant varie
beaucoup avec la température. Toute la pertinence du procédé réside donc dans le choix du solvant.
Pour extraire l’eau, les amines secondaires et tertiaires sont utilisables bien que leur concentration
résiduelle dans l’eau produite rende indispensable une purification finale. Pour extraire le sel, ce qui
est beaucoup plus rare car l’eau et le solvant doivent être totalement immiscibles, des solvants
polymériques sont utilisables. Vus les enjeux potentiels, leur composition est tenue secrète. Cette
technique n’est pas encore au stade industriel pour le dessalement.
L’humidification-déshumidification d’air s’est beaucoup développée ces dix dernières années. Il
s’agit d’imiter le cycle naturel de l’eau dans la nature. On sature de l’air en humidité par contact avec
de l’eau de mer chaude puis l’air chaud et humide obtenu est refroidi afin de condenser l’humidité
qu’il contient. L’eau de mer peut être chauffée à partir de n’importe quelle source de chaleur mais
une source solaire est souvent privilégiée. La source froide qui permet la condensation est
simplement l’eau de mer qui alimente un condenseur. L’avantage de ce procédé est qu’il fonctionne
à la pression atmosphérique et que sa simplicité et sa température de fonctionnement permettent
d’utiliser massivement des matériaux plastiques peu coûteux. Bien que modestes, les performances
sont intéressantes (GOR 4 à 5). Ce procédé est bien adapté aux petites capacités. Les
constructeurs25se limitent à une capacité d’une cinquantaine de mètres cubes par jour.
La déionisation capacitive consiste simplement à faire passer l’eau à dessaler dans un canal dont
les parois sont constituées d’électrodes poreuses. Sous l’effet d’un champ électrique, les ions migrent
vers les électrodes dans lesquelles ils restent piégés. Si le canal est suffisamment long - la longueur
peut atteindre 10 mètres - l’eau ressort exempte de sel. Périodiquement, la polarité des électrodes
est inversée pour chasser le sel ; une saumure concentrée sort alors du canal. Il s’agit là d’un procédé
dans lequel on retire bien le sel et non pas l’eau. Il semble fonctionner avec des solutions très
chargées - jusqu’à 100 grammes par litre - avec un taux de conversion supérieur à 80% 26.
L’électrodéionisation est un procédé hybride entre l’électrodialyse et le traitement par résines
échangeuses d’ions. Elle convient aussi seulement aux eaux faiblement chargées et de faible dureté
(< 1 milligramme par litre). Elle permet d’obtenir de l’eau ultra-pure (polissage d’eau osmosée par

23
Mazlan N. M. et al. (2016). Energy consumption for desalination - A comparison of forward osmosis with
reverse osmosis, and the potential for perfect membranes. Desalination, vol. 377, pp.138–151
24
Davison et al. R. (1960) Structure and amine-water solubility in desalination by solvent extraction. Journal of
Chemical Engineering Data, vol. 5, n°4.
25
TMW, Mage Water Management, Altela, Terrawater
26
Atlantis™ , http://www.atlantis-water.com/

26
exemple). Sous l’effet d’un champ électrique, les ions sodium et les ions chlorures sont chassés à
travers des membranes sélectives. L’électro-neutralité est rétablie par les ions hydronium et
hydroxyle des résines. La dissociation de l’eau sous l’effet du courant électrique permet de régénérer
les résines in-situ. Le procédé fonctionne donc en continu sans consommer de produits chimiques27
Le procédé Thermo-Ionic28 est aussi un procédé utilisant des membranes sélectives. De l’eau de
mer est concentrée par évaporation par simple pulvérisation dans l’air jusqu’à environ 180 grammes
par litre. Elle est ensuite mise au contact d’eau de mer non concentrée à travers une membrane
hydrophobe laissant passer les ions sodium d’une part et d’une membrane hydrophobe laissant
passer les ions chlorure d’autre part. Sous l’effet du gradient de concentration, les ions migrent de
l’eau concentrée vers l’eau de mer non concentrée. Celle-ci est également au contact d’un second
circuit d’eau de mer non concentrée à travers des membranes identiques. Ce sont alors les ions de ce
second circuit qui vont migrer pour rétablir l’électro-neutralité du premier circuit. Le second circuit
s’appauvrit en sel tandis que le premier s’enrichit. Il y a bien dessalement de l’eau en combinant
l’effet d’un gradient de concentration puis d’un gradient électrique. Bien que la consommation
spécifique soit donnée autour de 1 kilowattheure par mètre cube d’eau douce produite pour faire
circuler les fluides, ce qui est très faible, il ne semble pas y avoir d’industrialisation du procédé ;
probablement à cause du faible taux de rejet du sel dû aux gradients inverses, défavorables au
transfert souhaité.

Etudiée par le Massachusetts Institute of Technology, la concentration ionique par polarisation


dérive des nanotechnologies. Un mini canal, d’une taille caractéristique de 500 micromètres, se
sépare en deux sous canaux. De l’eau salée alimente le canal principal tandis d’une polarisation
électrique est appliquée au niveau de la séparation. Il se produit alors une déplétion locale des ions
qui conduit à enrichir le flux qui sort par une branche tandis que l’autre s’appauvrit. Le taux de rejet
du sel a été mesuré à 99% pour un taux de conversion de 50%. La consommation spécifique
électrique est de 3,5 kilowattheures par mètre cube. Ces performances placent le dispositif à un
niveau équivalent à l’osmose inverse. Mais il est évident qu’il est très sensible à l’encrassement et
qu’un débit de production significatif - seulement 1 microlitre par minute par dispositif - ne peut être
atteint qu’avec un très grand nombre de dispositifs fonctionnant en parallèle. Une architecture
permettant de passer à un débit mille fois supérieur a été testée mais on est encore loin d’un
procédé industriel29.
Les hydrogels sont des polymères hydrophiles qui ont la propriété d’absorber l’eau contenue
dans l’eau salée dans laquelle ils sont plongés. Après rinçage, ils peuvent restituer l’eau qu’ils ont
absorbée soit par chauffage soit par pressage. Toute autre stimulation est envisageable pour
restituer l’eau : pH, champ électrique ou magnétique, lumière, etc. Leur base est un polyacrylate
fonctionnalisé pour lui conférer les bonnes propriétés. La capacité d’absorption est de l’ordre de
1000 fois en masse. Le temps caractéristique d’un cycle est d’une trentaine de minutes. L’énergie à

27
Institut für Chemische Verfahrenstechnik (2009) Electromembrane processes: state-of-the-art processes and
recent developments, Univ. Stuttgart, Disponible sur: https://ocw.mit.edu/courses/mechanical-engineering/2-500-
desalination-and-water-purification-spring-2009/readings/MIT2_500s09_read12.pdf [Consulté le 23/11/2016]
28
Saltworks Technologies, http://www.saltworkstech.com
29
Kim Sung Jae et al. (2012). A portable and high energy efficient desalination/purification system by ion
concentration polarization. Nanosystems in Engineering and Medicine, Proc. of SPIE 2012, Vol. 8548 85483R-1,
Disponible sur: http://dx.doi.org/10.1117/12.2000052 [Consulté le 07/11/2016]

27
mettre en jeu pour récupérer l’eau semble être un point actuellement très limitant : entre 20 et
40 kilowattheure par mètre cube par pressage mécanique30.
Les hydrates de gaz (chlathreates) sont des cristaux se présentant comme de la glace mais ils
sont formés de molécules d’eau qui piègent un gaz tel que du méthane ou du dioxyde de carbone.
Beaucoup d’autres gaz peuvent être envisagés. La proportion d’eau piégée est 85% dans le cas du
méthane. Une fois formés, il suffit de séparer les hydrates, solides, de la saumure et de les
décomposer pour obtenir de l’eau et recycler le gaz. Le principe avait été identifié dès les années 40
sans y prêter plus d’attention à l’époque. Malheureusement la présence de sel à tendance à inhiber
la formation des hydrates. La formation d’hydrates a lieu typiquement autour de zéro degré sous
plusieurs bars de pression pour le cas d’hydrate de propane. Le fait qu’il faille refroidir l’eau de mer
et le gaz pour former l’hydrate sous pression puis chauffer pour le décomposer rend encore le
procédé très discutable pour une utilisation industrielle. Néanmoins, le champ est totalement ouvert
pour trouver un couple eau/gaz plus performant31.
Le biodessalement est basé sur l’affinité de certaines plantes ou de bactéries pour le sel. Des
expériences ont été menées avec des cyanobactéries et avec une variété de nénuphar. La lumière
solaire est la source d’énergie permettant les transferts. La séparation n’est pas totale, pour l’instant
seules des variations de concentration ont été observées. Le sel extrait se retrouve incorporé à la
biomasse produite32.
Les procédés de captation d’humidité fournissent une alternative intéressante pour les petites
capacités. Comme la nature procède naturellement à la première étape de la distillation en
évaporant l’eau de mer, de la vapeur d’eau est finalement présente partout dans l’atmosphère, il ne
reste plus qu’à la condenser pour obtenir de l’eau douce. Si le site s’y prête, comme par exemple sur
les iles océaniques, la condensation sous forme de brouillard se produit aussi naturellement durant la
nuit. De l’eau peut alors être collectée par des toiles tendues sur lesquelles les gouttelettes du
brouillard s’impactent, coalescent et ruissellent. Avec une humidité relative de 100%, on peut ainsi
récupérer jusqu’à 2 litres d’eau par nuit et par mètre carré de toile33.
Pour « forcer » la formation de rosée, des surfaces émissives peuvent abaisser la température de
capteurs d’humidité sur lesquels l’humidité ambiante va se condenser. Ces systèmes fonctionnent
aussi la nuit, quand l’humidité relative est maximum et que le rayonnement du capteur vers le ciel
nocturne permet le refroidissement. Enfin, on peut aussi utiliser une machine frigorifique pour
abaisser la température de l’air sous son point de rosée et obtenir ainsi de l’eau par condensation34.
Ce dernier principe reste très énergivore car il nécessite de refroidir beaucoup d’air pour obtenir peu
d’eau (130 mètre cube d’air par litre d’eau pour un climat à 30 degrés et 40% d’humidité relative).
Des pièges à humidité sont également étudiés. Ils sont constitués d’un tapis de nanotubes de
carbone dont l’extrémité exposée à l’air est hydrophile tandis que celle au bas des tubes est

30
Höpfner J. (2013). A new method of seawater desalination via acrylic acid based hydrogels, Karlsruher
Institut für Technologie (KIT) (Dissertation) Disponible sur : http://www.ksp.kit.edu/9783731501435 [Consulté
le 07/11/2016]
31
Jitendra S. Sangwai and al. (2013) Desalination of seawater using gas hydrate technology - Current status and
future direction, IIT Madras, Chennai, India (Proceedings of Hydro 2013 International, 4-6 Dec) Disponible sur:
https://www.researchgate.net/publication/259266834_DESALINATION_OF_SEAWATER_USING_GAS_HY
DRATE_TECHNOLOGY_-_CURRENT_STATUS_AND_FUTURE_DIRECTION [Consulté le 04/11/2016]
32
Arámburo-Miranda A.V. et al. (2014). Desalination of sea water with aquatic lily (Eichhornia crassipes). 4th
Int. Symp. on Environmental Biotech. and Eng. DOI 10.1007/s11356-016-7160-9
33
Clus O. (2007). Condenseurs radiatifs de la vapeur d’eau atmosphériques (rosée) comme source alternative
d’eau douce, thèse de l’Université de Corse.
34
Eole Water, http://www.eolewater.com/fr/index.html [Consulté le 04/11/2016]

28
hydrophobe. L’ensemble présente un caractère hygroscopique, c'est-à-dire qu’il capte spontanément
l’humidité environnante et l’eau se piège dans l’assemblage. Une masse d’eau égale à 80% de la
masse des nanotubes a été obtenue en 13 heures dans de l’air saturé. L’évaporation semble très
ralentie une fois l’eau piégée. La récupération de l’eau nécessite un pressage35.
L’ensemencement de nuages pour provoquer artificiellement la pluie a été expérimenté. On
peut utiliser des ions obtenus par ionisation de l’air comme germes, des cristaux d’iodure d’argent ou
simplement des cristaux de glace.

8. Considérations environnementales

Le dessalement est-il écologique ? C’est un vaste débat. Si une enquête réalisée au début des
années 2000 dans le comté de San Diego (USA) a montré que seulement 14% de la population avait
une mauvaise opinion du dessalement36, des mouvements très actifs se sont formés comme en
Australie pour s’opposer à la construction d’usines de dessalement. « J’ai toujours pensé que la
minimisation de l’impact sur le milieu marin conditionnerait le développement de la désalinisation. Ce
sont les mouvements écologistes qui freinent aujourd’hui plusieurs projets en Californie et en Floride »
souligne en 2012 Jean-Michel Herewyn, directeur général de Veolia Water dans une interview au
journal Le Monde37.
C’est un fait que cet aspect est pris très au sérieux dans les projets mais aussi dans les travaux de
recherche : nous avons ainsi montré, sur la base d’une étude bibliométrique, que 17% des articles
consacrés au dessalement sur la période 1971-2011 font référence à des aspects environnementaux.
Qu’en est-il ?
Il est d’abord à noter qu’à une échelle globale, en tenant compte du cycle de l’eau, la salinité
ne change pas. L’eau dessalée fini par retourner… à la mer sous forme d’eau usée ou de pluie si elle
s’évapore. A l’échelle locale, ça peut être totalement différent.
Les sources de perturbations environnementales ont plusieurs origines. Tout d’abord, on a vu
qu’une usine de dessalement rejette une saumure concentrée environ deux fois, à 70 grammes de sel
par litre. Le principe adopté est de diluer cette saumure aussi rapidement que possible. Pour les
procédés de distillation, cette dilution a lieu dès l’usine en mélangeant la saumure avec l’eau de mer
qui sort du condenseur, ce qui permet d’abaisser la concentration à une quarantaine de grammes par
litre. Une dispersion en mer termine cette dilution. Pour l’osmose inverse, seule la dispersion en mer
permet de diluer la saumure. Un critère courant est que l’accroissement de la salinité doit être
inférieur à un gramme par litre à 75 mètres du point de rejet. Beaucoup d’études existent sur les
diffuseurs permettant cette dilution. Pour les procédés de distillation, l’eau de mer rejetée est aussi
légèrement réchauffée puisqu’elle a servi à condenser de la vapeur et à diluer de la saumure tiède.
Cet accroissement de température est limité à quelques degrés au point de rejet et là encore, la
dilution limite rapidement la perturbation.

35
Ozden S. and al. (2014). Anisotropically functionalized carbon nanotube array based hygroscopic scaffolds,
Applied Materials and Interfaces, vol. 6, pp. 10608−10613, dx.doi.org/10.1021/am5022717
36
Bleninger T., Jirka G. H. (2010). Environmental planning, prediction and management of brine discharges
from desalination plants, Middle East Desalination Research Center, MEDRC (Series of R&D Reports, MEDRC
Project: 07-AS-003)
37
Valo M. (2012). Dessaler l'eau de mer : un remède au manque d'eau ? Cent cinquante pays disposent
d'infrastructures de désalinisation. Mais les techniques restent chères et énergivores, Le Monde, 18 Avril.

29
Mais ce n’est pas tout. On a vu que le prétraitement de l’eau de mer qui pénètre dans les usines
de dessalement emploie une vaste panoplie de produits chimiques. Une maitrise toujours plus
pointue de la conduite des installations permet de limiter au maximum leur usage, dont l’impact
économique n’est pas négligeable, et la plus grande partie des réactifs disparait tout simplement,
consommée par les réactions chimiques qu’ils provoquent. Toutefois, une concentration résiduelle
est rejetée, ce qui a conduit à estimer qu’à cause des usines de dessalement, il est rejeté chaque jour
dans le golfe arabique 65 tonnes d’antitartre, 24 tonnes de chlore résiduel et 300 kilogrammes de
cuivre issu des produits de corrosion38

9. Marché et aspect économique du dessalement des eaux

Les impacts environnementaux mentionnés précédemment n’ont jusqu’à présent pas entamé la
dynamique du marché du dessalement de l’eau ; ils pèsent peu face aux besoins et à la diminution
des coûts obtenue (tableau 2 en annexe). Dans les cas standards, ces derniers se décomposent en
1/3 pour l’énergie, 1/3 pour l’investissement et 1/3 pour le fonctionnement pour les procédés à
osmose inverse. Dans le cas de la distillation, c’est plutôt 40 , 30 et 30 %.
Le cumul de la capacité des usines de dessalement qui ont été installées dans le monde montre
une croissance continue depuis près de 30 ans pour dépasser aujourd’hui 100 millions de mètres
cubes par jour pour plus de 17 000 installations (les petites unités et celles embarquées sur les
navires ne sont pas prises en compte) (figure 29). Si on ne considère que les installations en service
(figure 30), la capacité de production journalière est de 75 millions de mètres cubes39. Ce chiffre
englobe l’eau produite à partir de la mer et des eaux saumâtres. Néanmoins, ce volume reste bas
comparé à la consommation mondiale d’eau dont il ne représente qu’environ 1%.
La capacité installée progresse d’environ 10% par an. Sans surprise les pays du Golfe, du Moyen-
Orient et d’Afrique du Nord concentrent la majeure partie de la capacité de production - près de
50%. Plus surprenant, l’Amérique du Nord représente 13% de la capacité mondiale : les Etats-Unis
dessalent beaucoup d’eau saumâtre par osmose inverse dans les états du sud-ouest particulièrement
arides. L’Europe de l’ouest - Espagne, Grèce, Italie - déjà frappée par le manque d’eau a recours au
dessalement pour approvisionner ses iles mais aussi de grandes métropoles telles que Barcelone qui
possède une usine produisant 200 000 mètres cubes par jour par osmose inverse.

38
Bleninger T., Jirka G.H. (2010), op cit.
39
Global Water Intelligence, DesalData (2016), https://www.globalwaterintel.com/ [Consulté le 04/11/2016, site
accessible sur abonnement]

30
Fig. 29 : Capacité cumulée des installations de dessalement dans le monde – source : GWI/DesalData

Fig. 30 : Capacité de dessalement en service en 2015 et ventilation par zone géographique - source : GWI/DesalData

La plus grosse usine de dessalement actuellement en service est celle de Ras Al Khair en Arabie
Saoudite qui produit 728 000 mètres cubes par jour dans huit lignes multiflash (MSF) et 17 lignes
d’osmose inverse. Elle est couplée à une centrale électrique qui fournit à la fois l’électricité et la
chaleur nécessaires au fonctionnement des deux procédés de dessalement. C’est ce qu’on appelle
une installation hybride.
Par le procédé d’osmose inverse, la plus grosse capacité aujourd’hui en service est l’usine de
Sorek en Israël. Construite par IDE Technologies (Israel Desalination Enterprises), elle produit 627 000
mètres cubes par jour, ce qui porte à 50% la part de l’eau consommée en Israël provenant du
dessalement40 . Le prix de revient de l’eau produite est seulement de 0,58 US$ par mètre cube.
Inversement, il existe de tout-petits équipements de dessalement destinés à la plaisance, à la
production domestique ou aux équipements de secours. Leur capacité qui ne dépasse pas quelques
litres par jour permet de couvrir le strict nécessaire. Ils fonctionnent éventuellement à l’énergie
solaire comme le Water cone de Mage (figures 31 et 32).

1.5 l/j – 50$

Fig. 31 : Micro équipement de dessalement solaire - source : Mage Watermanagement

40
D. Talbot, Megascale Desalination, MIT Technology Review, 2015
https://www.technologyreview.com/s/534996/megascale-desalination/ [Consulté le 04/11/2016]

31
Fig. 32 : Micro osmoseur pour la marine de plaisance – Source : Katadyn

Les acteurs présents sur le marché du dessalement sont multiples. Beaucoup sont présents
exclusivement sur le marché de l’osmose inverse dont la croissance est spectaculaire. Ce sont
souvent des ensembliers qui achètent les composants - principalement les membranes, pompes et
récupérateurs d’énergie - pour fabriquer et livrer des installations clés en mains. D’autres sont
présents à la fois sur le marché de l’osmose inverse et sur celui de la distillation.
Très peu ne s’intéressent qu’exclusivement à la distillation sauf dans le cas très particulier des
distillateurs embarqués sur les navires et produisant de l’eau à partir de la chaleur récupérée sur le
circuit de refroidissement des moteurs.
Du fait de sa maitrise des deux procédés, le groupe français Veolia Water, qui a intégré la société
Sidem dans le groupe, est le leader mondial du dessalement en terme de capacité installée. Si on
ajoute Degrémont (groupe Suez), la France est largement le premier fournisseur d’usines de
dessalement au monde. Parmi les principaux fournisseurs mondiaux, on peut encore citer General
Electric Water and Process Technologies (USA), Fisia (Italie), Doosan (Corée), Sasakura (Japon),
Hitachi (Japon), IDE (Israël), Alfa Laval (Suède), etc.

10. Conclusion

Avec une capacité journalière de production de 75 millions de mètres cubes par jour en 2015, on
peut dire que le dessalement des eaux de mer et saumâtres est une activité industrielle mature.
Chaque année, la capacité installée s’accroit de 10%, ce qui représente un marché de plus d’un

32
milliard de dollars. Le coût des usines et de l’eau produite dépend de multiples facteurs et en
particulier de celui de l’énergie, thermique et électrique, utilisée pour le dessalement. Pour les
grosses installations produisant plusieurs centaines de milliers de mètres cubes par jour, le prix de
l’investissement peut descendre en dessous de 1000 dollars par mètre cube par jour tandis que le
prix de l’eau produite peut descendre entre 0.5 et 1 dollar le mètre cube.
Si quelques procédés tiennent la quasi-totalité du marché, principalement l’osmose inverse - qui
est en très forte progression - et la distillation, la recherche sur de nouvelles méthodes est très
active.
Le challenge technique est de mettre au point des procédés toujours plus économes en énergie,
si possible renouvelable, en cherchant à se rapprocher de l’ultime limite de l’énergie minimum de
dessalement, cela en étant respectueux de l’environnement. L’ambition économique est que l’eau
dessalée devienne enfin accessible aux populations pour qui les technologies actuelles restent encore
hors de portée pour des questions de coût d’investissement. De ce point de vue, des technologies
solaires de petite capacité de production, éventuellement peu performantes mais à très faible coût
d’investissement, peuvent tout à fait avoir leur place à côté de l’énorme marché des très grosses
usines.

33
11. Annexe

Tableau 2 : Comparaison synthétique des différents procédés de dessalement des eaux

Énergie Énergie Qualité de Investissement


Procédé* Prix de l’eau
thermique électrique l’eau** dessalement 3
3 3 3 US$/m
kWh/m kWh/m mg/l US$/(m /j)
MSF 70 - 80 2,5 - 5 10 1200 - 2500 0,6 - 2
MED 40 - 65 2 - 2,5 10 900 - 2000 0,5 - 1,5
MVC 0 7 - 12 10 1100 - 3500 2 - 2,6
MED-TVC 50 1-2 10 1000 - 2000 0,5 - 1
SWRO 0 4-6 400 - 500 900 - 2500 0,5 - 2
BWRO 0 1,5 - 2,5 200 - 500 300 - 1200 0,3 - 1,5
ED 0 1,5 - 4 150 - 500 300 - 400 0,6 - 1
Solaire
40 - 65 2 - 2,5 10 900 - 2000 2,4 - 2,8
CSP+MED
Solaire
0 4-6 400 -500 900 - 2500 12 - 16
PV+SWRO
Solaire
0 1,5 - 2,5 200 - 500 300 - 1200 7-9
PV+BWRO
Solaire
0 1,5 - 4 150 - 500 300 - 400 10 - 12
PV/ED
Eolien SWRO 0 4-6 400 - 500 900 - 2500 2 - 10
Eolien BWRO 0 1,5 - 2,5 200 - 500 300 - 1200 1-5
Eolien MVC 0 7 - 12 10 1100 - 3500 5-8
Géothermie
40 - 65 2 - 2,5 10 900 - 2000 2-3
MED
41 42
Sources : Al-Karaghouli A., Kazmerski L.L. (2012) et Ghaffour N., Missimer T.M., Amy G.L. (2013)

*MSF : Multistage Flash, vaporisation instantanée multi-étagée


MED : Multi-Effect Distillation, distillation multiple-effet
MVC : Mechanical Vapor Compression, compression mécanique de vapeur
MED-TVC : Multi-Effect Distillation-Thermal Vapour Compression, distillation multiple-effet-thermocompression de vapeur
SWRO : Seawater Reverse Osmosis, osmose inverse d’eau de mer
BWRO : Brackish Water Reverse Osmosis, osmose inverse d’eau saumâtre
ED : Electrodialysis, électrodialyse
CSP : Concentrated Solar Power, centrale électrique à solaire concentré (avec cycle de Rankine produisant l’électricité)
PV : photovoltaïque
** Concentration en sel dans l’eau produite. Une seule passe pour l’osmose inverse

41
Al-Karaghouli A., Kazmerski L. (2012). Comparisons of technical and economic performance of the main
desalination processes with and without renewable energy coupling, Denver, Colorado : National Renewable
Energy Laboratory, p.13-17 (World Renewable Energy Forum 2012) Disponible sur https://ases.conference-
services.net/resources/252/2859/pres/SOLAR2012_0591_presentation.pdf [Consulté le 02/11/2016]
42
Ghaffour N., Missimer T. M., Amy G. L. (2013). Technical review and evaluation of the economics of
water desalination: Current and future challenges for better water supply sustainability, Desalination, vol. 309,
January, pp 197-207.

34
Bibliographie complémentaire

Bennet A. (2013). Desalination: 50 years of progress. Filtration + Separation, vol. 50, n° 3, May–
June, pp.32-39.

Buros O. K. (2000). The ABCs of desalting. Topsfield, Massachusetts, USA : International Desalination
Association. Disponible sur :
http://www.water.ca.gov/pubs/surfacewater/abcs_of_desalting/abcs_of_desalting.pdf [consulté le
02/11/2016]

Maurel A. (2006). Dessalement de l'eau de mer et des eaux saumâtres et autres procédés non
conventionnels d'approvisionnement en eau douce. Paris : Lavoisier Tec&Doc (seconde édition).

Rédaction (2013). Le dessalement d’eau de mer tiendra-t-il ses promesses ? ParisTech Review, 24
juillet, disponible sur :
http://www.paristechreview.com/2013/07/24/dessalement-eau-mer/ [Consulté le 02/11/2016]

Renaudin Viviane (2003). Le dessalement de l'eau de mer et des eaux saumâtres. Paris : ENS,
Eduscol (Culture Sciences Chimie) Disponible sur http://culturesciences.chimie.ens.fr/content/le-
dessalement-de-leau-de-mer-et-des-eaux-saumatres-840 [Consulté le 23/11/2016]

Il existe de très nombreux sites web relatifs au dessalement des eaux sur lesquels on trouve
énormément d’informations pertinentes. Ces sites, avant tout destinés aux professionnels et aux
chercheurs, sont en partie accessibles au public. Toutefois, la plupart sont rédigés en anglais. Une
très grande quantité d’articles très spécialisés sont également mis à disposition. En voici une liste
non exhaustive. Les liens ont été vérifiés le 02/11/2016.

Desalination Directory Online (site de la revue Desalination)


http://www.desline.com/

European Desalination Society (Société Européenne de Dessalement), fédère la


communauté du dessalement au niveau mondial et organise régulièrement des
conférences et des cours spécialisés
http://www.edsoc.com/

Global Water Intelligence, base de données DesalData en partie accessible sans


abonnement https://www.desaldata.com/ et https://www.globalwaterintel.com

IDE Technologies
http://www.ide-tech.com/

International Desalination Association (Association Internationale de Dessalement)


http://idadesal.org/

35
Middle East Desalination Research Center (Sultanat d’Oman)
http://www.medrc.org/

Veolia-Sidem
http://www.veoliawatertechnologies.com/fr/dessalement
http://www.sidem-desalination.com/

36