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Six expressions pour comprendre les

Parisiens
 Par Alice Develey
 Mis à jour le 04/01/2017 à 09:05
 Publié le 04/01/2017 à 06:00

«On se fait un dèj' ?», «C'est canon !»... Le langage de Paname est parfois bien inaccessible
pour le nouvel arrivé dans la capitale. Le Figaro a traduit, non sans autodérision, ces locutions
parisiennes.

«Dieu a inventé le Parisien pour que les étrangers ne puissent rien comprendre aux Français»,
disait un jour Alexandre Dumas fils. Un siècle après la fameuse citation de l'auteur de La
Dame aux camélias, les habitants de la capitale continuent de se faire bien inaudibles en
France.

Ils trouvent «canon» de faire des «brunchs» le dimanche après «l'after» du samedi, adorent
fréquenter les endroits «trop hype» de la capitale et trépignent à l'idée de goûter les derniers
thés à la mode. Des convenances bien obscures pour le «bestial provincial» qui vit au-delà du
périphérique. De quoi en perdre parfois son français... mais le Parisien aime à faire remarquer
qu'il est différent.

Le langage de Paname n'est pas seulement une langue au confluent des anglicismes et des
néologismes, c'est une culture, un sabir, un art de vivre qui s'entretient. Le Figaro, lui-même
confronté au dialecte parisien, vous propose un court précis de ces expressions qui font florès
aux terrasses des cafés. À prendre avec humour... bien entendu!

● «On se fait un dèj'?»

À défaut de proposer un brunch ou un co-lunching, qui prennent du temps, le Parisien, qui n'a
justement «pas le time», lance (généralement) l'apocope coupée entre deux coups de fil. Il a
envie de manger avec vous, d'apprécier l'instant présent, oui certes, mais en dix minutes si
possible. Goujat, vous penserez alors. Pourtant, si vous choisissiez de ne pas saisir le moment,
il est fort probable que le rendez-vous ne se produira plus. Aussi sûr que les expressions «on
se capte» ou «je reviens vers vous» resteront sans lendemain.

● «Ça passe crème»

Avant on disait «ça passe comme dans du beurre»... mais ça, c'était avant que Le Parisien en
décide autrement. Lui, ne suit pas. Avant-gardiste, il crée la tendance. C'est pour cette raison
qu'il n'hésite jamais à rappeler ses connaissances gustatives, en plaçant à l'occasion un «ça
passe crème» tout droit inspiré du goûteux «café-crème». Outre les terrasses où le nuage de
lait reste encore bien savoureux, l'idiotisme culinaire est pourtant loin de réinventer le fil à
couper le beurre... «C'est nickel», «parfait!» feront tout aussi bien l'affaire.

● «On va en before et après en after!»


Le Parisien est fier. Toujours très heureux de pouvoir vous décliner chaque semaine toutes les
soirées auxquelles il est convié. Il connaît principalement la capitale pour ses bars et ses
terrasses de café et ne manque d'ailleurs jamais de vous donner ses recommandations. «Ici, ils
ne se prennent pas la tête!», (comprenez: «Le service laisse à désirer»), «là, l'ambiance est
tranquille» (comprenez: «Aucun risque de se faire draguer par des ploucs»). Que les pots se
passent au travail ou dans un petit troquet bondé, le before et l'after sont «the place to be».
Partout, toujours et tout le temps... Après tout, Paris est la ville qui ne dort jamais (sauf après
le dernier métro...).

● «C'est dans le pipe! Trop canon!»

Prononcez «païpe» pour dire «Oui oui, ça avance!». Le Parisien se veut toujours opérationnel.
L'erreur, la paresse, l'incompréhension? Il ne connaît pas. Devant les questions inquisitrices
de ses supérieurs ou les airs soupçonneux de ses collègues, il dégainera ainsi son anglicisme:
«C'est dans le pipe!», comprenez «c'est dans les tuyaux» ou plus vraisemblablement «je n'en
sais fichtrement rien!». Le Parisien manie les niveaux de langage comme le samouraï son
sabre. Attention néanmoins au retour d'épée. Le franglish est à double tranchant...

● «No way!», «C'est trop dark», «C'est un must have», «C'est so deep»...

... Surtout lorsqu'il est employé avec excès. Le Parisien ne l'avouera jamais. Il reniera toujours
les stars américaines, selon lui «trop populaires» et «trop commerciales». Et suivra pourtant
toujours les nouvelles tendances issues des U.S., de ces mêmes vedettes qu'il dénonce. Aussi
en lieu et place de l'interjection «pas possible!», il lancera «no way!» ; pour dire «le plus tôt
possible», «Asap» ; idem pour «faux» et «hypocrite» qu'il remplacera par «fake». Le Parisien
l'a bien compris, pour paraître «in», il faut parler franglish. Ce, même si son anglais demeure
toujours bien «frenchy»...

● «Vous avez du chou kale?»

Premier effet de Paris lorsque l'on y vit depuis plus d'un mois: on perd toutes notions d'argent.
«Une pomme à 2€? Quelle affaire!» Malgré les chiffres démentiels affichés en rayon, le
Parisien fait attention à son alimentation. Il prend soin de son transit intestinal. «foodista»
accompli, il préférera ainsi déguster du «quinoa» au «blé», du «kale» au «chou blanc», des
«pousses de soja» aux «lentilles» ou des «veloutés de pois cassés» à des «purée de petits
pois».

Afin de compléter ce court florilège, la rédaction vous propose grâce à Les mots qui manquent
aux Parisiens, croustillant livre d'Amandine Péchiodat et Jean-Loup Chiflet d'enrichir votre
vocabulaire de néologismes made in Paris. À déguster sans modération.

Aïcoudo: «Art martial traditionnel qui met aux prises deux voisins de sièges, dans le but
d'obtenir le monopole de l'accoudoir commun.»

Aphone: «Se dit d'un Parisien paniqué, privé de l'usage de son iPhone à cause d'une panne
de batterie.»

Aurerevoir : «Malaise survenant lorsqu'on vient de se dire au revoir et qu'on s'aperçoit


qu'on va dans la même direction.»
Bobeauf: «Bobo tellement bobo qu'il en devient beauf.»

Clopinoir: «Périmètre restreint du trottoir devant un bar où les fumeurs viennent


s'agglutiner.»

Métrotard: «Fait de se précipiter sur le quai du métro pour constater que les portes se
referment juste devant vous.»

Source : http://www.lefigaro.fr/langue-francaise/expressions-francaises/2017/01/04/37003-
20170104ARTFIG00006-six-expressions-pour-comprendre-les-parisiens.php

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