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Où passe le temps ?

Les Français – toujours en retard? Les Allemands – toujours à l’heure? Le


temps joue un rôle non négligeable dans la culture d’une société, puisque les
mentalités et les idées des gens lui sont liées, que ce soit dans la vie
professionnelle ou dans la vie privée. Mais prenons-nous encore le temps
pour regarder ce que cela signifie, le temps ?

Celui qui a déjà fait la queue dans les supermarchés français a peut-être pensé
au proverbe : « Avec le temps et la patience, on vient à bout de tout ». Une
Française expliquait à son amie allemande que ce qui compte, c’est surtout le bon
moment qu’on passe ensemble en attendant à la caisse. Après avoir attendu un
dossier officiel à la préfecture pendant six heures, elle n’était plus si
enthousiaste concernant la relation des Français avec le temps. Des scientifiques
américains ont mis en lumière que chaque homme passe à peu près 22 heures de
sa vie à dormir, quatre ans à manger, six ans et demi à regarder la télé et trois
mois à s’embrasser – quant au temps d’attente aux caisses et dans les lieux
publics, il n’a pas encore été comptabilisé… Le temps, ce n’est pas seulement le
fait de regarder tous les jours sa montre en attendant le bus – dans nos sociétés
post-industrielles, le temps est devenu une ressource rare, au centre d’ailleurs
de l’expression « Le temps, c’est de l’argent ». Multitasking Il est donc aussi
relié à la productivité du travail étant donné que ceux qui produisent plus en
moins de temps sont ceux qui font plus de bénéfices. « Multitasking », un
concept qu’on entend partout ! Le terme a ses origines dans la technologie pour
décrire des systèmes capables de gérer plusieurs tâches (tasks) en parallèle.
Mais aujourd’hui le terme signifie de plus en plus la capacité d’un l’individu à
travailler sur plusieurs choses en même temps ce qui provoque une surcharge de
communication : le portable sonne, un courriel arrive et à côté ça « chatte » et
surfe. A la fin, on n’arrive plus à s’organiser et à bien travailler en continu. Il
n’est donc pas étonnant que le sujet soit à la mode et qu’il existe un nombre
important de publications sur le « management du temps » ayant pour but
d’apprendre à mieux gérer son temps pour avoir plus de temps libre – le temps
devient de plus en plus un produit de luxe, une ressource personnelle, comparable
à la santé ou à l’éducation. Ainsi l’histoire du temps est-elle avant tout une
histoire d’accélération : des voitures plus rapides, des trains, des avions, des
machines qui rendent la vie plus rapide, les e-mails remplacent les lettres, la
télévision et la radio remplacent pour beaucoup la lecture. Le paradoxe, c’est
qu’au lieu d’amener les gens à avoir plus de temps pour eux grâce au temps
économisé par les progrès techniques, cela a été le contraire : le temps libre est
devenu chose encore plus rare pour beaucoup de gens. La perception du temps
varie toutefois d’une culture à l’autre et dépend totalement de la signification
qu’une société attribue au respect exact des horaires fixes. Quand on compare
plusieurs cultures, on remarque que la ponctualité – soit le respect des horaires –
est considérée de façon différente. L’anthropologue Edward T. Hall, qui étudié la
compréhension du temps et de la ponctualité au sein de différentes cultures,
parle de cultures monochrones et polychrones. Dans les cultures monochrones, à
laquelle appartiennent entre autre l’Allemagne, le Japon et les Etats-Unis, on
accorde beaucoup d’importance à l’organisation serrée et aux plannings, partant
du principe qu’ils sont les clés du succès d’une entreprise. Les cultures romaines
sont au contraire définies par Hall comme polychrones ; le plus important n’est
pas de se conformer à la lettre aux plannings mais de se concentrer sur le
résultat. En cours de communication interculturelle, on apprend par exemple aux
étudiants que lors de rendez-vous d’affaires entre Allemands et Français, il n’est
pas rare que l’Allemand s’impatiente en attendant son collègue français tandis
que celui-ci prend son temps sans penser qu’il s’agit là d’un grand affront. Et
même si en Allemagne, les étudiants connaissent le retard à travers le « quart
d’heure académique » - ou Cum Tempore, le fait que les cours commencent
toujours 15 minutes après l’heure affichée -, le retard des dans la vie
professionnelle reste toujours plutôt mal vu. Il n’aura échappé à personne que les
horloges sont partout dans les villes allemandes, tandis que dans les rues
françaises, on les cherche souvent en vain. Un peu plus de ponctualité d’un côté
du Rhin, plus de tolérance de l’autre seraient souhaitables pour éviter les
conflits entre Français et Allemands. Pour comprendre le rapport au temps d’un
peuple, il faut par ailleurs prendre en considération le regard qu’il porte sur le
passé et le futur. Il semble que les Allemands aient tellement souffert de leur
difficile passé national qu’ils préfèrent regarder vers l’avant qu’en arrière. Alors
qu’en France, le passé national joue un rôle plus important, ce qui se confirme par
les nombreux monuments historiques ainsi que les multiples jours fériés. Mais
même pour les Allemands qui préfèrent penser aujourd’hui plutôt que demain à
leur pension de retraite, l’ « aujourd’hui », exprimé dans l’expression latine «
Carpe Diem », semble irraisonnable. Dans l’espoir d’un futur meilleur, certains en
oubli l’aujourd’hui alors que personne ne peut jamais dire combien de temps il lui
reste encore. Goethe avait déjà évoqué le désir des hommes de ne vivre que dans
l’hier et l’aujourd’hui, comme il l’a si bien écrit dans Faust : « Moment, arrête-toi
! tu es si beau ! ». Peut-être qu’un jour, nous cesserons de voir la file d’attente
comme du temps perdu mais comme un moment de calme dans l’agitation
permanente du monde qui nous entoure. Alors, nous pourrons peut-être ralentir
un peu notre monde. Pour qu’à la fin, il nous reste un peu plus de temps…
La gestion du temps
Le domaine de la culture est trop vaste pour que nous l'abordions ici de façon
exhaustive. Nous n'avons donc retenu qu'un exemple, celui de la gestion du temps
qui est, à l'expérience, le domaine dans lequel les incompréhensions et
dissensions apparaissent le plus souvent avec les plus nombreuses conséquences
pratiques. Pour ce faire, nous allons définir la notion de "société monochrone"
par opposition à celle de "société polychrone". Nous verrons rapidement comment
notre société occidentale tend à être de plus en plus monochrone, ce qui
accentue l'écart avec les autres sociétés de la planète, qui sont, elles, très
souvent polychrones.
-- Sociétés monochrones et sociétés polychrones :
La société monochrone est celle dans laquelle la plupart des sociétés
occidentales sont de plus en plus habituées à vivre (Amérique du Nord et Europe
du Nord). Elle est fondée sur un mode de pensée dit "logique" qui est le système
linéaire connu depuis Socrate.
Logique = Vérité (a = b) et (b = c) donc (a = c )
Cette logique a été un moment secouée par les travaux de Freud, puis par ceux
de ses disciples Fromm et Jung qui ont cherché a établir un rapport entre elle et
le monde des rêves, qui, lui, intègre l'expérience vécue. Cette approche subsiste
essentiellement chez ceux qu'il est convenu d'appeler des artistes. Cette culture
ne fait que se renforcer car l'homme occidental privilégie toujours davantage
ses dons d'analyse aux dépens de ses dons d'intégration de l'expérience. Une
telle attitude nous enferme dans certains comportements et nous fait suivre des
modèles, fort nombreux, à l'emprise desquels aucun aspect de notre vie
n'échappe. Dans ses rapports avec le temps, la société nord-occidentale
privilégie fondamentalement les notions de planification, d'horaire, de découpage
des activités, de rendement, etc. On pourrait, pour cette attitude, schématiser
la notion de temps par un ruban qui se déroule, et la symboliser par une file
d'attente à un arrêt d'autobus, par exemple.
Chorégraphie Bill Jone
La société polychrone, que l'on retrouve dans la plupart des pays en voie de
développement, a une approche différente des problèmes car elle privilégie
plutôt une forme de pensée non-linéaire ou globale. Dans ces sociétés, les
principales caractéristiques sont, d'une part, la multiplicité des faits qui se
déroulent en même temps et, d'autre part, la vocation des individus à mener une
transaction entamée jusqu'à son terme plutôt que d'adhérer à des horaires.
Cette distinction entre deux modes de pensée a été faite tant par Buckminster
Fuller que par le canadien Marshall McLuhan, parlant soit de pensée globale ou
non-globale, pour le premier, soit de pensée linéaire ou non-linéaire, pour le
second. Comme le dit un proverbe Soussou(Ethnie de la côte ouest-africaine,
vivant près de Conakry, Guinée) : Demain n'a qu'à se débrouiller, moi, je ne
connais qu'aujourd'hui!
Pour les polychrones, on peut schématiser la notion de temps par un point (par
opposition au ruban) et le symbole précédent de la file d'attente devient plutôt
celui de la bousculade. Cet exemple a d'ailleurs été repris par l'ancien premier
ministre d'Israél, M. Begin, quand il disait que "lorsque les Arabes seront
capables de se mettre en file pour attendre le bus, nous pourrons envisager de
négocier avec eux". Pour illustrer notre propos, un bon exemple est sans doute
celui de l'établissement des budgets des états. Dans les pays nord-occidentaux,
le budget est systématiquement établi d'une façon séquentielle et cumulative qui
amène à gérer la continuité du système et de la bureaucratie qui en découle. Il
ne reste alors que de très faibles sommes disponibles pour lancer d'éventuels
grands projets. L'approche polychrone consiste plutôt à rechercher une vue
d'ensemble pour définir des priorités en fonction d'une certaine idée du bien
public et donc concevoir des budgets de façon globale.(Malheureusement, cette
façon de procéder, fréquente dans les premières années d'indépendance de
plusieurs pays, a le plus souvent disparu du fait de l'envoi de "conseillers
techniques" occidentaux qui ont eu tôt fait de redonner un aspect plus
"orthodoxe" aux budgets. Cette tendance est aujourd'hui systématiquement
confirmée par les interventions des spécialistes du Fonds Monétaire
International)

A l'inverse, bien sûr, les montants nécessaires ne seront pas toujours disponibles
pour assurer un fonctionnement correct des "institutions" et nous verrons
souvent des fonctionnaires attendre leur paye pendant plusieurs mois. De ce fait,
dans les pays cherchant malgré tout à donner à leur budget un aspect
"occidental", il faudra rester sceptique quant à la fiabilité de celui-ci et à la
façon dont il sera respecté!

’un article du Figaro paru le 11 septembre dernier et consacré au temps passé


aux disputes et conflits au travail. Intitulé Les Français se disputent 1h50 par
semaine au travail, il reprend les résultats d’une enquête menée en mai 2008
dans neuf pays par OPP, cabinet européen spécialisé en psychologie du travail.
Je cite ce court article ci-dessous extrait par extrait afin de partager avec
vous ses éléments les plus significatifs mais également les questionnements qu’il
suscite:
 Loin de la réputation de salariés rigoureux et disciplinés, les Allemands sont
ceux qui se querellent le plus au travail. Ils consacrent chaque semaine 3h20
à se disputer, à égalité avec les Irlandais […]. Viennent ensuite les
Américains (2h50) puis les Français, les Britanniques et les Danois (1h50)
tandis que les Néerlandais sont les plus pacifiques (55 minutes). Ces
résultats ont été obtenus auprès de 5 000 salariés qui ont évalué eux-
mêmes le temps passé aux conflits (comprenant aussi les échanges avec la
direction et les ressources humaines consacrées à ces mésententes).
Avant d’entrer dans le détail des résultats, il est important de noter qu’ils
proviennent d’une évaluation par les salariés eux-mêmes. Il s’agit à la fois de leur
vécu et de leur perception. Ce n’est pas tout à fait la même chose : le vécu peut
être atténué ou accentué par une perception par définition subjective.
Ainsi, le conflit d’un employé avec son manager aura dans le ressenti de
l’employé plus de relief si ce dernier se trouve dans un contexte de forte
distance hiérarchique et d’individualisme élevé où le rapport hiérarchique est
perçu comme l’exercice d’un pouvoir personnel. Le sentiment d’humiliation se
prolonge bien plus longtemps que le moment de tension1. Car il est certain qu’un
conflit peut être perçu comme fini par un manager alors que ce n’est pas le cas
pour son subordonné. Il y a toujours le risque que subsistent des questions non-
résolues par autisme ou par crainte, qui altèrent la perception du conflit, et donc
son vécu.
A contrario, le même conflit aura une durée de vie limitée si rien dans la
perception ne dépasse l’objet du conflit. Les personnes en conflit auront la
capacité de maintenir leur subjectivité sous contrôle pour rechercher ensemble
une solution à cette perturbation. L’aspect technique du problème l’emporte alors
sur les querelles d’ego et enjeux de pouvoir personnel.2
Il faut donc prendre l’étude quantitative basée sur la mesure de la durée des
conflits avec certaines précautions surtout dans le cadre d’une comparaison
entre les différents pays. En effet, le vécu et le perçu sont-ils les mêmes
partout ? 1h50 de disputes hebdomadaires entre Français sont-elles équivalentes
en termes d’intensité à 1h50 de disputes entre Danois ? C’est une vraie question
à laquelle l’enquête ne répond pas. On peut cependant apporter une précision
d’ordre interculturel: l’expression des éléments négatifs ne fait pas partie de la
matrice culturelle danoise tandis qu’en France c’est un véritable sport national.
Voilà qui donne à relativiser ces résultats car, au moment de remplir le
questionnaire d’enquête, on imagine combien le salarié danois n’est pas dans le
même état d’esprit que le salarié français. Là où l’un aura plutôt tendance à se
retenir, l’autre aura plutôt tendance à se défouler…

La distance hiérarchique
Cette dimension correspond au degré d'inégalité attendu et accepté par les
individus. La distribution inégale du pouvoir est l’essence même des entreprises
et des organisations ; elle est essentielle pour maîtriser temporairement la loi
d’entropie.
L’autorité n’existe que si elle rencontre la soumission et le pouvoir ne se
maintient que s’il satisfait un besoin de dépendance. Selon les cultures, le
subordonné accepte plus ou moins, voire recherche cette autorité.
La distance hiérarchique se mesure à la perception que le subordonné a du
pouvoir de son chef, car cette représentation va déterminer son comportement.
Parmi les pays à distance hiérarchique élevée, nous trouvons les pays latins
européens (France, Belgique, Italie, Espagne), les pays d’Amérique du Sud, les
pays arabes et les pays d’Afrique noire.
Parmi les pays à distance hiérarchique faible, nous avons les pays germaniques,
scandinaves et anglo-saxons.
Les origines de la distance hiérarchique sont nombreuses :
 la position du pays est le premier élément déterminant, plus le pays est proche
de l’équateur, plus cette distance est grande.
 La taille de la population constitue un deuxième élément de corrélation. Il existe
un lien entre une faible population et une distance hiérarchique courte.
 La richesse d’un pays et la distribution des revenus à l’intérieur d’un même pays
constituent des éléments significatifs. L’inégalité dans la répartition du pouvoir
et dans la répartition de la richesse semble aller de pair.
 Le poids de l’Histoire joue également un rôle, l’héritage de l’Empire romain se
manifeste encore de nos jours, les pays d’origine latine présentent une distance
hiérarchique élevée. Ce fut le premier grand Etat créé en Europe, l’Empereur
avait une autorité absolue, sans partage, et se trouvait au-dessus des lois qu’il
édictait. Les traditions romaines et germaniques ont également divisées l’Europe
par les différences qu’elles établirent dans les droits de succession.
Le score de distance hiérarchique d’un pays entraîne de nombreuses
conséquences dans toute l’organisation sociale et institutionnelle d’un pays,
notamment au niveau de :
 Du fonctionnement des religions : une fois qu’une religion s’est établie dans un
pays, elle renforce les valeurs qui lui ont permis d’être adoptée. Ainsi le
catholicisme, avec l’autorité suprême du Pape se conjugue mieux avec une
distance hiérarchique élevée.
 Des préférences pour certains types d’idéologies.
 Du fonctionnement du système politique.
 De la vie des entreprises : on observe dans le pays à distance hiérarchique
courte une tendance vers la décentralisation, une organisation pyramidale aplatie
et un encadrement peu nombreux ; l’inverse se produit si cette distance est
élevée.

- Le contrôle de l'incertitude
Cette dimension fait référence à la manière dont les membres d'une société
abordent le risque. Certaines cultures favorisent la prise de risque, d'autres son
évitement. C’est une dimension culturelle qui mesure le degré de tolérance qu’une
culture peut accepter face à l’inquiétude provoquée par des évènements futurs.
Nous vivons dans l’incertitude de ce qui va arriver et nous en sommes
parfaitement conscients, ce phénomène crée dans l’esprit de l’homme une anxiété
souvent intolérable.
Dans les sociétés à faible contrôle de l’incertitude, leurs membres ont une
tendance naturelle à se sentir en sécurité relative. Par contre, dans les sociétés
à fort contrôle de l’incertitude, les membres sont élevés à chercher à vaincre
l’avenir, la population présente un plus haut degré d’anxiété qui se manifeste par
une plus grande nervosité, une émotivité et une agressivité plus forte. Les
institutions de ces pays vont donc chercher à créer la sécurité et à éviter les
risques de trois façons : par la technologie, par les règles juridiques et par la
religion.
Trois composantes du degré de contrôle de l’incertitude ont été considérées :
 Le besoin de règles ;
 La stabilité souhaitée de l’emploi ;
 Le stress ressenti dans la vie quotidienne.
Parmi les pays avec un contrôle élevé de l’incertitude : les pays de culture latine,
aussi bien d’Europe (France, Belgique, Italie, Espagne) que d’Amérique (Mexique,
Colombie, Venezuela, Pérou, Chili, Argentine), le Japon.
Parmi les pays avec un contrôle faible de l’incertitude : les pays scandinaves et
anglo-saxons, le Sud-Est asiatique, les pays en voie de développement, comme
l’Inde et les pays africains.
Cet élément culturel a donc peu de relations avec le niveau de développement
économique.
Les origines de cet élément culturel sont moins évidentes que pour la distance
hiérarchique. Pour la France comme pour les autres pays latins, l’héritage de
l’Empire romain a été déterminant, non seulement sur le plan de l’émergence
d’une distance hiérarchique élevée, mais aussi sur celui de l’instauration d’un fort
contrôle de l’incertitude.
Dans les sociétés qui essaient de contrôler l’incertitude, l’anxiété se manifeste
dans des démonstrations d’agressivité et à travers une extériorisation des
émotions pour lesquelles la société a organisé des issues de secours. Dans ces
pays-là, le haut niveau d’agressivité rend dangereux les conflits et la
concurrence entre les personnes.
Les pays qui acceptent davantage l’incertitude de l’avenir sont aussi ceux où l’on
prend le plus facilement des risques personnels. La réalisation personnelle passe
dans ces pays, par la prise d’initiatives, alors que pour les autres elle se définit
plutôt en termes d’acquisition de sécurité, ce qui empêche les individus de
prendre des risques d’ordre personnel.
Les pays angoissés par l’avenir sont aussi ceux qui pratiquent des religions
insistant sur des certitudes absolues et intolérantes vis-à-vis d’autres religions.
L’incertitude est un concept clé des théories modernes d’organisation, souvent
relié à un autre concept : celui de l’environnement ( tout ce que l’entreprise ne
contrôle pas directement ) dans lequel fonctionne l’organisation.
Les entreprises tentent de contrôler les évènements incertains de deux façons
différentes : elles contrôlent les besoins futurs qu’elles peuvent correctement
anticiper et puis elles contrôlent et surmontent les besoins futurs de leur
environnement, en imposant des plans, en mettant en œuvre des procédures
standardisées d’opération et en suivant des traditions industrielles.
La vie des entreprises se trouve profondément affectée par cette dimension
culturelle. De même que les sociétés humaines utilisent la technologie, la loi et la
religion pour lutter contre l’incertitude, les entreprises emploient aussi des
techniques, des règles et des rites. Ces derniers ont pour fonction de rendre
tolérables les incertitudes inévitables. On peut les classer de la manière
suivante : réunions, programmes de formation au management, mémos et
rapports, certaines parties du système de comptabilité, une grande partie du
système de planning, une grande partie des mécanismes de contrôle, et enfin, la
nomination d’experts.
Les règles de tolérance de l’incertitude peuvent aussi affecter l’exercice du
pouvoir dans les entreprises. Si dans un groupe social la norme est un refus de
l’incertitude, ceux qui la contrôlent auront plus de pouvoir que ceux qui
gouvernent des groupes où elle est plus facilement acceptée.

- L'individualisme
Individu ou collectivité, ces notions font référence au degré d'indépendance et
de liberté que peuvent revendiquer les membres d'une société.
Les sociétés humaines diffèrent donc entre elles dans les relations que les
individus entretiennent avec les autres membres de la collectivité. D’une façon
générale on peut dire que les sociétés communautaires valorisent le temps passé
pour le groupe, tandis que les sociétés individualistes valorisent le temps passé
par les individus pour leur vie personnelle.
Il existe une relation entre le niveau de développement technique et la culture
individualiste. D’un côté les pays les plus riches sont ceux qui sont devenus les
plus individualistes ; de l’autre côté les pays les plus pauvres sont ceux qui ont
conservé une vie plus communautaire.
L’esprit communautaire se manifeste par un besoin e formation accrue, de
bonnes conditions physiques de travail et une utilisation adéquate des capacités
professionnelles : trois aspects du travail qui accentuent la dépendance de
l’individu envers l’organisation.
L’esprit individualiste se manifeste par le besoin d’avoir du temps pour sa vie
personnelle, l’existence de liberté dans son travail et la possibilité de relever des
défis : trois aspects qui accentuent l’indépendance envers l’organisation.
Les trois pays les plus individualistes sont les Etats-Unis, l’Australie et la
Grande-Bretagne. La France, comme tous les autres pays européens, se classe du
côté individualiste. Les pays arabes et tous les pays en voie de développement se
retrouvent du côté des cultures communautaires.
Il existe une grande corrélation entre l’individualisme et la richesse d’un pays.
Plus un pays est riche, plus la mentalité de ses habitants est individualiste, au
contraire, plus un pays est pauvre, plus l’esprit communautaire prédomine. La
richesse d’un pays permet aux gens de vivre plus largement et de moins tenir
compte les uns des autres.
Outre la richesse, il y a des facteurs historiques qui déterminent le niveau
d’individualisme.
La deuxième cause de l’origine de l’individualisme est, après la richesse du pays,
le développement d’une classe moyenne. Cette dernière présuppose l’existence
d’une mobilité sociale et d’une croissance de la population plus faible, venant
notamment du fait que les familles ont moins d’enfants. Lorsqu’elle s’est
constituée, la classe moyenne d’un pays a ensuite tendance à faire prévaloir
parmi ses membres un système de valeurs basé sur l’individualisme.
Le degré d’individualisme existant dans un pays entraîne un certain nombre de
conséquences pour l’activité des entreprises, notamment :
 Les relations entre les employeurs et les employés vont se faire sur une base
morale dans les pays communautaires, alors qu’elles se nouent sur la base d’un
calcul personnel dans les cultures individualistes. Dans une culture
communautaire, elles vont ressembler à celles qui ont existé entre l’enfant et sa
famille étendue. Elles se tisseront sur une base morale, engendrant des
obligations mutuelles : protection de l’employé par l’employeur ( indépendamment
des performances de l’employé ), loyauté envers l’employeur de la part de
l’employé. Dans une culture individualiste, employés et employeurs
n’entretiennent que des relations de travail, basées sur le postulat d’un avantage
mutuel et calculées selon des critères économiques.
 Les décisions peuvent être prises soit en privilégiant des relations personnelles,
soit en mettant tout le monde sur un pied d’égalité. Ainsi, faire des affaires dans
une culture communautaire suppose avoir tissé auparavant des liens d’amitié.
 Le mode de traitement des conflits sera également différent. Dans les cultures
individualistes, un conflit débouchant sur une confrontation ouverte est
considéré salutaire pour tous. Dans les cultures communautaires, il aura toutes
les chances de faire perdre la face à l’un des deux protagonistes, c’est-à-dire,
perdre sa dignité, sa fierté, voir son honneur, ce qui est inacceptable. Ces
cultures attacheront donc une grande importance au maintien d’une harmonie, au
moins formelle, dans les relations interpersonnelles.

- La masculinité
Le masculin et le féminin représentent les deux extrêmes d'un continuum
définissant l'importance accordée aux valeurs de réussite et de possession
(valeurs masculines) et à l'environnement social ou à l'entraide (valeurs
féminines).
La répartition sexuelle des rôles ne se fait pas de la même façon dans toutes les
sociétés ; de ce fait cet élément se trouve être le fondement de nombreuses
normes culturelles.
Plus les rôles sont différenciés, plus la société montrera des traits qu’on peut
nommer masculins ; plus les rôles sont interchangeables, plus la société montrera
des traits féminins.
Dans les sociétés dominées par les hommes la plupart des femmes sont complices
de cette domination.
La résolution du dilemme fondamental relatif à l’importance dans le travail des
relations avec les autres par rapport aux intérêts d’assurance personnelle,
différencie les sociétés féminines des masculines.
Parmi les pays où l’indice de masculinité est le plus élevé, nous trouvons le Japon,
les pays germanophones, les pays caribéens d’Amérique latine (Venezuela,
Mexique et Colombie) et l’Italie.
Parmi les pays à culture féminine on trouve les autres pays latins (France,
Espagne, Portugal, Pérou, Chili), la Yougoslavie et les pays d’Afrique noire, le
score le plus élevé étant pour les pays scandinaves et les Pays-Bas.
Les pays anglo-saxons se situent un peu au-dessus de la moyenne.
En résumé, on pourrait dire que les habitants des pays masculins " vivent pour
travailler ", tandis que ceux des pays féminins " travaillent pour vivre ".
On peut observer une corrélation entre l’indice de masculinité et la latitude, tout
comme pour l’indice de distance hiérarchique. Les pays proches de l’équateur,
exception faite de l’Afrique noire, sont plus masculins, tandis que la proximité
des pôles renforce la tendance féminine.
C’est dans, et par la famille, que se transmet l’image de la répartition sexuelle
des rôles, de même que pour la distance hiérarchique. Dans le premier cas, le rôle
de la mère est déterminant, alors que dans le second, ce transfert est surtout le
fait du père.
Les données collectées montrent également que les pays de culture catholique
tendent à être plus masculins, et ceux de culture protestante plus féminins.
Les caractéristiques culturelles jouent encore un rôle important dans certains
choix fondamentaux de société, que doivent faire les hommes politiques et les
citoyens d’un pays. Un de ces choix concerne la croissance économique, opposée à
la protection de l’environnement naturel. Les valeurs féminines mettent l’accent
sur l’environnement ( qualité de la vie ), tandis que les valeurs masculines
insistent sur la réussite économique.
Cet élément culturel va avoir également des conséquences en matière
d’organisation du travail, notamment sur :
 La qualité de l’emploi. Dans les cultures masculines, un travail humanisé ( de
qualité élevée ) sera celui qui permet de faire carrière et de se réaliser. Par
contre, dans les cultures féminines, ce sera celui qui aura une réelle coopération
entre les travailleurs et des conditions de travail agréables.
 La façon de résoudre les conflits. Dans les cultures masculines, les conflits
seront ouverts et durs, tandis que dans les féminines les conflits ne devront pas
s’officialiser, et seront réglés par la discussion.