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Lecture analytique

Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves

Introduction :

Développement :

I- Un portrait idéalisé

Le passage constitue la première apparition de l’héroïne éponyme du roman. Il revêt donc une
importance capitale pour le lecteur qui attend un certain nombre d’informations sur le personnage
principal comme le portrait. Pourtant, les attentes du lecteur sont partiellement comblées, puisque le
portrait physique concentre seulement quelques lignes, à la fin de l’extrait. Celui-ci n'est donc pas détaillé.

• Sa beauté : L’extrait débute ainsi par un passage narratif, au passé simple, qui annonce l’arrivée
d’un personnage exceptionnel, encore anonyme, désigné par les termes élogieux de « beauté »
(l. 1), le superlatif « beauté parfaite » (l. 2). Son nom n’est pas immédiatement donné : sa mère,
Mme de Chartres, est citée la première. Ce n’est qu’à la ligne 27 qu’elle est désignée pour elle-
même, dans une expression qui relie sa caractéristique fondamentale, donnée dès le début, et
son nom : « la grande beauté de Mlle de Chartres ». Le portrait physique, à la fin de l’extrait,
donne les grandes caractéristiques du personnage, sans former un portrait abouti.
Conformément à l’esthétique classique, cette héroïne possède des « cheveux blonds » (l. 28),
son « teint » est marqué par la « blancheur » (l. 27), signe de noblesse et de pureté, elle a des «
traits réguliers » (l. 29), conformément aux canons de la beauté classique. Aucun trait ne
permet de singulariser ce personnage : les portraits dans les romans du XVIIe siècle sont très
éloignés de la précision de ceux du XIXème !

• Sa naissance : En revanche, le narrateur insiste davantage sur l’identité sociale du personnage.


De naissance noble, elle peut entrer à la cour. Le narrateur souligne sa parenté avec de nobles
personnages (« Elle était de la même maison que le vidame de Chartres », l. 3-4) et l’excellence
de sa situation est mise en valeur à l’aide de tournures superlatives présentes aux lignes 4 : «
une des plus grandes héritières de France » et 20 « Cette héritière était alors un des grands
partis qu’il y eût en France ». Le rappel, à deux reprises, du mot « héritière » signale le jeune
âge du personnage, sa nubilité, et préfigure son mariage.

• Sa vertu : Le personnage apparaît remarquable. Les marques de jugement du narrateur


remplacent les informations objectives : le lexique valorisant abonde dans cet extrait pour
désigner Mlle de Chartres ou sa famille : outre la « beauté », on signale des qualités morales et
intellectuelles mises en valeur par la répétition du nom « vertu » l 6 et 10, l'hyperbole : « la
vertu et le mérite étaient extraordinaires » (l. 6), « son esprit » (l. 9).

Qualités physiques, noblesse et vertu rendent donc ce personnage exceptionnel qui est parfait également
grâce à son éducation.
II- Une éducation exemplaire

Le narrateur s’attache davantage à construire le portrait moral du personnage, ce qui fait rentrer cette
œuvre dans la catégorie des romans psychologiques.

* Son passé : Pour aider à saisir le personnage, le narrateur effectue une analepse, lignes 5 à 20.
Le passé de Mlle de Chartres permet de comprendre sa personnalité. Élevée dans un milieu
féminin l. 5 « Son père était mort jeune », elle se voit également éloignée de la cour et des
aventures galantes, puisque sa mère « avait passé plusieurs années sans revenir à la cour » (l. 7)
et que « pendant cette absence, elle avait donné ses soins à l’éducation de sa fille » (l. 8).
Si cette mention du narrateur permet d’expliquer l’admiration et la surprise des personnes de la
cour devant Mlle de Chartres, elle permet également de saisir sa personnalité. Au moment où
Mlle de Chartres entre à la cour, elle est ignorante des affaires galantes et ne peut y succomber.

• Madame de Chartres : La figure de Mme de Chartres domine cet extrait et participe également
à la construction du personnage de la Princesse. Personnage exceptionnel par ses qualités
énumérées sous forme de rythme ternaire ligne 6 « dont le bien, la vertu et le mérite étaient
extraordinaires », elle porte toute son attention à l’éducation de sa fille qu'elle cherche à façonner,
comme le montrent les expressions verbales « elle avait donné ses soins » (l. 8), « elle ne travailla
pas seulement à » (l. 8-9). Le verbe «cultiver » (l. 9) connote l’idée de travail long et minutieux.
L’éducation portée à Mlle de Chartres est essentiellement morale ; elle est originale, comme le
souligne le narrateur dans deux phrases opposées, lignes 10 à 12 : « La plupart des mères
s’imaginent [...]. Mme de Chartres avait une opinion opposée ». La première phrase, longue,
mentionne l’attitude commune des mères qui dissimulent les dangers de la séduction, tandis que
la deuxième, qui s’oppose à la précédente, composée de segments brefs distingués par des points
virgules, montre les paroles sans artifices de Mme de Chartres. Celles-ci occupent l’essentiel du
passage, des lignes 12 à 21. Ces paroles rapportées au style narrativisé opposent deux attitudes :
celle des hommes (que le pluriel généralise), considérés comme des séducteurs : « peu de
sincérité », « tromperies », « infidélité », l. 14-15, et l’attitude des femmes qui se laissent abuser
alors qu’elles sont mariées se distinguent du comportement vertueux de l’« honnête femme » (l.
17). Le singulier ici employé montre clairement combien cette façon d’être est peu commune.
Aux « malheurs » s’opposent les subordonnées exclamatives « quelle tranquillité » (l. 16-17) et «
combien la vertu [...] ». Le discours de Mme de Chartres se révèle habile, comme le manifeste
l’emploi du mot « persuader » (l. 13) : elle insiste sur les bienfaits que sa fille peut recueillir par
une conduite vertueuse, sans déguiser les difficultés. La stratégie d’éducation de Mme de
Chartres révèle une grande finesse d’analyse psychologique et une puissance rhétorique certaine.
Afin de la détourner de la galanterie, elle peint à sa fille les deux visages de l’amour, ce dont
rendent compte les antithèses : « d’agréable » et « de dangereux » (l. 14-15) ; « malheurs
domestiques » et « tranquillité » (l. 16-18) ; « peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et
leur infidélité » et « honnête femme » (l. 16-18). La morale inculquée par Mme de Chartres est
austère : si celle-ci invite à se méfier des séducteurs, elle conseille aussi à sa fille de se méfier
d’elle-même et de la passion, dans une morale teintée de jansénisme. Les thèmes du roman sont
ici annoncés : le mariage de Mlle de Chartres, son abnégation, son amour sacrifié se trouvent
expliqués.

Synthèse
Mlle de Chartres est un personnage exemplaire pour plusieurs raisons : sa noblesse, sa beauté, son
éducation. Elle est l'héroïne classique par excellence et cette image évoluera avec les siècles. Le héros
deviendra un personnage ordinaire avec des défauts. (donner un exemple...)