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Gestion bancaire - E.

Lamarque - © Dareios et Pearson Education

chapitre 9
Analyse financière de la BRA
La particularité de l’analyse financière provient de l’information des établissements
bancaires. Si les grandes lignes restent les mêmes 1 que pour des entreprises tradition-
nelles – rentabilité, solvabilité… – les tableaux de bord financiers doivent être adaptés
à ce contexte.

Analyse de l’exploitation
Elle repose principalement sur l’analyse du produit net bancaire (PNB), des frais
généraux et du coût du risque. Ces trois notions forment le résultat brut d’exploi-
tation (RBE).
RBE
= PNB
– Frais généraux
– Coût du risque

Analyse du PNB
PNB
= Marge d’intérêts (intérêts reçus – intérêts versés)
+ Commissions
+ Gains ou pertes sur opérations financières

L’avantage de ce calcul est de bien identifier la nature de l’activité de l’établissement


entre intermédiation classique et prestations à la commission. Les gains ou pertes
sur opérations financières sont généralement secondaires dans les établissements
généralistes.

1 Voir dans la même collection Caby (J.) et Koëhl (J.), Analyse financière, Pearson Education & Dareios, 2003.

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PNB de la BRA

En K  2004 % 2005 % 2006 %

Marge d’intérêt 34 985 66 40 225 68 39 683 64,5

Commissions nettes 15 995 30,2 16 964 28,6 19 680 32

Gains sur opérations financières 1 964 3,8 2 161 3,4 2 158 3,5

Total PNB 52 944 100 59 350 100 61 521 100

Décomposition du produit net bancaire de la BRA.

La marge d’intérêt dépend principalement des conditions de refinancement des éta-


blissements. Comme toutes les banques, la BRA est sous l’influence de la politique
monétaire européenne de ces dernières années, qui a conduit à une baisse de l’Euri-
bor 3 mois, taux de référence pour les prêts interbancaires. Celle-ci s’est poursuivie
jusqu’au début de l’année 2006 pour arriver à 3,4 % en février. À compter de cette
date, on a pu observer une remontée de ce taux autour de 5 % sous l’effet d’alertes
inflationnistes.
Les banques ont mis à profit cette période baissière pour reconstituer leurs marges,
ce qui ne s’est pas traduit, pour la clientèle, par une baisse spectaculaire. À l’inverse,
sur l’année 2006, la hausse des taux n’a pas été intégralement répercutée, ce qui
explique en partie la baisse constatée.
La structure du PNB fait apparaître une répartition de ⅔ pour la marge sur intérêt
et ⅓ pour les commissions, ce qui situe la banque, certes comme un établissement
de crédit, mais également comme une banque de flux, génératrice de commissions
dont la proportion se rapproche des normes européennes de la banque de détail. Si
on ventile cette marge d’intérêt, la marge d’intermédiation entre crédits et collecte
représente 60 % et les produits de trésorerie – opérations interbancaires et sur titres
– constituent les 40 % restants.
En 2005, ce sont essentiellement la marge d’intermédiation et, de façon secondaire,
les produits de trésorerie liés aux conditions de marché qui ont fait progresser le
PNB de 12 %. En effet, la marge d’intermédiation a pu croître grâce à l’activité crédit
(+ 8 %). Il faut donc un effet volume très élevé pour compenser l’effet taux provenant
de la tombée d’échéances à fortes marges au profit d’une production nouvelle à
plus faible marge.
En 2005, la préparation du changement de système informatique a mobilisé les équipes
et souvent les forces commerciales, dont la production – notamment l’activité crédit
– a été pénalisée. Les commissions, dopées par la mise en place de nouvelles factura-
tions – placements, services, frais de dossier – et par la bonne tenue des commissions
dissuasives sur les découverts ont permis de faire progresser le PNB de 4 %.

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Analyse financière de la BRA 9

Analyse
L’origine des revenus peut s’analyser au travers d’indicateurs d’activité qui décom-
posent la progression des ventes de différents produits, en mesurant l’évolution des
encours et la production de services. Ils couvrent les différentes activités de l’établisse-
ment, principalement la collecte et les produits d’épargne, les crédits et les commissions.
On peut citer par exemple :
encours de crédits (selon la catégorie ou l’échéance) ;
encours de dépôts (selon l’échéance) ;
montant des souscriptions de différents produits financiers ;
montant des actifs gérés (actions, obligations, SICAV) ;
commissions par types de produits ou par activité : intermédiation classique,
intervention sur les marchés ;
parts de marché.
Les tableaux de bord de l’annexe II donnent un aperçu de la présentation de certains
volumes d’activité.
Cette analyse fait apparaître la difficulté de redresser un PNB quand il faut simulta-
nément défendre les marges et la facturation des services, rester concurrentiel sur
le marché et développer les volumes de crédits tout en maîtrisant les risques.

Évolution des frais généraux


L’indicateur de performance d’une banque est ici le coefficient d’exploitation.

Coefficient d’exploitation = Frais généraux


PNB

Ce ratio clé pour l’analyse sert même de base à un classement au niveau européen.
Il mesure la consommation du PNB par les frais généraux et se situe, pour les établis-
sements les plus performants, entre 50 et 55 % alors qu’il s’élève à 78 % pour la BRA.

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Coefficient d’exploitation de la BRA


Cet écart s’explique par les coûts d’exploitation, grevés par les frais de personnel d’une
convention collective proche du statut de l’administration – majoration de 40 % – ainsi
que les surcoûts informatiques et de frais généraux.

En K  2004 2005 2006

Frais généraux
- Frais de personnel 32 320 31 995 33 160
- Frais administratifs 13 687 13 924 15 030

PNB 52 951 59 350 61 521

Coefficient d’exploitation (FG/PNB) en %a 86,9 77,4 78,3

a- Certaines banques intègrent dans le calcul les dotations aux amortissements.

Évolution du coefficient d’exploitation.

L’évolution, certes favorable, de ce coefficient vers les 75 % montre la limite de


l’exercice de l’abaissement du point mort pour des petites structures autonomes de
320 personnes environ, évoluant dans des zones économiquement sensibles et
soumises aux mêmes contraintes, aux mêmes règles, aux mêmes obligations régle-
mentaires que des entités de taille plus importante.

Secteur bancaire et réduction des coûts


Cette tendance à l’amélioration des coûts concerne, sauf cas particuliers, l’ensemble
les établissements de crédit français, désormais gérés selon des critères de rentabilité
et d’accroissement de la productivité. Il n’en reste pas moins que le coefficient d’ex-
ploitation des banques en France est relativement élevé et dépasse souvent les 70 %.

Coefficient d’exploitation Classement en Europe
Depfa Bank 26,09 2
HBOS 44,69 14
BBVA 47,14 18
HSBC 51,33 24
Dexia 53,57 32
Crédit Mutuel 58,53 47
Crédit Agricole 61,10 60
Société Générale 61,13 61
BNP Paribas 61,70 63
Banques Populaires 66,46 81
Caisse d’Epargne 73,53 93
Banque Postale 92 98
Coefficients d’exploitation 2005. Source : Les Echos

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La raison avancée le plus souvent étant le sureffectif, la variable “personnel” servira


probablement à réduire les coûts par le non-remplacement de départs en retraite.
Il faut le plus souvent trouver d’autres solutions en recherchant, par exemple,
l’externalisation des activités non bancaires, la mise en œuvre de chantiers de
re-engineering et d’automatisation des processus, l’automatisation des relations
avec la clientèle, le renouvellement des équipes par une main d’œuvre plus compé-
tente et l’amélioration du professionnalisme. Elles seront le gage d’une meilleure
efficacité, donc d’un coefficient d’exploitation plus convenable.
Pour la BRA, l’évolution des frais généraux, stable en 2005 et de + 5 % en 2006,
comprend deux types de frais de restructuration compte tenu de ses difficultés :
restructurations d’effectifs, avec des départs accompagnés pour 20 personnes par
an et leur remplacement à 50 %, ce qui représente une charge annuelle de 1 million
d’euros compensée par une baisse mécanique de la masse salariale ;
changement de système d’information pour un coût direct de 5 millions d’euros,
amortis sur les trois années 2004/2005/2006.

Autres ratios
À côté de cet indicateur de référence, d’autres ratios de gestion peuvent être utilisés
pour juger de la productivité et de la rentabilité d’exploitation de l’établissement.
PNB
Marge brute =
Total de bilan

Crédits ou dépôts ou PNB


Productivité par agent =
Effectif

PNB
Productivité des capitaux =
Capitaux utilisés

Éléments formant le coût du risque dans le résultat


Le résultat brut d’exploitation s’est rétabli significativement en 2005 et 2006, mais
le coût du risque qui est resté soutenu malgré un fléchissement n’a pas permis de
retrouver un résultat positif (voir les soldes de gestion, chapitre 5, page 70). Le retour
à un résultat bénéficiaire en 2006 est donc davantage dû à la chute du coût du risque
qu’à une amélioration significative du RBE.

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Détail
On y retrouve essentiellement les provisions et les pertes définitives sur les créances.
L’évaluation de la perte prend en compte l’appréciation du risque et des possibilités
de mise en jeu des sûretés détenues, évaluées le plus souvent à dire d’expert.
Dans notre cas, la banque n’a pas échappé à la récession du début des années 2000 et
au retournement de conjoncture qui a affecté la métropole, avec un effet amplificateur
sur les DOM : comme toute la place, la BRA en a fortement subi les conséquences.
Les banques métropolitaines affichaient à la même période des ratios inférieurs à 10 %.
Le poids de ces CDL provisionnées entre 60 % et 80 % a conduit la majorité des banques
de la place à être recapitalisées par leur maison mère ou leurs actionnaires de réfé-
rence 2. La BRA est dans une situation extrêmement défavorable sur ce plan au regard
de ses états financiers. Durant la période étudiée, elle a poursuivi son provisionnement
pour assurer une couverture satisfaisante des CDL, en faisant évoluer le ratio ci-dessous
de 50 % à 60 %.
Dotations aux provisions
Taux de couverture des CDL =
Encours de CDL
Il s’en est suivi une politique active de recouvrement des CDL, généralement sous-
traité à des opérateurs spécialisés, mais aussi la cession de portefeuilles de créances
compromises à leur valeur nette de provisions.
La qualité du provisionnement est essentielle au titre de la garantie du passé, car un
portefeuille bien provisionné doublé d’une réactivation du recouvrement/conten-
tieux doit être générateur de reprises de provisions et participer au redressement
de la banque.
La période 2004-2005 a permis le nettoyage du portefeuille à partir des revues de
dossiers CDL et des créances déjà incertaines. Elle a été également une année de
passage à perte à partir d’un constat d’irrecouvrabilité, à dire d’expert, des créances
généralement provisionnées à 100 %.

Indicateurs
Ce “coût du risque” est mesuré par deux ratios de qualité des engagements :
CDL
Taux de CDL =
Encours de crédit
Dotations aux provisions
Taux de provisionnement =
Encours de crédit

2 À l’exclusion du Crédit Martiniquais qui a, du coup, été mis en faillite.

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Risques sur l’encours de crédit (en K  ) 2004 2005 2006

Créances douteuses et litigieuses (CDL) 174 880 177 700 170 511

Provisions sur créances douteuses 87 440 97 735 102 307

Taux de couverture des CDL 50 % 55 % 60 %

Taux de CDL 41 % 39 % 37 %

Taux de provisionnement 20,6 % 21,3 % 22,4 %

Coût du risque de la BRA.

Mesures entreprises
L’importance du risque constitue la principale raison des difficultés financières de
la BRA. La période 2004-2005 correspond au rattrapage de la couverture des CDL,
ce qui aggrave encore le résultat, mais reste nécessaire pour apurer la situation.
Cette période marque un tournant dans la gestion de la banque. La situation critique
de 2004 va conduire à une réorganisation de la structure nécessaire au redressement
sur les exercices 2005 et 2006. Les mesures prises par la direction, détaillées dans
les chapitres suivants, sont à l’origine de cette amélioration.

Démarche générique d’analyse de l’exploitation


1 Analyse du produit net bancaire : marge d’intérêt, commissions, gains ou pertes sur les opéra-
tions financières. Ce dernier élément n’a pas vocation à être extrêmement développé en raison
de l’incertitude pesant sur les marchés. Cependant, durant la période 2004/2006, de nombreuses
banques ont profité de l’euphorie boursière pour réaliser des gains importants. Depuis deux
ans, elles enregistrent plutôt des pertes.
2 Analyse des frais généraux au travers du coefficient d’exploitation : évaluation du poids des
charges de personnel et des charges de gestion courante.
3 Analyse de la politique de provisionnement et de l’état des pertes sur les créances irrécouvrables :
évaluation de l’impact sur le résultat.
4 Analyse des autres éléments pouvant affecter le résultat : amortissements – reflet de la politique
d’investissement – et résultat exceptionnel.

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Analyse du bilan
Elle consiste d’abord à observer le solde3 des grandes catégories d’opérations, puis
à étudier l’équilibre financier et, enfin, à mesurer la performance financière.

En  2004 2005 2006

Solde des opérations de trésorerie et interbancaires - 308 827 - 240 841 - 279 973

Solde des opérations avec la clientèle 324 435 310 233 290 902

Soldes des principales opérations (ressources–emplois).

Ce tableau ne fait toutefois pas apparaître l’importance des comptes de régularisa-


tion, qui ont une importance significative mais exceptionnelle dans notre cas (voir
annexe I).

Opérations interbancaires
Dans le cas de la BRA, la situation est largement créancière, ce qui est assez classique
pour les établissements collectant des ressources importantes auprès de leur clien-
tèle et devenant prêteuse nette sur le marché interbancaire. En effet, la caractéris-
tique de l’activité bancaire dans une économie largement transfusée par la métropole
est un excédent de ressources et d’actifs financiers sur les emplois, notamment des
ménages, qui ne trouvent pas d’utilisation sur place dans une économie de services
faiblement consommatrice de capitaux.
Dans ces conditions, ces excédents de dépôts sont placés à vue ou à trois mois
maximum auprès de la maison mère au taux du marché, avec une optimisation à la
marge en fonction de l’évolution des taux. Les placements de types dépôts à terme
et certificats de dépôts négociables (CDN) de durée supérieure à trois mois sont
systématiquement adossés sur le marché à des durées correspondantes.
Cette politique très sécuritaire interdisant toute spéculation sur les taux est le corollaire
des difficultés financières d’une banque qui n’a pas le droit de perdre pour pouvoir
gagner davantage. Par ailleurs, en situation de sous-capitalisation et en l’absence
d’excédent de fonds propres, la banque n’a pas accès aux produits traditionnels,
plus rémunérateurs, de placements à long terme.

3 Soldes = Ressources au bilan (passif) - Emplois au bilan (actif).

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Opérations avec la clientèle


L’excédent de dépôt provient essentiellement de la nature de la clientèle, avec une
forte représentation des particuliers possédant une capacité très élevée d’épargne,
à vue ou à terme. Cette situation est renforcée pour notre cas par le volume des
dépôts collectés sur des territoires à statut fiscal particulier – place offshore – repré-
sentant à eux seul le tiers des ressources de la banque. La caractéristique de ces
dépôts en euros et en dollars est la forte concentration sur quelques grandes relations
à la recherche d’une rémunération attractive, par conséquent d’une grande volati-
lité.
À l’inverse, les emplois supérieurs à un an représentent plus de 50 %, avec un renfor-
cement de cette tendance jusqu’à plus de 70 % en 2006. La banque doit donc se
couvrir de son risque de liquidité.

En K  2004 % 2005 % 2006 %

Durée ≤ 1 mois 121 388 28,6 115 249 25,2 107 144 23,5

1 mois < durée ≤ 3 mois 22 434 5,3 17 411 3,8 6 700 1,5

3 mois < durée ≤ 6 mois 14 486 3,4 21 108 4,6 3 520 0,8

6 mois < durée ≤ 1 an 34 293 8,2 46 410 10,1 10 891 2,4

1 an < durée ≤ 5 ans 150 868 35,6 171 955 37,5 143 470 31,5

Durée > 5 ans 80 463 18,9 85 614 18,8 183 732 40,3

Total 423 932 100 457 744 100 455 459 100

Analyse des créances sur la clientèle en durée restant à courir.

Les ressources sont essentiellement à taux variable, alors que 30 % des emplois sont
à taux fixe, notamment sur les durées supérieures à un an. La banque doit donc
couvrir son risque de taux. Notons que, jusqu’en 2004, elle n’avait pas de gestion de
ces risques et subissait les fluctuations de taux, à la hausse comme à la baisse.
En K  1998 % 1999 % 2000 %

Durée ≤ 1 mois 631 954 80 627 271 79,3 631 685 80,2

1 mois < durée ≤ 3 mois 56 599 7,2 63 770 8,1 70 224 8,9

3 mois < durée ≤ 6 mois 33 067 4,2 36 879 4,7 20 987 2,7

6 mois < durée ≤ 1 an 28 437 3,6 23 272 2,9 27 162 3,4

1 an < durée ≤ 5 ans 27 079 3,4 31 675 4 29 134 3,7

Durée > 5 ans 12 222 1,6 8 280 1 8 323 1,1

Total 789 358 100 791 147 100 787 515 100

Analyse des dettes de la clientèle en durée restant à courir.

Analyse du bilan 133


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Ces tableaux sont à la base de la compréhension du risque de transformation de la


banque, issu à la fois d’un risque de liquidité et d’un risque de taux.
Ce bilan excédentaire en ressources issues de la collecte est bien sûr très sensible
à la baisse des taux, qui peut faire fluctuer de plus ou moins 20 % les produits de la
trésorerie, représentant eux-mêmes 25 % du PNB. C’est donc un risque de variation
de 5 % que la banque doit couvrir partiellement par des instruments financiers, car
sa fragilité financière ne lui permet pas de supporter de telles variations.
C’est la raison pour laquelle une politique de gestion actif/passif (GAP ou ALM) a
été mise en place à partir de 2004 pour resserrer la gestion de trésorerie et respecter
les dispositions des dernières réglementations en la matière : comité actif/passif,
scénario catastrophe, etc.

Opérations sur titres


Elles occupent une place prépondérante dans le bilan des établissements financiers.
Les deux tiers du bilan 2006 de BNP Paribas sont constitués d’opérations de marché.
Les montants enregistrés à l’actif et au passif sont assez proches.
Autrement dit, il ne faut pas que les dépôts des clients servent à financer l’acquisition
de titres risqués, comme il est tout aussi délicat de refinancer des crédits avec une
proportion trop importante de ressources de marché.
Le quasi dépôt de bilan de la banque anglaise Northern Rock est symptomatique
d’une telle situation. Disposant de dépôts faibles au regard de la quantité de crédits
accordés, elle se refinançait largement sur les marchés. En cas de crise de liquidité,
comme on l’a connu durant l’été 2007, elle s’est retrouvée dans l’impossibilité de
se refinancer, ce qui a conduit à l’intervention de la Banque d’Angleterre.
Pour une banque régionale, la situation est différente. Ce type de banque intervient
directement assez peu sur les marchés. La BRA utilise une petite partie de ses excédents
de trésorerie issus de l’excédent d’opérations avec la clientèle pour réaliser quelques
opérations de placement sous forme de titres d’investissement. Elles impactent faible-
ment le bilan de la banque

134 Analyse du bilan


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Équilibre du bilan
On ne peut pas parler d’équilibre financier du bilan au sens de l’analyse financière
traditionnelle. Les notions de fonds de roulement ou de besoin en fonds de roule-
ment ne sont pas utilisées ici. L’analyse du bilan permet cependant d’évaluer la nature
de l’activité de la banque et d’identifier certaines catégories de risques.

Structure des bilans selon l’activité de la banque


La structure du bilan est le reflet des activités de la banque. Elle peut prendre différents aspects :

Actif en % A B C D Passif en % A B C D

Opérations interbancaires 43,7 45,7 15,9 62,1 Opérations interbancaires 43,6 53,2 28,4 10,3

Opérations avec la clientèle 41,1 35,9 1,6 31,4 Opérations avec la clientèle 37,2 29,9 0,9 80,1

Opérations sur titres 13,2 16,1 82,1 4,5 Opérations sur titres 12,2 11,7 68,9 2,1
et opérations diverses et opérations diverses

Valeurs immobilisées 2 2,3 0,4 2,0 Capitaux permanents 7 5,1 1,8 7,5

La banque A est une grande banque avec un réseau national et international. Les principales
ressources proviennent de la trésorerie, mais les ressources “clientèle” occupent tout de même
une large place. On note également un certain équilibre dans la structure du passif et de l’actif.
En outre, l’importance des opérations avec la clientèle implique des fonds propres significatifs.
La banque B est une banque moyenne sans réseau, appartenant à la catégorie des banques
d’affaires. Les opérations interbancaires sont prépondérantes à l’actif et au passif, d’où la moindre
importance des opérations avec la clientèle.
La banque C est une banque de marché ou de trésorerie. La majeure partie de ses ressources
est issue du marché des capitaux. Les emplois sont, pour leur part, marqués par la prépondérance
de l’interbancaire et des opérations sur titres.
La banque D est une caisse d’épargne où la quasi-totalité des ressources provient des dépôts
de la clientèle.
La BRA se situe entre le modèle A et le modèle D.
Source : J. Darmon, p. 71.

Analyse du bilan 135


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points clés de la gestion bancaire

Évaluation de l’activité de la banque


Pour une banque régionale à réseau, la démarche consiste à regarder en priorité les
opérations avec la clientèle. Ici, elles sont largement excédentaires pour les raisons
évoquées précédemment. Cet excédent de ressource est placé en quasi-totalité sur
le marché interbancaire, où l’on retrouve des engagements largement supérieurs
aux ressources.
En comparaison, la valeur des immobilisations ainsi que celle des fonds propres est
faible. Sur ce dernier point, on constate que les difficultés issues de l’exploitation
affectent significativement la viabilité de l’établissement en 2004 et 2005.
La présentation des comptes en normes IAS modifie la lecture que l’on peut faire
de l’activité. Rien ne change concernant les opérations avec la clientèle, toujours
clairement identifiées. Les opérations interbancaires sont, pour leur part, davantage
affectées.
Une partie de ces opérations est reclassée en instruments financiers, autrement dit
en opérations sur titres, ce qui est logique au regard de leur nature. Les opérations
sur titres, regroupées dans une même rubrique dans les comptes sociaux, sont écla-
tées en fonction de la nature des instruments financiers et apparaissent maintenant
au début du bilan. L’optique retenue est donc clairement une optique de liquidité.
Ce changement traduit la volonté de mieux estimer le ratio de liquidité des établis-
sements. Si le cas de la BRA nous montre qu’une des principales causes de défaillance
est le risque de crédit, les événements récents nous ont rappelé que la deuxième
cause principale est le manque de liquidité.
L’analyse du bilan est ensuite affinée pour identifier la nature de ses engagements
et l’évolution de son activité commerciale, comme nous le présentons dans les outils
de contrôle de gestion (voir infra).

Évaluation des risques


Les ratios prudentiels constituent les principaux indicateurs de mesure du risque
au niveau du bilan. Le respect des seuils est demandé par le régulateur au niveau du
groupe et non de chaque entité, ce qui est le cas de la BRA.
Cependant, la Commission bancaire ainsi que les directions générales ne souhaitent
pas avoir de filiale dont les indicateurs s’écartent trop de la réglementation.
Le calcul de ces ratios nécessite des informations comptables très détaillées. Il est
néanmoins possible d’effectuer un calcul approximatif dans le cas de la BRA, pour
montrer qu’elle s’écarte assez nettement de la norme.

136 Analyse du bilan


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Analyse financière de la BRA 9

2004 2005 2006 Hypothèses de calcul


Ratio de solvabilité 1,9 % 2,6 % 3,4 % Le calcul est réalisé selon le principe de Bâle 1. On
considère que l’ensemble des crédits, compte tenu
de la nature des clients, sont pondérés à 100 %
Coefficient de 52,4 % 39 % 28 % Ressources > 5 ans : Capitaux propres, dettes
ressources représentées par un titre, une partie des dettes
permanentes envers la clientèle (tableau page 133)

Emploi > 5 ans : immobilisations, actifs financiers


détenus jusqu’à l’échéance, une partie des créances
envers la clientèle (tableau page 133)

Ratio de liquidité 54,1 % 68,1 % 63,3 % Liquidité à moins d’un mois et part réputée
liquide de certains actifs : caisse, banque centrale
et CCP, instruments financiers en valeur de marché
par résultat, actifs financiers disponibles à la vente,
prêts et créances sur les établissements de crédit à
moins d’un mois (annexe 1), prêts et créances sur
la clientèle à moins d’un mois (tableau page 133)

Fraction exigible des ressources : instruments


financiers en valeur de marché par résultat. Dettes
envers les établissements de crédit à moins d’un
mois (annexe 1), dettes envers la clientèle à moins
d’un mois (tableau page 133)

Malgré une relative imprécision des chiffres, on constate clairement que la BRA ne
respecte aucun des ratios prudentiel au niveau de son bilan. Cela n’est pas surprenant
au regard de la structure de ses ressources et de ses emplois, avec une part très forte
de dettes envers la clientèle à moins d’un mois et une tendance à augmenter les
financements long terme de ces même clients.
L’équilibre financier se réalise principalement par compensation des opérations de
trésorerie et interbancaires avec celles qui concernent la clientèle. Ici, la banque est
prêteuse nette sur le marché interbancaire, ce qui correspond à une situation clas-
sique dans le secteur (voir page 135). Dans les établissements de plus grande
taille, les opérations sur titres contribuent à l’équilibre général, mais elles sont ici
secondaires et se compensent largement.

Analyse de la performance
Le Return On Equity (ROE) et le Return On Assets (ROA) sont les deux principaux
ratios de performance financière utilisés par les banques, bien que d’autres outils de
mesure existent. Plusieurs définitions peuvent être proposées, mais les formulations
comptables les plus simples sont les plus utilisés par les banques comme la BRA.

Analyse du bilan 137


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