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BANQUE AFRICAINE DE DEVELOPPEMENT

INTEGRATION DU
SECTEUR FINANCIER
DANS TROIS REGIONS
D’AFRIQUE

Comment l’intégration
financière régionale peut
soutenir la croissance, le
développement et la
réduction de la pauvreté
L’I
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BANQUE AFRICAINE DE DEVELOPPEMENT

INTEGRATION DU
SECTEUR FINANCIER
DANS TROIS REGIONS
D’AFRIQUE

Comment l’intégration
financière régionale peut
soutenir la croissance, le
développement et la
réduction de la pauvreté
L’I
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que
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E iii

Copyright © 2010
par la Banque Africaine de Développement

Publié par SILDAR, Tunis

Les résultats, interprétations et conclusions exprimés dans le Rapport sont ceux de leur (s) auteur (s) et
ne reflètent pas nécessairement les vues de la direction de la Banque africaine de développement, des
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L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E v

Table des matières

ABRÉVIATIONS xi
Avant-propos xv
REMERCIEMENTS xvii
RÉsumÉ ANALYTIQUE xix
1. INTRODUCTION 29
2. L’INTÉGRATION FINANCIÈRE RÉGIONALE : UNE FEUILLE DE ROUTE
GÉNÉRIQUE 31
2.1  Introduction 31
2.2  Mesures incitatives en faveur de l’intégration financière régionale 32
2.3  Les expériences de l’UE et de l’ASEAN – Leçons pour l’Afrique 34
2.4  Étapes de la feuille de route générique de l’IFR 37
3.  LE MARCHÉ COMMUN DES ÉTATS DE L’AFRIQUE DE L’EST ET DE L’AFRIQUE
AUSTRALE 45
3.1  Introduction 45
3.2  L’historique du COMESA et le chemin vers l’intégration régionale 47
3.3  Obstacles à l’intégration financière régionale  50
3.4  Structure du secteur financier du COMESA 52
3.4.1  Le secteur bancaire 53
3.4.2  Les marchés boursiers 56
3.4.3  Institutions financières non bancaires, fonds de pension et assurances 59
3.5  Bilan de l’infrastructure financière de soutien 60
3.5.1  Supervision et réglementation du secteur bancaire 60
3.5.2  Supervision et réglementation du secteur non bancaire 61
3.5.3  Cadre réglementaire juridique pour le secteur financier 62
3.5.4  Systèmes de règlement et de paiement 63
3.5.5  Systèmes d’information pour l’intégration financière régionale 64
3.6  Évaluation des progrès du COMESA vers l’intégration du secteur financier 66
3.7  Évolution du rôle des partenaires au développement 71
4. L’UNION DU MAGHREB ARABE 81
4.1  Introduction 81
4.2  Contexte macroéconomique 82
4.3  L’historique de l’UMA et le chemin vers l’intégration régionale 83
4.4  Structure du secteur financier 84
4.4.1  Le secteur bancaire 84
4.4.2  Secteur financier non bancaire : fonds de pension et compagnies d’assurances 86
4.4.3  Les marchés des valeurs mobilières 86
4.5  Bilan de l’infrastructure de soutien au secteur financier 88
4.5.1  Supervision et réglementation du secteur bancaire 88
4.5.2  Supervision et réglementation du secteur financier non bancaire 90
4.5.3  Supervision et réglementation des marchés des valeurs mobilières 90
4.5.4  Réforme et réglementation des systèmes de règlement et de paiement 91
4.5.5  Cadre juridique pour la supervision du secteur financier 91
4.5.6  Systèmes d’information pour la réglementation du secteur financier 91
4.6  Évaluation des progrès de l’UMA envers l’intégration du secteur financier 92
4.7  Évolution du rôle des partenaires au développement 96
vi G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

5. LA COMMUNAUTE ECONOMIQUE ET MONETAIRE DE L’AFRIQUE CENTRALE 103


5.1  Introduction 103
5.2  Contexte macroéconomique 104
5.3  Historique de la CEMAC et Processus d’intégration régionale 106
5.4  Cadre institutionnel 107
5.5  Structure du Système financier 108
5.5.1  Secteur bancaire 109
5.5.2  Le secteur financier non bancaire 115
5.5.3  Marchés financiers 117
5.6  Statut de l’infrastructure financière 118
5.6.1  Régulation, Supervision et Contrôle du Système financier 118
5.6.2  Régulation, Supervision et Contrôle du Système financier non bancaire
et du secteur des assurances 118
5.6.3  Système de reporting des informations financières 118
5.6.4  Système de paiement et de règlement 119
5.6.5  Cadre légal et judiciaire 120
5.7  Degré d’intégration financière 120
5.8  Freins et Obstacles à l’intégration financière 121
5.9  Appui au processus d’intégration financière, rôle partenaires au développement 122
5.9.1  Coordination des stratégies nationales et sous-régionale  122
5.9.2  Financement des opérations sous-régionales 123
5.9.3  Assistance technique et renforcement des capacités 124
5.10  Conclusions et recommandations 125
6.  CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS 141
6.1  Caractéristiques communes et différences entre les trois régions 141
6.2  Implications de la crise financière mondiale sur l’intégration financière régionale 142
6.3  Soutenir le processus de l’IFR 142
6.3.1  Domaines d’intervention des partenaires au développement 142
ÉPILOGUE 145
BIBLIOGRAPHIE 153
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E vii

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 2.1 L’intégration financière régionale : feuille de route générique 39


Tableau 3.1 COMESA : Moyennes de variables choisies sur la période 2005-2007 46
(en % du PIB sauf indication différente) 46
Tableau 3.2 COMESA : flux des échanges interrégionaux, 2003-2006 48
Tableau 3.3 COMESA : les relations connexes 51
Tableau 3.4 COMESA : solidité bancaire, 2005 (%) 53
Tableau 3.5 COMESA : structure du secteur bancaire, 2005 54
Tableau 3.6 COMESA : représentation des banques internationales majeures, 2007 55
Tableau 3.7 COMESA : marchés boursiers, 2005 57
Tableau 3.8 COMESA : contrôles des transactions 59
Tableau 3.9 COMESA : structure des institutions financières non bancaires, 2004 60
Tableau 3.10 COMESA : indicateurs choisis sur la disponibilité de systèmes d’information 64
et de paiement, 2005 64
Tableau 3.11 COMESA : étapes de l’intégration financière régionale atteintes par les pays 68
Tableau 3.12 COMESA : mise en œuvre du Plan d’action par étapes de l’IFR 70
Tableau 4.1 UMA : variables sélectionnées 2005-2007, en moyenne 82
(en % du PIB sauf si indiqué autrement) 82
Tableau 4.2 UMA : structure du système financier, 2006 85
(en % de la totalité des actifs sauf si indiqué autrement) 85
Tableau 4.3 UMA : marchés boursiers, 2007 87
Tableau 4.4 UMA : indicateurs de solvabilité financière pour les banques commerciales, 2005 88
(fin de période, %) 88
Tableau 4.5 UMA : conformité avec les Principes fondamentaux de Bâle 89
Tableau 4.6 UMA : étapes de l’intégration financière régionale atteintes par les pays 93
Tableau 5.1 CEMAC: Caractéristique générales des pays membres en 2006 105
Tableau 5.2 CEMAC : Indicateurs macroéconomiques sélectionnés en 2006 106
Tableau 5.3 CEMAC : Place du pétrole dans les économies de la sous-région en 2006 106
Tableau 5.4 CEMAC : Structure du système financier ( Décembre 2006) 109
Tableau 5.5 CEMAC: Indicateurs du système financier sélectionnés (Décembre 2006) 109
Tableau 5.6 CEMAC : Concentration du système bancaire en 2006 110
Tableau 5.7 Liste des banques agréées et en activité en 2006 (Dec. 31, 2006) 111
Tableau 5.8 CEMAC : Conglomérate et groupes financiers au 31 décembre 2006 112
Tableau 5.9 CEMAC : Déploiement géographique des réseaux bancaires au 31 décembre 2006 113
Tableau 5.10 CEMAC : Activité des EMF agrées au 31 décembre 2006 114
Tableau 5.11 Liste des Etablissement finaciers agréés et en activité au 31 décembre 2006 116
Tableau 5.12 CEMAC : Marché de l’assurance - comparaison internationale 2005 117
Tableau 5.13 CEMAC : Assurances, primes par pays (2001- 2005) 117
Tableau 5.14 Structure géographique des échanges commerciaux (2001-2005) 122
(en % de la valeur des échanges) 122
Tableau 5.15 CEMAC : Position indicative des Etats par rapport aux critères
de la surveillance multilatérale 122
Tableau 6.1 IFR : domaines d’intervention pour les partenaires au développement 143
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E ix

Liste des annexes

Annexe 3.1 COMESA : plan d’action pour la convergence économique


et le développement du secteur financier 73

Annexe 4.1 Plan d’action des réformes du secteur financier du Maghreb


(approuvé, Rabat 4 et 5 juillet 2007) 97

Annexe 4.2 UMA : taux de change et prix, 2005 100

Annexe 4.3 UMA : accessibilité, stabilité et efficacité financières, 2005 101

Annexe 4.4 Intégration de l’UMA avec l’économie mondiale, 2005 101

Annexe 5.1 Plan d’action synthétique pour le renforcement de l’intégration


financière régionale  127

Annexe 5.2 Intégration financière régionale dans la CEMAC : Constats,


recommandations, programmes et réformes 128

Annexe 5.3 Matrice des principales recommandations en vue d’assurer le


développement du secteur financier dans la CEMAC 137

liste des graphiques

Graphique 5.1 CEMAC: Repartition des banques suivant l’origine du principal actionnaire
(au 31 decembre 2006) 110

Graphique 5.2 CEMAC: Distribution des banques en fonction de la cotation en 2006 113
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E xi

ABRÉVIATIONS

ABCA : Association des banques centrales africaines


AEF : Afrique équatoriale française
AML : Anti-blanchiment d’argent
APE : Accord de partenariat économique
ASS : Afrique subsaharienne
BAD : Banque africaine de développement
BAM : Bank Al Maghreb
Banque de la ZEP : Banque de commerce et de développement de l’Afrique de l’Est et
de l’Afrique australe
BDEAC : Banque de développement des États de l’Afrique Centrale
BEAC : Banque des États de l’Afrique Centrale
BERI : Business Environment Risk Index (indice du risque d’affaires)
BIRD : Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BM)
BM : Banque mondiale
BMICE : Banque maghrébine d’investissement et du commerce extérieur
BNT : Barrières non tarifaires
BRI : Banque des règlements internationaux (BRI)
BVMAC : Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique Centrale
CDVM : Conseil déontologique des valeurs mobilières
CEC : Coopérative d’épargne et de crédit
CEDEAO : Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
CEEAC : Communauté économique des États de l’Afrique centrale
CEMAC : Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale
CER : Communauté économique régionale
CIMA : Conférence interafricaine des marchés d’assurances
CIP : Centre international de paiement
CMF : Commission des marchés financiers
COBAC : Commission bancaire de l’Afrique centrale
COMESA : Marché commun des États de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe
COSUMAF : Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale
CRCA : Commission régionale de contrôle des assurances
CSPR : Comité sur les systèmes de paiement et de règlement
CU : Union douanière
DSAIR : Document de stratégie d’assistance de la Banque à l’intégration régionale
DSX : Bourse de Douala
EAC : Communauté de l’Afrique de l’Est
EFT : Transfert électronique de fonds (EFT)
EU : États-Unis
FCC : Fonds commun de créances
FCFA : Franc CFA
FMI : Fonds monétaire international
FOGADAC : Fonds de garantie des dépôts en Afrique centrale
FRPC : Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance
FSSA : Évaluation de la stabilité du système financier (FSSA)
FX : Foreign Exchange (devises)
IAIS : Association internationale des contrôleurs d’assurances
xii G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

IAS : Normes comptables internationales


IASB : Conseil des normes comptables internationales
IBAN : Identifiant international de compte bancaire
IDE : Investissement direct étranger
IDH : Indice de développement humain
IFNB : Institutions financières non bancaires
IFR : Intégration financière régionale
IFRS : Normes internationales d’information financière
IMF : Institutions de microfinance
JSE : Bourse de Johannesburg
MCPS : Comité maghrébin sur les systèmes de paiement
MD : Million de dinars (Tunisie)
MFW4A : Partenariat pour la finance au service de l’Afrique
MNC : Multinationale
MOU : Protocole d’accord
MPE : Micro et petites entreprises
NEPAD : Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique
NTC : Nomenclature tarifaire commune (NTC)
OHADA : Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires
OICV : Organisation internationale des commissions de valeurs
OMAC : Office monétique d’Afrique Centrale
OMC : Organisation mondiale du commerce
ONU : Organisation des Nations unies
OPI : Offre publique initiale
PER : Programme économique régional (de la CEMAC)
PESF : Programme d’évaluation du secteur financier
PFB : Principes fondamentaux de Bâle
PIB : Produit intérieur brut
PME/PMI : Petites et moyennes entreprises / Petites et moyennes industries
PMR : Pays membre régional
PNB : Produit national brut
PNP : Prêts non productifs
PNUD : Programme des Nations unies pour le développement
PPP : Partenariat public-privé
PPTE : Pays pauvres très endettés
RBTR : Règlement brut en temps réel
RCA : République centrafricaine
RDC : République démocratique du Congo
REPSS : Système régional de règlement et de paiement
ROA : Rendement de l’actif
ROE : Rendement des capitaux propres
SACU : Union douanière d’Afrique australe
SADC : Communauté de développement de l’Afrique australe
SFI : Société financière internationale
SMAC : Société monétique d’Afrique centrale
SMI : Système monétique international
SYDONIA : Système de rationalisation et d’harmonisation des procédures douanières
SYGMA : Système de gros montant automatisé
SYSTAC : Système de télé-compensation en Afrique centrale
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TARGET : Transfert Express Automatisé Trans-européen à Règlement Brut en Temps Réel


TEC : Tarif extérieur commun (TEC)
UBM : Union des Banques Maghrébines
UDE : Union douanière équatoriale
UDEAC : Union douanière et économique de l’Afrique Centrale
UE : Union européenne
UEMOA : Union économique et monétaire ouest-africaine
UMA : Union du Maghreb arabe
UMAC : Union monétaire de l’Afrique Centrale
ZEP : Zone d’échanges préférentiels
ZLE : Zone de libre-échange
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E xv

Avant-propos
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E xvii

REMERCIEMENTS

Cette étude a été préparée par une équipe de membres du personnel et de consultants extérieurs sous
la supervision générale de Michael I. Mah’moud, spécialiste en chef de la finance, assisté par Gabriel V.
Mougani (économiste financier principal et chef de projet) et par Jian Zhang (macroéconomiste principal),
et comprenant Rattan J. Bhatia (consultant en chef), Arne Petersen et Piero Ugolini (consultants). Les
chapitres 1, 2 et 6 ont été rédigés par Rattan Bhatia, le chapitre 3 par Arne Petersen, le chapitre 4 par Rattan
Bhatia et Piero Ugolini et le chapitre 5 par Gabriel V. Mougani.

Des contributions, commentaires et critiques d’une grande utilité ont été apportés par le personnel de
divers départements de la BAD, des bureaux de la BAD à Rabat, Lusaka, Yaoundé et Libreville, du FMI, de
la Banque mondiale et des autres membres du Partenariat pour la finance au service du développement de
l’Afrique (MFW4A).

L’équipe voudrait remercier les nombreux représentants des organisations régionales et autres institutions
officielles, gouvernements, banques centrales, entreprises et institutions du secteur financier, bailleurs de
fonds multilatéraux et bilatéraux, et la société civile pour leurs encadrement, commentaires, informations et
données.

Nous voudrions notamment remercier M. Taoufic Baccar, gouverneur de la Banque centrale de Tunisie ; M.
R. Bheenick, gouverneur de la Banque de l’Île Maurice ; M. Abdellatif Faouzi, directeur général de la Banque
Al-Maghreb ; M. S. Ngwenya, secrétaire général du COMESA ; M. M. Dairi, administrateur suppléant pour
le Maroc, l’Algérie et la Tunisie au FMI ; M. Amor Tahari, FMI ; M. Michael Fuchs, Banque mondiale ; M.
Thomas Muller, GTZ ; M. Stefan Nalletamby, coordinateur du Partenariat MFW4A ; M. Mahamat Mustapha,
ancien secrétaire général de la COBAC ; M. Barthelemy Kouezo, chef de département, COBAC ; M. Joachim
Lema Okili, directeur, BEAC ; M. Paul-Gilles Nanda, directeur, BDEAC ; M. Alexandre Gandou, président
de la COSUMAF ; M. J. M. Ngbwa, secrétaire général de la CIMA ; et les autres représentants officiels qui
nous ont généreusement consacré leur temps et assisté de leur coopération au cours des visites sur le terrain.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E xix

RÉsumÉ ANALYTIQUE la promotion des zones de libre-échange (ZLE), et


les négociations actuelles portant sur les Accords de
partenariat économique (APE) entre l’UE et les pays
1.  Introduction africains, où ces derniers sont rassemblés dans des
groupes régionaux spécifiques pour les besoins de ces
Les pays africains renforcent et modernisent leurs négociations.
systèmes financiers dans le cadre de leurs programmes
de réformes nationales, reconnaissant que des C’est dans ce contexte que la Banque a entrepris cette
systèmes financiers solides porteront leurs fruits en étude, passant en revue le statut de développement du
termes de croissance et de réduction de la pauvreté. secteur financier et l’IFR dans trois régions1 couvertes
Cependant, malgré ces efforts, les systèmes financiers par des communautés économiques régionales
africains ne sont pas suffisamment développés et ne (CER) : le Marché commun des États de l’Afrique de
proposent qu’une gamme limitée de produits, à des l’Est et de l’Afrique australe (COMESA) ; l’Union
coûts relativement élevés ; avec pour conséquence du Maghreb arabe (UMA) ; et la Communauté
le fait que les avantages escomptés ne se soient économique et monétaire de l’Afrique Centrale. La
pas entièrement matérialisés. De récentes études Banque mondiale, pour sa part, a entrepris des études
menées par la Banque mondiale, entre autres, ont similaires sur deux autres régions : la Communauté
montré une relation positive et significative entre de l’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté
le développement du secteur financier, la croissance économique des États de l’Afrique de l’Ouest
économique et la réduction de la pauvreté. Elles ont (CEDEAO).2 L’objectif de ces deux organisations
également conclu que le bilan décevant en Afrique a été d’identifier les défis et contraintes de mise en
reflète, notamment, la petite échelle des opérations œuvre et d’établir des propositions concernant les
dans la plupart des systèmes financiers africains, et que meilleurs mécanismes politiques et institutionnels
cette lacune pourrait être corrigée par la promotion pour progresser. Cette étude suggère également des
de l’intégration financière régionale (IFR). instruments et procédures pour obtenir un soutien
des partenaires au développement.
La contribution de l’IFR à la croissance passe par
quatre canaux différents : i) elle donne un élan La présente étude passe en revue les expériences
supplémentaire puissant aux réformes financières d’intégration financière régionale dans l’Union
domestiques ; ii) elle élargit l’échelle des opérations européenne (UE) et en Asie et en tire certaines
et augmente la compétitivité, améliorant ainsi leçons pour l’Afrique. L’une de ces leçons concerne
l’efficacité et la productivité du système ; iii) elle le fait que l’intégration commerciale et l’intégration
favorise les injections d’investissements étrangers financière ne devraient pas être considérées
directs (IDE) ; et iv) elle permet aux systèmes africains comme des processus séquentiels, mais doivent être
de croître pour finalement devenir des acteurs de favorisées simultanément. De plus, les afflux d’IDE
stature internationale sur les marchés financiers. peuvent accélérer l’intégration financière, alors
Il est bien entendu possible que certains pays, que le développement du marché des capitaux peut
notamment les États « fragiles » et les pays dotés de faciliter ces afflux. Les forces du marché seules ne
systèmes relativement moins développés, pourraient peuvent pas garantir que l’intégration financière se
être désavantagés au cours des premières étapes de produira à un rythme, ou d’une manière, qui satisfera
l’IFR. Cependant, cette éventualité peut être évitée les exigences des échanges commerciaux et des flux
grâce à la mise en place de politiques compensatoires d’investissements croissants tout en empêchant les
appropriées dans le cadre de la stratégie de l’IFR, ce qui
aboutirait à une situation dans laquelle tous les pays
1 Conformément à la terminologie adoptée dans le rapport de la
membres tireraient leur épingle du jeu. Ces raisons Banque mondiale (2007), nous appelons les zones couvertes par les CER
seules apportent une justification suffisante pour que « régions » plutôt que « sous-régions ». Ce qui est également cohérent
avec le terme « intégration financière régionale » qui couvre ces mêmes
les décideurs poursuivent l’IFR de manière sérieuse. zones.
Et pourtant, il existe une autre raison d’accélérer 2 Banque mondiale, Financial Sector Integration in Two Regions of
l’IFR, à savoir le regain d’intérêt en Afrique pour Sub-Saharan Africa [Intégration du secteur financier dans deux régions
de l’Afrique subsaharienne], janvier 2007.
xx G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

économies de devenir financièrement vulnérables. étapes, leurs caractéristiques et exigences politiques


C’est pour cela que les pays africains doivent adopter et institutionnelles. Il suit de ce fait l’exemple
une approche proactive en ce qui concerne le d’une feuille de route bien connue formulée pour
développement et l’intégration du secteur financier. l’intégration commerciale et qui débute par une
zone d’échanges préférentiels (ZEP) et se termine
Quelles sont les conditions qui favorisent l’intégration par une communauté économique, bien qu’il en
financière régionale, peuvent stimuler les IDE et diffère sur des points importants. La feuille de route
relancer le commerce interrégional et international ? de l’IFR décrit cinq étapes (ascendantes) d’IFR,
La stabilité macroéconomique est une condition commençant par l’étape préparatoire consistant à
préalable nécessaire pour promouvoir l’intégration partager les informations, suivie par les arrangements
commerciale et financière dans les régions et sur le institutionnels et autres, et finissant par l’union
marché international. Cependant, afin d’atteindre monétaire au sein de laquelle les pays partagent une
la stabilité macroéconomique, il est essentiel de monnaie commune et une banque centrale commune,
garantir stabilité, prévisibilité et transparence du ainsi que des institutions de contrôle unifiées. Le
système financier. Parallèlement, les gouvernements rapport détaille certaines mesures principales que les
doivent adopter une politique libérale par rapport membres devront prendre pour que la région puisse
aux afflux d’IDE, qui permettront aux entreprises atteindre cette étape spécifique d’intégration. Par
étrangères d’exploiter les avantages comparatifs des exemple, une des mesures principales de la première
pays de la région et de localiser leurs infrastructures étape concerne l’introduction de systèmes de
de production en conséquence. Il est peu probable paiement appropriés, alors qu’une mesure principale
que le commerce interrégional augmente au cours de la deuxième étape concerne la conformité avec
des premières étapes de libéralisation du commerce les Principes fondamentaux de Bâle en matière de
régional si les pays sont dotés de structures de réglementation et supervision bancaires. L’étape
productions similaires ; ils n’attireront pas non plus finale (la cinquième) d’intégration, à savoir
d’investissements si les marchés domestiques et l’union monétaire, impliquerait que les membres
régionaux sont trop restreints pour faire prospérer abandonnent leur souveraineté en ce qui concerne
des entreprises commerciales rentables. Les efforts la création d’une devise et l’établissement d’une
doivent plutôt porter sur l’exploitation des marchés politique monétaire, en échangeant leur monnaie
d’exportation en dehors de la région. Le fait d’avoir respective contre une monnaie unique émise par une
une zone de libre-échange (ZLE) officielle ou banque centrale commune.
une union douanière en place, qui supprime les
barrières tarifaires et non tarifaires, rendra la région Alors qu’aux niveaux préliminaires d’intégration le
plus attrayante pour les IDE. Cette approche fera passage d’une étape à la suivante est en grande partie
également de la région un environnement commercial technique, la réalisation de l’étape finale exige une
plus favorable à la relocalisation d’installations de réforme de haut niveau des processus institutionnels
production, non seulement parce qu’elle garantira et réglementaires, en particulier si elle est
la demande pour les producteurs, mais aussi car accompagnée de l’établissement d’une communauté
elle encouragera la rénovation et la construction économique. Elle nécessiterait, par exemple, la mise
d’infrastructures physiques à même de réduire les en place d’arrangements institutionnels concrets
coûts de production. Un tel développement peut afin de faciliter la transition des devises nationales,
également court-circuiter la route de l’ASEAN des taux de change et des banques centrales vers
afin d’accroître les échanges interrégionaux des un système monétaire unifié. Elle impliquerait
produits intermédiaires en incitant les entreprises également de porter une attention soutenue au
à, non seulement sous-traiter leur production dans cadre institutionnel de soutien, y compris le rôle
l’ensemble de la région, mais aussi à y installer leur de la direction, de la législation et de la prise de
processus final de production. décision au « niveau suprême ». Par exemple, elle
exigerait l’établissement de comités techniques
En se basant sur ces considérations, ce rapport établit qui fourniraient des données aux décideurs lors de
une feuille de route pour l’IFR, décrivant les diverses l’examen de divers problèmes. Tout cela devrait être
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E xxi

appuyé par un solide engagement politique aux plus comptant neuf bourses, l’UMA trois et la CEMAC
hauts niveaux, une fonction publique dédiée qui deux. À l’exception de quelques places boursières
croit au régionalisme, et l’acceptation par la société (Égypte, Kenya, Île Maurice, Zimbabwe, Maroc et
civile. Tunisie), les autres marchés se caractérisent par un
nombre relativement restreint d’entreprises cotées
Le présent rapport passe en revue la structure du en bourse, peu de participants sur le marché, une
système financier dans chacune des trois régions. En faible capitalisation et des volumes d’échanges bas.
analysant tout d’abord le statut de l’infrastructure du Cependant, depuis quelque temps, certaines bourses
secteur financier (comprenant les systèmes de contrôle (par exemple en Zambie) montrent des signes de
réglementaire et d’information financière, les cadres croissance significative. Ce rapport accorde un rôle
juridiques, les systèmes de paiement et les systèmes important au développement des bourses des valeurs
comptables), suivi par une évaluation du degré dans l’IFR et cette tendance doit être encouragée.
d’intégration réalisé par chaque région, ainsi que de
la détermination de réaliser l’intégration de la part 2.  Le Marché commun des États de l’Afrique
de chaque pays membre. de l’Est et de l’Afrique australe
(COMESA)
Le rapport confirme que, à l’exception de certains pays
pris individuellement, la taille totale des systèmes Les trois régions ont adopté diverses approches
financiers, mesurée par le ratio M2/PIB, est restreinte : par rapport à l’IFR. Le COMESA a adopté une
la moyenne étant de 47 pour cent pour le COMESA, approche progressive et à vitesse variable vis-à-vis
29 pour cent pour le Maghreb (UMA) et seulement de l’intégration. Elle a été initialement établie en
15 pour cent pour la CEMAC. Le développement tant que Zone d’échanges préférentiels (ZEP) pour
financier, mesuré par le ratio crédit au secteur privé/ les États de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe.
PIB, est également faible, avec une moyenne de La ZEP s’est transformée en COMESA en 1994 et a
21 pour cent pour le COMESA, 32 pour cent pour formé une Zone de libre-échange (ZLE) partielle en
l’UMA et 8 pour cent pour la CEMAC. Les données octobre 2000. Dans le cas de la ZLE, aucun calendrier
issues d’une récente étude du FMI suggèrent deux précis n’avait été négocié à l’avance, les membres
seuils critiques pour ce ratio : i) la croissance du PIB étant plutôt libres d’adhérer quand ils étaient en
est influencée de manière positive (presque linéaire) mesure de mettre en œuvre, à leur tour, les termes de
par la croissance du crédit au secteur privé, jusqu’à ce l’arrangement. Au départ, 11 membres sur 19 faisaient
que le ratio atteigne la valeur d’environ 1,1, au-delà partie de la ZLE, avant d’être rejoints par d’autres
de laquelle la corrélation s’affaiblit considérablement, membres, portant le nombre total d’adhésions à 13
et ii) la résilience et la flexibilité de l’économie restent en juin 2007. Les six membres restants du COMESA
moindres (volatilité élevée de la production) jusqu’à ont réduit leurs tarifs interrégionaux de 60 à 90 pour
ce que le ratio crédit atteigne environ 0,4. À partir de cent. Le COMESA envisage de lancer une union
ces deux critères, le développement financier moyen douanière en 2009,3, ayant déjà mis en place un
dans les trois régions est inférieur aux seuils critiques, programme complet de facilitation du commerce par
bien que certains pays (l’Égypte, l’Île Maurice et la l’harmonisation.
Tunisie) aient des ratios supérieurs à ces seuils.
L’objectif à long terme du COMESA est de créer
Ce rapport souligne également la prédominance un marché unique pour les services financiers afin
des banques dans les systèmes financiers de ces trois de soutenir l’intégration régionale. En 2003, le
régions, bien que, récemment, des institutions de Conseil des ministres a adopté un cadre de travail
microfinance (IMF) aient commencé à connaître et un plan d’action afin d’harmoniser le contrôle
une croissance rapide. Les institutions non bancaires, et la réglementation bancaires, soulignant que tous
telles que les compagnies d’assurances et les fonds les États membres devraient adopter les Principes
de retraite, ne contrôlent qu’une petite portion des
ressources financières. Des bourses des valeurs ont été 3 L’Union douanière (UD) du COMESA a été lancée lors du 13e
sommet du COMESA, qui s’est tenu à Victoria Falls, au Zimbabwe, en
établies dans 14 pays des trois régions, le COMESA juin 2009.
xxii G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

fondamentaux de Bâle (PFB). Les domaines l’intégration financière : i) six pays (le Burundi, la
d’harmonisation comprenaient le cadre juridique, République Démocratique du Congo, l’Érythrée,
les normes en matière d’octroi de licences, de la Libye, les Seychelles et le Zimbabwe) doivent
comptabilité et de présentation de l’information, le encore remplir les conditions préalables à l’entrée
contrôle consolidé, les audits internes et externes dans l’IFR ; ii) trois pays (les Comores, l’Éthiopie
et les systèmes informatiques. En 2007, le Conseil a et le Soudan) ont rempli les conditions préalables
adopté un autre rapport sur l’harmonisation efficace et pourraient accéder à l’étape I de l’IFR ; iii) cinq
du développement et de la stabilité du système pays (Djibouti, Madagascar, Malawi, Rwanda et
financier « Effective Harmonization of Financial Swaziland) pourraient accéder à la deuxième étape
System Development and Stability » qui guide les de l’IFR, et (iv) cinq pays (Égypte, Kenya, Maurice,
efforts actuels de la région pour l’IFR. Ce rapport Ouganda et Zambie) ont pris des mesures suffisantes
comprend un certain nombre de recommandations pour accéder à la troisième étape de l’IFR.
dans le cadre d’un plan d’action détaillé.
En se basant sur cette catégorisation, ces cinq pays
Des progrès importants ont été accomplis dans la (Égypte, Kenya, Maurice, Ouganda et Zambie),
modernisation des systèmes financiers nationaux, ayant rempli les exigences de la ZLE du COMESA,
bien que l’ampleur des réformes variait selon les pays. pourraient devenir le premier groupe « sous-
Pour la région COMESA dans son ensemble, d’autres régional » à faire progresser l’IFR en adhérant à
mesures doivent être mises en œuvre pour rendre le l’union douanière du COMESA lancée en juin 2009.
système compatible avec les normes internationales. Ces pays devraient prendre les mesures indiquées
De manière générale, ce rapport conclut que pour l’étape III de la feuille de route, également
l’intégration financière se produit effectivement au incluses dans le plan d’action du COMESA pour le
sein du COMESA, mais que ce processus a encore développement du secteur financier. Parallèlement,
un long chemin à parcourir. La raison pour cela est ces pays devraient également passer en revue toute
double : i) certains pays doivent encore atteindre la mesure concernant les étapes précédentes qui
stabilité macroéconomique, qui est une condition n’aurait pas encore été prise et devrait être mise en
préalable essentielle à l’intégration dans un système œuvre. Ce groupe servirait alors de « phare » pour
financier régional, et ii) le processus de modernisation les autres pays et les encouragerait (y compris par
et d’harmonisation entre les pays membres en est à le biais d’une assistance technique) à prendre les
des étapes différentes de mise en œuvre. Les progrès mesures nécessaires pour s’intégrer progressivement
pour développer et assainir le système financier ont dans le groupe.
été irréguliers parmi les membres du COMESA.
Dans les cas où l’État membre a bénéficié d’un Le plan d’action du COMESA détaille un certain
Programme d’évaluation du secteur financier (FSAP) nombre de mesures ainsi qu’un calendrier pour leur
mis en œuvre conjointement par le FMI/la Banque mise en œuvre qui semble approprié aux objectifs
mondiale, le pays en question a pu établir des plans spécifiés dans le cadre de l’IFR. Néanmoins, ce plan
détaillés pour le développement du secteur financier d’action pourrait bénéficier d’une meilleure gestion
qui ont permis de renforcer et développer son système des priorités, notamment au niveau des pays, ainsi
financier (c’est le cas par exemple des pays suivants : que de délais plus réalistes. Par exemple, la priorité
l’Égypte, le Kenya, le Madagascar, l’Île Maurice, le devrait être donnée à la réalisation et au maintien de
Rwanda, l’Ouganda et la Zambie). la stabilité des taux de change, car cela encouragera les
investissements transfrontaliers et le développement
En ce qui concerne la feuille de route générique du marché boursier et des produits. La libéralisation
mentionnée ci-dessus, et en fonction des mises en des contrôles des échanges interrégionaux et le
garde signalées dans les chapitres suivants et de la renforcement de la réglementation et du contrôle
nécessité de discussions supplémentaires avec les des marchés boursiers attireraient également les
responsables dans la région, les États membres du IDE vers la région. Le COMESA devrait pourtant
COMESA se répartissent en quatre catégories en avancer à un rythme prudent et approprié et ne pas
ce qui concerne leur détermination à renforcer s’empresser de mettre en œuvre Bâle II, car les risques
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E xxiii

sont importants si cette phase de mise en œuvre n’est la région est substantielle, notamment au Maroc.
pas bien préparée. L’expérience montre que, dans Inversement, les banques marocaines et tunisiennes
un marché bancaire sophistiqué, et même avec un se sont implantées au-delà de leurs frontières en
contrôleur solide et bien informé, cela peut prendre établissant des succursales dans l’UE, alors que
4 à 5 ans pour mettre en œuvre Bâle II. À l’étape certaines banques marocaines sont présentes dans
actuelle de développement, l’on devrait s’employer d’autres pays africains. Les banques spécialisées,
prioritairement à faire en sorte que les banques compagnies d’assurances et fonds de retraite sont
soient stables et mettent en œuvre les principes très bien développés au Maroc et, dans une moindre
fondamentaux de Bâle. La catégorisation de l’IFR en mesure, en Tunisie.
différentes étapes qui est proposée dans ce rapport et
la délimitation des mesures à prendre à chaque étape Les quatre éléments de l’infrastructure du secteur
pourraient être utiles dans cet exercice de gestion financier sont assez bien développés dans la région.4
des priorités. À titre d’illustration, le Tableau 3.12 La solvabilité générale du système bancaire de
du chapitre 3 indique les divers éléments du plan l’UMA s’est considérablement améliorée ces
d’action du COMESA qui pourraient être mis en dernières années, les cinq pays ayant mis en œuvre
œuvre au cours de chaque étape de l’IFR par les États des mesures complètes de restructuration bancaire
membres. et adopté les normes et principes internationaux. Il
y a une convergence entre les cinq pays en termes
3.  L’Union du Maghreb arabe (UMA) de conformité avec les Principes fondamentaux
de Bâle. Bien que la supervision bancaire puisse
L’Union du Maghreb arabe (UMA) a été créée être qualifiée de satisfaisante dans son ensemble,
en 1989 par un traité signé par cinq pays, à savoir la performance et l’exécution sont, dans certains
l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Mauritanie et la cas, quelque peu irrégulières. Par exemple, le degré
Libye, dans le but de former une union économique. de supervision est insuffisant pour garantir une
Son objectif était d’établir de manière progressive surveillance adéquate et un contrôle hors site, et
une ZLE, d’harmoniser les règlements et tarifs les pouvoirs de sanction des superviseurs doivent
douaniers et de créer un Marché commun. L’Union être renforcés en Algérie, Libye et Mauritanie.
envisageait également une intégration financière Actuellement, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie ont
basée sur : l’harmonisation des politiques budgétaires mis en œuvre un système RBTR (règlement brut en
et monétaires, des réglementations juridiques et temps réel) ; et la Libye va en introduire un dans un
financières, des systèmes de contrôle et des systèmes futur proche. L’Algérie s’est dotée d’une chambre de
monétaires. Ces efforts devaient être complétés par compensation automatisée pour les paiements de
la création d’une banque commune (Banque du sommes importantes, et des systèmes similaires sont
Maghreb) pour les investissements et le commerce. en place ou sont en cours d’installation dans d’autres
Cependant, pour diverses raisons, décrites dans le pays. Des réformes ont également été mises en œuvre
chapitre 4, les progrès ont été moindres pendant la afin d’éliminer d’autres lacunes dans les systèmes de
période du traité, bien que des réformes unilatérales paiement, telle qu’une intégration médiocre entre
dans le secteur financier de chaque pays, notamment les banques centrales et commerciales et les longs
au Maroc et en Tunisie (y compris l’introduction des délais de règlement. Ces systèmes sont conformes
normes comptables et financières internationales), aux normes internationales et réduisent les risques
aient abouti à une certaine harmonisation des de règlement. Cependant, la plupart des paiements
systèmes financiers régionaux. sont encore effectués en liquide, l’utilisation des
chèques et cartes de crédit ne se développant que
Dans l’ensemble, le secteur financier de l’UMA ne lentement dans la région. Il existe encore des retards
s’est pas beaucoup développé, le ratio crédit au secteur et des fonds de caisse importants dans les systèmes
privé variant d’environ 70 pour cent en Tunisie de paiement domestiques, notamment en Algérie,
(en prenant en compte le crédit aux entreprises
publiques) et au Maroc, à 20 pour cent dans les trois 4 Ces quatre éléments sont : systèmes de contrôle réglementaire et
d’information financière ; cadres juridiques ; systèmes de paiement ; et
autres pays. La présence de banques étrangères dans systèmes comptables.
xxiv G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

en Libye et en Mauritanie. Ainsi, le système de certainement une progression de l’intégration des


paiement est un domaine nécessitant des ressources capitaux. Dans ce contexte, le Maroc et la Tunisie
considérables pour se développer davantage dans les pourraient relier électroniquement les deux marchés
pays de l’UMA. boursiers afin d’élargir le développement des
marchés des capitaux au sein de l’UMA. Il existe
De bons progrès ont été accomplis dans certains pays cependant des obstacles à ce développement, du fait
du Maghreb depuis les années 90 afin de moderniser des contrôles des capitaux actuels qui dissuadent les
les lois et réglementations régissant l’intermédiation résidents d’investir à l’étranger, y compris dans la
bancaire. Cependant, certains pays ne se région du Maghreb.
conforment pas entièrement aux bonnes pratiques
et aux normes internationales, et dans d’autres pays En s’appuyant sur ces développements, et avec
certaines réformes sont peut-être nécessaires. Il faut le soutien du FMI, les autorités du Maghreb ont
notamment : accélérer le rythme des procédures redoublé d’efforts pour favoriser l’intégration
judiciaires relatives aux faillites et aux saisies ; financière régionale. Les autorités adoptent à présent
réduire les coûts élevés d’application des décisions ; une nouvelle approche, qui est mise en œuvre dans
et renforcer la formation de la magistrature dans les trois larges secteurs : le secteur financier ; le secteur
affaires commerciales. du commerce et des échanges ; et le secteur privé. À
la suite d’une réunion tenue en 2006 au Maroc sur
Le Maroc comme la Tunisie exigent des entreprises l’intégration du secteur financier, les experts des cinq
et institutions financières qu’elles utilisent les pays se sont rencontrés sous la présidence marocaine,
normes internationales d’information financière pays leader dans ce domaine, et ont développé un
(IFRS), cette exigence ne s’appliquant en Tunisie plan d’action concernant les réformes du secteur
qu’aux seuls conglomérats. D’autre part, ces cinq financier du Maghreb (voir annexe 4.1) à mettre en
pays ont tous un registre de crédit public, bien que œuvre par tous les pays membres. Ce plan d’action
la qualité et l’accessibilité des informations puissent s’articule autour de cinq éléments principaux : i) le
être meilleures. Le Maroc envisage d’ouvrir un financement du commerce et des investissements
bureau de crédit privé en 2009 en plaçant la base de extérieurs au Maghreb ; ii) l’harmonisation des
données des informations de crédit sous le contrôle systèmes de paiement et des plateformes techniques ;
d’une gestion privée. iii) l’harmonisation des réglementations régissant
la supervision bancaire et financière ; iv) le
L’importance des marchés boursiers dans la promotion renforcement de la coopération et de la coordination
de l’IFR a été soulignée dans ce rapport. Au sein de entre les institutions et les acteurs des secteurs
l’UMA, il existe des marchés boursiers en Algérie, bancaire et financier ; et v) l’ouverture d’une fenêtre
au Maroc et en Tunisie. La bourse du Maroc est la d’information sur les réglementations et informations
plus grande, la plus active et la plus dynamique, concernant le secteur financier, le commerce et les
ayant multiplié par deux son niveau de capitalisation échanges.
au cours des trois ans de la période 2005-2007, et
enregistré une augmentation de 40 pour cent du Pour chacun de ces cinq éléments, un pays leader a
nombre des entreprises cotées au cours de cette été désigné pour promouvoir l’intégration régionale.
même période. La bourse tunisienne a également Ainsi, l’Algérie est le pays leader pour le commerce
enregistré une progression non négligeable pendant et les échanges, le Maroc pour le secteur financier
cette période. La croissance rapide des marchés et la Tunisie pour le secteur privé. Des conférences
marocains et tunisiens envoie le signal puissant annuelles axées sur chacun de ces éléments se sont
d’une forte demande en marchés des capitaux actifs tenues en Algérie (novembre 2005), au Maroc
dans la région. Selon les autorités marocaines, et (décembre 2006), et en Tunisie (novembre 2007).
après avoir pris en compte le risque potentiel lié Une quatrième réunion sur le thème de « l’intégration
aux taux de change, une convergence a eu lieu régionale et les joint ventures » s’est tenue en Libye
entre les taux d’intérêt des valeurs au Maroc et en en novembre 2008. Les autorités sont conscientes
Tunisie. L’ouverture des deux marchés encouragerait de l’interdépendance des trois secteurs identifiés
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E xxv

dans le cadre de l’intégration et s’efforceront de les 4.  La Communauté économique et monétaire


développer en parallèle. de l’Afrique centrale (CEMAC)

Le plan d’action général est suffisamment détaillé Le parcours de la CEMAC sur la feuille de route
et prend en compte pratiquement toutes les s’est effectué en ligne directe vers l’étape V, par
étapes nécessaires à la progression de l’intégration l’adoption d’une monnaie unique et d’une banque
financière. En conservant des ambitions modestes, centrale unique, ce qui constitue une modification
ce plan est peut-être plus réaliste que les objectifs et un élargissement d’un arrangement datant de
initiaux du Traité de l’UMA. Il est également clair l’époque coloniale. Son objectif ultime réside dans
en termes de direction dans chaque secteur. Ainsi, le la création d’un Marché commun. Elle dispose
plan d’action, développé par le pays leader (Maroc) d’un cadre institutionnel et structurel complet, et
et approuvé par les cinq pays, est davantage réalisable une série de politiques et de mesures ont été mises
pourvu que le pays leader désigné fasse preuve des en place pour favoriser l’intégration économique
qualités d’animateur voulues et que des mécanismes et financière régionale entre ses États membres.
d’évaluation et de contrôle soient mis en place. Cependant, le système financier de la CEMAC est
encore relativement sous-développé, insuffisamment
Malgré ses nombreux avantages, le plan d’action diversifié et largement dominé par le secteur bancaire
du secteur financier présente des lacunes quant qui détient plus de 85 pour cent des actifs financiers
à la gestion des priorités entre ses éléments et ne et des créances. Le secteur financier non bancaire est
prescrit aucun indice de référence précis concernant très restreint et fonctionne presque exclusivement au
la réalisation et les délais des objectifs à atteindre. niveau national. Le système bancaire est également
En ce sens, le plan n’est pas placé sous le signe de distribué de manière inégale entre les États membres,
l’urgence, alors même qu’ailleurs, la mondialisation avec presque un tiers des banques situées au
avance à grands pas. S’ils atteignent un niveau plus Cameroun et un autre tiers dans trois autres pays.
élevé d’intégration financière, les pays du Maghreb Il est également dominé par les banques étrangères,
pourraient devenir une destination attrayante pour qui contrôlent deux tiers des actifs bancaires. Seuls
des IDE européens et autres, ainsi que pour des quelques conglomérats et groupes financiers gèrent
délocalisations d’industries. En outre, du fait de la la majorité des transactions financières de la région.
mise en œuvre du plan d’action principalement au
niveau national, il est important que les autorités Un examen du fonctionnement des principaux
développent en parallèle des plans d’action nationaux éléments de l’infrastructure financière de la région de
cohérents avec le plan régional en termes d’objectifs la CEMAC révèle quelques lacunes et insuffisances.
et de délais. La réglementation et la supervision du système
financier sont attribuées à la Commission bancaire
La feuille de route générique de l’IFR proposée dans de l’Afrique Centrale (COBAC), avec à sa tête le
ce rapport pourrait s’avérer un outil utile pour aider gouverneur de la banque centrale, la BEAC. Son
à affiner le plan d’action de l’UMA. Dans le chapitre mandat a été élargi pour couvrir d’autres domaines,
4, trois pays (Algérie, Libye et Mauritanie) sont y compris la supervision des institutions financières
qualifiés de prêts à prendre les mesures appropriées non bancaires (comprenant les IMF et excluant les
à l’étape II de la feuille de route, alors que le Maroc compagnies d’assurances). Par le passé, l’efficacité
et la Tunisie pourraient avancer à l’étape III. Suite à de la supervision a souffert de plusieurs contraintes :
l’exemple illustré du plan du COMESA, cette feuille à savoir, l’indépendance limitée de la COBAC ;
de route pourrait également être utilisée pour gérer certaines divergences des normes prudentielles
la priorité des différentes mesures contenues dans le issues des normes internationales ; une application
plan d’action des autorités. Certaines indications de médiocre des réglementations ; et des ressources
ces priorités sont données dans la section pertinente inadaptées. Pour résoudre ces contraintes, la COBAC
du chapitre 4. a récemment recruté des membres du personnel
supplémentaires et a mis en œuvre des réformes pour
renforcer son efficacité et son indépendance.
xxvi G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Le système des paiements qui doit être mis en place sein du Secrétariat, ainsi qu’une assistance technique
n’est pas encore achevé, mais des progrès notables ont internationale. Le soutien apporté par les partenaires
été accomplis dans ce domaine. L’élément SYGMA au développement serait bénéfique et couvrirait
est opérationnel dans l’ensemble de la CEMAC trois catégories principales : i) la coordination des
(depuis novembre 2007), alors que l’élément CIP5 est stratégies nationales et régionales, ii) l’assistance
en suspens depuis décembre 2006. Un comité sélectif technique et le renforcement des capacités aux
interne a été établi par le gouverneur de la BEAC en niveaux national et régional, et iii) le financement
janvier 2009 dans le but d’examiner le rétablissement des infrastructures financières régionales.
de cet élément. En ce qui concerne le système
juridique, les pays de la CEMAC ont signé le Traité 5.  Conclusions et recommandations
OHADA et les affaires juridiques relatives au crédit
sont régies par une législation régionale uniformisée. L’évaluation d’ensemble de ce rapport est que les
Le système d’information de la CEMAC fonctionne progrès accomplis dans le cadre de l’IFR ont été
correctement. Ce système dépend de la Centrale des lents et doivent s’accélérer grâce à une position
risques, qui est préparée par la banque centrale pour politique plus proactive. Les raisons sous-tendant
chaque pays, et les informations sont publiées dans la la lenteur des progrès sont diverses et varient en
Centrale des risques sous format électronique. fonction des régions et des pays. Certains obstacles
communs à l’IFR sont les suivants : des situations
Une institution régionale connaissant un succès macroéconomiques initialement divergentes et un
relatif est la banque de développement régionale, niveau inégal de solvabilité bancaire dans les pays
la BDEAC, qui a apporté une grande partie de membres ; un manque d’engagement politique
l’infrastructure et autres prêts dans l’ensemble des envers l’IFR ; un manque de capacités (humaines
pays adhérents de la région. Conformément à son et financières) adéquates ; des objectifs et des délais
plan stratégique à moyen terme (2008-2012), elle trop ambitieux et mal définis ; des faiblesses des
vise à jouer un rôle majeur sur les marchés financiers institutions régionales en charge de la gestion du
de la région. processus d’intégration ; une mauvaise coordination
entre les stratégies nationales et régionales ; et
La CEMAC est confrontée à un sérieux dilemme des obligations régionales conflictuelles du fait de
politique dans la gestion des excédents de liquidités. l’adhésion de certains pays à plusieurs organisations.
La raison en est que cinq de ses six pays membres
sont producteurs de pétrole, et que les revenus Bien que certains progrès aient été accomplis
pétroliers génèrent d’énormes recettes fiscales que les pour surmonter ces obstacles, d’autres contraintes
gouvernements ne confient pas toujours à la banque et lacunes continuent d’entraver le processus de
centrale (bien que la tendance soit à présent à un régionalisation, y compris : une mauvaise gestion
compte de Trésorerie unique, détenu à la banque des priorités dans les plans d’action ; un manque de
centrale). délais réalistes pour leur réalisation ; une préparation
inadéquate de plans d’action nationaux cohérents ;
En 2007, le Sommet des chefs d’État a approuvé une et des lacunes en capacités. Les décideurs doivent
série de réformes qui, si mises en œuvre efficacement, garder à l’esprit que l’IFR est un long processus qui
devraient contribuer à donner de l’élan à l’intégration nécessite un choix méticuleux en matière d’actions
régionale (y compris l’IFR). Mais l’ordre de priorité institutionnelles et réglementaires, une direction
de ces réformes doit être géré correctement et la motivée et une mise en œuvre coordonnée au
capacité des institutions de mise en œuvre, telles niveau national. Les partenaires au développement
que la COBAC et la BEAC, doit également être pourraient aider les organisations régionales à
renforcée et leur indépendance garantie de manière surmonter ces contraintes et d’autres obstacles en leur
correcte. En outre, un système efficace et obligatoire apportant une assistance financière et technique.
de contrôle et d’évaluation devrait être mis en place au
Les bailleurs de fonds pourraient faire progresser l’IFR
5 CIP = Centre international de paiement en apportant leur aide dans trois larges secteurs : le
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E xxvii

cadre stratégique de l’IFR, l’infrastructure financière 6.  L’impact de la crise financière sur le
et les institutions et politiques financières. Pour processus d’IFR
la Banque, l’intégration financière est un aspect
important de l’intégration régionale générale, qui La crise économique mondiale actuelle a sérieusement
constitue l’un des objectifs de sa Stratégie à moyen affecté les économies africaines, notamment par son
terme 2008-2012. Les interventions de la Banque impact sur les recettes d’exportation, les équilibres
dans le cadre de l’IFR devraient être guidées par sa budgétaires, les envois de fonds des migrants et
politique du secteur financier, approuvée en 2003, l’accès aux capitaux étrangers. Cependant, la crise
et par sa nouvelle stratégie d’intégration régionale, financière mondiale initiale a eu des conséquences
approuvée en 2009. La BAD doit également prendre limitées sur le secteur financier en Afrique comparé
en compte le fait qu’elle constitue un participant à celles qui ont frappé les États-Unis et l’Europe. En
relativement nouveau dans ce domaine et que effet, l’intégration financière limitée des économies
d’autres institutions, telles que le Fonds monétaire africaines a protégé le système financier africain de
international (FMI), la Banque mondiale et la l’effondrement, car aucune banque ou institution
Banque des règlements internationaux (BRI), ont financière non bancaire ne s’est retrouvée au bord de
davantage d’expérience dans ce secteur. Étant la faillite. Ce raisonnement pourrait inciter certains
donné l’expérience, l’expertise et le champ d’action à prôner un ralentissement, sinon un abandon
de la Banque, elle pourrait apporter une valeur total, de l’intégration financière régionale. Ce serait
ajoutée dans les domaines du secteur financier, de cependant une grosse erreur. Une telle approche
l’infrastructure, de la gouvernance (y compris le insulaire priverait les pays des économies d’échelle
renforcement des capacités, l’appareil institutionnel et autres avantages expliqués dans ce rapport. Les
et les normes financières), et des cadres stratégiques gouvernements africains devraient plutôt redoubler
de régionalisation. Les interventions de la Banque d’efforts pour favoriser l’IFR. L’intégration régionale
pourraient consister à aider à gérer l’ordre de priorité revêt une importance capitale pour rendre le
des mesures contenues dans les plans d’action continent à même de résister aux chocs futurs et
régionaux, assister les pays membres régionaux faciliter son intégration à l’économie mondiale,
(PMR) dans l’élaboration de leurs stratégies notamment par l’élargissement du marché, les
relatives à l’IFR, apporter un soutien technique économies d’échelle et une meilleure compétitivité.
aux secrétariats régionaux dans le contrôle et À vrai dire, la crise actuelle fait apparaître la nécessité
l’évaluation des développements dans le domaine de d’accélérer les initiatives d’intégration financière afin
l’IFR, contribuer au renforcement des capacités et de faire progresser la feuille de route plus rapidement
organiser des formations et des ateliers ad hoc. vers une intégration totale des systèmes financiers.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 29

1.  INTRODUCTION financier. Un premier pas dans cette direction est


d’évaluer la situation présente des systèmes financiers
Les systèmes financiers de la plupart des pays nationaux et des plans de mise en œuvre de l’IFR des
africains ne se sont pas suffisamment développés ; ils pays membres. La Banque mondiale a déjà effectué des
ne servent qu’une petite proportion de la population études de ce genre pour deux des régions de l’Afrique
en augmentation et ne proposent qu’un nombre subsaharienne, à savoir la Communauté de l’Afrique
limité de services à un coût relativement élevé. de l’Est (EAC) et la Communauté économique des
Cette situation persiste malgré le fait qu’au cours des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). La présente
dix dernières années, ces pays ont mis en œuvre des étude se concentre sur trois autres régions, à savoir : le
réformes dans le secteur financier dans le cadre de leur Marché commun des États de l’Afrique de l’Est et de
calendrier de réforme de l’ensemble des politiques l’Afrique australe (COMESA) ; l’Union du Maghreb
macroéconomiques. Les études effectuées indiquent arabe (UMA) ; et la Communauté économique et
de plus en plus une relation de cause à effet entre le monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
développement du secteur financier, d’une part, et la
croissance économique et la réduction de la pauvreté, Ce rapport considère comme axiomatiques les deux
d’autre part.6 Il existe également un consensus général principes étayant les rapports de la Banque mondiale
sur le fait que les causes liées au sous-développement sus-mentionnés, à savoir que (i) le développement du
persistant des systèmes financiers africains doivent secteur financier favorise la croissance économique
être résolues afin que ces derniers puissent contribuer et la réduction de la pauvreté, et (ii) l’intégration
pleinement à la croissance durable et à la réduction financière régionale renforcera le développement
de la pauvreté. Des études récentes à ce sujet incluent du système financier.9 L’analyse, les conclusions
les deux rapports publiés par la Banque mondiale : et les recommandations contenus dans ce rapport
Making Finance Work for Africa (2007),7 et Financial résultent du travail intensif sur le terrain et des
Sector Integration in Two Regions of Sub-Saharan discussions d’une équipe composée de membres
Africa (2007).8 Leur message prédominant est que du personnel et de consultants de la Banque, de
l’intégration financière régionale (IFR), en créant responsables gouvernementaux et de représentants
des économies d’échelle et une concurrence entre des organismes régionaux et institutions financières
les institutions financières, constitue une voie royale issus des pays membres des trois communautés
pour réaliser ces objectifs. économiques régionales (CER). L’objet du travail de
l’équipe, tel que défini dans ses termes de référence,
Le sous-développement des marchés financiers est était le suivant :
considéré comme une des obstacles « immatériels » à
l’intégration régionale. La Banque a reçu mandat de i. Établir la liste et cartographier (y compris les
promouvoir l’intégration régionale en Afrique, qui chevauchements) les arrangements financiers et
constitue un pilier central de sa Stratégie à moyen terme monétaires régionaux en Afrique et décrire
2008-2012 ; son rôle est également de promouvoir leurs contrats et stratégies applicables ;
le développement du secteur financier dans ses pays
membres régionaux (PMR). Dans ce but, la Banque ii. Identifier les programmes d’intégration
explore comment, avec l’aide de ses partenaires du secteur financier régional spécifiques,
au développement, soutenir les efforts de ses pays notamment ceux qui contribueraient au
membres pour encourager l’IFR et renforcer leur secteur développement du secteur commercial et
privé (par exemple les systèmes de paiement,
6 Ross Levine (2005) « Finance and Growth : Theory and Evidence » la prestation transfrontalière des services
[Finance et croissance : théorie et preuve] tiré de Handbook of Economic
Growth, vol I [Manuel de croissance économique, volume I], chapitre financiers, les marchés des capitaux et
12, de P. Aghion et S. Durlauf (eds) aux éditions Elsevier. financiers régionaux, l’accès aux informations
7 Patrick Honohan et Thorsten Beck, (2007), dans Making Finance sur le crédit et la coopération en matière de
Work for Africa [Mettre le secteur financier au service du développement
de l’Afrique], Banque mondiale. supervision des institutions financières) ;
8 Banque mondiale, Financial Sector Integration in Two Regions of
Sub-Saharan Africa [Intégration du secteur financier dans deux régions 9 Les justifications de ces axiomes sont présentées en détail dans les
de l’Afrique subsaharienne], janvier 2007. études de la Banque mondiale (2007).
30 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

iii Examiner les progrès enregistrés dans la mise en que ses avantages tardent à venir, dans le cas de l’IFR,
œuvre des programmes d’intégration régionale les avantages précèdent généralement les coûts ; par
du secteur financier identifiés et recenser les conséquent, la réforme de l’IFR est moins susceptible
défis et obstacles à cette mise en œuvre ; de rencontrer une résistance sociale que les efforts
pour libéraliser le commerce. Néanmoins, les États
iv Formuler des propositions sur les mécanismes fragiles et moins développés du groupe peuvent
réglementaires et institutionnels susceptibles nécessiter des mesures compensatoires au départ, afin
de faire avancer l’intégration ; de compenser certains des coûts initiaux perçus.11

v Suggérer les instruments et procédures de Les chapitres 3 à 5 décrivent le secteur financier et les
soutien que les partenaires au développement programmes d’intégration financière dans chacune
pourraient prêter aux programmes.10 des trois régions. Une évaluation est effectuée en ce
qui concerne (i) l’étape d’intégration actuellement
Après le présent chapitre d’introduction, le chapitre réalisée dans chaque région par rapport à la feuille
2 décrit brièvement le rôle du secteur financier dans de route déterminée dans le premier chapitre, ainsi
la promotion de la croissance et la réduction de la que (ii) la détermination de chaque pays membre
pauvreté. Il suggère aux décideurs des raisons et quant aux exigences requises à chaque étape de
incitations supplémentaires pour adopter une position l’intégration. Comme on pouvait s’y attendre, les
proactive dans la promotion de l’IFR. Ce chapitre trois régions en sont à des étapes différentes de l’IFR ;
détermine ensuite une feuille de route générique ce qui est également le cas du degré de détermination
pour l’IFR qui comprend cinq étapes (ascendantes) de chaque État membre. Cette analyse du statut de
d’intégration ainsi que les actions stratégiques et chaque région et État membre par rapport à la feuille
les institutions requises à chaque étape. Le passage de route de l’IFR est suivie de quelques propositions
d’une étape à une autre reproduit la trajectoire d’ordre pratique pour déterminer la séquence des
d’une véritable intégration de secteur, qui procède mesures à suivre par chaque région et État membre
en phases ascendantes, en commençant par une pour mettre en œuvre leurs plans d’action. Étant
zone d’échanges préférentiels (ZEP), puis une zone donné la grande disparité des conditions initiales
de libre-échange (ZLE), une union douanière (UD) prédominantes entre les membres de certaines
et, pour finir, une communauté économique (CE), régions, une approche à « géométrie variable » dans
chacune comportant ses propres caractéristiques. le cadre de l’IFR est suggérée.12

Un préalable essentiel à la mise en œuvre de la feuille Le chapitre 6 tire des conclusions générales de ces
de route de l’IFR est que les pays doivent avoir atteint trois études régionales, énumérant les similarités
une stabilité macroéconomique et une solvabilité et les différences existant entre elles. Il détermine
bancaire. Le chapitre 2 mentionne également les également les domaines potentiels d’intervention
coûts et avantages de l’IFR, notamment la manière pour les principaux partenaires au développement.
dont ils affectent les États fragiles et les pays dotés de
systèmes financiers relativement moins développés. Étant donné que le présent rapport a été établi avant
Ce chapitre conclut que, si les coûts de l’intégration que le plein effet de la crise financière mondiale ne
commerciale apparaissent au début du processus, et se fasse sentir, un Épilogue a été ajouté au document
pour couvrir les tous derniers développements.
10 Ces derniers comprendraient l’aide aux gouvernements et aux 11 Par exemple, au sein de la première Communauté de l’Afrique de l’Est
organisations régionales dans les domaines suivants : i) dialogue établie dans les années 60, l’arrangement comprenait l’établissement de
stratégique – pour comprendre l’ampleur de leurs problèmes et leur la Banque est-africaine de développement, qui avait pour rôle d’investir
faire part des leçons tirées dans d’autres pays confrontés à des problèmes 40 pour cent de ses prêts annuels en Tanzanie et idem en Ouganda, et
similaires ; ii) conseils stratégiques – pour développer des stratégies, seulement 20 pour cent au Kenya.
politiques et arrangements institutionnels en vue de promouvoir la
stabilité financière ; iii) mobilisation des expertises – faire venir des 12 Cette idée de « géométrie variable » est que chaque membre n’a pas
experts et entreprises à même d’offrir immédiatement des conseils besoin de souscrire en même temps à chaque politique de l’organisation
pratiques et un encadrement dans la gestion des priorités urgentes, et iv) régionale, mais qu’une certaine flexibilité doit être maintenue afin de
renforcement des capacités – pour résoudre efficacement leurs problèmes prendre en compte les conditions individuelles et les divers stades de
immédiats tout en renforçant leurs capacités afin d’éviter de futurs développement des États membres.
problèmes.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 31

Il analyse l’effet de la crise mondiale actuelle sur Bien que l’intégration financière en Afrique progresse
l’Afrique, y compris ses ramifications dans le contexte du fait des pressions du marché et des initiatives
de l’intégration financière dans les trois régions, gouvernementales, ces deux forces réagissent
et suggère une approche commune pour accélérer souvent à des rythmes différents et avec un manque
l’intégration du secteur financier et la stabilité de coordination. Par conséquent, les initiatives
macroéconomique sur l’ensemble du continent.  d’intégration financière au niveau politique se
réalisent à des vitesses variables dans les différentes
2.  L’INTÉGRATION FINANCIÈRE régions couvertes par leurs organisations respectives
RÉGIONALE : UNE FEUILLE DE (CER).14 L’IFR se fait la plupart du temps sur
ROUTE GÉNÉRIQUE l’initiative des banques étrangères et transnationales
et des compagnies d’assurances qui se sont implantées
2.1  Introduction sur les marchés africains ; ces dernières ont tendance
à profiter des mouvements de libéralisation qui se
produisent dans le cadre des réformes financières
Dans le cadre de leurs programmes généraux de nationales. Souvent, ces entreprises étrangères
stabilisation de réformes structurelles, de nombreux pénètrent le marché national par l’acquisition ou
pays africains ont cherché à réformer leurs systèmes l’établissement de filiales et se positionnent en tant
financiers et monétaires. Ces réformes visent qu’institutions régionales.
habituellement à libéraliser et ouvrir le secteur
des services financiers, et donc à augmenter les Les autorités de régulation financière en Afrique
investissements étrangers et nationaux ; à améliorer prennent un certain nombre d’initiatives : elles
la solidité et le développement du secteur bancaire ; à commencent à mettre en œuvre des réglementations
élargir l’accès au crédit (notamment pour les PME) ; et des systèmes d’information financière communs
et à améliorer l’efficacité générale de la politique à l’intention des banques et des compagnies
monétaire. Dans ce contexte, l’intégration monétaire d’assurances ; elles favorisent les accords consistant
et financière régionale est généralement considérée à partager les informations ; elles organisent une
comme un élément important des réformes du participation transfrontalière à la surveillance ;
secteur financier national. Par conséquent, les et elles introduisent dans certains cas des régimes
programmes d’intégration monétaire et financière à licence unique pour les prestataires de services
et les arrangements sont progressivement financiers. Cependant, « les progrès accomplis dans
introduits dans de nombreux pays africains au le développement de politiques destinées à soutenir
niveau continental et au niveau des Communautés l’intégration du secteur financier sont très inégaux
économiques régionales (CER). Ces réformes sont dans l’ensemble, et même au sein de certaines
sous-tendues par la conviction largement partagée régions (telles que la CEDEAO et la SADC), et les
que des systèmes financiers solides contribuent à progrès de mise en œuvre des politiques sont, dans le
l’accélération de la croissance de la production et à meilleur des cas, très mitigés. »15
la création d’avantages directs et indirects tout au Le sous-développement persistant du secteur
long de la chaîne de répartition des revenus.13 financier et l’accès limité au crédit, en termes
de montants avancés et de pourcentage de la
Grâce à ces efforts, les indicateurs de développement population en bénéficiant, ont conduit les décideurs
financier s’améliorent de manière continue depuis et économistes à examiner si « l’insuffisance du
une dizaine d’années dans la plupart des pays développement, de l’efficacité et de l’accessibilité
africains et les systèmes financiers se sont renforcés. du secteur financier [est] simplement un problème
Néanmoins, la croissance économique en Afrique au de développement économique ou bien si d’autres
cours de la même période est restée inférieure aux
attentes et la performance des secteurs financiers est
14 Ibid.
loin de réaliser son potentiel.
15 Ibid., p. 12. Les tentatives africaines d’intégration ont eu tendance
à suivre le processus de « régionalisme », dans lequel les pays se sont
engagés dans des arrangements officiels en mettant en place des
13 Honohan et Beck, op. cit. organisations régionales.
32 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

facteurs peuvent expliquer le résultat médiocre de 2.2  Mesures incitatives en faveur de


l’Afrique. »16 Le consensus général identifie deux l’intégration financière régionale
principaux  facteurs responsables : i) la petite taille du
système financier de la plupart des pays africains, qui L’intégration financière implique une augmentation
les empêche d’exploiter les économies d’échelle dont des flux de capitaux et une tendance des prix et des
jouissent les institutions financières plus grandes, et rendements sur les capitaux financiers échangés
(ii) le nombre restreint d’intermédiaires financiers, dans les États membres de la région intégrée à se
qui limite la concurrence et réduit l’efficacité17 de niveler par rapport à un dénominateur commun.18
ces institutions. Comme indiqué dans le rapport En ce sens, l’intégration est un processus complexe
de la Banque mondiale (2007), l’offre des services qui dépasse la simple collaboration et coopération
financiers au sein des systèmes de taille restreinte initiale pour réussir à unifier les marchés et services
a tendance a être davantage limitée, plus chère, de financiers. Comme nous l’avons déjà vu, une
qualité médiocre et dépourvue d’éléments appropriés intégration financière efficace ne peut pas se produire
à une infrastructure financière. Les auteurs de ce indépendamment d’une stabilité macroéconomique
rapport, Honohan et Beck, signalent également nationale et de réformes du secteur financier. Les efforts
l’importance du sentiment d’appartenance des d’intégration se poursuivent sous diverses formes et en
institutions financières, dans le sens propriété privée plusieurs étapes dans l’ensemble du secteur financier,
par rapport à propriété publique, ainsi que les rapports y compris l’établissement de politiques financières
entre ces institutions et les emprunteurs principaux. (financement du secteur public, du commerce et
politiques d’investissement), d’une infrastructure
Pour faire fonctionner le secteur financier en financière (réglementation, supervision et normes
Afrique, Honohan et Beck proposent un ensemble d’information financière), et d’institutions financières
détaillé de politiques et mesures destinées à renforcer (banques et IFNB, telles que les organisations opérant
la capacité du système bancaire à transférer des dans les secteurs de la retraite et des assurances, les
fonds et à développer les institutions financières marchés du crédit et des capitaux).
non bancaires (IFNB) en tant que pourvoyeuses de
financements à long terme. Un premier accent est Les publications de la Banque mondiale sus-
mis sur les politiques et institutions nationales, telles mentionnées mettent un accent particulier sur la
que l’amélioration de l’information et de l’exécution promotion de la collaboration régionale, suggérant
des contrats (système juridique efficace), la mise à que toute initiative dans ce domaine doit répondre à
niveau des systèmes réglementaires prudentiels, trois questions clés :
l’amélioration et la garantie de la solvabilité des
banques, l’optimisation des arrangements de • Réduira-t-elle les coûts de transaction ?
gouvernance et la promotion des fonds de retraite,
des prêts à l’immobilier et des marchés des valeurs. • Améliorera-t-elle l’efficacité et la confiance en
Tout en validant ces recommandations, le présent augmentant l’indépendance des institutions
rapport reconnaît le rôle de l’IFR dans la promotion régionales ?
du développement du secteur financier, ainsi que
les avantages attendus en termes de croissance • Quels pays seront inclus ?
économique et de réduction de la pauvreté.
Au niveau régional, le consensus général est que
l’IFR permet de réduire les coûts de transaction et
d’augmenter l’efficacité des institutions financières.
16 Honohan et Beck, op. cit., p. 25. L’IFR pourrait avantager les pays de quatre manières
17 Cf. David Hauner & Shanaka Peiris (2005), Bank Efficiency and différentes : i) elle donne un élan supplémentaire
Competition in Low Income Countries: The Case of Uganda [L’efficacité
et la concurrence des banques dans les pays à faible revenu : le cas de puissant aux réformes financières nationales ; ii) elle
l’Ouganda] (IMF WP/05/240). Les auteurs ont trouvé qu’à la suite de la élargit l’échelle des opérations et la concurrence,
privatisation de l’UCB, le niveau de concurrence a augmenté de manière
significative et a été accompagné d’une meilleure efficacité bancaire.
Cependant, l’efficacité des banques de plus petite taille semble avoir 18 Banque asiatique de développement (2005), Intégration et
baissé à nouveau par rapport aux banques de taille supérieure. coopération économique asiatiques.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 33

améliorant ainsi l’efficacité du système financier ; iii) courante, dans le secteur financier privé, les banques
elle favorise les injections d’investissements directs et IFNB suivront leurs clients et élargiront leurs
étrangers (IDE) ; et iv) elle permet aux institutions activités au niveau régional.
financières locales de croître pour devenir des acteurs
de stature régionale, continentale et finalement Au fur et à mesure du retrait de l’engagement direct
internationale sur les marchés financiers. de l’État dans les activités de production, les activités
de développement sont de plus en plus confiées au
Une nouvelle circonstance majeure joue en faveur secteur privé. Le développement du secteur privé
de l’IFR ; il s’agit des efforts renouvelés et crédible est influencé par le climat commercial, qui à son
déployés pour encourager des zones de libre- tour dépend fortement de la maturité et du degré de
échange (ZLE) entre groupes de pays africains. développement du système financier. Il existe divers
Pratiquement partout dans le monde développé et types de risques à même d’influencer l’environnement
aussi en développement, les pays s’engagent dans commercial et la conduite des ’affaires dans le secteur
des accords commerciaux régionaux, et les pays pris privé. Une mesure de risque communément utilisée
individuellement ne souhaitent pas être exclus de est le BERI (Business Environment Risk Index), qui
ces arrangements et de la croissance économique a une forte corrélation avec l’investissement privé en
qu’ils visent à créer. Le Nouveau partenariat Afrique.20 Cet indice inclut divers facteurs de risque,
pour le développement de l’Afrique (NEPAD) notamment les mesures d’ « éthique commerciale »,
encourage activement les CER à favoriser les ZLE. la protection des droits de propriété et la solidité des
Par conséquent, des mesures ont été adoptées, telles institutions (y compris financières), qui concernent
que la réduction/suppression des tarifs douaniers tous l’investissement dans le secteur privé. Ainsi
interrégionaux, le développement de l’infrastructure, la qualité et l’envergure du secteur financier sont
etc. afin de renforcer l’efficacité des ZLE. essentielles à toute stratégie de développement
L’accroissement du commerce interrégional exige visant à améliorer la croissance économique par
un financement plus important et un meilleur accès le biais du développement du secteur privé. Les
aux services et produits financiers, qui peuvent être études empiriques, citées dans le rapport de la
fournis plus aisément par des institutions, services et Banque mondiale (2007), ont également démontré
produits de niveau régional. Un élan supplémentaire que l’intermédiation bancaire et le marché jouent
est apporté par les négociations actuelles entre un rôle dans la croissance économique, et que les
l’Afrique et l’UE pour conclure des Accords de systèmes financiers ne réagissent pas simplement à
partenariat économique (APE). Contrairement à ce la croissance économique mais ont également une
qui se faisait dans le passé, l’UE mène ces négociations relation de cause à effet dans la stimulation de la
sur une base régionale (Afrique de l’Ouest, Afrique croissance économique et de la productivité. Ils
centrale, Afrique orientale et australe, et SADC), font cela en donnant des informations pertinentes
ce qui devrait encourager les efforts d’IFR dans ces pour le marché à des coûts réduits, en surveillant
régions. Les progrès attendus de la mise en œuvre de les entreprises, en exerçant une bonne gouvernance
ZLE et autres mesures de libéralisation du commerce professionnelle, en diversifiant et compensant les
vont accroître la demande pour les services financiers risques des investisseurs en Afrique subsaharienne
et peuvent, de cette façon, initier une IFR tirée par sur le long terme,21 en mobilisant et rassemblant
la demande au sein des régions.19 Selon l’opinion l’épargne et en facilitant les échanges de biens et de
services.22
19 Certains ont affirmé que la taille du secteur financier est limitée
par la taille de la demande, qui elle-même dépend du mécanisme
des économies d’échelle. Dans ce cas, la libéralisation financière (et
l’IFR potentielle) échouerait dans son rôle de développement du
secteur financier. Ce point de vue considère une amélioration de la
demande pour les services financiers comme une condition préalable 20 Vijaya Ramachandran, (2000) Investing in Africa [Investir en
à l’amélioration de l’offre. Bien que ce rapport ne souscrive pas à ce Afrique], Overseas Development Council.
point de vue, il souligne bien l’importance du libre-échange et des flux
de services interrégionaux dans l’accroissement de la demande pour les 21 Par exemple, les flux des portefeuilles d’actions jouent un rôle
services financiers. En outre, comme il est mentionné plus bas, il existe crucial dans la diversification de l’activité économique et le partage des
une portion substantielle de demande non satisfaite de la part des PME risques ; cf. Ramachandran, op. cit. p31.
et le manque de secteur intermédiaire ou « missing middle » qui doit être 22 Banque mondiale (2007), op. cit., pp. 4-5.
comblé par une augmentation de l’offre en services financiers.
34 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Selon une étude de la Banque mondiale,23 les Afrique est intrinsèquement lié aux apports d’IDE –
entrepreneurs africains considèrent l’accès au crédit et les institutions financières régionales, de par leur
et son coût comme des contraintes majeures pour le champ d’action plus étendu et leur efficacité plus
fonctionnement et la croissance de leurs entreprises. grande, sont essentielles pour attirer et canaliser
Les entreprises africaines financent environ deux ces apports. L’harmonisation de « l’infrastructure
tiers de leurs besoins d’investissement avec des financière immatérielle » dans une région renforcera
fonds internes, ce qui représente une plus grande également la base de financement des flux d’épargne
proportion qu’en Asie ou en Amérique latine. et d’investissements interrégionaux, en proposant
Autrement dit, elles financent les investissements un marché plus vaste aux investissements financiers.
dans une moindre mesure à l’aide de capitaux De plus, l’augmentation des échanges dans les
propres ou des services financiers aux entreprises ZLE en Afrique présuppose le développement de
que ne le font les entreprises dans d’autres régions l’infrastructure physique. Ce dernier pourrait être
du globe. Les micro et petites entreprises (MPE) financé par des fonds issus d’obligations régionales
en Afrique sont moins susceptibles d’utiliser les dans le domaine des infrastructures et la formation de
arrangements de financement extérieurs que les partenariats privé-public (PPP) interrégionaux, qui
plus grandes entreprises. Un nombre important de seraient facilités si l’IFR était bien développée. L’IFR
MPE n’ont pas accès au crédit, même partiel ; ou pourrait également représenter la voie la plus sûre,
bien elles n’en font simplement pas la demande, car d’essence nationale, vers l’intégration de l’Afrique à
elles pensent que leur requête sera refusée, souvent l’économie mondiale, au sein de laquelle les grandes
du fait d’un manque de garanties. En outre, la même institutions financières régionales participeraient
étude de la Banque mondiale souligne le phénomène sur un pied d’égalité avec les autres institutions
du manque d’entreprises de taille intermédiaire internationales à la prestation de services financiers
(« missing middle ») qui ne sont pas suffisamment à leurs citoyens.
grandes pour avoir droit aux services de crédit Pour les pays africains, l’intégration financière
officiels, mais pas suffisamment petites non plus pour régionale – avec comme objectif ultime l’intégration
bénéficier des services proposés par les institutions au niveau continental – préserverait également un
de microfinance (IMF). La demande largement système financier national viable. Le continent
non satisfaite de crédit prive les économies d’une a déjà ouvert ses marchés à la pénétration par les
croissance non exploitée qui pourrait se produire si institutions financières et bancaires étrangères.
les services financiers appropriés étaient disponibles. Les banques nationales, si elles demeurent isolées
Moderniser et encourager l’établissement et ne fonctionnent que dans leurs pays d’origine,
d’intermédiaires financiers adaptés, conjugué à la ont peu de chances de survivre à l’accroissement
mise en place de critères de garanties appropriés, de la concurrence que la pénétration des banques
pourrait ainsi contribuer grandement à la croissance étrangères entraînera. Ainsi, le dilemme est le
et à la réduction de la pauvreté.24 suivant : les banques nationales africaines doivent
soit accroître l’échelle de leurs opérations et leur
Le secteur privé considère les économies d’échelle compétitivité à l’aide de l’intégration régionale,
et donc les activités transfrontalières comme en plus d’autres mesures de modernisation de
des conditions préalables incontournables à des leurs systèmes, soit risquer de disparaître ou d’être
investissements rentables. Dans ce but, ils doivent absorbées par des institutions étrangères.
avoir accès aux ressources et services financiers
transfrontaliers, y compris un système de paiement 2.3  Les expériences de l’UE et de
efficace, afin de conduire leurs affaires de manière l’ASEAN – Leçons pour l’Afrique
rentable. Le développement du secteur privé en
En analysant la meilleure voie possible vers
23 Banque mondiale (2008), « Finance for All? Policy and Pitfalls in l’intégration régionale, les économistes se
Expanding Access » [Finance pour tous ? Politique et difficultés d’élargir
l’accessibilité], un rapport d’étude politique de la Banque mondiale, la concentrent généralement sur l’expérience de
Banque mondiale, Washington, DC. l’Union européenne (UE). Le cheminement
24 Ce paragraphe résume les résultats rapportés par Honohan et Beck, habituel consiste à commencer par une certaine
op. cit., pp. 61-65.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 35

forme d’accord commercial régional (ACR), puis à Comme M. Basu26 l’a fait remarquer, le modèle initial
poursuivre par une union douanière, introduire des de spécialisation était différent en fonction des pays
éléments de marché commun, et seulement après de l’Asie de l’Est : le Japon s’était spécialisé dans la
avoir atteint ce stade, passer de la collaboration fabrication de biens reposant sur le capital humain
financière à l’intégration financière. L’expérience et dans une utilisation technologique intensive ;
de l’UE suggèrerait, comme le signale le rapport de les économies nouvellement industrialisées (NIE)
la Banque mondiale (2007), que la régionalisation produisaient des produits manufacturés par une
est un processus lent et difficile, qui peut évoluer à main-d’œuvre intensive et peu qualifiée ; et les pays
des rythmes différents selon les secteurs. Cependant, les plus pauvres de l’ASEAN s’étaient spécialisés dans
donne également à penser que l’élan initial vers la fabrication de produits nécessitant l’utilisation
l’intégration régionale (généré dans ce cas par les intensive de ressources naturelles. Plus tard, alors
industries de l’acier et du charbon) était davantage que les pays de l’ASEAN développaient leur capital
suscité par des considérations politiques que par le humain et leurs capacités technologiques et que le
marché. Japon était devenu un pays relativement cher pour
l’assemblage des produits finaux, les multinationales
Pour les décideurs africains, il est peut-être plus ont aussi délocalisé cette étape du processus de
pertinent et instructif d’étudier l’expérience de production dans les pays de l’ASEAN, en fonction
l’ASEAN, plutôt que celle de l’UE. Alors que de leur avantage comparatif par rapport aux divers
l’expérience asiatique confirme celle de l’UE, à savoir produits, ouvrant ainsi la voie à un accroissement
que le processus d’intégration est lent et difficile, son du commerce interrégional. Tant que ces produits
élan initial vers l’intégration et le processus par étapes finaux étaient essentiellement destinés à être
ont été très différents. La région de l’Asie du Sud, exportés hors du pays de fabrication, le commerce
qui a enregistré le plus de succès dans la promotion interrégional pouvait continuer à prospérer sans avoir
de l’intégration régionale, a connu une intégration besoin d’abaisser les tarifs douaniers interrégionaux.
tirée par le marché plutôt que par la politique. Cela Cependant, au fur et à mesure de l’augmentation
s’est fait grâce aux flux des échanges et des IDE qui de la demande régionale pour ces produits et les
ont résulté de mesures nationales de libéralisation autres produits finis dans le pays, les autorités se sont
unilatérales. Ces dernières étaient accompagnées rendu compte de la nécessité d’abaisser les barrières
d’une libéralisation multilatérale des importations tarifaires et non tarifaires interrégionales. C’est ainsi
(par opposition à une libéralisation régionale), du qu’a vu le jour la ZEP en 1992, avant de devenir une
fait de l’abaissement des barrières tarifaires et non ZLE, puis une union douanière quelques années
tarifaires au cours de la décennie des années 80. plus tard. Cependant, les initiatives politiques pour
Par conséquent, l’Asie de l’Est a connu, dans un passer à l’IFR étaient très peu nombreuses, voire
premier temps, des afflux importants d’IDE du Japon, inexistantes.
puis, plus tard, des États-Unis et de l’UE. Les afflux
d’IDE provenaient principalement des activités Ce n’est qu’après la crise financière du milieu des
internationales des multinationales. années 90 que les autorités se sont rendu compte
de l’importance de la coopération dans le secteur
Les multinationales japonaises s’étaient activement financier régional. Cela a conduit au lancement de
engagées dans des activités verticales, à savoir des plusieurs initiatives, notamment : l’initiative Chiang-
échanges industriels en Asie de l’Est entre leurs Mai (mise en commun d’une partie des réserves
partenaires nationaux et filiales étrangères ou bien externes) ; l’établissement de l’Asian Bond Market
entre leurs filiales étrangères. Ces multinationales
constituaient des chaînes de distribution et des
problèmes] paru dans Asian Economic Cooperation and Integration:
réseaux de production en Asie de l’Est, en se basant Progress, Prospects, and Challenges. [Intégration et coopération
sur les avantages comparatifs de chaque pays.25 économique asiatique : progrès, perspectives et défis] Manille : Banque
asiatique de développement.

25 Ce paragraphe se base sur un article de Masahiro Kawai (2005, 26 A. Basu (2008) « The Challenges of Regional Integration in
« Trade and Investment Integration and Cooperation in East Asia; Africa and Policy Options » [Les défis posés par l’intégration régionale
Empirical Evidence and Issues,” [Intégration du commerce et des en Afrique et options politiques], document d’information, Forum des
investissements et coopération en Asie de l’Est ; preuve empirique et marchés émergents en Afrique.
36 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

(marché asiatique des obligations) ; la surveillance devenir financièrement vulnérables. Ainsi, les pays
régionale officielle ; et les mécanismes de l’ACD africains doivent adopter une approche proactive en
(dialogue de coopération asiatique). Actuellement, ce qui concerne le développement et l’intégration du
des démarches sont en cours pour relier entre eux secteur financier.
les autres pays de l’Asie et de l’ASEAN, et un débat
dynamique est en train de s’instaurer dans les couloirs Quelle démarche doit être suivie dans le contexte
académiques et politiques pour savoir si, et à quel africain pour établir des bases solides pour l’IFR ?
rythme, l’Asie devrait avancer pour réaliser l’union La stabilité macroéconomique est un préalable
monétaire dans le contexte d’un marché commun et nécessaire pour promouvoir l’intégration
de la Communauté asiatique.27 commerciale et financière dans les régions et sur
le marché international. La stabilité du secteur
Pour résumer la leçon principale tirée de l’expérience financier, conjuguée à la transparence du système
asiatique : une intégration importante du commerce financier, sont des éléments essentiels à la stabilité
peut avoir lieu sans efforts explicites et politiques macroéconomique. Parallèlement, les pays doivent
dans le sens de l’intégration financière. Cependant, adopter une politique libérale par rapport aux afflux
cela ne peut se produire que si les pays atteignent d’IDE, pour encourager les entreprises étrangères à
et maintiennent une stabilité macroéconomique, exploiter les avantages comparatifs des pays de la
introduisent un minimum de réformes dans le secteur région et à localiser leurs infrastructures de production
financier pour garantir la solvabilité du système, en conséquence. Le commerce interrégional a peu de
libéralisent leurs régimes d’investissement pour chances de connaître un accroissement significatif
encourager l’investissement étranger, libéralisent les au cours des premières étapes de la libéralisation du
régimes du commerce interrégional pour permettre commerce régional si les pays sont dotés de structures
la libre circulation des marchandises, et adoptent de production similaires. Un autre obstacle au
un cadre réglementaire orienté vers l’exportation. commerce interrégional apparaît lorsque les marchés
Cependant, en l’absence d’une position politique nationaux et régionaux sont trop exigus pour soutenir
proactive, ne compter que sur les forces du marché une entreprise commerciale de manière rentable ;
pour faire avancer l’IFR peut également exposer dans ce cas-là, l’accent doit être mis sur l’exploitation
les pays à une plus grande vulnérabilité financière, des marchés d’exportation en dehors de la région.
comme le laisse penser l’expérience de l’ASEAN.
Un autre développement qui favorisera les afflux
Prises ensemble, les expériences de l’UE et de d’IDE serait que les pays établissent une ZLE
l’ASEAN apportent des enseignements très utiles officielle, ou une union douanière, qui supprime les
à garder à l’esprit lorsqu’on cherche à déterminer barrières tarifaires et non tarifaires. Cette approche
une feuille de route pour l’intégration financière en fera également de la région un environnement
Afrique. L’intégration commerciale et l’intégration commercial plus favorable, non seulement parce
financière ne devraient pas être considérées comme qu’elle garantira une marge de sécurité de demande
des processus séquentiels, mais plutôt comme des pour les producteurs, mais aussi car elle encouragera
processus qui doivent être favorisés simultanément. la rénovation et la construction d’infrastructures
De plus, les afflux d’IDE peuvent accélérer physiques à même de réduire les coûts de production.
l’intégration financière, et le développement du Un tel développement peut également court-circuiter
marché des capitaux peut faciliter ces afflux. Les la route de l’ASEAN afin d’accroître les échanges
forces du marché seules ne peuvent pas garantir que interrégionaux des produits intermédiaires en
l’intégration financière se produira à un rythme, incitant les entreprises à, non seulement sous-traiter
ou d’une manière, qui satisfera les exigences des leur production dans l’ensemble de la région, mais
échanges commerciaux et des flux d’investissements aussi à y installer leur processus final de production.
croissants tout en empêchant les économies de

27 Thurman Shanmugaratnam (2006), Asian Monetary Integration:


Will It Ever Happen? [L’intégration monétaire asiatique : se produira-t-
elle un jour ?] Bern, Suisse : Per Jacobsson Foundation.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 37

2.4  Étapes de la feuille de route générique telle stratification rigide du dispositif réglementaire et
de l’IFR institutionnel n’est peut-être pas entièrement faisable.
Par conséquent, certaines politiques et institutions
L’intégration financière régionale représente le peuvent être mises en œuvre plus tôt ou plus tard,
point culminant d’un long processus qui débute tout en respectant le calendrier de mise en œuvre des
par l’augmentation progressive du partage politiques et institutions fondamentales. On espère
d’informations, puis par une coopération (ou qu’une telle feuille de route aidera les décideurs à se
collaboration) et une harmonisation, pour finalement concentrer sur les actions nécessaires aux niveaux
peut-être aboutir à l’unification de l’ensemble des national et régional pour renforcer l’IFR, ce qui
politiques, infrastructures et institutions financières. devrait permettre aux partenaires au développement
Cependant, contrairement au processus d’intégration d’adapter leur aide en conséquence.
commerciale, qui peut être défini et décrit selon des
étapes précises et progressives d’intégration – par La feuille de route, décrite dans sa totalité dans le
ex. les zones d’échanges préférentiels (ZEP), les Tableau 2.1 ci-dessous, adopte une approche tirée par
zones de libre-échange (ZLE), l’union douanière la politique, contrairement à une approche tirée par
(UD) et le marché commun (MC) – les étapes de le marché. Il est bon de rappeler ici les conclusions
l’IFR ne se prêtent pas à une telle catégorisation du rapport de la Banque mondiale (2007), reprises
précise. Néanmoins, une certaine catégorisation en introduction de ce chapitre, selon lesquelles, pour
est nécessaire pour évaluer les mesures que les pays que l’IFR progresse de manière satisfaisante, il faut
doivent prendre pour atteindre une étape précise. coordonner l’intégration tirée par la politique et
Tout comme les étapes de l’intégration commerciale, l’intégration tirée par le marché, et que par le passé,
les étapes de l’IFR ont des caractéristiques et des cette dernière avait tendance à être à la traîne et ne
exigences définies. progressait que de manière inégale. C’est ce résultat
qui explique le choix porté sur l’approche tirée par
Dans les paragraphes suivants, une feuille de route la politique pour la feuille de route. Cependant,
générique est ébauchée, avec cinq étapes (par ordre celle-ci vise aussi à créer un environnement adapté
ascendant) d’intégration.28 La feuille de route, dans à l’avancement en parallèle d’une IFR tirée par le
le contexte africain actuel, envisage des liaisons marché.
appropriées entre l’intégration dans le secteur réel
(commerce et investissement) et l’intégration dans le Ainsi donc, quelles sont les cinq étapes que les pays
secteur financier. Ainsi, le processus des cinq étapes doivent atteindre pour transformer l’intégration de
de l’IFR est lié au processus consistant à favoriser leurs systèmes financiers nationaux en un système
l’intégration commerciale et des services en suivant financier régional ?
la démarche ZLE – Union douanière – Communauté
économique. D’un point de vue conceptuel, chaque Étape I – Étape préliminaire Tout d’abord, les pays
étape constitue un tremplin pour la suivante, et leur doivent remplir certains critères préalables relatifs
classification formelle sert à indiquer les politiques à l’établissement de la stabilité macroéconomique
et institutions que les États membres de ce groupe et de la solvabilité bancaire. Au cours de cette
doivent établir aux niveaux national et régional afin étape préliminaire, il incombe principalement aux
de continuer à avancer. En pratique, bien entendu, une décideurs nationaux de moderniser les systèmes
financiers de leur pays, notamment les systèmes
28 Ces étapes devraient être distinguées des « degrés » d’IFR. Kawai de paiement. En même temps, les pays devraient
et Motonishi (2005) utilisent trois mesures agrégées pour l’intégration
financière : des mesures reposant sur les prix (parité des taux d’intérêt,
conclure des accords officiels afin d’établir
ratio PER sur les marchés boursiers), des mesures reposant sur les progressivement une ZLE couvrant l’ensemble de
quantités (corrélations entre l’épargne et l’investissement, dynamiques
des comptes courants, flux des échanges et des investissements), et des la région. Des échanges substantiels d’informations
mesures réglementaires reposant sur les investissements (infrastructure et autres formes d’interaction entre les pays seraient
financière, contrôle des changes). L’intégration entre les pays peut
également être évaluée sur la base de la « distance économique » entre nécessaires pour les mettre au courant des réformes
eux, en termes de, par exemple, différentiels d’inflation, différentiels de en cours dans les pays partenaires.
déficit budgétaire, degré relatif du développement du secteur financier,
etc.
38 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Étape II – Étape d’harmonisation Au cours de cette réglementation unique et une présence accrue des
étape, la modernisation du secteur financier dans institutions financières à l’étranger qui proviennent
plusieurs pays serait complétée par l’introduction de pays membres. La mesure fondamentale à cette
et le respect de diverses normes et pratiques étape serait la mise en commun partielle des réserves
internationales dans le secteur financier afin de externes afin de résoudre les difficultés de la balance
garantir l’harmonisation au niveau régional. Les des paiements des pays membres, l’établissement
contrôles des changes interrégionaux seraient abolis de marchés obligataires régionaux et, si possible,
et les afflux des investissements étrangers seraient d’un marché boursier régional unifié. À la suite du
libéralisés, parallèlement au renforcement des places renforcement et de la mise en réseau des marchés des
boursières. À ce stade, les pays établiraient aussi capitaux nationaux, de nouveaux produits financiers
une ZLE entièrement fonctionnelle qui pousserait régionaux, tels que les obligations régionales, feraient
le secteur financier à élargir ses activités au-delà des leur apparition afin de draîner l’épargne locale.
frontières.
Étape V - Étape d’unification monétaire Cette
Étape III – Étape de coopération L’harmonisation étape finale verrait l’introduction d’une monnaie et
réussie des institutions, règles et réglementations d’une banque centrale communes du côté financier,
financières poserait les bases de la troisième étape29 et, éventuellemen, le lancement d’une communauté
de l’intégration. À ce stade, les pays coopèreraient économique du côté réel. L’introduction d’une
pour la mise en œuvre des critères de convergence, banque centrale commune signifierait que les
qui devrait être surveillée et évaluée par un conseil pays pris individuellement abandonneraient leur
ministériel régional. Ils achèveraient également souveraineté dans les aspects monétaires au profit de
le processus d’harmonisation totale relative aux cette entité supranationale. La réalisation de cette
procédures en matière de réglementation, supervision étape, surtout si elle s’accompagne de la création
et comptabilité qui ont démarré lors de l’étape II et d’une communauté économique, nécessiterait la mise
coopèreraient dans les activités de supervision et en place d’arrangements institutionnels concrets
réglementation transfrontalières. Des arrangements pour faciliter le passage des devises nationales, des
seraient également conclus pour relier les marchés taux de change et des banques centrales vers un
boursiers nationaux. En s’appuyant sur une ZLE système monétaire unifié. Elle impliquerait de porter
efficace, les pays concluraient un accord pour une attention soutenue au cadre institutionnel
établir une union douanière dans un délai précis. de soutien, y compris le rôle de la direction, de la
Les systèmes juridiques seraient réformés afin de législation et de la prise de décision « au sommet ».
permettre l’exécution transfrontalière des contrats. Elle nécessiterait également la mise en place de
Cette étape verrait également une coopération comités techniques pour apporter leur concours
renforcée dans les domaines des politiques des taux aux instances de décision pour l’examen de divers
de change et monétaires. problèmes, etc. La réalisation de cette étape n’est pas
chose aisée – elle exige une solide volonté politique
Étape IV – Étape d’intégration Elle déplace le dans les plus hautes sphères, une fonction publique
centre d’action au niveau régional. Cette étape dévouée, qui croit au régionalisme, et l’acceptation
serait caractérisée par une union douanière par la société civile. De ce point de vue, le passage
opérationnelle, l’intégration efficace de diverses de l’étape IV à l’étape V est de nature différente,
institutions financières, et par l’exercice de fonctions comparé aux transitions entre les premières étapes
de réglementation et de supervision, y compris de l’intégration.
l’octroi de licence bancaire unique, une agence de

29 Le terme « coopération » qui caractérise la deuxième étape devrait


être compris comme un renforcement de la coopération, car une
certaine forme de coopération aurait déjà été initiée au cours de l’étape
préliminaire.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 39

Tableau 2.1 L’intégration financière régionale : feuille de route générique

Étape de l’IFR Mesures nationales Mesures régionales

Conditions préalables Stabilité macroéconomique

Solvabilité bancaire
Étape I : Préliminaire
Les pays membres commencent Améliorer les systèmes de paiements Accord pour établir une ZLE
à prendre des mesures pour nationaux (RBTR) afin de réduire
moderniser leurs systèmes les délais de paiement et les coûts de Secrétariat régional pour faire
financiers, en mettant en œuvre transfert. avancer et mettre en œuvre le
certaines normes financières calendrier régional
internationales et en instaurant Renforcer la supervision bancaire et
un échange d’informations le cadre réglementaire (conformité Échange d’informations et réunions
entre eux. « partielle » aux Principes régulières entre les autorités
fondamentaux de Bâle) monétaires et financières.

Améliorer les normes comptables Des comités régionaux pour


(IFRS) déterminer les domaines et
modalités du processus d’intégration
Améliorer les éléments
fondamentaux du système juridique Accords régionaux et bilatéraux
(registres fonciers et d’entreprise, proposant une assistance technique
droits de propriété, exécution des aux membres « moins développés »
contrats) pour mettre à niveau leurs systèmes
financiers
40 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Étape de l’IFR Mesures nationales Mesures régionales


Étape II  : Harmonisation
Les pays membres doivent Élargir les systèmes de paiement ZLE entièrement fonctionnelle
moderniser leur système pour qu’ils incluent les transferts
financier. Des mesures électroniques de fonds, les systèmes Accord sur les critères de
doivent être prises pour de dépôt de garantie et les ordres convergence appropriés (respect
harmoniser et relier les électroniques de paiement volontaire)
politiques, institutions, règles
et réglementations financières Établir des systèmes rentables pour Établissement des mécanismes de
régionales les transferts de petits montants surveillance (consultative) et de
contrôle
Renforcer davantage la supervision
et la réglementation bancaires Réunions régulières entre les
(conformité « substantielle » aux autorités de réglementation et de
Principes fondamentaux de Bâle, à supervision des pays
l’IAIS et à l’IAS)
Harmonisation des politiques
Supprimer les contrôles des taux de concernant les entrées de capitaux
change interrégionaux
Mise en réseau des systèmes
Libéraliser les afflux de capitaux de paiements nationaux
étrangers (REPSS<TARGET)

Renforcer les règles et Établir des organismes consultatifs


réglementations du marché boursier pour le secteur financier privé
(s’il existe), et mettre en œuvre (association de banquiers,
des mécanismes de supervision comptables, marchés boursiers, etc.)
(principes IOSCO)
Établir des organismes de
Compléter substantiellement développement de l’infrastructure
la modernisation des systèmes physique régionale
financiers pour les orienter sur le
marché

Autonomie de la banque centrale


et renforcement de l’autorité de
supervision

Supprimer les barrières freinant la


pénétration des banques étrangères
et régionales pour accroître la
concurrence

Développer des systèmes nationaux


de renseignements sur le crédit.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 41

Étape de l’IFR Mesures nationales Mesures régionales


Étape III  : Coopération
Les membres prennent Libéraliser progressivement les Accord pour établir une union
de grandes initiatives de contrôles des taux de change vis-à- douanière
coopération pour harmoniser et vis du reste du monde
relier leurs politiques du secteur Régime IDE régional
financier Mettre en œuvre des critères de
convergence détaillés et convenus Établissement de critères de
Ils renforcent aussi et rendent convergence détaillés (obligatoire)
opérationnels les mécanismes Coordonner les politiques et de leur contrôle avec le soutien
régionaux de surveillance et de monétaires et de change des banques de développement
contrôle multilatérales et des institutions
financières internationales

Harmonisation totale des normes


en matière de réglementation,
supervision et comptabilité

Octroi de licence bancaire unique,


participation transfrontalière des
autorités de réglementation et de
supervision à la supervision bancaire

Développement d’un système


centralisé de renseignements sur le
crédit

Développement au niveau
régional d’une infrastructure et
de réglementations des marchés
boursiers
Étape IV : Intégration
Les membres prennent Adapter/modifier les exigences Union douanière entièrement
des initiatives pour unifier législatives et réglementaires opérationnelle
leurs institutions, règles et nationales et le cadre institutionnel
réglementations, ainsi que les afin de se conformer aux exigences Unification des marchés boursiers
produits financiers requises à cette étape pour l’IFR.
Adoption d’un système juridique
général (par ex. traité OHADA par
les pays de UEMOA)

Mise en commun partielle des


réserves

Marché régional des obligations


42 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Étape de l’IFR Mesures nationales Mesures régionales


Étape V : Unification
À ce stade, les membres Échanger la monnaie locale pour Banque centrale régionale
abandonnent leur souveraineté une monnaie régionale
en matière de politique
monétaire au profit d’une Réserves en monnaie commune Monnaie commune régionale
autorité régionale

La feuille de route décrite ci-dessus dans le tableau Un objectif ultime de l’IFR consiste à faciliter le
2.1 implique un certain nombre de mesures financement d’une activité plus volumineuse des
détaillées à mettre en œuvre aux différentes étapes transactions réelles entre les pays membres de la
du processus d’intégration. Cependant, chaque région.30 De ce point de vue, l’IFR est un processus
étape implique également une ou deux mesures complémentaire à l’intégration commerciale et
fondamentales qui doivent être prises. Ainsi, à des services entre ces pays membres. Cependant, il
étape I, l’accent est mis sur le développement des n’est nulle part suggéré l’obligation de correspondre
systèmes de paiements nationaux. Pour l’étape II, chaque étape de l’intégration commerciale et avec
l’accent est mis sur la modernisation du système celle de l’IFR. Au contraire, il est sous-entendu que
financier par l’adoption des normes internationales chaque processus doit soutenir l’autre et que ces deux
bancaires et autres, l’abolition des contrôles des processus sont interdépendants. Par exemple, en
changes interrégionaux et la libéralisation des l’absence d’un accroissement des transactions réelles
afflux d’investissements étrangers, conjuguées au interrégionales, le processus de l’IFR s’avèrerait
renforcement des marchés boursiers. Les mesures léthargique et ne contribuerait que marginalement
fondamentales de l’étape III comprendraient la à la croissance et à la réduction de la pauvreté. De
mise en œuvre efficace (contrôle et évaluation) manière similaire, l’intégration commerciale serait
des critères de convergence, des mécanismes de facilitée et accélérée si les secteurs financiers des
réglementation et supervision transfrontaliers et de pays membres étaient bien développés et intégrés.31
la mise en réseau des marchés boursiers. À l’étape
IV, l’accent serait mis sur l’unification des marchés
boursiers et le développement des produits financiers
régionaux, tels que les obligations régionales.

30 « Le cheminement entre la coopération et l’intégration est une


séquence continue d’actions, un processus et non pas un événement
ponctuel, débutant par le partage des informations, puis par un partage
des infrastructures de traitement, une harmonisation des lois et
réglementations, pour finalement aboutir à l’unification des octrois de
licence et le contrôle des institutions et à l’introduction d’une monnaie
commune, avec comme objectif ultime de réaliser un espace financier
unique. » Banque mondiale (2007), p 8.
31 Il peut être utile de noter que, bien que les forces du marché
aboutiront à une IFR au moins partielle à la suite de l’intégration
commerciale, l’inverse (IFR aboutissant à une intégration commerciale)
n’est pas garanti.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 43

Encadré 2.1 : Définition de quelques termes financiers

Dans ce rapport, les expressions « convergence macroéconomique », « intégration financière » et


« intégration monétaire » sont fréquemment utilisées et il est sans doute utile, à ce stade, de clarifier leur
signification.

Les critères de convergence visent à permettre aux États membres d’aligner leurs systèmes financiers en
vue de l’intégration économique et régionale. Ainsi, outre certains critères du secteur financier, les critères
de convergence macroéconomiques comprennent entre autres le taux d’inflation, l’équilibre budgétaire, la
dette publique, la balance des paiements, les ratios épargne et investissement, etc. Tous ces critères ne sont
pas pertinents pour réaliser l’intégration financière ou monétaire et tous n’incluent pas toutes les conditions
préalables qui doivent être remplies. Le concept de « convergence » ne doit pas être confondu avec le concept
d’ «  égalité », au sens que les critères de convergence donnent généralement une fourchette quantitative
exprimée par les termes « pas supérieur à » ou « pas inférieur à » un objectif quantitatif particulier.

Le terme « intégration financière », d’autre part, n’implique aucun critère quantitatif commun mais plutôt
un accroissement des flux de capitaux interrégionaux et une tendance des prix et rendements sur les
capitaux financiers échangés dans les pays membres à s’aligner sur la base d’une devise commune. Comme
de Brouwer l’a fait remarquer :32« L’intégration des marchés présuppose un accroissement des transactions
sur ces marchés et une tendance à la convergence des prix en termes de devise commune ; l’intégration peut
également radicalement changer la dynamique de ce processus. L’intégration financière est simplement
l’application de ce processus aux marchés dans les instruments financiers. » Il faut noter que ce nivellement
des prix ne se produit pas en tant qu’objectif fixé, contrairement au cas des critères de convergence où
certains objectifs sont prescrits.

L’intégration monétaire est une étape qui se situe au-delà de l’intégration financière, au sens où les États
membres mettent en place une devise et une banque centrale communes, et donc cèdent leur souveraineté
en matière de politiques monétaires et des changes qui sont décidées à présent par une banque centrale
suprarégionale. Ici, l’un des problèmes principaux consiste à déterminer si les États membres forment
ensemble une zone favorable à une monnaie unique et si d’autres conditions préalables à une union
monétaire réussie ont été établies. En ce qui concerne la feuille de route proposée, ces conditions préalables
comprennent la mise en œuvre de la plupart, sinon de l’intégralité, des mesures incluses dans les étapes
précédentes d’intégration. Sans elles, l’union monétaire ne sera que cela, une devise unique et une banque
centrale unique dont l’objectif principal est de préserver la balance extérieure de l’union par le biais de
contrôles monétaires et de crédit.

La catégorisation ci-dessus de la feuille de route de efficacité liée à une concurrence accrue et d’un
l’IFR a souligné que le chemin vers l’intégration est meilleur accès aux services financiers. Elle reconnaît
un processus continu. Les avantages d’une intégration également qu’il existe un certain nombre de coûts et
régionale résultent de l’association des actions de difficultés, tels que la perte graduelle de contrôle
politiques, institutionnelles et réglementaires, ainsi national sur la politique monétaire et des taux de
que de l’élargissement et du développement du change. De plus, il peut exister des coûts spécifiques
système financier axés sur le marché. La Banque aux « États fragiles » et aux États dotés de systèmes
mondiale (2007) a récapitulé ces avantages comme financiers relativement moins développés, qui doivent
résultant des économies d’échelle, d’une meilleure être résolus par le biais de mesures compensatoires

32 Gordon de Brouwer (2005), “Monetary and Financial Integration in Asia: Empirical Evidence and Issues” [L’intégration monétaire et financière
en Asie : preuve empirique et problèmes], paru dans Asian Economic Cooperation and Integration [Intégration et coopération économique en Asie],
Manille: Banque asiatique de développement.
44 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

dès le départ afin que le processus d’intégration soit s’est produit dans le cadre des arrangements de
accepté au niveau régional. l’ASEAN). Cependant, en général, pour les autres
États membres, ces coûts sont susceptibles de se
Les mesures compensatoires pourraient par exemple produire au cours des dernières étapes de l’intégration
inclure des politiques d’investissement préférentiel financière. Dans les premières étapes, les avantages
de la part des banques de développement régionales l’emportent sur les coûts, et donc les politiques
(comme c’était le cas dans le premier arrangement de d’intégration dans le secteur financier ne sont pas
la EAC sus-mentionné), de subventions financières confrontées à une opposition politique – en fait,
pour couvrir les coûts d’ajustement (telles que l’aide elles ont plus de chances d’être bien accueillies. Cela
apportée par l’UE pour couvrir les coûts sociaux de peut expliquer pourquoi, malgré l’accent explicite
l’ajustement), et des exemptions limitées dans le mis par les décideurs et gouvernements africains
temps concernant certaines exigences régionales sur la promotion de l’intégration commerciale,
pour que ces pays puissent renforcer leurs capacités, l’intégration financière a progressé plus rapidement
tout cela associé à une aide technique de la part et sans les contestations sociales qui ont accompagné
des pays membres plus développés (comme cela les efforts de libéralisation du commerce.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 45

3.  Le Marché commun des États de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique


australe

COMESA

Nombre de pays : 19

États-membres:

Burundi, Comores, R.D.C


Djibouti, Egypte, Érythrée,
Ethiopie, Kenya, Libye,
Current Member Madagascar, Malawi, Ile Maurice,
TANZANIE
Former Member of the COMESA
2000
Rwanda, Seychelles, Soudan,
Swaziland, Ouganda, Zambie et
Zimbabwe
NAMIBIE MOZAMBIQUE
2004 1997

LESOTHO 1997

3.1  Introduction

Le COMESA, comptant 19 membres et une (Burundi, Comores, République


fragiles »33
population totale de 400 millions d’habitants, est la démocratique du Congo et Zimbabwe).
communauté économique régionale (CER) la plus
vaste d’Afrique. Elle regroupe une grande diversité Dans l’indice de développement humain du
de pays, avec des disparités significatives en termes PNUD de 2006, les Seychelles se sont classées
de taille géographique et de population, de richesse au 47e rang et l’Éthiopie au 170e rang. La richesse
en ressources naturelles, de systèmes économiques en ressources naturelles varie grandement parmi les
et politiques et de degré de développement. Les pays membres du COMESA ; la plupart sont des pays
populations vont de moins de 100 000 habitants aux exportateurs de matières premières, soit agricoles
Seychelles à plus de 80 millions en Éthiopie. De soit minérales (Burundi, Malawi, RDC, Rwanda,
même, le revenu réel par habitant va de 91 dollars Zambie et Zimbabwe), d’autres comptent beaucoup
USD pour la République démocratique du Congo à 7 sur le tourisme (Kenya, Île Maurice, Ouganda et
986 dollars USD pour la Libye. La Banque africaine Seychelles), l’un est exportateur d’hydrocarbures
de développement considère six des pays membres (Libye) et un autre dépend des services découlant de
comme étant des pays à revenu intermédiaire la position stratégique de son port (Djibouti). Dans
(Djibouti, Égypte, Libye, Île Maurice, Seychelles une certaine mesure, le Kenya agit aussi comme une
et Swaziland), 13 pays comme des pays à faible plateforme pour le développement dans la région
revenu (Burundi, Comores, Érythrée, Éthiopie, de l’Afrique de l’Est. La plupart des membres ont
Kenya, Madagascar, Malawi, Ouganda, République des économies libérales, bien que certaines soient
démocratique du Congo, Rwanda, Soudan, Zambie
et Zimbabwe) et quatre pays comme des « États
33 Principalement du fait d’une situation de sortie de conflit ou de
difficultés politiques persistantes.
46 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

encore strictement contrôlées ou bien au tout début revanche, sont particulièrement importants pour le
du processus de libéralisation. Burundi, Djibouti, le Kenya, le Malawi, l’Ouganda
et le Rwanda, pays dont les exportations vers la
Malgré cette diversité, les membres du COMESA région COMESA comptaient pour 16 à 30 pour
ont accompli depuis 2000 de bons progrès vers cent de leur volume d’exportations total respectif.
l’établissement d’une ZLE, même s’ils y adhèrent à
des rythmes différents. Au cours des sept dernières Depuis 2000, le PIB réel du COMESA connaît une
années, la plupart d’entre eux ont adopté des croissance moyenne de 5,5 pour cent par an. Ce taux
mesures de réforme, concentrant leurs efforts sur la de croissance s’est accéléré pendant la période 2006-
transformation progressive de marchés nationaux 2007, mais ce rythme doit progresser encore plus vite
isolés en un marché régional unique en Afrique pour permettre à la région de réaliser les Objectifs du
orientale et australe. Des progrès satisfaisants millénaire pour le développement d’ici à 2015, ainsi
ont été accomplis en matière de libéralisation et que les critères de convergence macroéconomique
de facilitation des échanges grâce à la réduction du COMESA demandant une croissance de 7
et à l’élimination des barrières tarifaires et non pour cent. La situation des pays membres fragiles,
tarifaires entre les États membres. Le commerce notamment, doit être renversée (le Zimbabwe
interrégional du COMESA a presque doublé entre enregistre une croissance négative de son PIB depuis
2003 et 2006 (Tableau 3.2). Cependant, mis en ces huit dernières années). Des efforts de réforme
corrélation avec le total des flux commerciaux, continus, y compris une poursuite du renforcement
et en prenant en compte les ajustements dus à la et de l’intégration des systèmes financiers, pourraient
flambée des prix des produits pétroliers, le bilan est être utiles à cet égard. Les indicateurs économiques
un peu plus mitigé, bien que toujours positif. En au cours de la période 2005-2007 de chaque État
tant que pourcentage du volume total des échanges, membre du COMESA sont affichés dans le Tableau
le commerce interrégional affiche un niveau 3.1 ci-dessous.
modeste 5 pour cent. Les marchés du COMESA, en

Tableau 3.1 COMESA : Moyennes de variables choisies sur la période 2005-2007


(en % du PIB sauf indication différente)
Taux de Réserves
COMESA Inflation Déficit Compte Crédit Population
croissance (mois M2
Pays membre % fiscal courant privé (millions)
réel d’import.)
Burundi 3,2 8,2 -20,0 -32,2 3,7 30,6 19,6 8,2
Comores 1,5 3,1 -7,0 -5,4 4,2 21,0 6,2 0,8
Djibouti 4,4 2,8 -1,9 -12,7 4,1 78,6 20,2 0,8
Égypte 6,1 1,3 -8,4 1,8 10,4 97,2 50,3 74,2
Érythrée 1,0 12,3 -19,6 -8,0 -1,6 125,7 29,9 4,7
Éthiopie 11,9 11,6 -8,2 -12,6 2,2 35,8 17,9 81,0
Kenya 6,3 11,6 -3,6 -13,8 3,7 39,2 25,6 36,6
Libye 6,3 2,7 34,3 46,2 48,8 29,3 7,8 6,0
Madagascar 5,2 13,2 -10,0 -12,6 2,9 19,4 10,4 19,2
Malawi 5,9 12,5 -14,4 -19,1 1,5 14,9 5,8 13,6
Maurice 3,8 7,1 -5,2 -5,7 3,8 147,1 85,6 1,3
Ouganda 6,1 7,1 -8,1 -9,9 7,6 18,8 8,5 29,9
République 6,6 17,1 -7,3 -11,8 0,7 10,4 2,9 60,6
démocratique du Congo
Rwanda 6,2 9,1 -12,1 -16,1 7,1 17,9 11,4 9,5
Seychelles 3,9 1,7 -2,9 -29,3 1,0 116,1 39,4 0,1
Soudan 9,4 -3,0 -3,1 -12,6 3,4 21,2 11,3 37,7
Swaziland 2,5 5,4 1,9 -17,6 2,5 23,2 23,2 1,1
Zambie 5,6 12,0 -7,1 -7,2 2,8 20,6 10,1 11,7
Zimbabwe -5,2 61,7 -8,6 -6,7 0,8 36,6 13,5 13,2

Sources : FMI, Perspectives de l’économie mondiale et autres données publiées.


L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 47

3.2  L’historique du COMESA et le chemin des membres pour qu’ils alignent leurs structures
vers l’intégration régionale tarifaires sur le TEC proposé. Comme dans le cas
de la ZLE, le COMESA envisage une approche à
Le COMESA a été initialement établie en tant que vitesse variable ; bien qu’à ce stade, le nombre précis
zone d’échanges préférentiels (ZEP) pour les États de membres qui rejoindront l’union douanière à son
de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe. Cette lancement soit encore incertain.
ZEP s’est transformée en COMESA en 1994. Le
COMESA forma ensuite une zone partielle de libre- Le COMESA a mis en place un ambitieux
échange (ZLE) en octobre 2000, avec la participation programme de facilitation des échanges par le
de 11 pays membres sur un total de 19. Par la suite, biais d’une harmonisation et d’une coopération
d’autres pays membres ont rejoint la ZLE, portant le en matière de documentation et procédures
nombre total d’adhésions à 13 en juin 2007. Les six douanières. Un avant-projet de loi sur la gestion des
membres restants du COMESA ont réduit leurs tarifs douanes, destiné à régir les opérations et procédures
douaniers interrégionaux de 60 à 90 pour cent. douanières, a été élaboré. De plus, la région a adopté
une nomenclature tarifaire commune (NTC) et un
Le COMESA a adopté une approche à vitesse document de déclaration en douane unique (DD-
variable vis-à-vis de l’intégration. Ainsi, dans le cas COMESA). Un système uniformisé d’assurance
de la ZLE, aucun calendrier précis n’a été négocié véhicule appelé « Carte jaune » est également en
par avance, les membres étant libres d’adhérer place pour faciliter la circulation des marchandises et
lorsqu’ils étaient prêts à accepter les termes de cet des personnes dans la région, de même qu’un système
arrangement. De manière similaire, le COMESA de garantie douanière (CBGS) qui a le même rôle.
envisage de lancer une union douanière en 2009. Le Secrétariat du COMESA a également aidé les
Le Secrétariat a établi un tarif douanier extérieur pays membres à adopter des versions plus récentes de
commun (TEC) comportant quatre catégories, avec systèmes harmonisés, tels que l’ASYCUDA (système
la possibilité encadrée d’exclure certains biens pour automatisé de rationalisation et d’harmonisation des
une durée limitée. D’importants ajustements en procédures douanières) et le système d’évaluation en
termes de tarifs douaniers sont demandés à la plupart douanes de l’OMC.
48 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Tableau 3.2
COMESA : flux des échanges interrégionaux, 2003-2006
EXPORTATIONS IMPORTATIONS
2003 2006 2003 2006
Pays membre du
COMESA en millions en millions en millions en millions
de dollars % de dollars % de dollars % de dollars %
USD USD USD USD
Burundi 4,0 6,3% 23,4 16,8% 47,5 27,3% 68,3 15,3%
Comores 0,2 3,6% 0,7 6,4% 4,5 11,7% 15,2 14,1%
Djibouti 27,5 74,3% 14,5 16,0% 100,9 42,4% 10,4 1,0%
Égypte 239,0 3,9% 505,7 3,2% 229,8 2,1% 266,4 1,2%
Érythrée 0,5 7,1% 2,6 26,0% 7,8 1,8% 26,6 6,7%
Éthiopie 95,1 18,7% 100,0 9,9% 90,8 3,4% 391,1 7,7%
Kenya 430,1 23,5% 911,2 28,8% 144,6 4,0% 243,3 3,4%
Libye 42,4 0,3% 105,3 0,3% 121,3 2,8% 211,9 2,6%
Madagascar 13,5 2,0% 22,1 2,5% 65,3 6,0% 71,7 4,4%
Malawi 68,9 15,2% 76,3 11,6% 83,8 11,9% 180,9 14,1%
Maurice 58,6 3,8% 57,1 3,8% 89,7 3,9% 99,1 3,2%
Ouganda 95,2 24,2% 234,2 28,8% 301,0 24,7% 450,4 17,6%
République démocratique 174,1 12,7% 68,8 3,0% 143,1 9,0% 350,2 12,5%
du Congo (RDC)
Rwanda 20,8 48,5% 36,2 29,5% 11,9 11,5% 336,9 51,8%
Seychelles 0,5 0,3% 0,5 0,2% 13,7 3,9% 23,7 3,2%
Soudan 77,4 3,6% 87,7 1,6% 422,5 15,1% 651,0 7,3%
Swaziland 116,0 6,9% 162,6 8,9% 2,0 0,1% 10,8 0,7%
Zambie 84,6 9,0% 276,7 7,5% 266,7 16,8% 310,7 10,1%
Zimbabwe 121,9 3,6% 83,3 6,5% 26,0 1,2% 50,2 2,9%
Total 1 670,2 4,6% 2 769,0 3,6% 2 172,9 5,8% 3 769,2 5,2%

Remarque : les pourcentages affichés dans le tableau ci-dessus représentent le pourcentage pour chaque pays des importations et exportations qui
sont reçues/expédiées de/vers les pays du COMESA.
Source : Le Secrétariat du COMESA

L’accord du COMESA appelle à l’élimination des couvrir les coûts sociaux d’ajustement découlant
barrières non tarifaires (BNT) signalées au Secrétariat de la libéralisation du commerce. Un travail est
de temps à autre. Certains observateurs sont d’avis également en cours pour établir une agence de
qu’un travail supplémentaire est nécessaire dans ce développement de l’infrastructure au sein du
domaine. Bien qu’un mécanisme officiel de résolution COMESA, avec une participation égale du secteur
des différends existe à travers la Cour de justice du privé et des banques multilatérales de développement
COMESA, il n’a jusqu’à présent pas été employé (BMD), qui facilitera les investissements privés dans
pour résoudre des disputes entre les États membres. le développement de projets d’infrastructure relatifs
Ces différends sont habituellement traités par la voie au commerce dans la région du COMESA (PPP et
officieuse des consultations diplomatiques et des bons fonds commun de créances (FCC)). La Banque de
offices du Secrétaire général du COMESA. commerce et de développement de l’Afrique de l’Est
et de l’Afrique australe (Banque de la ZEP), créée en
Le COMESA a établi diverses structures pour soutenir 1985, aide également les membres du COMESA à
la libéralisation des échanges, y compris le Fonds du financer des projets et le commerce.
COMESA, dont le rôle est de canaliser le financement
au développement apporté par Aid for Trade, l’UE Se rendant compte de l’importance de la stabilité
ainsi que les autres aides financières. Le fonds a deux macroéconomique pour réaliser ses objectifs
guichets : celui de « facilité d’ajustement » et celui de d’intégration régionale, le COMESA a défini des
« facilité d’infrastructure ». La facilité d’ajustement critères de convergence économique dès 1993.
consiste à fournir des fonds provenant de subventions Conformément au Programme de coopération
versées par des donateurs (principalement l’UE) pour monétaire africain, mené par l’Association des
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 49

banques centrales africaines (ABCA), le Conseil des succursales et filiales. Comme première mesure,
des ministres a adopté, lors de sa réunion en octobre un accord fut conclu lors de la seconde réunion des
2004, des critères macroéconomiques revus et visant autorités de supervision bancaire en 2003, établissant
à étayer la stabilité macroéconomique, renforcer un cadre de travail et un plan d’action destinés
la croissance et soutenir l’intégration financière. à harmoniser la supervision et la réglementation
Pour servir l’intégration financière, les critères de bancaires au sein du COMESA. Ce cadre de travail
convergence secondaires comprennent l’adoption, et ce plan d’action furent ensuite adoptés par le
d’ici à 2010, de tous les Principes fondamentaux Conseil des ministres, qui insista sur le fait que tous
de Bâle pour la réglementation et la supervision les pays devaient adopter les Principes fondamentaux
bancaires, garantissant par là même l’harmonisation de Bâle en tant que norme minimale. Selon le plan
de la supervision dans la région. d’action, l’harmonisation de la supervision bancaire
devait être achevée à la fin de l’année 2004.
La plupart des membres du COMESA sont encore
loin de réaliser les critères de convergence essentiels Le sous-comité pour la stabilité et le développement
à la stabilité macroéconomique. Seuls sept pays du système financier a entrepris une étude en 2006 sur
satisfont aux critères concernant le déficit budgétaire le degré et l’étendue du développement du système
(Djibouti, le Kenya, la Libye, l’Île Maurice, les financier et de la stabilité des pays membres du
Seychelles,34 le Soudan et le Swaziland). Quatre autres COMESA. Le rapport et les conseils prodigués pour
pays satisfont aux critères concernant l’inflation (les une harmonisation efficace du développement du
Comores, Djibouti, l’Égypte et la Libye), et six pays système financier et la stabilité au sein du COMESA
satisfont aux critères relatifs aux réserves extérieures (référé ci-après par le terme « le Rapport ») se basent
(les Comores, Djibouti, l’Égypte, la Libye, l’Ouganda sur une étude détaillée des systèmes financiers et
et le Rwanda). Seuls Djibouti et la Libye satisfont cadres de réglementation/supervision existants.35 Ce
aux trois critères. rapport suggère que, bien que des progrès significatifs
aient été accomplis dans certains domaines,
Néanmoins, la plupart des pays membres du l’harmonisation de la réglementation financière et la
COMESA ont accompli quelques progrès vers la réalisation de la convergence macroéconomique sont
stabilité macroéconomique. Les plans de stabilité encore loin d’être atteintes. Cette étude établissait
macroéconomique ont dans de nombreux cas un plan d’action détaillé pour le développement et la
été développés, avec le soutien du FMI et de la stabilité du système financier au sein du COMESA.
Banque mondiale, dans le cadre de la Facilité pour Ce plan d’action a ultérieurement été adopté par
la réduction de la pauvreté et pour la croissance le Conseil des ministres et est reproduit à la fin du
(FRPC) et quelques pays bénéficient de remise de la présent chapitre en Annexe 3.1.
dette dans le cadre de l’Initiative en faveur des pays
pauvres très endettés (PPTE). Dans tous les autres Les pays du COMESA ont à présent une expérience
cas, le manque de stabilité macroéconomique peut de coopération bien établie. Dans ce processus,
s’expliquer par des difficultés politiques et/ou une l’adhésion peut avoir été favorisée par l’absence
situation de sortie de conflit (Burundi, République d’un seul pays dominant qui pouvait dicter sa
démocratique du Congo, Érythrée, Seychelles et politique. Certains des membres se sont révélés plus
Zimbabwe). actifs pour faire avancer l’intégration commerciale,
économique et financière (l’Île Maurice) et ont
L’objectif à long terme du COMESA est de créer acquis une crédibilité internationale. Le Secrétariat
un marché unique pour les services financiers afin du COMESA a été relativement proactif pendant que
de soutenir l’intégration régionale. Les banques les membres du COMESA sont également occupés
autorisées à fonctionner dans un État membre à négocier un accord de partenariat économique
pourront exporter leurs services vers un autre État
membre du COMESA et auront aussi le droit d’établir 35 La participation à cette étude était loin d’être totale : seuls 14
membres ont répondu au questionnaire détaillé qui formait la base de
cette étude et ont laissé des sections sans réponse dans de nombreux
34 La fiabilité des chiffres pour les Seychelles n’est pas garantie. cas.
50 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

(APE) avec l’UE. Néanmoins, les progrès accomplis s’avérer adaptée, car elle peut permettre d’accélérer
vers la réalisation des critères de convergence et les l’intégration financière dans les pays qui sont prêts et
autres objectifs ont été parfois plus lents que prévu. outillés en conséquence, tout en aidant les autres à
Étant donné la grande disparité entre les pays et la mettre leurs systèmes à niveau en vue de les intégrer.
complexité des mesures à suivre, il n’est peut-être Une intégration réussie parmi les pays « en mesure
pas surprenant que les délais n’aient parfois pas d’accélérer » pourrait aussi encourager les autres
été respectés. Par exemple, la ZLE aurait dû être à accélérer la réforme de leurs propres systèmes
achevée en 2004, mais à la mi-2007, seuls 13 pays financiers.
l’avaient mise en œuvre en totalité. L’harmonisation
du secteur financier est également en retard par Le retard de l’action est favorisé par le manque
rapport au calendrier et les barrières non tarifaires d’exigences claires en matière d’information
causeraient encore, selon les dires, des problèmes financière et de mécanismes de mise en œuvre
non négligeables. efficaces. Le Secrétariat du COMESA devrait être
renforcé afin de pouvoir assurer vigoureusement le
3.3  Obstacles à l’intégration financière suivi quant aux exigences d’information financière.
régionale  Les membres pris individuellement devraient être
encouragés à ébaucher leurs propres plans d’action
Les grandes disparités existant entre les États membres assortis d’échéances, déterminant avec précision
du COMESA constituent un obstacle majeur, à comment ils envisagent de se conformer au plan
moyen terme, à la réalisation totale de l’IFR pour d’action du COMESA. Dès que pratiquement faisable,
tous les membres. Certains pays (Burundi, Éthiopie) les membres du COMESA devraient entreprendre
sont dotés de systèmes financiers moins perfectionnés des programmes d’évaluation du secteur financier
et de cadres de travail en matière de réglementation (PESF) et/ou des mises à jour de PESF, pour les aider
et de supervision moins développés. Ils ont encore à identifier les priorités à mettre en œuvre dans leurs
du chemin à parcourir, et en même temps possèdent plans d’action individuels. Les retards devraient être
moins de ressources pour mettre en œuvre les clairement communiqués au Conseil des ministres et
actions nécessaires. D’autres membres (République un mécanisme de mise en œuvre devrait être défini.
démocratique du Congo, Soudan et Zimbabwe) Le COMESA peut faire appel à la BAD pour qu’elle
sont freinés par des difficultés politiques chroniques. l’aide à renforcer ses activités de surveillance et de
D’autres doivent encore s’engager pleinement dans contrôle et adopte un rôle proactif dans l’organisation
un système ouvert et libéral, ce qui est une condition et la conduite de ces activités, analogue à celui joué
préalable à l’IFR. Entretemps, l’adoption de la par la Banque asiatique de développement pour ses
stratégie à vitesse variable du COMESA par les États pays membres.
membres, dans le cadre d’objectifs spécifiques, peut
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 51

Tableau 3.3
COMESA : les relations connexes
COMESA EAC SADC SACU UMA CEEAC
Burundi Burundi Burundi
Comores
Djibouti
Égypte
Érythrée
Éthiopie
Kenya Kenya
Libye Libye
Madagascar Madagascar
Malawi Malawi
Maurice Maurice
Ouganda Ouganda
République République République
démocratique du démocratique du démocratique du
Congo Congo Congo
Rwanda Rwanda
Seychelles
Soudan
Swaziland Swaziland Swaziland
Zambie Zambie
Zimbabwe Zimbabwe
Autres membres Tanzanie Afrique du Afrique du Sud, Algérie, Maroc, Angola, Cameroun,
Sud, Angola, Botswana, Lesotho, Mauritanie et Gabon, Guinée
Botswana, Lesotho, et Namibie Tunisie équatoriale,
Madagascar, République
Namibie et centrafricaine,
Tanzanie République du
Congo, São Tomé-
et-Principe, Tchad

Source : sites Web des organisations citées

L’intégration est également compliquée par les la EAC et la SADC ont établi des réunions régulières
adhésions multiples à divers groupes régionaux. Sur au plus haut niveau, auxquelles assistent leurs
les 19 membres du COMESA, 12 sont membres présidents, afin de discuter des affaires présentant
d’au moins deux groupes (voir Tableau 3.3) En un intérêt commun, notamment l’intégration du
plus d’être membres du COMESA, quatre États commerce, les unions douanières et le développement
sont également membres de la EAC, sept de la de l’infrastructure. L’intention est de former en fin de
SADC, un de la SACU, un de l’UMA et deux de la compte une intégration régionale plus large englobant
CEEAC. Le Burundi, la RDC et le Swaziland sont les trois CER. Ainsi, au cours de leur troisième réunion
membres de trois groupes distincts. Cependant, les fin 2006, elles se sont mises d’accord sur les domaines
adhésions multiples peuvent également contribuer d’harmonisation suivants : ZLE (élimination des
à forger l’harmonisation des normes et procédures tarifs douaniers, politique de concurrence et échanges
des différentes CER, pourvu qu’un pays membre des services), union douanière (NTC, évaluation en
commun accepte de prendre la tête de ce processus. douanes, libre circulation et partage des recettes,
fonds structurels pour résoudre les disparités dans le
Les membres du COMESA sont conscients de la développement économique des pays membres), etc.
possibilité de conflit pouvant naître d’une adhésion à Elles coopèrent aussi dans les négociations avec l’UE
des groupes multiples. Par conséquent, le COMESA, sur les accords de partenariat économique (APE).
52 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Néanmoins, les choses devraient atteindre leur 3.4  Structure du secteur financier du
paroxysme avec le lancement de l’union douanière COMESA
du COMESA, de l’union douanière de la EAC et,
plus tard, de l’union douanière de la SADC car, par Intensité des circuits financiers En général,
définition, chaque membre ne peut adhérer qu’à les secteurs financiers des pays du COMESA se
une seule union douanière. Selon les informations caractérisent par la dominance des banques, qui entre
obtenues, le tarif extérieur commun (TEC) de la elles contrôlent la plus grande partie du volume total
EAC est très proche, dans ses dispositions, du TEC des actifs financiers. Cependant, l’accès au marché
du COMESA. Il se peut donc que, avec quelques pour les institutions financières reste assez étroit, le
modifications mineures apportées aux tarifs, ces deux secteur des assurances est assez restreint, les marchés
unions douanières puissent fonctionner pendant la des valeurs mobilières n’existent que dans 9 pays
période intérimaire, si des règles d’origine strictes sont sur un total de 19, et ces derniers ne génèrent qu’un
appliquées. Cependant, à long terme, les membres financement relativement limité.
devront réfléchir à la manière de rationaliser les
adhésions car, comme le fait remarquer le rapport de la Reflétant les circonstances diverses des membres du
Banque mondiale (2007), le problème des adhésions COMESA, la taille de leurs secteurs bancaires varie
multiples va au-delà de son seul impact sur le TEC. énormément. La taille totale du système financier,
Outre les problèmes liés au commerce, le COMESA telle qu’indiquée par le ratio M2/PIB qui s’élevait
comme la SADC s’occupent de nombreux autres à 47 pour cent en moyenne entre 2005 et 2007,
problèmes, qu’il s’agisse de l’émission d’assurances est relativement restreinte. L’intensité des circuits
véhicule internationales, de l’harmonisation des financiers, mesuré par le ratio « crédit au secteur
réglementations bancaires, des systèmes de paiement privé / PIB », s’élevait en moyenne à seulement 21
régionaux, etc. pour cent au cours de cette même période, bien en-
dessous de la moyenne de l’Afrique subsaharienne
Les adhésions multiples imposent aussi des (ASS), notamment lorsque les ratios élevés de
fardeaux administratifs. Les fréquentes réunions l’Érythrée, Djibouti et des Seychelles ne sont pas pris
internationales et l’élaboration de multiples plans de en compte du fait de leurs circonstances particulières.
coordination mettent à contribution des ressources Ces moyennes masquent de grandes disparités entre
administratives déjà limitées, souvent en très les pays membres, allant d’un taux médiocre de
grandes proportions. Le retrait d’un groupe peut 10,4 % pour M2 et 2,9 % pour le crédit au secteur
par conséquent être un processus non seulement privé en RDC, à des taux élevés de 147,1 et 74,6
long mais aussi coûteux. En fait, les pays pourraient respectivement pour l’Île Maurice (voir Tableau
trouver plus pratique de fusionner les trois groupes 3.1). Les données issues d’une récente étude36 du FMI
en une seule région intégrée. suggèrent deux niveaux critiques pour le ratio crédit
au secteur privé / PIB : (i) la croissance du PIB est
Comme indiqué ci-dessus, à quelques exceptions influencée positivement (presque linéairement) par
près, les États membres du COMESA ont accompli la croissance du crédit au secteur privé, jusqu’à ce que
des progrès dans la réalisation de la stabilité le rapport atteigne la valeur d’environ 1,1, au-delà de
macroéconomique, ce qui est une condition préalable laquelle la corrélation s’affaiblit considérablement, et
à l’intégration régionale. Les sections ci-dessous (ii) la résilience et la flexibilité de l’économie restent
évaluent la structure actuelle du secteur financier, moindres (volatilité élevée de la production) jusqu’à
son développement institutionnel et structurel, le ce que le rapport crédit atteigne environ 0,4. En ce
stade d’intégration régionale atteint et les mesures qui concerne ces deux critères, l’intensité des circuits
supplémentaires devant être prises pour la réalisation financiers du COMESA est inférieure aux seuils
totale de l’IFR. La section finale analyse le rôle que
les partenaires au développement pourraient jouer
pour faire avancer ce processus. 36 A.Tahari et al., (2007) Financial Sector Reforms and Prospects
for Financial Integration in Maghreb Countries [Réformes du secteur
financier et perspectives pour l’intégration financière dans les pays du
Maghreb] ; FMI WP/07/125.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 53

critiques, bien que certains pays (Égypte, Maurice) relâché dans la plupart des pays, en reconnaissance
connaissent un développement plus important. du fait que, généralement, les entreprises publiques
ont tendance à être moins efficaces et connaissent
3.4.1  Le secteur bancaire davantage de difficultés pour assurer la qualité voulue
en matière de prêts.
Les systèmes bancaires au sein du COMESA, et plus
généralement en Afrique, ont fait l’objet de réformes Le secteur bancaire dans la plupart des pays
significatives au cours des dix dernières années. À membres du COMESA affiche des taux élevés de
quelques exceptions notables près (Érythrée, Éthiopie, capitalisation et de liquidité (Tableau 3.4). Seul un
Libye et Soudan), les systèmes bancaires révèlent une pays (Madagascar) a enregistré un niveau de fonds
forte présence de banques sous contrôle de capitaux propres inférieur à la recommandation de Bâle I de
étrangers, et les banques régionales commencent aussi 8 pour cent. De plus, la capitalisation a augmenté,
à s’implanter au-delà de leurs frontières. Bien que les conformément aux projets de réformes bancaires d’un
conditions diffèrent grandement entre les pays, en certain nombre de pays. La rentabilité, mesurée par
règle générale, des efforts concertés ont été fournis les chiffres agrégés de rendement de l’actif (ROA)
afin de renforcer la solidité des systèmes bancaires, en et de rendement des capitaux propres (ROE), est
liquidant et/ou restructurant les banques en difficulté en générale assez élevée (plus de 50 pour cent en
et en renforçant la réglementation et la supervision République démocratique du Congo, à Djibouti et
bancaires. Par conséquent, les prêts non productifs au Zimbabwe), reflétant ce que certains perçoivent
(PNP) ont été réduits et la rentabilité s’est accrue. comme des marges de taux d’intérêt, des frais et des
Parallèlement, le contrôle étatique des banques a été commissions élevés.

Tableau 3.4
COMESA : solidité bancaire, 2005 (%)

Frais
Capitaux /
Pays du COMESA PNP ROA ROE généraux /
Actifs Actifs
Burundi … 20,1 … ... 6,7
Comores … … … … …
Djibouti 17,4 21,4 1,9 52,4 …
Égypte 15,1 24,7 0,6 17,4 2,0
Érythrée … … … … …
Éthiopie 11,4 1,4 2,8 41,1 1,0
Kenya 16,5 10,3 3,2 28,6 6,2
Libye 118,2 … … … 1,6
Madagascar 6,2 10,1 … … 3,7
Malawi 22,5 4,0 … … 11,1
Maurice 15,8 3,0 1,9 21,1 1,9
Ouganda 16,5 2,9 3,4 … 10,0
République démocratique du 10,5 3,0 2,7 51,6 10,2
Congo
Rwanda 15,0 34,1 1,8 23,9 8,6
Seychelles … … … … …
Soudan 19,7 19,4 3,6 35,4 4,7
Swaziland 20,0 4,0 6,0 52,0 7,5
Zambie 20,4 11,3 5,1 30,6 9,6
Zimbabwe 10,8 9,0 13,4 78,7 14,3

Source : données du FMI et de la Banque mondiale


54 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

En dépit d’un nombre substantiel de banques niveaux relativement élevés d’exigences de réserves
opérant dans la plupart des pays, les données non rémunérées jouent également le rôle d’impôt
laisseraient entrevoir un manque de concurrence implicite et augmentent encore le coût des affaires.
effectif, un nombre relativement restreint de grandes
banques faisant office de fixeurs de prix et les plus Pour essayer de faire baisser les coûts des services
petites banques étant dans l’incapacité de jouer de financiers et de renforcer la concurrence, la plupart
la concurrence du fait des coûts élevés et de leur des pays ont ouvert l’accès à leurs marchés financiers.
petite taille. Cependant, les banques soulignent que De plus, du fait des efforts de privatisation, le contrôle
les frais et commission reflètent le coût élevé de la des banques par des capitaux étrangers s’accroît. Il
conduite des affaires dans l’espace COMESA (et existe une grande disparité dans lea structure du
en Afrique plus généralement). De fait, l’activité secteur bancaire entre les États membres, et dans la
bancaire en Afrique apparaît foncièrement plus plupart des cas, il y a aussi une assez forte présence
risquée en raison du manque d’informations, de la bancaire nationale (cf. Tableau 3.5). Dans trois pays,
vulnérabilité des clients aux chocs exogènes et de 100 pour cent du système bancaire sont contrôlés
la faiblesse des systèmes judiciaires. En conséquence par des capitaux étrangers (Comores, Djibouti et
(mais aussi par suite de mauvaises décisions en Madagascar). À l’exception de trois autres pays
matière de prêt prises par les banques publiques en (Érythrée, Éthiopie et Libye), tous les pays ont une
particulier), les systèmes bancaires affichent encore filiale d’au moins un grand groupe bancaire étranger
des taux très élevés de prêts non productifs (PNP), ce (voir Tableau 3.6).
qui ajoute au coût du provisionnement des prêts. Des

Tableau 3.5
COMESA : structure du secteur bancaire, 2005
Actifs Nombre total Nombre Nombre de % d’actifs
en millions de des banques de banques banques contrôlés
dollars USD publiques étrangères par des capitaux
étrangers

Burundi 364,9 8 … 2 20,0%


Comores 56,8 1 0 1 100,0%
Djibouti 592,9 4 0 4 100,0%
Égypte 117 332,0 43 7 20 23,8%
Érythrée 1 237,2 3 3 0 0,0%
Éthiopie 8 730,6 9 2 0 0,0%
Kenya 8 581,8 49 3 3 4,0%
Libye 25 019,8 9 8 0 0,0%
Madagascar 1 016,5 6 0 6 100,0%
Malawi 680,6 9 1 5 53,8%
Maurice 15 416,5 18 … 66,6%
Ouganda 2 040,7 15 … 11 73,3%
République démocratique du Congo 494,1 11 2 9 …
Rwanda 233,1 6 2 2 37,5%
Seychelles 1 089,2 6 ... 3 50,0%
Soudan 6 036,7 21 10 1 7,6%
Swaziland … 5 2 3 82,0%
Zambie 1 691,4 13 1 … 63,5%
Zimbabwe 3 259,9 14 2 3 12,9%

Source : données provenant du Secrétariat du COMESA et des publications du FMI


Remarque : Les points de suspension (...) indiquent que les données ne sont pas disponibles.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 55

Un constat vaut pour tous les membres du COMESA aux services bancaires de détail. Par exemple, la
(et pour l’Afrique en général) : le faible accès aux banque Barclays, qui avait précédemment réduit
services bancaires. Certaines estimations (Honoran son réseau de succursales en Zambie, a changé sa
et Beck, 2007) placent le taux d’accès au système stratégie d’entreprise et est actuellement en train
bancaire officiel en ASS à moins de 20 pour cent de développer son réseau, y compris par le biais
de la population. Selon une étude détaillée de 2006 d’opérations bancaires mobiles. La banque Equity au
sur l’accès financier au Kenya, 26,4 pour cent de Kenya a adopté un modèle d’entreprise axé sur une
la population avait accès aux services financiers clientèle bas de gamme et implante actuellement
officiels, 35,2 pour cent aux services financiers des succursales en Ouganda. D’autres banques se
officieux et 38,4 pour cent n’avait pas du tout accès concentrent sur l’élargissement de leur réseau de
aux services financiers. Cependant, selon des sources succursales. Cette tendance se voit également par
non confirmées, les banques commenceraient à l’augmentation des octrois de crédits privés dans
s’orienter davantage vers l’élargissement de l’accès plusieurs pays de la région.

Tableau 3.6
COMESA : représentation des banques internationales majeures, 2007
Barclays Belgolaise BNP Paribas Citibank Stanbic Stanchart
(Afrique du
(Royaume-Uni) (Belgique) (France) (États-Unis) (Royaume-Uni)
Sud)
Burundi X
Comores X
Djibouti
Égypte X X
Érythrée
Éthiopie
Kenya X X X X
Libye
Madagascar X
Malawi X
Maurice X X X
Ouganda X X X X
République
démocratique du X X
Congo
Rwanda X
Seychelles X
Soudan
Swaziland X
Zambie X X X X
Zimbabwe X X X

Source : Sites Web des banques commerciales

Institutions de microfinance De nombreux convenue au niveau international pour le modèle de


pays du COMESA ont également enregistré une gouvernance et d’entreprise le plus performant, et les
augmentation du nombre et des activités des résultats peuvent varier grandement en fonction des
institutions de microfinance (IMF). Il s’agit d’un disparités entre les pays. La réglementation des IMF
développement bienvenu car il apporte une source de varie beaucoup également entre les États membres
financement potentielle pour les petites et moyennes du COMESA, et, dans certains cas, n’est pas stipulée
entreprises (PME). Les IMF se présentent sous des dans des textes de loi (République démocratique
formes diverses, bénéficiant parfois de financement du Congo, Comores). Il est également inquiétant
de la part de donateurs. Il n’existe aucune norme que certaines IMF facturent des taux d’intérêt très
56 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

élevés, qui, dans certains cas, s’établiraient à plus La Compagnie pour le développement de
de 100 pour cent par an. Avec la prolifération de l’infrastructure du COMESA Dans le cadre de la
nouvelles IMF, il serait souhaitable de définir des libéralisation de leurs économies, les pays membres
réglementations à l’échelle du COMESA en ce qui du COMESA ont décidé d’établir une compagnie
concerne l’octroi de leur licence et leur supervision. pour le développement de l’infrastructure régionale
Dans ce contexte, il faudrait examiner si un du secteur privé à participation majoritaire.
renforcement des exigences de transparence sera Cette compagnie vise à promouvoir l’intégration
suffisant pour résoudre le problème des taux d’intérêt régionale en finançant le développement de projets
et frais très élevés, ou si les pays devront envisager d’infrastructure au niveau régional. Elle disposera
d’autres mesures (accroissement de la concurrence, d’un capital d’un milliard de dollars USD, bien que
éducation de la clientèle, etc). le capital libéré serait initialement beaucoup plus
restreint. Le fonds du COMESA investira dans le
La Banque de la ZEP La Banque de commerce et capital de cette compagnie les contributions « de
de développement de l’Afrique orientale et australe base » (autour de 30 millions de dollars USD)
(Banque de la ZEP) a été créée en 1985 en tant que qu’elle reçoit de ses États membres. La compagnie
bras financier de l’organisme d’intégration. Son fonctionnera sur une base strictement commerciale
objectif est de fournir à la région des capitaux destinés et exploitera les marchés des capitaux pour les projets
au développement, mobilisés principalement sur d’infrastructure régionaux, grâce à un mécanisme de
les marchés internationaux. La Banque de la ZEP fonds commun de créances (FCC) et de partenariats
apporte deux types de financement : financement public-privé (PPP). Le COMESA espère diffuser le
du commerce et financement de projets. Dans le prospectus de la compagnie dans un futur proche
cas du financement de projets, elle se concentre sur et explorera avec des investisseurs privés potentiels
l’agroalimentaire, l’infrastructure, les transports, leur participation dans les capitaux propres de la
les communications, la microfinance, les industries compagnie. La compagnie cherchera aussi des fonds
extractives, l’industrie des services et le tourisme. du côté des investisseurs locaux. Cette proposition de
La Banque de la ZEP privilégie les projets orientés compagnie a suscité l’intérêt des BDM (banques de
vers l’exportation et à vocation régionale. En ce qui développement multilatérales), y compris la Banque
concerne le financement du commerce, elle soutient mondiale et la Banque africaine de développement.
les activités qui favorisent le développement
économique et social de la région, en se concentrant 3.4.2  Les marchés boursiers
notamment sur les produits pétrochimiques, les
produits agricoles, les minerais et les matières Neuf des 19 membres du COMESA ont établi des
premières d’importance critique. Depuis sa création, marchés boursiers. À une exception notable près
la Banque de la ZEP a apporté un financement total (l’Égypte), ces Bourses se caractérisent généralement
de 2,5 milliards de dollars USD, dont 15 pour cent a par un nombre relativement limité de sociétés
été injecté dans le développement de l’infrastructure, cotées en Bourse, peu de participants sur le marché,
22 pour cent dans le secteur bancaire et financier, 7 une faible capitalisation et un volume d’échanges
pour cent dans le secteur du tourisme et 66 pour cent restreint (cf. Tableau 3.7). Plusieurs facteurs
dans d’autres secteurs. Elle apporte son soutien de contribuent à l’image décrite ci-dessus. Honohan et
manières diverses, notamment par le biais de prêts, de Beck (2007) font tout d’abord remarquer le faible
lignes de crédit et de garanties, et ses produits de prêt niveau d’activité économique, ce qui fait qu’il est
comprennent des lettres de crédit, des prêts avant- difficile d’atteindre une masse critique, et ensuite
expédition et après-expédition, des prêts syndiqués, l’état des comptes des entreprises et leur rentabilité
le financement de matériel d’équipement et les médiocre. Ils soulignent également que plusieurs
effets escomptés. La plupart des pays de la région bourses africaines ont été créées principalement sous
ont bénéficié de prêts de la Banque de la ZEP, la l’effet d’influences externes (en partie politiques)
Tanzanie ayant reçu 25 pour cent, alors que le Kenya, plutôt que sous celui d’une demande perçue sur le
l’Ouganda et la Zambie ont bénéficié chacun de plus marché. Un facteur associé concerne la demande
de 10 pour cent des approbations totales de prêts. relativement faible de la part des investisseurs
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 57

institutionnels, car les fonds de pension privés et les portefeuilles est assujettie à des limitations statutaires
compagnies d’assurances n’ont pas encore constitué qui restreignent leur investissement dans le capital-
un capital social important et la composition de leurs actions.

Tableau 3.7
COMESA : marchés boursiers, 2005
Nombre Nombre Capitalisation Valeurs Chiffre
Nombre
Pays membre de sociétés d’obligations boursière échangées d’affaires
de courtiers
cotées en bourse cotées en bourse (% du PIB) (% du PIB) %
Égypte 603 … … 87,0 44,2 55,2
Kenya 47 … 20 26,1 2,1 7,9
Malawi 10 0 2 9,2 1,3 14,1
Maurice 41 1 32 36,0 1,6 4,4
Ouganda 5 2 7 1,4 0,0 0,2
Soudan 49 10 27 2,5 0,4 16,3
Swaziland 6 5 3 8,3 0,0 0,0
Zambie 13 22 3 8,0 0,1 1,5
Zimbabwe 79 0 37 41,3 2,9 7,0
Sources : Honohan et Beck (2007) et Secrétariat du COMESA

Il existe cependant des signes d’une renaissance La plupart des observateurs s’accordent sur le fait que
potentielle de quelques marchés boursiers. La Bourse les marchés boursiers africains sont trop restreints
de la Zambie a attiré deux nouvelles valeurs en 2006, individuellement pour garantir efficacité et liquidité ;
contribuant à une augmentation de 46 pour cent de par conséquent, ils se prononcent en faveur d’une
ses capitaux cette année-là. Puis, en 2007, l’une des intégration de ces marchés. Cet argument semblerait
petites banques nationales zambiennes a été cotée. La être conforté par la tendance des marchés boursiers
Bourse du Kenya affiche également des signes positifs européens à une intégration tirée par le marché. En
de croissance du capital d’investissement ; par exemple effet, étant donné le petit nombre d’actions cotées
une récente introduction sur le marché (Safaricom) et les coûts fixes inhérents à l’établissement et au
a été largement sursouscrite. Une caractéristique fonctionnement des marchés boursiers, les coûts
intéressante de cette offre a été que, bien que 65 pour d’introduction en Bourse sont relativement élevés en
cent des acceptations aient été réservés aux sociétés Afrique. Cette remarque a été citée comme facteur
« locales » et 35 pour cent aux sociétés étrangères, la contribuant au nombre restreint de sociétés cotées en
définition de sociétés locales englobait les sociétés de Bourse. L’objectif ultime devrait donc être d’unifier
tous les pays membres de la EAC. La sursouscription les marchés boursiers du COMESA, bien que cette
n’était pas confinée aux offres locales mais incluait tâche puisse s’avérer compliquée, étant donné les
aussi des investisseurs étrangers. Cela amène à deux préoccupations de certains quant à la perception
conclusions : i) le problème ne réside pas dans une d’une perte de « souveraineté ».38 Entre temps, les
pénurie de capitaux dans la région, mais plutôt dans efforts devraient se concentrer sur l’élimination
le manque de produits dans lesquels investir, et ii) des des barrières rencontrées par les investissements
marchés boursiers performants attireront toujours des interrégionaux et sur la facilitation des cotations
investisseurs étrangers. Étant donné la dépendance croisées (voir Encadré 3.1).
excessive de l’Afrique vis-à-vis de l’épargne étrangère
pour financer les investissements, cet état de fait
indiquerait la nécessité de donner la priorité aux pays l’intégration régionale des marchés boursiers.
africains dans le développement de leurs marchés des 38 L’étude de la Banque mondiale sur le marché des capitaux de la EAC
capitaux dès le début de leurs réformes financières.37 mentionnée ci-dessus s’interroge pour savoir si : « pour obtenir l’échelle
exigée, un marché boursier devrait inclure la Bourse de Johannesburg.
[...] Dans le passé, les pays de la SADC et de la EAC ont résisté à des
37 Cette recommandation va à l’encontre des conclusions de Hooper propositions d’intégration régionale de leurs marchés boursiers dans
(2002), reprises dans l’étude de la Banque mondiale sus-mentionnée, laquelle la JSA jouerait un rôle prédominant pour des raisons culturelles et
selon lesquelles l’Afrique est le candidat le moins probable pour historiques et aussi par souci de voir s’échapper des capitaux potentiels.
58 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Encadré 3.1 : Coopération de la EAC pour un marché boursier commun

Les membres de la EAC, dont la plupart sont aussi membres du COMESA, sont relativement avancés en
ce qui concerne la coordination des réglementations des marchés boursiers et l’établissement d’une Bourse
commune. Ils ont mis en place une Autorité de réglementation boursière des États membres de l’Afrique
de l’Est afin de servir d’organisme de coordination dans la coopération et l’intégration des marchés des
capitaux. Une libéralisation partielle des comptes de capitaux a été mise en œuvre et la cotation croisée
a été encouragée. En novembre 2006, la Bourse ougandaise et la Bourse de Nairobi ont signé un accord
pour faire des cotations croisées de plus 35 sociétés de premier ordre et fusionner dans un délai de deux ans.
Cependant, des considérations liées au coût semblent avoir empêché plusieurs sociétés de profiter de cette
offre de cotation croisée.

La SADC, dont six des membres sont également du COMESA (voir Annexe 3.1), et la suppression
membres du COMESA, est en train d’explorer une préalable de ces contrôles est très souhaitable.
forme intéressante de coopération afin d’accroître
l’échelle des activités des marchés des capitaux. Honoran et Beck (2007) posent la question de
L’intention est de relier entre eux les marchés boursiers savoir si les normes internationales (IOSCO) sur les
de la SADC grâce à un système « hub and spokes », réglementations des marchés des capitaux sont trop
c’est à dire une organisation de réseaux polarisée « strictes » et coûteuses pour les marchés boursiers
autour d’un point central unique.39 Un courtier dans africains. Ils suggèrent qu’une réglementation moins
un pays aurait un accès sur écran en temps réel des stricte pourrait être potentiellement mieux adaptée
transactions sur le réseau de marchés boursiers. Le aux conditions africaines. Dans ce contexte, il est
courtier devrait soit être local ou bien avoir un accord intéressant de remarquer que la Bourse zambienne
avec un courtier local, car les marchés boursiers ne étudie la mise en place d’un « second » conseil
reconnaissent que les opérateurs nationaux. Le d’administration, similaire à certains déjà existants
COMESA devrait explorer la performance de ce dans les économies avancées. Ce second conseil
système et pourrait éventuellement s’y associer. d’administration aurait des exigences moins
onéreuses en termes de gouvernement d’entreprise
Une mise en réseau efficace des marchés boursiers et d’obligation d’information sur les nouvelles
nationaux implique la libéralisation interrégionale introductions en Bourse ainsi que sur les frais de
des contrôles des transactions de capitaux, car ces cotation. La Bourse de Nairobi a déjà établi un second
derniers constituent un handicap à l’intégration conseil d’administration et l’Égypte envisage aussi
des marchés des capitaux. Sur les 14 pays qui ont de le faire. Cette approche nécessite un examen plus
répondu au questionnaire du COMESA, 10 des approfondi par les pays du COMESA et il pourrait
19 pays membres exercent un certain contrôle des s’avérer utile d’établir des accords communs sur les
transactions de capitaux (Tableau 3.8). Ces contrôles exigences de cotation dans les pays du COMESA.
devront être éliminés, au moins en ce qui concerne
les flux internes au COMESA, afin de permettre En étudiant les possibles mises en réseau des
l’établissement d’un marché des capitaux unique au marchés boursiers nationaux, le COMESA pourrait
sein du COMESA. Cette initiative est considérée à également souhaiter explorer l’introduction de
juste titre comme une priorité dans le plan d’action produits de marché de capitaux au niveau régional,
tels que l’émission d’obligations régionales. Un
39 Cette option vient s’ajouter aux trois alternatives mentionnées exemple typique pourrait être celui du financement à
dans l’étude de la Banque mondiale ; à savoir (i) établir un système
de règlement et de compensation pour les transactions de titres sur les rechercher par la compagnie pour le développement
plateformes d’échange nationales ; (ii) les marchés boursiers nationaux de l’infrastructure régionale du COMESA,
forment une plateforme électronique unique et (iii) un système de
règlement et de compensation sur des portails spécialisés situés dans des actuellement en cours de création. Elle pourrait
pays individuels ; renforcement de la Bourse la plus performante de la émettre des obligations pour le développement
région et la fusionner avec les autres marchés boursiers afin de former un
marché unique. de l’infrastructure qui seraient souscrites par les
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 59

habitants des pays membres du COMESA. Le souscriptions à des offres publiques initiales (OPI)
financement proposé des projets individuels par le locales sur les marchés nationaux est réservée aux
biais des mécanismes PPP et FCC contribuerait aussi « ressortissants nationaux », cette mesure pourrait
au développement des produits d’investissement au être élargie pour inclure les ressortissants de tous les
niveau régional. D’autre part, comme c’est déjà le cas pays membres du COMESA.
dans la EAC, si une partie ou bien l’intégralité des

Tableau 3.8
COMESA : contrôles des transactions

Contrôles des transactions sur Contrôles des transactions sur


Membre du COMESA Contrôles des transactions
le compte courant le compte de capital
Burundi X X
Égypte
Érythrée X
Éthiopie X X X
Madagascar X X
Malawi X X X
Maurice X X X
Ouganda
Rwanda X X
Seychelles X
Soudan X X
Swaziland
Zambie
Zimbabwe X X X

Source : rapport du COMESA


Légende : X = des contrôles des transactions sont en place

3.4.3  Institutions financières non bancaires, Zimbabwe ont un nombre important de compagnies
fonds de pension et assurances d’assurances (20 ou plus), alors que d’autres pays
en comportent chacune 10 ou moins. Ce n’est
Le Tableau 3.9 fournit des données relatives aux qu’au Kenya et à l’Île Maurice que ces compagnies
fonds de pension, compagnies d’assurances et autres d’assurances contrôlent une proportion importante
institutions financières non bancaires (IFNB), en se (11,7 et 8,2 pour cent respectivement) de la totalité
basant sur les informations (limitées) collectées par le des actifs financiers et du PIB (18,1 et 6,8 pour cent
COMESA et d’autres sources. En général, le secteur respectivement), en se basant sur des chiffres de 2004
des assurances au sein du COMESA est encore très (voir Tableau 3.9). En Égypte, par ailleurs, les actifs
restreint et le sous-secteur de l’assurance vie, en financiers contrôlés par les compagnies d’assurances
particulier, est fortement sous-développé. Sur les 19 s’élevaient à moins de 3 pour cent de la totalité des
pays membres, l’Égypte, l’Île Maurice, l’Ouganda et le actifs financiers et du PIB.
60 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Tableau 3.9
COMESA : structure des institutions financières non bancaires, 2004
COMPAGNIES
FONDS DE RETRAITE AUTRES IFNB
D’ASSURANCES
Membre du Actifs en % des Actifs en % des Actifs en % des
COMESA Totalité Totalité Totalité
Nbre Nbre Nbre
des actifs PIB des actifs PIB des actifs PIB
financiers financiers financiers
Égypte 31 2,2 2,9 … … … … … …
Éthiopie 8 1,5 1,4 1 1,5 1,4 1 050 3,0 2,9
Kenya 44 8,2 6,8 781 … 13,2 2 689 15,0 12,6
Maurice 24 11,7 18,1 1 007 18,9 29,3 275 7,6 11,8
Ouganda 19 … 0,8 2 … 2,5 83 … 0,3
République
démocratique du 1 … 0,5 1 … 0,4 32 … 1,3
Congo (RDC)
Rwanda 4 4,3 1,5 1 20,6 7,1 5 7,1 2,4
Seychelles 2 2,1 3,4 1 5,0 8,3 3 5,8 9,6
Zambie 8 3,5 1,6 190 16,7 7,0 42 23,1 9,7
Zimbabwe 23 3,6 4,1 28 2,0 2,3 171 10,2 11,4

Sources : Anne Marie Gulde et al., Afrique subsaharienne : défis rencontrés par le secteur financier, FMI (2006) ; et autres
données publiées par le FMI

L’accumulation d’actifs par le biais des fonds de une grande partie de son infrastructure a été mal
pension est relativement limitée dans la région du gérée. »
COMESA. Bien qu’il existe quelques fonds de
pension privés, ces derniers sont assez restreints. 3.5  Bilan de l’infrastructure financière de
Le secteur public domine le secteur des fonds de soutien
pension et les systèmes de retraites sont fréquemment
auto-financés (Rwanda) et soutiennent le budget 3.5.1  Supervision et réglementation du
soit directement, soit par l’acquisition de titres secteur bancaire
d’État. Le Kenya et l’Île Maurice semblent avoir
un nombre important de fonds de pension, avec Des systèmes de supervision et de réglementation
des actifs financiers équivalents à plus de 13 et 29 efficaces et indépendants sont essentiels pour
pour cent de leur PIB respectivement. Cependant, atteindre et maintenir la stabilité du système
en termes de pourcentage de la totalité des actifs financier, alors que des normes rigoureuses
financiers contrôlés par des fonds de pension, le seul d’information financière améliorent la transparence
fonds de retraite du Rwanda contrôle près de 21 des institutions financières et inspirent confiance
pour cent des actifs, comparés à 19 pour cent pour quant à la solvabilité du système.
l’Île Maurice. Peu d’informations sont disponibles
sur la durabilité financière de ces fonds, bien qu’il La supervision et la réglementation bancaires varient
semble que certains connaissent une situation selon les pays membres. Des épisodes de difficultés
difficile. Ainsi, une étude sur le fonds de pension bancaires dans les années 90 et le début des années
de la République démocratique du Congo remarque : 2000 ont fait prendre conscience de la nécessité de
« L’Institut National de Sécurité Sociale (INSS) est renforcer la supervision, et la plupart des membres
aussi confronté à de sérieuses difficultés. L’INSS est du COMESA se sont engagés à renforcer les
dans l’incapacité de collecter les primes dont elle a capacités dans ce domaine, certains avec le soutien
besoin pour payer les demandes du fait de l’ampleur de donateurs. En 2003, un accord a été conclu sur un
importante de l’économie parallèle et du nombre cadre d’harmonisation de la supervision bancaire qui
d’entreprises publiques en grande difficulté. De plus, permettrait d’établir une réglementation bancaire
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 61

harmonisée dans l’ensemble du COMESA. Les contrôle et d’application, est souhaitable. En même
données ne sont pas disponibles pour permettre une temps, les membres pourraient envisager une approche
évaluation du progrès général à cet égard ; une étude flexible en établissant des autorités de supervision
menée par le Secrétariat du COMESA en 2006 régionales intégrées, si cette mesure est considérée
n’a suscité les réponses que de sept pays membres comme efficace et économique. Un soin particulier
et ce fait donne à penser que toutes les normes doit être apporté pour garantir qu’un tel organisme de
d’harmonisation n’avaient pas été mises en œuvre. supervision régionale ne deviendra pas simplement
une autre couche bureaucratique ; ou, autrement dit,
Des éléments d’appréciation tirés de publications il doit pouvoir jouir d’une indépendance garantie et
du FMI incitent aussi à la même conclusion et disposer de l’autorité nécessaire pour fonctionner.
soulignent la nécessité de poursuivre le renforcement
des capacités dans ce domaine. En particulier, une Les Principes fondamentaux de Bâle représentent les
supervision du risque et une supervision consolidée normes acceptées au niveau international, et le point
doivent encore être introduites dans la plupart des de référence, pour juger l’efficacité de la supervision
pays membres (seuls l’Île Maurice et le Zimbabwe et de la réglementation bancaires. Le rapport de
exercent une supervision consolidée) et la qualité 2003 sur la supervision bancaire avait conclu que
de contrôle et d’application des réglementations de nombreux pays membres souffraient de diverses
existantes doit être renforcée. Néanmoins, le carences à cet égard. Les problèmes rencontrés dans
chemin à parcourir est bien défini par le Dispositif la mise en œuvre des 25 Principes fondamentaux de
du COMESA et la qualité de la supervision bancaire Bâle comprennent : des cadres législatifs inadéquats,
dans la majorité des pays membres semble adéquate. des ressources humaines et technologiques
Il est ressorti de discussions avec les banques de l’Île inadaptées, une pénurie de personnel de supervision
Maurice, du Kenya et de la Zambie que la supervision qualifié et un manque de politiques et de procédures
bancaire fonctionnait correctement dans ces pays. appropriées pour mettre en œuvre efficacement des
Les banques accueilleraient favorablement des inspections internes et externes. Ce rapport de 2003
progrès supplémentaires vers l’harmonisation au sein fait plusieurs recommandations sous la forme d’un
du COMESA, notamment une standardisation des dispositif et d’un plan d’action visant à améliorer
exigences d’information financière, qui diffèrent la supervision bancaire. Bien que des informations
sensiblement d’une banque centrale à une autre. complètes et récentes sur le respect de ces principes
dans chaque État membre du COMESA ne soient pas
Une mise en œuvre complète du Dispositif du disponibles, le rapport de 2007 sur l’harmonisation
COMESA est entravée par un manque de capacité, efficace du développement du système financier
humaine et matérielle, dans de nombreux pays. La et de la stabilité financière (DSFS) indique que
contrainte de capacité constitue un vrai problème certains progrès ont été accomplis pour améliorer la
qui militerait en faveur de l’investissement de supervision bancaire. Ainsi, les résultats ont montré
ressources limitées dans un superviseur régional. que la plupart des membres respectaient entièrement
Certains groupes régionaux africains ont adopté ou en grande partie au moins 16 des Principes
cette approche. Cependant, le COMESA a choisi fondamentaux de Bâle. Six pays respectaient dans
d’encourager la coordination et l’harmonisation une large mesure les 25 Principes fondamentaux.
des normes, mais elle manque d’un mécanisme de
suivi efficace pour la mise en application. Les pays 3.5.2  Supervision et réglementation du
de la EAC, dont certains sont également membres secteur non bancaire
du COMESA, ont adopté une position un peu plus
proactive en matière de coordination. Il semblerait De manière générale, la réglementation et la
que le COMESA soit trop vaste et ses membres supervision du secteur des assurances, ainsi que des
trop variés pour préconiser de manière réaliste la fonds de pension, sont moins strictes que dans le
mise en place d’une autorité de supervision bancaire secteur bancaire et, dans de nombreux pays, le cadre
commune. Cependant, un engagement plus ferme juridique et réglementaire doit être renforcé. Dans
envers la coordination, avec un vrai mécanisme de certains cas, le secteur des assurances est encore
62 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

réglementé par le ministère des Finances (Seychelles) systèmes juridiques qui soutenant convenablement
plutôt que par une autorité de réglementation la force exécutoire des transactions et le caractère
indépendante. Dans certains pays, l’État détient un définitif du règlement, sont en place dans sept
monopole sur le secteur des assurances (Érythrée, pays. Seuls cinq pays disposent d’un dispositif pour
RDC) ou joue un rôle dominant (Égypte). Une compenser les arrangements et le prêt de titres.
récente étude sur le secteur des assurances en Dans certains pays, des dispositions légales doivent
République démocratique du Congo remarque : être mises en place pour renforcer l’indépendance
« La compagnie publique Société Nationale des autorités de supervision. Le rapport de 2007
d’Assurances (SONAS), qui détient un monopole sur le développement du système financier souligne
sur le marché des assurances, est confrontée à des également la nécessité d’harmoniser des lois bancaires
difficultés financières. La restructuration du secteur fragmentées dans certains pays membres.
et l’ouverture à la concurrence sont essentielles pour
améliorer la disponibilité des produits d’assurances à Comme il a été souligné plus haut, jusqu’à présent,
un prix raisonnable. » les autorités de supervision ne jouissent que d’une
indépendance limitée. Cela signifie qu’elles
Des secteurs des assurances et de fonds de pension plus manquent parfois de moyens pour prendre une mesure
solides aideront les marchés des capitaux et l’économie corrective rapide en cas de nécessité, notamment
en mettant à disposition des fonds d’investissement à lorsqu’une banque publique rencontre des difficultés.
long terme accrus. Il est donc important pour les pays Par conséquent, les banques fragiles sont restées dans
membres de : (i) renforcer le cadre réglementaire le système pendant trop longtemps. Une situation
et la supervision des compagnies d’assurances et similaire se produira probablement dans les secteurs
(ii) réformer les fonds de pension pour garantir des assurances et des fonds de pension, bien que les
leur solidité. Ces secteurs peuvent bénéficier d’une difficultés puissent s’y dissimuler pour encore très
ouverture des frontières pour permettre de meilleures longtemps. Comme le rapport de la Banque mondiale
économies d’échelle. Mais à court terme, l’attention l’a fait remarquer dans le cas de la EAC, les problèmes
devrait sûrement se porter sur le renforcement de la juridiques nationaux doivent être résolus en premier,
réglementation et de la supervision dans les pays pris avant que tout progrès notable puisse être accompli
individuellement, si nécessaire en établissant des dans le sens de la régionalisation.
autorités de réglementation indépendantes.
L’efficacité des réglementations du secteur financier
3.5.3  Cadre réglementaire juridique pour le ne peut être qu’à l’image de celle du corpus plus large
secteur financier de lois et de réglements qui soutient les transactions
commerciales. Les commentateurs conviennent
La plupart des pays du COMESA sont déjà dotés généralement que des droits de propriété fragiles
de cadres réglementaires juridiques appropriés, mais et une exécution médiocre des contrats entravent
certains aspects doivent être renforcés, notamment l’activité du marché financier. L’une des raisons
en ce qui concerne l’efficacité de leur mise en œuvre. expliquant l’hésitation des banques à prêter résulte
En général, des banques centrales et des lois régissant des difficultés à obtenir des garanties financières et
le secteur bancaire sont en place. Dans 12 pays de à saisir les actifs en cas de défaut de paiement. Des
la région, les banques centrales ne réglementent lacunes dans les systèmes judiciaires des pays du
que le secteur bancaire ; en Éthiopie, la banque COMESA, y compris le manque d’indépendance,
centrale réglemente tout le secteur financier viennent s’ajouter aux difficultés de mise en
bancaire et non bancaire ; alors qu’à Madagascar, application.
le Comité de supervision des secteurs financier et
bancaire réglemente le secteur bancaire, le secteur Le cadre juridique régissant le secteur financier non
de la microfinance et le Bureau de Change. Le bancaire doit également être renforcé dans plusieurs
système national des règlements et des paiements est pays. Dans certains cas, des lois-cadre doivent être
réglementé par la banque centrale dans huit pays et mises en place pour les secteurs des assurances et
par le ministère des Finances dans les autres pays. Des des fonds de pension; dans d’autres, l’indépendance
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 63

des autorités de supervision doit être renforcée ; change. L’Île Maurice était le pays le plus performant,
et en général, les pratiques de réglementation et avec des règlements le jour même dans tous les cas,
de supervision doivent être révisées. L’adoption alors que le Zimbabwe était le moins performant,
de la législation nécessaire peut, cependant, être avec des délais de règlement à T+7. Bien que les
un processus très long. Par exemple, dans le cas du systèmes de compensation de chèques fonctionnent
Swaziland, le vote de trois textes de lois importants généralement de manière efficace, dans quelques cas,
serait encore en cours : la loi sur les titres (1993), le règlement est très lent (jusqu’à 30 jours dans le cas
visant à développer le marché boursier ; la loi sur de la République démocratique du Congo).
les services financiers et l’autorité de régulation
(FRA 2003), visant à consolider la supervision et Comme dans d’autres pays africains, les PME
la réglementation des institutions financières non connaissent des coûts élevés et des retards importants
bancaires, y compris les coopératives d’épargne et de pour les transferts et conversions de devises. Par
crédit (CEC), les assurances et les fonds de pension ; exemple, à l’aéroport en Zambie, les banques et
et la loi nationale sur les systèmes de règlement et de bureaux de change facturent des commissions allant
compensation (NCSS, 204). jusqu’à 20 pour cent ; des frais de commission tout
aussi élevés sont également fréquents à Lusaka
3.5.4  Systèmes de règlement et de paiement même. Il est nécessaire de développer des systèmes
de paiement orientés vers des coûts faibles et les
Alors que la plupart des pays du COMESA disposent besoins d’accessibilité, y compris l’établissement
de systèmes de paiement adéquats, tous ces systèmes d’un cadre réglementaire à coût faible approprié pour
n’ont pas été modernisés, et un travail important ces systèmes.
reste à accomplir dans ce domaine. Par exemple,
tous les pays n’ont pas introduit de systèmes de Les paiements transfrontaliers sont actuellement
règlement brut en temps réel (RBTR). Sur les 14 effectués par le biais de comptes correspondants des
pays qui ont répondu au questionnaire du COMESA, banques avec des banques partenaires à l’étranger
seuls cinq ont indiqué l’utilisation d’un système ou bien par le biais de banques qui ont des filiales
RBTR (Malawi, Île Maurice, Ouganda, Zambie et à l’étranger.40 Un tel système peut fonctionner à
Zimbabwe). Le Kenya a également mis en œuvre un merveille et être suffisant, notamment si les volumes
système RBTR et plusieurs pays (Égypte, Madagascar de paiement sont bas. Cependant, il peut favoriser
et Rwanda) sont sur le point de rendre de tels les grandes banques internationales, en partie
systèmes opérationnels (Tableau 3.10). Bien que parce que les banques de taille restreinte doivent
tous les pays disposent de systèmes de compensation d’abord instaurer des rapports de confiance pour
de chèques, seule la moitié environ a des systèmes de être acceptées à l’étranger en tant que banques
transfert électronique de fonds (EFT). Le système de correspondantes. Les résultats ont montré que relier
compensation de chèques est encore la méthode la les systèmes de paiement au sein d’un groupe régional
plus communément employée dans la région. Seuls (tel que le système TARGET de l’UE) peut être un
quatre pays ont répondu à la question concernant la outil puissant pour soutenir l’intégration financière
rapidité de règlement des transactions sur les marchés et compléter les efforts visant à promouvoir des
des valeurs, monétaires, des obligations et des taux de arrangements commerciaux régionaux.

40 Un volume important d’échanges transfrontaliers, dont une grande


partie n’est pas enregistrée, s’effectue en argent liquide, ce qui implique
le transport physique de billets de banque en devise nationale ou
étrangère.
64 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Tableau 3.10
COMESA : indicateurs choisis sur la disponibilité de systèmes d’information
et de paiement, 2005
Bureau d’information Transfert électronique Règlement brut en
Pays membre du COMESA IFRS
sur le crédit de fonds (EFT) temps réel (RBTR)
Burundi … … … non
Comores … … … Sans objet
Djibouti … … … …
Égypte oui oui non bientôt
Érythrée … non … …
Éthiopie .. … oui non
Kenya oui oui bientôt oui
Libye non non non non
Madagascar oui partiellement non bientôt
Malawi … partiellement oui oui
Maurice oui oui oui oui
Ouganda oui oui oui oui
République démocratique
… … non non
du Congo
Rwanda … oui non bientôt
Seychelles … … non non
Soudan … … oui non
Swaziland … partiellement oui non
Zambie … oui oui oui
Zimbabwe … oui oui oui

Sources : rapport du COMESA et proposition de directives pour une harmonisation efficace du développement du système financier
et de sa stabilité ; et documents publiés par le FMI.

Dans le cadre de son effort visant à établir une ZLE 3.5.5  Systèmes d’information pour
et une union douanière entièrement fonctionnelles, l’intégration financière régionale
et à réduire les coûts des transactions financières
transfrontalières, le COMESA est en train de mettre Normes comptables Les pratiques comptables
en place un système régional de règlement des varient entre pays membres du COMESA. Bien
paiements (REPSS), qui relie entre eux les systèmes que la plupart des membres exigent l’utilisation des
de paiement nationaux des pays membres (voir normes internationales d’information financière
Encadré 3.2). Contrairement au système TARGET (IFRS) pour les entreprises du secteur financier,
de l’UE, le REPSS est un système de compensation, il n’existe aucune standardisation de leur mise en
au fonctionnement plus aisé et moins coûteux à œuvre. Seuls 4 pays sur les 14 qui ont répondu au
mettre en place, mais qui manque de certains des questionnaire du COMESA utilisaient toutes les
traits de sécurité et d’irrévocabilité du système normes, alors que quatre n’en utilisaient aucune.
RBTR. Si le REPSS se révèle moins onéreux que En outre, même dans le cas d’un pays appliquant en
le recours à des banques correspondantes, il sera principe toutes les normes IFRS, les évaluations par
capable d’attirer un volume plus conséquent de la Banque mondiale de la mise en œuvre des normes
petites transactions (y compris les opérations de comptables ont révélé que de nombreuses compagnies
base), ce qui permettra de réglementer le cadre de ne les appliquaient pas correctement, en partie du
concurrence pour les banques de plus petite taille. fait du manque de personnel suffisamment formé et
de l’absence de mécanismes de mise en application.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 65

Encadré 3.2. COMESA : Système régional de règlement et de paiement (REPSS)

Le Système régional de règlement et de paiement (REPSS) en est à un stade avancé de réalisation. Les
logiciels et matériels informatiques ont été acquis grâce à un financement de l’UE ; le système est en train
d’être testé et la formation est dispensée. Le nombre de membres du COMESA participeront dès le départ
est encore incertain. Le COMESA suit une approche à vitesse variable, qui permet aux membres qui le
souhaitent et le peuvent d’adhérer immédiatement, alors que les autres pays peuvent adhérer lorsqu’ils
seront prêts. On ne sait pas encore de manière certaine si, une fois qu’un pays décide d’adhérer au REPSS,
les banques individuelles participeront ou non. La Zambie envisage de rendre la participation des banques
obligatoire.

REPSS est un système multilatéral de compensation avec un règlement en fin de journée dans une
devise unique (euro ou dollar EU). Dans le REPSS, la devise de l’exportateur sera notée sur les lettres
de crédit ; les transactions seront réglées au comptant à T+0, avec une valeur T+2, au cours au comptant
convenu ; une devise unique sera utilisée pour le règlement net ; un correspondant nostro unique sera
utilisé pour la devise de règlement net ; la Chambre de compensation du COMESA agira en tant qu’agent
des banques centrales ; et des limites bilatérales seront fixées par chaque banque centrale à la Chambre de
compensation. Un accord a été conclu selon lequel la banque centrale de l’Île Maurice agira en tant que
banque centrale de règlement et elle a à cet égard mis en place des comptes de règlement en euro et en
dollar EU.

Le REPSS devrait favorisera la réduction des coûts de transaction et d’opération. Le REPSS favorisera
la réduction des : i) transactions de règlement ; ii) exigences de liquidité pour garantir les paiements ; iii)
risques liés aux contreparties étrangères ; et iv) frais des banques correspondantes étrangères pour couvrir
les confirmations / l’émission de lettres de change par les correspondants. Le REPSS provoquera aussi
un transfert de relations en matière de transactions commerciales qui passera des banques commerciales/
correspondants étrangers aux banques commerciales/banques centrales pour le commerce au sein du
COMESA.

Le REPSS relie les systèmes RBTR des banques centrales via une interface avec la Chambre de compensation
du COMESA. Comme souligné plus haut, tous les pays n’ont pas encore introduit un système RBTR. Il
est également possible de développer une interface séparée pour les pays qui sont dotés d’un système de
paiement de détail électronique, mais ce travail n’a pas encore été achevé.

Sources : COMESA et Bank of Mauritius

La situation est encore plus diverse au niveau des sont plutôt davantage axés sur l’évaluation des
clientèles de banques dans la plupart des pays qui décaissements, liquidité et solvabilité à plus court
utilisent des normes nationales. En effet, il serait trop terme. De même, de nombreuses PME trouvent que
onéreux d’exiger de la plupart des entreprises qu’elles les normes IFRS imposent une lourde charge – une
appliquent les normes IFRS. Les normes IFRS sont charge qui s’alourdit au fur et à mesure que ces normes
conçues pour répondre aux besoins des investisseurs deviennent plus précises et que davantage de pays
en actions sur les marchés des capitaux publics, ont commencé à les utiliser. De plus, comme l’ont
couvrent de nombreux domaines et contiennent fait remarquer certaines agences de réglementation
un grand nombre de directives d’application et des dans d’autres régions, les entreprises doivent aussi
informations appropriées aux entreprises publiques. préparer des relevés comptables pour satisfaire
Les utilisateurs des relevés financiers des PME, tels aux exigences fiscales nationales, et ces normes ne
que les banques, n’ont pas tous ces besoins, mais correspondent pas aux normes IFRS.
66 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Les nouvelles normes IFRS pour les PME, qui sont COMESA indique que des progrès importants ont
actuellement développées par le Conseil des normes été accomplis dans la modernisation des systèmes
comptables international (IASB), pourraient être financiers nationaux, bien que l’ampleur des
plus pertinentes aux membres du COMESA. À cet réformes diffère d’un pays à un autre. De plus, pour
égard, le double objectif de l’IASB est de répondre la région COMESA dans son ensemble, d’autres
aux besoins des utilisateurs tout en équilibrant les mesures doivent être mises en œuvre pour rendre le
coûts et bénéfices du point de vue du préparateur. système compatible avec les normes internationales.
L’objectif est de développer une norme IFRS Néanmoins, en tirant avantage des mesures de
spécifiquement conçue pour répondre aux besoins réforme mises en œuvre au niveau national, la
de déclaration financière d’entreprises qui (i) n’ont région a également pris des mesures pour promouvoir
pas d’obligation publique de rendre des comptes et l’intégration du secteur financier dans ses pays
(ii) publient des relevés financiers généraux pour les membres. Ce processus a été mené par le Secrétariat
utilisateurs extérieurs. Les exemples d’utilisateurs du COMESA, qui a fourni des contributions
extérieurs incluent les propriétaires qui ne sont pas intellectuelles et techniques aux niveaux national et
impliqués dans la gestion des activités, les créanciers régional.
existants et potentiels (banques) et les agences de
notation des établissements de crédit. L’IASB prévoit Le première impulsion interne majeur à l’IFR
d’établir une norme IFRS finale pour les PME au a été donnée par l’adoption en 2003 du cadre
cours du dernier trimestre 2008. Le COMESA, avec d’harmonisation de la supervision bancaire, qui
le soutien de bailleurs de fonds, pourrait montrer délimite les domaines d’harmonisation dans la
la voie en approuvant ces nouvelles normes et en région du COMESA et suggère des normes et
organisant une formation appropriée. délais minimums. Ces domaines d’harmonisation
comprennent notamment : le cadre juridique,
Systèmes d’information sur le crédit La transparence les normes en matière d’octroi de licences, de
est essentielle pour élargir la disponibilité du crédit comptabilité et d’information ; le contrôle consolidé,
au sein du COMESA. Outre l’harmonisation les audits internes et externes et les systèmes
des normes comptables par rapport aux nouvelles informatiques. Cette impulsion a été suivie par
normes IFRS pour les PME, et aux normes d’audit l’adoption en 2007 du Plan pour une harmonisation
internationales, il est à présent largement accepté efficace du développement du système financier et de
qu’un bureau d’enregistrement de crédit puisse sa stabilité (DSFS) dans le COMESA, qui englobe
jouer un rôle important dans le renforcement de la un certain nombre de recommandations dans un plan
transparence. Selon Honohan et Beck (2007), 80 d’action détaillé (voir ci-dessous et annexe 3.1).
pour cent des pays en développement ont à présent
établi un registre de crédit de ce type, mais les données Il apparaît que l’intégration financière est
indiquent que seuls cinq pays du COMESA en ont effectivement en cours au niveau de l’actionnariat
mis en place. Il serait souhaitable pour les membres du des banques dans la plupart des pays du COMESA.
COMESA de mettre en œuvre la recommandation C’est encourageant, car un renforcement de
du rapport sur le développement du secteur financier l’intégration permettra non seulement d’accroître la
et de mettre en place ces registres (Bureaux concurrence et l’efficience grâce à une plus grande
d’enregistrement de crédit) dès que possible, en envergure des opérations, mais aussi de faciliter les
partie parce qu’une meilleure transparence permet paiements transfrontaliers pour soutenir l’intégration
de compenser et d’éviter la nécessité de recourir à commerciale et économique. Des discussions avec
des systèmes juridiques inefficaces. les banques commerciales au cours de cette étude ont
indiqué un intérêt de la part des banques contrôlées
3.6  Évaluation des progrès du COMESA par des capitaux nationaux d’élargir leurs réseaux
vers l’intégration du secteur financier dans les pays voisins. Cet objectif s’expliquait d’une
part par leur volonté de « suivre leurs clients », mais
La revue ci-dessus du secteur financier et de aussi d’accroître l’échelle et le potentiel des revenus.
l’infrastructure de soutien dans les États membres du Par exemple, la Mauritius Commercial Bank a
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 67

implanté des filiales aux Seychelles et à Madagascar et Programme d’évaluation du secteur financier
envisage une présence accrue en Afrique de l’Est. Les (FSAP), mis en œuvre conjointement par le FMI/
banques interrogées soulignent cependant qu’elles la Banque mondiale, le pays en question a pu établir
avanceraient avec prudence car il est très difficile des plans détaillés pour le développement du secteur
d’évaluer le risque en Afrique, en partie à cause de la financier, qui ont permis de renforcer et développer
corruption. La Kenya Commercial Bank a ouvert des son système financier (c’est le cas par exemple des
filiales au Rwanda, au Soudan et en Ouganda ; la Fina pays suivants : Égypte, Kenya, Madagascar, Maurice,
Bank du Kenya a ouvert une filiale en Ouganda, et Ouganda, Rwanda et Zambie).
l’Equity Bank du Kenya a acquis une grande banque
de microfinance dotée de plusieurs succursales en En l’absence d’évaluations par pays plus
Ouganda. La Finance Bank en Zambie a également détaillées, et étant donné la complexité de
fait part de plans avancés pour s’implanter en RDC, formulation et de mise en œuvre des diverses
en Ouganda et au Zimbabwe. politiques visant à une intégration totale, le
tableau 3.11 donne certaines indications sur
À l’exception de l’Érythrée, de l’Éthiopie et de le degré de détermination des différents pays
la Libye, les membres du COMESA autorisent un envers l’IFR. Dans ce contexte, ce tableau
accès libre aux banques étrangères. L’augmentation donne quelques indications préliminaires quant
des acquisitions transfrontalières des banques la manière dont la mise en œuvre du Plan
dans les États du COMESA, que ce soit au niveau d’action du COMESA pour le développement
régional ou extérieur à la région, a donné un élan et la stabilité du système financier pourrait être
majeur à l’intégration financière. La plupart des pays hiérarchisée dans différents États membres aux
du COMESA hébergent au moins une filiale d’une fins de renforcer l’IFR.41 Cette catégorisation
des grandes banques internationales (tableau 3.6). doit être confirmée par es évaluations détaillées
En particulier, la Barclays, la Stanbic et la Standard par pays (encouragées par la réalisation d’un
ont chacune des réseaux dans près de la moitié des Programme d’évaluation du secteur financier
États membres et aussi à l’extérieur du COMESA. (PESF) pour les pays qui n’en ont pas encore fait,
La plupart des implantations transfrontalières se et d’une mise à jour du PESF pour les pays dont
font d’abord, comme il fallait s’y attendre sans doute, l’évaluation date de quelques années) et par des
dans les pays voisins et les pays où se trouvent des discussions complémentaires avec le Secrétariat
partenaires commerciaux proches. Des discussions du COMESA.
avec les banques commerciales suggèrent que,
bien qu’elles soient disposées à accueillir avec
bienveillance des règles d’octroi de licence unique
et un « passeport commun », elles ne considèrent
pas les pratiques individuelles actuelles comme des
obstacles majeurs à l’établissement de filiales dans
d’autres pays du COMESA.

En dépit des développements ci-dessus, le processus


d’intégration a encore un long chemin à faire. Ceci
pour deux raisons : i) certains pays doivent encore
41 Il est encore plus difficile d’effectuer une évaluation de la manière
atteindre la stabilité macroéconomique, qui est un dont le COMESA dans son ensemble devrait être classée. En ce qui
concerne les critères régionaux, tous les critères de l’Étape I ont été
préalable essentiel à l’intégration dans un système remplis (sauf peut-être celui sur l’aide technique). Plusieurs critères, mais
financier régional, et ii) le processus de modernisation pas tous, de l’Étape II ont aussi été remplis. Certains pays n’adhérent pas
encore totalement à la ZLE, les contrôles des changes intrarégionaux
et d’harmonisation entre les pays membres en est à n’ont pas encore été entièrement libéralisés et un mécanisme de
des stades différents de mise en œuvre. Les progrès surveillance et de contrôle au niveau régional n’est pas encore
totalement opérationnel. Sans tenir compte du fait que certains pays
pour développer et assainir le système financier ont n’ont pas encore rempli les conditions préalables, une bonne moyenne
été irréguliers parmi les membres du COMESA. des membres du COMESA s’emploie à remplir les conditions de l’Étape
II au niveau national. Ainsi, dans l’ensemble, le COMESA pourrait être
Dans les cas où l’État membre a bénéficié d’un classée comme étant à l’Étape II de l’intégration financière.
68 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Tableau 3.11
COMESA : étapes de l’intégration financière régionale atteintes par les pays
Pré-intégration Étape I : Étape II  : Étape III  :
financière (Préliminaire) (Harmonisation) (Coopération)
Burundi X

Comores X

Djibouti X
Égypte X
Érythrée X
Éthiopie X
Kenya X
Libye X
Madagascar X
Malawi X
Maurice X
Ouganda X
République démocratique du Congo X
Rwanda X
Seychelles X
Soudan X
Swaziland X
Zambie X
Zimbabwe X

Sources :Estimations de consultants basées sur des données du COMESA et des données publiées par le FMI.

En se basant sur la classification ci-dessus, les pays Ouganda et Zambie) ont pris des mesures suffisantes
membres du COMESA se regroupent en quatre pour accéder à la troisième étape de l’IFR.45
catégories distinctes en ce qui concerne leur degré
de motivation à réaliser l’intégration financière : Le Kenya, l’Île Maurice, l’Ouganda et la Zambie,
i) six pays (Burundi, Érythrée, Libye, République ayant répondu aux exigences de la ZLE du COMESA,
démocratique du Congo, Seychelles et Zimbabwe) pourraient donc devenir la première poignée de pays
doivent encore remplir les conditions préalables à à former un groupe « sous-régional » qui avance vers
l’entrée dans l’IFR,42 ii) trois pays (Comores, Éthiopie l’IFR. Ceci impliquerait principalement l’adhésion
et Soudan) ont rempli les conditions préalables et à l’union douanière du COMESA, lancée en juin
pourraient accéder à l’étape I de l’IFR,43 iii) cinq 200946, et la mise en route des mesures indiquées
pays (Djibouti, Madagascar, Malawi, Rwanda et pour l’Étape III de la catégorisation ci-dessus, qui
Swaziland) pourraient accéder à la deuxième étape sont également incluses dans le Plan d’action
de l’IFR,44 et iv) cinq pays (Égypte, Kenya, Maurice, du COMESA pour le développement du secteur
financier. Parallèlement, ces cinq pays devraient
42 Dans certains de ces pays (Érythrée et Libye), les autorités doivent
encore ouvrir le système bancaire et ont un long chemin à faire pour également passer en revue toute mesure concernant
réformer leurs systèmes financiers. D’autres (Burundi, RDC, Seychelles
et Zimbabwe) sont dotés de structures macroéconomiques trop fragiles.
45 Ces pays ont des systèmes financiers bien réglementés qui sont
43 Ces pays n’ont pas encore introduit de système RBTR et ont encore plus diversifiés que ceux des autres pays du COMESA. L’infrastructure
des progrès à faire pour améliorer les cadres de réglementation et de financière est aussi relativement bien développée. Par exemple, tous
supervision bancaires ainsi que les cadres juridiques fondamentaux. ont mis en place des systèmes RTBR et en sont à des stades avancés
de développement de systèmes de paiement électroniques ou les ont
44 Les systèmes bancaires dans ces pays semblent solides et de bons déjà introduits. Tous ont besoin des normes IFRS pour leurs systèmes
progrès ont été réalisés dans les domaines de la supervision et de la financiers. Ces pays remplissent aussi tous les critères régionaux.
réglementation. Ils ont bien avancé en ce qui concerne l’amélioration
des systèmes de paiement et ont déjà introduit un système RTBR ou sont 46 L’Union douanière (UD) du COMESA a été lancée lors du 13e
sur le point de le faire. Ils remplissent tous les critères régionaux requis à sommet du COMESA, qui s’est tenu à Victoria Falls, au Zimbabwe, en
l’Étape II. juin 2009.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 69

les étapes précédentes qui doit encore être mise en stabilité des taux de change, car cela encouragera les
œuvre. Ce groupe servirait alors de « phare » pour investissements transfrontaliers et le développement
les autres pays et les encouragerait (y compris par du marché boursier et des produits. La libéralisation
le biais d’une assistance technique) à prendre les des contrôles des changes interrégionaux et le
mesures nécessaires pour s’intégrer progressivement renforcement de la réglementation et du contrôle
dans le groupe. des marchés boursiers attireraient également les IDE
vers la région. Par ailleurs, le COMESA ne devrait
Certains peuvent arguer, à juste titre dans une pas se précipiter pour mettre en œuvre les Principes
certaine mesure, que la région du COMESA est de Bâle II, car les risques sont importants si ce
trop hétérogène et étendue géographiquement transfert n’est pas bien préparé. L’expérience montre
sur l’ensemble du continent africain pour former que, dans un marché bancaire sophistiqué, et même
d’emblée une union financière régionale. De ce fait, avec un contrôleur solide et bien éclairé, cela peut
comme cela s’est produit dans le cas de la CEDEAO, prendre 4 à 5 ans pour mettre en œuvre les Principes
l’IFR au sein du COMESA peut progresser à des de Bâle II. Au stade actuel de développement,
rythmes différents dans deux ou trois sous-groupes l’attention devrait être portée sur l’assainissement des
distincts de pays, en cohérence avec l’approche à banques et la mise en œuvre complète des principes
« géométrie variable »47 que le COMESA a adopté fondamentaux de Bâle et de Bâle I.
pour l’intégration commerciale. Cette démarche
accélèrerait probablement l’intégration financière La catégorisation de l’IFR en cinq étapes différentes
régionale et à terme l’association de ces États en une proposée dans ce rapport, et les mesures à prendre
seule communauté économique. à chaque étape, pourraient être utiles dans cette
hiérarchisation des priorités. À titre d’illustration, le
Le Plan d’action du COMESA (voir Annexe 3.1) tableau 3.12 indique comment les divers éléments du
détaille un certain nombre de mesures, ainsi qu’un Plan d’action du COMESA pourraient être mis en
calendrier pour leur mise en œuvre, qui semble œuvre à chaque étape de l’IFR selon les catégories.
correspondre aux objectifs spécifiés dans le cadre de Là-encore, il faudrait souligner que les mesures
l’IFR. Néanmoins, ce plan d’action pourrait bénéficier énumérées pour chaque étape sont une approximation
par endroits d’une meilleure hiérarchisation des et n’ont pour but unique que d’initier des discussions
priorités, notamment au niveau des pays, ainsi que de sur la manière d’hiérarchiser les actions relevant du
délais plus réalistes. Par exemple, la priorité devrait Plan d’action du COMESA.
être donnée à la réalisation et au maintien de la

47 Ce principe d’évolution à « géométrie variable » signifie que chaque


membre n’a pas besoin de souscrire en même temps à chaque politique
de l’organisation régionale, mais qu’une certaine flexibilité doit être
maintenue afin de prendre en compte les conditions individuelles et les
divers stades de développement des États membres.
70 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Tableau 3.12
COMESA : mise en œuvre du Plan d’action par étapes de l’IFR

Étape I : Étape II  : Étape III  : Étape IV : Étape V :

Stabilité macroéconomique : Stabilité Promouvoir davantage Créer un mécanisme Créer une


A (a-d) macroéconomique : A la solvabilité du système d’assurance-dépôts : D 6 monnaie
(e-g) financier : B 3-4 commune
Renforcer la structure du Mettre en œuvre une
système financier, y compris les Renforcer la structure Renforcer les activités supervision du risque :
éléments de A du système financier : A anti-blanchiment F1
A3, 4 (a-b) d’argent : D5
Promouvoir la solvabilité Établir une feuille de
financière, y compris par Promouvoir la Renforcer davantage route pour la mise en
l’adoption des critères solvabilité du système le respect des principes œuvre de Bâle II : G1
minimum du COMESA et financier, y compris fondamentaux de Bâle :
en entamant une démarche par l’établissement de H3
pour adopter les normes bureaux de crédit et le
internationales : B 1-2 renforcement des lois Introduire une
sur l’insolvabilité et les supervision consolidée :
Développer une infrastructure opérations bancaires : I 1-4
financière, y compris un B 5-6
plan d’action séquentiel Réviser complètement la
pour renforcer le système Développer davantage supervision des secteurs
de paiement et le cadre l’infrastructure, y compris des assurances et des
de supervision et de par l’introduction d’un pensions :
réglementation bancaires : C système RBTR et en J 4-12
1-4 adoptant les normes
IFRS : C1-4
Renforcer le cadre juridique et
réglementaire : D1-4 Renforcer la
réglementation des
Respecter les exigences de secteurs des assurances
Bâle I en matière de capital à et des fonds de retraite :
l’usage des banques : E1 J 1-3

Développer et renforcer
le cadre de supervision et
de réglementation pour
les IMF : K 1-3

* Note : Les lettres et chiffres font référence au Plan d’action du tableau en annexe sur la convergence macroéconomique et le développement
du secteur financier.

La classification ci-dessus implique, par exemple, l’infrastructure du marché des capitaux devrait faire
que tous les critères de convergence énumérés dans l’objet d’attention une fois que les mesures requises
le Plan d’action doivent être remplis pour pouvoir à l’étape I auront été complétées, et avant que de
commencer le processus d’intégration financière et nouveaux produits, tels que les produits dérivés, ne
que cette conformité pourrait être répartie sur les deux soient introduits (Étape III). La notation des banques
premières étapes. De même, le développement de et autres par des agences internationales d’évaluation
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 71

devrait, d’autre part, attendre l’établissement de être mis en place pour permettre une meilleure
systèmes juridiques appropriés et l’harmonisation compréhension de la situation dans chaque pays
des lois sur le secteur bancaire, qui doivent précéder membre. Des évaluations périodiques du suivi exigé
l’établissement des mécanismes d’assurance-dépôts. de chaque membre devraient être préparées et
débattues lors du Conseil des ministres.
Le rapport du COMESA souligne la nécessité de
développer des plans de développement du système 3.7  Évolution du rôle des partenaires au
financier complets et spécifiques aux pays. Quelques développement
pays l’ont déjà fait avec de bons résultats, à la
suite des programmes PESF du FMI/de la Banque Des domaines divers dans lesquels les partenaires
mondiale, bien que les délais n’aient parfois pas au développement pourraient apporter leur aide
été respectés du fait des difficultés à prendre des au COMESA pour faire avancer l’IFR ont déjà été
décisions politiques difficiles. Les pays qui n’ont pas identifiés. Tout d’abord, les pays doivent mettre leurs
entrepris de PESF devraient le faire, alors que ceux PESF à jour afin d’évaluer la position actuelle de leur
qui ont des PESF devraient peut-être faire un suivi secteur financier et identifier les domaines nécessitant
afin d’évaluer les progrès accomplis et l’ordre des un renforcement et une modernisation immédiats.
priorités si nécessaire. Les domaines évidents sont peut-être les systèmes de
paiement, notamment pour les petites transactions
Trois aspects vitaux doivent être soulignés : et les paiements transfrontaliers, la supervision et la
l’engagement politique ; des plans d’action spécifiques réglementation bancaires. Ce domaine d’assistance
au pays, définis avec soin et assortis d’échéanciers est visiblement dévolu au FMI et à la Banque
réalistes et bénéficiant d’une forte adhésion ; et la mondiale, bien que la BAD pourrait être associée
coordination des bailleurs de fonds qui soutiennent à ces missions, notamment si un renforcement des
ces plans d’action. Prenons le premier de ces aspects : capacités et une assistance technique sont anticipés.
l’engagement politique et la responsabilisation L’UE a apporté une aide précieuse au COMESA
sont essentiels pour faire avancer l’intégration en finançant le logiciel pour le système REPSS et
économique. Tout aussi crucial est le suivi des progrès pourrait poursuivre son aide dans ce domaine.
vers la réalisation des engagements déjà pris. Les
membres du COMESA feraient bien d’examiner si Ce rapport a souligné le besoin urgent de développer
leur organisation administrative, destinée à soutenir les marchés des capitaux en renforçant et modernisant
l’intégration économique, pourrait être renforcée. les marchés boursiers et leur cadre réglementaire, et
L’intégration relève de nombreux ministères en accroissant leur renvergure par le biais d’une mise
gouvernementaux et d’agences de réglementation, en réseau. La Banque mondiale et la SFI pourraient
donc il peut s’avérer nécessaire de mettre en place fournir l’aide technique nécessaire aux efforts du
une commission de coordination, incluant toutes COMESA dans ce domaine.
les parties concernées, pour développer les positions
des membres et assurer un suivi. Le président devrait Le COMESA a bien avancé dans la mise en œuvre
être de stature suffisamment importante pour faire d’une ZLE efficace et une union douanière doit être
avancer le processus et devrait peut-être avoir un lancée en 2009. L’intégration du commerce et des
rang de ministre. Une organisation administrative services fournira un élan supplémentaire à l’IFR. L’UE
renforcée au niveau de l’adhésion permettrait et l’Organisation mondiale du commerce (OMC)
éventuellement d’éviter une situation où seuls les pourraient apporter leur soutien dans ces domaines
deux tiers des membres répondent à une enquête très par le biais d’une assistance technique et financière,
importante. notamment en vertu des dispositions relatives à l’aide
pour le commerce, afin de couvrir les coûts sociaux
Cet engagement peut être consolidé par l’obligation de cette libéralisation. Cette assistance pourrait être
de rendre compte, et le Secrétariat du COMESA canalisée utilement par le biais du guichet « facilité
devrait être renforcé pour assurer un suivi approprié. d’ajustement » du Fonds du COMESA. La BAD,
Des mécanismes de suivi plus performants devraient aux côtés de la Banque mondiale et du FMI, pourrait
72 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

apporter son aide en évaluant les coûts sociaux financements pourrait être mobilisée au niveau local
des ajustements impliqués dans un accord d’union au sein de la région. Ceci, en conjonction avec le
douanière, prodiguer des conseils stratégiques et développement possible d’un marché obligataire
fournir d’autres formes d’assistance afin de couvrir régional dans le COMESA, pourrait faire avancer
ces coûts. l’IFR. La BAD peut apporter son aide à ce processus
grâce à son guichet pour le secteur privé, en utilisant
La région du COMESA a de très grands besoins des produits tels que les garanties, les prêts et les
en infrastructures relatives au commerce, qu’on dons.
peut interpréter comme incluant l’infrastructure
du secteur financier. L’initiative innovante du Jusqu’à présent, les résultats des efforts du COMESA
COMESA consistant à établir la Compagnie pour pour surveiller la mise en œuvre de son cadre
le développement de l’infrastructure du COMESA, d’harmonisation ont révélé des faiblesses, y compris
avec une participation majoritaire du secteur privé, une couverture incomplète des informations
vaut le soutien sans concession des partenaires statistiques pertinentes et une tendance à dissimuler
au développement, sous forme de participation les défauts dans la mise en œuvre au niveau national
technique et monétaire. Le travail technique et dans le système de suivi. Au fur et à mesure de
consistant à développer des projets de financement l’avancement de l’IFR, le suivi et l’évaluation
appropriés sera fourni par le Secrétariat du COMESA deviendront plus complexes et plus exigeants. Une
(COMAID), qui aura besoin d’une aide technique, manière de répondre à cette exigence, et de donner
tout au moins pour les premières étapes. de la crédibilité au processus, pourrait être de mettre
en place un mécanisme d’évaluation plus impartial.
La Compagnie pour le développement de La BAD peut envisager d’adopter un rôle de plus
l’infrastructure du COMESA envisage aussi de lever en plus directeur pour assister le COMESA dans le
des fonds pour financer les projets sur les marchés processus d’évaluation et d’intégration, comme l’a
des capitaux par le biais de partenariats public- fait la Banque asiatique de développement.
privé (PPP) et d’entités ad hoc. Une partie de ces
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 73

Annexe 3.1
COMESA : plan d’action pour la convergence économique et
le développement du secteur financier

1.  Convergence macroéconomique

N° OBJECTIFS PLAN D’ACTION RÉSULTAT ORGANISME DATE


D’ORDRE STRATÉGIQUES D’EXÉCU- D’ÉCHÉ-
TION ANCE
A Assurer la stabilité Les pays membres doivent mettre en 1. Politiques budgétaires Gouvernements 2010
macroéconomique œuvre les critères de convergence et monétaires saines pour et banques
macroéconomique suivants soutenir la croissance, centrales
convenus par le COMESA : maîtriser l’inflation et
favoriser le renforcement
Critères principaux : et le développement du
a) Taux déficit budgétaire/PIB (hors secteur financier
subventions) ne devant pas excéder 2. Taux de change, taux
5 % ; d’intérêt et coûts des
b) Taux d’inflation moyen annuel ne marchandises et services
devant pas excéder 5 % ; déterminés par les forces
c) Réduire au minimum le du marché
financement du budget par la banque 3. Niveau négociable des
centrale pour atteindre un objectif de titres des secteurs privé et
0 % ; et public dans tous les pays
d) Des réserves extérieures égales ou membres afin de fournir
supérieures à 4 mois d’importations de des taux d’intérêt de
biens et de services non facteurs. référence et contrôler le
niveau des liquidités
Critères secondaires : 4. Coordination
a) Réalisation et maintien de taux de des politiques
change réels stables ; macroéconomiques pour
b) Réalisation et maintien de taux permettre une mise en
d’intérêt réels positifs reposant sur le œuvre harmonieuse de
marché ; l’intégration régionale
c) Réalisation d’un taux de croissance
réel durable du PIB réel qui ne soit 5. Accroissement des
pas inférieur à 7 % ; IDE, libre circulation des
d) Poursuite de l’initiative de capitaux
réduction de la dette intérieure et
extérieure, par ex. réduction de la
dette totale à un taux du PIB qui soit
viable ;
e) Ratio recettes intérieures/PIB total
qui ne soit pas inférieur à 20 % ;
(f) Réduction du déficit du compte
courant (excluant les subventions) à
un % du PIB qui soit viable ; et
g) Réalisation et maintien d’un taux
d’investissement intérieur d’au moins
20 %.
74 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

2.  Développement du secteur financier

N° OBJECTIFS PLAN D’ACTION RÉSULTAT ORGANISME DATE


D’ORDRE STRATÉGIQUES D’EXÉCU- D’ÉCHÉ-
TION ANCE
A Architecture et 1. Établir un cadre solide pour le 1. Réduire les Gouvernements 2010
développement du développement du secteur privé dans participations de l’État et banques
système financier le système financier dans le secteur bancaire centrales

2. Relâcher les contrôles des changes 2. Libre circulation des 2010


capitaux et de la main-
d’œuvre

3. Participer au développement d’un 3.a. meilleur accès aux 2008


cadre réglementaire et institutionnel services financiers. Cela
pour l’intégration financière au permet d’intégrer les
niveau rural marchés financiers formels
et informels
3.b. création de banques
rurales / Institutions de
microfinance (IMF)

4. Favoriser le développement et 4. meilleure stabilité 2008 -


les réformes du marché des capitaux. financière et 2010
Cela comprendra les volets suivants : diversification des services
a. établir des marchés des produits financiers
dérivés actifs et bien réglementés
b. renforcer le cadre et la
réglementation des marchés des
capitaux et boursiers pour :
i. octroyer des licences, superviser et
contrôler les activités des acteurs sur
les marchés de capitaux et marchés
boursiers
ii. établir des normes de compétence
régissant les activités des courtiers,
négociants, conseillers et opérateurs.
iii. soutenir le fonctionnement des
marchés des capitaux et des marchés
boursiers de manière ordonnée, juste
et éclairée.
iv. protéger les marchés boursiers de
pratiques illégales, déshonorantes et
irrégulières.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 75

N° OBJECTIFS PLAN D’ACTION RÉSULTAT ORGANISME DATE


D’ORDRE STRATÉGIQUES D’EXÉCU- D’ÉCHÉ-
TION ANCE

B Promotion de la 1. Adopter les meilleures pratiques 1. Protocoles Banques En cours


solvabilité du internationales en matière de d’accords régionaux centrales /
système financier supervision et de réglementation du nécessitant le respect institutions
secteur financier des réglementations bancaires
prudentielles par les pays
membres

2. Adopter les critères minimums du 2. a) normes prudentielles En cours


COMESA pour l’harmonisation de la harmonisées
supervision bancaire adoptés en 2003 b) procédures
standardisées de
surveillance et
d’inspection, y compris
la standardisation des
rapports soumis par les
banques
3. Encourager des alliances 3. émergence de banques 2010
stratégiques dans les secteurs solides
bancaires
4. Encourager les grandes institutions 4. Discipline de marché 2008
bancaires et banques régionales plus stricte
à se faire évaluer par des agences
d’évaluation renommées au niveau
international
5. Établir des bureaux de crédit de 5. Renforcement de la
référence « culture de crédit » dans
la région

6. Harmoniser l’administration des 6. Insolvabilité et


lois sur l’insolvabilité et les opérations liquidation des banques
bancaires efficaces

7. Développer un cadre d’entrée et 7. Encouragement


de sortie transparent pour le secteur à l’efficinece et au
bancaire développement des
circuits financiers dans le
secteur bancaire

8. Adopter et mettre en application 8. a) meilleure


le système obligatoire de prompte transparence et
action corrective prévisibilité des pratiques
réglementaires
b) réduction au minimum
de l’abstention de
réglementation
76 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

N° OBJECTIFS PLAN D’ACTION RÉSULTAT ORGANISME DATE


D’ORDRE STRATÉGIQUES D’EXÉCU- D’ÉCHÉ-
TION ANCE

C Développement 1. Développer des plans correctement 1. Adoption de systèmes Gouvernements/ 2008


de l’infrastructure ordonnés pour moderniser de paiement électronique Banques
financière l’infrastructure financière, notamment par tous les pays membres centrales/
le système de compensation/de du COMESA, y compris, institutions
paiement, le système comptable et RBTR, POS, ATMS, bancaires
d’audit, le système d’octroi de crédit STPR. etc.
et le cadre réglementaire

2. Établir un cadre régissant les 2.a. Systèmes de


systèmes de paiement pour couvrir les règlement et de paiement 2010
éléments suivants : efficaces
a. Promouvoir l’utilisation de b. Facilitation de
systèmes de paiement électroniques l’intégration des systèmes
b. Renforcer la mise en œuvre d’un bancaires dans la région.
système régional de règlement et de Possibilité pour les
paiement membres d’utiliser les
c. Adopter un cadre réglementaire devises nationales pour
et juridique plus moderne pour le le commerce au sein du
système de paiement COMESA
d. Informer le public sur les questions c. Mise en application
relatives au système de paiement juridique des règles et
électronique réglementations, accords
et codes de conduite
régissant le système de
paiement
a. Utilisation efficace
des systèmes de paiement
électroniques
3. Harmoniser les déclarations 3. Renforcement de la
d’informations obligatoires dans les discipline de marché
relevés financiers selon les bonnes 2008
pratiques internationales

4. Adopter les normes comptables 4. Renforcement de la


et d’audit internationales et garantir discipline de marché
leur alignement sur les exigences 2008
prudentielles
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 77

N° OBJECTIFS PLAN D’ACTION RÉSULTAT ORGANISME DATE


D’ORDRE STRATÉGIQUES D’EXÉCU- D’ÉCHÉ-
TION ANCE

D Cadre 1. Responsabiliser les banques 1. Flexibilité dans les Gouvernements En cours


réglementaire centrales pour qu’elles puissent opérations de la banque
et juridique exercer leurs fonctions d’autorités de centrale
réglementation et de supervision
2. Assurer le renforcement continu
du cadre juridique et réglementaire 2. Système juridique Gouvernements 2010
régissant les transactions efficace
commerciales, la protection des droits
de propriété, la mise en application
des contrats et le fonctionnement des
institutions financières
3. Assurer le renforcement continu 3. Bonne gouvernance Banques En cours
des pratiques concernant la gestion du des entreprises et solides centrales
risque et la gouvernance d’entreprise systèmes de gestion du
risque
4. Promulguer une législation qui 4. Protection des Gouvernements/ 2010
protège le consommateur . consommateurs groupes de
5. Contrôler les activités 5. Système financier sûr et pression et
antiblanchiment d’argent sécurisé autres agences
relatives

6. Établir des systèmes d’assurance de 6. système d’assurance de Gouvernements


dépôt autonomes dépôt efficace et banques
centrales
E Mise en œuvre 1. Mise en œuvre totale de Bâle I 1. Stabilité financière Banques 2008
totale de Bâle I renforcée centrales

F Mise en œuvre 1. Mettre en œuvre une supervision 1. Stabilité financière Banques 2008
d’une supervision du risque renforcée centrales
du risque
G Mise en œuvre de 1. Établir une feuille de route pour la 1. Feuille de route pour la Banques 2008
Bâle II mise en œuvre Bâle II mise en œuvre de Bâle II centrales

H Conformité totale 1. Adoption totale des Principes 1. Stabilité financière Banques


avec les 25 fondamentaux de Bâle sur la renforcée centrales/
Principes supervision bancaire 2. Facilite l’harmonisation COMESA
fondamentaux 2. Auto-évaluation de la conformité régionale
de Bâle sur aux PFB et faire un rapport au
l’efficacité de COMESA
la supervision 3. Évaluation par les pairs de
bancaire la conformité aux Principes
fondamentaux de Bâle sur l’efficacité
de la supervision bancaire
78 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

N° OBJECTIFS PLAN D’ACTION RÉSULTAT ORGANISME DATE


D’ORDRE STRATÉGIQUES D’EXÉCU- D’ÉCHÉ-
TION ANCE

I Supervision 1. Développement d’un cadre de 1. Cadre régional de Banques 2007


consolidée supervision consolidé et harmonisé supervision consolidée, centrales
couvrant le cadre juridique et transcendant les
réglementaire, la supervision problèmes transfrontaliers
quantitative et qualitative consolidée
2. Organiser des ateliers afin de 2. Feuille de route précise
mettre en place des plans d’action pour la mise en œuvre de 2007/8
correctement ordonnés en vue la supervision consolidée,
d’implémenter une supervision couvrant l’activité, la
consolidée durée (date d’échéance)
et obligation par le(s)
responsable(s) de rendre
des comptes.
3. Signature de protocoles d’accord 3. Protocoles d’accord
par les agences de réglementation au couvrant l’identification En cours
sein des États et identification des d’une autorité de
domaines de coopération régionale supervision principale,
l’adéquation des fonds
propres, le partage
d’informations, les
systèmes de gestion de
l’information, les devises
et taux de change
4. Amendement des lois bancaires 4. Un cadre réglementaire
pour permettre une supervision apte 2008
consolidée là où cela est nécessaire

5. Renforcement des capacités pour 5. Personnel compétent et En cours


une supervision interne et externe efficace dans les agences
efficace du secteur financier de réglementation
J Réglementation 1. Développement et renforcement 1. Exigences prudentielles Gouvernements 2010
des secteurs des du cadre de supervision et de et lois appropriées
assurances et des réglementation pour le secteur des
fonds de pension  assurances
2. Renforcer les normes en matière 2. Lois, circulaires et
de supervision et de réglementation directives
afin d’assurer une supervision et
surveillance continues et les actions
de mise en application
3. Renforcer les capacités des 3.Autoritésde
autorités de réglementation et de réglementation et de
supervision supervision bien équipées
du secteur des assurances et capables d’exercer leurs
devoirs
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 79

N° OBJECTIFS PLAN D’ACTION RÉSULTAT ORGANISME DATE


D’ORDRE STRATÉGIQUES D’EXÉCU- D’ÉCHÉ-
TION ANCE

4. Réviser et améliorer les lois 4. Législation moderne/


régissant le secteur des assurances appropriée pour le secteur
afin de garantir qu’elles sont à jour
et conformes aux bonnes pratiques
internationales

5. Renforcer la transparence et 5. Compagnies gérées de


imposer des normes plus strictes en manière efficace
matière de gouvernance d’entreprise

6. Limiter la mesure dans laquelle 6. Limiter les abus internes


les assureurs peuvent effectuer des
transactions
avec d’autres parties

7. Introduire des exigences 7. Assurer une


sophistiquées et rigoureuses minimum capitalisation adéquate
en termes de capital, par ex. cadre de
solvabilité II.

8. Revoir les lois régissant les fonds de 8. Législation appropriée


pension

9. Renforcer le cadre de 9. Réglementations et


réglementation et de supervision directives prudentielles
régissant les fonds de pension pour le secteur des
fonds de pension

10. Renforcer les capacités des 10. Autorités de


autorités de réglementation du secteur supervision expertes
des fonds de pension

11. Faciliter l’établissement de 11. Systèmes de fonds de


systèmes de fonds de retraite à pension alternatifs
participation volontaire ou obligatoire
gérés de manière privée

12. Renforcer la flexibilité dans le 12. Plus grand choix et


choix des gestionnaires des fonds de plus grande efficacité
retraite
80 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

N° OBJECTIFS PLAN D’ACTION RÉSULTAT ORGANISME DATE


D’ORDRE STRATÉGIQUES D’EXÉCU- D’ÉCHÉ-
TION ANCE

K Réglementation 1. Développer et renforcer le cadre 1. Lois et directives Gouvernements 2008


des institutions de supervision et de réglementation prudentielles basiques et banques
de microfinance pour les IMF. Cela devrait couvrir de permettant de créer un centrales
(IMF) manière adéquate la réglementation environnement favorable
et la supervision sans étouffer la au développement des
concurrence IMF et régissant leurs
opérations
2. Supervision et
surveillance graduées
2. Développer une approche par des IMF, comportant des
niveaux de la supervision des IMF incitations pour passer
d’un niveau à au suivant.
3. Consommateurs
3. Lancer une campagne de informés
sensibilisation des consommateurs 4. Autorités de
et d’information sur le cadre réglementation et acteurs
réglementaire régissant les IMF. du marché bien outillés
4. Renforcer les capacités des
institutions de microfinance et des
autorités de supervision

3.  Stabilité financière


N° OBJECTIFS PLAN D’ACTION RÉSULTAT ORGANISME DATE
D’ORDRE STRATÉGIQUES D’EXÉCU- D’ÉCHÉ-
TION ANCE

A Stabilité 1. Réalisation par les pays membres Une meilleure stabilité, Banques 2008
financière d’évaluations annuelles de leur sécurité et solvabilité du centrales
stabilité financière système financier
a. Adoption d’indicateurs de
stabilité financière
b. Évaluation du respect des
bonnes pratiques internationales
c. Auto-évaluation et évaluation
par les pairs de la stabilité
financière
2. Réalisation d’une analyse macro-
prudentielle
3. Réalisation de tests de résistance
sur les institutions financières au
niveau institutionnel et au niveau
plus général du système
4. Adoption de systèmes de promptes
actions correctives
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 81

4.  L’UNION DU MAGHREB ARABE48

UNION
DU MAGHREB ARABE
(UMA)

Nombre de pays : 5

États-membres :
Algérie
Libye
Maroc
Mauritanie
Tunisie

4.1  Introduction

L’Union du Maghreb arabe (UMA) a été créée en commerce dynamique entre eux ne peuvent être que
1989 par un traité signé par cinq pays du Maghreb bénéfiques en termes de croissance. Cependant, bien
(Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie). Ces que plusieurs accords commerciaux bilatéraux aient
pays sont reliés entre eux par un héritage commun été signés entre ces pays, ils ont rarement été mis
et sont dotés de vastes ressources naturelles. La en œuvre et le commerce est entravé par une liste
structure économique de ces pays est quelque peu fastidieuse de contrôles relatifs à la circulation des
différente mais complémentaire. L’Algérie et la Libye marchandises et des capitaux. En effet, le commerce
sont naturellement dotées d’abondantes ressources entre ces pays est minime et l’intégration financière
pétrolières, alors que la Mauritanie possède un large est très restreinte dans la région du Maghreb. D’où
secteur de minerais. Ces trois pays ont des secteurs une perte considérable de ressources et d’opportunités
financiers et industriels restreints et relativement dans la région.
moins développés. Le Maroc et la Tunisie, au
contraire, ont des secteurs pétroliers et de minerais L’intégration financière régionale au sein du Maghreb,
moins développés, mais des secteurs financiers et comme dans d’autres pays africains, peut générer des
industriels beaucoup plus développés et sophistiqués. avantages par le biais de trois canaux. Tout d’abord,
elle représente une mesure d’incitation puissante
En considérant que les cinq pays ont une population pour mettre en place des réformes financières au
totale d’environ 81 millions d’habitants, l’intégration niveau national. Ensuite, elle accroît l’efficience et la
du secteur financier et l’établissement d’un rentabilité des institutions financières en augmentant
l’échelle de leurs opérations. Enfin, en accroissant leur
48 Les auteurs de cette section sont reconnaissants pour l’aide reçue
compétitivité face à la concurrence internationale,
du personnel du département Moyen-Orient et Asie Centrale du FMI, elle garantit la survie des institutions financières
en termes de documents et commentaires. Notamment, les données
fondamentales et autres informations sur les développements dans la nationales et leur transformation en des acteurs de
région, ainsi que certaines suggestions d’ordre politique, proviennent stature régionale et mondiale. Ces avantages devraient
d’un document de travail du FMI publié par A. Tahari et al. (2007),
Financial Sector Reforms and Prospects for Financial Integration in se traduire par une meilleure croissance économique
Maghreb Countries, [Réformes du secteur financier et perspectives pour et une réduction de la pauvreté. Il a été estimé que le
l’intégration financière dans les pays du Maghreb], FMI Document de
travail /07/125. manque d’intégration dans les cinq pays du Maghreb
82 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

coûte entre 1 et 2 pour cent du PIB.49 En considérant pays par un réseau routier et ferroviaire, sont en train
que le PIB total pour la période 2005-2007 s’est élevé d’être examinés. Si ces projets se matérialisent, ils
à environ 266 milliards de dollars USD, une somme permettront de relancer le commerce et l’intégration
de quelques 3 à 5 milliards de dollars USD par an financière.
serait perdue à cause de ce manque d’intégration.
Par contraste, les pays du Maghreb semblent être En résumé, il existe un fort potentiel et un intérêt
davantage ouverts au commerce avec l’UE et les renouvelé pour l’intégration, mais un certain
États-Unis qu’au commerce entre eux. nombre d’obstacles doivent être levés dans de
nombreux domaines ; qu’il s’agisse des contrôles
Malgré des richesses en ressources naturelles relatifs à la circulation des biens et des capitaux ou
différentes, il existe cependant un certain nombre bien de la persistance du contentieux politique entre
de similitudes entre ces pays, ainsi que des l’Algérie et le Maroc. Étant donné la divergence
modèles similaires en termes d’avancement vers la et la complémentarité des richesses en ressources
mondialisation, la modernisation du secteur financier, naturelles de la région, et de sa relation géographique
la conformité et le respect des normes internationales et historique avec l’UE, un Maghreb intégré pourrait
et l’intégration financière internationale. Ceci est attirer d’importants afflux de capitaux en provenance
notamment démontré par la pénétration récente des de l’Europe et devenir aussi une destination de
banques étrangères dans les États du Maghreb. délocalisation pour des industries européennes en
quête de régions à faible coûts de production.
Ces dernières années, les cinq pays ont accompli
des progrès remarquables dans la mise en œuvre 4.2  Contexte macroéconomique
de réformes dans le secteur financier. Bien qu’à des
degrés divers, tous ont amélioré leur cadre juridique Comme le montre le tableau 4.1, il existe des
et réglementaire, recapitalisé les banques et renforcé différences et des similitudes en termes d’indicateurs
la solidité et l’efficience du secteur financier. En macroéconomiques entre les cinq pays. Le PIB total
profitant de ces réformes, les autorités de ces cinq des cinq pays s’élevait à près de 304 milliards de
pays ont pris des mesures au cours de ces dernières dollars USD en 2007, avec un revenu par habitant
années pour redynamiser l’intégration du Maghreb, d’environ 3 650 dollars USD. Cependant, la
une initiative lancée il y a maintenant près de 20 répartition des revenus est très disparate entre les
ans. En effet, un certain nombre d’idées, d’études et cinq pays. Le PIB par habitant de la Libye est plus
de programmes sont en attente d’xécution (Annexe du double de celui de l’Algérie et de la Tunisie, plus
4.1 : Plan d’action). Par exemple, deux projets du triple de celui du Maroc et dix fois plus important
d’infrastructure majeurs, consistant à relier les cinq que celui de la Mauritanie.

Tableau 4.1
UMA : variables sélectionnées 2005-2007, en moyenne
(en % du PIB sauf si indiqué autrement)
Pays membre Croissance Inflation Déficit Compte Réserves M2 Crédit
de l’UMA réelle budgétaire courant en mois privé*
d’importations (%) (%)
Algérie 3,9 3,5 13,1 23,1 29 60 8,4
Libye 6,3 2,7 34,6 46,2 48,8 37,3 7,8
Maroc 4,4 2,3 -3,3 2,5 7,9 100 56,6
Mauritanie 5,9 8,6 … … 2,1 31 25,2
Tunisie 5,1 3,2 -3,6 -2 5 59,9 64*

*Comprend le crédit aux entreprises publiques

49 D’après la remarque du Gouverneur Jouahri de la Banque centrale


du Maroc au cours de son discours lors d’une réunion du Forum des
marchés émergents africains à Rabat, au Maroc, le 8 avril 2008.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 83

Pays membre: Population PIB PIB par tête


de l’UMA (millions) (en milliards de dollars USD) (en dollars USD)
Algérie 32,9 115,3 3 400
Libye 6 50,6 8 433
Maroc 30,5 65,3 2 171
Mauritanie 2,8 2,5 892
Tunisie 10,2 31,9 3 124
Sources : Rapport Perspectives de l’économie mondiale autres données publiées par le FMI IFS

La croissance économique a varié en fonction des le 17 février 1989 à Marrakech. Pour en assurer le
cinq pays du Maghreb sur la période 2005-2007, avec suivi, six réunions au sommet se sont tenues entre
un écart de 4 à 6 pour cent, la Libye et la Mauritanie 1990 et 199450 afin d’établir les principaux objectifs et
enregistrant les meilleurs taux de croissance. Excepté buts de l’intégration de l’UMA. Lors de ces réunions,
la Mauritanie, qui a connu un taux d’inflation les autorités maghrébines se mirent d’accord sur
supérieur à 8 pour cent au cours de la période 2005- la structure de l’UMA ; signèrent quelques 36
2007, les quatre autres pays ont enregistré un taux conventions et accords ; et adoptèrent un programme
d’inflation annuel d’environ 3 pour cent. de mise en œuvre. L’un des objectifs principaux de ce
Traité concernait le développement d’une politique
Davantage de disparités existent dans les situations économique commune afin de favoriser la libre
budgétaires, qui enregistrent un excédent pour les circulation des biens, services et capitaux entre les
deux pays producteurs de pétrole (Algérie et Libye) cinq États membres. En particulier, lors de la réunion
et un déficit pour les autres. En ce qui concerne la au sommet de Ras Lanouf, en Libye, en 1991, une
Mauritanie, la situation budgétaire est incertaine stratégie pour l’intégration économique et financière
du fait d’un large excédent en 2006 et d’un déficit fut lancée. Cette stratégie visait à créer une union
en 2005 et 2007. De même, de par les exportations économique en établissant progressivement une
de pétrole, le compte courant affiche un excédent zone de libre-échange (ZLE), une harmonisation des
pour l’Algérie et la Libye et également pour le droits de douane et des réglementations douanières
Maroc (pays non producteur de pétrole), même et la création d’un marché commun. Elle prévoyait
s’il est plus modeste, et un déficit pour la Tunisie. également une intégration financière basée sur :
L’Algérie et la Libye ont accumulé de vastes réserves l’harmonisation des politiques budgétaires et
de devises, s’élevant à plus de l’équivalent de 2 monétaires, des réglementations juridiques et
années d’importations pour la première et de quatre financières, des systèmes de contrôle et des systèmes
ans pour la seconde. Le Maroc et la Tunisie ont des monétaires. Ces efforts devaient être complétés
réserves de devises équivalentes à moins d’une année par la création d’une banque commune (Banque
d’importations. Maghrébine) pour les investissements et le
commerce.
Le chômage constitue l’une des préoccupations
majeures des autorités maghrébines. Le taux de À la suite de la signature du Traité, la situation ne
chômage moyen en 2007 était estimé à environ progressa guère, surtout jusqu’en 2005. Sur les 36
11 pour cent en Algérie, 10 pour cent au Maroc et conventions, seules quelques-unes furent ratifiées et
14 pour cent en Tunisie. Les données officielles ne un nombre encore moins élevé fut mis en œuvre. Près
sont pas disponibles pour la Mauritanie et la Libye. de 20 ans après, il n’existe aucune ZLE, et les contrôles
Cependant, en 2006, le taux de chômage en Libye des changes sont toujours en place sur les transactions
était estimé autour de 30 pour cent. de capitaux entre les cinq pays, sauf que la Libye et
la Tunisie ont un accord bilatéral de convertibilité
4.3  L’historique de l’UMA et le chemin vers des devises. Une certaine harmonisation a eu lieu
l’intégration régionale dans le secteur financier, au fur et à mesure que les

Le Traité du Maghreb visant à créer l’Union du 50 Ces réunions au sommet eurent lieu à Tunis (janvier 1990),
Alger (juillet 1990), Ras Lanouf, en Libye (mars 1991), à Casablanca
Maghreb arabe (UMA) fut signé par les chefs d’État (septembre 1991), Nouakchott (novembre 1992) et Tunis (avril 1994).
84 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

pays ont introduit unilatéralement diverses normes Les autorités suivent maintenant une approche
dans les banques et autres institutions financières et différente pour promouvoir l’intégration régionale,
non financières dans le cadre de leurs programmes de qui est mise en œuvre dans trois secteurs différents : le
réformes financières au niveau national. De même, secteur du commerce et des échanges, le secteur financier
dans le cas de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie, et le développement du secteur privé. Pour chacun de
une certaine convergence des taux de change réels ces éléments, un pays chef de file a été désigné pour
effectifs s’est produite (voir Annexe 4.2). promouvoir l’intégration régionale. Ainsi, l’Algérie
est le chef de file pour le commerce et les échanges,
Il existe plusieurs raisons pour expliquer la lenteur de le Maroc pour le secteur financier et la Tunisie pour
ces progrès. Pour commencer, le Traité ne prescrivait le secteur privé. Des conférences annuelles axées sur
pas de feuille de route claire, avec des points de chacun de ces éléments se sont tenues en Algérie
référence et des délais, mais seulement des objectifs et (novembre 2005), au Maroc (décembre 2006), et en
buts à long terme. Il manquait donc de directives (ou Tunisie (novembre 2007). Une quatrième conférence
mesures incitatives) pour transformer ces objectifs annuelle sur le thème plus général de « l’intégration
en réalité, ou pour poursuivre/surveiller leur mise en régionale et la promotion des joint-ventures au
œuvre. Les raisons principales expliquant ce manque Maghreb » s’est tenue en Libye en novembre 2008.
de progrès étaient : des lacunes dans la coordination Les autorités sont conscientes de l’interdépendance
et la communication entre les cinq pays ; le manque du développement de ces trois secteurs identifiés
d’infrastructures physiques adéquates au niveau dans le cadre de l’intégration et s’efforceront de les
régional, telle que les routes ; et le contentieux développer en parallèle.
politique entre le Maroc et l’Algérie. Il se peut
également que, depuis la signature du Traité, les Le FMI a joué un rôle de catalyseur pour pousser
autorités de chaque pays aient été très préoccupées ces pays à adopter une nouvelle approche envers
par la consolidation de la stabilité macroéconomique l’intégration. Lors de sa visite dans la région en
et la poursuite des réformes structurelles introduites mars 2005, M. Rodrigo de Rato, alors directeur
dans les années 80, et que donc l’intégration régionale général du FMI, avait proposé d’accélérer les efforts
ne se soit pas classée très haut dans l’ordre de priorité vers l’intégration et offert le soutien actif de son
de leurs objectifs immédiats. institution. Le FMI a par la suite participé aux quatre
conférences de haut niveau sus-mentionnées, qui
Cette période a également vu la mise en œuvre par étaient toutes co-présidées par l’équipe de direction
les autorités de mesures nationales, telles que la du FMI.51 Chaque conférence a été suivie de réunions
libéralisation financière et l’introduction de normes techniques entre les autorités des pays et le personnel
et principes internationaux, destinées à améliorer la du FMI.
solvabilité du secteur financier, bancaire notamment.
Là encore, l’intégration fut reléguée au second plante. 4.4  Structure du secteur financier
Il est également possible que le rôle prédominant du
pétrole dans deux des cinq pays ait amené ces pays 4.4.1  Le secteur bancaire
à minimiser les avantages qu’aurait pu leur apporter
l’intégration régionale. Au fil du temps, et comme Au sein de l’UMA, les banques représentent le plus
l’ont fait remarquer les responsables de l’UMA, vaste segment du secteur financier. Leur importance,
la plupart des conventions relatives au Traité de en termes de proportion des actifs financiers contrôlés,
l’UMA sont devenues obsolètes et nécessitent à varie d’environ 60 pour cent au Maroc (70 pour
présent d’être examinées à nouveau. Avec une cent en 2008) à près de 93 pour cent en Algérie. En
stabilité macroéconomique bien établie, et des Algérie et en Libye, les banques publiques dominent
réformes dans le secteur financier (voir ci-dessous)
en place, les autorités maghrébines sont à présent 51 Les conférences sur « la réforme et l’intégration du secteur
financier » à Rabat et Alger étaient co-présidées par le directeur général
mieux disposées pour concentrer leur attention sur du FMI, M. Rato, alors que la troisième conférence à Tunis était co-
l’intégration régionale. présidée par le directeur général adjoint, M. M. Portugal. La quatrième
conférence en Libye était co-présidée par le directeur général du FMI, M.
Dominique Strauss-Kahn.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 85

le secteur bancaire, alors qu’au Maroc et en Tunisie, contrôlent plus de 90 pour cent de la totalité des actifs
il s’agit de banques privées nationales et de banques financiers ; alors qu’en Mauritanie, la plupart des
contrôlées par des capitaux étrangers (voir Tableau banques ont été privatisées au profit d’investisseurs
4.2). En Algérie et en Libye, les banques publiques nationaux.

Tableau 4.2
UMA : structure du système financier, 2006
(en % de la totalité des actifs sauf si indiqué autrement)

Secteur financier non bancaire


Banques
Banques commerciales
Total du Nombre
secteur de
Pays Nbre de
Fonds financier
membre de Banques Compagnies Autres banques
de Actifs Nbre banques
contrôlées
l’UMA Publiques Privées Total spécialisées d’assurances institutions
total publiques
pension (en millions par des
de dollars capitaux
USD) étrangers
Algérie 83,4 9,4 92,8 … 2,8 … 4,4 24 700 19 19 0
Libye … … … … … … … 25 019 17 5 0
Maroc 35,3 24,4 59,7 11 10,6 15,6 3,1 38 810 16 5 5
Mauritanie … … 88,2 … 5 … 6,8 410 10 1 0
Tunisie 30,6 39,1 69,7 3 3,4 6,5 17,4 20 538 24 … 5

Sources : autorités nationales et estimations du personnel de la Banque et du Fonds.

Globalement, le secteur financier au sein de l’UMA tunisiennes ont établi des succursales dans l’UE, alors
n’est pas très développé. Pendant la période 2006- que certaines banques marocaines sont présentes
2007, le crédit, en tant que pourcentage du PIB, a dans d’autres pays africains (tels que le Sénégal).
varié d’environ 70 pour cent au Maroc et en Tunisie
à environ 20 pour cent dans les trois autres pays du Le processus d’intégration régionale des banques
Maghreb. De manière similaire, le ratio M2/PIB a et des institutions financières au sein du Maghreb
varié de 8,4 pour cent en Algérie à environ 60 pour est bien établi. Par exemple, il existe des filiales
cent en Tunisie.52 D’autre part, l’accès au secteur de banques marocaines en Tunisie (par ex. AXIS
financier est limité. Ainsi, au Maroc et en Tunisie, le Capital, une filiale de la Banque Marocaine du
nombre d’habitants pour chaque guichet de banque Commerce Extérieur (BMCE) et Attijari Bank, une
est d’environ 11 000 alors qu’en Algérie il est de plus filiale du groupe bancaire marocain Attijawafa Bank),
du double ; en Mauritanie il est d’environ 40 000 des filiales de banques et d’institutions financières
habitants par guichet de banque. tunisiennes en Algérie (Tunisia Leasing, une filiale
de Tunisia Leasing Group et Amen Leasing, une
La présence de banques étrangères dans la région filiale de Amen Bank), la Banque Tuniso-libyenne
du Maghreb est substantielle, notamment au Maroc (BTL) en Tunisie, une filiale de BTL en Tunisie
et en Tunisie, qui comptent chacun cinq banques (North Africa International Bank – NAIB), et
étrangères. Les banques étrangères comptent pour une banque d’investissement algérienne en Tunisie
26 pour cent des actifs totaux du Maroc, suivi par (International Market Bank – IMB). Les autorités
la Tunisie avec 19 pour cent et la Mauritanie avec 8 marocaines et tunisiennes ont signé un Protocole
pour cent. Inversement, les banques marocaines et d’accord pour la supervision transfrontalière de la
succursale de la banque marocaine en Tunisie.
52 Comme déjà noté dans la section sur le COMESA, ces ratios sont
bien inférieurs aux taux considérés comme bénéfiques à la croissance du
PIB et protégeant la diversification de la production.
86 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Institutions de microfinance Le secteur de la quatre opérateurs éliminés d’acheter des titres sur le
microfinance est en pleine croissance en Afrique,53 marché secondaire.
y compris dans la région du Maghreb. Dans le cas
du Maroc, on estime que la microfinance touche Au Maroc et en Tunisie, il y a une limite de 20 pour
actuellement environ 1,5 million de personnes cent du montant des bons du Trésor détenu par
avec des actifs de près de 500 millions d’euros. des non-résidents. Le raisonnement qui sous-tend
En Tunisie, le secteur de la microfinance connaît cette limitation n’est pas très clair, car il est dans
une croissance rapide, alors qu’en Algérie, il est l’intérêt des deux gouvernements d’élargir le marché
associé aux programmes sociaux mis en place par boursier et de diminuer les coûts supportés par les
le gouvernement. En Mauritanie, le secteur de la gouvernements. Cette limitation est un exemple
microfinance a explosé à la suite d’une législation des obstacles juridiques qui se dressent sur la voie
en 1998 et ce secteur dépend lourdement de l’aide de l’intégration des marchés des capitaux au sein de
étrangère pour ses opérations. Il n’existe que très l’UMA. Conscientes de cet obstacle, les autorités
peu d’informations disponibles sur la structure de ces tunisiennes envisagent d’éliminer cette limitation
IMF ou sur leurs opérations financières, y compris les sur les participations étrangères.
taux de change facturés aux clients. Il est probable,
comme il a été déjà remarqué dans le chapitre sur Dans l’ensemble, le secteur des assurances n’est pas
le COMESA, que les taux de prêt sont assez élevés. bien développé dans la région de l’UMA, excepté au
Étant donné la croissance des IMF, il y a un besoin Maroc. La plus grande partie du secteur des assurances
urgent de développer un cadre de réglementation et au sein de l’UMA concerne l’assurance automobile.
de supervision approprié pour ces institutions. Au Maroc, le secteur des assurances représente
environ 16 pour cent de la totalité des actifs (en 2007)
4.4.2  Secteur financier non bancaire : fonds et comprend les assurances et réassurances. Les trois
de pension et compagnies d’assurances plus grandes compagnies dominent l’industrie et le
secteur hors assurance-vie génère plus de 70 pour cent
Assurances et fonds de pension Les banques des activités totales. Les compagnies d’assurances
spécialisées, les compagnies d’assurances et les fonds et les fonds de pension sont considérés comme des
de pension sont très bien développés au Maroc et, secteurs clés pour le développement des marchés des
dans une moindre mesure, en Tunisie. Au Maroc, le capitaux. Tant que les compagnies d’assurances et les
secteur des assurances représente 11 pour cent des fonds de pension investissent dans les titres à moyen
actifs totaux, ce qui est en adéquation avec d’autres et long terme pour mettre en adéquation les actifs
marchés, tels que le Mexique (8 pour cent) et la et les passifs, leur présence est importante pour le
Pologne (10 pour cent). Au Maroc, les compagnies développement des titres à long terme, qu’ils soient
d’assurances et les fonds de pension alignent la publics ou privés.
plupart de leurs exigibilités sur des titres d’État. Les
compagnies d’assurances, fonds de pension et les De même, à l’exception du Maroc, les fonds de
banques sont aussi les principaux détenteurs des pension en sont à un stade embryonnaire dans les pays
bons du Trésor, qui sont sous forme dématérialisée du Maghreb. Au Maroc, le secteur se développe grâce
(système d’écriture comptable), et il n’existe que très aux placements des assurances, aux entreprises non
peu d’activités sur les marchés secondaires. Afin de financières et fonds de pension. En Tunisie, le secteur
développer davantage les activités sur les marchés financier non bancaire est largement représenté par
secondaires, les autorités marocaines envisagent un certain nombre de fonds mutuels, de sociétés de
de réduire le nombre d’opérateurs sur le marché capital-risque et de quelques fonds de pension.
primaire de 12 à 8, dans l’objectif d’encourager les
4.4.3  Les marchés des valeurs mobilières
53 Comme c’est aussi le cas dans le COMESA et la SADC, les IMF
dans la région du Maghreb pourraient croître et s’implanter dans la région
en ouvrant des succursales ou en rachÉtantdes IMF dans les pays voisins. Il en existe en Algérie, au Maroc et en Tunisie
Il est de plus en plus admis qu’un certain cadre de réglementation et de (Tableau 4.3). Par comparaison avec de nombreux
supervision devrait être mis en place pour accroître la transparence des
IMF et garantir leur solvabilité. autres pays, les marchés des valeurs mobilières du
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 87

Maghreb sont de petite taille. Par exemple, la Bourse En 2007, la capitalisation du marché a augmenté de
égyptienne, qui est la plus grande de la région de 18 pour cent en passant de 5,5 milliards de dinars
l’Afrique du Nord, a deux fois plus de capitaux que tunisiens à 6,5 milliards et le volume des échanges
les trois autres Bourses de l’UMA réunies. La Bourse s’est accru de 23 pour cent pour atteindre 915
marocaine est de loin la plus vaste en termes de millions de dinars tunisiens.
capitaux, de nombre de sociétés cotées en Bourse et
de valeurs échangées. La croissance rapide des marchés boursiers marocain
et tunisien envoie le signal puissant d’une forte
Néanmoins, il est important de souligner la demande en marchés des capitaux actifs dans la région.
croissance rapide de la Bourse marocaine au cours Selon les autorités marocaines, et après avoir pris en
de la période 2005-2007. Durant ces trois années, le compte le risque potentiel lié aux taux de change,
nombre des sociétés cotées en Bourse a augmenté de une convergence a eu lieu entre les taux d’intérêt
53 à 73 (pour atteindre 76 en 2008), tanids que sa des valeurs au Maroc et en Tunisie. L’ouverture
capitalisation a plus que doublé en passant de 252 des deux marchés encouragerait certainement une
milliards de dirhams à 586 milliards au cours de la progression de l’intégration des capitaux. Dans ce
même période. Le montant des valeurs échangées contexte, le Maroc et la Tunisie pourraient relier
a également presque triplé en 2007 pour atteindre électroniquement les deux marchés boursiers afin
360 milliards de dirhams.54 De même, la Bourse d’élargir le développement des marchés des capitaux
tunisienne a entregistré une excellente performance au sein de l’UMA. Il existe cependant des obstacles à
en 2007.55 La mesure introduite en Tunisie en 2005, ce développement, du fait des contrôles des capitaux
pour réduire le nombre d’exigences en matière actuels, qui dissuadent les résidents d’investir à
d’informations et de certifications entre les sociétés l’étranger, y compris dans la région du Maghreb.
cotées en Bourse et celles qui ne le sont pas, a Un autre obstacle, qui n’est pas directement lié aux
contribué au développement du marché. En outre, contrôles des capitaux, est la réticence des sociétés
la récente introduction d’une nouvelle plateforme de l’UMA à être cotées sur des marchés boursiers
d’échange et d’un nouveau département chargé des étrangers.
PME a attiré davantage d’affaires vers la Bourse.

Tableau 4.3
UMA : marchés boursiers, 2007
Pays Nombre de sociétés cotées Capitalisation du marché Valeur échangée
(en millions de dollars (en millions de dollars
USD) USD)

Algérie 2 97 0,207

Égypte 435 138 828 64 772

Maroc 73 75 495 22 009

Tunisie 51 5 339 727

Sources : Bourses du Maroc et de la Tunisie.

54 La Bourse marocaine apporte actuellement une assistance


technique.
55 L’équipe était également informée que les exigences en termes
de transparence financière (normes comptables) sont considérées
comme étant onéreuses en Tunisie et représentent l’un des obstacles au
développement du marché boursier.
88 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

4.5  Bilan de l’infrastructure de soutien au des systèmes de paiement, des cadres juridiques et
secteur financier systèmes d’information – est fournie ci-dessous.
Comme indiqué dans le tableau 4.4, et selon des
4.5.1  Supervision et réglementation du données de 2005,57 toutes les banques de l’UMA se
secteur bancaire trouvaient au-dessus du seuil minimum d’adéquation
des fonds propres de 8 pour cent fixé par Bâle I.
Selon les informations recueillies dans une étude du Certaines des banques (en Mauritanie, Algérie et
FMI56, et reposant sur des rapports d’évaluation de la Libye) avaient un vaste portefeuille de PNP (prêts
stabilité du système financier (FSSA), la solvabilité non productifs) acquis à la suite des divers exercices
générale du secteur bancaire de l’UMA s’est de restructuration. Même si des provisions pour
considérablement améliorée ces dernières années. une partie de ces prêts ont été faites, ces PNP ont
Tous les pays ont entrepris une restructuration agi comme une contrainte sur la rentabilité et la
bancaire complète et adopté les normes performance des banques, comme démontré par le
internationales en se rapprochant de la conformité taux de rentabilité économique (ROA) relativement
avec les Principes fondamentaux de Bâle I. L’analyse bas pour les cinq pays. En Tunisie, où le ratio des
de l’infrastructure de soutien au secteur financier – en PNP par rapport aux prêts bruts est relativement
termes de supervision du secteur bancaire, du secteur élevé (21 pour cent), le mécanisme de gestion du
des assurances, des marchés des valeurs mobilières, risque ne fonctionnerait pas bien.

Tableau 4.4
UMA : indicateurs de solvabilité financière pour les banques commerciales, 2005
(fin de période, %)
Pays membre de Suffisance de Taux PNP/prêt Provisions pour Rentabilité Croissance du crédit
l’UMA capital bruts les PNP (ROA) en termes réels entre
2000-2005
Algérie 12,9 32,4 55,6 0,4 100,7
Libye* ... 25 ... ... 26,1
Maroc 11,5 15,7 67,1 0,5 32,2
Mauritanie 1/ 22,2 46 ... ... 33,7
Tunisie 10,7 20,9 46,4 0,6 30

Sources : FMI / WP : autorités nationales ; et estimations du personnel des banques et du Fonds.
* selon les chiffres de 2004, excepté la croissance réelle du crédit.

En termes de conformité avec les Principes de Bâle I est en cours de mise à jour. Les banques centrales
(Tableau 4.5), il existe une convergence et une plus d’Algérie et de Mauritanie sont relativement moins
grande conformité au Maroc et en Tunisie et, dans une indépendantes, alors que le cadre de supervision
moindre mesure, en Algérie et en Mauritanie. Dans dans son ensemble est plus développé au Maroc et
le cas de la Libye, aucun Programme d’évaluation du en Tunisie. L’impression générale est que les pays ont
secteur financier (PESF) n’a été réalisé et, de ce fait, dans leur ensemble essayé de mettre en œuvre les
des chiffres comparables relatifs à la solvabilité des recommandations contenues dans les évaluations
banques ne sont pas publiés. L’évaluation de l’Algérie FSSA et ont amélioré la solvabilité de leurs systèmes
est relativement ancienne, alors que celle du Maroc bancaires.

56 A.Tahari, P. Brenner, E. De Vrijer, M. Moretti, A. Senhadji, G.


Sensenbrenner & J. Sole (2007) Financial Sector Reforms and Prospects
for Financial Integration in Maghreb Countries [Réformes du secteur
financier et perspectives pour l’intégration financière dans les pays du 57 Dernières informations publiées disponibles au moment de la
Maghreb] ; document de travail du FMI WP/07/125 : compilation de ce rapport.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 89

Tableau 4.5
UMA : conformité avec les Principes fondamentaux de Bâle
Principes Algérie : 12/2003 Mauritanie : 4/2007 Maroc : (2008 Tunisie : 5/2006
fondamentaux prélim.)

Objectifs, Indépendance limitée. Le cadre institutionnel officiel Bonne autonomie. Bonne autonomie.
indépendance, n’est pas bien développé.
pouvoirs et Le gouverneur et le Conseil de Pas de contrat à
ressources des crédit monétaire n’ont pas de Une certaine indépendance durée déterminée
autorités mandat à durée déterminée. mais le licenciement du pour le gouverneur.
gouverneur n’est pas clair.
Les raisons du licenciement ne
sont pas divulguées. Influence du conglomérat
économique.

Aucune protection juridique


pour l’autorité de supervision.
Agrément et Le capital minimum n’est Les critères ne sont pas alignés Les critères Les critères sont bien
structure de souvent pas payé en totalité. sur les PFB et il n’existe aucune d’agrément sont définis.
l’actionnariat obligation d’évaluer le capital conformes aux PFB.
Les informations sur d’origine.
l’actionnariat sont imparfaites.
Le contrôle des capacités et
Toutes les données/infos ne sont compétences du directeur n’est
pas fournies. pas satisfaisante.

Les banques ne peuvent pas


ouvrir de filiales.
Exigences et Pas de vérification courante. Pas de relevé de revenu ni de Une réforme des Le ratio d’adéquation
réglementations bilan consolidés. Gestion du réglementations des fonds propres
prudentielles Les politiques de prêt se basent risque faible. régissant la doit être calculé
insuffisamment sur l’évaluation classification et le sur une base
de risque et le recouvrement. Pas d’AML. provisionnement des consolidée. Les règles
prêt a été accomplie. de classification
Pas de contrôles internes pour des prêts sont
les banques. Pas de procédures L’AML est en cours conformes aux
anti-blanchiment d’argent de mise en œuvre. bonnes pratiques ; les
(AML). provisions pour pertes
sur prêts sont faibles
(ceci a été corrigé).
Méthodes de Ressources insuffisantes. Les Aucune supervision consolidée. Doit intensifier les Le cadre pour une
supervision informations sur l’appartenance Pas de réunions régulières entre contacts avec les supervision interne et
bancaire directe/indirecte des banques les gérants et directeurs de gérants, directeurs externe est adéquat.
continue sont irrégulières. banques. de banque et les
auditeurs externes.
Normes Le plan comptable présente de Les banques ne suivent Un nouveau plan Respecte largement
comptables sérieuses lacunes. pas les normes comptables comptable a été les normes
internationales. établi. comptables
internationales.
Mesures Les autorités ne prennent pas de La mise en application doit être L’autorité de La mise en œuvre
correctives mesures correctives immédiates. renforcée. supervision doit doit être renforcée.
être renforcée et
l’influence du MOF
doit être réduite.
Contrôle des Doit être renforcé grâce à un La banque centrale n’est pas Les informations Aucun groupe
opérations meilleur partage des infirmations autorisée à signer des accords sur le change bancaire tunisien
bancaires avec les principaux partenaires avec des autorités de contrôle sont soumises à n’a de succursales à
transfrontalières du secteur bancaire du pays. étrangères pour échanger des l’approbation d’une l’étranger. Cependant
informations. convention. aucun accord n’a été
signé.
90 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

La supervision bancaire est en place dans tous les pays assurances semble moins adéquate, du fait d’un
de l’UMA qui ont accompli des progrès tangibles manque de ressources financières et humaines, y
dans le renforcement des pouvoirs et des capacités des compris des superviseurs qualifiés. Dans le cas du
autorités de supervision. En Algérie, la supervision Maroc, à la suite d’une restructuration majeure de
bancaire est effectuée par la Commission bancaire, l’industrie en 1995, une nouvelle législation fut
alors que dans les autres pays, la banque centrale est introduite, établissant des exigences de réserve
chargée de la surveillance du système. En 2006, le similaires à celles des banques. D’autre part, la
Maroc a établi une commission pour coordonner supervision des marchés des capitaux au Maroc et
les agences de supervision du secteur financier. Au en Tunisie est tout à fait appropriée. Chaque pays
niveau régional, un comité de supervision a établi a été prié de préparer un rapport sur son statut de
un rapport sur les mesures à prendre pour être en conformité avec les principes OICV.
conformité avec Bâle II. Les autorités marocaines
envisagent d’adhérer aux principes de Bâle II en 2011. 4.5.3  Supervision et réglementation des
En Tunisie également, les autorités ont exprimé leur marchés des valeurs mobilières
intention d’adhérer à Bâle II, mais aucune mesure
concrète n’a été prise jusqu’à présent. Il est utile de Pour encourager le développement et l’éventuelle
rappeler ici que le Maroc et la Tunisie ont signé un intégration des marchés de capitaux du Maghreb, il
accord transfrontalier pour permettre à la banque est essentiel que le cadre juridique, réglementaire et
marocaine de s’implanter en Tunisie. D’autre part, institutionnel qui les régit soit renforcé et conforme
les autorités semblent se réunir de temps en temps aux normes internationales. Cela contribuera à attirer
afin de discuter d’affaires communes et des critères une participation accrue des investisseurs nationaux
de convergence. et étrangers. Une conformité totale aux principes
de l’OICV et une coopération transfrontalière
Bien que la supervision du secteur bancaire soit seront essentielles pour garantir l’intégrité et la
satisfaisante dans son ensemble, la performance et la réputation des marchés boursiers et limiter les
mise en application sont quelque peu irrégulières. Par risques aux investissements et à la réputation. Une
exemple, l’étude du FMI58 remarque que dans certains future intégration des marchés boursiers de l’UMA
pays, la fréquence de la supervision est insuffisante pourrait être facilitée si les réunions entre les
pour garantir une surveillance adéquate. Cette étude opérateurs boursiers et leurs superviseurs pouvaient
rapporte également que la surveillance externe repose s’intensifier. Les autorités devraient également
souvent sur des données incohérentes provenant de étudier la possibilité de lever les restrictions pesant
sources variées. Les pouvoirs de sanction des autorités sur la participation étrangère en matière de détention
de supervision doivent être renforcés en Algérie, en des bons du Trésor et les limites quantitatives sur les
Libye et en Mauritanie. De même, il n’existe aucun allocations d’investissements par les fonds de pension
accord officiel sur le partage d’information avec des et les compagnies d’assurances. Un développement
agences de supervision étrangères, sauf qu’au Maroc, intéressant, qui peut ouvrir la voie à des mesures plus
la législation bancaire stipule que les autorités du pays audacieuses, est l’ouverture d’une filiale de Tunisie
d’origine doivent être consultées lorsque des banques Valeurs à la Bourse du Maroc.
étrangères déposent des demandes d’agrément.
Comme il a été souligné dans une précédente section
4.5.2  Supervision et réglementation du de ce rapport, le développement des marchés de
secteur financier non bancaire capitaux dans la région devrait figurer au premier
rang des priorités dans tout plan relatif à l’intégration
Selon les évaluations de la stabilité du système régionale. À cet égard, une étude spécifique sur
financier (FSSA), la supervision du secteur des l’opportunité et la faisabilité de l’intégration des

58 A. Tahari et al. (2007) Financial Sector Reforms and Prospects


for Financial Integration in Maghreb Countries [Réformes du secteur
financier et perspectives pour l’intégration financière dans les pays du
Maghreb] ; FMI Document de Travail/07/125.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 91

marchés boursiers du Maroc et de la Tunisie devrait (2007) le fait remarquer, « ils donnent un cadre à la
être effectuée. réglementation et à la supervision du système et de
ses composants, déterminent de nombreux aspects de
4.5.4  Réforme et réglementation des l’infrastructure du secteur financier et régissent tous les
systèmes de règlement et de paiement aspects liés aux transactions dans le système ».60 Des
progrès appréciables ont été accomplis dans les États
À l’heure actuelle, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie du Maghreb depuis les années 90 pour moderniser
ont mis en place des systèmes RBTR (règlement les lois et réglementations régissant l’intermédiation
brut en temps réel) ; et la Libye œuvre pour en financière. Néanmoins, certains d’entre eux ne
mettre un en place dans un futur proche. L’Algérie a respectent pas entièrement les bonnes pratiques
introduit une chambre de compensation automatisée et normes internationales et d’autres nécessitent
pour les paiements de sommes importantes, et des peut-être davantage de réformes,61 notamment ceux
systèmes similaires sont en place ou sont en cours concernant la rapidité des procédures judiciaires
d’installation dans d’autres pays. Des réformes ont relatives aux faillites et saisies, les coûts de mise
également été mises en œuvre afin de combler d’autres en application des décisions et la formation des
lacunes dans les systèmes de paiement, telle qu’une magistrats dans les affaires commerciales. En Algérie,
intégration médiocre entre les banques centrales et Libye et Mauritanie, il n’existe aucune loi moderne
les banques commerciales et les longs retards dans sur la faillite ; alors qu’au Maroc et en Tunisie, des
le règlement.59 Ces systèmes sont conformes aux tribunaux de commerce ad hoc ont été mis en place
normes internationales et réduisent les risques de pour gérer les problèmes du secteur financier.
règlement. Cependant, la plupart des paiements sont
encore effectués en liquide, l’utilisation des chèques 4.5.6  Systèmes d’information pour la
et cartes de crédit ne se développant que lentement réglementation du secteur financier
dans la région. Il existe encore des retards et des
flottements monétaires importants dans les systèmes Deux composants du système d’information sont
de paiement domestiques, notamment en Algérie, pertinents au secteur financier : les normes comptables
en Libye et en Mauritanie. Le système de paiement qui régissent l’élaboration et la communication
est l’un des domaines nécessitant des ressources des états financiers et l’information sur le crédit, sur
considérables pour se développer davantage dans les laquelle repose l’automatisation de l’analyse de crédit
pays de l’UMA. dans les opérations bancaires modernes.

Au niveau régional, un système de paiement de Les normes comptables Au niveau international,


l’UMA a été lancé dès la mise en œuvre du Traité les normes comptables correspondent à présent aux
de l’UMA. Ce système aurait permis aux pays de normes IFRS (normes internationales d’information
l’UMA de régler les paiements par le biais des financière) et les normes IAS (normes internationales
banques centrales nationales en devises convertibles. d’audit). Au Maroc comme en Tunisie, les normes
Cependant, tous les pays n’ont pas ratifié ce système, IFRS ont été introduites, bien qu’en Tunisie cette
qui n’a jamais été utilisé. Il a été dit que ce système exigence ne s’applique qu’aux conglomérats. Les
était trop encombrant et compliqué. Un travail est autorités tunisiennes ont fait observer qu’aucun
en cours pour simplifier ce système et le rendre plus pays n’applique réellement les seules normes IFRS,
attrayant aux pays membres de l’UMA. ni pour toutes les entreprises. Elles ont fait valoir
que les entreprises doivent remplir des formulaires
4.5.5  Cadre juridique pour la supervision du séparés et différents relatifs aux normes comptables
secteur financier et exigés par les autorités fiscales. Par conséquent,
elles affirment que, si elles devaient se conformer
Les cadres juridiques sont au cœur du secteur et préparer des relevés compatibles aux IFRS, cela
financier. Comme le rapport de la Banque mondiale
60 Banque mondiale (2007), op. cit., p 21.
59 FMI/WP, op. cit. 61 FMI/WP, op. cit.
92 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

mettrait une pression administrative inutile sur les qui concerne les étapes de l’IFR mentionnées dans
petites entreprises. À cet égard, elles attendaient avec le chapitre d’introduction, les cinq pays ont satisfait
impatience la publication de la brochure « IFRS for aux conditions préalables requises pour former une
Small and Medium-Sized Entities » [Les normes IFRS zone financière régionale intégrée. Ils semblent
pour les petites et moyennes entreprises], qui pourrait également avoir mis en œuvre les mesures requises
résoudre ce dilemme. Dans d’autres pays, les normes à l’étape I, sauf que pour certains pays, des efforts
internationales sont en train d’être mises en œuvre. supplémentaires doivent être fournis pour améliorer
Généralement, la formation dans le domaine de le système de paiement.
l’audit et de la comptabilité est toujours limitée dans
la région du Maghreb et l’assistance internationale Ainsi, la région dans son ensemble est sur le point d’achever
sous forme d’ateliers pourrait renforcer l’obligation de l’harmonisation requise par l’étape II de la feuille de route.
rendre des comptes et la transparence des entreprises Cependant, au-delà de cette étape, les conditions
de la région. individuelles des différents pays sont trop divergentes
pour que ceux-ci puissent être classés dans une seule
Information sur le crédit La disponibilité de catégorie qui progresserait sur la feuille de route vers
l’information sur le crédit est un avantage considérable l’intégration totale. Le Maroc et la Tunisie pourraient
pour les emprunteurs comme pour les prêteurs.62 En être considérés comme ayant mis en œuvre la plupart
ce qui concerne l’information sur le crédit, les cinq des mesures nationales nécessaires pour passer à
pays possèdent tous un registre public du crédit, mais, l’étape III (l’étape de coopération). Ils peuvent aider
selon l’étude du FMI sus-mentionnée, l’accessibilité d’autres pays à achever le processus de la deuxième
et la qualité des informations pourraient être étape pour que ces derniers les rejoignent dans une
améliorées dans toute la région, parallèlement à des zone financière intégrée et élargie correspondant
mécanismes de sauvegarde appropriés pour protéger à l’Étape III (Tableau 4.6). Mais même dans cette
le consommateur et les données. En outre, il n’existe période intermédiaire, les deux pays ont quelques
aucune agence privée d’évaluation du crédit. Le mesures communes qu’ils devraient mettre en œuvre
Maroc envisage d’instituer une telle agence en 2009 immédiatement.
en plaçant sa base de données d’informations sur le
crédit sous gestion privée. L’une de ces mesures est l’accélération de la création
d’une zone de libre-échange (ZLE) efficace et
4.6  Évaluation des progrès de l’UMA envers la suppression des contrôles des taux de change
l’intégration du secteur financier interrégionaux. Alors que la première mesure est un
processus complexe et requiert un examen détaillé
L’examen ci-dessus de la structure et de l’évolution du des actions à entreprendre, y compris d’éventuelles
secteur financier des cinq pays membres indique que, mesures « compensatoires » pour contrebalancer
malgré l’existence de l’UMA depuis près de 20 ans, les coûts sociaux de la libéralisation, il n’existe
il n’y a guère eu d’intégration concrète. Cependant, aucune justification économique pour retarder la
dans le secteur financier, grâce à des réformes libéralisation des taux de change interrégionaux, y
financières internes, une harmonisation importante compris la libéralisation des comptes de capital. Ces
s’est manifestement opérée au fur et à mesure que contrôles constituent un sérieux obstacle sur le chemin
les pays adoptaient de normes de supervision, de de l’IFR et plus vite ils seront supprimés, meilleures
comptabilité et autres dispositions de réglementation seront les perspectives d’avancement de l’IFR dans
internationalement admises. En outre, la réalisation la région. Conjuguées à des mesures pour renforcer
et le maintien de la stabilité macroéconomique a davantage les bourses du Maroc et de la Tunisie
réduit la « distance économique » entre les pays, et les relier entre elles, ces mesures initiales seules
notamment entre le Maroc et la Tunisie, même s’ils pourraient attirer des flux de capitaux qui pourraient
sont à la traîne pour ce qui est de la convergence à leur tour donner de l’élan à l’intégration.
des indicateurs économiques essentiels. Ainsi, en ce

62 Banque mondiale (2007), op. cit., p 48.


L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 93

Tableau 4.6
UMA : étapes de l’intégration financière régionale atteintes par les pays
Pays membre de l’UMA Étape I : Étape II  : Étape III  :
Algérie X
Libye X
Maroc X
Mauritanie X
Tunisie X

Alors que les pouvoirs publics peuvent assurer l’UMA. Parmi ces obstacles, il a mentionné le
l’environnement propice à l’intégration, manque d’infrastructures de transport, le manque de
l’intégration réelle se produira probablement financements appropriés pour le commerce régional,
dans le secteur privé, car la plupart du secteur les taux de change et la non-convertibilité des devises
financier est à présent détenu par des capitaux locales. Ses recommandations principales étaient
privés. Les autorités du Maghreb ont admis notamment les suivantes : la suppression de tous les
ce point et ont attribué un rôle important au contrôles des taux de change ; l’harmonisation des
secteur privé. Lors de la réunion qui s’est tenue codes des investissements et des régimes juridiques
en novembre 2007 en Tunisie, et en se basant et de supervision ; et l’établissement de sytèmes
sur une étude effectuée en 2007, le syndicat des d’information sur le crédit et d’autres systèmes
employeurs Union maghrébine des employeurs d’information qui soient aisément accessibles pour
(UME) a soulevé un certain nombre de questions les opérateurs du marché. L’accent a également
relatives aux obstacles à l’intégration de l’UMA été mis sur l’importance du partage d’information
et a dressé une liste de recommandations sur la entre les organisations financières et non financières
manière de supprimer ces obstacles et d’accélérer privées (voir Encadré 4.1 ci-dessus).
le rythme vers la réalisation de l’intégration de

Encadré 4.1 : Intégration de l’UMA : recommandations pour le secteur privé


En se basant sur une étude effectuée en 2007, L’Union maghrébine des employeurs (UME) du secteur privé
a soulevé quelques points intéressants, relatifs aux obstacles rencontrés par le processus d’intégration de
l’UMA et a dressé une liste de recommandations pour accélérer les progrès dans cette direction.

L’UME énumère certaines des initiatives principales à prendre sans attendre pour avancer dans ce domaine.
Certaines des initiatives les plus pertinentes sont les suivantes :
1. Harmonisation des « Codes d’Investissements » dans les cinq pays ;
2. Création d’un « guichet unique » et de procédures similaires pour les investisseurs ;
3. Suppression de tous les contrôles et introduction de la libre circulation des capitaux et de la main-d’œuvre;
4. Développement de l’infrastructure pour faciliter la libre circulation des capitaux et de la main-d’œuvre ;
5. Harmonisation des régimes juridiques et réglementaires dans le domaine des investissements, des taux de change et
du financement. La création d’un « Fonds d’Investissements Communs pour la région du Maghreb » a été proposée ;
6. Développement et formation du personnel et des responsables chargés des investissements des PME ;
7. Coopération avec les institutions de l’UMA pour le partage d’informations et de savoir-faire concernant des
intérêts communs ;
8. Apport d’informations surn le crédit aux investisseurs afin de minimiser les risques d’investissement ;
9. Intensification des réunions entre les diverses associations et organisation de séminaires sur les problèmes relatifs
aux investissements ;
10. Développement d’un système d’information facilement accessible pour les opérateurs du marché ;
11. Création d’une école spécialisée pour former les opérateurs économiques ;
12. Promotion des formations et apprentissages dans des associations professionnelles spécialisées destinées aux
opérateurs économiques.
94 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

À la suite d’une réunion en 2006 au Maroc à propos pas se marginaliser dans ce processus, surtout que
de l’intégration du secteur financier, les experts une UMA financièrement intégrée pourrait être
des cinq pays se sont rencontrés sous la présidence une destination attrayante pour les IDE européens
marocaine, pays chef de file dans ce domaine, et et autres, en plus d’être une destination possible
ont élaboré un plan d’action concernant les réformes d’implantation pour les multinationales cherchant
du secteur financier du Maghreb (voir Annexe 4.1) à à délocaliser leur processus de production. En
mettre en œuvre par ces cinq pays. Ce plan d’action outre, du fait de la mise en œuvre du plan d’action
s’articule autour de cinq éléments principaux : principalement au niveau national, il est important
i) le financement du commerce extérieur et des que les autorités développent en parallèle des plans
investissements au Maghreb ; ii) l’harmonisation d’action nationaux cohérents avec le plan régional
des systèmes de paiements et des plateformes en termes d’objectifs et de délais.
techniques ; iii) l’harmonisation des réglementations
régissant la supervision bancaire et financière ; iv) le Alors que l’établissement de points de référence
renforcement de la coopération et de la coordination pour leur réalisation peut être sujet à d’autres
entre les institutions et les acteurs des secteurs délibérations au niveau régional, les priorités du plan
bancaire et financier ; et v) des informations sur les pourraient être fixées par le pays chef de file. Pour
réglementations et le secteur financier. faciliter cette démarche, la feuille de route générique
de l’IFR, avec ses cinq étapes, pourrait être un
Le plan d’action général et les actions recommandées guide utile. Avec toutes les réserves précédemment
sont suffisamment détaillés et prennent en compte mentionnées à propos de cette feuille de route,
pratiquement toutes les mesures nécessaires à la l’UMA dans son ensemble en est actuellement
progression de l’intégration financière. Il est peut- seulement à la deuxième étape (harmonisation) de
être important de remarquer que ce plan n’envisage l’IFR. Néanmoins, différents pays en sont à des degrés
pas, à ce stade, la création d’une monnaie unique divers de détermination envers l’IFR, lorsqu’on
ou d’une banque centrale unique (Étape V), ni une prend en compte le développement et la position
intégration totale (Étape VI). En conservant une de leur secteur financier respectif. Dans ce contexte,
ligne de conduite modeste, ce plan est peut-être plus les pays (Algérie, Libye et Mauritanie), qui ont
réaliste que les objectifs initiaux du Traité de l’UMA. réalisé la plupart des mesures requises à l’Étape I et
Il est également clair en termes d’orientation dans certaines des mesures requises à l’Étape II, doivent
chaque secteur. Ainsi, le plan d’action, élaboré par se concentrer sur la mise en œuvre, notamment, des
le pays chef de file (Maroc) et approuvé par les cinq éléments secondaires du plan d’action. Ces derniers
pays, est davantage réalisable pourvu que le chef de comprennent :
file fasse preuve de l’autorité nécessaire63 et que des
mécanismes d’évaluation et de contrôle soient •• La création d’instruments de financement pour
mis en place. les opérateurs économiques destinés à faciliter et
réduire les délais de paiement ;
Malgré les aspects positifs du plan d’action, tel
qu’établi par les autorités, il manque un ordre de •• L’harmonisation du cadre juridique et
priorité parmi ses composants. Sa lacune principale réglementaire selon les bonnes pratiques et
est qu’il ne prescrit pas de points de référence précis normes internationales ;
pour sa réalisation, ni de délais bien établis pour la
réalisation des objectifs. En ce sens, le plan n’est pas •• La mise en adéquation des systèmes de paiement
placé sous le signe de l’urgence, notamment dans pour les transactions de montants importants,
le contexte de mondialisation rapide qui se produit grâce à l’introduction du système IBAN ;
dans d’autres pays et régions. Le Maghreb ne doit
•• La réalisation de revues de PESF pour identifier
63 Il est peut-être bon de noter que, bien qu’un plan d’action ait été les réglementations et procédures conformément
préparé pour le secteur financier, aucun plan n’est à jour prêt pour les deux aux normes internationales ;
autres domaines identifiés (échanges et commerce, et développement du
secteur privé) en vue de l’intégration.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 95

•• L’amélioration de la supervision en utilisant superviseurs récemment établi, et l’avancement


l’assistance technique offerte par les banques progressif du calendrier de la ZLE pourraient être
centrales des autres pays membres ; et entreprises au niveau régional. Dans ce contexte,
le Secrétariat de l’UMA, avec l’expertise des pays
•• La promotion et la mise en réseau des associations chefs de file désignés, pourrait adopter un rôle plus
bancaires et autres associations professionnelles actif. Ces mesures devraient être mises en œuvre en
du secteur financier sur l’ensemble de la région. concurremment avec les recommandations faites
dans le paragraphe précédent relatif au régime des
Le Maroc et la Tunisie, d’autre part, pourraient taux de change, et autres.65
agir pour mettre en œuvre immédiatement les
recommandations des mises à jour les plus récentes Dans ce contexte, il est intéressant de noter
des revues de PESF : la récente intervention du gouverneur de la
banque centrale du Maroc (Encadré 4.2), par
• Renforcer la coopération entre les agences de laquelle il a fixé certaines priorités pour réaliser
supervision et de réglementation ; l’intégration financière au Maghreb. Ces
recommandations sont cohérentes avec celles
• Renforcer la coordination et la convergence contenues et soutenues dans ce rapport. Il est
entre les opérateurs du secteur financier, marché peut-être utile de souligner que la catégorisation
boursier etc. de mesures mentionnée ci-dessus, selon la feuille
de route générique présentée en introduction de
• Encourager la formation d’associations ce rapport, devrait être considérée comme une
professionnelles régionales dans le secteur tentative pour faciliter d’autres discussions au
financier et renforcer le partage d’informations niveau du pays chef de file et ailleurs concernant
entre elles ;64 la question des priorités.

• Encourager leurs institutions nationales à ouvrir Dans le domaine du secteur privé, il est important
des succursales et proposer des services financiers de noter l’initiative prise par la banque centrale
dans d’autres pays de la région. du Maroc pour créer un système de « médiation
bancaire » entre les opérateurs du secteur bancaire,
Les mesures relatives aux opérations avec la Banque afin de résoudre les problèmes qui peuvent surgir des
du Maghreb (avec peut-être un mandat révisé opérations quotidiennes avec la banque centrale et
pour favoriser une participation plus active du les associations financières professionnelles.
secteur privé), l’opérationnalisation du Comité des

65 Ces recommandations devraient être considérées, comme dans


le cas de recommandations similaires pour le COMESA, comme la
64 Ces associations pourraient inclure les trois autres pays membres de base pour d’autres discussions au sein de la région de l’UMA, avant la
la région. finalisation des priorités dans le plan d’action officiel.
96 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Encadré 4.2 : Extrait d’un discours prononcé par M. Abdellatif Jouahri, gouverneur de la Bank Al-
Maghrib, à l’occasion du Forum des marchés émergents à Rabat le 9 avril 2008

Les principaux défis rencontrés par le secteur financier du Maghreb sont les suivants :

• La modernisation du secteur financier ;

• La consolidation des structures des systèmes financiers : i) par des groupes bancaires capables de prendre
l’initiative afin de permettre aux opérateurs financiers locaux de mieux communiquer au niveau national
et international ; ii) en achevant la réhabilitation des banques publiques ; et iii) en développant et en
mettant en œuvre des pratiques de gouvernance d’entreprise appropriées et une gestion des risques liés
au crédit ;

• Le développement du secteur financier : ouverture de succursales de banques afin de toucher un plus


grand nombre d’habitants ; et

• L’accroissement de la concurrence bancaire pour faire baisser les coûts et répondre aux besoins des
PME ;

• Le renforcement de la supervision du secteur financier : les agences de supervision devront disposer de


plus de ressources financières et humaines, ainsi que des compétences appropriées, pour contrôler et
garantir la solvabilité du secteur financier ;

• L’adoption des normes internationales en matière de comptabilité et d’audit ; et une meilleure


transparence et un cadre judiciaire et juridique plus efficace ;

• Le besoin d’employés dotés des compétences appropriées pour remplir leurs fonctions dans le secteur
financier.

4.7  Évolution du rôle des partenaires au pays africains à réaliser une intégration au niveau
développement régional d’abord et, à terme, au niveau continental,
elle pourrait, par sa participation, faire en sorte que
En général, la région du Maghreb dans son ensemble les plans des CER soient également cohérents avec
possède suffisamment de capacités humaines et cet objectif plus élargi. La majeure partie de cette
financières pour faire progresser son propre calendrier intervention devra se situer au niveau des ministères
relatif à l’intégration. Cependant, les partenaires au nationaux, notamment le ministère des Finances et
développement pourraient servir de catalyseur en le ministère du Commerce. Un domaine nécessitant
encourageant les pays à avancer plus rapidement dans une aide immédiate dans certains pays membres
cette direction. Les partenaires au développement serait le développement de systèmes nationaux de
pourraient aider les autorités dans l’établissement paiement et d’information sur le crédit.
d’un ordre de priorité parmi les mesures inscrites
dans le plan d’action et dans la fixation des délais de Le rapport a souligné l’importance d’accélérer le
mise en œuvre de ces mesures. À cet égard, la Banque rythme vers la création d’une ZLE et de la suppression
pourrait aider les pays à préparer leurs propres plans des contrôles des taux de change interrégionaux.
nationaux pour le développement et l’intégration du L’UE, l’OMC, la BAD et d’autres pourraient aider
secteur de manière à ce qu’ils soient cohérents avec les les autorités à évaluer et résoudre les problèmes
objectifs et délais fixés dans le plan d’action régional. complexes sous-jacents au lancement d’une ZLE.
Étant donné que la BAD a reçu mandat d’aider les La proposition de supprimer les contrôles des taux
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 97

de change impliquerait aussi de revoir les codes des La BAD pourrait contribuer à créer un processus de
investissements des différents pays, un domaine dans coordination des bailleurs de fonds pour les États du
lequel le FMI et la Banque mondiale pourraient Maghreb (analogue à celui proposé par la Banque
apporter leur expertise. mondiale pour la EAC), afin de garantir que les
priorités en matière d’assistance technique pour le
Un chaînon manquant dans le plan actuel de l’IFR secteur financier sont conformes à l’alignement des
est le rôle que jouera le Secrétariat de l’UMA. Le stratégies pays et régionales pour le secteur.
sentiment général est que le Secrétariat manque
de capacités humaines et matérielles appropriées et Ce rapport a souligné l’importance de créer au plus
doit être renforcé afin qu’il puisse jouer un rôle plus tôt, dans la région, un marché de valeurs mobilières
proactif dans le processus d’intégration. Son rôle transfrontalier, bien réglementé et plus large. Les
par rapport aux pays chefs de file doit être clarifié. partenaires au développement pourraient prodiguer
La Banque pourrait apporter son aide en passant en des conseils sur le choix, parmi les diverses solutions
revue les fonctions et capacités du Secrétariat. Forte qui s’offrent, de la meilleure méthode à suivre pour
de sa connaissance de la manière dont fonctionnent relier entre eux les marchés de valeurs mobilières
d’autres secrétariats régionaux, la BAD pourrait faire nationaux. Des experts techniques pourraient aider
des recommandations appropriées et apporter un à relier électroniquement les deux bourses et créer
soutien complémentaire pour renforcer le Secrétariat une plateforme pour que l’Algérie puisse s’y joindre
de l’UMA afin qu’il remplisse son rôle de manière et que la Libye et la Mauritanie puissent avoir accès
efficace. En particulier, la BAD pourrait fournir un électroniquement aux trois marchés boursiers. La
appui technique pour les fonctions d’évaluation BAD pourrait financer l’aspect technique, puis les
du Secrétariat et jouer un rôle moteur dans la logiciels et matériels informatiques nécessaires à la
mobilisation et l’acheminement de l’assistance réalisation de ce projet.
financière et technique internationale pour l’IFR.

Annexe 4.1
Plan d’action des réformes du secteur financier du Maghreb
(approuvé, Rabat 4 et 5 juillet 2007)

Recommandation Organisme responsable Stade de mise en œuvre

I. Financement du commerce extérieur et des investissements au Maghreb

1. Ouverture de la Banque Maghrébine Une commission interne UBM travaille à la


d’Investissement et du Commerce Extérieur finalisation. Un accord de convertibilité existe
(BMICE) déjà entre la Tunisie et la Libye (mais n’est pas
encore appliqué)

2. Encourager les banques du Maghreb à Union des Banques Cette démarche a été envisagée mais aucun
développer des relations et émettre des lettres Maghrébines (UBM) dossier n’a été préparé.
de crédit

3. Créer des instruments de financement UBM


pour que les opérateurs économiques puissent
accélérer les paiements en retard

4. Étudier la faisabilité, d’ici à fin 2007, Délégation marocaine


d’un processus pour libéraliser les crédits
commerciaux

5. Étudier la faisabilité, d’ici à fin 2007, de Délégation tunisienne


mesures visant à permettre des échanges
de titres et d’actions pour les investisseurs
institutionnels supervisés, les compagnies
d’assurances, les fonds de pension et les
OPCVM
98 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Recommandation Organisme responsable Stade de mise en œuvre

II. Harmonisation des systèmes de paiements et plateformes techniques

1. Harmonisation du cadre juridique et Comité du Maghreb sur les


réglementaire selon les bonnes pratiques et systèmes de paiement
normes internationales ( MCPS)

2- Mise en adéquation des systèmes de paiement MCPS Le 23 juillet 2007, cet aspect été étudié lors
pour les transferts de montants importants d’une réunion à Tripoli. Le système SWIFT
est en place mais il a été convenu de passer au
système IBAN (numéro de compte bancaire
international)

3. Encourager les banques du Maghreb UBM Lors de la réunion de juillet, il a été convenu
à harmoniser le « système monétique – que pour progresser, il fallait d’abord modifier le
cartes à puce » conformément aux normes cadre juridique dans chaque pays et développer
internationales un système de paiement commun. D’autres
réunions ont eu lieu sur ce thème afin de créer
une « Confédération des sociétés de monétique »

4. S’assurer que les plateformes techniques Délégation marocaine Une réunion régionale se tiendra avec la
dans chaque pays sont conformes aux normes participation de toutes les parties concernées
internationales dans les domaines suivants : des cinq pays.
- la négociation des instruments financiers Les autorités marocaines envisagent d’organiser
- le paiement le séminaire au cours du premier semestre de
- le réglement/les transferts 2008

III. Harmonisation des autorités de supervision et de réglementation dans le domaine bancaire et financier

Identification par le biais du PESF des FMI Le FMI récapitule les mesures nécessaires à
réglementations et procédures pour garantir Bank Al-Maghrib (BAM) prendre au cours des exercices de PESF dans les
la convergence et l’adoption des normes CDVM (autorité de pays.
internationales pour : réglementation)
- Le secteur bancaire (Bâle I) Un comité de supervision a réalisé une étude,
- Les marchés des capitaux (OICV) qui a été présentée le 21 février 2008 à Tripoli,
- Les normes comptables sur les mesures à prendre pour respecter les
(IAS-IFRS) et audit (ISA) principes de Bâle II.

Chaque pays a été prié de préparer un rapport


sur son niveau de conformité avec les principes
OICV.

2. Début du travail par le Comité des Comité des superviseurs de


superviseurs l’UMA

3. Coopération entre les superviseurs des Un accord est en vigueur entre les banques
banques centrales du Maghreb, les commissions centrales de la Libye, de la Mauritanie et de la
bancaires et les marchés des capitaux pour Tunisie.
coordonner et harmoniser leur travail par le
biais de l’assistance technique et de l’échange Le 11 avril 2007, un accord a été conclu entre
d’informations les superviseurs des marchés des capitaux du
Maroc et de la Tunisie et les deux banques
centrales aussi.

Des discussions sont en cours entre les


superviseurs des marchés des capitaux d’Algérie
et du Maroc.

La banque centrale mauritanienne a déjà signé


deux accords de coopération avec la banque
centrale du Maroc et la banque centrale de la
Tunisie.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 99

Recommandation Organisme responsable Stade de mise en œuvre

IV. Renforcement de la coopération et de la coordination entre les institutions et opérateurs des secteurs bancaires et financiers

1. Renforcer la coordination et la convergence L’organisation d’un séminaire est prévue pour


entre les opérateurs du secteur financier : bientôt.
banques, bourses, etc.

2. Encourager et motiver les associations L’organisation de séminaires régionaux devrait


professionnelles des secteurs bancaires et être envisagée.
financiers pour qu’elles se réunissent et Un séminaire devrait avoir lieu sous peu.
renforcent l’échange d’informations entre les L’UBM organise des réunions régulières et a
opérateurs du secteur financier ouvert un guichet d’information où peut être
obtenu un grand nombre de renseignements
pertinents.

3. Stimuler et encourager l’ouverture Le comité a recommandé le renforcement


de succursales d’institutions financières du processus d’harmonisation des banques
maghrébines dans les pays du Maghreb et des bourses conformément aux normes
internationales.

Un accord a été donné en en 2006 par les


autorités tunisiennes à une société afin d’établir
un partenariat avec une banque marocaine.

Un accord a été donné par les autorités


marocaines à une société cotée à la bourse
tunisienne.

4. Examiner la possibilité pour les entreprises du Délégation tunisienne Une étude par les autorités tunisiennes est en
Maghreb d’être cotées sur les marchés boursiers cours.
du Maghreb sous forme de cotation croisée.

5. Stimuler le partage d’expériences dans le Délégation marocaine Une réunion est en cours d’organisation par la
domaine de la microfinance. délégation marocaine.

V. Ouverture d’un guichet sur les réglementations et informations intéressant le secteur financier

1. Création d’un guichet ouvert d’informations Délégation marocaine La délégation marocaine prépare les termes de
sur les secteurs bancaires et financiers du référence qui seront ensuite diffusés à toutes
Maghreb. Les informations doivent être les parties concernées. Ces termes de référence
exhaustives et fiables. comprendront :

- les spécifications et détails techniques


- le plan d’action pour la mise en œuvre
- le coût du projet et son financement
- les délais de mise à jour des informations
- les modalités concernant l’emplacement du
« site ».

VI. Mesures diverses

1. Renforcement du cadre AML/CFT (anti- Délégation algérienne L’Algérie effectuera une étude.
blanchiment d’argent/anti-financement du La Mauritanie a une unité de renseignement
terrorisme) financier en place et partagera son expérience
avec les autres pays du Maghreb.

2. Organiser des réunions annuelles afin de Pas encore programmées


discuter des problèmes macroéconomiques du
Maghreb (politiques monétaires et budgétaires)
100 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Recommandation Organisme responsable Stade de mise en œuvre

3. Organiser un comité chargé de suivre l’état Réunions annuelles – Première Lors de la première réunion :
et l’évolution de l’intégration financière au réunion au Maroc au premier - statut de l’intégration évaluée et obstacles
Maghreb : semestre de 2008 identifiés
- évaluation du processus d’intégration - Points de référence déterminés afin de mieux
- identification des obstacles contrôler le processus
- formulation de recommandations aux autorités - Liste d’informations à pourvoir convenue, de
concernées afin de garantir la réalisation du même que la fréquence de sa mise à jour
processus.

4. Établissement d’une coopération entre


les banques centrales pour échanger les
informations sur les clients des banques de
l’UMA et ainsi entretenir de meilleures
relations commerciales.

5. Accord sur la formation du personnel et Délégation algérienne Un groupe de travail dirigé par les autorités
des responsables par le biais d’institutions algériennes doit être créé.
spécialisées unilatérales et multilatérales.
L’UBM a créé un groupe de travail pour étudier
la création d’une académie professionnelle
pour la formation du personnel aux opérations
bancaires.

Annexe 4.2 UMA : taux de change et prix, 2005


Algérie Libye Mauritanie Maroc Tunisie
Taux de change officiel
(unités de devise locale par rapport au $)
2005 73,28 1,31 265,53 8,87 1,30
2006 72,65 1,31 268,60ª 8,80 1,33
Parité du pouvoir d’achat (PPA)
(unités de devise locale par rapport au $)

1990 5,0 … 26,7 3,3 0,4


2005 32,3 … 72,5 3,3 0,4
Ratio du facteur de conversion PPA par
rapport au taux de change officiel
2005 0,4 … 0,3 0,4 0,3
Taux de change effectif réel
(indice 2000=100)
2005 83,3 … … 91,8 85,3
Déflateur implicite du PIB
(Taux de croissance annuel moyen)
1990-2000 18,5 … 8,7 2,9 4,4
2000-2005 7,3 18,7 8,7 0,9 2,3
Indice des prix à la consommation
(Taux de croissance annuel moyen)
1990-2000 17,3 5,6 6,1 3,8 4,4
2000-2005 2,6 -5,9 6,9 1,5 2,7
Indice des prix de gros
(Taux de croissance annuel moyen)
1990-2000 … … … 2,9 3,6
2000-2005 3,8 … … -0,6 3,0

Source : Banque mondiale- Indicateurs de développement mondial 2007


L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 101

Annexe 4.3 UMA : accessibilité, stabilité et efficacité financières, 2005


Indicateur Algérie Libye Maroc Mauritanie Tunisie
Indices des droits légaux 3 … 3 5 3
0 (plus faible) à 10 (plus fort) Avril 2006
Indice des informations sur le crédit 2 … 1 1 3
0 (moins) à 10 (plus) Avril 2006
% des adultes : Couverture du registre de 0,2 … 2,3 0,2 11,6
crédit public Avril 2006
% des adultes :Couverture des agences 0,0 … 0,0 0,0 0,0
d’évaluation du crédit privées Avril 2006
Taux actifs immobilisés des banques (%) … … 7,7 … 7,7
2005
Prêts non productifs des banques par … … 15,7 … 20,9
rapport au total brut des prêts (%) 2005
Crédit national fourni par le secteur 11,1 -50,7 88,0 -6,1 71,5
bancaire (% du PIB) 2005
Fourchette des taux d’intérêt (taux de 6,3 4,0 7,9 15,1 …
prêt moins point de pourcentage du taux de
dépôt) 2005
Prime de risque sur les prêts (prime sur prêt 6,7 0,6 … 11,2 …
moins points de pourcentage du taux de bons
du Trésor) 2005

Source :Banque mondiale –Indicateurs de développement mondial 2007

Annexe 4.4 Intégration de l’UMA avec l’économie mondiale, 2005


Algérie Libye Mauritanie Maroc Tunisie
Commerce des marchandises (% du PIB)
1990 36,6 64,2 84,1 43,3 73,5
2005 64,9 95,8 71,1 60 82,5
Commerce des services (% du PIB)
1990 2,9 5,2 16 13,4 20,6
2005 … 7,4 … 23,1 21,6
Croissance du commerce réel moins
croissance du PIB réel (points de
pourcentage)
1990-2005 0,1 … -1 2,1 -0,4
Flux de capitaux privés bruts (% du PIB)
1990 2,6 7,3 48,8 5,5 9,5
2005 … 7,9 … 8,4 3,2
Investissements directs étrangers
(% du PIB)
Afflux nets : 1990 0 … 0,7 0,6 0,6
Afflux nets: 2005 1,1 … 6,2 3 2,5
Sorties nettes : 1990 0 0,4 0 0 0
Sorties nettes : 2005 … -0,7 … 0 0

Source : Banque mondiale –Indicateurs de développement mondial 2007


L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 103

5.  LA COMMUNAUTE ECONOMIQUE ET MONETAIRE DE L’AFRIQUE CENTRALE

Algérie Libye Egypte CEMAC

Number of Countries : 6
Niger
Nombre de pays : 6
Member Countries : Cameroon,
Tchad
Central Africa Republic,
Soudan États-membres :
Chad
Nigéria Republic of CongoCameroon
Equatorial GuineaCentraafricaine
Centrafrique Gabon République du Congo
Cameroun Gabon
Guinée Guinée Equatoriale
Equatoriale
Tchad
Gabon
Congo
RDC

5.1  Introduction

La Communauté Economique et Monétaire de Elle dispose d’un cadre structurel et institutionnel


l’Afrique Centrale (CEMAC) comprend les six pays complet et un ensemble de politiques et mesures
d’Afrique centrale ci-après : Cameroun, République ont été mis en place pour promouvoir l’intégration
Centrafricaine, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale économique et financière régionale entre les États
et Tchad. Le processus d’intégration économique membres. Au sein de la CEMAC, la distinction est
entre les pays de l’Afrique Centrale, après leur très claire entre les missions de l’Union Economique
indépendance en 1960, a été impulsé en 1964 avec de l’Afrique Centrale (UEAC) chargée de toutes
la signature du Traité instituant l’Union Douanière les questions liées a l’intégration économique et de
et Économique de l’Afrique Centrale (UDEAC). l’Union Monétaire de l’Afrique Centrale (UMAC)
Cette coopération a été renforcée par la création dont relève l’intégration monétaire et financière. Les
d’une banque centrale commune et d’une monnaie pays de la CEMAC ont appuyé l’union monétaire
commune en 1972. La coopération monétaire a bien par la création d’institutions communautaires
fonctionné mais elle n’a pas favorisé une intégration communes de supervision du système financier, la
économique et financière des pays membres. mise en place d’une surveillance multilatérale des
L’absence d’une coopération économique profonde politiques macroéconomiques et financières et d’un
au cours des trente années d’existence de l’UDEAC cadre légal harmonise. Ce dispositif mis en place dans
a fortement défavorisé les pays membres par rapport le cadre du renforcement du processus d’intégration
au nouveau contexte de la mondialisation et a monétaire et financière dans la CEMAC place la
relancé le débat sur la mise en place d’un nouveau Zone parmi les groupements économiques les plus
cadre institutionnel pour renforcer l’intégration intégrés au monde au plan institutionnel.
économique, monétaire et financière.
La Communauté Economique et Monétaire de Toutefois, une monnaie commune et un cadre
l’Afrique Centrale (CEMAC), qui s’est substituée institutionnel complet et compréhensif n’ont pas
à l’UDEAC en 1994, s’est fixée notamment pour permis aux pays de la CEMAC d’atteindre un degré
objectif ultime la création d’un marché commun. élevé d’intégration financière comme le soulignent
104 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

le FMI et la BAD. Les facteurs explicatifs ne sont L’appui que les institutions multilatérales ainsi que
pas pour l’essentiel de la responsabilité directe des les partenaires au développement sont susceptibles
autorités de supervision monétaire et financière et d’apporter à ce processus est décrit dans la troisième
relèvent principalement de l’absence d’un consensus section. Enfin, la quatrième et dernière section
global au niveau des différents pays de la sous-région présente les conclusions de l’étude et les principales
sur les bénéfices de l’intégration financière et des recommandations en vue du renforcement du
difficultés à dépasser les intérêts nationaux et a court processus d’intégration financière dans la CEMAC.
terme66. Un ensemble de réformes institutionnelles
dont la mise en œuvre effective devrait contribuer 5.2  Contexte macroéconomique
à renforcer l’intégration financière (et au-delà
l’intégration économique régionale) ont été En 2006, le PIB global des six pays membres de
récemment adoptées. Toutefois, comme le souligne la CEMAC, dont la population totale s’élève à
le FMI67, certaines initiatives déjà prises par le passé 36,1 millions d’habitants, s’est établi à US$ 51,7
n’ont pas encore été mises en œuvre ou sont en cours milliards (voir Tableau 1). Les différents pays
d’être appliquées (lancement d’un marché sous- membres présentent des niveaux de développement
régional de titres publics68, marché financier sous- économique différents. Le Cameroun se distingue
régional69, agrément bancaire unique, etc.). comme la plus grande économie de la sous-région,
avec un PIB de US$ 18,0 milliards, soit 34,8 pour
L’étude est divisée en quatre sections. La première cent du total. Par contre, le PIB par habitant est
section présente une vue d’ensemble qui comporte plus élevé en Guinée Equatoriale (US$ 13105,9),
une description du contexte macroéconomique, de premier exportateur de pétrole de la sous-région et
la structure du système financier, de l’infrastructure troisième en Afrique Subsaharienne après le Nigeria
financière, du degré d’intégration financière et des et l’Angola, suivi du Gabon (US$ 6240,4), du Congo
obstacles et lacunes à l’intégration financière. La (US$ 2140,4), et du Cameroun (US$ 1020,8). Le
deuxième section aborde de manière plus approfondie Tchad et la République Centrafricaine dont les
le processus d’intégration financière dans la CEMAC. économies sont relativement moins développées
Elle souligne notamment les programmes et réformes ont un PIB par habitant de US$ 776,9 et US$ 372,8
en cours et les actions envisagées par les institutions respectivement et sont classés parmi les pays les
sous-régionales en vue de renforcer l’intégration moins avancés suivant la nomenclature établie par
financière régionale. les Nations Unies.

66 Bernard J. Laurens, The Case of CEMAC, Workshop on Regional


Financial Integration in Africa, December 1, 2008, Tunis.
67 FMI, Programme d’Evaluation du Secteur Financier de la CEMAC,
Juin 2006, Washington DC
68 Le lancement de ce marche est prevue le 1er Juillet 2009.
69 Les réflexions sont en cours pour l’intégration progressive des deux
marches financiers existants dans l’espace CEMAC.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 105

Tableau 5.1 CEMAC : Caractéristique générales des pays membres en 2006

Superficie Population PIB


Population en En % par rapport Climat de
Millions (milliards Par habitant IDH 2/
Km2 deçà du seuil de au total affaires 3
d’habitants US$) (US$)
pauvreté 1/ CEMAC
Cameroun 475,442 16,3 17,1 18,0 34,8 1,020,8 144 154
RCA 622,984 4 66,6 1,6 3,0 372,8 172 177
Congo 342,000 4 n.d. 4/ 7,4 14,4 2,140,4 140 175
Gabon 267,667 1,4 n.d. 4/ 9,8 18,9 6,240,4 124 144
Guinee 28,051 0,65 n.d. 4/ 8,5 16,5 13,105,9 120 165
Equatoriale
Tchad 1,284,000 9,7 n.d. 4/ 6,4 12,4 776,9 171 173
CEMAC 3,020,144 36,1 51,7 100,0 1,450,0 145 165
Afrique 29,797,500 897,5 1,131,9 1,261,0

1/ Moins de 1 dollar /jour.


2/ Indicateur de Développement Humain (IDH) (Classement par rapport à 177 pays).
3/ Classement par rapport à 178 pays.
4/ Non disponible.
Sources : BEAC (Conjoncture Economique, Financière et Monétaire - Réunion de la Zone Franc. Avril 2008, Par Banque de France
(Rapport annuel de la Zone Franc en 2006), PNUD (Rapport mondial sur le développement humain 2006 - données 2004),
Banque mondiale - Doing Business 2008.

Bien que la sous-région soit dotée d’importantes faible développement des infrastructures, la faiblesse
ressources énergétiques et minières, halieutiques, récurrente des échanges intra-zone, l’environnement
forestières et agricoles, l’activité économique dans la des affaires très défavorable71, les rigidités au niveau
CEMAC demeure fortement dépendante de l’évolution de la circulation des personnes, des biens et des
de la production et des cours du pétrole. Cinq des six capitaux continuent d’entraver la diversification
États membres sont producteurs de pétrole et le des économies, les perspectives de croissance et
secteur pétrolier représente plus de 40 % du produit de développement à moyen terme et le processus
intérieur brut de la sous-région, génère plus de 80 d’intégration économique et financière de la sous-
% des revenus d’exportation et environ 70 % des région. Cinq pays de la CEMAC sont classés dans
recettes fiscales (voir Tableau 3). En dépit de la le plus bas tiers du classement établi par le PNUD
forte hausse des cours de pétrole et de la progression selon l’indice du développement humain de l’ONU
continue de la production pétrolière, la zone (voir Tableau 1), et la plupart des pays ne sont pas
CEMAC continue à faire face à d’importants défis sur la bonne voie pour atteindre les Objectifs de
en matière de croissance70 et de développement. De développement du Millénaire d’ici à 2015.
nombreux Goulots d’étranglement, notamment le

70 Le taux de croissance de la sous-région demeure en deçà de son


potentiel (la hausse du PIB réel pour l’année 2007 est estimée à 4,2 %, 71 Le rang moyen des économies de la sous-région dans le classement
contre 3,1 % en 2006 et les prévisions pour 2008 tablent sur un taux de établi par la Banque Mondiale (Doing Business 2008) est de 165 sur un
croissance de 6,2 %). total de 178 pays (Tableau 1).
106 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Tableau 5.2 CEMAC : Indicateurs macroéconomiques sélectionnés en 2006


Croissance Taux Solde extérieur
Inflation Solde budgétaire
du PIB réel d’investissement courant
(en %) (en % du PIB)
(en %) (en % du PIB) (en % du PIB)
Cameroun 3.2 5.2 25.4 28.8 -1.3
RCA 4.2 6.6 8.8 6.8 -3.1
Congo 6.7 5.5 40.2 17.6 1.6
Gabon 1.3 3.9 23.0 9.0 17.0
Guinée Equatoriale 5.3 5.0 27.0 25.8 9.0
Tchad -0.5 8.1 27.1 0.5 -8.3
CEMAC 3.1 5.4 27.1 18.8 3.3
ASS 5.5 11.8 20.4 4.1

Sources : BEAC (Conjoncture Economique, Financière et Monétaire – Réunion de la Zone Franc, Avril 2008, Paris), Banque de France
(Rapport annuel de la Zone Franc en 2006), FMI (Statistiques financières internationales - 2007) et Banque mondiale (World Development
Indicators – 2007).

Par ailleurs, compte tenu de l’arrimage du FCFA une surliquidité et une volatilité des performances
à l’euro avec un taux de change fixe, la forte macroéconomiques, avec des effets adverses sur le
dépendance vis-à-vis du pétrole, conjuguée avec les système financier et son intégration sous-régionale.
facteurs négatifs mentionnés ci-dessus, a engendré

Tableau 5.3 CEMAC : Place du pétrole dans les économies de la sous-région en 2006

Production En % de la Part du PIB Exportations Recettes pétrolières


(en millions de production pétrolier pétrolières en % en % des recettes
tonnes) africaine dans le PIB des budgétaires
exportations
Cameroun 4,4 0,9 10,5 49,7 34,4
Congo 13,3 2,8 65,1 92,5 87,5
Gabon 11,9 2,5 54,2 82,8 64,0
Guinée Équatoriale 17,1 3,6 84,2 90,7 93,4
Tchad 7,9 1,7 47,7 86,8 70,8
Total CEMAC 54,6 11,5 43,8 82,8 70,5

Sources: BEAC, BP (BP Statistical Review of World Energy 2007)

5.3  Historique de la CEMAC et Processus Française (AEF). Le 29 juin 1959, ces pays créent
d’intégration régionale l’Union Douanière Equatoriale (UDE). Devenus
autonomes puis indépendants en 1960, ils optent
Les pays de l’Afrique Centrale, ont très tôt pour la consolidation des liens tissés sous le régime
pris conscience de l’intérêt que représentent la colonial, et pour le renforcement de leur union
coopération économique et l’intégration régionale douanière. En 1962, le Cameroun s’associe à l’UDE,
en tant que facteurs susceptibles de contribuer et le 8 Décembre 1964, les Chefs d’Etat de ces
à l’accélération de leur croissance et de leur cinq pays signent à Brazzaville le Traité instituant
développement. En effet, avant les indépendances, l’Union Douanière et Economique de l’Afrique
la République Centrafricaine, le Congo, le Gabon et Centrale (UDEAC), confirmant ainsi un processus
le Tchad constituaient une entité géo-économique de regroupement et d’intégration amorcé sous la
intégrée, sous l’appellation de l’Afrique Equatoriale période coloniale. La Guinée Equatoriale a adhéré
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 107

à l’UDEAC le 1er janvier 1985, devenant ainsi le 3. la création d’un marché commun fondé sur
sixième membre. Le traité exprimait clairement la la libre circulation des biens, des services, des
volonté des Chefs d’Etat des pays concernés d’unir capitaux et des personnes ;
leurs efforts, afin de bâtir un espace économique 4. la coordination des politiques sectorielles.
optimal, susceptible d’impulser un développement
économique solidaire et de créer des pôles de Pour atteindre ces objectifs, elle adopte une nouvelle
développement tout en de facilitant l’intégration de approche de l’intégration fondée sur : (i) la convergence 
leurs économies nationales. et la cohérence des politiques économiques ; (ii) la
stabilité de la monnaie ; (iii) la participation renforcée
Cette coopération a été renforcée par la signature, du secteur privé et (iv) un développement harmonieux
les 22 et 23 novembre 1972, de deux conventions et partagé entre les États membres.
de coopération monétaire, l’une entre les pays
membres, l’autre avec la France, qui ont permis de 5.4  Cadre institutionnel
donner naissance à une banque centrale commune
(la Banque des Etats de l’Afrique Centrale ou La CEMAC, ainsi que l’UEMOA, est l’un des
BEAC) et à une monnaie commune (le Franc de la groupements régionaux les plus structurés parmi les
Coopération Financière en Afrique ou FCFA). La CERs en Afrique.  La CEMAC s’appuie sur deux
coopération monétaire a bien fonctionné mais elle piliers, une Union Économique (UEAC73) et une
n’a pas favorisé une intégration économique des pays Union monétaire (UMAC74). Elle est dotée des
membres en raison notamment du non-respect par institutions et des organes suivants: la Conférence
les Etats membres du principe de la libre circulation des Chefs d’Etats qui détermine la politique de la
des personnes, des biens et des capitaux. Communauté et oriente l’action de l’UEAC et
de l’UMAC ; le Conseil des Ministres qui assure
L’absence d’une coopération économique approfondie la direction de l’UEAC ; le Comité Ministériel
au cours des trente années d’existence de l’UDEAC qui assure la direction de l’Union monétaire.  La
a fortement défavorisé les pays membres par rapport Présidence de la Commission est l’organe d’exécution.
au nouveau contexte de la mondialisation caractérisé La Banque des Etats de l’Afrique central (BDEAC)
notamment par la constitution de blocs économiques est l’institution d’émission monétaire, elle définit et
régionaux et a relancé le débat sur la mise en place conduit la politique monétaire de l’Union. La Banque
d’un nouveau cadre institutionnel pour renforcer de Développement des États de l’Afrique Centrale
l’intégration économique, monétaire et financière. (BDEAC) est l’instrument principal du financement
de l’intégration régionale75. La Commission
La Communauté Economique et Monétaire de bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) assure
l’Afrique Centrale (CEMAC)72, qui s’est substituée l’harmonisation et le contrôle de l’activité bancaire
à l’UDEAC en 1994, s’est fixée pour objectifs :   entre les Etats membres de l’Union monétaire. La
Cour de Justice communautaire (institution de
1. le renforcement de la compétitivité des la CEMAC) chargée d’assurer : (i)  le respect des
activités économiques et financières ; dispositions des Traités et Conventions par les
2. la convergence vers des performances Etats membres et les Institutions et Organes de la
soutenables par la coordination des politiques Communauté ; (ii)  le contrôle des comptes de la
économiques et la mise en cohérence des
73 Union Économique de l’Afrique Centrale.
politiques budgétaires nationales avec la
74 Union Monétaire de l’Afrique Centrale.
politique monétaire commune ;
75 Comme beaucoup de banques de développement, la BDEAC a
connu une grave crise financière au cours des années 1980, en liaison
72 Le Traité instituant la CEMAC a été signé le 16 mars 1994 à avec la crise économique et financière qui a frappé les États membres,
N’Ndjamena (Tchad). Les conventions annexées au Traité ont été mais également à cause des problèmes de gouvernance de la banque. Le
signées le 05 juillet 1996 à Libreville (Gabon) et les Chefs d’État et de plan de restructuration adopté au début des années 2000 a porté sur : (i)
gouvernement des pays membres, ont lancé officiellement les activités la réforme institutionnelle (ii) la réduction de la part des États membres
de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale le dans le capital; (iii) la reprise maîtrisée des financements, et (iv) la
25 juin 1999, avec la nomination des responsables des divers organes plus grande transparence grâce à un audit des comptes par des cabinets
créés et l’adoption d’un plan d’action dit « Déclaration de Malabo » internationaux.
108 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

CEMAC ; (iii) l’harmonisation des jurisprudences L’examen de la situation de la convergence, au 31


dans les matières relevant des Traités ; (iv) le décembre 2006, montre une détérioration dans le
règlement des contestations relatives à sa compétence respect des critères de surveillance multilatérale par
et le Parlement communautaire. les pays membres : aucun d’entre eux ne respecte
l’intégralité des critères en 2006, alors qu’en 2005,
Le sommet des Chefs d’État de la CEMAC du mois le Cameroun et le Gabon respectaient les quatre
d’avril 2007 à N’Djamena (Tchad) a approuvé un critères. Du fait principalement de l’accentuation
ensemble de réformes institutionnelles dont la mise des tensions inflationnistes dans la CEMAC, les pays
en œuvre effective devrait contribuer à relancer le enregistrent une dégradation de leurs performances
programme d’intégration régionale. La BEAC, en en matière de convergence, à l’exception de la
étroite collaboration avec les autres institutions de Guinée Équatoriale et du Tchad qui respectent,
la CEMAC, est entrain d’élaborer une vision à long comme en 2005, respectivement trois et deux critères
terme de la sous-région sur la base d’un Programme (voir tableau 15).
Economique Régional (PER), pour la période 2008-
2015, visant à renforcer la construction de l’espace Toutefois, bien que le cadre conceptuel et les
communautaire en vue d’améliorer le niveau de vie réglementations communautaires de la CEMAC
des populations. La BEAC a également prévu en soient assez développés et complets, le processus
concertation avec les Etats membres le lancement d’intégration régionale n’a pas produit à ce stade
du projet d’émission des titres publics (bons et les résultats attendus. Les synergies utiles n’ont pas
obligations du Trésor) au 1er juillet 2009 pour le toujours été mobilisées avec la volonté suffisante
développement du marché obligataire dans la sous- pour organiser une véritable complémentarité des
région. Par ailleurs, la BDEAC a mis en place un outils et moyens de production. L’application des
plan stratégique pour la période 2008-2012 et une dispositions communautaires par les Etats Membres
panoplie de mesures pour permettre à l’institution est insuffisante. La situation macroéconomique
de devenir la principale source de financement d’ensemble ainsi que les faibles progrès enregistrés
du développement dans la CEMAC, un acteur dans le cadre du processus d’intégration économique
significatif au niveau du marché financier sous- et financière se reflètent sur la structure du
régional, un sponsor du financement de l’intégration système financier et le niveau de développement
régionale et une institution clé pour le financement l’infrastructure financière.
privé dans la sous-région. Au niveau de la COBAC,
un processus de réformes a été engagé pour le 5.5  Structure du Système financier
renforcement de son indépendance, l’efficacité de
ses actions et une intégration du système financier Le système financier dans la CEMAC est encore sous-
au niveau sous-régional. développé, faiblement diversifié et largement dominé par
le secteur bancaire (voir Tableau 4). Il comprend le
La surveillance multilatérale des politiques secteur bancaire (qui détient plus de 85 % des actifs
macroéconomiques est assurée par la Présidence et passifs financiers), les établissements financiers,
de la Commission de la CEMAC. La Directive du les EMF et les compagnies d’assurance. Par contre,
3 août 2001 a fixé quatre critères et indicateurs l’activité des établissements financiers non bancaires,
macroéconomiques de convergence : le solde des EMF et des sociétés d’assurance est très marginale
budgétaire de base rapporté au PIB doit être supérieur dans la CEMAC et se développe quasi-exclusivement
ou égal à zéro ; la dette publique rapportée au PIB sur des bases nationales. En outre, la plupart des
ne doit pas excéder 70 % ; de nouveaux arriérés, indicateurs montrent que la zone CEMAC est une
tant intérieurs qu’extérieurs, ne doivent pas être région dont le niveau de développement financier
accumulés ; le taux d’inflation, en moyenne annuelle, est faible (voir Tableau 5.5).
ne doit pas excéder 3 %.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 109

Tableau 5.4 CEMAC : Structure du système financier ( Décembre 2006)


Nombre Actifs du systeme financier
Pourcentage
Institutions Guichets Milliards USD
Actifs PIB
Banque 35 223 8,3 87,5 16,0
- Privées 32 210 8,0 85,1 15,5
- Domestique 8 60 2,1 22,4 4,1
- Etrangères 1/ 24 150 5,9 62,7 11,4
- Publiques 3 13 0,2 2,4 0,4
Société d’assurance 2/ 36 ... 0,3 3,3 0,6
Établissements financiers 2/ 18 ... 0,4 4,4 0,8
EMF 679 ... 0,5 4,8 0,9
Total système financier 768 ... 9,4 100,0 18,2

Sources: COBAC.
1/
Banques contrôlées par une entité en dehors de la CEMAC.
2/
Données à fin 2005.

Tableau 5.5 CEMAC : Indicateurs du système financier sélectionnés (Décembre 2006)


Nombre M2/PIB Actifs Crédit au Crédit net au Population
de banques bancaires/ secteur prive/ Gouvernement/ disposant d’un
PIB PIB PIB compte bancaire
(en %)
)pourcent(
Cameroun 11 17,5 20,6 10,6 -1,5 ...
RCA 3 15,1 8,8 6,9 9,7 ...
Congo 4 17,1 11,2 2,5 -11,7 ...
Gabon 6 19,1 22,5 10,8 -1,8 ...
Guinée Equatoriale 4 7,1 9,6 2,9 -30,4 ...
Tchad 7 11,2 8,5 4,1 0,7 ...
CEMAC 35 15,2 15,9 7,3 -7,2 3,0
Moyennes pour:1/
Afrique Sub-Saharienne 30 33,6 67,4 17,4 3,8 26,8
Pays à revenu moyen 30 50,4 96,0 28,7 3,5 41,2
Pays à faible revenu 30 24,9 38,3 11,8 4,0 7,6
Pays exportateurs de pétrole 53 14,9 33,6 6,3 -4,8 7,1
Pays importateurs de pétrole 23 38,3 77,5 20,1 5,8 33,9
Pays membres (Zone CFA) 9 19,9 16,1 10,8 -1,8 3,9
Pays non membres (zone CFA) 34 41,8 72,5 21,2 6,9 29,2

Sources : BEAC, COBAC, Banque de France, FMI et Banque Mondiale.


1/
Données à fin 2005.

5.5.1  Secteur bancaire d’un pays membre à un autre (Tableaux 6 et 7). Sur
un total de 35 banques, prés d’un tiers se trouvent
Le système bancaire de la CEMAC qui compte 35 au Cameroun et trois autres pays de la sous-région
établissements de crédit en activité76 est très inégalement détiennent la moitié du nombre des banques77. En
reparti géographiquement et son poids varie fortement revanche, les systèmes bancaires camerounais et
gabonais, qui ont longtemps représenté plus de 80
76 Statistiques au 31 décembre 2006 (COBAC, Rapport annuel 2006,
Yaoundé). Au 31 décembre 2008, le système bancaire de la Communauté
% du marché bancaire de la CEMAC en matière
Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) compte 38 de distribution de crédits et de collecte des dépôts,
banques en activité, reparties comme suit : Cameroun (12 banques),
Centrafrique (3 banques), Congo (5 banques), Gabon (7 banques),
Guinée Equatoriale (4 banques) et Tchad (7 banques). 77 Congo, Gabon et Tchad.
110 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

voient leur part se réduire progressivement (environ réalisent l’essentiel des transactions financières
70 % pour les dépôts et 75 % pour les crédits) au sous-régionales et contribuent ainsi à l’intégration
profit de la Guinée Équatoriale, du Congo et du du secteur financier. L’actionnariat des banques de
Tchad. la CEMAC est dominé par les holdings financiers
et établissements de crédit qui détiennent 68 % du
Le système bancaire est également dominé par les capital. L’analyse de l’actionnariat des banques de la
banques étrangères qui mobilisent environ 63 % des CEMAC suivant le pays ou la région d’origine de
actifs bancaires (Tableau 4). Deux d’entre elles sont l’actionnaire principal montre que 40 % du total
présentes dans cinq pays et gèrent environ un tiers des banques, ont comme actionnaire principal un
des ressources du secteur bancaire de la CEMAC. agent économique originaire de la Communauté
Au total, quatre conglomérats et groupes financiers (Graphique 5.1).

Graphique 5.1 CEMAC : Repartition des banques suivant l’origine du principal actionnaire
(au 31 decembre 2006)

Divers, 3%

France, 26%

CEMAC, 39%

Europe (hors France), 9%

Etats - Unis, 6%
Afrique de l’Est, 3%

Afrique du Nord, 3% Afrique de l’Ouest, 11%

Source : COBAC

Tableau 5.6 CEMAC : Concentration du système bancaire en 2006


Pays Indice Herfindahl-Hischman (HHI)
2002 2006
Cameroun 1621 1411
RCA 3673 3397
Congo 3098 2704
Gabon 2716 2715
Guinée Equatoriale 4346 4297
Tchad 2154 2002

Note: HHI < 1000 = faible concentration; 1000 < HHI<1800 = concentration moyenne;
HHI > 1800 = concentration élevée.
Formule : HHI = Somme des carrés des parts de marché relatives (en pourcentage).
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 111

Tableau 5.7 Liste des banques agréées et en activité en 2006 (Dec. 31, 2006)

Country Institutions
Cameroon Afriland First Bank ( First Bank)
(11 banks) Amity Bank Cameroon PIc (Amity)
Banque Internationale du Cameroun pour l’Epargne et le Crédit (Bicec)
Citibank N.A Cameroon (Citibank)
Commercial Bank of Cameroon (CBC)
Crédit Lyonnais Cameroun (CLC)
Ecobank Cameroun (Ecobank)
National Financial Credit Bank (NFC Bank)
Société Générale de Banque au cameroun (SGBC)
Standard Chartered Bank Cameroon (SCBC)
Union Bank of Cameroon PIc (UBC PIc)
Central African Republic Banque Internationale pour le Centrafrique (BICA)
(3 banks) Banque Populaire Maroco-centrafricaine (BPMC)
Commercial Bank Centrafrique (CBCA)
Congo BGFIBANK Congo
(4 banks) Banque Commerciale Internationale (BCI)
Crédit Lyonnais Congo (CLCO)
La Congolaise de Banque (LCB)
Gabon BGFIBANK
(6 banks) Banque Gabonaise de Développement (BGD)
Banque Internationale pour le Commerce et l’industrie du Gabon (BICIG)
Citibank N.A. Gabon (Citibank)
Financial Bank Gabon (FBG)
Union Gabonaise de Banque (UGB)
Equatorial Guinea BGFIBANK Guinea Ecuatorial
(4 banks) Banco National de Guinea Ecuatorial (BANGE)
CCEIBANK Guinea Ecuatorial (CCEI GE)
Société Générale de Banque en Guinea Ecuatorial (SGBGE)
Chad Banque Agricole et Commerciale (BAC)
(7 banks) Banque Commerciale du Chari (BCC)
Banque Sahélo-saharienne pour l’investissement et le Commerce-Tchad SA (BSIC
- Tchad SA)
Commercial Bank Tchad (CBT)
Ecobank Tchad S.A. (Ecobank)
Financial Bank Tchad (FBT)
Société Générale Tchadienne de Banque (SGTB)

Source : COBAC, Annual Report 2006, Yaounde.

Le niveau de concentration est également élevé dans la Le système bancaire sous-régional demeure globalement
majorité des systèmes bancaires de la CEMAC en raison vulnérable mais présente des situations très différentes
de l’étroitesse des marchés intérieurs, à l’exception selon les pays79. La solidité du système bancaire sous-
de celui du Cameroun où le marché bancaire est régional peut être appréciée à partir du classement
moyennement concentré. Les résultats sur le niveau effectué par la COBAC sur la base du système de
de concentration bancaire ont été obtenus en utilisant cotation (SYSCO) qu’elle a élaboré et qui distingue
l’indice Herfindhal-Hirschman (HHI)78 (Tableau quatre niveaux. Parmi les 35 établissements que
8). Même s’il n’existe pas de causalité directe entre compte la zone, 32 ont donné lieu à une évaluation
le degré de concentration et le degré d’intégration, par la COBAC, synthétisée par une cotation
la forte concentration du marché bancaire dans la globale: 4 sont en situation financière solide, 21 en
CEMAC ne semble pas favoriser une plus grande bonne situation financière, 4 en situation financière
intégration du système bancaire. fragile et 3 en situation financière critique. Le niveau

78 Source: COBAC, Rapport annuel 2006, Yaoundé. 79 Source: COBAC, Rapport annuel, 2006.
112 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

de concentration est également élevé dans la majorité l’indice Herfindhal-Hirschman (HHI)80 (Tableau
des systèmes bancaires de la CEMAC en raison de 8). Même s’il n’existe pas de causalité directe entre
l’étroitesse des marchés intérieurs, à l’exception de le degré de concentration et le degré d’intégration,
celui du Cameroun où le marché bancaire est la forte concentration du marché bancaire dans la
moyennement concentré. Les résultats sur le niveau CEMAC ne semble pas favoriser une plus grande
de concentration bancaire ont été obtenus en utilisant intégration du système bancaire.

Tableau 5.8 CEMAC : Conglomérate et groupes financiers au 31 décembre 2006

Conglomérats et groupes Banque 1/ Pays Actifs Pourcen- Guichets Pourcentage


(en millions) tage actifs/ Guichets/
pays pays
Société Société Générale de Banque au Cameroun Cameroun 387,847 20,1 18 15,3
Générale Société Générale de Banque en Guinée Guinée
Equatoriale Equatoriale 180,817 42,3 5 38,5
Société Générale Tchadienne de Banque Tchad 88,279 30,9 4 25,0
Sous -total (% par rapport à la CEMAC) 656,943 15,2 27 12,1
IUB Holding Crédit Lyonnais Cameroun S .A . Cameroun 264,614 13,7 15 12,7
Crédit du Congo S .A . Congo 105,891 24,2 2 6,1
Union Gabonaise de Banque Gabon 232,233 20,1 3 8,3
Sous- total (% par rapport à la CEMAC) 602,738 14,0 20 9,0
Citibank Citibank N.A. Cameroun Cameroun 66,092 3,4 2 1,7
Citibank N.A Gabon Gabon 80,671 7,0 2 5,6
Sous -total (% par rapport à la CEMAC) 146,763 3,4 4 1,8
Commercial CBC Bank Cameroun 179,381 9,3 9 7,6
Bank of Commercial Bank Centrafrique RCA 28,421 39,4 3 42,9
Cameroun Commercial Bank Tchad Tchad 48,143 16,8 2 12,5
(CBC) Sous -total (% par rapport à la CEMAC) 255,945 5,9 14 6,3
BGFI Bank BGFI Bank Congo Congo 155,556 35,6 2 6,1
BGFI Bank Gabon Gabon 442,672 38,2 7 19,4
BGFIBANK Guinée Equatoriale Guinée
Equatoriale 31,364 7,3 2 15,4
Sous -total (% par rapport à la CEMAC) 629,592 14,6 11 4,9
Afriland Afriland First Bank Cameroun 283,093 14,7 13 11,0
CCEIBANK Guinée Equatoriale Guinée Equa- 211,329 49,5 4 30,8
Sous -total (% par rapport à la CEMAC) toriale 494,422 11,5 17 7,6
Ecobank Ecobank Cameroun Cameroun 103,482 5,4 10 8,5
Ecobank Tchad Tchad 36,575 12,8 4 25,0
Sous -total (% par rapport à la CEMAC) 140,057 3,2 14 6,3
Fiancial BC Financial Bank Gabon Gabon 25,679 2,2 1 2,8
Togo Financial Bank Tchad Tchad 31,149 10,9 1 6,3
Sous -total (% par rapport à la CEMAC) 56,828 1,3 2 0,9
Total Réseaux 2983,288 216 96,9

Reste CEMAC 1327,712 7 3,1

Total CEMAC 4311 223 100

1/ Banque dans laquelle le groupe financier détient la majorité du capital


Source: COBAC

80 Source: COBAC, Rapport annuel 2006, Yaoundé.


L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 113

Le système bancaire sous-régional demeure globalement les 35 établissements que compte la zone, 32 ont
vulnérable mais présente des situations très différentes donné lieu à une évaluation par la COBAC,
selon les pays81. La solidité du système bancaire synthétisée par une cotation globale : 4 sont en
sous-régional peut être appréciée à partir du situation financière solide, 21 en bonne situation
classement effectué par la COBAC sur la base financière, 4 en situation financière fragile et 3
du système de cotation (SYSCO) qu’elle a en situation financière critique.
élaboré et qui distingue quatre niveaux. Parmi

Graphique 5.2 CEMAC: Distribution des banques en fonction de la cotation en 2006

80 73.4
62.8
60
(en %)

40
19.9
20 11.4
8.6 8.6 8.6
1.5 3.1 2.1
0

Cote 1 Cote 2 Cote 3 Cote 4 Non cotées

Pourcentage des banques Poids dans le total des actifs

Source: COBAC

Tableau 5.9 CEMAC : Déploiement géographique des réseaux bancaires au 31 décembre 2006
Conglomérats et groupes Payas/ région Pays d’accueil des filiales et succursales
financiers d’origine
Cameroun RCA Congo Gabon Guinée Tchad
Equatoriale
Société Générale France X X X
IUB Holding France X X X
Citibank USA X X
Commercial Bank of Cameroun X X X
Cameroun (CBC)
BGFI Bank Gabon X X X
Afriland Cameroun X X
Ecobank Afrique de X X
l’Ouest
Financial BC Togo Afrique de X X
l’Ouest
Source: COBAC

Institutions de Microfinance Les établissements États de la CEMAC, les dépôts collectés se sont
de Microfinance (EMF) jouent un rôle important élevés à US$ 452,7 millions (contre environ US$
et croissant pour l’accès aux services financiers des 6504,7 millions pour les banques) et les encours de
couches de la population à revenus faible et modeste, crédits à près de US$ 245,7 millions (contre environ
même si leur poids dans le système financier sous- US$ 3918,1 millions pour les banques) au 31
régional demeure faible (Tableau 3). Le secteur décembre 2006. D’après les données de la COBAC,
de la Microfinance est notamment développé au les encours de dépôts et de crédits des établissements
Cameroun et au Congo. Pour l’ensemble des six de Microfinance ont été multipliés par quatre entre

81 Source: COBAC, Rapport annuel, 2006.


114 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

2000 et 2006. Néanmoins, la situation financière COBAC a ainsi donné son avis conforme pour
globale du secteur demeure fragile. Ainsi, la COBAC l’agrément de 629 EMF, recommandé la fermeture
a poursuivi son action en matière d’assainissement ou la radiation de 274 EMF et rejeté 94 demandes
du secteur, qui s’appuie notamment sur la procédure d’agrément.
d’agrément des EMF. Au 31 décembre 2006, la

Tableau 5.10 CEMAC : Activité des EMF agrées au 31 décembre 2006


Pays Nombre Capital Dépôts Crédits Nombre Nombre Mantant Mantant
social bruts Membre/ Guichets moyen moyen
Clients Dépôts Crédits
(Millions US$) (US$)
Cameroun 453 38,1 310,9 199,4 849,030 1,052 366,1 234,8
RCA 14 0,2 6,7 3,0 32,267 25 209,0 92,4
Congo 54 2,7 124,6 37,0 194,331 148 641,1 190,4
Gabon 3 0,2 1,0 1,0 3,742 9 273,6 258,3
Guinée Equatoriale ... ... ... ... ... ... ... ...
Tchad 155 1,7 9,5 5,4 132,328 216 71,9 40,8
Total CEMAC 679 42,9 452,7 245,7 1,211,698 1,450

Source: COBAC et FMI (Cours de change)

BDEAC La Banque de Développement des États sont éligibles aux prêts de la BDEAC82, ces secteurs
de l’Afrique Centrale (BDEAC) a été créée en comprennent: les secteurs productifs (industries
Décembre 1975 comme institution de financement et exploitations minières, agriculture, élevage et
du développement des pays de la CEMAC. Elle forêts), le développement rural, les infrastructures
est reconnue comme une institution financière de base (routes, ports, aéroports et chemins de fer);
internationale. Son capital autorisé est de 81,450 les infrastructures et services publics (énergie et
milliards de FCFA (environ US $ 195 millions). eau, équipements de services, télécommunications,
La réforme des statuts adoptée en Novembre 2002 équipements hôteliers et des structures touristiques)
a ouvert 29,9% du capital autorisé aux investisseurs et; (v) les institutions financières. Les emprunteurs
institutionnels. La BDEAC a deux groupes éligibles aux prêts de la BDEAC sont : (i) les Etats
d’actionnaires: A et B. Le groupe A est constitué membres, (ii) les entreprises privées (y compris les
des Etats fondateurs (Cameroun, RCA, Congo, PME / PMI ainsi que des sociétés multinationales),
Gabon, Guinée équatoriale et Tchad). Le groupe B (iii) les Organisations régionales et sous-régionales,
est constitué d’organisations régionales et des pays (iv) les collectivités locales et (v) les institutions
non régionaux (BEAC, BAD, France, Koweït et financières.
Allemagne).
A l’instar des autres banques de développement, la
La BDEAC a pour mandat de: (i) Contribuer au BDEAC a connu une grave crise financière au cours
développement économique des pays de la CEMAC, des années 1980 dans le cadre de la crise économique
par le biais de la mobilisation des ressources interne et financière qui a frappé les États membres, mais aussi
et externes pour le financement des investissements en raison des problèmes de gouvernance de la banque.
dans la sous-région, (ii) Allouer des crédits pour la Le plan de restructuration adopté en Novembre
mise en œuvre de projets de développement dans 2001 (BDEAC - Plan stratégique 2002-2007), visait
la zone CEMAC, (iii) Accorder une assistance à renforcer la gouvernance d’entreprise, de réduire
technique et financière pour la réalisation d’études l’influence des Etats dans la prise de décision, et le
de faisabilité de projets d’investissement, (iv) renforcement de mécanismes de contrôle des risques,
Promouvoir l’intégration économique des pays
membres. Les secteurs et les activités qui contribuent 82 Les principaux secteurs sont : les programmes d’intégration
au développement social et la croissance économique régionale ; (ii) la création et la modernisation des entreprises de
production ; (iii) l’expansion et la diversification des infrastructures et
des équipements de production ; (iv) la réhabilitation des entreprises.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 115

concernait : (i) la réforme institutionnelle (ii) la et l’industrie 17,3%, et (iv) le secteur financier
réduction de la part des États membres dans le capital, (y compris le refinancement des institutions de
(iii) la reprise du contrôle des financements, et (iv) microfinance opérant dans les zones rurales) et les
la plus grande transparence grâce à la vérification services pour 16,1%.
des comptes par des cabinets internationaux. La
BDEAC a également lancé un plan stratégique pour Deux principaux programmes de développement
le développement de l’infrastructure et l’intégration des infrastructures régionales pour la promotion de
régionale pour stimuler l’intégration régionale grâce l’intégration régionale sont soutenues par la BDEAC
à l’extension du champ d’activités aux pays non depuis 2003: (i) le Plan directeur consensuel pour
membres de la CEMAC, en particulier avec les pays le développement des infrastructures de transports
de la CEEAC qui partagent des frontières communes en Afrique centrale et, (ii) le Programme pour le
avec ceux de la CEMAC, dans les domaines des développement d’un pool énergétique en Afrique
transports, de l’énergie et des télécommunications. centrale. La BDEAC est actuellement entrain
d’explorer les possibilités pour une plus grande
Cette politique a conduit la Banque à adopter participation au programme de développement
trois importantes initiatives institutionnelles: (i) régional et pour une promotion de l’intégration
Modification de l’article 2 de ses statuts qui limitait régionale. A travers son Plan stratégique a moyen
le champ d’activités de la BDEAC aux pays membres terme 2008-2012, la BDEAC vise à s’établir fermement
de la CEMAC uniquement. Cette zone a été étendue et à agir pleinement en tant que: (i) principale
aux pays frontaliers de la CEMAC, à savoir les pays institution de financement du développement de la
de la CEEAC (Novembre 2002), (ii) Introduction CEMAC, (ii) acteur actif sur le marché financier sous-
d’une définition formelle de la notion de projet régional (iii) sponsor du financement de l’intégration
d’intégration dans son document de politique régionale, (iv) institution clé pour le financement de
générale; (iii) Renforcement du partenariat avec les l’investissement privé dans la CEMAC.
CERs et les autres organisations et internationales
régionales opérant en Afrique centrale sur la base 5.5.2  Le secteur financier non bancaire
de mémorandum formel, autres protocoles et
conventions de coopération et de partenariat, en IFNBs 83
Le secteur des établissements financiers
cours ou en instance, consensus non formels de dans la CEMAC est embryonnaire. Ces établissements
coopération avec d’autres institutions financières sont généralement des filiales des banques. Seuls
internationales opérant dans les zones CEMAC et trois pays sur six dans la sous-région disposent
CEEAC. d’établissements financiers (Cameroun, Gabon
et Congo). En outre le nombre d’établissements
En Juin 2007, la BDEAC a approuvé des prêts et financiers agréés et en activité dans la CEMAC a
d’autres financements pour un montant total de baissé en 2006 comparativement aux deux années
54,1 milliards FCFA, affectés à 24 projets, dont précédentes, pour s’établir à 15 (16 en 2005 et 17 en
20 représentent 70,1% de ces approbations. Sur 2004). L’absence de données fiables et exhaustives
ce montant, la répartition par secteur économique en termes de volume d’actifs et de financements
montre que: (i) l’énergie et les infrastructures de accordés ne permet pas d’apprécier l’évolution du
transport ont reçu 49%, (ii) l’infrastructure des volume de leur activité.
télécommunications 17,6%, (iii) l’agriculture

83 A l’exception des compagnies d’assurance.


116 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Tableau 5.11 Liste des Etablissement finaciers agréés et en activité au 31 décembre 2006
Pays Etablissements
Cameroun ? Africa Leasing Company (ALC SA)
(10 établissements financiers) ? Crédit Foncier du Cameroun (CFC)
? Fonds d’Aide et de Garantie des Crédits aux Petites et Moyennes Entrprises (FOGAPE) 1/
? PRO-PME Financement SA (PRO-PME)
? Société Camerounaise de Crédit Automobile ( SOCCA)
? Société Camerounaise d’Equipement (SCE)
? Société de Recouvrement des Créances du Cameroun (SRC)
? Société Financière Africaine (SFA SA)
? Société Générale d’Equipement et de Crédit (SOGEC)
? Société Nationale d’Investissement (SNI)
Congo (1 établissements financier) ? Société Congolaise de Financement (SOCOFIN)
Gabon ? BGFI- Bail
(4 établissements financiers ? BICI- Bail
? FINATRA
? Société Gabonaise de Crédit Automobile (SOGACA)
Source: COBAC.
1/ En réalité, le FOGAPE est depuis plusieurs années sous administration provisoire. L’établissement a cessé toute activité de crédit et ne procède
plus qu’au recouvrement des créances qui peuvent encore l’être.

Secteur des assurances Le poids du secteur de placement87, des règles contraignantes en matière de
l’assurance dans la CEMAC est marginal. Le volume réassurance88, de l’étroitesse du marché et du principe
des actifs financiers gérés au sein des compagnies de territorialité qui obligent les sociétés d’assurance
d’assurance est de 3,3 % et représente 0,6 % du de n’assurer que les risques sur le territoire ou elles
PIB sous-régional (Tableau 4). En outre, comme sont installées.
dans le cas des banques, le secteur des assurances
dans la CEMAC est dominé par les grands groupes Pour pallier à la situation fragile des sociétés
étrangers. Huit sociétés d’assurance sur un total de d’assurance, au faible taux de pénétration et au faible
36 à fin 200684 (soit environ un quart) sont des filiales développement du secteur de l’assurance dans la
de groupes étrangers (français et ouest africains), qui CEMAC, le Secrétariat Général de la CIMA a pris un
ensemble détiennent approximativement 50% du certain nombre d’initiatives, dont les principales sont
marché. Les pays de la CEMAC sont signataires du les suivantes : (i) le relèvement du capital minimum
traité de la Conférence Interafricaine des Marchés des compagnies d’assurance de 500 millions FCFA
d’Assurance (CIMA)85 et sont liés par des lois et à 1 milliard FCFA à compter du 1er février 2010 ;
réglementations communes. (ii) la promotion des opérations intra-groupe au sein
Un grand nombre de sociétés d’assurances sont de la CEMAC avec l’autorisation pour l’ouverture
dans une situation fragile compte tenu de leur sous- de succursales pour l’assurance-vie en République
capitalisation86, de la faible diversité des produits de Centrafricaine, Guinée équatoriale et au Tchad89 et
la création de filiales dans les autres pays de la sous-
84 En dépit de l’étroitesse du marché, le nombre de compagnies région ; (iii) la promotion de l’assurance des grands
agréées est passé de 29 en 2002 à 36 en 2006, en raison notamment de
la faible exigence de capital minimum pour la création d’une compagnie
risques en fronting dans les domaines pétroliers,
d’assurances dans la sous-région, la faiblesse au niveau de la supervision maritime et de l’aviation ; et (iv) le renforcement des
et du contrôle des activités des sociétés d’assurance dans la CEMAC.
capacités de supervision et de contrôle de la CRCA
85 Le Traité de la CIMA a été signé le 10 juillet 1992 à Yaoundé
(République du Cameroun) par les gouvernements des Etats membres
(avec le recrutement de quatre auditeurs en 2008).
suivants : Bénin, Burkina, Cameroun, Centrafrique, Comores, Côte
d’Ivoire, Gabon, Guinée Equatoriale, Mali, Niger, Sénégal, Tchad et 87 Comme il existe un nombre restreint de valeurs mobilières dans la
Togo. Des quatorze (14) Etats signataires, seules les Comores n’ont pas sous-région, les sociétés d’assurance placent environ 80 % de leurs avoirs
encore ratifié le Traité.  Le Traité de la CIMA est entré en vigueur le sous la forme de dépôts à terme auprès des banques.
15 février 1995. Il prévoit l’adhésion de tout autre Etat Africain qui le
désire. Le nombre des Etats membres de la CIMA est passé de treize (13) 88 La CIMA exige qu’une compagnie porte au passif le montant total
à quatorze (14) avec l’adhésion de la Guinée Bissau  le 15 avril 2002. qu’elle devra verser, même lorsque la police est réassurée dans une large
mesure, ce qui peut s’avérer impossible en cas de sinistres importants.
86 Le capital minimum des compagnies d’assurance dans la zone
CIMA sera porté de 500 millions FCFA à 1 milliard FCFA à compter 89 Les companies d’assurance installées dans ces trois pays ne
du 1er février 2010. fournissent pas de prestations au titre de l’assurance-vie.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 117

Les autres initiatives prises par la CIMA sont les la mise en place d’une collaboration avec les
suivantes : (i) l’adoption d’un règlement pour la autres régulateurs régionaux et internationaux ;
supervision et la surveillance des groupes (dont et (iv) la mise en œuvre du processus en vue de
l’entrée en vigueur est prévue pour l’année 2010) ; la création d’un marché unique (avec la mise en
(ii) l’adoption d’un règlement pour renforcer la œuvre effective de l’agrément unique).
lutte contre le blanchiment des capitaux ; (iii)

Tableau 5.12 CEMAC : Marché de l’assurance - comparaison internationale 2005


Pays Pays PIB par habitant Densité de l’assurance Pénétration de
(US$) 1/ (US$) (*) l’assurance (**)
Cameroun 1020,8 0,02 0,01
RCA 372,8 0,00 0,00
Congo 2140,4 0,01 0,00
Gabon 6240,4 0,11 0,01
Guinée Equatoriale 13105,9 0,01 0,00
Tchad 776,9 0,00 0,00
Kenya (***) 320,0 10,11 2,98
Ghana (***) 320,0 2,22 0,64
OCDE (***) 23,4 2,339,9 9,00
Monde (***) 469,6 8,07
1/ Données relatives à l’année 2006.
Sources: Banque Mondiale et Rapports
(*) La densité d’assurance exprime le montant dépensé en primes d’assurance par habitant
(**) La pénétration de l’assurance exprime le pourcentage du total des primes par rapport au PIB.
(***) Données relatives à l’année 2004

Tableau 5.13 CEMAC : Assurances, primes par pays (2001- 2005)


2001 2005
(en million de US$)
Risques Divers Vie Total Risques Divers Vie Total
Cameroun 79,0 15,2 94,2 148,5 30,5 179,0
RCA 2,5 0,1 2,6 3,2 0,1 3,3
Congo 2,4 ... 2,4 32,6 ... 32,6
Gabon 50,6 7,9 58,6 83,3 11,6 94,9
Guinée Equ. 1,3 0,0 1,3 2,9 ... 2,9
Tchad 5,8 0,1 5,9 10,0 0,4 10,4
CEMAC 141,7 23,4 165,1 280,6 42,6 323,2

Sources : CIMA, Rapport annuel 2005 et FMI (cours de change).

5.5.3  Marchés financiers Cameroun, une bourse nationale, la Bourse de Douala


(Douala Stock Exchange – DSX) a été inaugurée
La mise en place d’un marché financier régional en 2003. Un organe de régulation, la Commission
s’inscrit dans le contexte de l’existence de deux des marchés financiers, a également été créée. La
projets concurrents avec de fortes incompatibilités coexistence de deux (2) bourses de valeurs dans la
aux plans réglementaires, juridiques et financiers. CEMAC se traduit par : (i) l’insécurité juridique
Le lancement de la Bourse des Valeurs Mobilières liée au chevauchement de la réglementation,
de l’Afrique Centrale (BVMAC) en 2003, sise à des organes de gestion et de supervision des deux
Libreville, a été appuyé par la création d’un régulateur marchés financiers ; (ii) la duplication des dépenses
régional, la Commission de Surveillance du Marché de fonctionnement et d’investissement des deux
Financier de l’Afrique Centrale (COSUMAF). Au structures. De plus, l’activité sur les deux bourses est
118 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

limitée et il n’est pas évident qu’il existe un marché actualisé en 2001. Le cadre légal et la mise en
potentiel pour garantir la viabilité de deux bourses œuvre du contrôle bancaire satisfont au moins
dans la CEMAC comme le soulignent également la largement aux 18 principes fondamentaux de Bâle
BEAC et le FMI90. comme le souligne le FMI92.
La réglementation prudentielle pour la Microfinance
5.6  Statut de l’infrastructure financière n’a été instaurée qu’en 200293. Elle est jugée conforme
aux pratiques internationales en ayant établi un cadre
L’infrastructure du secteur financier comprend le cadre à trois niveaux avec des droits et des responsabilités
juridique et réglementaire, le système de régulation et adaptées à chaque catégorie94.
supervision, les systèmes d’audit, de comptabilité et
de procédures financières, les systèmes de paiement et 5.6.2  Régulation, Supervision et Contrôle du
les institutions qui sous-tendent le fonctionnement Système financier non bancaire et du secteur
des systèmes et marchés financiers. La viabilité et le des assurances
niveau de développement des systèmes et marchés
financiers reposent en effet sur la force de leur L’activité de régulation, supervision et contrôle du
infrastructure de soutien, et les distorsions et les secteur des assurances relève de la Commission
imperfections dans les infrastructures peuvent, par régionale de contrôle des assurances (CRCA),
conséquent, entrainer un fonctionnement inefficient l’organe de régulation de la CIMA, qui dispose
des systèmes et marchés financiers. Les cinq éléments de tous les pouvoirs, généralement reconnus à
clés de l’infrastructure du secteur financier abordés un organe de supervision d’assurance tels que
dans cette sous-section sont : la régulation, la l’agrément des compagnies d’assurances et de leurs
supervision et le contrôle du système financier ; le dirigeants, le contrôle permanent de solvabilité, le
système de reporting des informations financières; les pouvoir d’injonction et de sanction jusqu’au retrait
systèmes de paiement ; le cadre légal et judiciaire ; d’agrément.
le système d’information sur les contreparties et les
marchés financiers. 5.6.3  Système de reporting des informations
financières
5.6.1  Régulation, Supervision et Contrôle du
Système financier Normes comptables Le cadre légal de la
comptabilité et de l’audit est fortement influencé
La régulation, la supervision et le contrôle des établissements par les accords régionaux et internationaux. Le
de crédit, des établissements financiers et des EMF dans système de reporting des informations financières du
la CEMAC sont assurés par la Commission Bancaire secteur privé dans la CEMAC est régi par le système
de l’Afrique Centrale (COBAC), créée en octobre comptable OHADA («SYSCOHADA»), adoptée
199091, dont la mission principale est de contrôler les en 2002. L’OHADA a adopté en 2000 l’Acte
conditions d’exploitation des établissements de crédit, Uniforme portant organisation et harmonisation
de veiller à la qualité de leur situation financière et des comptabilités des entreprises sises dans les Etats-
d’assurer le respect des règles déontologiques de la parties au Traité relatif à l’harmonisation du droit des
profession. Le dispositif prudentiel de la COBAC a affaires en Afrique. Entré en vigueur le 1er janvier
été élaboré en s’inspirant étroitement des principes 2001 pour les «comptes personnels» et le 1er janvier
édictés par le Comité de Bâle sur le Contrôle bancaire 2002 pour les «comptes consolidés», ce texte fixe le
et en s’appuyant également sur les spécificités des droit comptable applicable à toute entreprise soumise
économies de la Zone. Le cadre prudentiel a été
92 IMF, 2006, CEMAC: Financial System Stability Assessment, IMF
Country Report No. 06/321, August.
90 Conférence sur le développement du secteur financier dans la
CEMAC » organisée conjointement par la BEAC et le FMI à Yaoundé 93 Le Règlement n0 01/02/CEMAC/UMAC/COBAC relative aux
(Cameroun), du 3 au 4 juin 2008. conditions d’exercice et de contrôle de l’activité de Microfinance dans
la CEMAC, signé le 13 avril 2002, régit la réglementation des EMF au
91 La convention du 16 octobre 1990 portant création de la niveau régional.
COBAC a été complétée par la convention du 17 janvier 1992 portant
harmonisation de la réglementation bancaire dans les Etats de l’Afrique 94 IMF, 2006, CEMAC: Financial System Stability Assessment, IMF
Centrale. Country Report No. 06/321, August.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 119

aux dispositions du droit commercial et comporte une modernes de paiement, repose sur un objectif
annexe intitulée «système comptable OHADA». Ce d’accroissement, entre 2007 et 2012, du taux moyen
système repose sur le Plan Comptable français avec de bancarisation, qui est d’environ 3 % actuellement,
certains amendements reflétant certains principes à 10 %, et des incitations légales à l’utilisation
énoncés dans l’International Financial Reporting des moyens scripturaux de paiement. Le projet
Standards (IFRS). est fondé sur l’instauration et le développement
d’une interbancarité large s’appuyant sur une
En ce qui concerne spécifiquement le système harmonisation des instruments de paiement et de
bancaire, un règlement relatif à l’organisation règlement et sur une standardisation des formats
des comptabilités des établissements de crédit a d’échange des informations et des données entre les
été adopté par la Commission Bancaire en 2003. différents participants.
L’objet principal de ce règlement est d’intégrer
le droit comptable édicté par l’OHADA dans la L’architecture globale du projet s’articule autour
réglementation bancaire. des éléments suivants: (i) un système de règlement
brut en temps réel au niveau régional (Système de
Système d’information sur les contreparties Gros Montant Automatisé – SYGMA) équivalent
Le système d’information sur les contreparties au au système de Règlement brut Transeuropéen
sein de la CEMAC repose sur la centrale des risques en temps réel (TARGET) ; (ii) un système de
qui est élaborée par la Banque Centrale pour chaque télécompensation des paiements de masse au niveau
pays95. Au niveau de la CEMAC, les banques, les de chaque pays (Système de Télécompensation en
établissements financiers et les établissements de Afrique Centrale – SYSTAC) ; (iii) un système
Microfinance de grande taille ainsi que les structures monétique interbancaire (SMI) dont la gestion
étatiques de recouvrement des créances96 sont sera assurée par la communauté bancaire au sein de
astreints de communiquer à la Banque Centrale les deux structures créées ad hoc (l’Office Monétique
informations relatives au niveau des engagements de l’Afrique Centrale ou OMAC et la Société
de leur clientèle. Ce système permet aux banques Monétique de l’Afrique Centrale ou SMAC) et ; (iv)
et aux autres institutions financières de disposer des un système de gestion des risques et des incidents de
informations fiables sur la capacité d’endettement paiement avec la création d’un système d’information
et l’historique de remboursement des emprunteurs régionale, la « Centrale des Incidents de Paiement »,
potentiels. L’information publiée au niveau de la dédié à la prévention, au traitement et à la répression
centrale des risques sous forme électronique est mise des incidents de paiement sur chèques, cartes de
à la disposition de tous les établissements déclarants paiement, effets de commerce et prélèvements.
et mise à jour mensuellement. Elle couvre la quasi
totalité de la clientèle en raison d’un seuil minimal Le système des paiements dont la mise en place
de déclaration fixé à 10 000 FCFA97. est récente est encore inachevé, mais des progrès
significatifs ont été réalisés. Le volet SYGMA
5.6.4  Système de paiement et de règlement est opérationnel sur l’ensemble de la CEMAC
(depuis le mois de novembre 2007), le volet
Pour s’aligner aux normes et standards internationaux SYSTAC98 ne fonctionne que dans quatre pays sur
qui régissent les systèmes de paiement, la BEAC six (à l’exception de la Guinée Equatoriale99 et du
a lancé en 1999, le projet de réforme du système Tchad100) et la composante relative à la CIP101 a été
de paiement et de règlement dans les pays de la mise en veilleuse depuis le mois de décembre 2006.
CEMAC. La stratégie qui sous-tend le projet, qui Un comité restreint et interne à la BEAC a été mis
vise à accroître la diffusion et l’usage des instruments
98 Système de Télécompensation de l’Afrique Centrale (Ce système
devrait entrer en vigueur sur l’ensemble de la sous-région d’ici le mois de
95 La BEAC envisage d’élaborer une Centrale des risques sous- décembre 2008 ou de janvier 2009).
régionale.
99 Dont l’entrée en vigueur est prévue le 23 février 2009.
96 Il s’agit des créances des banques étatiques liquidées qui ont été
transférées à l’Etat au Cameroun et au Congo. 100 Dont l’entrée en vigueur est le 30 mars 2009.
97 Equivalent à environ 24 dollars US. 101 Centrale des Incidents des Paiements.
120 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

en place par le Gouverneur en janvier 2009 pour les banques sont habilitées à effectuer directement
réfléchir à la relance de cette composante. des opérations transfrontalières, à recevoir des
dépôts des non-résidents et à accorder des crédits à
5.6.5  Cadre légal et judiciaire des non-résidents. Un certain nombre d’indicateurs
sont retenus pour apprécier le degré d’intégration du
Le cadre légal et judiciaire dans les États membres de système bancaire. Ces indicateurs sont regroupés en
la CEMAC a été développé à deux niveaux: régional deux catégories102 : (i) les indicateurs basés sur les
et national. Tous les pays de la CEMAC sont membres prix et (ii) les indicateurs basés sur les quantités.
de l’OHADA, et un grand nombre de questions
juridiques relatives à l’environnement de crédit Indicateurs basés sur les prix La loi du prix unique
sont régies par une législation régionale uniforme. ou la convergence des prix des services financiers
Toutefois, bien que des questions de fond sont, dans sont les éléments déterminants pour apprécier le
une large mesure, régie par la législation uniforme degré d’intégration du système bancaire. L’évolution
OHADA, les questions judiciaires, réglementaires des marges bancaires au sein de la CEMAC conforte
et institutionnelles (tel que le niveau de la mise le constat relatif à la faible intégration des systèmes
en œuvre d’une législation uniforme) sont traitées bancaires dans la sous-région. La marge d’intérêt
au niveau de l’échelon national. Bien que le cadre se chiffre en moyenne à 9,2% pour l’ensemble de
juridique soit largement le cas, la connaissance et la CEMAC (contre 8,7% en 2005). Cette marge
la compréhension des actes de l’OHADA semblent s’établit à 13,4% en Guinée Equatoriale, la plus
être très limitées, et la diffusion et la formation ont élevée, et seulement 7,9% au Cameroun du fait d’une
été insuffisantes. Ces problèmes sont aggravés par plus grande concurrence entre les établissements
les dysfonctionnements du système judiciaire, qui bancaires. Cette divergence s’explique également
portent gravement atteinte aux droits des créanciers par le fait que les banques fonctionnent très
et représentent un obstacle au bon développement largement sur une base nationale, même au sein de
du secteur financier à travers la sous-région. groupes bancaires où se font l’essentiel des transferts
infrarégionaux. Elle traduit également le manque
La BEAC a également procédé à une refonte de de concurrence dans le secteur bancaire. De plus,
l’environnement juridique tout en respectant trois la circulation de la liquidité bancaire est limitée en
principes : la conformité aux normes internationales l’absence d’un marché monétaire et interbancaire
définies par les « Core Principles » de la Banque des actif.
Règlements Internationaux (BRI), la mise en œuvre
d’une réforme à droit constant et l’introduction Indicateurs basés sur les quantités. Les indicateurs
des innovations indispensables au fonctionnement basés sur les quantités sont généralement utilisés
de systèmes de paiement automatisés. Le nouveau pour conforter l’analyse basée sur les prix. La mesure
règlement relatif aux systèmes, moyens et incidents la plus utilisée pour apprécier le degré d’intégration
de paiement est entré en vigueur le 1er juillet 2004. du système bancaire est le niveau des flux
transfrontaliers. Selon les statistiques de la COBAC,
5.7  Degré d’intégration financière ces flux demeurent marginaux, ce qui suggère que
l’intégration des systèmes bancaires est très faible.
Sur la base de données recueillies auprès de la
L’analyse du degré d’intégration du système financier COBAC et des entretiens que nous avons eus avec le
porte uniquement sur le système bancaire dans la système bancaire au cours de la mission, l’activité des
mesure où les institutions financières non bancaires banques au sein de la CEMAC est principalement
(établissements financiers, établissements de concentrée sur leur clientèle en raison de la faiblesse
Microfinance et compagnies d’assurance) ne sont pas des activités économiques transfrontalières, ce qui
autorisées à effectuer des opérations transfrontalières traduit le très faible niveau de flux transfrontaliers.
à l’exception d’un nombre très limité d’opérations
(telle que la réception de fonds de l’étranger par
certains EMF pour le compte de leur clientèle). Seules 102 Saab et Vacher (2007).
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 121

Le volume des dépôts détenus par les agents Ces obstacles sont notamment :
économiques non résidents et originaires d’un autre
pays de la CEMAC dans les banques résidentes • La conjoncture macroéconomique actuelle
constitue également une mesure du degré de caractérisée par des excédents de trésorerie
régionalisation des opérations bancaires et donc générés notamment par les revenus pétroliers
d’intégration financière sous régionale. L’examen des et l’impact positif de la restructuration bancaire
données disponibles montre que la proportion des a entrainé une forte surliquidité des systèmes
dépôts des non-résidents dans les banques résidentes bancaires dans la sous-région qui limite les
de la sous région est très marginale. Pour l’ensemble flux financiers transfrontaliers.
de la CEMAC, cette proportion est inférieure à 2
% des dépôts totaux. En ce qui concerne les crédits • Les faiblesses au niveau de l’infrastructure
accordés aux non-résidents par les banques résidentes, financière sous–régionale et de l’environnement
leur proportion par rapport au volume global des opérationnel des banques, notamment l’absence
crédits est encore plus faible (moins de 1,5 %)103. de bureaux de crédit, le faible développement
des systèmes de paiement (même si des progrès
En dépit des progrès considérables qui sont significatifs ont été réalisés dans ce domaine),
intervenus au niveau de la CEMAC pour organiser le manque de transparence et d’information
un marché bancaire régional avec la mise en place sur la solvabilité des contreparties bancaires
díune infrastructure transfrontalière de règlement et et, les insuffisances du cadre légal et judiciaire
de compensation, líanalyse de líintégration bancaire limitent les activités financières et la prestation
basée aussi bien sur les prix que sur les quantités de services financiers transfrontaliers.
montre que celle-ci est très faible dans la sous-région.
Le faible développement des flux migratoires et • Le fonctionnement, en deca des objectifs, de
commerciaux ainsi que le manque díinformation sur l’agrément unique.
la solvabilité des contreparties bancaires notamment
limite la prestation de services financiers au-delà des • L’existence de deux marchés financiers qui
frontières. se développent et fonctionnent de façon
parallèle et indépendante dans un espace
5.8  Freins et Obstacles à l’intégration économique faiblement développé nuit à leur
financière développement.

L’expansion des activités financières transfrontalières • Le faible développement échanges


dans la CEMAC est fortement entravée par commerciaux au sein de la sous-région
certains obstacles institutionnels et fonctionnels (voir Tableau 14 ci-dessous) et limitent
qui ne relèvent pas pour l’essentiel de l’action des ainsi l’expansion des services financiers
institutions de supervision du système financier. transfrontaliers.

103 Source : COBAC.


122 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Tableau 5.14 Structure géographique des échanges commerciaux (2001-2005)


(en % de la valeur des échanges)

2001 2002 2003 2004 2005


Total Afrique 7,4 8,2 8,6 7,4 8,0
dont : intra CEMAC 2,4 3,0 3,5 2,3 2,3
UE 44,6 36,8 39,2 35,6 31,8
dont : France 21,8 16,1 17,5 16,8 12,5
Amérique du Nord 30,5 35,8 31,7 34,5 42,2
dont : États-Unis 30,2 35,6 31,6 34,2 42,0
Amérique du Sud 0,5 0,4 0,7 0,5 0,7
Asie 11,8 14,0 13,6 16,8 12,3
dont : Chine 2,5 3,2 5,3 7,7 5,2
Moyen et Proche Orient 0,3 0,3 0,2 0,2 0,2

Source : BEAC.

 
Tableau 5.15 CEMAC : Position indicative des Etats par rapport aux critères de la surveillance
multilatérale (Résultats au 31 décembre 2006)

Critères de surveillance Cameroun RCA Congo Gabon Guinée Equatoriale Tchad


Taux d’inflation annuel moyen ≤ 3% - - - - - -
Solde budgétaire de base positif ou nul + - + + + +
Variation arriérés ≤ 0 + - - + + -
Dette publique totale sur PIB nominal ≤ 70%
Nombre de critères respectés 3 0 1 3 3 2

(+) = respecté; (-) = non respecté


Source : Secrétariat Exécutif de la CEMAC

5.9  Appui au processus d’intégration l’éventail des initiatives et des réformes en intégrant
financière, rôle partenaires au développement les points de vue et l’expertise des autres institutions
multilatérales et partenaires au développement, des
Compte tenu des gaps observés dans le processus institutions sous-régionales et locales.
d’intégration financière au sein de la CEMAC, un
appui du Groupe de la Banque, des autres institutions 5.9.1  Coordination des stratégies nationales
multilatérales et partenaires au développement et sous-régionale 
s’avère indispensable pour renforcer l’intégration
financière sous régionale en dépit du stade L’amélioration de l’environnement des affaires
d’intégration financière de la sous-région. Les axes et le renforcement de l’intégration économique
potentiels d’intervention en faveur de l’intégration dans la CEMAC en vue de soutenir le processus
financière régionale peuvent se répartir en trois d’intégration financière implique une coordination
grandes catégories: (i) la coordination des stratégies des actions aux plans sous-régional et de chaque pays
nationales et sous-régionale; (ii) le financement pour parvenir à une convergence et à une synergie
des opérations sous-régionales ; (iii) l’assistance des actions entreprises. De nombreuses réformes sont
technique et le renforcement des capacités. Les nécessaires aux niveaux des pays et de la sous-région,
propositions présentées n’ont pas la prétention avec l’appui des bailleurs de fonds104 et des institutions
d’être exhaustives. Le processus de consultation et de
discussion avec les autres institutions multilatérales
et partenaires au développement qui s’inscrit à la suite 104 Institutions multilatérales (BAD, Banque mondiale, FMI, etc.)
et partenaires au développement multilatéraux et bilatéraux (Union
de la préparation de ce rapport est destiné à renforcer Européenne, PNUD, AFD, etc.).
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 123

sous-régionales105, pour soutenir les infrastructures de les autres institutions multilatérales et partenaires au
base afin d’approfondir la régionalisation Le soutien développement.
de la Banque, des autres institutions multilatérales
et partenaires au développement pourrait également 5.9.2  Financement des opérations sous-
porter sur l’assistance à fournir à la CEMAC au régionales
niveau de la cohérence à observer entre le Programme
Economique Régional (PER)106, les programmes Trois domaines pourraient être recommandés pour
nationaux et la stratégie sous–régionale dans le cadre le financement des opérations sous-régionales par
du DSAIR 2009-2013 qui sera mis en place en ce le Groupe de la Banque, les autres institutions
qui concerne notamment la diversification des bases multilatérales et partenaires de développement,
économiques et le développement du secteur privé. afin de soutenir le processus d’intégration financière
Il est montre qu’une plus grande diversification régionale : (i) le financement d’infrastructures, (ii)
économique et un développement du secteur prive le financement de l’extension des réseaux mobiles
au niveau sous-régional sont de nature à favoriser de communication dans le cadre du développement
l’intégration financière régionale. du système de paiements sous-régional, (iii) le
financement du volet Centrale des incidents de
Il y a également des réformes qui pourraient paiement du système sous régional des paiements.
partiellement être mises en œuvre au niveau national
et en partie sur une base régionale en ce qui concerne le Financement des infrastructures Comme la quasi-
développement et l’intégration des marchés financiers totalité des CERs en Afrique Subsaharienne, la
(par exemple, l’appui à l’intégration de la bourse du CEMAC a un besoin très important de financement
Cameroun et de la bourse sous–régionale en assistant des infrastructures (notamment dans les domaines des
les deux places boursières ainsi que les deux organes transports, des télécommunications et de l’énergie).
de supervision pour un audit ou une consultation en Au lieu de recourir au financement classique des
vue de trouver les solutions techniques adéquates et projets d’infrastructures, la Banque et d’autres
appropriées à mettre en place en vue d’harmoniser institutions multilatérales108 (y compris la BDEAC109)
les cadres juridique, réglementaire et opérationnels et partenaires au développement multilatéraux et
sur les deux places dans le but ultime d’aboutir à un bilatéraux110 pourraient aider les pays de la CEMAC
marché financier unique dans la sous-région). pour financer leurs besoins d’infrastructures en
utilisant des émissions d’obligations en raison de
Enfin, il apparaît nécessaire de conduire des actions la surliquidité dans la sous-région. Ces opérations
coordonnées aux plans sous-régional et de chaque devraient contribuer au développement du marché
pays pour l’harmonisation des dispositions fiscales obligataire sous-régional. Un avantage de l’émission
relatives aux opérations financières (fiscalité sur les d’obligations sur une base régionale serait de créer les
produits des valeurs mobilières, etc.). De même, offres d’une taille suffisante pour justifier les dépenses
des actions coordonnées sont nécessaires pour impliquées dans la collecte de fonds et de fournir des
améliorer l’environnement judiciaire dans la sous- liquidités suffisantes afin d’attirer les investisseurs.
région107. Il s’agira d’inscrire éventuellement ces
actions dans le cadre de programmes sous-régionaux Financement des infrastructures de télécommuni-
et nationaux soutenus par le Groupe de la Banque, cations Dans le cadre du développement du systè-
me de paiements sous-régional, la Banque, les autres
105 CEMAC, BEAC et BDEAC notamment. institutions multilatérales et partenaires au déve-
106 L’objectif général est d’élaborer un programme économique (2008-
2015), fédérateur des actions de développement dans la sous-région pour 108 Comme la SFI.
renforcer la construction de l’espace communautaire en vue d’améliorer
le niveau de vie des populations. 109 La BDEAC a exprimé le souhait de s’orienter vers les émissions
publiques d’obligations (compte tenu de la surliquidité dans la sous-
107 Au cours des entretiens, le système bancaire a insiste sur les faiblesses région) pour développer le marché obligataire sous-régional. La
des systèmes judiciaires nationaux (qui se caractérisent notamment par participation de la BDEAC à ce genre d’opérations devrait fournir
le non-respect des textes juridiques et les difficultés pour les institutions une occasion à l’institution de renforcer ses capacités sur ce plan en
financières de réaliser les garanties et d’obtenir des jugements équitables) travaillant aux côtés de la Banque et des autres bailleurs de fonds.
qui entravent le développement du système financier et son intégration
sous régionale. 110 Le cas de l’AFD.
124 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

loppement pourraient financer à faible coût ou ap- des EMF ; (v) le renforcement des capacités des
porter des subventions pour l’extension des réseaux structures des Ministères des finances dans les Etats,
mobiles dans la sous-région afin de fournir une cou- chargées d’appuyer la COBAC dans la supervision
verture supplémentaire pour les zones rurales. Cette et le contrôle des EMF ; et (vi) le renforcement des
extension pourrait favoriser le développement de capacités de la BEAC et des Etats dans le suivi et
l’utilisation de la téléphonie mobile pour les paie- la mise en œuvre de la Réglementation des changes
ments nationaux, sous-régionaux et internationaux harmonisée et l’élaboration de statistiques fiables
en s’inspirant des progrès réalisés et en cours dans et exhaustives sur les échanges commerciaux et
d’autres pays d’Afrique (Kenya, Afrique du Sud, etc.) financiers.
et du reste du monde (Asie de l’Est, Europe, etc.). Ce
système a l’avantage d’être élargi au niveau des cou- Au cours de la mission dans la CEMAC, l’institution
ches de la population et des micro et PME/PMI qui sous régionale de financement du développement
n’ont pas généralement accès au système financier et (BDEAC) a été très enthousiaste sur le développement
contribuerait ainsi à développer l’accès aux services d’un partenariat public-privé pour le financement
financiers pour ces agents économiques. des infrastructures et des projets intégrateurs et de la
mise en place d’un cadre réglementaire approprié au
Financement du volet Centrale des Incidents de niveau de la sous-région pour le partenariat public
Paiement De même, il conviendrait de veiller dans privé. Sur ce plan, les institutions multilatérales
le cadre du redimensionnement du volet Centrale comme la BAD et la Banque Mondiale pourraient
des Incidents des Paiements de la réforme des assister la BDEAC dans le renforcement des capacités
moyens de paiements dans la CEMAC envisagé par dans ce domaine.
la BEAC en raison des contraintes financières à ne
pas compromettre l’ensemble du projet. Un appui Une assistance technique pour le renforcement
financier complémentaire ou une subvention de la des capacités de la COBAC dans les domaines de
part de la Banque, des autres institutions multilatérales la supervision et du contrôle bancaires, notamment
et partenaires au développement pourrait être mis dans le domaine de la supervision et du contrôle
en place pour relancer effectivement ce volet de la des banques par rapport à leurs interventions sur le
réforme en vue de disposer d’un système complet et marché obligataire111, s’avère également nécessaire.
viable conformément aux souhaits exprimés par les Le développement du mobile banking implique
banques et autres institutions financières au cours de l’élaboration des règlements spécifiques compte tenu
la mission. de la nécessité de réglementer les risques inhérents qui
accompagnent cette nouvelle technologie (c’est-à-
5.9.3  Assistance technique et renforcement dire la protection des consommateurs), et le processus
des capacités réglementaire est compliqué par la double nature de
la technologie, qui nécessite une coordination entre
L’appui du Groupe de la Banque, des autres institutions les organismes de réglementation des ministères de
multilatérales et partenaires au développement aux la communication, la banque centrale commune
niveaux de l’assistance technique et du renforcement et l’organe de supervision bancaire. Une assistance
des capacités pour faire progresser l’intégration technique sur ce plan est également indispensable.
financière sous régionale devrait s’inscrire aussi bien
aux plans sous-régional que de chaque pays. Il pourrait Le développement du secteur de la Microfinance et de
porter principalement sur les volets ci-après : (i) le sa participation au processus d’intégration financière
renforcement des capacités de la BDEAC en ce qui sous régionale nécessite (a) de renforcer les capacités
concerne le partenariat public privé ; (ii) la mise en des EMF en vue d’améliorer leur gestion à travers
place d’un cadre règlementaire approprié au niveau notamment des ateliers de formation ; (b) d’élaborer
de la CEMAC en ce qui concerne le partenariat
public privé ; (iii) le renforcement des capacités de 111 Par exemple sous la forme d’une prise en charge de stages de
la COBAC dans les domaines de la supervision et du formation dans des pays qui ont une expérience sur ce plan (Tunisie,
Maroc, UEMOA, etc.) ou de l’organisation d’ateliers de formations au
contrôle bancaires ; (iv) le renforcement des capacités niveau du Siege de la COBAC. 
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 125

à l’attention des EMF des manuels de procédures 5.10  Conclusions et recommandations


dans les domaines de la comptabilité, la gestion et
du crédit (cette tâche pourrait être conduite par Pour promouvoir l’intégration économique et financière
un consultant ou un cabinet de consultant) ; (c) régionale entre les États membres de la CEMAC, un
d’élaborer une chambre de compensation spécifique cadre structurel et complet et un éventail de politiques
aux EMF et (d) de mettre en place une centrale des ont été mis en place. Les progrès vers l’intégration
risques et des impayés afin de sécuriser l’épargne et financière ont cependant été lents, reflétant ainsi les
de limiter le volume des crédits non performants au difficultés dans la mise en œuvre des programmes et
niveau des EMF et (e) de renforcer les capacités des initiatives sous-régionaux ainsi que les grands défis
structures des Ministères des finances dans les Etats, pour l’intégration dans la sous-région.
chargées d’appuyer la COBAC dans la supervision
et le contrôle des EMF, compte tenu des moyens En effet, l’existence d’un cadre institutionnel exhaustif et
humains limités de l’Organe de supervision, à travers cohérent, d’une monnaie unique113, d’une banque centrale
notamment des ateliers de formation. commune114, des institutions communautaires communes
de supervision du système financier115 (banques, EMF
Enfin, le secteur bancaire s’est montré très prudent et compagnies d’assurances) n’a pas conduit à une
sur le développement des activités et des opérations intégration financière profonde au sein de la CEMAC.
financières sous-régionales au cours des entretiens en Le système financier demeure très fragmenté et continue
raison des obstacles encore existants au niveau de à se développer essentiellement sur des bases nationales
la mise en œuvre de la réglementation des changes même au sein de groupes bancaires et financiers où
communes. Un soutien des Institutions multilatérales se font l’essentiel des transactions intra-régionales.
(BAD, Banque mondiale, FMI, etc.) et partenaires D’importants progrès sont néanmoins intervenus
au développement s’avère nécessaire, par exemple, dans le cadre de la réglementation et du contrôle du
dans le renforcement des capacités de la BEAC et système bancaire, des établissements financiers et
des Etats dans le suivi et la mise en œuvre de la des institutions de Microfinance pour promouvoir le
Réglementation des changes harmonisée afin de ne développement d’un système financier sous-régional
pas entraver le développement et l’intégration des intégré et concurrentiel ; la mise en place progressive
systèmes et marchés financiers dans la CEMAC. d’une infrastructure transfrontalière de règlement et
de compensation en dépit de ses lacunes contribue
Un projet en vue du renforcement des capacités en également au processus d’intégration financière. De
analyse des flux de capitaux privés et étrangers dont même, les efforts entrepris en vue de l’instauration
la mise en œuvre et la coordination sont assurées par d’un marché financier régional unique s’inscrivent
DFI112est actuellement en cours dans la CEMAC. La dans le cadre de ce processus.
phase pilote qui a portée sur le Cameroun a déjà été
finalisée et il est prévu une extension de ce projet aux La Conférence des Chefs d’État de la CEMAC du
autres pays de la sous-région. Un appui technique et mois d’avril 2007 à N’Djamena (Tchad) a approuvé
financier de la part des institutions multilatérales un ensemble de réformes institutionnelles dont la mise en
(BAD, Banque mondiale, FMI, etc.) et partenaires œuvre effective devrait contribuer à relancer le programme
au développement peut être envisagé pour l’élargir d’intégration régionale. De même, la BEAC, en étroite
le champ des statistiques couvertes aux échanges collaboration avec les autres institutions de la sous-
commerciaux infra-régionaux et avec l’extérieur afin région, est entrain d’élaborer une vision à long terme de
de disposer de données fiables et exhaustives sur les la CEMAC sur la base d’un Programme Economique
flux financiers et commerciaux. Régional (PER). Toutefois, au-delà de ces réformes

113 Le franc CFA arrimé à l’euro à un cours fixe (1 euro = 655,957


FCFA).
114 La Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC).
115 A l’exception des deux marchés financiers (Bourse des Valeurs
Mobilières de l’Afrique Centrale ou BVMAC et Bourse de Douala ou
112 Development Finance International. DSX).
126 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

visant à moderniser, améliorer la gouvernance des opérations de crédit dans la sous-région en


institutions régionales et à renforcer l’intégration améliorant la qualité de l’information sur les
économique et financière régionale, des questions contreparties.
cruciales et urgentes telles que le développement des
infrastructures sous-régionales, la diversification des • Supervision du secteur financier : renforcer
économies, la libre circulation des marchandises et les capacités de supervision et de contrôle
des facteurs dans la sous-région, l’amélioration de de la COBAC et de la CRCA. Renforcer la
l’environnement des affaires, demeurent pendantes supervision et le contrôle des établissements
afin d’atteindre un niveau plus profond d’intégration de microfinance (en collaboration avec les
économique et financière. Ministères des finances). Améliorer également
les capacités de la COSUMAF et de la CMF
De même, la « conférence sur le développement dans la perspective du développement du
du secteur financier dans la CEMAC » organisée marché financier sous-régional et de son
conjointement par la BEAC et le FMI, qui s’est tenue unification.
à Yaoundé (Cameroun), du 3 et 4 juin 2008 a abouti
a l’élaboration d’une matrice de recommandations • Mise en place d’un marché financier sous-régional
et de propositions d’actions concrètes visant a unifié et développement du marché obligataire :
renforcer le système financier de la sous-région et accélérer l’intégration des deux marchés
son intégration. Ces recommandations portent en vue de la création à moyen terme d’un
sur les domaines ci-après : (i) le cadre de gestion marché financier unique qui favoriserait la
de la liquidité et le renforcement des instruments libre circulation des capitaux au sein de la
de la politique monétaire ; (ii) le développement sous-région et le développement d’un marché
des marchés régionaux des valeurs mobilières ; obligataire sous-régional.
(iii) la promotion de l’intermédiation financière
dans la CEMAC, en particulier l’amélioration • Financement des projets intégrateurs et du
de l’environnement juridique et judiciaire, et la processus d’intégration financière régionale par
réduction du coût du crédit et l’amélioration de la BDEAC : renforcer les capacités et les
l’infrastructure financière ; (iv) le renforcement de ressources de l’Institution pour les porter
la supervision bancaire régionale ; (v) la supervision à un niveau adéquat avec les ambitions de
des marchés financiers et des marchés d’assurance. l’Institution et permettre à la BDEAC de
jouer un rôle plus actif dans le financement
Par rapport aux constats effectués et à l’analyse des du développement et des infrastructures,
réformes en cours et des actions engagées au sein de l’expansion du marché financier et obligataire
la CEMAC, en vue du renforcement de l’intégration sous-régional.
financière, les principales recommandations suivantes
sont formulées. • Environnement légal et judiciaire : améliorer
l’environnement légal et judiciaire au niveau de
• Renforcement de l’infrastructure financière la CEMAC à travers une réforme approfondie
(avec la mise en place de bureaux de crédit, des systèmes judiciaires dans la sous-région.
le développement des systèmes de paiement, Restaurer la crédibilité des tribunaux et des
le renforcement de la transparence financière, magistrats dans la sous-région pour rassurer les
etc.). Les objectifs vises sont notamment de institutions financières et rétablir leur confiance
favoriser l’accès aux services financiers pour dans le système judiciaire.
les populations vulnérables et développer les
Annexe 5.1 Plan d’action synthétique pour le renforcement
de l’intégration financière régionale 

RECOMMENDATIONS ECHEANCE INSTITUTIONS ORGANES ET


MULTILATERALES & INSTITUTIONS
PARTNENAIRES AU REGIONAUX ET LOCAUX
DEVELOPPEMENT IDENTIFIES
IDENTIFIES

1. Mettre en œuvre d’une stratégie a “géométrie variable” pour l’intégration des systèmes financiers en Court & Moyen terme 1. FMI 7. Secrétariat CEMAC
raison des niveaux différents de développement des systèmes financiers nationaux
2. Banque Mondiale 8. BEAC
2. Améliorer l’accès aux services bancaires et financiers des ménages et PME/PMI Court & Moyen terme
3. BAD 9. BDEAC
3. Améliorer l’environnement légal et judiciaire Court & Moyen terme
4. BRI 10. Ministères de l’Economie
4. Développer le secteur privé non pétrolier, la diversification de l’économie et le commerce intra- Court & Moyen terme et des Finances
régional
5. Union Européenne
11. Ministère du Commerce
5. Renforcer la supervision du secteur bancaire et des institutions financiers non bancaires Court & Moyen terme
6. Agences bilatérales
12. Associations
6. Etablir/ renforcer les mécanismes de supervision et d’évaluation au plan régional Court & Moyen terme professionnelles des
secteurs bancaires et
des autres institutions
7. Accélérer la mise en œuvre des recommandations du FSAP/PESF Court et Moyen terme
financières non bancaires
et du secteur privé
8. Développer et intégrer les marchés financiers Court & Moyen terme
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E

13. Marchés financiers


9. Développer le marché interbancaire sous-régional Court & Moyen terme

10. Créer un marché obligataire sous-régional Court terme

11. Accélérer la mise en place de l’infrastructure financière sous régionale (création de bureaux de Court & Moyen terme
crédit, etc.)
127
128
Annexe 5.2 Intégration financière régionale dans la CEMAC : Constats, recommandations, programmes et réformes

Programmes et réformes additionnels susceptibles d’être soutenus ou


Constats (lacunes et freins à Programmes en cours et réformes envisagées financés par les bailleurs de fonds et partenaires au développement116
Recommandations
l’intégration financière régionale) par les autorités
Programmes et réformes Institutions
I. Environnement macro-économique et financier, convergence des économies et intégration économique dans la CEMAC
Faiblesses des performances macro- Mettre en œuvre effectivement Mise en place d’une matrice de douze principales Elaborer un plan cohérent de développement BAD, Banque
économiques (en dépit de la forte les réformes structurelles destinées recommandations en vue d’une croissance forte, des infrastructures qui pourraient être soutenu mondiale,
hausse des cours de pétrole) et de la à accroitre la diversification des durable, diversifiée et partagée dans la CEMAC. par les institutions multilatérales (y compris la BDEAC, Union
convergence des économies de la sous- économies de la sous-région et à BDEAC). Européenne.
région limiter leur forte dépendance du Elaboration d’une vision à long terme de
secteur pétrolier. la CEMAC sur la base d’un Programme
Economique Régional (PER).
Faible intégration économique Lever effectivement les obstacles en Elaboration d’un cadrage macro-économique Assister la CEMAC pour la mise en œuvre de BAD, Banque
(faiblesse des infrastructures, des flux vue du renforcement de l’intégration sous-régional son Programme Economique Régional (PER) Mondiale et FMI
commerciaux et des investissements économique dans la sous-région. dans le cadre d’une Stratégie sous –régionale qui
transfrontaliers) qui limite les flux Mise en place de mesures destinées à accélérer la serait soutenue par les institutions multilatérales
financiers sous-régionaux. libre circulation des biens (effectives en principe et qui peut être éventuellement intégrée dans
depuis le 1er juillet 2007) et des personnes (qui une Stratégie plus globale au niveau de la
devraient être effectives en décembre 2009). Communauté Economique des Etats de l’Afrique
Accélération de la construction et la mise en Centrale (CEEAC).
place des infrastructures de qualité, efficaces,
diversifiées et cohérentes. Veiller notamment a la cohérence entre le PER
(volet infrastructures) et le PDCT-AC.
Faible qualité des statistiques de la Améliorer les statistiques de la balance Mise en place d’un protocole d’échange de Veiller à la coordination BAD, Banque
balance des paiements (notamment des paiements (et notamment des flux données avec les banques pour améliorer les de cette initiative avec la COBAC mondiale et FMI
des statistiques sur les flux commerciaux et financiers intra-zone) statistiques de la balance des paiements.
commerciaux et financiers intra-zone)

Absence d’une balance des paiements Elaborer conjointement aux balances Projet en cours de renforcement des capacités en Etendre ce protocole à toutes les institutions
sous-régionale des paiements nationales une balance analyse des flux de capitaux privés et étrangers réalisant des opérations avec l’extérieur en vue
des paiements sous-régionale dont la mise en œuvre et la coordination sont de disposer de statistiques fiables et exhaustives
assurées par DFI117 (finalisation de la phase pilote sur les échanges commerciaux et financiers.
dans le cas du Cameroun et extension prévue
aux autres pays de la sous-région).
G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

116 Sous réserve de leur approbation.


117 Development Finance International.
Programmes et réformes additionnels susceptibles d’être soutenus ou
Constats (lacunes et freins à Programmes en cours et réformes envisagées financés par les bailleurs de fonds et partenaires au développement116
Recommandations
l’intégration financière régionale) par les autorités
Programmes et réformes Institutions
Non-respect des normes et standards Nécessité d’une forte implication Elaboration d’un programme (2008-2010) au Réaliser des actions de sensibilisation à BAD, Banque
internationaux en matière de des institutions nationales (INS118, niveau de la CEMAC sur le plan des statistiques l’attention des principaux déclarants sur mondiale, FMI,
publication et de diffusion des données Directions des Douanes, etc.). destiné à améliorer la production et la qualité l’intérêt de statistiques fiables sur les échanges Afristat
sur les échanges extérieurs des statistiques. (commerciaux et financiers) intra-zone et
Evoluer progressivement en matière avec le reste du monde à travers notamment
d’élaboration et de diffusion des Elaboration de statistiques sous-régionales (dont l’organisation d’ateliers régionaux.
données sur les échanges avec le PIB sous-régional).
l’extérieur vers le respect des normes Renforcer les capacités des institutions de la BAD, FMI.
et standards internationaux mis en Enquête programmée en 2010 auprès des CEMAC impliquées dans cette enquête (BEAC,
place par le FMI (Système Général ménages destinée à : COBAC, Administrations nationales, etc.)
de Diffusion des Données - SGDD 1. améliorer et harmoniser l’IPCH aux niveaux
et Norme Spéciale de Diffusion des national et régional ; Assister la BEAC pour l’approche à mettre en
Données - NSDD). 2. améliorer les statistiques sur le niveau de place pour la production d’une balance des
pauvreté, le secteur informel et l’emploi. paiements sous-régionale (assistance qui peut
prendre la forme d’une consultation à mettre
en place avec l’appui d’autres institutions
multilatérales).
Faiblesse des opérations sous- Améliorer les conditions d’absorption Evolution de l’orientation de la politique Evoluer progressivement vers une fréquence
régionales au niveau du Marché de la surliquidité bancaire. monétaire de la BEAC avec la levée de la trimestrielle de la programmation monétaire
monétaire. limitation des placements des banques, la baisse cohérente avec la périodicité des réunions du
Mettre en œuvre effectivement dans du taux minimum créditeur et le relèvement du Comité de Politique Monétaire (CPM).
Transactions financières les meilleurs délais et conditions le taux débiteur maximum.
transfrontalières essentiellement entre projet d’émission de titres publics
les filiales d’un même groupe bancaire (bons et obligations) par les Etats Utilisation de la programmation monétaire
et supprimer le système des avances pour la définition d’un volume d’absorption de
statutaires de la BEAC aux Trésors liquidités.
nationaux pour offrir de nouvelles
opportunités de placement des
excédents de liquidité des banques.
Faiblesses dans la mise en œuvre Renforcer l’implication de la Renforcement des attributions des services Lever les obstacles encore existants dans
effective des dispositions de la BEAC dans la mise en œuvre de en charge de l’élaboration de la balance la réglementation des relations financières
Réglementation des changes la Réglementation des changes des paiements au sein de la BEAC qui sont extérieures et le contrôle des changes pouvant
harmonisée (notamment en harmonisée en mettant en place également chargés du suivi et de la mise en entraver le développement et l’intégration des
matière de transactions financières le dispositif requis et les ressources œuvre de la Réglementation des changes systèmes et marchés financiers dans la CEMAC.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E

transfrontalières) humaines nécessaires harmonisée.


Renforcer les capacités de la BEAC dans le suivi
Faible implication de la BEAC et la mise en œuvre de la Réglementation des
dans le suivi et l’application de changes harmonisée.
la Réglementation des changes
harmonisée

118 Instituts Nationaux de Statistiques


129
130
Programmes et réformes additionnels susceptibles d’être soutenus ou
Constats (lacunes et freins à Programmes en cours et réformes envisagées financés par les bailleurs de fonds et partenaires au développement116
Recommandations
l’intégration financière régionale) par les autorités
Programmes et réformes Institutions
Mise en place récente et encore Accélérer l’achèvement de la réforme La BEAC a mis en place un chronogramme Veiller dans le cadre du redimensionnement du
inachevée du système régional des des moyens de paiement. détaillé pour achever le déploiement de volet CIP de la réforme à ne pas mettre en risque
moyens des paiement (SYGMA119 SYSTAC sur l’ensemble de la sous-région. l’ensemble du projet.
est opérationnel sur l’ensemble de la Mettre en place dans les meilleurs
CEMAC, SYSTAC120 ne fonctionne délais la composante CIP du projet au Compte tenu des contraintes financières, la Rechercher éventuellement des sources de
que dans deux pays sur six et la risque de décrédibiliser l’ensemble du BEAC a décidé d’alléger le volet relatif à la CIP. financement complémentaires pour relancer BAD, Banque
composante relative à la CIP121 a été système. effectivement le volet CIP de la réforme en mondiale
mise en veilleuse depuis le mois de vue de disposer d’un système complet et viable
décembre 2006). (conformément aux souhait exprimé par les
banques et les institutions financières).
II. Supervision des secteurs bancaire, des établissements financiers et de la Microfinance par la COBAC
Faiblesses au niveau de la supervision Renforcement des capacités de la La COBAC est actuellement engagé dans un Instaurer de façon plus systématique la supervision
et du contrôle bancaire COBAC dans les domaines de la processus de réformes qui visent principalement et le contrôle au plan sous-régional sur une base
supervision et du contrôle bancaires à renforcer son indépendance et l’efficacité de ses consolidée des groupes bancaires installés dans la
actions. Les principales réformes122 en cours sont: sous-région.
1. Le relèvement du niveau du capital
minimum requis et uniformisation de ce
niveau pour l’ensemble de la CEMAC123
2. Le renforcement des principaux ratios
prudentiels
3. La mise en place d’un gouvernement
d’entreprise au sein des banques124
4. L’instauration d’un système d’assurance-
dépôts aux niveaux régional et national
5. La mise en place de bureaux de crédit aux
niveaux régional et national.
Difficulté de mise en œuvre de Mener des réflexions approfondies La COBAC a engagé des réflexions pour une Il conviendrait de tendre progressivement vers un
l’agrément unique suite à la forte pour lever les réticences des autorités éventuelle révision du système de l’agrément agrément sous-régional pour les banques (au lieu
réticence des autorités nationales dans nationales sur l’agrément unique. unique en vue de sa mise en œuvre effective. d’un agrément national comme actuellement) en
la sous-région considérant la Zone CEMAC comme un territoire
Sensibiliser les autorités nationales sur unique, en obtenant du Comité Ministériel
les avantages de l’agrément unique pour de la sous-région une délégation des pouvoirs
le développement du système bancaire pour l’octroi et le retrait de l’agrément aux
et son intégration sous-régionale. établissements bancaires à la COBAC.

119 Système de Gros Montants Automatisés.


120 Système de Télécompensation de l’Afrique Centrale (Ce système devrait entrer en vigueur sur l’ensemble de la sous-région d’ici le mois de décembre 2008 ou de janvier 2009).
121 Centrale des Incidents des Paiements.
G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

122 Ces reformes s’inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre de Bâle II et du Gouvernement d’entreprise dans les établissements de crédit.
123 Actuellement, le capital minimum requis est différent par Etat. Cette réforme devrait favoriser une plus grande concurrence entre les différentes banques de la sous-région et l’approfondissement des structures financières des
différents établissements bancaires.
124 Cette réforme est destinée à renforcer l’indépendance des établissements bancaires vis-à-vis des pouvoirs publics et à limiter l’immixtion et l’ingérence des autorités nationales dans la gestion des établissements bancaires.
Programmes et réformes additionnels susceptibles d’être soutenus ou
Constats (lacunes et freins à Programmes en cours et réformes envisagées financés par les bailleurs de fonds et partenaires au développement116
Recommandations
l’intégration financière régionale) par les autorités
Programmes et réformes Institutions
Inadéquation de la réglementation Mettre à jour les aspects prudentiels125 Réflexions en cours au sein de la COBAC Renforcer les capacités de la COBAC dans le BAD, Banque
prudentielle actuelle par rapport au relatifs aux: pour l’élaboration d’un règlement spécifique domaine de la supervision et du contrôle des Mondiale et FMI
développement du marché obligataire - mode de comptabilisation des sur les emprunts obligataires conformément banques par rapport à leurs interventions sur le
dans la sous-région opérations sur les titres publics ; aux besoins exprimes par les banques. marché obligataire (à travers notamment la prise
- traitement prudentiel réservé aux en charge des stages dans des pays qui ont une
Faible implication de la COBAC dans titres (exigences en matière de fonds expérience sur ce plan : Tunisie, Maroc, UEMOA,
le cadre du projet d’émission des titres propres, seuils, etc.). etc.).
publics.
Mettre en place un cadre
réglementaire adapté pour favoriser
l’émission de titres publics126

Renforcer l’implication plus de la


COBAC dans le cadre du projet.
Faiblesse des statistiques bancaires Publier et diffuser de façon FMI, BRI
sur les flux transfrontaliers (à systématique les statistiques sur les
l’exception des opérations du marché opérations bancaires sous-régionales
interbancaire) dans les publications (dépôts, crédits, etc.) et les opérations
de la COBAC et des études sur réalisées par des non-résidents pour un
l’intégration bancaire sous-régionale. meilleur suivi de l’intégration bancaire
régionale et l’intégration du système
bancaire de la sous-région au reste du
monde en exploitant l’information
contenue dans les états CERBER
communiques par les banques a la
COBAC.

Réaliser des études bancaires


périodiques (annuelles ou bi-
annuelles) sur l’intégration bancaire
régionale.

Instaurer des indicateurs quantitatifs et


qualitatifs pour le suivi et l’analyse de
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E

l’intégration bancaire régionale.

125 Le règlement actuel ne fait pas la distinction entre les titres privés et publics et fait uniquement référence à une catégorisation des titres entre les titres de placement, de transaction et d’investissement. Le Règlement COBAC
R-2003/03 relatif à la comptabilisation et au traitement prudentiel des opérations sur titres effectuées par les établissements de crédit distingue cinq catégories de titres : les titres de transaction, les titres de placement, les titres
d’investissement, les titres de participation et les titres de l’activité de portefeuille. Le règlement donne une définition précise de chaque type de titre, ainsi que son mode de comptabilisation.
126 Un cadre réglementaire adapté devrait favoriser l’émission des titres publics et le développement du marché obligataire dans la CEMAC.
131
132
Programmes et réformes additionnels susceptibles d’être soutenus ou
Constats (lacunes et freins à Programmes en cours et réformes envisagées financés par les bailleurs de fonds et partenaires au développement116
Recommandations
l’intégration financière régionale) par les autorités
Programmes et réformes Institutions
Faiblesses dans la supervision et Renforcer la supervision et le contrôle Finalisation de l’infrastructure de surveillance Mettre en place une organisation efficace et un BAD, Banque
le contrôle des établissements de des établissements de Microfinance à travers notamment : partage efficient des rôles entre la COBAC et les mondiale
Microfinance (EMF) (en collaboration avec les Ministères 1. L’adoption et la mise en place d’une Ministères des finances.
des finances) réglementation sous-régionale spécifique
aux EMF, Renforcer les capacités des structures des
2. La mise en place de normes prudentielles Ministères des finances dans les Etats membres
spécifiques aux EMF, chargées d’appuyer la COBAC dans la supervision
3. La finalisation de la procédure d’agrément, et le contrôle des EMF (compte tenu des moyens
4. La mise en place d’un plan comptable humains limites de l’Organe de supervision) à
spécifique aux EMF, travers notamment des ateliers de formation.
5. L’élaboration des états de reporting pour
les EMF, Renforcer les capacités des EMF en vue d’améliorer
6. L’élaboration d’un logiciel de contrôle sur leur gestion à travers notamment des ateliers de
pièces, formation.
7. Le démarrage effectif du travail de
supervision des EMF. Elaborer à l’attention des EMF des manuels de
procédures dans les domaines de la comptabilité,
la gestion et du crédit (cette tâche pourrait être
conduite par un consultant ou un cabinet de
consultant).

Elaborer une chambre de compensation spécifique


aux EMF.

Mettre en place une centrale des risques et des


impayés afin de sécuriser l’épargne et de limiter le
volume des crédits non performants au niveau des
EMF.

Tendre progressivement vers une autorisation


d’ouverture d’agences dans d’autres pays de
la sous-région et réalisation des opérations
transfrontalières pour les EMF (dont les exigences
en termes de respect de la réglementation et de la
taille sont jugées satisfaisantes)127.
G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

127 Cette réforme impliquerait de réaménager la réglementation actuelle des EMF qui n’autorise pas aux EMF d’effectuer des opérations transfrontalières.
Programmes et réformes additionnels susceptibles d’être soutenus ou
Constats (lacunes et freins à Programmes en cours et réformes envisagées financés par les bailleurs de fonds et partenaires au développement116
Recommandations
l’intégration financière régionale) par les autorités
Programmes et réformes Institutions
III. Marchés financiers
Existence de deux marchés financiers Procéder au rapprochement à court Processus en cours en vue de l’instauration Accélérer l’intégration technique des deux Banque mondiale,
qui se développent et fonctionnent de terme des deux places boursières et à d’un régulateur unique avec la désignation marches à travers une cotation simultanée sur les Trésor américain,
façon parallèle et indépendante dans leur fusion à moyen terme pour créer des commissaires par le Cameroun au sein du deux places128 en vue de la création à court terme Bourse du Maroc
un espace économique faiblement une seule bourse au niveau régional. collège de la COSUMAF depuis le mois de d’un marche financier unique qui favoriserait la
développé. décembre 2007 libre circulation des capitaux au sein de la sous-
Accélérer la mise en place de la plate région.
Existence de deux organes de forme technique au niveau de la
supervision et contrôle des marchés BVMAC afin d’organiser les premières Assister les deux places boursières ainsi que les
financiers indépendants qui ne favorise cotations. deux organes de supervision (COSUMAF et
pas le processus de rapprochement et/ou CMF) pour un audit ou une consultation en vue
d’intégration des deux places boursières. de trouver les solutions techniques adéquates et
appropriées à mettre en place en vue d’harmoniser
Quasi-absence des opérations sur les les cadres juridique, réglementaire et opérationnels
deux marchés financiers. sur les deux places.

Resistances d’ordre institutionnelles au Adopter un règlement général unique des


rapprochement et à l’intégration des opérations boursières dans la sous-région sous
deux marchés financiers. l’autorité des instances de décision de la CEMAC.
IV. Secteur des Assurances
Faiblesse dans la supervision et le - Assainir le secteur de l’assurance Adoption d’un règlement au niveau de la 1. Renforcer les capacités de supervision et de
contrôle des activités des sociétés et instaurer les principes de bonne CIMA pour la supervision et la surveillance contrôle de la CIMA (à travers son organe
d’assurance dans la CEMAC gouvernance préconisés par des groupes (dont l’entrée en vigueur est de contrôle ; la Commission Régionale
l’Association Internationale des prévue pour l’année 2010) de Contrôle des Assurances - CRCA)
Sociétés d’Assurance. actuellement limitées,
Adoption d’un règlement au niveau de la 2. Instaurer une centrale sur les fraudes avant
CIMA pour renforcer la lutte contre le l’ouverture des frontières,
blanchiment des capitaux
3. Renforcer la structure financière des sociétés
Mise en place d’une collaboration avec les d’assurance,
autres régulateurs régionaux et internationaux 4. Etendre le contrôle de la CRCA aux assureurs
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E

et fonds de pension privés,


Mise en œuvre du processus en vue de la 5. Renforcer les capacités des directions
création d’un marché unique (avec la mise en nationales des assurances dans les pays de la
œuvre effective de l’agrément unique) sous-région.

128 Cette solution est techniquement possible d’après les responsables rencontrés au niveau des deux marchés (BVMAC et DSX).
133
134
Programmes et réformes additionnels susceptibles d’être soutenus ou
Constats (lacunes et freins à Programmes en cours et réformes envisagées financés par les bailleurs de fonds et partenaires au développement116
Recommandations
l’intégration financière régionale) par les autorités
Programmes et réformes Institutions
Faible développement du secteur des Renforcer les ressources des sociétés - Offrir aux sociétés d’assurance la possibilité CIMA, Banque
assurances d’assurance à travers notamment : de diversifier le placement de leurs ressources mondiale
6. la mise en place des produits hors de la Zone CEMAC en vue d’optimiser
d’épargne longue soutenus par des leur rentabilité mais sous l’autorisation
facilités fiscales pour favoriser la préalable et le contrôle des autorités
mobilisation de l’épargne, compétentes.
7. l’extension du champ obligatoire
de l’assurance dans la sous-
région129,
8. l’instauration des régimes
complémentaires de retraites
dont la gestion serait confiée
aux assureurs privés et fonds de
pension privés.
Absence d’une intégration sous- Mettre en œuvre l’agrément unique CIMA
régionale du secteur des assurances envisagé dans le cadre de la CIMA.

V. Développement du marché obligataire sous-régional


Faiblesses au niveau des Etats aux S’assurer avant la date du lancement Projets et initiatives en cours en vue d’un Mettre en place les réformes nécessaires pour FMI, Banque
plans institutionnel, stratégique et du projet de la mise en place effective développement du marché obligataire dans la la création et le développement d’un marché mondiale,
opérationnels par rapport au projet. au niveau de l’ensemble des Etats de la CEMAC : secondaire des titres obligataires. Trésor américain,
CEMAC de l’organisation nécessaire Debt Relief
Risque (ou perception du risque) pour l’émission et la gestion des titres 9. Mise en place par la BEAC en International
encore élevé sur les émetteurs publics, des procédures et des circuits concertation avec les Etats d’un Pole-Régional
souverains. de décision. chronogramme détaillé qui prévoit le BCEAO/BEAC
lancement du projet d’émission des titres de formation en
Veiller à l’existence effective des publics (bons et obligations du Trésor) au gestion de la dette
capacités de gestion du nouveau 1er janvier 2009 et le renforcement des (Pole-Dette)
système au niveau de la sous-région et capacités des différentes parties impliquées
de chaque pays. dans le cadre de ce projet.
10. Lancement prévu d’émissions obligataires
au niveau du marche financier sous-
régional par la BDEAC.
G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

129 Actuellement limité à l’assurance automobile.


Programmes et réformes additionnels susceptibles d’être soutenus ou
Constats (lacunes et freins à Programmes en cours et réformes envisagées
financés par les bailleurs de fonds et partenaires au développement116
Recommandations
l’intégration financière régionale) par les autorités
Programmes et réformes Institutions
Déficit d’informations financières Veiller à une parfaite coordination 11. Intention de l’Agence Française de Réformes à engager par la BEAC au niveau de sa
fiables (accentue par la forte réticence dans la conduite du projet entre les Développement (AFD) et de la Société politique monétaire en mettant en place l’open
des banques et des entreprises à publier structures impliquées dans ce projet : Financière Internationale (SFI)130 de lever marker sur les titres obligataires afin de dynamiser
leurs états financiers). la Direction du Crédit, des Marches des capitaux sur le marché financier de le compartiment interbancaire du marché
des Capitaux et du Contrôle bancaire l’Afrique Centrale sous forme d’emprunts monétaire sous-régional et de favoriser un meilleur
Inexistence ou manque de profondeur de la BEAC, la COBAC et le Pole- obligataires. recyclage des excédents de trésorerie bancaire.
des marchés secondaires (interbancaire Dette. 12. Cotation de l’emprunt obligataire gabonais
ou organisé). sur la BVMAC le 28 août 2008. Assister la CEMAC en finançant éventuellement
Harmoniser au niveau sous-régional la un audit ou une mission de consultation pour
Fiscalité des revenus et des opérations fiscalité sur les opérations sur titres vérifier l’existence de toutes les conditions requises
sur titres insuffisamment harmonisée pour le lancement réussi de ce projet au 1er janvier
et incitative. Mettre en place un cadre incitatif 2009.
au développement de l’épargne
collective (fonds de pension, plans Développer l’assistance technique et la formation
d’épargne entreprise, assurances sur les marchés de la dette.
complémentaires…)
Améliorer la qualité et de la crédibilité des
Mettre en place un cadre de politiques macro-économiques et la transparence
concertation entre les différents dans la gestion des finances publiques
régulateurs (Banque centrale,
Commission bancaire, CIMA,
organes de Surveillance des Marchés
Financiers)

Solliciter les institutions d’APD


pour garantir certaines émissions et
procéder à des émissions de titres pour
participer au financement en monnaie
locale des économies de la sous-région.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E

130 Filiale du Groupe de la Banque Mondiale. La SFI vient d’émettre sur le marche financier sous-régional de l’Afrique de l’Ouest des obligations d’un montant de 22 milliards de FCFA d’une maturité de 5 ans.
135
136
Programmes et réformes additionnels susceptibles d’être soutenus ou
Constats (lacunes et freins à Programmes en cours et réformes envisagées financés par les bailleurs de fonds et partenaires au développement116
Recommandations
l’intégration financière régionale) par les autorités
Programmes et réformes Institutions
VI. Financement des projets intégrateurs et du processus d’intégration financière régionale par la BDEAC131
Faiblesse des capacités et des Nécessité de renforcer les capacités Mise en place d’un plan stratégique pour Développer un partenariat public-prive pour le BAD, Banque
ressources qui limitent les ambitions et les ressources de l’Institution pour la période 2008-2012132 et d’une panoplie financement des infrastructures et des projets mondiale
de l’Institution dans le financement les porter à un niveau adéquat avec de mesures visant à renforcer le rôle de intégrateurs.
des projets intégrateurs, le les ambitions de l’Institution et l’institution.
développement du marche financier et permettre à la BDEAC de jouer un Renforcer les capacités de l’institution dans ce
obligataire sous-régional et le processus rôle plus actif dans le financement Bénéfice de lignes de crédit de la part domaine
d’intégration financière régionale du développement, l’expansion du d’institutions multilatérales (BAD, etc.)
marché financier et obligataire sous- Mettre ne place un cadre réglementaire approprié
régional. Développement des opérations de au niveau de la CEMAC pour le partenariat public
cofinancement avec le système bancaire sous- privé.
régional
S’orienter vers les émissions publiques d’obligations BAD, Banque
Lancement d’émissions privées d’obligations. (compte tenu de la surliquidité dans la sous-région) mondiale, Bourse
et pour développer le marché obligataire dans la du Maroc.
sous-région.

VII. Environnement légal et judiciaire


Environnement global des affaires Nécessité d’améliorer l’environnement Nécessite de conduire les actions visant à améliorer BAD, Banque
défavorable et non-sécurisé pour les judiciaire au niveau de la CEMAC l’environnement judiciaire dans la sous-région dans mondiale, PNUD
institutions financières qui freine à travers une reforme approfondie le cadre d’un programme sous-régional.
l’expansion des activités financières des systèmes judiciaires dans la sous-
et qui se caractérise notamment par région.
le non-respect des textes juridiques
et les difficultés pour les institutions Nécessité de restaurer la crédibilité
financières de réaliser les garanties et des tribunaux et des magistrats
d’obtenir des jugements équitables. dans la sous-région pour rassurer les
institutions financières et restaurer leur
confiance dans le système financier.

Renforcer les capacités des magistrats


dans le domaine bancaire et financier.
G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

131 Banque de Développement des Etats de l’Afrique Centrale.


132 Ce plan vise à atteindre les objectifs ci-après : devenir la principale institution de financement du développement dans la CEMAC, un acteur significatif au niveau du marché financier sous-régional, un sponsor du financement
de l’intégration régionale et une Institution clé pour le financement privé dans la sous-région.
Annexe 5.3 Matrice des principales recommandations en vue d’assurer le développement
du secteur financier dans la CEMAC133

QUESTIONS CALENDRIER OBSERVATIONS


N° DOMAINES D’ACTION MESURES A PRENDRE RESPONSABLES
TRAITEES INDICATIF
1 Assurer une coordination effective ex ante Développer un indicateur du déficit budgétaire Commission de la
des politiques budgétaire et monétaire. non pétrolier en pourcentage du PIB non pétrolier CEMAC, BEAC et Etats
et l’utiliser comme indicateur principal de membres
l’orientation budgétaire
2 Mettre en œuvre la programmation • Renforcer la capacité de prévision BEAC
monétaire réversible. macroéconomique, des fluctuations des prix, et
des agrégats monétaires.
• Définir des objectifs annuels et trimestriels de
I. GESTION DE ponction de liquidité.
LA LIQUIDITE • Approfondir les discussions avec les Etats
BANCAIRE ET membres portant sur les politiques budgétaires
RENFORCEMENT nationales lors de la préparation de la
DES INSTRUMENTS programmation monétaire.
DE LA POLITIQUE 3 Adapter les instruments de politique Renforcer les capacités de prévision de liquidité BEAC
MONÉTAIRE monétaire pour faciliter le développement à court terme en vue de fixer le moment venu les
du marché monétaire interbancaire. montants préétablis d’opérations hebdomadaires
de ponction de liquidité.
4 Renforcer la gamme des instruments 1. Créer des instruments permettant d’offrir aux BEAC
d’épargne proposés aux Etats Etats un rapport rendement/risque reflétant
celui des investissements ;
2. Mise à jour de la réglementation des changes en
vue d’assurer une gestion optimale des réserves
de change (fonds des générations futures).
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E

133 BEAC, 2008, « Conférence sur le Développement du secteur financier dans la CEMAC : conclusions de la conférence », Yaoundé, 3-4 juin.
137
138
QUESTIONS CALENDRIER OBSERVATIONS
N° DOMAINES D’ACTION MESURES A PRENDRE RESPONSABLES
TRAITEES INDICATIF
5 Œuvrer à la coopération étroite des deux 1. Harmoniser les cadres juridiques et Etats membres,
marchés financiers. réglementaires des deux bourses en prélude à un BVMAC, DSX,
Mener des actions de sensibilisation en rapprochement des deux places financières ; COSUMAF, CMF/
vue de vulgariser la culture boursière. 2. Décider des modalités pratiques de Cameroun, OMAC
rapprochement de la BVMAC et de la DSX
pour aboutir à une intégration effective du
marché ;
3. Développer l’épargne collective par la
II. DEVELOPPEMENT promotion d’organismes de placement collectif
DES MARCHES en valeur mobilière (OPCVM) ;
REGIONAUX 4. Assurer et augmenter la profondeur du
DES VALEURS marché.
MOBILIERES 6 Mettre en œuvre le projet d’émission 1. Améliorer la gestion de la trésorerie des BEAC, Etats membres
des titres publics à souscription libre, en Etats ;
prévision de l’abandon du financement 3. Développer des stratégies nationales de gestion
monétaire des déficits publics. de la dette publique ;
4. Développer des programmes d’émission de
titres publics ;
5. Minimiser la période de transition durant
laquelle les avances statutaires coexistent avec
l’émission de titres publics.
III. PROMOTION DE 7 Faciliter l’accès aux services financiers 1. Abolir le taux débiteur maximum pour BEAC/COBAC
L’INTERMEDIATION améliorer la tarification des risques de crédit ;
FINANCIERE DANS 2. Mener une réflexion sur l’institutionnalisation
LA CEMAC d’un taux d’usure ;
3. Déterminer le niveau optimal du taux créditeur
A. ENVIRONNEMENT minimum pour faciliter la mobilisation de
JURIDIQUE ET l’épargne ;
JUDICIAIRE 4. Faire respecter la décision du Gouverneur sur la
suppression des frais de tenue de compte.
B. COUT DU
CREDIT ET
INFRASTRUCTURE
FINANCIERE
G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement
QUESTIONS N° DOMAINES D’ACTION MESURES A PRENDRE RESPONSABLES CALENDRIER OBSERVATIONS
TRAITEES INDICATIF
8 Améliorer l’information sur les crédits 1. Améliorer la qualité de l’information par 1. COBAC/
et risques de crédit l’accélération de la mise en place des « crédit BEAC
bureau » et de la centrale des bilans ;
Etats membres
2. Améliorer l’information financière sur les
entreprises par la mise en œuvre des nouvelles 2. Etats membres
normes comptables OHADA ;
3. Banques/
3. Renforcer les registres du commerce et du
cadastre ; BDEAC
4. Renforcer la coopération entre les banques
commerciales et la BDEAC en matière
d’évaluation des projets et de refinancement
des crédits à moyen et long terme.

9 Assainir l’environnement juridique et 1. Renforcer les systèmes judiciaires nationaux et les Etats membres,
judiciaire mettre en conformité avec les textes OHADA ; CEMAC et OHADA
2. Reformuler les textes de l’OHADA pour assurer
une fluidité dans les procédures de recouvrement
des créances ;
3. Mieux informer le public sur les règles et droit en
vigueur dans la CEMAC ;
4. Renforcer la fiabilité des sûretés et les droits des
créanciers par la faillite personnelle ;
5. Renforcer les conditions d’exercice des experts
judiciaires et les syndics de faillite ;
6. Adopter un cadre de supervision et
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E

réglementaire approprié ;
7. Renforcer la capacité du système judiciaire à
traiter les questions financières.
139
140
QUESTIONS N° DOMAINES D’ACTION MESURES A PRENDRE RESPONSABLES CALENDRIER OBSERVATIONS
TRAITEES INDICATIF
10 Renforcer le caractère communautaire 1. Confier à la COBAC tous les pouvoirs en Comité Ministériel,
de la supervision matière d’octroi et de retrait d’agrément, Etats membres
de définition et d’application des normes
prudentielles ainsi que de gestion des crises
COBAC
bancaires ;
2. Conférer à la COBAC le pouvoir de déterminer
et de relever le capital minimum des banques ;
IV. 3. Renforcer le consensus sur la direction des
RENFORCEMENT réformes entre les différents acteurs.
11 Renforcer les conditions préalables Adopter sans plus tarder les règles relatives au BEAC et Comité
DE LA
pour un contrôle bancaire efficace gouvernement d’entreprise des banques. Ministériel
SUPERVISION
12 Mettre en œuvre des mécanismes Renforcer le rôle des organes faîtiers dans la COBAC et autorités
BANCAIRE ET DE
efficaces de supervision de la supervision des caisses qui leur sont affiliés ; nationales
LA MICROFINANCE Renforcer le contrôle sur pièces qui doit être placé
microfinance en prenant en compte
au centre du dispositif de surveillance compte tenu
les effectifs disponibles à la COBAC du nombre sans cesse croissant d’établissements ;
Renforcer le rôle et l’autonomie des Commissaires
aux comptes agréés ;
Impliquer les Cellules Microfinance des
Ministères des Finances dans le contrôle des
établissements indépendants de petite taille.
13 Mise en place des conditions 1. Institution d’un forum de stabilité monétaire 1. BEAC
d’une supervision conjointe et et financière dans la CEMAC 2. COBAC
complémentaire du secteur financier 2. Réalisation d’une étude sur le potentiel actuel 3. COSUMAF
du marché financier régional.
régional (COBAC, COSUMAF, 4. OMAC
3. Renforcement des capacités et des moyens de
V. SUPERVISION CIMA, CMF/Cameroun, OMAC) supervision des marchés financiers 5. CMF/Cameroun
DES MARCHES 6. CIMA
FINANCIERS ET 14 Création d’un marché unique et 1. Développer des produits d’investissement 1. Secteur privé

DES ASSURANCES intégré des assurances diversifiés a long-terme dans la sous-région pour 2. CIMA
que les investisseurs institutionnels contribuent
au développement des marchés financiers
2. Séparer la fonction de promotion et de contrôle
G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

de la CIMA
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 141

6.  CONCLUSIONS ET et une organisation institutionnelle régionale bien


RECOMMANDATIONS structurée n’ont pas abouti à l’intégration financière
dans la région. »135 Ainsi, bien que la CEMAC
Ce chapitre récapitule les similitudes et différences affiche les signes extérieurs de l’Étape V de la feuille
rencontrées par les trois régions au cours du processus de route générique, en réalité, certains pays n’ont pas
d’IFR et tirées de l’analyse des chapitres précédents. encore réalisé les conditions préalables (notamment
Il souligne ensuite les exigences, qui servent à la solvabilité bancaire) aux arrangements de l’IFR,
définir le calendrier pour renforcer davantage et la région dans son ensemble connaît encore
cette intégration, et les domaines dans lesquels les des difficultés pour mettre en œuvre les mesures
partenaires au développement de l’Afrique peuvent fondamentales communes (par ex. le système de
apporter leur aide, y compris la BAD. Ceci est suivi paiements et la conformité aux PFB) requises aux
par la définition d’une stratégie élargie destinée à premières étapes de l’IFR.
orienter la contribution134 de la Banque par rapport à
la liste des aides identifiées. Dans le COMESA, par ailleurs, l’organisation
s’est initialement concentrée sur l’intégration du
6.1  Caractéristiques communes et différences secteur réel et, après avoir introduit avec succès une
entre les trois régions ZLE efficace et un plan de lancement d’une union
douanière fin 2008, ce n’est que récemment qu’elle
Tous les pays des régions étudiées dans ce rapport a porté son attention sur l’intégration financière.
reconnaissent que l’intégration financière régionale Elle encourage les membres à introduire des mesures,
pourrait contribuer à la modernisation de leurs telles que les PFB et autres normes financières
secteurs financiers nationaux et par là même internationales, et une supervision consolidée du
accroître leur potentiel de croissance économique secteur financier, qui mettrait en adéquation leurs
et de réduction de la pauvreté. En conséquence, secteurs financiers, en tant qu’actions préliminaires
en appliquant des politiques destinées à restaurer pour atteindre l’IFR. Des progrès ont été accomplis
la stabilité macroéconomique et à améliorer la dans la moitié des pays membres environ, en termes
solvabilité du système bancaire, ces pays ont formulé d’harmonisation des secteurs financiers, et les autres
des programmes d’IFR dans leurs régions respectives, leur emboîtent le pas.
programmes qu’ils mettent en œuvre actuellement.
L’UMA, pour sa part, a jusqu’à récemment adopté
Les approches adoptées envers l’intégration financière une approche plutôt passive envers la mise en
et sa mise en œuvre diffèrent selon les régions et aussi application du Traité de 1989 établissant l’Union.
entre les pays membres individuels. Ainsi, dans le Ce Traité envisageait une intégration plus complète,
cas de la CEMAC, les pays ont introduit une devise concernant à la fois le secteur commercial et le
et une banque centrale communes dès le début du secteur financier. Néanmoins, au niveau individuel,
processus d’intégration, alors que le COMESA a les pays ont mis en œuvre diverses réformes dans leurs
commencé avec des mesures modestes, introduisant secteurs financiers, y compris la restructuration des
d’abord des APE entre ses pays membres. banques et des normes internationales en matière de
supervision, réglementation et comptabilité, entre
Au sein de la CEMAC, des politiques et institutions autres, qui ont entraîné un développement significatif
fondamentales sont progressivement mises en et une harmonisation de leurs secteurs financiers.
place. Cependant, jusqu’à présent, les pays C’est un bon signe en ce qui concerne les efforts
membres, y compris la banque centrale commune, renouvelés de l’Union, qui ont démarré en 2006, et
n’ont pas été efficaces ou suffisamment proactifs qui visent à renforcer l’intégration commerciale et
dans la mise en œuvre des politiques requises. Par financière, ainsi que le développement du secteur
conséquent, « Jusqu’à présent, la devise commune privé.

134 Les recommandations spécifiques pour l’intervention de la BAD


dans chaque région, détaillées dans les chapitres respectifs précédents, 135 FMI (2006), Communauté économique et monétaire de l’Afrique
sont faites en conformité avec la stratégie décrite dans ce chapitre. Centrale : évaluation de la stabilité du secteur financier
142 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

Au sein de ces trois régions, certains pays ont 6.2  Implications de la crise financière
suffisamment progressé pour s’attaquer en commun mondiale sur l’intégration financière régionale
aux étapes avancées de l’intégration financière (telles
que la mise en réseau des marchés des capitaux), alors Étantdonné que le présent rapport a été finalisé
que d’autres sont à la traîne. Cette diversité dans les avant que l’ampleur totale de la crise financière
degrés de motivation des pays membres est l’une mondiale ne puisse être évaluée par les autorités
des raisons pour lesquelles ce rapport prône dans nationales et la communauté internationale, un
certains cas l’adoption d’une approche à « géométrie chapitre supplémentaire (nommé « Épilogue ») a
variable » envers l’IFR. été ajouté au document pour couvrir les tous derniers
développements. Ce chapitre analyse les effets de la
L’évaluation d’ensemble de ce rapport est que les crise en Afrique et ses implications sur l’IFR dans les
progrès accomplis dans le cadre de l’IFR ont été lents trois régions, ainsi que sur la feuille de route générique
et doivent s’accélérer grâce à une position politique proposée dans ce rapport. Bien qu’initialement la
plus proactive. Les raisons derrière la lenteur des crise ait eu un impact limité sur les secteurs financiers
progrès sont diverses et varient en fonction des et le processus d’intégration financière régionale
régions et des pays. Certains obstacles communs à du continent, la deuxième vague de conséquences
l’IFR sont les suivants : un manque d’infrastructures (sur les équilibres budgétaires nationaux, le coût
physiques (routes, réseaux informatiques) ; des et la disponibilité des fonds sur les marchés des
situations macroéconomiques initialement capitaux et le ralentissement des envois de fonds)
divergentes ; un faible degré de solvabilité bancaire a affecté indirectement les efforts de convergence
dans les pays membres ; un manque d’engagement macroéconomique dans les diverses régions. Cette
politique envers l’IFR ; un manque de capacités étude, par conséquent, prône l’accélération des
(humaines et financières) adéquates ; des objectifs et réformes du secteur financier et son intégration afin
délais trop ambitieux et mal définis ; des institutions d’accroître le degré de résistance aux chocs futurs et
régionales faibles en charge de la gestion du processus de renforcer la convergence macroéconomique. À cet
d’intégration ; une mauvaise coordination entre les égard, elle suggère également le renforcement de la
stratégies nationales et régionales ; et des obligations coopération régionale en matière de réglementation
régionales conflictuelles du fait de l’adhésion de et supervision financières.
certains pays à plusieurs organisations.
6.3  Soutenir le processus de l’IFR
Bien que certains progrès aient été accomplis
pour surmonter ces obstacles, d’autres contraintes 6.3.1  Domaines d’intervention des
et lacunes continuent d’entraver le processus de partenaires au développement
régionalisation. Ici, nous pouvons mentionner la
nécessité d’ordonner les plans d’action par ordre La récapitulation ci-dessus a révélé divers domaines
de priorité et de prescrire des calendriers réalistes dans lesquels l’aide des bailleurs de fonds pourrait faire
pour leur réalisation ; de préparer des plans d’action avancer l’intégration financière dans les trois régions
nationaux cohérents ; et de surmonter les faiblesses étudiées ici. Ces domaines, relatifs à la stratégie
institutionnelles et les lacunes en capacités. Les de l’IFR en général, à l’infrastructure financière
décideurs peuvent également ne pas être tout à fait et aux institutions et politiques financières, sont
conscients du fait que l’IFR est un long processus qui classés dans les quatre grandes catégories du Tableau
nécessite un choix méticuleux en matière d’actions 6.1 ci-dessous : (i) Cadres d’action politique, (ii)
institutionnelles et politiques, une direction motivée Renforcement des capacités / gouvernance, (iii)
et une mise en œuvre coordonnée au niveau national. Promotion et (iv) Finance. Comme il a été mentionné
La BAD et les autres partenaires au développement dans les chapitres consacrés à chaque région, ces
pourraient aider les CER à surmonter ces contraintes domaines devront faire l’objet de discussions plus
et les autres obstacles en leur apportant une assistance détaillées entre la Banque, les CER, les pays membres
financière et technique. et les partenaires au développement.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 143

Tableau 6.1 IFR : domaines d’intervention pour les partenaires au développement

Cadres d’action Renforcement des capacités / Promotion Finance


politique Gouvernance

Cadre de l’IFR Affiner les plans Renforcer la capacité des secrétariats Canalisation et Coûts
d’action régionaux régionaux coordination des aides d’ajustement et de
Coordonner les Renforcer l’organisme national de techniques et des aides développement
plans d’action coordination financières
régionaux Ministères du Commerce et des Aide technique & suivi
Coordination de la Échanges, des Finances & banques Évaluation des coûts et des
ZLE et de l’IFR centrales besoins
Pays fragiles Renforcement institutionnel Missions techniques
et pays à faible
revenu

Infrastructure FSAP Organismes de supervision, banques Dialogue politique Coûts de


financière centrales, gouvernements nationaux l’équipement
Système de paiements régional Ateliers / instituts de
Systèmes de paiements nationaux formation Recrutement du
Supervision & réglementation personnel

Systèmes juridiques, droits de


propriété, judiciaire

Institutions Renforcement des banques centrales Mécanismes de suivi et Capitaux propres &
financières IMF (revue) d’évaluation prêts

Renforcement des marchés boursiers


Mise en réseau/fusion des marchés
boursiers
Bureaux de crédit / Systèmes
d’information régionaux et
nationaux
Organismes de développement de
l’infrastructure régionale
Fonds de retraite et assurances

Politiques Politiques monétaires Ateliers et infrastructures


financières Marchés des crédits et des obligations de formation ad hoc
intrarégionaux
Libéralisation des contrôles des
changes
Politiques au niveau régional pour
les IDE
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 145

ÉPILOGUE

La crise financière mondiale et ses implications La crise a révélé de manière abrupte l’inaptitude
sur l’intégration financière régionale en des cadres réglementaires des économies principales
Afrique à suivre les innovations financières au sein de
l’économie mondiale. Au cours de cet événement,
Le présent rapport sur l’intégration financière aucun organisme de réglementation national (ou
régionale dans les régions de l’UMA, le COMESA régional) ne s’est avéré efficace pour empêcher la
et la CEMAC a été finalisé avant que l’ampleur crise ou la confiner à un pays ou une région. La crise
de la crise financière mondiale actuelle ne soit a non seulement affecté le secteur financier, mais
entièrement évaluée par les autorités nationales aussi presque tous les secteurs réels des économies
et la communauté internationale. Étant donné la aux États-Unis, en Europe et ailleurs. Par le biais
profondeur et l’étendue de cette crise, ce chapitre d’investissements croisés, la crise a affecté au niveau
final cherche à récapituler ses principaux effets sur mondial tout un ensemble de produits et services
le continent africain et ses implications sur l’IFR financiers.
dans les trois régions étudiées. Il examine également
l’impact de la crise sur la feuille de route générique, Les experts financiers internationaux ont indiqué
tel qu’avancé dans ce rapport. L’attention se porte divers facteurs ayant contribué à ce résultat : une
également sur l’approche générale que les nations liquidité insuffisante du secteur bancaire ; des taux
africaines pourraient adopter afin de sauvegarder d’intérêt bas, l’émergence de produits financiers
les avantages durement acquis dans les domaines risqués (y compris le marché des produits dérivés),
économiques fondamentaux au cours de ces deux des normes comptables inappropriées permettant
dernières décennies. une prise de bénéfices inopportune et des réserves
inadéquates, des ratios de capital constants, une
1.  Contexte mauvaise évaluation et gestion des risques résultant
d’une sous-estimation des besoins de capitaux, un
La crise financière actuelle est le deuxième déclin manque de transparence et d’obligation de rendre des
majeur à s’être produit au cours de ces quelques comptes, etc. Cette longue liste de multiples facteurs
vingt dernières années ; le premier étant la crise ayant contribué à cette crise suggère un besoin urgent
sud-asiatique du milieu des années 90. Cependant, de réviser complètement les cadres institutionnels
la première crise avait démarré dans la région sud- et de réglementation financière au niveau national
asiatique, dans laquelle elle s’était confinée, bien comme international. Cette révision est en effet
que d’autres économies émergentes aient également envisagée actuellement.
souffert de conséquences négatives, après que les
agences de notation de crédit avaient revu à la baisse Du fait de la crise financière, l’économie mondiale
leur degré de solvabilité. La crise actuelle se situe est confrontée à un déclin profond et prolongé. La
davantage et véritablement au niveau mondial. Bien mise à jour de janvier 2009 de la revue du FMI World
qu’elle ait démarré initialement aux États-Unis, en Economie Outlook136 projetait un ralentissement de
grande partie causée par une crise des prêts à risque la croissance mondiale de 3,5 pour cent en 2008 à
« subprimes », son impact s’est rapidement fait sentir environ 0,5 pour cent en 2009, avant une certaine
en Europe et au-delà, aboutissant à un resserrement reprise en 2010. Bien que les économies avancées,
du crédit et à un manque de liquidité sur les marchés notamment leurs secteurs bancaires, furent les
financiers internationaux, à la faillite de nombreuses premières à être touchées par la crise, l’Afrique aussi
institutions financières de premier ordre, à une connaît un déclin de son activité économique et de
baisse de la demande en matières premières et des
exportations, et à une réduction des flux commerciaux 136 Le Fonds monétaire international, 2009, mise à jour de la revue
World Economic Outlook, « Global Economic Slump Challenges
et de capitaux.
Policies » [Politiques pour répondre aux défis posés par la récession
économique mondiale], janvier 2009, Washington DC.
146 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

son commerce régional, tel qu’analysé plus en détail de croissance affectés par la crise ont été les
dans la prochaine section. exportations, les portefeuilles d’investissements et les
investissements étrangers directs, le développement
2.  Impact économique et perspectives pour de l’infrastructure, l’exploitation des minerais, le
l’IFR en Afrique tourisme et les envois de fonds vers l’Afrique. Des
dépréciations de devises se sont produites de manière
Cette crise s’est produite à un moment où générale sur le continent et, fin 2008, la plupart des
l’Afrique était en train de passer un cap, renforçant devises africaines avaient des parités par rapport au
progressivement les bases d’une plus forte croissance dollar USD bien en dessous des valeurs de fin 2007.
et réduction de la pauvreté.137 Initialement, l’Afrique Selon les toutes dernières projections de la Banque
semblait relativement protégée des impacts majeurs africaine de développement, la croissance du PIB
de la crise financière, du fait de son intégration limitée en Afrique baissera de manière dramatique pour
dans le système financier mondial. Cependant, n’atteindre que 2,8 pour cent en 2009, par rapport
l’Afrique a également été touchée en 2008 par la à un taux de croissance annuel moyen supérieur à
crise des prix des denrées alimentaires et du pétrole 5 pour cent ces dernières années. Cela s’explique
qui a précédé la crise financière mondiale. Ces crises en grande partie par l’effet négatif de la crise sur les
précédentes ont fragilisé la position internationale afflux d’aide, les exportations africaines et les IDE.
des importateurs nets de denrées alimentaires et de
pétrole, causé une accélération de l’inflation et réduit Initialement, l’intégration limitée des économies
les perspectives de croissance. Le récent déclin de africaines sur le marché financier international avait
l’activité économique au niveau mondial a exacerbé pour conséquence positive de minimiser leur exposition
la situation en Afrique subsaharienne en général, au plein effet de la crise. Ce raisonnement pourrait
affectant négativement les recettes d’exportation, inciter certains analystes à prôner un ralentissement,
les recettes fiscales et les revenus des ménages. Les sinon un abandon total, de l’intégration financière
exportateurs de matières premières, notamment, régionale. Ce serait cependant une grosse erreur.
sont confrontés à une détérioration considérable du Une telle approche insulaire priverait les pays
commerce, alors que le crédit devient difficile d’accès africains des économies d’échelle et autres avantages
car les banques commerciales se montrent réticentes détaillés dans le chapitre 1 de ce rapport. Au lieu de
à cause de la perception de risque accrue. cela, les gouvernements africains devraient redoubler
d’efforts pour promouvoir l’IFR, car elle est d’une
En réaction à la crise financière mondiale, une importance critique à la capacité du continent à
réunion des ministres des Finances et des gouverneurs résister aux chocs exogènes et à s’intégrer au sein de
des banques centrales a été organisée par le président l’économie mondiale, notamment par l’élargissement
de la Banque africaine de développement, Donald du marché, les économies d’échelle et une meilleure
Kaberuka, à Tunis en novembre 2008 et des Tables compétitivité. La crise actuelle indique la nécessité
rondes ministérielles se sont tenues en mai 2009 à d’accélérer les initiatives d’intégration financière afin
Le Cap. Ces pourparlers se sont conclus sur le fait de faire progresser la feuille de route plus rapidement
que la crise financière endommageait la croissance vers une intégration totale des systèmes financiers.
économique sur l’ensemble du continent, affectant
l’équilibre budgétaire, la balance des paiements et Quels devraient être les principaux objectifs de cette
la stabilité des prix, avec des conséquences à long action accélérée ? Ils seraient doubles : (i) empêcher
terme en matière de réduction de la pauvreté et l’émergence d’une crise financière systémique générée
de réalisation des Objectifs du millénaire pour le au niveau national et (ii) accroître la résistance face
développement (OMD). Les principaux moteurs aux chocs financiers générés au niveau international.
En ce qui concerne le premier objectif, les pays
africains doivent garantir une forte représentation
137 La Banque de développement africaine, 2009, « Impact of the Crisis
on African Economies – Sustaining Growth and Poverty Reduction,» dans les discussions internationales régulières axées
[L’impact de la crise sur les économies africaines – Maintenir la croissance sur la crise. Ces discussions cherchent à résoudre les
et réduire la pauvreté], Notes d’orientation sur la crise financière No.
8/2009.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 147

lacunes des normes financières internationales et des la mise en place de zones de libre-échange (ZLE) et
cadres réglementaires en place, ainsi que la révision d’unions douanières (UD) pour élargir les marchés
des principes de Bâle. La voie à suivre indique « nationaux » des fabricants et prestataires de services
la nécessité d’un nouveau calendrier en matière locaux. La feuille de route générique souligne la
de réglementation visant à renforcer la gestion dépendance mutuelle de l’intégration du secteur réel
et l’évaluation des risques, à minimiser les effets et l’intégration du secteur financier, et l’expérience
amplificateurs procycliques qui entravent la stabilité actuelle renforce ce trait. Les pays africains
financière et à améliorer la structure des mesures dépendent fortement des afflux de capitaux privés
incitatives pour décourager les prises de bénéfices pour supplémenter les investissements nationaux et
trop précoces tout en encourageant l’accumulation il est nécessaire de développer davantage les marchés
de réserves adéquates. Des révisions encourageraient des capitaux et d’établir des marchés régionaux plus
aussi une supervision coordonnée entre les pays qui larges. D’où la recommandation faite dans ce rapport
sont financièrement très rapprochés et fourniraient que le développement du marché des capitaux devrait
un suivi macro-prudentiel plus actif, ainsi qu’une être initié lors des premières étapes de l’intégration
meilleure supervision au niveau des institutions régionale plutôt que lors des étapes plus avancées.
financières individuelles. Les mécanismes de
supervision et de suivi seront probablement renforcés La stabilité macroéconomique protègera aussi les
et étendus à tous les secteurs financiers, avec des pays d’un effet démultiplicateur des chocs financiers
normes communes pour tous. générés au niveau international. Ainsi, il s’agit non
seulement d’une condition préalable à l’IRF, mais
Les pays africains doivent mettre en œuvre ces aussi d’un instrument pour améliorer le degré de
normes révisées pour faire un premier pas vers une résistance des pays à ces chocs. Les pays africains
intégration plus complète dans le système financier sont priés instamment de prendre des mesures fiscales
mondial ; ceci permettrait de protéger l’intégrité et incitatives, tout en protégeant les réserves de devises,
la durabilité de leurs systèmes financiers nationaux. maintenant l’équilibre budgétaire et garantissant la
Même si les pays africains ne pourront peut-être pas durabilité de la dette. Maintenant que les effets de la
remplir toutes les conditions indiquées pour l’étape crise ont atteint l’Afrique, certains pays ont mis en
d’intégration correspondante (telles que notées sur la place des unités spécifiques pour surveiller l’impact
feuille de route générique décrite dans ce rapport), de la crise et formuler des réponses ciblées. D’autres
ils peuvent toujours envisager au plus tôt la mise en ont introduit diverses mesures politiques, telles que
œuvre de politiques/institutions spécifiques. Cela des mesures fiscales incitatives, des aides ciblées
dépend notamment de la transparence et bonne sur certains secteurs et groupes de population, de
gouvernance, des cadres réglementaires au niveau nouvelles réglementations dans le secteur bancaire,
régional et du degré de supervision, afin de suivre des politiques monétaires expansionnistes et un
le rythme d’expansion transfrontalière du secteur emprunt obligataire pour financer les dépenses
bancaire et des autres services financiers. Ce rapport publiques. Les Unions monétaires africaines (y
souligne les difficultés que les pays africains ont pu compris la CEMAC) et les programmes d’intégration
rencontrer dans la mise en œuvre de Bâle II et ces financière régionale, tels que le COMESA,
difficultés seront multipliées au fur et à mesure de la prônent des critères de convergence pour réduire
révision des principes de Bâle II. L’Afrique aura besoin les déséquilibres macroéconomiques et renforcer
d’une aide technique considérable pour mettre en la stabilité macroéconomique. L’établissement de
œuvre ces recommandations et devra peut-être opter mécanismes de surveillance régionaux, conjugués
pour une mise en œuvre progressive de ces normes. à des revues régulières de performance, tels que
proposés dans la feuille de route générique, serait
En ce qui concerne l’accroissement de la résistance aux également utile dans ce processus.
chocs générés au niveau international, l’expérience
suggère que l’Afrique ne compte que sur la croissance La communauté de développement international,
de ses exportations pour son développement y compris les BDM et IFI, a introduit diverses
économique. Il existe un besoin urgent d’accélérer mesures pour aider l’Afrique et les autres économies
148 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

émergentes et en développement.138 Pour sa part, le visent à maintenir ouverts les flux commerciaux,
Groupe de la Banque africaine de développement au niveau régional comme au niveau mondial, et
a établi ses propres mécanismes ciblés pour réagir tenteront de stabiliser les économies africaines.
efficacement, notamment la Facilité de liquidité
d’urgence (FLU), l’Initiative de financement du 2.1  Impact économique et perspectives pour
commerce (IFC) et des transferts accélérés vers les l’IFR dans la région de l’UMA
pays du FAD. La première contribution de l’IFC
s’élevait à 500 millions de dollars USD sous forme L’impact de la crise financière mondiale de 2008 sur
de lignes de crédit au profit d’institutions financières la région du Maghreb a été relativement restreint. La
africaines pour les aider dans leurs opérations de région devrait continuer de croître en 2009, même
finance du commerce. La deuxième contribution de si les recettes à l’exportation, les afflux d’envois de
la Banque était une participation de l’ordre de 500 fonds et les revenus générés par le tourisme devraient
millions de dollars USD dans le programme GTLP diminuer quelque peu du fait de la récession en
(programme de liquidité du commerce mondial), Europe de l’Ouest, qui constitue un marché client
pour aider à renverser le déclin du commerce causé très important.
par la crise économique. Toutes ces initiatives

Les effets macroéconomiques de la crise financière


sur la région de l’UMA UMA: Croissance du PIB réel, 2008 - 2009 (%)

12
La récession mondiale décourage la demande pour
les exportations nord-africaines. Cela pourrait 10
entraîner des pertes d’emploi, notamment au Maroc 8 2008
et en Tunisie où les secteurs industriel et agricole pour 2009
l’exportation sont à très forte main d’œuvre. Du fait 6
que les consommateurs européens restreignent leurs 4
dépenses non essentielles, l’industrie du tourisme
2
en Tunisie et au Maroc devrait ralentir. Un facteur
compensatoire réside dans le fait que la proximité 0
de l’Afrique du Nord avec l’Europe la met dans
-2
une meilleure position que d’autres destinations
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touristiques en Afrique et en Asie, une fois que les


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économies européennes reprendront.


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Alors que le système financier mondial a connu de qu’une exposition minime aux actifs étrangers. En
lourdes pertes du fait de l’effondrement du marché effet, le marché boursier de la Tunisie était l’un
des prêts risqués (subprimes) et de l’exposition aux des seuls marchés au monde à rester dans le positif,
« dettes toxiques », le système bancaire d’Afrique enregistrant une croissance annuelle de 17 pour cent
du Nord semblait relativement protégé de la crise. en novembre 2008. La Bourse du Maroc a chuté de
Les banques tunisiennes et marocaines n’ont eu 5 pour cent, alors que la plupart des autres marchés
internationaux s’effondraient de 40 pour cent ou
138 Par exemple, la facilité de protection contre les chocs exogènes plus au cours de la même période.
(ESF) du FMI, établie initialement en 2005 dans le cadre du fonds
fiduciaire de la facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance
(RFPC), a été modifiée en septembre 2008 pour apporter un soutien Malgré ces signes positifs, la région du Maghreb
politique et financier plus rapide aux pays à faible revenu confrontés à
des chocs exogènes. Le Malawi, les Comores, le Sénégal et l’Éthiopie ont
manque d’un mécanisme de réponse collectif
eu recours à cette facilité. pour limiter l’impact négatif de la crise sur ses
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 149

économies. Tout d’abord, il existe une pénurie doivent améliorer leurs capacités institutionnelles
d’institutions bien établies pour promouvoir la en renforçant et en rationalisant les mécanismes
coopération régionale et l’intégration financière. existants (le Secrétariat de l’UMA est un exemple
Deuxièmement, une action au niveau régional est évident) et en en créant de nouveaux au fur et
nécessaire dans un certain nombre de domaines à mesure que le besoin s’en fait sentir. Il faudrait
afin d’assurer la stabilité macroéconomique et également examiner l’établissement d’un « dialogue
financière, y compris l’harmonisation des politiques financier au Maghreb ou forum », afin de rassembler
budgétaires et des réglementations financières, la les ministères des Finances, les banques centrales et
coordination des politiques monétaires et relatives autres institutions régionales de supervision dans le
aux taux de change, et d’autres mesures. Les but de formuler une réponse collective et efficace.
autorités économiques et financières du Maghreb

2.2  Impact économique et perspectives pour l’IFR dans la région de la CEMAC

L’impact macroéconomique dans la


région de la CEMAC CEMAC: Croissance du PIB réel, 2008-2009 (%)

Les institutions de la CEMAC


envisagent une série de mesures afin
12
d’accélérer la croissance économique
dans les six nations de l’Afrique 10 2008 2009
Centrale, où la croissance a ralenti
8
du fait de la récession mondiale. Il
est anticipé que le PIB de la région 6
de la CEMAC baisse brutalement de
4
4,4 pour cent en 2008 à 2,8 pour cent
en 2009. Cela s’explique en grande 2
partie par la chute du prix des produits
0
pétroliers et autres matières premières,
Cameroun RCA Tchad Congo Guinée Equ. Gabon
telles que le bois et les ressources -2
minérales, sur lesquelles les pays de la
CEMAC dépendent fortement.

Dans la CEMAC, l’existence d’un cadre institution- bres de la CEMAC et pour renforcer l’intégration
nel exhaustif et cohérent et d’institutions commu- économique au sein de la région.
nautaires en commun pour superviser le système
monétaire et financier, en plus de la surveillance En ce qui concerne le secteur financier dans la ré-
multilatérale des politiques macroéconomiques et fi- gion de la CEMAC, un risque particulier auquel sont
nancières, a facilité une réponse collective efficace à confrontées les banques commerciales emprunteuses
la crise financière. En effet, la Conférence des chefs est le non-renouvellement de certaines lignes de cré-
d’États de la CEMAC, qui s’est tenue en janvier dit apportées par les banques principales et d’autres
2009 à Libreville, a recommandé que les institutions institutions financières internationales. Cependant,
de la CEMAC se réunissent et dressent une liste de le niveau actuel des réserves internationales, les ni-
recommandations sur la manière d’atténuer l’impact veaux de liquidité des banques de la CEMAC, les
de la crise financière sur la région. Les institutions de opportunités disponibles par le marché interbancaire
la CEMAC ont formulé un certain nombre de stra- et le refinancement par la BEAC (la banque cen-
tégies pour diversifier les exportations des pays mem- trale de la région) devraient permettre de compenser
150 G R O U P E D E L A B anque A fricaine de D É veloppement

ce risque. En outre, les indicateurs prudentiels et de ex. Libye et Soudan), les économies dépendant des
solvabilité des banques emprunteuses de la CEMAC exportations de minerais (par ex. RD du Congo,
restent bons, avec des ratios de suffisance en capital Zambie et Zimbabwe) et certaines économies fragiles
adéquats, des risques de liquidité et d’intérêts limi- (par ex. Burundi, Comores, Seychelles, Madagascar,
tés, de faibles niveaux de prêts non productifs et une Éthiopie et Rwanda). La crise financière a également
exposition relativement limitée au risque des taux vu une restriction du crédit sur les marchés des
de change. Cependant, afin de maintenir la stabi- capitaux internationaux et une augmentation des
lité financière et monétaire, garantir les ressources primes de risque que certains pays du COMESA sont
financières et préserver l’IFR, la BEAC a accepté de forcés de payer. À cause de cela, certains pays (par
baisser son taux d’intérêt pour réduire le coût du cré- ex. Kenya et Ouganda) ont annulé des plans visant
dit et est également disposée à apporter davantage à lever des fonds sur ces marchés. Le tarissement
de liquidité aux banques et institutions financières de cette source de financement extérieur est un
non bancaires (IFNB). D’autres mesures proposées sérieux revers pour le développement de la région,
pour accélérer la stabilité macroéconomique dans car il restreint le développement d’une infrastructure
la région comprennent : (i) le renforcement de la vitale ainsi que d’autres investissements essentiels. Le
coopération et coordination entre les diverses ins- secteur privé est également confronté à des problèmes
titutions de supervision et de réglementation régio- en ce qui concerne la recherche de financement sur
nales, y compris la création d’un Forum de stabilité les marchés des capitaux internationaux.
financière et l’établissement d’un Fonds de garantie
de dépôt de l’Afrique Centrale ; (ii) une augmenta- Le processus d’intégration financière régionale dans
tion du degré de supervision du secteur financier ; et le COMESA est également affecté de manière
(iii) l‘accélération de l’établissement d’un marché négative par les conséquences de la crise financière.
des obligations régional. En particulier, les progrès de la convergence
macroéconomique ont ralenti. Le plan d’action du
2.3  Impact économique et perspectives pour COMESA détaille un certain nombre de mesures ainsi
l’IFR dans la région du COMESA qu’un calendrier pour leur mise en œuvre, notamment
en ce qui concerne la stabilité macroéconomique et
Les pays du COMESA ont été sévèrement touchés des taux de change. Malheureusement, les marchés
par la crise, avec un taux de croissance qui devrait des changes des pays du COMESA subissent une
plonger à 3,2 pour cent en 2009, comparé à 4,9 pression intense depuis le début de la crise, avec de
pour cent en 2008 ; après un taux de croissance fortes dépréciations anticipées dans plusieurs pays.
moyen de 5,5 pour cent par an enregistré de manière De plus, la dépréciation attendue des devises dans
constante entre 2000 et 2007. Les économies les la région entraînera une augmentation des prix des
plus durement affectées sont les économies ouvertes biens de consommation et donc une plus grande
et financièrement développées (par ex. Égypte et instabilité macroéconomique.
Île Maurice), les pays exportateurs de pétrole (par
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 151

Pays de la COMESA: Croissance du PIB réel 2008-2009 (%)

14.0
12.0
2008 2009
10.0
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6.0
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3.  Rôle des partenaires au développement

Le président du Groupe de la Banque de Comme noté ci-dessus, la BAD a mis en place des
développement africaine, Donald Kaberuka, a initiatives ciblées (notamment FLU et IFC) et a
appelé, au cours de la 13ème Réunion au sommet du aussi accéléré les transferts vers les pays du FAD.
COMESA qui s’est tenue au Zimbabwe en juin 2009, Comme le président Kaberuka l’a affirmé devant
à un renforcement des programmes d’intégration et l’Assemblée des chefs d’État et de gouvernement de
de libéralisation pour répondre à la crise financière l’Union africaine en février 2009, la Banque a une
mondiale. Ce rapport a identifié divers domaines dans solide capacité à supporter les risques pour accroître
lesquels la communauté internationale, y compris ses activités. Une décision prise précédemment sur
la Banque africaine de développement, pourrait la Sixième augmentation de capital général de la
apporter son aide pour faire avancer l’intégration BAD permettra d’accroître encore davantage cette
financière régionale en Afrique. L’accent est mis capacité. La Banque continuera aussi de jouer un rôle
sur le renforcement des capacités des institutions de catalyseur consistant à mobiliser les ressources
régionales, sur le développement de l’infrastructure financières et techniques afin de répondre aux besoins
financière, de mécanismes de surveillance régionaux de l’Afrique, et intensifiera son rôle pour mobiliser
efficaces et sur une meilleure attribution des les ressources du secteur privé pour l’infrastructure
ressources aux initiatives de réponse à la crise. régionale, y compris l’infrastructure financière.
L A F I N A N C E A U S E RV I C E D E L’ A F R I Q U E 153

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