Vous êtes sur la page 1sur 8

c Christophe Bertault – Mathématiques en MPSI

Fractions rationnelles
Dans tout ce chapitre, K est l’un des corps R ou C.

1 Le corps des fractions rationnelles

Définition (Ensemble K(X)) On construit dans la preuve ci-dessous un ensemble K(X) satisfaisant les trois assertions
suivantes :
A
– A tout couple (A, B) ∈ K[X]2 tel que B 6= 0, on peut associer un élément de K(X) noté .
B
A
– Tout élément de K(X) peut être écrit sous la forme pour certains A, B ∈ K[X] avec B 6= 0.
B
A C
– Pour tous (A, B), (C, D) ∈ K[X]2 tels que B =
6 0 et D 6= 0 : = ⇐⇒ AD = BC.
B D
Les éléments de K(X) sont appelés les fractions rationnelles à coefficients dans K.

  
Démonstration Notons F l’ensemble K[X] × K[X \ 0 . On définit alors sur F une relation binaire ∼ de
la manière suivante. Pour tous (A, B), (C, D) ∈ F : (A, B) ∼ (C, D) ⇐⇒ AD = BC. Montrons que cette
relation ∼ est une relation d’équivalence.
• Réflexivité : Pour tout (A, B) ∈ F, AB = AB, donc (A, B) ∼ (A, B).
• Transitivité : Pour tous (A, B), (C, D), (E, F ) ∈ F. On suppose que (A, B) ∼ (C, D) et (C, D) ∼ (E, F ).
Alors AD = BC et CF = DE, donc ADF = BCF = BDE, et comme K[X] est intègre et D 6= 0 :
AF = BE, i.e. (A, B) ∼ (E, F ).
• Symétrie : Pour tous (A, B), (C, D) ∈ F, si (A, B) ∼ (C, D), alors AD = BC, donc aussi CB = DA, i.e.
(C, D) ∼ (A, B).
A
A présent, nous pouvons noter K(X) l’ensemble quotient de F par ∼ et, pour tout (A, B) ∈ F, la classe
B
d’équivalence de (A, B) associée. Remarquez bien que la notation « fraction », ainsi introduite, n’est justement
qu’une notation ! 

1 X +1
Exemple Dans R(X), les fractions et sont égales car 1 × X(X + 1) = X × (X + 1).
X X(X + 1)

Définition (Structure de corps sur K(X)) On munit K(X) de deux lois internes + et × qui en font un corps en posant,
pour tous (A, B), (C, D) ∈ K[X]2 tels que B 6= 0 et D 6= 0 :
A C AD + BC A C AC
+ = et × = ,
B D BD B D BD
AD + BC AC A C
définitions possibles car les fractions et dépendent de et sans dépendre du choix de (A, B) et (C, D).
BD BD B D

Démonstration Soient A, B, C, D, E, F ∈ K[X] avec B 6= 0, D 6= 0 et F 6= 0.


A
• Bonne définition de + et × : D’abord, pourquoi y a-t-il un problème de définition ? Les fractions
B
C
et sont définies à l’aide de quatre polynômes précis A, B, C, D, mais on sait bien qu’une fraction a plein
D
A e
A C e
C
d’écritures possibles, disons = et = e B,
avec A, e C,
e D
e ∈ K[X], B e 6= 0 et D
e 6= 0. Si nous voulons
B e
B D e
D
que les définitions de + et × aient un sens, nous devons donc nous assurer que les deux égalités suivantes
AD + BC eD
A e +B eCe AC eC
A e
sont vraies : = et = . Vérifions-le en revenant à la définition de ∼ :
BD e
BDe BD e
BDe
AC × BeDe = AB e × CDe = BA e × DCe = BD × A eCe

et : (AD + BC) × B eD
e = AB e × DD e + BB e × CDe = BA e × DDe + BB e × DC e = BD × A eDe +B eC
e .
A C AD + BC CB + DA C A
• Commutativité de + : + = = = + .
B D BD DB D B

1
c Christophe Bertault – Mathématiques en MPSI

 
A C E AD + BC E (AD + BC)F + (BD)E
• Associativité de + : + + = + =
B D F BD F (BD)F
 
A(DF ) + B(CF + DE) A CF + DE A C E
= = + = + + .
B(DF ) B DF B D F

0 A 0 A×1+B×0 A 0 A A
• Neutralité de pour + : + = = et de même + = .
1 B 1 B×1 B 1 B B
A −A AB + B(−A) 0 0 −A A 0
• Inverses pour + : + = = 2 = et de même + = .
B B B2 B 1 B B 1
 0
• A l’issue des points précédents, K(X), + est un groupe commutatif d’élément neutre . Pour montrer que
  1
K(X), +, × est un anneau, on montre de même que K(X), × est un magma associatif d’élément neutre
1 
et que × est distributive sur +. Enfin, pour montrer que K(X), +, × est un corps, on montre encore que
1
A B
× est commutative et que toute fraction non nulle admet un inverse, en l’occurrence . 
B A

Théorème (Les polynômes sont des fractions rationnelles) On identifie tout polynôme P ∈ K[X] à la fraction
P
rationnelle . Cette identification fait de K[X] un sous-anneau de K(X).
1

Démonstration
• Cohérence des notations + et × : Soient P, Q ∈ K[X]. C’est bien beau de vouloir voir P et Q comme
des fractions, le problème c’est que P + Q et P × Q ont tout à coup deux significations potentielles : une
addition et un produit dans K[X] ; une addition et un produit dans K(X). Les résultats coïncident-ils ou
bien devrons-nous les noter différemment pour les distinguer ? Ils coïncident heureusement car :
P Q P ×1+1×Q P +Q P Q PQ P ×Q
+ = = et × = = .
1 1 1×1 1 1 1 1×1 1
 
P 1
• Sous-anneau : Via notre identification : K[X] = . Du coup, pour commencer, = 1 ∈ K[X].
1 P ∈K[X] 1
P Q P −Q P Q PQ
Ensuite, pour tous P, Q ∈ K[X] : − = ∈ K[X] et × = ∈ K[X], donc comme
1 1 1 1 1 1
voulu K[X] est stable par différence et produit. 

A
Dans tout ce qui suit, quand nous écrirons sans préciser « R = », il sera sous-entendu que (A, B) ∈ K[X]2 et que B 6= 0.
B

Définition (Forme irréductible d’une fraction rationnelle) Soit R ∈ K(X). On appelle forme irréductible de R toute
A
écriture de R de la forme R = où A et B sont premiers entre eux. Une telle écriture est toujours possible, et unique à
B
multiplication près par des scalaires non nuls.

 
X 2 + 1 (X + 1)2 X 2 + 1 (X + 1)
Exemple La fraction n’est pas irréductible, mais la fraction l’est.
X(X + 1) X

Nous admettrons les résultats qui suivent pour ne pas perdre de temps.

Définition (Dérivée d’une fraction rationnelle)


A A′ B − AB ′
• Soit R = ∈ K(X). La fraction rationnelle dépend de R sans dépendre du choix de (A, B). On
B B2
l’appelle la dérivée de R, notée R′ .
 ′
R R′ S − RS ′
• Pour tous R, S ∈ K(X) : (R + S)′ = R′ + S ′ , (RS)′ = R′ S + RS ′ et si S 6= 0 : = .
S S2
En outre, la dérivée d’un polynôme coïncide avec sa dérivée comme fraction rationnelle.

2
c Christophe Bertault – Mathématiques en MPSI

Définition (Degré d’une fraction rationnelle)


A
• Soit R = ∈ K(X). La quantité ∂˚A − ∂˚B dépend de R sans dépendre du choix de (A, B). On l’appelle le degré
B
de R, noté ∂˚R. Le degré d’une fraction rationnelle est ainsi soit un entier relatif, soit −∞.
n o
• Pour tous R, S ∈ K(X) : ∂˚(R + S) 6 max ∂˚R, ∂˚S et ∂˚(RS) = ∂˚R + ∂˚S,
et si R est non constante : ∂˚R′ = ∂˚R − 1. En outre, le degré d’un polynôme coïncide avec son degré comme fraction
rationnelle.

$ $ $ Attention ! Seule la fraction rationnelle 0 est de degré −∞, mais une fraction rationnelle peut être de degré positif
X4 + X3 + 1
sans être un polynôme. Par exemple, la fraction rationnelle est de degré 4 − 2 = 2 sans être un polynôme.
X2 + 3

2 Fonctions rationnelles, zéros et pôles

A A(x)
Définition (Fonction rationnelle) Soit R = ∈ K(X) irréductible. La fonction x 7−→ définie sur K privé
B B(x)
des racines de B est appelée la fonction rationnelle associée à R et encore notée R — définition possible car cette fonction
dépend de R sans dépendre du choix de (A, B).

A
   Explication On impose ici à l’écriture R = d’être irréductible pour que le dénominateur de R ait le moins de
B
racines possible, et donc pour que R, comme fonction, soit définie sur le plus grand ensemble
 possible. Par exemple, la fonction
x3 + x + 1  x x3 + x + 1 
rationnelle x 7−→ est définie sur R \ 1 mais la fonction x 7−→ l’est seulement sur R \ 0, 1 .
x−1 x(x − 1)

A
Définition (Zéro et racine d’une fration rationnelle, ordre de multiplicité) Soit R = ∈ K(X) irréductible.
B
• Soit λ ∈ K. On dit que λ est un zéro de R si λ est une racine de A. La multiplicité de λ dans A est alors appelée la
multiplicité de λ dans R.
• Soit µ ∈ K. On dit que µ est un pôle de R si µ est une racine de B. La multiplicité de µ dans B est alors appelée la
multiplicité de µ dans R. Un pôle de multiplicité 1 est aussi appelé un pôle simple ; de multiplicité 2, un pôle double.

   Explication On a bien pris soin ici de travailler avec une forme irréductible de R, car quand A et B sont premiers
entre eux, il est certain qu’ils n’ont pas de racine commune. La confusion zéro/pôle est donc impossible.

X 2 + 1 (X − 2)3 (X + 1)X
Exemple Dans R(X), la fraction  a pour zéros les réels −1, 0 et 2 et pour pôle le seul réel 1. La
(X − 1)2 X 2 + X + 1
multiplicité de 2 est égale à 3, celle de 1 est 2, etc.

3 Décomposition en éléments simples

3.1 Partie entière

A
Théorème (Partie entière) Soit R = ∈ K(X). Il existe un unique polynôme E ∈ K[X] et une unique fraction
B
rationnelle Q ∈ K(X) tels que :
R=E+Q et ∂˚Q < 0.
Le polynôme E est appelé la partie entière de R — égal au quotient de la division euclidienne de A par B.

   Explication En particulier, la partie entière d’une fraction de degré strictement négatif est nulle.

3
c Christophe Bertault – Mathématiques en MPSI

Démonstration
• Existence : Notons E le quotient de la division euclidienne de A par B et F son reste. Alors aussitôt
A EB + F F F
R= = = E + . Posant Q = , nous obtenons bien le résultat voulu car ∂˚Q = ∂˚F − ∂˚B < 0.
B B B B
• Unicité : Soient R = E + Q et R = Ee+Q e
 n deux décompositions
o de R conformes à l’énoncé du théorème.

e = Q−Q.
Alors E − E e e
Or ∂˚ Q−Q 6 max ∂˚Q,e ∂˚Q < 0 et E − E e est un polynôme, donc ∂˚ E − E
e = −∞,
e En retour, Q = Q.
i.e. E = E. e 

X 4 − 3X 3 + 5X 2 − 1
Exemple La partie entière de la fraction est X 2 + 4.
X 2 − 3X + 1
 
En effet Simple division euclidienne : X 4 − 3X 3 + 5X 2 − 1 = X 2 − 3X + 1 X 2 + 4 + 12X − 5.

3.2 Décompositions en éléments simples sur C et R

Théorème (Décomposition en éléments simples sur C) Soit R ∈ C(X) de partie entière E et de pôles distincts
λ1 , . . . , λr de multiplicités respectives m1 , . . . , mr . Il existe une et une seule famille (aik ) 16i6r de nombres complexes telle
16k6mi
que :
r mi
XX aik
R=E+ .
i=1 k=1
(X − λi )k
On n’oublie pas la partie entière !
| {z }
Partie polaire
associée au pôle λi
Cette décomposition de R est appelée la décomposition en éléments simples de R sur C.

Démonstration Hors-programme. 

X2 + 3 X2 + 3
Exemple La décomposition en éléments simples de 2 = sur C est de la
(X − 1)3 X X 2 + 1 (X − 1) X(X − i)2 (X + i)2
3

forme :
X2 + 3 a b c d e f g h
2 = + + + + + + + pour certains a, b, c, d, e, f, g, h ∈ C
(X − 1)3 X X 2 + 1 (X − 1)3 (X − 1)2 X − 1 X (X − i)2 X − i (X + i)2 X + i
— ici la partie entière est nulle.

A
Théorème (Décomposition en éléments simples sur R) Soit R = ∈ R(X) irréductible de partie entière E.
B
r
Y s
Y n
On introduit la factorisation irréductible de B : B = β (X − λi )mi X 2 + bj X + cj j (notations évidentes).
i=1 j=1
Il existe des familles uniques (aik ) 16i6r , (ujk ) 16j6s et (vjk ) 16j6s de réels telles que :
16k6mi 16k6nj 16k6nj

mi
r X s nj
X aik XX ujk X + vjk
R=E+ + k .
i=1 k=1
(X − λi )k 2
j=1 k=1 X + bj X + cj
On n’oublie pas la partie entière !
| {z }
Partie polaire
associée au pôle λi

Cette décomposition de R est appelée la décomposition en éléments simples de R sur R.

Démonstration Hors-programme. 

X2 + 3
Exemple La décomposition en éléments simples de 2 sur R est de la forme :
(X − 1)3 X X 2 + 1

X2 + 3 a b c d eX + f gX + h
2 = + + + + 2 + 2 pour certains a, b, c, d, e, f, g, h ∈ R
(X − 1)3 X X 2 + 1 (X − 1)3 (X − 1)2 X −1 X X2 + 1 X +1
— ici la partie entière est nulle.

4
c Christophe Bertault – Mathématiques en MPSI

3.3 Calcul des coefficients


   En pratique (La technique de base)

Dans la décomposition en éléments simples ⋆ d’une fraction rationnelle de pôle λ de multiplicité m,


1
on détermine le coefficient de en multipliant ⋆ par (X − λ)m , puis en évaluant en λ.
(X − λ)m
1 1 1
Très bien, mais comment fait-on ensuite pour déterminer les coefficients de ,..., , ? Nous verrons
(X − λ)m−1 (X − λ)2 X − λ
d’autres techniques mais on peut raisonner de proche en proche, ça marche toujours.
– Si nous notons R la fraction rationnelle étudiée, sa décomposition en éléments simples est de la forme :
a b
R= + + . . . avec a, b ∈ R et où « . . . » regroupe tous les autres termes en présence.
(X − λ)m (X − λ)m−1
– L’encadré ci-dessus donne rapidement la valeur de a.
a a b
– On fait passer le terme « » à gauche : R − = + . . . puis on réduit à
(X − λ)m (X − λ)m (X − λ)m−1
gauche au même dénominateur.
– Forcément, on peut alors simplifier numérateur et dénominateur par X − λ. La fraction résultante admet
λ pour pôle de multiplicité au plus m − 1, on peut donc utiliser de nouveau l’encadré ci-dessus pour calculer
b et on continue ainsi avec les autres coefficients.

X 2 + 3X + 1 X 2 + 3X + 1 5 10 11
Exemple La décomposition en éléments simples de est : =− − + .
(X − 1)2 (X − 2) (X − 1)2 (X − 2) (X − 1)2 X − 1 X − 2
En effet
• Forme de la décomposition en éléments simples sur R :
X 2 + 3X + 1 a b c
⋆ = + + pour certains a, b, c ∈ R.
(X − 1)2 (X − 2) (X − 1)2 X −1 X −2
• Calcul de a : On multiplie ⋆ par (X − 1)2 puis on évalue en 1 : a = −5.
2 2
X + 3X + 1 5 X + 8X − 9 (X − 1)(X + 9) X +9
• Calcul de b : + = = = ,
(X − 1)2 (X − 2) (X − 1)2 (X − 1)2 (X − 2) (X − 1)2 (X − 2) (X − 1)(X − 2)
X +9 b c
d’où la nouvelle décomposition en éléments simples : = + . On la multiplie
(X − 1)(X − 2) X −1 X −2
par X − 1 puis on évalue en 1 : b = −10.
• Calcul de c : On multiplie ⋆ par X − 2 puis on évalue en 2 : c = 11.

Le théorème qui suit est une alternative à la méthode précédente dans le cas spécifique des pôles simples. Choisissez, en
fonction de la forme du dénominateur, celle des deux méthodes qui vous paraît la plus rapide.

A
Théorème (Partie polaire associée à un pôle simple) Soient R = ∈ C(X) et λ ∈ C. On suppose que λ est pôle
B
a A(λ)
simple de R, de sorte que la partie polaire de R associée à λ est de la forme avec a ∈ C. Alors : a = ′ .
X −λ B (λ)

Démonstration Comme λ est pôle simple de R, B = (X − λ)C pour un certain C ∈ K[X] avec C(λ) 6= 0 et
a
la décomposition en éléments simples de R sur C est de la forme : R = + Q pour une certaine fraction
X −λ
Q ∈ C[X] n’admettant pas λ pour pôle.
A A(λ)
Aussitôt : = (X − λ)R = a + (X − λ)Q, donc si nous évaluons en λ : a = .
C C(λ)
A(λ) A(λ)
Or B ′ = C + (X − λ)C ′ donc B ′ (λ) = C(λ), et enfin comme voulu : a = = ′ . 
C(λ) B (λ)

1 1 1 X ω
Exemple Pour tout n ∈ N∗ , la décomposition en éléments simples de sur C est : = .
Xn −1 Xn −1 n ω∈U X − ω
n

1 1
En effet Les pôles de n sont les racines nèmes de l’unité et sont tous simples. La partie entière de n
X −1 X −1
1 X aω
étant par ailleurs nulle : = pour une certaine famille (aω )ω∈Un de nombres complexes.
Xn − 1 ω∈U
X −ω
n
Soit ω ∈ Un fixé. La technique « Je multiplie par X − ω puis j’évalue en ω » serait ici pénible à mettre en
œuvre — essayez pour comprendre la difficulté — nous allons nous en sortir grâce au théorème précédent. Comme
1 A A(ω) 1 ω n =1 1 ω
= avec A = 1 et B = X n − 1 et comme ω est pôle simple : aω = ′ = = = .
X −1
n B B (ω) nω n−1 nω −1 n

5
c Christophe Bertault – Mathématiques en MPSI

   En pratique (Technique de conjugaison)


• Les pôles complexes non réels d’une fraction rationnelle réelle vont toujours par paires de conjugués de mêmes
multiplicités. Si λ désigne un tel pôle de multiplicité m d’une fraction rationnelle R, la décomposition en éléments simples
Xm Xm
ak bk
sur C de R est de la forme : R = k
+ +Q avec a1 , . . . , am , b1 , . . . , bm ∈ C et où Q regroupe tous
k=1
(X − λ) k=1
(X − λ)k
X m Xm
ak bk
les autres termes en présence. Conjuguons cette relation, sachant qu’ici R = R : R = + + Q.
(X − λ) k (X − λ)k
k=1 k=1
Par unicité de la décomposition en éléments simples, nous observons que la conjugaison a essentiellement permuté les
parties polaires associées à λ et λ. Plus précisément, pour tout k ∈ J1, mK : bk = ak . Conclusion :

Dans la décomposition en éléments simples d’une fraction rationnelle réelle de pôle λ de multiplicité m,
1 1
le coefficient de est le conjugué du coefficient de .
(X − λ)m (X − λ)m

• Quand les pôles complexes non réels d’une fraction rationnelle réelle sont simples, on peut obtenir la décomposition
en éléments simples sur R facilement à partir de la décomposition en éléments simples sur C en remarquant que pour tous
a a a(X − λ) + a(X − λ) 2Re(a)X − 2Re(aλ)
λ ∈ C \ R et a ∈ C : + = = 2 − 2Re(λ)X + |λ|2
— terme de la forme
X −λ X −λ (X − λ)(X − λ) X
uX + v
avec u, v, b, c ∈ R et b2 − 4c < 0.
X 2 + bX + c

1
Exemple Pour tout n ∈ N∗ , la décomposition en éléments simples de sur R est :
X 2n − 1

1 1 1 1X
n−1 X cos X −1
= + + n .
X 2n − 1 2n(X − 1) 2n(X + 1) n kπ
k=1 X 2 − 2X cos +1
n

En effet Nous avons déjà calculé la décomposition en éléments simples sur C, elle fait intervenir deux pôles
réels exactement, 1 et −1, les autres peuvent être regroupés par paires de conjugués.
2n−1 2ikπ 2n−1 ikπ
" n−1 ikπ ikπ
!#
1 1 X e 2n 1 X e n 1 1 1 X e n e− n
= = = + + +
X 2n − 1 2n 2ikπ
2n ikπ
2n X − 1 X +1 ikπ ikπ
X − e− n
k=0 X − e k=0 X − e X −e n
2n n
k=1
ikπ
 ikπ
 ikπ
 ikπ

1 1 1 Xe
n−1 n X − e− n + e− n X − e n
= + +   
2n(X − 1) 2n(X + 1) 2n X −e n
ikπ
X − e− n
ikπ
k=1

kπ kπ
1 1
n−1
1 X 2X cos X −2 1 1 1 X X cos n X − 1
n−1
= + + n = + + .
2n(X − 1) 2n(X + 1) 2n k=1 kπ 2n(X − 1) 2n(X + 1) n k=1 2 kπ
X 2 − 2X cos +1 X − 2X cos +1
n n

   En pratique (Technique d’évaluation, technique asymptotique)


• Quand il reste peu de coefficients à calculer dans une décomposition en éléments simples, on a parfois recours à une simple
évaluation en un point. Un tel calcul fournit une équation sur les coefficients de la décomposition.
• Plutôt que d’évaluer en un point, on peut aussi exploiter le comportement asymptotique d’une décomposition en éléments
simples en la multipliant par X, puis en évaluant en un réel x et en faisant tendre ce x vers +∞. Ce n’est pertinent cela dit
que si la fraction rationnelle étudiée est de degré strictement négatif, i.e. de partie entière nulle — seule manière d’obtenir
des limites finies à gauche et à droite.

X
Exemple La décomposition en éléments simples de  sur R est :
X2 + X + 1 (X + 1)3
X X 1 1
 =− 2 − + .
X 2 + X + 1 (X + 1)3 X +X +1 (X + 1)3 X +1

En effet
• Forme de la décomposition en éléments simples sur C : De partie entière nulle, la fraction rationnelle
X X
 = possède une décomposition en éléments simples sur C de
X 2 + X + 1 (X + 1)3 (X − j)(X − j)(X + 1)3
X a b c d e
la forme : ⋆  = + + + + pour
X 2 + X + 1 (X + 1)3 X −j X −j (X + 1)3 (X + 1)2 X +1
certains a, b, c, d, e ∈ C.
• Technique de conjugaison : La fraction rationnelle étudiée étant réelle : b = a.

6
c Christophe Bertault – Mathématiques en MPSI

• Calcul de a : On multiplie ⋆ par X − j puis on évalue en j :

j j j ij ij
a= = √  3 = √ = √ et donc b = − √ .
(j − j)(j + 1)3 i 3 − j2 −i 3 3 3

• Calcul de c : On multiplie ⋆ par (X + 1)3 puis on évalue en −1 : c = −1.


• Comportement asymptotique : On multiplie ⋆ par X, on évalue en un réel x, puis on fait tendre x
vers +∞ : a + B + e = 0, donc e = −a − b = −a − a = −2Re(a) = 1.
Remarque : On ne peut pas « faire tendre X vers +∞ » car X est un polynôme et non un nombre —
d’où l’évaluation préalable en x.

a b a a
• Evaluation en un point : On évalue ⋆ en 0 : 0= + +c+d+e, donc d = + −c−e = −c−e = 0.
−j −j j j
• Décomposition en éléments simples sur R : On regroupe !
 
X i j j 1 1
 = √ − − 3
+
X 2 + X + 1 (X + 1)3 3 X − j X − j (X + 1) X +1
i(j − j)X 1 1 X 1 1
= √ − + =− 2 − + .
3(X − j)(X − j) (X + 1)3 X +1 X +X +1 (X + 1)3 X +1

3.4 Primitivation des fonctions rationnelles


   En pratique La décomposition en éléments simples est utilisée notamment pour le calcul des primitives des fonctions
rationnelles. Elle permet de les primitiver toutes mais nous ne chercherons pas ici à être exhaustif, remarquons seulement que
dans les cas courants, nous savons primitiver sans problème :
– tous les polynômes — partie entière,
1
– tous les termes avec λ ∈ R et n ∈ N∗ — avec un logarithme éventuellement si n = 1,
(X − λ)n
uX + v
– tous les termes avec u, v, b, c ∈ R et b2 − 4c < 0. Pour ces termes, on commence par isoler de
X 2 + bX + c

f uX + v u 2X + b
force un morceau « »: = × 2 + . . . qu’on sait primitiver sans problème.
f X 2 + bX + c 2 X + bX + c
w
Le terme restant noté . . . est de la forme 2 , on met le dénominateur sous forme canonique puis
X + bX + c
on primitive à l’aide d’une arctangente.

Z 1
2 t5 dt 1 1 3
Exemple = + ln .
0 t4 − 1 8 4 5
En effet
X5 X5
• Décomposition en éléments simples sur C : De partie entière X, 4
=
X −1 (X − 1)(X + 1)(X − i)(X + i)
possède une décomposition en éléments simples sur C de la forme :

X5 a b c d
⋆ =X+ + + + pour certains a, b, c, d ∈ C.
X4 − 1 X −1 X +1 X −i X +i
X5 1 X5 1
Or 1, −1, i et −i sont des pôles simples, donc : a= ′ (1) = , b= ′ (−1) = ,
4
X −1 4 4
X −1 4

X5 1 X5 1
c= ′ (i) = − et d= ′ (−i) = − .
X4 − 1 4 X4 − 1 4

• Décomposition en éléments simples sur R : On regroupe !


   
X5 1 1 1 1 1 1 1 1 2X
= X + + − − = t + + − .
X4 − 1 4 X −1 X +1 X −i X +i 4 X −1 X +1 X2 + 1

• Calcul de l’intégrale :
Z  2  1  2 t= 12
1  t= 2
1
2 t5 dt t 2 t 1 1 − t2 1 1 3
= + ln(1 − t) + ln(t + 1) − ln t + 1 = + ln = + ln .
0 t4 − 1 2 4 t=0 2 4 1 + t 2
t=0 8 4 5

7
c Christophe Bertault – Mathématiques en MPSI

Z x Z +∞
t dt π 1 t dt π 1
Exemple lim  = √ − , ce qu’on note aussi :  = √ − .
x→+∞ 0 t2 + t + 1 (t + 1)3 3 3 2 0 t2 + t + 1 (t + 1)3 3 3 2
X
En effet Nous avons déjà calculé la décomposition en éléments simples de la fraction  .
X 2 + X + 1 (X + 1)3

X X 1 1 X 1 1
 =− 2 − + = − 2 − +
X 2 + X + 1 (X + 1)3 X +X +1 (X + 1)3 X +1 1 3 (X + 1)3 X +1
X+ +
2 4
1
X+ 1 1 1 1
= − 22 + × 2 − 3
+
1 3 2 1 3 (X + 1) X +1
X+ + X+ +
2 4 2 4
  √
1 3
2 X+
1 2 1 2 1 1
=− × 2 +√ × 2 − 3
+ .
2 1 3 3 1 3 (X + 1) X +1
X+ + X+ +
2 4 2 4
t
Comme primitive de t 7−→  , nous choisirons ainsi la fonction F définie pour tout t ∈ R+ par :
t2 + t + 1 (t + 1)3

" 2 # 1
1 1 3 1 t+ 1 t+1 1 1 2t + 1
F (t) = − ln t+ + + √ Arctan √ 2 + +ln(t+1) = ln √ + + √ Arctan √ .
2 2 4 3 3 2(t + 1)2 t2 + t + 1 2(t + 1)2 3 3
2
Finalement :
Z x    
t dt π 1 1 1 π 1 π π 1
 = F (x)−F (0) −→ √ − + √ Arctan √ = √ − + √ = √ − .
0 t2 + t + 1 (t + 1)3 x→+∞ 2 3 2 3 3 2 3 2 6 3 3 3 2

Vous aimerez peut-être aussi