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Encyclopedia Universalis 2008 (sous la direction de C. Hermansen), pp. 291-296.

ETHNOLOGIE - Ethnoarchéologie

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Le terme ethnoarchaeology apparaît Le polycentrisme de l’ethnoarchéo- correspondance entre une « culture


pour la première fois en 1900, dans un logie contemporaine se traduit par une matérielle » et une « culture » au sens
rapport rédigé par l’archéologue, multitude de définitions, conceptuelles t des anthropologues.
anthropologue et naturaliste américain, pour les uns et empiriques pour les
Jesse Walter Fewkes, directeur du autres. Technique ou stratégie d’inves-
Bureau de l’ethnologie de la Smithso- tigation, l’ethnoarchéologie recouvre
nian Institution. Celui-ci estimait que la des notions assez différentes. Cela va
connaissance des sociétés indiennes du de la simple confrontation de deux 1 Principes
sud-ouest des États-Unis constituait une disciplines unitaires à l’élaboration de
bonne préparation aux fouilles et études théories et de lois comportementales à
archéologiques de la région ; dans ce cas valeur universelle. Le terme sert . Uniformisme et raisonnement par
particulier, une continuité technique également à qualifier le simple recours analogie
reliait clairement les vestiges archéolo- à l’ethnographie pour fournir des
giques à la culture matérielle des hypothèses et comprendre une techni- Quels qu’en soient les objectifs, toute
populations indiennes contemporaines que de fabrication ou l’utilisation d’un pratique ethnoarchéologique repose sur
Zuni et Hopi. Dans le continent nord- objet. C’est aussi un moyen de corriger deux principes : l’uniformisme et le
américain, se préoccuper d’archéologie une analogie ethnographique ou de raisonnement par analogie. Théorie emprun-
tée à la géologie et à la biologie,
impliquait, de fait, de s’intéresser au réorienter une expérimentation. Cepen- l’uniformisme permet de considérer les
passé des Indiens qui étaient sur place. dant, et comme le soulignent Nicholas règles qui ont présidé aux transformations
Lewis H. Morgan – qui posa les David et Carol Kramer dans une préhistoriques comme étant les mêmes que
fondements de la science ethnologique synthèse de référence publiée en 2001 celles qui régissent des processus de
avec la publication d’Ancient Society en (Ethnoarchaeology in Action), une transformation actuels. C’est au nom de
1877 – pensait d’ailleurs pouvoir retrou- majorité d’archéologues s’accordent à cette théorie que le dégagement de lois
ver les formes sociales du passé pré- considérer l’ethnoarchéologie comme transculturelles ou diachroniques est pos-
sible. Le raisonnement par analogie nous
historique au sein des civilisations une recherche ethnographique archéo- permet, quant à lui, de conclure, à partir
« primitives » contemporaines. En logiquement orientée, tant en ce qui d’une ressemblance constatée entre objets,
1958, les archéologues américanistes concerne ses objectifs que la manière à une ressemblance non constatée concer-
Gordon R Wiley et Philip Phillips dont elle est conduite. Ainsi définie, nant la fonction de l’objet.
affirmaient que l’archéologie devait être l’ethnoarchéologie relève plus d’une On peut s’interroger sur le bien-fondé
anthropologique ou ne pas être. Issue de pratique et d’une stratégie empirique de d’un uniformisme impliquant l’éthologie,
cette proximité nord-américaine entre recherche que d’une démarche concep- l’ethnologie et la préhistoire lorsqu’il s’agit
ethnologie et archéologie, allait se tuelle ou d’une discipline à part entière de restituer le comportement d’Australopi-
thèques vivant il y a trois millions d’années,
mettre en place, aux États-Unis, et se – une stratégie devant, au demeurant, alors que l’évolution cérébrale des homi-
développer, à partir des années 1960, permettre d’établir une liaison entre nidés n’en était qu’à ses débuts. L’analogie
une nouvelle démarche scientifique : une culture matérielle et des compor- (en tant que logique mentale d’interpréta-
l’ethnoarchéologie. tements humains, autrement dit une tion) a, quant à elle, une légitimité plus

À Vajanda, en pays Duna, Nouvelle-Guinée australienne : veillée avant une attaque nocturne (T. Saulnier).

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L’observation de l’utilisation d’un bâton à fouir pour la mise en culture d’un jardin baruya de Papouasie-Nouvelle-Guinée et son application archéologique dans la Butser Farm (Angleterre)
permettent de guider les expérimentations réalisées par les archéologues sur les techniques d’agriculture néolithique (A. Coudart/ P. Lemonnier).

difficile à contester. Que l’on se réfère à des archéométrique. Ainsi, l’observation ethno- commettre. Mais on peut retourner l’argu-
analyses de laboratoires, des observations graphique proposerait des hypothèses, et ment : l’archéologue mesure rarement la
ethnographiques, des connaissances histo- l’expérimentation et les analyses physico- totalité anthropologique des sociétés ancien-
riques ou des présuppositions personnelles chimiques disposeraient des interprétations. nes qu’il observe. Interrogateur de la
ou collectives, il s’agit d’une base logico- Au lieu d’emprunter directement à l’anthro- matière, il ne retient souvent que l’efficacité
sémantique et d’un système de représenta- pologie un modèle comportemental (quitte matérielle d’une pratique pour en expliquer
tions du monde sans le recours duquel à en changer lorsqu’il ne convient pas) et l’existence et la persistance. Il n’en conçoit
aucune construction interprétative n’est de vérifier son adéquation aux données généralement ni l’usage social ni les valeurs
possible. On pourra discourir du bon ou du archéologiques ou ethnographiques, il s’agi- symboliques. Il perd ainsi de vue ce qui fait
mauvais usage de l’analogie directe (celle rait de médiatiser et de modifier empiri- pourtant l’intérêt et la spécificité de
d’un continuum historique) ou indirecte quement ce modèle par l’expérimentation l’archéologie et de la technologie culturelle :
(entre des traditions différentes), l’analogie archéologique ou ethnographique et par des analyser et comprendre comment les
reste le seul moyen mental d’interprétation. analyses physico-chimiques. humains fabriquent du social avec des
En revanche, la justification du transfert des Il convient également de distinguer deux techniques et de la matière – une capacité
données ethnographiques vers celles de niveaux de données et d’interprétations. Le qui les distingue des autres sociétés
l’archéologie, et le tri à effectuer dans premier niveau, fondamental, rassemble les animales. Les échanges de biens, par
l’univers des possibles proposés par la données directes : celles dont les variables exemple, fonctionnent traditionnellement
diversité des cultures et des sociétés ne vont sont contrôlables et souvent quantifiables beaucoup plus comme producteurs de liens
pas de soi. Certains procédés de simulation (matériaux, objets, techniques, phénomènes sociaux – « moi / autrui », « celui qui
non linéaire par ordinateur sont aujourd’hui naturels, etc.). Le second est celui des donne / celui qui reçoit / celui qui rend » –
utilisés qui – bien que non conçus pour données indirectes ou des reconstructions que comme moyen d’obtenir des choses
restituer la réalité historique – peuvent (organisation de l’habitat, démographie, matérielles.
permettre d’estimer l’interaction de certains identité culturelle, significations idéelles des
déterminants, d’évaluer les scénarios pos- objets, organisations économiques et socia-
sibles et d’éliminer les impossibles. Par t les, etc.). Richard A. Gould fit remarquer 2 Développement de la discipline
ailleurs, certaines règles et modalités anthro- que Lewis Binford avait trouvé la réponse,
pologiques existent (comme le rapport qui dès le premier niveau, aux questions qu’il . Les origines
relie tabou de l’inceste et échanges des se posait quant à la découpe de la viande
femmes ; productivité, taille du groupe, et et la à répartition des restes chez les Bien après des travaux précurseurs de Jesse
circulation de l’information ; systèmes Esquimaux Nunamiut. En revanche, après Walter Fewkes réalisés à la fin du XIXe siècle
d’échanges des femmes, circulation, accu- avoir examiné les lieux, la durée de séjour, et au début du XXe siècle, la première
mulation des biens et structuration sociale, la saison, la densité du gibier chez les contribution ethnoarchéologique moderne, à
etc.) – autant de règles qu’un archéologue Aborigènes australiens du Western Desert, savoir un relevé ethnographique pouvant
se doit de connaître s’il ne veut pas verser Gould comprit que la technique de découpe aider et corriger l’interprétation archéolo-
dans l’invraisemblance. Un bon archéologue des kangourous en neuf morceaux se référait gique, fut probablement l’article que
se devrait donc d’être également un bon au système de parenté ; un niveau de l’anthropologue et ornithologue Donald
ethnologue. données et d’interrogations que l’archéolo- Fergusson Thomson publia en 1939 à
gue qualifiera d’indirect et de premières propos de l’impact de la succession des
. Validation des modèles et abstractions. Gould conçoit même l’obser- saisons sèches et humides sur la culture
des interprétations vation ethnographique effectuée par matérielle de la tribu aborigène Wik
l’archéologue comme plus appropriée que Monkan, dans le nord-est de l’Australie. Au
L’une des meilleurs procédures de contrôle celle de l’ethnologue. Celui-ci, déclare-t-il, contraste climatique correspondaient des
des modèles et des interprétations archéo- néglige trop fréquemment le premier niveau outillages et des types d’habitat si tranchés
logiques est probablement la confrontation d’interrogations et aboutit à des erreurs que les archéologues auraient facilement pu
des données préhistoriques et ethnographi- d’interprétation que l’archéologue – habitué y voir des groupes culturels différents. Ce
ques à l’expérimentation et à l’analyse à questionner la matière – ne peut fut en 1956 – mais plutôt comme exercice

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ethnographique que comme stratégie

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archéologique – que l’ethnoarchéologie
(alors qualifiée d’Action Archaeology) prit
véritablement corps avec un « inventaire
archéologique d’une communauté vivante »,
réalisé par l’archéologue Patty Jo Watson
chez les Laks, dans le sud-ouest de l’Iran.
Néanmoins, les études ethnoarchéologiques
publiées entre 1956 et 1967 furent peu
nombreuses (autour d’une quinzaine). Cen-
trées sur la Méso-Amérique, les Caraïbes,
l’Australie et l’Océanie, elles œuvrèrent
dans le sens d’un « sauvetage » des
traditions techniques de sociétés menacées
plutôt que comme méthode archéologique.
Les résultats obtenus n’étaient donc pas
toujours à même de contribuer à l’inter-
prétation archéologique. De fait, l’ethnoar-
chéologie ne devait se développer qu’une
quinzaine d’années plus tard. Il fallut en
effet préalablement surmonter la semonce de
l’anthropologue américain Karl G. Heider
qui, en 1961, publia une tentative de
reconstitution d’une culture vivante de
Nouvelle-Guinée, fictivement réduite à ses
restes archéologiques ; celle-là s’en trouvait
tellement appauvrie qu’elle en devenait
totalement méconnaissable.

. Dans la mouvance de la New


Archaeology

Ce fut donc qu’à partir des années 1970 et


dans la mouvance de la New Archaeology,
mise en œuvre par le préhistorien américain
Lewis Binford et ses élèves, que l’ethnoar-
chéologie devint une branche avérée de
l’archéologie. L’un des objectifs de ce
courant de pensée – largement inspiré de la
théorie des systèmes (qui postule que toutes
les parties d’un ensemble sont interdépen-
dantes) et fortement imprégné de néo-
fonctionnalisme et d’écologie culturelle –
était de rompre avec la dichotomie qui
séparait culture matérielle et processus
sociaux. Binford préconisait par ailleurs de L’observation de la chaîne opératoire de la fabrication d’un emmanchement d’herminette de pierre polie, chez les Baruya de
Papouasie-Nouvelle-Guinée, en 1982 (village de Wiobo), a permis de proposer des hypothèses interprétatives concernant l’existence
ne plus raisonner par induction en construi- au Néolithique de ces instruments, dont seule la pierre a été préservée (P. Lemonnier).
sant des interprétations ou des hypothèses à
partir de données empiriques mais de
déduire, à partir d’hypothèses ou de théories
élaborées depuis des données ethnologiques,
des « constructions » qu’il fallait ensuite ter d’établir une liaison entre les modèles 3 Réception en Europe
confronter à la réalité des faits archéologi- théoriques proposés par l’anthropologie
ques. Pour la première fois, l’archéologie sociale et les reconstructions réalisées à
prétendait à la construction de modèles partir des données matérielles de l’archéo- . Ethnoarchéologie britannique et
théoriques et à la scientificité de sa démar- logie : étudier, par exemple, comment postmodernisme
che. associer un type d’habitat ou un type
Prenant conscience de l’inadéquation de d’acquisition de ressources à un type En Europe – où les préhistoriens et
l’ethnographie des anthropologues culturels d’organisation sociale ou un type d’écono- protohistoriens ne pouvaient établir de liens
à leurs questionnements, un certain nombre mie. De la fin des années 1960 au début directs avec l’ethnologie des populations
d’archéologues nord-américains (dont Lewis des années 1980, près de cent quatre-vingt- européennes, au contraire de ce qui se
Binford), forts de leurs méthodes d’obser- dix études furent publiées, centrées prin- réalisait aux États-Unis –, il fallut attendre
vation et investis de leur propre problé- cipalement sur l’Afrique subsaharienne, les années 1980 et la publication d’une série
matique, finirent par aller enquêter sur le l’Australie et l’Amérique du Nord, moins d’enquêtes et de données ethnographiques
terrain. Mais en réduisant l’interdépendance sur l’Amérique du Sud et l’Asie du africaines par l’archéologue anglais Ian
des éléments constitutifs d’une société à un Sud-Ouest. Les thèmes d’intérêt étaient Hodder (Symbols in Action) pour que les
mécanisme fonctionnel, on oubliait que des essentiellement d’ordre technologique (étu- archéologues européens prennent conscience
causes naturelles ou sociales identiques t des de l’outillage lithique et des poteries, en du champ d’observation extraordinaire
pouvaient avoir des résultats culturellement particulier), comportemental (étude des qu’offrait l’ethnographie des sociétés tradi-
différenciés, et que des causes différentes chasseurs-collecteurs et traitement de la tionnelles.
pouvaient avoir des conséquences conver- faune) et artistique (art pariétal). Les enquêtes africaines de Ian Hodder
gentes. Ce premier développement de Dans les années 1980, l’ethnoarchéologie se sont révélées superficielles, et nombreux
l’ethnoarchéologie conduisit inévitablement nord-américaine – dépouillée de son aspi- sont ceux qui ont exprimé des réserves
à la formulation de règles comportementales ration à trouver des lois comportementales à leur égard. Cependant, elles étaient
banales et réductrices : à savoir, par à valeur universelle – continuait de faire intelligemment sous-tendues par des idées
exemple, que le déplacement des détritus à référence grâce à des études approfondies et des concepts « postmodernes » qui,
la périphérie d’un site et leur dispersion (comme celle de Carol Kramer sur la jusqu’à la fin des années 1990, se révé-
étaient liés à la durée et à la densité de céramique de deux villes indiennes ou celle lèrent stimulants et novateurs dans le
l’occupation du lieu, ou que le fait de de William Longacre chez les potiers petit monde des archéologues anglais et
fracturer au maximum des ossements kalinga aux Philippines, ainsi que celle de américains, peu rompus aux question-
d’animaux (afin d’en extraire la moelle) Michael Dietler et d’Ingrid Herbich chez les nements philosophiques. On y découvrait
correspondait à des situations de pénurie Haya et les Luo au Kenya). Les approches que la culture matérielle, non seulement
alimentaire. Conscients de ces problèmes, étaient parfois comparatives (comme reflétait la « culture » au sens anthropo-
nombre d’archéologues, y compris Lewis celles de Brian Hayden) ou interdiscipli- logique du terme, mais qu’elle en était
Binford, renoncèrent à élaborer des lois naires, comme le projet « Mandara » dirigé aussi l’un des producteurs ; en d’autres
transculturelles et transchronologiques de par Nicholas David au Cameroun et au termes, les objets matériels fabriquaient la
comportement pour plus modestement ten- Nigeria. culture.

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ETHNOLOGIE - Ethnoarchéologie

Dès lors, de jeunes archéologues britan- différent. Tant et si bien que les rapports annuels de la Society for American Archaeo-
niques – frustrés par réduction fonction- nécessaires de la préhistoire avec l’ethno- logy et apparaît régulièrement dans les
naliste de la culture à laquelle semblait logie furent longtemps l’objet d’une décon- rencontres de l’European Association of
conduire la New Archaeology et surtout venue plutôt que d’un déploiement. Seul Archaeologists. Cependant, l’ethnologie et
désireux de se différencier de leurs aînés – José Garanger avait réussi à associer l’anthropologie sociale nous ont montré que
déplacèrent leur regard vers les sociétés ethnologie et archéologie sur le terrain, en les expressions culturelles et l’affichage
contemporaines (dont la leur), tout en testant la validité des traditions orales identitaire, qu’un groupe exprimait cons-
s’efforçant de réhabiliter les dimensions qui codifiaient, par référence au passé, ciemment ou inconsciemment à travers sa
symboliques des cultures et leur diversité. l’organisation des structures sociales d’un culture matérielle étaient liés à de nombreux
On se préoccupa alors du rôle de l’individu archipel mélanésien, devenu aujourd’hui le critères que la seule observation ethnogra-
et de l’agency (concept dérivé de la théorie Vanuatu. phique ne pouvait délimiter : il semble bien
de la pratique de Pierre Bourdieu par le Cependant, l’ethnologie des techniques se qu’aucun modèle sociologique ne sera jamais
sociologue anglais Anthony Giddens) plutôt développait. Infléchie par les travaux produit par l’ethnoarchéologie.
que de la cohérence et des régularités pionniers d’André Leroi-Gourhan, André- De fait, les bons ethnoarchéologues sont
sociales auxquelles les archéologues améri- Georges Haudricourt, Hélène Balfet, Char- devenus des ethnologues à part entière. Cette
cains s’étaient jusque-là intéressés. Une les Parain et Bertrand Gille, elle fut reconversion est particulièrement bien illus-
partie de l’archéologie britannique s’engagea renouvelée par les questionnements des trée par l’ouvrage d’Anne-Marie et Pierre
dans différents montages théoriques, variant ethnologues Robert Cresswell, François Pétrequin : Objets de pouvoir en Nouvelle-
au gré de la traduction, en anglais, de Sigaut, Pierre Lemonnier et du groupe qui Guinée : approche ethnoarchéologique d’un
plusieurs ouvrages français impliquant aussi animait la revue Techniques et culture. système de signes sociaux (2006). Ces deux
bien le postmodernisme de François Lyo- Finalement, au milieu des années 1980, au chercheurs montrent que les objets quoti-
tard que l’habitus et la théorie de la pratique moment où la préhistoire française se diens sont manipulés et détournés de leurs
de Pierre Bourdieu, l’histoire de longue professionnalisait enfin et où les archéolo- fonctions premières pour s’inscrire dans un
durée de Fernand Braudel, le déconstruc- gues britanniques (autour de Tim Ingold, en système de signes sociaux, d’échanges, de
tionnisme de Jacques Derrida, les structures particulier) découvraient l’approche tech- dons et de compensations : la hache de
des micropouvoirs du XVIIIe siècle et nologique française, la synergie technologie- pierre, par exemple, devient un marqueur
l’histoire de la sexualité, telles que les étudia ethnologie-archéologie se mit en place. public des inégalités sociales, un substitut de
Michel Foucault, etc. L’épistémologie éla- L’étude des techniques (ou technologie) et la vie humaine, un élément dédié à des
borée par ce dernier à propos des des chaînes opératoires – considérées puissances surnaturelles. Trois rencontres
institutions modernes a donné lieu à de comme spécificité des êtres humains et internationales marquent la fin du XXe siècle
surprenantes confusions sociologiques. En placées au fondement de l’histoire – allait et le début du XXIe siècle : la première, au
confondant, par exemple, des institutions constituer une originalité française, notam- Caire (Moving Matters : Ethnoarchaeological
préhistoriques (comme les monuments funé- ment au sein d’un laboratoire du Centre in the Near East au Caire, publiée en 2000),
raires européens du IVe millénaire, cons- national de la recherche scientifique, créé la deuxième, à Bournemouth en Angleterre
truits collectivement mais utilisés et fré- par Jacques Tixier, et parmi les préhisto- (Ethno-archaeology and its Transfers, publiée
quentés par une élite porte-parole de la riens se réclamant de Leroi-Gourhan. Ainsi, en 2001), et la troisième, à New Delhi (Past
société) avec les institutions de la modernité en France et dans les zones francophones and Present : Ethnoarchaeology in India,
(prisons ou hôpitaux psychiatriques cons- de la Belgique (avec Olivier Gosselain) et publiée en 2006). Un quatrième ouvrage
truits par un État tout-puissant afin de la Suisse (autour d’Alain Galay), collectif, Archaeology of Contemporary Past
d’aliéner une partie de la société), certains l’ethnologie des techniques sera le référent (2001), tente de réorienter les questionne-
en sont arrivés à concevoir les constructions « naturel » des recherches ethnoarchéolo- ments en proposant de séparer l’ethnoar-
monumentales du Néolithique comme des giques, tout en combinant trois approches : chéologie (comme outil d’interprétation du
outils d’aliénation, alors qu’elles étaient, la première, des enquêtes sur les origines des passé) de l’archéologie de la culture maté-
selon toute vraisemblance, ceux d’une très « choix » techniques, le transfert des rielle de la société vivante à laquelle
forte intégration sociale. Par ailleurs, et connaissances et les modes de distribution appartiennent les archéologues. Ces rencon-
même lorsqu’elles s’appuyaient sur des et d’utilisation ; la deuxième, des analyses tres et publications montrent que l’ethnoar-
observations attentives et détaillées, les archéométriques et des expérimentations chéologie, loin de se réduire à une récolte de
règles contextuelles élaborées furent trop visant à reconstituer les chaînes opératoires ; données, a évolué vers une ouverture sur la
fréquemment appliquées à n’importe quel et la troisième, une application de la totalité et la diversité anthropologique du
contexte archéologique : par exemple, sans méthode ainsi élaborée aux données du t XXIe siècle.
qu’une différence soit faite entre commu- passé. En premier lieu, la fréquentation de
nautés égalitaires de petite taille et sociétés l’ethnologie – à travers l’ethnoarchéologie –
hiérarchisées. La coupure scientifique qui offre aux archéologues un moyen efficace de
existait entre archéologie et anthropologie 4 Affirmation de l’ethnoarchéologie prendre conscience d’un fait essentiel : les
sociale était trop profonde. La vraisem- objets matériels et les techniques sont loin
blance anthropologique ne fut pas toujours au XXIe siècle
d’être uniquement des ressources matériel-
au rendez-vous, sauf chez ceux qui finirent les ; souvent, ils sont même loin d’être la
par se convertir pleinement à l’anthropo- L’ethnoarchéologie a produit et continue de
produire une moisson considérable de don- solution matérielle ou économique la plus
logie culturelle et sociale, comme Henrietta efficace qu’une société est (ou était) en
L. Moore ou Daniel Miller. nées et d’hypothèses nouvelles pour les
archéologues, comme en témoigne l’énorme mesure de produire. Ils ont généralement
bibliographie réunie et régulièrement réac- une fonction pratique, mais ils sont aussi et
. Combinaison avec l’approche tualisée par le Canadien Nicholas David, de surtout des faits sociaux et culturels qui
technologique française l’université de Calgary. Les questions théo- fabriquent – par leur utilisation et leur
riques et de méthode n’ont cessé d’augmen- manipulation – du social et de la culture.
Tout autant confrontés que leurs collègues ter : elles constituent 10 p. 100 environ des En deuxième lieu, l’ethnoarchéologie est
nord-américains et britanniques à la frag- articles et ouvrages publiés entre le début des devenue le support de questionnements
mentation des données archéologiques et années 1980 et le milieu des années 2000. éthiques et politiques, qui concernent aussi
demandeurs de réalités comportementales, Durant cette période, plus de sept cent bien la fabrication identitaire à travers la
d’explications et d’hypothèses, les archéo- cinquante articles et livres ont été publiés sur culture matérielle, la structuration de
logues français entrèrent, quant à eux, en l’ethnoarchéologie, auxquels ont participé l’espace ou les techniques (celle de la
ethnoarchéologie dans la lignée technolo- (outre les archéologues du monde occiden- nouvelle Afrique du Sud, par exemple) que
gique du sociologue Marcel Mauss et de tal) des chercheurs africains, australiens, les menaces ethnocides qui pèsent sur
l’ethnologue et préhistorien André Leroi- chinois, indiens, japonais, sud-américains et nombre de tribus traditionnelles (comme,
Gourhan. Celui-ci avait jeté, au cours des turques. entre autres, les Jivaro de l’Amérique
années 1940, les bases d’une ethnologie Les sujets se sont, par ailleurs, diversifiés, amazonienne).
préhistorique indissociable d’une ethnogra- même si la poterie, l’architecture et l’orga- En troisième lieu, l’ethnoarchéologie, par
phie et d’une technologie comparées, nisation de l’espace occupent toujours une un juste retour des choses, se montre capable
nourries d’orientalisme et d’anthropologie place prépondérante. La consommation est de réorienter certaines interprétations
tout autant sociale que physique. Son devenue un chantier d’investigation et anthropologiques : comme, par exemple, le
approche synthétique renouvelait fondamen- l’archéo-anthropologie légale ou forensique fait que l’intégration mentale de l’habitat
talement les problématiques d’une préhis- une véritable spécialisation. La question du d’une tribu de Nouvelle-Guinée dans le
toire française faite jusqu’alors de chrono- « genre » séparant les concepts culturels de paysage puisse être non pas déterminée par
logies, de typologies et de stratigraphies. masculin et féminin, qui avait fait une entrée les points cardinaux, mais par l’altimétrie du
Cependant et jusque dans les années 1970, remarquée au milieu des années 1980 avec sol ; ou, encore, que l’appartenance à un
la préhistoire française demeura exempte de l’ouvrage de l’archéologue et anthropologue groupe puisse se définir, non pas à partir de
toute préoccupation sociologique : on avait britannique Henrietta L. Moore, Space, Text critères linguistiques, mais par le partage
retenu la critique du comparatisme ethno- and Gender : an Anthropological Study of a d’une même culture matérielle. L’ethnoar-
graphique quand il s’agissait, pour Leroi- Marakwet of Kenya, est aujourd’hui systé- chéologie permet également de projeter
Gourhan, de fonder un comparatisme matiquement présente dans les congrès l’ethnologie au-delà de ses objectifs habi-

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JOB : mp2 DIV : vol09 p. 292 folio : 296 --- 25/4/08 --- 8H11

ETHNOLOGIE - Ethno-esthétique

D’abord, la préfixation de « ethno- »

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renvoie indifféremment à l’ethnologie
ou à l’ethnographie. « Esthétique », de
plus, est pris couramment en deux sens ;
au sens étroit (étymologique), ce mot
désigne l’étude de la relation esthétique
(sensible) entre l’art et l’usager, distin-
guée de la théorie de la production
artistique ; au sens large, l’ensemble
unifié des deux théories précédentes.
Une équivoque encore plus grave
engage la relation de l’ethnologie avec
la philosophie. L’esthétique est une
discipline philosophique. L’ethnologie
se veut positive et, comme toute disci-
pline positive, récuse la philosophie
pour son caractère spéculatif, pour son
indifférence à l’enquête de terrain,
donatrice des faits. Notre définition
implique donc une position épistémo-
logique. Elle place l’esthétique du côté
de l’objet et opte pour l’ethnologie, afin
d’assurer à l’ethno-esthétique sa positi-
vité. Il ne s’agit plus d’esthétique
philosophique, mais de faits esthétiques,
observables dans tels groupes sociaux :
esthétique yoruba (R. F. Thompson),
esthétique fang (J. W. Fernández)...
« Ethno-esthétique » n’est plus alors
préféré à « ethnologie de l’art » qu’afin
d’insister sur la reconnaissance, imposée
L’observation de la chaîne opératoire de la construction de cette maison baruya à Wiobo, Papouasie-Nouvelle-Guinée (1982), par l’enquête empirique, de l’existence
a permis de proposer des hypothèses sur la chaîne opératoire et les techniques de construction des maisons néolithiques d’Europe
centrale et occidentale. Comme pour la plupart des constructions néolithiques, les maisons baruya ne laisseront, après leur
et de la spécificité du fait esthétique
disparition, que des différences de coloration dans le sol correspondant aux trous de poteau. L’observation ethnoarchéologique dans les sociétés étudiées (M. Leiris &
de cette construction a également permis de réorienter l’interprétation ethnologique de la maison baruya : à savoir que l’intégration J. Delange, Afrique noire. La création
mentale de la maison dans le paysage n’était pas définie par les points cardinaux, mais par l’altimétrie du sol. Cette approche
comparative a permis de montrer que le degré de variation des composants d’une tradition architecturale traduisait la durabilité
plastique). L’ethno-esthétique entend
culturelle du groupe qui la produisait (A. Coudart). ainsi se distinguer non seulement de
l’esthétique philosophique, mais aussi
des études ethnologiques antérieures qui
méconnaissaient ou refusaient l’exis-
tuels. C’est une approche ethnoarchéologi- Tndavid/Homepage / A.-M. PÉTREQUIN & tence du fait esthétique dans les sociétés
que comparative qui a, par exemple, montré P. PÉTREQUIN, Objets de pouvoir en Nouvelle- dites primitives.
que le degré de variation des composants Guinée : Approche ethnoarchéologique d’un
d’une habitation traditionnelle permettait système de signes sociaux, Réunion des
d’évaluer la durée culturelle potentielle d’un musées nationaux, Paris, 2006.
groupe de population.
Devenue un véritable outil pluridiscipli- Corrélats . Le fonctionnalisme et les arts
naire de recherche, l’ethnoarchéologie primitifs
– enseignée dans nombre d’universités euro- ANTHROPOLOGIE e ARCHÉOLOGIE.
péennes et américaines – semble aujourd’hui Un fait était ici en litige. Le rejet de ce fait,
pouvoir être utile aussi bien aux historiens, par des travaux sérieux, doit être imputé, le
aux anthropologues et aux sociologues plus souvent, aux défaillances de l’ethnologie
qu’aux préhistoriens et aux archéologues. fonctionnaliste. Celle-ci, pendant quelques
ANICK COUDART décennies, dominait l’ethnologie. Il faut
comprendre pourquoi ses hypothèses se sont
Bibliographie révélées moins adaptées aux arts qu’aux
F. AUDOUZE dir., Ethnoarchéologie : justi- formes culturelles et incapables de rendre
fication, problèmes, limites. Éditions de ETHNOLOGIE compte des faits artistiques en leur spécifi-
l’Association pour la promotion et la cité.
diffusion des connaissances archéologiques, Il est commode, à cet égard, de distinguer
Juan-les-Pins, 1992 / S. BEYRIES & P. PÉTRE- deux aspects du fonctionnalisme : un rôle
QUIN dir., Ethno-archaeology and its Trans- heuristique, d’orientation de l’enquête ren-
fers. Annual meeting of the European F. Ethno-esthétique due plus ou moins féconde, et un rôle
Association of Archaeologists, Bourne- explicatif, en tant qu’il fournit les cadres
mouth, 1999, Archaeopress, Oxford, 2001 / théoriques permettant d’ordonner et de
L. R. BINFORD, Constructing Frames of rendre intelligibles les faits recueillis. Quant
Reference : An Analytical Method for Le terme « ethno-esthétique », à sa valeur heuristique, le fonctionnalisme a
Archaeological Theory Building Using fait ses preuves. Mais les arts primitifs n’en
emprunté à J. Delange, désigne un ont guère bénéficié ; jusqu’aux années 1960,
Hunter-Gatherer and Environmental Data ensemble d’études consacrées aux arts
Sets, University of California Press, ils ne furent qu’exceptionnellement l’objet
Berkeley-Los Angles-Londres, 2001 / dits primitifs, ethniques, traditionnels d’une enquête intensive de terrain. En tant
V. BUCHLI & G. LUCAS, dir., Archaeologies ou tribaux. Il semble composé afin que théorie explicative, le fonctionnalisme
of the Contemporary Past, Routledge, d’exprimer la double idée d’une inter- tend à opérer la réduction du fait artistique.
Londres-New York, 2001 / A. COUDART, discipline à dominante esthétique et
J.-L. JAMARD., A. MONTIGNY & F.-R. PICON, préféré à « ethnologie de l’art », qui . Réduction du fait artistique
« La Maison au fondement de l’histoire désigne une spécialisation de l’ethnolo-
et des cultures », in Dans le sillage des gie. Par provision, l’ethno-esthétique Dans les sociétés primitives, l’art n’existait
techniques. Hommage à Robert Cresswell, peut être définie comme une discipline pas, mais seulement la religion qui intégre-
L’Harmattan, Paris, 1999 / N. DAVID & ayant pour objet l’esthétique des arts rait ce que, par une abstraction arbitraire,
C. KRAMER, Ethnoarchaeology in Action, nous appelons art. Le fonctionnalisme pose
Cambridge University Press, Cambridge, produits dans les groupes sociaux en hypothèse la détermination de la forme
2001 / N. DAVID et al., The Biblio- qu’étudie l’ethnologie. Cette définition par la fonction. Entre la forme et les
graphy of Ethnoarchaeology and Related Stu- n’est que provisoire, car elle enveloppe conditions dont elle dépend, la fonction
dies, 2004 : http://homepages.ucalgary.ca/ plusieurs équivoques. entend établir une relation de conditions à

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