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Problèmes aux limites linéaires elliptiques

Frédéric LEGOLL

Ecole des Ponts - ParisTech

1 février 2019

http://cermics.enpc.fr/∼legoll/edpef.html
1 - Exemples de problèmes aux limites elliptiques
1 - Exemples de problèmes aux limites elliptiques 3
.
De nombreux phénomènes de la physique s’écrivent sous la forme d’équations
aux dérivées partielles:
• Electrostatique: équations de Maxwell
div E = ρ, E = −∇V
d’où −∆V = ρ.
• Mécanique des fluides: équation de Navier-Stokes
∂tu + (u · ∇)u = −∇p + ν∆u + f, div u = 0
ce qui donne, après simplification,
−ν∆u + ∇p = f, div u = 0.
• Equilibre d’une membrane élastique: équation de l’élasticité linéaire
x
u(x) e z

f(x) e z

Déplacement vertical u(x) ez sous sollicitation verticale f (x) ez :


−γ∆u = f (où γ est le coefficient de tension)
1 - Exemples de problèmes aux limites elliptiques 4
.
Pour étudier ces problèmes, on procède en trois étapes:

• Etape 1: sans se soucier de rigueur mathématique, on commence par


chercher une formulation faible (dite aussi formulation variationnelle)
du problème, c’est à dire à écrire le problème sous la forme
(
Chercher u ∈ V tel que
(I) (Principe des travaux virtuels)
∀v ∈ V, a(u, v) = b(v)

– V est un espace de fonctions (en l’occurence un espace de Sobolev),
– a(·, ·) est une forme bilinéaire sur V × V ,
– b une forme linéaire sur V .

• Etape 2: On établit rigoureusement l’équivalence entre le problème (I)


et un problème aux limites (EDP + Conditions aux Limites).
• Etape 3: En utilisant le théorème de Lax-Milgram (hypothèses sur V , a
et b), on montre que le problème (I) est bien posé.
2 - Rappels: le théorème de Lax-Milgram
2 - Théorème de Lax-Milgram 6
.
Soit V un espace de Hilbert.

Une forme linéaire b sur V est continue s’il existe C > 0 tel que
∀v ∈ V, |b(v)| ≤ CkvkV .

Une forme bilinéaire a sur V × V est dite


• continue s’il existe M > 0 tel que
∀(u, v) ∈ V × V, |a(u, v)| ≤ M kukV kvkV .

• coercive s’il existe une constante α > 0 telle que


∀u ∈ V, a(u, u) ≥ α kuk2V .

• symétrique si
∀(u, v) ∈ V × V, a(u, v) = a(v, u).
2 - Théorème de Lax-Milgram 7
.
Théorème de Lax-Milgram. Soit V un espace de Hilbert, a une forme bil-
inéaire sur V × V , continue et coercive et b une forme linéaire continue sur
V . Alors le problème
(
Chercher u ∈ V tel que
∀v ∈ V, a(u, v) = b(v)
admet une solution et une seule.

Dans le cas où la forme bilinéaire a est symétrique, l’unique solution u de


ce problème est également l’unique solution du problème de minimisation
suivant:
Chercher u ∈ V tel que J(u) = inf {J(v), v ∈ V } ,
où la fonctionnelle J(v) (dite fonctionnelle d’énergie) est définie par
1
J(v) = a(v, v) − b(v).
2
2 - Théorème de Lax-Milgram 8
.
Soit V un espace de Hilbert, a une forme bilinéaire et continue sur V × V ,
et b une forme linéaire continue sur V . On considère le problème
(
Chercher u ∈ V tel que
(I)
∀v ∈ V, a(u, v) = b(v).
• Si a est coercive, ce problème est bien posé (théorème de Lax-Milgram).
• Mais l’hypothèse de coercivité n’est pas forcément nécessaire!

En dimension finie, soit V = Rn, A une matrice n × n et B ∈ Rn. On pose


∀u, v ∈ V, a(u, v) = v T Au, b(v) = v T B.
Pour simplifier, A symétrique, {λi}1≤i≤n ses valeurs propres.

Le problème (I) s’écrit: Chercher u ∈ Rn tel que


∀v ∈ Rn, v T Au = v T B
ce qui revient à Au = B.

Coercivité de a: ∀u, uT Au ≥ αuT u, équivalent à λi ≥ α > 0 pour tout i.


CNS d’inversibilité de A: λi 6= 0 pour tout i.
3 - Formulation faible des problèmes elliptiques
3 - Formulation faible 10
.
Intégration par parties en dimension d
x2

e2
Ω x e1
n(x)

x1

Formule d’IPP:
Z Z Z
∂u ∂v
v= u v (n · ei) − u
Ω ∂xi ∂Ω Ω ∂xi

Formule de Green: pour tout u ∈ H 2(Ω) et v ∈ H 1(Ω),


Z Z Z
∂u ∂u
− (∆u) v = − v + ∇u · ∇v avec = ∇u · n
Ω ∂Ω ∂n Ω ∂n
3 - Formulation faible 11
.
Un premier exemple

Pour λ > 0, on considère le problème


(
−∆u + λu = f dans Ω ouvert borné de Rd,
u = 0 sur ∂Ω.
Etape 1. On commence par rechercher une formulation faible possible sans
se soucier de rigueur mathématique:
• On multiplie l’EDP par une fonction v et on intègre sur Ω:
Z Z Z
− (∆u) v + λ u v = fv
Ω Ω Ω

• On intègre par parties pour abaisser au maximum l’ordre de l’espace


de Sobolev sous-jacent et incorporer les conditions aux limites:
Z Z Z Z Z Z
∂u
f v = − (∆u) v + λ u v = − v + ∇u · ∇v + λ u v
Ω Ω Ω ∂Ω ∂n Ω Ω
3 - Formulation faible 12
.
Z Z Z Z
∂u
fv=− v + ∇u · ∇v + λ u v
Ω ∂Ω ∂n Ω Ω
• Donc, pour v nulle au bord, on a
Z Z Z
∇u · ∇v + λ u v = f v.
Ω Ω Ω

• Ceci conduit à proposer comme formulation faible


(
Chercher u ∈ V tel que
(FV)
∀v ∈ V, a(u, v) = b(v)
Z Z Z
avec V = H01(Ω), a(u, v) = ∇u · ∇v + λ u v, b(v) = f v.
Ω Ω Ω
Pour que tous les termes soient bien définis, on suppose que f ∈ L2(Ω)
et u ∈ H 1(Ω).
• On peut maintenant préciser les espaces fonctionnels dans le problème
aux limites:
(
0
1
−∆u + λu = f dans D (Ω),
(EDP) Chercher u ∈ H (Ω) tel que
u = 0 sur ∂Ω.
3 - Formulation faible 13
.
Etape 2. On montre ensuite rigoureusement que le problème aux limites
(EDP) est bien équivalent à sa formulation faible (FV).

• Montrons que toute solution de (FV) est solution de (EDP).


Soit u une solution de (FV). On a bien u ∈ H 1(Ω) et u = 0 sur ∂Ω.
De plus, pour tout φ ∈ D(Ω), on a
d 2 d Z
X ∂ u X ∂u ∂φ
−h∆u, φi = − h 2 , φi = h , i= ∇u · ∇φ
i=1
∂xi i=1
∂xi ∂xi Ω

donc
Z Z Z
h−∆u+λu, φi = ∇u·∇φ+λ u φ = a(u, φ) = b(φ) = f φ = hf, φi.
Ω Ω Ω
On a bien
−∆u + λu = f dans D0(Ω).

Donc u est bien solution de (EDP).


3 - Formulation faible 14
.

• Réciproquement, soit u solution de (EDP). On a bien u ∈ V = H01(Ω).


De plus, pour tout φ ∈ D(Ω), on a, par le même calcul, que
Z Z Z
a(u, φ) = ∇u·∇φ+λ u φ = h−∆u + λu, φi = hf, φi = f φ = b(φ).
Ω Ω Ω
On vient donc de démontrer que
∀φ ∈ D(Ω), a(u, φ) = b(φ). (1)
Il reste à généraliser cette égalité pour tout φ ∈ V . On note que
– l’espace D(Ω) est dense dans V = H01(Ω).
– la forme bilinéaire a est continue sur V × V , et la forme linéaire b est
continue sur V (cf. slide suivant).
On déduit donc de (1) que
∀φ ∈ V, a(u, φ) = b(φ).
Ainsi, u est bien solution de (FV).

BILAN: les problèmes (FV) et (EDP) sont équivalents.


3 - Formulation faible 15
.

• Continuité de b: pour tout v ∈ H 1(Ω), on a


Z

|b(v)| = f v ≤ kf kL2(Ω) kvkL2(Ω) ≤ CkvkH 1(Ω)


avec C = kf kL2(Ω).

• Continuité de a: pour tout u et v ∈ H 1(Ω), on a


Z Z

|a(u, v)| = ∇u · ∇v + λ u v

ZΩ ZΩ
≤ |∇u · ∇v| + λ |u v|
Ω Ω
≤ k∇ukL2(Ω) k∇vkL2(Ω) + λkukL2(Ω) kvkL2(Ω)
≤ M kukH 1(Ω) kvkH 1(Ω)
avec M = 1 + λ.
3 - Formulation faible 16
.
Etape 3. On montre que la formulation faible (FV) est bien posée (existence
et unicité de la solution) grace au théorème de Lax-Milgram.
(
Chercher u ∈ V tel que
(FV)
∀v ∈ V, a(u, v) = b(v)
avec
Z Z Z
V = H01(Ω), a(u, v) = ∇u · ∇v + λ u v, b(v) = f v.
Ω Ω Ω
• V est bien un espace de Hilbert.
• b est une forme linéaire continue sur V .
• a est une forme bilinéaire continue sur V × V .
Il reste à démontrer que a est coercive sur V . On note que, pour tout u ∈ V ,
 
a(u, u) = k∇ukL2(Ω) + λkukL2(Ω) ≥ α k∇ukL2(Ω) + kukL2(Ω) = αkuk2H 1(Ω)
2 2 2 2

avec α = min(1, λ) > 0.


Toutes les hypothèses sont vérifiées: le problème (FV) est bien posé.
3 - Formulation faible 17
.
Remarque. Pourquoi V = H01(Ω) est le bon espace?
• Formellement, pour u et v régulières s’annulant au bord de Ω,
Z Z Z Z
a(u, v) = − (∆u) v + λ u v = ∇u · ∇v + λ u v
Ω Ω Ω Ω
et on ne sait pas donner un sens au premier terme dans un espace plus
grand que H 1(Ω) (par exemple, L2(Ω)).

• La condition aux limites u = 0 sur ∂Ω n’a pas de sens dans L2(Ω) (les
fonctions de L2(Ω) n’ont pas de trace).

• On pourrait travailler dans un espace plus petit que H01(Ω), par exemple
V = H 2(Ω) ∩ H01(Ω). Alors a et b sont bien définis et continues. Mais la
forme bilinéaire a n’est alors pas coercive, i.e. il n’existe pas α tel que
∀u ∈ V, a(u, u) ≥ αkuk2H 2(Ω).
Contre-exemple: la fonction un(x) = sin(nx) sur Ω = (0, 2π) est bien
dans V , et
n2 n4
Z Z
2 2 2 2
a(un, un) = n cos (nx)+λ sin (nx) ∼ tandis que kunkH 2(Ω) ∼ .
Ω Ω 2 2