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Dossier. Peut-on encore débattre?

F : 4 , 5 0 E Dossier. Peut-on encore débattre? L’IRAK APRÈS DAECH N o

L’IRAK APRÈS DAECH

E Dossier. Peut-on encore débattre? L’IRAK APRÈS DAECH N o 1479 du 7 au 13 mars
E Dossier. Peut-on encore débattre? L’IRAK APRÈS DAECH N o 1479 du 7 au 13 mars

N o 1479 du 7 au 13 mars 2019 courrierinternational.com France : 4,50 €

ALGÉRIE PLACE AUX JEUNES !

Les manifestations massives contre le système Bouteflika révèlent un besoin profond de renouveau démocratique,
Les manifestations massives contre le système
Bouteflika révèlent un besoin profond de renouveau
démocratique, analyse la presse algérienne

J. C. FRANCIS

4.

ÉDITORIAL ERIC CHOL
ÉDITORIAL
ERIC CHOL

Une colère hors cadre

U ne conférence nationale inclusive et indépendante” après la prochaine élection présidentielle :

c’est donc la dernière idée du pouvoir algérien pour gagner du temps, calmer la colère du peuple et continuer à régner sur les 41 millions d’Algériens. Un pouvoir qui s’était habitué à profiter de la rente pétrolière, à vivre sans président (dans les cérémonies officielles, Abdelaziz Bouteflika, malade et âgé de 82 ans, est représenté par son portrait encadré) et à vanter le statu quo, gage de tranquillité. Bien sûr, le clan Bouteflika et ses alliés, à la tête du pays depuis vingt ans, ont pris soin d’acheter

la paix sociale. Effort important de scolarisation, ouverture en grand des robinets de subventions, amélioration des indicateurs de santé… Incontestablement, les barils de brut ont mis du beurre dans les épinards algériens, sans pour autant parvenir à éteindre les frustrations de la jeunesse. Au contraire, l’absence de diversification de l’économie continue de miner le pays et le rend très dépendant des yoyos du cours du brut. Les jeunes Algériennes, elles, sont les premières victimes d’une organisation archaïque de la société :

un tiers d’entre elles sont déscolarisées, sans emploi et sans formation, nous apprend un récent rapport de l’Organisation internationale du travail. La baisse du prix du baril observée ces dernières années a aussi entamé les moyens de l’État : les réserves de change ont fondu (de 193 à 85 milliards de dollars entre 2013 et 2018) et la courbe du chômage remonte. Inquiets, les économistes ont lancé des avertissements en 2018, prévenant même d’un risque de scénario de rupture* ; le pouvoir n’a pas bronché. Son plan de rechange ? Un plan B comme Bouteflika. C’est-à-dire la continuité, au moment où le navire algérien prend l’eau de toutes parts. Mais cette fois-ci, le peuple a décidé de dire stop.

* Lire la tribune du professeur d’économie El Mouhoub Mouhoud sur le site The

Conversation : theconversation.com/algerie-

economie-politique-dune-rupture-

annoncee-112633.

En couverture :

Algérie : dessin de Dilem paru dans Liberté, Alger. Dossier : dessin de Francesco Ciccolella paru dans Der Spiegel, Hambourg. Irak : photo Hussein Faleh/AFP.

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019

international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019 Sommaire Les sources Chaque semaine,
international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019 Sommaire Les sources Chaque semaine,

Sommaire

Les sources Chaque semaine, les journalistes de Courrier international sélectionnent et traduisent des articles tirés de plus de 1 500 médias du monde entier. Voici la liste exhaustive des journaux, sites et blogs utilisés cette semaine :

Algérie-Focus (algerie-focus.com) Alger, Paris, en ligne. Asahi Shimbun Tokyo, quotidien. Asharq Al-Awsat Londres, quotidien. The Daily Telegraph Londres, quotidien. Daraj (daraj.com) Beyrouth, en ligne. Financial Times Londres, quotidien. Frankfurter Allgemeine Zeitung Francfort, quotidien. Los Angeles Times Los Angeles, quotidien. Middle East Eye (middleeasteye.net) Londres, en ligne. New Statesman Londres, hebdomadaire. The New York Times New York, quotidien. Nihon Keizai Shimbun Tokyo, quotidien. The Observer Londres, hebdoma- daire. Die Presse Vienne, quotidien. Pressian (pressian.com) Séoul, en ligne. Quartz (qz.com) New York, en ligne. Sawt Al-Iraq (sotaliraq.com) Amsterdam, en ligne. South China Morning Post Hong Kong, quotidien. The Times Londres, quotidien. Týdeník Echo Prague, hebdomadaire. Tout sur l’Algérie (tsa-algerie.com) Alger, en ligne. El-Watan Alger, quotidien. El-Watan Week-End Alger, hebdomadaire.

p.12 Algérie à la une Le réveil d’un peuple Les Algériens sont descendus dans la
p.12
Algérie
à la une
Le réveil d’un peuple
Les Algériens sont descendus dans la rue pour exprimer
leur rejet du système Bouteflika et réclamer un renouveau
démocratique. Depuis le 22 février, les manifestations ont
dévoilé l’image de citoyens déterminés et d’une grande
maturité politique. Le décryptage de la presse algérienne.
p.26
dossier
PEUT-ON ENCORE
DÉBATTRE ?
Alors que s’achèvera en France, le 15 mars, le grand
débat voulu par Emmanuel Macron, les médias
du monde entier s’interrogent sur la possibilité même
de dialoguer à l’heure des réseaux sociaux. Les points
de vue de New Statesman, Quartz et The Observer.
L’IRAK APRÈS DAECH
Un pays exsangue (Middle East Eye)
p.36
Tous corrompus, tous hypocrites
(Sawt Al-Iraq) p.40
Entre chiites et sunnites,
plus dure sera la vengeance
(revue de presse) p.41
À Bagdad, un fragile retour à
la normale (Los Angeles Times) p.42
Des manuels pour les Irakiens
de demain (Daraj) p.45
DILEM, ALGÉRIE
360°
SEAN SMITH/THE GUARDIAN/EYEVINE
PATRICK SANDRI, SUISSE/IKON IMAGES
Quels sont les plus beaux chants du monde ? #SayYesToTheWorld * * Dites oui au
Quels sont les plus beaux chants du monde ? #SayYesToTheWorld * * Dites oui au

Quels sont les plus beaux chants du monde ?

#SayYesToTheWorld *

* Dites oui au monde

Quels sont les plus beaux chants du monde ? #SayYesToTheWorld * * Dites oui au monde

6.

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019

SOMMAIRE SUR NOTRE SITE courrierinternational.com 7 jours dans le monde 8. Europe. Macron à nouveau
SOMMAIRE
SUR NOTRE SITE
courrierinternational.com
7 jours dans le monde
8. Europe. Macron à nouveau
à l’offensive
L’horoscope de Rob Brezsny
Le signe de la semaine
10.
Controverse. Faut-il
réformer l’éducation sexuelle ?
Poissons (19 février-20 mars) : Le portrait de La
Joconde serait, selon certains, celui de l’aristocrate
italienne Lisa del Giacondo. Pour mettre son modèle
à
l’aise durant les longues heures de pose, il se dit
D’un continent à l’autre
12. À la une. Algérie.
Un peuple à la reconquête
de son pays
que le peintre fit venir des musiciens et des conteurs
à
la voix charmeuse, lui construisit une fontaine
apaisante et lui mit un chat persan sur les genoux.
Si
j’en avais le pouvoir, Poissons, j’aimerais t’offrir
17.
Corée du Nord.
un cadre aussi serein pour les prochaines semaines,
afin de te voir rassuré, détendu et concentré. Tu as
Washington souffle le froid
18.
Japon. Quand Fukushima
recrute des étrangers
en effet besoin de quiétude, de bien-être et de
douceur, et tu mériterais de t’abstraire un instant
de l’effervescence du quotidien.
20.
Royaume-Uni. May va
enterrer le Brexit
Également sur notre site
Dans l’actu. Le président Abdelaziz Bouteflika
21.
Allemagne. Berlin,
a
déposé sa candidature à la présidentielle
capitale du socialisme ?
22.
République tchèque.
Les Pirates ont le vent
en poupe
24.
Monde musulman.
L’islamophobie, un régal
pour les intégristes
malgré les manifestations massives. Quelle
sera la réaction de la rue ? Suivez les analyses
de la presse algérienne et internationale.
France. Avec le grand débat, le président Macron
applique “une thérapie qui marche”, estime
le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung.
États-Unis. Le prestigieux grand magasin
25.
Débats. Et si la vague
Barneys ouvre un rayon consacré au cannabis :
religieuse prenait fin
The Atlantic y voit un signe de sa respectabilité
croissante de l’autre côté de l’Atlantique.
26. Dossier. Peut-on
encore débattre ?
Retrouvez-nous aussi sur Facebook,
Twitter, Instagram et Pinterest
Transversales
32.
Économie. À Chongqing,
le travail se fait rare
34.
Sciences. Le mal
Nouvelle application Android
du chromosome Y
35.
Signaux. Famille
moderne
Retrouvez désormais tous les articles
du site sur votre application
360°
36.
Dossier. L’Irak après Daech
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46.
Histoire. Quand Venise
tombait le masque
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de ces sociétés, merci de cocher la case ci-contre m Édité par Courrier international SA, société

Édité par Courrier international SA, société anonyme avec directoire et conseil de surveillance au capital de 106 400 € Actionnaire : La Société éditrice du Monde Président du directoire, directeur de la publication : Arnaud Aubron Directeur de la rédaction, membre du directoire : Eric Chol Conseil de surveillance : Louis Dreyfus, président Dépôt légal mars 2019. Commission paritaire n o 0722c82101. ISSN n o 1154-516X Imprimé en France/Printed in France

Rédaction 6-8, rue Jean-Antoine-de-Baïf, 75212 Paris Cedex 13 Accueil 33 (0) 1 46

46 16 00 Fax général 33 (0) 1 46 46 16 01 Fax rédaction 33 (0) 1 46 46 16 02 Site

web www.courrierinternational.com Courriel lecteurs@courrierinternational. com Directeur de la rédaction Eric Chol Directrice adjointe de la rédaction Claire Carrard (16 58) Rédactrice en chef Hamdam Mostafavi (17 33) Rédacteur en chef Raymond Clarinard (16 77) Direction artistique Sophie-Anne Delhomme (16 31) Conception graphique Javier Errea Comunicación

édition Virginie Lepetit (chef d’édition, 1612), Fatima Rizki (1730) 7 jours dans le monde Paul Grisot (chef de rubrique, 1748) Europe Gerry Feehily (chef de service,

16 95), Danièle Renon (chef de service adjointe, Allemagne, Autriche, Suisse alé-

manique, 16 22), Laurence Habay (chef de service adjointe, Russie, est de l’Europe,

16 36), Jean-Hébert Armengaud (Espagne 16 57), Sasha Mitchell (Royaume-Uni,

Irlande, 19 74), Carole Lyon (Italie, Belgique 17 36), Antoine Mouteau (Pays-Bas),

Vincent Barros (Portugal), Corentin Pennarguear (chef de rubrique, France, 16 93), Alexandre Lévy (Bulgarie), Solveig Gram Jensen (Danemark, Norvège, Suède), Alexia Kefalas (Grèce, Chypre), Joël Le Pavous (Hongrie), Romain Su (Pologne), Guillaume Narguet (République tchèque, Slovaquie), Kika Curovic (Serbie, Monténégro,Croatie,Bosnie-Herzégovine),MarielleVitureau(Lituanie),AldaEngoian (Caucase, Asie centrale), Larissa Kotelevets (Ukraine) Amériques Bérangère Cagnat (chef de service, Amérique du Nord, 16 14), Sabine Grandadam (chef de service, Amérique latine, 16 97), Morgann Jezequel (Brésil), Martin Gauthier (Canada)

Asie Agnès Gaudu (chef de service, Chine, Singapour, Taïwan, 16 39), Christine Chaumeau (Asie du Sud-Est, 1624), Ysana Takino (Japon, 1638), Zhang Zhulin (Chine, 1747), Guillaume Delacroix (Asie du Sud), Élisabeth D. Inandiak (Indonésie), Jeong Eun- jin (Corées) Moyen-Orient Marc Saghié (chef de service, 1669), Ghazal Golshiri (Iran), Pascal Fenaux (Israël), Philippe Mischkowsky (pays du Golfe) Afrique Sébastien Hervieu (chef de rubrique, 1629), Hoda Saliby (chef de rubrique, Maghreb, 1635), Sidy Yansané (Afrique de l’Ouest et Afrique centrale), Adrien Barbier (Afrique australe et Afrique de l’Est) Transversales Pascale Boyen (chef des informations, Économie,

16 47), Catherine Guichard (Économie, 16 04), Carole Lembezat (chef de rubrique,

Courrier Sciences, 16 15), Virginie Lepetit (Signaux) Magazine 360° Marie Bélœil (chef des informations, 17 32), Claire Pomarès (16 74), Delphine Veaudor (16 76), Mélanie Liffschitz (Histoire, 16 96) Site Internet Carolin Lohrenz (chef des informations, 1977), Sylvie Chayette (chef d’édition), Adrien Oster (chef d’édition), Paul Grisot (Actualité), Gabriel Hassan (rédacteur multimédia, 16 32), Carole Lyon (rédactrice multimédia, 17 36), Hoda Saliby (rédactrice multimédia, 16 35), Laura Geisswiller (vidéo, 16 65), Paul-Boris Bouzin (développement web) Courrier Expat Ingrid Therwath (16 51), Jean-Luc Majouret (16 42) Traduction Raymond Clarinard (responsable, Courrier Histoire), Mélanie Liffschitz (chef de service adjointe, anglais, espagnol), Julie Marcot (chef de service adjointe, anglais, espagnol, portugais), Catherine Baron (anglais, espagnol), Isabelle Boudon (anglais, allemand, portugais), Françoise Escande-Boggino (japonais, anglais), Caroline Lee (anglais, allemand, coréen), Françoise Lemoine-Minaudier (chinois, anglais), Olivier Ragasol (anglais, espagnol), Leslie Talaga (anglais, espagnol) Révision Jean-Baptiste Luciani (chef de service, 17 35), Isabelle Bryskier, Philippe Czerepak, Aurore Delvigne, Françoise Hérold, Julie Martin Pôle visuel Sophie-Anne Delhomme (responsable), Web design et animation Alexandre Errichiello (chef de service, 1617), Benjamin Fernandez, Jonnathan Renaud-Badet, Pierrick Van-Thé Iconographie Luc Briand (chef de service, 1641), Lidwine Kervella (1610), Stéphanie Saindon (16 53), Céline Merrien (colorisation) Maquette Bernadette Dremière (Chef de studio, 16 67), Alice Andersen, Catherine Doutey, Gilles de Obaldia, Denis Scudeller Cartographie Thierry Gauthé (16 70) Infographie Catherine Doutey (16 66) Informatique Denis Scudeller (16 84) Directrice de la fabrication Nathalie Communeau, Nathalie Mounié (chef de fabrication, 45 35) Impression, brochage, routage : Maury, 45330 Malesherbes

Ont participé à ce numéro Edwige Benoit, Leïla Bergougnoux, Jean-Baptiste Bor, Mélanie Chenouard, Marie Daoudal, Hugo Florent, François Gerles, Masatoshi Inoue, Lisa Guinic, Laurence Joan-Grangé, Soizic Landais, Beniamino Morante, Valentine Morizot, Marie-Anick Rantos, Anne Romefort, Mélanie Tanous, Isabelle Taudière

Publicité M Publicité, 80, boulevard Blanqui, 75013 Paris, tél. : 01 57 28 20 20 Directrice générale Laurence Bonicalzi Bridier Directeur délégué David Eskenazy (david.eskenazy@mpublicite.fr, 38 63) Directeur de la publicité David Delannoy (ddelannoy@regieobs.fr, 30 23) Directeurs de clientèle Marjorie Couderc (mar- jorie.couderc@mpublicite.fr, 37 97) Sébastien Herreros (sherreros@regieobs.fr,

30 54) Assistante commerciale Carole Fraschini (carole.fraschini@mpublicite.fr,

3868) Partenariat et publicité culturelle Guillaume Drouillet (guillaume.drouillet@ mpublicite.fr, 10 29) Régions Éric Langevin (eric. langevin @mpublicite. fr, 38 04) Direction commerciale online/opérations spéciales Vincent Salini (vincent.salini@ mpublicite.fr, 37 00) Agence Courrier Patricia Fernández Pérez (responsable, 17 37), Emmanuelle Cardea (16 08) Gestion Administration Bénédicte Menault-Lenne (responsable, 16 13), Emilien Hiron (gestion) Droits Eleonora Pizzi (16 52) Comptabilité 01 48 88 45 51 Directeur de la diffusion et de la production Hervé Bonnaud Responsable des ventes France et International Sabine Gude Responsable commerciale internationale Saveria Colosimo Morin (01 57 28 32 20) Chef de produits Charlotte Guyot (01 57 28 33 99)

Communication et promotion Brigitte Billiard, Christiane Montillet Marketing Sophie Gerbaud (directrice, 1618), Véronique Lallemand (1691), Véronique Saudemont

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8. 7 jours le monde dans
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le monde
dans

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Dessin de Balaban,

Luxembourg.

Europe. Macron à nouveau à l’offensive

Dans une tribune publiée dans des médias des 28 pays de l’UE, le président appelle à “une renaissance européenne”. Le Financial Times salue des propositions novatrices.

Macron revient en les étoffant sur des pré- occupations qu’il a déjà exprimées aupara- vant, concernant la nécessité de fixer des objectifs plus ambitieux pour lutter contre le réchauffement climatique, ou encore de renforcer l’industrie européenne face à la concurrence chinoise et américaine. En revanche, certaines propositions sont novatrices. Un appel à “remettre à plat l’es- pace Schengen” révèle que Macron a durci sa position sur l’immigration (ce qui lui vaut le soutien d’électeurs de droite). Il entend par ailleurs conserver dans Schengen un noyau d’États essentiellement libéraux, qui mettraient en œuvre une politique d’immi- gration commune, même si cela suppose d’exclure du processus certains des pays anti-immigrés d’Europe de l’Est. Il résume son projet de réforme de l’espace Schengen, projet potentiellement contra- dictoire, en affirmant que “tous ceux qui veulent y participer doivent remplir des obli- gations de responsabilité (contrôle rigoureux des frontières) et de solidarité (une même poli- tique d’asile, avec les mêmes règles d’accueil et de refus) […] Je crois, face aux migrations, à une Europe qui protège à la fois ses valeurs et ses frontières.” —Victor Mallet et Mehreen Khan Publié le 5 mars

Dans la presse étrangère “Le scrutin européen est avant tout “LL
Dans la presse
étrangère
“Le scrutin européen est avant tout
“LL

une carte personnelle que Macron veut jouer à l’échelle du continent. Avec une ambition plus ou moins déclarée : se tailler une place dans les livres d’histoire sous la rubrique ‘Pères européens refondateurs’.” La Stampa (Italie)

“Comment convaincre le reste de l’Europe quand il ne convainc pas en France ? Dans ce contexte, le traitement ‘macronien’ de la crise des ‘gilets jaunes’ risque de devenir une tumeur cancéreuse pour la France, enlisée, sans réformes, relançant la gesticulation ‘européenne’.” ABC (Espagne)

“L’appel de Macron à une ‘renaissance de l’Europe’ est plein de pathos et de bonnes idées. […] Rien que la forme fait preuve de charme et d’esprit impertinent : s’adresser directement à tous les Européens, sans passer par d’autres gouvernements, juste avant un scrutin pour le Parlement européen – personne n’avait encore eu cette audace.” Handelsblatt (Allemagne)

Du tac au tac

cette audace.” Handelsblatt (Allemagne) Du tac au tac AFFAIRE H U A W E I —

AFFAIRE H U A W E I

“Meng contre- attaque”, titre le 4 mars The

P r o v i n c e .

Alors que, le 1 e r ma rs, le Canada a lancé officiellement la procédure d’extradition vers les États-Unis de Meng Wanzhou, numéro deux du géant des télé- coms chinois Huawei arrêtée le 1 er décembre 2018 à Vancouver à la demande de Washington, deux jours plus tard, ses avocats annonçaient qu’une plainte avait été déposée contre le gouverne- ment canadien et certains de ses services. Ils leur reprochent d’avoir “violé les droits consti- tutionnels” de leur cliente. Et comme si cela ne suffisait pas, le 4 mars, Pékin a fait savoir que les deux Canadiens, eux-mêmes interpellés en Chine semble-t-il en représailles à l’arrestation de Meng Wanzhou, étaient désor- mais accusés d’avoir “volé des secrets d’État”.

Retour triomphal

VENEZUELA – Juan Guaidó est de retour au Venezuela. Sous le coup d’un mandat d’arrêt pour avoir enfreint une interdiction de sortie du territoire, le président auto- proclamé a été accueilli par de nombreuxmédias,desdiplomates étrangers et une foule de suppor- ters à l’aéroport international de Caracas, le 4 mars. Diosdado Cabello, le numéro deux du gouvernement de Maduro, avait pourtantannoncéqueles autorités attendraient Guaidó à l’aéroport. “Mais où est-il passé ?” s’interroge le quo- tidien vénézué-

est-il passé ?” s’interroge le quo- tidien vénézué- —Financial Times Londres O n ne saurait reprocher

—Financial Times Londres

O n ne saurait reprocher au président

Emmanuel Macron de manquer

d’ambition en matière de politique

européenne. Dix-huit mois seulement après son discours passionné à la Sorbonne, où il appelait à un train de réformes pour accroître l’intégration de l’Union euro- péenne (UE), le revoilà à la manœuvre. Dans une tribune publiée [le 5 mars] dans des quotidiens européens, Macron dresse une nouvelle liste de propositions de réforme de l’UE, parfois radicales. Ce n’est pas un hasard si cet appel à une nou- velle “renaissance européenne” intervient à trois semaines du Brexit (sauf report) et à moins de trois mois des élections européennes de mai. La déclaration du président français commence et se termine par de sombres mises en garde sur la menace que consti- tuent pour l’UE le Brexit et d’autres mani- festations de nationalisme qui ont pris de l’ampleur sur le continent ces dernières années. En outre, il propose de doter l’UE de nouveaux organismes, et notamment :

une agence européenne de protection des

démocraties (pour contrecarrer les cyber- attaques et les manipulations électorales) ; une police des frontières commune et un office européen de l’asile pour tous les pays de l’espace Schengen, sous l’autorité d’un Conseil européen de sécurité intérieure ; un Conseil de sécurité (extérieure) euro- péen, auquel participerait le Royaume-Uni (que le pays reste ou non dans l’UE, peut-on supposer) ; une banque européenne pour le climat en vue de financer des projets éco- logiques ; une force sanitaire européenne destinée à renforcer le contrôle des ali- ments ; et enfin la tenue d’une conférence pour l’Europe afin de discuter de toutes ces propositions et de réfléchir aux éven- tuelles modifications à apporter aux traités.

Schengen. Certains n’y verront qu’un discours ampoulé, typiquement français, sur l’Europe et sa mission civilisatrice – et une bonne partie de ces propositions seront critiquées par des partis d’opposi- tion en France, qui ne manqueront pas de dénoncer des manœuvres électoralistes visant à contrer les nationalistes de droite à l’approche des élections européennes de mai. Dans d’autres passages de sa tribune,

de mai. Dans d’autres passages de sa tribune, lien El Nacional, qui ajoute que “le président

lien El Nacional,

qui ajoute que “le président par intérim a annoncé des mani- festations de rue ce samedi [9 mars] et a demandé à tous les citoyens ‘d’exiger leur liberté’”.

Dessin d’Arcadio,

Costa Rica.

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019 7 JOURS. 9
Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019
7 JOURS.
9
↙ Dessin de Medi,
Albanie.
SANTÉ
“Fraude et abus de confiance”. À
quelques semaines des légis-
latives du 9 avril, le quotidien
populaire de Tel-Aviv enfonce
le clou : “Le chef du gouvernement
doit mettre un terme au plus tôt
à ses fonctions pour que le pays
retrouve sa raison.”
Un “véritable tournant”
dans la bataille contre le sida
Un patient porteur du VIH est reconnu comme étant
en rémission après avoir subi une greffe de moelle osseuse
pour traiter le cancer dont il était atteint, .
Sous pression
“le patient de Londres” –
Une chanson pour
la démocratie
a été détaillé le 5 mars
lors de la Conférence
sur les rétrovirus et
les infections opportu-
des années.” En outre,
les greffes sont d’au-
tant plus compliquées
THAÏLANDE — “Rêvant et atten-
dant l’aube d’un jour nouveau. Pour
graver dans les pages de l’histoire
thaïlandaise. Vers la démocratie
pour tous les Thaïlandais.” À l’ap-
proche des législatives du 24 mars,
les premières depuis 2011, le
général Prayuth Chan-ocha
s’est autorisé quelques envolées
lyriques. Surtout, souligne le site
indépendant Khao Sod, Nouveau
jour aborde pour la première fois
le thème de la démocratie. Sera-ce
suffisant pour convaincre les élec-
teurs de choisir le parti soutenant
la junte ? Pour l’instant, selon trois
sondages, c’est le Pheu Thai, forma-
tion proche du grand rival qu’est
Thaksin Shinawatra, qui arrive en
tête des intentions de vote.
SOUDAN — Face à une contes-
tation contre le président Omar
Al-Bachir qui ne faiblit pas, le
régime a décrété l’état d’urgence
et mis sur pied des tribunaux
d’urgence, qui ont aussitôt jugé
quelque 800 personnes, rapporte
le Daily Nation. Mais, souligne
le journal kényan en citant un
analyste politique, “en déclarant
l’état d’urgence jusqu’en février 2020
– deux mois avant les élections –, le
président Bachir [75 ans et depuis
trente ans au pouvoir] dit au monde
qu’il est prêt à partir, mais qu’il est
déterminé à aller au terme de son
mandat, en avril 2020, afin de gérer
sa succession”.
P our la deuxième fois seulement
depuis le début de l’épidémie de
sida, un patient adulte porteur du
VIH, le virus responsable de cette mala-
die, serait en rémission (depuis dix-neuf
mois). Le cas de cet homme – surnommé
précise : “La greffe de moelle osseuse n’est
pas un traitement réaliste [du sida] dans
l’immédiat. Des médicaments puissants sont
maintenant disponibles pour traiter l’in-
fection au VIH, tandis que les greffes sont
risquées et ont d’importants effets secon-
daires qui peuvent durer
Revue
de presse
nistes (Croi), à Seattle (Washington), par
le virologue Ravindra Gupta et publié le
Une alliance
même jour dans la revue Nature.
“Cette annonce survient presque douze
ans [ jour pour jour] après la première
guérison d’un patient, un exploit que les
chercheurs ont longtemps cherché à repro-
duire, sans succès”, rappelle le New York
Times. Jusqu’à aujourd’hui, Timothy Ray
Brown, connu comme étant “le patient
de Berlin”, était l’unique personne adulte
au monde à avoir guéri du sida après une
greffe de moelle osseuse appartenant à
un donneur dont les cellules immuni-
taires mutantes étaient résistantes au VIH.
Même si, prudemment, les spécialistes
ne parlent pas encore de guérison, cette
qu’elles nécessitent un
donneur compatible avec le patient, et por-
teur de la mutation appelée CCR5, qui est
rare dans la population. Cependant, ajoute
The Guardian, “pour les spécialistes, il
n’est pas certain que la résistance de la muta-
tion CCR5 au virus soit la seule explication –
assombrie
Pays-Bas —
Dans de
→ Dessin
sales draps
de Falco,
Cuba.
ISRAËL
“Corruption” :
à côté du visage
du
Premier
“Charmant,
intelligent et
très ambi-
tieux” : après
avoir lancé
une offensive
surprise contre
Paris le 26 février en acquérant
14 % des parts du groupe Air
France-KLM, le ministre néer-
landais des Finances, Wopke
Hoekstra, provoque l’admira-
tion de De Telegraaf, qui lui a
m i n i s t r e
Nétanyahou,
consacré sa une le 2 mars. Regard
déterminé, gants de boxe et prêt
ce mot barre la
une, le 1 er mars,
du Yediot Aharonot. Les autres
chefs d’accusation annoncés la
veille par le procureur général
figurent également en première
page, mais en lettres plus petites :
à frapper : c’est cette photo de
Wopke Hoekstra, kickboxeur
pendant son temps libre, que le
journal populaire de droite a
choisie pour dépeindre celui
qui a récemment provoqué la
colère de la France.
nouvelle “marque un véritable tournant
!” s’enthousiasme dans Science
Sharon Lewin, directrice de
l’Institut Peter Doherty sur
les maladies infectieuses et
immunitaires à Melbourne,
en Australie. “Elle montre
que Timothy Ray Brown n’est
pas un cas isolé.” Pour le
“patient de Londres” aussi, la
disparition du VIH dans ses cel-
lules fait suite à une greffe de moelle
osseuse et de cellules souches.
Mais dans les deux cas, “les
greffes étaient destinées à traiter
le cancer chez les patients [une leu-
cémie pour le premier, un lym-
phome pour le second]
et non le VIH”, insiste
le
New York Times, qui
la réaction du greffon contre l’hôte pourrait
avoir été tout aussi décisive”.
Le patient de Londres comme celui de
Berlin ont tous deux rencontré cette com-
plication : le système immunitaire greffé
a attaqué d’autres tissus du receveur, les
considérant comme “étrangers”. “Cela
aurait pu avoir l’ironique avantage de réduire
les réservoirs de VIH”, décrypte Shannon
Lewin dans Science. D’autres patients trai-
tés pour des cancers du sang par
greffes de cellules souches et de
moelle osseuse n’ont pas guéri
du VIH dont ils étaient égale-
ment infectés.
Les travaux de Ravindra
Gupta et de son équipe sus-
citent cependant de nombreux
espoirs. Le virologue prévoit
d’utiliser ces résultats pour
explorer des stratégies poten-
tielles de traitement du VIH. “Nous
devons comprendre si nous pourrions
éliminer ce récepteur [CCR5] chez
les personnes vivant avec le
VIH, ce qui pourrait être
possible avec la thérapie
génique”, a-t-il déclaré
au Guardian.—
Courrier
international
Les informés de franceinfo
Jean-François Achilli, du lundi au vendredi de 20h à 21h
chaque vendredi avec

10.

7 JOURS

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019

international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019 CONTROVERSE Faut-il réformer l’éducation sexuelle

CONTROVERSE

Faut-il réformer l’éducation sexuelle ?

Les députés britanniques ont débattu le 25 février du programme d’éducation sexuelle qui entrera en vigueur à la prochaine rentrée. Les nouveaux enseignements, comme l’âge auquel ils seront dispensés, divisent.

NON
NON

Les parents privés de leur autorité

—The Times (extraits) Londres

U ne pétition signée par plus de

100 000 parents a contraint la

Chambre des communes à ouvrir

le débat sur le programme actualisé d’édu- cation à la sexualité et aux relations amou- reuses, qui deviendra obligatoire dans les écoles britanniques à partir de septembre prochain. Avec les modifications appor-

tées, dans le cadre des nouvelles directives obligatoires, on apprendra aux enfants de primaire à respecter les différents types de familles, de relations amoureuses et d’identités sexuelles, y compris les rela- tions homosexuelles et transgenres. Au niveau du secondaire, les cours d’éduca- tion sexuelle aborderont les mutilations génitales féminines (MGF), les sextos, les prédateurs sexuels en ligne, les violences domestiques et les mariages forcés, ainsi que les couples homosexuels et transgenres. Certaines recommandations, visant à

apprendre aux enfants à réagir aux conte- nus en ligne qui les mettent mal à l’aise ou

à prendre conscience des risques qu’il y a

à dialoguer avec des inconnus, ne prêtent

aucunement à controverse. Dans leur péti- tion, les parents expriment en revanche de sérieuses inquiétudes sur “les conséquences physiques, psychologiques et spirituelles” de certains “concepts sexuels et relationnels” qui n’ont à leur sens “pas leur place dans un programme scolaire obligatoire”. Ces éléments sujets à caution trouvent leur origine dans la loi de 2010 sur l’éga-

lité, qui appelle tous les organismes publics

à “accorder une attention particulière” aux

groupes relevant de “caractéristiques pro- tégées”, telles qu’identité sexuelle, genre ou ethnie, et à “favoriser les bonnes rela- tions” avec eux. La volonté de promouvoir la tolérance et de protéger les enfants est certes louable, mais ce n’est pas l’objectif premier de cette mesure. Elle vise bien davantage à imposer la doctrine de l’éga- lité des orientations sexuelles. Or, cette doctrine n’est pas un concept neutre. Dans la mesure où elle met direc-

tement en cause la morale normative, c’est une idéologie qu’il n’est pas du ressort des

écoles d’imposer aux élèves. Elle confisque aux parents le droit d’inculquer à leurs enfants leurs propres valeurs. Et elle contra- rie de nombreux parents traditionnels qui souhaitent transmettre à leurs enfants les normes culturelles du mariage clas- sique ou leur apprendre que les différences entre hommes et femmes sont immuables. L’expérience a montré que les enfants ne sont jamais mieux protégés que quand ils sont élevés par leurs propres parents mariés. Beaucoup redoutent par ailleurs que l’acceptation croissante de la confusion des genres ne provoque des dégâts inu- tiles. Le nombre d’enfants orientés vers des cliniques spécialisées pour dysphorie [trouble émotionnel et mental] de genre a explosé. Plusieurs cliniciens et éducateurs ont fait part de leur crainte que l’idée de plus en répandue selon laquelle des indi- vidus seraient “piégés” dans une identité de genre qui ne leur convient pas ne soit génératrice de confusion et d’angoisse chez les enfants. Ce qui revient à dire qu’elle est dommageable. Or, en l’intégrant au pro- gramme d’éducation sexuelle, on ne cherche pas à éviter ces dégâts, mais à détruire le concept de “normalité” sous prétexte de normaliser les cas excessivement rares. Ce programme scolaire exposera les enfants à d’autres influences néfastes ou troublantes. Bien que la directive veille à préciser que son enseignement doit être “adapté à l’âge”, de nombreux parents se sont déjà émus de la façon dont l’éduca- tion sexuelle sexualise prématurément leurs enfants à travers la “pornification” des programmes scolaires.

Les enfants ne sont jamais mieux protégés que quand ils sont élevés par leurs propres parents mariés.

Lors de son congrès en 2017, le Syndicat national des enseignants britanniques [National Union of Teachers, NUT] s’est prononcé en faveur de l’enseignement des questions relatives aux orientations LGBT+ [communauté lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre et personnes assi- milées] dès la maternelle. Ce qui explique sans doute que certaines écoles mater- nelles aient fait appel à des travestis pour lire des comptines et chanter des chansons conçues tout spécialement pour apprendre aux enfants la “tolérance LGBT” et les sen- sibiliser aux questions transgenres.

Et pour couronner le tout, cette poli- tique profondément liberticide ne laisse aucune place aux objections religieuses et constitue par là même une attaque fron- tale contre les chrétiens, les musulmans et les juifs traditionnels. Ouvrez grand les yeux car, oui, cette machination culturelle autoritaire et impitoyable est le fait d’un gouvernement conservateur. —Melanie Phillips Publié le 26 février

OUI
OUI

Un guide indispensable

—The Daily Telegraph Londres

Q uand j’avais 18 ans, l’un de mes meil-

leurs amis a révélé son homosexua-

lité. Nous étions toute une bande de

copains et aucun de nous ne s’était jamais douté de rien. J’ai pensé à lui cette semaine

en lisant dans la presse que les écoles met- traient bientôt en place des cours visant à sensibiliser les enfants aux relations amou- reuses entre personnes de même sexe. C’est la première fois depuis vingt ans que les directives officielles en matière d’éduca- tion sexuelle sont réactualisées. Avec le recul, j’ai peine à imaginer com- bien tout cela a dû être déstabilisant et déprimant pour ce garçon, qui devait déjà avoir assez de mal comme ça à assumer sa sexualité. D’où ma consternation lorsque j’ai appris que des milliers de parents auraient d’ores et déjà exigé que leurs enfants ne participent pas à ces nouveaux cours d’édu- cation sexuelle. Or il s’agit, entre autres choses, d’apprendre à utiliser Internet en toute sécurité, à développer des relations saines et empreintes de respect mutuel, d’établir un lien entre santé physique et santé mentale, de mettre en garde contre les dangers des sextos, de repérer les situa- tions d’angoisse et de parler des mutila- tions génitales féminines. Je ne puis que me demander quels parents ne voudraient pas que leurs enfants sachent tout cela. Sans doute, me direz-vous, les mêmes que ceux qui n’envisageraient jamais d’aborder ces sujets à la maison. Dans la mesure où l’approche pédagogique est adaptée à l’âge des enfants, je ne verrai pour ma part aucun inconvénient à ce que

mes filles, qui ont 5 et 8 ans, soient sensibi- lisées aux MGF, qui, j’espère, seront inter- dites dans tous les pays du monde quand mes enfants seront adultes. Car le fait est qu’en laissant planer un silence honteux sur ce genre de fléau, on ne contribue qu’à le perpétuer. “L’enfance et l’adolescence sont déjà des passages difficiles, mais Internet et les médias sociaux ajoutent de nouvelles pressions qui n’existaient pas il y a encore une génération. Cela a si bien bouleversé les rapports inter- personnels qu’il peut être difficile de prendre ses marques dans ce monde nouveau où les frontières entre réel et virtuel s’estompent. Près de vingt ans après la dernière actuali- sation des directives sur l’éducation sexuelle, il y a beaucoup de choses à rattraper”, sou- ligne le ministre de l’Éducation, Damian Hinds, à propos de ces nouveaux cours. C’est le moins qu’on puisse dire : à mon époque, il n’y avait ni Instagram, ni sextos, ni médias sociaux. Nous avions en revanche des revues pour adolescentes qui, même si les adultes leur reprochaient d’être irresponsables, avaient le mérite d’embaucher d’excellents sexologues qui ont contribué à nous guider sur le chemin périlleux et semé d’angoisses de nos années d’adolescence. Hélas, ces magazines n’existent plus –

à un moment donné, les adolescentes ont arrêté de lire la presse écrite, préférant surfer sur leurs écrans de téléphone. Or les médias sociaux ne font appel ni à de brillants rédacteurs pour le courrier du cœur ni à des spécialistes qualifiés pour dispenser des avis éclairés, mais permettent

à des gourous autoproclamés de déverser

leurs conseils aux masses. Et, contraire- ment aux magazines pour ados, Instagram a laissé des contenus sur la dépression et le suicide s’immiscer sur le fil de très jeunes filles comme Molly Russell, qui a mis fin à ses jours en 2017 à l’âge de 14 ans à peine. Je tiens donc absolument à ce que mes filles sachent utiliser correctement les médias sociaux, et si c’est à moi de les y aider, un petit coup de pouce de l’école ne peut pas faire de mal. Ces nouveaux cours d’éducation sexuelle “aideront les enfants à apprendre à veiller à leur bien-être, phy- sique et mental”, précise Damian Hinds, ajoutant qu’ils “peuvent aussi permettre aux jeunes gens de s’endurcir à mesure qu’ils font leur chemin dans un monde de plus en plus complexe”. Je suis entièrement d’accord. —Maria Lally Publié le 25 février

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Algérie. Un peuple à la reconquête de son pays

FOCUS
FOCUS

Les Algériens ont vaincu la peur et sont descendus dans la rue pour exprimer leur rejet du système Bouteflika et réclamer un renouveau démocratique. Depuis le 22 février, les manifestations ont dévoilé l’image de citoyens déterminés et d’une grande maturité politique. Décryptage.

et d’une grande maturité politique. Décryptage. —Tout sur l’Algérie ( extraits) Alger L es Algériens

—Tout sur l’Algérie

(extraits) Alger

L es Algériens n’ont rega- gné le droit de manifes- ter librement que depuis le

vendredi 22 février, lorsqu’ils sont sortis massivement dans la rue pour exprimer leur rejet du pou- voir et du cinquième mandat de Bouteflika. Civisme, non-violence, solidarité, diversité et humour ont fait que ces marches massives et d’inspiration populaire ont été de francs succès. Un ensemble de principes respectés par la quasi-totalité des manifestants s’est dégagé, un “mode d’emploi” respecté à la lettre, évitant tout dérapage.

1. Non-violence

“Silmia, silmia !” (“Pacifique, paci- fique !”), ont souvent scandé les manifestants à Alger. Ce slogan, un des plus fréquemment marte- lés par les citoyens, est celui qui résume le mieux l’état d’esprit

des marcheurs. Omniprésent sur les réseaux sociaux, dans tous les appels à manifester, il n’a pas été une vaine promesse. À plusieurs reprises, alors que des milliers de manifestants, au moment d’accéder à un boule- vard ou une rue étroite, se retrou- vaient face à un dispositif policier, l’affrontement violent a été évité presque systématiquement. La fougue des plus jeunes a été à maintes reprises contenue par lessages,quiontformédeschaînes humaines entre CRS et mani- festants, en scandant, encore et encore, “Silmia, silmia !” Place Adis-Abéba à Alger, des affrontements à coups de gre- nades lacrymogènes de la part des CRS et de jets de pierres de la part des manifestants ont bien eu lieu mais ils n’ont concerné qu’une infime partie des manifestants, qui sont arrivés plus tôt que les autres. Dès l’arrivée du gros des manifestants, du “vrai cortège”, les choses se sont apaisées. Les

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019

AFRIQUE.

13

Alger, 24 février. Manifestation contre le président Abdelaziz Bouteflika avec un carton rouge brandi contre le pouvoir. Photo Pyad Kramdi/Afp

lancers de grenades lacrymogènes ont cessé et les policiers ont même fini par céder le passage au niveau du palais du Peuple pour permettre à l’immense foule de se rappro- cher du palais de la présidence. Et là encore, l’affrontement a été refusé par les citoyens. Après avoir fait face à l’impo- sant dispositif policier dressé sur leur chemin vers la présidence, la quasi-totalitédesmanifestantsont décidé de refuser l’affrontement et de refluer vers la rue Didouche- Mourad, où la marche, avec slo- gans et banderoles, a repris de plus belle. La non-violence des manifestationsalgériennessemble désormais chose acquise, comme l’attestent les nombreux com- merces restés ouverts ou qui se sont contentés de placer un écri- teau “Fermé” sur leurs vitrines laissées découvertes.

2. Solidarité

La solidarité a été au cœur de toutes les actions de rue qu’a connues l’Algérie ces derniers jours. Des familles sur leurs balcons qui jettent des bouteilles d’eau aux manifestants, des com- merçants qui distribuent boissons et biscuits, des jeunes Algériens qui protègent les enfants, les per- sonnes âgées, les femmes et les jeunes filles lors des bousculades, des bouteilles de vinaigre passées de main en main pour atténuer les brûlures des gaz lacrymogènes… Des scènes vues et revues sur tout le parcours des manifestations. La solidarité a été bien plus qu’alimentaire ou matérielle. Les citoyens se soutenaient morale- ment, des femmes offraient des roses aussi bien aux manifestants qu’aux policiers, souvent gênés mais toujours souriants et bien- veillants devant de tels gestes.

3.

Civisme

Aucun acte de vandalisme n’a été constaté et, mieux encore, dès qu’un jeune manifestant tentait une action considérée comme violente ou destructrice, tous les manifestants autour lui intimaient l’ordre de se calmer. Ainsi, des jeunes ont été empêchés d’esca- lader des poteaux, d’autres ont été empêchés de lancer des pierres ou de chercher l’affrontement avec les policiers. Les actes hostiles envers les femmes, très nombreuses parmi les manifestants, ont été très rares, presque inexistants. Un malfaiteur

ont été très rares, presque inexistants. Un malfaiteur qui a dérobé son téléphone por- table à

qui a dérobé son téléphone por- table à une jeune fille a vite été rattrapé par la foule et, là non plus, pas de violence. Pour éviter que le cortège ne s’arrête ou que la violence n’entache la marche, le voleur a été simplement éloi- gné par des manifestants volon- taires qui ont également restitué l’appareil volé à sa propriétaire. Les poubelles installées sur les trottoirs longeant le parcours de la marche ont fini pleines à ras bord à la fin de la manifestation. Des jeunes hommes et des jeunes filles se sont portés volontaires pour nettoyer, ramasser les déchets et récupérer les bouteilles et embal- lages vides des mains mêmes des manifestants.

Les manifestants d’Alger ont respecté tout le monde, y compris les malades

et les morts.

La teneur des slogans scan- dés par les centaines de mani- festants était teintée de civisme et de respect. Pas de vulgarité, pas de grossièreté, ni même de propos violents. Les manifes- tants qui tenaient à répondre au [Premier ministre] Ahmed Ouyahia et au [directeur de cam- pagne de Bouteflika] Abdelmalek Sellal [remplacé samedi 2 mars par Abdelghani Zaalane], qui ont minimisé l’ampleur des mani- festations et insinué qu’elles pourraient mener à de graves

violences, se sont contentés de simplement scander leurs noms. Plus tard dans la journée, des slo- gans plus élaborés concernant les deux hommes politiques ont été scandés. Les manifestants d’Alger ont respecté tout le monde, y compris les malades et les morts. Arrivés au niveau de l’hôpital des grands brûlés dans la rue Pasteur, les marcheurs ont observé le silence pour ne pas causer de désagré- ments aux malades hospitalisés dans l’établissement. Le même silence a été respecté lorsque le cortège est arrivé devant une maison, à Télemly, où se dérou- laient les obsèques d’un citoyen décédé la veille.

4. Diversité

Il est permis de dire que toutes les classes de la société, tous les courants idéologiques qui existent en Algérie ont été présents à la manifestation de ce vendredi 1 er mars. Jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, familles, tous ont participé. Dans le cortège des mani- festants, les laïcs et progres- sistes de partis tels que le RCD [Rassemblement pour la culture et la démocratie], le FFS [Front des forces socialistes] ou le PT [Parti des travailleurs] ont côtoyé les conservateurs du MSP [Mouvement de la société pour la paix] et des autres mouvements

dits islamistes. Les jeunes filles en jean et baskets ont marché à

côté des hommes barbus

→ 14

Dessin de Dilem paru dans Liberté, Alger.

Non, ce n’est pas la Syrie !

Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a brandi la menace du scénario syrien pour démobiliser les manifestants. Une comparaison qui n’est pas pour plaire aux Algériens.

—El-Watan Alger

L e peuple algérien dans son ensemble a suscité l’ad- miration dans le monde

entier pour ses manifestations

exemplaires. Des moments rares, au cours desquels il s’est montré très digne, avec un sens élevé de civisme et un comportement citoyen qui lui valent respect et considération, même chez ceux qui le connaissent à peine ou pas du tout. Or il semble que des res- ponsables algériens n’éprouvent pas les mêmes sentiments de déférence à l’égard de ce peuple et le considèrent même comme immature. C’est le cas du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui, pourtant, connaît très bien son pays, parce que lui- même est issu du milieu populaire, et personne ne doute de ses capaci-

[services de renseignements] pour protester. La réponse de ces der- niers a été d’une incroyable indé- cence : “Vous pouvez faire d’autres enfants, et, si vous n’êtes pas en mesure de procréer, nous sommes là pour vous remplacer.” Des propos provocateurs, qui ont mis le feu aux poudres et qui ont transformé la Syrie en enfer pour sa population. L’exemple d’Ouyahia est mal choisi. D’abord, les services de sécurité algériens, même s’ils ne sont pas des enfants de chœur et qu’il leur arrive d’agir de façon extralégale, ne méritent pas d’être comparés aux tor- tionnaires de Bachar El-Assad. C’est insultant à leur égard que de faire le parallèle. En outre, la colère du peuple algérien n’a pas com- mencé dans une petite ville. Tout le pays s’est soulevé. C’est la politique

de pourrissement, de cor-

ruption, de destruction de l’État menée par Abdelaziz Bouteflika qui a incité les Algériens à sortir pour défendre leur pays. Ce n’est pas gratui- tement qu’ont été sorties des banderoles proclamant que “l’Al- gérie est une république, pas une monarchie”. Parce qu’ils savent que le président avait caressé le projet de préparer son frère, Saïd, pour lui succéder. La mala- die l’en a empêché. Le peuple algérien, par une démonstration historique dans toutes les villes, a prouvé son unité et son attachement à l’Algé- rie du 1 er Novembre [en référence au 1 er novembre 1954, marquant le début de la lutte pour l’indépen- dance]. Le pays a subi des coups de boutoir et une opération de destruction [la guerre civile des années 1990] par le FIS [Front islamique du salut]. Il est tou- jours là. On est loin de la Syrie. —Tayeb Belghiche Publié le 3 mars

ÉDITO
ÉDITO

tés intellectuelles. Jeudi

28 février, devant l’As- semblée populaire nationale, il s’était livré à une comparai- son pour le moins surprenante, au point de provoquer la colère de certains élus, qui ont alors quitté l’hémicycle en signe de protestation. Il avait en effet déclaré que les manifestations en Algérie pour- raient déboucher sur une situa- tion similaire à celle de la Syrie. Dérapage ou menace ? On sait comment ce pays en est arrivé à la guerre civile et à l’éclatement, au point qu’une grande partie du territoire a été proclamée “cali- fat” par Daech. Tout a démarré quand, en mars 2011, des jeunes, dont le plus âgé avait 12 ans, avaient écrit sur les murs d’une petite ville des slogans hostiles au régime de Bachar El-Assad. La police secrète les a ramassés et torturés sauvagement jusqu’à ce que mort s’ensuive. Les patriarches de la ville se sont rendus chez les moukhabarat

FOCUS ALGÉRIE 14. AFRIQUE Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019 ↙
FOCUS ALGÉRIE

14.

AFRIQUE

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019

Dessin de Hermann paru dans

La Tribune de Genève, Suisse.

13 ←

tout droit sortis de la prière du ven- dredi. Des intellectuels, des cadres ont formé des chaînes humaines avec des jeunes plus défavorisés.

Touslesquartiersd’Algerétaient représentés, des jeunes portant les emblèmes des grands clubs de foot de la capitale étaient présents. CRB, Mouloudia, USMH, Usma et même la JSK [Jeunesse spor- tive de Kabylie] ont été représen- tés par leurs supporters dans les rangs des marcheurs, sans qu’au- cune friction, aucune tension ne soit ressentie.

en qamis [vêtement long],

5. Humour et dérision

Les marches contre le cinquième mandat de Bouteflika sont l’occa- sion pour les Algériens de donner libre cours à leur humour et leur sens de la dérision. Des slogans tout aussi percutants que drôles ont été scandés et affichés sur des banderoles et pancartes brandies par les marcheurs. “Chuck Norris désapprouve le 5 e mandat”, a écrit un jeune mani- festant sur une pancarte, faisant allusion à la légende de l’invinci- bilité et de la puissance illimitée de l’acteur américain. Le thème du fameux “cadre” a été exploité par les manifestants, qui ont été nombreux à brandir des cadres vides pour rappeler l’absence du président et les cadeaux, souvent des peintures et des gravures, qui lui sont offerts lors des rassem- blements de ses partisans. Des cartons rouges ont été brandis contre le pouvoir. “C’est un carton rouge contre tout le pouvoir, vive la deuxième république !” a lancé un quinquagénaire. Les millions d’Algériens qui ont marché à Alger sont issus de toutes les classes sociales, de tous les courants politiques et idéolo- giques. Ils ont été pacifiques, soli- daires, civiques et drôles. —Hassane Saadoun Publié le 2 mars

SOURCE

et drôles. —Hassane Saadoun Publié le 2 mars SOURCE TOUT SUR L’ALGÉRIE Alger tsa-algerie.com Le titre,

TOUT SUR L’ALGÉRIE

Alger

tsa-algerie.com

Le titre, créé en 2007, se présente comme le premier quotidien électronique algérien. Sérieux et professionnel, il regorge d’informations souvent reprises par la presse nationale.

d’informations souvent reprises par la presse nationale. Pourquoi les jeunes disent non à Bouteflika Ils ont

Pourquoi les jeunes disent non à Bouteflika

Ils ont grandi sans connaître d’autre président que lui. Ces jeunes ont toujours foi en leur pays et refusent un cinquième mandat.

“Notre matière grise s’en va.”

Leila, 27 ans, AGRONOME

D’un point de vue social, écono- mique et politique, l’Algérie s’en- lise et s’enlisera davantage si le président Abdelaziz Bouteflika brigue un cinquième mandat. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, en 1999, j’avais 8 ans, et même en étant aussi jeune je me rappelle l’espoir que la population avait en lui. Les jeunes d’aujourd’hui ont perdu cet espoir. Beaucoup ont quitté l’Algérie pour s’assurer d’avoir les meilleures études et le meilleur diplôme. C’est bien dom- mage de laisser les Occidentaux capter notre matière grise au lieu de donner à cette dernière les opportunités de développer un pays qui est le nôtre. J’ai constaté que la corruption est devenue quelque chose de normal, particulièrement dans les services administratifs. Pour ce qui est du système de santé, les hôpitaux ne font que se dété- riorer. Le président actuel ne voit

pas l’importance d’un système de santé un tant soit peu doté d’un minimum de matériels et de struc- tures décentes. Cette situation a mené nos médecins à quitter leurs postes afin de travailler dans de meilleures conditions et avec un meilleur salaire.

“Il faut qu’il parte pour que l’Algérie vive.”

Khalil, 31 ans, CADRE DANS UNE ENTREPRISE PRIVÉE

J’étais en sixième et j’avais 11 ans quand Bouteflika a été élu. Je me rappelle que le peuple était content, non seulement à la télé- vision, mais également autour de moi. Mon grand-père était heu- reux. Il le comparait à Boumediene [Mohamed Boukharrouba, dit Houari Boumediene, 1932-1978, figure de la guerre d’indépendance, il écarta son rival Ahmed Ben Bella et dirigea le pays de 1965 à 1978, ayant été élu à la présidence en 1976]. Il ne ratait jamais une occa- sion pour faire des discours. Je me

—El-Watan Week-end (extraits) Alger “Les logements et puis rien.” Tarik, 25 ans, DOCTORANT EN SOCIOLOGIE
—El-Watan Week-end
(extraits) Alger
“Les logements
et puis rien.”
Tarik, 25 ans,
DOCTORANT EN SOCIOLOGIE

Il m’est assez difficile de me pro- noncer ou de parler de notre pré- sident actuel, alors que c’est le seul chef d’État algérien que j’ai connu. Dès son investiture, en 1999, il a récupéré tous les pou- voirs. D’un point de vue social, il est vrai qu’il a distribué un nombre incalculable de loge- ments, et pour ça il “demande” à la population de lui être reconnaissante. Bouteflika, le candidat de l’ar- mée, nous a rendus encore plus dépendants du pétrole. La surex- ploitation de cet or noir épuisera d’ailleurs nos réserves. De plus, l’islamisme n’a jamais été aussi présent que durant ses quatre mandats, particulièrement avec la construction d’un nombre important de mosquées.

souviens lorsqu’il a dit : “Il ne faut plus dépendre des hydrocarbures pour assurer l’avenir des générations prochaines.” Vingt ans après, on en dépend toujours. J’aurais tant voulu qu’on prenne exemple sur la Norvège plutôt que de “succom- ber” au spectre du Venezuela ! En 2003, ma ville a été ravagée par un séisme. C’était celui de Boumerdès [situé dans le nord du pays, en Kabylie]. Il était venu le lende- main. Il a été mal accueilli par les citoyens. La raison : on nous a lais- sés livrés à nous-mêmes cette nuit- là ! On n’a bénéficié d’aucune aide, encore moins d’une assistance. Beaucoupsont morts “bêtement”! J’ai suivi une scolarité normale et obtenu mon master. Aujourd’hui, je suis cadre dans une entreprise privée et j’ai déjà six ans d’expé- rience. Tant de chemin parcouru sous le règne du même président, Bouteflika. Il aurait pu sortir par la grande porte après ses deux pre- miers mandats. Il faut qu’il parte pour que l’Algérie vive.

“C’est honteux d’avoir pardonné aux terroristes.”

Malik, 35 ans, COMMERÇANT

J’avais 17 ans lors de la présiden- tielle de 1999. J’ai tout de suite su que c’était un beau parleur et je n’ai pas eu tort. Ses intentions montraient clairement la créa- tion d’un clan malveillant dès le départ. J’étais contre la concorde civile, car il a pardonné aux terro- ristes et leur a même donné l’op- portunité de se faire une situation. C’est honteux ! Nous avions tel- lement souffert du terrorisme. Il a fait monter le mouvement isla- miste, notamment le soufisme avec l’instauration des zaouïas [édifices religieux]. Tous les pro- jets réalisés jusqu’à présent ont tous coûté très cher. Pour les réa- lisations comme le métro d’Al- ger, ce n’est que le résultat de la mondialisation et non le tra- vail du président. L’Algérie n’est autosuffisante qu’à hauteur de 30 % de ses capacités, alors qu’elle devrait l’être beaucoup plus. Il est resté trop longtemps sur le trône avec sa dictature hors du commun, en oubliant l’essence même de la démocratie. Il n’est pas apte, il n’est plus apte à être président, même les enfants pour- raient remarquer cet état de fait. —Amina Semmar Publié le 1 er mars

président, même les enfants pour- raient remarquer cet état de fait. —Amina Semmar Publié le 1

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019

AFRIQUE.

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Dessin de Dilem paru dans Liberté, Alger.

15 ↓ Dessin de Dilem paru dans Liberté, Alger. Quand le régime avoue son échec Repères

Quand le régime avoue son échec

Repères

Et maintenant ?

●●● La contestation qui s’exprime massivement depuis deux semaines dans tout le pays n’a pas dissuadé le président Abdelaziz Bouteflika de déposer le 3 mars un dossier de candidature. Il brigue un cinquième mandat, au risque d’intensifier la mobilisation contre le régime en place.

d’affaires Rachid Nekkaz, Abdelaziz Belaïd, un transfuge du Front de libération nationale

(FLN), et Ali Ghediri, général

à la retraite, sans parti ni passé militant connu. Il est apparu sur la scène politique

à la fin de 2018, notamment

en publiant en novembre dans les pages d’El-Watan une “Lettre aux aînés” appelant au changement. Si ce dernier candidat apparaît

La candidature d’Abdelaziz Bouteflika est-elle valide ? C’est son directeur de campagne Abdelghani Zaalane qui
La candidature d’Abdelaziz
Bouteflika est-elle valide ?
C’est son directeur de
campagne Abdelghani Zaalane
qui s’est chargé de déposer
le dossier de candidature
du président sortant Abdelaziz
Bouteflika. Ce dernier,
victime d’un AVC en 2013, est
hospitalisé depuis le 24 février
à Genève pour des examens
médicaux. Or, la polémique
enfle concernant la validité
de cette candidature car
le règlement du Conseil
constitutionnel ne prévoit pas
de dépôt par procuration,
souligne El-Watan dans
une interview de la
constitutionnaliste Fatiha
Benabou. D’un autre côté,
Maghreb Émergent relate
qu’Abdelwahab Derbal,
président de la Haute Instance
indépendante de surveillance
des élections (HIISE), “a déclaré
que le dossier ‘doit être déposé
par le candidat en personne’
sauf s’il y a un empêchement
justifié”. Derbal s’est rétracté
le lendemain en disant que
“c’est une coutume et non pas
une exigence de la loi”.
Quels sont les autres
candidats ?
Outre Bouteflika, sept
candidats concourent
à la présidentielle du 18 avril.
Parmi eux, quatre candidats
quasi inconnus du grand public.
Ensuite on trouve l’homme
→ 16

potentiellement présidentiable, aucun des autres candidats n’est susceptible de menacer la réélection de Bouteflika.

Quel est le poids des cercles économiques ? “Le ciel s’assombrit au-dessus du Forum des chefs d’entreprise (FCE). L’édifice de l’organisation

patronale se fissure”, constate Liberté. Cette institution réunit les oligarques qui ont fait fortune grâce à la commande publique. Elle représente le pilier économique du pouvoir. Elle a été secouée par la mobilisation de la rue, relève le quotidien, qui signale des “démissions en cascade” depuis le 3 mars.

En réponse à la protestation, le président a adressé une lettre à la nation avec des promesses de changement. Une feuille de route qui met en évidence les failles du régime en place.

Quel rôle peut jouer l’armée ? L’armée est actuellement concentrée sur la sécurité dans la région du Sahel dans le sud du pays et sa principale préoccupation concerne plus des enjeux régionaux qu’internes. Quant au général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, qui depuis 2013 cumule les fonctions de vice-ministre de la Défense nationale et de chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), il n’est pas partisan d’une implication des forces armées

—Algérie-Focus Alger,

Paris

U

n message écrit attribué à

Abdelaziz Bouteflika a été

lu le 3 mars par son direc-

teur de campagne, Abdelghani Zaalane. Le message en question traduit un cer-

à démanteler le système qui a fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui. En réalité, ils veulent donner un

nouveau visage au régime et non le faire disparaître ! Cette “lettre-

programme” donne l’impression d’être révolutionnaire, mais en réalité, elle reflète le para- doxe du système politique algérien. La pression de la rue a contraint les tenants du

ÉDITO
ÉDITO

tain nombre d’engage- ments qui ne répondent pas aux revendications du peuple algérien. Dans

cette lettre adressée à la nation [et lue aussi à la télévision

par une journaliste qui a quitté depuis son poste de présentatrice], les tenants du pouvoir s’engagent

pouvoir à revoir leur copie.

Cependant, l’option du cin- quième mandat a été maintenue.

dans la politique. Toutefois, s’il n’est pas intervenu pour empêcher Bouteflika de briguer un cinquième mandat, il serait

Et le message attribué à Bouteflika ne contient que des promesses

en décalage avec la volonté

celui qui arrive à faire face au frère et conseiller du chef de l’État, le très discret mais très influent Saïd Bouteflika.

Ce dernier aurait souhaité une prolongation du quatrième mandat pour éviter l’échéance

présidentielle d’avril 2019. Gaïd Salah est fidèle à Bouteflika mais ira-t-il jusqu’à protéger une réélection à fort risque politique ? Bénéficiant d’une légitimité historique pour avoir participé à la guerre d’indépendance alors qu’il n’avait que 17 ans, Ahmed Gaïd Salah a aussi de ce fait l’expérience du politique inhérent à la mission de l’armée. En tout cas, il semble incontournable pour organiser l’ère post-Bouteflika.

À la une

pour organiser l’ère post-Bouteflika. À la une LE DEVOIR ULTIME “Les 6 engagements du président

LE DEVOIR ULTIME

“Les 6 engagements du président Bouteflika”, titre en une El Moudjahid du 4 mars. Le porte-voix du FLN, le parti au pouvoir, ne tarit pas d’éloges sur le contenu de la lettre “adressée à la nation” le 3 mars. “Les mots utilisés par le chef de l’État sont assez forts, et traduisent une détermination et une conviction de réformer le système politique. Le chef de l’État exprime son devoir ultime au service de l’Algérie et de son peuple de quitter le pouvoir avec les honneurs, tout en jetant les bases ‘d’une nouvelle République algérienne.’”

PARIS 89 FM LAURENT BERTHAULT, FRÉDÉRIQUE LEBEL, CATHERINE ROLLAND ACCENTS D’EUROPE En partenariat avec DU
PARIS 89 FM
LAURENT BERTHAULT, FRÉDÉRIQUE LEBEL, CATHERINE ROLLAND
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© A. Ravera

FOCUS ALGÉRIE 16. AFRIQUE Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019 populaire,
FOCUS ALGÉRIE

16.

AFRIQUE

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019

populaire, qui ne réclame

rien de moins que le renoncement au cinquième mandat et le déman- tèlement du régime et du système. Au lieu de répondre favorable- ment aux revendications popu- laires, les tenants du pouvoir imposent leur propre feuille de route. Ils promettent la dissolution du système qui a fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui. Ils savent per- tinemment qu’en dehors de cette matrice ils ne sont rien ! Dans cette lettre, on a promis

l’élaboration et l’adoption par réfé- rendum populaire d’une nouvelle Constitution qui consacrera la nais- sance de la Nouvelle République et du nouveau système algériens”. Le propos est paradoxal, dans la mesure où il reconnaît que la Constitution actuelle est taillée sur mesure pour garantir la perpé- tuation du régime. Pourtant, on a cessé, ces vingt dernières années, de faire l’éloge des avancées démo- cratiques réalisées sous l’ère Bouteflika. Dans ce message, il est également question de répondre

15 ←

aux aspirations du peuple. Une autre “promesse-aveu” ! On nous a également promis une “révision de la loi électorale, avec notamment la création d’un mécanisme indépendant d’organi- sation des élections qui aura la res- ponsabilité exclusive de l’organisation des élections”. Ce n’est, ni plus ni moins, qu’un coup fatal porté à la légitimité de tous les scrutins

Les pôles du pouvoir n’arrivent pas à se mettre d’accord.

précédents. Le message recon- naît implicitement que la Haute Instance indépendante de sur- veillance des élections (HIISE), créée en 2016 pour garantir la transparence des scrutins, n’est ni indépendante ni impartiale. Pourtant, c’est la HIISE qui sur- veillera la présidentielle du 18 avril ! Les rédacteurs de ce message se sont également engagés à orga- niser une élection présidentielle

anticipée ! Cette promesse est un autre aveu qui démontre que les pôles du pouvoir n’arrivent tou- jours pas à se mettre d’accord sur la suite des événements. Ce cin- quième mandat raccourci traduit la volonté des tenants du pouvoir de se donner le temps de rebon- dir pour mettre en place les condi- tions permettant une évolution du régime vers un autre modèle et non sa disparition.Publié le 4 mars

SOURCE

et non sa disparition. — Publié le 4 mars SOURCE ALGÉRIE-FOCUS Alger, Paris algerie-focus.com Lancé en

ALGÉRIE-FOCUS

Alger, Paris

algerie-focus.com

Lancé en novembre 2008, ce webzine francophone est le premier journal interactif créé en Algérie. Il est lauréat de l’Algeria Web Awards 2013 dans la catégorie pure player.

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(c) Valais / Wallis Promotion - Pascal Gertschen
lais / Wallis Promotion - Pascal Gertschen

3 questions à…

ABDOU SEMMAR, journaliste éditeur du site Algérie Part.

“Bouteflika n’est que la face visible de l’iceberg”

1. Après le dépôt de

candidature de Bouteflika, jusqu’où peut aller la mobilisation en Algérie ?

Abdou Semmar : Le régime

est confronté à une véritable course contre la montre. La situation risque de s’aggraver, car le maintien de la candidature de Bouteflika pour un cinquième mandat attise la colère populaire. Depuis 2014, l’Algérie est paralysée par l’attentisme, alors que la situation économique est de plus en plus inquiétante. Le pouvoir d’achat n’a jamais été aussi bas, le dinar algérien est très dévalué, les salaires stagnent et le chômage augmente. La maladie de Bouteflika et son absence au sommet de l’État ont permis la prospérité de plusieurs cercles mafieux. Les images d’un président diminué, malade, qui ne parle pas, qui ne bouge pas, sont vécues comme une véritable humiliation par les Algériens. Ils ressentent cette humiliation dans leur chair, et ce sentiment de honte nationale est le principal carburant de cette colère populaire. Tous ces ingrédients vont renforcer la contestation populaire dans les jours à venir. L’urgence d’un dialogue avec les manifestants ne peut pas attendre la date fatidique du scrutin présidentiel, le 18 avril prochain.

2. Le système Bouteflika

peut-il encore rebondir ? Pour l’heure, tabler sur la chute du système algérien est un pari risqué. Abdelaziz Bouteflika n’est que la face visible de cet iceberg. Le régime algérien est plus sophistiqué que les autres régimes arabes qui sont tombés à la suite des “printemps arabes”. Le départ de Bouteflika ne signifie pas pour autant la chute du régime algérien. Cette

nuance est de taille. Dans le clan présidentiel, il y a des successeurs qui s’entraînent pour monter sur la scène lorsque l’actualité l’exigera. En plus, il ne faut pas négliger le soutien international dont jouit le “système Bouteflika”. À trente minutes des côtes européennes, une Algérie qui brûle pourrait menacer dangereusement toute la stabilité de l’Occident. Et ce soutien donne des chances de

survie au système Bouteflika. Le pouvoir algérien a de l’expérience pour maîtriser la rue. Il peut toujours négocier la paix sociale et sortir plusieurs réformes politiques qui vont déverrouiller le pays. Il ne faut pas sous-estimer sa capacité de survie, surtout en l’absence d’un mouvement d’opposition bien structuré pour imposer l’alternance démocratique.

3. Quelles sont les alternatives ? Il y a un courant réformiste au sein du régime algérien qui doit monter en puissance et imposer des changements de l’intérieur pour éviter au pays de sombrer dans l’instabilité la plus dangereuse. Il s’agit d’un groupe de technocrates qui œuvrent pour insuffler des réformes économiques et politiques dans l’optique d’éviter à l’Algérie le scénario vénézuélien. Il est temps de mettre un terme à la sécuritocratie excessive, à la répression des libertés publiques, à la corruption massive qui profite aux oligarques algériens, bref, les solutions ne manquent pas pour sortir l’Algérie de ce dangereux statu quo qui la mène à l’implosion. Pour ce faire, le régime doit s’ouvrir définitivement et composer avec une nouvelle classe politique jeune et renouvelée pour démocratiser progressivement

le pays. —Propos recueillis par Hoda Saliby

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019

D’UN CONTINENT À L’AUTRE.

17

asie
asie

Dessin de Kroll paru dans Le Soir, Bruxelles.

choses. Il a misé sur ce deuxième sommet dont il désirait la réussite. Mais il a été trahi par son interlocuteur. Des concessions et des efforts de Kim Jong-un, le chef de la Maison-Blanche a déduit que son adversaire était en posi- tion de demandeur, plutôt que d’y lire une volonté sincère, et en a profité pour placer plus haut la barre des exigences américaines. Mis à mal dans son propre pays par plu- sieurs dossiers dont les récentes révélations de [son ancien avocat] Michael Cohen, le président Trump savait qu’il n’échapperait

pas à la critique des milieux politiques amé- ricains s’il s’engageait à assouplir les sanc- tions contre la Corée du Nord en échange de la destruction du site de Yongbyon. Il

a donc préféré retourner à sa fermeté ini- tiale, exigeant “la dénucléarisation d’abord,

la récompense après”. Si M. Kim acceptait,

c’était un “big deal” ; dans le cas contraire, le “no deal” était la meilleure option pour

éviter d’être attaqué par ses compatriotes. En quelque sorte, il demandait à Pyongyang de capituler.

Découragement. Encore une fois, Kim Jong-un a été trahi par Donald Trump. On se rappelle le cauchemar de la Libye :

la dénucléarisation d’abord, la trahison après. Trump semblait être différent de ses prédécesseurs, l’épisode de Hanoï

a gravement entamé la confiance nais-

sante entre les Américains et les Nord-

Coréens. “On peut à nouveau se rencontrer”,

a déclaré le président américain, affir-

mant que la partie n’était pas finie, mais sous-entendant “si Kim Jong-un fait des concessions”. [Le 2 mars, les États- Unis et la Corée du Sud ont annoncé la fin de leurs exercices militaires annuels conjoints, qui irritent Pyongyang.]

Les gènes de l’Amérique hégémonique demeurent. On ne peut pas critiquer ceux qui prétendent que nous devons pour- suivre nos efforts, mais le découragement pointe à l’horizon. Le gouvernement sud- coréen se retrouve confronté à un moment

de vérité : il doit réfléchir avec sang froid

à ce que doivent être nos choix alors que

les Américains font s’envoler unilatérale- ment les espoirs de paix pour la péninsule. Kim Chun-hyong Publié le 28 février

SOURCE

— Kim Chun-hyong Publié le 28 février SOURCE PRESSIAN CoréeduNord. Washingtonsouffle lefroid En

PRESSIAN

CoréeduNord.

Washingtonsouffle

lefroid

En élevant le niveau d’exigence américain, Donald Trump a gelé un processus de paix qui semblait pourtant bien engagé. Séoul voit s’envoler les espoirs d’apaisement dans la péninsule.

s’envoler les espoirs d’apaisement dans la péninsule. —Pressian Séoul L es choses ont finalement mal tourné.
s’envoler les espoirs d’apaisement dans la péninsule. —Pressian Séoul L es choses ont finalement mal tourné.

—Pressian Séoul

L es choses ont finalement mal tourné.

Le processus de paix dans la pénin-

sule coréenne se heurte encore une

fois à un grand mur. Le mauvais pressenti- ment suscité dès avant le sommet [des 27 et 28 février à Hanoï] par un certain déca- lage entre l’attitude de Donald Trump et celle de Kim Jong-un est devenu réalité. Le président Trump réitérait son intention de prendre son temps, avant même de com- mencer les discussions avec Kim. Il ne sem- blait pas réellement vouloir voir aboutir les négociations. Ses propos ne laissaient d’ail- leurs pas paraître une réelle conviction. L’échec du sommet est imputable aux États-Unis et non à la Corée du Nord. Le pré- sident américain a mis en cause la demande de Pyongyang de lever complètement les sanctions, mais il suffit de réunir tous les autres éléments de son discours pour com- prendre que là n’est pas le problème. Les Américains ont demandé quelque chose de

plus que la destruction du site de Yongbyon [promise par Pyongyang], soit une com- plète dénucléarisation. Ce ne sont pas les Nord-Coréens qui ont augmenté leur niveau d’exigence [dans la nuit du 28 février au 1 er mars, la Corée du Nord a tenu une conférence de presse à Hanoï pour nier avoir exigé la levée de toutes les sanctions] mais bien les Américains. Sans se satisfaire de la destruction du site de Yongbyon, ils ont exigé celle de toutes les installations nucléaires nord-coréennes, en échange de quoi Kim Jong-un a peut-être réclamé la levée complète des sanctions, accord qui aurait déjà été difficilement acceptable pour Pyongyang.

 

Séoul, Corée du Sud

Trahison. Après le succès du sommet du 12 juin dernier [à Singapour], Kim Jong-un, pensant que la situation stagnait non à cause du président Trump, mais de l’en- tourage de ce dernier, a souhaité revoir son homologue américain pour restaurer une confiance mutuelle et faire avancer les

pressian.com

Ce webzine, association de “Press” et “Internet Alternative News”, a été fondé en 2001. Il est généralement qualifié de progressiste dans le paysage politique sud-coréen.

Vu des États- Unis. L’échec de la diplomatie en tête-à-tête

Trump s’est trompé en croyant que sa relation personnelle avec Kim suffirait à surmonter de profondes divergences. Mais un accord reste possible.

—The New York Times (extraits)

New York

L e président Trump a eu raison de quitter le sommet avec Kim Jong-un plutôt que d’accepter un mauvais

accord nucléaire. Mais cela montre à quel point il s’est laissé embobiner l’année der-

nière, lors de son premier sommet avec Kim [à Singapour en juin 2018]. Trump

a beau voir un génie quand il se regarde

dans un miroir, “l’art de la négociation” [titre d’un livre écrit par Trump en 1987] n’est pas son fort. Au cours de cette réunion, le dirigeant nord-coréen a semble-t-il cherché à obte-

nir une levée totale des sanctions contre son pays, en échange de la fermeture de certains sites nucléaires. Ce n’était pas un bon accord, et Trump a bien fait d’an- nuler le sommet. “[Les Nord-Coréens] vou- laient que les sanctions soient entièrement levées, mais nous ne pouvions pas faire ça”,

a déclaré Trump, avant d’ajouter : “Parfois,

il faut juste s’en aller.” On sait qu’en 1986 le président américain Reagan a quitté le sommet de Reykjavik, en Islande, plutôt que d’accepter un accord avec l’URSS sur la limitation des arme- ments qu’il jugeait peu satisfaisant. Un an plus tard, les Soviétiques sont revenus avec de meilleures propositions et l’ac- cord a été conclu. Espérons que ce sera encore le cas ici. Toutefois, les risques sont bien réels. Le plus grand d’entre eux étant que la Corée du Nord reprenne ses essais d’armes nucléaires et de missiles balistiques, car cela raviverait les tensions et menacerait de nous conduire une fois de plus au bord de la catastrophe. Or malheureusement, la Corée du Nord reste un pays d’importance modeste, qui n’attire l’attention que par son comporte- ment provocateur. Ses dirigeants ont donc compris que leur meilleur moyen de pres- sion était de lancer des missiles, de faire exploser des ogives ou d’ouvrir des com- plexes nucléaires. Si Trump a bien fait de tourner les talons, il semble avoir commis des mala- dresses à l’approche du sommet. En par- ticulier, il a fait savoir qu’il souhaitait

18.

ASIE

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019

ardemment parvenir à un accord et qu’un

“succès fantastique” était probable, ce qui

a sans doute conduit Kim à faire monter

les enchères, croyant que Trump suivrait. Avec des présidents normaux, ce qui va être négocié au cours d’un sommet est sou- vent décidé à l’avance. Comme l’a expliqué un diplomate chevronné, les présidents

sortent des lapins de leurs chapeaux après que les diplomates ont travaillé avec zèle à les glisser dedans. Mais Trump n’a jamais eu beaucoup de patience pour ce travail

diplomatique minutieux. Au contraire, il

a trop tendance à croire que les relations

personnelles permettront de surmonter les obstacles – ce qui lui a incontestable- ment joué un tour cette fois-ci.

Les présidents sortent des lapins de leurs chapeaux après que les diplomates ont travaillé à les glisser dedans.

Les Nord-Coréens ont refusé de conclure un compromis en amont du sommet avec l’envoyé spécial améri- cain, le très estimé Stephen Biegun, Kim jugeant sans doute qu’il pourrait personnellement prendre le dessus sur Trump à Hanoï, ainsi qu’il l’avait fait à Singapour il y a neuf mois. L’échec de ce second sommet sou- ligne l’étendue des malentendus lors de leur première rencontre. Trump n’avait pas compris que, lorsque le leader nord- coréen évoquait la “dénucléarisation”,

il ne parlait pas de la même chose que

les Américains. Il lui a fait un précieux

cadeau en reconnaissant la légitimité

de Kim, sans rien obtenir de compa- rable en retour. Si de fortes tensions risquent à nou- veau d’émerger, il reste néanmoins pos- sible d’envisager des progrès graduels avec la Corée du Nord. Je fais partie des sceptiques qui pensent que Kim n’a nul- lement l’intention de renoncer à son arse- nal nucléaire – ce que m’ont confirmé des Nord-Coréens lors de mon dernier séjour en 2017 –, mais la voie diploma- tique, préférable pour tout le monde, n’est pas exclue. Kim semble notamment disposé à négocier un accord sur le maintien de son moratoire concernant les essais balistiques et nucléaires ainsi que sur le gel de la production de combustible nucléaire dans le complexe de Yongbyon. Ces concessions méritent d’être exami- nées, si le prix exigé n’est pas trop élevé. Une contrepartie raisonnable pourrait par exemple prendre la forme d’un allé- gement des sanctions sur les projets menés entre et par les deux Corées dans les domaines industriel, touristique et ferroviaire. Ces projets intercoréens présentent plusieurs avantages, notamment celui de contribuer à normaliser la Corée du Nord en l’intégrant au reste du monde, ce qui mine l’autorité du régime. C’est ce genre d’accord de portée limitée que la diplomatie devrait à l’avenir s’employer à négocier. Et le président sud-coréen, Moon Jae-in – qui a contribué au lance- ment du processus de paix entre la Corée du Nord et l’Occident –, est bien placé pour mener ces efforts, avec le soutien des États-Unis.

Nicholas Kristof Publié le 28 février

Pyongyang fait les gros yeux ●●● Lors d’une conférence de presse improvisée dans la nuit,
Pyongyang fait les gros yeux
●●● Lors d’une conférence
de presse improvisée dans la nuit,
les responsables coréens ont d’abord
démenti les affirmations de Donald
Trump selon lesquelles Pyongyang
aurait exigé la levée de toutes
les sanctions internationales qui
pèsent sur elle. Selon le quotidien
sud-coréen Hankyoreh, le ministre
nord-coréen des Affaires étrangères
Ri Yong-ho a indiqué que Pyongyang
“ne demande pas la levée totale des
sanctions mais seulement d’une partie
d’entre elles”. À savoir, celles “qui
interfèrent avec l’économie civile
et la vie quotidienne des habitants”.
En échange de cette levée partielle,
Pyongyang proposait le
démantèlement définitif de “tous
les matériaux nucléaires, plutonium
et uranium compris, dans le complexe
de Yongbyon, par des équipes
conjointes de techniciens des
deux pays, et en présence d’experts
américains”. Le ministre a conclu :
“C’était le plus grand pas vers
la dénucléarisation que nous pouvions
faire à ce stade de la confiance entre
nos deux pays”, a dit le ministre.
Néanmoins, le lendemain, l’agence
de presse officielle nord-coréenne
KCNA a pris un ton tout autre pour
diffuser son analyse du sommet,
considérant que les deux leaders
avaient “convenu de poursuivre
un dialogue productif pour régler
les questions discutées lors du sommet
de Hanoï”. Le quotidien Hankyoreh
souligne ce radoucissement et
remarque que selon l’agence,
les deux dirigeants ont promis
de “rester en contact rapproché”.

JAPON

Quand Fukushima recrute des étrangers

Dans la préfecture japonaise, des apprentis étrangers ont participé aux travaux de décontamination nucléaire sans le savoir. Un Vietnamien raconte son expérience à un journaliste de l’Asahi Shimbun.

son expérience à un journaliste de l’ Asahi Shimbun . —Asahi Shimbun T o k y
son expérience à un journaliste de l’ Asahi Shimbun . —Asahi Shimbun T o k y

—Asahi Shimbun Tokyo

D

en génie civil tout en travaillant pour une entreprise de construction de Morioka (préfecture d’Iwate). L’organisme japo- nais qui accueille les apprentis lui assure que ce sera un “travail simple, à la portée de tout le monde”. Nguyen est d’abord conduit à Koriyama, dans la préfecture de Fukushima. Pendant cinq mois, il racle le sol des zones habi- tées et nettoie les caniveaux. À aucun moment, il n’ima- gine participer aux travaux de décontamination prévus

après la catastrophe nucléaire

de Fukushima Daiichi. Puis on l’affecte à la démolition de mai- sons à Kamaishi, une ville de la préfec- ture d’Iwate et, en septembre 2016, on le renvoie dans la préfecture de Fukushima. À Kawamata, en pleine zone évacuée, il œuvre à la démolition de bâtiments super- visée par l’État.

uprintempsàl’automne2018,j’airéa-

lisé un reportage sur un Vietnamien qui était venu faire un stage d’ap-

prentissage au Japon et avait été affecté, sans

en être informé, à des travaux de décon- tamination après la catastrophe nucléaire de Fukushima Daiichi. En janvier dernier, soucieux de savoir ce qu’il était devenu depuis son retour au Vietnam, je me suis rendu chez ses parents, qui vivent dans

la banlieue de Hanoï. Je suis

arrivé par un après-midi assez frais – il faisait 13 °C – et sous une pluie fine. La maison n’était pas chauffée, et c’est en manteau et en gros pull que Nguyen, 25 ans, et ses parents m’ont accueilli. La famille élève des porcs et cultive des champignons. Nguyen n’a pas d’emploi fixe parce qu’il souhaite retourner prochainement au Japon pour y travailler. Un de ses anciens patrons attend avec impatience de le revoir. “J’ai vécu des moments très durs, mais j’ai aussi ren- contré des gens gentils. Le Japon est un beau pays”, dit-il. Cependant, quand j’ai rencon- tré le jeune Vietnamien pour la première fois, en mars 2018, il regrettait amèrement d’y être venu. C’est en septembre 2015 que Nguyen se rend pour la première fois dans l’archipel. Peu après avoir terminé le lycée, il postule

pour un stage d’apprentissage car “[il veut] gagner de l’argent et [s’] intéresse au Japon”. On lui affirme qu’il recevra une forma- tion en conduite d’engins de chantier et

TÉMOIGNAGE
TÉMOIGNAGE

Inquiétude. En ramassant les feuilles mortes à l’aide d’une pelle, il commence à éprouver un sentiment de malaise : une ville déserte, l’obligation de porter un masque pour travailler… Le jour où on lui remet une “prime”, il s’inquiète et demande à son responsable : “Patron, qu’est-ce que c’est ? — Une prime de risque. — Quel risque ? Si ça te plaît pas, rentre chez toi.” Tout en se posant des questions, il conti- nue à travailler. Pour se rendre au Japon [pour une période d’apprentissage de trois ans], il a dû verser 1,6 million de yens [12 700 euros] à l’agence de recrutement

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019

ASIE.

19

Dessin de Vadot paru dans

Le Vif-L’Express, Bruxelles.

vietnamienne. Pour ce faire, il a emprunté plus de 1 million à la banque. Au Vietnam, avec un revenu moyen, il lui faudrait plu- sieurs années pour rembourser ce prêt. Au Japon, il touche un salaire mensuel net d’en- viron 120 000 yens [953 euros]. Et même s’il le souhaitait, en tant qu’apprenti, il n’a pas le droit de changer d’employeur. En mars et en avril 2017, après avoir tra- vaillé à Iitate (Fukushima) et dans les pré- fecturesvoisines,Nguyeneffectueànouveau des travaux de démolition à Kawamata. Quelque temps après, il fait la connais- sance d’un journaliste qui lui explique que les tâches de décontamination sont dange- reuses. En apprenant les risques de radia- tion, le Vietnamien se met à trembler. En novembre, il quitte discrètement le dor- toir de son entreprise et se réfugie au foyer d’hébergement de Koriyama, qui vient en aide à des apprentis comme lui. Le foyer, qui occupe les deux étages d’une maison, abrite alors 12 jeunes Vietnamiens des deux sexes qui se sont, eux aussi, enfuis de leur entreprise. Ils passent leurs jour- nées à dormir, et leurs nuits à regarder des matchs de foot à la télévision. Nguyen est de plus en plus impatient. La durée d’un stage d’apprentissage est [à l’époque] de trois ans maximum. Au moment de son arrivée au foyer, il lui reste moins d’un an à séjourner au Japon. Au printemps 2018, il lit son “réquisi- toire” lors d’un rassemblement de sou- tien aux apprentis étrangers organisé dans le parc Ueno, à Tokyo. “Je suis très inquiet pour ma santé”, clame-t-il. Encouragé par les bénévoles qui le soutiennent, il révèle avoir participé sans le savoir à des travaux

Après avoir appris les risques, Nguyen s’enfuit de l’entreprise d’accueil.

de décontamination. Après son allocution, son “stage de décontamination” fait sensa- tion dans les médias. Au point que le gouver- nement finit par s’intéresser au problème. “Les travaux de décontamination ne sont pas appropriés pour des stages d’apprentissage. Désormais, les stages comprenant de tels tra- vaux ne seront plus autorisés.” Le ministère de la Justice demande à un autre organisme d’accueil des apprentis de chercher un stage pour Nguyen. En août 2018, il est recruté par une entreprise et affecté à la construction d’un tunnel sur une nouvelle route de la préfecture d’Iwate. Son foyer se trouve à cinq minutes en voi- ture du chantier et il abrite une vingtaine d’employés. Au total, huit d’entre eux sont des apprentis vietnamiens. “J’ai eu beau- coup de mal à apprendre le vocabulaire tech- nique en japonais”, se souvient Nguyen. Il ne lui reste alors que deux mois jusqu’à la fin de son stage, en septembre 2018, mais les souvenirs qu’il garde de cette période

sont inoubliables. Le soir, il va boire avec des Japonais de son foyer qui ont l’âge de son père. Ils s’intéressent beaucoup à l’his- toire d’une apprentie vietnamienne avec qui Nguyen a une relation. “Même s’il ne connaissait pas le travail, il se donnait à fond.

J’aimerais beaucoup qu’il retravaille pour moi”, confie son ancien patron avec nostalgie. Lorsque je me suis rendu à Hanoï, j’ai demandé à ses parents ce qu’ils pensaient de l’envie de leur fils de retourner au Japon. “On aimerait le garder avec nous, mais on le sou- tiendra dans tous ses projets, ont-ils répondu d’une même voix. D’après un membre de

la famille qui se rend souvent à l’étranger,

au Japon, les villes sont propres et les entre-

prises, solides. Et les gens sont sympathiques”, ajoute sa mère.

Envie de retourner. Nguyen ne leur a

pas parlé des travaux de décontamina- tion qu’on lui avait fait faire “pour ne pas les inquiéter”. Mais, en son absence, son père m’a dit : “Apparemment, la première entreprise n’était pas bien, j’ai très peur pour sa santé.” Quand j’ai chuchoté plus tard à Nguyen que son père était au courant, il a penché la tête en disant : “Comment peut-il le savoir ? Par mon ex ?” Mais il n’a toujours pas l’intention d’aborder le sujet avec eux. Avec l’argent gagné au Japon, il a fait surélever la maison familiale d’un étage. Aujourd’hui, il projette de retravailler quelques années dans l’archipel, puis, une fois rentré au Vietnam, de se marier et de vivre avec sa femme au premier étage. En octobre 2018, quelque 308 000 appren- tis étrangers étaient en poste au Japon. La plupart des entreprises d’accueil sont ravies de leur travail et les aident dans leur quo- tidien. Mais des pratiques illégales sub- sistent, comme les salaires impayés et les heures supplémentaires. Beaucoup d’apprentis subissent des pres- sionspourrembourserlesdettescontractées pour payer leur voyage et ils ne maîtrisent pas suffisamment la langue japonaise pour faire valoir leurs droits au travail. De tels facteurs nuisent au respect des droits sur le lieu de travail.

“Il y a des tas de gens bien parmi les patrons d’entreprise qui accueillent des apprentis. Mais face à des jeunes qui ont peur d’être renvoyés dans leur pays, ils finissent par se sentir auto- risés à faire n’importe quoi et par commettre des actes de harcèlement moral et sexuel. On

a affaire à un problème structurel d’esclava-

gisme qui corrompt les gens”, explique Ippei Torii, responsable du Réseau de solidarité avec les migrants. Est-il possible, sans remettre en ques- tion ce système de stages d’apprentissage discutable, de construire une société plu- rielle où les droits des étrangers seraient respectés ? L’expérience de Nguyen nous permet d’en douter.

Publié le 5 février

Repères ●●● Huit ans après la triple catastrophe du 11 mars 2011 (le séisme, le
Repères
●●● Huit ans après la triple
catastrophe du 11 mars 2011
(le séisme, le tsunami et l’accident
nucléaire), “le nombre des habitants
évacués des zones touchées
s’élève à 51 778 en février 2019,
selon l’Agence de la reconstruction”,
rapporte le journal local
Fukushima Minyu. Même
si certaines municipalités
ne sont plus classées comme
zones d’exclusion, la plupart
des anciens habitants ne souhaitent
pas y retourner. Le traitement
des déchets radioactifs continue
de poser problème, en particulier
les sols irradiés, dont “le volume
serait supérieur à 14 millions
de mètres cubes”, selon l’Asahi
Shimbun. Le gouvernement
de Shinzo Abe continue pourtant
d’insister sur l’importance
de l’énergie nucléaire. Aujourd’hui,
9 réacteurs sur 38 ont été remis
en service sur l’archipel.
RUSSIE
N
200 km
Hokkaido
Océan
Pacifique
PRÉFECTURE
Mer
D’IWATE
du Japon
Kamaishi
Kawamata
Iitate
Koriyama
Centrale de
Fukushima
Daiichi
PRÉFECTURE
DE FUKUSHIMA
Tokyo
JAPON
Honshu
Zone d’exclusion
nucléaire élargie
COURRIER INTERNATIONAL
Télérama TTéélléérraammaa UN SUBLIME PORTRAIT DE FEMME, UNE ACTRICE INCANDESCENTE Première ★★★
Télérama
TTéélléérraammaa
UN SUBLIME
PORTRAIT DE FEMME,
UNE ACTRICE
INCANDESCENTE
Première ★★★
ÉNIGMATIQUE,
ÉÉÉNNNIIIGGGMMMAAATTTIIIQQQUUUEEE,,,
VVVEEERRRTTTIIIGGGIIINNNEEEUUUXXX HHHAAABBBIIITTTÉÉÉ
VERTIGINEUX, HABITÉ
La Septième Obsession
SIBELSIBEL
ACTUELLEMENT
ACTUELLEMENT

20. D’UN CONTINENT À L’AUTRE

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019

europe
europe

Royaume-Uni. May va enterrer le Brexit

La Première ministre prépare le terrain à un report de la date de sortie, premier pas vers une annulation du processus, prévient ce quotidien pro-Brexit.

annulation du processus, prévient ce quotidien pro-Brexit. —The Daily Telegraph Londres T rêve de tergiversations.

—The Daily Telegraph

Londres

T rêve de tergiversations.

Le mardi 26 février,

c’était pour Theresa May

le moment de choisir. Le Parti conservateur allait-il capituler devant trois ministres terrible- ment pro-UE, qui avaient menacé de démissionner si elle ne retirait pas de la table des négociations le scénario d’un “no deal” ?

Ou bien le parti appartiendrait-il à ses membres, dont plus de 70 % veulent quitter l’Union, que ce soit

sans accord ou avec un simple accord de libre-échange ? Des gens comme les 117 députés qui ont voté contre Theresa May lors du vote de défiance de décembre. La Première ministre s’est fina- lement rangée du côté de ceux qui veulent rester dans l’Union euro- péenne, à n’importe quel prix, dont l’obsession est telle qu’ils sont contents de voir le plus grand vote démocratique de l’histoire du Royaume-Uni renversé, le système politique britannique fracassé, le Parti conservateur divisé et le pays, humilié, retourner vers l’Union en

mendiant la permission d’y être de nouveau admis. Aux ides de mars, Theresa May franchira le Rubicon et amorcera le processus d’annulation du Brexit, détruisant ainsi un parti auquel elle aura consacré sa vie. La première étape consistera à demander un délai supplémen- taire de deux mois, option qui passera probablement devant le Parlement le 14 mars. Il se peut que l’Union refuse un tel délai :

elle pourrait d’emblée en réclamer un plus long. Mais peu importe. Aucun délai ne fera adopter son accord, n’amènera l’UE à se ravi- ser sur la question du filet de sécu- rité irlandais ni ne donnera aux deux partis travaillistes (celui de Corbyn et celui du Groupe indé- pendant [constitué au Parlement de neuf anciens députés du Labour et de trois ex-conservateurs]) une raison de changer d’avis. Les députés conservateurs qui veulent sortir de l’UE auraient pu accepter un report si c’était le mal nécessaire pour parvenir à

Theresa May s’est rangée du côté de ceux qui veulent rester dans l’UE.

un divorce satisfaisant avec l’UE. Après tout, il serait idiot d’ergoter pour savoir s’il faut partir à la fin du mois de mars [le 29, comme c’est prévu pour le moment] ou du mois de mai.

Éclatement des torys. Le pro-

blème, c’est que, comme personne ne pense que deux mois suffiront à changer quoi que ce soit à la situa- tion politique, ce court délai n’a qu’un seul but : faire bien com- prendre aux opposants conser- vateurs de Theresa May qu’ils devront choisir entre son accord affligeant et pas de Brexit du tout (sous la forme d’un second délai, tellement long qu’il signifierait dans le fond que, pour l’heure, le Brexit est mis au placard). Placés devant ce choix, les dépu- tés conservateurs qui veulent vrai- ment quitter l’Union européenne savent que leur temps au sein du Parti conservateur est compté. Le parti a déjà été divisé par le passé, dans les années 1840, lorsque la majorité de ses députés a rejeté l’abolition des Corn Laws [sur le commerce des céréales avec l’étranger] que défendait [le leader de l’époque] Robert Peel. Les par- tisans de celui-ci ont rejoint le Parti libéral après sa mort et ce

“Vous êtes arrivée à destination”. Dessin de Chappatte paru dans

le New York Times, États-Unis.

n’est qu’à ce moment-là que ses opposants “protectionnistes” se sont de nouveau présentés sous le nom de conservateurs. Les sécessionnistes d’au- jourd’hui devront au plus tard quitter le parti au moment où May annulera le Brexit. Ils pourraient le faire plus tôt, en espérant faire tomber le gouvernement, ce qui forcerait la tenue d’élections géné- rales et l’avènement d’un Brexit sans accord, même si cette straté- gie comporte des risques. La cote de popularité du Parti travailliste

Choisir entre son accord affligeant et pas de Brexit du tout.

de Corbyn n’atteint que 23 % dans les derniers sondages d’opinion et nous pourrions finir avec quatre partis de taille à peu près égale. Dans ce cas, il est plausible que soit bricolée une sorte de coalition en faveur d’un retour dans l’UE. Mais ils [les sécessionnistes] seraient peut-être mieux avisés d’attendre fin mai, lorsque la Première ministre annoncera la seconde “extension” de l’ar- ticle 50, qui pourrait signer l’annu- lation du Brexit. D’ici là, avec une bonne préparation, les Brexiters conservateurs seraient en bien meilleure posture pour faire scis- sion et former un nouveau parti. Lequel serait en mesure de rem- porter des élections générales le moment venu.

Les partisans d’un maintien dans l’Europe continuent de nour- rir l’illusion que, s’ils parviennent

à faire en sorte que la Grande-

Bretagne revienne sur le référen- dum, le pays restera dans l’UE. Ils se trompent. Nous ne quit- tons pas l’UE à cause du résultat du référendum : nous avons orga- nisé ce référendum parce qu’il était clair que nous allions quitter l’UE et que nous devions décider quand. Cette logique fondamen- tale pourrait vite se réimposer si May annule le Brexit en 2019 et,

à ce moment-là, un nouveau parti

formé par ceux qui veulent partir pourrait remporter une victoire électorale. En faisant un premier pas vers une annulation du Brexit, Theresa May a pris sa décision. À présent, ou très prochainement, hélas, les conservateurs qui croient au Brexit devront prendre la leur. —Andrew Lilico Publié le 27 février

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019

EUROPE.

21

ALLEMAGNE

Berlin, capitale du socialisme ?

Face à la crise du logement, les Berlinois lancent, en avril, une consultation citoyenne pour exproprier les grands propriétaires immobiliers.

pour exproprier les grands propriétaires immobiliers. —Frankfurter Allgemeine Zeitung Francfort L ’idée de

—Frankfurter Allgemeine

Zeitung Francfort

L ’idée de recourir à l’expropriation ne déplaît pas au gouvernement de gauche [du Land de Berlin] – qui

ajourne des réformes dont la ville a pour-

tant un besoin urgent. Berlin se développe, et les besoins sont légion dans la capitale.

Besoins d’enseignants, de bonnes écoles, de pistes cyclables sécurisées, de fluidité de la circulation automobile, d’administra- tions qui tournent bien, de sécurité dans l’espace public. Mais ce qui manque peut- être le plus, ce sont des logements abor- dables pour les salaires moyens, en tout cas dans le centre-ville au sens large. La solution la plus logique, à savoir construire un maximum de logements neufs, est portée sans grande conviction par un gouvernement régional rouge-rouge-vert [associant le Parti social-démocrate (SPD), die Linke (gauche radicale) et les Verts] qui passe à côté des objectifs qu’il s’est lui-même fixés. Depuis plusieurs semaines, la polé- mique enfle au sujet d’une autre solution, associée à une funeste période : l’expro- priation. En avril, une pétition recueillera des signatures en faveur d’une loi d’initia- tive populaire en ce sens. La campagne vise plus spécifiquement Deutsche Wohnen, premier propriétaire foncier sur le marché berlinois, avec 115 000 logements. Outre cette société, toutes les entreprises ou per- sonnes qui possèdent plus de 3 000 loge- ments doivent être expropriées moyennant

une contrepartie financière plus ou moins symbolique. Trente ans après la fin du socialisme d’État, cette mesure recueille un nombre étonnant de suffrages.

Gauchisation générale. Die Linke, l’un

des trois partis au pouvoir à Berlin, apporte sonsoutienàl’initiativecitoyenne,quiséduit égalementcertainsVerts.Plusieurssemaines durant, le maire de la ville, Michael Müller (SPD), a laissé entendre qu’il n’excluait pas de recourir à des expropriations. Il jugeait toutefois cette solution complexe à mettre en œuvre et ne l’envisageait qu’en troisième, quatrième ou cinquième position [parmi les options possibles]. Il en a finalement

rejeté l’idée, alléguant que ce n’était pas sa manière de faire de la politique. Avant

n’était pas sa manière de faire de la politique. Avant ↑ Dessin de Pudles paru dans

Dessin de Pudles paru dans le Guardian, Londres.

d’ajouter qu’il “ne permettrait pas non plus que la course au profit maximal ait de graves répercussions sociales dans sa ville”. Pourtant, en multipliant les “zones de préservation du tissu social”, die Linke et les Verts, sous couvert de “maintien de la mixité”, servent prioritairement les intérêts de leur propre électorat bourgeois-bohême et empêchent la construction de nouveaux logements. Jusqu’à présent, Müller ne s’est guère distingué par son opposition aux lubies de gauche de ses partenaires de coalition. Non seulement parce qu’il fuit le conflit, mais aussi en raison du climat au sein de son propre parti. Car ce n’est pas un gou- vernement de centre gauche qui est aux commandes à Berlin, mais plutôt un gou- vernement totalement à gauche, qui allie l’aile gauche du SPD à l’aile gauche des Verts et à die Linke, qui s’est radicalisée à gauche. Il ne mise plus seulement sur les quartiers est de Berlin, mais aussi sur

En rejetant l’expropriation, le maire social-démocrate Michael Müller (SPD) perd des soutiens dans ses rangs.

les étudiants et les milieux contestataires de la capitale. En refusant de recourir à l’expropriation, Müller perd les faveurs de certaines franges de son propre parti. Les Jusos [Jeunesses socialistes] berlinois sont par exemple favorables aux expro- priations de logements, la section locale de l’arrondissement de Pankow [dans le nord de Berlin, anciennement Berlin-Est] allant jusqu’à réclamer “l’expropriation [de toute personne physique ou morale] possédant plus de vingt logements, et la socialisation des

EXPOSITION 15 mars - 31 mai 2019 COST. - Carpe diem - VERNISSAGE Le 14
EXPOSITION
15 mars - 31 mai 2019
COST.
- Carpe diem -
VERNISSAGE
Le 14 mars à 19 heures
La Maison de l’Image / Seed Factory
Huis van het Beeld / Seed Factory
Avenue des Volontaires 19, 1160 Bruxelles.
Du lundi au vendredi de 9 à 17 heures.
Fermée les samedis, dimanches et jours fériés.
Métro Pétillon – Entrée gratuite
Vrijwilligerslaan 19, 1160 Brussel.
Van maandag tot vrijdag, van 9 tot 17 uur.
Gesloten op zat., zon. en feestdagen.
Metro Petillon – Gratis toegang
huis van
hetbeeld
de laMaison
l’i Mage

22.

EUROPE

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019

logements en question”. Ils annoncent clai- rement la couleur : “Ce que nous voulons, c’est une ville socialiste.” On retrouve cette gauchisation ailleurs que sur la question du logement. Des mesures importantes qui permettraient de renforcer la sécurité en ville sont tenues en échec, comme la nouvelle loi sur la police incluant la vidéosurveillance dans les quar- tiers rongés par la délinquance ou le “tir de défense de dernier recours” pour les policiers. Or, die Linke rejette ce genre de réformes, plus que nécessaires au nom de la liberté et de la proximité avec les citoyens.

Absence d’alternative. Sur la ques-

tion des réfugiés, Berlin mise sur l’intégra- tion, ce qui est une bonne chose, mais en conséquence c’est le Land d’Allemagne qui procède le moins à des expulsions. Au lieu de cela, Die Linke vient d’offrir un nouveau jour férié aux Berlinois, la Journée internationale des femmes, le 8 mars, que jusqu’ici seuls les régimes communistes ou autoritaires célébraient, et qui fut portée sur les fonts baptismaux en 1921 lors d’un congrès communiste à Moscou. Là non plus, Müller n’a pas su s’imposer, alors qu’il avait proposé la date

du 18 mars, en mémoire de la révolution démocratique de 1848. Mais qui peut s’op- poser à une Journée des femmes ? Malgré toutes ces surenchères acroba- tiques à gauche, le gouvernement rouge- rouge-vert continue de caracoler au-dessus des 50 % dans les sondages. Cela tient au solide ancrage de certains milieux sociaux, à une meilleure redistribution de l’argent dans la ville, mais aussi et sur- tout à l’absence d’alternative séduisante. La CDU de Berlin n’a toujours pas fait sa mutation en grand parti urbain moderne. Dans son ancien fief de Berlin-Ouest, les vieilles rancœurs prédominent, et le parti n’est plus une force de propositions. Sa présidente régionale, Monika Grütters, ne ménage pas sa peine pour redresser la barre, mais ses propres amis politiques ne ratent pas une occasion de lui mettre des bâtons dans les roues. Ainsi n’est-elle pas en mesure de reconquérir l’électorat de centre gauche. Heureusement, la politique ne fait pas tout dans la capitale. Mais il faudra encore du temps pour que Berlin assure son avenir avec la politique, et non malgré elle. —Markus Wehner Publié le 19 février

présentent LE SALON DES MBA & EXECUTIVE MASTERS 16 MARS 2019 35 programmes parmi les
présentent
LE SALON DES MBA & EXECUTIVE MASTERS
16 MARS 2019
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1 heure de Master Class animée par ESCP Europe
Des conférences animées par Le Monde et les écoles
INFOS & INSCRIPTIONS : MBAFAIR-LEMONDE.COM
PALAIS BRONGNIART - PLACE DE LA BOURSE - PARIS

RÉPUBLIQUE TCHÈQUE

Les Pirates ont le vent en poupe

Forts de leur succès aux élections législatives et à la mairie de Prague, les responsables de ce parti d’opposition nourrissent de grandes ambitions pour les européennes.

nourrissent de grandes ambitions pour les européennes. —Týdeník Echo Prague résultat, aux législatives de

—Týdeník Echo Prague

résultat, aux législatives de 2017], ne serait-ce qu’en intentions de vote. Mais, comme dans le cas du Parti vert, qui était apparu sur le devant de la scène lors

L e Parti piratetchèqueremporterales

élections législatives dans deux

ans et pourra alors former un

n des br fo des EUROPÉENNES 2019
n
des
br
fo
des
EUROPÉENNES
2019

des élections de 2006 et s’était

gouvernement qui sera enfin dis- - posé à changer les choses, et suf- fisamment fort pour agir. C’est du moins le plan annoncé par leur

président, Ivan Bartos, lors du congrès du parti en janvier dernier. Mais pensait-il sérieusement ce qu’il disait ? Le Pirate Bartos n’est pas un blanc- bec. Il a déjà mené avec succès de nom- breuses campagnes. Cette fois, il s’agit de la campagne pour les élections euro- péennes. Et l’annonce selon laquelle l’am- bition des Pirates est d’être en position de former un gouvernement en 2021 vise d’abord à rassembler et à booster la moti- vation de tous à l’approche du scrutin de mai. Mais, même si ces élections euro- péennes ne doivent constituer qu’une étape, on ne peut balayer d’un simple revers de main le fait qu’un parti de l’opposition revendique l’exer- cice du pouvoir, lançant ainsi un défi au mouvement ANO du milliar- daire et Premier ministre Andrej Babis [qui pour l’heure figure toujours assez largement en tête dans les sondages], comme peu d’autres formations ose- raient aujourd’hui le faire. Les Pirates ne sont pas le premier nou- veau parti en République tchèque qui parvient à dépasser en un temps rela- tivement court la barre des 10 % [il a obtenu 10,79 %, troisième meilleur

brûlé les ailes en faisant l’erreur

de d rejoindre la coalition gou-

vernementale, v la plupart de ces

formations sont passées comme

des météores dans le ciel politique.

Alors certes, les Pirates sont un mou- vement international organisé dans des

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019

dizaines d’autres pays, mais ils n’ont véri- tablement leur mot à dire dans aucun d’entre eux. Il n’y a qu’en Islande qu’ils sont parvenus à trois reprises à accéder au Parlement national. La question mérite donc d’être posée : pourquoi, à la diffé- rence de leurs homologues ailleurs sur le continent, les Pirates d’un pays d’Eu- rope centrale devraient-ils réussir à se faire une place au soleil ?

Vrai savoir-faire. Il ne fait pas de doute que le Parti pirate tchèque a d’ores et déjà fait mieux que les autres. Aucun autre dans le monde n’a jusqu’à présent propulsé son candidat aux fonctions de maire d’une capitale. Or c’est bien un Pirate [Zdenek Hrib] qui est devenu maire de Prague en novembre dernier. Aujourd’hui, plus per- sonne ne prendrait le risque de se ridiculi- ser en se moquant des Pirates. Se présenter comme un parti qui gagne les élections, et peu importe que cela ne soit pas tout à fait vrai [lors des der- nières municipales, le Parti pirate est arrivé en deuxième position à Prague, avec un score de 17 %, juste der- rière le parti conservateur ODS, qui a obtenu 18 % des voix], exige un vrai savoir-faire en matière de marketing. Mais il ne s’agit pas non plus d’une simple affaire de marketing. Partout en Europe fleurissent aujourd’hui de nouveaux partis sous une forme que l’on n’aurait pas même imaginée il y a encore quelques années et qui, sans grand capital ni grand réseau, obtiennent des succès tout aussi inconce- vables. Ainsi l’humoriste Beppe Grillo a-t-il fondé en 2009 le Mouvement 5 étoiles – au gouvernement aujourd’hui à Rome. Ainsi l’ex-présentateur de télévision Marjan Sarec préside-t-il le gouvernement slovène depuis septembre dernier, après avoir créé sa liste en 2010 et avoir été élu maire de la petite ville de Kamnik. Le profil du Parti pirate fait davantage penser à ces mouvements marginaux qu’aux partis dirigés par des entrepreneurs ou des politiques qui, certes, possèdent généra- lement une histoire plus ancienne, mais dont le fonctionnement est souvent tout aussi obscur. On en trouve en Italie, en Slovénie et dans d’autres pays encore, et la République tchèque elle aussi est diri- gée par un personnage que l’on n’aurait absolument pas imaginé arriver au pouvoir jusque dans un passé très récent : Andrej Babis, ancien agent de la police secrète communiste, qui a fait fortune en profi- tant de la privatisation sauvage [qui a suivi

Aujourd’hui, plus personne ne prendrait le risque de se ridiculiser en se moquant des Pirates.

Dessin de Belle Melor paru dans

KCL Alumni Magazine, Londres.

Les Pirates n’ont finalement rien d’extravagant, ils incarnent même un retour à la normale.

la chute du régime communiste dans les années 1990]. Compte tenu de tout cela, les Pirates n’ont finalement rien d’extra- vagant, ils incarnent même au contraire un retour à la normale – à la condition tou- tefois qu’ils sachent, à l’instar d’un Grillo ou d’un Sarec, recentrer leur discours de manière à toucher le plus grand nombre d’électeurs.

La “gauche verte”. En Europe, les

Pirates sont habituellement très à gauche, et ils obéissent en règle générale à des groupements appelés la “gauche verte”. La campagne des Pirates dans notre pays aura peut-être plus de succès, car on ne leur voit guère de concurrents, le centre ayant été abandonné ces derniers mois par le mouvement ANO, d’Andrej Babis. Les Pirates sont aujourd’hui en République tchèque le seul parti de jeunes existant, et peu importe leur milieu d’ori- gine. Tout électeur né après 1985 est confronté au choix de voter ou non pour le Parti pirate. En résumé, si le projet pirate a belle allure, la question de savoir si Ivan Bartos et ses amis sont sérieux quand ils parlent de former le prochain gouverne- ment reste posée. Sans doute cela est-ce possible, mais qui peut croire que ces per- sonnalités alternatives aux cheveux longs veulent vraiment intégrer, en connais- sance de cause, les structures du pouvoir dans notre pays et consentir librement à en rester prisonniers ?

—Petr Holub Publié le 22 janvier

SOURCE

prisonniers ? —Petr Holub Publié le 22 janvier SOURCE TÝDENÍK ECHO Prague, République tchèque Hebdomadaire,

TÝDENÍK ECHO

Prague, République tchèque

Hebdomadaire, 11 000 ex.

echo24.cz

Magazine de droite, Týdeník Echo (“Écho hebdomadaire”) se présente comme un journal à la fois libéral et conservateur. Il a été lancé, ainsi que le site Echo24.cz, en 2014, par plusieurs journalistes transfuges des rédactions de Mladá fronta Dnes et de Lidové noviny, quotidiens tchèques alors rachetés par le groupe Agrofert, propriété alors de l’actuel Premier ministre populiste, Andrej Babiš.

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24. D’UN CONTINENT À L’AUTRE

Courrier international — n o 1479 du 7 au 13 mars 2019

Dessin de Vincent L’Épée paru dans

L’Express, Neuchâtel.

décadentes et irrationnelles. En revanche, ils sont d’accord avec les islamophobes sur l’im- portance du djihad, sur le fait que l’islam aspire à régner sur le monde et pour dire qu’il est avant tout une idéologie poli- tique. Ce dernier point est même la pierre angulaire de leur vision de l’islam, puisqu’ils affirment que “la religion est politique, que la politique est un devoir religieux et que chaque lettre du Coran est d’ordre politique”. Tout cela ne manque pas de piquant et montre à quel point ce terme est inadapté pour cla- rifier les débats. Qui plus est,