Vous êtes sur la page 1sur 16

Université de Montréal

Analyse critique :

Les questions du réel et de la subjectivité dans le


documentaire animé
The Green Wave (Ali Samadi Ahadi, 2010)

Département dʼhistoire de lʼart et dʼétudes cinématographiques

Faculté des arts et sciences

Prénom et nom : Vivien CAHN


Étudiante internationale (Goethe Universität Frankfurt, Allemagne) en maîtrise
Numéro matricule : p1123034
Cours : Problématique du cinéma documentaire - CIN 6017
Professeur : Sébastien LÉVESQUE
Date de remise : 17 décembre 2015
Sommaire

1. Introduction ........................................................................................................................ 1

2. Le film « The Green Wave » ............................................................................................... 2

3. Le documentaire animé ...................................................................................................... 4

3.1. Le documentaire .......................................................................................................... 4

3.2. L’animation .................................................................................................................. 6

4. Entre réel et subjectivité ..................................................................................................... 8

5. Conclusion ......................................................................................................................... 11

6. Bibliographie ..................................................................................................................... 13
1. Introduction
Figure 1

« Aujourd'hui, je regarde les murs ensanglantés et je crains que ce aussi


cette fois-ci également ce n‘était rien de plus qu’un mirage. »

(The Green Wave, 2010)

Le film The Green Wave (Ali Samadi Ahadi, 2010) commence par le commentaire
d’un partisan du mouvement vert qui raconte son enthousiasme et son espoir de
changer la situation politique en Iran. Juste après, il décrit la désillusion et la
violence qui ont suivi et le film montre l’image animée de son visage en couleurs
sombres et marque par le sang (voir figure 1). Au tout début, le film évoque donc
des problématiques essentielles au documentaire, son statut de preuve et de trace
de la réalité, l’importance de croyance, le rôle du réalisateur et du témoin, l’illusion
et la perception subjective. À la croisée du documentaire et de la fiction, le
documentaire animé The Green Wave met en scène le mouvement vert en Iran en
2009.

Cette étude vise à examiner les caractéristiques particulières du film The Green
Wave pour mieux comprendre la relation entre le réel et la subjectivité. Tout
d’abord, je donnerai des informations générales sur la thématique du film et
exposerai ses types différents de documentation. Pour établir une base d’analyse
du film, je présenterai ensuite le genre du documentaire animé et la problématique
de la définition du documentaire et de l’animation. Après quoi, je passerai à la
question de la vérité subjective en regardant les représentations de perspectives
dans le film et leur rapport à la réalité.

1
2. Le film « The Green Wave »

The Green Wave est sorti en 2010 et a été réalisé par Ali Samadi Ahadi (*1972), un
Iranien qui a fui son pays en 1985 à cause de la première guerre du Golfe, dans
lequel il devrait être recruté comme un enfant soldat. D’une durée de 80 minutes,
le film traite la situation avant, pendant et après les élections en Iran en 2009. Le
mouvement vert des jeunes Iraniens, qui a aussi inspiré le titre du film, est au centre
de The Green Wave. Tout au début, le film donne une idée du sentiment de la
révolution et de la liberté. Cette euphorie est suivie par la déception après la
diffusion du résultat le 12 juin 2009 et la victoire honteuse de l’ancien président
Mahmoud Ahmadinedjad avec 69% des voix. La deuxième partie du film se
concentre sur les protestations contre la fraude électorale, sur l‘oppression des
opposants et sur la violence du régime. La couleur verte est le symbole de l'Islam,
mais elle signifie aussi le sentiment de l’espoir de changement. D’ailleurs, c’était la
couleur de la campagne électorale de Figure 2
Mir-Hossein Mousavi, le leader de
l’opposition et du mouvement vert.
Tout au long du film, on voit des
affiches vertes et les jeunes partisans
portent des foulards, des bracelets et
des drapeaux verts (voir figure 2).

Le film a la structure d’un documentaire, mais il mélange des plusieurs types de


médias et de documents qui viennent de sources différentes : des interviews, des
images d’archives et de l’animation.

Le réalisateur a interviewé plusieurs témoins et activistes: Shadi Sadr (un avocat),


Mitra Khalatbari (un journaliste), Mehdi Mohseni (un blogueur), Dr. Shirin Ebadi (un
avocat et lauréat du prix Nobel), Mohsen Kadivar (un clerc chiite) et Payam Akhavan
(un ancien procureur de l’UN et cofondateur de l’Iran Human Rights
Documentation Center). Ces personnes apportent des connaissances approfondies
sur le sujet ou ont directement protesté pendant le mouvement vert, mais ont dû
fuir en exil après la répression des protestations. Les entrevues ont donc été filmées

2
en dehors de l’Iran et montrent des gens qui ont participé sous une forme ou
une autre au mouvement vert.

De plus, il y a des images d’archives qui n’ont pas été filmés par le réalisateur lui-
même. Ce sont des extraits d'émissions télévisées diffusées sur des chaines
Iraniennes, comme par exemple des discours de politiciens Iraniens. Le film inclut
aussi des séquences filmées en marge des médias officiels par des témoins en Iran
et publiés sur les réseaux sociaux. Ces vidéos originales n’ajoutent pas
d'explications et de débat sur le contenu des images. La plupart de ces documents
été filmée par des gens dans la rue avec les téléphones portables, sans
commencement, ni fin. Ils sont souvent tremblants et de mauvaise qualité (voir
figure 2, p. 2). Cela transmet l’impression d’immédiat et d’être présent dans le
moment. Néanmoins, il faut dire que les sources de ces vidéos ne sont pas toujours
indiquées.

En Iran, les citoyens documentent souvent leurs expériences sous forme d’articles
de blog et Twitter est devenu un médium important pendant les élections en Iran
et le « printemps arabe ». Dans The Green Wave, Ali Samadi Ahadi profite de ce fait
en utilisant des séquences animées qui illustrent les messages publiés sur blogs et
Twitter. L’animation exprime les expériences de deux narrateurs fictifs : Azade, une
étudiante en médecine qui aide à la campagne électorale du candidat Mousavi, et
Kaveh, un étudiant et journaliste. Ces personnages fictifs sont quand même basés
sur une centaine de vrais récits de blogs personnels d’Iraniens. Les deux voix
racontent de divers événements pendant le mouvement vert en Iran. Ils décrivent
les situations d’une perspective très personnelle, mais le temps réel de publication
des messages originaux est identifié par Figure 3
une indication sur l’écran. De plus, Ali
Samadi Ahadi inclut des messages
originaux publiés sur Twitter en couleur
blanc sur un fond noir (voir figure 3). De
cette façon, le réalisateur donne une

3
plateforme aux voix des blogueurs et tweeteurs et adapte la langue du cinéma à
des nouvelles formes de communication politique.

Dans le montage des divers extraits se mélangent des archives personnelles avec
des archives publiques et c’est ainsi que la frontière entre expérience et
représentation disparait.

3. Le documentaire animé

L’animation et le documentaire apparaissent toujours comme des termes opposés.


On rapproche l’animation au fantasme et à la fiction, le documentaire à la réalité
et à la vérité. Dans ce qui suit, je poserai un regard plus précis sur les possibilités et
les limites de ces deux genres et de leur union comme un hybride médiatique.

3.1.Le documentaire

Le cinéma documentaire est destiné à documenter certains aspects de la réalité qui


existent indépendamment de la caméra et se consacre à la recherche de la vérité
du sujet filmé, tandis que le cinéma de la fiction souvent raconte une histoire
imaginaire autour des personnages fictifs (Schadt, 2005).

Néanmoins, Bill Nichols (2001) objecte que le film documentaire, comme la fiction,
n’est pas une reproduction de la réalité mais une représentation. Le documentaire
ne peut jamais être vraiment objectif, car la réalité est toujours médiatisée par la
subjectivité du cinéaste (Baqué, 2004 ; De Bromhead, 1996). Pourtant, François
Niney (2009, p. 25) indique que la vérité dans un film documentaire « n’est pas
unique mais pas arbitraire ». Dans le même sens, Schadt (2005) souligne qu’il n’y a
pas un point de vue objectif, mais qu’on peut identifier des pratiques
documentaires qui sont plus ou moins guidée par la recherche d’information ou par
la manipulation.

Dominique Baqué (2004) fait ressortir la complexité des définitions d’un


documentaire et ses nombreuses formes d’approche du réel. Elle explique que la

4
distinction entre documentaire et fiction n’est pas si claire et que la frontière entre
fiction et documentaire est souvent transgressée. Il est donc important d’interroger
la façon de la construction d’une représentation filmique. Niney (2009) propose
que le caractéristique d’un documentaire n’est pas decidé par le contenu
informatif, mais par la forme d’interaction entre la camera et le monde, par le mode
d’adresse et par la croyance.

Michael Renov (1993, p. 22) accentue quatre tendances principales de la pratique


documentaire : révéler, préserver, enregistrer ; analyser ou interroger ; persuader
ou promouvoir ; exprimer. Il ajoute que ces sont seulement des tendances plus ou
moins utilisées dans des documentaires différents qui ne sont pas distinctes. Dans
The Green Wave, les tendances à « enregistrer » et « exprimer » sont d’une
importance capitale. Comme le témoin Payam Akhavan (ancien procureur de l’UN)
le souligne dans le film:

« They have to understand that their crimes are being documented, are being
recorded, and a day will come when they have to answer. »

En compilant les fragments déjà existants, The Green Wave est un moyen de
préserver les instantanées et les messages publiés sur les réseaux sociaux. De plus,
le réalisateur illustre l’atmosphère à l’aide de l’animation. Par conséquent, le film
sert à révéler les actions du régime et transmet les émotions des gens qui
participent au mouvement vert de manière expressive.

Au tout début du film, la voix-off d’un blogueur fait référence à l‘authenticité de ce


qui est montré et introduit la situation politique de cette année-là. Si on reprend
les idées de Margit Tröhler (2004), il faut reconnaître l’impossibilité de la vérité et
plutôt regarder les stratégies d’authentification. Elle propose d’analyse la manière
de laquelle une représentation crée l’impression de réalisme. Cette authenticité est
d’une nature communicative et est établie entre le réalisateur, la représentation et
le spectateur (Tröhler, 2004).

Les images et sons d’archives dans The Green Wave portent la trace du processus
technologique de l'enregistrement de l'image. Ce sont souvent

5
des vidéos pixélisées, tremblants ou Figure 4
faiblement éclairées (voir figure 4). Elles
réfèrent donc indirectement à la période
et au contexte du tournage. Cela
renforce l’impression qu’il s’agit de
preuves fiables et qu’on peut saisir le
moment directement. En fait, plus ça bouge, plus on attribue de sincérité, de
franchise et d’authenticité aux enregistrements. Par conséquence, cette
composition fonctionne comme une convention stylistique qui produit l'illusion
d'une réplique de la réalité plutôt que sa construction. De cette façon, le spectateur
assigne une crédibilité aux images.

3.2.L’animation

L’animation est souvent associée aux films pour les enfants ou à la publicité et le
marketing des entreprises (Wells, 2008). Cependant, elle peut aussi enrichir le
genre du documentaire et créer une compréhension plus complexe du film.

Dans The Green Wave, l’animation fait un lien entre les séquences et les interviews
et crée ainsi une structure narrative plus cohérente. Dans une entrevue, Ali Samadi
Ahadi indique qu’il avait besoin de combler les lacunes entre tous les séquences
différentes et que l’animation lui permet de reconstituer les scènes de violence
sans tourner de reconstitution (Demmerle, 2011). Les cadavres et la brutalité des
massacres et de la torture sont des sujets sensibles qu’il ne voulait pas montrer de
manière sensationnaliste. L’animation lui donne un moyen de montrer ce qui s’est
passé d’une façon de distanciation. Pour élaborer les animations, son équipe de
vingt dessinateurs s’est basée sur des photos d’acteurs et a réalisé un total de
quatre mille dessins ont été dessinés par (Martens, 2011).

Le style d’animation dans The Green Wave est cel d’un motion-comic avec des
images plutôt fixes et des couleurs très stylisées. Par conséquent, cette forme
d’animation rassemble à un roman illustré (graphic novel) qui souligne la violence

6
sans la montrer directement avec Figure 5
des acteurs ou des personnes réelles
(voir figure 5).

L’animation peut omettre ou mettre


l'accent sur des détails et donc aider
à obtenir plus de clarté (Reinerth,
2013). En outre, l’animation rend possible de remplacer le manque des images
d’archives. Pendant le temps des protestes, les médias étrangers devraient quitter
l'Iran et c’était interdit et dangereux pour Samadi Ahadi et son équipe de tourner
en Iran. Pour cette raison, il n’y a pas d’images de chaines de télévision sauf que
celles contrôlées par le régime. D’ailleurs, l’animation donne accès aux sentiments
et aux perceptions individuelles et offre une nouvelle forme d’exprimer les
impressions subjectives comme les souvenirs, les rêves, les craintes et les espoirs.
De plus, l’animation permet de rendre anonyme les témoins et néanmoins donner
un visage aux nombreuses victimes de l’oppression du système. En résumé,
l'animation peut illustrer où il n’y pas des images, elle permet de simplifier les sujets
complexes et elle peut focaliser et accentuer certains aspectes.

Les dessins sont libérés du réalisme et évoquent une vaste espace de la créativité
et de l’imagination, mais ils remettent en même temps en question la crédibilité
des faits. L'image animée est toujours créée artificiellement, quelle que soit la
technique de fabrication. Pour cette raison, elle diffère de ce que nous voyons de
nos propres yeux et représente une interprétation de la réalité. L’animation peut
montrer tous les événements et les expériences visuellement concevables et n’est
pas forcement liée à une réalité spécifié ou à un temps en dehors de cette
construction. Cette liberté de la création la sépare du film, de la vidéo et de la
photographie qui sont concrètement liés à un champ visuel qui existe
indépendamment de la caméra (Ward, 2005). Cependant, cela signifie aussi qu’il
est nécessaire de construire précisément chaque image et faire un choix non
seulement sur le motif, le cadrage et le montage mais aussi sur le style d’animation.
Dans le processus de l’animation, la façon de la représentation des personnages et

7
des lieux peut varier fortement en termes d’abstraction, de style du dessin, de
couleurs, de vitesse et de création du mouvement.

À cause de cet acte construction, l’animation apporte un statut formalisé et par


conséquent fait opposition à une captation instantanée. Comme le prétend le
critique André Bazin (1958), la caméra enregistre mécaniquement la nature et peut
donc revendiquer une objectivité indépassable. À la différence de la peinture ou,
dans le cas de The Green Wave, l’animation, la caméra capture le moment et le
mouvement passivement. Selon lui, la pratique cinématographique doit essayer de
capturer une supposée vérité en rassemblant le plus fidèle possible au réel et se
libérer de l'intention expressive de l'auteur. L’animation est donc une
représentation qui a été créée activement en traduisant les textes de journal dans
des images. Malgré cela, cet acte de l’animation est visible et met l’accent sur sa
propre construction. Conséquemment, Paul Wells (1998, pp. 24-25) souligne :

« Animation does not share the same method and approach of the live-action film.
Rather, it prioritises its capacity to resist ‘realism’ as a mode of représentation and
uses its various techniques to create numerous styles which are fundamentally about
‘realism’. »

En déclarant ouvertement son statut de réalité médiatisée, l’animation donc


divulgue l’impossibilité de la représentation d’une réalité unique et questionne
l’objectivité en général.

4. Entre réel et subjectivité

Le chapitre précédent m’a permis d’identifier les réflexions principales sur les
caractéristiques du documentaire et de l’animation. Je prendrai en compte ces
considérations dans l’analyse suivante du rapport entre réel et subjectivité dans
The Green Wave.

Le film traite la situation politique en Iran et est ancré dans un contexte historique.
Il présent des faits et essaye également de les prouver d'une manière raisonnée.
Les images d’archives transmettent l’impression d’authenticité et les entrevues
discutent les conséquences du mouvement. Le réalisateur a néanmoins fait le choix

8
d’utiliser des dessins animés dans le film qui représentent le point de vue et
l’imagination des personnes concernées. Ces images fictionnels provoquent
une mise en cause de leur authenticité car elles ne sont pas enregistrées par la
prétendue objectivité d’une caméra.

L’animation avec ses dessins plutôt fixes et ses couleurs stylisées produit une donc
abstraction de la réalité. McCloud (1994) indique que cette abstraction peut être
une généralisation ou une compression. Il ajoute qu’une celle représentation
globale provoque une identification parce que le spectateur peut projeter ses
propres idées sur l’image. Furniss (1999) propose de voir les différents styles
d’animation dans un continuum entre abstraction et réalisme.

Même si les dessins font abstraction de la réalité, ils représentent des événements
qui pouvaient se passer comme ça, pendant ce temps-là et dans les lieux montrés.
D’ailleurs, le bande sonore transmet la dimension spatial en accompagnant les
images animées avec le son du proteste. Ainsi, le réalisateur établit une continuité
dans le montage des séquences diverses.

L’animation sert d’aide pour l’exploration des émotions subjectives en exposant le


monde du point de vue des témoins. Les expériences et les sentiments de l‘extase
et de la désillusion des protestants sont illustrées par les couleurs brillantes ou
sombres, et des gros plan sur leurs visages (voir figure 6 & 7).

Figure 6 Figure 7

De plus, leur imagination, leurs souvenirs et leurs craintes sont visualisés en


symboles et en métaphores animés. Dans cette manière, l’animation intensifie
l’empathie pour les personnages et réduit la distance émotionnelle aux
événements.

9
La musique dans The Green Wave a été composée spécifiquement pour le film et
elle a principalement la fonction de supporter l’atmosphère des situations
montrées dans les images. Il y a des mélodies joyeuses pour l’espoir dans le groupe
et des sons sombres et sinistres accompagnent la brutalité de la violence. Dans
cette manière, les émotions des personnages deviennent perceptibles et amplifient
les sentiments du spectateur. Simultanément, ce sont des mélodies de la culture
occidentale et la musique est donc sont en accord avec le contexte historique et
social.

Les animations privilégient les émotions aux faits et le point de vue du film est
fortement lié à la perspective subjective des blogueurs qui est néanmoins mis en
contexte avec les entrevues neutres. L’animation permet donc à l’animateur de
reconstruire l'expérience individuelle et simultanément d’attirer l'attention sur sa
relation avec la réalité.

Comme mentionné précédemment, le réalisateur, en faisant un choix et en


présentant une perspective particulière, prend toujours un point de vue subjectif.
Le déroulement de la narration, le montage des séquences, l’ambiance de la
musique et les questions dans l’interview réflètent la vision du cinéaste. Dans The
Green Wave, Samadi Ahadi met en contexte les traces qu’il a trouvés (souvent sans
auteur impliqué) et les assemble avec l’animation dessinée par son équipe et avec
les entrevues filmé par lui-même dehors de l’Iran. Ainsi, il recadre les fragments et
établit un lien entre les événements. Comme le dit Niney (2009, p. 25), il doit
« comprendre et scénariser leurs vues, leur visage, leur histoire » qui sont
« autonomes mais elles se voient liées reprises, réorientées par et dans le travail de
montage ». En assemblant les perspectives d’autres, Amadi Sahadi donc crée une
structure cohérente et une continuité du savoir qui est néanmoins influencé par sa
propre vision.

Même si Amadi Sahadi est très précis avec le déroulement temporel en indiquant
la date des événements et des messages, les sources des vidéos restent souvent
inconnues. De plus, il met l’accent sur les protestes et la subjectivité des journaux

10
et messages des partisans du mouvement vert. Pourtant, il atteint plus
d’objectivité à cause de la plénitude d’opinions et preuves.

Ali Samadi Ahadi est d’origine iranienne. D’une côté, il est donc lié à et marqué par
l’histoire de son propre pays. De l’autre côté, il habite en Allemagne depuis sa fuite
d’Iran en 1985 et ne pouvais pas tourner sur place. Dans une entrevue avec Planet
Interview (2011), Samadi Ahadi fait ressortir :

« Je ne peux pas rester complètement en distance, si je fais un film Je ne crois pas à


l'objectivité, de laquelle on parle si souvent, j’ai une vision et je ne veux pas la cacher.
Pour être objectif, je devrais être schizophrène. Je compte sur mon professionnalisme,
afin de ne pas perdre le fil. » (traduit de l’allemand)

En ce sens, il est conscient de la subjectivité de la pratique documentaire et il ne


nie pas son point de vue particulier. Même s’il ne prend pas directement partie
d’une ou l’autre parti politique, il se concentre sur les gens qui protestent et sont
devenues les victimes du régime. Mais le film ne donne pas plein d’informations
complètes sur l’histoire et les structures politiques de l’Iran ou les idéologies
d’Ahmadinedjad et de Mousavi. Ce sont plutôt les spécificités du sentiment de la
liberté du mouvement vert qui sont au centre de l’attention du film. Dans
une perspective phénoménologique, le film communique donc plutôt une
impression des émotions et est un assemblage global de plusieurs traces et de
destins individuels. Pourtant, cette subjectivité est transparente et
l’animation apporte une nouvelle dimension enrichissant le discours sur
l’intelligible et le sensible.

5. Conclusion

Même si le principe de l’animation et du documentaire semblent contradictoire à


première vue et même si l’animation maintient toujours une distance à la réalité,
elle peut néanmoins dépasser le fantasme en enrichissant le genre du
documentaire et peut atteindre un degré d'authenticité profonde.

Dans The Green Wave, l'utilisation d'animation élargit les possibilités de la


représentation de l’histoire et les expressions artistiques de la narration dans un

11
documentaire. L’inclusion des séquences filmées par les téléphones portables
transmet une impression d‘immédiateté et révèle un collectif de preuves
enregistrés pendant le mouvement vert. En outre, les images animées donnent une
expérience des émotions et l‘abstraction de l‘animation intensifie également
l‘identification du spectateur avec les sentiments subjectifs des personnages. Les
entrevues filmées par Ali Samadi Ahadi expliquent la situation et ancrent ce qui est
montré dans la réalité.

L’animation est donc utilisée comme moyen de la médiation de faits sur la réalité
et l'histoire et pour supporter récit narrative. L‘assemblage des types différents de
documents met les récits personnels dans un contexte sociale et politique et donc
crée un mémoire partagée. Ainsi le réalisateur fait un lien entre l’expérience
subjective et l`histoire collective.

En transgressant les frontières entre documentaire et fiction, The Green Wave rend
possible une implication émotionnelle ainsi qu’une observation analytique du
mouvement vert en Iran. L'incertitude sur la valeur de la trace dans l’animation et
sur le statut des images comme vrais documents permet de relativiser notre
compréhension de la perception de la réalité. Par conséquent, le documentaire
animé provoque de se confronter de manière critique à la construction d’une
représentation toujours subjective et son rapport au réel.

12
6. Bibliographie

Baqué, D. (2004). Pour un nouvel art politique: De l’art contemporain au


documentaire. Paris: Flammarion.

Bazin, A. (1958). Qu'est-ce que le cinéma?. Paris: Editions du Cerf.

De Bromhead, T. (1996). Looking two ways. Documentary film’s relationship with


reality and cinema. Aarhus: Intervention Press.

Demmerle, D. (2011). Man kann Menschen nicht verhaften, nur weil sie denken.
Planet Interview. Retrieved from http://www.planet-
interview.de/interviews/ali-samadi-ahadi/35370/ [15.12.2015]

Furniss, M. (1999). Art in motion: Animation aesthetics. Sydney: John Libbey.

Honess Roe, A. (2013). Animated documentary. London: Palgrave Macmillan.

Kriger, J. (2012). Animated realism: A behind the scenes look at the animated
documentary genre. Waltham, MA: Focal Press.

Martens, R. (2011). Aus der Ferne ganz nah. Die Zeit. Retrieved from
http://www.zeit.de/kultur/film/2011-02/film-green-wave [15.12.2015]

McCloud, S. (1994). Understanding comics: The invisible art. New York:


HarperCollins.

Nichols, B. (2001). Introduction to documentary. Bloomington: Indiana University


Press.

Niney, F. (2009). Le documentaire et ses faux-semblants. Paris: Klincksieck.

Reinerth, M. S. (2013) Animationsfilm. In M. Kuhn, I. Scheidgen & N. V. Weber


(eds.), Filmwissenschaftliche Genreanalyse (pp. 319–341). Eine Einführung.
Berlin/Boston, MA: De Gruyter.

Renov, M. (1993). Towards a poetics of documentary. In M. Renov (ed.), Theorizing


documentary (pp. 12-36). London: Routledge.

Schadt, T. (2005). Das Gefühl des Augenblicks. Bergisch Gladbach: Bastei Lübbe
Taschenbücher.

Samadi Ahadi, A. (2010). The Green Wave [DVD]. Dreamer Joint Venture
Filmproduktion.

13
Tröhler, M. (2004). Filmische Authentizität: Mögliche Wirklichkeiten zwischen
Fiktion und Dokumentation. montage/av, 13(2), 149-169.

Ward, P. (2005). Documentary: The margins of reality. London & New York:
Wallflower.

Wells, P. (1998) Understanding Animation. London & New York: Routledge.

Wells, P. (2008). Re-imagining animation: The changing face of the moving Image.
Lausanne: Worthing AVA Academia.

14