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Etablissement privé d’enseignement supérieur

Préparation au CRFPA

Procédure civile

Correction

« Article 30 NCPC »

1. Conseils pour l’examen

Le sujet est relatif à la notion d’action en justice. Concept abstrait et bien connu du processualiste,
l’action en justice fait l’objet d’un article 30 du nouveau Code de procédure civile qui consacre directement la
théorie de l’action en justice, telle qu’elle a été développée par Henri MOTULSKY. Il apparaît alors
indispensable de présenter cette théorie dans le cadre du commentaire de l’article 30 NCPC.

Le commentaire d’un texte (loi ou décret) est un exercice qui exige le respect de certaines règles
incontournables. D’abord, le texte doit être présenté dans l’introduction. Cela signifie qu’il faut indiquer : 1)
l’auteur, 2) l’origine (dans le temps et dans l’espace), 3) la place dans le code (en procédure civile, c’est
particulièrement important car il s’agit d’un code innovation donc le plan a un grande portée : en l’espèce, il
faut dire que l’article 30 est une disposition commune à toutes les juridictions énoncée dans le premier chapitre
du premier livre du NCPC), 4) le sens du texte, et 5) si le texte est connu ou non (c’est évidemment le cas de
l’article 30).
Ensuite, il est une règle indérogeable pour commenter un texte, c’est qu’il faut se soumettre à lui. En d’autres
termes, c’est le texte qui commande le plan. Ce dernier doit permettre de comprendre son contenu. Aussi,
n’essayez pas d’être original. Le plan se trouve généralement dans le texte et s’il n’apparaît pas, alors il faut s’y
rattacher au maximum.

En l’espèce, l’article 30 NCPC dispose que l’action est le droit, pour l’auteur d’une prétention, d’être
entendu sur le fond de celle-ci afin que le juge la dise bien ou mal fondé. Pour le défendeur, l’action est le droit
de discuter le bien fondé de cette prétention. Il semble de prime abord qu’il faille distinguer le droit suivant
qu’il s’agit du demandeur ou du défendeur. Pourtant, la majorité des auteurs ne s’intéressent qu’au premier
alinéa de l’article 30 NCPC car le second alinéa est redondant et n’apporte pas grand-chose à la définition de
l’action en justice. Il est plus intéressant en revanche de s’apercevoir que dans l’article 30, on trouve une
définition positive et négative. En effet, cet article dit ce qu’est l’action : un droit. On peut également déduire de
cet article ce que n’est pas l’action : le bien fondé et la prétention donc la demande. C’est précisément dans
cette définition négative que se trouve consacrée avec le plus clarté la théorie de l’action de MOTULSKY.
C’est autour de cette définition positive et négative de l’action en justice qu’il est possible de construire un
plan. Notons enfin que le commentaire d’un article n’empêche pas de se référer à d’autres articles du même
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code. C’est même parfois nécessaire comme en l’espèce. En effet, il est indispensable de dire un mot sur
l’article 31 NCPC qui semble contredire l’article 30 NCPC. N’oubliez pas enfin qu’en procédure civile, il faut
envisager les conséquences directes et les conséquences indirectes d’une règles, c'est-à-dire les conséquences en
procédure et les conséquences sur le fond, car la procédure est au service du fond pour lui permettre d’être mis
en œuvre.

2. Corrigé

« La théorie de l’action est une théorie malheureuse » regrette le professeur Monique BANDRAC.
C’est pourtant la théorie qui a été consacré par l’article 30 du nouveau Code de procédure civile qui dispose que
« L’action est le droit, pour l’auteur d’une prétention, d’être entendu sur le fond de celle-ci afin que le juge l a
dise bien ou mal fondée. Pour l’adversaire, l’action est le droit de discuter le bien-fondé de cette prétention ».
Disposition commune à toutes les juridictions et directement inspiré par MOTUSLKY, l’article 30 NCPC avait
fait l’objet de nombreux débats à l’époque de la réforme de la procédure civile et a continué par la suite à faire
couler beaucoup d’encre, tant la théorie de l’action paraît abstraite et n’emporte pas la conviction de toute la
doctrine.
On a dans la formule de l’article 30 NCPC une définition positive et négative de l’action en justice.
Lapidairement, cet article dispose que l’action en justice est un droit, sans préciser quelle est sa nature, ni quels
sont ses caractères. Il est par conséquent difficile de dire à la seule lecture de l’article 30 NCPC ce qu’est
l’action en justice. De manière quelque peu redondante, l’article 30 NCPC précise que l’action est le droit pour
le défendeur de contester le bien fondé de la prétention, ce qui n’apporte aucune précision quant à la définition
de celui-ci. En revanche, cet article est plus clair sur ce que n’est pas l’action en justice. Premièrement, le droit
d’agir n’est pas le bien fondé de la demande puisqu’il a pour but d’être entendu par le juge. C’est seulement à
l’issue du procès que le juge dira que l’action est bien ou mal fondée. Dès lors, l’action en justice préexisterait
au droit subjectif. Deuxièmement, le droit d’agir n’est pas la demande, qui est l’acte par lequel l’auteur d’une
prétention la formule. L’action préexisterait ainsi également à la demande. Au reste, l’action en justice est
envisagée par le nouveau Code de procédure civile titre II du livre premier, précédent ainsi le titre IV consacré
à la demande en justice. Pour autant, l’article 30 NCPC semble directement contredit par l’article 31 NCPC qui
pose comme conditions de recevabilité de l’action la démonstration d’un intérêt légitime. Certains auteurs
voient en effet dans l’action en justice un concept « inutile » qui ne distingue réellement ni du droit invoqué ni
de la demande en justice.
L’article 30 NCPC donne ainsi une définition positive qu’il reste à définir et une définition négative qui
est contestable. Nous verrons ainsi que l’article 30 NCPC définit l’action en justice comme un droit (I) dont les
contours sont contestables (II).

I. L’action en justice : un droit d’agir

L’article 30 NCPC dispose lapidairement que l’action est un droit. C’est une consécration incontestée de
la théorie de l’action qui a fait du droit d’agir un droit particulier quant à sa nature (A) et ses caractères (B).

A. La nature du droit d’agir

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L’article 30 NCPC définit l’action en justice comme un droit. Cet article est la consécration de la théorie
de l’action en justice développée par H. MOTULSKY. Ce dernier voyait dans l’action en justice un droit d’une
part subjectif et d’autre part processuel. D’abord, l’action en justice est un droit subjectif. En d’autres termes,
l’action en justice confère à son titulaire, « l’auteur d’une prétention », un droit de créance lui permettant de
réclamer des dommages-intérêts s’il était empêché de l’exercer. Pour parvenir à cette conclusion, l’éminent
auteur s’appuie sur la notion de déni de justice, qui est sanctionnée par l’article 4 du Code civil. A partir de la
méthode structurale de la règle de droit, qui consiste à décomposer la structure de la règle de droit pour
connaître sa nature, H. MOTULSKY estime que la sanction à la règle de l’article 4 du Code civil, dont le
présupposé est le déni de justice, se trouve implicitement à l’article 1382 du Code civil. Ce faisant, il considère
que lorsqu’un justiciable saisit le juge, cela crée un droit à réparation sur le fondement de l’article 1382 du
Code civil en cas de déni de justice. Ainsi, l’action en justice est un droit subjectif puisqu’elle est un droit de
créance. Il ajoute que ce droit subjectif d’agir en justice se distingue du droit mis en œuvre par le juge.
Toujours à partir de la méthode structurale, il déduit de l’effet procédural de l’action en justice la nature de ce
droit subjectif. C’est ainsi qu’il distingue l’action en justice qui est un droit subjectif procédural du droit
subjectif substantiel mis en œuvre par le juge.

Le droit d’agir en justice est également un droit fondamental. En droit interne, le Conseil constitutionnel
va donner au droit à la justice une valeur constitutionnelle dans une décision du 2 décembre 1980. Le
législateur a également reconnu au droit d’accès à la justice une valeur fondamentale, notamment dans sa loi du
29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions qui consacre en son article 1er un droit fondamental
d’accès à la justice. Cette loi domicilie les SDF au bureau d’aide juridictionnelle pour les besoins de la
procédure devant ce bureau. On retrouve encore cette nature de droit fondamental dans le droit international. En
effet, le droit d’agir en justice est énoncé par l’article 8 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du
10 décembre 1948. Il en est de même dans l’article 2 § 3 du Pacte international sur les droits civils et politiques
dont les dispositions peuvent être invoquées devant la Cour de cassation (Civ. 1ère, 13 décembre 1989). La
reconnaissance du droit d’agir en justice résulte également de la jurisprudence de la Cour européenne des Droits
de l’homme à partir de l’article 5 § 4 et de l’article 13. Il est également contenu dans le droit à un tribunal sous-
jacent à l’article 6§1 CEDH. Le droit d’accès à un tribunal, comme droit inhérent à l’article 6, a été affirmé par
l’arrêt Golder (21 février 1975) qui s’est fondé sur « un principe de droit international qui prohibe le déni de
justice ».

B. Les caractères du droit d’agir

Le droit d’agir en justice étant ainsi un droit fondamental, une liberté publique, chacun a la faculté de
l’exercer ou ne de ne pas l’exercer. Cette solution, retenue par la doctrine depuis longtemps (SOLUS et
PERROT). Il convient toutefois de noter que ce principe est assorti de quelques exceptions. Il en est une qui
vient aisément à l'esprit. Elle concerne le Ministère public. À côté des hypothèses de communication obligatoire
du dossier au Ministère public et dans lesquelles celui-ci, partie jointe au procès, n'apparaît, à proprement
parler, ni comme demandeur, ni comme défendeur, il est d'autres cas, dans lesquels le Ministère public, partie
principale, se trouve dans l'obligation d'agir en justice (art. 29-4 et 190 C.civ.). Il en irait de même si la class
action venait à être introduite dans notre droit. En effet, les acheteurs d'un produit défectueux pourraient ainsi
voir leur action individuelle exercée par un organisme de défense des consommateurs. Ils ne s'en plaindraient
sans doute pas en cas de succès de l'action, mais il ne faut pas oublier qu'un échec leur serait également
opposable. Pour autant, le droit français n’a pas encore franchi ce pas, et il se pourrait bien que la class action
soit adaptée au principe de la faculté d’exercer une action en justice dans la perspective de son introduction.

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Cette solution serait au reste inspirée du régime applicable aux actions des syndicats professionnels qui s’ils
n'ont pas a priori à justifier d'un mandat du salarié, doivent quand même recevoir une approbation, au moins
tacite, des salariés, ce qui exclut que ceux-ci soient obligés d'agir en justice.

A côté de ce caractère facultatif du droit d’agir en justice, il en est un autre qui est tout à la fois proche et
différent. Il s’agit de la liberté d’agir en justice. Elle suppose qu’il ne peut être reproché au justiciable d’exercer
une action en justice. En principe, l'exercice de cette liberté ne constitue pas une faute, même de la part de celui
qui perd son procès. Cette immunité - sorte de droit d'avoir tort en justice constamment rappelé en
jurisprudence (Civ., 7 janvier 1955 ; Civ., 13 novembre 1961) -, doit permettre à chacun de défendre ses droits
en justice sans craindre de se voir reprocher le simple fait d'avoir voulu soumettre ses prétentions à un tribunal
en prenant l'initiative d'agir ou en résistant à la demande adverse. Toutefois, ce principe n'interdit pas de
considérer que l'exercice des voies de droit peut être parfois répréhensible, dans la mesure où le plaideur a
commis une faute, soit parce que, dans une intention dilatoire, il a tardé à agir ou retardé le cours du procès soit
parce que de manière plus générale il a commis un abus. La théorie de l’abus de droit ne doit pour autant pas
entraver la liberté d’exercer une action en justice. C’est la raison pour laquelle la jurisprudence encadre la mise
en œuvre de cette théorie dans des conditions très strictes. Ainsi la victime de l’abus doit-elle démontrer
e
l’existence d’une faute caractérisée (voir par exemple, parmis de très nombreux arrêts : Civ. 2 , 25 oct. 1995)
et l’intention de nuire de son adversaire comme l’unique finalité de l’action en justice.

On voit ainsi que par la seule expression « l’action est le droit », l’article 30 NCPC consacre la théorie
de l’action qui est dense et renferme un certain nombre de concepts qui ne figurent pas expressément dans cet
article. Il est par conséquent lapidaire quant à la question de savoir ce qu’est l’action en justice. En revanche, il
est plus aisé de comprendre à la lecture de l’article 30 NCPC ce que n’est pas l’action en justice.

II. Les contours de l’action en justice

L’article 30 NCPC, en prévoyant que l’action est le droit d’être entendu sur le fond qui appartient à
l’auteur d’une prétention, distingue l’action du droit invoqué (A) et l’action de la demande (B).

A. La distinction de l’action et du droit

Les auteurs classiques confondaient l’action et le droit. Ils considéraient en substance que l’action est le
droit lui-même, un droit à l’état de guerre et non à l’état de paix (Demolombe ; Garsonnet). Cette analyse, qui
s’expliquait à une époque (époque de la procédure formulaire) où la création d’une action par le préteur
entraînait la création du droit correspondant. Cette méthode est critiquable au regard du droit subjectif. Il y a, en
effet, des droits sans action (droit de créance tiré d’une obligation naturelle) comme il y a des actions sans droit
(action du ministère public en tant que partie principale ou recours pour excès de pouvoir). Par ailleurs, si
l’action était le droit, il n’y aurait pas d’action sans droit. Or, le droit judiciaire privé permettait au plaideur
d’agir et au juge de le déclarer mal fondé à agir. C’est donc qu’il existait des actions sans droit. Ces critiques
ont contribué à la distinction de l’action et du droit. Et, a priori, c’est la doctrine publiciste qui est à l’origine de
cette réflexion. En effet, le développement du contentieux administratif aidant, cette doctrine voulait
reconnaître au recours pour excès de pouvoir la qualification d’une véritable action en justice. Cependant, il lui
était difficile de convaincre ceux qui n’y voyaient qu’un simple recours hiérarchique dans la mesure où l’objet
du recours était de veiller au respect de la légalité et non de régler un litige opposant des droits concurrents.
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Pour y parvenir elle soutenait alors qu’il pouvait y avoir des actions en justice sans droit substantiel. Cette
analyse, qui a trouvé un écho notamment en Italie où on a constaté d’importants travaux sur la distinction entre
le procès et son contenu, est aujourd’hui acquise et reconnue par les processualistes contemporains et par le
nouveau Code de procédure civile.

Incontestablement, la définition donnée par l’article 30 NCPC opère la distinction entre le droit subjectif
et l’action en justice qui permet sa sanction. En effet, cet article précise que l’action est le droit d’être entendu
sur une prétention pour que le juge la dise bien ou mal fondée, distinguant ainsi le droit d’agir du bien fondé de
la demande. Par conséquent, on peut avoir des actions sans droit comme on peut avoir des droits sans actions.
Par ailleurs, cette distinction légale implique un traitement distinct de leur existence : une action peut être
déclarée recevable alors que le droit mal fondé (Civ. 3e, 27 janvier 1999 ; Civ. 2e, 6 mai 2004). Dès lors, la
recevabilité de l’action en justice ne dépend pas de l’existence du droit subjectif, mais des conditions propres à
l’action, telles que la prescription, l’intérêt à agir, l’autorité de la chose jugée etc (art. 122 NCPC). Cependant,
cette distinction doit être nuancée. D’abord, les actions sont classées en fonction de la nature du droit litigieux :
l’action est réelle lorsque le droit litigieux est un droit réel (ex : action en revendication), elle est personnelle
lorsqu’il s’agit de défendre un droit personnel (droit de créance). Ensuite, contrairement au recours pour excès
de pouvoir ou à l’action publique devant les juges répressifs qui peuvent être fondés exclusivement sur la
violation de la règle de droit, l’action (en procédure civile) a pour but la consécration ou la contestation d’un
droit subjectif. C’est ainsi que l’article 31 du Code exige un intérêt légitime pour agir. Or, l’examen de la
légitimité revient, au moins en pratique, à vérifier l’existence du droit invoqué. C’est ainsi qu’on peut expliquer
que l’arrêt Dangereux de la chambre mixte du 27 février 1970 a conféré à la concubine un intérêt à agir,
revenant sur sa jurisprudence antérieure, en prenant compte de l’évolution du droit qui reconnaissait désormais
le concubinage. Cette solution se comprend en pratique aisément car le juge qui constate d’emblée l’inexistence
du droit invoqué sait qu’en tout état de cause, l’action est vouée à l’échec. Il n’est alors presque plus qu’une
question de forme de dire que l’action est irrecevable plutôt qu’elle est mal fondée.

B. La distinction de l’action et de la demande

Si l’action est le droit de saisir le juge, la demande en justice est sa mise en œuvre procédurale. La
demande est tout simplement l’acte de procédure qui par lequel on exerce l’action. L’article 30 NCPC dispose
simplement que le titulaire du droit d’agir est l’auteur d’une prétention. C’est ainsi que l’action en justice doit
se distinguer de la prétention, qui participe selon l’article 4 NCPC, à l’objet du litige qui est fixé par l’acte
introductif d’instance et par les conclusions en défense. On en conclue que l’action en justice est distincte de la
demande. Ainsi, en tant qu'acte de procédure, la demande en justice est tout d'abord soumise à des conditions de
forme et de fond qui ne gouvernent en rien l'existence du droit d'agir. En ce sens la nullité de la demande,
n'atteint jamais directement l'action qui pourrait être engagée de nouveau par une demande en justice exempte
de tout vice de procédure de fond ou de forme. Dans le même sens, à une même action peut correspondre
plusieurs demandes, comme en matière de litispendance par exemple et à l’inverse, il existe des demandes sans
action puisque l’irrecevabilité sanctionne l’inexistence de l’action sans contester celle de la demande. Cette
analyse est confirmée par l’examen des effets de ces deux notions. Si l’action en justice a pour effet de conférer
à son titulaire une faculté et une liberté de demander au juge la sanction d’un droit subjectif, la demande elle a
pour effet de créer un lien d’instance qui impose au juge de trancher le litige dans la limite de son objet (art. 4
NCPC) et conformément aux règles de droit qui lui sont applicables (art. 12 NCPC). Par ailleurs, la demande en
justice permet d’interrompre le délai de prescription (art. 2246 C.civ.), et vaut mise en demeure (art. 1139

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C.civ.) avec tous les effets qui y sont attachés. La demande en justice produit ainsi des effets procéduraux et
civils.

Toutefois, cette distinction est parfois remise en cause par la doctrine (HERON). En effet, on peut
réfuter l’argument selon lequel il existe des demandes sans action, en considérant que le rejet montre seulement
que la demande ne remplit pas les conditions exigées par la loi pour qu’elle soit examinée, mais n’établit pas
que ces conditions forment un droit antérieur et indépendant de la demande. Au demeurant, en mettant en
œuvre la méthode structurale de la règle de droit de MOTULSKY, on arrive à la conclusion que le droit d’agir
est dépendant de la demande. Dans le présupposé de la règle relative à la demande, on trouve au moins
l’émission d’une prétention, et dans les effets le droit d’être entendu sur le fond. Dans le présupposé du droit
d’agir, on trouverait les conditions d’ouverture de l’action, comme l’intérêt ou la qualité pour agir, mais on ne
peut trouver aucun effet juridique qui résulte de ces seuls éléments. L’intérêt et la qualité n’entraînent rien
indépendamment d’une demande contenant une prétention. S’il n’existe qu’un seul effet juridique, il n’existe
qu’une seule règle. La conclusion est alors que l’intérêt et la qualité (et les autres conditions d’ouverture de
l’action) ne constituent que des conditions de la demande elle-même. Ainsi, il est démontré que le droit d’agir
ne constitue pas un droit distinct indépendant de la demande.

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