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I n d e x L i b r o r u m P r o h i b i t o r u m

Cette aide de jeu fait partie de la gamme officielle pour


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Un supplément écrit et mis en page par Sofiène Boumaza

Scénario: Pascal Broxolle et Sofiène Boumaza


Corrections: Pascal Broxolle
Illustration: J-P Laurens, tous droits réservés

http://apokryph.free.fr
Présentation

Presentation
L
‘Index Librorum Prohibitorum, ou devint bientôt l’organe même de l’influen-
plus simplement l’Index, fait par- ce morale et politique de Rome sur le Siè-
tie, au même titre que l’Inquisition cle.
d’Espagne, ou plus récemment l’Opus Dei, Mais c’est un mal nécessaire. Pour
des rejetons que l’Eglise moderne préfère- une religion du Livre, une religion basée
rait voir disparaître des tablettes de l’his- plus que toute autre chose sur le texte, la
toire. Incarnation d’une époque d’intolé- maitrise de ce qui se publie et de ce qui se
rance où la Sainte Eglise romaine aposto- dit est, depuis les origines mêmes, consi-
lique pensait détenir l’autorité morale su- dérée comme une priorité vitale. Car au
prême sur ses contemporains, l’Index est milieu des nuées de pages publiées chaque
devenu au fur et à mesure de ses différen- jour dans le monde, qui pourra empêcher
tes éditions, et des différents papes qui le que soit détournée, corrompue la sainte pa-
faisaient publier, l’instrument politique role, le Verbe divin? Qui pourra empêcher
privilégié visant à édicter la ligne de pen- que les faux-prophètes se propagent à tra-
sée officielle autorisée par le Saint-Siège. vers le monde, éructant leurs discours de
Au côté de la Sainte-Inquisition, l’Index peur et de mensonges? Dans un monde où
mettait au ban de la communauté intellec- la Foi perd du terrain devant les tentations
tuelle les ouvrages les plus progressistes de l’Homme, le rôle de l’Index a changé.
dont les idées devenaient dangereuses Lorsque le pouvoir s’éloigne de la tiare, cel-
pour le Dogme et le contrôle des esprits. le-ci se doit d’apprendre à contourner les
Dans un monde en constante évolution apparences pour le salut des âmes et empê-

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morale et scientifique, plus encore avec le cher que survienne l’inévitable. L’écrit est
développement de l’imprimerie qui permit puissant et cette puissance doit impérative-
une multiplication des copies et un contrô- ment être canalisée.
le plus ardu des ouvrages édités, l’Index

Histoire
L
message de la nouvelle religion. Et rompre
a constitution de la censure ecclé- le contrôle. Car l’immense pouvoir qu’of-
siastique remonte aux origines de frait le martyr du Christ aux Douze ne tolé-
cette nouvelle communauté que rait qu’une ligne, unique, fixée pour des
l’on appellera bientôt Chrétiens. Dès les pre- siècles. Tout courant, toute doctrine qui ne
mières années suivant la mort du Christ et s’accorderait pas totalement avec ce Dog-
jusqu’au Concile de Jérusalem (en l’an 48 me devrait être combattu sans relâche, afin
de notre ère) qui établit pour la première d’éviter un morcellement de la communau-
fois le dogme officiel, la lutte contre les té en une multitude de courants du judaïs-
écrits apocryphes en tout genre s’imposa à me. Non, le message du galiléen devait être
la communauté des Apôtres. Si la Loi avait la base d’une assemblée d’hommes nou-
été posée par écrit, tout écrit pouvait facile- veaux, d’une nouvelle religion qui se sub-
ment se substitier à celle-ci et pervertir le stituerait aux anciennes croyances pour ré-
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gner sur le monde. La lutte contre les voix était controlée. Jusqu’à l’invention du ca-
discordantes devait être implacable. Mais ractère typographique la copie des ouvra-
comment parvenir à éliminer la multitudes ges restait une pratique manuelle, longue
d’écrits, tantôt attribués à Pierre, tantôt à et coûteuse, et était pour l’essentiel réalisée
Jacques, parfois même au galiléen? dans le calme des monastères. La dangero-
Au sein de la communauté primiti- sité de la publication, et plus encore de la
ve, alors que les prédications de Paul ac- copie, de ces textes en limitait naturelle-
croissaient le nombre de fidèles de façon ment le développement dans la chrétienté.
hétéroclite, il devint rapidement indispen- La marche de la censure était encore mal
sable d’établir un canon officiel des écrits organisée et tous les parchemins produits
véritables. Les nouveaux venus ne de- ne passaient pas toujours par les mains des
vaient pas s’égarer dans la lecture d’apo- censeurs, mais l’essentiel de l’attention res-
cryphes pouvant remettre en question le tait dirigée vers les Marches, où les com-
Dogme. Mais jusque là les Douze n’avaient munications commerciales avec les régions
eu affaire qu’à des écrits anonymes faciles à païennes et musulmanes impliquaient un
discréditer puisque sans réels défenseurs. risque de voir ressurgir des écrits héré-
La première confrontation véritable tiques sur les routes d’Occident. Ainsi, en
, le premier test pour la nouvelle Eglise, 1231, Grégoire IX interdit la diffusion d’u-
prit place face à l’hérésie arienne. Le prêtre ne édition arabe d’Aristote tant que le texte
Arius, dans son “Thalia”, niait la divinité n’aurait pas été entièrement traduit pour
du Christ, le cantonnant au rôle de premiè- en vérifier toute la prose...
re créature du divin. Profitant de son carac- La résurgence des hérésies mani-
tère écrit, cette doctrine se propageait rapi- chéennes cathares et vaudoises nécessita
dement dans tout l’Empire romain, exi- cependant à partir du XIII° siècle, une at-
geant une réaction sans détours de l’Eglise. tention accrue de la part du Saint-Siège. Si
Réunies en concile à Nicée en 325, les auto- les publications de listes d’ouvrages inter-
rités catholiques proclamèrent la condam- dits par Rome restait ponctuelle, dans un
4 nation d’Arius et de ses thèses comme hé-
rétiques. La possession de son livre fut
contexte de développement des commu-
nautés intellectuelles laïques dans les
interdite dans tout l’Empire sous peine de villes, le Pape se reposait alors sur les Uni-
mort et tous les exemplaires trouvés furent versités pour assurer la défense du Dogme
jetés au bûcher. L’incendie semblait avoir et des bonnes moeurs catholiques. C’est
été circonscrit. dans ce cadre qu’apparurent des prédica-
Cependant, l’avertissement avait été teurs réformateurs attachés à la traduction
enregistré. Il ne fallait pas que se reprodui- en langue vernaculaire de la Bible. Jan Hus
se cette contamination. L’Eglise devait dés- en Bohème, John Wycliff en Angleterre,
ormais agir en amont, prévenir l’émergen- pourtant tous deux issus des milieux uni-
ce des écrits hérétiques avant qu’ils ne versitaires, furent aussitôt condamnés par
commencent à être diffusés. Ainsi, en 405, le Saint-Offices et leurs ouvrages inscrits à
Innocent I° publia le “Décret Gélasien”, pre- l’Index.
mière tentative rigoureuse de classification
des écrits hérétiques, apocryphes et plus La réponse épiscopale
simplement de tout écrit pouvant porter Le Saint-Siège commença à s’inquié-
ombrage à la Parole et au Dogme. Le pre- ter de la désorganisation de la censure. Le
mier Index était né. monde changeait et l’Index n’était plus
adapté pour filtrer des manuscrits qui se
Contenir les hérésies médiévales produisaient en nombre croissant de par
Si les hérésies ne disparurent pas l’Europe. Signe de l’engorgement d’une
avec l’établissement de la censure, néam- Curie de plus en plus hiérarchisée, la réac-
moins la diffusion des idées dangereuses tion vint d’en bas, des évêques, qui prirent
Histoire
des initiatives pour contrôler les appari- Mais il fallut attendre le fameux
tions de livres dangereux sur leurs terres et concile de Trente, en 1559, pour que la pro-
en avertir Rome. L’imprimerie produisait cédure de classement et d’interdiction des
désormais des livres dans des proportions ouvrages soit rigoureusement organisée.
sans commune mesure avec ce qui avait été Les décisions du concile, connues sous le
possible depuis l’antiquité. Issues des pré- nom d’”Index Tridentin”, établirent dix rè-
dications des réformateurs du Moyen-Age, gles. Ainsi, tous les ouvrages hérétiques,
des thèses réformatrices touchaient des superstitieux, immoraux, mais également
parts croissantes de la population, notam- toutes les traductions latines du Nouveau
ment en allemagne. La Réforme de Luther Testament furent désormais interdites. Par
était imminente. Une réponse appropriée ailleurs, tout ouvrage d’un hérésiarque, de
devait venir rapidement de Rome. Le 17 quelque catégorie qu’il soit, devait être
novembre 1487, Innocent VIII prescrivait voué au feu: il s’agit alors de bannir, outre
l’universalité géopraphique de la censure les textes, l’ensemble de la pensée héré-
et en confiait officiellement l’autorité aux tique. Chaque ouvrage contenant des pas-
évêques. Quelques années plus tard, à l’oc- sages jugés hérétiques devait en être expur-
casion du concile du Latran (1515), dans sa gé avant publication, sous peine d’être
bulle “Inter sollicitudines” Léon X prescri- interdit dans sa totalité.
vait la censure à l’ensemble des publica- La censure préventive fut étendue.
tions. D’une action de contrôle désorgani- Outre les auteurs, la filière du livre toute
sée, la censure devenait une institution entière fut désormais placée sous le contrô-
structurée et coordonnée. le des censeurs. Devenait passible d’ex-
Sur le terrain les censeurs universi- communication chaque personne produi-
taires et les évêques étaient assistés par sant, éditant ou vendant un ouvrage inter-
l’Inquisition. A Rome, la charge de la cen- dit. Les possesseurs et lecteurs de tels ou-
sure revenait au Maître du Sacré Palais. Les vrages étaient soumis à la même peine par
autodafés d’écrits réformateurs et huma- l’évêque de leur juridiction. Pour contrer
nistes naissaient en nombre sur les places les tentatives de fraude, les libraires furent 5
italiennes et allemandes. Les textes de l’hu- sommés de tenir des registres exacts et à
maniste Pic de la Mirandole étaient inter- jour de leur catalogue, qu’ils se devaient de
dits sous peine d’excommunication. Toutes présenter à tout inquisiteur ou censeur qui
les thèses de Luther, écrites et à venir, fu- le lui demandait. Il fut également établi que
rent mises au ban de la communauté ca- les censeurs devaient conserver une copie
tholique. Si la Réforme protestante utilisait de tout ouvrage examiné, copie qui serait
l’imprimerie comme vecteur privilégié conservée à Rome.
dans la diffusion de ses thèses, la Contre- Ces règles furent appliquées à l’en-
Réforme utilisait le feu et une répression semble de la chrétienté et restèrent force de
sans faille. La muraille de la Foi ne devait loi durant plus de trois siècles. Entre
pas se fissurer. temps, afin de désengorger les tribunaux
de l’Institution, une congrégation spéciale
Naissance de l’Index fut constituée le 13 septembre 1572 par la
Après que le concile du Latran ait bulle “Ut pestiferarum “ de Grégoire XIII. La
décidé de confier la haute main de la ré- principale tâche de la nouvelle congréga-
pression à la Sainte-Inquisition, la censure tion, dont la direction fut confiée à un pré-
des livres passa également dans la juridic- lat de rang cardinalice, fut la publication de
tion de l’Institution. Un décret de Paul IV l’Index régulièrement mis à jour. Les condi-
institua quelques mois plus tard un index tions et la procédure de classement d’un
recensant l’ensemble des ouvrages inter- ouvrage à l’Index furent également préci-
dits depuis le début de la censure ecclésias- sées. Deux autres Index suivirent, en 1590
tique. et 1593, qui ne furent cependant jamais ap-
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régner son ordre moral sur l’Europe sans


qu’aucune opposition réelle ne vienne s’at-
Les auteurs maudits taquer à l’édifice avant l’arrivée des Lumiè-
res.
(extrait)
-- Rabelais : ensemble de l’oeuvre. Laïcisation de la censure
Pendant que les légistes de l’Eglise
- Giordano Bruno : ensemble de l’oeuvre. se penchaient sur leur codification de la
censure, le monde était en train de changer.
- Galilée : ensemble de l’oeuvre. A nouveau. L’essor des Etat-Nations et de
- Montaigne : Essais. la puissance des souverains temporels
avait changé la donne. L’Eglise, si sa cau-
- Descartes : ensemble de l’oeuvre.) tion morale était préservée, n’arborait plus
le même pouvoir politique qu’au cours du
- La Fontaine :Contes et Nouvelles. Moyen-Age et certains cardinaux réalisè-
- Pascal : Pensées. rent que le Saint-Siège devait faire évoluer
sa stratégie. L’Index avait jusque là reposé
- Thomas Hobbes : ensemble de l’oeuvre.) principalement sur les évêques et les uni-
versités. La puissance montante des Etats
- Montesquieu : Lettres Persanes. devait désormais être prise en compte. No-
- Voltaire :(Lettres philosophiques; , ... tamment grâce à l’action du cardinal de Ri-
chelieu et à sa mainmise sur la monarchie
- Rousseau : Du Contrat Social , ... française, l’Eglise put progressivement se
délester sur les nouvelles administrations
- Sade : ensemble de l’oeuvre. étatiques de la censure des textes profanes.
- Balzac : inscrit en 1 8 4 1. L’opération était doublement bénéfique. Le
temporel était satisfait de voir ainsi son
6 - Victor Hugo : inscrit en 1 8 3 4. autorité reconnue par Rome et la Congré-
gation de l’Index pouvait s’atteler au recen-
- Alexandre Dumas père : inscrit en 1 8 6 3. sement des ouvrages réellement dangereux
- Immanual Kant : inscrit en 1 8 9 4. pour le Dogme. Dans cette nouvelle confi-
guration, toute intervention de l’Eglise
-P
PierreLarousse: Dictionnaire Universel. dans la prohibition d’un ouvrage littéraire
aurait la force de sa rareté.
- Andre Gide : ensemble de l’oeuvre. Il demeurait néammoins que la ri-
- Jean Paul Sartre : ensemble de l’oeuvre. gueur extrême de la législation de la censu-
re ecclésiastique n’était plus applicable aux
changements des moeurs, à l’évolution des
publication et des progrès techniques. Pour
pliqués pour cause de trop grande rigueur ne pas se couper de ses ouailles le Saint-
dans la sélection des ouvrages. Père devait adapter son droit. A l’orée d’un
A la fin du XVI°siècle, alors que la XIX° siècle qui allait apporter tant de bou-
guerre contre l’hérésie protestante battait leversements dans l’Eglise, l’ensemble du
son plein, le fonctionnement de la censure corpus juridique, de la procédure et de l’é-
de l’Eglise était ainsi établie de façon quasi dition de l’Index fut réorganisé dans le
définitive, hormis quelques ajustements “code Léonin”, sous le pontificat de léon
succéssifs qui, s’ils réhaussèrent l’efficacité XIII. L’objectif, en plus d’assouplir les
du système, n’en modifièrent en rien les condamnations (seules les trois premières
fondements. La Curie romaine assistée de catégories d’ouvrages restèrent passibles
sa fille aînée, la Sainte-Inquisition, faisait d’excommunication), était de procéder à
Présentation
une remise à plat et à un grand nettoyage résoudre à faire nommer de nouveaux
des différentes strates qu’avaient constitué évêques inféodés aux templiers, qui eux-
les bulles successives ayant codifié la cen- même désignèrent une cohorte de nou-
sure ecclésiastique à travers les âges. Ayant veaux censeurs. L’Index devenait de fait un
traversé les tempêtes et atteint l’âge de rai- département du ministère public de l’Em-
son, la Congrégation de l’Index devait pas- pire.
ser le siècle allégée de ses archaïsmes et Cette crise porta un terrible coup à
plus efficace que jamais. la crédibilité de la Congrégation de l’Index,
Rien ne fut laissé au hasard ; la réor- ainsi que de la plupart des congrégations
ganisation, tout en conservant les éléments romaines, que le Conseil Pourpre ne
centraux des précédentes réformes, fit table contrôlait plus. Une fois l’Empire défait et
rase des textes accumulés pour en produire la Curie rentrée à Rome, les cardinaux fu-
un nouveau. Comme si les évènements des rent contraints de procéder à une purge.
deux siècles à venir avaient été prévus, le Une forte centralisation du pouvoir s’en-
nouveau code fut pensé comme un texte suivit. La tradition qui faisait des évêques
définitif, une dernière mise en forme d’une les détenteurs du pouvoir romain en pro-
législation de la censure qui ne devrait plus vince, fût profondément remise en cause.
bouger. Et de fait, le code Leonin allait cons- Le Saint-Siège ne pouvait plus accorder
tituer la dernière réforme officielle de la une telle confiance à un corps qui l’avait
Sainte Congrégation de l’Index jusqu’à nos trahi. Il fut donc établi que, si les prélats lo-
jours. caux conservait bien la délégation papale
sur leurs ouailles pour l’essentiel du gou-
La fin de l’Index vernement de la Foi, le pouvoir des congré-
La domination templière puis l’ex- gations devrait s’exercer via des fonction-
plosion du modernisme un siècle plus tard naires spéciaux qui emporteraient l’autori-
allaient en effet avoir raison d’une certaine té de l’Index sur le terrain.
Mais la réprise en main ne fut pas
7
vision de l’Eglise dont, à Rome, les der-
niers tenants de la manière forte ne vou- suffisante pour effacer toutes les traces du
laient pas admettre la fin. L’Eglise millénai- traumatisme. Les fissures provoquées dans
re était balayée. Et avec elle, non seulement l’image et l’autorité de l’Eglise, mais sur-
la complexe organisation curiale, mais sur- tout dans la croyance des masses, ne pour-
tout la domination des esprits par la Foi raient pas être comblées. Prenant acte de la
voyait sa muraille se fissurer, avant de nouvelle donne, le concile Vatican II an-
bientôt s’effondrer. nonça la suppréssion de la Sainte Congré-
La direction de l’Eglise rentrait en gation de l’Index, en même temps que la
clandestinité, pourchassée par le nouveau modification des prérogatives de l’Inquisi-
pouvoir templier. Mais le gros des troupes, tion. L’Eglise ne s’occuperait désormais
les prêtres de campagne et les évêques gal- plus de politique et renonçait à son contrô-
licans allaient choisir de courber l’échine, le des moeurs pour ne s’occuper plus que
de se soumettre au pouvoir militaire des de Foi. Le dernier Index des livres interdis
impies par la collaboration. Pendant toute avait été publié en 1948, après trente-deux
la période de domination de la croix pattée éditions successives depuis 1559 et près de
sur l’Europe, les directives de l’Eglise six-mille ouvrages inscrits.
étaient visées par le nouvel Empire. Si la
censure napoléonienne n’avait aucun be-
soin de traîtres pour fonctionner très effi-
cacement, le pouvoir de la Foi ne pouvait
être négligé. Et seule l’Eglise pouvait diri-
ger les croyants. L’Index fut donc mis en
coupe réglée. Le Pape, prisonnier, dut se
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La Sainte Congrégation de l’Index


C
e que l’on nomme communément désormais, dans le plus grand secret.
l‘Index n’est en réalité que la seconde Ainsi pour l’ensemble du monde l’Index,
partie de la publication de la Sainte ce nom porteur d’infamie, ce symbole de la
Congrégation de l’Index intitulée persécution de la pensée par l’obscurantis-
“Index des livres interdits”. Cette pu- me ecclésiastique, a pris fin il y a plus de
blication prise dans son ensemble constitue trente ans. Or, si la Sainte Congrégation de
dans les faits l’intégralité du corpus juri- l’Index a bel et bien disparu des registres
dique de l’Eglise catholique relatif aux liv- de l’administration curiale comme la pa-
res. La seconde partie du codex comprend pauté s’y était engagée, les censeurs arpen-
la liste des publications considérées comme tent toujours les couloirs du Saint-Office.
dangereuses pour les moeurs et le dogme, La politique n’est aujourd’hui plus
liste régulièrement remise à jour jusqu’à qu’une question d’image. Si le Saint-Siège
l’annonce officielle de sa suppression à la n’a plus les moyens de faire se pavaner ses
suite du concile Vatican II en 1966. inquisiteurs sous les feux des projecteurs, il
n’a jamais véritablement envisagé de se
passer d’un outil tel que l’Index. Hormis sa
1 - Mission et juridiction publication, passée clandestine par la force
Pour bien des services et congréga- des choses, l’Index reste régi par le code Léo-
tions vaticanes l’année 1966 marque une nin de 1900. Le Saint-Siège ayant dû renon-
rupture sans précédent dans l’histoire de cer à son contrôle public des publications et
l’Eglise catholique romaine. Aboutisse- des moeurs, la mission de la congrégation a

8 ment de décennies de pressions du monde


laïc pour voir l’Eglise retourner à ses affai-
été recentrée.

res au sens strict (la religion), le concile Va- Un service de contre-espionnage


tican II a bouleversé le fonctionnement D’une part la papauté poursuit ses
interne de nombre de départements en les directives quant à la lecture des fidèles, do-
renvoyant à des actions bien plus adminis- maine encore considéré comme interne à
tratives qu’autrefois, voire purement clan- l’Eglise et admis comme tel par la commu-
destines. Dans ce contexte, la Sainte-Inqui- nauté internationale. Cela constitue en
sition et l’Index ont été les administrations quelque sorte la partie émergée de l’ice-
curiales les plus malmenées en tant qu’a- berg.
gents favoris du Saint-Siège pour l’exercice D’autre part, un très grand soin est
de son pouvoir politique sur les fidèles et apporté à l’étude approfondie des docu-
les nations. ments actuels et anciens pouvant compor-
Depuis le mea-culpa général de 1966 ter des messages codés. La congrégation
il ne serait plus tolérable que l’Eglise se s’est ainsi transformée en une antenne des
compromette dans des actions de censure services de contre-espionnage de la Cham-
et de répression. Les stratèges de la pourp- bre Apostolique. Dans ce domaine en tout
re ont dû procéder à une refonte totale de la cas.
dialectique du vatican visant à rassurer le Car la destabilisation provoquée par
monde sur les intérêts purement théolo- sa suppression officielle a laissé la porte li-
giques de la papauté. En somme, pendant bre aux ambitieux cardinaux des grands
que les rouges occupent la scène, les servi- Services de la Curie qui, tels des rapaces
ces doivent continuer leur action. Mais, guettant, cherchent à ramasser les mor-
Sainte congrégation de l’Index
ceaux de l’Index pour renforcer leur pou- dans les bâtiments du Saint-Office. Les
voir. Cela a engendré une situation de trou- liens entre l’Institution et l’Index sont étroi-
ble dans laquelle bien peu de curialistes tement liés depuis les origines et cet em-
sont aujourd’hui capables de spécifier le placement géographique constitue un ac-
Service de rattachement de la congrégation cord “diplomatique” entre les Services de
de l’Index, non plus que ses principaux di- Mgrs. Dominati et Jouvain. Cependant,
rigeants. Dans un Etat qui a établi le secret pour ne pas voir les agents de la Biblio-
en dogme, il est au demeurant peu éton- thèque du Vatican fouiner dans les couloirs
nant que certains services soient aussi mys- de l’Inquisition, l’Index a été placé dans
térieux aux yeux des propres agents de l’E- une aile excentrée par rapport au coeur du
glise qu’à ses ennemis ! palais du Saint-Office, ce qui offre à son
Les membres du Conseil Pourpre ne personnel une certaine autonomie vis à vis
sont eux-même pas pour rien dans ce flou. de Mgr. Dominati.
De par sa connaissance historique des ou- Présidé par le Secrétaire della Pierra
vrages anciens, le personnel de l’Index est l’Index est dirigé par un collège de cen-
certainement l’un des mieux qualifié pour seurs, composé de six membres et constitué
repérer les formules codées de manuscrits pour moitié d’archivistes, pour l’autre d’in-
anciens pouvant contenir des informations quisiteurs. De plus, pour certifier une neu-
sur l’Incarnation et la Venue. Si la tâche du tralité maximum, au sein du collège la ré-
décryptage incombe officiellement au Ser- partition franciscains/dominicains ne doit
vice de Mgr. Conti, celui-ci a certainement pas dépasser les deux-tiers pour un tiers.
assez de documents contemporains à traî- Par ailleurs, le statut spécial conféré
ter, ce qui ne laisse que peu de temps pour à la congrégation depuis Vatican II permet
une tâche aussi harassante que l’étude mi- à son Secrétaire de déléguer des agents à
nutieuse des manuscrits antiques et mé- d’autres Services pour des missions ponc-
diévaux. tuelles. Il a ainsi été pris comme habitude,
au vu des besoins, de transférer certains
Autorité et juridiction cryptographes à la Chambre Apostolique 9
Dans les faits, la Sainte Congréga- ou, plus rarement, de voir des agents venir
tion de l’Index a fait l’objet de tractations travailler sur les archives et dossiers de
pointilleuses entre les puissances de la Cu- l’Index.
rie. Elle est aujourd’hui une sorte de terrain La principale activité de l’Index de-
neutre, une compétence exceptionnelle uti- meure l’étude de textes anciens, ce qui ex-
lisée de façon collégiale par les Services. Au plique l’attention que lui porte le Conseil
sein de l’organigramme du Saint-Siège, la Pourpre. Employant essentiellement des
congrégation constitue un sous-service de copistes, des cryptographes, des symbolo-
l’Archivât de Mgr. Jouvain. Ce dernier pos- gues et des codicologues, la congrégation
sède le titre de Secrétaire de la Sainte procède dans un premier temps à la re-
Congrégation de l’Index dont il est la plus cherche de terrain. Elle est ainsi amenée à
haute autorité. Mais du fait du secret qui collaborer avec des faussaires et plus géné-
entoure l’Index et de la multitude de tâches ralement avec la pègre de l’art quand les
que le gardien de la bibliothèque du Vati- discussions officielles avec les directeurs de
can a par ailleurs à accomplir, la congréga- musées et les autorités archéologiques
tion est dans les faits dirigée par un secré- étrangères échouent. Certains ouvrages
taire délégué, en la personne de Mgr. Gian son potentiellement trop dangereux pour
Carlo della Pierra, archiviste en chef de la être laissés aux mains des autorités laïques
bibliothèque du Vatican. avant de passer l’Index. Nombre de faux de
Le statut du service est quelque peu manuscrits écoulent ainsi une vie paisible
particulier puisque, s’il est officiellement dans les musées du monde, sans que qui-
rattaché à l’Archivât, ses locaux se trouvent conque hors de la Congrégation de l’Index
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SCI - Troisieme Chambre 03/01/1998


- Ouvrage: “Traite d’Astronomie”, par Ibrahim Ibn Farakhi
Second rapport, censeur Prestorius.
(extrait)
(...) L ’ ouvrage a ete signale par le superieur de la communaute de
Saint-Armand, a Damas. Il a ete decouvert lors de l’ exhumation du
tombeau d’un marchand datant du XV° siecle. L’ ouvrage lui-meme est
estime aux environs de XIII°siecle. Il s’agit d’un traite d’astronomie
redige en langue farsi. Apres trois lectures approfondies du docu-
ment, le texte est soupconne de cacher un double code utilisant le
texte farsi de facon croisee avec les formules mathematiques astro-
nomiques. La premiere analyse fait ressortir des propheties eschato-
logiques derriere le texte. En consequence l’expert preconise un
transfert sans delai du dossier aux archives secretes - section Se-
raphin - en attendant une analyse plus poussee du sens du texte(...)

ne soit au courant. Une fois rapatriés au monastiques sous voeux, qui dépendent
Vatican, les ouvrages peuvent être décorti- entièrement de leur supérieur. Celui-ci est
qués par les spécialistes des six chambres supposé contacter le service de l’Index
de l’Index, avant d’être classés selon leur pour confirmation bien que, dans la pra-
dangerosité. tique, rien ne l’y oblige. Le Vatican consi-
Sur le terrain, les évêques, s’ap- dère en effet que le danger est mineur de
puyant sur leurs prêtres de paroisse, res- voir un tel ouvrage sortir des murs d’un
10 tent les premiers relais de l’Index et des
censeurs pour repérer des ouvrages dange-
monastère.

reux. Ils conservent toute l’autorité pour 2 - Procédure de classement


condamner un catholique vu en possession Une Bulle de Benoit XIV du 8 juillet
d’un ouvrage inscrit, mais restent sous 1753 (toujours en application aujourd’hui),
l’autorité du censeur pour tout décision reprenant le “Ut pestiferarum “ de Grégoire
concernant l’ouvrage. Chaque publication XIII, organise la procédure d’examination
d’un nouvel Index est envoyée aux évê- et d’inscription des livres potentiellement
chés. En l’abscence de censeur sur leur juri- dangereux. L’ancien fonctionnement de
diction, les évêques peuvent cependant dé- l’Index ne pouvait plus garantir l’objectivi-
créter l’interdiction ponctuelle et locale té du classement tant la neutralité d’origine
d’un ouvrage soupçonné d’hérésie sur avait été pervertie par les conflits d’intérêts
leurs terres, après confirmation de la au cours des dernières années. La bulle exi-
Congrégation de l’Index. gea ainsi l’anonymat des censeurs tra-
Les demandes de dérogations éven- vaillant sur un même ouvrage.
tuelles doivent obligatoirement passer par La procédure prévoit deux, voire
les service de l’Index, qu’il s’agisse d’une trois étapes. Un premier censeur est dési-
demande d’étude ou d’impression d’un gné pour examiner l’ouvrage soupçonné
texte prohibé, bien que, de par la clandesti- de mauvaises moeurs ou d’hérésie. Cet ou-
nité de la chambre, il revient à la congréga- vrage peut être désigné par toute autorité
tion ou l’évêché qui le demande de trans- religieuse. Si l’examinateur estime justifiée
mettre la décision finale au demandeur. La une inscription du livre à l’Index, celui-ci
seule exception revient aux communautés est confié à un second censeur, toujours
Organigramme

anonyme. Dans le cas contraire l’ouvrage livres destinés à l’Index expurgatorum, prin-
est sorti des registres. Si le second censeur cipalement des biographies autorisées du
confirme la première expertise, le dossier Pape ou de prélats, voire tout ouvrage sur
est immédiatement transmis au cardinal- l’Eglise contenant des propos de ses mem-
secrétaire de la Congrégation Romaine de bres. Dans ce cas, l’ouvrage devra compor-
l’Index, pour être inscrit sur la liste des li- ter le tempon “Nihil Obstat Imprimatur” sur
vres interdits à la communauté des sa première ou dernière page.
croyants. En revanche, si la seconde exper- Quoi qu’il ressorte de l’expertise, de
tise infirme la première, un troisième cen- tout ouvrage passé par les bureaux de l’In-
seur doit prendre en charge le dossier afin dex doit être conservée une copie. Si les li-
de valider l’une ou l’autre des décisions. vres peuvent être dangereux pour les fidè-
Enfin, si ce troisième censeur n’est pas en les, certains comportent des informations
mesure de confirmer l’un des avis précé- essentielles à l’Eglise. Ainsi, trois catégories
dents, il revient au cardinal-secrétaire de de classement répartissent les ouvrages in-
prendre la décision finale. scrits à l’Index. Les ouvrages dangereux
Dans tous les cas, l’inscription d’un pour le dogme (danger théologique) et les
nouvel ouvrage à l’Index doit porter la si- ouvrages dangereux pour l’Eglise (diffa-
gnature du Gardien de la Bibilothèque du mants envers le Pape, la Curie ou l’institu-
Vatican en tant que seule autorité reconnue tion de l’Eglise) constituent l’essentiel des
pour tout ce qui touche au livre. Seul le ouvrages à l’Index. Une troisième catégorie
Saint-Père jouit du privilège d’accès et de est composée d’ouvrages à éliminer physi-
modification à l’Index Librorum Prohibito- quement. Il s’agit de cas exceptionnels,
rum sans avoir à passer par la procédure dont la copie sera envoyée aux archives se-
établie. crètes, section Chérubin ou Archange. Lors-
L’Index comprenait autrefois deux qu’un document est classé dans cette sec-
parties: l’Index Librorum purgatorum et l’In- tion, des agents sont immédiatement en-
dex Librorum expurgatorum, cette seconde voyés sur le terrain pour détruire tout
section comprenant les ouvrages autorisés exemplaire trouvé de l’ouvrage. De ces liv- 11
à être publiés après modification de cer- res, il ne doit en rester qu’un...
tains passages. Aujourd’hui rares sont les

Organigramme
1 - Organisation sont soumis à l’autorité de Mgr. della Pier-

S
ra.
’il n’apparaît pas dans les documents La congrégation est composée de six
officiels du Vatican, l’Index jouit Chambres. Le Premier-censeur de chacune
néammoins du statut de congréga- est admis au sein du collège de censure.
tion, rattachée administrativement à l’Ar- Chaque Chambre est spécialisée dans un
chivât. Son responsable est Mgr. Jouvain, domaine d’étude:
qui a donné délégation à son assesseur, le
cardinal Gian-Carlo della Pierra, archiviste 1 - Chambre de la Foi.
en chef de la Bibliothèque du Vatican. Ce- 2 - Chambre des bonnes moeurs.
lui-ci en tant que Secrétaire de la Sainte 3 - Chambre des manuscrits et incunables.
Congrégation de l’Index, préside le collège 4 - XVI°-XVII°siècles.
de six membres qui dirige le service. En son 5 - XVIII°-XIX° siècles.
sein tous, inquisiteurs comme archivistes, 6 - XX° siècle.
I n d e x L i b r o r u m P r o h i b i t o r u m

Les Premier-Censeurs de chaque re froide” contre le Secrétaire d’Etat.


Chambre dirigent seuls leurs troupes et Homme de compromis sachant trou-
sont responsables devant le collège et le Se- ver les bons mots pour apaiser les conflits,
crétaire della Pierra. Le débat est admis au monseigneur della Pierra est indéniable-
sein du collège mais Mgr. della Pierra ment l’homme de la situation. Gérer une
dispose néanmoins de la décision finale en congrégatin clandestine composée de mem-
cas de litige. bre de deux Services notoirement opposés
Au sein de chaque Chambre, un n’est pas de tout repos. Mais della Pierra a
nombre restreint de censeurs est chargé d’é- réussi à imposer une sorte de paix des bra-
tudier les ouvrages qui parviennent à l’In- ves au sein du service, mettant fin provisoi-
dex, en s’appuyant en cas de besoin sur les rement à une guerre larvée entre les deux
spécialistes pour une aide technique. Il re- factions qui durait depuis des décennies.
vient au Premier-Censeur de désigner les Il ne sais pas combien de temps cet-
experts. Lui seul connaît les noms des cen- te situation durera mais reste convaincu
seurs, qui doivent respecter le secret sur que c’est bien sur sa personne que s’est fai-
leurs travaux en cours. te la paix. D’autant que des rumeurs sont
Pendant que les codicologues, cryp- arrivées à ses oreilles selon lesquelles les te-
tographes et symbologues analysent minu- nants de la ligne dure seraient en passe
tieusement les ouvrages, un scriptorium est d’imposer leurs vues au Sacré Collège. Si
chargé de procéder à des copies des docu- c’était le cas, il ne fait aucun doute que son
ments. Le service dispose bien entendu des armistice volerait en éclat et que l’Index
derniers moyens de reproduction numé- endormi serait rapidement remis sur le de-
rique, mais la plupart des ouvrages anciens vant de la scène, dans une version bien plus
doivent être copiés sous deux formats: en aggresive.
numérique et en l’état, sur le même maté-
riau et selon la même méthode de produc- - Jan-Jakob Prestorius:
tion que l’original de façon à disposer d’u- D’origine flamande, ce bonhomme
12 ne copie la plus précise possible.
Suivant la procédure, lorsqu’un ou-
bien en chair est un personnage au sein de
la troisième Chambre. Très jeune ses talents
vrage est passé entre les mains de deux ou dans la constitution de codes chiffrés et al-
trois censeurs, les rapports d’expertise sont phabétiques l’ont fait remarquer par le su-
remis anonymement au Premier-Censeur périeur de son ordre qui l’envoya à Rome
de la Chambre avec, pour chacun, un avis pour être proposé à l’Index. Si sa jeunesse
favorable ou défavorable. Si les trois avis ne de l’époque a attiré des regards soupçon-
sont pas en mesure de déterminer un clas- neux sur le brillant Bénédictain qu’il était,
sement, le dossier est alors présenté au se- son caractère jovial et sa capacité à repérer
crétaire qui décide de l’avenir de l’ouvrage. les faux et les codes cacés lui ont rapide-
ment attiré des sympathies dans le service.
Aujourd’hui codicologue crypto-
2 - Personnalités graphe à la troisième chambre de l’Index
(manuscrits et incunables), ce grand blond
barbu est souvent appelé pour les cas diffi-
- Gian-Carlo della Pierra ciles. Ses talents l’ont naturellement amené
Le cardinal della Pierra fait partie du à travailler sur des documents transmis par
cercle des fidèles de Mgr. Jouvain. C’est à ce le Conseil Pourpre. Il va sans dire qu’il est
titre que le Grand Archiviste du Vatican lui aujourd’hui particulièrement surveillé par
a demandé, après Vatican II, de diriger le les agents des Sept, comme toute personne
service de l’Index en son nom. Avec cette susceptible d’obtenir des informations sur
congrégation Mgr. Jouvain dispose en effet la Venue. Dans ce contexte, le Premier-Cen-
d’une arme non négligeable dans sa “guer- seur Gasperi a été prié de surveiller étroite-
Organigramme

ment tous les agissements de son subalter- dans sa conviction que sa méthode est la
ne. bonne. La mission de l’Index est bien plus
importante que l’on veut bien le croire...
- Armando Gasperi
Le Premier-Censeur de la troisième - Luis-Felipe Gandolfini
chambre de l’Index est un fonctionnaire Lors des restructurations entraînées
zélé. Grand escogriffe toujours vêtu de par les réformes de 1965 le personnel de la
noir, les membres allongés et le visage en congrégation a dû être partiellement re-
lame de couteau, Gasperi est entré à l’Index nouvelé, en partie pour en chasser les élé-
comme censeur après une formation d’in- ments les plus rigoristes, mais surtout car
quisiteur au Saint-Office. Agé de soixante- ce fut l’occasion de rajeunir un personnel
deux ans, le Premier-Censeur est de la vieillissant issu des purges de la chute tem-
vieille école. Il a connu l’avant Vatican II, plière. Une nouvelle fournée de jeunes prê-
l’époque où lui et ses confrères n’avaient tres très bien formés dans les instituts du
pas besoin de se cacher, où l’Eglise avançait Studium pontifical dont fit partie le père
à découvert sans honte, sans jugement. Gandolfini. Ce fut accessoirement l’occa-
Il fait aujourd’hui partie de ces nos- sion pour la secte des millénaristes dont il
talgiques d’une période révolue. Non pas fait partie, d’infiltrer pour la première fois
comme ces inquisiteurs en attente de bû- une administration vaticane !
chers improbables qu’il a si longtemps été Parvenu Premier-Censeur de la
contraint de côtoyer au Saint-Office. Non, Chambre de la Foi (première Chambre), le
Armando Gaspéri est fier plus que toute numéro trois de la cellule du Taureau a eu
autre chose, de son travail au sein de l’In- le privilège d’inaugurer une infiltration qui
dex. Mais il n’a pas véritablement assimilé a permis quelques années plus tard à Ales-
la nouvelle donne, la nouvelle position de sandro Vacceti de se faire élire à la pourpre
l’Eglise dans le monde. Il n’est pas à pro- grâce aux informations récoltées au cours
prement parler un obscurantiste. Non, de son travail à l’Index. Soumis aux ordres
Gasperi se voit plus comme un conserva- du nouveau vice-Chancelier de par la hie- 13
teur, cherchant à préserver des méthodes et rarchie vaticane, Gandolfini n’en oublie
un fonctionnement éprouvés par les siècles pas pour autant les divergeances de vues
et qui lui ont été ôté par la politique. au sein de la confrérie millénariste. Il a no-
Ses relations avec ses collègues de la tamment remarqué combien le cardinal Va-
congrégation sont difficiles. Cela ne résulte cetti semble prendre de plus en plus de li-
pas de son travail ; il est notoirement admis bertés avec la ligne générale définie entre
que son arrivée à la tête de la troisième les différentes cellules dans leur guerre
Chambre de l’Index il y a dix ans s’est ac- contre l’Eglise. Lui même respecté à l’In-
compagnée d’une nette amélioration des dex, le Premier-Censeur de la première
résultats. Mais son académisme et son diri- Chambre compte bien user de tout son
gisme lui ont apporté une réputation de ty- poids pour rappeler à Mgr. Vaccetti ce qu’il
ran au sein de la Chambre où l’on a appris lui doit et ses obligations envers ses frères
à détourner son attention sans cesse aux d’arme.
aguets pour pouvoir travailler de manière
plus libérée. Monseigneur della Pierra a
autrefois amicalement tenté de lui faire
comprendre que ses relations de travail
avec ses subordonnés s’en trouveraient
grandement améliorées s’il cessait de les
considérer comme des espions. Mais Ar-
mando Gasperi n’a pas véritablement d’a-
mis et ses états de services le confortent
I n d e x L i b r o r u m P r o h i b i t o r u m

“Autodafé”
Présentation ble…) commence à apparaître dans d'aut-
res bibliothèques rattachées au Vatican…

C
e scénario est construit pour intro- et bientôt jusque dans la bibliothèque pri-
duire la nouvelle thématique que re- vée du Pape ! Les autorités commencent à
présente l'Index auprès de vos s'inquiéter de la chose. On découvre alors
joueurs. Il présente ainsi, outre une que les quelques personnes qui ont eu ac-
affaire de faux manuscrits sur fond cès à ce livre sont toutes victimes d'acci-
de censure, les principaux PNJ de l'Aide de dents …mortels ! Le Saint-Office prend la
jeu que vous venez de lire et le lieu où ils chose très au sérieux et ne souhaite pas que
s'affairent. Les locaux de l'Index sont nor- la chose s'ébruite.
malement d'accès très restreints et vos Les responsables sont un groupe
joueurs devraient profiter du privilège qui d'activistes anti-cléricaux radicaux rassem-
leur est offert puisqu'il risque de ne pas se blés autour d'un faussaire connu des servi-
reproduire de sitôt ! ces de l'Index, qui cherchent à discréditer le
Vatican. Ils ont organisé une imprimerie
clandestine artisanale dans le sous-sol d'u-
Synopsis ne librairie romaine. Les livres ressemblent
furieusement à des incunables et sont dis-
séminés avec soin grâce à des contactes,
Un ouvrage porté à l'Index (compor-
jusqu'au Vatican même. Les "fils de Luther"
tant des attaques contre l'Eglise) apparaît
commencent ensuite à placarder des affi-
14 dans la bibliothèque d'un institut de re-
cherche rattaché au Studium pontifical
ches diffamantes sur les murs du Vatican.
Ils envisagent à terme de diffuser le livre
(Rome). Une commission d'enquête est
jusqu'à l'Assemblée nationale italienne et
constituée pour définir les responsabilités
chez le président du Conseil. Le Saint-Offi-
de l'archiviste et ses aides et l'opportunité
ce doit les arrêter avant que la propagation
d'instituer un procès en hérésie. Or il s'avè-
de leurs accusations ne deviennent trop vi-
re que ceux-ci n'y sont pour rien et que le
sibles…
même ouvrage (pourtant authentifié par
les experts de l'Archivât comme un incuna-
Scénario
Acte I - Le loup dans la bergerie tut.

Pietro Niccolo s'est vite rendu compte que ce


Etranges apparitions
n'est pas le genre de services que l'on peut
Nous sommes le 22 mai 1998. Une
brume épaisse s'est installée depuis refuser à son éminence. Comme Pietro est de
quelques jours entre les collines de la capi- plus un arriviste forcené, il est désireux de
tale italienne, diffusant une étrange im-
pression de mystère. Les rayons du soleil briller pour accélérer une ascension.
commencent à peine à poindre sur l'Institut Quand Guénadi Caméo, un pauvre beso-
des Sciences Religieuses, un des nombreux
gneux issu de milieu paysan qui s'enor-
cabinets de recherches du Studium Pontifi-
cal. Guenadi Caméo, un jeune aide-archi- gueillit d'être son ami (que n'a-tt-iil compris
viste du Studium, s'y affaire. L'ouverture qu'il était son larbin !) va lui parler du
des portes et le rangement des livres laissés
livre qu'il a trouvé, Pietro va tout de suite
par les chercheurs lui incombent et il s'y
adonne avec joie. Toucher ces merveilleux rendre compte à qui de droit.
livres anciens est un plaisir renouvelé C'est ainsi que le Pape pourpre est très vite
chaque jour. Alors qu'il range la salle de
lecture, son œil est attiré par un vieux co- averti de l'apparition des "Sept Collines de
dex à la couverture de cuir vert frappé d'un l'Antéchrist" et avec toute sa rapidité
étrange sigle doré en relief. Ne reconnais-
habituelle il va tout faire pour éradiquer
sant pas ce document, le jeune séminariste,
intrigué pour le moins, tourne la reliure. le mal à sa racine. Malheureusement, la
Quelle n'est pas la surprise de voir que le Manus Dei ne pouvait savoir que d'autres
codex porte en première page un titre évo-
exemplaires seraient publiés et déposés dans
cateur, “Les sept collines de l'Antéchrist”.
Guenadi sait immédiatement que ce livre
ne devrait pas se trouver là : d'abord en rai-
diverses bibliothèques entraînant à chaque
15
fois celui qui l'a lu vers une mort certaine.
son de l'ancienneté du document, ensuite
par son l'intitulé pour le moins sulfureux.
Excité par sa découverte, le jeune sémina-
riste emporte discrètement le codex et déci-
de de n'en parler à personne si ce n'est à qui aime tant lire les livres interdits…
son ami, le jeune Pietro Niccolo avec qui Et c'est sans doute à cause de cela
Guenadi travaille. Il faut dire que des deux que le jeune Caméo signe son arrêt de mort
c'est Pietro le plus non-conformiste, celui et celui de plusieurs personnes après lui.
Le 24 mai au matin, le corps sans vie
du jeune Guénadi Caméo est retrouvé flot-
tant dans le Tibre (Voir l'édition de l'Osser-
vatore Romano du 24 mai 1998). Lorsque les
Remarqué par les sbires de Paraña pour ses carabiniers fouillent dans les affaires lais-
remarquables études sur les incunables, le sées chez lui par le jeune séminariste, ils
trouvent l'ouvrage. Le titre leur fait tout de
jeune Niccolo s'est fait approcher il y a peu. suite penser à une secte sataniste et ils s'en
On lui a juste demandé, comme un service à ouvrent aux conseillers du Secrétaire d'E-
tat. Ce dernier fait transférer le codex à des
rendre au préfet de la Manus Dei, de signa-
fins d'examen par le censeur de l'Index spé-
ler toute anomalie ou toute attitude étran- cialisé dans ce genre de documents. C'est
ge qu'il pourrait repérer au sein de l'Insti- ainsi que le livre parvient dans les mains de
Jan-Jakob Prestorius.
I n d e x L i b r o r u m P r o h i b i t o r u m

Alors que l'on commence à s'interro- sortir. Deuxièmement, le presbytère de


ger dans les murs du Vatican de comment Weimar où il devait se rendre n'a pour
cet incunable a pu sortir des rayons Ar- l'instant reçu aucune visite d'un séminaris-
change des Archives secrètes, un coup de te italien. Enfin, si sa chambre en ville est
tonnerre retentit. Un deuxième exemplaire fouillée, l'on peut rapidement se rendre
des “Sept collines de l'Antéchrist” a été dé- compte que l'homme voyage léger. En ef-
couvert dans les travées de l'Institut des fet, la majorité de ses affaires sont restées
sciences religieuses ! Un chercheur jésuite, dans ses armoires. Mais le retrouver est
Luccio Matteoti, qui prépare une thèse inti- quasi-impossible tant que l'atelier de Cam-
tulée "Prédication et hérésies : le basculement piosso n'aura pas été découvert. Dans le
d'hommes de Dieu en terre d'Empire, XV°- dossier remis par le chef de service, se trou-
XVI°siècles", est tombé sur le codex par ha- vent les photos des deux morts et celle de
sard. Matteoti. Il est important pour les PJ qu'ils
Matteoti est immédiatement interrogé par enregistrent bien les traits de Matteoti car
les hommes de l'Inquisition. Les explica- ils seront amenés à le revoir.
tions du jésuite sont jugées satisfaisantes Lors de l'entretien avec leur chef de
car sa demande de poursuite de thèse à service, ce dernier se montre très insistant
Weimar, en Allemagne, est acceptée. Pres- sur un point : en aucun cas ils ne devront
torius, étonné, récupère un deuxième marcher sur les plates-bandes de la police.
exemplaire de l'ouvrage. Leur seule préoccupation doit être de dé-
Le jeune Pietro Niccolo disparaît à terminer comment les ouvrages sont arri-
son tour. On ne tardera pas à trouver son vés dans les deux bibliothèques vaticanes.
corps flottant dans le Tibre à quelques mè- Pas la peine de se mettre à dos des carabi-
tres de l'endroit où fut trouvé, flottant ent- niers en les doublant sur la mort des moi-
re deux eaux, son collègue de l'Institut. Pa- nes. Les relations entre le Vatican et la poli-
raña l'a fait éliminer parce qu'il est peu fia- ce italienne ont déjà été passablement ten-
ble en tant qu'agent de la Manus Dei. Il ap- dues par le passé et il faut éviter à tout prix
16 paraît comme un arriviste ayant déjà trahi
di Piazza facilement ; trop facilement. On
de relancer une crise de ce type.
C'est en sortant du bureau où leur a
ne peut faire confiance à un tel homme qui été confiée leur mission, que les PJ enten-
pourrait révéler les informations qu'il dé- dent la rumeur qui enfle (notez bien qu'à ce
tient sur une meilleure offre. Les PJ seraient moment là les enquêteurs ne connaissent
d'ailleurs avisés de ne pas garder trop d'in- pas encore la nature de l'ouvrage ni son
fos pour eux s'ils ne veulent subir le même classement dans la troisième section de
sort ! l'Index). Quelqu'un se serait introduit dans
A l'initiative d'un chef de service la bibliothèque privée de Sa Sainteté… Un
(dont l'identité, peu importante, est laissée des plus proches conseiller du Pape aurait
à l'appréciation du MJ) les PJ sont convo- découvert un troisième exemplaire des
qués pour éclaircir un peu cette affaire. Il "Sept collines de l'Antéchrist" dans les
semble évident que ceux qui ont eu un rayons mêmes de la bibliothèque papale.
contact avec les livres ont une fâcheuse ten- Le jeune jésuite responsable de cette pièce
dance à mourir rapidement, hormis Luccio est effaré d'avoir découvert le brûlot, arrivé
Matteoti qui est parti en Allemagne (ce qui à quelques mètres du Saint-Père sans que
devrait certainement mettre la puce à l'o- quiconque n'ait vu qui l'y avait amené.
reille des PJ). S'ils cherchent à se renseigner L'affaire commence à faire grand bruit et la
sur l'étudiant, ils n'apprennent rien de Garde-Suisse commence à être sur la sellet-
transcendant à part quelques petites cho- te pour négligence. Le Commandant vient
ses. Premièrement, dans les couloirs du d'exiger du colonel Agrosti, responsable de
Studium on entend parler de sa thèse de- la sécurité dans la Cité, que des “résultats
puis longtemps mais les résultats tardent à immédiats aboutissent très rapidement”.
Scénario
Le chef de service qui a positionné terroge avec toute l'attention que l'on doit
les PJ sur l'enquête les dirige alors vers Si- porter à cette affaire. Le conservateur joue
méo Galiani. Ce conservateur du patrimoi- de son autorité et de ses connaissances
ne du Saint-Siège de soixante-trois ans off- pour épater les personnages et les empê-
re un aspect peu engageant. Mais il s'avère cher de le suspecter. Il sait pertinemment
que Galiani est un redoutable connaisseur où se trouvait le codex puisque c'est lui qui
du dédale de la Cité vaticane. Il dirige les l'a déposé dans la bibliothèque. C'est par
PJ jusqu'à la bibliothèque privée du Pape hasard que son nom a été donné par le chef
en passant par des couloirs et des portes de service des PJ (… mais est-ce vraiment
dérobées dont aucun des PJ présents ne un hasard ? Les manigances de Monsei-
soupçonnait l'existence. Arrivés sur place gneur Dominati sont imperceptibles !). Le
et en l'absence du jésuite bibliothécaire, fait que Galiani ait montré aux PJ sa capa-
c'est Siméo qui montre aux PJ où l'ouvrage cité à se mouvoir de façon invisible d'un
a été découvert. Il informe les enquêteurs bout à l'autre du Vatican pourra cependant
que le jeune jésuite se trouve en ce moment leur avoir attiré la puce à l'oreille. Son désir
dans les bureaux de l'Inquisition qui l'in- d'épater la galerie risque d'avoir provoqué

“Les sept collines de l'Antéchrist” a été écrit en 1455 par le prédicateur héré-
tique Arnulfo Gracco, dit Fra Arnulfo, (1418-1470), brûlé par l'Inquisi-
tion en Allemagne (dans les environs de l'actuelle Weimar) après une chas-
se à travers toute l'Europe. Fra Arnulfo faisait partie des prédicateurs
contestataires les plus violents d'Italie avant d'être contraint à la fuite. Les
heurts entre ses fidèles et les autorités des Républiques du nord de la pénin-
sule firent des centaines de morts au cours de quelques mois. Le prédicateur
considérait, comme nombre de ses contemporains, Rome comme le siège de
17
l'Antéchrist. Ses textes trouvent des références à Dante par endroits. Mais
il reste un révolutionnaire paysan, dont le style grossier, voir ordurier, n'off-
re que peu de public à ses quelques écrits. Cependant, "Les sept collines de
l'Antéchrist" marqua son époque par la violence inouïe des attaques contre le
Pape.
L'ouvrage original (aussitôt interdit et classé un siècle plus tard dans la troi-
sième catégorie de l'Index) comporte 276 pages. Les experts n'ont jamais pu
déterminer s'il s'agissait d'un incunable (en raison de la proximité temporelle
de sa publication avec la première Bible de Gutemberg) ou d'un manuscrit.
Quoi qu'il en soit il reste certain qu'aucun éditeur, même flamand n'aurait
pris le risque d'éditer à découvert un tel brûlot. La reliure est d'un épais cui-
re vert sur une illustration en relief représentant sept points (les sept collines
de Rome) au milieu desquels sinue un serpent (l'Antéchrist/le Tibre). L'al-
lusion est explicite. Le texte est écrit en un latin grossier, est une attaque à
boulets rouges contre le Pape et les prélats de l'époque, accusés de tous les vi-
ces. Après le bûcher de Fra Arnulfo tous les exemplaires de l'ouvrage ont été
brûlés, sauf un qui fut entreposé longtemps sur les rayons de l'Index avant de
réjoindre la section Chérubin des archives secrètes (raison pour laquelle il
sera si difficile, même pour Prestorius, de pouvoir consulter l'original !).
I n d e x L i b r o r u m P r o h i b i t o r u m

sa chute. cédé. Il regarde Della Pierra avec des en-


vies de meurtre. Par contre, comme à son
Débuts d'enquête habitude, Le Préfet du Saint-Office reste de
Les enquêteurs devraient logique- marbre semblant attendre les conclusions
ment penser que la lecture d'un des ouvra- de l'un et l'autre. L'Archiviste en chef
ges leur apportera beaucoup de réponses à regarde les PJ d'un air hautain et leur de-
leurs questions. Ils apprennent très vite mande ce qu'ils ont appris sur Mattéo di
que les exemplaires trouvés ont tous trois Piazza qui semble, à ses dires, avoir monté
été apportés à Jan-Jakob Prestorius. Mais l'affaire. Avant que les PJ n'aient pu dire
quand ils arrivent chez le censeur de l'In- qu'ils ne savent rien, Monseigneur Loukin
dex pour consulter les ouvrages, les PJ se lève les bras au ciel et vitupère contre l'Ar-
font vertement rabrouer. De quel droit chiviste. Le chef du Studium est clair, très
pourraient-ils consulter ce genre d'ouvrage clair dans ses explications. On ne doit pas
impie avant même le censeur ? L'assistant douter de di Piazza à cause d'une faute de
de Prestorius a pris bonne note des deside- jeunesse. Les PJ sont consternés, les infor-
rata des PJ et se fera un plaisir de les com- mations arrivent par bribes et ils ne savent
muniquer à qui de droit au moment oppor- aucunement de quoi il est question…
tun. Le censeur pense rendre ses conclu- C'est alors que Monseigneur Domi-
sions dans quelques heures, aussi les PJ fe- nati fait revenir le calme. D'une main non-
raient bien de trouver à s'occuper entre chalante, il tend un dossier aux PJ sur le-
temps et ne pas déranger les gens qui tra- quel apparaîssent en lettres rouges le nom
vaillent. Fin de non-recevoir ! de di Piazza ainsi que le sceau très recon-
Alors qu'ils poursuivent leur enquê- naissable de l'Inquisition. Si l'archiviste de
te, lors de leur passage dans l'un des servi- l'Institut des Sciences Religieuses est fiché
ces de d'administration vaticane on leur par l'Inquisition, il y a matière à creuser.
annonce qu'ils sont convoqués immédiate- Tout le monde sait que lorsque les redouta-
ment à l'Archivât. Faites en sorte que ce bles frères de l'Institution se penchent sur
18 passage prenne place lorsque leur investi-
gation ralentie. La rencontre en haut-lieu et
vous, ce n'est pas par pure amitié. Le Préfet
du Saint-Office demande alors, comme un
les informations qu'elle va révéler doivent service personnel (les PJ devraient com-
être un moment fort qui relance le rythme prendre que c'est plus un ordre qu'autre
du scénario. chose !), d'étudier au plus serré l'emploi du
En rejoignant les quartiers qui leur temps de ce di Piazza et de faire un rapport
ont été assignés, les PJ entendent des éclats circonstancié à lui remettre en mains prop-
de voix qui proviennent de la salle de ré- res au plus vite. Et toujours cette douceur si
union. Lorsqu'ils y parviennent, quelle dangereuse dans le regard. Les PJ doivent
n'est pas leur surprise de voir réunis Nerio sentir la peur leur étreindre le cœur et com-
Dominati, le Préfet du Saint-Office, Pavel prendre que le Saint-Office et surtout son
Loukin, Recteur du Studium Pontifical et chef sont pressés de savoir ce qu'il en est ce
Gian Carlo Della Pierra, l'Archiviste en fameux di Piazza.
chef de la Bibliothèque du Vatican, repré-
sentant l'Archivât. La discussion entre les
trois hommes est pour le moins animée et Acte II - Censure et Incunables
les PJ devraient être surpris de la véhémen-
ce des propos. Il faut dire qu'il est rare que Soupçons, croyances et trahisons
l'on hausse le ton dans les couloirs feutrés L'Institut des Sciences Religieuses,
du Vatican. sis Piazza Della Pilotta à Rome, est sous
Loukin, en s'apercevant de leur pré- l'autorité de Mattéo di Piazza. L'Archiviste
sence, fait approcher les PJ d'un signe de la est un franciscain de cinquante-huit ans
main. Le Maître du Sacré Palais paraît ex- aux cheveux blonds bouclés, de petits yeux
Scénario
enfoncés lui donnant un air de rat fouineur. celles lui vaut ce désagrément. Tour à tour
Il semble totalement inoffensif. Cependant le emporté ou apeuré, il donne aux PJ toutes
dossier remis pas Mgr. Dominati est explici- les réponses qu'ils désirent : oui, il a bien ap-
te. Il y une dizaine d'années, le franciscain a partenu à ce groupe mais c'était il y a plus de
eu des affinités avec le groupe des Fraticel- dix ans. Depuis il s'est rangé et adore son
les. (Voir ci-dessous) travail. Pourquoi prendrait-il le risque de
Son accueil est quelque peu glacial. tout perdre ? La Sainte Eglise du Christ ne
Di Piazza vient de recevoir sa prône-t'elle pas le pardon envers les égarés ?
“mutation"”dans un prieuré à l'extérieur de Les PJ pourraient penser à une ven-
la Ville Sainte. L'Archiviste reste convaincu geance de l'un des ses disciples. Ils étaient au
que son appartenance au groupe des Frati- nombre de six au départ. Un est mort noyé
dans le Tibre et un autre a disparu. Si di
Piazza est interrogé là-dessus, il nie avec la
plus extrême conviction. Ses disciples l'ado-
raient et il le leur rendait bien. Bien que la
Le groupe des Fraticelles a pris ce nom en
moitié de ses effectifs soient des laïcs et l'au-
hommage aux Fraticelles du Moyen-Â
Âge. tre moitié des clercs, l'équipe s'entendait à
Ces franciscains rompirent avec la ligne merveille. A part peut-être le jeune Niccolo
qui était plus un arriviste qu'un travailleur
officielle pendant un temps mais sous les
émérite, mais à sa décharge, il avait un talent
menaces du Vatican de les conduire au inné dans la connaissance des manuscrits
bûcher pour hérésie, se dépêchèrent de rentrer anciens.
De multiples pistes s'ouvrent aux PJ
dans le rang. Le mouvement historique vit pour débuter leur enquête.
le jour pendant la grande crise des XIV°-X
XV° Il est vraisemblable qu'ils continuent
à “travailler” avec di Piazza mais ce dernier,
siècle qui prépara la Réforme de Luther.
en restant franc sur l'attachement qu'il porte
Aujourd'hui, les personnes qui se font appe- à son travail, ne pourra qu'attirer la sympa-
thie. L'Archiviste fera preuve de toute la sin-
19
ler les Fraticelles ne sont qu'une poignée.
cérité possible pour se faire innocenter par
Des déçus de l'Eglise. Ils sont plutôt tournés
ceux qu'il considère comme ses juges. Il est
vers une Eglise qu'ils voudraient réforma- en effet convaincu que les PJ ne sont pas ce
trice. Dans leurs rangs beaucoup de francis- qu'ils disent être. Il pense que ce sont des In-
quisiteurs venus le tester après son éviction
cains, quelques bénédictins, de laïcs ser- de l'Institut. Les PJ auraient tort de le dé-
vants et de femmes. Ils essaient d'exprimer tromper car tant que di Piazza croit qu'ils
ont le pouvoir de le remettre en selle, il res-
une autre idée du christianisme où la fra-
tera un informateur de poids. Pour lui les
ternité devrait avoir force de loi. manuscrits sont des faux mais il faut attend-
Malheureusement pour eux, le Vatican re l'avis éclairé du censeur Prestorius pour
en avoir confirmation. Lorsqu'il dit cela, on
mène une répression de tous les instants
peut sentir un relent d'ironie dans la voix de
contre ses fauteurs de troubles qui prônent, di Piazza. Ces deux là ne s'aiment pas et il
entre autres, l'égalité entre les sexes, le est aisé de le remarquer. Si l'archiviste est un
peu bousculé, il avouera sans peine qu'il dé-
divorce ou la non virginité de Marie. Toutes teste Prestorius et ses airs de m'as-tu-vu. Se-
ce choses que l'Eglise a mis tant de temps à lon lui il se pourrait même que cet imbécile
soit l'instigateur du coup : une fois cette me-
faire accepter. Il vaut mieux les éliminer
nace lancée, il apparaîtrait comme le sau-
que de pactiser une fois encore avec eux. veur de l'Eglise en parvenant à supprimer la
I n d e x L i b r o r u m P r o h i b i t o r u m

multiplication des ouvrages. “Après tout, besogneux et n'a pas l'envergure pour ce
ajoute-t-il en confidence, ne raconte-t-on pas genre de campagne de haute volée. Il faut
dans les couloirs de la Bibliothèque vaticane, du culot, de l'intelligence et une technique
que ce gros lourdaud aurait déjà fait ce même irréprochable pour fabriquer et distribuer
genre de choses il y a longtemps pour récupérer de faux incunables interdits. Di Piazza
des originaux dans des Bibliothèques Nationa- semble, en effet, persuadé que les codex
les, en France notamment ? C'est vrai que ce sont des faux. Juste un sentiment, une in-
n'est qu'une rumeur, mais persistante au de- tuition mais venant d'un homme qui a vécu
meurant !”. Si les PJ veulent des réponses, parmi les livres anciens depuis des années.
ils devraient aller voir ce Prestorius. Quoiqu'il advienne, Mattéo di Piazza assu-
Si les PJ montrent le dossier de l'In- re les PJ de son concours.
quisition, di Piazza tente de se rebeller
mais se déballonne presque aussitôt. Il est Censure et révélations
vrai qu'il a commis une erreur par le passé. Une nouvelle fois les enquêteurs se
Mais c'était plus pour aider un ami que par présentent au bureau de Prestorius. Ce der-
conviction personnelle. Son ami, membre nier est toujours en étude des textes mais
du courant Fraticelles de l'Eglise catho- accepte de recevoir les PJ. Ce flamand de 47
lique, avait fait preuve de légèreté dans ans, au regard bleu et à la barbe blonde est
une homélie. Les propos tenus avaient été tout sauf le m'as-tu-vu qu'a décrit di Piaz-
rapportés. Et di Piazza, plutôt que de faire za. C'est un excellent professionnel. La
le mort, s'était élevé contre ceux qui vou- preuve, il déclare sans aucune ambiguïté
laient excommunier son ami. Mettant en que les manuscrits découverts sont des
avant son intégrité et son appartenance aux faux. Oh loin d'être grossiers ! Il lui a
groupes des Fraticelles, di Piazza s'était fait quand même fallu plus de cinq heures de
repérer par les hommes de la Sainte Inqui- travail pour découvrir la supercherie. Il ne
sition. Ces derniers n'avaient pas attendu s'agit même pas d'incunables (premiers ou-
très longtemps avant de lui rendre visite vrages imprimés, datés de la seconde moi-
20 pour lui demander des explications. Au
bout de deux semaines d'interrogatoires
tié du XV° siècle et difficilement reconnais-
sable de manuscrits tardifs), mais simple-
serrés et ayant réussi à échapper à la Ques- ment d'imprimés contemporains. L'homme
tion, di Piazza avait lâché le morceau sur qui a réalisé ce genre de faux est non seule-
son groupe tout en priant pour qu'ils aient ment un copiste remarquable doublé d'un
eu le temps de se mettre à l'abri. chimiste hors pair mais c'est aussi un lettré
Le moine avait donc, à l'époque, bé- cultivé. Et ce genre de personne n'existe
néficié d'une grâce et s'était retrouvé dans pas en ce bas monde ! Du moins pas à sa
un monastère. C'est là que lui est venue cet- connaissance.
te nouvelle foi pour les livres rares. Ne Si les PJ font preuve d'un peu de dis-
voulant pas retomber dans des travers qui cernement, ils peuvent peut-être s'aperce-
avaient failli l'annihiler, l'archiviste ne pen- voir que le censeur de la Troisième Cham-
sa qu'au travail. Il savait être passé très bre ment. Ses yeux fuyants, la sueur qui
près de l'excommunication et à présent perle à son front et ses tics nerveux tradui-
qu'il connaissait les méthodes du Vatican sent bien son embarras (notez que le Pre-
avec les progressistes, il s'était juré de ne mier-Censeur Gasperi est constamment sur
regarder que les livres et de garder ses im- le dos de son cryptologue et l'épie de son
pressions pour lui. bureau toujours ouvert, ce qui peut expli-
Di Piazza ne cache rien aux PJ. Un quer le stress de Prestorius). Si les paroles
peu de psychologie permet de voir qu'il est de di Piazza leur reviennent en mémoire,
sincère. Même s'il garde une rancune secrè- ils pourront suspecter que le censeur a dû
te envers ses supérieurs, il ne peut être utiliser par le passé les services de l'un des
l'instigateur du coup. L'archiviste est un faussaires dont il parle.
Scénario
Mais pas question de lui lancer de dire que seul un habitué des lieux peut y
but en blanc de telles accusations. De par sa pénétrer. L'institut est en effet situé dans
fonction de codicologue cryptographe de la un de ces nombreux immeubles apparte-
Troisième Chambre et surtout (ce qu'igno- nant au Vatican mais qui ne présente aucu-
rent les PJ) de déchiffreur de documents ne caractéristique religieuse apparente. Il
pour le Conseil Pourpre, Prestorius jouit n'y a pas même de plaque à l'entrée, pou-
d'une protection frisant l'impunité. Un seul vant préciser son appartenance à un servi-
coup de fil lui permettrait de faire remettre ce de la Curie. L'Inquisition se trouve déjà
en place vertement des PJ un peu trop caté- sur les lieux et interroge le séminariste qui
goriques dans leurs conclusions. Non que a découvert le dernier exemplaire. L'assis-
le Flamand aime à profiter de sa situation, tant déclare alors que les inquisiteurs doi-
mais il préfère se savoir protégé pour les vent apporter l'exemplaire trouvé au cen-
actions illégales qu'on lui demande quoti- seur Prestorius dans les plus brefs délais.
diennement de faire… Ce qui avec eux peut prendre des semai-
Alors que les PJ sont en train de pa- nes. A ce moment les PJ vont découvrir que
labrer avec Prestorius, un de ses aides arri- le censeur a vraiment des relations ! Il s'em-
ve en courant en soulevant maladroitement pare d'un téléphone et sans consulter son
sa bure. Un nouvel exemplaire a été décou- répertoire (preuve qu'il a sans doute l'habi-
vert à l'Institut Pontifical de la Latinité. Cet tude de faire ce numéro) appelle un inter-
institut se trouve piazza del Ateneo Sale- locuteur. Les PJ entendent distinctement la
siano, en plein cœur de Rome. Il va s'en conversation. Prestorius demande à “Son

L'HISTOIRE DE PRESTORIUS

Il fut un temps où un cardinal (dont il est obligé de taire le nom) avait décidé que le meilleur moyen
pour récupérer les originaux de certains manuscrits ou d'incunables qui se trouvaient dans des mains
étrangères, consistait à les voler. Mais pour que tout ceci passe inaperçu, le cardinal avait eu la brillante 21
idée de faire fabriquer des copies qui pourrait résister aux experts. Pour se faire il avait recruté des
hommes et avait formé un cabinet de faussaires.
Prestorius déclare alors qu'il avait été nommé chef de ce cabinet eu égard à son talent pour décrypter
les documents.
C'est ainsi que des documents sensibles avaient été dérobés au British Museum de Londres, au Metropo-
litan de New York et dans bien d'autres musées ou bibliothèques à travers le monde. Mais un jour la
belle mécanique s'était enrayée. Le faussaire, qui se nommait Campiosso, avait du remplacer celui qui
procédait aux échanges et il s'était fait pincer à la Bibliothèque Nationale de Paris. Comprenant qu'il ne
pouvait dénoncer ses employeurs, Adolfo Campiosso avait pris sur lui de se faire emprisonner sachant que
le Vatican ferait tout pour le libérer au plus vite.
Ce fut sa deuxième erreur ! Cela faisait maintenant quinze ans qu'il croupissait dans une prison françai -
se. Son complice, Raynaldo Bucci avait disparu peu de temps après, sans doute après avoir appris la
nouvelle par les média. Le quatrième membre du cabinet, un certain Gino Vanelli était un ami de di
Piazza. Ecoeuré de l'inaction du Vatican, il avait dénoncé dans une homélie particulièrement remarquée le
manque de reconnaissance des grands chefs de la Curie. Sa mutation expresse dans un monastère trap-
piste avait privé Vanelli d'une brillante carrière. Et avait fait de di Piazza un homme aigri cherchant à
assouvir une vengeance contre Prestorius qu'il considérait comme responsable de la déchéance de son ami.
Le censeur a gardé un dossier, qu'il conserve dans son coffre, avec les photos de Campiosso et ses
complices, les différentes méthodes employées ainsi que la liste des documents récupérés. Il explique que
ce mal nécessaire a permis une récolte inestimable. Bien entendu, il ne dévoile ceci que sous le sceau
du secret et niera avoir ce genre de documents en sa possession. De plus, il y a prescription et la per -
sonne qui le protège le couvrira une fois encore si nécessaire.
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Eminence” d'intervenir au plus vite pour Les affiches font références aux " placards"
que l'Inquisition ne mette pas ses grosses
insultants envers l'Eglise, affichés par des
bottes de partout. Et à voir son air satisfait,
on peut aisément comprendre que la de- protestants au XVI°siècle, qui allèrent
mande du flamand a été prise en compte. jusque sur la porte du roi François I°. Il
La démonstration impressionne. Un tel
homme ne peut être suspecté. Avec tous les s'agit d'une redite visant les mêmes buts.
appuis qu'il possède pourquoi irait-il se L'objectif final des Fils de Luther est de poser
fourvoyer dans la fabrication de faux et
ces affiches et l'ouvrage dans la bibliothèque
dans la diffusion d'écrits blasphématoires.
Il faut se rendre à l'évidence, di Piazza ne du Parlement italien et chez le président de
l'a accusé que par vengeance personnelle. la république, après en avoir envahi le
Si les PJ se montrent plus pressants mais
Vatican (et la bibliothèque privée du
respectueux, Prestorius leur conte l'histoi-
re. Pape).
Les enquêteurs ont à présent une in-
formation de tout premier choix. A eux réunion extraordinaire du Sacré-Collège
d'en tirer parti. Un simple appel télépho- est envisagée en haut lieu.
nique en France leur confirmera ce qu'ils Il ne devrait pas être trop ardu de
doivent avoir pressenti. Campiosso a été li- retrouver dans leur mémoire ou dans les li-
béré pour bonne conduite il y a environ vres les informations nécessaires sur Lu-
cinq ans et serait retourné en Italie, à Rome ther et la symbolique que peut représenter
précisément. La seule information que peu- le choix du pseudonyme des “Fils de Lu-
vent apprendre les PJ est que Campiosso a ther”. Ce choix délibéré est non seulement
un fils et que ce dernier est propriétaire une référence au perturbateur que fut le
d'une librairie dans la capitale italienne. moine allemand mais c'est aussi une réfé-
C'est au moment où les PJ décident d'aller rence aux placards qu'il fit apposer en Alle-
22 voir le fils de l'ancien faussaire que la ru-
meur recommence…
magne à son époque. Si les PJ ont l'idée de
revenir voir Prestorius, ils apprennent de la
bouche de ce dernier que c'est en cherchant
à remplacer un exemplaire de la Bible de
Acte III - l'Affaire des Placards Luther à la bibliothèque de l'Assemblée na-
tionale française par un faux de sa compo-
sition, que Campiosso a été pris. Une visite
Affichage sauvage
au fils de Campiosso devient une nécessité
Et soudain, la rumeur enfle. Elle re-
absolue.
bondit dans les couloirs du Palais Pontifi-
La petite librairie nommée “La Pres-
cal. Des affiches de propagande anti-catho-
se”, située via Carnabella est plutôt vieillot-
liques ont été découvertes sur les murs mê-
te. Sa devanture bleue à la peinture passée
mes de la Basilique Saint-Pierre. Collées là
a dû connaître des jours meilleurs. On peut
par une main anonyme, elles abreuvent
voir de l'extérieur des amoncellements de
d'insultes la religion catholique, le clergé et
livres anciens en vitrine. Un regard averti
même le Pape. Signés d'un énigmatique
peut découvrir quelques raretés manuscri-
“Fils de Luther”, les placards sont apparus
tes.
en plusieurs endroits et même à l'intérieur
Habitués à la paranoïa ambiante du
du Palais Pontifical et certains cardinaux ne
Palais Pontifical, les PJ ne peuvent se pré-
décolèrent pas. D'ailleurs un coup de télé-
senter pour ce qu'ils sont. Une visite de col-
phone du secrétariat de Mgr. Dominati
lectionneurs recherchant de rares manus-
rappelle aux PJ le mécontentement du Pré-
crits du XIVème siècle permettra d'appren-
fet du Saint-Office. Il se murmure qu'une
dre plus de choses que la menace de clercs
Scénario
hautains venus du Vatican.
L'intérieur de la boutique est somb- Pour financer sa vengeance, Adolfo Cam-
re, sûrement plus pour protéger les livres piosso fabrique des faux incunables ou ma-
que par souci de passer inaperçu. Les
nuscrits qu'il revend à des riches collection-
rayons sont pleins et les livres bien alignés.
On sent que le propriétaire des lieux est un neurs. C'est dans la cave de la librairie de
homme d'ordre et qu'il voue une véritable son fils que l'ancien détenu travaille. Il y
passion à ces vieux livres. Il n'y a pourtant met toute sa passion et surtout toute sa
là rien de bien remarquable par l'âge ou la haine. Même si le fils n'est pas d'accord avec
rareté.
les méthodes du père, ils travaillent de
C'est au moment où ils désespèrent
de trouver quelque chose qu'un petit mira- concert. Mais pas pour les mêmes raisons ! Si
cle a lieu (mystère de la Foi ?). Deux hom- Campiosso père œuvre pour la vengeance,
mes sortent d'une porte de service pour tra- Campiosso fils est plus matérialiste. Les faux
verser la librairie en devisant gaiement, un
rapportent une manne non négligeable que
petit paquet sous le bras. En regardant bien
les deux hommes, les PJ n'ont aucun mal à Pietro ne peut ignorer même s'il tremble de se
reconnaître Luccio Matteoti qui devrait, faire attraper.
soit disant, se trouver en Allemagne à l'- En termes de jeu, le jeune Pietro Campiosso
heure qu'il est. L'autre leur est complète-
devra apparaître comme quelqu'un de ner-
ment inconnu car il s'agit de Raynaldo Buc-
ci l'ami et confident de Campiosso, revenu veux, très inquiet si on le questionne et vite
là pour aider son ancien compagnon faus- débordé si on le menace un peu de révéler ce
saire. Ils font tous deux partie de la conju- qu'on sait.
ration de Campiosso.
Si les PJ pénètrent dans la boutique, ils
Suivre les deux hommes ne présente
pas de difficultés majeures. Même s'ils sont découvriront vite qu'à part dans la vitrine,
méfiants, les deux faussaires ne sont pas il n'y a que peu de documents datant d'a- 23
des agents de renseignements expérimen- vant le XVI° siècle. Pour la simple raison
tés. C'est ainsi qu'ils amènent les PJ à pro-
que Adolfo Campiosso travaille à la deman-
ximité de la via Santa Anna qui se trouve
derrière le Vatican. Les deux hommes frap- de. Il fabrique ce que les gens cherchent. Sa
pent à une porte en bois dont on peut voir culture est immense et il est capable de fa-
qu'elle n'est pas si récente. Les clous carrés briquer des copies sans model, simplement
sont rouillés et le fer forgé est pratiquement grace à sa mémoire. Durant son séjour dans
lisse. Avec un peu de chance les PJ peuvent
les geôles françaises, il avait réussi à obtenir
apercevoir que les deux hommes remettent
un paquet à la ersonne à l'intérieur. D'où ils l'autorisation de réparer des vieux livres de
sont placés, les PJ ont du mal à voir le troi- la Bibliothèque de Paris. Au fur et à mesure
sième homme. Il s'agit de Siméo Galiani. Le que la confiance s'installait, les livres qui
Conservateur du patrimoine a récemment
lui étaient confiés étaient plus en plus
prouvé aux PJ qu'il savait se diriger dans
les couloirs secrets du palais pontifical et anciens. Adolfo avait alors réussi à obtenir
qu'il en connaissait les moindres recoins. Il un appareil photo, nécessaire, selon lui, pour
ne sera pas difficile d'apprendre qu'un seul un meilleur rendu de ses travaux. Il avait
accès mène à cette porte censée être
réussi à détourner des centaines de photos, de
condamnée depuis des années et que la
seule personne susceptible d'y avoir accès quoi se constituer une formidable base de
est Galiani. En revanche ses motivations données.
restent obscures.
I n d e x L i b r o r u m P r o h i b i t o r u m

Il se pourrait que les PJ tentent une loir son travail, ses connaissances, ses pro-
action inconsidérée telle que de se présen- tections et menaçant ses tourmenteurs des
ter à la porte pour surprendre les Fils de pires représailles.
Luther. Bien mal leur en prendrait. Perdus Mais il finit par se changer d'attitu-
pour perdus, les faussaires n'hésitera pas à de quand l'une des personnes présentes re-
se montrer violents. Raynaldo Bucci est marque une clef ouvragée dans le bureau.
armé et se servira de son arme pour proté- Celle-là même qui ouvre la vieille porte de
ger la fuite de ses complices. Le paquet de la via Santa Anna… Mis devant cette
nouveaux placards apportés sera jetés dans contradiction il avoue tout :
les égouts et détruit par l'eau. Les PJ se Il y a une quinzaine d'années, Siméo
trouveraient sans preuves et de toute évi- Galiani travaillait comme logisticien pour
dence sans les mêmes protections que ceux la cellule de soutien dans l'équipe de Cam-
qu'ils accuseraient. La politique la plus ré- piosso. A l'époque, il était déjà féru d'art et
aliste consiste à laisser faire et attendre des des belles choses anciennes. Mais il était
jours meilleurs. aussi un vieux routier habitué aux spécifi-
cités de la Curie. Si l'attitude de l'Opus Dei
Delendo Lutherus Filii et de Mgr. Alguesiras l'ont alors choqué, il
Les PJ savent à présent où ont été fa- n'en fut cependant pas réellement surpris.
briqués les faux livres et les placards. Ils Lorsque Campiosso fut emprisonné par les
connaissent le commanditaire et les exécu- autorités françaises et que Gino Vanelli, l'a-
tants. Pour finir, ils savent comment les mi de Mattéo di Piazza, fut sanctionné, Ga-
faux sont arrivés dans les murs du Palais liani en habitué des couloirs du Vatican, se
de Saint-Pierre. Mais ils ne possèdent aucu- montra suffisamment circonspect pour ne
ne preuve ! Et arriver bille en tête pour lan- pas se faire remarquer inutilement. Il sauva
cer des accusations sur certaines personnes sa tête et put ainsi poursuivre son ascen-
disposant de protections haut placés pour- sion.
rait, de toute évidence, avoir des répercus- Mais le remords le tenaillait depuis.
24 sions complètement inverses à l'effet es-
compté. Galiani par exemple, de par sa
Et lorsque Campiosso reprit contact avec
lui, il y a quelques mois, le conservateur du
fonction est pratiquement intouchable sans patrimoine de Saint-Pierre se dit qu'il avait
preuves flagrantes. La librairie du fils Cam- les moyens d'absoudre son inaction de l'é-
piosso se situe hors des terres vaticanes et poque… Lorsqu'il achève son récit c'est un
les PJ ne sont en rien des agents action ! homme brisé qui est emmené par les deux
La meilleure solution est de rendre inquisiteurs.
compte à leur hiérarchie de ce qu'ils ont dé- Il reste à présent à éliminer la source
couvert. Et attendre. Le secrétariat de Mgr. des documents. Mais sans faire de vagues.
Dominati ne tarde pourtant pas à les Une ultime visite à la librairie s'impose. Les
convoquer pour ce qu'il appelle la "finalisa- enquêteurs pourront souhaiter faire com-
tion" de l'opération. Il n'a peut-être pas prendre au fils Campiosso que le Vatican
échappé aux PJ lors de leur entrevue avec sait et qu'il ferait mieux de mettre fin à ses
le préfet du Saint-Office, qu'ils semblait agissements. Une solide discussion et
fort désireux de boucler cette affaire au quelques menaces gentilles devraiet logi-
plus vite. Accompagnés de deux inquisi- quement avoir raison de la détermination
teurs, les PJ débarquent chez Siméo Galia- des Fils de Luther. Mais…
ni. Pendant que qu'ils déballent ce qu'ils sa- Alors que les PJ arrivent sur place
vent devant le Conservateur du patrimoi- pour parlementer avec Pietro Campiosso,
ne, les deux inquisiteurs pratiquent une ils assistent, impuissants, à une scène qui
fouille en règle du bureau tout en interro- va les surprendre. Une Alfa Roméo noire
geant durement le vieux prélat. Ce dernier est garée devant la librairie, moteur tour-
nie avec la plus grande énergie, faisant va- nant et portes ouvertes. Si les PJ s'appro-
Scénario
chent, ils entendent distinctement des ils ignorent certainement l'utilité et de ran-
bruits de luttes, de verre brisé et ne tardent gements très bien ordonnés. Dans un coin,
pas à voir sortir trois hommes ascétiques, un lit de camp avec au dessus une étagère
tout de noir vêtus, qui maintiennent solide- qui croule sous le poids des fioles de pro-
ment un homme assez âgé qui essaye de se duits chimiques rassemblés là. Des pro-
débattre. Sans ménagement, l'homme est duits sans doute destinés à vieillir artificiel-
engouffré de force dans la voiture Mais les lement le parchemin. Dans le coin opposé,
PJ ont eu le temps de reconnaître Adolfo une vieille presse à bras dont on peut voir
Campiosso d'après les photos de son dos- qu'elle a servi récemment. Sur une table au
sier. milieu de la pièce, l'on peut voir des affi-
Attention à ne pas intervenir ! Les ches en train de sécher, du même modèle
gardes-suisses ont pour ordre prioritaire de que celles que l'on a retrouvé collées, il y a
faire "disparaître" le faussaire et ne sont au- peu, sur les murs du palais pontifical. D'u-
cunement disposés à entamer une discus- ne petite porte au fond se diffuse l'odeur
sion avec des ecclésiastiques. Ils n'auront caractéristique de la pâte à papier, laissant
aucune hésitation à se servir de leurs armes imaginer une fabrique de matière première
pour bloquer l'action de PJ trop entrepre- artisanale pour les faux. Il y a là tout le né-
nants. Leurs ordres étant de ramener Adol- cessaire pour réaliser des ouvrages de tou-
fo Campiosso, ils le ramènent. Point ! te sorte, de l'imprimé au faux parchemin.
Une fois l'Alfa Roméo partie, les PJ Pietro donne toutes les explications
peuvent pénétrer dans la librairie dévastée. nécessaires avant de jurer qu'on ne l'y re-
Les rayonnages ont été renversés, les vieux prendra plus. Les PJ, selon le profil de leur
livres gisent à terre, les vitrines ont été bri- personnages, peuvent montrer de la com-
sées comme si un cyclone avait dévasté la passion ou au contraire amener le jeune
boutique. Tout amoureux des livres est ter- homme à leur supérieur pour étayer leurs
rassé à cette vision d'apocalypse… En exa- dires.
minant un peu mieux le local, ils découv- Toujours est-il que, pour l'instant, le
rent dans l'arrière boutique un corps allon- vieux complice de Campiosso, Raynaldo 25
gé. C'est Pietro Campiosso qui gît assom- Bucci ainsi que le jeune séminariste Luccio
mé. Il ne faut que quelques instants pour le Matteoti se sortent indemnes de l'aventure.
ranimer. Il ne comprend pas ce qui est arri- Mais pour combien de temps ?
vé mais raconte quand même. Les trois A terme, les PJ peuvent tenter de
hommes, carrure d'athlète et costumes continuer leur enquête (signalez leur ce-
noirs, sont entrés et sans un mot l'ont em- pendant qu'ils n'ont plus aucune autorité
poigné pour l'amener dans l'arrière bou- pour cela) en essayant d'élucider les meur-
tique devant des clients médusés qui se tres mais ils risquent de s'attirer les foudres
sont empressés de filer. Les affreux ont des sbires de Paraña avant de trouver quoi
commencé à le frapper méthodiquement. que ce soit. On leur fait comprendre que
C'est en entendant les cris de son fils qu'A- c'est à la police de faire ce genre de travail.
dolfo est monté de la cave aménagée où il Et s'ils persistent, ils pourraient rapide-
travaillait. Aussitôt empoigné par les trois ment goûter les eaux du Tibre…
hommes de main, il a été emmené Dieu sait
où ! “Il faut immédiatement appeler la police”,
conclue-t'il terrifié. Conclusion
Les PJ peuvent facilement se douter Quelques jours plus tard, alors que
de l'identité des kidnappeurs et devraient les PJ ont repris leur train-train quotidien,
chercher à dissuader le jeune homme d'ap- un article dans la presse leur apprend que
peler les carabiniers. S'ils pensent à visiter la librairie de la via Carnabella a mysté-
la cave, ils découvrent un atelier qui, bien rieusement brûlé et que l'on a retrouvé
que petit en surface, regorge d'outils dont quatre corps défigurés à l'intérieur. Les
I n d e x L i b r o r u m P r o h i b i t o r u m

dolciniens envoyés par Mgr. Paraña ont ti de prison il y a cinq ans, a décidé de se
vite lavé l'affront fait à l'Eglise. On ne joue venger en révélant au public la véritable
pas innocemment avec la Curie sans y lais- Eglise en laquelle ils croient si dévotement.
ser des plumes. Il a ouvert une librairie d'anciens et d'ou-
En y réfléchissant un tant soit peu, on peut vrages religieux, “La Presse”, située dans
facilement imaginer que les Campiosso les murs du Vatican. Il se contente de diri-
(père et fils) font partie du lot. Siméo Galia- ger la presse artisanale (à bras) installée en
ni pour avoir trahi les siens a également dû sous sol et laisse son fils tenir la boutique.
faire partie du “voyage” vers l'Hadès. Mais
qu'en est-il du quatrième corps ? Bucci ou - Mateo di Piazza
Matteoti ? Le premier n'a déjà que trop nar- Archiviste de l'Institut des Sciences
gué la Curie et le second a trahi ses pairs. Religieuses. A cinquante-huit ans, les che-
L'information risque d'être bien gardée… veux blonds bouclés de petits yeux enfon-
Ainsi, hormis le mystérieux disparu, Jan-Ja- cés lui donnant un air de rat fouineur, Ma-
kob Prestorius reste la dernière personne à teo semble totalement inoffensif. Francis-
connaître l'histoire du cabinet de faussai- cain lié un temps au groupe des Fraticelles,
res. Les autorités à l'origine de cette enquê- di Piazza a réintégré l'orthodoxie après un
te savent qu'elles n'ont que peu de soucis abus de langage d'un ami il y a 10 ans qui
de ce côté là. l'emmena devant l'Inquisition. L’archiviste
Si les PJ font bien leurs comptes, ils dut prouver son intégrité théologique et fut
devraient ainsi se rendre compte qu'il relaxé. Mais un dossier traîne sur lui.
manque quelqu'un. Et ce quelqu'un ne se- Fervent catholique, travailleur discret mais
rait-il pas prêt à venger ses amis ? Et deve- efficace, il dirige la bibliothèque où appa-
nir un ennemi particulièrement féroce en- raît le premier ouvrage. Il a sélectionné et
vers les PJ qu'il pourrait soupçonner d'a- formé la moitié des six assistants qui tra-
voir tué ses amis. vaillent à la bibliothèque (pour moitié
Enfin, personne ne sait depuis com- laïques catholiques, pour l'autres jeunes sé-

26 bien de temps les Campiosso ont ainsi dif-


fusé des faux ni où ils ont atterri. Il se pour-
minaristes) : Pietro Niccolo, Francisco Prat-
to, Guenadi Caméo, Lucio Travoldi, Lucia-
rait que des ouvrages mal expertisés aient no Santa-Giovani et Alvaro Dominguez.
atterri aux archives secrètes. Des trésors
soupçonnés n'en seraient pas… - Raynaldo Bucci
Membre des “Fils de Luther”. Il diffu-
se les livres grâce à son contact au Vatican,
Simeo Galiani.
PNJ
Bucci a quarante ans. Il est l’un des
élèves de Campiosso et avait été recruté
- Adolfo Campiosso
pour l’assister à l’époque du cabinet de fal-
Chef des “Fils de Luther”, libraire,
sification de l’Opus Dei. Très observateur et
imprimeur, bibliophile et faussaire de ta-
sur ses gardes, Bucci avait déjà mis en gar-
lent. Campiosso a travaillé pour les servi-
de son mentor sur les methodes de leur su-
ces de l'Opus Dei dans les années 80 en ré-
périeur. En vain. Craignant pour sa vie, il
alisant des faux d'incunables et de manus-
avait disparu aussitôt apprise la capture de
crits qu'il échangeait avec leurs originaux
Campiosso et s’était juré de se venger de
dans différentes bibliothèques d'Europe.
cette Eglise sans honneur. Il garda discrète-
Pris par la police française, il n'a jamais
ment le contacte avec le faussaire, mais sur-
donné ses commanditaires, mais a conservé
tout avec son fils et commença à échaffau-
une rancœur contre une Eglise qui l'a aban-
der un plan... qu’il soumis à Campiosso à sa
donné une fois son œuvre accomplie. Il est
sortie de prison.
l'un des quatre meilleurs faussaires en acti-
D’un caractère très revanchard, Ray-
vité sur le vieux continent. Campiosso, sor-
Présentation
naldo Bucci est en quelque sorte le planifi- suite, il travaillait pour le Studium pontifi-
cateur de l’équipe, quand Campiosso s’oc- cal sur sa thèse : “Prédication et hérésies : le
cupe des questions techniques. Raynaldo basculement d'hommes de Dieu en terre d'Em-
Bucci a ainsi contacté d’anciens amis et col- pire, XV°-XVI°” lorsque l’un de ses collabo-
laborateurs de Campiosso pour obtenir une rateurs, Simeo Galiani, lui parla du projet
équipe compétente et suffisamment bien des Fils de Luther. Pour ce jeune idéaliste, si
inflitrée au Vatican pour pouvoir mener à cette conspiration peut sembler choquante
bien le projet des “Fils de Luther.” et dangereuse pour l’Eglise, il n’en est rien.
Matteoti est convaincu que la Curie est sur
- Jan-Jakob Prestorius le point de s’enliser dans une mort lente, et
Censeur à l'Index (voir Aide de jeu), que c’est ce genre d’éléctrochoc qui ré-
aime parler de son travail et poser des énig- veillera la Foi catholique en la purgeant des
mes à ses interlocuteurs. Il connaissait erreurs du passé. Il n’avais cependant pas
Campiosso pour avoir travaillé avec lui à prévu la réaction violente des hommes du
l'époque de ses collaborations avec l'Opus Secrétaire d’Etat… Il annonce la découver-
Dei. Surveillé par son chef, il est pourtant te d’un des livres puis, après avoir répondu
celui grâce à qui les faux seront repérés. Il aux hommes de l'Inquisition, annonce qu'il
lui faudra quatre-cinq heures pour pouvoir part poursuivre ses recherches en Allema-
se prononcer sur les ouvrages. Plus vite il gne (à Weimar). Il reste en réalité à Rome, à
aura d'exemplaires, plus rapidement il sera l'atelier de Campiosso, pendant la majeure
catégorique sur leur qualité. partie de l'enquête. Ses quelques allées et
venues dans certains bâtiments du Vatican
- Simeo Galiani peuvent cependant avoir été vues par un
Contact des “Fils de Luther” au Vati- témoin.
can. Il est conservateur du patrimoine du
Saint-Siège, ce qui en fait un redoutable - Gino Vanelli
connaisseur des couloirs et accès multiples Le jeune et brillant jésuite, ami de
aux palais du Vatican. Ssa fonction lui don-
ne accès direct à la bibliothèque privée du
Mattéo di Piazza fut approché par Adolfo
Campioso pour servir de logisticien à la cel-
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Pape, gérée par un jésuite archiviste. A lule mise en place par Mgr. Alguésiras.
soixante-trois ans, chauve, de grosses lu- Très vite, Vanelli se fit remarquer par son
nettes sur des paupières tombantes, efficacité et son abnégation. Lorsque Cam-
l’aspect adipeux, Galiani ne possède pas pioso se fit arrêter en France sans interven-
franchement un physique engageant. Pour- tion du Vatican, Vanelli commença contac-
tant il n'hésite pas à rappeler son statut au ter ses connaissances pour envisager une
Vatican et à menacer les PJ de façon dé- action. Voyant que ses supérieurs ne bou-
tournée s'ils commencent à lui parler trop geaient pas, le jeune et bouillonnant jésuite
franchement... Il travaillait avec l'équipe de se fit remarquer lors d'une homélie aussi
soutiens de l'Opus Dei à la même époque brillante qu'accusatrice envers les cardi-
que Campiosso et a été choqué de décou- naux laxistes et pervers qui utilisent du
vrir les méthodes du Services du cardinal personnel avant de s'en débarrasser lors-
Alguesiras (Opus Dei). Lorsque Campiosso qu'ils ne servent plus. Mgr. Alguésiras, se
l'a contacté il y a quelques mois, il n'a hési- sentant particulièrement visé, fit preuve de
té que quelques heures avant de donner sa la plus extrême sévérité. Vanelli se retrouva
réponse positive pour sa participation à l'o- muté de force dans un monastère trappiste
pération. en Belgique où vœu de silence et contem-
plation sont les maîtres mots. C'est dans ce
- Luccio Matteoti monastère que Frère Gino se laissa mourir
Luccio Matteoti a trente-huit ans, d'inanition malgré les suppliques de son
blond les cheveux mi-long. Chercheur jé- ami di Piazza.
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