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Le voile islamique, est-il vraiment une ménace pour la laïcité ?

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Barack Obama fête le Ramadan dans la Maison Blanche tandis que Nicolas Sarcozy déclare
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que le voile islamique «n‟est pas la bienvenue» en France . La Cour Suprême de la Russie permet
aux musulmanes de se faire photografier en foulard pour le passeport tandis que le Conseil
Constitutionnel affirme la constitutionnalité de l‟interdiction du port de voile intégrale dans tous les
espaces publics français.
La France, les Etats-Unis et la Russie semblent très différents dans leur manière d‟aborder les
questions religieueses. D‟après une étude du centre de recherche Pew Forum de 2008, «plus de
90 % des Américains seraient croyants, et environ 39 % assisteraient au service religieux chaque
dimanche. Plus de la moitié des Français ne possèdent pas de Bible chez eux, contre 7 % des
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Américains. 13 % des Américains disent ne jamais prier contre 49 % des Français» . En Russie selon
une étude du centre de recherche VCIOM, près de 85% des Russes seraient croyants dont le nombre
a augmenté de 4% de 2005, mais seulement 7% effectueraient des rites religieux chaque semaine.
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49% des Russes ont lu la Bible au moins une fois .
Tous ces pays sont aussi très diversifiés. Il y a longtemps que la Russie s'est formée comme
un pays multinational et multicultuel, les Etats-Unis sont fondés sur l‟immigration, souvent religieuese,
et la France, autrefois homogène, depuis des années 1970s où l‟immigration massive avait
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commencé «est devenue l‟une des plus diversifiées parmi les pays européens» . Les musulmans
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constituent 9% de population de la France , de 0.8 à 2% des habitants des Etats-Unis et 5% du
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peuple russe .
On se souvient, bien sur, que tous ces pays sont laïques, ce principe est également fixé dans
leurs Constitutions. D‟où vient cette différence de l‟attitude à l‟égard des musulmans et leurs
coutumes? Et pourquoi dans un pays laïque on concidère le voile islamique comme «un signe
ostentatoire» de la religion et, donc, violant des droits des autres à la liberté de conscience et de
religion et dans un autre pays, aussi laïque que le premier, on va si loin que permet aux musulmanes
manifester sa religion même dans les pièces d‟identité. En répondant à ces questions ne pas
évidentes on va, d‟abord, analyser les conceptions de laïcité en France, aux Etats-Unis et en Russie
(I) et comment on les applique à la question du port de voile islamique (II).

I. La comparaison des conceptions de laïcité en France, aux Etat-Unis et en Russie

La laïcité est devenue un des signes de l‟Etat démocratique. L‟Etat laïc assure la séparation,
l‟indépendence et la saine coexistence de l‟Etat et des Eglises pour que la liberté de conscience et de
religion soient garanties. En analysant des textes législatifs de ces pays on peut distinguer certains
composants essentiels de la laïcité comme :

1. Séparation de l‟Eglise et de l‟Etat

En fait, c‟est Jésus et pas des Lumières qui était le premier à exprimer ce principe : "Rendez
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donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu !" .
En France ce principe est fixé par la loi du 9 décembre 1905 dans l‟article 2: «La République
ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte». En pratique, l‟Etat français ne suit pas
toujours ce principe : par exemple, à Wallis-et-Futuna, Mayotte et Guyane l‟Etat reconnaît l‟une des
cultes, à l‟Alsace-Moselle, en outre, sont reconnues les cultes essentielles, dont les ministres sont
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rémunérés par l‟Etat tandis qu‟à Mayotte on utilise la loi islamique, la charia .
re
Aux Etats-Unis le principe est formulé tout à fait autrement. Dans le I amendement du 12
décembre 1791 de la Constitution de 1787 est énoncé: «Le Congrès de fera aucune loi qui touche
l‟établissement ou interdise le libre exercice d‟une religion...». Dans l‟affaire «Everson v. Board of
re
Education» (1947) la Cour Suprême a expliqué que selon le I amendement il est interdit à l‟Etat de
participer dans les associations religieuses et à rebours, lever des impôts pour soutenir des Eglises ou
leurs activités .
En Russie l‟Eglise a été séparée de l‟Etat par décret du 20 janvier 1918 «De la séparation de
l‟Eglise de l‟Etat et de l‟école de l‟Eglise». Selon ce texte l‟Eglise s‟est vue dépouillée de ses biens et
du statut de personne morale. La législation d‟aujourd‟hui est beacoup plus favorable. L‟article 14 de
la Constitution dispose que les associations religieueses sont séparées de l‟Etat et sont égales devant
la loi. Plus précisement le principe est expliqué dans l‟article 4 de la loi fédérale du 26 septembre 1997
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«De la liberté de conscience et les associations religieuses» qui déclare la non-intervention de l‟Etat
dans l‟activité de l‟Eglise si elle n‟enfreint pas la loi, mais permet à l‟Etat de financer son l‟activité non-
religieuse, par exemple, le maintien et la réstauration des monuments de la culture. L‟article 31 affirme
le statut de l‟Eglise comme la personne morale, munie de droit de propriété, et énonce même le
transfert gratuit des biens d‟usage religieux de l‟Etat à l‟Eglise.
Donc, on voit que le principe français est fondé plutôt sur la protection de l‟Etat contre toute
influence de l‟Eglise tandis que le principe américain repose sur la protéction de l‟Eglise contre toute
intervention de l‟Etat. La version russe semble neutre.

2. Liberté de conscience et de religion


Ces libertés sont garanties par l‟article 10 a Déclaration des droits de l‟homme de 1789 : «Nul
ne doit être inquitété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble
re
pas l‟ordre public...» et aussi par l‟article 1 de la loi du 9 décembre 1905, par le I amendement de la
Constitution des Etats-Unis, cité ci-dessus, et par l‟article 28 de la Constitution de la Russie : «La
liberté de conscience, la liberté de religion, y compris la liberté de manifester sa religion
individuellement ou collectivement ou ne manifester aucune, la liberté de choisir, avoir et diffuser sa
religion ou conviction et agir en vertu d‟elles sont garanties à toute personne». Pourtant point 2 de
l‟article 3 de la loi du 26 septembre 1997 stipule que elle peut être limitée aux fins de protéger «la
sécurité de l‟Etat» ce qui contredit la Convention de sauvegarde des Droits de l‟Homme et des
Libertés Fondamentales (ci-après Convention).
Il est facile de voir que les opinions religieuses sont considérées par la Déclaration comme les
plus radicales, la Constitution américaine reste favorable, tandis que l‟Etat russe prive ses citoyens
d‟une partie de leur droit.

3. L‟interdiction d‟établissement d‟une religion en tant qu‟obligatoire


En France cette interdiction est fixé par le même article 2 de la loi du 9 décembre 1905, cité
ci-dessus.
re
Dans l‟affaire «Everson v. Board of Education» la Cour Suprême a aussi souligné que le I
amendement prohibe d‟établir une Eglise en tant qu‟officielle, de passer une loi favorisant à une Eglise
par rapport à une autre ou à toutes les Eglises en général.
Le même article 14 de la Constitution de la Russie dispose qu‟«aucune religion ne peut être
instaurée en tant qu‟officielle ou obligatoire» bien que dans la préambule de la loi du 26 septembre
1997 l‟Etat, quand même, reconnaisse «le rôle particulier de l‟orthodoxie dans l‟histoire de la Russie,
dans la formation et le dévéloppement de sa spiritualité et culture».
Alors, la conception française entend une politique d‟écartement par rapport à toute religion,
celle américaine, au contraire, favorise à toute religion n‟en donnant la préférance à aucune. La
pratique russe est caractérisée par une inclinaison vers l‟orthodoxie.

4. Liberté d‟organiser les associations religieuses


re
Il ne reste que reconnaître le caractère exceptionnel du I amendement qui a pu dans une
brève phrase offrir autant de libertés. En vertu de lui les associations religieuses sont libres de la
me
législation fédérale et, en outre, selon le XIV amendement, de la législation des états ou locale. En
plus, selon Religious Freedom Restoration Act du 1993 beaucoup de lois des états concernant, par
exemple, droit de travail, qui pourraient être généralement appliquées aux Eglises étaient supprimées
pour elles. Cet act, pourtant, a été contesté par la Cour Suprême dans l‟affaire «City of Boerne v.
Flores» (1997). En plus, les Eglises sont présumées d‟avoir droit à une exonération fiscale sur leurs
revenus et peuvent s‟adresser au gouvernement d‟un état ou local pour s‟exonérer des impôts
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fonciers etc.
En Russie le législateur s‟est montré plus verbeux et dans le chapitre II de la loi du 26
septembre 1997 a établi deux types des associations religieuses, en conditionnant l‟enregistrement
d‟association religieuse par le délai de son existence et a privé les missions des associations
religieuses étrangères de droit à l‟activité religieuse ce qui viole la Convention.
En France, selon la loi du 9 décembre 1905 les associations religieuses «formées pour subvenir
aux frais, à l'entretien et à l'exercice public d'un culte» sont soumises à deux lois, celle du 9 décembre
1905 et la loi du 1 juillet 1901 ce qui impose certaines restrictions sur leur établissement et activité.
« En vertu de la loi de 1905, une organisation religieuse doit s‟adresser à la préfecture locale pour être
reconnue comme association cultuelle et bénéficier d‟une exonération fiscale. Toutefois, la préfecture
peut décider de revoir le statut d‟une association si celle-ci reçoit un don ou un legs important qui
attire l‟attention des autorités fiscales. [...]
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La loi About-Picard de 2001 a durci les restrictions imposées aux associations et elle prévoit
la dissolution des groupes, y compris des organisations religieuses, dans certaines conditions. En
2002, le Conseil de l‟Europe a adopté une résolution critiquant cette loi et invitant le gouvernement à
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la revoir, mais en vain. [...] Le rapport Machelon proposait également l‟assouplissement des critères
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relatifs à l‟obtention du statut juridique d‟association cultuelle.»

5. Laïcité de l‟enseignement public


En France, ce principe est fixé par le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 qui
énonce : «L‟organisation de l‟enseignement public, gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de
l‟Etat». Et la République garde sa parole: l‟espace scolaire reste neutre, « l'enseignement est
exclusivement confié à un personnel laïque» (l‟article L141-5 du Code d‟education), l‟instruction
religieuse est possible seulement « en dehors des édifices scolaires» (L141-3) et «en dehors des
heures de classe» (L141-4), il est interdit «d'apposer aucun signe ou emblème religieux» dans l‟école
(art.28 de la loi du 9 décembre 1905).
re
Aux Etats-Unis la laïcité de l‟enseignement public est protégée par le même 1
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amendement et par la jurisprudence suivante de la Cour Suprême qui dans les affaires «Engel v.
Vitale» (1962), «Lee v. Weisman» (1992), «Santa Fe Independent School Dist. v. Doe» (2000) a
statué inconstitutionnelle la prière obligatoire ou organisée par les élèves dans les écoles publiques.
Mais, en fait, ce n‟est pas la laïcité qui est protégée ici, c‟est la liberté de religion des autres élèves
comme la prière dans l‟école public veut dire que l‟Etat a préféré une religion à une autre. En outre, en
1984 le Congrès a passé Equal Access Act qui permet aux associations religieuses d‟utiliser les
espaces d„établissements éducatifs publics pour manifester leur religion.
La laïcité de l‟enseignement public en Russie était instaurée pas le décret du 20 janvier 1918.
Maintenant elle est garantie par l‟article 2 de la loi du 10 juillet 1992 N3266-1 «De l‟éducation» et par
l‟article 4 de la loi du 26 septembre 1997. Mais aucune loi n‟interdit l‟enseignement religieux dans
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l‟école publique «en dehors du cadre de programme d‟instruction» . A présent, la discipline «Les
principes d‟orthodoxie » est enseignée en tant qu‟obligatoire dans les écoles publiques dans quelques
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régions de la Russie ce qui peut y provoquer des conflits religieux .
Alors, en résumant, on peut dire que la laïcité à la française repose sur la négation de la
religion et de l‟Eglise et a le caractère assez hostile par rapport à elles. La laïcité américaine, c‟est
plutôt une coexistence pacifique des religions où l‟Etat se voit le médiateur et où il n‟y a presque pas
de place pour l‟athéisme. La conception russe contredit partiellement la Convention et est marquée
par une influence forte de l‟orthodoxie, surtout dans le domaine de l‟enseignement public.

Pourtant c‟est justement l‟enseignement public qui s‟est montré le plus susceptible aux conflits
religieux, par exemple, en France il était le premier à se heurter avec « le problème du voile
islamique».

II. L’application des conceptions de laïcité au problème du voile islamique

Le 27 novembre 1989, après des premières affaires concernant le port du voile islamique
dans l‟école, le Conseil d‟Etat dans son avis consultatif a affirmé que « le port par les élèves de signes
par lesquels ils entendent manifester leur appartenance à une religion n‟est pas par lui-même
incompatible avec le principe de laïcité», mais a limité ce droit par beaucoup de conditions formulées
en gros. En plus, il a reporter à l‟administration scolaire la responsabilité à élaborer «d‟une
réglementation destinée à fixer les modalités d‟application des principes qui viennent d‟être définis».
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Les circulaires ministérielles qui l‟ont suivies n‟étaient pas plus précises .
Faute des critères claires à appliquer par les enseignants, l‟avis du Conseil d‟Etat n‟a rien
résolu et « le problème du voile » continuait à s‟accroître et dans une dixaine d‟années est devenu
l‟objet des débats violants dans la société française ce qui ont suscité l‟apparition des rapports officiels
sur la laïcité. Ces rapports n‟avaient pas de valeur normative mais ils sont intéressants comme ils
jettent la lumière sur :
- l‟importance de conservation de la notion de laïcité inaltérée: elle «est devenue un élément
de référence de l'identité française. Sa remise en cause par le multiculturalisme et le
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communautarisme peut donc être perçue comme une menace pour l'identité nationale» ;
- les motifs du problème: la crise économique et sociale des années 1980s a provoqué le
chomâge, la ghettoïsation dans les quartiers d‟immigrés où s‟est ajouté le ressentiment de la société
française envers d‟eux ce qui a amené certaines musulmanes « à revendiquer leur identité religieuse
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pour pallier à l'absence de reconnaissance citoyenne» ;
- pourquoi «le problème du voile» est considéré par les Français comme une ménace: « Notre
philosophie politique était fondée sur la défense de l‟unité du corps social. Ce souci d‟uniformité
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l‟emportait sur toute expression de la différence perçue comme menaçante» . Alors, ce n‟est pas le
voile, c‟est le communautarisme qui effraie la France;
- la nécessité de reglementation juridique des questions problématiques liées avec les cultes
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(Code de laïcité , le droit des cultes ).
L‟un des rapports, le rapport Stasi, a inspiré la création de la loi N2004-228 du 15 mars 2004
insérant l‟article L141-5-1 dans le Code d‟éducation qui interdit «dans les écoles, les collèges et les
lycées publics [...] le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une
appartenance religieuse». Ce qui est intéressant, cette loi s‟applique à Wallis-et-Futuna, à Mayotte et
à la Nouvelle Calédonie, mais pas aux departements de l‟Alsace-Moselle «compte tenu de leur régime
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spécifique» .
Cette loi a été complétée par la circulaire du 18 mai 2004 expliquant les principes de la laïcité
à l‟école et quels signes peuvent être considérés comme ostensibles : ils « sont ceux dont le port
conduit à se faire immédiatement reconnaître par son appartenance religieuse tels que le voile
islamique, quel que soit le nom qu'on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement
excessive». Donc, par ce texte on a mis au même niveau le foulard et le voile intégral. En plus, elle
explique que la loi «n'interdit pas les accessoires et les tenues qui sont portés communément par des
élèves en dehors de toute signification religieuse». Cela veut dire que tout élève athée ou de
n‟importe quelle religion peut porter le foulard à l‟école et les élèves musulmanes non.
En 2008 la Cour européenne des droits de l‟homme (ci-après CEDH) a confirmé la légalité
d‟exclusion d‟un élève de l‟école publique pour le refus d‟ôter le foulard en cours d‟éducation physique
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et sportive .
Quant aux autres espaces publics on peut encore couvrir ses cheveux mais dès le 11 avril
2011 selon la loi N2010-1192 du 11 octobre 2010 il sera interdit de porter le voile intégral dans tout
l'espace public et surtout obliger une femme à le porter, sous la ménace d‟amende ou
d‟emprisonnement. Cette loi a été passée malgré non-unicité d‟opinion publique, nombreux
protestations et surtout l‟opinion du Conseil d‟Etat qui en mars s‟est prononcé contre une telle loi
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violant, selon lui, la Constitution et la Convention.
En général, le Code de travail ne prohibe pas de porter le voile islamique au travail (L122-35).
L‟interdiction est quand même possible si elle est justifiée «par la nature de la tâche à accomplir» et
proportionnée «au but recherché» (L120-2). La jurisprudence en matière est assez contradictoire. Par
exemple, la Cour d‟appel de Paris dans un arrêt du 19 juin 2003 a confirmé la nullité du licenciement
au motif que l‟employeur qui avait connaissance du port du voile lors de l‟embauche ne justifiait
d‟aucun élément objectif permettant de restreindre la liberté de la salariée dans l‟intérêt de
l‟entreprise. Pourtant, le Conseil de prud‟hommes de Lyon a considéré le 16 janvier 2004 qu'une
salariée arborant sur son lieu de travail un foulard islamique n‟avait pas respecté les consignes du
règlement intérieur de l‟entreprise, qui prohibait entre autres le port de tout signe ostentatoire religieux
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ou politique .
Depuis le décret du 26 février 2001 il est interdit de fournir pour la délivrance d‟un passeport
une photographie d‟identité en voile islamique.
Donc, le législateur français se montre assez hostile par rapport au voile islamique parce qu‟il
voit dans ce voile un symbole de communautarisme et est détérminé de le déraciner. En fait, cette
lutte contre le communautarisme n‟est pas récente en France, par exemple, Régine Azria dans son
essai «France - Etats-Unis, «terres promises» des Juifs?» cite un discours de M.le Comte Stanislas
Clermont-Tonnerre, député de Paris, le 23 décembre 1789 : « Il faut refuser tout aux Juifs comme
Nation dans le sens de corps constitué et accorder tout aux Juifs comme individus [...]. Il faut qu‟ils ne
fassent dans l‟Etat ni un corps politique, ni un ordre, il faut qu‟ils soient individuellement citoyens ».
Elle soutient que la France «qui se veut une et indivise [...] assimile les individus, invités à rénoncer à
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leurs différences collectives aux fins d‟être totalement reconnus comme citoyens» . Une telle
méthode de l‟intégration des immigrés pourrait être effective s‟il n‟avait pas d‟immigration si forte en
France. Les nouveaux venus sont si nombreux ce qu‟ils peuvent resister toutes tentatives de les faire
refuser ses origines et les unifiér.
Dans ce sens la pratique américaine peut être intéressant à étudier comme ce pays s‟est fait à
accueillr des immigrés et les intégrer avec succèss dans la société.
En général, l‟Etat américain en tenant compte sa conception de laïcité tolère l‟expression
publique de religion et même par les fonctionnaires publics. Contrairement à la France, le port des
signes religieuex dans l‟espace piblic n‟est pas interdit bien qu‟il y ait des cas où cette liberté a été
contéstée. Faute des affaires concernant le voile, on peut recourir aux autres signes religieux. Dans
l‟affaire «State of Ohio v. Harjinder Singh» (1996) la Cour d‟appel d‟Ohio a jugé illégitime le poursuit
judiciaire de dernier à cause du port d‟un poignard rituel des Sikhs dite kirpan. Dans l‟affaire «The
People of the State of New York v. Partap Singh» (1987) la Cour criminelle de New York pour concilier
les parties a proposé au défendeur de mettre son kirpan dans un étui protecteur solide et de le porter
sous les vêtements.
Quant au port des signes religieux dans l‟école, on peut citer une lettre de Bill Clinton du 12
re
juillet 1995: « Il n‟y a rien dans le I amendement ce qui peut transformer nos écoles publiques en
zones de non-religion ou demander également abandonner toutes les expressions de religion par déla
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de la porte de l‟école » . Cette position s‟est formée par le jurisprudence de la Cour Suprême. Dans
l‟affaire «Tinker v. Des Moines School District» (1969) la Cour a confirmer que le port par les élèves
des brassards noirs avec un signe de paix pour manifester leur protestation contre la querre en Viêt-
re
nam est légale selon le I amendement. Telle position est aussi valide dans les matières religieueses,
par exemple, la Cour d‟Appel de Neuvième Circuit dans l‟affaire «Gurdev Kaur Cheema v. Harold
Thompson» (1995) a permis le port du kirpan dans l‟école sous les restrictions différentes pour qu‟il
soit porté dans les conditions sécuritaires.
Toute discrimination provoquée par le port des signes religieuses au travail est interdite par le
titre VII de Civil Rights Act de 1964. Par exemple, dans l‟affaire «Domino's Pizza, Inc. v. Prabhjot S.
Kohli» (1997) le juge administratif d‟appel a statué illégal le refus de Domino Pizza à embaucher M.
Kohli à cause du port de la barbe selon ses convictions religieuses.
Un exemple très intéressant donne l‟affaire «Sultaana Freeman c. Florida» (2003) où le juge
fédéral d‟appel a approuvé la demande de l‟état de fournir pour le permis de conduire des photos sans
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la voile intégrale dont la demanderesse habituellement portait .
Pour prévenir la discrimination religieuse de musulmans le Congrès a passé la résolution
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soutenant la tolérance religieuse par rapport aux musulmans .
Pourtant un exemple d‟une véritable tolérance, peut-être en peu démésurée, a donné le
Collège de cassation de la Cour Suprême de la Fédération de Russie qui le 15 mai 2003 a permis aux
musulmanes de se faire fotografier en foulard pour le passeport du citoyen de Fédération de Russie.
Le raisonnement de la Cour était le suivant :
1. Le Coran interdit aux musulmanes de montrer aux hommes étrangers toutes les
parties du corps sauf le visage et les mains.
2. Selon l‟article 28 de la Constitution et l‟article 3 de la loi du 26 septembre 1997 la
liberté de religion est garantie à toute personne et peut être limitée seulement par la loi fédérale.
3. Les musulmanes ont le droit d‟agir selon leurs convictions religieueses et de ne pas
se présenter tête nue devant les hommes étrangers si la loi fédérale n‟établie pas une règle
obligatoire pour tous les citoyens de la Russie dont le respect est lié avec la nécessité de se montrer
tête nue devant les personnes étrangères.
4. Il n‟y a pas de loi fédérale établissant une telle règle. L‟ordonnance N 605 du Ministère
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de l‟intérieur du 15 septembre 1997 qui prescrite d‟utiliser pour le passeport des photos tête nue
n‟est pas une loi fédérale mais un acte réglementaire et ne peut pas contenir des normes dont le
respect faire les citoyens agir en contradiction avec leurs convictions religieueses.
5. Le moyen des représentants du Ministère de l‟intérieur que l‟ordonnance attaquée
n‟oblige pas les citoyens de se montrer tête nue devant les personnes étrangères mais seulement de
présenter des photos tête nue pour obtenir le passeport est injustifié. Selon le décret présidentiel N
232 du 13 mars 1997 le passeport du citoyen de la Fédération de Russie est un document principal
identifiant un citoyen sur la territoire de la Fédération de Russie. La présentation d‟un tel document
d‟où il suit la nécessité de se montrer ressemblant à la photo dans le passeport constitue l‟une des
conditions de la réalisation par les citoyens de la Fédération de Russie des droits et des libertés
constitutionnelles. Par conséquant, l‟ordonnance attaquée les oblige dans les cas où ils présentent le
passeport pour réaliser certains droits et libertés ils doivent se montrer tête nue devant les personnes
auxquelles est présenté le passeport conformément aux photos dans le passeport. Etant les
musulmans fidèles, dans tels cas ils sont obligé d‟agir en contradiction avec leurs convictions
religieueses bien que la loi n‟établisse pas une telle limitation.
Alors, les musulmanes en Russie peuvent désormais de se faire fotografier en voile. Pourtant
si une loi fédérale sera établie qui obligera tous les citoyens de se faire fotografier tête nue pour le
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passeport les musulmanes à titre de l‟article 55 de la Constitution devront y obéir .
Les perspectives de garder cette pratique sont aussi vagues en vue de la jurisprudence
négative de la Commission européenne des droits de l‟homme dans la matière. Dans l‟affaire
Karaduman et autres c. Turquie du 3 mai 1993 une étudiante a été déboutée de ses demandes de lui
permettre de se faire fotografier pour le diplôme en foulard islamique. Les demandes de retirer le voile
pendant les contrôles de sécurité imposés aux aéroports (Phull c. France, 11 janvier 2005) ou à
l‟entrée des consulats (El Morsli c. France, 4 mars 2008) ont été reconnues légales par CEDH.
Donc, bien que le problème du voile islamique ait surtout touché la France, les Etats-Unis et la
Russie se sont aussi heurtés avec lui. Mais les manières à aborder ce probléme sont absolument
différentes. La France a choisi une voie d‟interdictions même si une telle interdiction est mal fondé
tandis que l‟Etats-Unis suivent un chemin déjà bien tracé des permissions même si telles permissions
surcharge l‟Etat de soucis additionnels. Malheureusement la seule décision du Collège de cassation
de Cour Suprême de la Fédération de Russie ne permet pas de tirer la conclusion de l‟état de choses
en Russie mais elle donne, quand même, de l‟espoir.

Alors, le voile islamique, est-il vraiment une ménace pour la laïcité? On a vu que les Etats-
Unis et la Russie ne le pense pas. Quant à France, est-ce que c‟est le voile qui ménace la laïcité ou
plutôt c‟est une conception ancienne de laïcité qui empêche l‟intégration des nouveaux citoyens dans
la nation française et provoque le ressentiment reciproque? Les Français ne le pense pas.
Les sources internet :
1
1. http://blogs.america.gov/ru/2010/08/16/Президент-Обама-отмечает-начало-Рама/
1
2. Le Figaro. Sarcozy : «La burqa n‟est pas la bienvenue».
http://www.lefigaro.fr/politique/2009/06/23/01002-20090623ARTFIG00055-sarkozy-la-burqa-n-
est-pas-la-bienvenue-.php
1
3. Wikipédia. Religion aux Etats-Unis. http://fr.wikipedia.org/wiki/Religion_aux_États-
Unis#..._mais_profond.C3.A9ment_croyant
1
4. Croyons-nous en Dieu? VCIOM, N1461, 30.03.10.
http://wciom.ru/index.php?id=268&uid=13365
1
5. Le rapport de la Commission de reflexion sur l‟application du principe de laïcité dans la
République, connu sous le nom de rapport Stasi.
http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/034000725/0000.pdf
1
6. Wikipédia. Islam en France. http://fr.wikipedia.org/wiki/Islam_en_France#L.27islamisme
1
7. http://www.politifact.com/truth-o-meter/statements/2010/jun/10/chain-email/chain-e-mail-
claims-muslims-will-be-majority-us-20/
1
8. Croyons-nous en Dieu? VCIOM, N1461, 30.03.10.
http://wciom.ru/index.php?id=268&uid=13365
1
9. Matthieu 22 :21
1
10. Wikipédia. Laïcité. http://fr.wikipedia.org/wiki/Laïcité#Exceptions
1
11. Ici est après la traduction de l‟auteur
1
12. http://uschurchlaw.com/501
1
13. Loi n°2001-504 du 12 juin 2001
1
14. Le rapport Machelon. “Les Relations des cultes avec les pouvoirs publics”.
http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/064000727/0000.pdf
1
15. http://www.state.gov/documents/organization/134429.pdf
1
16. Comme les établissements d‟enseignement public sont des parties de l‟Etat
1
17. L‟article 5 de la loi du 26 septembre 1997
1
18. Voronkova M.L. Les principes de l‟etat laïque en Fédération de Russie.
http://law.edu.ru/book/book.asp?bookID=1286191
1
19. La circulaire du ministre de l‟Education nationale du 12 décembre 1989 et celle du 20
septembre 1994
1
20. Le rapport de F. Baroin, "Pour une nouvelle laïcité". http://www.aidh.org/laic/bar-intro.htm
1
21. Idem
1
22. Le rapport Stasi.
23. 1 Le rapport Machelon.
1
24. Rapport n° 1275 de M. Jean-Louis Debré du 12 novembre 2003. http://www.assemblee-
nationale.fr/12/dossiers/laicite.asp #conclusions
1
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27. http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaires_du_voile_islamique#Affaires_dans_l.27entreprise
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28. Azria, Régine. «France - Etats-Unis, «terres promises» des Juifs?» Essai comparatif.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0335-
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http://www.firstamendmentcenter.org/rel_liberty/publicschools/topic.aspx?topic=student_religi
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30. The Muslim Veil and the Law in Europe, the United States and Canada.
http://middleeast.about.com /od/religionsectarianism /a/me080129a.htm
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31. http://www.govtrack.us/congress/bill.xpd?bill=sr106-133&tab=summary
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33. Ponkine I.V. 2005. L‟Etat laïque moderne: l‟étude de la Constitution et de droit. L‟Institut des
rapports de l‟Etat et des Eglises. Moscou.