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LMD
S
Procédure pénale LMD
La procédure pénale est devenue une matière complexe. Car, à la technicité imposée
par le respect du principe de légalité, s’ajoute une diversification des formes de la 2019 Collection dirigée par Bernard Beignier

réponse aux crimes, délits et contraventions qui s’est progressivement imposée dans
un souci, non seulement d’individualisation, mais aussi d’efficacité.

R
Néanmoins, la procédure pénale reste une discipline centrale. Sans elle, il n’y aurait pas
de droit pénal : elle permet sa mise en œuvre. Elle doit être maîtrisée par l’accusation
et donne les meilleurs arguments à la défense. C’est elle qui donne au procès pénal

Procédure pénale
son allure si médiatique mais aussi des traits de caractère irréductibles à tout autre.
Afin d’éveiller l’intérêt du lecteur pour cette matière passionnante, les auteurs sont
systématiquement partis des principes issus du droit à un procès équitable avant
d’aborder dans le détail une réglementation qui tire sa légitimité de sa précision.

U
Les exigences constitutionnelles et européennes sont constamment rappelées. Les
• Cours

Procédure pénale
illustrations jurisprudentielles les plus récentes ont été privilégiées.
Olivier Mouysset est à l’origine des développements consacrés aux principes • Thèmes de travaux dirigés
directeurs du procès pénal, à l’action publique et aux opérations de police judiciaire.
Emmanuel Dreyer a rédigé les chapitres consacrés à l’action civile, à l’instruction
ainsi qu’à la phase de jugement (voies de recours et autorité de la chose jugée,
2e édition
compris).
L’ouvrage est à jour des lois n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 de modernisation de la
Justice du xxie siècle, n° 2017-242 du 27 février 2017 portant réforme de la prescription

O
en matière pénale, n° 2018-703 du 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences
sexuelles et sexistes et de la loi n° 2018-898 du 23 octobre 2018 relative à la lutte
contre la fraude ; sont également évoquées les principales innovations qui pourraient
prochainement être introduites par le projet de loi de programmation 2018-2022 et

E. Dreyer
O. Mouysset
de réforme de la Justice. À ce titre, un tel ouvrage s’avère indispensable à l’étudiant
qui découvre la matière comme à celui qui, préparant un examen ou un concours,
souhaite mettre à jour ses connaissances. Des exercices corrigés sur des thèmes
Emmanuel Dreyer

C
essentiels leur offriront, en toute hypothèse, un surcroît de compétence.
Olivier Mouysset
Docteur en droit, Olivier Mouysset est magistrat et chargé de cours à l’Université.
Agrégé des facultés de droit, Emmanuel Dreyer est professeur à l’École de droit de
la Sorbonne (Paris 1) où il dirige le master 2 « Droit pénal fondamental ».

www.lextenso-editions.fr
ISBN 978-2-275-06075-0 37 €

COURS - procedure penale - 2e ed.indd 1 14/01/2019 11:38


2e exercice
Commentaire d’arrêt : La notification des droits
à une personne gardée à vue de nationalité étrangère
Olivier Mouysset

Commentaire d’un arrêt rendu le 10 mai 2006 par la première


chambre civile de la Cour de cassation, nº 04-50172
Juris Data nº 2006-033395 ; Bull. civ. I, nº 231. nº 05-87230 ; AJ pén. 2006, p. 414, obs. H. Gacon
LA COUR DE CASSATION, PREMIÈRE CHAMBRE CIVILE, a rendu l’arrêt suivant :
Sur le moyen unique :
Attendu, selon l’ordonnance attaquée, rendue par le premier président d’une cour d’appel
(Pau, 7 novembre 2004), et les pièces de la procédure, que M. X..., ressortissant angolais
en possession d’un passeport dont le visa Schengen était expiré, a été contrôlé au poste
frontière franco-espagnol de Biriatou à bord d’un autocar assurant la liaison Bruxelles-
Porto, et placé en garde à vue pour infraction à la législation sur les étrangers ; que le
préfet des Pyrénées-Atlantiques a pris à son encontre un arrêté de reconduite à la fron-
tière et une décision de maintien en rétention dans un local ne relevant pas de l’adminis-
tration pénitentiaire ; qu’accueillant l’exception de nullité de la procédure soulevée par
l’étranger, le juge des libertés et de la détention a rejeté la requête du préfet aux fins de
prolongation du maintien en rétention ;
Attendu que M. X... fait grief à l’ordonnance attaquée, qui a statué sur l’appel interjeté par
le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Bayonne, d’avoir
infirmé cette décision et ordonné la prolongation de sa rétention administrative, alors,
selon le moyen, qu’en violation de l’article 7 de la Déclaration des droits de l’homme et
du citoyen et de l’article 63-1 du Code de procédure pénale, il n’a pas été immédiatement
informé de la nature de l’infraction sur laquelle portait l’enquête nécessitant son place-
ment en garde à vue ; que la notification des droits doit être immédiate et régulière, une
éventuelle irrégularité ne pouvant être couverte par une notification postérieure ; que le
juge du fond a validé la procédure sans relever quelles étaient les circonstances insur-
montables qui avaient empêché l’officier de police judiciaire de contacter et trouver un
interprète en langue portugaise, langue qui ne peut être considérée, du moins dans le
ressort de la cour d’appel de Pau, comme une langue rare ; qu’admettre que la notification
des droits de la personne gardée à vue effectuée par le biais d’un document rédigé dans
une langue comprise par l’intéressé est régulière, alors qu’un tel mode de notification des
droits ne permet pas à l’intéressé de les exercer, reviendrait à vider de toute substance
les dispositions des articles 63-2 à 63-4 du Code de procédure pénale ; qu’une atteinte
aux droits de M. X... a donc été commise lors de son placement en garde à vue qu’aucune
circonstance insurmontable ne permet de justifier ;
Mais attendu que, selon l’article 63-1, alinéa 1er, du Code de procédure pénale, toute
personne placée en garde à vue est immédiatement informée par un officier de police
judiciaire, ou, sous le contrôle de celui-ci, par un agent de police judiciaire, de la nature

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Travaux dirigés

de l’infraction sur laquelle porte l’enquête, des droits mentionnés aux articles 63-2, 63-3 et
63-4 ainsi que des dispositions relatives à la durée de la garde à vue prévues par
l’article 63 ; que, selon l’alinéa 3 de ce texte, ces informations doivent être communiquées
dans une langue que la personne gardée à vue comprend, le cas échéant au moyen de
formulaires écrits ;
Et attendu que pour déclarer la procédure régulière, l’ordonnance retient que l’intéressé a
été placé en garde à vue le 4 novembre 2004 à 0 heure 45, que le procès-verbal mentionne
que les services de police ont aussitôt pris attache avec un interprète en langue portu-
gaise, sans résultat, et que dans l’attente, il lui a été remis un exemplaire de ses droits
de gardé à vue en langue portugaise, et que, dès lors, il a reçu notification de ses droits
dès qu’il a été placé en garde à vue, par cette note ;
Qu’il résulte, en outre, du dossier que l’officier de police judiciaire, qui avait placé M. X... en
garde à vue pour des faits d’infraction à la législation sur les étrangers, a, par une
mention de « carence », relaté les diligences infructueuses qu’il avait immédiatement
effectuées auprès de deux interprètes en langue portugaise nommément désignés, qu’au
moyen d’un formulaire écrit en cette langue comprise par l’étranger qui a signé ce docu-
ment, il lui a communiqué les informations exigées relatives à ses droits en garde à vue et
à la durée de celle-ci, et qu’à 9 heures 30, il a à nouveau, par le truchement d’un des
interprètes en langue portugaise arrivé au service de police, notifié par un procès-verbal
signé de l’intéressé, son placement en garde à vue pour les nécessités de l’enquête en
raison d’une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu’il avait commis une infrac-
tion à la législation sur les étrangers, en lui rappelant les droits y afférents ;
D’où il suit qu’en raison de ces informations données au moyen d’un formulaire écrit dans
une langue comprise par l’étranger, ainsi que de l’impossibilité, du fait de ces circons-
tances insurmontables, de faire appel immédiatement à un interprète en langue portu-
gaise lors du placement en garde à vue de l’intéressé, le moyen n’est pas fondé ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, Première chambre civile, et prononcé par le
président en son audience publique du dix mai deux mille six.

Proposition de corrigé
La garde à vue constitue une réelle atteinte à la liberté individuelle, même si elle condi-
tionne directement l’efficacité de l’enquête policière. Cette mesure ne faisant l’objet
d’une réglementation que depuis l’entrée en vigueur du Code de procédure pénale en
1958, les différentes réformes successives qui sont intervenues au cours de ces
dernières années témoignent, de manière significative, du recul du caractère inquisito-
rial de la procédure d’enquête, au regard des garanties qui sont aujourd’hui accordées
à l’individu qui subit cette mesure privative de liberté avant jugement. L’époque récente
démontre également le contrôle strict auquel les juridictions se livrent en la matière,
comme le souligne l’arrêt rendu le 10 mai 2006 par la première chambre civile de la
Cour de cassation.

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PROCÉDURE PÉNALE

Placé en garde à vue du chef de violation de la législation française sur les étrangers,
un ressortissant angolais a, par la suite, fait l’objet d’une procédure tendant à l’éloigner
du territoire national. À l’occasion de cette procédure, le juge des libertés et de la déten-
tion a accueilli favorablement une requête en annulation de la procédure pénale dirigée
contre lui. Mais l’appel interjeté par le préfet contre cette décision a abouti à une déci-
sion du premier président de la cour d’appel compétente, qui a rejeté l’exception de
nullité soulevée et ordonné corrélativement la prolongation du maintien en rétention
administrative du prévenu. Sur le pourvoi formé contre cette ordonnance, la première
chambre civile de la Cour de cassation approuve pleinement le premier président
d’avoir conclu à la régularité de la procédure judiciaire de garde à vue dont avait fait
l’objet l’intéressé. En l’occurrence, elle juge qu’il était parfaitement concevable qu’un
officier de policier judiciaire recoure à un formulaire pré-imprimé, à défaut de pouvoir
obtenir dans les plus brefs délais l’assistance d’un interprète, pour notifier au prévenu
ses droits de personne gardée à vue dans une langue qu’il soit en mesure de
comprendre. De plus, elle ajoute que l’impossibilité de faire appel immédiatement à un
interprète doit être analysée comme une circonstance insurmontable justifiant le report
de la notification de certains de ses droits par l’intermédiaire d’un interprète de langue
portugaise, qui a bien eu lieu ultérieurement à son placement en garde à vue.
En statuant ainsi, la Cour de cassation approuve le principe du recours temporaire à
l’utilisation d’une notice pré-imprimée pour procéder, à l’égard d’une personne d’origine
étrangère, à la notification des droits imposée par l’article 63-1 du Code de procédure
pénale dans une langue compréhensible (I), et son arrêt fournit une nouvelle illustration
de la jurisprudence relative aux circonstances insurmontables, selon laquelle la notifica-
tion orale, destinée à faire connaître à une personne gardée à vue l’étendue exacte de
ses droits, peut être différée par rapport au moment de son placement effectif en
garde à vue (II).

I. Les modalités d’exécution de la notification des droits à une


personne de nationalité étrangère
Il résulte de l’article 63-1 du Code de procédure pénale que l’officier de police judiciaire,
ou l’agent de police judiciaire placé sous son contrôle, a le devoir de notifier immédiate-
ment à l’individu placé en garde à vue les droits attachés à la mise en œuvre de cette
mesure de contrainte. Par ailleurs, cette disposition prévoit expressément que le place-
ment en garde à vue, la durée de la mesure, la qualification, la date et le lieu présumé
de l’infraction, ainsi que l’ensemble des droits dont bénéficie la personne gardée à vue
doivent lui être notifiés « dans une langue qu’elle comprend ». Ainsi, il est fait écho aux
exigences posées par l’article 6 § 3 de la Convention européenne de sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés fondamentales, aux termes duquel « tout accusé a
droit notamment à être informé, dans le plus court délai, dans une langue qu’il comprend
et d’une manière détaillée, de la nature et de la cause de l’accusation portée contre lui ».
D’ailleurs, il résulte désormais de l’article préliminaire du Code de procédure pénale,
tel que modifié par la loi nº 2013-711 du 5 août 2013 portant diverses dispositions
d’adaptation dans le domaine de la justice en application du droit de l’Union européenne
et des engagements internationaux de la France que, « si la personne suspectée ou

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Travaux dirigés

poursuivie ne comprend pas la langue française, elle a droit, dans une langue qu’elle
comprend et jusqu’au terme de la procédure, à l’assistance d’un interprète, y compris pour
les entretiens avec son avocat ayant un lien direct avec tout interrogatoire ou toute audience,
et, sauf renonciation expresse et éclairée de sa part, à la traduction des pièces essentielles à
l’exercice de sa défense et à la garantie du caractère équitable du procès qui doivent, à ce
titre, lui être remises ou notifiées en application du présent code ». Ces textes impliquent
dès lors nécessairement de recourir à l’assistance d’un interprète (A). Toutefois, ils ne
prohibent nullement la communication des droits en cause au moyen d’un formulaire
écrit dans une langue comprise par l’étranger (B).

A. L’intervention d’un interprète sur place


S’il est évident que la personne concernée doit être informée des droits inhérents à sa
qualité de gardée à vue, il l’est tout autant qu’elle soit placée en mesure de comprendre
la portée des droits que la loi pénale lui accorde. Le Code de procédure pénale impose
donc, au cours de l’enquête de police, l’obligation de communiquer un certain nombre
d’informations à la personne retenue contre son gré dans une langue qu’elle comprend.
Alors qu’elle était auparavant réservée aux seules phases de l’instruction préparatoire
(CPP, art. 102 et 121) et de jugement (voir ainsi les articles 535, 407 et 272 in fine, selon
lequel « il doit être fait appel à un interprète si l’accusé ne parle ou ne comprend pas la
langue française »), l’assistance d’un interprète a fait son apparition à ce stade de la
procédure, sous l’effet conjugué des lois du 4 janvier et du 24 août 1993 qui sont à l’ori-
gine de la reconnaissance des droits de la défense des personnes gardées à vue. Si l’on
pouvait alors penser que la question relative à l’assistance de l’interprète pendant le
déroulement de l’enquête de police ne susciterait guère de difficulté particulière, l’exer-
cice de ce droit donne pourtant lieu à un contentieux non négligeable. Par exemple, faire
intervenir un officier de police judiciaire, fonctionnaire du groupement d’intervention
régional chargé d’enquêter au titre de la commission rogatoire qui concernait la filière
d’entrée irrégulière en France des étrangers, pour servir d’interprète à la personne
gardée à vue de langue arabe, a été jugé irrégulier (CA Agen, 10 nov. 2003, Juris Data
nº 2003-243758). Dans cette affaire, les juges ont considéré que n’avaient pas été
requis les services d’un interprète impartial, ne présentant aucun lien avec les services
de police chargés de l’enquête en cours, et que cette circonstance était bien à l’origine
de la non tenue d’un entretien libre et confidentiel avec son avocat, ce dernier ayant
refusé d’y procéder parce que la confidentialité de l’entretien n’était pas assurée. Si la
Cour de cassation a eu aussi l’occasion de préciser qu’aucun texte n’impose que la
personne qui prête son concours à un officier de police judiciaire pour informer une
personne gardée à vue de ses droits ait prêté serment (Cass. crim., 26 mai 1999 :
Bull. crim. nº 105), plus récemment, elle n’a pas non plus jugé irrégulier le fait de solli-
citer une personne présente sur un lieu de perquisition, et qui connaissait la personne
placée en garde à vue, pour assurer la traduction, lors de la notification verbale de ses
droits, dès lors que l’heure tardive et l’éloignement en permettaient pas la venue rapide
d’un interprète en langue arabe et qu’à son arrivée au commissariat la notification de
ses droits a été renouvelée par le truchement d’un interprète dûment requis
(Cass. crim., 12 juin 2013 : Bull. crim. nº 139).

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PROCÉDURE PÉNALE

En effet, quoique la Chancellerie invite les parquets à établir une liste d’interprètes en
mesure d’intervenir dans ce type de situation particulière, il n’en demeure pas moins
que des difficultés peuvent survenir lorsqu’il s’agit de faire appel à l’un d’eux, quel que
soit d’ailleurs le type de langue étrangère en cause. S’il est acquis que l’absence de
notification de ses droits à une personne gardée à vue dans une langue qu’elle
comprend (par ex., CA Toulouse, 23 février 2005, Juris Data nº 2005-271340), de même
que la notification tardive de ces droits en raison de l’absence d’interprète, constituent
des causes de nullité de la procédure, le droit à l’assistance d’un interprète, à défaut
d’avoir été suffisamment défini par la loi, a pu soulever une question juridique intéres-
sante : il s’agit de celle qui est relative aux moyens utilisés pour porter à la connais-
sance de la personne gardée à vue les droits afférents à sa situation dans une langue
qu’elle comprend. À ce propos, l’officier de police avait justement pris le parti, en
l’espèce, de rédiger un procès-verbal de « carence », dans lequel il avait retranscrit les
diligences infructueuses qu’il avait entreprises auprès de deux interprètes en langue
portugaise, avant de communiquer à la personne gardée à vue les informations
prévues par la loi au moyen d’un formulaire écrit dans cette même langue.

B. L’utilisation d’un formulaire pré-imprimé


Dans l’arrêt rapporté, la chambre criminelle de la Cour de cassation approuve le
recours à une formule de substitution à l’assistance effective d’un interprète. Il est vrai
que d’autres officiers de police judiciaire, dans le passé, avaient rencontré ce même type
de difficulté, et les juridictions répressives n’en avaient pas pour autant conclu à l’irré-
gularité de la procédure. En effet, une cour d’appel avait pu juger qu’était parfaitement
valable l’intervention téléphonique d’un interprète, à partir du moment où avait pu être
établie une parfaite compréhension de leurs droits par les individus gardés à vue, puis-
qu’ils avaient par la suite réclamé le droit d’être assisté par un avocat (CA Versailles,
3 mai 2000 : JCP G 2000, IV, 1032). Avant elle, une autre juridiction du fond avait égale-
ment admis la régularité de la remise à la personne gardée à vue d’une notice visée
par un traducteur-interprète, laquelle contenait la traduction chinoise des droits affé-
rents à la personne gardée à vue (CA Douai, 17 sept. 1997 : Bull. inf. C. cass. 1998,
nº 458). Et, justement, cette pratique a été légalisée depuis lors, puisque l’article 63-1
alinéa 3 du Code de procédure pénale, tel que modifié par la loi du 9 mars 2004, la
prévoit expressément : « si la personne ne comprend pas le français, ses droits doivent lui
être notifiés par un interprète, le cas échéant après qu’un formulaire lui a été remis pour
son information immédiate ». Dernièrement, la chambre criminelle a même indiqué que
la remise du formulaire d’information des droits – aujourd’hui disponible en 16 langues
– « n’est pas optionnelle et doit être effectuée dès lors que l’interprète n’est pas disponible
dans le meilleur délai » (Cass. 1re civ., 21 nov. 2012, nº 11-30458 : Dr. pén. 2013, comm. 11,
obs. A. Maron et M. Haas).
Seulement, la décision de la Cour de cassation implique que le recours à ce document
pré-imprimé ne dispense pas pour autant un officier de police judiciaire de rechercher
par tout moyen l’assistance d’un interprète, de manière à assurer sa présence physique
aux côtés de la personne gardée à vue. Ainsi, la remise d’un formulaire constitue donc
une information immédiate, mais ne saurait valoir notification des droits (en ce sens
également, circ. min. just. du 23 mai 2011 relative à l’application des dispositions

500
Travaux dirigés

relatives à la garde à vue : BO, 30 juin 2011 ; voir aussi, Cass. 1re civ., 21 nov. 2012, préc. ;
Cass. crim., 18 oct. 2016, nº 16-81117 : JurisData nº 2016-021512 ; Cass. crim., 2 nov.
2016, nº 16-81537). Ce qui s’explique par le fait que le formulaire, aussi complet soit-il,
ne peut prévoir la nature de l’infraction reprochée et sur laquelle porte l’enquête de
police, de même que le lieu de commission des faits reprochés, alors qu’il incombe
précisément d’évoquer désormais de tels éléments lors de la notification des droits
(voir, par ex., Cass. crim., 16 juin 2015, nº 14-87878 ; RSC 2015, p. 678, obs. A. Giudicelli ;
Cass. crim., 27 mai 2015 : Bull. crim., nº 126 ; RSC 2015, p. 676, obs. A. Giudicelli). Si un tel
modus operandi constitue dès lors une sorte de palliatif temporaire, il rend tout de
même nécessaire l’intervention d’un interprète, éventuellement par téléphone
(CA Versailles, 3 mai 2000 : JCP G, IV, 1032) ou par visio-conférence, sous peine de
nullité de la procédure en raison de la notification tardive des droits.

II. La justification de la notification différée des droits de la


personne gardée à vue
Obéissant à une volonté de protection des droits de la personne, la jurisprudence se
montre particulièrement vigilante lorsqu’il s’agit d’apprécier les motifs sur lesquels un
officier de police judiciaire prend appui pour expliquer que la notification des droits de
la personne gardée à vue a dû être différée, même si elle admet qu’à l’impossible, nul
n’est tenu. La jurisprudence a donc élaboré, en matière de garde à vue, une théorie en
vertu de laquelle l’obligation légale qui incombe à tout officier de police judiciaire de
notifier immédiatement ses droits à la personne gardée à vue peut être légitimement
retardée à raison de la survenance d’une circonstance insurmontable rendant son
accomplissement impossible dès le début de la mesure de contrainte (A). Cette théorie
a pu trouver application au titre de l’obligation imposée par la loi de recourir, le cas
échéant, aux services d’un interprète pendant le déroulement d’une garde à vue (B).

A. La notion de circonstance insurmontable en matière de garde à vue


La jurisprudence estime qu’un empêchement donné peut être à l’origine d’une notifica-
tion tardive des droits à une personne gardée à vue, à la condition que celui-ci revête
véritablement un caractère insurmontable pour l’officier de police. La chambre crimi-
nelle a donc été conduite à définir la notion juridique de circonstances insurmontables,
en circonscrivant les conditions dans lesquelles il peut être légitimement dérogé au
principe de la notification immédiate des droits (sur la prise en compte de circonstances
exceptionnelles à propos d’autres obligations inhérentes à la garde à vue : Cass. crim.,
12 juin 2007 : Bull. inf. C. cass., 15 oct. 2007, nº 69, selon lequel, « le défaut d’enregistre-
ment audiovisuel des interrogatoires d’un mineur placé en garde à vue – prévu par
l’article 4-VI de l’ordonnance du 2 février 1945 – qui n’est justifié par aucun obstacle insur-
montable, porte nécessairement atteinte aux intérêts de la personne concernée »). Pour ce
faire, les juges exercent alors un contrôle de qualification sur les circonstances particu-
lières invoquées et prennent soin de déterminer si elles peuvent raisonnablement être
analysées comme un obstacle temporaire à l’exécution de l’obligation légale de notifica-
tion. Certes, l’exemple topique correspond à l’hypothèse dans laquelle l’individu appré-
hendé est en état d’ébriété (solution parfaitement transposable à l’individu placé sous

501
PROCÉDURE PÉNALE

l’emprise de la drogue), puisque, dans ce cas précis, l’intempérant est placé dans l’inca-
pacité de comprendre et d’apprécier la portée, mais aussi l’utilité des droits qui lui sont
octroyés par la loi (en ce sens, Cass. crim., 3 avr. 1995 : Bull. crim., nº 140 ; v. aussi,
CA Toulouse, 3 juill. 2007 : Juris Data nº 2007-337549). Dans une telle situation, la notifi-
cation des droits doit être différée jusqu’au moment où la personne est dégrisée et a
recouvré la raison, ou, tout au moins, ses facultés de compréhension. Cependant, cette
circonstance n’est pas la seule à avoir obtenu le qualificatif d’insurmontable. Le fait
qu’un commissariat fût assiégé par des manifestants a pu ainsi être jugé constitutif
d’une circonstance insurmontable empêchant la notification immédiate des droits affé-
rents à la situation de personne gardée à vue (Cass. crim., 10 avr. 1996 : Gaz. Pal. 1996, II,
p. 136).
À côté de ces situations, il a également été jugé que l’impossibilité de faire immédiate-
ment appel à un interprète en langue étrangère pouvait parfaitement résulter d’une
circonstance insurmontable de nature à justifier le caractère tardif d’une notification
des droits.

B. L’attribution d’un caractère insurmontable à l’intervention tardive


d’un interprète
Dans l’espèce commentée, la Cour de cassation ne fait en définitive que rappeler une
solution désormais traditionnelle, en vertu de laquelle le retard pris pour accomplir
l’obligation de notifier immédiatement ses droits à la personne retenue contre son gré
peut provenir de difficultés invincibles rencontrées par l’officier de police pour trouver
un interprète (en ce sens, Cass. crim., 15 janv. 1997 : Juris Data nº 1997-000957, retenant
que toute diligence avait été effectuée par les policiers pour obtenir le concours d’un
interprète en langue chinoise ; voir aussi, Cass. crim., 24 févr. 2000 : Juris Data nº 2000-
000594). Elle permet toutefois de revenir sur la nature exacte de l’obligation qui incombe
à l’officier de police judiciaire qui décide de placer un individu en garde à vue.
De manière générale, la Cour de cassation prend soin de relever que l’officier de police
judiciaire a tout mis en œuvre pour s’assurer le plus rapidement possible du concours
d’un interprète en langue portugaise et rappelle ainsi que, dans le cadre de telles
démarches, le policier n’est tenu que d’une simple obligation de moyen – et non de
résultat, comme le suggérait la défense (à rapprocher de la solution retenue à propos
du droit à l’assistance d’un avocat, CA Toulouse, 25 avr. 2002 : Juris Data nº 2002-
180306, décidant que, tenus d’une obligation de moyen et non de résultat quant à la
mise en œuvre des droits du gardé à vue, les enquêteurs doivent justifier avoir accompli
les démarches de nature à permettre, dans le délai légal, l’exercice du droit à l’entretien
avec un avocat). Si n’a pu donc être considéré comme une circonstance insurmontable
le fait qu’un interprète en langue arabe requis par les policiers ait déclaré ne pouvoir se
présenter avant le lendemain, alors qu’il aurait été possible de faire appel à un autre
interprète que celui qui avait été initialement requis (Cass. crim., 3 déc. 1996 : Bull. crim.
nº 443 ; Procédures 1997, comm. nº 68, obs. J. Buisson ; v. aussi CA Toulouse, 12 juill.
2012 : Juris Data nº 2012-021910, déclarant que « la difficulté de trouver un interprète en
langue roumaine, pays de l’Union européenne, dans l’une des plus grandes villes de France,
était toute relative », et reprochant à des enquêteurs, d’abord, de n’avoir contacté à
22 h 40, en vain, que quatre interprètes en langue roumaine, alors qu’ils disposaient

502
Travaux dirigés

des coordonnées de 13 interprètes dès le lendemain matin, et ensuite, de ne pas avoir


entrepris de démarches le matin dès la première heure, mais seulement à compter de
10 h 30), tel n’est pas le cas, en revanche, des situations dans lesquelles l’officier de
police judiciaire a véritablement fait son possible pour que le gardé à vue bénéficie rapi-
dement de l’assistance d’un interprète. Ainsi, c’est à raison des diligences entreprises
par un officier de police pour déterminer la véritable nationalité de la personne gardée
à vue et sa langue maternelle, qui lui ont notamment permis de découvrir que celle-ci
était parfaitement incapable de s’entretenir en langue japonaise, alors même qu’elle
détenait un passeport de ce pays, et compte tenu du fait que l’officier de police avait
dressé un procès-verbal de recherche d’interprète, dans lequel il avait scrupuleusement
indiqué que la notification des droits de la personne gardée à vue serait effectuée à
l’arrivée de l’interprète de langue chinoise, qu’a pu être retenue à juste titre l’existence
d’une circonstance insurmontable rendant impossible la notification immédiate des
droits du gardé à vue (Cass. 2e civ., 4 juill. 2002 : Bull. civ. II, nº 154).
À la lecture de la décision rapportée, et de décisions ultérieures (voir not., CA Toulouse,
12 juill. 2012, préc.), la Cour de cassation ne fait donc que confirmer cette solution, puis-
qu’elle a vérifié que le retard pris pour notifier les droits conformément aux exigences
de l’article 63-1 du Code de procédure pénale a bien eu pour origine une cause insur-
montable et qu’il ne s’agissait nullement d’un simple « délai de confort » (sur l’utilisation
de cette expression, Cass. crim., 3 déc. 1996, préc.). En exerçant un tel contrôle, la Cour
de cassation entend donc interdire à un officier de police de faire preuve d’une certaine
nonchalance dans l’exécution de la mission que la loi lui impartit, voire d’éluder tout
simplement les droits de la personne gardée à vue en se soustrayant à ses obligations.
La difficulté de trouver un interprète ne saurait constituer une circonstance insurmon-
table que dans l’hypothèse où tous les moyens envisageables ont bien été mis en
œuvre par les enquêteurs.

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COURS
collection

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COURS collection

COURS

LMD
S
Procédure pénale LMD
La procédure pénale est devenue une matière complexe. Car, à la technicité imposée
par le respect du principe de légalité, s’ajoute une diversification des formes de la 2019 Collection dirigée par Bernard Beignier

réponse aux crimes, délits et contraventions qui s’est progressivement imposée dans
un souci, non seulement d’individualisation, mais aussi d’efficacité.

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Néanmoins, la procédure pénale reste une discipline centrale. Sans elle, il n’y aurait pas
de droit pénal : elle permet sa mise en œuvre. Elle doit être maîtrisée par l’accusation
et donne les meilleurs arguments à la défense. C’est elle qui donne au procès pénal

Procédure pénale
son allure si médiatique mais aussi des traits de caractère irréductibles à tout autre.
Afin d’éveiller l’intérêt du lecteur pour cette matière passionnante, les auteurs sont
systématiquement partis des principes issus du droit à un procès équitable avant
d’aborder dans le détail une réglementation qui tire sa légitimité de sa précision.

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Les exigences constitutionnelles et européennes sont constamment rappelées. Les
• Cours

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illustrations jurisprudentielles les plus récentes ont été privilégiées.
Olivier Mouysset est à l’origine des développements consacrés aux principes • Thèmes de travaux dirigés
directeurs du procès pénal, à l’action publique et aux opérations de police judiciaire.
Emmanuel Dreyer a rédigé les chapitres consacrés à l’action civile, à l’instruction
ainsi qu’à la phase de jugement (voies de recours et autorité de la chose jugée,
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compris).
L’ouvrage est à jour des lois n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 de modernisation de la
Justice du xxie siècle, n° 2017-242 du 27 février 2017 portant réforme de la prescription

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en matière pénale, n° 2018-703 du 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences
sexuelles et sexistes et de la loi n° 2018-898 du 23 octobre 2018 relative à la lutte
contre la fraude ; sont également évoquées les principales innovations qui pourraient
prochainement être introduites par le projet de loi de programmation 2018-2022 et

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O. Mouysset
de réforme de la Justice. À ce titre, un tel ouvrage s’avère indispensable à l’étudiant
qui découvre la matière comme à celui qui, préparant un examen ou un concours,
souhaite mettre à jour ses connaissances. Des exercices corrigés sur des thèmes
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essentiels leur offriront, en toute hypothèse, un surcroît de compétence.
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Docteur en droit, Olivier Mouysset est magistrat et chargé de cours à l’Université.
Agrégé des facultés de droit, Emmanuel Dreyer est professeur à l’École de droit de
la Sorbonne (Paris 1) où il dirige le master 2 « Droit pénal fondamental ».

www.lextenso-editions.fr
ISBN 978-2-275-06075-0 37 €

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