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Economie monétaire et financière 2 Semestre 4 Cours d’Economie

Economie monétaire et financière 2


III. Qu’est-ce que le monétarisme ?

Q UELLE est au juste l’importance de la


monnaie ? La monnaie joue un rôle
essentiel dans l’économie. Rares sont
monétaire à un niveau incorrect a entraîné un
comportement erratique des marchés. Le
monétarisme a gagné en popularité dans les
ceux qui diraient le contraire. Mais pour les années 70. En 1979, alors que l’inflation avait
tenants d’un courant de pensée économique atteint 20 % aux États-Unis, la Fed a adopté une
appelé « monétarisme », la masse monétaire stratégie d’intervention conforme à la théorie
(la quantité totale de monnaie en circulation monétariste. Le monétarisme a perdu
dans une économie) est le principal néanmoins du terrain au cours des décennies
déterminant du PIB nominal à court terme et suivantes, faute de pouvoir expliquer
du niveau des prix sur une longue période. La l’évolution de l’économie des États-Unis.
politique monétaire — l’un des leviers dont Malgré tout, les monétaristes ont apporté à
disposent les pouvoirs publics pour influer sur l’analyse économique certaines idées qui ont
les performances économiques du pays — été reprises par des économistes non
utilise différents instruments, dont les taux monétaristes.
d’intérêt, pour faire varier la quantité de
Les fondements
monnaie en circulation. Les monétaristes
pensent que le meilleur moyen d’atteindre les Le monétarisme repose sur la théorie
objectifs de la politique monétaire est de jouer quantitative de la monnaie, qui est une identité
sur le taux de croissance de la masse comptable — c’est-à-dire qu’elle doit être
monétaire. Le monétarisme a gagné en vraie : la masse monétaire multipliée par la
importance dans les années 70 — en faisant vitesse de circulation de la monnaie (la vitesse
reculer l’inflation aux États-Unis et au à laquelle l’argent change de mains) est égale
Royaume-Uni — et a fortement influencé la aux dépenses nominales dans l’économie (le
décision de la banque centrale des États-Unis nombre de biens et de services vendus
de stimuler l’économie pendant la récession multiplié par leur prix de vente moyen).
mondiale de 2007–09. Aujourd’hui, le Puisqu’il s’agit d’une identité comptable, cette
monétarisme est surtout associé au nom de équation n’est pas contestable. Mais ce qui
Milton Friedman, lauréat du prix Nobel l’est, c’est la vitesse de circulation. Selon la
d’économie. Dans son ouvrage fondateur A théorie monétariste, la vitesse de circulation
Monetary History of the United States, 1867– de la monnaie est en règle générale stable, et
1960, coécrit avec sa consœur Anna Schwartz le revenu nominal est donc essentiellement
en 1963, Friedman affirme que la Grande une fonction de la masse monétaire. Les
Dépression qui a frappé les États-Unis dans les variations du revenu nominal reflètent
années 30 a été provoquée avant tout par la l’évolution de l’activité économique réelle (le
mauvaise politique monétaire menée par la nombre de biens et de services vendus) et
banque centrale américaine (la Réserve l’inflation (leur prix de vente moyen). La
fédérale). De leur point de vue, la Fed (comme théorie quantitative forme la base de plusieurs
on l’appelle habituellement) a eu le tort de ne principes et prescriptions fondamentaux du
pas contrer les forces qui tendaient à réduire la monétarisme : • La neutralité de la monnaie à
masse monétaire et de chercher à diminuer le long terme : une augmentation du stock de
stock de monnaie, alors qu’il aurait fallu faire monnaie est suivie d’une hausse du niveau
exactement l’inverse. Ils soutiennent aussi que, général des prix à long terme, sans effet sur les
les marchés évoluant naturellement vers un facteurs réels tels que la consommation ou la
point d’équilibre, le fait de fixer la masse production. • La non-neutralité de la monnaie
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à court terme : une augmentation du stock de


monnaie a des effets temporaires sur la
production réelle (PIB) et sur l’emploi à court
terme, car les salaires et les prix mettent du
temps à s’ajuster (on dit qu’ils sont rigides). •
Une règle constante de croissance de la
monnaie : Milton Friedman, mort en 2006, a
proposé une règle monétaire fixe, selon
laquelle la Fed devrait être tenue de viser un
taux de croissance de la monnaie égal au taux
de croissance du PIB réel, ce qui laisserait le
niveau des prix inchangé. Ainsi, si l’on prévoit
un taux de croissance économique de 2 % une Le grand débat
année donnée, la Fed devrait laisser la masse
monétaire augmenter de 2 %. Elle devrait Bien que le monétarisme ait rencontré un
suivre des règles fixes pour conduire la certain succès dans les années 70, il a été
politique monétaire, car un pouvoir critiqué par l’école de pensée qu’il s’employait
discrétionnaire peut déstabiliser l’économie. • à supplanter : le keynésianisme. Les
La flexibilité des taux d’intérêt : la règle de keynésiens, inspirés par le grand économiste
croissance de la monnaie est destinée à assurer britannique John Maynard Keynes, considèrent
la flexibilité des taux d’intérêt, qui influent sur que la production économique est déterminée
le coût du crédit, afin que les emprunteurs et avant tout par la demande de biens et de
les prêteurs puissent tenir compte de l’inflation services. Ils prétendent que le monétarisme ne
anticipée ainsi que des variations des taux permet pas d’expliquer correctement le
d’intérêt réels. De nombreux monétaristes fonctionnement de l’économie, car la vitesse
estiment aussi que les marchés sont de circulation de la monnaie est
intrinsèquement stables en l’absence de intrinsèquement instable, et ils attachent peu
fluctuations importantes imprévues de la ou pas d’importance à la théorie quantitative
masse monétaire. Ils considèrent également de la monnaie ni aux règles que préconisent les
que l’intervention de l’État risque souvent de monétaristes. L’économie évoluant en dents
déstabiliser l’économie au lieu d’apporter une de scie et traversant des périodes d’instabilité,
aide. Les monétaristes pensent par ailleurs qu’il il est dangereux que la Fed soit l’esclave d’un
n’y a pas d’arbitrage à long terme entre objectif monétaire pré-ordonné, estiment-ils :
l’inflation et le chômage, car l’économie atteint la Fed devrait avoir une certaine marge de
un équilibre à long terme lorsque le niveau de manœuvre pour agir. En outre, les keynésiens
production correspond au plein emploi (voir « ne croient pas que les marchés s’adaptent aux
Qu’est-ce que l’écart de production », F&D, perturbations et reviennent rapidement au
septembre 2013). niveau de production de plein emploi. Le
keynésianisme a prédominé pendant le
premier quart de siècle qui a suivi la Seconde
Guerre mondiale. Mais la théorie keynésienne
traditionnelle a été mise à mal par les
monétaristes durant les années 70, décennie
marquée par une inflation galopante et une
croissance économique atone. Alors que le
keynésianisme n’apportait pas de solution
satisfaisante, Friedman et les autres
monétaristes offraient une explication

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convaincante aux taux d’inflation élevés : surtout par la modification des règles bancaires
l’accroissement rapide de la masse monétaire. et d’autres innovations financières. Dans les
La maîtrise de la masse monétaire était donc la années 80, les banques ont ainsi été autorisées
clé d’une politique économique avisée. En à proposer des comptes chèques rémunérés,
1979, Paul A. Volcker devint président de la Fed ce qui a estompé la frontière entre les comptes
et fit de la lutte contre l’inflation sa grande d’épargne et les comptes courants. De plus,
priorité. La Fed limita la masse monétaire beaucoup de ménages ont découvert que les
(conformément à la règle énoncée par marchés financiers, les fonds communs de
Friedman) afin de juguler l’inflation, et cette placement et d’autres actifs constituaient des
mesure fut couronnée de succès. L’inflation solutions plus intéressantes que les dépôts
recula considérablement, au prix toutefois bancaires traditionnels. Tout cela a eu pour
d’une grande récession. Le monétarisme effet de modifier la relation entre la monnaie
engrangea une autre victoire en Grande- et les performances économiques.
Bretagne. Lorsque Margaret Thatcher fut élue
Des idées malgré tout intéressantes
Premier ministre en 1979, le pays était aux
prises avec une inflation élevée depuis L’interprétation monétariste de la Grande
plusieurs années. Margaret Thatcher utilisa le Dépression n’a toutefois pas été totalement
monétarisme pour combattre la hausse des oubliée. Dans une allocution prononcée fin
prix et réussit à diviser le taux d’inflation par 2002 à l’occasion du 90e anniversaire de la
deux, le ramenant en dessous de 5 % en 1983. naissance de Milton Friedman, Ben S.
L’heure de gloire du monétarisme fut Bernanke, alors gouverneur de la Fed et qui
cependant de courte durée. En effet, intervenir allait en prendre la présidence quatre ans plus
sur la masse monétaire n’est utile que si la tard, déclara : « Je voudrais dire à Milton et à
relation entre la monnaie et le PIB nominal, et Anna [Schwartz] : concernant la Grande
donc l’inflation, est stable et prévisible ; Dépression, vous avez raison. C’est nous [la
autrement dit, si la masse monétaire Fed] qui en sommes responsables. Nous
augmente, le PIB nominal augmente aussi, et sommes infiniment désolés. Mais grâce à vous,
vice-versa. Mais pour obtenir cet effet direct, la nous ne referons plus la même erreur ». En tant
vitesse de circulation de la monnaie doit être que président de la Fed, Ben Bernanke fit
prévisible. Dans les années 70, la vitesse de référence aux travaux de Friedman et de
circulation a progressé à un rythme Schwartz lorsqu’il décida d’abaisser les taux
relativement constant et la théorie d’intérêt et d’augmenter la masse monétaire
quantitative de la monnaie apparaissait valide pour stimuler l’économie pendant la récession
(voir graphique). Le taux de croissance de la mondiale qui a démarré en 2007 aux États-
monnaie, ajusté pour un niveau prévisible de Unis. D’éminents monétaristes (dont Anna
vitesse de circulation, déterminait le PIB Schwartz) protestèrent que les mesures de la
nominal. Au cours des années 80 et 90 en Fed allaient faire flamber les prix. Il n’en fut
revanche, cette vitesse est devenue très rien : la vitesse de circulation de la monnaie
instable, avec des hauts et des bas chuta et la déflation est considérée comme un
imprévisibles. Le lien entre la masse monétaire risque beaucoup plus grave. Bien que la plupart
et le PIB nominal s’est rompu, et l’utilité de la des économistes rejettent aujourd’hui
théorie quantitative de la monnaie a été remise l’attention aveugle portée à la croissance de la
en cause. Bon nombre d’économistes qui monnaie qui est au cœur de l’analyse
avaient été convaincus par le monétarisme monétariste, certains principes importants du
dans les années 70 ont abandonné cette monétarisme ont trouvé leur place dans
doctrine. Pour la plupart des économistes, le l’analyse non monétariste moderne, rendant
fait que la vitesse de circulation de la monnaie plus floue la distinction entre monétarisme et
n’est plus aussi prévisible qu’avant s’explique
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keynésianisme qui semblait si nette il y a 30 contrôler cette masse monétaire doit être
ans. Le plus important est sans doute que l’objectif majeur, sinon unique, de la banque
l’inflation ne peut pas continuer indéfiniment centrale.
sans augmentations de la masse monétaire, et

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