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Bruce Lee
HOMMAGE
AU DRAGON ÉTERNEL
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Bruce Lee
HOMMAGE
AU DRAGON ÉTERNEL

TEXTES DE BRUCE LEE

D’APRÈS UNE SÉLECTION DE

JOHN LITTLE

T R A D U I T D E L’ A N G L A I S P A R

SERGE MAIRET & THIERRY PLÉE

B U D O É D I T I O N S
7 7 1 2 3 N o i s y- s u r- É c o l e , Fr a n c e
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© John Little, 2000, pour le texte

© Tuttle Publishing, 2000, pour la version anglaise

© Budo Éditions — Éditions de l’Éveil, 2000, pour la version française

Directeur de collection Thierry Plée

Texte Bruce Lee

Traducteurs Serge Mairet & Thierry Plée

Correcteur Valérie Melin

Rédacteur John Little

Conception Spirit of the Wind

Impression Clerc

Reliure Brun

1-4000-CLERC/BRUN-10/00—2-3000-CLERC/BRUN-10/03

La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation
collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque
procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite
et constitue une contrefaçon, sanctionnée par les articles 425 et suivants du code pénal.

ISBN 978-2-84617-10-9
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Table des mat ières

Préface : Ce père qui inspira les autres


p a r S h a n n o n Le e K e a s l e r … . . V I I

Avant-propos
p a r L i n d a Le e C a d w e l l … . . I X

Introduction
par John Little…..XI

LES PREMIÈRES ANNÉES ..........................1

HOLLYWOOD ........................................17

HONG KONG .......................................141

LA FAMILLE .......................................153

Épilogue : Bruce Lee In His Own Words,


le documentaire
par Brian Jamieson…..179

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Préface

CE PÈRE QUI INSPIRA LES AUTRES

Le terme « art martial » est quelque peu troublant. ensemble de règles et de principes favorisant le
J’avoue que j’y ai réfléchi tout au long de ces années. talent et l’accomplissement humain ». En ce sens,
Qu’est-ce qui en fait un art ? Quand on pense à l’art, l’art martial possède assurément des règles et est
les images qui viennent d’abord à l’esprit concernent effectivement une activité humaine. Il exige du
la peinture ou la sculpture. Et à vrai dire, si vous talent et mène à l’accomplissement. Mais, ce qui
cherchez la définition de l’art dans un dictionnaire, me surpend dans cette définition, ce sont les
vous découvrirez que les entrées font essentiellement expressions « générateur de sens » et « humain ».
référence à ces deux domaines. On trouve aussi des Pourquoi ? L’art est une dimension de l’activité
liens avec la musique, la littérature, le dessin et sur humaine et à ce titre est porteur du maximum de
un plan plus général on évoque « un arrangement sens aux yeux de l’artiste. Or l’art martial, dans sa
esthétiquement plaisant de mots, de couleurs, de sons, forme la plus élevée, consiste a s’exprimer avec son
de formes, etc. » corps ; Il puise au tréfonds de l’âme individuelle,
ainsi que tout art digne de ce nom doit le faire.
Une exploration plus en profondeur nous décrit Ainsi, l’art martial peut être un art à condition que
l’art comme des « formes d’activité humaine dont le cela soit un véritable artiste qui nous le transmette.
caractère principal est déterminé par un arrangement N’importe qui est susceptible de dessiner ou de
d’éléments générateur de sens » ainsi que « tout peindre ou encore de pianoter et d’écrire des

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histoires mais les vrais artistes livrent leur Ce livre est la transcription littéraire du documentaire
inspiration personnelle. C’est ce que Bruce Lee Bruce Lee in His Own Words. Le film fait se côtoyer
fut aux arts martiaux. La vie de l’artiste a été une admirablement la déclaration et l’exemple. Il est
vie d’introspection et d’expression authentique. Ce merveilleux de voir le mot et l’action main dans la
fut une vie en proie aux extrêmes et en allant aux main marchant ensemble avec une telle grâce ! Je
extrêmes, elle a réussi à repousser les frontières de souhaite de tout mon cœur que le lecteur se sente
la création et du changement. Je crois sincèrement touché, au moins imperceptiblement si ce n’est
que si nous observons correctement l’itinéraire des dramatiquement, par la beauté d’une vie aussi
artistes, nous finirons par reconnaître la nécessité complètement vécue et sculptée, qui se considérait
de l’art dans notre vie et par comprendre que nous toujours en chemin. Ces pages que vous feuilletez
pouvons tous être les « artisans de nos passions », vous amènent à découvrir un créateur. Comme vous
quelles qu’elles soient. le verrez, en vous aventurant dans le domaine de la
pensée d’un individu, le créateur est celui qui nous
Bruce Lee était un artiste dans tous les sens du mot. rapproche du lieu commun ; l’homme, plus proche
Ses trente-deux années de vie terrestre l’ont vu de nous tous ! Bruce Lee disait : « Je veux me croire
produire des volumes d’écriture sur un nombre un être humain ». Cela résonne si simplement et
incalculable de sujets. Il a créé son propre système avec tant de vérité. C’est peut-être de cette façon,
d’arts martiaux ; il a écrit, réalisé, chorégraphié, en redoublant d’efforts pour atteindre d’abord ce
joué la comédie, tant pour la télévision que pour le premier objectif, que nous pourrons mettre nos pas
cinéma, fut champion de Cha-cha-cha à Hong-Kong dans les siens et continuer notre voyage individuel.
tout en étant un père, un mari, un ami et un
enseignant. Ceci représente un défi de taille à Fille de Bruce Lee, j’ai grandi en étant souvent
relever pour le commun des mortels. Chacun d’entre rebutée par l’exemple qu’il me laissait à suivre…
nous a son objectif personnel mais nous pouvons mais avec l’âge, j’éprouve un sentiment de
puiser notre inspiration dans son accomplissement compréhension plus grand vis-à-vis de son
si singulier ; ce qu’il a réalisé a directement influencé investissement et une seule chose m’importe
son art, pour culminer non seulement dans la désormais : suivre ma propre trajectoire et me
réalisation de cet art mais aussi, de lui-même… laisser porter par le grand courant de la vie.

— Shannon Lee Keasler

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Avant-prop os

De nombreuses années se sont écoulées depuis la documentaire Bruce Lee in His Own Words, réalisé
mort de mon mari, Bruce Lee, en 1973. J’ai ressenti par John Little. J’avais l’impression de sentir sa
sa disparition comme une désolation. Sans la présence dans la pièce, une présence si vraie qu’il
présence de nos deux rejetons, Brandon et Shannon, semblait me parler…
cette blessure ne se serait peut-être jamais refermée.
Mais la roue de la vie a continué de tourner En regardant ce film sur Bruce — l’homme et non
inexorablement pendant deux décades et nos l’acteur — je n’ai pu retenir mes larmes ; je me
enfants se sont développés avec la force, la joie et retrouvais transportée au temps où nos vies étaient
la capacité nécessaires pour faire face au monde. remplies de rêves qui se concrétisaient… Entendre
Bruce, avec l’honnêteté et l’ouverture qui le
Le souvenir que j’ai conservé de Bruce m’a permis caractérisaient, s’exprimer sur sa passion des arts
d’ouvrir mon cœur plus grand encore et m’a apporté martiaux, sa carrière d’acteur, sa famille, l’avenir…
une vie riche et gratifiante. Cela faisait toutefois bien Durant l’espace de quelques minutes, c’était comme
longtemps que je n’avais plus entendu sa voix, son si rien n’avait changé !
rire, admiré ses expressions, ses gestes, bref, le Bruce
Lee que je connaissais et que j’avais tant aimé. Je Mais bien sûr, ce 20 juillet 1973, date de la mort de
l’ai retrouvé vivant à nouveau dans le magnifique Bruce, les choses ont réellement changé. Ce que vous
avez l’opportunité de voir dans le film et de lire dans

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ce livre représente l’essence même de Bruce. Il n’y preuve le succès du film et du livre, qui doivent être
avait rien de plus à ajouter. Il y a quelques années, portés tout à son crédit. Son apport à la notoriété
notre fils Brandon est parti rejoindre son père et sa de l’œuvre de Bruce Lee permet d’envisager des
mort tragique ne me laisse plus qu’un seul enfant changements positifs chez tous ceux qui avaient
pour poursuivre. Mais nous ne sommes pas seuls car auparavant croiser son chemin. C’est d’autant plus
l’héritage de Bruce Lee, au cours de ces vingt-huit remarquable que pour un écrivain tel que lui, la
dernières années, a perduré et notre mémoire s’est tentation est grande d’avoir à « interpréter » ou à
enrichie de contributions sur l’art et la philosophie de « paraphraser » Bruce Lee… mais John-le-philosophe
Bruce, démontrant l’influence qu’il a exercée sur la vie veillait, et tout particulièrement à ce que la parole
des gens, dans le monde entier… de Bruce se fasse entendre sans autre intermédiaire
que Bruce lui-même. Notre famille lui est redevable
Parmi ceux qui font fructifier son souvenir, je voudrais d’une telle noblesse d’esprit. Malgré le temps écoulé,
citer principalement John Little qui, en tant que grande est notre joie de retrouver Bruce tel que nous
biographe et historien de son œuvre, assume et l’avons connu.
revendique totalement sa passion. J’en veux pour
— Linda Lee Cadwell

X
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Int roduct ion

À ma grande surprise et pour mon plus grand plaisir, et Annie Joe, Ted et Krina Wong — sans parler de
le documentaire que j’ai réalisé, Bruce Lee In His Own ceux qui, comme John Saxon et Bob Wall, avaient
Words, est rapidement devenu plus qu’un hommage travaillé à ses côtés pour le grand écran — ont tenu
poignant à un homme disparu tragiquement à à m’exprimer leur émotion de s’être retrouvés à
la fleur de l’âge. Ma chance a été que, après la nouveau en compagnie de Bruce. Car il s’agissait bien
projection d’un montage sommaire du film, la de Bruce Lee, l’être humain plutôt que sa légende,
Warner se soit décidée à le diffuser en avant-première dont ils avaient partagé la vie et c’était ce Bruce-là
du vingt-cinquième anniversaire de la sortie du que j’avais espéré ramener à la vie — ne serait-ce
plus grand film de Bruce Lee, Enter the Dragon que le temps des dix-neuf minutes que dure le
(Opération Dragon), en mai 1998. documentaire — mais qui avaient préexisté si
longtemps dans ma seule mémoire…
Brian Jamieson, de Warner Home Vidéo International,
partageait ma vieille passion pour Bruce Lee ainsi que Bruce Lee pensait qu’il n’est possible de communiquer
mon désir de montrer de lui ses autres facettes, et les uns avec les autres correctement qu’à la condition
pas seulement les prouesses physiques du brillant de s’exprimer en toute sincérité ; me souvenant
artiste martial qu’il était… Les gens qui connaissaient de son conseil, j’ai considéré évidemment que la
Bruce Lee, ses amis et élèves Taky Kimura, Allen meilleure façon de faire connaître l’homme Bruce Lee,

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c’était de monter la scène sur laquelle il pourrait J’ai choisi de tourner mon film en noir et blanc pour
s’exprimer en direct. En d’autres termes, le bon choix amplifier le côté sérieux du sujet, laissant le public
était de lui laisser la place libre ! Bruce Lee était son se focaliser sur le propos et sur l’expression des
meilleur ambassadeur et l’écouter parler des questions personnages, leurs yeux et leurs gestes, sans que
qui le touchaient était bien plus significatif, bien plus la couleur vienne à tout bout de champ le distraire…
substantiel et bien plus parlant, que de s’aligner sur Le film montre un Bruce Lee détendu, d’humeur
les documentaires qui mettent en présence une poignée contemplative même dans l’action, parlant de sa
de bavards certifiant — plusieurs décades après sa vie, de son art et de philosophie. Rassembler les
mort — qu’il était comme ceci ou comme cela… enregistrements audio et vidéo de Bruce Lee
nécessita des recherches approfondies dans trois
J’espère de tout mon cœur que le film comme le livre pays : Hong Kong, États-Unis et Canada. Sa veuve,
seront de nature à faire fi des interprétations erronées Linda Lee Cadwell, me fournit le matériel
en vous présentant un Bruce Lee différent, le vrai, complémentaire tel que films, documents audio
celui que vous n’auriez peut-être jamais rencontré… ou photographiques privés.
Bruce Lee n’était pas seulement un acteur, ce n’était
qu’une de ses différentes casquettes… Il fut l’homme Malheureusement, une seule interview de Bruce a
qui, à la seule force de son poignet, créa un nouveau survécu d’où son titre : Bruce Lee, l’interview perdue
genre de film. Le penseur et le philosophe rigoureux, (Bruce Lee, The Lost Interview, 1994, Little-Wolff
qui possédait une bibliothèque comptant pas moins Creative Group, disponible en vidéo) et trois
de deux mille cinq cents ouvrages répertoriés. enregistrements de conversations dont un seul
Le chercheur passionné par la psychologie, la était d’une qualité satisfaisante pour permettre
psychothérapie, les philosophies occidentales son utilisation dans le film.
et orientales, la poésie, les sciences de la santé,
l’hygiène physique. Et aussi, celui qui a su innover Heureusement, le livre, contrairement au film, dispose
et révolutionner l’art martial, lui redonnant cette d’une variété bien plus étendue de documents, dont
liberté et cette expression personnelles ignorées certains ont servi à la confection des Bruce Lee
par des siècles de dogme et de tradition… Library Series (consulter Budo Éditions pour les
titres disponibles en français), que j’ai eu le privilège
Ce qui ressortait le plus dans la personnalité de Bruce d’éditer pour Linda Lee Cadwell. Ce matériel m’a
était sans conteste son amour inconditionnel pour permis d’accompagner ses propres mots en présentant
l’humanité, et tout particulièrement pour sa femme un panorama bien plus complet de son l’héritage. J’ai
Linda et leurs deux enfants, Brandon et Shannon. Il mis dans ces pages une grande partie des dialogues
est triste de constater qu’aucun documentaire avant du film accompagnée d’illustrations. J’y ai inclu
Bruce Lee In His Own Words n’a mis l’accent sur ses « l’autobiographie » de Bruce Lee, de façon à ce que
qualités humaines, préférant le montrer comme le vous puissiez vous faire une idée concrète de la façon
plus grand combattant du XXe siècle ! dont il parlait de sa vie et de son développement,

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sans être obligé pour autant d’avoir recours à un personnes : Linda Lee Cadwell et Shannon Lee
biographe ou à « un spécialiste es Bruce Lee ». Car, Keasler… Le plus profond témoignage de sympathie
excusez-moi de me répéter mais, la première autorité que j’ai eu est un appel téléphonique de Linda,
concernant Bruce Lee, c’est Bruce Lee lui-même. Ces quelques instants après qu’elle ait visionné un
nouveaux documents vous permettent de l’entendre prémontage du film. Je lui avais organisé une
parler directement de son enfance, de son départ projection privée pour qu’elle puisse, à quelque
pour l’Amérique, de son travail aux États-Unis, de son vingt-cinq années de distance, se retrouver avec
interprétation du rôle de Kato dans la série de lui. Pendant notre conversation téléphonique, elle
télévision The Green Hornet (Le Frelon Vert), de son m’avoua avoir été émue aux larmes : c’était comme
enseignement des arts martiaux, de ses commentaires si Bruce s’était retrouvé auprès d’elle. Elle en gardait
sur ses films qui l’avaient rendu si célèbre, et, de une profonde nostalgie. L’émotion de Linda fut
façon plus dramatique, de ses projets d’avenir en l’expérience la plus gratifiante et la plus émouvante
témoignant de sa capacité à considérer la vie comme de ma vie. Être capable de réunir une femme et son
un tout, en replaçant chaque chose à sa juste place… mari, une fille et son père, un être humain et ses amis
les plus proches, même par l’intermédiaire de l’image,
Le livre a été conçu de manière à ce que son équilibre posséder la capacité d’émouvoir le public et de
colle au plus près du film, respectant ainsi le credo de susciter des émotions puissantes chez lui, c’est
Bruce Lee qui considérait les nationalités et les styles l’objectif véritable de tout art.
d’arts martiaux, tels que le judo ou le karaté, comme
de nature à éloigner les individus plutôt qu’à les Je suis parfaitement conscient que tous les projets
rapprocher. Vous trouverez aussi ses opinions sur la concernant Bruce Lee dont j’ai à m’occuper
façon dont il faut considérer le vedettariat pour que le participent de l’héritage d’un homme. Je souhaite
succès ne s’avère pas être un piège pour l’humaniste. qu’un jour, quand les petits-enfants de Bruce
Finalement, Bruce Lee partage avec le lecteur sa questionneront leur mère : « A quoi ressemblait
philosophie de vie et ses conseils pour relever les vraiment notre grand-père ? », Shannon leur tende
défis, qu’ils concernent le combat au sens strict ou un exemplaire de ce livre en leur disant simplement :
celui de l’existence au quotidien. « Eh bien les enfants, voyez par vous-mêmes ! »

Bruce Lee parle aussi de l’importance de la famille — John Little


et de son désir de rester dans la mémoire collective
comme un être humain de qualité plutôt que pour
ses prouesses.

Comme tous les autres projets sur Bruce dont j’ai


eu le privilège de m’occuper, ce livre, ainsi que le
film, sont destinés tout particulièrement à deux

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L es gr andes étap es
de la vie de Br uce L ee

SAN FRANCISCO
n Le 27 novembre 1940, Bruce “Jun Fan” Lee naît, à l’Heure du Dragon (entre six heures et huit heures du matin)
et pendant l’Année du Dragon.
n Février 1941. Première apparition au cinéma ; il est âgé de trois mois…

H O N G KO N G
n 1946. Débute une carrière qui comptera dix-huit apparitions dans des films en langue chinoise et qui se
prolongera jusqu’à ses dix-huit ans.
n 1952. Entre au collège La Salle, établissement catholique pour garçons.
n 1953. Débute l’étude du kung-fu sous la houlette du vénérable grand-maître Yip Man, du style Wing Chun.
n 1958. Remporte le Championnat de cha-cha-cha de la Colonie Britannique.
n 29 mars 1958. Entre au lycée St. Francis Xavier High School.
n 29 avril 1959. Bruce Lee quitte Hong Kong pour l’Amérique.

É TAT S - U N I S
n 17 mai 1959. Arrivée par bateau à San Francisco.
n 3 septembre 1959. Arrivée à Seattle, état de Washington. Entre à l’Edison Technical School, au troisième
trimestre.
n 2 décembre 1960. Sort diplômé de l’Edison Technical School.
n 27 mai 1961. Entre à l’Université de Washington, au premier trimestre.

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H O N G KO N G
n 26 mars 1963. Retour à Hong Kong pour visiter la famille après quatre années d’absence.

É TAT S - U N I S
n Août 1963. Retour de Hong Kong. Quitte l’Université de Washington au premier trimestre 1964.
n 19 juillet 1964. Quitte Seattle pour s’installer à Oakland, en Californie, où il ouvre une école consacrée au
kung-fu.
n 2 août 1964. En démonstration au Tournoi international de karaté de Long Beach, Californie.
n 3 août 1964. Commence à enseigner le kung-fu à Oakland.
n 17 août 1964. Épouse Linda Emery.
n 1er février 1965, à Oakland. Naissance de Brandon, fils de Bruce et de Linda, le premier jour du Nouvel An
chinois de l’Année du Dragon.
n 8 février 1965. Le père de Bruce, Lee Hoi Chuen, décède à Hong Kong.
n Mars 1966. La famille Lee emménage à Los Angeles, Californie.
n 6 juin 1966. Début du tournage de la série télévisée The Green Hornet (Le Frelon Vert en France).
n 5 février 1967. Inauguration officielle du Jun Fan Gung Fu Institute de Los Angeles.
n Juillet 1967. Naissance du Jeet Kune Do, l’art martial crée par Bruce Lee.
n 6 mai 1967. En démonstration au Championnat national de karaté, dans la ville de Washington.
n 24 juin 1967. Est engagé pour jouer dans un épisode de la série de télévision Ironside.
n 30 juillet 1967. En démonstration au Tournoi international de Long Beach.
n 23 juin 1968. Participe aux Championnat national de karaté, dans la ville de Washington.
n 5 juillet 1968. Engagé comme conseiller technique sur le tournage de The Wrecking Crew.
n 1er août 1968. Engagé pour jouer le rôle d’un mauvais garçon dans un film produit par la MGM, Little Sister,
plus tard rebaptisé Marlowe (La Valse des Truands, en France).
n 1er octobre 1968. Emménage à Bel Air (faubourg huppé de Los Angeles).
n 12 novembre 1968. Réalise un épisode de la série télévisée Blondie, pour le compte d’Universal Studios.
n 19 avril 1969. Naissance, à Santa Monica, de Shannon Emery Lee, fille de Bruce et de Linda.

H O N G KO N G
n 1970. Retour de Bruce à Hong Kong, avec son fils Brandon, pour rendre visite à la famille.

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É TAT S - U N I S
n 1970-71. Travaille avec l’acteur James Coburn et le scénariste Stirling Silliphant sur un projet de film consacré
à la philosophie des arts martiaux, The Silent Flute.
n 27 juin 1971. Réalise le premier épisode de la série télévisée Longstreet, pour le compte de la Paramount.
n 1971. Entame une collaboration avec la Warner, pour un projet de série télévisée intitulée The Warrior (plus
tard rebaptisée Kung Fu).

THAÏLANDE
n Juillet 1971. Réalise The Big Boss (Big Boss en France mais renommé étrangement Fists of Fury en Amérique
du Nord), pour le compte de la Golden Harvest, qui dépasse toutes les prévisions de succès au Box Office de
Hong Kong.

H O N G KO N G
n 7 décembre 1971. Il est officiellement averti qu’il ne sera pas choisi comme tête d’affiche de Warrior, dont le
rôle est attribué à l’acteur américain David Carradine.
n 9 décembre 1971. Interview enregistrée et filmée (la seule qui ait survécu) par le journaliste canadien Pierre
Berton. Des extraits de cette interview ont été insérés dans le documentaire Bruce Lee In His Own Words.
n 1972. Réalise un second film pour le compte de la Golden Harvest, Fist of Fury (La Fureur de Vaincre en France
et est renommé The Chinese Connection en Amérique du Nord), qui bat tous les records établis au Box Office
par son précédent film, The Big Boss.
n 1972. Crée sa propre société de production, Concord et fait ses débuts de metteur-en-scène pour le film The
Way of the Dragon (intitulé Return of the Dragon en Amérique du nord et La Fureur du Dragon en France) qui,
à nouveau, bat tous les précédents records au Box office de Hong Kong.
n Octobre-novembre 1972. Interrompt les séquences préliminaires de The Game of Death (Le Jeu de la Mort)
pour commencer le tournage de Enter the Dragon (Opération Dragon), pour le compte de la Warner.
n 20 juillet 1973. Bruce Lee décède à Hong Kong, suite à un œdème cérébral occasionné par une allergie à un
médicament.

É TAT S - U N I S
n 31 juillet 1973. Est enterré au cimetière de Lakeview, à Seattle. Son cercueil est porté par ses amis et élèves
Steve McQueen, James Coburn, Dan Inosanto, Peter Chin, Taky Kimura et son plus jeune frère, Robert Lee.

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Bruce Lee
HOMMAGE
AU DRAGON ÉTERNEL
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L es premières années
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Je m’appelle Lee. Bruce Lee.


Je suis né à San Francisco
le 27 novembre 1940. Mon vrai
nom est Lee Jun Fan. « Bruce » est
un nom que m’a donné une
infirmière de la maternité parce
que c’était plus américain, donc
plus facile à mémoriser.

Mon père voyageait beaucoup. Je suis né alors


qu’accompagné de ma mère, il était en tournée
aux États-Unis. Mon père ne voulait pas que je
reçoive une éducation américaine aussi, dès
l’âge de trois mois, il me renvoya à Hong Kong
— sa seconde patrie — dans la famille. [Vivre à
Hong Kong] fut une expérience cruciale dans
ma vie. Je me suis frotté à l’authentique culture
chinoise ; me sentir totalement partie prenante
de cette culture représenta un véritable
enchantement.

Je ne réalisai ni ne compris, sur le moment,


combien l’influence de l’environnement est
importante pour le développement du caractère
et de la personnalité… Néanmoins, mon Le fait que je sois un Américain
appartenance à la « communauté chinoise » d ’origine chinoise fut donc un
ne laissait planer aucun doute à mes yeux.
accident. À moins qu’il ne s’agisse
d ’une idée de mon père. Mon père,
Lee Hoi Chuen, était un grand
acteur d ’opéra cantonais et était
très populaire dans la
communauté chinoise.

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J’ai commencé à jouer la comédie dès l’âge de six ans.

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Ci-dessus : Quand ma mère allait à l’église,


le dimanche, mon père restait à la maison.
Cela ne semblait pas beaucoup la troubler,
pas plus que cela ne troublait mon père qu’elle
m’envoyât dans une école catholique. (Bruce
à Saint-François Xavier, Hong Kong ; il est au
premier rang, quatrième à partir de la gauche.)

Ci-contre : Mon père connaissait une multitude


de vedettes de cinéma et de
metteurs en scène. Ils me firent venir aux
studios où ils me donnèrent des rôles à jouer.

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Jusqu’à mes dix-huit ans,


j’ai tenu principalement
des rôles de « co-vedette ».

On aurait pu mettre cela


sur le compte de l ’hérédité
ou de l ’entourage mais
c’est au cours de mes études à
Hong Kong que j’ai commencé
à m’intéresser sérieusement à
la réalisation des films.

[The Big Boss, le premier grand


rôle de Bruce Lee, fut un succès
sans précédent.]

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Les enfants chinois ne contestent pas l ’autorité de leurs parents. Non, mon père ne m’a jamais
frappé ! Mais ma mère, elle, m’a distribué quelques bonnes fessées…

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Jusqu’à mon adolescence, j’ai été un empêcheur


de tourner en rond, ce qui a eu le don de fâcher
mes aînés. J’étais à la fois méchant et agressif.

Puis, vers l’âge de treize ans, je me suis


demandé ce qu’il se passerait si je me
retrouvais seul au cours d’un combat, sans
ma bande derrière moi pour me soutenir…
Je décidai d’apprendre à me défendre et
débutai l’étude du kung-fu. J’étudiais sous la
houlette de Yip Man. Il était mon professeur
pour l’apprentissage de l’art martial. C’est
auprès de lui que j’ai appris le style Wing Chun.

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Les garçons qui grandissent à Hong Kong savent que s’ils tombent en disgrâce, cela rejaillit sur
toute la famille, c’est-à-dire sur un bel éventail de personnes… Cela me semble une bonne chose.

(Bruce, deuxième à partir de la gauche ; il porte des moustaches ;


de gauche à droite : Phoebe, Agnes, Peter ; Robert, son frère cadet, est au premier plan.)

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À une certaine époque, il aurait été totalement


inconcevable qu’un fils chinois osât porter la contra-
diction devant son père ; aujourd’hui, la situation a
évolué sauf pour de très anciennes familles qui
maintiennent un code rigide. Les choses se passent
beaucoup mieux dans la plupart des foyers.
(À droite : Bruce en compagnie de son père, Lee Hoi Chuen).

Après quatre années d’apprentissage du kung-fu, je


parvins à saisir et à ressentir le principe de douceur,
l’art de neutraliser l’effort de l’adversaire tout en
économisant au maximum sa propre énergie. Une
telle opération doit se dérouler dans le calme et
sans qu’on ait besoin de verser la moindre goutte
de sueur. Cela semblait simple a priori mais en réalité,
le principe était difficile à mettre en application.

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Il est certain que dès le début,


je n’ai pas conçu l ’idée que ma
pratique d ’alors — tout comme
celle d ’aujourd ’hui —
m’amènerait là où j’en suis.

Le sens profond de
l ’art martial a eu un grand
retentissement sur ma vie.

Si je suis un acteur, un artiste


martial, un être humain
— tout ça — c’est à l ’art martial
que je le dois !

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Je suis retourné aux États-Unis en 1959.


Je voulais y poursuivre mes études ; c’est la raison qui m’a poussé à me rendre
à l’Université de Washington à Seattle, pour y étudier la philosophie.

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Hol l ywood
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En 1964, au moment précis où j’ai compris que je


n’avais pas l’intention d’enseigner la self-défense
le restant de mes jours, je partis au Tournoi
international de karaté de Long Beach, pour y
effectuer une démonstration. Or, parmi le public
présent se trouvait un producteur de Hollywood,
William Dozier. Le soir même, je recevais un coup
de téléphone à mon hôtel, pour me demander de
faire un bout d’essai. Le matin suivant, de bonne
heure, je me retrouvais à la 2Oth Century Fox,
engagé pour être le « fils préféré » de Charlie
Chan. Ils parlaient d’un nouveau « James Bond
chinois ». Vous savez, le genre : maintenant que
le vieux Chan est mort, c’est son fils qui reprend
le flambeau…

Toujours est-il que ce film ne vit jamais le jour


car — tandis que je suivais un stage intensif de
comédie qui devait durer un mois — Batman fit
son arrivée, monopolisant toutes les énergies, de
sorte que le producteur fut amené à changer de
stratégie ; à la place, il me proposa d’être Kato.
Ma première impression, ce fut : « Cela sent
à plein nez le truc “boy de la maison”…»
Un producteur me disait qu’il souhaitait que
j’incarne à l’écran un « Chinois ». D’accord
mais tous préjugés mis à part et en se montrant
simplement réaliste, combien de fois fait-on
appel à un Chinois dans un film ? Et lorsqu’on
fait appel à lui, que voit-on : un serveur apportant
Vous savez pourquoi ils m’ont
des baguettes avec des « Tout de suite,
donné le rôle, sur la série The Monsieur » ou le fidèle serviteur se prosternant
Green Hornet (Le Frelon vert) ? obséquieusement derrière le maître qui lui a
sauvé la vie !
Parce que le nom du héros était
« Britt Reid »…et que j’étais le
seul Chinois dans toute la
Californie à pouvoir prononcer
« Britt Reid » !

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Je voulais être certain, avant de signer, que le


dialogue ne serait pas truffé de « Tout de suite,
Monsieur » et de « Voilà les baguettes » ni qu’on
exigerait de moi que je fasse le service, déguisé
en larbin ! Je dis à Dozier : « Si vous espérez que
je me livre en spectacle dans cet attirail, ce n’est
même pas la peine d’y penser ! » Par le passé,
c’est ainsi que le casting se déroulait ; cela s’est
passé de cette manière avec les Indiens… On ne
voit jamais un Indien humain à l’écran !
Finalement, tout est rentré dans l’ordre ; j’ai
signé et nous avons réalisé The Green Hornet.

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Il ne fait aucun doute que ma


participation à The Green
Hornet et mon rôle de Kato
furent le fruit du hasard.

J’avais tourné dans de nombreuses


productions chinoises depuis
mon enfance mais jamais aux
États-Unis. Je n’avais aucun
contact avec Hollywood.

En tout cas, on a bien rigolé… j’ai


même été abordé par des hommes
d ’affaires qui voulaient ouvrir à
travers l ’Amérique une série
d ’écoles de self-défense étiquetées
« Kato » mais j’ai refusé…
J’aurais amassé une fortune à
l ’époque si cela avait été une
question d ’argent. Mais je pensais
et je pense encore qu’on ne vend
pas son art sur l ’autel de l ’argent !

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La série The Green Hornet a duré toute une Il faut dire que cela n’allait pas assez loin, en
saison. [Un producteur de télévision] m’écrivit tout cas ce n’était pas assez « Batman » pour
pour me signifier que bien qu’aucun nouvel l’audience. Ensuite, les épisodes auraient dû
épisode ne fusse prévu, cela ne signifiait pas être d’une heure. Et enfin, le scénario était
pour autant sa déprogrammation. Puis il débile et en ce qui me concerne, je dois dire
ajouta qu’il avait « adoré travailler avec moi ». que j’étais particulièrement mauvais !
Plus tard, je reçus une missive du producteur
exécutif, William Dozier, qui disait : « Confucius [Mais] curieusement, cela me permit de me
a dit que le Frelon Vert ne vrombirait plus ! » faire un nom à Hong Kong et de m’ouvrir des
portes à Hollywood. Une fois la série terminée,
je me suis posé la question : « Que vais-je bien
pouvoir faire maintenant ? »

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Un des assistants [de William Dozier] m’appela


un jour pour me demander ce que je devenais…
Je lui répondis que je m’étais remis à enseigner
et il me demanda combien je prenais pour les
cours. Vous me croirez ou non mais quand je
lui dis le montant, il me prit pour un fou… Il
prétendait que je pouvais demander 50 dollars
de l’heure. Après plus ample réflexion, je me
dis : Pourquoi pas après tout ? Et c’est ainsi

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que j’ai commencé à enseigner aux acteurs. leurs films. J’interprétais un mauvais garçon
Je me faisais un max. J’ai d’abord demandé dans Marlowe qui avait James Garner pour
500 dollars pour dix heures de cours puis vedette. Puis, j’ai réalisé un truc formidable
finalement je suis passé au double ! Parmi pour une série télé intitulée Longstreet.
mes élèves, il y avait Steve McQueen et James Franciscus jouait le rôle d’un dandy qui
James Coburn. cherchait à se venger et moi, je jouais le rôle
d’un gars qui le préparait au combat. Stirling
Plus tard, les producteurs de Hollywood, Silliphant, un de mes élèves et moi-même
pensant que mon art martial pouvait représenter écrivîmes cet épisode. Il fut d’ailleurs le premier
une attraction, me firent jouer des rôles dans épisode pilote de la série.

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Le titre de cet épisode particulier de Longstreet


est La voie du poing qui intercepte. Je pense
que son succès est dû principalement au fait
que j’étais moi-même, c’est-à-dire Bruce Lee…
Ce rôle m’a permis de m’exprimer, comme je
l’ai dit à cette époque, « en toute honnêteté ».
C’est pour cette raison que j’ai reçu l’hommage
du New York Times, qui écrivit quelque chose du
genre : « Bruce Lee, un Chinois suffisamment
convaincant pour s’offrir une série télé », etc.,
etc. [C’était la] première fois de ma vie que la
critique s’intéressait à mon métier d’acteur.
Comme cet article m’était favorable, ça m’a plu.

Les gens de la Paramount me rappelèrent pour


une nouvelle une série télé. Et la Warner s’y
attela également, m’offrant 25 000 dollars
simplement pour me retenir sur un projet
totalement farfelu qui devait s’intituler Kung Fu :
l’histoire d’un Chinois qui doit quitter son pays
parce qu’il s’est arrangé pour tuer la mauvaise
personne et qui se retrouve au Far-West dans
les années 1860… Vous me suivez ? J’étais au
milieu de tous ces cow-boys montés sur leurs
chevaux, colt à la ceinture… Et moi ? tenant un
gros morceau de bambou à la main ! Exotique
comme vision, non ?

J’étais censé le faire mais le réseau télé se


prononça finalement contre. Ils pensaient que
le risque financier n’en valait pas la chandelle.
En ceci, je ne peux les blâmer, non vraiment
pas… car cela se passe de la même manière à
Hong Kong : un étranger se pointe et devient
une star ; s’il gagne en plus du pognon, il a de
sérieuses chances de se faire des jaloux. J’ai été

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finalement soulagé qu’ils refusent, vous savez ! avec un film pour lequel on dispose de plusieurs
Regardez les séries télé qui passent : la plupart mois pour y mettre la dernière touche. À la
ne sont faites que pour « taper dans l‘œil » ; télévision, ce n’est vraiment pas le cas ! Il faut
elles n’ont aucune profondeur. C’est un bon terminer l’épisode en une semaine… Dans
moyen de « faire de l’argent facile ». Vous ces conditions, pensez-vous qu’il soit possible
voyez ce que je veux dire ? Ça n’a rien à voir d’assurer la qualité semaine après semaine ?

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Bruce Lee, en compagnie de


Sharon Tate et de Nancy Kwan,
sur le plateau de The Wrecking
Crew. Dean Martin (voir page
précédente) faisait aussi partie
de l’équipe.

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C’est quand vous vous battez


que vous comprenez que chacun a sa propre façon de réagir.

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Quand j’ai décidé de retourner à Hong Kong Puis, un contrat fut signé entre la Golden
tourner pour Raymond Chow, je m’y suis Harvest et moi. J’étais engagé pour deux films :
préparé en allant voir un tas de films en The Big Boss et Fist of Fury.
Mandarin. Ils étaient horribles ! D’abord,
parce qu’on voyait des gens se battre sans M. Raymond Chow me fit l’impression d’un
arrêt et surtout, ce qui me dérangeait le plus, homme doté d’une grande intuition. Sa firme
ils se battaient tous de la même façon ! Vous cinématographique, la Golden Harvest, était
avez déjà vu des gens faire comme ça dans la une entreprise prometteuse qui utilisait des
réalité ? Quand vous avez à vous battre, vous méthodes pragmatiques et efficaces afin de
comprenez que chacun réagit à sa façon. Et promouvoir le renouveau de l’industrie du
qu’agir et se battre ne font qu’un. [C’est aussi cinéma et encourager les productions
à cette époque que] j’ai commencé à recevoir indépendantes. Il donnait un espace de
des appels téléphoniques en provenance de liberté aux réalisateurs et aux acteurs pour
Hong Kong et de Taïwan : les cachets qu’on qu’ils puissent expérimenter et manifester
m’offrait allaient de 2OOO à 1O OOO dollars. leurs talents.

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Je ne crois pas en la nécessité


de faire un étalage de violence
dans un film. Ce n’est pas une
chose très saine…

Mais il faut se souvenir que


violence et agressivité sont le lot
commun de la vie de tous les jours.
Vous voyez cela tout le temps
à la télé. Pensez au Vietnam !
Vous ne pouvez pas faire comme
si cela n’existait pas…

En revanche, je ne pense pas


qu’il soit judicieux d ’exploiter
la violence et l ’agressivité pour
en faire des thèmes de films.

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Je ne considère pas les scènes de combat de mes films comme violentes. Je dirais plutôt qu’elles
participent de l ’action. Un film d ’action doit se situer à la frontière entre réalité et imaginaire.
Si mes films avaient la prétention d ’apparaître comme totalement réalistes, alors on pourrait
vraiment dire que je suis violent et assoiffé de sang… Il me suffirait de démolir l ’adversaire
en lui mettant les boyaux à l ’air. Et la manière n’aurait rien d ’artistique !
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Si je suis un artiste martial par décision, un acteur par vocation, il n’en demeure pas moins que
je me considère comme un éternel artiste de la vie…

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L’expérience tirée de mes vingt années d’acteur Un acteur — un bon acteur s’entend, pas un
m’a apporté un regard lucide sur le métier : stéréotype — est en réalité quelqu’un qui
l’acteur est une personne qui travaille si dur « délivre un message avec compétence ».
— tellement dur — qu’il parvient à un niveau où Il ne s’agit pas d’être simplement prêt à jouer,
sa compréhension, son expression personnelle encore faut-il être capable de faire fusionner
et corporelle, sa solidité psychologique, sa artistiquement ces entités duales que sont
profondeur spirituelle, se font écho et se business et art, pour qu’elles ne fassent plus,
renvoient mutuellement. Aujourd’hui, l’industrie à la fin, qu’une seule unité réussie. Les acteurs
cinématographique est, selon le niveau de médiocres ou stéréotypés sont légion. Mais
compréhension de chacun, un équilibre subtil l’aventure qui consiste à rendre un acteur
entre un sens pragmatique des affaires et un « compétent », à la fois mentalement et
talent créatif, interagissant l’un sur l’autre. physiquement, n’est pas une entreprise facile.
Comme il n’existe pas deux êtres humains
Pour les financiers, là-haut dans leurs bureaux, identiques, il n’existe pas non plus deux
un acteur est un produit, une « marchandise », acteurs identiques…
une virtualité d’espèces sonnantes et
trébuchantes… « Va-t-il ou non être capable Un acteur bien formé et de qualité ne se trouve
de vendre ? », c’est cela leur éternel refrain. pas sous les sabots d’un cheval. Cela exige
La chose la plus importante pour eux, c’est le qu’il soit sincère, qu’il soit lui-même. Le public
box-office. Bien que le cinéma soit un mariage d’aujourd’hui n’est pas stupide ; un acteur n’est
entre le sens pragmatique des affaires et le pas quelqu’un qui montre simplement ce que les
talent créatif, le fait que l’on puisse considérer autres souhaitent qu’il exprime. Ce serait de la
un acteur — un être humain — comme un simple imitation — pas de la création — même
produit, m’apparaît être une chose si sa médiocre performance est « exprimée »
particulièrement grave ! avec un talent remarquable…

Certains artistes martiaux se rendent


aujourd ’hui à Hong Kong pour tenter leur
chance dans le cinéma. Moi, je n’ai jamais
cru en la chance pure. La chance doit être
sollicitée. Il faut être à l ’écoute des
opportunités et savoir les saisir au vol.
Certains en douteront peut-être mais
derrière tout ce que j’entreprends,
il y a des heures et des heures de travail.

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Qu’entend-on au juste par acteur de qualité ?


De prime abord, ce n’est pas une « vedette
de cinéma », mot abstrait à valeur symbolique
octroyé par le public — en fait, il existe
bien plus de gens qui aimeraient devenir
des « vedettes de cinéma » que les acteurs
eux-mêmes ! — À mes yeux, l’acteur incarne
la somme de ces qualités : une compréhension
profonde de ce qu’est la vie, un bon goût
judicieux, une expérience du bonheur et de
l’adversité, un bagage éducatif et surtout,
comme je l’ai déjà exprimé, il doit faire
coexister toutes ces qualités ensemble.

S’exprimer totalement et authentiquement


si la situation s’impose est l’ingrédient
supplémentaire du bon acteur. La difficulté
à surmonter, néanmoins, c’est de ne pas
céder à la tentation de devenir égocentrique
mais de rester « cool » et d’apprendre en
découvrant et en y mettant toute son âme…

L’investissement,
l ’investissement le plus radical est
ce qui vous maintient en tête.

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Croyez-moi : dans chaque entreprise et victoire sur soi,


il y a toujours des obstacles — petits ou grands — et c’est la capacité de réaction de l ’individu
quand il rencontre de tels obstacles qui compte et non l ’obstacle lui-même.

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Oui, il y a bien une différence à faire entre


se remettre en cause et remettre en cause son image.

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Je suppose que chacun


d ’entre-nous s’estime
intelligent… Bien !
Maintenant, combien
d ’entre-nous se sont réellement
remis en question et ont osé
affronter les conditionnements
dont on nous gave
depuis que nous sommes
en âge d ’apprendre ?

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Bien que chacun d ’entre-nous dispose d ’un outil pour voir,


combien sont ceux qui savent s’en « servir » correctement ?

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La vision véritable, fruit de la


conscience indéterminée, aboutit
à de nouvelles découvertes ;
la découverte est le moyen par
lequel s’exprime tout potentiel.

Toutefois, observer les autres en


ne cherchant que ce qui cloche chez
eux suppose une tournure d ’esprit
qui a la condamnation facile.

Voir la poutre qui se trouve dans


l ’œil du voisin ou chercher à
l ’écraser psychologiquement est
la chose la plus aisée qui soit ;
mais apprendre à se connaître
demande toute la vie.

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La plupart des gens ne se préoccupent que


de leur image et au lieu de partir de quelque
chose de précis — eux — ils ne font que se
reposer sur du vide… tant ils sont occupés à
vivre au travers de ceci ou de cela. Ils gâchent
leur énergie à maintenir une façade plutôt que
de l’utiliser à développer le registre de leurs
possibilités ou à l’exprimer au travers d’une
communication efficace. Quand un être humain
en rencontre un autre qui s’est totalement
remis en question, il ne peut s’empêcher de
s’écrier : « Ça, c’est quelqu’un de vrai. »

Dans Enter the Dragon, j’ai tenté d’illustrer


la transformation physique et spirituelle
d’un athlète ; (il se trouve) que c’est un
artiste martial chinois. Il est en décalage
extraordinaire par rapport aux autres car sa
capacité à « délivrer » son message au public,
sur le ton le plus direct qui soit, est une vertu
qui peut être considérée comme la plus grande
chez un artiste martial. Cette vertu, je m’y
accroche en déployant le maximum d’efforts
pour faire partager ma compréhension et mon
expérience des choses.

Ce qui compte véritablement,


c’est la satisfaction que je retire de
mon travail. Si je m’étais laissé
aller à la médiocrité, je n’aurais
eu à m’en prendre qu’à moi-même.

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J’aurais souhaité m’investir dans des J’ai aussi l’intention de réaliser plus de films.
personnages différents mais dans le Sud-Est La réalisation m’inspire car on a plus de chance
de l’Asie, c’est une chose impossible : il faut de récolter à proportion de ce que l’on a semé.
être toujours du côté des « bons » ! On ne me L’acteur, lui, a une capacité d’intervention plus
laisse pas mettre ne serait-ce qu’une nuance de restreinte. Il ne peut que se plier aux desiderata
« gris » dans mes rôles ; cela, aucun producteur du réalisateur. À l’avenir, je souhaiterais
ne le permettrait. Pire, je ne peux non plus me également faire des films totalement différents :
laisser aller totalement à mon expression certains graves, d’autres philosophiques ou
personnelle. Là-bas, le public ne comprendrait encore, de simples divertissements. Mais une
pas où je veux en venir la moitié du temps. chose demeure certaine à mes yeux : je ne me
C’est la raison pour laquelle je ne veux pas y « prostituerai » jamais, de quelque manière
résider en permanence. J’envisage de passer que ce soit, pour accepter des propositions
une moitié de l’année en Asie du Sud-Est et qui contredisent mes convictions. Je pressens
l’autre moitié à Hollywood. que ma renommée va s’étendre au-delà des
frontières. Je m’améliore et découvre de
nouvelles choses tous les jours. S’arrêter
en chemin serait se condamner !

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Le passé appartient à l’Histoire ; seul l’avenir peut vous apporter le bonheur.


Pourquoi attendre pour préparer l’avenir ? Il commence maintenant.

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« Comme le doigt… »

« …qui montre la lune,… »

« … ne vous polarisez pas sur


le doigt ; vous passeriez à côté
de la gloire céleste ! »

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Le succès [n’est que] la récompense de la sincérité et du courage. Je considère la vie comme un


processus. Le héros, à travers les âges, a toujours connu la même fin que l ’homme ordinaire.
Ils sont tous les deux mortels et leur souvenir tend à s’évanouir de la mémoire des hommes.
Mais tant qu’il est en vie, il doit chercher à se comprendre, à se découvrir et à s’exprimer.
Cette façon a le mérite de faire progresser mais elle ne garantit pas le succès.

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Un lettré se rend chez un maître zen pour se


renseigner sur son art. Tandis que le maître
parle, le lettré l’interrompt fréquemment,
ponctuant ses interruptions de commentaires,
du genre : « Oh oui, nous aussi nous avons
ça ! ». Finalement, le maître zen s’arrête de
parler et commence à servir le thé. Ce faisant, il
continue de verser, bien après que la tasse soit
pleine. « C’est assez ! dit le lettré, ne voyez-vous
pas que ma tasse est pleine ? — Je le vois bien,
répond le maître Zen. Mais si vous n’avez pas
d’abord vidé votre tasse, comment voulez-vous
être en mesure de goûter la mienne ? »

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Quand mon tuteur examina avec moi le corpus


de mes études, il me conseilla la philosophie
en se souvenant de mon goût pour le
questionnement. Il dit : « La philosophie
t’aidera à comprendre ce qui motive les
hommes ». Quand j’ai dit ça à mes amis et
parents, ils furent sidérés d’apprendre que
j’avais choisi la philosophie…

Mes progrès en philosophie doivent être


reliés à la persévérance qui a caractérisé mon
enfance. Je me pose souvent ces questions :
« Y a-t-il quelque chose après la victoire ?
Pourquoi les gens s’accrochent-ils autant à elle ?
Qu’appelle-t-on la ”gloire“? Quelle victoire peut
se vanter d’être ”glorieuse” ? »

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Tout le monde pensait qu’il valait mieux m’orienter vers l’Éducation Physique,
dans la mesure où la seule activité extra-scolaire qui m’avait passionnée, depuis
mon enfance jusqu’à la fin de mes études secondaires, c’était l’art martial chinois.

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À bout de patience, j’ai fini par ne plus croire en la capacité des arts martiaux chinois classiques
car ils sont, fondamentalement, le produit d ’une « traversée du désert » ; c’est pourquoi je décidai
d ’orienter mon entraînement vers l ’efficacité du combat de rue, où tout est permis.
Nous avons donc mis des casques, enfilé des gants, revêtu des plastrons, porté des protège-tibias
et des genouillères, etc. Je rebaptisai alors l ’essentiel de ce que j’avais appris en
Jeet Kune Do, « La Voie du Poing qui Intercepte ».

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La façon « naturelle » (parce qu’elle est


authentique) et « décontractée » de se
montrer sous un jour favorable vaut pour
l ’artiste martial de qualité comme pour
l ’être humain que nous sommes tous…

(Cette note, Bruce Lee l’écrivit en marge de son


exemplaire personnel du script d’Enter the Dragon
à propos du personnage qu’il incarne).

Que dire de plus sinon que je suis fin prêt pour J’espère que le personnage de Lee dans Enter
l’action. Je souhaite aussi de tout mon cœur the Dragon apparaîtra à l’écran comme celui
que le monde extérieur puisse comprendre ce qui galvanise les foules en s’avérant être un
qu’est notre culture chinoise. C’est une lourde véritable meneur d’hommes ; ou encore ce
responsabilité pour moi car les Américains ne qu’on taxe de façon un peu cavalière : un
connaissent pas en profondeur les Chinois. catalyseur. En bref, ma chérie, un artiste martial
Enter the Dragon devrait pouvoir combler cette « décontracté » et de « qualité ». Cet homme-là
lacune. C’est un film dont je suis fier car il a été le sait mais ce qui est encore plus important,
fait pour le public américain autant que pour les le public le sait aussi !
Européens ou les Orientaux. Mais je me réjouis
que, contrairement au passé, l’accord se soit
conclu sur des bases franches et honnêtes ; il
est vraiment le fruit d’une coproduction.

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Je suis responsable d ’une grande


partie du scénario élaboré avec
Bob Clouse, le metteur en scène.
Ce scénario s’est avéré à la fois
esthétique et artistique.

Il est certain que c’est le film


le plus important que j’ai tourné
à ce jour. Je suis impatient
de savoir ce qu’il va donner.

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Concentrer la pensée de telle sorte que, placée en état d’alerte et d’éveil,


elle puisse immédiatement détecter la vérité qui se trouve partout.
Pour atteindre cet objectif, l’esprit doit s’être auparavant débarrassé
des vieilles habitudes, des préjugés, du processus de la pensée restreinte,
voire même de la pensée elle-même…

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[À propos du Jeet Kune Do :] Chaque fois que des gens extérieurs au Jeet Kune Do
s’expriment sur le sujet, ils le font toujours avec les éléments dont ils disposent.
Ils sont incapables de voir un combat « tel qu’il est », si ce n’est de leur point de vue
de boxeur, de lutteur ou de pratiquant de toute autre discipline. En conséquence,
ce qu’ils voient ne reflète rien d’autre que les limites de leur conditionnement.

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Il est impossible de « s’exprimer » totalement qui le paralyse et qu’il finit par prendre pour
— le mot capital ici est bien totalement — la réalité. Il n’est plus question pour lui de
quand on se sent prisonnier d’un modèle ou « s’adapter » aux circonstances mais de les
d’un style par trop aléatoires. Car comment « singer ». Exécuter sa routine méthodiquement
pourrait-on être tout à fait conscient dès lors est la seule réponse qu’il connaisse alors qu’il
que ce modèle fait écran entre nous et la s’agit de réagir en fonction de la réalité. Il
réalité ? Cette réalité — qui englobe à la fois ce s’est transformé en robot programmé se
qui est et ce qui n’est pas — dont on ne voit coupant de ses sensations et n’écoutant
jamais la fin, est toute puissante. La répétition que ses hurlements ! Il est le stéréotype des
de ces exercices codifiés de « gesticulation » monuments classiques, des formes codifiées,
réduit petit à petit le pratiquant à sa plus simple en bref, le fruit de milliers d’années de
expression. Il se retrouve confiné dans un cadre conditionnement…

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Le combat ne peut se réduire à un conditionnement,


qu’il soit celui de l ’artiste martial chinois ou celui de l ’artiste martial japonais.

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Prenez l’exemple du boxeur : il critiquera Entre ces deux positions, il y a place pour une
sûrement le fait que si les deux combattants fraction de seconde, celle au cours de laquelle
se tiennent trop près l’un de l’autre, cela le boxeur pourra recourir aux techniques de
empêchera toute action rapide de leurs poings. corps à corps quand la place lui fait défaut
D’un autre côté, le lutteur se plaindra que la pour enchaîner avec les poings. Le lutteur,
distance est trop grande pour que l’un des même en dehors de sa distance de combat,
combattants puisse submerger et étouffer pourra, quant à lui, utiliser ses pieds ou ses
toute « velléité » d’action-éclair de l’autre et poings pour « entrer » et laisser parler sa
qu’il est obligé de se rapprocher afin de placer spécialité.
l’une de ses techniques de corps à corps…

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La véritable observation commence là où le système codifié disparaît


et la liberté d’expression apparaît au-dessus des systèmes.

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Comme je l’ai déjà dit, les styles ne font


« qu’emprisonner et piéger » la réalité. La
liberté, elle, ne se décrète pas. Là où il y a
liberté, il n’existe ni Bien ni sa réaction, le Mal.
Je suis préoccupé par le conditionnement et la
rigidité de ceux qui appartiennent à un système
partiel ; il n’en sort qu’une efficacité formelle au
lieu d’une liberté de l’expression individuelle.

Pour remettre les pendules à l’heure, je n’ai


pas inventé un nouveau style, c’est-à-dire une
forme distincte qui se situerait à l’écart de tel
style ou de tel autre… Au contraire, j’espère
bien libérer ceux qui me suivront de l’emprise
du style lui-même.

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Le Jeet Kune Do ne considère pas le combat organique. Un bon pratiquant de Jeet Kune Do
sous un seul angle mais sous tous les angles. se repose sur son intuition et seulement sur elle.
Il utilise tous les moyens possibles pour servir
ses objectifs et, ce qui est très important, La vérité est une voie qui n’est pas la voie.
n’est l’esclave d’aucun. En d’autres termes, C’est l’expression totale, qui ne connaît ni
le Jeet Kune Do, tout en s’appropriant tous l’avant ni l’après… De même, le Jeet Kune Do
les angles, n’est prisonnier d’aucun. Il le n’est pas une institution organisée dont on
deviendrait si sa structure, quel que soit son peut être membre. Soit vous comprenez, soit
degré d’intelligence, finissait par s’avérer vous ne comprenez pas et cela s’arrête là !
étouffante pour le pratiquant. La vraie grandeur (Il y a eu par le passé le Jun Fan Gung Fu
consiste à savoir utiliser la technique tout en Institute, il y a bien eu une méthode de Wing
étant capable de l’oublier… Chun mais une telle organisation ou une telle
méthode ont cessé d’exister).
Par conséquent, tenter de décrire le Jeet Kune
Do comme un système particulier (tels que le Dans la plupart des cas, les pratiquants d’arts
kung-fu ou le karaté) serait passé totalement martiaux sont ce que j’appelle des artistes
à côté de la plaque. Il existe en dehors des de seconde zone, des conformistes. Il est
structures ou des formes. Mais à l’inverse, certain qu’ils n’apprennent pas à se reposer
il n’est pas non plus un style composite et sur eux-mêmes pour leur expressivité. Ils se
il ne se prétend ni neutre ni indifférent. Il est contentent plutôt de suivre un modèle. Au fur
simultanément « cette chose-ci » tout en étant et à mesure que le temps passe, ils finiront
« cette chose-là », sans opposition aux styles tout de même par assimiler des exercices
mais sans affinité non plus avec eux. Pour routiniers obsolètes, ils parviendront à être
comprendre ceci, on doit s’efforcer de compétents dans l’exécution de tel ou tel
transcender l’opposition du « pour » et du enchaînement codifié, mais d’eux-mêmes,
« contre », pour qu’elle se fonde en un tout que sauront-ils ?

La répétition routinière et les enchaînements


codifiés peuvent être de nature à rendre une
personne habile à ce genre d ’exercice mais la
vérité, elle, ne peut être atteinte que par la
conscience de soi et l’expression personnelle.
Quelqu’un de vivant ne peut s’apparenter à
un produit sans vie, expression de « tel style »
ou de « tel autre ». Il est un individu
et l’individu vaudra toujours plus
que tout système.
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Dans les arts martiaux, de nombreux


instructeurs tirent leurs techniques
et leurs principes des théories intellectuelles
et non des applications.

Ils peuvent parler du combat,


dont ils sont parfois passés maîtres en
paroles mais ils ne pourront jamais
vraiment l ’enseigner.

Ils peuvent énoncer telle première loi ou tel


principe de coup de pied mais l ’élève restera
simplement conditionné et prisonnier,
plutôt que libre pour chercher son
épanouissement.

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En vérité, ce sont les « moules » et les « systèmes »


qui interfèrent avec la réalité et lui imposent ses limites.

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De même qu’on ne pourra jamais conserver L’objectif ultime du Jeet Kune Do reste la
l’eau dans un emballage en papier, le combat libération de l’individu. Il déblaie le terrain pour
ne peut jamais se plier aux lois d’un système, celui qui se trouve sur le chemin de la liberté
encore moins en le forçant à entrer dans un personnelle et de la maturité. Une efficacité
schéma classique. Un tel cadre ne ferait que mécanique ou une habileté gestuelle ne
tuer et limiter la vie de l’individu tout comme vaudront jamais un éveil intérieur car apprendre
le contexte. Une telle profession de foi apparaît un mouvement sans éveil intérieur, ne confère
à elle seule un désastre. Dans la pratique du qu’une capacité d’imitation, un simple produit.
Jeet Kune Do, on ne rencontre ni cadre ni Un véritable combattant « s’adapte » aux
forme. Il y a bien sûr une approche systématique circonstances tandis que l’homme ordinaire
de l’entraînement mais elle ne débouche pas « épouse » les circonstances. L’artiste martial
sur une méthode de combat. En approfondissant n’est pas simplement celui qui réalise des
encore un peu, le Jeet Kune Do se révèle un prouesses physiques parce que ses dons le
processus et non un but ; un moyen et non lui permettent. Avec la maturité, il prend
une fin, un mouvement constant plutôt qu’un conscience que son coup de pied lui sert d’outil
modèle établi une fois pour toutes. moins pour vaincre l’adversaire que pour
affronter son ego et exorciser ses passions.
Finalement, tout cet entraînement ne trouve sa
justification que parce qu’il propose à l’homme
une promesse d’épanouissement complet.

Je suis sûr d ’une chose :


les véritables performances
naîtront du progrès à venir et
non de ces multiples méthodes
d ’entraînement, qui sont
totalement dépassées.

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Un excellent instructeur est aussi un athlète. Et s’il est vrai qu’à mesure que l’âge avance,
il se trouve désavantagé face à un jeune homme de qualité, il n’en demeure pas moins
qu’il doit impérativement se situer au top de ses contemporains,
tant mentalement que physiquement.

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Observer, pour s’adapter sans avoir rien à exclure, telle est la vertu de l ’adepte du Jeet Kune Do.
Un « esprit toujours en éveil », qui ne se situe ni à la périphérie ni au centre ;
être partie prenante sans être déterminé.

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Dans son essence, le Jeet Kune Do cherche à embourbé dans un modèle réactionnaire, il est
ramener l’élève à son état primordial, là où seulement prêt à adhérer à un nouveau cadre
il pourra laisser exprimer « librement » son qui ne fera que le cantonner dans ses limites.
potentiel. L’entraînement doit s’appuyer sur un Il n’a tout simplement pas accepté le fait que
minimum de formes dont le but est de parfaire cette vérité existe en dehors des moules et
l’outil jusqu’à l’abandon de toute forme. En des modèles. Quant à la conscience, elle
résumé, l’élève se coulera dans un moule qui n’est jamais exclusive. Le Jeet Kune Do n’est
ne le cloisonnera pas, il assimilera les principes qu’un nom, une embarcation construite pour
sans en être prisonnier. permettre aux gens de passer à gué ; une
fois de l’autre côté, l’embarcation peut être
Un adepte du Jeet Kune Do qui affirme que le abandonnée ; on ne doit pas se sentir obligé
Jeet Kune Do est seulement du Jeet Kune Do de poursuivre plus avant en se la coltinant
n’est simplement pas dans le coup ! Il ne fait sur le dos…
que se replier sur lui-même. Dans ce cas, encore

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À vrai dire, il n’existe aucune


forme rigide en Jeet Kune Do.
L’essentiel se trouve résumé là :
Si votre ennemi se tient
tranquille, tenez-vous encore
plus tranquille que lui ;
si votre ennemi se déplace,
déplacez-vous plus vite que lui.

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Le Jeet Kune Do ne s’embarrasse ni de forme ni de formalisme ;


il insiste sur l ’utilisation intelligente du corps et de l ’esprit
tant pour l ’attaque que pour la défense.

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Concentrez-vous sur l’objectif et non sur les moyens.


Maîtrisez votre façon d ’utiliser la force.

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Ne laissez pas la forme vous museler.

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Pendant l’entraînement du Jeet Kune Do, l’étudiant demeure actif et dynamique


mais au cours d’un combat réel, il doit être calme et son esprit imperturbable.
Il doit se comporter comme si l’action en cours était tout à fait ordinaire.
Quand il avance, son pas est léger et sûr mais ses yeux ne trahissent aucune
de ces colères dont les fous furieux sont coutumiers… Son attitude reste
conforme à celle qu’il adopte tous les jours. Son visage lui-même reste inchangé.
En fait, rien ne transparaît dans sa personnalité du combat à mort qu’il a engagé !

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Le combattant ne doit avoir C’est un art de vivre, un système destiné à


renforcer l’esprit et à procurer la maîtrise
l ’esprit occupé que par une chose :
mais il doit être soutenu par l’intuition.
l ’objet qu’il veut atteindre.
Il faut s’efforcer d’approcher le Jeet Kune Do
Le combat ne se déroule
avec l’idée bien ancrée de développer et de
ni derrière ni sur les côtés ; maîtriser sa volonté.
oubliez les idées parasites,
Toute idée de gagner ou de perdre doit être
concentrez votre énergie sur abandonnée tout comme l’orgueil et la
l ’avant, tant sur le plan physique souffrance. Si votre adversaire vous mange la
laine sur le dos, enfoncez-vous profondément
qu’intellectuel ou émotionnel.
dans sa chair ; s’il s’enfonce profondément
dans votre chair, brisez-lui les membres et
s’il vous brise les membres, prenez-lui la vie !
Ne cherchez pas à battre en retraite pour vous
préserver ; n’hésitez pas à engager votre vie
face à lui !

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Les outils (vos armes naturelles) servent un


double objectif :

a) Détruire l’adversaire qui vous fait face


(annihilation des obstacles qui encombrent la
voie de la paix, de la justice et de l’humanité).

b) Éliminer les impulsions qui viennent de


l’instinct de préservation (tout ce qui
concourt à parasiter l’esprit) afin, non pas de
blesser ou d’invalider une personne mais de
contraindre son propre désir, sa colère, sa
folie… À cet égard, on doit comprendre que
le Jeet Kune Do est tourné contre soi-même.

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Apprendre c’est investir dans la perte. accomplissements, l’ego s’étant évanoui,


Dieu sait où, l’art du Jeet Kune Do atteindra
La connaissance et le talent doivent être la perfection. L’apprentissage des techniques
« oubliés » pour que vous puissiez flotter est semblable à l’approche intellectuelle de la
dans le vide avec confort et sans contrainte. philosophie zen mais qu’elle vienne du Zen ou
L’important est d’apprendre sans devenir du Jeet Kune Do, la compétence n’épuise pas le
l’esclave de l’apprentissage. Et par-dessus tout, registre de la discipline. Pour l’épuiser, il faudrait
chercher à se pavaner et à arborer une attitude être capable d’atteindre la réalité ultime… qui
superficielle ne sert à rien. C’est l’esprit qui est la vacuité ou l’absolu. Ce dernier transcende
demeure primordial. Il est impossible de faire toutes les nuances de la relativité.
preuve de maîtrise technique sans s’être au
préalable débarrassé des déséquilibres Dans le Jeet Kune Do, la technique doit être
psychiques, afin de demeurer dans un état oubliée et l’inconscient laissé seul pour
de vacuité (fluidité) qui facilite l’exécution répondre à la situation ; la technique peut
de la technique, quelle qu’elle soit. alors se déployer automatiquement ou
spontanément, avec le sentiment de flotter
Une fois l’entraînement jeté aux quatre vents, librement car « ne pas avoir de technique,
une fois l’esprit oublieux de ses c’est les posséder toutes » !

Je ne crois plus aux styles. Par là j’entends


ne pas vouloir croire à la possibilité de dire :
« Il existe une chose comme “La voie du
combat chinois” ou “La voie du combat
japonais”, ou toute autre “Voie du
combat”. » Pour cela, il faudrait que nous,
les êtres humains, nous disposions de trois
bras et de quatre jambes. Mais comme ce
n’est pas le cas, il n’existe pas en soi de
forme de combat indépendante.

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Sortir le grand jeu en se montrant suffisant avec toute la détermination nécessaire. Ne pas
et se sentir submergé par ce sentiment de céder d’un pouce et encore ! Si je veux lancer
suffisance, est une chose que je suis capable de mon poing, rien ne me retiendra. Vous me
faire très facilement… et s’il le faut, avec tout le suivez ? C’est ce genre de chose que vous
détachement nécessaire. Oui, ce genre de délire devez vous répéter sans cesse pour ne plus
— vous voyez ce que je veux dire — je peux m’y faire qu’un avec le poing… Qu’il se dirige en
prêter mais alors, quelle vanité par rapport à la ligne droite, suive une trajectoire courbe, aille
vérité du combat ! C’est comme tous ces vers le haut, vers le bas, etc. Il se peut que
mouvements fantaisistes : je peux les montrer… votre coup apparaisse lent ; cela varie au gré
mais s’exprimer honnêtement, sans se mentir, des circonstances. En d’autres circonstances,
cela est difficile à faire, les amis ! cela apparaît plus rapide. Au niveau des jambes,
vous pouvez viser haut et directement. C’est
Pour cela, il faut s’entraîner sérieusement pour la même chose, ne pensez-vous pas ? Après,
conserver ses réflexes car, le jour où vous en vous pourrez vous poser la question : Comment
aurez besoin, ils répondront présents ! Vous peut-on s’exprimer honnêtement et au moment
voulez bouger, vous bougez, et vous le faites précis de l’action ?

Je pense que le nec plus ultra


des arts martiaux est la capacité à
s’exprimer en toute sincérité.

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Un artiste martial compétent ne doit pas être contracté ; il doit se sentir prêt…
Il ne pense pas mais ne rêve pas non plus. Il est prêt à affronter tout ce qui se présente…

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Ce sont les styles qui séparent les gens. À l’inverse, si vous n’appartenez à aucun style
Leur désunion vient du fait que les styles ont mais que vous vous dites simplement :
acquis force de loi alors que les fondateurs, à « Je suis un être humain ! Que faut-il faire pour
l’origine, étaient partis sur une hypothèse… s’exprimer totalement et complètement ? »
Cette hypothèse s’est transformée en parole Cette façon de penser ne s’accorde pas avec la
d’évangile. Et croyez-le ou non, les amis, ceux création d’un style. Celui-ci aurait tendance à la
qui s’y laissent prendre se fourvoient. Que cristallisation alors que la voie que je préconise
vous soyez fait comme ceci ou cela, que votre est un processus de croissance continue.
structure mentale soit ceci ou cela, qui que vous
soyez, quel que soit votre schéma corporel, tout L’entraînement mental agressif du Jeet Kune Do
cela n’a aucune importance : une fois que vous ne s’apparente aucunement à une simple
vous êtes laissé prendre, vous êtes fait comme contemplation philosophique de la vie agitée
un rat. Et c’est précisément cela qui ne me ou à un quelconque carcan ; c’est une porte qui
convient pas. ouvre sur le jardin de la non-relativité et il
est tout ce qu’il y a de plus vrai !

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La grande affaire consiste à faire de l’art un Quand aucun encombrement, de quelque nature
moyen d’avancer sur l’étude de la Voie. Être que ce soit, ne survient, les mouvements de
vigilant signifie être mortellement sérieux, ce l’homme du Jeet Kune Do ressemblent à l’éclair
qui signifie être sincère avec soi-même. Et c’est de la foudre ou au miroir qui renvoie sa propre
cette sincérité qui conduit, finalement, sur la Voie. image…

Le centre indifférencié d’un cercle qui ne Il ne fait aucun doute que c’est l’esprit qui
possède pas de circonférence : L’homme du contrôle nos existences (quant au lieu d’où il
Jeet Kune Do doit se tenir sur ses gardes s’il manifeste son action, il a de quoi nous laisser
veut percevoir la permutation incessante des perplexes…) et cela dépasse le cadre corporel.
contraires… Car dès que son esprit « s’arrête » Ce siège invisible contrôle tous les mouvements,
sur l’un d’eux, sa fluidité s’arrête également. quelle que soit la situation dans laquelle il se
L’homme du Jeet Kune Do doit se maintenir trouve. Il apparaît par conséquent comme
dans un état de vide mental, afin que sa liberté extrêmement mobile, ne « s’arrêtant » nulle
d’action ne puisse être encombrée. part à aucun moment.

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L’art martial s’avère un ultime moyen d’expression Ce n’est pas très sain, car vivre c’est s’exprimer
athlétique du dynamisme corporel, mais encore et pour s’exprimer il faut être capable de créer.
plus importante est la capacité de la personne La créativité n’appartient pas au passé ; elle
à exprimer son âme. n’est pas non plus une répétition. Souvenez
vous, les amis, que les styles sont des créations
En fait, l’art martial, comme tous les arts, humaines et que l’homme est toujours plus
est une expression de l’être. Certaines de ces important que le style. Le style est figé,
expressions se revendiquent du goût, d’autres l’homme est en devenir.
de la logique (tout dépend de l’exigence de la
situation) mais en général, elles relèvent du
domaine de la performance s»appuyant sur la
répétition mécanique d’un modèle figé.

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L’art martial projette l’individu tel qu’il est : se trouve que la vie est un processus constant,
sa colère, ses craintes, toutes ces émotions chacun devrait être tenu de se fondre dans ce
par lesquelles nous passons et qui contribuent processus pour y chercher la façon de se
à forger notre expérience humaine. Pourtant, corriger et de se développer.
l’artiste martial de « qualité » est celui qui,
surmontant toutes ces commotions, parvient [Au cas où la nouvelle ne vous serait pas encore
à rester lui-même. parvenue, le Jeet Kune Do de Bruce Lee — l’art
dont il est le fondateur — a été élu pour faire
Ce n’est pas le désir de vaincre ou la peur de partie du Black Belt Hall of Fame américain
perdre qui pose question ; le problème, c’est (reconnaissance du magazine Black Belt). Cet
d’être présent au bon moment en y mettant honneur vient couronner, pour la première fois,
toute son énergie et toute son âme. Si l’on la création d’une forme contemporaine d’art
montre son meilleur visage, on se laisse porter martial. Le Jeet Kune Do n’a ni des milliers ni
en toute sérénité par la providence et advienne même des centaines d’années, il a été créé en
que pourra… 1965 par un homme passionné et dévoué du
nom de Bruce Lee ! Et son art martial ne saurait
Par conséquent, on voit bien qu’un artiste être ignoré plus longtemps par tout artiste
martial est aussi un artiste de vie. Puisqu’il martial sérieux.]

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Quand l ’adversaire cherche à dominer, je me rétracte ;


quand il se rétracte, je cherche à dominer…

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…Et quand une ouverture se présente, « je » ne cherche pas à conclure.


La « conclusion » s’opère par elle-même…

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Depuis la sortie de The Big Boss, on assiste à


une tentative désespérée de se trouver un
« autre Bruce Lee » parmi une pléiade de gens,
et surtout parmi les artistes martiaux… Cela
va du karaté au judo en passant par l’hapkido.
On ne s’inquiète pas a priori de savoir si toutes
ces personnes ont ou non la capacité d’agir ;
ce qui compte aux yeux des producteurs qui
veulent en faire des « stars », c’est qu’ils
puissent délivrer des coups de poings et de
pieds de façon à peu près décente.

Pensez-vous qu’il soit si facile que cela de


devenir une star ? Je vous assure que non ! Au
fur et à mesure que les « pseudo Bruce Lee »
apparaissent sur les écrans de cinéma, le public
a tout loisir de se rendre compte par lui-même
de la supercherie et de la différence : pas
seulement au niveau de la qualité de
l’interprétation mais aussi sur le plan de
la prouesse technique…

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Je vais vous dire pourquoi je n’aime pas le vocable « superstar » :


Le mot de « star » n’est qu’une illusion, une casaque dont le public vous affuble.
Il est préférable de se considérer plutôt comme un acteur.
Qu’on vienne vers moi et qu’on me dise : « Dis donc, mec, t’es vraiment un super acteur ! »
et je serai fou de joie. C’est bien autre chose que d’être catalogué comme « superstar ».

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Quand je tourne dans des films chinois,


je m’efforce de ne pas paraître aussi
« américain » que je me suis habitué à
être depuis mes douze années passées aux
États-Unis. Une fois de retour aux USA,
c’est la même chose qui se passe mais
dans l’autre sens : c’est encore et toujours
le costume de serveur, la valse entre les
tables, « apportez-moi les baguettes »,
plus les éternels yeux bridés et tout le
tintouin… Cela me renforce dans ma
conviction qu’il faut, aux États-Unis,
faire passer le message que l’Oriental,
je veux dire le « vrai Oriental » gagne
à être connu.

Avant que je tourne mon premier film chinois,


on considérait ce genre de film comme dénué
de réalisme ; il y avait beaucoup de longueurs
et de stéréotypes. Tout cela, au bout du
compte, concourait à renforcer encore ce
surréalisme.

Quoi qu’il en soit, une fois revenu, je me suis


efforcé à introduire de nouveaux éléments
qui font que, quand je donne un coup, il a
vraiment l’air vrai !

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Une fois le contrat de The Big Boss signé, j’eus enfin droit au chapitre.
Heureusement, j’avais une certaine expérience de la technique cinématographique américaine,
ce qui a grandement facilité leur travail, notamment grâce à ce que j’ai pu leur apporter
dans la réalisation des scènes de combat.

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Avec un peu de chance, j’espère bien pouvoir faire des films à plusieurs niveaux :
le genre de films où chacun trouve ce qu’il cherche, selon qu’il s’arrête en surface
ou qu’il sonde les profondeurs…

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J’ai essayé de faire cela avec The Big Boss.


Le personnage que j’interprète était simple
et direct. Le type qui vous croit sur parole !
Mais à la fin, quand il s’aperçoit qu’il a été
dupé, il se met à ruer dans les brancards.

Ce n’est pas un personnage que j’ai eu du mal à


jouer mais cela ne m’intéresse pas d’interpréter
ce genre de rôle en permanence. Je préfère
nettement les personnages qui ont plus de
profondeur.

The Big Boss fut un film important pour moi


car c’est le premier qui me donne un rôle de
vedette. Je savais que je pourrais faire mieux
que mon interprétation dans The Green Hornet
car j’avais pris confiance depuis l’épisode de la
Paramount, Longstreet, qui s’intitulait La Voie
du Poing qui Intercepte.

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Hong Kong
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La Paramount voulait que je


devienne un personnage récurrent
de la série Longstreet mais j’ai
refusé car j’avais reçu des offres de
la Warner et de la MGM. De plus,
j’avais contracté un autre
engagement auprès de Raymond
Chow et nous nous mîmes
immédiatement au travail sur le
projet d ’un second film, Fist of
Fury.

Dans le film Fist of Fury, je tiens le rôle de comme Fok Yuen Gap, je me retrouve aux prises
l’élève de Fok Yuen Gap. Fok Yuen Gap fut avec un Japonais et un Russe. Le Russe utilise
considéré comme le plus grand expert de un panachage de techniques issues du karaté,
kung-fu de son temps. Sa technique était de la boxe et de la lutte et moi, je le mords et
légendaire. Il fut le premier, en l’espace de tout et tout. Mec, c’était dingue !
quatre mille ans d’histoire du kung-fu, à établir
une école où de nombreuses techniques étaient À la fin, je succombe à un feu nourri mais cette
enseignées. Les écoles Jing Mo sont encore mort est justifiée car je sors en disant : « Allez
légion à travers la Chine. Il était célèbre pour vous faire foutre, me voici ! » Je prends mon
son patriotisme, toujours prêt à défendre son élan, je m’élève dans les airs en bondissant et…
pays. De nombreux experts japonais s’étaient c’est le crépitement des armes à feu ; comme
frottés à lui et il avait même combattu en dans Butch Cassidy et le Kid. À la différence
Sibérie des lutteurs russes qu’il avait occis près que l’image ultime du film s’arrête au
avec un seul coup. Les Blancs l’appelaient le moment où je bondis dans les airs. Vous
« Tigre Jaune ». saisissez ?

Ce que je suis en train de décrire, en fait, c’est Fist of Fury a coûté quelque huit cent mille
son élève et non Fok Yuen Gap lui-même. Ce dollars de Hong Kong, c’est-à-dire pas moins de
point de vue est plus intéressant car Fok Yuen deux cent mille dollars US. Mais il a rapporté
Gap est un personnage célèbre dont il faut près d’un million de dollars US rien qu’à Hong
absolument respecter la véritable histoire. Mais Kong. Il a rapporté autant en Thaïlande et à
le côté intéressant du film vient du fait que, tout Singapour.

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C’est moi qui ai insisté pour que


Chen Chen, le rôle que
j’interprétais dans Fist of Fury
meure à la fin du film.
Je souhaitais que le message de
la dénonciation de la violence
soit clair et sans ambages.
Ses nombreux meurtres devaient
recevoir le châtiment qu’ils
méritaient.

Les scènes de combat de


Fist of Fury sont extraordinaires.
Je dois avouer qu’elles me
font réellement plaisir.
Vous pouvez donc facilement
imaginer que si elles me plaisent à
moi, l ’impact sur le public doit
être encore plus impressionnant.

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À son plus haut niveau, l’art martial est l’expression de soi.

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En ce qui me concerne
et c’est ainsi que je considère
l ’enseignement, tous les types
de connaissance reviennent à
se connaître soi-même…

C’est la raison qui pousse


mes élèves à chercher mon contact
pour ma façon d ’enseigner :
moins pour apprendre à se
défendre ou pour détruire un
adversaire, que pour apprendre
réellement à s’exprimer par
eux-mêmes ! Cela passe par le
mouvement, quelle que soit
l ’émotion, la colère, la
détermination ou autre…

En d ’autres termes, ce que je suis


en train de vous dire, c’est que les
élèves me paient pour que je leur
montre, au travers d ’une forme de
combat, l ’art de s’exprimer avec
son corps…

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Dans The Way of the Dragon j’étais tout à la Le suspense est à son comble au cours de
fois l’auteur, le réalisateur, le producteur et la la scène du Coliseum de Rome. Je devais y
vedette. J’ai travaillé pratiquement vingt-quatre affronter un Américain, Chuck Norris, qui avait
heures sur vingt-quatre pendant des jours et remporté le championnat des États-Unis de
des jours. Je l’ai fait parce que ça m’amusait ! karaté sept fois… Toutes les scènes de combat
C’était quelque chose que je n’avais encore entre Chuck et moi furent tournées à l’intérieur
jamais eu l’occasion de faire mais qui m’avait du célèbre monument.
toujours tentée.

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The Way of the Dragon est un film différent des


autres films que j’ai tournés. Nous sommes partis
en Europe pour les repérages. J’avais fait appel à
un photographe japonais parce que je savais que
les Japonais avaient plus de savoir-faire dans ce
domaine que les photographes de Hong Kong…
C’était la première fois qu’un réalisateur de
Hong Kong se rendait en Europe pour tourner.

J’ai écrit le script en chinois et j’ai demandé à


quelqu’un de revoir le texte pour le pimenter
quelque peu. J’avais commencé par l’écrire en
anglais et demandé à quelqu’un de le traduire en
chinois mais cela n’a pas fonctionné. La traduction
perd inévitablement par rapport à certaines idées
originelles. Bientôt, je m’attelai au chinois en
m’appuyant sur l’aide du dictionnaire. J’étais mort
de rire car j’avais acheté ce dictionnaire anglais-
chinois, à l’origine, pour me servir d’aide-mémoire
quand, à l’âge de dix-huit ans, je me suis embarqué
pour l’Amérique. Il se trouve, maintenant, que je
m’en sers, à l’inverse, pour écrire les mots chinois
qui me viennent à l’esprit !

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La famil le
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Ma femme représente mon plus grand bonheur, Le jour où nous avons décidé de nous marier,
pas The Big Boss… nous nous sommes mariés. Comme ça, aussi
sec ! La décision s’est imposée à nous. Pourquoi
« Chère Linda, te souviens-tu du jour où, à recourir à des fiançailles ? Je me souviens du
l’Université de Washington, Bruce Lee a eu jour où je me suis rendu chez les parents de
l’honneur de faire ta rencontre ? » Elle incarne Linda pour leur dire que nous avions l’intention
l’être humain dans toute sa dimension : elle de nous marier. Au premier abord, ils furent
donne, elle aime, elle est droite et compréhensive assez contrits car ils pensaient que j’allais
à l’égard de cet animal de Bruce Lee… Elle l’emmener là-bas, de l’autre côté de l’océan…
m’accompagne, à la fois indépendante et Pour dire vrai, aller à Hong Kong était bien notre
engagée, sur notre chemin commun vers intention. Ses parents étaient inquiets, du fait
l’accomplissement. Elle a véritablement de la situation qui prévalait au Vietnam et en
chamboulé ma vie pour le meilleur. Elle est Chine communiste à l’époque. Mais ils furent
celle que j’aime et qui se trouve — pour mon vraiment gentils et comme moi, la seule chose
plus grand bonheur — être mon épouse… qui m’intéressait, c’était de me marier, alors…

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Aucune barrière de langue


n’est jamais venue mettre son
grain de sel entre Linda et moi !
Nous nous sommes toujours
arrangés pour nous comprendre.

Oh, bien sûr, on a fait des


compromis et même mangé
américain : des choses comme du
steak au riz frit…

Linda et moi,
nous ne sommes pas un plus un !
Nous sommes deux moitiés
qui se sont réunies ; deux moitiés
parfaitement complémentaires qui
sont plus efficaces ensemble que
chacune de leur côté.

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Pour former une vraie famille, il faut donner de soi-même.

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Le mariage est une relation d ’amitié, de partenariat, fondée sur la solidité


face aux épreuves quotidiennes. Le mariage, c’est le petit-déjeuner du matin,
le labeur journalier — chacun travaillant de son côté — le dîner du soir et les
fins de soirée tranquilles passées à bavarder, à lire ou à regarder la télévision.

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La première fois que Linda fut enceinte, j’étais


certain que nous aurions un garçon. D’ailleurs,
nous n’avions choisi qu’un prénom de garçon
pour le bébé à venir. On ne se préoccupait
même pas de chercher un prénom féminin… et
il se trouva que ce fut un petit Chinois blond
aux yeux gris, certainement le seul à des
kilomètres à la ronde. Nous l’appelâmes
Brandon Bruce Lee.

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L’éducation de mes enfants suivra la voie les amis entre eux… Avec une telle formation, je
confucianiste, celle qui considère le respect de ne crois pas qu’ils puissent rester longtemps
l’individu comme incarnant une haute valeur dans l’erreur.
morale, en parité avec la loyauté, l’intelligence
et le développement des qualités individuelles Brandon me ressemble. Il est plein d’énergie ; il
dans les cinq principaux domaines de la vie : court un peu partout et il ne reste pas en place
le gouvernement et ses sujets, le parent et une minute !
l’enfant, l’aîné et le cadet, le mari et la femme et

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La deuxième fois, j’avais décidé : ce serait une fille ! Nous avons donc
seulement cherché un prénom féminin. Et Shannon est arrivée…

J’enseignerai à mes enfants combien la supériorité est une idée relative.


L’éducation occidentale est excellente dans certains domaines mais pour
d ’autres, c’est l ’éducation orientale qui prévaut. Vous allez dire : « Ce doigt-ci
est plus approprié pour servir tel objectif, ce doigt-là pour tel autre… » Mais
c’est la main entière qui sert tous les objectifs !

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Quand on se marie, on doit se soucier des enfants, leur prodiguer du réconfort


quand ils sont malades, les aiguiller sur le droit chemin et partager leurs
angoisses et leur confiance.

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Je jouerai et je plaisanterai avec mes [enfants] mais le business reste le


business… Quand on touche à des sujets sérieux, il ne sert à rien de se voiler
la face pour ne pas heurter les sentiments des gens. Vous devez leur dire ce que
vous avez à leur dire et dicter la règle du jeu sans vous préoccuper de savoir
[s’ils] vont l ’apprécier ou non…

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Je ne sais pas où il va mais je sais qu’il est en chemin…

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J’enseignerai à Brandon que ce sont les hommes qui se forgent leurs propres
chaînes : elles représentent l ’ignorance, la paresse, l ’égocentrisme et la crainte.
Ils doivent chercher à se libérer tout en acceptant le fait qu’ils sont au monde,
c’est-à-dire : « En été on transpire ; en hiver on gèle ! »

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La vie quotidienne est une course d’obstacles.


S’y précipiter aveuglément, c’est risquer de
détruire son « instrument ». Et quoi que les
gens en disent, les obstacles ne sont pas là
que pour une seule personne ou un groupe.
Ils font partie de l’expérience universelle. La
leçon à en tirer, c’est qu’on ne doit pas se
sentir décontenancé par eux. Il faut reprendre
sa marche en avant et repenser la question,
tout en observant les oiseaux qui passent
dans le ciel. Reprendre sa marche en avant en
laissant derrière soi tout ce qui serait de nature
à obstruer ou à tarir la source de l’expérience.

S’il arrive que moi, Bruce Lee, je meurs sans


avoir pu réaliser tous mes rêves, je ne me
sentirai pas frustré. J’ai fait ce que je voulais
faire et ce que j’ai fait, je l’ai fait avec sincérité,
au mieux de mes capacités. Il est difficile
d’espérer plus de la vie…

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Épilogue

BRUCE LEE IN HIS OWN WORDS,


LE DOCUMENTAIRE

Chevauchant le vent comme sur un destrier faire de ce monde un endroit meilleur à vivre. C’est
Fit son apparition tel un guerrier cet héritage qu’il nous a légué. Bruce Lee a marqué
Qui tôt venu fut tôt parti les esprits du label de l’authenticité.
Ce qu’il a donné, n’a pas repris.
Dans son documentaire, Bruce Lee In His Own Words,
John Little, auteur et réalisateur, a concocté un film
qui respecte fidèlement les croyances et la philosophie
En juin 1998, la Warner et le Festival international du du sujet. C’est cette simplicité qui fait en partie le
court-métrage de Toronto présenta en avant-première, succès du film, dans lequel Bruce Lee se raconte
un documentaire poignant en hommage à un homme avec ses mots bien à lui. Le message qu’il transmet
décédé vingt-six années auparavant, dont l’impact sur et sa passion évidente pour son travail, ainsi que sa
Hollywood et le monde n’avait jamais été aussi grand tranquille compréhension du genre humain, laisse le
depuis la perte de James Dean en 1955. Cette année-là spectateur à la découverte de ce qu’il était, un homme.
était 1973 et cet homme était Bruce Lee… C’est ce qui confère au document son côté poignant et
ce sentiment de perte pour tout ce qui aurait pu être.
Sa mort soudaine laissait un vide qui jusqu’à ce jour
n’a pu être comblé. L’acteur, l’artiste martial, le Une des principales qualités de Bruce Lee In His Own
philosophe et le père de famille qu’il était, avaient Words, c’est sa capacité à donner au spectateur
le pouvoir de soigner, d’inspirer, de motiver et de l’impression qu’il est un privilégié ; le privilège d’avoir

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connu le vrai Bruce Lee et non pas seulement le Bruce accompagner une nouvelle copie d’Enter the Dragon,
Lee de la légende… John Little aura finalement réussi au Festival international du film de Tokyo. Bruce Lee In
à séparer les faits de la mythologie avec le sentiment, His Own Words reçut un accueil délirant et se fit une
appréciable pour nous, d’avoir la possibilité d’accéder réputation dans la presse. La Warner acheta les droits
à la personne de Bruce Lee, qu’on peut voir, dans ce du documentaire, pour l’inclure dans un coffret
documentaire, en compagnie de ses amis et de sa « spécial 25e anniversaire de la sortie d’Enter the
famille. Le film a l’avantage de présenter plusieurs Dragon », destiné aux collectionneurs et disponible
facettes, faisant une large part tant à l’émotion qu’à en vidéocassette, DVD et disque laser…
l’intellect, dans un style qui n’appartient qu’à lui.
Bruce Lee In His Own Words rend parfaitement
Ouvrant le Festival international du film de Toronto l’esprit et l’humanisme d’une légende. Le documentaire
en 1998, le film captiva une salle pleine à craquer et de John Little montre à qui ne le savait pas encore
remporta la palme du « Meilleur documentaire ». qu’il n’y a aucune distinction à opérer entre le Bruce
Cette récompense ne devait pas manquer d’attirer Lee de légende et le Bruce Lee de la vie courante :
l’attention du monde sur lui : le prestigieux ils ne sont, en fait, qu’un seul et même personnage !
documentaire de John Little fut sélectionné pour
— Brian Jamieson, Warner Bros.

Imprimeur :
CLERC SA
18200 St Amand, France

Éditeur :
BUDO ÉDITIONS
77123, Noisy-sur-École, France

Dépot légal :
Octobre 2003

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